KF/RAO/GS AUDIENCE PUBLIQUE ORDINAIRE
REPUBLIQUE DE CÔTE D’IVOIRE
------------------- DU JEUDI 13 JANVIER 2022
COUR D’APPEL DE COMMERCE -----------------------
D’ABIDJAN
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N°767/2021 La Cour d’Appel de Commerce d’Abidjan, en son
----------------- audience publique ordinaire du jeudi treize janvier de
ARRET
l’an deux mil vingt et deux tenue au siège de ladite
CONTRADICTOIRE
du 13/01/2022 Cour, à laquelle siégeaient :
---------------------- Docteur KOMOIN François, Premier Président de la
1Ere CHAMBRE
Cour d’Appel de Commerce d’Abidjan ;
--------------------
Affaire : Madame BAI Z. Aimée Danielle épouse SAM,
Messieurs DELAFOSSE René, BERET-DOSSA
Monsieur K. B
Adonis et KOIZAN Guy, Conseillers à la Cour,
(SCPA DOUMBIA-BAMBA-KODJO-AKA
& Associés) Membres ;
Contre Avec l’assistance de Maître KOUAME Kouamé
Narcisse, Greffier ;
La Société Banque Régionale des
Marchés (Cabinet KS & Associés)
A rendu l’arrêt dont la teneur suit dans la cause ;
-------------------
ARRET :
------------------ ENTRE :
CONTRADICTOIRE
------------------------
Monsieur K. B, né le 29 juin 1975 à Abengourou, de
Déclare recevable l’appel de Monsieur nationalité ivoirienne, demeurant à Grand-Bassam,
KPLA Bertrand interjeté contre le Rosiers Cocoteraie 4, 01 BP 12408 Abidjan 01 ;
jugement N° 0644/2021 rendu le 29 avril
2021 par le Tribunal de Commerce
d’Abidjan ; Appelant,
L’y dit bien fondé ;
Représenté et concluant par son Conseil, la SCPA
Infirme la décision entreprise en toutes DOUMBIA-BAMBA-KODJO-AKA & Associés, Avocats à
ses dispositions ;
la Cour, sise à Abidjan-Cocody, Deux Plateaux Aghien,
Statuant de nouveau : Las Palmas, Concession SICOGI, Bâtiment L, 2ème étage,
porte 139, Tel : 27 22 50 46 64, info@[Link] ;
Condamne la société BRM SA à payer à
Monsieur K. B la somme brute de
105.000.000 F CFA au titre de la D’UNE PART ;
rémunération de l'exercice du mandat
social, aussi que les intérêts de droit de
ET
cette somme calculés au taux légal, à titre
de dommages-intérêts ; La Société Banque Régionale des Marchés, société
anonyme avec Conseil d’administration, au capital de
Condamne la société BRM SA aux dépens
de l’instance ; [Link] F CFA, RCCM SN DKR 2006 B 811, dont
le siège social est sis à Dakar, 14 Avenue Birago Diop,
Point E, immeuble FOCUS ONE, BP 32040 DAKAR
PONTY, tel : +221 33 889 60 80 ; fax : +221 33 44 63,
représentée par le Directeur Général, Madame NIANG
1
SARR Safietou, prise en la personne de Madame DIENE
Germaine, Directeur Général Adjoint, responsable de la
succursale BRM Côte d’Ivoire, sise Abidjan, Plateau,
Avenue du Docteur CROZET , Boulevard de la
République, face stade Felix Houphouët BOIGNY,
Immeuble XL, RCCM CI-ABJ-2015-B-580, 17 BP 106
Abidjan 17 ;
Intimée représentée et concluant par son Conseil, le
Cabinet KS & Associés, Association d’avocats près la Cour
d’appel d’Abidjan, y demeurant, Abidjan, Cocody, II
Plateaux, ENA, rue J 19, 01 BP 640 Abidjan 01, Tel : 27 22
41 10 92/51, fax : 27 22 41 09 81,
ksassocies@[Link] ;
D’AUTRE PART ;
Sans que les présentes qualités puissent nuire ni
préjudicier en quoi que ce soit aux droits et intérêts
respectifs des parties en cause, mais au contraire et
sous les plus expresses réserves des faits et de droit ;
Le tribunal de commerce d’Abidjan a rendu le 29 avril
2021 un jugement RG N° 0644/2021 en ces termes :
« Statuant publiquement, contradictoirement et en
premier ressort ;
Rejette la fin de non-recevoir soulevée ;
Reçoit Monsieur K. B en son action principale et la
société BANQUE REGIONALE DES MARCHES en sa
demande reconventionnelle ;
Les y dit chacun mal fondés ;
Les en déboute ;
Dit que la demande d’exécution provisoire est sans objet ;
Condamne Monsieur K. B aux entiers dépens de
l’instance » ;
Par exploit du 10 septembre 2021 de Maître N’DRI
Niamkey Paul, commissaire de justice à Abidjan,
Monsieur K. B a interjeté appel contre le jugement sus
énoncé et assigné la société BANQUE REGIONALE DES
MARCHES à comparaître par devant la Cour de ce siège
pour s’entendre infirmer ladite décision ;
2
Enrôlée sous le N° 767/2021 du rôle général du greffe
de la Cour, l’affaire a été appelée le 14 octobre 2021 ;
Une instruction a été ordonnée, confiée à Madame
RAMDE Assetou épouse OUATTARA, Conseiller
rapporteur, et la cause a été renvoyée au 18 novembre
2021 ;
Cette mise en état a fait l’objet d’une ordonnance de
clôture N°356/2021 du 08 novembre 2021 ;
A la date de renvoi, la cause a été mise en délibéré pour
le 13 janvier 2022 ;
Advenue cette audience, la Cour vidant son délibéré, a
rendu l’arrêt dont la teneur suit :
LA COUR
Vu les pièces du dossier ;
Vu l’ordonnance de clôture en date du 08 novembre
2021 du conseiller rapporteur ;
Ouï les parties en leurs demandes, fins et conclusions ;
Après en avoir délibéré conformément à la loi ;
FAITS, PROCÉDURE, PRÉTENTIONS ET
MOYENS DES PARTIES
Par exploit en date du 10 septembre 2021, Monsieur
KPLA Bertrand a interjeté appel du jugement N°
0644/2021 rendue le 29 avril 2021 par le Tribunal de
Commerce d’Abidjan, dont le dispositif est le suivant :
« Statuant publiquement, contradictoirement et en
premier ressort ;
Rejette la fin de non-recevoir soulevée ;
Reçoit Monsieur K. B en son action principale et la
société BANQUE REGIONALE DES MARCHES en sa
demande reconventionnelle ;
Les y dit chacun mal fondés ;
3
Les en déboute ;
Dit que la demande d’exécution provisoire est sans
objet ;
Condamne Monsieur K. B aux entiers dépens de
l’instance » ;
Il est constant tel que résultant des faits que le 5 avril
2018, Monsieur K. B a été engagé par la société
BANQUE REGIONALE DES MARCHES SA dite BRM
SA en qualité de directeur des financements structurés ;
que le 15 avril 2019, par une décision du conseil
d'administration, il a été désigné comme directeur
général adjoint de la succursale de la Cote d'Ivoire dite
BRM CI ; cette décision lui a été notifiée le 15 octobre
2019 ainsi que les conditions d’exécution de son
mandat, de sa rémunération et des avantages en nature
dont il bénéficiait ; cependant, le 18 décembre 2020 il
était informé de la révocation de son mandat social en
date du 17 décembre 2020 ;
Estimant que sa rémunération au titre du mandat
social n’avait pas été payée durant son exercice,
Monsieur K. B assignait la BRM SA devant le Tribunal
de Commerce d’Abidjan, donnant lieu à la décision
entreprise ;
En cause d’appel, Monsieur K. B sollicite de la Cour de
céans :
- déclarer son appel recevable pour être intervenu
dans les forme et délai légaux ;
- infirmer le jugement n° 0644/2021 du 29 avril 2021
rendu par le Tribunal de Commerce d'Abidjan ;
- constater qu’il a été directeur général adjoint de
la société BANQUE REGIONALE DES
MARCHES SA dite BRM SA du 15 avril 2019 au
18 décembre 2020 ;
- constater que sa rémunération était fixée à
5.000.000 F CFA bruts mensuels, outre les
avantages en nature soit la somme de
105.000.000 F CFA pour la durée de l'exercice
du mandat social ;
- dire que cette rémunération ne lui a jamais été
payée ;
- condamner la société BRM SA à lui payer la
somme de 105.000.000 F CFA au titre de la
4
rémunération de l'exercice du mandat social ;
- condamner la société BRM SA à lui payer la
somme de 9.555.000 F CFA à titre de dommages
intérêts, somme à parfaire au jour du prononcé
de la décision ;
- condamner l'intimée aux entiers dépens de
l'instance liquidés au montant de 237.000 F
CFA, à distraire au profit de la SCPA DOUMBIA-
BAMBA, KODJO-AKA & Associés, Avocats aux
offres de droit ;
Il sollicite l’infirmation de la décision entreprise, motif
pris de la violation des articles 426 et 473 de l'Acte
uniforme relatif au droit des sociétés commerciales et
du groupement d’intérêt économique en ce qu’un
contrat de travail peut coexister avec un mandat social
de directeur général à la seule condition que le contrat
de travail corresponde à un emploi effectif, de sorte
que le tribunal en retenant que la désignation d'un
salarié comme directeur général d'une société anonyme
entraînait suspension de son contrat de travail n'a pas
fait une saine appréciation des faits et une juste
application de la loi ;
Il indique, en outre, que c’est à tort que ledit tribunal
affirme qu’ayant été désigné en qualité de directeur
général adjoint par décision du Conseil
d'Administration du 15 avril 2019, mais ayant pris
fonction le 1er novembre 2019, son mandat aurait
débuté à cette date après qu'il en aurait été informé par
le courrier du 15 octobre 2019 ;
Qu’une telle interprétation de la loi, qui revient à dire
que ce n'est plus la décision de désignation du Conseil
d'Administration qui prévaut mais la prise de fonction
et l'information de la personne désignée qui
déterminerait si cette personne a la qualité de directeur
général et la date à laquelle cette qualité débute, est
contraire à l'article 471 de l'acte uniforme sus indiqué
qui dispose que « le Conseil d'Administration
détermine librement la durée des fonctions du
directeur général adjoint » ; or en l'espèce, nul ne
conteste qu’il a été désigné en cette qualité par une
décision du 15 avril 2019 ;
Il souligne par ailleurs que le tribunal de commerce a
une interprétation partielle des faits et fait une
application erronée de la loi en affirmant que les parties
auraient convenu de la suspension du contrat de travail
pendant la période durant laquelle il exerça sa fonction
de directeur général adjoint ;
5
Que le tribunal de commerce s'est laissé convaincre par
la mention indiqué dans le courrier de la société BRM
SA que le contrat de travail n'est pas remis en cause,
mais qu'il « sera mis en veilleuse », pour estimer que
les parties auraient convenu de la suspension du
contrat de travail ; or, cet argument, juridiquement
erroné, n'est corroboré par aucun fait matériel et est
contraire aux faits, l'exécution du contrat de travail
s'étant poursuivie entre les parties ;
Il fait valoir d’une part, qu’il a contesté avoir convenu
d'une suspension de son contrat de travail et prouvé
l’avoir exécuté et perçu les salaires correspondants ;
d’autre part, il relève que les motifs de suspension d'un
contrat de travail sont limitativement énumérés par la
loi dont les dispositions y relatives sont d'ordre public ;
d’une autre part, souligne-t-il, l’article 426 de l'acte
uniforme précité qui détermine la compatibilité d'un
emploi social pour le directeur général d'une société
anonyme indique une seule condition, l’effectivité de
l'emploi occupé, ce qui est le cas en l’espèce ;
Il indique que le tribunal n'a pas tiré les conséquences
du contenu des bulletins de paie versés au dossier, dont
la fiscalité appliquée est édifiante ; en effet, il en ressort
que pendant la période de la prétendue suspension de
son contrat de travail, un salaire de base, un sursalaire,
une prime d'ancienneté, tous éléments qui sont
constitutifs du salaire et des rubriques obligatoires d'un
salaire lui ont été versés ;
A la vérité, note-t-il, la société BRM SA qui est bien en
peine de justifier pourquoi et comment elle verse des
salaires à son mandataire social alors que le contrat de
travail serait suspendu, essaye de présenter le
versement desdits salaires comme le paiement de la
rémunération du mandataire social ;
Elle souligne que si la rémunération versée était au titre
du mandat social, elle serait imposée en application des
articles 180 et 232 du Code Général des impôts, ainsi
qu’à l'IRVM, l’impôt sur les revenus de valeurs
mobilières au taux de 15 % sans autres prélèvements ;
Cela prouve bien que les sommes versées, outre qu'elles
ont été fiscalement traitées comme des salaires,
comportent bien les éléments légaux qui permettent de
déterminer que ce sont bien des salaires qui ont été
versés pour un employé exerçant ses tâches et non la
rétribution d'un mandataire social qui ne bénéficie ni
d'une prime d'ancienneté, ni de la gratification légale et
encore moins de congés payés ;
6
Il réclame l'exécution de l'obligation de paiement de sa
rémunération due au titre du mandat social qu'il a
exercé pendant 21 mois en vertu de sa désignation
comme directeur général adjoint et de la fixation de sa
rémunération par le Conseil d'Administration et fait
valoir qu’il appartient à la société BRM SA qui affirme
avoir effectué ce paiement d’en rapporter la preuve en
vertu de l’article 1315 du code civil ;
Il indique qu’ayant réclamé sa rémunération par
courrier en date du 18 janvier 2021, les intérêts
moratoires courent à partir de cette date ; ainsi,
conformément à l'article 1153 du code civil, la société
BRM SA sera condamnée à lui payer la somme de
9.555.000 F CFA au titre des intérêts moratoires
constituant les dommages et intérêts, somme à parfaire
au jour du prononcé de la décision ;
Il sollicite par ailleurs en application de l'article 149 du
code de procédure civile, commercial et administrative
qui précise que la partie qui succombe est condamnée
aux dépens, la condamnation de la société BRM SA au
paiement de la somme de 187.000 FCFA au titre des
dépens de l'instance, à distraire au profit de la SCPA
DOUMBIA-BAMBA, KODJO-AKA & Associés, Avocats
aux offres de droit ;
La Banque Régionale des Marchés dite BRM sollicite,
pour sa part, de la Cour de céans :
- dire ce que de droit sur la recevabilité de l'appel
de Monsieur K. B;
- l'y dire mal fondé ;
- le débouter de tous les chefs de demande ;
- condamner Monsieur K. B aux entiers dépens de
l'instance, à distraire au profit du Cabinet KS &
Associés, Avocats aux offres de droit ;
Elle fait valoir que contrairement aux allégations de
l’appelant selon lesquelles le Tribunal de commerce
d'Abidjan aurait violé les articles 426 et 473 de l'Acte
uniforme relatif au droit des sociétés commerciales et
du groupement d’intérêt économique en retenant que
« ...la désignation d'un salarié comme Directeur
Général d'une société anonyme entrainait
suspension de son contrat de travail... », cette
déclaration ne figure nulle part dans la motivation du
jugement entrepris dans lequel le Tribunal reconnaît
qu'effectivement il est possible pour le directeur général
7
d'une société anonyme de cumuler son mandat social
avec un contrat de travail, mais reproche à Monsieur K.
B de ne pas avoir réussi à établir la preuve du cumul de
fonctions qu'il invoque ;
Ainsi, ajoute-t-elle, celui-ci n'ayant pas réussi à établir
le cumul supposé de sa fonction de directeur général
adjoint avec celle de directeur des financements
structurés, c'est à bon droit que le Tribunal l'a débouté
de sa demande en paiement ;
Elle indique que le mandat est aux termes des
dispositions de l'article 1984 du code civil un contrat
qui ne se forme que par l'acceptation par le mandataire
du pouvoir qui lui est donné par le mandant ; de sorte
que le mandat social, défini comme le pouvoir donné à
une personne physique par une société pour
représenter cette dernière devant les tiers, ne se forme
que par l'acceptation de ce pouvoir par le mandataire ;
La décision portant désignation d'un mandataire social
étant un acte unilatéral, relevant de la seule discrétion
de la société, elle n'est constitutive de contrat et ne lie la
société qu'à compter de l'acceptation par le mandataire
désigné ; qu’il est évident que cette acceptation ne peut
qu'être consécutive à la notification faite audit
mandataire du mandat et de ses termes et conditions ;
Elle allègue que dans la présente cause, les termes et
conditions du mandat social conféré à l’appelant
prescrivaient qu’il ne commencerait à courir qu'à
compter du 1er novembre 2019 et celui-ci les ayant
acceptés sans aucune réserve, c'est à juste titre que le
Tribunal de Commerce d'Abidjan a constaté que son
mandat social a pris effet le 1er novembre 2019 ; en tout
état de cause, note-t-elle, ce point ne pourrait en aucun
cas constituer un motif d'infirmation du jugement
puisque le Tribunal en évoquant la nomination de
Monsieur K. B ne procédait qu'à un simple rappel des
faits tels que résultant des pièces du dossier ;
Elle souligne que le tribunal a fait deux affirmations
conformes aux pièces du dossiers ; il a constaté que la
suspension du contrat de travail de Monsieur KPLA
Bertrand découle exactement des termes de la lettre de
notification du 15 octobre 2019 du courrier électronique
du 30 octobre 2019 d'acceptation sans réserve du
mandat social par celui-ci ;
Que si à compter du 1er novembre 2019, Monsieur K. B
a continué à poser des actes liés aux financements
structurés comme il le prétend, c'est simplement parce
8
qu'en sa qualité de directeur général adjoint, il était
désormais en charge de l'exploitation globale de la
succursale et que le département des financement
structurés, ainsi que d'autres départements de la
succursale étaient placés sous sa supervision directe ;
en outre, pendant l'exercice de ce mandat social
Monsieur K. B ne l'a aucunement interpellé sur une
prétendue rémunération qui lui serait due au titre de
son mandat social puisque cette rémunération lui était
déjà versée ; de sorte que ses réclamations ne
s'inscrivent que dans une vaine tentative de lui faire
payer sa décision de révocation de ses fonctions de
directeur général adjoint, pourtant prise à juste titre ;
Par ailleurs, indique-t-elle, pour confirmer la
suspension effective du contrat de travail, dès la
révocation du mandat de directeur général adjoint,
Monsieur K. B a été informé de la fin de la suspension
de son contrat de travail par lettre en date du 18
décembre 2020 ; ce qui traduit que c'est à cette date
qu’il a été réintégré dans sa fonction de directeur des
financements structurés de la BRM-CI puisqu'avant, le
contrat de travail était suspendu ;
En outre, le Tribunal relève que Monsieur K. B n'a pas
réussi à démonter le caractère effectif du travail auquel
correspondrait le contrat de travail revendiqué par ce
dernier ; cette motivation est parfaitement conforme
aux exigences légales en ce qui concerne le cumul du
mandat social avec un contrat de travail ;
Il y a lieu de constater, selon elle, avec le Tribunal du
commerce d'Abidjan, que la fonction de directeur des
financements structurés a été englouti dans le mandat
social de l'appelant ; en effet, dès le 1er novembre 2019,
le contrat de travail de Monsieur K. B ne correspondait
plus à un emploi effectif ;
Elle souligne relativement à la fiscalité appliquée aux
rémunérations de Monsieur K. B, que celui-ci prétend
que le Tribunal aurait, pour justifier sa décision, retenu
que le traitement fiscal appliqué aux rémunérations
perçues par celui-ci serait conforme à la législation en
vigueur ; or, en réalité, le Tribunal n'a nulle part motivé
sa décision de la sorte ; il a juste constaté que s'il est
vrai que la rémunération brute de ce dernier au titre de
son mandat social était de cinq millions
([Link]) FCFA, il n'est demeure pas moins que
ce montant devait faire l'objet de traitement fiscal pour
obtenir le montant net de la rémunération ; d'où les
montants inférieurs à cinq millions ([Link])
de Francs FCFA perçus par lui à titre de rémunération
nette ;
9
Elle affirme que pendant la durée de suspension de son
contrat de travail, Monsieur K. B a été bien rempli de
ses indemnités de fonction de directeur général adjoint,
comme il ressort de ses bulletins de paie ; qu’ainsi,
contrairement à ses allégations, les bulletins de paie qui
lui étaient remis chaque mois durant son mandat social
l'étaient au titre de sa fonction de directeur général
adjoint ;
Qu’il y est clairement indiqué d'une part, au titre de
l'emploi, son statut de directeur général adjoint (DGA)
et d'autre part, le montant de sa rémunération
mensuelle brute qui s'élevait à cinq millions
(5.000.000) francs CFA, sans aucune référence à sa
qualité de directeur des financements structurés ;
Par ailleurs, relève-t-elle, le montant du salaire brut de
Monsieur K. B, en tant que directeur des financements
structurés est de trois millions six cent soixante-cinq
mille (3. 665.000) Francs CFA, tel qu'il ressort du
contrat de travail de ce dernier ; partant de ces deux
constats, il n'y a aucune confusion possible
puisqu'aucune mesure d'augmentation de salaire n'a
été prise en sa faveur ; et pour preuve, à la suite de
levée de la suspension de son contrat de travail, il ne
percevait que son salaire brut de 3.655.000 FCFA, en
sa qualité de directeur des financements structurés
jusqu'à son licenciement ;
A supposer, fait-t-elle observer qu’elle était redevable
d'arriérés d'indemnités de fonction, pourquoi Monsieur
K. B ne les a jamais réclamés pendant les vingt et un
(21) mois qu'a duré son mandat social ? La réponse est
qu'en réalité, ces montants ont effectivement été payés,
de telle sorte qu'il ne pouvait les réclamer ;
En outre, indique-t-elle, l'appelant est mal fondé à
réclamer le paiement d'une quelconque indemnité de
fonction après la fin de son mandat social ; cette
position est d'ailleurs affirmée par la Cour Commune
de Justice et d'Arbitrage qui abonde dans ce sens
lorsque dans son arrêt N° 083/2020 en date du 09 avril
2020, elle rejette la demande de paiement d'arriérés
d'indemnité d'un mandataire social, au motif que la
demande qui n'a jamais été formulée durant son
mandat est intervenue tardivement ;
Relativement aux intérêts moratoires réclamés, ceux-ci
ne seraient dus que dans l'hypothèse où le montant
principal réclamé est effectivement dû, ce qui n’est pas
le cas en l’espèce ;
SUR CE
10
En la forme
Sur le caractère de la décision
Considérant que l’intimée a conclu ;
Qu’il y a lieu de statuer par décision contradictoire ;
Sur la recevabilité de l’appel
Considérant que l’appel a été interjeté conformément à
la loi ;
Qu’il convient de le recevoir ;
Au fond
Sur le bien-fondé de l’appel
Considérant que l’appelant sollicite l’infirmation de la
décision entreprise, motif pris de la violation des
articles 426 et 473 de l'Acte uniforme relatif au droit
des sociétés commerciales et du groupement d’intérêt
économique, en ce que le tribunal a rejeté sa demande
en paiement de sa rémunération en qualité de
directeur général adjoint ;
Que pour sa part, l’intimée sollicite la confirmation de
la décision entreprise et fait valoir que l’appelant
n'ayant pas réussi à établir le cumul supposé de sa
fonction de directeur général adjoint avec celle de
directeur des financements structurés qui avait été
suspendu pendant son mandat social, c'est à bon droit
que le Tribunal l'a débouté de sa demande en
paiement ;
Considérant qu’aux termes de l’article 426 précité
:« sauf clause contraire des statuts, un salarié de la
société peut être nommé administrateur si son contrat
de travail correspond à un emploi effectif. De même,
un administrateur peut conclure un contrat de travail
avec la société si ce contrat correspond à un emploi
effectif. Dans ce cas, le contrat est soumis aux
dispositions des articles 438 et suivants ci-après » ;
Qu’il ressort de l’article 473 suscité que : « le directeur
général adjoint peut être lié à la société par un contrat
de travail dans les conditions prévues à l'article 426
du présent Acte uniforme » ;
Qu’il résulte de la lecture combinée de ces dispositions
11
qu’un mandat social peut être cumulé avec un contrat
de travail, dès lors que ce contrat correspond à un
travail effectif ;
Considérant qu’en l’espèce, il est constant que par
décision du conseil d’administration du 15 avril 2019,
Monsieur K. B a été désigné en qualité de directeur
général adjoint de la société BANQUE REGIONALE
DES MARCHES avec poste à Abidjan, à la succursale de
la Côte d’Ivoire ; de sorte qu’il était bénéficiaire d’un
mandat social ;
Qu’il n’est pas moins constant qu’avant cette
nomination il exerçait au sein de ladite société les
fonctions salariées de directeur des financements
structurés depuis le 5 avril 2018 ;
Que les deux fonctions n’étant pas incompatibles tel
qu’il résulte des textes sus énoncés, l’intimée soutient
toutefois que les fonctions salariées que l’appelant
exerçait avait été suspendues lors de sa désignation en
qualité de directeur général adjoint, en avançant pour
preuve le courrier en date du 15 octobre 2019 par lequel
le Directeur Général informait celui-ci de sa
nomination à cette fonction tout en lui indiquant ce qui
suit : « à toutes fins utiles, nous vous informons que le
présent mandat social dont la durée est de deux ans
renouvelables, ne remet nullement en cause votre
contrat de travail initial qui vous lie à la banque et qui
sera néanmoins mis en veilleuse. Nous vous invitons à
trouver ci-joint les termes et conditions de l’exercice du
mandat » ;
Considérant qu’il se pose en l’espèce la question de
savoir si ce courrier suffit pour attester de la suspension
du contrat de travail dont bénéficiait l’appelant, alors
surtout que ce dernier la conteste et soutient avoir
exercé les deux fonctions cumulativement ?
Considérant qu’il est constant que la suspension du
contrat de travail est encadrée par la législation sociale
ivoirienne dont les dispositions sont d’ordre public ;
qu’ainsi, le contrat de travail peut être suspendue à la
demande du travailleur suite à une demande de mise en
disponibilité ou pour des causes légales, telles accident,
maladie etc… ;
Considérant qu’en l’espèce, aucun élément du dossier
ne permet d’attester que l’appelant a sollicité la
suspension de son contrat du travail ou qu’il y a
consenti ;
Qu’en effet, la non contestation du courrier du 15
octobre 2019 ne saurait valoir acceptation de la
12
suspension de son contrat de travail, alors surtout que
les termes « mis en veilleuse » sur lesquels s’arcboute
l’intimée ne revêtent juridiquement aucune
signification ;
Qu’ainsi, faute pour l’intimée qui soutient que le
contrat de travail a été suspendu de rapporter une
preuve indubitable de cette suspension, il convient de
dire que les deux contrats ont été exécutés
cumulativement, alors surtout qu’elle avoue dans ses
écritures que « si, à compter du 1er novembre 2019,
Monsieur K. B a continué à poser des actes liés au
financements structurés, comme il le prétend, c'est
simplement par ce qu'en sa qualité de Directeur
Général adjoint, il était désormais en charge de
l'exploitation globale de la succursale et que le
département des financements structurés, ainsi que
d'autres départements de la succursale étaient placés
sous sa supervision directe »; de sorte qu’il a droit aux
rémunérations y correspondant ;
Considérant par ailleurs qu’aux termes des articles 470
et suivants de l’acte uniforme sus indiqué, le conseil
d'administration peut donner mandat à une ou
plusieurs personnes physiques d'assister le président
directeur général en qualité de directeur général
adjoint, dont il détermine la durée et l’étendue des
fonctions ;
Qu’il en résulte que le directeur général adjoint est
nommé par le conseil d’administration qui lui indique
l’étendue et la durée de ses fonctions, cette décision
étant l’acte générateur de ses droits ;
Considérant qu’en l’espèce, il est constant que
l’appelant a été désigné en qualité de directeur général
adjoint par une décision du conseil d’administration du
15 avril 2019 sans autres précisions et que les modalités
d’exécution de ses fonctions lui ont été notifiées par le
directeur général par courrier en date du 15 octobre
2019 ;
Qu’il n’en demeure cependant pas moins que c’est la
décision du conseil d’administration qui fonde ses
droits dont il doit être tenu compte dans ses rapports
avec la société, la BRM CI ;
Considérant qu’en application de l’article 1315 alinéa 1
du code civil qui dispose que « celui qui réclame
l'exécution d'une obligation doit la prouver », il
appartient à l’intimée qui allègue avoir procédé au
paiement de la rémunération correspondant au mandat
social de faire la preuve de ce paiement ;
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Que tel n’étant pas le cas, en l’espèce, il convient de
faire droit à la demande en paiement de l’appelant et
condamner l’intimée à lui payer la somme brute de
105.000.000 de F CFA ;
Sur la demande en paiement des intérêts de
droit
Considérant que l’appelant sollicite la condamnation de
la société BRM SA à lui payer la somme de 9.555.000 F
CFA à titre de dommages intérêts, somme à parfaire au
jour du prononcé de la décision ;
Considérant qu’aux termes de l’article 1153 du code
civil, « dans les obligations qui se bornent au
payement d’une certaine somme, les dommages et
intérêts résultant du retard dans l'exécution ne
consistent jamais que dans la condamnation aux
intérêts fixés par la loi ; sauf les règles particulières au
commerce et au cautionnement.
Ces dommages et intérêts sont dus sans que le
créancier soit tenu de justifier d'aucune perte.
Ils ne sont dus que du jour de la demande, excepté
dans les cas où la loi les fait courir de plein droit » ;
Considérant qu’en l’espèce, l’obligation non exécutée
par l’intimée concerne le paiement d’une somme
d’argent ;
Qu’ainsi, les dommages et intérêts qui en résultent
consistent en des intérêts de droit, de sorte qu’il
convient de faire droit à la demande de l’appelant en
condamnant la BRM SA à lui payer les intérêts de droit
de la somme brute de 105.000.000 F CFA, calculés au
taux légal ;
Sur les dépens
Considérant que l’appelante sollicite la condamnation
de la société BRM SA au paiement de la somme de
187.000 F CFA au titre des dépens de l'instance, à
distraire au profit de la SCPA DOUMBIA-BAMBA,
KODJO-AKA & Associés, Avocats aux offres de droit ;
Considérant toutefois que la présente décision n’ayant
pas liquidé le montant des dépens et l’intimée
succombant, il y a lieu de la condamner aux dépens de
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l’instance tels qu’ils seront liquidés conformément à la
législation en vigueur ;
PAR CES MOTIFS
Statuant publiquement, contradictoirement et en
dernier ressort ;
Déclare recevable l’appel de Monsieur K. B interjeté
contre le jugement N° 0644/2021 rendu le 29 avril
2021 par le Tribunal de Commerce d’Abidjan ;
L’y dit bien fondé ;
Infirme la décision entreprise en toutes ses
dispositions ;
Statuant de nouveau :
Condamne la société BRM SA à payer à Monsieur K. B
la somme brute de 105.000.000 F CFA au titre de la
rémunération de l'exercice du mandat social, aussi que
les intérêts de droit de cette somme calculés au taux
légal, à titre de dommages-intérêts ;
Condamne la société BRM SA aux dépens de l’instance ;
Ainsi fait, jugé et prononcé publiquement les jour,
mois et an que dessus.
ET ONT SIGNÉ LE PREMIER PRÉSIDENT ET
LE GREFFIER./.
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