Droit 2
Droit 2
1
PREMIERE PARTIE : LE DROIT OBJECTIF OU REGLE DE DROIT.
Le droit objectif, également appelé règle de droit, désigne, comme indiqué
précédemment, l’ensemble des règles ayant pour finalité la réglementation des
relations sociales. Son étude peut, pour l’essentiel, être articulée autour de trois
points :
- la notion de droit objectif ou règle de droit ;
- les branches du droit objectif et,
- les sources du droit objectif.
2
Ce premier caractère, également appelé caractère abstrait ou encore caractère
impersonnel, signifie que la règle de droit est en principe applicable à tous, sans
désigner nommément les personnes.
Toutefois, ce caractère général doit être nuancé ou relativisé, pour tenir compte
de certaines règles de droit qui ne s’appliquent pas à toutes les personnes, mais
seulement à certaines personnes déterminées.
Exemples :
- Les règles qui forment le droit commercial ;
- Les règles qui constituent le droit du travail …
3
Ce troisième caractère, qui s’appelle aussi caractère coercitif, signifie que la
règle de droit doit être respectée sous peine de sanction.
Les sanctions qui sont attachées aux différentes règles de droit sont diverses. Il y
a:
- des sanctions civiles (annulation d’un contrat, paiement de dommages-
intérêts...) ;
- des sanctions pénales (amende, emprisonnement, peine de mort…) et
- des sanctions administratives ou disciplinaires (avertissement, blâme,
radiation…).
4
Cette doctrine, qui est apparue la première, trouve des applications dans les
pays islamistes, c’est-à-dire les pays qui appliquent la charia(le Coran et les
Hadis).
5
Elle se distingue de ces dernières à plusieurs égards : du point de vue de sa
source, de son but et de son domaine.
Mais fondamentalement, la distinction se situe au niveau du caractère général de
la règle de droit et de la nature de sa sanction.
En effet, la portée de la généralité de la règle de droit ne se retrouve dans aucune
autre norme de conduite sociale. Quant à sa sanction, elle est étatique. Ce qui
n’est pas le cas de la sanction des autres règles de comportement social.
CHAPITRE II : LES BRANCHES DU DROIT OBJECTIF.
Les règles qui forment le droit objectif sont diverses. Pour cette raison, on les
range traditionnellement dans des catégories juridiques appelées « branches du
droit objectif ». Ces branches sont au nombre de trois : la branche du droit privé
et la branche du droit public, qui sont les principales branches ; et entre elle, se
situe une troisième branche, la branche du droit à caractère mixte.
6
Le droit privé national, ou droit privé interne, est celui dont le champ
d’application est représenté par le territoire national. Les rapports juridiques qui
sont régies par ce droit ne comportent aucun élément d’extranéité, c’est-à-dire
un élément étranger.
Exemple : le mariage de deux sénégalais ; un contrat de travail conclu par deux
sénégalais…
S’agissant du droit international privé, c’est celui dont le champ d’application
est représenté par la scène ou la société internationale. Les relations juridiques
qu’il réglemente comportent nécessairement un élément d’extranéité.
Exemple : un contrat de vente conclu par deux commerçants, l’un français et
l’autre sénégalais.
7
Le droit public national, ou droit public interne, est celui qui ne s’applique que
dans le territoire national ; il est propre à chaque. Ainsi, on parle de droit public
américain, de droit public français, mais aussi de droit public sénégalais…
Dans le droit public national, coexistent certaines disciplines juridiques. Il s’agit,
du droit constitutionnel, du droit administratif et du droit financier ou droit des
finances publiques.
S’agissant du droit public international, c’est le droit applicable aux Etats et à
certaines organisations internationales (ONU et UA). Son champ d’application
spatial est donc représenté par la scène ou la société internationale.
C’est un droit dont les sources son diverses. Il s’agit, des Traités internationaux,
des conventions internationales et des usages internationaux.
8
CHAPITRE III : LES SOURCES DU DROIT OBJECTIF.
Les sources du droit objectif sont diverses. Certaines d’entre elles sont dites
sources internationales, les autres s’appellent source nationales.
SECTION I : LES SOURCES INTERNATIONALES.
Les sources internationales du droit objectif ont deux traits caractéristiques.
D’une part, ces sources donnent naissance à des règles dont le champ
d’application spatial est représenté par la scène ou société internationale.
D’autre part, ce sont des sources qui sont élaborées, soit par des organes supra
étatiques, soit par des autorités étatiques.
Les sources ainsi visées sont : les Traités internationaux et les sources du droit
communautaire, notamment celles du droit de l’OHADA.
9
L’entrée en vigueur des Traités internationaux, est subordonnée au respect de
deux formalités cumulatives : la ratification et la publication.
La ratification, c’est la formalité consistant à signer un Traité international, y
apposer sa signature. L’autorité compétente pour le faire peut varier d’un Etat à
un autre. Au Sénégal, cette autorité c’est le président de la république (art. 95
constitution). Cependant, certains Traités internationaux ne peuvent être ratifiés
ou approuvés qu’en vertu d’une loi (art. 96 constitution). Mais, ils ne prennent
effet qu’après avoir été ratifiés ou approuvés (art. 96 constitution).
Exemple : Traités de paix ; Traités de commerce ; Traités engageant les finances
de l’Etat…
La publication, est quant à elle, le fait de porter l’existence du Traité à la
connaissance du public. Il s’agit, concrètement d’insérer le Traité dans un
document public, qui s’appelle, au Sénégal, Journal Officiel de la République du
Sénégal (J.O.R.S.).
Paragraphe II : Les sources du droit communautaire : l’exemple des
sources du droit de l’OHADA.
Le droit communautaire, c’est l’ensemble des règles matérielles et uniformes
applicables aux Etats membres de la communauté d’Etats.
Des droits communautaires, il en existe presque partout dans le monde. Ainsi,
on parle de droit communautaire européen, mais aussi de droits communautaires
africains.
En Afrique, coexistent plusieurs droits communautaires. Il y a le droit de la
CEDEAO, le droit de l’UEMOA, le droit de la CIMA et le droit de l’OHADA.
Mais dans ce module de 30 heures, les développements seront réduits à l’étude
du seul droit de l’OHADA.
L’OHADA est un sigle, signifiant organisation pour l’harmonisation en Afrique
du droit des affaires. Elle a pour ambition de doter les Etats qui la composent du
même droit des affaires, mais aussi de les encourager à recourir à l’arbitrage
pour le règlement des différends contractuels.
10
L’OHADA fonctionne grâce à des institutions, dont certaines participent à
l’élaboration des sources de son droit.
11
Traité de l’OHADA et des Règlements pris pour préciser les conditions
d’application dudit Traité.
Le Traité de l’OHADA. IL est né le 17 octobre 1993, à Port Louis (Ile Maurice)
de la volonté de 14 Etats ; d’où son second nom de Traité de Port Louis.
De nos jours, ce Traité s’applique à 17 Etats, dont l’ensemble forme ce qu’on
appelle l’espace ou la zone OHADA.
Quant aux Règlements, ils sont adoptés par le conseil des ministres, à la majorité
absolue de ses membres présents et votants ; ils entrent en vigueur dès leur
adoption.
Les Règlements ont pour but de déterminer les conditions dans lesquelles le
Traité de l’OHADA doit être appliqué.
2° Les sources secondaires : les actes uniformes.
Les sources secondaires, ou sources dérivées, sont ainsi qualifiées, dans la
mesure où elles viennent après les sources primaires. Il s’agit des actes
uniformes, qui sont pris pour l’adoption de règles communes à tous le Etats
parties.
Les actes uniformes sont adoptés par le Conseil des ministres à l’unanimité de
ses membres présents et votants. Et ils entrent en vigueur après l’expiration
d’un délai de 90 jours, à compter de leur publication dans le Journal Officiel de
l’OHADA, sauf modalités particulières d’entrée en vigueur prévues par l’Acte
uniforme lui-même
B/ LES SOURCES NATIONALES.
A l’inverse des sources internationales, les sources nationales donnent naissance
à des règles qui ne s’appliquent que dans le territoire national, et sont élaborées
par des organes ou autorités étatiques. Il s’agit :
de la constitution ;
de la loi ;
du règlement ;
de la coutume ;
12
de la jurisprudence et,
de la doctrine.
Parmi ces 6 sources nationales, la loi, au sens parlementaire du texte, est celle
dont le rôle en matière civile est le plus important. Pour cette raison, son étude
sera distinguée de celle des autres sources nationales.
13
- La coutume. Elle est comme étant l’ensemble des comportements ou
attitudes observés par les personnes, qui ont conscience que le respect de la
coutume est obligatoire sous peine de sanction. La coutume pose deux
problèmes : celui de ses éléments constitutifs et celui de sa force obligatoire.
La coutume, ou usage, à deux éléments constitutifs : un élément matériel et un
élément moral.
L’élément matériel, ce sont les comportements ou attitudes des personnes. Il en
résulte que l’existence d’une coutume nécessite deux comportements au moins.
D’où l’adage, « une seule fois n’est pas coutume »
L’élément moral, ou psychologique est, quand lui, le fait pour les personnes de
croire que le respect de la coutume est obligatoire sous peine de sanction.
En ce qui concerne le second problème soulevé par la coutume, il est relatif à
l’origine de sa force obligatoire. Sur ce point, il faut noter que la force
obligatoire de la coutume peut résulter de la loi ; comme elle peut exister
indépendamment de celle-ci.
b) Les sources indirectes.
Elles sont au nombre de deux : la jurisprudence et la doctrine.
La jurisprudence : c’est l’ensemble des décisions ou solutions émanant des
cours et tribunaux. Exemples, les jugements du tribunal de grande instance, ou
les arrêts de la cour suprême.
La jurisprudence n’a aucune autorité sur le législateur ni sur les juges.
Cependant, elle peut quelques fois les influencer.
La doctrine : c’est l’ensemble des opinions ou réflexions émises par les
spécialistes du droit (professeurs de droit, magistrats et avocats), et portant sur
un texte ou une décision de justice. Comme pour la jurisprudence, la ne
s’impose ni au juge ni au législateur ; même si ces derniers peuvent quelquefois
s’en inspirer.
14
La loi peut être entendue dans deux sens différents : au sens matériel et au sens
formel.
Au sens matériel, la loi est définie par rapport à son contenu. C’est toute
décision de portée générale émanant d’une autorité compétente. C’est la loi
entendue au sens large. Ainsi, une décision du président de la république, du
conseil constitutionnel, ou de la cour suprême, par exemple, peut être qualifiée
de loi.
Au sens formel, la loi est définie par rapport à son origine. C’est la loi entendue
au sens technique ou au sens strict.
La loi peut provenir directement du peuple comme elle peut résulter
indirectement du parlement.
Dans le premier cas, il s’agit de la loi référendaire, et dans le second, de la loi
parlementaire.
Mais le plus souvent, la loi est d’origine parlementaire. L’étude de la loi
parlementaire, qui nous intéresse particulièrement, peut être faite par rapport à
deux points. Il s’agit, d’une part, de la naissance et de la disparition de la loi, et
d’autre part, des domaines de la loi.
a) Naissance et disparition de la loi.
La loi parlementaire voit le jour selon une procédure précise et peut disparaitre
suivant certaines modalités.
-Naissance de la loi.
La naissance d’une loi parlementaire obéit à une procédure comprenant
plusieurs étapes, dont la première est l’initiative de la loi.
L’initiative de la loi, c’est le pouvoir de faire voter ou adopter une loi par le
parlement. Ce pouvoir appartient, au Sénégal, au président de la république et
aux députés.
Lorsque l’initiative émane du président de la république, on parle de « projet de
loi ». En revanche, lorsque cette initiative provient des députés, on parle alors
de « proposition de loi ».
15
La seconde phase de la procédure législative, après l’initiative de la loi, c’est le
vote de la loi. Ce vote se présente doublement. Il y a le vote en commission et le
vote en plénière. Dans le premier cas, l’adoption de la loi est le fait de quelques
députés seulement, qui ont le pouvoir d’apporter des modifications au projet ou
à la proposition de loi. Ces modifications s’appellent « amendements ».
S’agissant du vote en plénière, c’est celui accompli par tous les députés
composant l’assemblée nationale. Ici, les députés ne disposent que d’un seul
pouvoir : voter ou ne pas voter la loi.
En ce qui concerne la troisième étape de la procédure législative, elle correspond
à l’entrée en vigueur de la loi.
L’entrée en vigueur de la loi, c’est-à-dire son application, suppose le respect de
deux formalités cumulatives : la promulgation et la publication.
- La promulgation : c’est le fait de rendre exécutoire une loi
dans les formes requises. En droit sénégalais, ce pouvoir appartient au
président de la république. C’est le décret par lequel celui-ci constate qu’une loi
a été adoptée par l’assemblée nationale, et demande à ce que cette loi soit
exécutée.
La loi définitivement votée doit être promulguée dans le délai de huit (08) jours,
à compter de sa réception par le président de la république. Mais, en cas
d’urgence déclarée par l’Assemblée nationale, ce délai de huit jours est réduit de
moitié.
Mais Lorsque le Président de la République ne promulgue pas la loi dans les
délais prévus, la promulgation est de droit ; il y est pourvu par le Président de
l’Assemblée Nationale.
Du reste, avant que la loi ne soit promulguée, le Président de la République ou
un dixième des députés composant l’Assemblée Nationale peuvent saisir le
Conseil Constitutionnel en vue de lui demander de vérifier la constitutionnalité
de ladite loi. Il s’agit, du contrôle par voie d’action, par opposition au contrôle
par voie d’exception, lequel intervient après l’entrée en vigueur de la loi.
16
- La publication : elle représente la seconde condition d’entrée en
vigueur de la loi après la promulgation. C’est le fait de porter la loi à la
connaissance du public. Concrètement, c’est l’opération consistant à insérer la
loi dans un document officiel, appelé au Sénégal, le Journal Officiel de la
République du Sénégal (JORS).
Mais, bien que insérée dans le JORS, la loi ne devient obligatoire que 3 ou 5
jours francs, selon le cas, après réception du JORS la contenant au secrétariat
général du gouvernement. Mais à partir ce moment, tout le monde est censé
avoir pris connaissance de la loi. D’où l’adage : « Nul n’est censé ignorer la
loi ».
La loi qui nait dans ces conditions, peut aussi disparaitre sous certaines formes.
17
L’abrogation ainsi définie, doit être distinguée de la désuétude. En effet, la
désuétude désigne la situation d’une loi non abrogée, mais non respectée par la
population.
Après sa naissance et sa disparition, la loi soulève un dernier problème : celui
relatif à ses domaines d’application.
18
marie, leur mariage sera célébré par application du droit sénégalais de la
famille, et non du droit français.
Les lois qui s’appliquent ainsi sont celles relatives à l’état et à la capacité des
personnes.
Le domaine matériel : ce domaine pose la question suivante : quelles
sont les matières qui ne peuvent être réglementées que par la loi ? A cette
question, la constitution sénégalaise a apporté la réponse, à travers les
dispositions de son article 67.
Ce texte énumère, de façon limitative, les matières qui sont réglementées par la
loi. Et dans cette énumération, fugure, notamment :
- Le statut de l’opposition ;
- La nationalité, l’état et la capacité des personnes, les régimes matrimoniaux,
les successions et libéralités ;
- Les crimes et délits ainsi que les peines qui leur sont applicable…etc.
b2) Le domaine temporel.
Ce domaine soulève ce qu’on appelle, le problème des conflits de lois dans le
temps. Il y a conflit de lois dans le temps, lorsque la loi nouvelle règle une
situation juridique qu’une ancienne loi régissait déjà.
Exemples :
- En 2019, X et Y ont conclu un contrat de location. Dans ce contrat, figurent
deux clauses : fin du contrat, 2022 ; montant du loyer, 100.000 F CFA. En
2020, une loi nouvelle entre en vigueur, et prévoit qu’en matière de location, le
montant maximal du loyer est désormais fixé à 50.000 F. Cette loi nouvelle est-
elle applicable au contrat de location en cause ?
- X et Y se sont mariés en 2019. La loi à cette époque attribuait la qualité de
chef de famille au mari. En 2020, une loi nouvelle intervient pour attribuer
désormais la qualité de chef de famille à l’épouse. Cette loi s’applique-t-elle au
couple (X, Y) ?
19
Pour répondre à ces deux questions, on fait appel habituellement à deux
principes : le principe de la non rétroactivité des lois et le principe de
l’application immédiate de la loi nouvelle.
20
vigueur, elle s’applique immédiatement aux situations juridiques qui sont en
cours d’exécution.
On appelle situation juridique en cours d’exécution, celle qui est déjà née
régulièrement sous l’empire d’une loi ancienne, et dont les effets continuent de
se produire sous l’égide de la loi nouvelle.
Le principe de l’effet immédiat de la loi nouvelle a une justification déterminée :
on estime que la loi nouvelle est meilleure que la loi ancienne. Par conséquent,
on doit l’appliquer dès son entrée en vigueur et lui donner un champ
d’application le plus large possible. Ce champ d’application est, comme déjà
indiqué, représenté par les situations juridiques en cours d’exécution, où l’on
distingue entre, les situations juridiques contractuelles et les situations
juridiques extracontractuelles.
les situations juridiques contractuelles.
Ces situations sont ainsi appelées, en ce sens quelles naissent d’un contrat.
Exemple : contrat de location, contrat de prêt, contrat de travail…
A leur égard, il y a un principe et une exception. Le principe, c’est la mise à
l’écart de la loi nouvelle au profit de la loi ancienne. Ainsi, c’est cette dernière
qui continuera de régir le contrat jusqu’à la fin de celui-ci. C’est ce qu’on
appelle, le principe de survie de la loi ancienne en matière contractuelle. La
raison est simple : il faut éviter que les parties au contrat soient trompées dans
leurs prévisions ou calculs.
L’exception est, quant à elle, représentée par les lois d’ordre public. Il s’agit de
lois qui protègent un intérêt général éminemment grand. De telles lois
s’appliquent immédiatement, dès leur entrée en vigueur, à toutes situations
juridiques en cours d’exécution, y compris même les situations contractuelles.
La raison est que l’intérêt général que protège une loi d’ordre public doit
prévaloir sur les intérêts particuliers des parties contractantes.
Les situations extracontractuelles ou légales.
21
Ces situations sont ainsi désignées, dans la mesure où elles naissent d’une loi et
non d’un contrat.
Exemple : la qualité de chef de famille dans le mariage ; la qualité d’enfant
légitime…
De telles situations juridiques, sont sans exception, soumises à l’application du
principe de l’effet immédiat de la loi nouvelle. La raison tient au fait que ces
situations résultent de la volonté de la loi et non de celle des personnes
contractantes.
22
INTRODUCTION GENERALE A L’ETUDE DU DROIT
DEUXIEME PARTIE : LES DROITS SUBJECTIFS : LE CAS DES
DROITS PATRIMONIAUX.
Les droits subjectifs représentent, après le Droit objectif, le second sens du mot
« droit ». Ils sont définis comme les pouvoirs ou prérogatives reconnus aux
sujets de droit.
Selon qu’ils sont ou non directement appréciables en argent, les droits subjectifs
sont rangés dans deux catégories distinctes. Il s’agit des droits patrimoniaux et,
des droits extrapatrimoniaux.
Les droits patrimoniaux sont ainsi qualifiés, en ce sens qu’ils sont directement
appréciables en argent ; ils font partie du patrimoine de la personne. A ce titre,
ils sont : cessibles, saisissables, transmissibles et prescriptibles.
Exemple : le droit de propriété, le droit de créance…
S’agissant des droits extrapatrimoniaux, ils s’opposent aux droits patrimoniaux,
dans la mesure où ils ne sont pas directement appréciables en argent. Ainsi, ils
sont exclus du patrimoine de la personne. Ce qui fait qu’ils ne sont, ni cessibles,
ni saisissables, ni transmissibles, ni prescriptibles.
Exemple : le droit à la vie privée, le droit à l’intégrité physique ou morale …
Mais pour les besoins de ce cours, et surtout compte tenu du temps imparti,
seuls les droits patrimoniaux seront étudiés dans les détails. Dans cette
perspective, nous retiendrons deux points, essentiellement : classification des
droits patrimoniaux et preuve des droits patrimoniaux.
23
SECTION I : LES DROITS REELS.
Les droits réels sont définis comme étant les droits qu’une personne exerce
directement et immédiatement sur des choses, sans l’intermédiaire d’une autre
personne. Exemple : le droit de propriété, l’usufruit… De cette définition, il
ressort que les droits réels comprennent deux éléments constitutifs : les droits
qui sont exercés par la personne et, les choses sur lesquels sont exercés les
droits.
1° Le droit de propriété.
Le droit de propriété : c’est le droit pour une personne d’user et de jouir de sa
chose de la manière la plus absolue, pourvu qu’elle n’en fasse pas un usage
prohibé par la loi et le règlement.
Le droit de propriété est le droit réel le plus complet et le plus important.
Juridiquement parlant, c’est le droit réel le plus important, en ce sens qu’il est
consacré par la constitution (voir, art. 8 constitution sénégalaise).
Il est aussi le droit réel le plus complet, puisqu’il confère à la personne trois
attributs : l’usus, le fructus et l’abusus.
- l’usus, c’est le droit d’utiliser, d’employer ou encore de se servir de la chose.
Exemple. Habiter sa maison, porter ses habits.
24
- le fructus, c’est le droit de profiter des fruits ou des produits de la chose.
Exemple : percevoir les loyers de sa maison mise en location, extraire les
éléments contenus dans un puits de pétrole…
- l’abusus, c’est le droit de disposer de sa chose, soit juridiquement, soit
matériellement.
2° Les démembrements du droit de propriété.
Lorsque sur la chose d’autrui, on a que l’usus ou le fructus, ou l’usus et le
fructus, il y a ce qu’on appelle démembrement du droit de propriété.
Les démembrements du droit de propriété sont divers. A titre d’exemple, on
peut, en citer trois : l’usufruit, la servitude, et le bail emphytéotique.
- L’usufruit : c’est la somme de l’usus et du fructus. Il permet de distinguer
entre deux catégories de personnes : l’usufruitier et le nu- propriétaire.
La première personne, est celle qui exerce sur la chose d’autrui, l’usus et le
fructus. L’usufruit a une existence limitée dans le temps. Il cesse à l’expiration
du délai prévu par le contrat (hypothèse plus courante), ou au décès de
l’usufruitier. Dans cette seconde hypothèse, on dit que l’usufruit est un droit
viager
- La servitude. C’est une charge ou obligation qui pèse sur un fonds (fonds
servant) au profit d’un autre fonds (fonds dominant).
Exemple : servitude de passage ou servitude de vue
25
droits réels de garantie. En principe, leur existence dépend de l’existence d’une
créance dont ils garantissent le paiement. D’où, leur qualification de droits réels
accessoires.
Les droits réels accessoires sont au nombre de trois :
- l’hypothèque ;
- le gage et,
- le nantissement.
Paragraphe II : Les différentes sortes de choses objets de droits réels : le cas
des choses immobilières et des choses mobilières.
Les choses, ou les biens sur lesquels peuvent être exercés des droits sont assez
divers. Pour cette raison, ils font l’objet de plusieurs classifications parmi
lesquelles, il y en a une qui est dite classification fondamentale, par opposition
aux autres qui s’appellent classifications secondaires. Mais, seule la
classification fondamentale sera analysée ici.
Cette classification oppose deux sortes de choses : les choses immobilières et
les choses mobilières. Elle repose sur un critère bien déterminé et présente
certains intérêts.
A. Le critère de la distinction : fixité ou mobilité de la chose.
La distinction fondamentale des immeubles et meubles repose sur un critère
physique : la fixité ou non fixité du bien considéré. En application de ce critère,
l’on relève différentes sortes d’immeubles et de meubles.
1° Les différentes sortes d’immeubles.
Les immeubles, ce sont les biens ou les choses qui sont fixes ou non
déplaçables
Exemple : un terrain, un bâtiment, des arbres …
Il existe trois sortes d’immeubles : les immeubles par nature, les immeubles par
destination et les immeubles selon l’objet auquel ils portent.
26
Les immeubles par nature sont les choses non déplaçables, les choses fixes. Il en
est ainsi, notamment, du sol, du sous-sol, mais également de toute chose qui est
attachée au sol (bâtiments, arbres, poteaux électriques…).
S’agissant des immeubles par destination, ce sont des meubles par nature
(choses déplaçables) et qui, en raison de leur rapport avec un bien immeuble par
nature, sont fictivement considérés comme des immeubles. Mais pour cela, il est
nécessaire que deux conditions cumulatives soient remplies : une condition
objective et une condition subjective.
La condition objective signifie que le bien meuble doit être au service du bien
immeuble pour, soit l’exploiter, soit le décorer.
Exemple : les charrues et les bœufs utilisés pour cultiver un champ ; les
machines employées dans une usine…
Pour ce qui concerne la condition subjective, elle signifie que le bien meuble et
le bien immeuble doivent appartenir à la même personne.
A côté de l’immeuble par destination, il y a aussi l’immeuble par incorporation.
Il faut entendre par là, des biens meubles par nature et qui sont employés pour
constituer un immeuble par nature.
Exemple : des briques utilisées pour la construction d’un mur ; des carreaux
employés pour le revêtement du sol ou de la façade d’une maison…
Enfin, s’agissant des immeubles selon leur objet, ce sont des droits dont l’objet
ou le support est représenté par un bien immeuble.
Exemple : l’hypothèque, l’usufruit…
2° Les différentes sortes de meubles.
Est meuble, toute chose déplaçable, toute chose n’ayant pas une situation fixe.
Il existe trois catégories de meubles : les meubles par nature, les meubles par
anticipation et les meubles par détermination de la loi.
Les meubles par nature, ce sont les choses déplaçables par elles-mêmes ou par
l’action d’une force étrangère.
Exemple : un animal, une voiture…
27
Les meubles par anticipation sont, quant à eux, des choses immobilières, mais
qui sont appelées à devenir des choses mobilières. Exemple : vente d’une récolte
sur pied, vente d’une carrière à exploiter…
Enfin, s’agissant des meubles par détermination de la loi, ce sont des droits que
la loi considère comme des meubles. Exemple : les droits sociaux, c’est-à-dire
les droits qui sont reconnus aux membres des sociétés commerciales : actions et
parts sociales.
B.Les intérêts de la distinction.
Comme dans toute distinction, la distinction entre immeubles et meubles
présente un certain nombre d’intérêts. Nous en citons trois : intérêt en matière de
compétence territoriale, en matière de possession et en matière fiscale.
1° En matière de compétence territoriale.
La compétence, c’est l’aptitude pour une juridiction à instruire et juger un
procès. Il y a, la compétence matérielle et la compétence territoriale.
Lorsque le procès en cause a pour objet un bien immeuble, le tribunal
territorialement compètent est celui du lieu de situation de l’immeuble. Pareille
règle ne s’applique pas en matière mobilière. En cette dernière matière en effet,
le tribunal territorialement compétent est celui du lieu du domicile du défendeur.
2° En matière de possession.
La possession, c’est le fait de détenir une chose, d’en jouir.
En matière mobilière, la possession fait présumer la propriété. La solution
découle directement des dispositions de l’article 262, al. 1 COCC : « En
matière mobilière, l’acquéreur de la chose d’autrui en devient propriétaire». Or
en matière immobilière, cette règle ne joue pas.
3° En matière fiscale.
En cette matière, l’importance des droits et taxes payés pour la mutation des
droits varie suivant qu’il s’agit d’un droit mobilier ou d’un droit immobilier. Les
28
taxes et droits payés pour la mutation des droits immobiliers sont beaucoup plus
importants que ceux payés pour la mutation des droits mobiliers.
Pour terminer, signalons que les droits réels possèdent un certain nombre de
traits caractéristiques :
- ce sont des droits qui existent en nombre limité par la loi : soit, ce sont des
droits réels principaux, soit des droits réels accessoires ;
- ce sont des droits absolus, des droits opposables à tous ;
- ce sont des droits qui confèrent un droit de suite et un droit de préférence.
29
L’obligation de faire. C’est celle par laquelle, le débiteur s’engage à accomplir
un acte positif au profit de son créancier.
Exemple : l’obligation assumée par un architecte, l’obligation supportée par un
artiste peintre…
L’obligation de ne pas faire. Elle consiste, quant à elle, en une abstention de la
part du débiteur.
Exemple : la clause de non concurrence.
2° Obligation de résultat et obligation de moyen.
L’obligation de résultat. C’est celle par laquelle, le débiteur s’engage à réaliser
un résultat déterminé.
Exemple : l’obligation assumée par le transporteur.
En principe, le débiteur d’une obligation de résultat engage directement sa
responsabilité civile, dès lors que le résultat promis n’a pas été réalisé, sauf en
cas de force majeure.
L’obligation de moyen. C’est celle où le débiteur s’engage seulement à fournir
les moyens dont il dispose ; il ne promet pas le résultat attendu par son
créancier. C’est pourquoi, le débiteur d’une obligation de moyen n’engage sa
responsabilité civile, que s’il est établi qu’il a commis une faute.
3° Obligation de somme d’argent et obligation en nature.
L’obligation de somme d’argent est celle par laquelle le débiteur s’engage à
verser une certaine quantité de somme d’argent à son créancier.
Exemple : l’obligation assumée par un locataire, l’obligation supportée par un
employeur…
L’obligation en nature est, quant à elle, celle par laquelle, le débiteur s’engage à
transmettre un bien, meuble ou immeuble.
Exemple : livrer une marchandise, construire un bâtiment…
B) Détermination des traits caractéristiques des droits
personnels.
Trois traits caractérisent les droits personnels :
30
1° Ce sont des droits qui existent en nombre illimité car, les
personnes peuvent, en vertu du principe de la liberté contractuelle, créer autant
de rapports juridiques qu’elles le désirent.
2° Ce sont droits qui ne confèrent à leurs titulaire aucun
privilège particulier ; ils leur confèrent ni un droit de suite ni un droit de
préférence.
3° Ce sont des droits qui ont un effet relatif ; ils ne sont pas
opposables à tout le monde, mais à une seule personne, le débiteur.
Paragraphe II : Les droits intellectuels.
Les droits intellectuels sont des droits qui portent sur une œuvre de l’esprit, et de
façon générale sur des objets immatériels.
Exemple : le droit reconnu à un écrivain romancier sur son œuvre, ou le droit
exercé par un artiste quelconque sur sa création…
31
Les droits patrimoniaux et les droits extrapatrimoniaux sont différents du point
de vue de leur nature juridique. Les premiers sont directement évaluables en
argent seconds, contrairement aux seconds. Cette différence de nature justifie
que les deux catégories de droits ne soient pas soumises au même régime
juridique.
Cependant, cette différence liée à leurs régimes juridiques doit être relativisée,
pour tenir compte de la question de la preuve. En cette matière en effet, les
droits patrimoniaux et les droits extrapatrimoniaux reçoivent l’application des
mêmes règles. Celles-ci concernent trois choses :
- la charge de la preuve ;
- les modes de preuve et
- l’admissibilité des modes de preuve.
SECTION I : LA CHARGE DE LA PREUVE.
Dans un procès, interviennent, au moins, trois personnes : le demandeur, le
défendeur et le juge. La charge ou le fardeau de la preuve soulève la question de
savoir, qui de ces trois personnes, supporte la charge, c’est-dire l’obligation
d’établir la réalité des prétentions invoquées devant le juge ?
A cette question, le législateur sénégalais a apporté une réponse de principe à
laquelle il a apporté une limite.
32
appartient au défendeur qui invoque sa libération d’en rapporter la preuve, en
démontrant qu’il s’est acquitté de son obligation.
Paragraphe II : La limite à la réponse de principe : les présomptions
légales, dispenses de preuve.
Quelques fois, il peut être difficile, voire impossible pour la personne qui
supporte la charge de la preuve d’établir la réalité de sa prétention. Dans ce cas,
la loi vient à son secours, en posant une présomption, dispense de preuve. C’est
dans ce sens qu’il faut comprendre l’article 10, alinéa 1 COCC, qui énonce :
« Celui qui établit les actes ou faits auxquels la loi a attaché une présomption
bénéficie pour le surplus d’une dispense de preuve ».
Exemple : la présomption de paternité de l’article 191 du code de la famille
(C.F.).
SECTION II : LES MODES DE PREUVE.
Les modes de preuve sont les moyens que la loi met à la disposition des
plaideurs, en vue de leur permettre de prouver l’existence de leurs droits. Ces
moyens, qui sont au nombre de cinq (05), sont prévus par l’article 12 COCC. Il
s’agit de :
- l’écrit ;
- du témoignage ;
- la présomption du fait de l’homme ;
- l’aveu judiciaire ;
- du serment décisoire.
Ces cinq modes de preuve sont rangés dans deux catégories distinctes, à raison
de leur force probante, qui n’est pas la même partout. Il y a, d’une part, les
modes de preuve parfaits et d’autre part, les modes de preuve imparfaits.
Paragraphe I : Les modes de preuve parfaits.
Ces modes de preuve sont ainsi qualifiés, en ce sens qu’ils s’imposent au juge. A
leur égard, le juge n’a aucun pouvoir d’appréciation ; au contraire il a
l’obligation de rendre sa décision au profit du plaideur qui a su rapporter de tels
33
modes de preuve. Les modes de preuve ainsi visés sont : l’écrit, le serment et
l’aveu judiciaire.
A. L’écrit.
L’écrit, c’est le document rédigé en vue de faire preuve. Il peut revêtir deux
formes différentes : l’écrit authentique et l’écrit sous seing privé.
L’écrit authentique. C’est celui rédigé par un officier public, conformément à
sa compétence matérielle et territoriale.
Les autorités habilitées à dresser des actes authentiques sont assez nombreuses.
Il en est ainsi, par exemple, des maires ou officiers d’état civil, des notaires et
des commissaires de police.
Le notaire est l’officier public dont l’intervention est la plus fréquente. Les actes
qu’il rédige s’appellent actes notariés. Ils peuvent être rédigés soit en minute
soit en brevet.
L’acte authentique rédigé en minute est celui établi en un seul original, lequel
est gardé dans les archives du notaire.
Quant à l’acte authentique rédigé en brevet, c’est celui établi en plusieurs
originaux.
Toutefois, quelle que soit sa forme, l’acte authentique présente des intérêts
certains. Il est bien rédigé et possède une grande force probante.
Il est bien rédigé car, le notaire est un professionnel habilité par la loi. Il a une
force probante très grande, en ce sens qui fait foi à l’égard de tous et, jusqu’à
inscription de faux, de ce que le notaire a fait ou a constaté personnellement.
Pour le reste, l’acte fait foi seulement jusqu’à preuve contraire.
L’écrit sous seing privé : c’est celui rédigé par des personnes autres qu’un
officier public. Il s’agit d’actes rédigés et signés par les particuliers.
La validité des actes sous seing privé est subordonnée au respect de certaines
conditions : une condition générale et des conditions propres à certains contrats.
La condition générale, c’est la signature de l’acte par les parties. Pour les
illettrés, la loi exige qu’ils soient assistés deux témoins certificateurs (art. 20
34
COCC). A cette condition générale, viennent s’ajouter des conditions
particulières, qui concernent les contrats synallagmatiques et les contrats
unilatéraux.
Les contrats synallagmatiques, ce sont ceux qui créent des obligations à la
charge de chacune des parties (une vente, par exemple). Ils doivent être rédigés
en autant d’exemplaires qu’il y a de parties ayant des intérêts distincts. C’est la
formalité du double ou de l’acte multiple.
Les actes unilatéraux sont, quant à eux, des actes qui créent des obligations ou
charges supportées par une seule des parties (le prêt, par exemple). De tels actes
ne sont valables que s’ils ont été rédigés entièrement de la main de la personne
qui s’est engagée ; à défaut, l’acte doit porter la mention « Bon pour » et « Lu et
approuvé ».
En ce qui concerne sa force probante, l’acte sous seing privé reconnu par celui
auquel on l’oppose ou déclaré sincère par le juge, fait foi de son contenu à
l’égard de tous jusqu’à preuve contraire.
S’agissant de la date de l’acte sous seing privé, elle fait foi entre les parties et
leurs ayants causes à titre universel. Mais à l’égard des tiers, cette date est
inopposable. Cependant, elle devient certaine à leur égard, dans les cas prévus
par la loi (art. 24, al. 2 COCC).
B. Le serment décisoire.
Le serment, c’est la reconnaissance solennelle de la réalité d’un acte ou d’un fait
dont dépend l’issue du procès. Il existe deux sortes de serments probatoires : le
serment décisoire et le serment supplétoire.
Le serment décisoire est celui que prête l’un des plaideurs sur invitation de
l’autre. Le recours à ce mode de preuve est rare ; c’est en désespoir de cause que
l’un des plaideurs l’utilise.
Le serment décisoire peut être utilisé en toute matière sauf dans les matières
touchant l’ordre public (article 34 COCC).
35
S’agissant du serment supplétoire, c’est celui que le juge, désireux de compléter
ses renseignements, défère à l’un des plaideurs sur un point précis.
Le serment décisoire et le serment supplétoire doivent être distingués du serment
promissoire. Ce dernier est celui que prêtent certaines personnes : président de la
république, médecins, témoins…
C. L’aveu judiciaire.
L’aveu judiciaire, c’est le mode de preuve par lequel une personne reconnait
pour vrai ou réel le droit que son adversaire invoque contre elle.
Exemple : x réclame sa voiture remise en dépôt à y, et celui-ci reconnait l’avoir
reçue à ce titre.
Il existe deux sortes d’aveux : l’aveu extrajudiciaire et l’aveu judiciaire.
1° L’aveu extrajudiciaire.
C’est l’aveu qui est fait en dehors de tout procès. Sa force probante est variable.
Si l’aveu a été fait par écrit, il constitue une preuve écrite et sa valeur sera alors
fonction de la nature authentique ou sous seing privé de l’acte en question. Si
l’aveu est en revanche verbal, il équivaut alors à un témoignage.
2° L’aveu judiciaire.
C’est celui qui émane d’une des parties au cours d’un procès. Il est fait devant
un tribunal. Il peut être donné soit par l’intéressé lui-même, soit par son
représentant, muni d’une procuration spéciale.
L’aveu judiciaire doit être spontané et non extorqué. Il est irrévocable et
indivisible. C’est une preuve parfaite comme la preuve par écrit. Il prouve les
faits et actes juridiques, sauf en matière d’ordre public.
Il a une force probante absolue qui s’impose au tribunal, en matière civile
(article 33 COCC).
Paragraphe II : Les modes de preuve imparfaits.
36
Ces modes de preuve sont ainsi qualifiés, en ce sens qu’ils ne s’imposent pas au
juge ; celui-ci les apprécie souverainement. Il s’agit du témoignage et de la
présomption du fait de l’homme.
A.Le témoignage.
Le témoignage est le mode de preuve par lequel une personne rend compte de ce
qu’elle a vu ou entendu. Il suppose que le témoin ait constaté par ses propres
sens.
Le témoignage obéit à une réglementation bien déterminée. Ainsi, par exemple,
le témoin est soumis à l’obligation de prestation de serment de dire la vérité ; il
ne doit être frappé ni d’incompatibilité, ni d’indignité, ni d’incapacité.
Sur la recevabilité du témoignage, on fait habituellement une distinction entre
les actes juridiques et les faits juridiques.
Le témoignage est la preuve normale des faits juridiques, car en cette matière il
n’y a pas de pré-constitution de la preuve, sauf pour certains faits
particulièrement importants (naissance et décès) : article 13 COCC.
En revanche, en matière d’acte juridique, la preuve par témoignage n’est admise
qu’à titre exceptionnel, et dans des cas déterminés par la loi (article 13, al. 2
COCC).
La présomption du fait de l’homme.
La présomption est la conséquence que la loi ou le juge tire d’un fait connu en
vue de déterminer la réalité d’un fait inconnu. Exemple : la présomption de
paternité ou la présomption de bonne foi…
Il existe deux sortes de présomption : la présomption légale et la présomption du
fait de l’homme.
Dans le premier cas, le raisonnement est fait par la loi (présomption de paternité,
par exemple). Dans le second cas, le raisonnement est en revanche le fait du
juge. Et ici, la présomption constitue un mode de preuve. Exemple, lorsque le
juge fonde la paternité d’un homme sur la ressemblance physique entre cet
homme et l’enfant qui recherche son père).
37
Les présomptions du fait de l’homme s’appellent également indices ; la loi les
assimile à certains modes de reproduction de la parole, tels que cassette,
magnétophones : art. 37 COCC.
Les présomptions du fait de l’homme sont recevables dans les mêmes conditions
que le témoignage. Elles sont recevables normalement en matière de faits
juridiques ; mais exceptionnellement admises en matière d’actes juridiques.
Par ailleurs, les présomptions du fait de l’homme sont, comme le témoignage,
abandonnées à la prudence du juge, qui en apprécie la gravité, la précision ou la
concordance : art. 30 COCC.
SECTION II : L’ADMISSIBILITE DES MODES DE PREUVE.
L’admissibilité, ou recevabilité des modes de preuve, pose la question suivante :
dans quel cas doit-on, ou peut-on utiliser tel ou tel mode de preuve ?
La réponse à cette question est variable. Elle dépend selon qu’il s’agit de
prouver un acte juridique ou un fait juridique.
Paragraphe I : En matière d’actes juridiques.
Les droits subjectifs ont deux sources : actes juridiques et faits juridiques.
Les actes juridiques qui nous occupent présentement, sont des manifestations de
volontés en vue de créer des effets de droit. Exemple : contrat de vente, contrat
de location… Les effets de droit qu’ils créent sont voulus par les parties, et non
décidés par la loi.
Les actes juridiques sont également caractérisés par le fait que leur existence est
subordonnée au respect de certaines conditions de fond et de forme : articles 41
et 47 COCC.
La preuve des actes juridiques est réglementée aux articles 13, 14, 15, 16 et 37
COCC. De la combinaison de ces textes, il ressort une solution de principe :
l’exigence de la preuve par écrit. Cependant, cette solution de principe n’a pas
une portée absolue, puisqu’elle admet des exceptions.
A. La solution de principe : l’exigence de la preuve par écrit (art. 14
COCC).
38
L’exigence de la preuve par écrit en matière d’actes juridiques découle
directement des dispositions de l’article 14 COCC, lequel énonce : « Il doit être
passé acte devant notaire ou sous signatures privées de toute convention dont le
montant excède 20.000 francs ». Cela signifie en d’autres termes, qu’en matière
d’actes juridiques, la preuve écrite est exigée, lorsque la valeur à prouver
dépasse la somme de 20.000 francs CFA. Le fondement de cette solution résulte,
du fait que les parties à l’acte juridique ont eu le temps de pré-constituer la
preuve par écrit. D’ailleurs, l’article 14 COCC est intitulé : « Préconstitution de
la preuve ».
B. Les exceptions à la solution de principe.
La règle de l’article 14 COCC selon laquelle, la preuve par écrit est exigée en
matière d’actes juridiques, lorsque le montant de l’obligation dépasse 20000
FCFA, n’a pas une portée absolue. En effet, certaines exceptions lui sont
apportées dans les cas ci-après :
1° en matière commerciale.
En cette matière, la preuve est toujours libre, quelle que soit la valeur des
intérêts qui opposent les parties (art. 13, al. 2 COCC). La preuve par témoignage
est donc recevable.
2° en présence d’un commencement de preuve par écrit.
La notion de commencement de preuve par écrit est définie par la loi : c’est
« … tout écrit qui rend vraisemblable le fait allégué et qui émane de celui
auquel on l’oppose, de son auteur ou de son représentant (article 16, al. 2
COCC). En présence d’un commencement de preuve par écrit, les témoignages
et présomptions sont recevables (article16, al.1 COCC).
Enfin, signalons que la loi assimile au commencement de preuve par écrit, la
déclaration faite devant le juge ou le refus de faire des déclarations pour éclairer
le juge (art.16, al. 3 COCC).
3° En cas d’impossibilité de préconstitution de la preuve.
39
. Cette troisième exception apportée à la règle de l’article 14 COOC est prévue
par l’article 15 COCC, qui énonce : « La règle ci-dessus reçoit exception toutes
les fois qu’il n’a pas été possible au créancier de se procurer ou de produire
une preuve écrite de la convention ».
4° En présence d’un mode de preuve choisi par les partes.
Cette dernière exception apportée à la solution de l’article 14COCC est prévue
par l’article 37 COCC : « Les conventions sur la preuve sont valables dans la
mesure où les parties règlent conventionnellement l’acquisition ou la perte d’un
droit par la production d’un mode de preuve déterminé ».
40
deux faits particuliers, la préconstitution de la preuve est bien possible. C’est
pourquoi leur existence doit être prouvée par écrit (article 29 CF).
41