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TEXTES Séquence Gargantua 2025

Le document présente des extraits de l'œuvre de Rabelais, 'Gargantua', illustrant des thèmes de rire et de savoir. Il explore des épisodes comiques et satiriques, tels que Gargantua mangeant des pèlerins en salade et un moine se débarrassant de ses gardiens. Le parcours associé inclut également une fable de La Fontaine, soulignant les travers de l'éducation et de la prétention intellectuelle.

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TEXTES Séquence Gargantua 2025

Le document présente des extraits de l'œuvre de Rabelais, 'Gargantua', illustrant des thèmes de rire et de savoir. Il explore des épisodes comiques et satiriques, tels que Gargantua mangeant des pèlerins en salade et un moine se débarrassant de ses gardiens. Le parcours associé inclut également une fable de La Fontaine, soulignant les travers de l'éducation et de la prétention intellectuelle.

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Séquence de 1 ère g én ér a l e : la littérature d’idées du 16e s. à nos jours.

RABELAIS, Gargantua (1542) 1

Parcours : Rire et savoir

Table des matières


Extraits de l’œuvre intégrale ............................................................................................................................................... 2
Chap.12. « Des chevaux factices de Gargantua ». ........................................................................................................... 2
Chap. 38. Comment Gargantua mangea en salade six pèlerins. ..................................................................................... 3
Chap. 44. Comment le moine se débarrassa de ses gardiens et comment la troupe de Picrochole fut vaincue. ......... 4
Parcours associé .................................................................................................................................................................. 5
Jean de LA FONTAINE, Fables, IX, 5 (1678) ..................................................................................................................... 5

1
Edition de référence : translation par M. MARRACHE-GOURAUD, GF / Librio.
Extraits de l’œuvre intégrale

Chap.12. « Des chevaux factices de Gargantua ».


Puis afin que toute sa vie fût bon chevaucheur, l'on lui fit un beau grand cheval de bois lequel il faisait
panader1, sauter, voltiger, ruer et danser tout ensemble, aller le pas, le trot, l'entrepas, le galop, les ambles,
l'aubin, le traquenard, le camelin et l'onagrier2. Et lui faisait changer de poil, comme font les moines de
courtibaux3 selon les fêtes, de bailbrun [bai], d'alezan, de gris pommelé, de poil de rat, de cerf, de rouan, de
vache, de zencle [tacheté], de pœcile [bigarré], de pie, de leuce [blanc]4.
Lui-même d'une grosse traîne, fit un cheval pour la chasse, un autre d'un fût de pressoir à tous les jours, et
d'une grand chêne une mule avec la housse pour la chambre. Encore en eut-il dix ou douze à relais5, et sept
pour la poste. Et tous mettait coucher auprès de soi.
Un jour le seigneur de Painensac visita son père, en gros train et apparat, auquel jour l'étaient
semblablement venus voir le duc de Francrepas et le comte de Mouille Vent. Par ma foi le logis fut un peu
étroit pour tant de gens, et singulièrement les étables : donc le maître d'hôtel et fourrier6 dudit seigneur de
Painensac, pour savoir si ailleurs en la maison étaient étables vaques9, s'adressèrent à Gargantua, jeune
garçonnet, lui demandant secrètement où étaient les étables des grands chevaux, pensant que volontiers
les enfants révèlent tout.
Lors il les mena par les grands escaliers du château passant par la seconde salle en une grande galerie, par
laquelle entrèrent en une grosse tour, et eux montant par d'autres degrés7, dit le fourrier au maître d'hôtel:
cet enfant nous abuse, car les étables ne sont jamais au haut de la maison. C'est (dit le maître d'hôtel) mal
entendu à vous. Car je sais des lieux à Lyon, à La Baumette, à Chinon et ailleurs, où les étables sont au plus
haut du logis, ainsi peut-être que derrière y a issue au montoir. Mais je le demanderai plus assurément. Lors
demanda à Gargantua. « Mon petit mignon, où nous menez-vous ? À l'étable (dit-il) de mes grands chevaux.
Nous y sommes tantôt, montons seulement ces échelons. »
Puis les passant par une autre grande salle, les mena en sa chambre, et retirant la porte : « Voici (dit-il) les
étables que demandez, voilà mon Genet, voilà mon Guildin, mon Lavedan, mon Traquenard8 », et les
chargeant d'un gros livier, « je vous donne (dit-il) ce Frison, je l'ai eu de Francfort. Mais il sera vôtre, il est
bon petit chevalet, et de grand-peine avec un tiercelet d'autour9, demi-douzaine d'épagneuls, et deux
lévriers, vous voilà roi des perdrix et lièvres pour tout cet hiver. Par saint Jean (dirent ils) nous en sommes
bien, à cette heure avons-nous le moine10. Je le vous nie, dit-il. Il ne fut trois jours à céans11. »
Devinez ici duquel des deux ils avaient plus matière, ou de soi cacher de honte, ou de rire pour de la
plaisanterie ?

1
Voltiger.
2
Variétés de pas en équitation.
3
Chasubles.
4
Robes de chevaux.
5
Les chevaux de postes servent au relais.
6
Intendant.
7
Marches
8
Races de chevaux.
9
Rapace.
10
Nous voici bien attrapés.
11
Trois jours qu’il n’a pas paru ici.
Chap. 38. Comment Gargantua mangea en salade six pèlerins.

[…] Il se trouva que Gargantua était un peu affamé et demanda si l’on pourrait trouver des laitues pour lui
préparer une salade. Informé qu’il y en avait la parmi les plus belles et les plus grandes du pays – elles étaient
hautes comme des pruniers ou des noyers –, il voulut y aller lui-même et rapporta dans sa main ce qui lui
sembla bon. Dans le même temps, il emporta six pèlerins qui avaient si grande peur qu’ils n’osaient ni parler
ni tousser.
Alors qu’il commençait par les laver dans la fontaine, les pèlerins se dirent à voix basse l’un à l’autre : « Que
faut-il faire ? Nous nous noyons ici parmi ces laitues : devons-nous parler ? Mais si nous parlons, il nous
tuera comme espions. » Et pendant qu’ils s’entretenaient de la sorte, Gargantua les mit avec ses laitues dans
un plat de la maison, large comme la cuve de Cîteaux, et avec de l’huile, du vinaigre et du sel, il les mangea
pour se rafraichir avant de souper. Il avait déjà avalé cinq des pèlerins. Le sixième était à l’intérieur du plat
apparaissait par-dessus. En le voyant, Grandgousier dit à Gargantua :
« Je crois qu’il s’agit d’une corne de limaçon : ne le mangez pas !
— Pourquoi ? dit Gargantua. Ils sont bons pendant le mois entier. »
Or, tirant le bâton, il enleva le pèlerin avec et le mangea de bon
appétit. Puis, il but une horrible gorgée de vin pineau et tous
attendirent que le diner fût prêt.
Les pèlerins ainsi dévorés s’extirpèrent des meules de ses dents du mieux qu’ils purent, ils pensaient avoir
été jetés dans quelque basse fosse de prison. Quand Gargantua but sa grande gorgée, ils imaginèrent se
noyer dans sa bouche et le torrent de vin faillit les emporter dans le gouffre de son estomac. Toutefois, en
sautant avec leurs bâtons comme font les pèlerins du mont Saint-Michel, ils se mirent en sureté au bord des
dents.
Mais, par malheur, l’un d’eux, en tâtant avec son bâton le terrain pour voir s’ils étaient en sécurité, frappa
rudement dans l’orifice d’une dent creuse et toucha le nerf de la mâchoire, ce qui causa une très forte
douleur à Gargantua et le fit crier de rage.

Pour se soulager de ce mal, il se fit apporter son cure-dents et, en allant jusqu’au noyer à noix grollières1, il
vous dénicha messieurs les pèlerins. En effet, il attrapait l’un par les jambes, l’autre par les épaules, un autre
par sa besace, un autre par sa bourse, un autre par son écharpe, et le pauvre garçon qui l’avait touché avec
son bâton, il l’accrocha par la braguette. Toutefois, ce fut une grande chance pour lui, car Gargantua lui
perça un abcès chancreux2 qui le martyrisait depuis qu’ils étaient passés par Ancenis3. Ainsi dénichés, les
pèlerins s’enfuirent à travers les vignes à belle allure et la douleur de Gargantua fut apaisée.
Alors il pissa si copieusement que l'urine coupa la route aux pèlerins, qui furent obligés de franchir la grande
rigole. De là, passant par l'orée du petit bois, ils tombèrent tous, à l'exception de Fournillier, dans une fosse
qu'on avait creusée en plein milieu du chemin pour prendre les loups à la chausse-trape. Grâce à l'ingéniosité
dudit Fournillier, qui rompit les liens et les cordages, ils purent s'en échapper. Sortis de là, ils couchèrent
pour le reste de cette nuit dans une cabane près du Coudray où ils furent réconfortés de leur malheur grâce
aux bonnes paroles de l'un de leurs compagnons, nommé Lasdaller, qui leur fit remarquer que cette
mésaventure avait été prédite par David, dans le Psaume : « Cum exurgerent homines in nos, forte vivos
deglutissent nos » : c’est quand nous fûmes mangés en salade avec du sel. Cum irasceretur furor eorum in
nos : forsitan aqua absorbuisset nos : c’est là qu’il but la grande rasade. Torrentem pertransivit anima
nostra : C’est quand nous passâmes par la grande boire. Forsitan pertransisset anima nostra aquam
intolerabilem, de son urine, qui nous coupa le chemin. […]

1
Noix à coquille très dure.
2
Abcès qui cause une ulcération dans toute la zone touchée.
3
Près de Nantes.
Chap. 44. Comment le moine se débarrassa de ses gardiens et comment la troupe de Picrochole fut
vaincue.

Le moine les voyant ainsi s’en aller en désordre supposa qu’ils allaient charger sur Gargantua et les siens, et
s’attristait énormément de ne pouvoir les secourir. Puis il avisa l’allure de ses deux archers de garde : ceux-ci
auraient volontiers couru à la suite de leur troupe pour grapiller quelque chose, car ils ne cessaient de regarder
vers la vallée où tous descendaient.
Bien plus, le moine raisonnait en se disant : « Ces gens-là sont bien mal exercés en matière de faits d’armes.
Car ils ne m’ont pas demandé de leur jurer obéissance, et ils ne m’ont pas ôté mon braquemart. »
Puis soudain il dégaina son fameux braquemart et en pourfendit l’archer qui le gardait à sa droite, lui coupant
entièrement les veines jugulaires et les artères carotides du cou, avec la luette et jusqu’aux deux amygdales :
et retirant son arme il lui entrouvrit la moelle épinière entre la deuxième et la troisième vertèbre, et là, l’archer
tomba raide mort.
Le moine, retournant alors son cheval vers la gauche, courut sur l’autre, lequel, voyant son compagnon mort
et le moine ayant l’avantage, criait à haute voix : « Ha ! monsieur le prieur, je me rends, monsieur le prieur,
mon bon ami, monsieur le prieur ! » Et le moine criait de même :
« Monsieur le postérieur, mon ami, monsieur le postérieur, vous allez sentir vos postérieurs !
– Ha, disait l’archer, monsieur le prieur, mon mignon, monsieur le prieur, que Dieu vous fasse abbé.
– Par l’habit que je porte, disait le moine, je vous ferai ici cardinal. Rançonnez-vous les gens de religion ? Vous
aurez un chapeau rouge, à cette heure, et de ma main. » Et l’archer criait : « Monsieur le prieur, monsieur le
prieur, monsieur l’abbé futur, monsieur le cardinal, monsieur le tout. Ha, ha, hé, non, monsieur le prieur, mon
bon petit seigneur le prieur, je me rends à vous.
– Et je te rends, dit le moine, à tous les diables. »
Alors d’un coup il lui trancha la tête, lui coupant le crâne sur les os pétreux en enlevant les deux os pariétaux
et la commissure sagittale, avec une grande partie de l’os coronal, et ce faisant il lui trancha les deux méninges
et ouvrit profondément les deux ventricules postérieurs du cerveau, et le crâne demeura sur les épaules,
pendant en arrière par la peau du péricrâne : il avait tout à fait la forme d’un bonnet doctoral, noir par-dessus,
rouge par-dedans. Il tomba ainsi raide mort par terre.
Parcours associé
Jean de LA FONTAINE, Fables, IX, 5 (1678)

L’écolier, le pédant1 et le maître d’un jardin

Certain enfant qui sentait son collège,


Doublement sot et doublement fripon,
Par le jeune âge, et par le privilège
Qu'ont les Pédants de gâter2 la raison,
5 Chez un voisin dérobait, ce dit-on,
Et fleurs et fruits. Ce voisin, en automne,
Des plus beaux dons que nous offre Pomone3
Avait la fleur, les autres le rebut4.
Chaque saison apportait son tribut :
10 Car au printemps il jouissait encore
Des plus beaux dons que nous présente Flore5.
Un jour dans son jardin il vit notre Ecolier
Qui grimpant sans égard sur un arbre fruitier,
Gâtait jusqu'aux boutons, douce et frêle espérance,
15 Avant-coureurs des biens que promet l'abondance.
Même il ébranchait l'arbre, et fit tant à la fin
Que le possesseur du jardin
Envoya faire plainte au Maître de la classe.
Celui-ci vint suivi d'un cortège d'enfants.
20 Voilà le verger plein de gens
Pires que le premier. Le Pédant, de sa grâce,
Accrut le mal en amenant
Cette jeunesse mal instruite6 :
Le tout, à ce qu'il dit, pour faire un châtiment
25 Qui pût servir d'exemple, et dont toute sa suite
Se souvînt à jamais comme d'une leçon.
Là-dessus il cita Virgile et Cicéron7,
Avec force traits de science.
Son discours dura tant que la maudite engeance
30 Eut le temps de gâter en cent lieux le jardin.
Je hais les pièces d'éloquence
Hors de leur place, et qui n'ont point de fin ;
Et ne sais bête au monde pire
Que l'Ecolier, si ce n'est le Pédant.
35 Le meilleur de ces deux pour voisin, à vrai dire,
Ne me plairait aucunement.

1
Homme de science mais aimant mettre en scène sa (prétendue) supériorité culturelle.
2
Gâcher, corrompre, pourrir
3
Nymphe consacrée au culte des fruits, amatrice de vergers cultivés.
4
Les restes, les rejets.
5
Divinité romaine consacrée aux fleurs (équivalent de Perséphone).
6
Rustre, grossière.
7
Virgile, poète latin qui a célébré l’empereur Auguste et Cicéron, avocat et orateur, consul, stoïcien romain de l’Antiquité.

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