TEXTES Séquence Gargantua 2025
TEXTES Séquence Gargantua 2025
1
Edition de référence : translation par M. MARRACHE-GOURAUD, GF / Librio.
Extraits de l’œuvre intégrale
1
Voltiger.
2
Variétés de pas en équitation.
3
Chasubles.
4
Robes de chevaux.
5
Les chevaux de postes servent au relais.
6
Intendant.
7
Marches
8
Races de chevaux.
9
Rapace.
10
Nous voici bien attrapés.
11
Trois jours qu’il n’a pas paru ici.
Chap. 38. Comment Gargantua mangea en salade six pèlerins.
[…] Il se trouva que Gargantua était un peu affamé et demanda si l’on pourrait trouver des laitues pour lui
préparer une salade. Informé qu’il y en avait la parmi les plus belles et les plus grandes du pays – elles étaient
hautes comme des pruniers ou des noyers –, il voulut y aller lui-même et rapporta dans sa main ce qui lui
sembla bon. Dans le même temps, il emporta six pèlerins qui avaient si grande peur qu’ils n’osaient ni parler
ni tousser.
Alors qu’il commençait par les laver dans la fontaine, les pèlerins se dirent à voix basse l’un à l’autre : « Que
faut-il faire ? Nous nous noyons ici parmi ces laitues : devons-nous parler ? Mais si nous parlons, il nous
tuera comme espions. » Et pendant qu’ils s’entretenaient de la sorte, Gargantua les mit avec ses laitues dans
un plat de la maison, large comme la cuve de Cîteaux, et avec de l’huile, du vinaigre et du sel, il les mangea
pour se rafraichir avant de souper. Il avait déjà avalé cinq des pèlerins. Le sixième était à l’intérieur du plat
apparaissait par-dessus. En le voyant, Grandgousier dit à Gargantua :
« Je crois qu’il s’agit d’une corne de limaçon : ne le mangez pas !
— Pourquoi ? dit Gargantua. Ils sont bons pendant le mois entier. »
Or, tirant le bâton, il enleva le pèlerin avec et le mangea de bon
appétit. Puis, il but une horrible gorgée de vin pineau et tous
attendirent que le diner fût prêt.
Les pèlerins ainsi dévorés s’extirpèrent des meules de ses dents du mieux qu’ils purent, ils pensaient avoir
été jetés dans quelque basse fosse de prison. Quand Gargantua but sa grande gorgée, ils imaginèrent se
noyer dans sa bouche et le torrent de vin faillit les emporter dans le gouffre de son estomac. Toutefois, en
sautant avec leurs bâtons comme font les pèlerins du mont Saint-Michel, ils se mirent en sureté au bord des
dents.
Mais, par malheur, l’un d’eux, en tâtant avec son bâton le terrain pour voir s’ils étaient en sécurité, frappa
rudement dans l’orifice d’une dent creuse et toucha le nerf de la mâchoire, ce qui causa une très forte
douleur à Gargantua et le fit crier de rage.
Pour se soulager de ce mal, il se fit apporter son cure-dents et, en allant jusqu’au noyer à noix grollières1, il
vous dénicha messieurs les pèlerins. En effet, il attrapait l’un par les jambes, l’autre par les épaules, un autre
par sa besace, un autre par sa bourse, un autre par son écharpe, et le pauvre garçon qui l’avait touché avec
son bâton, il l’accrocha par la braguette. Toutefois, ce fut une grande chance pour lui, car Gargantua lui
perça un abcès chancreux2 qui le martyrisait depuis qu’ils étaient passés par Ancenis3. Ainsi dénichés, les
pèlerins s’enfuirent à travers les vignes à belle allure et la douleur de Gargantua fut apaisée.
Alors il pissa si copieusement que l'urine coupa la route aux pèlerins, qui furent obligés de franchir la grande
rigole. De là, passant par l'orée du petit bois, ils tombèrent tous, à l'exception de Fournillier, dans une fosse
qu'on avait creusée en plein milieu du chemin pour prendre les loups à la chausse-trape. Grâce à l'ingéniosité
dudit Fournillier, qui rompit les liens et les cordages, ils purent s'en échapper. Sortis de là, ils couchèrent
pour le reste de cette nuit dans une cabane près du Coudray où ils furent réconfortés de leur malheur grâce
aux bonnes paroles de l'un de leurs compagnons, nommé Lasdaller, qui leur fit remarquer que cette
mésaventure avait été prédite par David, dans le Psaume : « Cum exurgerent homines in nos, forte vivos
deglutissent nos » : c’est quand nous fûmes mangés en salade avec du sel. Cum irasceretur furor eorum in
nos : forsitan aqua absorbuisset nos : c’est là qu’il but la grande rasade. Torrentem pertransivit anima
nostra : C’est quand nous passâmes par la grande boire. Forsitan pertransisset anima nostra aquam
intolerabilem, de son urine, qui nous coupa le chemin. […]
1
Noix à coquille très dure.
2
Abcès qui cause une ulcération dans toute la zone touchée.
3
Près de Nantes.
Chap. 44. Comment le moine se débarrassa de ses gardiens et comment la troupe de Picrochole fut
vaincue.
Le moine les voyant ainsi s’en aller en désordre supposa qu’ils allaient charger sur Gargantua et les siens, et
s’attristait énormément de ne pouvoir les secourir. Puis il avisa l’allure de ses deux archers de garde : ceux-ci
auraient volontiers couru à la suite de leur troupe pour grapiller quelque chose, car ils ne cessaient de regarder
vers la vallée où tous descendaient.
Bien plus, le moine raisonnait en se disant : « Ces gens-là sont bien mal exercés en matière de faits d’armes.
Car ils ne m’ont pas demandé de leur jurer obéissance, et ils ne m’ont pas ôté mon braquemart. »
Puis soudain il dégaina son fameux braquemart et en pourfendit l’archer qui le gardait à sa droite, lui coupant
entièrement les veines jugulaires et les artères carotides du cou, avec la luette et jusqu’aux deux amygdales :
et retirant son arme il lui entrouvrit la moelle épinière entre la deuxième et la troisième vertèbre, et là, l’archer
tomba raide mort.
Le moine, retournant alors son cheval vers la gauche, courut sur l’autre, lequel, voyant son compagnon mort
et le moine ayant l’avantage, criait à haute voix : « Ha ! monsieur le prieur, je me rends, monsieur le prieur,
mon bon ami, monsieur le prieur ! » Et le moine criait de même :
« Monsieur le postérieur, mon ami, monsieur le postérieur, vous allez sentir vos postérieurs !
– Ha, disait l’archer, monsieur le prieur, mon mignon, monsieur le prieur, que Dieu vous fasse abbé.
– Par l’habit que je porte, disait le moine, je vous ferai ici cardinal. Rançonnez-vous les gens de religion ? Vous
aurez un chapeau rouge, à cette heure, et de ma main. » Et l’archer criait : « Monsieur le prieur, monsieur le
prieur, monsieur l’abbé futur, monsieur le cardinal, monsieur le tout. Ha, ha, hé, non, monsieur le prieur, mon
bon petit seigneur le prieur, je me rends à vous.
– Et je te rends, dit le moine, à tous les diables. »
Alors d’un coup il lui trancha la tête, lui coupant le crâne sur les os pétreux en enlevant les deux os pariétaux
et la commissure sagittale, avec une grande partie de l’os coronal, et ce faisant il lui trancha les deux méninges
et ouvrit profondément les deux ventricules postérieurs du cerveau, et le crâne demeura sur les épaules,
pendant en arrière par la peau du péricrâne : il avait tout à fait la forme d’un bonnet doctoral, noir par-dessus,
rouge par-dedans. Il tomba ainsi raide mort par terre.
Parcours associé
Jean de LA FONTAINE, Fables, IX, 5 (1678)
1
Homme de science mais aimant mettre en scène sa (prétendue) supériorité culturelle.
2
Gâcher, corrompre, pourrir
3
Nymphe consacrée au culte des fruits, amatrice de vergers cultivés.
4
Les restes, les rejets.
5
Divinité romaine consacrée aux fleurs (équivalent de Perséphone).
6
Rustre, grossière.
7
Virgile, poète latin qui a célébré l’empereur Auguste et Cicéron, avocat et orateur, consul, stoïcien romain de l’Antiquité.