KOUASSI K. S. et al.
, Le français de Côte d’Ivoire dans le cyberespace…
Le français de Côte d’Ivoire dans le cyberespace
:analyse et interprétation
Kouassi Konan Stanislas et Koffi Hamanys Broux De Ismael
Université Peleforo Gon Coulibaly, Korhogo, Côte d’Ivoire
Auteur correspondant : e-mail : stanislas1980konan@[Link]
Article soumis le 25/08/2019, accepté le 12/12/2019 et publié
le 04/01/2020
Résumé : Le français est le principal canal d’échange au sein de l’espace
francophone. C’est à travers cette langue qui se décline en variantes régionales
que les peuples d’origines diverses communiquent. La présente étude montre, à
partir des publications sur le réseau social Facebook, que le français de Côte
d’Ivoire peut être inaccessible à un francophone non ivoirien tant il est marqué
culturellement. Le lexique utilisé par les internautes ivoiriens comporte, en effet,
de nombreux termes qui n’existent pas dans les dictionnaires de la langue
française.
Mots clés : Côte d’Ivoire, cyberespace, français, nouchi, variation linguistique
Abstract: French is the main channel of exchange within the French-speaking world.
It is through this language that comes in regional variants that people of different
origins communicate. The present study shows, from the publications on the social
network Facebook, that the French of Ivory Coast can be inaccessible to a non-
Ivorian francophone as it is marked culturally. The lexicon used by Ivorian Internet
users contains, in fact, many terms that do not exist in the dictionaries of the French
language.
Keywords: Ivory Coast, cyberspace, french, nouchi, linguistic variation
Introduction
Selon le Petit Robert, le terme cyberespace désigne un ensemble
de données numérisées constituant un univers d'information et un
milieu de communication, lié à l'interconnexion mondiale des
ordinateurs. L’interconnexion des réseaux permise par l’Internet
dans lequel le cyberespace trouve son fondement a, en quelque
sorte, abouti à une suppression des frontières grâce à la libre
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circulation de l’information et au partage d’information. Échanger,
partager et communiquer suppose l’usage d’un code commun connu
de toutes les parties. Lors, des échanges sur les réseaux sociaux,
par exemple, la communication se fait au moyen d’images, de
vidéos, de messages vocaux et écrits formulés dans des langues
spécifiques. Or, les langues « n’existent sans les gens qui les
parlent, et l’histoire d’une langue est l’histoire de ses locuteurs. »
(Calvet, 2013 :3).
En Côte d’Ivoire, pays à forte hétérogénéité linguistique, on
dénombre environ une soixantaine de langues locales réparties en
quatre grands groupes ou aires ethnolinguistiques : Kwa, Kru,
Mandé et Gur. À celles-ci s’ajoute les langues des communautés
étrangères1 qui y vivent et la langue française, la langue officielle
et d’ouverture sur le monde. Du fait de son statut le français est en
contact avec toutes les autres2 en usage dans le paysage
linguistique ivoirien. Il résulte de ce contact des influences mutuelles
qui ont abouti au niveau du français à l’émergence d’une norme
endogène qui se décline en trois variétés : le français populaire
ivoirien (variété populaire pidginisée), le français ivoirien (variété
locale, véhiculaire au plan national), et le nouchi(parler jeune) qui
prennent la forme d’un continuum linguistique. C’est à travers ce
français les populations vivant en Côte d’Ivoire communiquent entre
elles et s’ouvrent au monde.
Cette étude à orientation sociolinguistique qui s’appuie sur les
publications sur le réseau social Facebook des internautes de Côte
d’Ivoire vise à rendre compte des difficultés d’interprétation qui
peuvent être rencontrées par un francophone non ivoirien à partir
des particularités lexicales de la norme endogène de français. En
1 Cette communauté représente 24,2% de la population totale de la Côte
d’Ivoire, selon le Recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH)
de 2014
2Ce sont : les langues locales, les langues des communautaires étrangères vivant
en Côte d’Ivoire, les langues telles que l’arabe, l’espagnol, l’allemand et
l’anglais.
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d’autres termes nous essaierons de relever les effets linguistiques
du déterminisme technologique.
1. Méthodologie de l’étude
Lorsqu’on parcourt les publications sur le réseau social Facebook
des internautes de Côte d’Ivoire on s’aperçoit de ce qu’elles sont
faites dans un français qui diffère quelque peu de la norme
centrale de cette langue. Pour rendre compte de cet état de fait,
nous avons parcouru au cours du mois de mai 2019 les
plateformes d’échanges de quelques groupes virtuels Facebook.
Ce sont : « 100% rencontre » (82.616 membres), « Je suis baoulé
et toi ? » (106.453 membres), « #Goumin-gOumin Club# (645363
membres) et « Fils et filles de Béoumi » (12648 membres). Ces
groupes sont ouverts à toutes personnes qui manifestent le désir
d’en être membre. Ce qui qui sous-entend qu’aucun critère
particulier n’est requis. De ce fait, il n’y pas véritablement
d’affinité entre les membres qui ne se connaissent pas tous de
façon particulière. Ils sont unis par l’origine, la volonté d’échanger,
de se faire des amis et de nouveaux amis. Le groupe 100%
rencontre compte parmi ses membres des personnes d’origines On
compte parmi eux des Ivoiriens, Maliens, Congolais, Gabonais,
Camerounais, etc.
L’objectif par cette démarche est de rendre compte d’une part de
la liberté que se donnent les internautes de Côte d’Ivoire et
d’autre part de relever les difficultés d’interprétation à partir
d’une analyse lexicale étant donné que l’Internet favorise la libre
circulation de l’information et la suppression des frontières. En tant
que membre de ces groupes ou de ces canaux qui facilitent les
échanges entre des personnes d’origines diverses, nous avons
effectué des captures d’écran des publications sur ces plateformes.
Par la suite les énoncés dont l’interprétation peut être difficile pour
un francophone non ivoirien ont été relevés et transcrits. Cette
sélection a été guidée par la présence de termes qui ne figurent
pas dans les dictionnaires de la langue française. Toutefois, tous
les énoncés essentiellement construits à partir des mots français et
des règles syntaxiques du français ont été pris en compte. Aucune
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des variétés de la norme endogène de français n’a non plus été
privilégiée. Les données ainsi collectées ont été analysées et
interprétées à la lumière des règles de fonctionnement du français
dans une perspective normativiste.
2. Analyse descriptive des publications des internautes de Côte
d’Ivoire
L’analyse de la structure et de la forme des publications des
internautes ivoiriens a révélé divers faits. Ce sont : des
transcriptions fantaisistes, des troncations, des phrases mal
ponctuées, des changements de sens, des périphrases, l’emploi des
mots issus des langues locales, etc.
2.1. Des transcriptions fantaisistes et des troncations
Certaines séquences graphiques des publications des internautes
ivoiriens n’obéissent à aucune norme d’abréviation. Elles semblent
fantaisistes qui se traduisent par des fusions de mots et des
troncations. Dans les exemples qui suivent donne un aperçu de cet
état de fait.
Pub3 1 : Les fameskevous pouvez draguer un mec si vous l’aimez ???
Pub2 : Dnc affaire la sai sérieux hein c’est une partie du pays qui
souffre comsa. Dites mw y quoi lbahoo vraiment yako a vous.
Pub3 : Bel tof !
Pub 4 : Parfois fait tes bagages, va à l’aéroport, fais des selfis et
reviens à la maison oklm, il faut souvent embrouiller ses ennemis.
Pub 5 : Bonjr la famille comment a appel ton sais feuille en baoulé
Lorsqu’on essaie de restituer les idées et pensées des internautes
auteurs de ces publications, on s’aperçoit de ce que les termes ci-
après : fam, eske, comsa, mw et oklmrenvoient respectivement à
femme, est-ce que, comme ça, moi et au calme. Les structures
syllabique et phonétique laissent penser que les auteurs de ces
publications ont transcrit le son. Les systèmes de transcriptions
orthographique et phonétique sont ainsi amalgamés. Au niveau des
3
Pub est l’abréviation de « publication »
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graphies dnc, lba, et bonjr, l’hypothèse de l’omission de certaines
lettres des mots donc, là-bas et bonjour semble la plus plausible.
Pour ce qui est de la graphie tof, elle semble résulter de la
réfection de la structure syllabique du mot [Link] relève, en
effet, que la consonne initiale de la première qui n’a pas été
réalisée est postposée à la dernière syllabe. En définitive, l’on a
l’impression d’être en face d’un nouveau mot.
2.2. Des fautes de grammaire et d’orthographe
Les premières remarques qu’on fait lorsqu’on parcourt les
publications des internautes ivoiriens sont celles du non-respect des
règles grammaticales et de la mauvaise transcription des mots.
Comme on peut le constater sur les publications ci-dessous, les
fautes d’orthographe et d’accord sont nombreuses :
Pub 6:En ce grand jour dédié à nos vaillant mère je soueth bonne fête
des mère à toutes les mère du monde.
Pub 7: En ce jour de fête des maman je profit de ce moment pour
rendre hommage à tous les mamans rappelé a dieu.
Pub 8 : Femme qui a beaucoup de camarade ne dure jamais dans foyer
je passait.
Pub 9 : Parfois fait tes bagages, va à l’aéroport, fais des selfis et
reviens à la maison oklm, il faut souvent embrouiller ses ennemis.
Pub 10 :Bonjr la famille comment appel ton sais feuille en baoulé
Pu 11 :Dnc affaire la sai sérieux hein c’est une partie du pays qui
souffre comsa. Dites mw y quoi lbahoo vraiment yakoa vous.
Pub 12 : Bonne fête des mères a toutes les femmes du groupe je vous
aimesles maman bizou à vous
Pub 13 :Bonjr la famille comment appel ton sais feuille en baoulé
Pub 14 : Débat ouvert : Est-ce qu’on peut souhaité bonne fête a une
femme qui n’a par d’enfant
Pu 15 :Beltof !
Les séquences en gras, en plus de témoigner de la liberté que se
donnent les internautes dans leurs écrits sur le réseau social
Facebook, montrent aussi qu’elles sont truffées de fautes
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d’orthographe et de grammaire. Les verbes souhaiter et appeler,
par exemple, sont respectivement orthographiés « soueth » et
« appel ». L’accord en genre et en nombre n’est pas toujours
correctement fait. C’est le cas des adjectifs « vaillant » et « bel ».
Bien qu’ils soient précédés des noms féminins « mère » et
« photo transcrit tof» auxquels ils se rapportent, ils ne portent pas
la marque du genre féminin. L’accord dans les constituants
nominaux est parfois mal fait. Outre la faute d’accord en nombre
observée au niveau de l’adjectif « vaillant », bien qu’il soit
précédé du possessif pluriel nos, on dénombre plusieurs autres
constructions similaires dans les exemples ci-dessus. On peut, à ce
propos, citer les cas des constituants nominaux : « des mère »,
« toutes les mère », « des maman », « tous les maman » et
« beaucoup de camarade » où l’accord en genre et en nombre n’est
pas fait. À cela s’ajoute l’omission de la lettre -i- du mot « feuille »
qui devrait d’ailleurs porter la marque du pluriel ; le déterminant
auquel il se rattache étant au pluriel.
Des fautes d’accord sont aussi relevées au niveau des verbes
« passer » et « faire » où l’internaute a transcrit en lieu et place de
la lettre (-s) finale un (-t) alors qu’ils ont pour sujets respectifs les
première et deuxième personne du singulier. Il en est de même
pour le verbe « aller » où en lieu et place de la lettre (-s) finale,
on note une position vide, exactement comme au niveau des verbes
« profiter » et « rappeler » dont la lettre finale (-e) et les marques
du féminin pluriel sont omises. Au niveau du verbe « souhaiter »
également, on relève la violation de la règle grammaticale qui
stipule que lorsque deux verbes se suivent le second se met à
l’infinitif dans la mesure où l’internaute a mis à la finale de ce
verbe un (-é) symbolisant la marque du participe passé et lieu et
place de l’infinitif. Enfin, le verbe « aimer » dont le sujet est le
pronom de la première personne du singulier se termine par (-s) ;
ce qui n’est pas conforme aux prescriptions grammaticales de la
langue française.
On observe également des cas de confusion de mots, comme c’est
le cas au niveau du démonstratif ces en lieu et place duquel figure
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sais, la forme conjuguée de la première ou deuxième personne du
présent de l’indicatif du verbe « savoir ». L’adverbe de négation
est également confondu à la préposition « par » dans la
publication : Débat ouvert : Est-ce qu’on peut souhaiter bonne fête a
une femme qui n’a par d’enfant. Au « à » préposition, les internautes
substituent l’auxiliaire avoir conjugué à la troisième personne du
singulier dans la plupart des exemples ci-dessus. Le terme
« selfies » est également mal orthographié ; la lettre médiane « -
e- » ayant été omise. Le démonstratif « ces » et le présentatif
« c’est » sont respectivement transcrits « sais » et « sai ». Il est vrai
que dans chacun de ces cas, on a affaire à des homophones mais,
il convient de souligner que la confusion de ces lexies impacte sur
la forme de la phrase et surtout sur l’interprétation des énoncés
étant donné que les énoncés dans lesquels on le retrouve ne sont
pas toujours bien ponctués.
2.3. Des phrases mal ponctuées
La ponctuation désigne l’ensemble des signes graphiques dont le
rôle est de rendre compte à l'écrit à la fois de la syntaxe des
énoncés, des délimitations entre phrases et entre les constituants de
phrases, des modalités énonciatives (interrogation, exclamation) et
des phénomènes de prosodie (pauses, intonation et mélodie). Elle
facilite donc l’interprétation des énoncés. Ainsi, un énoncé mal
ponctué comme on constate dans ceux qui suivent, peut être sujet à
des confusions et ambiguïtés.
Pub 17 : Bonne fête des mères a toutes les femmes du groupe je vous
aimes les maman bizou à vous
Pub 18 :Bonjr la famille comment a appel ton sais feuille en baoulé
Pub 19 :Dnc affaire la sai sérieux hein c’est une partie du pays qui
souffre comsa. Dites mw y quoi lbahoo vraiment yako a vous.
Pub 20 : Parfois fait tes bagages, va à l’aéroport, fais des selfis et
reviens à la maison oklm, il faut souvent embrouiller ses ennemis.
Dans chacun des énoncés ci-dessus, on relève des fautes de
ponctuation. Dans le premier exemple, aucun signe de ponctuation
n’est marqué. Pourtant, pour la clarté du propos, cette séquence
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peut être subdivisée en trois énoncés. Ainsi, la publication se
présenterait comme suit : « Bonne fête des mères à toutes les femmes
du groupe ! Je vous aime les mamans. Bisou à vous ! ». Étant donné
que les fautes d’orthographe et de grammaire en ont été
extirpées et les signes de ponctuation ont été marqués, elle est
devenue plus accessible.
Dans l’exemple suivant où l’internaute présente d’abord ses civilités
avant de demander à ses amis d’identifier les feuilles dont il
présente les images, on note une absence totale de signes de
ponctuation. Les points d’exclamation et d’interrogation qui
devaient respectivement être placés après les termes famille et
baoulé n’ont pas été marqués. Par conséquent, on a une longue
suite de mots dans laquelle on relève de nombreuses fautes
d’orthographe au lieu de deux énoncés bien ponctués qui auraient
facilité l’interprétation de son message. La majuscule initiale de
l’interrogatif comment n’est pas non plus marquée. En plus, là où on
devait voir le tiret symbolisant l’inversion du sujet dans la phrase
interrogative, l’internaute a transcrit le possessif ton.
L’exemple : « Dnc affaire la sai sérieux hein c’est une partie du pays
qui souffre comsa. Dites mw y quoi lbahoo vraiment yako a vous. »
témoigne de la non maîtrise des signes de ponctuation par bon
nombre d’internautes. En effet, dans cette publication, on s’aperçoit
de ce que les virgules après « donc » et « moi » ont été omises à
l’instar des points d’exclamation après « hein », « vraiment »et
« vous », du point d’interrogation après l’interjectif « hoo ! ». De ce
fait, les majuscules initiales du présentatif « c’est » et de l’adverbe
« vraiment » ne sont pas marquées. Le dernier exemple est
également mal ponctué. En effet, si au niveau des trois premières
séquences de cette publication, la virgule peut être acceptée, elle
ne saurait l’être au niveau de la dernière. L’exhortation ou
l’invitation de l’internaute à procéder, comme il l’indique, s’arrête
après « oklm » ; la suite de sa publication donne les motivations de
son choix.
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2.4. Des emprunts massifs
Lorsqu’on parcourt les publications des internautes ivoiriens, on
s’aperçoit de la présence de termes qui n’existent pas dans les
différents dictionnaires de la langue française. La récurrence des
termes issus d’autres langues fait de l’emprunt le procédé de
création lexicale le plus productif. Les exemples qui suivent
donnent un aperçu de cette réalité linguistique.
Pub 21:Quand femme dit qu’elle a eu bon mari c’est que dépense va
tuémôgô la eh
Pub 22 : Tout le monde sais mougou mais tout le monde ne sais pas
faire l’amour.
Pub : Bonne fête a toutes les mamans de mon gbonhi et que Dieu vous
accorde un bon mec comme moi
Pub 23 : Fille ! Cite le nom d’un membre du groupe qui te drague en
Inbox … C’est gâté aujourd’hui là. Cassez les papo.
Pub 24 : Amour est bizarre dêh. Tu peux avoir doctorat mais c’est une
fille qui n’a même pas extrait de naissance qui va te donner goumin.
Pub 25 : Rien ne rend une fille grosse heureuse que de voir une autre
plus grosse qu’elle. Ko « djaaahje suis pas la seule grosse »
Pub 26 : Avoir jolie go, c’est souffrance ooh ! tu sais que tout le monde
veut lamougou
Pub 27 : Ah ! C’est ça dêh !
Pub 28 : Les « djassi » en provenance de notre chère Béoumi sont
bonnes et on ne peut plus rassurantes.
Pub 29 : Ils n’ont pas eu besoin de l’école pour réussir. Comment lui
accorder de l’importance ? Ko « une casque » Ministre ! Pouah !
Pub 30 : Amour est bizarre dêh. Tu peux avoir doctorat mais c’est une
fille qui n’a même pas extrait de naissance qui va te donner goumin.
Pub 31 :Eeh femme ! Ko,bb, mon père veut te voir aujourd’hui. Ahi !
Depuis quand lui et moi on est amis.
Pub 32 : Après le maplôli : Elle : bb ! Lui : oui ! Elle : je t’aime. Lui :
pense à tes études.
Pub 33 : Si cette somme était allée sur le numéro de téléphone d’un
« petit varan », il allait retirer le « blé » kabakaba et laper ça.
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Pub 34 : Pour votre sécurité, il faut porter « une casque » dans tous les
secteurs « sociales ». Patissanganan !
Pub 35 : Ils ont lalé mon lalé. Quel bon ivoirien va me traduire sa ?
Les termes : môgô, mougou, gbonhi, papo, goumin, mougoupan,
Haokomen, ko, maplôli, blé, kabakaba, « djassi » et lalé à l’instar
des interjectifs « djaaah ! », « Pouah ! », « dêh »,
« Patissanganan ! », « Ahi ! » sont empruntés à diverses langues.
Ils font le charme du français de Côte d’Ivoire et témoignent de la
créativité linguistique des Ivoiriens.
2.5. Des changements de sens
Des changements de sens sont également observés dans les
publications des internautes ivoiriens. Les exemples qui
suivent donnent un aperçu de ceux qui opèrent dans les
productions écrites sur Facebook des internautes ivoiriens :
Pub 36 : Si cette somme était allée sur le numéro de téléphone d’un
« petit varan », il allait retirer le « blé » kabakaba et laper ça.
Pu 37 : Depuis ma petite m’a dit que c’est bon entre nous mon cœur me
fait façon façon on dirait sa veut tomber. Svp, c’est quelle m… ».
Pu 38 : Si le gars sort machette elle va gagner temps.
Pu 39 :Hbd mon élément pimpant !
Pu 40 : « Laurent Gbagbo, un boulanger né.
Pub 41 : Quand tu découvre que tous les amis de ta rivale sont ami a ta
rivale tu peux douté de ta place de titulaire
Pub 42 : bon vous les filles qui voulez un mec beau grand taille claire
riche la toi ton frère piqué, vilain, noir qui va le prendre ?
Le terme laper, par exemple, signifie dépenser alors que « petite »
désigne la petite amie ou la fiancée. Quant à l’expression gagner
temps, elle signifie fuir, s’en fuir, s’échapper, etc. Les termes
élément et boulanger ont également un nouveau contenu
sémantique dans le français de Côte d’Ivoire. Ils servent
respectivement à désigner un ami, une personne pour laquelle on
éprouve beaucoup de sympathie, un confident, etc., et une
personne versatile, un roublard, etc. Il s’agit là d’un sobriquet par
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lequel les Ivoiriens désignent leur ex-président Laurent Gbagbo. Il
est de même pour les termes « titulaire » et « piqué » qui désignent
respectivement la fiancé et l’homme peu nanti.
2.6. Des périphrases et des acronymes
Certains internautes utilisent dans leurs publications la périphrase.
L’exemple ci-après peut servir à illustrer cet état de fait :
Pu 43 : Il faut donc préparer les esprits et le terrain au retour du Wood
de Mama.
Dans cette publication, la périphrase woody de Mama sert à
désigner l’ex président ivoirien Laurent Gbagbo. Des acronymes
sont également utilisés par les internautes ivoiriens, comme c’est le
cas dans l’exemple ci-après :
Pu 44 : La résistance parisienne en France a le regret de vous annoncer
le décès de notre sœur gor, combattante de la liberté.
Dans cet énoncé, le terme gorsignifie Gbagbo ou rien. Il est utilisé
pour désigner les partisans de cet homme politique ivoirien qui est,
selon eux, le seul qui peut conduire le pays vers le développement.
2.7. Des néologies
Dans la publication qui suit : « Donne ta définition du RHDP Ps :
RHDP= Rassemblement des Haokomen pour la Drogue et la
Pornographie », par exemple, le terme « haokomen » est composé
des mots baoulé haoko(instrument traditionnel de musique) et
anglais men (hommes). Il sert à désigner, en français de Côte
d’Ivoire, une personne qui aime se masturber. Les termes
mougoupanet maplôlidans la publication : « Pourquoi les hommes
aiment faire le mougoupan aux filles qui aiment demander l’argent ?
C’est méchant. » sont construits sur le même modèle. Le premier
(mougoupan) est formé à partir de l’adjonction du terme d’origine
sénoufo mougouqui signifie faire l’amour en nouchi et du mot
malinké pan qui veut dire s’en fuir. Pratiquer le mougoupanrevient
à entretenir des relations sexuelles sans avenir. Maplôlidans la
publication : « Après le maplôli : Elle : bb ! Lui : oui ! Elle : je t’aime.
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Lui : pense à tes études. »qui désigne l’acte sexuel est constitué du
maplôet du dérivatif -li.
Pub 45 : Donne ta définition du RHDP Ps : RHDP= Rassemblement des
Haokomen pour la Drogue et la Pornographie
Pub 46 : Pourquoi les hommes aiment faire le mougoupan aux filles qui
aiment demander l’argent ? C’est méchant.
Pub 47 : d’autres sont en couples dans ce village juste pour ce
décoaguler ou parce qu’il sait qu’elles ont faim
Pour ce qui est des termes lassissiet danhéréconstruits à partir des
termes anglais last et français dangereux, ils servent à désigner
une personne douée dans un art. Il convient toutefois de préciser
que dans la publication : « Djagaa ! après Candia la, il y a un autre
sinistre ! Le lassissi même, môgôla est mal danhéré. » Ces termes sont
utilisés pour tourner en dérision un acteur politique ivoirien qui
aurait des difficultés pour s’exprimer en français. À côté des mots
construits à partir de la réfection de leurs structures syllabiques, on
a ceux qui sont obtenus par dérivation. L’exemple, du verbe
décoaguler dans la publication qui suit : « D’autres sont en couple
dans ce village juste pour ce décoaguler ou parce qu’il sait qu’elles
ont faim ». Il signifie assouvir ses désirs sexuels en français de Côte
d’Ivoire.
3. Interprétation des résultats
Il s’agira ici de confronter les données collectées aux résultats des
études antérieures pour relever les similitudes et divergences. Il
sera aussi question d’identifier les éventuelles difficultés
d’interprétation des messages électroniques que pourraient
rencontrer un francophone non ivoirien du fait des spécificités
culturelles et de la diversité linguistique ivoirienne.
3.1. La transposition dans le cyberespace des pratiques
langagières de Côte d’Ivoire
La remarque générale qu’on fait est que les différentes variétés
du français de Côte d’Ivoire sont en usage sur le réseau social
Facebook. Elles sont parfois concurremment utilisées au sein même
d’une même publication. Si certains internautes font des efforts
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pour s’exprimer dans un français correct, d’autres n’hésitent pas à
recourir au nouchi et au français populaire ivoirien (FPI). Le
français parlé en Côte d’Ivoire se distingue, il convient de le
préciser, du français central « par quelques traits d’ordre
phonétique et lexical, à un français basilectal se caractérisant par
un nombre de traits non standard en passant par un français
local. » (Kunsten, 2002 : 554). Il est, en effet, « tributaire de la
morphosyntaxe et des modes d’énonciation et de conceptualisation
dans les langues ivoiriennes. » (Adopo, 2009 : 22). De ce fait, il
comporte de nombreuses particularités phonologiques, lexicales et
syntaxiques qui sont caractéristiques de ces différentes variétés.
Le français ivoirien, marqué par la norme académique, par
exemple, présente des formes qui ont pour origine le français
populaire ivoirien, la structure des langues vernaculaires africaines
de Côte d’Ivoire et le mode de conceptualisation propre à une
civilisation de l’oralité. (Simard, 1994). Quant au français
populaire ivoirien (FPI), initialement appelé français populaire
d’Abidjan (Hattiger, 1983), et présenté comme un pidgin né de
l’effort d’appropriation de la langue française (Mel G. et
Kouadio, 1980 : 53), il est très dynamique. Cela dans la mesure
où il est pratiqué par des populations peu ou pas lettrés. Pour
Kouadio (1997 : 11), «il semble y avoir autant de variétés de FPI
qu’il y a de locuteurs tant les variations phonétiques,
grammaticales et lexicales paraissent importantes quand on passe
d’un locuteur à un autre. ».
Le même constat est fait au niveau du nouchi, l’argot né au début
des années 80. En effet, « nombreuses sont les syllabes des mots
du nouchi qui subissent une accentuation de la part du locuteur.
Cette accentuation n’est pas sans intention, au contraire elle tient
lieu de marque de degré, comme dans les langues africaines, et
renforce ainsi la signification des messages. »(Ahua, 2011 : 138).
On relève en outre un phénomène d’aspiration à la fin des mots
qui joue également le même rôle : marque le degré ; des
assimilations et des amalgames dans les phrases du nouchi. Son
système verbal « recourt aux temps du français, et non aux
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aspects exprimés dans les langues africaines. » (Ahua, 2011 :
139) ; il « n’incorpore pas un autre élément (indice du sujet) comme
dans les langues négro-africaines » (Creissels, 1991 : 407- 408).
Le mode indicatif bénéficie d’un usage privilégié dans cette
variété de français à travers : le présent, l’imparfait, le passé
composé et le plus que parfait. L’expression du futur se fait par
l’emploi du futur proche : avec le verbe « aller » du français. »
Ahua (op. cit : 139).
La comparaison des données collectées aux particularités ci-dessus
énumérées montre que le nouchi fait l’objet d’un usage privilégié.
L’utilisation des termes « mougou », « djassi », « ko », « maplôli »,
« blé », « kabakaba », « goumin », « mougoupan », « môgô » qui
relèvent de cette variété du français de Côte d’Ivoire confirme cet
état de fait. Le vocabulaire de cette variété de français, comme
l’a souligné Brou Diallo (2004 : 28), est composite. Il « est à base
de français, de langues locales (baoulé, dioula, bété, etc.) et voire
de l’anglais, d’espagnol. Mais, les expressions et les mots français
empruntés subissent des changements de sens, des troncations, etc.,
dont l’objectif est de créer un langage secret. »). Ce point de vue
est partagé par Ahua (2011 : 136) qui précise que le vocabulaire
du nouchi repose « sur trois catégories de mots : mots d’origine
européenne, mots d’origine ivoirienne et mots fabriqués (mots
d’origine inconnue et mots crées localement. » (Ahua, op. cit : 136-
137).
En somme, on relève la transposition dans le cyberespace des
pratiques langagières ivoiriennes. La prédominance du nouchi dans
les publications et commentaires sur le réseau social Facebook en
est un indicateur fiable et s’explique par le fait qu’il est en
majorité utilisé par les jeunes. Cette variété du français de Côte
d’Ivoire perçue au départ comme un code langagier utilisé par les
loubards, les petits et grands délinquants dans le but de dérouter
les forces de l’ordre et autres représentants de l’autorité (Z.
Grékou, 1987 : 18), a en effet fait irruption dans les classes de
collèges, de lycées et dans les amphithéâtres d'universités
(Kouamé, 2007 ; Kouadio, 2006).
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Au regard de ces faits, Kouadio Pierre Adou (2011 : 4) a soutenu
que le nouchi« est largement sorti de son milieu de naissance. ». Il
rejoint ainsi Kouadio (2006 : 178-179) qui avait souligné que le
nouchi n’était plus seulement l’apanage des jeunes de la rue. Il est
aussi, a-t-il poursuivi, présent dans les lycées et collèges et même à
l’université avant de conclure que, désormais, on parle nouchi dans
les rues d’Abidjan et que les murs aussi en portent témoignage.
Toutes les couches sociales en font usage. Cette variété du français
de Côte d’Ivoire n’est plus exclusivement pratiquée par un public
spécifique car « son extension ne s’arrête plus aux jeunes. Elle
touche leurs parents qui, quelle que soit leur condition sociale,
l’utilisent dans la communication avec leurs enfants. » (Aboa,
2010 : 47). Du fait de cette expansion fulgurante, le nouchi remplit
désormais trois fonctions : une fonction cryptique, une fonction
identitaire et une fonction véhiculaire. » (Kouamé, 2012).
3.2. De la diversité culturelle et linguistique dans le français de
Côte d’Ivoire
Le français de Côte d’Ivoire se distingue de la norme centrale de
cette langue. Il « très marqué par le terroir où il est usité » et se
présente comme « une sorte de label made in Côte d’Ivoire. »
(Kouadio, 1997 : 3). Ce point de vue est partagé par Adopo
(2009 : 47) pour qui la norme endogène de français en usage en
Côte d’Ivoire « présente le visage d’un français acclimaté auquel
les Ivoiriens ont su donner forme et contenu. ». Les publications des
internautes de Côte d’Ivoire montre que ceux-ci ne s’inscrivent pas
en marge de cette tendance générale. Ils font preuve de dextérité
dans la mesure où ils parviennent à adapter la langue française à
leurs besoins communicatifs et ont réussi à s’approprier cette
langue. Quand bien même la syntaxe des énoncés qui constituent
leurs publications respecterait en grande partie la syntaxe du
français standard, on en relève des faits qui rendent difficiles leur
interprétation par un francophone non ivoirien.
À ce propos, la présence des termes « mougou », « djassi »,
« ko », « maplôli », « blé », « kabakaba », « goumin »,
« mougoupan », « môgô » qui signifient respectivement faire
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l’amour, nouvelles, avoir un rapport sexuel, l’argent, rapidement,
chagrin d’amour, aventure amoureuse d’un soir, homme peut
constituer un écueil à l’interprétation des énoncés dans lesquels ils
apparaissent. La compréhension des messages émis sur ce canal
virtuel nécessite donc un ancrage culturel.
En effet, ils comportent des termes qui ne figurent pas dans les
dictionnaires de la langue française ; ces messages étant destinés
à des groupes constitués sur le réseau social Facebook grâce aux
réseaux d’amis ou à des personnes qui n’ont aucune connaissance
des réalités linguistiques et culturelles de la Côte d’Ivoire.
C’est le cas du nouchi qui se présente comme le réceptacle de la
diversité linguistique de la Côte d’Ivoire qui prédomine dans les
publications sur le réseau social Facebook des internautes de Côte
d’Ivoire. L’usage fréquent de cette variété de français qui puise
ses ressources dans plusieurs canaux linguistiques locaux et
internationaux atteste que la norme endogène de français est
culturellement marquée.
On en relève un accroissement de la productivité de l’emprunt.
Aussi, la diversité d’origine des termes qui résultent de ce procédé
de création lexicale témoigne de l’importance de la diversité
linguistique qui opère dans le français de Côte d’Ivoire ; le pays
étant le théâtre de contact de nombreuses et fécondes langues.
Cette langue qui « a épousé tous les contours de la société
ivoirienne, aussi bien dans son organisation sociale que comme
expression et reflet de sa spécificité culturelle » (Simard, 1994 :
27) traduit, en effet, le « sentiment de fierté de l’Ivoirien qui, tout
en prenant pour modèle dans bien des domaines le schéma
occidental, tient à conserver et à renforcer son identité en
maintenant toujours avec ce modèle une différence volontaire. »
(Aboa, 2010 : 2). En somme, elle est le reflet d’une diversité
culturelle établie qui fait sa spécificité et qui la rend de plus en
plus inaccessible aux autres membres de la communauté
francophone.
Conclusion
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L’analyse des formes, structures et contenus des messages
électroniques publiés par les internautes de Côte d’Ivoire sur le
réseau social Facebook a révélé des transcriptions fantaisistes et
des troncations, des fautes de grammaire et d’orthographe, des
phrases mal ponctuées, des emprunts massifs, des changements de
sens, des périphrases, des acronymes, des néologies, etc. Elle a
également montré que les différentes variétés de la norme
endogène de français sont en usage sur Facebook ; ce qui traduit
la liberté que se donnent les « facebookeurs » de Côte d’Ivoire ».
Ils n’hésitent pas à utiliser des termes issus des langues ivoiriennes
et occidentales et à faire montre de créativité dans leurs
publications et commentaires. Pourtant, ceux-ci s’adressent à des
réseaux d’amis et membres de groupes qu’ils ne connaissent pas
véritablement mais avec lesquels ils échangent et interagissent.
À ce sujet, les risques d’incompréhension sont grands vu que leurs
publications comportent des termes spécifiques au français de
Côte d’Ivoire, des termes qui n’existant pas dans les dictionnaires
de la langue française.
Bibliographie
Ouvrages
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d’apprentissage du français langue étrangère par les étudiants
anglophones africains. Thèse de Doctorat en Sciences du langage.
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Annales de l’Université de Moundou, Série A - Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines, Vol.7(1), Num. Sp., Jan. 2020, ISSN 2304-1056
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KOUASSI K. S. et al., Le français de Côte d’Ivoire dans le cyberespace…
secondaires français et ivoiriens, Thèse de Doctorat, sous la co-
direction de M. Verdelhan, et N. J. Kouadio, Université de
Montpellier 3.
Article dans une revue
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des Professeurs de Français en Afrique n° 4, p. 14-20.
Kouadio, N’Guessan Jérémie, 1997, « La situation linguistique de
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KOUASSI K. S. et al., Le français de Côte d’Ivoire dans le cyberespace…
n°40/41, URL : [Link] consulté le 02 août
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[Link]
un-reseau-sans-frontieres, consulté le 15/11/2019,
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