Thème : Le journalisme français en crise ?
concentration des médias et précarité du
métier de journaliste : deux obstacles majeurs au pluralisme de l’information
I. Introduction
a. Le problème et son contexte
Selon le rapport Digital News Report 2024 de l'Université d'Oxford, la confiance des
Français envers les médias est alarmante : seulement 30 % d'entre eux jugent les informations
fiables, un chiffre bien en dessous de celui de la Finlande, qui atteint 69 %. Ce phénomène
mondial est exacerbé par la montée des plateformes numériques et des réseaux sociaux, ainsi
que par des contextes politiques et sociaux de plus en plus polarisés, qui ont favorisé la
diffusion de la désinformation et érodé la confiance du public envers les sources
d'information traditionnelles. En fait, depuis le mouvement des Gilets jaunes, les médias sont
déjà souvent critiqués d’étre une sorte de support de l'élite française, et les journalistes sont
perçus comme éloignés des réalités locales, préférant depuis les plateaux télé à Paris plutôt
que d’aller sur la France des ronds-points. Aux sens globales, on remarque du sentiment de
manipulation sur les médias de plus en plus ressenti. Si l'intelligence artificielle a créé des
outils utiles pour les journalistes, elle a également permis aux diffuseurs de fausses
informations de produire des contenus trompeurs à une échelle sans précédent. En France,
cette méfiance s'explique particulièrement par la perception d'un manque d'indépendance des
médias face aux pressions politiques et financières. La concentration des médias et la
précarisation des journalistes contribuent également à cette situation. Historiquement, des
personnes puissantes et riches ont acquis des journaux, des stations de radio, des chaînes de
télévision, et plus récemment, des réseaux sociaux, pour accroître leur influence et
promouvoir leurs propres agendas. Les journalistes de ces entreprises doivent résister à toute
tentative d'influence sur leur couverture de l'actualité. Si les propriétaires de médias
souhaitent un espace pour exprimer leurs opinions, ils disposent des pages d'opinion et
d'éditoriaux.
Dans cet article, on va débarder l’importance sur la crédibilité et la fiabilité de
l'information. Aujourd’hui, les médias les plus dignes de confiance ne sont pas
nécessairement ceux qui sont les plus fiables. Soit on est conscient ou pas, nos opinions sont
façonnées par nos environnements social et culturel, et il est crucial de reconnaître que nos
perceptions sont influencées par ce qu’on consomme. Alors, pourquoi cela importe-t-il pour
nous, citoyens, dans notre rôle de sentinelles ? Dans le livre L'information est un bien public,
comme le souligne Julia Cagé : l'accès à une information indépendante et diversifiée est
essentiel au bon fonctionnement de la démocratie. Pour elle, les intérêts particuliers de
quelques propriétaires de médias ne doivent jamais primer sur ceux de 67 millions de
Français. Avant de proposer de nouveaux modèles et des règles visant à démocratiser la
gouvernance des médias, il est essentiel de surmonter cette défiance et de clarifier la
situation.
b. Définitions des termes
La concentration des médias désigne le regroupement d'entreprises sous un nombre
restreint de propriétaires et des grandes groupes (e.g. Vivendi qui possède Canal+ et Le
Monde, Lagardère : Le Journal du Dimanche et Paris Match, Altice : RMC Découverte et
BFMTV, TF1,etc.) On parle de concentration verticale lorsque une entreprise contrôle
l'ensemble de la chaîne de valeur d'un produit. Dans le cas des médias, cela signifierait qu'une
entreprise possédant un journal contrôlerait également les imprimeries et les réseaux de
distribution, ou même les écoles du journalisme et leur formations. La concentration
horizontale, en revanche, fait référence à une entreprise possédant plusieurs médias. Selon
une commission d'enquête du Sénat, la concentration des médias fragilise la crédibilité de
l'information en menaçant l’indépendance du couvertures de journalistes. Les médias sont de
plus en plus perçus comme étant trop proches du pouvoir politique et des annonceurs.
D’ailleurs, la crise de la presse a également entraîné une réduction du nombre de journalistes
et une précarisation de leur métier, souvent remplacés par des "chargés de contenus" aux
profils axés sur la communication ou le marketing, qui pose un impacte sur la diversité du
voix. Cette concentration mène à une uniformisation de l'information, et l'investigation sur
des sujets économiques ou politiques sensibles tend à disparaître.
De plus, les équilibres économiques sont menacés. Par exemple, le projet abandonné de
fusion entre TF1 et M6 en 2021 pourrait donner naissance à un géant représentant 41,5 % de
l’audience et 75 % du marché publicitaire télévisé. La possible union de Vivendi et Lagardère
créerait un acteur dominant dans le secteur de l’édition. Dans des démocraties comme la
France, l'indépendance et la diversité des médias sont considérées comme essentielles pour
garantir le pluralisme, ce qui conduit à des régulations spécifiques pour encadrer ces
concentrations. Ces dynamiques de concentration sont également liées à l'essor des réseaux
sociaux et des moteurs de recherche, devenus des sources d'information privilégiées,
notamment pour les jeunes. Ces plateformes agissent presque comme des éditeurs, mais sans
les obligations qui leur incombent. Elles captent une part croissante des recettes publicitaires,
mettant en péril la survie des médias traditionnels. Le streaming, avec des géants comme
Netflix et Amazon, transforme également la consommation de contenus culturels, proposant
une offre de qualité et facilement accessible.
Indépendance
Pour des journalistes en pratique, l'indépendance est un principe fondamental des
codes de déontologie à travers le monde. Elle est essentielle pour garantir une couverture
impartiale, équilibrée et juste, sans être influencée par des gouvernements, des partis
politiques ou des intérêts particuliers. D’autre côté, l'indépendance éditoriale ne doit pas être
compromise par une dépendance financière à des annonceurs majeurs, que ce soit en
étouffant des reportages négatifs ou en publiant des contenus flatteurs. Les annonceurs
doivent être considérés comme n'importe quel autre sujet de reportage.
c. Cadre conceptuel
1. La ligne éditoriale et son importance
La ligne éditoriale constitue l’identité d’un média, englobant l’ensemble des décisions
rédactionnelles prises par les journalistes lors des conférences de rédaction. Chaque média
possède une ligne éditoriale distincte, qui influence le choix des sujets abordés, les angles
d’approche retenus, ainsi que la hiérarchie de l’information. Cela signifie que certaines
informations peuvent être mises en avant ou, au contraire, minimisées en fonction de leur
importance jugée par le média. La définition d’une ligne éditoriale varie. Premièrement, la
thématique générale de la publication, qu'elle soit spécialisée ou généraliste, joue un rôle
crucial. Ensuite, le public cible détermine également la tonalité et la nature des contenus, car
les attentes et les besoins d’un jeune public ne sont pas les mêmes que ceux d’un public plus
âgé. Enfin, les orientations idéologiques ou les valeurs défendues par le média influencent
fortement les choix thématiques ; par exemple, un média engagé politiquement ne mettra pas
en avant les mêmes sujets qu’un autre qui se veut neutre. Ces éléments permettent de traiter
l’actualité de manière variée, influençant ainsi la perception du public.
2. Les dangers du monopole de l’information
Le pluralisme des médias est un principe fondamental garantissant la diversité des
opinions et des informations disponibles au public. Comme on a mentionné, le manque de
pluralisme peut mener à une concentration des voix médiatiques, créant ainsi un risque
d’uniformité dans les discours, de restreindre la diversité des points de vue et limiter l’accès à
une information complète et équilibrée.
3. Les relations ambivalentes entre médias et pouvoir
L’histoire de l’agence Havas, considérée comme la première agence de presse au monde,
illustre bien les conséquences d’un tel monopole. Fondée par Charles-Louis Havas au début
du XIXe siècle, l’agence a rapidement devenu la source principale d’actualités. Ce pouvoir a
suscité des critiques, l’agence étant accusée de servir les intérêts des milieux de pouvoir et de
contribuer à des campagnes de désinformation. Pendant la Seconde Guerre mondiale, cette
relation s’est intensifiée lorsque Havas a été transformée en Office français d’information
(OFI) sous le régime de Vichy, poussant de nombreux journalistes à quitter l’agence pour
préserver leur intégrité professionnelle. En 1944, des résistants ont pris le contrôle de l’OFI
pour fonder l’Agence France-Presse (AFP), qui demeure aujourd'hui une source
d'information essentielle pour les médias français. On apprends de comment l’agence Havas a
pris le contrôle d’une grande partie de la presse quotidienne, rendant les journaux dépendants
de ses informations et de ses ressources financières. Cette dépendance a conduit à une
situation où les journaux se sont vus contraints de publier uniquement ce que le
gouvernement autorisait, limitant ainsi leur capacité à informer le public de manière
indépendante. L'Office de radiodiffusion-télévision française (ORTF), créé en 1964, avait
pour mission de gérer la production et les émissions de radio et de télévision publiques en
France. Bien qu'elle ait été plus indépendante que ses prédécesseurs, l'ORTF a été critiquée
pour son manque de neutralité. La concentration des pouvoirs dans cette institution a soulevé
toujours des questions sur l’impartialité des programmes audiovisuels, surtout lorsque le
gouvernement était à l’initiative de l’ensemble de l’information diffusée.
II. État du champ
a. Le cas Bolloré : Un personnage du polémique
Vincent Bolloré illustre comment la concentration des médias peut influencer les lignes
éditoriales. D’abord, au Cameroun, ses entreprises ont été au cœur de plusieurs enquêtes
judiciaires, notamment sur des allégations de corruption et de détournements de fonds.
Bolloré semble mal supporter que ses affaires au Cameroun soient couvertes par les
médias ; il a même poursuivi Mediapart pour un article intitulé « Comment le groupe Bolloré
a ruiné deux entrepreneurs camerounais », mais a perdu son procès en octobre 2022. Dans ce
contexte, Bolloré incarne bien la notion de « Françafrique », définie par Issa N'Diaye comme
un système favorisant les intérêts français au détriment des populations africaines, perpétuant
ainsi des structures héritées de la colonisation. À la fin de 2022, Bolloré a vendu Bolloré
Africa Logistics et ses terminaux portuaires africains à la Mediterranean Shipping Company
pour 5,7 milliards d'euros. Cependant, il reste actif en Afrique à travers le Groupe Vivendi,
qui comprend Canal+, Havas Média et des services d'internet à haut débit. Pour conserver son
influence, Bolloré entretient des liens avec des figures politiques, ayant même invité Nicolas
Sarkozy sur son yacht. Il a également construit un vaste empire médiatique pour contrôler
l'information, promouvoir ses idées, censurer ses opposants et soutenir des personnalités
politiques. Actuellement, Vincent Bolloré possède Vivendi, qui détient le Groupe Canal,
incluant les chaînes Canal+, C8 et CNews, ainsi que divers magazines comme Capital et
National Geographic. Il est aussi actionnaire majoritaire de Lagardère, qui possède le Journal
du Dimanche et Europe 1. Le contrôle de l'information par Bolloré est manifeste, avec des
cas de censure dénoncés par Reporters Sans Frontières. À CNews, il a imposé un style qui a
conduit à des grèves significatives, comme celle de 2016 à ITélé, en réaction à l'arrivée de
Jean-Marc Morandini, sous enquête pour des accusations graves. Malgré sa condamnation en
2022, Morandini continue de travailler sur la chaîne. En 2024, C News a diffusé une
infographie polémique affirmant que l'avortement était la première cause de mortalité dans le
monde. Étant en pleine comission d’enquête, Bolloré le justifie en racontant son histoire avec
sa ex-femme. En 2014, Eric Zemmour avait perdu plusieurs émissions après des propos
controversés, mais en 2019, Bolloré lui a permis de revenir à l'antenne sur Face à l'Info,
renforçant ainsi sa notoriété. Christine Kelly, dont les convictions religieuses influencent la
programmation, a contribué à un ton de droite intégriste sur CNews, avec des émissions aux
thèmes évangélistes. L'arrivée de Bolloré à CNews a également coïncidé avec le lancement
de L'Heure des Pros, une émission ancrée à droite, animée par Pascal Praud, qui a suscité des
tensions internes et des licenciements pour « déloyauté ». De même, à Europe 1, il a imposé
des journalistes issus de l’extrême droite, comme Louis de Raguenel. Au Journal du
Dimanche, Bolloré a tenté d'y placer Geoffroy Lejeune, ce qui a provoqué une grève de
quarante jours des journalistes. Ceux-ci ont dénoncé la ligne éditoriale de Lejeune, jugée
nuisible. Malgré cela, la grève a été finalement levée, une nouvelle victoire pour Bolloré, qui
a également racheté Prisma Média en 2021, entraînant une dégradation des conditions de
travail pour les employés de plusieurs titres.
b. La précarisation des journalistes
Selon Jean-Marie Charon dans « Jeunes journalistes - L'heure du doute », le métier de
journaliste est de plus en plus précarisé. Près d’un journaliste sur trois doit compléter ses
revenus par des activités extérieures, alors que les salaires varient considérablement : 12 %
des journalistes gagnent moins que le SMIC, tandis que 46 % perçoivent entre 20 000 et 40
000 euros par an. La tendance à diversifier les statuts de travail, notamment chez les
nouveaux médias, permet aux employeurs de réduire leurs charges patronales, mais cela
expose les journalistes à une précarité accrue. Bien que 62 % des journalistes soient en CDI,
un nombre croissant d’entre eux se retrouve en tant que pigistes ou auto-entrepreneurs,
rendant l’obtention de la carte de presse de plus en plus difficile. Cette situation se traduit par
une protection sociale insuffisante : 2,5 % des journalistes n'ont aucune couverture sociale et
13 % n'ont pas de mutuelle. Les pigistes, en particulier, souffrent de la stagnation des tarifs
alors que leurs charges augmentent, et ils se voient souvent contraints de produire du contenu
pour le web sans rémunération supplémentaire. D’autres optent pour la "pige choisie", qui
demande expérience et réseaux, ou rejoignent des collectifs de journalistes. Ces collectifs
permettent entraide, mutualisation des ressources et réalisation de projets ambitieux, bien
qu’ils n’offrent pas de sécurité financière. Finalement, Si l’atmosphère de doute est partagée
par bon nombre de jeunes journalistes, elle reflète aussi une interrogation plus large sur le
rôle des médias dans la société actuelle, sur la valeur de l’information et sur la perception,
parfois négative, de leur métier par le public.
c. La question de la formation des jeune journalistes
Les enquêtes montrent que les journalistes suivent des études de plus en plus longues.
Titulaires de carte de presse en 2018 avaient un niveau supérieur ou égal à bac +4. Selon les
enquête, beaucoup d’étudiants suivent des formations d’info com, géographie, histoire,
sciences politiques, avec une forte baisse pour les formations en lettre, langues étrangères,
éco gestion. Les places dont donc de plus en plus centrale pour les sciences humaines et
sociales et manque de certaines disciplines (économie, sciences exactes). Cependant, le
niveau global des professionnels de l’information est meilleur comme la distance culturelle
entre journalistes et les politiques, ou encore le milieu intellectuel se réduit. Mais constat à
nuancer : les connaissances acquises par les étudiants en école seraient superficielles et pas
suffisantes pour comprendre de complexité des enjeux. Même si les écoles de journalisme se
lient aux universités et laboratoires de recherches, elles proposent que des cours pratiques,
peu de savoirs académiques. Dans les écoles de J on apprend : histoire des médias, vie
politique et économique, fonctionnement du monde judiciaire… Mais pour Rémi Rieffel dans
le livre « L’empire médiatique sur le débat d’idées », ces enseignements sont dispensés de
façon inégale. Pour Denis Ruellan, la vocation technicienne et instrumentale de l’info serait
survalorisée : les intervenants seraient surtout des journalistes professionnels qui reproduisent
les discours de la profession, enseignent les outils d’écriture, afin de rendre les étudiants
opérationnels et employables. Il est souvent reproché aux écoles de produire des journalistes
formatés.
Mais pour Rieffel, les capacités réflexives des étudiants existent bien, les écoles
privilégient surtout l’employabilité des étudiants. Condition d’institutionnalisation des écoles
car concu avec d’autres formations. Pour Chupin : les écoles de journalisme n’ont pas réussi à
mettre fin à la formation sur le tas ni à la cooptation comme le savoir enseigné répond à un
modèle positiviste de l’info plutôt qu’analytique du monde social.
d. Des effectifs plus nombreux mais un groupe social fragilisé
Julia Cagé a également observé une diminution des effectifs de journalistes en France.
Souvent, les journalistes quittent la profession : 40 % d'entre eux abandonnent après 7 ans, et
70 % des journalistes de moins de 30 ans se trouvent en situation de précarité. Ces départs,
selon Charon, sont liés à des questions existentielles et à une remise en question de la
profession, souvent perçue négativement par le public. Les jeunes journalistes sont souvent
décrits comme ayant une vision idéalisée du métier, mais ils anticipent également la précarité
à laquelle ils ne peuvent échapper.
La perception du métier varie : contact avec les gens, enquête, journalisme de bureau,
métiers du numérique... Le journalisme repose sur l’adaptabilité et la polyvalence, nécessitant
des compétences variées, comme la rédaction d'articles pour différents supports et la
réalisation de podcasts ou de vidéos. Dans les entreprises médiatiques, la rationalité
économique est devenue la norme, surtout durant les crises, favorisant un managérialisme qui
fait pression sur la vocation journalistique de servir la démocratie et le bien commun. Cela
entraîne une précarisation de l’activité, transformant les journalistes en une force de travail
bon marché, ce que Samuel Bouron appelle la "zone grise" du journalisme, où l’idée que tout
le monde peut être journaliste se répand.
Enfin, l’augmentation du nombre de journalistes s’est accompagnée d’une
féminisation de la profession : 33 % de femmes en 1990, 39 % en 1999, 48 % en 2019.
Toutefois, cela masque des inégalités de revenus et de trajectoires professionnelles entre les
genres. La présence des femmes varie également selon les médias ; elles sortent plus
facilement de la profession, occupent moins de postes hiérarchiques et sont souvent assignées
à des sujets dits "sociaux" ou "culturels", tandis que les "Hard News" sont généralement
réservées aux hommes.
e. Homogénéité des profils et des conditions de travail, homogénéité des cadrages ?
Les journalistes exercent un véritable pouvoir de sélection, souvent décrit comme le
gatekeeping, qui leur permet de hiérarchiser et de cadrer les événements. Ce rôle central dans
la construction des idées et le traitement de l’information leur confère une responsabilité
immense. En choisissant d’angler un sujet, en privilégiant certains faits plutôt que d’autres,
ils façonnent notre vision de la réalité. Ce cadrage peut, selon les cas, accentuer ou minimiser
des aspects cruciaux d’un problème. Face à l’homogénéité sociale des journalistes et aux
conditions dans lesquelles ils travaillent, peut-on vraiment parler d’une diversité dans les
produits journalistiques aujourd’hui ? N’assiste-t-on pas à une uniformisation du traitement
de l’information ?
Il est fort probable que la disposition sociale des journalistes influence leur perception
du monde, leurs goûts culturels et leurs centres d’intérêt. Erik Neveu évoque même un «
conformisme inconscient » parmi ces professionnels, ainsi qu’une « incapacité consciente » à
développer une empathie pour les quartiers populaires. Ce phénomène contribue à un
traitement souvent homogène dans les médias. Samuel Bouron ajoute que les écoles de
journalisme portent aussi une part de responsabilité dans cette dynamique. Elles forment les
étudiants à aborder les sujets selon des angles jugés acceptables, c’est-à-dire distincts et
complémentaires de ceux des médias concurrents. Ainsi, les journalistes s’habituent à
interroger certaines sources — chercheurs, représentants politiques, responsables syndicaux
— tout en intégrant un sens des limites de ce qui est acceptable dans leur pratique
professionnelle. Cette analyse sociologique et critique du travail journalistique n’est pas
nouvelle, mais elle reste au cœur des débats sur les médias, tant en France qu’à
l’international. Les enjeux de diversité et d’empathie dans le journalisme sont plus que jamais
d’actualité, appelant à une réflexion profonde sur la manière dont l’information est produite
et diffusée.
Reuters Institute for the Study of Journalism. (2024). Digital news
report 2024. University of Oxford. [Link]
news-report/2024