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Sujet de Dissertation

La Peau de chagrin d'Honoré de Balzac illustre la fatalité et la dévoration de l'énergie vitale par la soif des plaisirs, conduisant le protagoniste, Raphaël, vers une inéluctable ruine. Malgré cette fatalité, le roman offre des éléments de surprise et des luttes d'influences qui questionnent le destin et la nature humaine, tout en mettant en avant une réflexion philosophique sur le sens de la vie. Ainsi, l'œuvre dépasse l'intrigue pour se concentrer sur des interrogations profondes sur l'existence et la mortalité.

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La Peau de chagrin d'Honoré de Balzac illustre la fatalité et la dévoration de l'énergie vitale par la soif des plaisirs, conduisant le protagoniste, Raphaël, vers une inéluctable ruine. Malgré cette fatalité, le roman offre des éléments de surprise et des luttes d'influences qui questionnent le destin et la nature humaine, tout en mettant en avant une réflexion philosophique sur le sens de la vie. Ainsi, l'œuvre dépasse l'intrigue pour se concentrer sur des interrogations profondes sur l'existence et la mortalité.

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Sujet de dissertation

Œuvre : Balzac, La Peau de chagrin.


Parcours : les romans de l'énergie : création et destruction.

Dans la Comédie Humaine, l'énergie ou la soif des plaisirs dévoreurs de la vie


annoncent à chaque fois le dénouement fatal du roman. Cette déclaration vous
semble-t-elle s'appliquer à votre lecture de la Peau de chagrin?

Vous répondrez à cette question dans un développement organisé en vous appuyant


sur La Peau de chagrin, sur les textes que vous avez étudiés dans le cadre du parcours
associé, et sur votre culture personnelle.

Introduction
Si le roman se caractérise traditionnellement par la progression et les surprises de son
intrigue, il peut paraître paradoxal de voir celle-ci être marquée par la fatalité en ce que
cette dernière se définit précisément par une forme de nécessité et d'inéluctabilité des
événements [accroche sous forme de paradoxe]. Or, de par la thématique du pacte
avec le diable que rappelle l’acquisition de la peau mais aussi par celle de la lutte
impuissante de l’individu contre la société, La Peau de chagrin d’Honoré de Balzac
développe indéniablement un récit marqué par le fatum. Toute l’énergie développée
de Raphaël ne semble aller que dans un sens, vers la mort du personnage et sa ruine
sociale, au point que le roman entier peut s'appréhender sous l’angle d’un épuisement
irrémédiable, d’une dévoration inévitable du personnage par une puissance mortifère
dont les rebondissements et péripéties ne seraient que mineurs [application à
l’œuvre].C’est ainsi que Pierre-Louis Rey écrit, dans La Comédie humaine. Profil d’une
œuvre, en 1979 : « L’énergie ou la soif du plaisir dévoreuses de la vie : accepté comme
un des leitmotive principaux de La Comédie humaine, ce thème, s’il ne ruine pas
l’intérêt des intrigues, en fixe fatalement le dénouement » [rappel du sujet].
Dès lors, l’efficacité progressive du récit peut être légitimement remise en cause : si
tout est joué d’avance, si l’énergie de Raphaël ne peut que le conduire à un lent
amenuisement de sa force, l’intrigue du roman garde-t-elle encore un sens et un
intérêt ? En reformulant cette réflexion, on pourrait se demander si l’énergie
destructrice à l’œuvre dans La Peau de chagrin ne rend pas le dénouement du roman
entièrement prévisible ou si elle parvient malgré tout à ménager des effets de surprise
[problématique].
Cette question est déterminante puisqu’elle est en lien même avec la conception que
l’on peut se faire du roman. En effet, s’il est possible dans un premier temps de
percevoir le roman comme l’expression d’une destinée où le dénouement peut être
deviné en amont, on peut aussi le considérer, par d’autres aspects, comme le lieu de
tous les possibles dont la fin peut déjouer les attentes du lecteur. Dans le cas précis
de La Peau de chagrin, on nuancera néanmoins le propos en rappelant que l’important
n’est pas forcément là, l'œuvre valant avant tout pour la pensée philosophique qu’elle
nous inspire sur le sens de l’existence [annonce de plan].
Développement
I) Le roman balzacien comme expression d’une destinée

A) Un ensemble de forces destructrices


1) Le roman La Peau de chagrin se présente comme l’addition de forces destructrices
entourant Raphaël. Il peut s’agir de personnages (Fœdora, l’antiquaire) ou de la
société entière (incarnée, par exemple, par les huissiers, ou bien par les participants
au banquet). La majeure partie des personnages que le jeune homme rencontre va en
ce sens tout au long du roman. 2) Ces forces négatives se caractérisent par un
égoïsme, un cynisme, une intransigeance, voire une violence à l’égard de Raphaël.
Cette violence est le plus souvent psychologique et morale, mais elle peut même être
physique (si l’on songe au duel final). 3) Enfin, avec le mal qui le gagne, le propre corps
de Raphaël semble le trahir. Ce corps va contre sa volonté, en s’épuisant lors de ses
années de misère (son vêtement usé en est le symbole), puis en laissant la maladie
l’envahir et la fin se hâter.
Chaque fois, Raphaël est l’objet d’énergies destructrices dont on soupçonne très
vite, dans un contexte réaliste de surcroît, qu’il ne pourra survivre à toutes.

B) La fatalité à l’œuvre
1) Fort de ces énergies destructrices, une sorte de malédiction semble peser sur
Raphaël du début à la fin du roman. Toute tentative de le sauver apparaît inutile. Par
exemple, la peau semble sortir magiquement du puits où il l’a jetée pour s’en
débarrasser ; la science est impuissante à agir tout comme l’air de la campagne ;
Fœdora elle-même prévient qu’elle n’aimera jamais aucun homme, renvoyant le
malheur de Raphaël à son seul entêtement. Il n’y a pas jusqu’aux figures positives,
comme Jonathas et Pauline, qui n’apparaissent négatives, provoquant à la fin la mort
du jeune marquis par maladresse ou accident. 2) Cette fatalité se vérifie dans
l’évolution de Raphaël tout au long du roman. Son mal empire et le transforme de plus
en plus en un malade en sursis. Pire, en une logique prémonitoire, dès son héritage
(p. 236-237), comprenant subitement le pouvoir de la peau, il prend des traits
cadavériques, alors même qu’il est encore sain. 3) Le roman s’apparente dès lors à
une forme de tragédie où, en plus des nombreuses références au théâtre ou à l’opéra
qui parsèment le texte, une force supérieure entraîne implacablement le héros vers sa
catastrophe, suscitant à la fois terreur et pitié chez le lecteur. Une ironie tragique,
quasiment oraculaire, apparaît alors. Dans un contexte général d’interprétation de
l’avenir (songeons que Madame Gaudin interprète les présages concernant Raphaël,
p. 173), Pauline prédit par exemple la mort de Raphaël et semble, sans s’en rendre
compte, se désigner déjà comme la principale responsable : « vous épouserez une
femme riche ! dit-elle, mais elle vous donnera bien du chagrin. Ah ! Dieu ! elle vous
tuera. J’en suis sûre ! » (p. 192) ; « il est à moi, je l’ai tué, ne l’avais-je pas prédit ? »
(p. 347)
Dans une perspective très romantique, le personnage principal semble marqué par
une adversité du sort qui l'entraîne vers la mort.
C) L’histoire est-elle une impasse ?
1) Contrairement à ce que l’on peut lire à la même époque chez des auteurs
romantiques (il suffit de songer à Alexandre Dumas), le roman échappe ainsi à tout
caractère romanesque : nulle aventure extraordinaire, ni rebondissement imprévu, ni
trajectoire surprenante. 2) En allant plus loin, on peut dire que le roman semble marqué
par certains aspects par une absence de progression. En effet, il n’y a pas d’aventure
dans la vie de Raphaël en ce qu’il n’y a pas d’avenir (au sens étymologique du terme
« aventure » venant du latin « adventurum », « ce qui doit advenir ») ni véritablement
d’intrigue. Il n’y a pas de combinaison d’actions ou de circonstances particulières qui
bouleverseraient le fil conducteur du roman : le schéma de la vie de Raphaël apparaît
simple, continu, marqué par l’inéluctabilité de la ruine, du malheur amoureux, puis de
la mort. « Après tout, vous vouliez mourir ? Hé bien, votre suicide n’est que retardé »,
dit l’antiquaire à Raphaël (p. 69-70).
La fatalité agissant sur Raphaël se répercute ainsi sur l'économie même du roman,
le privant sous un certain angle de toute dynamique de récit.

II) Le roman : lieu de tous les possibles

A) La lutte des énergies


1) D’autres énergies gravitent autour de Raphaël et celles-ci sont au contraire positives
et potentiellement salvatrices. On citera ici les influences de Pauline, Bianchon ou
Jonathas qui apparaissent comme autant de protecteurs du jeune homme. Ces
personnages, fonctionnant souvent en opposition avec un autre (Pauline vs. Fœdora,
Bianchon vs. l’antiquaire), rendent moins évidente la malédiction planant sur Raphaël.
La peau elle-même semble, plus généralement, déjouer la fatalité sociale qui pèse sur
son propriétaire. 2) Ces énergies contrebalancent les premières, voire entrent en
conflit avec elles et, apportant, a contrario, une forme de dynamique au récit, laissent
planer un doute sur le devenir de Raphaël. Ainsi, si Bianchon s’oppose à l’antiquaire,
on peut se demander à juste titre quel personnage parviendra à entraîner le jeune
homme vers la mort ou au contraire le ramener à la vie : l’histoire peut s'interpréter
comme une lutte des influences dont l'objet ultime est Raphaël.
Dans le récit, Raphaël a des soutiens qui le protègent et qui apparaissent comme
autant d'indices que le jeune homme pourrait échapper à sa destinée et modifier
l'intrigue prévisible du roman.

B) Diversité et richesse des péripéties


1) Dès lors, à regarder dans les détails du texte, les péripéties sont plus nombreuses
qu’il n'y paraît, qu’elles soient causées par Raphaël lui-même ou qu’elles proviennent
d’éléments extérieurs, et nourrissent l'espoir d'une amélioration de la situation. Par
exemple, lors du séjour de Raphaël en Auvergne et à son retour à Paris, on peut se
demander si son état de santé s’améliorera et son hôtesse comme Bianchon sont
incapables de le dire : « ça ne va pas mieux, ça ne va pas pis » (p. 335) ; « il peut aller
encore longtemps, ou mourir ce soir. Chez lui, les chances de vie et de mort sont
égales » (p. 342). Plus loin, dans la scène finale du roman, on voit Raphaël retrouver
un regain subit de vie qui peut entretenir le suspense jusqu’à la dernière ligne – on ne
sait s’il survivra ou succombera à son dernier désir pour Pauline. 2) La peau surtout,
objet magique et incontrôlable par excellence, nourrit l’attente : durant la lecture, on
peut légitimement se demander si Raphaël ne va pas user de son pouvoir pour éviter
de mourir. Il serait si simple de demander à la peau de contrecarrer son propre sort en
souhaitant la vie éternelle ou, plus modestement, la santé. 3) Mais les effets de
surprise ne concernent pas que le personnage principal ; Balzac joue aussi avec les
attentes du lecteur à propos d’autres figures de son roman. Ainsi de Pauline qui devient
riche de façon totalement imprévue. Ainsi de l’antiquaire qu’on ne recroise plus de tout
le roman sinon pour le voir céder à une passion ridicule pour une jeune femme et renier
ses propres principes philosophiques : certes, ces retrouvailles répondent à un vœu
de Raphaël, mais celui-ci avait été formulé si tôt dans le texte, si rapidement et de
façon si légère qu’on pouvait l’avoir oublié en cours de lecture.
La Peau de chagrin apparaît ainsi comme un récit riche où l'intrigue n'est pas ruinée
dès le début. Bien au contraire, par certains aspects, l'histoire continue tout au long de
faire naître un intérêt quant à sa suite, ce jusqu'au dénouement.

C) Une fin ouverte


1) Le dénouement lui-même n'apparaît pas comme une réelle clôture mais maintient
un intérêt pour la suite. Le destin de Pauline, notamment, reste ouvert, comme le
souligne l’épilogue en faisant d’elle une figure évanescente dont on ignore le devenir.
Plus généralement, il en va de même des autres personnages, dont Fœdora et
Rastignac. La Peau de chagrin ne fixe pas pour de bon leur destinée. 2) Par ailleurs,
dans la logique balzacienne de La Comédie humaine, la mort de Raphaël ne signifie
pas la fin du personnage, le romancier revenant volontiers dans d’autres œuvres
ultérieures sur le passé de ses personnages : dans le dialogue Les Martyrs ignorés,
publié en 1837, il présente, parmi les clients d'un café en 1827, un Raphaël
ressemblant étrangement à Raphaël de Valentin. Ainsi Raphaël aurait-il pu continuer
d’inspirer Balzac. D’autant que si Raphaël meurt a priori, on ne le voit pas mourir et on
ne sait rien des suites de sa mort : il est simplement qualifié de cadavre (p. 347), mais
le mot a servi plusieurs fois à le désigner de son vivant et ne constitue pas une preuve
irréfutable. 3) Enfin, à comparer avec d’autres œuvres traitant de la même thématique,
on aurait pu s’attendre à une fin très différente : celle de Dorian Gray chez Oscar Wilde
est finalement bien plus sombre et davantage marquée par le fantastique ; celle du
narrateur dans « Le Veston ensorcelé » de Dino Buzzati marque au contraire un retour
à la normalité. La fin de La Peau de chagrin apparaît plus ouverte et sujette à
interprétations.
Le dénouement du roman est donc non seulement moins prévisible qu’il n’y paraît,
mais il offre même plusieurs possibilités d’interprétation.
III) Le roman : support de questionnement philosophique

A) La Peau de chagrin : œuvre romanesque ou philosophique ?


1) Il s’agit donc de dépasser une opposition. Ce dépassement peut s’opérer en
songeant que l’intrigue et le dénouement, même s’ils sont importants, ne constituaient
peut-être pas l’intérêt principal du travail de Balzac à ses yeux. On le sait, le romancier
n’était pas toujours très attentif à la perfection de son travail. Ainsi, si le roman semble
se partager entre une fatalité à l’œuvre et des retournements imprévus, c’est peut-être
que l’essentiel n’est pas dans l’intrigue. Que celle-ci soit ruinée par la fatalité ou qu’elle
demeure au contraire imprévisible par certains aspects, le plus important demeure le
questionnement derrière l’œuvre. Le roman occupe en effet une place charnière dans
le classement de La Comédie humaine, au premier rang des « Études
philosophiques », juste après les « Études de mœurs », indice de l’importance de la
réflexion à laquelle sa lecture doit nous pousser. 2) Le roman se rattachant à la
thématique des vanités, il est inéluctable que Raphaël doive mourir à la fin. L’important
n’est pas là néanmoins : il réside dans l’expression de l’angoisse du temps qui passe
et dans la recherche du sens de la vie. L’enseignement philosophique est plus
important que le dénouement au final.
L’intrigue est peut-être secondaire dans La Peau de chagrin : l’essentiel réside dans
le questionnement philosophique.

B) Questionner l’homme et le sens de la vie


1) Dès la préface du roman, le rôle de romancier observateur est mis en avant. Plus
précisément, c’est l’homme qu’il s’agit de questionner et le sens qu’il doit donner à sa
vie. Le dénouement est celui de toute vie humaine, la mort, car cette mort, telle une
loupe, apporte un effet grossissant sur la destinée humaine : à l’image de Raphaël,
nous sommes tous des morts en sursis, nous le savons mais préférons ne pas y croire.
2) Par ailleurs, le roman multiplie les nuances, les paradoxes et les symboles, signes
de la portée philosophique du texte : la peau, par exemple, est ce qui sauve Raphaël
et lui permet de concrétiser ses rêves comme elle est ce qui le tue progressivement et
le force à renoncer à ce qu’il a de plus cher, Pauline ; la même Pauline est celle qui
donne le plus de bonheur à Raphaël avant de finir par causer sa mort.
La destinée humaine est finalement la seule fatalité indiscutable du roman. Son
expression a pour but le questionnement philosophique auquel nous appelle l’œuvre.

Conclusion
Pour conclure, La Peau de chagrin offre deux types de lecture antithétiques. On peut
d’emblée considérer que le dénouement du livre est prévisible et apprécier l’histoire
de Raphaël comme celle d’un homme qui se débat inutilement contre sa destinée :
cette destinée, en accord avec l’imaginaire romantique, se résume par le malheur et
la désillusion d’un individu dans un monde où il ne trouvera jamais sa place.
Cependant, une telle lecture serait sans doute réductrice et de nombreux exemples
montrent que Balzac a également conçu son roman de façon ouverte et dynamique,
laissant jusqu’au bout planer un doute sur la capacité du personnage principal à
déjouer son sort. En réalité, ces deux lectures se contrebalancent car l’économie du
roman, la progression de son intrigue comme le statut de ses personnages, semblent
devoir le céder à une appréciation plus générale de l'œuvre menant à une réflexion
sur le sens de l’existence [bilan de la réflexion]. La Peau de chagrin rejoint ainsi des
récits atemporels à portée symbolique et philosophique qui, à la manière des mythes
grecs, jouent avec nos attentes pour mieux nous enseigner notre condition de mortel
: pour citer un roman contemporain de Balzac, l’ananké hugolien, gravée dans la pierre
de la cathédrale dans Notre-Dame de Paris, va dans le même sens, éclairant les
personnages sous la lumière du déterminisme, n’interdisant pas les multiples
rebondissements et instruisant sur le drame de l’homme [ouverture].

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