0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
35 vues7 pages

Comprendre la dépendance affective

La dépendance affective est définie par un besoin excessif d'être soutenu, souvent lié à une faible estime de soi et à des expériences traumatiques précoces. Elle peut résulter de facteurs familiaux, culturels et environnementaux, et est associée à des risques accrus de violence et de troubles psychologiques. L'objectif thérapeutique est de restaurer l'estime de soi et de promouvoir l'autonomie chez les individus affectés.

Transféré par

Stefan Elena
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats TXT, PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
35 vues7 pages

Comprendre la dépendance affective

La dépendance affective est définie par un besoin excessif d'être soutenu, souvent lié à une faible estime de soi et à des expériences traumatiques précoces. Elle peut résulter de facteurs familiaux, culturels et environnementaux, et est associée à des risques accrus de violence et de troubles psychologiques. L'objectif thérapeutique est de restaurer l'estime de soi et de promouvoir l'autonomie chez les individus affectés.

Transféré par

Stefan Elena
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats TXT, PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

--- Page 1 ---

LA DEPENDANCE AFFECTIVE

Resumé : La dépendance affective se caractérise par une


angoisse affective (I’attachement en insécurité) et la dépen-
dance 4 Pautre qui associe une faible estime de soi et un besoin
de réassurance. Cet article propose une réflexion autour de la
définition de la dépendance affective, comprise par certains
comme une addiction, et la confusion engendrée par ses dif-
férentes dénominations. Elle prend ses racines dans Penfance
et les avatars des relations primordiales ou la dépendance
serait le rapport d’une personne tributaire 4 une autre avec
un attachement lié par l’insécurité. Elle est li¢e a des fac-
teurs familiaux (des comportements surprotecteurs ou trés
autoritaires), des facteurs culturels, et socio-environnemen-
taux. II semble, en effet, qu’un traumatisme émotionnel dans
Venfance puisse engendrer des modifications épigénétiques
laissant une «empreinte» sur les circuits préfronto-limbiques,
substrats neuronaux des réactions émotionnelles. Des expe-
riences de stress précoces alterent également les systémes
régulateurs de axe du stress et les voies ocytoninergiques en
lien ayec l’attachement. La dépendance affective est associée a
un risque accru de violence physique et psychologique. Dob-
jectif pour le praticien est de proposer un travail de restaura-
tion de l’estime de soi et des stratégies thérapeutiques ciblées
vers l’antonomie.

Mors-ciés : Dépendance affective - Personnalité dépendante -


Dépendance émotionnelle

INTRODUCTION

C’est en 1975 que l’amour, pour la premiére


fois est assimilé 4 une dépendance par Stanton
Peele (cité dans 1). Il élabore également la pre-
miére classification entérinant l’existence de la
«dépendance affective». Il y décrit que «l’expé-
rience d’une dépendance consiste 4 étourdir la
conscience d’une personne et a la libérer de son
anxiété et de sa douleur, tout comme le ferait un
analgésique. Cette relation est caractéris¢e par
la présence rassurante d’une autre personne»

(1). Le mot dépendance provient du latin «de


pendere», qui signifie «se pendre», «s’accro-
chem. Le terme de «dépendance émotionnelle»
est défini en 1990 : «Lorsque l’obsession pour
l’autre personne atteint un degré tel que lindi-
vidu ne se soucie plus de ses propres besoins
et priorités, voire de sa propre vie» (1). Fina-
lement, devant la confusion entre les différents
vocables utilisés, 1’ Association américaine de

G. Scantampurto (1), W. PitcHort (2), M. ANsseau (3)

AFFECTICE DEPENDENCY

Summary : Affective dependency is characterized by emotio-


nal distress (insecure attachment) and dependency to ano-
ther person with a low self-esteem and reassurance need. The
paper proposes a reflection on the definition of emotional
dependency and the confusion caused by various denomina-
tions. Overprotective and authoritarian parenting, cultural
and socio-environmental factors may contribute to the deve-
lopment of dependent personality. Psychological epigenetic
factors, such as early socio-emotional trauma could «imprint»
on neuronal circuits in prefronto-limbic regions that are essen-
tial for emotional behaviour. We also focus on the interrelations
between dependent personality, domestic violence and addic-
tions. The objective for the clinician is to propose a restoration
of self-esteem and therapeutic strategies focused on autonomy.
Keyworps : Dependent personnality - Love addiction - Affective
dependency

Psychiatrie a choisi la notion de «personnalité


dépendante». Aux Etats-Unis, s’est aussi répan-
due depuis quelques années pour désigner les
dépendants émotionnels, l’expression «sex
and love addict», redéfinie en Europe dans des
groupes de «self help» par le terme «DASA»
pour Dépendants Affectifs et Sexuels Ano-
nymes.

LES CARACTERISTIQUES DE LA DEPENDANCE


AFFECTIVE

La dépendance interpersonnelle est définie


comme une tendance 4 compter sur d’autres
personnes pour le dévouement, l’orientation, la
protection et le soutien, méme dans les situa-
tions ot un fonctionnement autonome est pos-
sible.

Selon le DSM-IV (2), le trouble de la person-


nalité dépendante se caractérise par un « besoin
général et excessif d’étre pris en charge qui
conduit 4 un comportement soumis et «collant»
et A une peur de la séparation, qui apparait au
début de l’Age adulte ect est présent dans des
contextes divers» (tableau I). R.F. Bronstein
(cité dans 3) a critiqué les critéres du DSM-IV,
et notamment les critéres 3 et 4 qui sont contre-
dits par des études montrant que les sujets
dépendants peuvent manifester leur désaccord

(1) Chargée de cours adjoint, Université de Liége,


Chef de Clinique, (3) Professeur Ordinaire, Université
de Liége, Chef de Service, Service de Psychiatrie et
Unité de Psychoneuroendocrinologie, CHU de Liége.
(2) Professeur, Université de Liege, Chef de Service
associé, Service de Psychiatrie, CHU de Liége.

et initier des projets (3).

Ce trouble est majoritairement le fait de


femmes. Lincidence varie de 0,3 % a7 % dans
la population générale.
340 Rev Med Liége 2013; 68 : 5-6 : 340-347

--- Page 2 ---


LA DEPENDANCE AFFECTIVE,

TABLEAU I. CRITERES DIAGNOSTIQUES DU TROUBLE DE LA


PERSONNALITE DEPENDANTE SELON LE DSM-IV

Besoin général et excessif d’étre pris en charge qui conduit 4 un com-


portement soumis et «collant» et a une peur de la séparation qui appa-
rait au début de Page adulle et est présente dans des contextes divers,

comme en témoignent au moins cing des manifestations suivantes

1) le sujet a du mal A prendre des décisions dans la vie courante sans


étre rassuré ou conseillé de maniére excessive par autrur

2) ila besoin que d’autres assument les responsabilités dans la plupart


des domaines importants de sa vie

3) ia du mal a exprimer un désaccord avec autrui de peur de perdie


son soutien ou son approbation
NB. ne pas tenir compte d’une crainte réaliste sans sanction

4) i] a du mal a initier des projets ou faire des choses seul (par manque
de confiance en son propre jugement ou en ses propres capacités plu-
t6t que par manque de motivation ou d’énergic)

5) il cherche outrance a obtemir le soutien et l’appur d’autrui, au point


de faire volontairement des choses désagréables.

6) il se sent mal 4 Paise ou impuissant quand i] est seul par crainte exa-
gérée d’étre incapable de se débrouiller

7) lorsqu’une relation proche s¢ termine, il cherche de maniére urgente


une autre relation qui puisse assurer les soins et le soutien dont il a
besoin

8) il est preoccupé de maniére irréaliste par la crainte de devour se


débrouiller seul

La dépendance émotionnelle affecte a la fois


les relations interpersonnelles et la sphere per-
sonnelle elle-méme, qui se traduit par (1) :

- le besoin d’étre approuvé par les autres;

- obsession de se lier a eux;

- Purgence avec laquelle est réclamée la pré-


sence de l’autre quelque frustrante que puisse
étre la relation;

- Péchange asymétrique d’affection, associé a


un vide émotionnel persistant;

- Vidéalisation de l’autre, somme toute mal


connu;
- Padoption de postures de soumission, asso-
ciée a l’annihilation progressive de soi-méme,
aun affaiblissement de l’estime de soi et a une
plus grande vulnérabilité a la maltraitance psy-
chologique et physique;

- des manifestations de «craving» et des fluc-


tuations dysphoriques de |’humeur au gré de
Vévolution de la relation.

Laddiction que la rencontre fait naitre


occupe une place centrale.

Sexuellement, la personne dépendante est


attirée par les situations problématiques ou qui
représentent un défi. Elle confond la peur et

Rev Med Liége 2013; 68 : 5-6 : 340-347

DE LA THEORIE DE L'ATTACHEM

l’attirance sexuelle, le sexe et la soumission, le


sexe et amour. La sexualité qu’elle offre vise
plus a satisfaire Pautre qu’elle méme (1).

En 1990, Livesley décompose la dépendance


affective en deux dimensions indépendantes:
Pangoisse affective (l’attachement en insécu-
rité) et la dépendance a l’autre qui associe une
faible estime de soi et le besoin de conseil et de
réassurance (4).

Bornstein (6)en 1993 a proposé une défini-


tion de travail de la dépendance pathologique.
Cette dépendance est un type ou un style de
personnalité caractérisé par quatre composantes
primaires : motivationnelle (besoin d’étre guide,
approuvé et soutenu par les autres), cognitive
(perception de soi comme peu efficace et peu
puissant et perception des autres comme puis-
sants et capables de contréler le devenir des
événements), affective (tendance a étre inquiet
quand il faut fonctionner de maniére autonome,
notamment quand ce fonctionnement peut étre
jugé par autrui), comportementale (tendance a
rechercher de laide, du support, de Vapproba-
tion auprés des autres). Dans une perspective
intégrée, il considére que trois facteurs contri-
buent au développement d’un trouble de la per-
sonnalité dépendante : des facteurs familiaux,
culturels et sociétaux (5).

Christophe Versaevel (5) a proposé récem-


ment un modéle intégratif, dimensionnel et
évolutif de la dépendance affective considérée
comme un ensemble de manifestations patho-
logiques par leur intensité de dimensions nor-
males de la personnalité. Il a mis en évidence
des facteurs favorisant la dépendance affec-
tive comme la vulnérabilité de l’estime de soi
héritée du passé, et des facteurs fragilisants
(conflits, ruptures, pertes, dépressions) qui, sui-
vant le mécanisme relationnel utilisé, seraient
lié a la personnalité histrionique, borderline ou
dépendante.

LES ORIGINES DE LA DE
AFFECTIVE

ENDANCE

'T AUX DEFICITS DANS


LES FAMILLES

Deux orientations sont apparues a partir de


la conception psychanalytique classique ot la
dépendance est expliquée par les avatars du
développement du stade oral : la théorie de
la relation d’objet et la théorie éthologique de
attachement (3). La théorie de relation d’ objet
met I’accent sur la phénoméne de séparation-
individuation proposé par Margaret Mahler

341

--- Page 3 ---


(cité dans 3) et sur le développement de la
conception de soi. La relation mére-enfant y
représente le prototype de la future relation du
sujet avec les autres. Le sujet se sentirait attiré a
l’Age adulte par des personnes qui lui rappelle-
ront, sous certains aspects, son pére ou sa mére.

J. Bowlby (cité dans 7) suggére que la qua-


lité des expériences de l’enfant avec sa mére
détermine des schémes cognitifs qui filtrent les
expériences et influencent les réponses com-
portementales futures. La théorie de I’attache-
ment de Bowbly soutient que la qualité du lien
mére-enfant détermine le sentiment de sécurité
lié a Vattachement. Les travaux éthologiques
sur le phénoméne de |’empreinte de C. Lorenz
(cité dans 7), ceux de H.F. Harlow (cité dans
7) sur la déprivation maternelle ont étayé cette
théorie. attachement fait référence a des rela-
tions privilégiées dont |’étre humain a besoin
pour son développement psychique. Il com-
porte cing dimensions : la peur de perdre l’objet
d@attachement, le besoin d’affection, le besoin
de proximité, le sentiment de sécurité avec la
présence physique de l’objet d’attachement et
la protestation a la séparation (6).

Pour Ainsworth, |’attachement est un lien


affectif dirigé vers une personne, en particulier,
alors que la dépendance est une réponse plus
générale non dirigée vers une personne (cité
dans 3).

Des ratés dans la nature des relations pri-


mordiales peuvent transformer un attachement
lié par la sécurité en attachement lié par l’in-
sécurité. La dépendance pourrait étre définie
par le rapport d’une personne tributaire a une
autre avec un attachement lié par l’insécurité.
La dépendance comprend la recherche d’atten-
tion, d’approbation et d’aide, la déférence et
humiliation (7). enfant s*imprégnerait ainsi
d’un modéle affectif et c’est ce modéle qui lui
dictera le mode de relation qu’il aura avec les
autres, ainsi que le choix de son partenaire.

En outre, les parents qui ont des comporte-


ments surprotecteurs ou trés autoritaires auraient
des enfants qui présentent des taux élevés de
dépendance. Cette protection excessive ne leur
aurait pas permis de développer leur autono-
mie et leur sentiment de compétence sociale.
La dépendance est alors comprise comme un
défaut de maturation, une difficulté de sépara-
tion, une incapacité a tolérer l’absence (7). La
dépendance implique une identité déficiente.
Outre la surprotection, les carences affectives
subies de leurs parents relévent de la discrimi-
nation, de l’indifférence, de l’autovictimisation
et de la tyrannie.

342

G. SCANTAMBURLO ET COLL.

LES STR:

SOCIO-E:

VIRONNEMENTAUX

Il serait malvenu de faire croire que l’origine


des maux est a rechercher uniquement dans le
terreau fertile des dysfonctionnements fami-
liaux de Penfance (1).

La confrontation 4 des événements de vie qui


altérent Pestime de soi comme la maltraitance
(abandon), les agressions sexuelles, le deuil,
une maladie grave (6), constitue un terrain de
vulnérabilité vers la dépendance. Certaines
études suggérent qu’une privation socio-émo-
tionnelle ou un traumatisme émotionnel durant
la petite enfance pourraient engendrer des
«cicatrices» au niveau préfronto-limbique (8).
En effet, les dysfonctions développementales
résultent d’une interaction complexe entre fac-
teurs génétiques et environnementaux liés au
stress psycho-social. Les études de dépriva-
tion chez l’animal postulent que des facteurs
psychologiques épigénétiques laisseraient
une «empreinte» sur les circuits neuronaux.
Ces changements épigénétiques affecteraient
spécifiquement la fonctionnalité du systéme
préfronto-limbique, essentiel pour les com-
pétences intellectuelles et émotionnelles. La
premiére et la plus importante des expériences
émotionnelles demeure le lien entre le nou-
veau-né et sa figure d’attachement. Katharina
Braun (8) émet l’hypothése qu’une réorganisa-
tion synaptique précoce refléterait la formation
dun modéle émotionnel principal qui établi-
rait le substrat neuronal des réactions émotion-
nelles d’un individu au cours de la vie. Les
circuits neuronaux synaptiques s’adapteraient
a un environnement hostile, une négligence
émotionnelle ou des expériences traumatiques
qui sous-tendraient l’étiologie de troubles
mentaux. Les altérations au niveau préfronto-
limbique durant Venfance et l’adolescence
pourraient causer des anomalies de perception
de environnement psychosocial et évoquer
une réponse comportementale inadaptée, qui
induirait des modifications synaptiques. Si la
prédisposition génétique peut étre considérée
comme irréversible, les marques épigénétiques
liées a l’influence de l'environnement, en par-
ticulier durant les premiers moments de la vie
(en ce compris la vie foetale) sur l’expression
des génes, ne le sont pas nécessairement (9).

Il est maintenant démontré, chez homme,


que des expériences de stress précoces peuvent
entrainer des altérations définitives au niveau
de la mise en place et de la stabilisation des
systémes régulateurs de la réponse de l’orga-
nisme au stress, en particulier au niveau du
systéme CRH/axe corticotrope. Ces trauma-

Rev Med Liége 2013; 68 : 5-6 : 340-347

Vous aimerez peut-être aussi