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Juste la fin du monde est une pièce de Jean-Luc Lagarce qui explore les thèmes de la mort, de la maladie et des relations familiales à travers le monologue de Louis, qui revient chez lui pour annoncer sa mort imminente. Le texte se divise en trois mouvements : l'annonce de la mort, le retour dans la famille et la volonté de maîtriser son destin, révélant ainsi la tragédie de l'impossibilité de communiquer cette fatalité. La pièce met en lumière l'obsession du temps et la lutte contre le destin inéluctable.

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Juste la fin du monde est une pièce de Jean-Luc Lagarce qui explore les thèmes de la mort, de la maladie et des relations familiales à travers le monologue de Louis, qui revient chez lui pour annoncer sa mort imminente. Le texte se divise en trois mouvements : l'annonce de la mort, le retour dans la famille et la volonté de maîtriser son destin, révélant ainsi la tragédie de l'impossibilité de communiquer cette fatalité. La pièce met en lumière l'obsession du temps et la lutte contre le destin inéluctable.

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PROLOGUE

Lagarde, Juste la fin du monde, 1990

INTRODUCTION

• Jean-Luc Lagarce (1957-1995) est un dramaturge, comédien, metteur en scène et directeur de


troupe qui connaît ses premiers succès en adaptant des pièces classiques et ses propres textes. Alors
que les thèmes de la maladie et de la disparition sont déjà présent dans son œuvre il apprend en 1988
sa séropositivité. Il meurt en pleines répétitions théâtrales après avoir achevé un dernier texte
dramatique, Le Pays lointain. La pièce Juste la fin du monde est écrite à Berlin et elle ne sera jamais
jouée de son vivant. c’est un huis-clos familial qui met en scène cinq personnages d’une même famille.
Le titre Juste la fin du monde est explosif, lapidaire comme une apocalypse qui s’annonce.

• Le protagoniste, Louis, explique dans un monologue écrit sous forme de versets poétiques sa
décision de retourner chez lui après une longue absence pour annoncer à ses proches sa « mort
prochaine et irrémédiable » et il exprime sa difficulté à le faire.

• En quoi ce monologue est-il annonciateur de la comédie du mensonge qui va se jouer dans la suite
de la pièce ?

• Nous étudierons ce texte à travers trois mouvements : de la ligne 1 à 15 : l’annonce de la mort,


puis de la ligne 16 à 30 : le retour dans la famille et de la ligne 31 à la fin : l’idée de rester maître de son
destin

EXPLICATION LINÉAIRE

I. Annonce de la mort

citations procédés interprétations

« Plus tard, l’année d’après », L1 Indications de temps


Ouverture de la pièce se fait sur
des indications de temps qui
sont juxtaposées
« J’allais mourir à mon tour », L2 Prolepse Louis fait une prolepse de sa
Marques du futur mort prochaine. La notion de
temps est engagée. Cette
tonalité prophétique et le
monologue de présentation
rappellent la tragédie grecque ou
le cœur tragique annonçait

« J’ai près de 34 ans maintenant et souvent de façon énigmatique ce


c’est à cet âge que je mourrai », L3 qui allait se passer. Ici, c’est sa
propre mort qu’annonce le
personnage à travers ses
marques du futur. En ce sens,
cette annonce est saisissante
pour le public qui connaît déjà le
« L’année d’après », L1 sort de Louis.

« Plus tard », L1 1ère personne du singulier On perçoit l’imminence de la

« maintenant », L3 Indicateurs de temps mort et du poids du destin,

« L’année d’après », L4 auquel il ne peut échapper


Tournure emphatique Utilisation du
futur

Registres tragique et pathétique

Marqueurs temporels Distorsion du temps


« De nombreux mois déjà que
j’attendais à ne rien faire, à
tricher, à ne plus savoir, de nom
pour moi que j’attendais d’en Répétition Ce retour anaphorique
avoir fini », L5-6 marque la force tragique du
temps, le poids inéluctable du
« À ne rien faire », L5 destin, et le fait qu’il ne puisse
« À peine », L9 plus échapper à son sort.
« Imperceptiblement », L10
Répétition du verbe attendre Effet d’insistance qui marque la
passivité, l’immobilisme de Louis
« De nombreux mois », L5 qui est dans un état de
sidération
« Ne rien faire », L5 «
tricher », L5
« Ne plus savoir » », L5
D nte de sa mort, Louis est gagné
a par la passivité et une
n immobilité funeste
s
l Complément circonstanciel Accentue cette difficulté
’ de temps d’agir, cette inaction
a
t Champ lexical de la Louis se ment à lui-même : il négation
t nie son destin en trichant,
e en restant passif
« L’année d’après », L12 Anaphore Ponctue le monologue et
vient perturber la syntaxe de la
tirade

« Danger extrême », L10 Champ lexical du danger Louis dans son introspection, livre son
appréhension du
« Ennemi », L11 néant. Il évoque la mort

« détruirait », L11 comme un ennemi redoutable


et violent mais il le fait avec
pudeur, sans la nommer
directement.
« On ose », L8 Utilisation du pronom « on », Louis, sidéré, s’efface lui
« Vous détruirait », L11 « vous », pas de « je » même progressivement,
comme pour mettre à distance la
menace, comme si cette mort
n’était pas la sienne. Même si il
fait un pas vers cette mort qu’il
analyse, il la refuse et ne la pense
pas encore pour lui

« La peur », L14 On comprend la détresse du


personnage qui exprime la
« Prenant ce risque et sans difficulté dans laquelle il se espoir jamais de survivre », trouve et la
maladie et la mort
L15 viennent s’incruster dans son
monologue en l’empêchant de
réagir II. Retour dans la famille

« Malgré tout », L16 Dans ce monologue s’opère


un retournement de situation :
« L’année d’après », L17 Louis semble décidé
finalement de mener un combat
contre la maladie et la mort en
revenant dans sa famille.
« Prenant ce risque et sans Il affirme son désir de prise de espoir jamais de survivre », L15
risque, sa volonté d’action,
dans une tentative de prendre en
main son destin, sans oublier la
fatalité
« Je décidai de retourner les Verbes qui renvoient à un Louis décide d’aller voir sa voir, revenir sur
mes pas, aller pèlerinage famille mais en même temps de
sur mes traces et faire le revenir aux sources voyage », L18-19
« Je », L18 1PS Retour à la première personne

Louis annonce un retour aux


« Décidai », L18 Verbes sources à travers une
« Retourner, revenir, aller », énumération de verbes de
L18-19 déplacement à ses origines
qui est combat contre le temps
qui passe à travers un voyage
inversé qui est une remontée
dans le temps, un retour dans le
cocon familial
« pour annoncer, lentement, Compléments circonstanciels Montrent les précautions avec soin,
avec soin et précision de manière que le personnage veut - ce que je crois - lentement, prendre
dans l’annonce de calmement, d’une manière cette mort. C’est toute une posée - et n’ai-je pas
toujours mise en scène qui a lieu, un été pour les autres et eux, tout ton à jouer. Après avoir
précisément, n’ai-je pas toujours triché avec lui-même, il va
été un homme posé », L20 à 24 maintenant tricher auprès de
sa famille au lieu d’être sincère
Prolepse Louis imagine comment il va
" pouvoir annoncer sa mort

« Et n’ai-je pas toujours été Interrogative négative Par cette interrogative, le


pour les autres et eux, tout personnage complète son précisément, n’ai-je pas autoportrait, un
homme en toujours été un homme apparent serein et réfléchi, posé ? », L23-24 encore une façon
de
dépasser son angoisse
existentielle. Cependant, c’est
encore un rôle qu’il va jouer. Il va
donner l’illusion qu’il a toujours
projeté de lui-même à sa famille :
l’homme serein et réfléchi qu’il
est pour les autres. Mais l’est-il
réellement en lui-même ?

« Pour annoncer, dire, seulement Répétition du verbe


dire », L25 à 30 annoncer et du champ lexical

de la parole
Épanorthose (fais de redire Louis reformule ses propos, il les
mêmes choses en se travaille sur son langage et il
corrigeant et en précisant) a des difficultés à
Partout dans la pièce communiquer

« ma mort prochaine et Registre tragique Ces termes, d’une grande


irrémédiable », L28 charge émotionnelle
témoignent de la fatalité et du
destin. Ils permettent à Louis
d’annoncer sa mort
« L’annoncer moi-même », L29 Effet d’insistance sur l’idée
qu’il soit le seul responsable
de l’annonce et l’unique
messager

III. Idée de rester maître de son destin

« Voulu, voulu et décidé », L31 Verbes exprimant la volonté Il souhaite reprendre le


Répétition contrôle en exprimant sa
volonté, combattre, afin de
rester maître des jours qui lui
restent à vivre
« Toujours », L31 Lexique temporel Montre une partie du
« Le plus loin que j’ose me caractère de Louis et nous
souvenir », L32 révèle que sa lutte s’inscrit
« Encore », L33 dans la durée

« Donner et donner aux autres » Répétition Effet d’insistance sur le verbe


L34,36 donner qui nous renvoie au
monde du théâtre avec le terme
d’illusion
« Mon propre maître », L37 Fin de la tirade Volonté de réagir et de
choisir son destin
Le personnage a pleinement
conscience de la fatalité
humaine ai choisi de prendre
son destin en main dans la façon
dont il souhaite annoncer sa
mort
Ce passage révèle aussi l’ironie tragique puisqu’il montre avec beaucoup de lucidité qu’il est illusoire de
pouvoir décider de sa vie et que le combat contre le destin est perdu d’avance

Cette fin du prologue nous replonge dans la tragédie antique qui plaçait l’homme au face à son
destin : c’est donc tout ce tragique qui peut s’exprimer
CONCLUSION

Le prologue est la première confrontation du spectateur avec le protagoniste de la pièce et rempli sa


fonction d’exposition. Ce qui semble être l’enjeu principal de l’intrigue est annoncé :
l’aveu de Louis à sa famille de sa mort « prochaine et irrémédiable ». Les thèmes-clés de la
pièce sont donnés : la mort, la difficulté ou l’impossibilité de la dire, l’obsession du temps, le destin
inéluctable et implacable, la volonté de maîtrise et la résistance à la fatalité.

La pièce reprend la thématique biblique du retour du fils prodigue mais celle-ci est détourné ici, car on
note l’impasse tragique du retour : le fils prodigue « ne revient pas à la vie », mais il est voué à une mort
prochaine, soumis à la fatalité de sa condition humaine.

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