LES DIFFERENTES FORMES POETIQUES
La poésie, c’est quoi?
Commençons par le commencement! La poésie, c’est un genre
littéraire qui se distingue de la nouvelle et du roman. C’est l’art
d’utiliser les sons et les rythmes d’une langue pour exprimer une
émotion, une sensation. Ses formes sont variées et généralement
écrites en vers et en prose.
Vers : assemblage particulier de mots répondant à des règles
strictes.
Prose : façon de s’exprimer qui n’est pas soumise aux règles de la
versification.
Il est difficile de définir la poésie, car elle varie selon les époques.
Chaque siècle lui donne une fonction différente, à quoi s’ajoute la
personnalité propre du poète.
Malgré tout, on peut retenir que, de l’antiquité à l’époque classique,
la poésie s’impose par le respect de certains nombres de règles
comme la métrique & les rimes. Ces règles définissent la forme d’un
poème et les types de textes poétiques.
On distingue alors différentes formes poétiques :
Les formes poétiques fixes et les formes poétiques libres.
Vocabulaire lié à la poésie :
Termes Définition
Versification Utilisation des règles des vers pour
les poètes.
Prose Forme ordinaire du discours qui est
à la fois écrit et parlé. La prose n’est
pas assujettie aux règles de la
poésie (rythme, rime,…)
Hémistiche Moitié d’un vers qui est coupée par
Césure.
Césure coupe placée dans un vers entre
Deux groupes rhytmiques.
Strophe Groupe de vers formant une unité,
Comme un paragraphe.
Alexandrin Vers composé de 12 syllabes.
Quatrain Strophe composé de 4 vers.
Tercet Strophe composée de 3 vers.
Envoi Cours complet final.
Octosyllabe Vers composé de 8 syllabes.
Décasyllabe Vers composé de 10 syllabes.
I- Les formes poétiques fixes
La forme fixe, quésaco? Si c’est la première fois que vous entendez
ça, sachez qu’il s’agit de formes poétiques respectant les codes et les
règles de composition. Leur structure est toujours identique. Ces
règles concernent le nombre et le type de vers ou de strophes, mais
aussi les rimes et leur disposition.
En poésie, il existe différentes formes telles que :
1- La ballade
Elle apparait au moyen-âge. Cette forme fixe se compose de trois
strophes de la même longueur, se terminant toutes par un refrain qui
tient le plus souvent sur un seul vers.
C’est le décasyllabe, vers à dix syllabes qui est le plus employé. Puis
s’ajoute une dernière strophe plus longue qui se nomme «l’envoi».
Exemple de ballade :
Seulette suis et seulette veux etre,
Seulette mon doux ami laissée,
Seulette suis, sans compagnon ni maitre
Seulette suis, dolente et courroucée
Seulette suis en longueur mésaisiée
Seulette plus que nulle égarée
Seulette suis sans ami demeurée
Seulette suis à huis ou à fenêtre
Seulette suis en un anglet muciée
Seulette suis pour moi de pleurs repaitre
Seulette suis, dolente ou apaisée
Seulette suis, rien n’est qui tant me siée
Seulette suis en ma chambre enserrée
Seulette suis sans ami demeurée
Etc.
CHRISTINE DE PISAN, « Seulette suis et seulette veux être », Cent
ballades, 1394-1399
Dolente : malheureuse.
Mésaisiée : peinée.
Huis : porte.
Un angle muciée : un angle caché.
Me siée : me convienne.
2- Le rondeau
Dans les formes fixes nées au Moyen-âge, on a le rondeau. Il est
employé pour des sujets galants et se compose de trois strophes et
treize ou quatorze vers. A la fin de la deuxième et de la troisième
strophe, le premier hémistiche est repris pour composer un refrain.
Exemple de rondeau :
Le temps a laissé son manteau
De vent, de froidure et de pluie,
Et s’est vêtu de broderie
De soleil luisant, clair et beau
Il n’y a bête ni oiseau
Qu’en son jargon ne chante ou crie :
Le temps a laissé son manteau.
Charles d’Orléans, « Le temps a laissé son manteau », Tondeaux, XVe
siècle.
Qu’en : qui en.
3- Le sonnet
Le sonnet, lui il apparait en France à partir de la renaissance puisqu’il
était déjà utilisé dans la poésie italienne. Il se compose de deux
quatrains et de deux tercets. La forme du vers est en alexandrin. Le
dernier vers est la conclusion du poème nommée «la chute».
Exemple de sonnet :
Quand serez bien-vieille, le soir, à la chandelle,
Assise auprès du feu, dévidant et filant,
Direz chantant mes vers, en vous émerveillant :
Ronsard me célébrait du temps que j’étais belle.
Lors vous n’aurez servante oyant telle nouvelle,
Déjà sous le labeur à demi sommeillant,
Qui au bruit de mon nom ne s’aille réveillant,
Bénissant votre nom de louange immortelle.
Je serai sous la terre, et, fantôme sans os,
Par les ombres myrteux je prendrai mon repos ;
Vous serez au foyer une vieille accroupie,
Regrettant mon amour et votre fier dédain.
Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain ;
Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie.
Pierre de Ronsard, « Quand vous serez bien vieille », Sonnets pour
Hélène, «(1578)
Lors : alors.
Oyant : entendant.
Ombres myrteux : allusion aux enfers.
4- L’ode
C’est la forme poétique du poème lyrique qui nait dans l’Antiquité.
Elle contient plusieurs groupes de trois strophes de même longueur,
et célèbre une personne ou un sujet religieux ou physiologique.
Exemple d’ode :
Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avait déclose
Sa robe pourpre au soleil,
A point perdu cette vêprée,
Les plis de sa robe pourprée
Et son teint au votre pareil.
Las! Voyez comme en peu d’espace,
Mignonne, elle a dessus la place,
Las, las! Ses beautés laissé choir ;
O vraiment marâtre Nature,
Puis qu’une telle fleur ne dure
Que du matin jusqu’au soir!
PIERRE DE RONSARD, « Mignonne, allons voir si la rose », Odes,
1550-1555.
Déclose : ouverte
Vêprée : soir
Choir : tomber.
5- Le pantoum
Le pantoum est très musical par son principe de répétition. Il contient
des quatrains d’octosyllabes et le deuxième et le quatrième vers de
chaque strophe sont repris respectivement comme premier et
troisième vers de la strophe suivante. Puis, le tout dernier vers du
poème reprend le premier.
Exemple de pantoum :
O mornes yeux! Lèvre palie!
J’ai dans l’âme un chagrin amer.
Le vent tombe la voile emplie, l’écume argente au loin la mer.
J’ai dans l’âme un chagrin amer :
Voici sa belle tête morte!
L’écume argente au loin la mer, le praho rapide m’emporte.
Leconte De Lisle, « Pantouns Malais I ».
6- Le haiku
Le haiku est une forme poétique japonaise brève qui célèbre
l’évanescence des sensations. Il doit évoquer une saison, des
éléments naturels, l’amour…Bref, les choses simples. C’est une forme
concise:17 temps en japonais, en trois vers.
Exemple de haiku :
Dans le vieil étang
Une grenouille saute
Un ploc dans l’eau!
Matsuo Bashô.
II- Les formes poétiques libres
La poésie en vers libres apparait à la fin du XIXe siècle et au début du
XXe siècle, et ouvre les champs des possibles questions de créativité
puisqu’elle ne suit aucune règle. Les poètes ne sont pas en roue libre,
mais presque. Qu’il s’agit de la longueur des vers et des strophes ou
de la disposition du poème sur la page, il n’y a plus de règles. La rime
ne devient plus un élément indispensable.
1- Le calligramme
Commençons avec le calligramme, qui a une forte dimension visuelle.
C’est un poème dont la disposition des vers forme un dessin.
Exemple de calligramme :
2- La fable
La fable est une forme de poème qui apporte le plus souvent une
morale à l’histoire qu’elle raconte. Ses sujets sont des animaux pour
la plupart et sa longueur est variable.
Exemple de fable :
La cigale, ayant chanté tout l’été,
Se trouva fort dépourvue quand la bise fut venue.
Pas un seul petit morceau de mouche ou de vermisseau.
Elle alla crier famine chez la fourmi sa voisine, la priant de lui
prêter quelque grain pour subsister jusqu’à la saison nouvelle.
Jean De La Fontaine, La Cigale et la Fourmi (1668)
3- L’élégie
L’élégie est un chant plaintif de l’Antiquité. Il traite de la disparition
d’un proche.
Exemple d’élégie :
J’aime la liberté, et languis en service,
Je n’aime point la cour, et me faut courtiser,
Je n’aime point la feintise, et me faut déguiser,
J’aime la simplicité, et n’apprends que malice :
Je n’adore point les biens, et sers à l’avarice.
Joachim Du Bellay, Les regrets (1558)
4- Le blason
Le blason fait l’éloge d’une partie du corps féminin. Il existe aussi des
contre-blasons qui font la satire d’une partie du corps féminin.
Exemple de blason :
La courbe de tes yeux fait le tour de mon cœur,
Un rond de danse et de douceur, auréole de temps, berceau nocturne
et sur,
Et si je ne sais plus tout ce que j’ai vécu c’est que tes yeux ne m’ont
pas toujours vu.
Paul Eluard, « La courbe de tes yeux » (1926)
5- L’hymne
Depuis son apparition durant l’Antiquité, l’hymne est utilisé pour
célébrer tout en chantant un personnage illustré, un dieu (dans la
tradition chrétienne) ou encore la nature.
Exemple d’hymne :
Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie
Ont droit qu’à leur cercueil la foule vienne et prie.
Entre les plus beaux noms leur nom est le plus beau.
Toute gloire près d’eux passe et tombe éphémère ;
Victor Hugo, « Hymne », Les chants du crépuscule(1836)
6- Le poème en prose
Né au début du XIXe siècle, le poème en prose contient des
« versets » et il emploie un langage poétique et musical par des
rythmes et images.
Exemple de poème en prose :
-Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis?
Ton père, ta mère, ta sœur ou ton frère?
-Je n’ai ni père, ni mère, ni sœur, ni frère.
-Tes amis ?
-Vous vous servez là d’une parole dont le sens m’est resté jusqu’à ce
jour inconnu.
-Ta patrie ?
-J’ignore sous quelle latitude elle est située.
Charles Baudelaire, Spleen de Paris « L’Etranger ».
7- Le poème en vers libre
Le poème en vers libre est une forme qui conteste les règles de la
versification à la fin du XIXe siècle et qui s’affirme au XXe siècle en
abandonnant la strophe, la rime et la métrique classique. C’est pour
ça que le nombre de syllabes de chaque vers n’est plus régulier et
qu’ils ont des longueurs différentes.
Exemple de poème en vers libre :
Blocus sentimental! Messageries du levant!...
Oh!, tombée de la pluie! Oh! Tombée de la nuit,
Oh! le vent!...
La Toussaint, la noël et la Nouvelle Année,
Oh! dans les bruines, toutes mes cheminées!...
D’usines…
Jules Laforgue, « L’hiver qui vient » (1886)