Le 20 novembre 2024
Véhicules électriques : rester cohérent Lexique
Le soutien annoncé du gouvernement français au lobby automobile pour
demander un sursis dans la transition du thermique à l’électrique risque
d’ouvrir la boîte de Pandore au moment où la configuration politique est
nettement moins favorable au pacte vert.
Le lobby automobile a réussi à convaincre le gouvernement français de peser
de tout son poids auprès de la Commission européenne pour assouplir les
règles de réduction des émissions de CO 2 des véhicules. Le ministre de
l’économie a annoncé, lundi 4 novembre, dans Les Echos, qu’il demanderait à
Bruxelles de ne pas appliquer les pénalités prévues en cas de non-respect des
nouvelles normes qui doivent entrer en vigueur dès 2025.
Le durcissement de la norme CAFE (Corporate Average Fuel Economy) vise à
abaisser de 15 % le niveau moyen d’émissions de CO2 par kilomètre et par
voiture vendue par rapport à 2021. Les constructeurs qui n’atteindraient pas
cet objectif sont passibles d’amendes pouvant se chiffrer en milliards d’euros.
Ceux-ci font valoir que les perspectives du marché du véhicule électrique (VE)
ont changé par rapport à l’époque où ce cadre normatif a été décidé. Après
avoir fortement augmenté, les ventes ont ralenti ces derniers mois. Ce trou
d’air pourrait forcer des marques comme Volkswagen (VW) ou Renault à
renoncer à commercialiser des véhicules à combustion thermique pour faire
baisser leur moyenne au détriment de leur rentabilité et de l’emploi.
La position française visant à accorder un sursis à l’industrie pourrait être
décisive, car l’Allemagne, l’Italie et plusieurs pays d’Europe de l’Est ont déjà
fait part à Bruxelles de leurs inquiétudes à propos de la mise en œuvre de ces
sanctions.
Une règlementation adaptée
Les constructeurs ont beau jeu de demander à la Commission de faire preuve
de pragmatisme, au moment où le secteur entre dans une passe difficile. VW
s’apprête à fermer trois usines et à supprimer des dizaines de milliers
d’emplois, tandis que beaucoup d’acteurs de la filière ont abaissé leurs
perspectives de rentabilité.
La réalité du secteur est pourtant loin d’être uniforme. Certains comme
Stellantis (Peugeot, Citroën, Fiat, Opel) ou BMW n’auront aucun mal à
Le 20 novembre 2024
respecter la norme CAFE, ce qui prouve que la réglementation était adaptée à
la capacité des constructeurs à baisser leurs émissions de CO 2. Encore fallait-il
tout mettre en œuvre pour y parvenir.
Certains ont préféré vendre davantage de gros véhicules à fortes marges
plutôt que de développer une gamme de petits modèles plus abordables,
compatibles avec les exigences de Bruxelles. Par exemple, Renault arrive
tardivement sur ce marché avec sa R5 électrique à 34 000 euros. Dans ces
conditions, difficile d’attirer suffisamment de clients vers les VE pour atteindre
les nouvelles normes.
Même si le gouvernement français assure ne pas vouloir remettre en cause la
trajectoire de décarbonation et l’échéance de 2035 sur la fin du moteur
thermique, sa demande d’assouplir la réglementation CAFE va à rebours de sa
stratégie nationale bas carbone. Dans les transports, le secteur le plus
polluant avec un tiers des rejets, l’objectif est de réduire les émissions de 31 %
d’ici à 2030 grâce à la hausse des ventes de VE, qui doivent représenter deux
ventes sur trois. Pour y parvenir, rester cohérent et constant est
indispensable.
La France risque par ailleurs d’ouvrir la boîte de Pandore au niveau européen,
au moment où la configuration politique est nettement moins favorable à la
poursuite de la mise en œuvre du pacte vert. Certains au Parti populaire
européen sont prêts à s’allier avec l’extrême droite pour détricoter les lois les
plus contraignantes. Or la transition énergétique se trouve à un moment
crucial. Bruxelles doit se garder d’encourager une dynamique qui pourrait finir
par vider de sa substance le pacte vert et faire prendre un retard considérable
à la décarbonation.