L'ombre du loup
Il y a longtemps, dans un petit village niché
au cœur des montagnes, vivait un jeune
garçon nommé Elias. Ce village, isolé du
reste du monde, était entouré de forêts
sombres et de crêtes escarpées, où l’on
racontait des histoires de créatures
mystérieuses et de loups redoutables. Elias,
malgré sa jeunesse, n’avait peur de rien.
Mais, comme tout le monde, il avait entendu
les récits des anciens, des contes qu’ils
racontaient près des feux de camp, où ils
parlaient de la bête qui errait dans les bois,
avec des yeux brillants et une fourrure noire
comme l’obscurité elle-même.
Un soir d’hiver, alors que la neige tombait en
tourbillons, Elias entendit un bruit étrange
provenant de la forêt. Il était tard, et la
chaleur du foyer de sa maison maternelle
semblait l'inviter à la tranquillité. Mais
quelque chose dans l'air ce soir-là était
différent. Le vent soufflait d'une manière
étrange, comme s'il murmurait des secrets.
Curieux et un peu inquiet, il décida de sortir.
Ses pas crissaient sur la neige, son souffle
formait des nuages dans l’air glacé.
Il s'aventura plus loin que d'habitude,
suivant le son qui, à présent, semblait
l'attirer comme une force invisible.
Finalement, il arriva au bord de la forêt, où
les arbres étaient si hauts qu’ils semblaient
toucher le ciel. Là, dans l'obscurité de la
nuit, il aperçut une silhouette massive. Un
loup. Un loup comme ceux décrits dans les
légendes, mais bien plus grand. Ses yeux
brillaient d’un éclat surnaturel, et son souffle
fumait dans l’air glacé. Elias se figea, son
cœur battant la chamade.
Mais au lieu de fuir, comme il s'y attendait,
le loup s’approcha lentement, sans bruit,
comme un fantôme. Elias n’eut pas peur,
pas immédiatement. L'animal semblait
curieux, presque sage. Il s'assit alors devant
lui et, d’une voix étonnamment claire, il dit :
"Je suis l’ombre des anciens, et toi, jeune
humain, tu es celui qui décidera du sort de
cette forêt."
Elias, bouche bée, ne savait pas comment
réagir. Le loup poursuivit : "Depuis des
siècles, cette forêt protège ton village. Mais
il y a un prix à payer pour chaque don de la
nature. Ce soir, tu dois choisir : protéger la
forêt et sacrifier une part de toi-même, ou
sauver ton village mais condamner la terre."
Elias réfléchit intensément. Il comprit que sa
réponse devait être pleine de sagesse, car
elle affecterait non seulement son avenir,
mais celui de tous. Il se souvint des anciens,
des sages du village, qui lui avaient appris à
écouter la nature et à respecter ses
équilibres. Avec détermination, il se tourna
vers le loup et dit : "Je choisis la forêt. La
nature doit être préservée, peu importe le
sacrifice. Elle est notre mère et notre guide."
Le loup sembla sourire, une lueur de fierté
dans ses yeux. Puis, dans un souffle de vent
glacial, il disparut, et Elias se retrouva seul,
debout au bord de la forêt. Il n’avait rien
perdu, mais quelque chose en lui avait
changé. Il sentit une connexion profonde
avec la terre et les arbres, un lien
indestructible. Le loup, ou ce qu’il
représentait, avait disparu, mais l’esprit de
la forêt était désormais avec lui.
Le lendemain, les villageois découvrirent
que la neige avait cessé de tomber. Le vent
avait disparu, et une étrange chaleur
émanait des montagnes. Depuis ce jour, la
forêt resta protégée, et Elias, devenu un
homme sage, fut le gardien de cet équilibre
sacré.