Analyse des propos de Roudinesco sur Lacan
Analyse des propos de Roudinesco sur Lacan
NUMERO 49
Je
n’aurais
manqué
un
Séminaire
pour
rien
au
monde—
PHILIPPE
SOLLERS
Nous
gagnerons
parce
que
nous
n’avons
pas
d’autre
choix
—
AGNES
AFLALO
–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––
Signera-‐t-‐il
?
––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––
Les
deux
sources
de
l’histoire
de
la
psychanalyse
d’E.
Roudinesco
En
réponse
à
sa
proposition
d’équilibrer
les
psychanalystes.
Philippe
La
Sagna
En
1978,
Elisabeth
Roudinesco
découvre
le
«
livre
fondateur
»,
à
ses
dires,
de
l’histoire
de
la
psychanalyse
:
Histoire
de
la
découverte
de
l’inconscient,
Histoire
de
la
psychiatrie
dynamique,
de
Henri
F.
Ellenberger,
paru
en
1974
en
français
et
en
1970
pour
l’édition
anglaise.
Il
rencontre
alors
l’indifférence
du
public.
Elle
le
fera
publier
à
nouveau
en
en
rédigeant
la
préface,
et
en
pratiquant
une
élision
du
titre
en
1994,
«
l’histoire
de
la
psychiatrie
dynamique
»
disparait.
Quand
elle
rédige
la
préface
à
la
seconde
édition
Me
Roudinesco,
qui
se
veut
l’héritière
du
travail
d’Ellenberger,
(cf.
préface
à
l’édition,
p.
9)
souligne
que
les
analystes
de
l’IPA
étaient
dans
«
le
culte
du
père
mort
»
en
ce
qui
concerne
Freud
et
que,
pour
les
lacaniens
:
«…
à
leurs
yeux,
l’enseignement
du
maître
mort
se
réincarnait
dans
la
parole
du
vivant
et
la
pensée
de
celui-‐ci
et
la
présence
de
celui-‐ci
interdisait
l’accès
à
une
conscience
historique
».
Ainsi
pour
faire
de
l’histoire
selon
Me
Roudinesco,
il
ne
faut
pas
de
maître,
surtout
vivant,
mais
il
est
moins
sur
qu’il
ne
faille
pas
de
Dieu.
Ellenberger
présenté
comme
son
maître
en
histoire
était,
lui,
enfant
de
missionnaire
protestant
et
analysant
fugace
d’Oskar
Pfister.
Ce
même
Pfister
fût
partisan
de
la
cure
d’âme
(Seelensorge)
mixant
religion
et
psychanalyse.
Ellenberger,
lui,
se
tenait
à
distance
de
l’analyse
comme
pratique,
pour
garder
ce
qu’il
considérait
être
une
position
«
neutre
».
Son
élève,
Me
Roudinesco,
ne
permet
pas
toujours
au
lecteur
de
ses
textes,
de
distinguer
qui
parle
ou
écrit
;
la
psychanalyste
ou
l’historienne
?
De
plus
son
lecteur
est
dérouté
par
une
antinomie
entre
les
deux
positions,
antinomie
qu’elle
réclame,
semble-‐t-‐il.
Peut-‐on
être
historien
et
psychanalyste,
voire
peut-‐
on
être
psychanalyste
et
analysé
pour
faire
de
l’histoire
ou
en
parler
?
Il
est
vrai
qu’on
en
doute
à
lire
cet
article
de
Libération.
Dans
sa
préface
Me
Roudinesco
vante
le
travail
fait
par
Ellenberger
sur
les
contemporains
de
Freud
en
soulignant
les
efforts
du
psychiatre
historien
pour
faire
valoir
Jung.
Elle
écrit
ainsi
:
«
Il
fait
aussi
le
point
sur
l’attitude
de
Jung
face
au
nazisme,
montrant,
document
à
l’appui,
que
la
collaboration
effective
de
celui
ci
avec
le
nazisme
fût
minime.
»
En
1963
Ellenberger
avait
publié
un
article
sur
les
«
Mouvements
de
libération
mythique
»
dans
lequel
il
montrait,
selon
la
préface
à
son
ouvrage
de
1994
rédigée
par
Me
Roudinesco
:
«
Comment
se
constitue
dans
toute
relation
thérapeutique
la
position
mythique
d’un
maître
à
la
fois
prophète,
chaman
et
héros
libérateur,
régnant
sur
ses
disciples
à
travers
le
transfert
».
Cette
thèse
est
le
b,
a,
ba
des
ennemis
de
la
psychanalyse
depuis
plus
de
50
ans.
Le
maître
c’était
Freud
pour
Ellenberger,
ou
plus
tard
pour
Onfray
qui
emprunte
beaucoup
à
Ellenberger.
Ce
maître
devient
pour
Me
Roudinesco,
sous
forme
de
copié-‐collé,
Lacan.
Il
ne
s’agit
pas
ici
d’histoire
mais
d’une
thèse
pseudo
scientiste
reprise,
par
exemple,
par
Mikkel
Borch-‐Jakobsen
dans
Le
dossier
Freud
enquête
sur
l’histoire
de
la
psychanalyse.
Il
cite,
à
la
page
35
de
ce
livre,
Ellenberger
qui
écrit
:
«
La
psychanalyse
est-‐elle
une
science
?
Elle
ne
répond
pas
aux
critères
(….)
Elle
répond
aux
traits
d’une
secte
philosophique
(
organisation
fermée,
initiation
hautement
personnelle,
doctrine
changeante
mais
définie
par
son
adoption
officielle,
culte
et
légende
du
fondateur).
Borch-‐Jacobsen
se
voudra
l’héritier
d’Ellenberger
dans
la
«
démythologisation
»,
soit
disant
historique,
de
Freud.
Pratiquement
il
s’agit
de
rayer
de
la
carte
le
désir,
le
nom,
l’exception,
pour
les
remplacer
par
une
psychiatrie
ou
une
psychothérapie
dite
dynamique,
humaniste
et
herméneutique,
dont
la
psychanalyse
ne
serait
qu’une
version
sectaire.
De
même
l’inconscient
freudien
n’est
pour
ces
auteurs
qu’un
parmi
tant
d’autres.
Ellenberger
sera
encensé
par
Onfray
qui
salue
en
lui
(avec
Sulloway)
le
pourvoyeurs
d’arguments
«
lourds
et
définitifs
»
qui
pulvérisent
«
la
légende
d’un
savant
récompensé
par
la
grâce
après
un
long
et
patient
travail
d’observation
scientifique
».
D’ailleurs,
avant
une
fâcherie
récente,
Me
Roudinesco
était
fière
de
raconter
sa
collaboration
avec
Borch-‐
Jacobsen
dans
l’enquête
qu’ils
ont
mené
sur
le
cas
Anna
O,
par
le
biais
du
journal
de
Marie
Bonaparte
(auquel
elle
avait
eu
accès),
en
persiflant
les
psychanalystes
qui
avaient
fait
confiance
à
E.
Jones.
Hélas
!
Cette
collaboration
a
pris
fin.
Encore
un
talent
de
l’équilibre.
En
effet,
Me
Roudinesco
ne
cherche
pas
à
seulement
défaire
des
légendes
mais,
à
l’instar
d’Ellenberger,
et
avec
une
imagination
débordante
qui
lui
est
propre,
à
construire
une
légende
pour
mieux
détruire
l’homme
légendaire.
Y
compris
la
légende
d’Ellenberger
lui-‐même
qu’elle
compare,
dans
sa
préface,
par
exemple,
à
Michel
Foucault,
son
ouvrage
sur
l’histoire
de
la
psychanalyse,
étant
l’égal,
à
son
avis,
de
l’Histoire
de
la
folie
(sic).
Pourtant,
dans
sa
préface
de
1994,
Me
Roudinesco
ne
peut
s’empêcher
de
remarquer
que
le
formidable
Ellenberger
oublie
un
peu
la
«
rupture
»
introduite
par
Freud,
pour
ne
pas
fâcher,
sans
doute,
Canguilhelm,
dont
elle
se
veut
aussi
l’héritière
!
Equilibre
toujours
?
On
n’en
est
plus
à
un
paradoxe
près.
Mais
fait
plus
grave,
elle
ajoute,
que
ce
brave
fils
de
pasteur
suisse
est
à
l’origine
de
l’école
«
révisionniste
»
dans
la
psychanalyse.
Entendez
celle
qui
va
alimenter
le
Livre
noir
de
la
psychanalyse,
comme
les
médisances
d’Onfray.
On
frôle
la
chute,
il
faudra
donc
protester
fort
de
sa
différence…
Me
Roudinesco,
dans
sa
préface
au
deuxième
tome
des
écrits
d’Ellenberger
(Médecins
de
l’âme,
p.
23)
souligne
le
paradoxe
:
«
Parce
qu’il
n’était
pas
freudien
Ellenberger
sut
attribuer
à
Freud
la
place
exceptionnelle
qui
lui
revenait
dans
la
longue
histoire
de
la
découverte
de
l’inconscient.
».
Pour
Me
Roudinesco
la
psychanalyse
est
une
affaire
trop
sérieuse
pour
être
confiée
à
des
psychanalystes
freudiens.
La
raison
en
est
que
le
psychanalyste
n’est
qu’un
analysé
toujours
suspect
d’un
transfert,
entendez
d’un
amour
déséquilibré
pour
Freud
ou
Lacan,
amour
qui
ne
peut
être
que
suspect.
Cependant
il
faut
bien
aimer
quelque
chose.
Me
Roudinesco
se
méfiant
de
l’amour
des
scientistes
pour
la
raison
semble
s’être
mieux
entendre
avec
ceux
qui
gardaient,
par
un
certain
côté,
un
amour
de
Dieu
à
côté
d’un
intérêt
pour
l’analyse.
Me
Roudinesco
a
eu
un
autre
maître
en
histoire,
maître
qui
était
aussi
sans
doute
assez
peu
analysé
et
jésuite,
Michel
de
Certeau.
Dans
les
années
70
quand
Gallimard
souhaite
publier
une
histoire
de
la
psychanalyse
en
France,
il
s’adresse
à
Michel
de
Certeau,
auteur
d’un
livre
sur
la
possession
de
Loudun
;
celui
ci
va
confier
la
tâche
à
E
Roudinesco.
Le
projet
semble
réalisable
à
l’auteur
de
Psychanalyse
et
histoire,
à
condition
«
qu’il
ne
soit
conduit
que
par
un
seul
individu
».
L’idée
du
héros
solitaire,
chère
à
Me
Roudinesco,
n’est
donc
sans
doute
ici
qu’un
fantasme
partagé
par
elle
et
quelques
autres.
Elle
tient
beaucoup
à
sa
solitude.
Dans
quel
évangile,
la
vérité
s’avance-‐t-‐
elle
portée
par
un
seul
?
Lacan,
lui,
souhaitait,
plus
simplement,
laisser
la
vérité
parler
pour
s’aviser
à
la
fin
que
son
lait
(lai
?)
endort
le
patient.
Mais
il
souhaitait
aussi
qu’il
y
en
ait
d’autres,
analystes,
comme
lui,
qui
sachent
rire
de
déchariter
et
de
savoir
que
l’Autre
n’existe
pas.
De
Certeau,
qui
avait
plus
de
rigueur,
s’est
fourvoyé
dans
la
mystique,
l’apologie
de
la
parole,
et
son
ami
Roustang
dans
la
dénonciation
du
maître
Lacan
et
…
dans
l’hypnose.
La
thèse
imaginaire
de
Me
Roudinesco
sur
les
funérailles
de
Lacan
n’est
pas
un
détail.
Elle
lui
est
nécessaire
pour
tenter
de
détruire,
à
travers
la
figure
mythique
de
l’idole
qu’elle
construit,
le
désir
de
Lacan
qui,
lui,
n’est
pas
une
légende.
En
voulant
souligner
que
Lacan,
contre
l’évidence
de
son
enseignement
et
de
sa
vie,
eût
souhaité
une
sépulture
chrétienne
que
ses
proches
lui
auraient
refusée,
elle
bâtit
une
figure
classique,
celle
légendaire
de
l’homme
qui,
à
la
fin
des
fins,
s’en
remet
à
Dieu
et
cède
sur
son
désir
!
Lacan
n’a
pas
traité
la
religion
et
la
question
de
Dieu
comme
quantité
négligeable
et
pas
du
tout
comme
Freud
du
côté
du
rite.
Me
Roudinesco
n’a
pas
assez
lu
son
maître
de
Certeau
là
dessus,
qui
souligne
que
Lacan
voulait,
selon
son
dire
même
«
être
Autre
comme
tout
le
monde
après
une
vie
passée
à
vouloir
l’être
malgré
la
loi
».
Lacan
a
essayé,
tâche
cruciale
pour
la
civilisation,
d’apporter
avec
la
psychanalyse
la
dimension
d’un
réel
qui
diffère
de
celui
de
la
science
et
d’un
réel
de
la
psychanalyse
qui
s’oppose
à
la
vérité,
toujours
un
peu
religieuse
au
bout,
sans
vouloir
l’effacer.
Ne
pas
savoir
lire
cela
c’est
faire
injure
à
Lacan,
à
la
psychanalyse,
et
aux
psychanalystes,
ce
qui
s’ajoute
à
l’injure
faite
à
sa
famille.
Madame,
les
psychanalystes
ne
souhaitent
pas
retrouver
leur
équilibre
dans
un
retour
funeste
de
la
vraie
religion.
D’où
vous
vient
alors,
madame,
ce
fantasme
de
conversion,
en
tant
qu’analyste
?
De
l’histoire,
mais
laquelle
?
––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––