14 La Nouvelle
14 La Nouvelle
LA NOUVELLE
INTRODUCTION
La nouvelle est un genre littéraire écrit en prose. Elle se différencie du roman par sa brièveté. Toutefois, on remarque
aisément que cette caractéristique formelle ne suffirait pas à la distinguer d'un conte ou d'un roman court. En d'autres
termes, les critères définitoires de la nouvelle, faute de traits génériques véritablement distinctifs, doivent inclure
d'autres traits, notamment ceux concernant la construction dramatique. Cependant, la nouvelle africaine se veut une
nouvelle au cœur des préoccupations de ses contemporains. Elle se présente comme une production engagée à
l’image de certains romans mais aussi comme une œuvre didactique à l’instar du conte.
I / DEFINITION ET FONCTION SOCIALE
1- Définition
Définir la nouvelle n'est pas une entreprise facile car, depuis son apparition, le genre a subi des transformations aussi
bien dans sa forme que dans son contenu. Ainsi beaucoup de définitions ont été données pour essayer de le cerner.
Le genre n'a été défini que tardivement, au XIXe siècle, lorsque la vogue de la nouvelle gagna les États-Unis. Avant
cette période de théorisation, le terme de « nouvelle » qualifiait tout simplement un type de récit court, le plus
souvent en prose mais quelquefois en prose et en vers, dont le sujet, parfois satirique ou grivois, pouvait être tiré de la
tradition populaire. Pourtant au moyen-âge, l'auteur des Cent Nouvelles nouvelles pensait qu’une "nouvelle" est le
récit d'un événement à la fois réel et récent. Elle doit surtout être le récit bref d'un événement ou d’une "aventure" qui
mérite d'être rapporté.
Le Robert, dictionnaire de langue française, définit la nouvelle comme « un récit généralement bref, de construction
dramatique et présentant des personnages peu nombreux ».
Quant à René GODENNE, « La nouvelle française, c'est une histoire de quelques pages, autrement dit, un récit où
l'élément anecdotique se voit réduit à sa plus simple expression, une histoire aux dimensions importantes, parce que
la part de cet élément est développée, une œuvre qui raconte moins une histoire qu'elle n'évoque un instant de vie. La
nouvelle, c'est encore à la fois un récit sérieux, grave, dramatique, et un récit plaisant, comique, grivois. C'est encore
un récit où domine soit un intérêt purement anecdotique, soit un intérêt purement psychologique. »
Pour d’autres, La nouvelle est un récit généralement bref de construction dramatique présentant des personnages peu
nombreux dont la psychologie n’est guère étudiée que dans la mesure où ils réagissent à l’événement qui lui fait le
centre du récit. Ce qui est surprenant, c'est que toutes ces définitions ne peuvent épuiser ni les contours, ni la richesse
du genre car la nouvelle, étant une œuvre d’art, reste totale en elle-même, contractée, mais enrichie par ses limites
tout en obéissant à une technique qui exige une application, une rigueur et une spontanéité.
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2- La fonction sociale de la nouvelle
Certaines nouvelles se veulent comiques ou satiriques, d'autres historiques, d'autres tragiques. Genre à la fois
populaire et universel, la nouvelle, de part sa brièveté, « permet à l’auteur de braquer le projecteur de l’analyse sur tel
ou tel aspect particulier de la réalité sociale. A l’instar du roman, elle s’est mise à l’écoute du peuple dont elle
constitue « les haut-parleurs ». C’est pourquoi, elle tire ses sujets des souffrances des populations, de ses tristesses,
de ses joies et de ses fêtes qui constituent toutes une matière suffisamment dense de création des nouvelles.
Boccace amuse son public avec le Décaméron et confronte souvent des vérités individuelles aux lois morales en
vigueur. Dans l'Heptaméron, c'est l'intention didactique qui prédomine. Marguerite de Navarre a introduit avec
l'Heptaméron, dans la nouvelle française le sentiment vrai, la psychologie nuancée des passions, le tragique même et
aussi le décor et l'atmosphère d'un monde qui commençait à se régler selon les lois de la civilité.
II / ORIGINE ET HISTOIRE DE LA NOUVELLE
1- Origine du genre
Dix personnes (sept femmes et trois jeunes hommes) fuient l'épidémie de peste qui dévaste la ville de Florence, en
1348, et se trouvent réunies à la campagne. Pendant dix jours, chacune d'elles va raconter des histoires, que l’auteur
relate sous forme de nouvelles (de l’italien, novella, « récit imaginaire »). Ces récits sont une invention de Boccace,
écrivain italien, l'ensemble est publié vers 1350 dans le Décaméron.
Ce sont donc les récits du Décaméron (1348-1353) de Boccace qui sont ordinairement considérés comme l'origine de
la nouvelle. Le mot « nouvelle », pour désigner une œuvre, et par extension un genre littéraire, fut d'ailleurs emprunté
à l'italien novella (1414), qui venait de Boccace et qui caractérisait un « récit concernant un événement présenté
comme réel et récent ». L'anglais, au XVIe siècle, forma sur le mot italien « novella » celui de « novel « , qui devait
ultérieurement prendre le sens plus général de fiction romanesque, alors que short story se chargeait de la
signification de « novella ». Les premiers récits du type de la « novella » étaient inspirés de Boccace. Ce furent
d'abord les Contes de Cantorbéry (v. 1387-v. 1400) de Chaucer, vingt et un contes écrits pour la plupart en distiques
héroïques. Vinrent ensuite, au XVIe siècle, les contes de l'Heptaméron (1558) de Marguerite de Navarre.
En France, la nouvelle naît à la fin du Moyen Âge. Elle vient s’ajouter, et en partie se substituer, à une multitude des
récits brefs : fabliaux, lais, dits, devis, exemples, contes, etc. Les nouvelles étaient d'abord de petites histoires
anonymes distribuées gratuitement dans la rue, et qui se distinguaient en deux groupes : les "exemplums", qui étaient
des récits religieux prêchant la morale et les dons à l'église, et les "canards", racontant des faits divers comme des
vols, des tromperies, ou des meurtres. Directement inspiré du Décaméron (1349-1353) de Boccace, le premier recueil
de nouvelles françaises, anonyme, les Cent Nouvelles nouvelles, est probablement paru entre 1430 et 1470. Mais
c’est le XVIe siècle qui voit le véritable essor du genre. En 1558, avec L'Heptaméron, Marguerite de Navarre donne
au genre ses premières lettres de noblesse. Dans ce recueil inachevé de 72 récits, on trouve des histoires plus graves,
où l’anecdote laisse en partie la place à l’analyse psychologique.
2- Histoire de la nouvelle
On pourrait remonter l’histoire de la nouvelle à l’antiquité. Certains épisodes de l'Odyssée (ex. : "Circé", "le
Cyclope" et "la Nekuia") ont été considérés comme constituant autant d'histoires (de nouvelles) insérées dans une
littérature épico-romanesque. Le récit, selon Platon, Hérodote et Aristote, a préparé voire accompli dès l'Antiquité la
nouvelle, au même titre que la fabula et les fables milésiennes. A la fin du XIIe siècle, en Perse, Nezamé de Grandjé
(1140-1202) écrit Haft Païkar (les Sept Idoles), recueil de sept histoires, encadrées comme celles de Boccace. Vers la
même époque (IXe-XIIIe siècle), les Chinois produisaient en grand nombre des « xiaoshuo », "récits mineurs" ou
"histoires brèves" et des « huaben », "textes à réciter", dont les thèmes étaient modernes, et dont la durée ne devait
pas dépasser une séance. Les lais (XIIe siècle), comme le lai de Marie de France, Le Chèvrefeuille, relatant un
épisode des amours de Tristan et Yseult, peut être considéré comme une nouvelle, rédigée bien avant que cette
appellation ait existé. Le texte se limite à la donnée d'un épisode unique et se clôt sur lui-même sans attendre une
suite. Il rapporte un événement ordinaire. A l'économie de moyens mis en œuvre correspond une grande densité de
l'effet produit. Les dits qualifiés de "nouveaux" qui apparaissent au XIIIe siècle. Le dit est comme la nouvelle un
genre bref (600 vers en moyenne). Les dits peuvent être nouveaux par leur forme ou par la matière qu'ils traitent.
Certains dits présentent une matière ancienne mais font l'objet d'une "nouvelle" écriture. L'intention de plaire est
toujours présente dans les dits "nouveaux" et elle est liée à la notion de nouveauté. L'auteur déclare souvent avoir
apporté du soin à l'écriture de son œuvre. Ce souci de plaire anime les Cent Nouvelles nouvelles dont une variante du
titre donne : "cent chapitres ou histoires, ou pour mieulx dire nouveaux contes à plaisance". Or, pour qu'une œuvre
soit considérée comme "nouvelle", il faut que deux conditions soient remplies : d'abord, l'auteur doit être conscient de
son acte littéraire d'écrivain, ensuite il doit ancrer sa manière dans une réalité très proche.
La nouvelle est encore issue de l'exemplum mais elle est rarement d'inspiration ecclésiastique.
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Au XIIe siècle en France, la "nouvelle" est l'annonce d'un événement, généralement récent, à une personne qui n'en a.
pas encore connaissance. La nouvelle devient une histoire fraîchement arrivée dont la technique de narration est
originale. En Italie, le mot "novella" signifie à la même époque la nouveauté, l'histoire distrayante qui, telle une
nouvelle politique, court de bouche en bouche, de ville en ville. Pour que le mot "nouvelle" en français, « novela » en
espagnol, « novella » en russe et « nouvela » en polonais s'impose dans notre aire culturelle, il faudra néanmoins
Boccace, Cervantès, Marguerite de Navarre. Avec le Décaméron, les Nouvelles exemplaires et l'Heptaméron
s'organise un ensemble de nouvelles "encadrées", ainsi dénommées parce qu'elles sont insérées dans une fiction (la
peste de Florence par exemple) qui justifie leur rassemblement. La réussite du Décaméron de Boccace suscite des
recueils analogues : ceux de G. Fiorentino, de F. Saccheti, de Masuccio Salernitano, etc. C'est alors l'âge d'or de la
nouvelle italienne qui se caractérise généralement par son réalisme satirique et par son immoralité licencieuse.
Mais dès le XIVe siècle, d'autres chefs d'œuvre de la nouvelle ont vu le jour en Europe: en Angleterre les Contes de
Canterbury (1387) où s'épanouit la veine bourgeoise des fabliaux; en Espagne le Comte Lucanor (v. 1337), recueil
de nouvelles morales de I. Manuel. Au XVe siècle, la cour de Bourgogne raffole des nouvelles où l'inspiration
chevaleresque et bourgeoise se mêle à l'ironie cynique, au scepticisme moral et à l'obscénité, comme en témoignent
les deux plus célèbres recueils de l'époque, les Cent Nouvelles nouvelles et les Quinze Joyes de mariage (antérieur à
1450, anonyme). Les recueils français du XVIe siècle portent la marque des traités italiens débattant des questions
d'amour, de civilité ou de philosophie, dont la structure est venue enrichir le modèle boccacien.
En Espagne, où le mot « novela » désigne toute œuvre d'imagination en prose, c'est à Cervantès que revient le mérite
d'avoir créé le genre, avec ses Nouvelles exemplaires où se rencontrent le romanesque, le picaresque et le lyrisme
sentimental.
Au XVIIe siècle, on a Sorel avec les Nouvelles françoises où se trouvent les divers effets de l'Amour et de la Fortune
(1623). Il poursuit dans la voie de Marguerite de Navarre. Les frontières entre roman et nouvelle ne sont plus claires.
Mme de Villedieu fait paraître en 1669 Cléonice ou le Roman galant, une nouvelle. Les romans comportent aussi
fréquemment des récits enchâssés.
Au XVIIIe siècle en France, la nouvelle est encore cultivée par Lesage, l'abbé Prévost, Diderot. Mais l'époque des
lumières incline à délaisser la nouvelle pour le conte philosophique, dont la fantaisie se prête mieux à l'expression des
idées les plus subversives. La seconde floraison de la nouvelle commence au début du XIXe siècle. Cette renaissance
du genre a deux causes : l'une technique : la multiplication des revues littéraires ; l'autre esthétique : par sa concision,
la nouvelle permet de produire sur le lecteur cette émotion intense, ce sentiment d'étrangeté et de mystère que
recherche le romantisme. Et d'Honoré de Balzac (Contes drolatiques) à Gustave Flaubert (Trois contes), de Victor
Hugo (Claude Gueux) à Stendhal (Chroniques italiennes), d'Alfred de Musset à Barbey d’Aurevilly (Les
Diaboliques), de George Sand (Nouvelles) à Zola (Contes à Ninon), il n’est guère de romancier d’importance qui
n’ait écrit de nouvelles, et même de recueils de nouvelles. Certains, comme Prosper Mérimée, Jean de La Varende et
surtout Guy de Maupassant, avec dix-huit recueils publiés de son vivant, se sont même spécialisés dans le genre.
Mais le prestige de la nouvelle ne se limite pas à la France : en témoignent, entre autres, Hoffmann, Edgar Poe, Henry
James, Herman Melville, Pouchkine, Gogol, Tchekhov, et bien d’autres. Le XXe siècle a vu de nombreux écrivains
choisir la forme courte. En France, Sartre, bien sûr, et son recueil Le Mur, mais aussi, parmi les contemporains,
Nadine Ribault pour n'en citer que quelques-uns. Certains ont choisi de ne s'exprimer (presque) que par la nouvelle,
parfois très courte : c'est le cas d'Hervé Le Tellier et surtout d'Annie Saumont. Au XXème siècle, la nouvelle rompt
avec la narrativité. Le genre s'auto-détruit. Le narré s'efface au profit du "narratexte", le narratexte étant l'ensemble
des éléments qui concourent à enchâsser l'histoire, à l'embellir, à l'enrichir de réflexions morales ou philosophiques.
Tout ceci, intégrant et dépassant la narration primitive, lui confère une dimension irréductible aux simples données de
l'intrigue. Le narrateur est redevenu le conteur traditionnel, expert en digressions, en aphorismes, en considérations
psychologiques, celui qu'on écoute moins pour ce qu'il doit raconter que pour sa personne et les éclairs de son
intelligence. Le conteur n'a rien à raconter et se sert de l'alibi d'une histoire pour jouer avec les mots et avec la peur
(comme dans le récit fantastique) ou bien substitue à l'histoire une méditation sur la condition humaine.
Dans la nouvelle métaphorique, Exemple de "Baleine" de Paul Gadenne, L'animal symbolise la corruption et la mort
de l'occident. On passe de l'anecdote au mythe chez Sartre, le Mur, chez Ionesco, la Photo du colonel. Les nouvelles
sont donc l'expression détournée d'une morale et d'une métaphysique.
L'anti-nouvelle, avec Beckett (Nouvelles et textes pour rien), Ricardou (Révolutions minuscules), Pinget, Robbe-
Grillet, Sarraute (Tropismes), refuse l'histoire et prouve la volonté d'accorder la primauté au phénomène verbal. La
mue subie par le roman se manifeste aussi dans la nouvelle.
III / LES CARACTERISTIQUES DE LA NOUVELLE
Une nouvelle possède plusieurs caractéristiques qui poussent à sa brièveté.
1- Un récit court
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La nouvelle est un récit court, écrit en prose. Cependant, plus que la longueur du récit assez variable, ce qui la.
caractérise c'est la concision et l'efficacité de l'écriture, l'économie des mots. La brièveté n'est pas alors une technique
littéraire active. Elle est recherchée pour éviter l'ennui de l'auditoire.
2- Une action simple
3- La nouvelle se caractérise également par la simplicité de son intrigue. Contrairement au roman, elle est centrée
sur un seul événement et elle est construite de façon à ménager un effet de surprise au dénouement : c'est ce que
l'on appelle la chute.
4- Une œuvre fictive
La nouvelle est fictive. C’est une œuvre d’imagination et non la narration fidèle d’un événement comme pourrait
l’être un reportage. Les nouvellistes s’inspirent d’un fait réel, ou ils reconstruisent toujours l’histoire à leur guise :
elle devient fiction.
5- Un texte littéraire
La nouvelle est littéraire. Les nouvellistes ne racontent pas leur histoire comme les journalistes racontent un
événement. Dans la nouvelle, on emploie les figures de styles, on choisit une formule narrative, on exploite les
ressources de la langue pour créer des effets, captiver le lecteur, susciter en lui des émotions de réflexions.
6- Des personnages peu nombreux
Les personnages d'une nouvelle sont peu nombreux et moins développés, c’est-à-dire brièvement décrits :
« C'était une femme de trente-six ans environ, forte en chair, épanouie et réjouissante à voir. Elle respirait avec peine,
étranglée violemment par l'étreinte de son corset trop serré ; et la pression de cette machine rejetait jusque sous son
double menton la masse fluctuante de sa poitrine surabondante. » (Maupassant, Une partie de campagne)
7- Le style
Le style peut aller du registre soutenu au registre familier
8- La position du narrateur
La position du narrateur est variable : il dit assez souvent « je », prétendant généralement rapporter une histoire
qu'on lui a confiée. Il participe ainsi à l’action et en est le simple témoin. C'est le procédé employé par Maupassant
dans la Folle : « Tenez, dit M. Mathieu d'Endolin, les bécasses me rappellent une bien sinistre anecdote de la guerre
[…]. » Le narrateur peut donc participer à l'action, en être le simple témoin, comme dans les nouvelles enchâssées
de Maupassant, ou encore y rester extérieur en disant « il ».
IV / LES DIFFERENTS TYPES DE NOUVELLES
1- La nouvelle réaliste
Elle entend donner une représentation de la réalité, même à travers la fiction, en peignant les lieux, les
personnages comme s'ils existaient devant nous. Par opposition aux fictions, la nouvelle se présente comme une
histoire vraie. Elle est, d'après Friedrich Schlegel, "une histoire qui n'appartient pas à l'histoire".
2- La nouvelle fantastique
La tendance réaliste faiblit et bascule vers le fantastique : que le héros soit en quête de la "fleur bleue" ou de son
alter ego démoniaque, la nouvelle s'ouvre à la métaphysique et, avec les œuvres de Hoffmann par exemple, elle se
mue en conte fantastique. Elle est construite de façon que le lecteur ne sache jamais si son dénouement a une
explication logique ou surnaturelle. Elle introduit progressivement le surnaturel dans le réel, de façon à créer un
climat d'angoisse et de peur.
3- La nouvelle poétique
Elle nous introduit dans un univers imaginaire qui n'est pourtant pas celui du merveilleux, ni celui des contes.
4- Les autres nouvelles
Il s’agit de citer à titre indicatif la nouvelle moraliste, la nouvelle satirique, La nouvelle sentimentale, La nouvelle
de formation, La nouvelle anticoloniale, etc..
V / LA NOUVELLE - LE ROMAN – LE CONTE
On peut dégager certaines constantes de la nouvelle par rapport au conte d'une part, au roman d'autre part.
1- La nouvelle et le conte
Différente du roman par la forme, le style et l’objectif, la nouvelle semble s’apparenter beaucoup plus au
conte dans sa finalité : une quête didactique et ludique caractéristique essentielle du conte. Le conte et la nouvelle
semblent indissociables car la nouvelle a souvent besoin du fantastique, du surnaturel pour mieux attirer l’attention du
lecteur. Le conte de son coté se nourrit de faits divers de la vie quotidienne de l’homme et des histoires fictives.
Toutefois, La nouvelle se distingue du conte, autre récit court, par sa plus grande liberté de construction. Elle se
différencie donc du conte en ce sens que, si elle peut être fantastique ou faire appel au surnaturel, elle ne comporte
pas d'éléments relevant du merveilleux, puisqu'elle relate des événements réputés réels. En outre, la structure des
contes comprend des invariants et des éléments codifiés qui sont des conventions définitoires du genre. Les
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conventions génériques du conte s'opposent à l'absence de conventions génériques qui caractérise la nouvelle (ni.
formule d’ouverture « Il était une fois », ni formule de fermeture ni ordre déterminé).
2- La nouvelle et le roman
La nouvelle contribue à la genèse du roman. En Europe comme en Asie, la nouvelle a formé divers types
de romans, y compris les romans picaresques et les romans-fleuves. En Chine : les xiaoshuo et les huaben peu à peu
s'additionnent, s'agglomèrent pour former une matière romanesque. De même, la nouvelle va produire en Europe
divers types de romans par agglutination. Sur des modèles espagnols ce seront le Diable boiteux et Gil Blas, romans
à tiroirs, où des nouvelles s'emboîtent les unes dans les autres.
Comme le conte, le roman et la nouvelle sont des genres narratifs : tous deux ont en effet pour but de
raconter une histoire. Mais en faisant un parallélisme entre la nouvelle et le roman, il est important de clarifier leur
différence. Le roman s’oppose à la nouvelle par la dimension et par la longueur. Car la nouvelle se veut être un récit
court avec un nombre réduit de personnages et de mots. Là, la concentration de la narration s'oppose à la liberté du
roman. Ce qui fait d’elle un genre particulièrement apte à créer des effets de « suspense » ou à livrer un bloc de
réalité brute. Le temps de lecture est aussi très limité pour produire un effet chez le lecteur mieux que le roman. Si
l'on comparait le roman à l'œuvre d'un architecte, la nouvelle, elle, correspondrait plutôt à celle d'un orfèvre : sa taille
est réduite mais elle met en œuvre des procédés d'une extrême finesse. Une nouvelle est très courte, ce n'est pas
comme le roman, elle est en quelque sorte une courte histoire.
VI / LA NOUVELLE AFRICAINE
1- Les fondements
Le développement sans précédent de la nouvelle en Afrique s'explique par trois raisons principales: l'action des
maisons d'édition africaines, particulièrement CLE et NEA, celle des journaux et des revues et, enfin, l'influence des
concours.
l'action des maisons d'édition africaines
Les maisons d’édition ont joué un rôle important dans le développement de la nouvelle négro-africaine
d'expression française telles que les éditions CLE et NEA. A partir de 1964, CLE a publié plusieurs recueils mais sa
présence ne s'affirme véritablement que dans les années 70. Cependant, très vite, à partir de 1975, les NEA, créées
trois ans plus tôt, lui raviront la vedette.
A ces deux noms, il faut ajouter les Editions Saint-Paul-Afrique, les Editions du Mont Noir et le Centre
Africain de Littérature, tous trois installés à Kinshasa au Zaïre.
Certes, certains facteurs sociaux contribuent au succès de la nouvelle : la tendance du lecteur africain moyen à
rechercher les textes courts, accessibles, qu'il peut lire d'un seul trait ou, en tout cas, rapidement; le désir de plus en
plus marqué de ce lecteur moyen de créer lui-même des œuvres qui répondent à ses préoccupations, à ses goûts, à ses
besoins. Ces facteurs ont déterminé la politique éditoriale et commerciale des jeunes maisons d'édition africaines qui,
tenant compte du contexte socio-culturel et surtout du pouvoir d'achat sur le plan local, ont mis l'accent sur les petits
volumes "pour tous", économiquement plus accessibles à leur public-cible et plus rentables pour elles.
Les textes proviennent pour la plupart de jeunes et/ou de débutants pour qui ils constituent une manière
d'exercice littéraire ou un passe-temps, lorsque leurs conditions de vie leur offrent des possibilités d'isolement
favorable au travail de création. Pour ces auteurs, la proximité des maisons d'édition est un facteur de stimulation, on
n'est plus obligé d'envoyer son manuscrit à Paris, ville vis-à-vis de laquelle l'écrivain débutant africain éprouve un
certain complexe; on peut le porter directement chez l'éditeur, discuter de vive voix avec lui ou l'envoyer dans un
pays africain voisin où - on en est a priori convaincu - il a plus de chance que partout ailleurs.
Dans la période 1971 – 1980, la situation politique est caractérisée, dans le quasi totalité des pays d’Afrique
francophone, par le règne généralisé des partis uniques ou des dictatures militaires. Le résultat en est l'absence de
liberté d'expression dont l'une des manifestations est la rareté des journaux locaux et la censure imposée à la presse
étrangère. La presse écrite se limite à l'organe officiel d'information ou plutôt - pour être plus exact - de propagande.
Mais ces journaux locaux comportent des pages culturelles et publient de façon irrégulière des nouvelles qui, certes,
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n'ont pas un grand retentissement et tombent vite dans l'oubli, mais qui, par leur influence, contribuent à faire.
connaître le genre et à inciter à la création.
En dehors de ces journaux, certaines revues installées en France et s'intéressant à l'Afrique publient également
de temps en temps des nouvelles d'auteurs africains. Il s'agit de Présence Africaine dont l'action en faveur de la
nouvelle africaine francophone et anglophone remonte à la période coloniale, de L'Afrique littéraire et
artistique devenu l'Afrique littéraire et de Peuples noirs - Peuples africains.
Les principaux organisateurs de ces concours sont :l'Office de Radiodiffusion et de Télévision Française
(ORTF) qui passera ensuite la main à Radio France Internationale (RFI), et en collaboration avec les radiodiffusions
francophones d'Afrique noire, de Madagascar et de l'Ile Maurice. Le "Concours de la meilleure nouvelle de langue
française" est incontestablement celui qui a eu la plus grande influence sur le développement de la nouvelle
d'expression française en Afrique depuis 1971.
Parmi les lauréats de ce concours on peut citer Mbaye Gana Kébé, Patrice Ndédi Penda, Cheikh C. Sow qui
publiera en 1982 chez Hatier son recueil Cycle de sécheresse, et Bassek Ba Kobhio, un des lauréats du 4e concours,
qui fera paraître en 1984 son recueil Les eaux qui débordent chez l'Harmattan. L'organisation de ce concours
connaîtra quelques transformations dans la décennie suivante.
En dehors de ce concours international, il existe au niveau de chaque pays africain des initiatives semblables
venant des ministères de la Culture et des associations nationales d'écrivains. Au Sénégal les nouvellistes ont
bénéficié pendant la période 1971 - 1980 de la sollicitude du gouvernement de Léopold Sédar Senghor, comme en
témoigne l'Anthologie de la nouvelle sénégalaise (1970 – 1977 publiée par les NEA en 1978 et due à Pierre Klein,
conseiller pour les affaires culturelles à la Présidence de la République du Sénégal.
Du point de vue quantitatif, la nouvelle satirique conserve sa primauté avec une prédominance de la satire sociale.
Mais un élément nouveau y apparaît qui mérite d'être souligné: la confirmation de la satire politique de l'Afrique des
indépendances auparavant illustrée par quelques rares textes, notamment de Sembène Ousmane. Viendra ensuite la
nouvelle culturaliste. Quant au courant anticolonial, il semble avoir tari au point d'être supplanté par d'autres courants
mineurs : la nouvelle sentimentale, la nouvelle de formation, la nouvelle-souvenir et bien d’autres nouvelles que nous
retiendrons à titre indicatif.
La nouvelle satirique
L'importance de plus en plus marquée de la nouvelle satirique, particulièrement dans sa dimension sociale,
semble liée aux exigences mieux maîtrisées du genre qui - on le sait - entretient des rapports très étroits avec les
pulsations du quotidien.
J'ai observé ma société. J'ai pris position et je parle. Dans cet ouvrage, je dis ce que j'ai vu. Devant les
égarements d'une jeunesse incompréhensive, devant l'égoïsme de certains dirigeants, devant les multiples maux et
malheurs de basses couches sociales, j'ai décidé d'écrire ces nouvelles; ainsi s'exprime Kitia Touré dans l'avant-
propos de L'arbre et le fruit (1979). Dans une période désormais largement reconnue comme celle de la désillusion
en Afrique, il n'est donc pas étonnant que les nouvellistes, qui sont des chroniqueurs du présent manifestent leur
intérêt pour les problèmes actuels, multiples et divers, de leurs sociétés en crise; problèmes au nombre desquels il faut
compter la pauvreté et la misère parmi les plus importants et les plus récurrents.
Le thème de la misère revient dans un grand nombre de textes isolés ou de recueils, traduisant une prise de
conscience accrue des inégalités et injustices sociales, sources de conflits et de drames de toute sorte dans l'Afrique
des indépendances. Ce qui préoccupe les nouvellistes par-dessus tout, c'est la vie des petites gens, des chômeurs, des
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gagne-petit, des laissés-pour-compte, des "Ventres creux" de la ville et du village. Ventres creux est d'ailleurs le titre.
d'un recueil du Zaïrois Mwamba-di-Mbuyi Kalala Muepu, paru en 1974.
D'une façon générale, on assiste à un déplacement de l'espace de la nouvelle du village vers la ville. Pendant
la période coloniale, le village était l'espace privilégié. Après 1960, il cède progressivement le pas à la ville qui, entre
1971 et 1980, semble lui avoir ravi la primauté. Dans Chroniques Congolaises (1974) et Nouvelles Chroniques
Congolaises (1980) de J.B. Tati-Loutard par exemple, presque toutes les nouvelles ont pour cadre la ville, Brazzaville
ou Pointe Noire. Ce phénomène reflète l'essor prodigieux des villes africaines après les indépendances et l'acuité des
problèmes que pose leur évolution anarchique.
La ville est presque toujours pour les nouvellistes symbole de tourments, de précarité et d'échec comme
dans La papaye de Sévérin Cécile Michel Abega, 3e Prix du 5e Concours de la meilleure nouvelle de langue
française, ou dans Sucre, poivre et sel (1980) de Dono Ly Sangaré. Elle favorise la dégradation des
moeurs. L'absence d'une politique et d'une sécurité sociales pour les couches les plus démunies de la population
conduit les femmes à la prostitution, les jeunes à la "débrouillardise" ou à la révolte et presque tout le monde à la
corruption, à la recherche forcenée de l'argent par tous les moyens comme l'illustre Un couple organisé de M.B.
Cissé (1975).
Lorsque Cheikh Aliou Ndao évoque la vie des habitants d'un bidonville de Dakar à travers le triste sort de
Mor qui perd ses économies lors du rasage impromptu de "Paak Buteel" - c'est le nom du quartier - par les pouvoirs
publics ou que Henri Lopès raconte dans L'avance la vie malheureuse d'une bonne qui, à force de s'occuper
exclusivement de l'enfant gâté de ses patrons européens, finit par perdre le seul fils qui lui reste.
L'injustice et l'inégalité n'existent pas qu'en ville. Elles se traduisent également par l'opposition ville/village
comme dans La gangue de Maliza Mwina Kintende primée au 2e Concours radiophonique de la meilleure nouvelle
de langue française en 1973. La misère et la pauvreté en ville et au village ont d'ailleurs souvent la même cause,
l'exode rural, comme le montre Bilal Fall dans Le collier de misère, primée au ler Concours en 1972.
Cependant, au cours de la décennie 1971 - 1980, les problèmes du monde paysan dans la nouvelle sont
dominés par la sécheresse. Parmi les nouvellistes qui ont traité ce thème que nous retrouvons aussi dans la décennie
suivante, on peut retenir Patrice Ndedi - Penda, auteur de La dernière semence, 2e Prix du 2e Concours de la
meilleure nouvelle de langue française en 1973, Maoundoé Naindouba avec La double détresse, primée dans le
même cadre, Sada Weïndé Ndiaye avec Au pays de la soif dans son recueil La fille des eaux (1975), Mbaye Gana
Kébé avec Le taureau, primée lors du 5e Concours de RFI, et Yambo Ouologuem avec La trêve de Dieu où,
paradoxalement, la sécheresse sert de prétexte à une glorification de Dieu.
Les fondements de la misère que décrivent les nouvellistes ne sont pas exclusivement matériels. Ils tiennent
aussi à la psychologie sociale qui révèle certaines tares mentales liées au poids de la tradition sur la femme. Dans Ken
Bougoul ou le refus (1979), Ibrahima Seye montre comment le conformisme traditionaliste et les préjugés sociaux
peuvent briser le bonheur, voire la vie d'un jeune couple. Les tares mentales se traduisent aussi par des superstitions et
des croyances rétrogrades qui aliènent l'individu et font de lui la victime de sa propre ignorance
Mais c'est surtout le fanatisme religieux en milieu musulman, particulièrement au Sénégal, vieux thème
abordé dans la période précédente (1961 - 1970) par Abdou Anta Kâ (La complainte d'Oumar, 1961) et Sembène
Ousmane, (Voltaïque, 1962) notamment, qui revient le plus souvent, ici encore, sous la plume d'auteurs sénégalais
: Njangan (1975) de Chérif Adramé Seck, Le Madihou de Pikine du recueil de Lamine Diakhaté Prisonnier du
regard (1976), Kaala du recueil de Mbaye Gana Kébé Kaala Sikkim (1976), Le marabout de la sécheresse qui a
donné son titre au recueil de Cheikh Aliou Ndao (1979), mettent en scène les faux prophètes et les marabouts -
escrocs et dénoncent la mystification religieuse.
La satire sociale dans la nouvelle africaine n'exprime en définitive que le malaise d'un monde instable et cruel.
Certes les nouvellistes semblent privilégier les problèmes sociaux par rapport aux problèmes politiques.
Cependant Le fossoyeur de Yoka Lyé Mudaba expose les réalités tragiques de l'Afrique des dictatures à travers la vie
d'un fossoyeur qui, un jour, découvre le corps de son fils, son unique espoir, parmi les cadavres de jeunes étudiants
BACCALAUREAT SESSION 2023
DOCUMENT CONFECTIONNE PAR MONSIEUR NDOUR / TEL. 77-621-80-97 / 77-993-41-41
destinés à une fosse commune. D’autres posent le problème de la liberté de l'individu face à la brutalité des systèmes.
politiques. La nouvelle La fuite du jeune Matlala, qui traite principalement de l'apartheid en Afrique du Sud, est
conçue comme une parabole de la libération totale de l'Afrique.
La nouvelle culturaliste
Bien que les thèmes qu'ils abordent aient une dimension sociale évidente, les textes que nous plaçons sous la
présente rubrique se distinguent des précédents, notamment de la nouvelle sociale, par l'intérêt particulier qu'ils
accordent à la description des valeurs du monde traditionnel africain ou à la problématique culturelle telle qu'elle se
manifeste à travers les rapports entre la tradition et la modernité.
Ainsi, dans Le lac des sorciers (1972 - il s'agit ici du recueil), Faustin Albert Ipeko Etomane évoque le monde
traditionnel africain à travers la circoncision, l'amour, le mariage, la polygamie. D'autres textes abordent les
bouleversements introduits en Afrique par les cultures occidentales, les Civilisations des autres (Makombo Bamboté,
1973) qui se révèlent aussi fascinantes que mal assimilées comme en témoignent Les sept
fourchettes dans Chroniques de Mvoutessi I (1971) de Guillaume Oyono Mbia, Madame la civilisée du recueil de
Mbaye Gana Kébé Kaala Sikkim (1976), Du blanc au noir dans L'arbre et le fruit (1979) de Kitia Touré et La
couture de Paris de Baba Moustapha, primée dans le cadre du 5e Concours de RFI. Dans Le transistor (1972) qui
traite de l'aliénation culturelle, du déracinement et de la recherche d'un équilibre entre la tradition et la modernité,
Abdou Anta Kâ nous livre une véritable histoire de fous.
Les rapports difficiles entre les valeurs locales et les valeurs importées, les valeurs d'hier et celles
d'aujourd'hui s'expriment aussi à travers le conflit entre parents et enfants ou entre paysans et citadins, comme
dans L'arbre et le fruit de Kitia Touré, 1979.
En dehors des courants satirique et culturaliste qui rassemblent la majorité des textes publiés au cours de cette
période, on note l'existence de courants plus ou moins mineurs. Nous en retiendrons quelques-uns parmi les plus
significatifs.
La nouvelle sentimentale
Elle regroupe des histoires d'amour dont les auteurs mettent l'accent sur le caractère singulier. Le recueil de
Roger Nikiema Deux adorables rivales (1971) comporte deux nouvelles : la première, qui donne son titre au recueil,
et Les soleils de la terre. Toutes deux montrent que le véritable amour transcende tout et peut réaliser des miracles.
Dans Mamy Wata de Flavien Bihina Bandolo, primée au ler Concours de l'ORTF, c'est un jeune homme qui a recours
à Mamy Wata, la légendaire déesse des eaux et de l'Amour Absolu pour s'assurer les faveurs de l'élue de son coeur;
une crédulité naïve qui, contre toute attente, renforce ses liens avec la bien-aimée.
La nouvelle-formation
Il s'agit ici du rôle de l'éducation sentimentale dans la formation des jeunes à la vie, un peu comme dans Les
initiés (1970) de Jean Pierre Makouta Mboukou. Oscar Pfouma nous fournit un autre exemple avec Siang (1971).
Cette nouvelle retrace la vie d'un jeune orphelin élevé par un oncle cruel et perfide. Un jour, Siang rencontre une
femme qui va bouleverser son existence en l'amenant à affirmer son désir d'émancipation, de libération et de révolte
par rapport à sa vie antérieure, la vie "sans plaisir et sans distraction d'un esclave". Malheureusement dans un cycle de
violence contre les figures marquantes de la société qu'il récuse, sa révolte aboutit à un échec tragique dû à son
impulsivité et à son inexpérience.
La nouvelle- souvenir
Elle regroupe des textes aux thèmes variés mais qui ont en commun le fait d'être des évocations de souvenirs
d'enfance ou de jeunesse. Souvent anecdotiques, ces textes ont, surtout pour leurs auteurs, une valeur qui réside
essentiellement en leur charge émotionnelle. A titre d'exemples, citons Un enfant comme les autres de Pabe Mongo
(1972), La longue piste parue dans A l'orée du Sahel (1975) de Youssouf Gueye, Le chimpanzé amoureux qui a
donné son titre à un recueil de Jean Pliya (1977), Deux filles...un rêve fugitif de Victor M. Hountondji (1977), Les
jambes du fils de Dieu de Bernard Binlin Dadié (1980).
La nouvelle anticoloniale
Pour terminer, citons à titre indicatif la nouvelle de faits divers dont les magazines Bingo et Akoua constituent
des tribunes de prédilection; la nouvelle moraliste(La confession du sergent Wanga (1973) de Mbiango
Kekese, Pour une noix de palme (1974) de Tuyinamo-Wumba); la nouvelle historique(Bambougouda dans le
recueil Mery (1975) de Djibril Tamsir Niane); la nouvelle philosophique (Légende de Londema, suzeraine de
Mitsoué-ba - Ngoni (1974) de Paul Lomami - Tshibamba; Dernière Genèse (1976) de Christine Kalonji), La nouvelle
didactique (La palabre de la dernière chance(1977) publiée dans le recueil de Jean Pliya intitulé Le chimpanzé
amoureux ; Les deux amis (1978) d'Isaïe Biton Koulibaly parue dans le recueil du même titre), la nouvelle
psychologique (La petite gare de Guillaume Oyono Mibia dans Chroniques de Mvoutessi 1; Psychose de Dono Ly
Sangaré dans Sucre, poivre et sel), La nouvelle - reportage (Le cicérone de la Médina (1972) de Guy Menga primée
au ler Concours de l'ORTF). Signalons enfin l'apparition au cours de cette période du thème de l'émigration avec des
textes comme Retour de Papa Samba Kébé primé au 2e Concours et O Balthazar! de Protais Asseng primé au 4e
Concours.
CONCLUSION
La nouvelle africaine comme d'ailleurs sa "sœur" européenne, est issue du récit oral. Les nouvelles de
BOCCACE sont en fait une reproduction de la narration [Link] est de reconnaître que la nouvelle française a
eu à évoluer et a acquérir les traits qui la caractérisent aujourd'hui, bien avant que les Négro-africains ne
commencent à faire entendre leur voix par la littérature, la nouvelle plus précisément. L'action et l'apport de la
presse ne sont pas à négliger dans l'évolution de ce genre. En effet, dans presque toutes les grandes revues, on verra
apparaître des colonnes et même des pages entières réservées aux nouvelles. Ces revues deviendront ainsi des
vecteurs qui permettront au genre d'asseoir une représentation et une popularité sans précédent. C'est surtout grâce
à ces revues que les auteurs comme Guy de MAUPASSANT, Luigi PIRANDELLO, Anton TCHEKHOV, entre
autres, ont gagné leur notoriété auprès du public.