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PUBALGIES DU FOOTBALLEUR
RAPPELS ANATOMIQUES
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• Les Obliques délimitent au niveau de l'arcade crurale une voie de
passage de l'abdomen vers les bourses : il s'agit du canal inguinal.
• En cas de douleurs pubiennes, il faudra toujours vérifier la bonne
tonicité et l'absence de points douloureux de ce canal inguinal.
• Si ce canal montre une béance anormale, il faudra considérer cela
comme étant une hernie inguinale, susceptible, donc, de bénéficier
d'une opération.
En fonction du "maillon" musculaire défectueux, les contraintes se
localiseront préférentiellement sur certaines zones, définissant, ainsi,
trois types de pubalgies :
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• La maladie des adducteurs : les adducteurs voient leur travail
augmenter, ils "en font trop", et deviennent douloureux.
• L'arthropathie pubienne : le manque de stabilité de la symphyse
pubienne, entraîne des mouvements de cisaillement, des micro-
traumatismes et ainsi des douleurs.
• La pathologie pariétale : la faiblesse des obliques génère une
dégénérescence au niveau du canal inguinal, créant un "début"
d'hernie inguinale douloureuse.
La véritable pubalgie associe :
• une pathologie inguinale,
• une tendinopathie des adducteurs
• et une ostéoarthropathie pubienne
provoquée par la pratique du football dans le cadre d’une véritable
technopathie (geste technique, mais aussi surface, chaussures, etc.)
La douleur :
• elle est d’apparition progressive,
• rarement brutale,
• survenant après avoir joué,
• localisée dans le bas-ventre,
• le pubis,
• ou les adducteurs ;
La douleur est le plus souvent unilatérale avec des irradiations vers les
muscles abdominaux, ou vers le périnée et les testicules.
• Les douleurs peuvent être accentuées par la toux, provoquées par
des efforts de soulèvement ou par des mouvements brusques
quand on penche le tronc.
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• La douleur est le SIGNE PRINCIPAL de la pubalgie et provoque
une impotence fonctionnelle pour la pratique du football mais aussi
pour les gestes quotidiens.
Facteurs favorisants :
• modification du type d’entraînement,
• modification du geste technique,
• changement de surface de jeu (passer de l’herbe au synthétique),
• mauvaise préparation physique,
• problèmes de chaussures (changement de chaussures, et/ou de
crampons, vissage, se faire prêter par un copain les dernières
chaussures roses fluo d’un joueur connu …),
• mauvaise gestion de la nutrition (aliments et hydratation) avant-
pendant-après l’effort ;
• Etc…………………
Examen clinique :
• recherche +++ du signe de MALAIGNE = en gonflant le ventre
apparaît une voussure au niveau de la région inguinale. Les
orifices inguinaux sont douloureux, souples et élargis.
• Rechercher une douleur à la palpation de la symphyse pubienne, à
l’insertion pubienne des adducteurs, et au niveau des orifices
inguinaux.
• Réaliser un testing musculaire contrarié BILATERAL pour
rechercher une douleur au niveau des muscles concernés :
ischiojambiers, adducteurs, psoas, rotateur de hanche, grand droit,
etc.
• Analyser la statique des pieds, jambes, bassin, rachis.
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BILAN COMPLÉMENTAIRE :
Radiographie :
- Radio du bassin en charge de face debout pieds nus
en appui monopodal à la recherche d’une instabilité
de la symphyse.
- Radiographie du rachis lombo-sacré de face et de profil à la
recherche d’un dérangement intervertébral.
- Recherche des irrégularités +/- microgéodes du rebord inférieur du
pubis au niveau des insertions des adducteurs.
- Chez le jeune joueur TOUJOURS rechercher un
éventuel arrachement sur un des noyaux d’ossification
du bassin)
Bilan Podologique:
Réalisé par un podologue du sport, car très souvent on retrouve un
problème au niveau des appuis, qu’il s’agisse de troubles statiques et/ou
dynamiques, des pieds et/ou des jambes.
Echographie:
Tendino-musculaire des adducteurs, des orifices inguinaux, des
insertions basses des grands droits.
IRM:
Eventuellement, surtout si une chirurgie est envisagée (= le plus souvent
ténotomie du moyen adducteur et remise en tension des obliques)
Biologie:
rechercher une anémie, une carence en Fer.
DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL
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• le terme de « pubalgie » est trop souvent « galvaudé » et utilisé par
excès pour les pathologies suivantes : lésions musculo-
tendineuses des adducteurs, pathologie de hanche, fracture de
fatigue, dérangement intervertébral, arrachement épiphysaire chez
l’enfant et l’adolescent, pathologie rhumatismale inflammatoire
chronique type spondylarthrite ankylosante, pathologie
inflammatoire aigue, pathologie neurologique, pathologie
inflammatoire avec adénopathies inguinales.
TRAITEMENT :
• Repos complet (entraînements et compétitions) pour le football,
minimum 2 à 3 mois.
• antalgiques, décontracturants, anti-inflammatoires non stéroïdiens,
• mésothérapie, infiltrations (à discuter +++), ostéopathie, etc.
La rééducation est indispensable, pendant 2 à 3
mois avec :
• électrophysiothérapie à visée antalgique
• reprogrammation de la paroi abdomino-pelvienne avec un travail
en harmonie de l’ensemble de la sangle abdominale selon un
protocole de renforcement des obliques, transverses et
abdominaux
• techniques d’apprentissage du verrouillage lombaire actif
• travail des adducteurs et des psoas
• reprogrammation à l’effort = en complément de la rééducation le
joueur devra progressivement reprendre le sport exclusivement
dans l’axe, en dehors de tout jeu avec ballon selon le schéma
suivant :
• les trois 1ères semaines de rééducation = piscine, vélo, marche
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• 4ème et 5ème semaine = petite course en ligne sans
accélération
• 6-7-8ème semaines = retour sur le terrain
• Reprise du football uniquement si le résultat est satisfaisant avec
une réadaptation progressive à l’effort et une récupération de la
condition physique (importance du travail d’endurance), et
seulement par la suite le sport avec ballon, conduite de balle et
véritable jeu du football.
• La reprise progressive adaptée et bien conduite évitera la récidive.
CHIRURGIE :
• De nombreuses méthodes ont été proposées mais c’est le Docteur
NESOVIC qui, dès les années 80, a proposé une intervention
ayant comme base de rééquilibrer ou de stabiliser la symphyse
pubienne.
• Cette prise en charge chirurgicale n’interviendra que s’il y a eu
échec à un traitement médical et kinésithérapique bien conduit.
PREVENTION :
• La survenue de pubalgie est due d’une part aux gestes techniques
de la pratique du football, à une charge de travail importante,
s’accompagnant d’ailleurs d’une spécialisation de plus en plus
précoce.
• L’hyperlordose, la raideur rachidienne et musculaire favorise les
tractions et par là même des microtraumatismes au niveau du
bassin et de la symphyse pubienne.
La prévention passera sur le dépistage des facteurs de risques :
• mauvais geste technique,
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• mauvaise statique rachidienne,
• raideur par déficit d’étirements.
Par ailleurs, comme il s’agit d’une pathologie du carrefour pubien, un
renforcement constant statique et dynamique des obliques et des grands
droits sera conseillé.
• Enfin, puisqu’un déficit de condition physique amène à une
surcharge de travail, on conseillera un entraînement physique
généralisé pour amener le sportif à posséder un niveau
d’endurance supérieur à la moyenne.
• Les conseils d’hygiène de vie, d’étirements et d’hydratation seront
également abordés.
CONCLUSION
• Les pubalgies sont devenues plus exceptionnelles en Europe
grâce aux campagnes de prévention menées par les médecins du
football, et aux professionnels éducateurs et entraîneurs de clubs.
• Toutefois, il faut rester vigilant car le sport actuel, avec ses filières
d’accès au Haut Niveau et les Centres de Formation des grands
clubs « Pro » ne peut permettre à un jeune de rester éloigné du
terrain pendant 3 à 6 mois, ce qui mettra fin très précocement à
une future carrière de footballeur.
• Le préparateur physique, le kinésithérapeute, le podologue, le
diététicien ou nutritionniste, le médecin du sport, jouent donc un
grand rôle dans la prévention de l’apparition des pubalgies.
DR TCHIOUAKE ADAMOU
MEDECIN DU SPORT
MINISTERE DES SPORTS