Cours PC
Cours PC
Cours de Mathématiques
PC
– version 1.01 –
2022-2023
J. Gärtner.
Table des matières
1 Espaces vectoriels 1
I Espaces vectoriels . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1
1 Espaces vectoriels et sous-espaces vectoriels . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1
2 Combinaisons linéaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2
3 Bases . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
4 Produit, sommes et sommes directes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
II Applications linéaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
1 Rappels et recollement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
2 Projecteurs et symétries . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
III Espaces vectoriels de dimension finie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
1 Dimension . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
2 Dimension d’un produit, d’une somme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
3 Applications linéaires en dimension finie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
4 Application à connaître : polynômes interpolateurs de Lagrange . . . . . . 23
IV Matrice d’une application linéaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
1 Représentation des vecteurs et des applications linéaires . . . . . . . . . . . 24
2 Produit de deux matrices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25
3 Noyau, image, rang d’une matrice . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
4 Inversibilité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
5 Systèmes linéaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
V Changement de base . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
1 Formules de passage, matrices semblables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
2 Trace d’un endomorphisme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32
VI Déterminant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34
1 Déterminant d’une matrice carrée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34
2 Calcul du déterminant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35
3 Lien avec l’inversibilité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38
4 Déterminant de Vandermonde . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
5 Déterminant d’un endomorphisme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
6 Déterminant d’une famille de vecteurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42
VII Espaces stables, matrices définies par blocs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
1 Sous-espaces stables par un endomorphisme . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
2 Matrices définies par blocs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
3 Déterminants par blocs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47
VIII Polynômes d’endomorphismes et de matrices carrées . . . . . . . . . . . . . . . . . 48
1 L’essentiel à connaître . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 48
2 Applications . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50
iii
5 Rappels de PCSI sur les intégrales de fonctions continues sur un segment . 61
II Intégrales généralisées . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 64
1 Définition et exemples . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 65
2 Propriétés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 71
3 Techniques de calcul . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 74
III Interlude : rappels d’analyse asymptotique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76
1 Relations de comparaison . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76
2 Développements limités . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 78
IV Étude de la convergence d’une intégrale, convergence absolue . . . . . . . . . . . . 80
1 Espace des fonctions intégrables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 80
2 Comparaison de fonctions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 84
V Plus au programme : espaces de fonctions intégrables . . . . . . . . . . . . . . . . . 88
Espaces vectoriels
Objectifs :
• Révision de l’algèbre linéaire de PCSI.
• Somme et produit de plusieurs sous-espaces vectoriels.
• Sous-espaces stables par un endomorphisme.
I Espaces vectoriels
1 Espaces vectoriels et sous-espaces vectoriels
Définition 1
Remarque. On peut remplacer la première condition par « F est non vide » et combiner la
stabilité par somme et par produit par un scalaire en « F est stable par combinaisons linéaires » :
pour tout x, y ∈ F et α, β ∈ K, αx + βy ∈ F .
Méthode 1
Pour montrer qu’un ensemble F est un espace vectoriel, on montre que F est un sous-
espace vectoriel d’un espace vectoriel « connu ».
1
CHAPITRE 1. ESPACES VECTORIELS 2022/2023
Méthode 2
Exercice. L’ensemble des fonctions définies sur R, à valeurs réelles, telles que f (1) = 2 est-il un
sous-espace vectoriel de F(R, R) ?
Exemple 1
Comme l’ensemble des solutions d’une équation linéaire homogène à p inconnues est un
sous-espace de Kp , l’ensemble des solutions d’un système linéaire de n équations à p
inconnues est aussi un sous-espace de Kp . Visuellement, avec p = 3 et n = 2, on regarde
l’intersection de deux plans passant par 0 qui sont des sous-espaces de R3 , et on obtient
soit une droite vectorielle soit un plan, qui sont aussi des sous-espaces de R3 .
2 Combinaisons linéaires
Définition 2
λ1 u1 + · · · + λn un ∈ E
J.Gärtner 2 PC Janson
CHAPITRE 1. ESPACES VECTORIELS 2022/2023
Sur le dessin ci-dessus, on voit une combinaison linéaire nulle sans que tous les coefficients
soient nuls. Attention ! On prendra donc garde à NE PAS identifier les coefficients de deux
combinaisons linéaires égales sans précaution (i.e. parler de famille libre).
x 2y − x + z z
Exercice. Soit (x, y, z) ∈ K3 . La matrice est combinaison linéaire de
3x 0 z−x
Définition 3
Exemple 2
Méthode 3
Pour montrer qu’une partie est un espace-vectoriel, on peut remarquer que c’est l’espace
engendré par une famille finie de vecteurs.
J.Gärtner 3 PC Janson
CHAPITRE 1. ESPACES VECTORIELS 2022/2023
a b
Exercice. L’ensemble F = (a, b, c) ∈ R3 = Sn (R) est un sous-espace vectoriel de
b c
1 0 0 1 0 0
M2 (R) car on reconnaît Vect , , .
0 0 1 0 0 1
Définition 4
Exemple 3
1. Les familles ((1, 1), (1, −1)) et ((1, 1), (1, −1), (0, 3)) sont génératrices de R2 .
2. Kn est engendré par (1, 0, . . . , 0), (0, 1, 0, . . . , 0), . . . , (0, . . . , 0, 1).
3. Kn [X] est engendré par (1, X, . . . , X n ).
Remarque. K[X] n’est pas engendré par un nombre fini de vecteurs : montrons le par l’absurde.
Si K[X] = Vect (P1 , . . . , Pn ), notons m = max(deg(Pi )). Alors Vect (P1 , . . . , Pn ) ⊂ Km [X] et
X m+1 ∈
/ K[X], contradiction !
Méthode 4
J.Gärtner 4 PC Janson
CHAPITRE 1. ESPACES VECTORIELS 2022/2023
Exemple 4
3 Bases
Définition 5
Méthode 5
J.Gärtner 5 PC Janson
CHAPITRE 1. ESPACES VECTORIELS 2022/2023
Exemple 5
f1 : x 7→ 1, f2 : x 7→ cos(x), f3 : x 7→ sin(x)
La famille (f1 , f2 , f3 ) est libre. En effet, soit λ1 , λ2 et λ3 trois réels tels que
λ1 f1 + λ2 f2 + λ3 f3 = 0E
Contre-exemple 6
Proposition 1
Toute famille finie de polynôme non nuls de K[X] de degrés échelonnés est libre.
Définition 6 (Base)
Ainsi (e1 , . . . , ep ) est une base de E si et seulement si tous les vecteurs de E s’écrivent de
manière unique comme combinaison linéaire des vecteurs de la famille :
p
X
∀x ∈ E, ∃!(λ1 , . . . , λp ) ∈ Kp , x = λi ei
i=1
J.Gärtner 6 PC Janson
CHAPITRE 1. ESPACES VECTORIELS 2022/2023
Définition 7 (Coordonnées)
Dans ce cas on dit que (λ1 , . . . , λp ) est le p-uplet des coordonnées de x dans la base
(e1 , . . . , ep ).
Remarque. Attention ! On parle toujours de coordonnées d’une vecteur relativement à une base.
Exercice. Montrer que la famille (u = (0, 1, 1), v = (1, 1, 0), w = (1, 1, 1)) est une base de R3 . Si
x = (a, b, c) ∈ R3 , donnez les coordonnées de x dans la base (u, v, w).
Produit
Définition 8
C’est donc le produit cartésien des ensembles Ei . On le munit d’une addition et d’une multi-
plication par un scalaire en posant, pour λ ∈ K, x = (x1 , . . . , xn ) et y = (y1 , . . . , yn ) appartenant
à E1 × · · · × En , on pose
x + y = (x1 + y1 , . . . , xn + yn ) et λ · x = (λ · x1 , . . . , λ · xn )
Proposition 2
Démonstration. L’opération + définie est associative et commutative car chacune des opérations
+ des espaces Ei l’est déjà. Le n-uplet (0E1 , . . . , 0En ), que l’on note 0E est élément neutre pour
cette addition et x = (x1 , . . . , xn ) ∈ E admet (−x1 , . . . , −xn ) pour opposé. Les propriétés de la
multiplication externe sont aussi toutes vérifiées car elle le sont déjà pour chacun des Ei .
J.Gärtner 7 PC Janson
CHAPITRE 1. ESPACES VECTORIELS 2022/2023
Exemple 7
Soient E1 et E2 deux espaces vectoriels. On suppose que E1 admet (e1 , e2 , e3 ) pour base et
E2 admet (ε1 , ε2 ) pour base. Alors si x = (x1 , x2 ) ∈ E1 ×E2 , il existe λ1 , λ2 , λ3 , µ1 , µ2 ∈ K
tels que :
x1 = λ1 e1 + λ2 e2 + λ3 e3 et x2 = µ1 ε1 + µ2 ε2
Alors on a
λ1 (e1 , 0E2 ) + λ2 (e2 , 0E2 ) + λ3 (e3 , 0E2 ) + µ1 (0E1 , ε1 ) + µ2 (0E1 , ε2 ) = 0E1 ×E2 = (0E1 , 0E2 )
alors
λ1 e1 + λ2 e2 + λ3 e3 = 0E1 et µ1 ε1 + µ2 ε2 = 0E2
et comme (e1 , e2 , e3 ) et (ε1 , ε2 ) sont des familles libres (respectivement de E1 et de E2 )
on a λ1 = λ2 = λ3 = 0 et µ1 = µ2 = 0.
Proposition 3
Somme
Dans le cas où tous les Ei sont sous-espaces d’un même espace, on peut définir la notion de
somme. Pour se rappeler que ce sont des sous-espaces de E, on va les noter Fi .
J.Gärtner 8 PC Janson
CHAPITRE 1. ESPACES VECTORIELS 2022/2023
n
P n
P
λ ∈ K, on écrit x = xi et y = yi avec ∀i ∈ [[ 1 ; n ]] , xi , yi ∈ Fi . Alors
i=1 i=1
Définition 9
Exercice. Soit F et G deux sous-espaces d’un espace vectoriel E. Montrer que F ∪ G est un
sous-espace de E si et seulement si F ⊂ G ou G ⊂ F .
Autrement dit, la réunion de deux plans distincts n’est pas un sous-espace, de même pour la
réunion de deux droites ou la réunion d’une droite et d’un plan qui ne la contient pas.
Exemple 8
J.Gärtner 9 PC Janson
CHAPITRE 1. ESPACES VECTORIELS 2022/2023
F1 × · · · × Fn −→ F1 + · · · + Fn
(x1 , . . . , xn ) 7−→ x1 + · · · + xn
est surjective.
Proposition 5
Somme directe
Nous allons parler à présent de sommes directes de plusieurs sous-espaces. Il faudra prendre
garde au fait que les propriétés vues en PCSI concernant la somme de deux sous-espaces ne se
généraliseront pas si facilement.
x = x1 + · · · + xn avec x1 ∈ F1 , . . . , xn ∈ Fn .
On note alors
n
M
Fi
i=1
n
P
le sous-espace Fi .
i=1
J.Gärtner 10 PC Janson
CHAPITRE 1. ESPACES VECTORIELS 2022/2023
Exemple 9
En effet : si x ∈ Rn , on écrit
et donc
Rn = Vect (e1 ) + · · · + Vect (en )
De plus, si x = u1 + · · · + un est une autre décomposition, alors chaque ui est de la
forme ui = (0, . . . , 0, λi , 0, . . . , 0) avec λi ∈ R et x = (u1 , . . . , un ) = (λ1 , . . . , λn ) donc
nécessairement ∀i ∈ [[ 1 ; n ]] , λi = xi ; ceci montre l’unicité de la décomposition en somme
de vecteurs des Fi , autrement dit que
n
X n
M
Fi = Fi
i=1 i=1
Proposition 6
n
P
La somme Fi est directe si, et seulement si l’application
i=1
F1 × · · · × Fn −→ F1 + · · · + Fn
(x1 , . . . , xn ) 7−→ x1 + · · · + xn
est un isomorphisme.
∀(x1 , . . . , xn ) ∈ F1 × · · · × Fn , x1 + · · · + xn = 0E =⇒ ∀i ∈ [[ 1 ; n ]] , xi = 0E
J.Gärtner 11 PC Janson
CHAPITRE 1. ESPACES VECTORIELS 2022/2023
Méthode 6
Pour montrer qu’une somme de sous-espaces est directe, il suffit de montrer que le vecteur
n
P
nul de Fi s’écrit de manière unique comme somme de vecteurs des Fi . Cela ressemble
i=1
beaucoup au raisonnement qui permet de vérifier qu’une famille est libre.
Exemple 10
Dans R4 , on note
x + y + z + t = 0
F1 = {(x, y, z, t) ∈ R4 | }
y + 2t = 0
F2 = Vect ((1, 0, 0, 0)) et F3 = Vect ((0, 1, 0, 0)). Commençons par remarquer que le
système
x + y + z + t = 0
y + 2t = 0
a pour inconnues principales x et y et peut s’écrire
x + y = −z − t
y = − 2t
et donc que F1 = {(−z + t, −2t, z, t) | z, t ∈ R} = Vect ((−1, 0, 1, 0), (1, −2, 0, 1)). Soit
u ∈ F1 , v ∈ F2 et w ∈ F3 tels que u + v + w = 0R4 . Il existe α, β, γ, δ tels que
donc
−α + β + γ = 0
−2β + δ = 0
u + v + w = (−α + β + γ, −2β + δ, α, β) = 0R4 ⇒
α = 0
β = 0
⇒α=β=γ=δ=0
⇒ u = v = w = 0R4
J.Gärtner 12 PC Janson
CHAPITRE 1. ESPACES VECTORIELS 2022/2023
n
M
Soit F1 , . . . , Fn des sous-espaces vectoriels de E tels que E = Fi . Supposons que pour
i=1
tout i on dispose d’une base Bi = (ei,1 , . . . , ei,di ) de Fi . Alors la famille
di
P
Si on pose pour tout i ∈ [[ 1 ; n ]], xi = λi,j ei,j , on a alors xj ∈ Fj tel que
j=1
x1 + · · · + xn = 0E
n
M
Comme E = Fi , on déduit de la caractérisation vue ci-dessus que ∀i ∈ [[ 1 ; n ]] , xi = 0E . Ainsi
i=1
∀i ∈ [[ 1 ; n ]] , ∀j ∈ [[ 1 ; di ]] , λi,j = 0
di
P
il existe donc αi,1 , . . . , αi,di ∈ K tels que xi = αi,j ei,j . Ainsi
j=1
di
n X
X
x= αi,j ei,j ∈ Vect (e1,1 , . . . , en,dn )
i=1 j=1
J.Gärtner 13 PC Janson
CHAPITRE 1. ESPACES VECTORIELS 2022/2023
Soit E un espace vectoriel admettant une base (e1 , . . . , ed ). Soit n ∈ N∗ et (Ik )k∈[[ 1 ; n ]]
une partition de [[ 1 ; d ]]. Posons, pour tout k ∈ [[ 1 ; n ]], Fk = Vect ((ei )i∈Ik ). Alors
n
M
E= Fk
k=1
Remarque. Attention ! Cette caractérisation ne se généralise pas aux sommes de plus que 2
sous-espaces. On peut avoir F1 ∩ F2 = F1 ∩ F3 = F2 ∩ F3 = {0E } sans que la somme F1 + F2 + F2
soit directe !
Contre-exemple 11
Dans E = R2 , poser F1 = Vect (1, 0), F2 = Vect (0, 1) et F3 = Vect (1, 1). La somme
F1 + F2 + F3 n’est pas directe puisqu’on peut écrire (1, 0) + (0, 1) − (1, 1) = (0, 0),
pourtant on a bien F1 ∩ F2 = F1 ∩ F3 = F2 ∩ F3 = {0E }.
Remarque. En revanche, il est vrai que si les Fi sont en somme directe, alors ils sont deux à deux
d’intersection nulle.
Définition 11
Remarque. Attention !
1. On dit un supplémentaire car il n’y a pas unicité.
2. Il ne faut pas confondre avec complémentaire qui n’est jamais un sous-espace vectoriel (ne
contient pas 0E !)
Exercice. Montrer que dans R3 , les sous-espaces F = {(x, y, z) ∈ R3 | x + y + z = 0} et G =
Vect ((1, 1, 1)) sont supplémentaires.
Exercice. Dans E = K[X], fixons B ∈ E de degré n + 1 et F = BK[X] l’ensemble des multiples
de B. Montrer que K[X] = Kn [X] ⊕ BK[X].
J.Gärtner 14 PC Janson
CHAPITRE 1. ESPACES VECTORIELS 2022/2023
II Applications linéaires
1 Rappels et recollement
Définition 12
Soit E et F deux K-espaces vectoriels. On dit que f : E → F est une application linéaire
lorsque
1. ∀u, v ∈ E, f (u + v) = f (u) + f (v).
2. ∀λ ∈ K, ∀u ∈ E, f (λu) = λf (u).
L’ensemble des applications linéaires de E dans F est noté L(E, F ).
Remarque. En particulier si f est linéaire, on a toujours f (0E ) = 0F . Cela ne fait pas partie de
la définition.
Méthode 7
Pour montrer qu’une application n’est pas linéaire, il suffit de montrer que f (0E ) 6= 0F .
On rappelle qu’une application linéaire f ∈ L(E, F ) bijective est appelée isomorphisme. Dans
ce cas l’application réciproque f −1 est linéaire. Une application linéaire de E dans E est appelé
endomorphisme. On note L(E) l’ensemble des endomorphismes de E. Si un endomorphisme
est bijectif, on dit que c’est un automorphisme. L’ensemble des automorphismes de E s’appelle
le groupe linéaire de E et est noté GL(E). Dans le cas particulier où F = K, on dit d’une
application linéaire E → K que c’est une forme linéaire.
Exemple 12
Z 1
L’application f 7→ f (t)dt définie sur C 0 ([0, 1], C) et à valeurs dans C est une forme
0
linéaire.
Exemple 13
Rappelons que si f ∈ L(E, F ) et g ∈ L(F, G) alors g ◦ f ∈ L(E, G). Dans le cas particulier des
endomorphismes (donc lorsque E = F ) on peut définir les puissances successives d’un endomor-
phisme f ∈ L(E) en posant f 0 = IdE et pour n ∈ N, f n+1 = f n ◦ f . Il arrive alors que l’on omette
le symbole « ◦ » dans les compositions.
J.Gärtner 15 PC Janson
CHAPITRE 1. ESPACES VECTORIELS 2022/2023
Définition 13
Soit f ∈ L(E, F ).
1. L’image de f
Proposition 9
Exercice. Soit u ∈ L(E). Montrer que Ker u = Ker u2 si et seulement si Ker u ∩ Im u = {0}.
J.Gärtner 16 PC Janson
CHAPITRE 1. ESPACES VECTORIELS 2022/2023
2 Projecteurs et symétries
Projecteurs
Définition 14
Proposition 10
J.Gärtner 17 PC Janson
CHAPITRE 1. ESPACES VECTORIELS 2022/2023
Démonstration. L’implication directe a déjà été montrée. Pour la réciproque, soit f ∈ L(E) tel que
f ◦f = f . Il faut trouver deux espaces supplémentaires qui conviennent. Mais d’après la proposition
précédente, on est amené à d’intéresser à F = Ker (f − Id) et G = Ker f . Alors F et G sont des
sous-espaces. On a F ∩ G = {0}. En effet, si u ∈ F ∩ G, alors f (u) = u et f (u) = 0 donc u = 0.
De plus E = F + G. En effet, si u ∈ E, on écrit la décomposition u = f (u) + u − f (u). On a
f (u) ∈ F car f (f (u)) = f (u) et u − f (u) ∈ G car f (u − f (u)) = f (u) − f (f (u)) = f (u) − f (u) = 0.
On a donc F ⊕G = E et f est la projection sur F parallèlement à G car tout u dans E se décompose
en u = f (u) + u − f (u).
Voici un contrexemple montrant qu’il est possible d’avoir Im (f ) ⊕ Ker (f ) = E sans que f soit
un projecteur.
Contre-exemple 14
En général, il est faux de penser que Im (f )⊕Ker (f ) = E. Par exemple f : (x, y) 7→ (0, 2y)
endomorphisme de R2 , on a Im (f ) ⊕ Ker (f ) = E mais f n’est pas un projecteur de E.
Exemple 15
Exercice. Soient E et F deux espaces vectoriels, u ∈ L(E, F ) et v ∈ L(F, E) tels que u ◦ v = IdF .
1. Montrer que Ker u ⊕ Im v = E.
2. Montrer que v ◦ u est la projection sur Im v parallèlement à Ker u.
Exercice. Soit E un K-espace vectoriel. Soit f ∈ L(E). On suppose que Im f est une droite
vectorielle c’est à dire qu’il existe a ∈ E − {0} tel que l’on ait Im f = Vect (a).
1. Montrer qu’il existe ϕ ∈ L(E, K) tel que : ∀x ∈ E, f (x) = ϕ(x)a.
2. Montrer qu’il existe λ ∈ K tel que f 2 = λf .
Symétries
Définition 15
J.Gärtner 18 PC Janson
CHAPITRE 1. ESPACES VECTORIELS 2022/2023
Proposition 11
Démonstration. Seuls les derniers points ne sont pas clairs. Mais si u = v + w, alors f (u) = u ⇔
v − w + v + w ⇔ 2w = 0 ⇔ w = 0.
De même f (u) = −u ⇔ v − w = −v − w ⇔ v = 0.
Soit f ∈ L(E). Alors f est une symétrie si et seulement si f ◦ f = IdE . Dans ce cas, c’est
la symétrie par rapport à Ker (f − IdE ) parallèlement à Ker (f + IdE )
Démonstration. Comme pour les projecteurs, il suffit de montrer la réciproque. Soit f un endo-
morphisme involutif. Posons F = Ker (f − IdE ) et G = Ker (f + IdE ). Ce sont des sous-espaces de
E.
Alors F ∩ G = {0} car si u ∈ F ∩ G on a f (u) = u = −u.
Montrons par analyse et synthèse que E = F + G. Soit u ∈ E Si u = v + w avec v ∈ F et
1
w ∈ G, alors f (u) = f (v) + f (w) = v − w par définition de F et G donc v = (u + f (u) et
2
1 1 1
w = (u − f (u)). Soit u ∈ E. Posons v = (u + f (u)) et w = (u − f (u)). Alors v + w = u et
2 2 2
f (v) = v et f (w) = −w. Donc E = F + G.
Enfin, f est bien la symétrie par rapport à F selon G car si u = v + w on a f (u) = v − w.
J.Gärtner 19 PC Janson
CHAPITRE 1. ESPACES VECTORIELS 2022/2023
Exemple 16
L’application A 7→ A> est une symétrie de Mn (K). C’est même la symétrie par rapport
à Sn (K) parallèlement à An (K).
Un espace vectoriel E est dit de dimension finie si il possède une famille génératrice
finie. Dans le cas contraire on dit que E est de dimension infinie.
Rappelons que dans un espace de dimension finie, il existe toujours une base, que toutes les bases
d’un espace de dimension finie ont même nombre de vecteur. Ce nombre est appelé dimension de
E. On note dim E.
Convention : lorsque E = {0E } on a dim E = 0 et c’est le seul cas où dim E = 0.
Exemple 17
dim Kn [X] =
Définition 17 (Hyperplan)
Soit n > 1. Un hyperplan d’un espace E de dimension finie est un sous-espace vectoriel
de E de dimension n − 1.
Rappel :
• si F et G deux sous-espaces de E de dimension finie. Alors
F = G ⇐⇒ (F ⊂ G et dim F = dim G)
• (Extraction de Base)Si E est de dimension finie, alors de toute famille génératrice de E on peut
extraire une base.
• (Base incomplète) Si E est de dimension finie n. Soit (e1 , . . . , ek ) une famille libre de E. Alors il
existe des vecteurs ek+1 , . . . , en tels que (e1 , . . . , en ) soit une base de E.
Proposition 12
J.Gärtner 20 PC Janson
CHAPITRE 1. ESPACES VECTORIELS 2022/2023
Exemple 18
Exercice. Soit (n, α) ∈ N × K. Montrer que {P ∈ Kn [X]/P (α) = 0} est un sous-espace vectoriel
Kn [X] de dimension n et en déterminer une base.
Soit E1 , . . . , En des espaces vectoriels de dimension finie, alors leur produit est de dimen-
sion finie et
dim(E1 × · · · × En ) = dim(E1 ) + · · · + dim(En )
Proposition (?) 14
On se rappelle que dans le cas particulier de deux sous-espaces, le fait qu’une somme soit
directe se caractérise par F1 ∩ F2 = {0}. On en déduit le
Proposition 15
J.Gärtner 21 PC Janson
CHAPITRE 1. ESPACES VECTORIELS 2022/2023
Démonstration. Si la somme des Fi est directe, F = F1 ⊕· · ·⊕Fn , on choisit une base (ei,1 , . . . , ei,di )
de Fi . Alors par concaténation de bases, (e1,1 , . . . , en,dn ) est une base de F , qui est donc de
Pn Pn
dimension di = dim Fi .
i=1 i=1
n
P
Réciproquement, supposons que dim F = dim Fi . On choisit encore pour tout i une base
i=1
(ei,1 , . . . , ei,di ) de Fi . Alors la famille B concaténée des Bi est génératrice de F . Par hypothèse,
B possède dim F éléments, donc B est une base de F . D’après le théorème de fractionnement de
bases, la somme F1 + · · · + Fn est directe.
Corollaire 17
J.Gärtner 22 PC Janson
CHAPITRE 1. ESPACES VECTORIELS 2022/2023
Kn+1
Kn [X] −→
f:
P 7−→ (P (a1 ), . . . , P (an+1 ))
est injective car si P ∈ Ker f , alors P admet pour racines les ak . On a donc n + 1 racines distinctes
pour un polynôme de degré au plus n : ce polynôme est nul. Comme dim Kn [X] = dim Kn+1 , on
en déduit que f est un isomorphisme. Ainsi
Ce polynôme s’appelle polynôme interpolateur de Lagrange. Lorsqu’on choisit pour les bk les vec-
teurs de la base canonique de Kn+1 , on obtient :
Théorème 7
Cette famille est une base de Kn [X] appelée base des polynômes interpolateurs de La-
grange associés à (ak )k∈[[ 1 ; n+1 ]] .
Démonstration. C’est bien une base car l’image d’une base par un isomorphisme.
Proposition 18
Soit n ∈ N et (a1 , . . . , an+1 ) ∈ Kn+1 deux à deux distincts et (L1 , . . . , Ln+1 ) la base des
polynômes interpolateurs de Lagrange associée. Alors les coordonnées d’un polynôme de
degré au plus n dans cette base sont (P (a1 ), . . . , P (an+1 )) autrement dit :
n+1
X
∀P ∈ Kn [X], P = P (ak )Lk
k=1
n+1
P
En particulier Lk = 1.
k=1
Démonstration. On sait que (L1 , . . . , Ln+1 ) est une base de Kn [X]. Soit P ∈ Kn [X] et b1 , . . . , bn+1 ∈
n+1 n+1
Kn+1 tels que P =
P P
bk Lk . Alors pour j ∈ [[ 1 ; n + 1 ]] on a P (aj ) = bk Lk (aj ) = bj × 1 = bj .
k=1 k=1
Pour le cas particulier, si P (ak ) = 1 pour tout k, alors le polynôme P − 1 admet pour racines
les n + 1 scalaires ak , mais P − 1 est de degré au plus n, donc est nul et P = 1.
Exercice. Soit (a1 , . . . , an+1 ) ∈ Kn+1 deux à deux distincts et (L1 , . . . , Ln+1 ) la base des po-
lynômes interpolateurs de Lagrange associée. Expliciter les Lk sous forme factorisée. Quel est le
degré de Lk ? Son coefficient dominant ?
J.Gärtner 23 PC Janson
CHAPITRE 1. ESPACES VECTORIELS 2022/2023
Attention ! Pour une application linéaire donnée, la matrice dépend des bases choisies pour l’es-
pace de départ et d’arrivée ; et une fois choisies les bases BE et BF , l’application f 7→ MatBE ,BF (f )
est un isomorphisme entre L(E, F ) et Mn,p (K) : on en déduit que
Remarque. Le nombre de colonnes est donné par la dimension de l’espace de départ, et le nombre
de lignes par celle de l’espace d’arrivée. En particulier, la matrice d’un endomorphisme est carrée ;
dans ce cas on choisit en général de prendre BE = BF . On note alors MatBE (f ) plutôt que
MatBE ,BE (f ) sa matrice dans la base BE .
Exemple 19
Exemple 20
L’application linéaire canoniquement associée à A = 1 −3 0 est f : (x1 , y1 , z1 ) 7→
x1 − 3x2 .
J.Gärtner 24 PC Janson
CHAPITRE 1. ESPACES VECTORIELS 2022/2023
Théorème 8
Autrement dit Y est la combinaison linéaire des colonnes de A affectées des coefficients de Y .
Exercice. Si E = Kn [X] et f : P 7→ (X − 1)P 0 + P . Montrer que f est un endomorphisme de
Kn [X] et que sa matrice dans la base canonique est triangulaire supérieure.
Exercice. Soit E un espace de dimension n, B = (e1 , . . . , en ) une base de E et f ∈ L(E). On note
pour tout k ∈ [[ 1 ; n ]], Ek = Vect (e1 , . . . , ek ). La matrice A = Mat B (f ) est triangulaire supérieure
si et seulement si tous les Ek sont stables par f . Autrement dit
A ∈ Tn+ (K) ⇔ ∀k ∈ [[ 1 ; n ]] , f (Ek ) ⊂ Ek
Soit A = (ai,j ) ∈ Mn,p (K), B = (bi,j ) ∈ Mp,q (K). Le produit de A par B est la matrice
C = (ci,j ) ∈ Mn,q (K), notée C = AB, définie par
p
X
∀(i, j) ∈ [[ 1 ; n ]] × [[ 1 ; q ]] , ci,j = ai,k bk,j .
k=1
Remarque.• La produit AB n’est défini que si A a autant de colonnes que B de lignes. En général,
si AB existe, BA n’existe pas.
• Même dans le cas où AB et BA existent, on n’a pas toujours AB = BA.
• Si AB = 0, on ne peut pas affirmer que A = 0 ou que B = 0.
• On a en revanche l’égalité suivante : AB > = B > A> .
• Si B1 , . . . , Bq sont les colonnes de B, alors les colonnes de AB sont AB1 , . . . , ABq .
Théorème 9
1 1
0
Exercice. Soit A = 0 1
1. Calculer ses puissances successives.
0 0
1
1 2 −1
Exercice. Calculer les puissances de A = 0 1 3 .
0 0 1
J.Gärtner 25 PC Janson
CHAPITRE 1. ESPACES VECTORIELS 2022/2023
Les vecteurs du noyau donnent donc des relation de combinaison linéaire entre les colonnes de
la matrices et le rang de A est la dimension du sous-espace vectoriel engendré par ses colonnes.
Exemple 21
1 2 1
La matrice est de rang 2 car l’espace engendré par les colonnes est un sous-
2 1 3
espace de M2,1 (K) qui est de dimension 2, et que les deux premières colonnes de A sont
linéairement indépendantes.
On rappelle que si A ∈ Mn,p (K). rg (A> ) = rg (A). Par ailleurs, le rang d’une application
linéaire est le même que le rang de n’importe laquelle de ses matrices.
Méthode 8
Le rang d’une matrice ne change pas lorsqu’on effectue des opérations élémentaires sur
les lignes ou les colonnes de cette matrice. Pour calculer le rang d’une matrice (et donc
d’une application linéaire), il suffit d’appliquer la méthode du pivot de Gauss.
Exercice. Sans utiliser l’algorithme du pivot de Gauss, déterminer le rang des matrices suivantes :
0 1 1
1 0 1
1. A =
1 1 0 ;
1 1 1
1 1 1 1
2. B = 1 1 1 0 ;
1 1 0 0
Exercice. Soit f : R3 [X] → R2 [X] définie par f (P ) = 2P 0 − P 00 . Déterminer la matrice de f dans
les bases canoniques de R3 [X] et R2 [X], puis donner le rang de f .
Exercice. Soit f : M2 (K) → M2 (K) définie par M 7→ M + M > .
1. Donner la matrice de f dans la base canonique de M2 (K).
1 0 1 0 0 1 0 1
2. Déterminer la matrice de f dans la base , , , .
0 1 0 −1 1 0 −1 0
3. Quel est le rang de f ?
J.Gärtner 26 PC Janson
CHAPITRE 1. ESPACES VECTORIELS 2022/2023
4 Inversibilité
Théorème 11
Soit A ∈ Mn (K). Rappelons que l’on dit que A est inversible, lorsqu’il existe B ∈ Mn (K)
telle que AB = BA = In . Dans ce cas on dit que B est l’inverse de A et on note B = A−1 .
Les conditions suivantes sont équivalentes :
1. la matrice A est inversible,
2. Ker A = {X ∈ Mn,1 (K) | AX = 0} = {0},
3. rg A = n,
4. il existe B ∈ Mn (K) telle que AB = In ,
5. il existe B ∈ Mn (K) telle que BA = In .
Dans les cas 4) et 5), on a alors B = A−1 .
Rappelons que l’on note GLn (K) l’ensemble des matrices carrées de taille n qui sont inversibles.
−1 −2
1 0 2
Exercice. Soit A = et B = −1 0 . Calculer AB et BA.
0 1 1
1 1
Proposition 19
Soient A, B ∈ Mn (K).
>
• A> est inversible si et seulement si A est inversible ; on a alors (A> )−1 = (A−1 ) .
• AB est inversible si et seulement si A et B le sont ; on a alors (AB)−1 = B −1 A−1 .
Méthode 9
Remarque. D’où la notation GLn (K) en lien avec le groupe linéaire GL(E) de E qui est l’ensemble
des automorphismes de E.
−1
1 1 1 1 1
0 1 2 3 4
0
Exercice. Calculer 0 1 3 6 .
0 0 0 1 4
0 0 0 0 1
J.Gärtner 27 PC Janson
CHAPITRE 1. ESPACES VECTORIELS 2022/2023
a21 an1
1 a1 ...
1 a2 a22 ... an2
A = .
.. .. ..
.. . . .
2 n
1 an+1 an+1 . . . an+1
On constate que si deux des ai au moins sont égaux, alors la matrice A n’est pas inversible
puisqu’elle a deux lignes égales.
Réciproquement, si les ai sont deux à deux distincts, cette matrice est inversible. Une
manière de la voir est de remarquer que A est la matrice dans les bases canoniques de
l’application f ∈ L(Kn [X], Kn+1 ) définie par
P 7→ (P (a1 ), . . . , P (an+1 ))
Si les ai sont deux à deux distincts, cette application est injective, comme on l’a vu
ci-dessus à propos des polynômes interpolateurs de Lagrange.
Calcul de l’inverse
Remarque. Cette formule ne se généralise pas facilement aux matrices plus grandes.
Dans le cas général, on résout un système linéaire à l’aide de la méthode du pivot de Gauss. On
utilise le fait que A est inversible ssi le système AX = B admet
une unique solution, et la solution
1 2 −1
est X = A−1 B. Voici comment faire avec par exemple A = 2 4 −1.
−2 −5 3
On part donc d’un système de matrice A :
x + 2y − z = a
2x + 4y − z = b
−2x − 5y + 3z = c
On applique les mêmes opérations élémentaires que ci-dessus (L2 ← L2 − 2L1 et L3 ← L3 + 2L1
On échange L2 ↔ L3 puis L1 ← L1 + L3 et L2 ← L2 − L3 et enfin L1 ↔ L1 + 2L2 ) bref on obtient
le système
x = 7a − b + 2c
y = −4a + b − c
z = −2a + b
7 −1 2
qui s’écrit X = M B avec M = −4 1 −1 qui est nécessairement A−1 .
−2 1 0
J.Gärtner 28 PC Janson
CHAPITRE 1. ESPACES VECTORIELS 2022/2023
5 Systèmes linéaires
En notant A1 , . . . , Ap les colonnes de A, résoudre le système AX = B revient à trouver des
scalaires x1 , . . . , xp tels que x1 A1 + · · · + xp Ap = B, autrement dit on cherche à exprimer B comme
élément de Vect (A1 , . . . , Ap ). Ce type d’opération sur les colonnes permet parfois de trouver ra-
pidement des solutions (rappelons que trouver toutes les solutions reviendrait à déterminer une
solution particulière et le noyau de A. En notant f ∈ L(Kp , Kn ) l’application linéaire canonique-
ment associée à A, résoudre AX = B revient à résoudre f (x) = b ; c.f. théorème ?? du chapitre
1.
Exemple 23
Le système
1 −1 −1 2
−1 1 −1 X = −2
−1 −1 1 0
1
admet pour solution X = −1 car on voit que A1 − A2 = B.
0
Rappelons que dans un système échelonné, les inconnues correspondant à un pivot s’ap-
pellent inconnues principales et les autres des inconnues secondaires. Lorsqu’un système
échelonné a des inconnues secondaires et qu’il est compatible, on peut donner une repré-
sentation paramétrique de l’ensemble des solutions :
• En prenant les inconnues secondaires comme paramètres prenant des valeurs quelconques
dans R
• et en exprimant les inconnues principales en fonction de ces paramètres.
Pour cela on place les paramètres dans le second membre et on résout le système (trian-
gulaire) ainsi obtenu.
Exemple 24
Le système
x − y + z = 2
2y − z = 1
2z = 3
0 = 1
est incompatible.
Exemple 25
Le système
x − 2y + z = −2
y + 2z = 4
a une infinité de solutions. On peut choisir z arbitrairement. Dans ce cas y = 4 − 2z et
x = −2 + 2y − z = 6 − 5z. L’ensemble des solutions est {(6 − 5z, 4 − 2z, z), z ∈ R}.
J.Gärtner 29 PC Janson
CHAPITRE 1. ESPACES VECTORIELS 2022/2023
Exemple 26
Le système
x + y + z = 1
z = 1
est échelonné par lignes. Les inconnues x et z sont principales, mais y est un paramètre.
Pour résoudre ce système, on met y dans le second membre :
x + z = −y + 1
z = 1
S = {(−y, y, 1)|y ∈ R}
Le triplet (0, 32 , − 32 ) est solution de ce nouveau système, mais n’est pas solution du système initial.
En opérant comme on l’a fait, on ne peut pas conclure que les deux systèmes obtenus sont
équivalents – autrement dit qu’ils ont même ensemble de solution. On peut affirmer que toute
solution de (S) est solution de (S 0 ) mais on vient de montrer que la réciproque est fausse.
Donnons encore un exemple explicite de la méthode du Pivot de Gauss, en résolvant le système
(où k ∈ C)
x − 2y + z − t = 1
2x − 4y − z − 3t = 3
x − 2y + 4z = 0
5x − 10y − z − 7t = k
J.Gärtner 30 PC Janson
CHAPITRE 1. ESPACES VECTORIELS 2022/2023
V Changement de base
1 Formules de passage, matrices semblables
Soit E un K-espace vectoriel de dimension finie, B = (e1 , . . . , en ) et B 0 = (e01 , . . . , e0n ) deux
bases de E. Pour i ∈ [[ 1 ; n ]], on note Vi = MatB (e0i ) la matrice colonne dans la base B du ième
vecteur de la base B 0 .
Définition 19 (Matrice de passage)
La matrice de passage de B à B 0 , que l’on note PB,B0 est la matrice dont les colonnes sont
les Vi . Autrement dit
On rappelle que la matrice de passage de la base B à la base B 0 est inversible ; son inverse est
−1
PB,B 0= PB0 ,B .
X = PB,B0 X 0
0
Soit E un K-espace vectoriel muni de deux bases BE et BE , et F un K-espace vectoriel muni
0 0
de deux bases BF et BF . Soit P la matrice de passage de BE à BE et Q la matrice de passage de
0
BF à BF .
A0 = Q−1 AP
J.Gärtner 31 PC Janson
CHAPITRE 1. ESPACES VECTORIELS 2022/2023
On utilise surtout le cas particulier suivant, puisque dans le cas d’endomorphismes on choisit
en général la même base pour E vu comme espace de départ et E vu comme espace d’arrivée :
A0 = P −1 AP
Soit A, B ∈ Mn (K). On dit que A et B sont semblables lorsqu’il existe une matrice
P ∈ GLn (K) telle que B = P −1 AP .
On dit que la relation « être semblable à » est une relation d’équivalence entre les matrices.
Cette relation s’appelle similitude.
Deux matrices A et B ∈ Mn (K) sont semblables si et seulement si il existe un endomorphisme
f d’un K-espace vectoriel E de dimension n et deux bases B et B 0 de E telles que
A = MatB (f ) et B = MatB0 (f ).
Remarque. Deux matrices semblables ont même rang. En particulier, l’une est inversible si et
seulement si l’autre l’est aussi.
Attention ! La réciproque est fausse : on peut avoir A et B de même rang sans que A et B
soient semblables.
Contre-exemple 27
1 0 1 1
A= et B = . Ces deux matrices sont de même rang 2, mais ne sont pas
0 1 0 1
semblables. Toute matrice semblable à A sera égale à A : si P est inversible, P −1 AP =
P −1 P = I2 = A. Or A 6= B donc A n’est pas semblable à B.
Proposition 21
J.Gärtner 32 PC Janson
CHAPITRE 1. ESPACES VECTORIELS 2022/2023
Ainsi
n
X X n
n X X n
n X n
X
Tr (AB) = ci,i = ai,k bk,i = bk,i ai,k = dk,k = Tr (BA)
i=1 i=1 k=1 k=1 i=1 k=1
Remarque. Attention ! Lors de cette preuve, on ne manipule à chaque fois que le produit de deux
matrices. Il ne faut pas imaginer qu’on puisse permuter P −1 , A et P dans un ordre quelconque.
La propriété d’invariance par similitude permet de définir la notion de trace d’un endomor-
phisme. Soit E un K-espace vectoriel de dimension finie et f un endomorphisme de E. Toutes les
matrices représentant f dans une base sont semblables, et ont donc même trace.
J.Gärtner 33 PC Janson
CHAPITRE 1. ESPACES VECTORIELS 2022/2023
Exemple 28
Exemple 29
2 3
Soit f : (x, y) 7→ (2x + 3y, x − y). La matrice de f dans la base canonique est
1 −1
donc Tr (f ) = 1.
Exercice. Soit p un projecteur d’un espace vectoriel de dimension finie E. En choisissant une base
judicieuse, montrer que Tr (p) = rg (p). Autrement dit que la trace d’un projecteur est la dimension
de son image.
VI Déterminant
1 Déterminant d’une matrice carrée
Soit n ∈ N∗ .
Théorème (?) 16
Soit n > 2.
Il existe une unique application f : Mn (K) → K vérifiant :
1. f est linéaire par rapport à chacune des colonnes (ou multilinéaire par rapport à chacune
des colonnes).
2. f est alternéepar rapport aux colonnes,
3. f (In ) = 1.
Définition 23
L’unique
application duthéorème 16 est appelé déterminant et il est noté det.
a11 ... a1n a11 ... a1n
.. .
. . .. .
Si A = . . , on note aussi det(A) = ..
.
an1 ... ann an1 ... ann
Exemple 30
a b
= ad − bc
c d
Mais attention cette formule ne se généralise pas simplement !
J.Gärtner 34 PC Janson
CHAPITRE 1. ESPACES VECTORIELS 2022/2023
Remarque.1. Attention ! le déterminant est une application multilinéaire par rapport aux co-
lonnes de la matrice considérée, mais n’a rien d’une application linéaire il n’y a pas de
relation « simple » pour det(A + B).
2. Il y a une très mauvaise règle en dimension 3, appelée règle de Sarrus. Elle ne se généralise pas.
3. Il existe une formule explicite « théorique » du déterminant, qui n’est pas au programme, mais
qui montre que le déterminant d’une matrice est une fonction polynomiale (donc continue...) en
ses coefficients.
Mn (C) → C
Exercice. Soit f : . Montrer que f = det et :
M 7→ det(M )
∀A ∈ Mn (C), det(A) = det(A).
2 Calcul du déterminant
Proposition 23 (Déterminant d’une matrice triangulaire)
Méthode 11
Exemple 31
1 1 1 1 0 0 1 0 0
1 2 4 = 1 1 3 = 1 1 0 =1
C2 ←C2 −C1 C3 ←C3 −3C2
1 3 8 C3 ←C3 −C1 1 2 7 1 2 1
1 2 3
Exercice. Calculer 4 0 4
3 2 1
Remarque. ATTENTION aux dilatations et aux permutations. Si on effectue l’opération C1 ←
2 1 1 2 1 1 1 1 1
1
2 C1 sur le déterminant 2 2 4 on change sa valeur ! On a 2 2 4 = 2 1 2 4
2 3 8 2 3 8 1 3 8
De même échanger deux colonnes change le signe du déterminant. Si on effectue l’opération
2 1 1 2 1 1 1 2 1
C1 ↔ C2 sur le déterminant 2 2 4 on obtient 2 2 4 = − 2 2 4
2 3 8 2 3 8 3 2 8
J.Gärtner 35 PC Janson
CHAPITRE 1. ESPACES VECTORIELS 2022/2023
a 1 ... 1 1
1 a ... 1 1
Exercice. Calculons en fonction de a ∈ C, ∆ = ... ..
.
..
.
..
.
... a 1
1 1
... 1 a
1 1
Pn
On pourra commencer par effectuer l’opération C1 ← Ci .
i=1
Exercice. Calculer
1 −1 0 0 −1 2 7 1
0 1 −1 0 0 4 14 8
et
0 0 1 0 2 0 98 6
2 0 0 1 1 1 21 5
Proposition 24
Soit A ∈ Mn (K). On a :
det(A> ) = det(A)
Il en résulte que le déterminant est une application multilinéaire alternée par rapport aux lignes :
pour effectuer les calculs de déterminants, on peut effectuer (en prenant garde aux permutations
et aux dilatations) des opérations sur les lignes.
1 2 3
Exercice. Calculer 3 2 1.
1 0 1
On peut aussi effectuer des opérations sur les lignes ET sur les colonnes !
J.Gärtner 36 PC Janson
CHAPITRE 1. ESPACES VECTORIELS 2022/2023
Théorème 17
Remarque.• Attention ! C’est FAUX pour l’addition : det(A + B) 6= det(A) + det(B) en général.
• Attention ! Même si det(AB) = det(A) det(B) = det(BA), en général, AB 6= BA !
Théorème 18 (Développement selon une ligne ou une colonne)
Remarque. Le déterminant ∆i,j du théorème s’appelle le mineur d’indice i, j et µi,j = (−1)i+j ∆i,j
le cofacteur d’indice i, j.
Exemple 32
1 2 3
4 5 1 2 1 2
4 5 6 =3 −6 +9
7 8 7 8 4 5
7 8 9
1 2 3
2 3 1 3 1 2
4 5 6 = −4 +5 −6
8 9 7 9 7 8
7 8 9
Remarque. Cette méthode sert à calculer des petits déterminants (4 × 4 par exemple) ou des
déterminants avec beaucoup de zéros.
Méthode 12
Pour calculer un déterminant, on peut commencer par faire apparaître des coefficients
nuls à l’aide d’opérations sur les lignes ou sur les colonnes, puis développer par rapport
à une ligne ou une colonne simple.
J.Gärtner 37 PC Janson
CHAPITRE 1. ESPACES VECTORIELS 2022/2023
0 1 0 2
3 4 5 6
Exercice. Calculer det(A), avec A =
2
.
8 1 3
0 4 0 4
0 0 ... 0 −c0
1 0
... 0 −c1
0 1
... 0 −c2
.. .. .. .. ..
. . . . .
0 0 ... 1 −cn−1
Méthode 13
Le développement par rapport à une ligne ou une colonne s’utilise souvent pour obtenir
des relations de récurrence entre des déterminants de tailles différentes.
a+b ab (0)
.. ..
1 . .
Exercice. Calculer , a, b ∈ C∗ et a 6= b
.. ..
. . ab
(0) 1 a+b
Théorème 19
1 1 1
Exercice. Montrer que la matrice 1 2 4 est inversible.
1 3 8
J.Gärtner 38 PC Janson
CHAPITRE 1. ESPACES VECTORIELS 2022/2023
Exemple 33
a 1 ... 1 1
1 a ... 1 1
On a vu en exercice ci-dessus que ... ..
.
..
.
.. = (a + n − 1)(a − 1)n−1 ainsi
.
1 1 ... a 1
1 1 ... 1 a
a 1 ... 1 1
1 a . . . 1 1
.. .. .. .. est inversible si et seulement si son déterminant est non nul autre-
. . . .
1 1 . . . a 1
1 1 ... 1 a
ment dit si et seulement si a 6= 1 et a 6= 1 − n.
4 Déterminant de Vandermonde
Le déterminant de Vandermonde est particulièrement important et doit être connu.
Soit a1 , . . . , an ∈ K. On a
1 a1 a21 . . . an−1
1
1 a2 a22 . . . an−1
2
.. .. .. .. = Π (aj − ai )
. . . . 16i<j6n
Démonstration. Notons Vn (a1 , . . . , an ) ce déterminant. On effectue dans cet ordre les opérations
suivantes :
On obtient alors
1 0 0 ... 0
1 a2 − a1 a2 (a2 − a1 ) ... an−2
2 (a 2 − a1 )
Vn (a1 , . . . , an ) = . .. .. ..
.. . . .
1 an − a1 an (an − a1 ) ... an−2
n (an − a1 )
On développe alors par rapport à la première ligne, et on utilise la linéarité du déterminant par
rapport aux lignes pour factoriser la première ligne par a2 − a1 , la deuxième par a3 − a1 etc...
J.Gärtner 39 PC Janson
CHAPITRE 1. ESPACES VECTORIELS 2022/2023
= (an − a1 ) . . . (a2 − a1 ) Π
26i<j6n
(aj − ai ) = Π
16i<j6n
(aj − ai )
Exemple 34
Exemple 35
• det(IdE ) = 1
• det(λIdE ) = λn
J.Gärtner 40 PC Janson
CHAPITRE 1. ESPACES VECTORIELS 2022/2023
Proposition 27
Soit f, g ∈ L(E).
• Si λ ∈ K, alors det(λf ) = λn det(f ).
• det(f ◦ g) = det(f ) × det(g).
• f ∈ GL(E) ⇔ det(f ) 6= 0 et dans ce cas det(f −1 ) = 1
det(f ) .
Remarque. Si K = R, le nombre réel det(f ) représente le coefficient par lequel f multiplie les
volumes (en dimension 3) ou les aires (en dimension 2).
Vérifions le par exemple dans le cas suivant : Soit f ∈ L(R2 ) défini pour tout (x, y) ∈ R2 par
f (x, y) = (−2x−2y, 2x+3y). Son déterminant est (en calculant sa matrice dans la base canonique)
−2 −2
= −2. L’application f change l’orientation (autrement dit transforme une aire positive
2 3
en une aire négative) et multiplie cette aire par 2.
J.Gärtner 41 PC Janson
CHAPITRE 1. ESPACES VECTORIELS 2022/2023
Remarque. On ne peut définir le déterminant que d’une famille de vecteurs ayant autant de
vecteurs que la dimension de l’espace...
Théorème 20
On a l’équivalence
Démonstration. En effet cette famille est une base si et seulement si sa matrice dans la base B est
inversible, autrement dit si et seulement si son déterminant est non nul.
Remarque. On en déduit que le déterminant d’une famille de vecteur est nul ssi cette famille est
liée.
Exercice. Montrer que ((1, 2, 3), (2, 3, 1), (3, 2, 1)) est une base de R3 .
Exemple 36
n
P
L’ensemble {A = (ai,j ) ∈ Mn (K) | ai,i = 0} des matrices dites de trace nulle est un
i=1
hyperplan de Mn (K), c’est donc un sous-espace de dimension n2 − 1.
J.Gärtner 42 PC Janson
CHAPITRE 1. ESPACES VECTORIELS 2022/2023
∀x ∈ F, f (x) ∈ F
F −→ F
fF : .
x 7−→ f (x)
Exemple 37
Soit f : (x, y) 7→ (2x, 2x). Le sous-espace F = Vect ((1, 1)) est stable par f car si u ∈ F ,
u s’écrit (α, α) et f (u) = αf (1, 1) = (2α, 2α) = 2u ∈ F . L’endomorphisme induit par f
sur F est 2IdF .
En revanche, G = Vect ((1, 0)) n’est pas stable par f car f (1, 0) = (2, 2) ∈
/ G.
Proposition 28
Démonstration. Soit x ∈ Ker u. Montrons que v(x) ∈ Ker u. On a u(v(x)) = v(u(x)) car u◦v = v◦u
et v(u(x)) = v(0) = 0 car x ∈ Ker u et v est linéaire. Donc v(x) ∈ Ker u.
Soit y ∈ Im u et x ∈ E tel que y = u(x). Montrons que v(y) ∈ Im u. On a v(y) = v(u(x)) =
u(v(x)) = u(z) ∈ Im u, en posant z = v(x), car u ◦ v = v ◦ u.
J.Gärtner 43 PC Janson
CHAPITRE 1. ESPACES VECTORIELS 2022/2023
fait apparaître les blocs (les blocs diagonaux sont carrés) suivants :
3 3 4 4 4
1 1 2 2 2
A1,1 = , A1,2 = , A2,1 = 3 3 , A2,2 = 4 4 4
1 1 2 2 2
3 3 4 4 4
• Produit : Soit A et B deux matrices écrites par blocs Attention ! le nombre de blocs doit
être compatible
A1,1 . . . A1,p B1,1 . . . B1,q
A = ... .. et B = .. ..
. . .
An,1 . . . An,p Bp,1 . . . Bp,q
et si les tailles des blocs sont compatibles, autrment dit pour tout i, j et k, le nombre de
colonnes de Ai,k est égal au nombre de lignes de Bk,j , alors on peut effectuer le produit par blocs :
C1,1 ... C1,q
.. ..
C = AB = . .
Cn,1 ... Cn,q
avec
p
X
∀(i, j) ∈ [[ 1 ; n ]] × [[ 1 ; q ]] , Ci,j = Ai,k Bk,j
k=1
• Transposition : La transposition ne se fait pas terme à terme, il ne faut pas oublier d’échanger
les blocs extra diagonaux. Ainsi
>
A> A>
A1,1 A1,2 1,1 2,1
=
A2,1 A2,2 A>
1,2 A>
2,2
J.Gärtner 44 PC Janson
CHAPITRE 1. ESPACES VECTORIELS 2022/2023
et plus généralement
> >
A>
A1,1 ... A1,p A1,1 ... p,1
.. .. = .. ..
. . . .
An,1 ... An,p A>
1,n ... A>
p,n
1 1 0 0
0 2 0 0
Exercice. Calculer les puissances successives de la matrice A = .
0 0 1 −1
0 0 0 1
Proposition 29
où A1,1 ∈ Md (K). La matrice A1,1 est alors la matrice de l’endomorphisme induit par f
sur F .
Soit A ∈ Mn (K). On dit que A est diagonale par blocs lorsqu’il existe des entiers
n1 , . . . , np et des matrices A1 ∈ Mn1 (K), . . . , Ap ∈ Mnp (K) tels que
A1
A2
n = n1 + · · · + np et A =
..
.
An p
J.Gärtner 45 PC Janson
CHAPITRE 1. ESPACES VECTORIELS 2022/2023
Exemple 38
1 −4 0 0 0
1 2 0 0 0
La matrice A =
0 0 2 3 1 est diagonale par blocs, les blocs étant
0 0 1 −1 1
0 0 3 −2 0
2 3 1
1 −4
A1 = et A2 = 1 −1 1
1 2
3 −2 0
Théorème (?) 21
On remarquera que le bloc diagonal Ai , est la matrice de l’endomorphisme fi induit par f sur
Fi dans la base Bi .
Démonstration. On va noter di = dim Fi et (ei,1 , . . . , ei,di ) la base Bi .
Supposons que tous les sous-espaces Fi sont stables par f . Soit i ∈ [[ 1 ; p ]] et j ∈ [[ 1 ; di ]]. Alors
le vecteur f ( ei,j ) est un élément de Fi donc est combinaison linéaire des vecteurs de Bi . Ainsi
|{z}
∈Fi
pour k ∈ [[ 1 ; di ]], dans les colonnes d’indice d1 + · · · + di−1 + k de la matrice A, tous les coefficients
situés en dehors des lignes comprises entre d1 + · · · + di−1 + 1 et d1 + · · · + di sont nuls. La matrice
A est diagonale par blocs et le ième bloc est de taille di .
Réciproquement, si la matrice A est diagonale par blocs de blocs diagonaux de dimension di .
Soit i ∈ [[ 1 ; p ]]. Les coefficients de A montrent que les vecteurs f (ei,1 ), . . . , f (ei,di ) s’expriment en
fonction des seuls vecteurs ei,1 , . . . , ei,di , donc appartiennent à Fi . Comme ces vecteurs forment
une base de Fi , on en déduit que pour tout vecteur x ∈ Fi , on a encore f (x) ∈ Fi ; le sous-espace
Fi est stable par f .
Exemple 39
J.Gärtner 46 PC Janson
CHAPITRE 1. ESPACES VECTORIELS 2022/2023
Supposons que pour tout k ∈ [[ 1 ; p ]], l’espace Ei = F1 ⊕ · · · ⊕ Fk est stable par un endomorphisme
f de E, alors la matrice de f dans une base adaptée à la décomposition E = F1 ⊕ · · · ⊕ Fp est
triangulaire supérieure par blocs ; parmi les Fi , seul le sous-espace F1 est stable par f .
Soit
A1 B1
A2 B2
A= et B =
.. ..
. .
Ap Bp
deux matrices diagonales par blocs (les blocs sont deux à deux de même taille), alors le
produit AB est diagonal par blocs et
A1 B 1
A2 B 2
AB =
. ..
Ap B p
Démonstration. On a l’égalité
In B A 0 A B
= .
0 C 0 Ip 0 C
A B In B A 0
Donc det = det × det . Par développements successifs par rapport aux
0 C 0 C 0 Ip
n premières colonnes, on voit que
I B
det n = det(C)
0 C
J.Gärtner 47 PC Janson
CHAPITRE 1. ESPACES VECTORIELS 2022/2023
Exemple 40
1 2 1 2 3
2 −1 1 1 1
0 0 2 0 5
0 0 3 1 7
0 0 1 2 3
A B
Remarque. Attention ! En général det 6= det(A) det(B)−det(B) det(C), même si tous
C D
les blocs sont carrés.
1 L’essentiel à connaître
Définition 28 (Polynôme d’endomorphisme)
m
Soit n ∈ N∗ , E un K-espace vectoriel de dimension n et u ∈ L(E). Si P = ak X k ∈
P
k=0
K[X], on définit un nouvel endomorphisme P (u) de E en posant
m
X
P (u) = ak uk
k=0
On rappelle qu’il n’y a pas a priori de multiplication dans un espace vectoriel, on qu’on n’écrit
donc pas xk ou (u(x))k ...
J.Gärtner 48 PC Janson
CHAPITRE 1. ESPACES VECTORIELS 2022/2023
Exemple 41
m
Soit n ∈ N∗ et A ∈ Mn (K) une matrice carrée. Si P = ak X k ∈ K[X], on définit une
P
k=0
nouvelle matrice P (A) carrée, de taille n, en posant
m
X
P (A) = ak Ak
k=0
Remarque. Si A est la matrice de u dans une base, alors P annule A si et seulement si P annule
u.
Proposition 30
m m
!
X X
`+k k `
(P Q)(u) = b` u =u ◦ b` u = P (u) ◦ Q(u)
`=0 `=0
m m
ak X k on a P Q = ak X k Q et on utilise le premier point pour conclure.
P P
Si maintenant P =
k=0 k=0
Corollaire 31
Soit P, Q ∈ K[X], et u ∈ L(E). Alors P (u) et Q(u) commutent : P (u) ◦ Q(u) = Q(u) ◦
P (u). On en déduit en particulier (avec Q = X) que Ker (P (u)) et Im (P (u)) sont stables
par u.
J.Gärtner 49 PC Janson
CHAPITRE 1. ESPACES VECTORIELS 2022/2023
Proposition 32
Si A ∈ Mn (K), alors il existe P ∈ K[X] r {0K[X] }, tel que P (A) = 0. Énoncé analogue
pour un endomorphisme d’un espace de dimension finie.
2
Démonstration. La famille (A0 , . . . , An ) est une famille de n2 +1 vecteurs d’un espace de dimension
n2
n2 . C’est donc une famille liée : il existe (a0 , . . . , an ) non tous nuls tel que ak Ak = 0Mn (K) .
P
k=0
2
n
k
ak X un polynôme annulateur de degré au plus n2 pour A.
P
Autrement dit il existe P =
k=0
2 Applications
Les polynômes d’endomorphismes et de matrices seront utile dans le cours sur la réduction, mais
on peut déjà voir leur utilité pour calculer l’inverse d’une matrice ou ses puissances successives.
Exemple 42
2 −2 1
Soit A = 2 −3 2. Montrer que P = (X − 1)(X + 3) annule A. En déduire que A
−1 2 0
est inversible et déterminer A−1 en fonction de A.
Dans l’exercice ci-dessus, on voit que si A (ou u) est annulé par un polynôme dont le terme
constant est non nul, alors A est inversible et son inverse est un polynôme en A.
Pour le calcul des puissances successives, on va avoir besoin de la division euclidienne des
polynômes :
Théorème (?) 24
Exemple 43
2 −2 1
Soit A = 2 −3 2. Montrer que P = (X − 1)(X + 3) annule A. Déterminer pour
−1 2 0
tout n ∈ N, An en fonction de A.
J.Gärtner 50 PC Janson
CHAPITRE 1. ESPACES VECTORIELS 2022/2023
0 1/a 1/a2
J.Gärtner 51 PC Janson
CHAPITRE 1. ESPACES VECTORIELS 2022/2023
J.Gärtner 52 PC Janson
Chapitre 2
Objectifs :
• Révisions sur les intégrales, et extension aux fonctions continues par morceaux sur un segment.
• Intégrales généralisées à un intervalle qui n’est pas un segment.
• Considérations abstraites sur les espaces vectoriels de fonction intégrables ou de carré intégrable.
Dans tout ce chapitre, I est un intervalle de longueur strictement positive.
Définition 1
On appelle subdivision de [a, b] toute suite finie σ = (c0 , . . . , cn ) avec n ∈ N∗ telle que
c0 = a, cn = b et
a = c0 < c1 < · · · < cn = b
. On notera S[a,b] l’ensemble des subdivisions de [a, b].
Soit σ et τ deux subdivisions de [a, b], on dit que τ est plus fine que σ lorsque σ ⊂ τ .
53
CHAPITRE 2. INTÉGRATION SUR UN INTERVALLE QUELCONQUE 2022/2023
Exemple 1
Remarque. Si σ et τ sont deux subdivisions quelconques de [a, b], il est toujours possible de
fabriquer une subdivision plus fine que σ et τ en considérant σ ∪ τ .
Exemple 2
Pour σ = (−1.2, −0.11, 2.1, 4.701, 10.36) et τ = (−1.2, −0.74, 0.3, 2.1, 6.97, 10.36). τ n’est
pas plus fine que σ et inversement σ n’est pas plus fine que τ . Cependant
σ ∪ τ = (−1.2, −0.11, −0.74, 0.3, 2.1, 4.701, 6.97, 10.36) est plus fine que σ et τ .
Définition 3
Remarque. Ainsi l’écart entre deux éléments consécutifs de la subdivision est le même. Les
subdivisions régulières ne sont pas en général comparables entre elles (au sens « plus fine que »).
En revanche, si on considère les subdivisions régulières en 2n intervalles, les subdivisions considérées
sont de plus en plus fines.
Soit f une fonction définie sur [a, b] à valeurs dans K. On dit que f est continue par
morceaux sur [a, b] lorsqu’il existe une subdivision σ = (cj )j∈[[ 0 ; n ]] de [a, b] telle que
pour tout j ∈ [[ 1 ; n ]] :
1. La restriction f |]cj−1 ,cj [ est continue sur ]cj−1 , cj [ et
2. f admet une limite finie à droite en cj−1 et à gauche en cj .
Dans ce cas on dit que la subdivision σ est adaptée à f . On note Cpm ([a, b], K) l’ensemble
des fonctions continues par morceaux définies sur [a, b] à valeurs dans K.
Remarque. Le point 2 de la définition peut aussi se dire ainsi : la restriction f |]cj−1 ,cj [ se prolonge
par continuité sur [cj−1 , cj ].
J.Gärtner 54 PC Janson
CHAPITRE 2. INTÉGRATION SUR UN INTERVALLE QUELCONQUE 2022/2023
2
x si x ∈ [−1, 0[
1 si x = 0
Exemple La fonction définie par x 7→ est continue par morceaux
x + 2 si x ∈]0, 1[
−1 si x = 1
sur [−1, 1] et σ = (−1, 0, 1) est une subdivision adaptée. On remarquera en particulier que le
prolongement par continuité de f |]0,1[ au segment [0, 1] ne se fait pas par les valeurs de f :
lim+ f (x) = 2 6= f (0) = 1.
x→0
On voit aussi que toute subdivision plus fine que σ sera adaptée à f .
J.Gärtner 55 PC Janson
CHAPITRE 2. INTÉGRATION SUR UN INTERVALLE QUELCONQUE 2022/2023
Soit I un intervalle de R (non vide, non réduit à un point). On dit que f : I → K est
continue par morceaux lorsque sa restriction à tout segment inclus dans I est continue par
0
morceaux. On note Cpm (I, K) ou Cpm (I, K) l’ensemble de toutes les fonctions continues
par morceaux sur I.
Exemple 3
La fonction x 7→ bxc est continue par morceaux sur R : même si elle a un nombre infini
de discontinuité, elle n’a qu’un nombre fini de discontinuité sur chaque segment.
Exemple 4
x x1
si x 6= 0
On reprend la fonction x 7→ du contrexemple ci-dessus. Elle est
1 si x = 0
continue par morceaux sur ]0, 1] mais
Attention !
Même si cette fonction est continue en 0, elle n’est pas continue par morceaux sur [0, 1].
J.Gärtner 56 PC Janson
CHAPITRE 2. INTÉGRATION SUR UN INTERVALLE QUELCONQUE 2022/2023
Proposition 1
Démonstration. Il suffit de traiter le cas où I est un segment. On commence par remarquer que si
f et g sont continues par morceaux sur le segment [a, b], alors il existe une subdivision adaptée à
f et à g. En effet, si σ est adaptée à f et τ est adaptée à g, alors la subdivision σ ∪ τ qui est plus
fine à la fois que σ et que τ est adaptée à f et à g.
1. La fonction nulle est continue par morceaux sur [a, b] et si f et g sont continues par morceaux
sur [a, b] et si α, β ∈ K, on considère (cj )j∈[[ 0 ; n ]] adaptée à la fois à f et à g. Alors pour tout
j ∈ [[ 1 ; n ]], la fonction αf + βg est continue sur ]cj−1 , cj [ et admet des limites à droite en cj−1 et
à gauche en cj .
2. On procède de même ; c.f. cours sur la limite et la continuité en PCSI.
3. On procède de même ; c.f. cours sur la limite et la continuité en PCSI.
4. Si f est continue par morceaux sur [a, b], et σ est adaptée à f , alors Re (f ) et Im (f ) sont aussi
continues par morceaux sur [a, b] et σ est une subdivision adaptée.
La réciproque est un peu plus difficile : si Re (f ) et Im (f ) sont continues par morceaux sur [a, b],
on considère une subdivision σ = (cj )j[[ 0 ; n ]] suffisamment fine pour être adaptée à Re (f ) et à
Im (f ). Dans ce cas on a pour j ∈ [[ 1 ; n ]], f |]cj−1 ,cj [ continue sur ]cj−1 , cj [ et prolongeable par
continuité à [cj−1 , cj ] car c’est le cas de Re (f |]cj−1 ,cj [ ) et de Im (f |]cj−1 ,cj [ ).
Exercice. Soient (f, g) ∈ Cpm (I, R)2 . Montrer que max(f, g) et min(f, g) sont continues par
morceaux sur I.
Soit f ∈ Cpm ([a, b], K) et σ = (cj )j∈[[ 0 ; n ]] une subdivision adaptée à f . Pour j ∈ [[ 1 ; n ]],
on note fj le prolongement par continuité de f à [cj−1 , cj ]. On pose
n Z
X n Z
X cj
Iσ (f ) = fj = fj (t)dt
j=1 [cj−1 ,cj ] j=1 cj−1
Si σ et τ sont deux subdivisions de [a, b] adaptées à f ∈ Cpm ([a, b], K), alors Iσ (f ) =
Iτ (f ).
J.Gärtner 57 PC Janson
CHAPITRE 2. INTÉGRATION SUR UN INTERVALLE QUELCONQUE 2022/2023
Démonstration. (Non exigible) L’idée est de montrer que si σ 0 est une subdivision plus fine que σ,
alors Iσ (f ) = Iσ0 (f ). Par récurrence, il suffit de le montrer dans le cas où σ 0 est obtenue à partir
de σ en ajoutant un point.SoitR k ∈ [[ 1 ; n ]] Ret c ∈]ck−1 ,Rck [ et σ 0 = (c0 , . . . , ck−1 , c, ck+1 , . . . , cn ).
D’après la relation de Chasles, [ck−1 ,ck ] fk = [ck−1 c] fk + [c,ck ] fk . On en déduit que Iσ (f ) = Iσ0 (f ).
Si σ et τ sont deux subdivisions adaptées à f , on considère σ ∪ τ qui est plus fine que σ et que
τ . Alors Iσ (f ) = Iσ∪τ (f ) = Iτ (f ).
Soient a, b ∈ R avec a < b. Soit f ∈ Cpm ([a, b], K) et σ une subdivision de [a,Z b] adaptée
à f . Le nombre Iσ (f ) est appelé intégrale de f sur le segment [a, b] et noté f.
[a,b]
Z b
Remarque. On peut aussi noter f.
a
Méthode 1
Z b
Si l’on considère l’intégrale d’une fonction sur un segment, pour montrer que f existe,
a
il suffit de montrer que f est continue par morceaux sur [a, b]. Pour calculer son intégrale,
on découpe l’intégrale suivant une subdivision adaptée à f .
J.Gärtner 58 PC Janson
CHAPITRE 2. INTÉGRATION SUR UN INTERVALLE QUELCONQUE 2022/2023
Exemple 5
La fonction t 7→ ebtc est continue par morceaux sur R ; elle est en effet en escalier sur
tout segment de R (autrement dit « constante par morceaux »). En particulier si n ∈ N∗ ,
t 7→ ebtc est continue par morceaux sur [0, n] et en posant ∀k ∈ [[ 0 ; n ]] , ck = k, la
subdivision (cj )j∈[[ 0 ; n ]] est adaptée à f . On a
Z n n Z
X k
btc
e dt = ebtc dt
0 k=1 k−1
Xn Z k
= ek−1 dt
k=1 k−1
Xn
= ek−1
k=1
n−1
X
= e`
`=0
n
e −1
=
e−1
Z a bac
X
Exercice. Soit a ∈ [1, +∞[ et f ∈ C 1 ([1, +∞[). Montrer que btc f 0 (t)dt = bac f (a) − f (k).
1 k=1
4 Propriétés de l’intégrale
Proposition 3 (Linéarité)
Z b Z b Z b
Soient f, g ∈ Cpm (I, K), a, b ∈ I et α, β ∈ K, alors (αf + βg) = α f +β g.
a a a
Soient f, g ∈ Cpm ([a, b], K). Si f et g ne diffèrent qu’en un nombre fini de points, alors
Z b Z b
f= g.
a a
Démonstration. Avec les hypothèses, f − g est nulle sauf en un nombre fini de points. Soit σ =
(cj )j∈[[ 0 ; n ]] la famille des points où f 6= g. La fonction f − g est nulle sur tous les intervalles de
la forme ]cj−1 , cj [ donc sa restriction est continue sur ]cj−1 , cj [ et se prolonge par continuité sur
J.Gärtner 59 PC Janson
CHAPITRE 2. INTÉGRATION SUR UN INTERVALLE QUELCONQUE 2022/2023
Z b
[cj−1 , cj ]. Ainsi σ est une subdivision adaptée à f − g et Iσ (f − g) = 0 donc (f − g) = 0. Par
Z b Z b a
linéarité, on a donc f= g.
a a
Démonstration. On peut toujours se ramener au cas où a < c < b. En effet, si on a par exemple
a < b < c, alors
Z b Z c Z b Z c Z b Z b Z c Z b Z c
f= f+ f⇔ f= f− f⇔ f= f+ f
a a c a a c a a b
Soit σ = (cj )j∈[[ 0 ; n ]] une subdivision de [a, b] adaptée à f . Il existe un unique k ∈ [[ 1 ; n ]] tel que
ck−1 6 c 6 ck . La subdivision σ 0 = (c0 , . . . , ck−1 , c, ck , . . . , cn ) est adaptée à f et contient c (si
c = ck ou c = ck−1 on considère que σ 0 = σ). Notons (dj )j∈[[ 0 ; m ]] cette subdivision σ 0 . On a, en
notant q ∈ [[ 0 ; m ]] tel que c = dq et fj le prolongement par continuité de f |]dj−1 ,dj [ à [dj−1 , dj ] :
Z c Z b q Z
X dj m Z
X dj
f+ f= fj + fj
a c j=1 dj−1 j=q+1 dj−1
car (d0 , . . . , dq ) est adaptée à f sur [a, c] et (dq , . . . , dm ) est adaptée )à f sur [c, b]. Ainsi
Z c Z b m Z
X dj Z b
f+ f= fj = f
a c j=1 dj−1 a
Démonstration. Avec les mêmes notations que précédemment. Les prolongements par continuités
Z cj Z b Xn Z cj
fj de f |]cj−1 ,cj [ à [cj−1 , cj ] sont tous positifs donc fj > 0 et = fj > 0.
cj−1 a j=0 cj−1
Pour la croissance, comme g − f est continue par morceaux sur [a, b] et positive, on sait que
Z b Z b Z b
(g − f ) > 0 et par linéarité de l’intégrale f6 g.
a a a
J.Gärtner 60 PC Janson
CHAPITRE 2. INTÉGRATION SUR UN INTERVALLE QUELCONQUE 2022/2023
Z b Z b Z b
f= Re (f ) − i Im (f )
a a a
Une fonction continue et à valeurs positives sur [a, b] est nulle si et seulement si son
intégrale est nulle.
J.Gärtner 61 PC Janson
CHAPITRE 2. INTÉGRATION SUR UN INTERVALLE QUELCONQUE 2022/2023
Exemple 6
Z x √ √
La fonction F : x 7→ e− t
dt est dérivable sur R+ , car la fonction t 7→ e− t
est
2
continue sur R+ et que F est une de ses primitives. Ainsi on en déduit que
√
∀x > 0, F 0 (x) = e− x
Z sin2 (x)
√ √ Z cos2 (x)
Exercice.1. Étudier la fonction F définie sur R par F (x) = tdt+ Arccos tdt. Arcsin
√0 √ 0
On pourra introduire des primitives ϕ et ψ de t 7→ Arcsin t et t 7→ Arccos t sur [0, 1] et dériver
F en remarquant que ∀x ∈ R, F (x) = ϕ(sin2 (x)) − ϕ(sin2 (0)) + ψ(cos2 (x)) − ψ(cos2 (0)).
2. Si f : [0, +∞[→ [0, +∞[ est de classe C 1 , strictement croissante et vérifie f (0) = 0, montrer que
Z x Z f (x)
∀x ∈ [0, +∞[, xf (x) = f (t)dt + f −1 (t)dt
0 0
Remarque. La somme peut être prise entre 0 et n−1 ou entre 1 et n, cela ne change pas le résultat.
Il s’agit alors soit de la méthode des « rectangles à gauche », soit des « rectangles à droite ».
Méthode 2
J.Gärtner 62 PC Janson
CHAPITRE 2. INTÉGRATION SUR UN INTERVALLE QUELCONQUE 2022/2023
Exemple 7
n
P 1 1 Pn 1 n
b−a P b−a
On a Sn = = k
. On reconnaît f (a + k ) avec
k=1 k + n n k=1 1 + n
n k=1 n
1
∀x ∈ [0, 1], f (x) = .
1+x
n
Z 1
1 P k dx
Comme Sn = f ( ) et que f est continue sur [0, 1], on a lim Sn = = ln 2.
n k=1 n 0 1+x
n
1
P
Exercice. Déterminer lim √
n2 +2kn
.
n→+∞ k=1
2n
1
P
Exercice. Soit α ∈ [1, +∞[. Déterminer lim α. On pourra commencer par effectuer un
n→+∞ p=n+1 p
changement d’indice.
Les sommes de Riemann peuvent aussi être utilisée pour calculer une intégrale :
R 2π
Exercice. Si x 6= ±1, on pose I(x) = 0 ln(1 − 2x cos t + x2 )dt.
R 2π
1. Montrer que I(x) existe et que I(x) = 2 0 ln x − eit dt.
4π Pn−1 i 2kπ 4π
2. On pose pour n ∈ N∗ , Sn (x) = k=0 ln x − e
n . Montrer que Sn (x) = ln |xn − 1|.
n n
3. Calculer I(x) en fonction de x.
n n+1
X (b − a)k |b − a|
f (b) − f (k) (a) 6 M
k! (n + 1)!
k=0
x2 x3
Exercice. Montrer que : ∀x ∈ R+ , ln(1 + x) 6 x − 2 + 3 .
2n
x3 1
Exercice. Montrer que ∀x ∈ R+∗ , x −
P
6 6 sin(x) 6 x et en déduire lim sin p
n→+∞ p=n+1
Méthode 3
J.Gärtner 63 PC Janson
CHAPITRE 2. INTÉGRATION SUR UN INTERVALLE QUELCONQUE 2022/2023
Exemple 8
Z π
sin(u)
Calculer du en posant t = cos(u).
0 3 + cos2 (u)
Z 2
du
Exercice. Calculer √ .
1 u + 2u
Méthode 4
Utiliser la formule de la gauche vers la droite fait apparaître une simplification dans
l’expression initiale.
Exemple 9
Z 1 p
Calculer 1 − t2 dt en posant t = sin u.
0
Exemple 10
Z π
2
Calculer t sin(t)dt.
0
Il est recommandé de réviser les techniques de calcul d’intégrales du premier semestre de PCSI.
Exercice. Soit f une fonction de classe C n+1 sur [a, b] à valeurs réelles. Montrer que
n Z b
X (b − a)k (b − t)n (n+1)
f (b) = f (k) (a) + f (t)dt
k! a n!
k=0
II Intégrales généralisées
La notion d’intégrale que l’on vient de définir présente le défaut de n’être valable que sur un
segment. L’idée de cette construction était, comme vous l’avez vu en PCSI, que pour les fonctions
à valeurs positives on obtenait ainsi la notion d’aire sous la courbe représentative de [a, b]. Lorsque
l’intervalle d’intégration n’est plus un segment, le domaine délimité par la fonction peut ne plus
être borné : c’est le cas par exemple lorsque l’intervalle considéré est de la forme [a, +∞[ ou lors
que l’intervalle est de la forme [a, b[ et que la fonction considérée n’est pas bornée au voisinage de
b.
Nous allons voir que dans certains cas, il reste possible de donner un sens à l’aire de ce domaine,
en passant à la limite : c’est la notion d’intégrale généralisée.
J.Gärtner 64 PC Janson
CHAPITRE 2. INTÉGRATION SUR UN INTERVALLE QUELCONQUE 2022/2023
1 Définition et exemples
Si I n’est pas un segment, I peut s’écrire sous la forme [a, b[, ]a, b] ou ]a, b[ avec a ∈ R ∪ {−∞}
et b ∈ R ∪ {+∞}. Nous allons traiter séparément ces trois cas.
Soit a ∈ R et b ∈ R ∪ {+∞}. Soit f ∈ Cpm ([a, b[, K). On dit que l’intégrale impropre
Z b Z x
(ou généralisée) f (t)dt est convergente lorsque la fonction x 7→ f (t)dt admet une
a a
limite finie lorsque x tend vers b par valeurs inférieures. On note alors
Z b Z x
f (t)dt = lim− f (t)dt
a x→b a
Z b
Dans le cas contraire, on dit que l’intégrale f (t)dt est divergente.
a
Z x
Remarque. Si x ∈ [a, b[, la fonction f est continue par morceaux sur [a, x] donc f (t)dt existe.
a
Z b
Remarque. La formulation « l’intégrale f (t)dt est divergente » est un peu ambiguë car on
a Z b
parle d’une intégrale qui n’existe pas. Le mieux est d’éviter l’usage du symbole f (t)dt
a
dans un calcul sans en avoir montré l’existence.
Remarque. Étudier la nature d’une intégrale consiste à déterminer si elle converge ou non ; c’est
une question différente du calcul effectif de l’intégrale.
Z b
Remarque. Si f est une fonction à valeurs réelles, et si l’intégrale f (t)dt est convergente, alors
a
la valeur de celle-ci représente l’aire algébrique définie par la courbe de f .
Proposition 12
Soit a ∈ R et b ∈ R ∪ {+∞} avec a < b et f une fonction continue sur [a, b[. Soit F une
Z b
primitive de f sur [a, b[. Alors f (t)dt converge si et seulement si F admet une limite
a
finie en b et dans ce cas Z b
f (t)dt = lim F (x) − F (a)
a x→b
Rx
Démonstration. Ceci découle du fait que pour tout x ∈ [a, b[ on a par définition a
f (t)dt =
F (x) − F (a).
Méthode 5
Z b
Si f ∈ Cpm ([a, b[), pour déterminer la nature de l’intégrale f (et la calculer), il suffit
a
de déterminer une primitive de f sur [a, b[ et de calculer sa limite en b.
J.Gärtner 65 PC Janson
CHAPITRE 2. INTÉGRATION SUR UN INTERVALLE QUELCONQUE 2022/2023
.
Exemple 11
1. La fonction t 7→ eR−t est continue sur R+ et admet t 7→ −e−t comme primitive sur R+ .
x
Soit x > 0. Alors 0 e−t dt = 1 − e−x a pour limite 1 en +∞. Ainsi
R +∞ −t R +∞
0
e dt converge et on a 0 e−t dt = 1.
1
2. La fonction t 7→ √ est continue sur [0, 1[ (car t 7→ 1 − t est continue et strictement
1−t
positive sur [0, 1[). On connait une primitive de cette fonction sur [0, 1[, par exemple :
√ R x dt √
t 7→ −2 1 − t. Soit x ∈ [0, 1[. Alors 0 √ = 1 − 2 1 − x a pour limite 1 quand
1−t
x → 1 donc
R 1 dt
0
√ converge et vaut 1.
1−t
3. t 7→ sin est continue sur R+ . t 7→ − cos t en est une primitive Rsur R+ . Mais cette dernière
+∞
fonction n’a pas de limite en +∞ (critère séquentiel !) donc 0 sin(t)dt diverge.
1
4. t 7→ est continue sur [0, 1[. t 7→ ln(1 − t) en est une primitive sur cet intervalle (car
1−t
R x dt
|1 − t| = 1 − t sur [0, 1[.) On a 0 = ln(1 − x) qui a pour limite +∞ en 1. Donc
1−t
R 1 dt
0 1−t
diverge.
R +∞ dt R1 dt
Exercice. Convergence et calcul éventuel de 0 2
et de 0 .
1+t (x − 1)2
Le lien avec les limites de primitives et le théorème de la limite monotone donnent :
Proposition 13
Z b
Si f ∈ Cpm ([a, b[, R), et si ∀x ∈ [a, b[, f (x) > 0, alors f (t)dt converge si et seulement
Z x a
Z x
Démonstration. En effet, x 7→ f (t)dt est dans ce cas une fonction croissante (car de dérivée
a
f > 0) donc admet une limite finie ssi elle est majorée.
Théorème 4
Z b
Démonstration. En effet, si g converge, alors d’après la proposition précédente, il existe M ∈ R
Z b a
tel que ∀x ∈ [a, b[, g(t)dt 6 M . Mais par croissance de l’intégrale des fonctions continues
a
J.Gärtner 66 PC Janson
CHAPITRE 2. INTÉGRATION SUR UN INTERVALLE QUELCONQUE 2022/2023
Z x Z x
par morceaux sur un segment, on a pour tout x ∈ [a, b[, f (t)dt 6 g(t)dt 6 M . Ainsi
Z x a Z b a
x 7→ f (t)dt satisfait les hypothèses de la proposition précédente et f converge. Le deuxième
a a
point s’obtient par contraposée.
Méthode 6
Z b
Si f est positive sur [a, b[, pour montrer que f converge il suffit de majorer f par
Z b a
Exemple 12
Z +∞ Z +∞
−t2 −t2
On a edt convergente car si t > 1, 0 6 e 6 e . Or −t
e−t dt converge. En
1 Z x 1
Z x
−t −t x −1 −x
effet, si x > 1 on a e dt = [−e ]1 = e − e et lim e−t dt = e−1 .
1 x→+∞ 1
L’inégalité t 6 t2 que l’on a utilisé ci-dessus n’est valable que sur [1, +∞[. Pourrait-on montrer
Z +∞
2
que e−t dt converge ? Oui grâce au résultat suivant :
0
Proposition 14
Soit a ∈ R et b ∈ R∪{+∞} avec a < b et f une fonction continue par morceaux sur [a, b[.
Z b Z b
Soit c ∈]a, b[. Alors f (t)dt converge si et seulement si f (t)dt converge et dans ce
a c
cas Z b Z c Z b
f (t)dt = f (t)dt + f (t)dt
|a {z } | a {z } | c {z }
impropre ∈Cpm ([a,c]) impropre
f (t)dt. Comme f est continue par morceaux sur le segment [a, c] l’intégrale f (t)dt n’est pas
c Z x aZ
x
impropre et x 7→ f (t)dt admet une limite finie en b si et seulement si x 7→ f (t)dt admet
a c
une limite finie en b. Un passage à la limite donne l’égalité attendue en cas de convergence.
Donnons maintenant quelques intégrales de références, que l’on peut chercher à utiliser pour
majorer.
J.Gärtner 67 PC Janson
CHAPITRE 2. INTÉGRATION SUR UN INTERVALLE QUELCONQUE 2022/2023
1
Démonstration. La fonction t 7→ est continue sur [1, +∞[ donc y est continue par morceaux.
tα
Z x
1 dt
1. si α = 1, une primitive de t 7→ α est ln sur [1, +∞[ et donc que ∀x > 1, = ln x. Comme
t 1 t
R +∞ dt
lim ln(x) = +∞, on en déduit que 1 diverge.
x→+∞ t
1 1
2. Si α 6= 1 on choisit t 7→ × α−1 comme primitive de t 7→ t−α sur [1, +∞[. On a
−α + 1 t
1 1 0 si α > 1
lim × α−1 = D’où le résultat.
x→+∞ −α + 1 x +∞ si α < 1
Théorème (?) 6
Z +∞
Soit α ∈ R. L’intégrale e−αt dt est convergente si et seulement si α > 0.
0
Démonstration. Exo
Proposition 15
Soit a ∈ R et b ∈ R (cette borne b est donc finie). Soit f ∈ Cpm ([a, b[, K). Si f admet
une limite finie en b, autrement dit si f se prolonge par continuité en b, alors
Z b
l’intégrale f (t)dt est convergente ; on dit dans ce cas qu’elle est faussement impropre.
a Z b Z b
Si f désigne le prolongement par continuité de f en b, alors
e f (t)dt = fe(t)dt.
a a
Démonstration.
Z x La fonction fe est continue par morceaux sur le segment [a, b]. La fonction x 7→
fe(t)dt est alors définie sur [a, b]. Montrons qu’elle admet une limite à gauche en b. Soit σ =
a Z x Z cn−1
(cj )06j6n une subdivision adaptée à fe. Alors si x ∈ [cn−1 , b] on a fe(t)dt = fe(t)dt +
Z x a a
fe(t)dt. Comme fe est par définition continue sur [cn−1 , b], on peut passer à la limite lorsque
cn−1
Z x Z b
x tend vers b : lim− fe(t)dt = fe(t)dt. Ainsi, on a
x→b cn−1 cn−1
Z x Z cn−1 Z b
lim− fe(t)dt = fe(t)dt + fe(t)dt
x→b a a cn−1
Z x Z x
Mais si x ∈ [a, b[, on a fe(t)dt = f (t)dt car fe = f sur [a, b[. Ce qui permet de conclure.
a a
Z Z
Remarque. En particulier, si f est continue par morceaux sur [a, b], alors f= f.
[a,b] [a,b[
J.Gärtner 68 PC Janson
CHAPITRE 2. INTÉGRATION SUR UN INTERVALLE QUELCONQUE 2022/2023
Z 1
Exercice. Déterminer la nature de l’intégrale (t − 1) ln(1 − t)dt.
0
Z +∞
dt
Exercice. Discuter en fonction de la valeur de β > 0 la convergence de l’intégrale .
2 t(ln t)β
Z +∞
Remarque. Attention ! Dans le cas où b = +∞, la convergence de f (t)dt ne donne
a
pas d’information sur la limite de f en +∞. On n’a pas de résultat analogue à celui de la « di-
vergence grossière » pour les séries numériques. Il n’y a pas non plus d’intégrale faussement
impropre en +∞.
Contre-exemple 13
On peut voir (c.f. paragraphe sur r les intégrations par parties), que l’intégrale de Fresnel
Z +∞
1 π
sin(t2 )dt converge et vaut . Pourtant la fonction t 7→ sin(t2 ) n’a pas de limite
0 2 2
en +∞ (et ça, vous pouvez le prouver à l’aide de la caractérisation séquentielle des
limites).
Soit a ∈ {−∞} ∪ R et b ∈ R. Soit f ∈ Cpm (]a, b], K). On dit que l’intégrale impropre
Z b Z b
(ou généralisée) f (t)dt est convergente lorsque la fonction x 7→ f (t)dt admet une
a x
limite finie lorsque x tend vers a par valeurs supérieures. On note alors
Z b Z b
f (t)dt = lim+ f (t)dt
a x→a x
Z b
Dans le cas contraire, on dit que l’intégrale f (t)dt est divergente.
a
Les résultats de la section précédente s’adaptent dans ce cas : le lien avec les primitives, le fait
Z b Z b
que si f est positive, alors f converge ssi x 7→ f est majorée (en effet cette fonction est
a x Z b Z b
décroissante !) et le fait que si 0 6 f 6 g alors la convergence de g entraîne celle de f . Dans
a a
le cas où a ∈ R on peut aussi parler d’intégrale faussement impropre.
Z 1
dt
Soit α ∈ R. L’intégrale converge si et seulement si α < 1.
0 tα
Démonstration. Remarquons que dans tous les cas la fonction t → 7 t1α est continue sur ]0, 1] donc
continue par morceaux.
Z 1 Z 1
dt dt
1. Si α = 1, alors pour x ∈]0, 1] on a = − ln(x) et lim = +∞. L’intégrale considérée
x t x→0 x t
est divergente.
J.Gärtner 69 PC Janson
CHAPITRE 2. INTÉGRATION SUR UN INTERVALLE QUELCONQUE 2022/2023
1
t1−α 1
Z
dt 1
1 − x1−α . Cette expression admet
2. Si α 6= 1, alors pour x ∈]0, 1] on a α
= [ ]x =
x t 1 − α 1 − α
une limite à droite en 0 si et seulement si 1 − α > 0 donc si et seulement si α < 1.
Z 1 Z 1
L’intégrale ln(t)dt converge et ln(t)dt = −1.
0 0
Démonstration. La fonction logarithme est continue sur ]0, 1] donc y est continue par morceaux.
De plus, à l’aide d’une intégration par parties, on est en mesure de calculer pour x ∈]0, 1] :
Z 1 Z 1
1
ln(t)dt = [t ln(t)]1x − t × dt = −x ln(x) + x − 1
x x t
Z 1
On en déduit que lim+ ln(t)dt = −1 ce qu’on voulait montrer.
x→0 x
Les autres résultats vus à la sous-section précédente se généralisent sans difficulté à ce cadre.
Exemple 14
Z 2π
sin(t)
L’intégrale dt est faussement impropre.
0 t
Soit a ∈ {−∞} ∪ R et b ∈ R ∪ {+∞} avec a < b. Soit f ∈ Cpm (]a, b[, K) et c ∈]a, b[.
Z b Z c
On dit que l’intégrale f (t)dt est convergente lorsque les deux intégrales f (t)dt et
Z b a a
D’après ce qu’on a vu précédemment, ceci ne dépend pas du choix de c ∈]a, b[. Dans
Z c Z b
le cas contraire, autrement dit si l’une au moins des intégrales f (t)dt ou f (t)dt
Z b a c
Z +∞
dt
Remarque. En particulier l’intégrale n’est jamais convergente.
0 tα
Z 1
ln(1 + t)
Exercice. Nature de dt.
0 t
J.Gärtner 70 PC Janson
CHAPITRE 2. INTÉGRATION SUR UN INTERVALLE QUELCONQUE 2022/2023
Exercice. Étudier la convergence et calculer les intégrales suivantes lorsque cela est possible :
Z +∞ Z 0 Z 2
t et dt
1. cos(t)dt 2. e e dt 3. √
Z0 π2 Z−∞ 0 −t2 + 2t
+∞
dt dt
4. 5.
t2 + 2t + 2
p
0 cos2 (t) tan(t) −∞
1 3ε
t − sin(t)
Z Z
sin(t)
Exercice. Montrer que dt est bien définie. En déduire lim+ dt.
0 t2 ε→0 ε t2
2 Propriétés
Sauf mention contraire, I est un intervalle de R de la forme [a, b[, ]a, b] ou ]a, b[ avec a ∈
{−∞} ∪ R et b ∈ R ∪ {+∞}. En particulier, pour ce qui concerne les inégalités, prendre
garde au fait que a < b..
Z b Z b
Soit f et g continues par morceaux sur I telles que les intégrales f (t)dt et g(t)dt
a a
convergent. Pour tout α, β ∈ R,
Z b
1. l’intégrale (αf + βg)(t)dt converge et
a
Z b Z b Z b
2. (αf + βg)(t)dt = α f (t)dt + β g(t)dt.
a a a
Démonstration. Par exemple dans le cas de I = [a, b[. Soit x ∈ [a, b[. Par linéarité de l’intégrale
des fonctions continues par morceaux sur un segment on a
Z x Z x Z x
(αf + βg)(t)dt = α f (t)dt + β g(t)dt
a a a
Z x Z x Z x
Or par définition lim− f (t)dt et lim− g(t)dt existent donc lim− (αf + βg)(t)dt existe et
x→b a x→b a x→b a
Z b Z x Z x Z x Z b Z b
(αf +βg)(t)dt = lim− (αf +βg)(t)dt = α lim− f (t)dt+β lim− g(t)dt = α f (t)dt+β g(t)dt
a x→b a x→b a x→b a a a
Les autres cas se traitent de manière analogue, en particulier pour ]a, b[ en fixant c ∈]a, b[ et en
considérant les intégrales sur ]a, c] et sur [c, b[.
Z b Z b Z b
Remarque. Si f (t)dt converge et g(t)dt diverge alors (f +g)(t)dt diverge ; en raisonnant
a Z b a a Z b
par l’absurde et en supposant que (f +g)(t)dt converge on aurait (f +g −f )(t)dt convergente
a a
ce qui est impossible.
Z b
Remarque. Attention ! On peut avoir (f + g)(t)dt convergente sans qu’aucune des deux
Z b Z b a
J.Gärtner 71 PC Janson
CHAPITRE 2. INTÉGRATION SUR UN INTERVALLE QUELCONQUE 2022/2023
Contre-exemple 15
Z +∞
dt 1 1 1
L’intégrale est convergente. Par ailleurs pour t > 1 on a t(t+1) = t − t+1 .
t(t + 1)
Z1 +∞ Z +∞
dt dt
Pourtant ni ni ne converge.
1 t 1 t+1
Ne pas utiliser de linéarité sans s’être assuré que TOUTES les intégrales
considérées convergent.
Z b
Soit f continue par morceaux sur I à valeurs complexes. L’intégrale f (t)dt converge
Z b Z b a
Z b Z b
f (t)dt = f (t)dt
a a
Démonstration. Dans le cas où I = [a, b[. Soit x ∈ [a, b[. On sait que
Z x Z x Z x
f (t)dt = Re (f )(t)dt + i Im (f )(t)dt (?)
a a a
Z x
et que x 7→ f (t)dt admet une limite en b− si et seulement si c’est le cas pour ses parties réelles
a Z x Z x Z x Z x
et imaginaires. Comme Re f (t)dt = Re (f )(t)dt et Im f (t)dt = Im (f )(t)dt
a a a a
on en déduit le premier résultat, en passant à la limite dans (?). En procédant de même et en
passant au conjugué dans (?), on obtient le deuxième résultat.
Z +∞
Exercice. Existence et calcul de eat cos(t)dt suivant les valeurs de a ∈ R.
0
Soit f une fonction continue par morceaux sur I = [a, b[, ]a, b] ou ]a, b[ et c ∈]a, b[.
Z b Z c Z b
L’intégrale f (t)dt converge si et seulement si f (t)dt et f (t)dt convergent et
a a c
dans ce cas Z b Z c Z b
f (t)dt = f (t)dt + f (t)dt
a a c
J.Gärtner 72 PC Janson
CHAPITRE 2. INTÉGRATION SUR UN INTERVALLE QUELCONQUE 2022/2023
Soit f, g deux fonction continues par morceaux sur I à valeurs réelles. On suppose que
Z b Z b
f (t)dt et g(t)dt convergent.
a a
Z b
1. Si f est à valeurs positives, alors f (t)dt > 0.
a
Z b Z b
2. Si ∀t ∈ I, f (t) 6 g(t), alors f (t)dt 6 g(t)dt.
a a
Z x
Démonstration. Encore une fois, il suffit de se ramener à f (t)dt : exercice !
a
Z b
Soit f une fonction continue sur I à valeurs positives. Si f (t)dt converge et si
Z b a
Démonstration. Soit x ∈]a, b[. Il existe c, d ∈ R tels que [c, d] ⊂]a, b[ et x ∈ [c, d]. Comme f est
Z d Z b
positive, on a 0 6 f (t)dt 6 f (t)dt = 0. Donc f est continue et positive sur le segment [c, d]
Z d c a
et f (t)dt = 0. On en déduit que f est nulle sur [c, d] et en particulier que f (x) = 0. Ainsi f est
c
nulle sur ]a, b[. Par continuité, on en déduit que f est nulle sur I.
Remarque. La contraposée de cette proposition donne que si f est continue, positive et non nulle,
Z b
alors f (t)dt > 0. On appelle parfois ce résultat stricte positivité de l’intégrale des fonctions
a
continues.
Z b
Remarque. Attention ! si f (t)dt > 0, on n’a pas nécessairement f > 0.
a
Remarque. Attention ! Le résultat est faux pour les fonctions continues par morceaux.
Contre-exemple 16
La fonction f nulle sur R∗ et telle que f (0) = 1 est continue par morceaux sur R, positive
Z +∞
et f (t)dt = 0 pourtant f 6= 0.
−∞
J.Gärtner 73 PC Janson
CHAPITRE 2. INTÉGRATION SUR UN INTERVALLE QUELCONQUE 2022/2023
3 Techniques de calcul
À l’aide d’une primitive
on obtient Z b Z b
0
f (t)g (t)dt = [f (t)g(t)]ba − f 0 (t)g(t)dt
a a
Z x
Démonstration. (non exigible) Cas de I = [a, b[. Pour tout x ∈]a, b[ on a f (t)g 0 (t)dt =
Z x a Z x
f (x)g(x) − f (a)g(a) − f 0 (t)g(t)dt. Si f g admet une limite finie en b, alors x 7→ f (t)g 0 (t)dt
a Z x a
admet une limite finie en b si et seulement si x 7→ f 0 (t)g(t)dt admet une limite finie en b. En
a
cas d’existence, ces limites sont égales.
Remarque. Si on n’est pas sûr que [f (t)g(t)]ba ou qu’au moins une des intégrale converge, reprendre
la démarche de la preuve et se placer sur un segment, pour passer à la limite avec une grande rigueur.
Remarque. Rappelons qu’il est en général intéressant de chercher à dériver les fonctions ln,
Arcsin , Arctan ... dont les dérivées sont plus faciles à manipuler.
Exemple 17
Z 1
Existence et calcul de tn ln(t)dt.
0
Remarque. Il est parfois utile d’utiliser des intégrations par parties pour trouver des relations de
récurrence
Exemple 18
Z +∞
Existence et calcul de In = tn e−t dt pour n ∈ N.
0
J.Gärtner 74 PC Janson
CHAPITRE 2. INTÉGRATION SUR UN INTERVALLE QUELCONQUE 2022/2023
Changement de variable
Soit a ∈ {−∞} ∪ R et b ∈ R ∪ {+∞} avec a < b. Soit f :]a, b[→ K une fonction continue
sur ]a, b[. Soit ϕ :]α, β[→]a, b[ une bijection strictement croissante de classe C 1 . Alors l’
Z β Z b
0
intégrale (f ◦ ϕ)(u)ϕ (u)du est convergente si et seulement si l’intégrale f (t)dt est
α a
convergente. Dans ce cas elles sont égales.
Démonstration. (non exigible) Les hypothèses sur ϕ permettent de voir que ϕ réalise une bijection
de ]α, β[ sur ]a, b[. Soit c ∈]a, b[. Il existe un unique γ ∈]α, β[ tel que ϕ(γ) = c. Pour montrer le
Z β Z b
résultat, on va montrer que (f ◦ ϕ)(u)ϕ0 (u)du converge si et seulement si f (t)dt converge et
γ cZ
γ
que dans ce cas les intégrales sont égales. On procède de manière analogue pour f (ϕ(u))ϕ0 (u)du
Z c α
Z y Z ϕ(y)
0
f (ϕ(u))ϕ (u)du = f (t)dt
γ c
Z y Z x
0
On en déduit que lim− f (ϕ(u))ϕ (u)du existe si et seulement si lim− f (t)dt existe et que
y→β γ x→b c
dans ce cas les limites sont égales. Ceci permet de conclure.
Soit a ∈ {−∞} ∪ R et b ∈ R ∪ {+∞} avec a < b. Soit f :]a, b[→ K une fonction continue
sur ]a, b[. Soit ϕ :]α, β[→]a, b[ une bijection strictement décroissante de classe C 1 . Alors
Z β Z b
0
les intégrales (f ◦ϕ)(u)ϕ (u)du et f (t)dt ont même nature. En cas de convergence,
α a
on a attention aux bornes !
Z β Z a
0
(f ◦ ϕ)(u)ϕ (u)du = f (t)dt
α b
Exemple 19 (Important !)
Z b
dt
L’intégrale converge si et seulement si
a (b − t)α
Exemple 20
Z 2
L’intégrale ln(2 − t)dt converge.
0
J.Gärtner 75 PC Janson
CHAPITRE 2. INTÉGRATION SUR UN INTERVALLE QUELCONQUE 2022/2023
Exemple 21
Z +∞
x Arctan (x)
Calculer dx à l’aide du changement de variable y = x1 .
0 (x2 + 1)2
Z a Z a Z a
f (t)dt = f (t)dt + f (−t)dt
−a 0 0
En particulier
Z a
• si f est paire on a f (t)dt =
−a
Z a
• si f est impaire on a f (t)dt =
−a
Z b
Attention ! Lorsque I =]a, b[ et f est continue sur I, l’existence et le calcul de f (t)dt peut
Z c Z c Z b a
Z x
s’étudier en calculant séparément f (t)dt = lim f (t)dt et f (t)dt = lim f (t)dt. Dans
a x→a x c y→b c
ces deux limites, il ne faut surtout pas utiliser la même variable.
Contre-exemple 22
Z +∞ Z x
L’intégrale sh (t)dt diverge. Pourtant, si on calcule la limite de sh (t)dt =
−∞ −x
Z x Z 0
sh (t)dt + sh (t)dt, on trouve 0 car sh est impaire...
0 −x Z y
Il faut bien comprendre qu’il y a une différence entre lim f (t)dt et
(x,y)→(−∞,+∞) x
Z x
lim f (t)dt.
x→+∞ −x
1 Relations de comparaison
Dans tout le chapitre, I est un intervalle. On cherche à comparer les fonctions au voisinage de
a ∈ R = R ∪ {−∞} ∪ {+∞}. On suppose que toutes les fonctions f : I → C sont définies au
voisinage de a, où a est un élément de I ou une borne de I. Le but est alors de comparer f : I → C
« compliquée » à g : I → C « simple ». On suppose de plus que pour tout x ∈ I r {a}, g(x) 6= 0.
J.Gärtner 76 PC Janson
CHAPITRE 2. INTÉGRATION SUR UN INTERVALLE QUELCONQUE 2022/2023
Définition 12
Remarque. On a f ∼ g ⇔ f = g + o (g).
a a
Attention au opérations autorisées ou non sur les relations de comparaison (c.f. votre cours de
PCSI). En particulier, on n’additionne pas d’équivalents, on ne compose pas les équivalents.
Remarque. On peut élever les équivalents à une puissance constante, mais pas à une puissance
variable. N’oubliez pas que pour manipuler ax avec a ∈ R+∗ et x ∈ R, il faut revenir à la définition
ax = ex ln(a) .
Soit α, β, γ ∈ R+∗ . On a
et
β 1 γx 1
ln (x) = o e = o α
x→0 xα x→0 |x|
Proposition 24
J.Gärtner 77 PC Janson
CHAPITRE 2. INTÉGRATION SUR UN INTERVALLE QUELCONQUE 2022/2023
Proposition 25
x→0
2 Développements limités
Généralités
Définition 13
J.Gärtner 78 PC Janson
CHAPITRE 2. INTÉGRATION SUR UN INTERVALLE QUELCONQUE 2022/2023
Proposition (?) 26
Remarque. Attention ! Dans la formule (1 + x)α , α est un réel fixé, qui ne peut pas dépendre
de x.
Méthode 7
n
ak (x − a)k + o ((x − a)n ), et si ap 6= 0, alors
P
Soit p, n ∈ N avec p 6 n. Si f (x) =
a k=p
f (x) ∼ ap (x − a)p . Pour déterminer un équivalent de f en a, il suffit de calculer un
x→a
développement limité de f en a et conserver son terme de plus bas degré.
Exemple 23
ex − 1 − x x
On a ∼ .
x x→0 2
J.Gärtner 79 PC Janson
CHAPITRE 2. INTÉGRATION SUR UN INTERVALLE QUELCONQUE 2022/2023
Exercice. Soit f ∈ C 2 ([−1, 1], R). Montrer que f (h) + f (−h) − 2f (0) = O h2 .
0
1
Exercice (Inverse). Déterminer le développement limité à l’ordre 3 en 0 de x 7→ e2x +1 .
Exercice (Quotient avec dénominateur qui s’annule). Déterminer le développement limité à l’ordre
3
3 en 0 de x 7→ shsin(x)−x
(x)
.
Remarque. Il peut être utile de manipuler des développements limités avec des restes en O. En
effet, si f admet un développement limité à tout ordre en a ∈ I, on a pour tout n
n
X
ak (x − a)k + O (x − a)n+1
f (x) =
k=0
n+1
ak (x − a)k + o (x − a)n+1 , mais en général cela suffit
P
On est alors moins précis qu’en écrivant
k=0
dans l’étude des intégrales et des séries.
J.Gärtner 80 PC Janson
CHAPITRE 2. INTÉGRATION SUR UN INTERVALLE QUELCONQUE 2022/2023
Cas de [a, b[. Soit f une fonction continue par morceaux sur [a, b[ où a ∈ R et b ∈ R∪{+∞}
Z b
et à valeurs réelles positives. L’intégrale f (t)dt est convergente si et seulement si
a
[a, b[ → R Z x
la fonction F : est majorée.
x 7→ f (t)dt
a
Ce résultat est analogue au résultat que vous connaissez sur les séries numériques. En revanche,
en général la convergence d’une intégrale ne donne quasiment aucune information sur les limites
de la fonction intégrée. Elles peuvent même ne pas exister.
Exemple 24
1 si ∃n ∈ N∗ , x ∈ n − 1 1
f : x 7→ 2n2 , n + 2n2
0 sinon
Z +∞
Montrer que f (t)dt converge. Que dire de lim f (x) ?
0 x→+∞
Remarque.
Z +∞ L’exemple ci-dessus donne un autre contre-exemple au fait que la convergence de
f (t)dt ne donne pas d’information sur lim f (x) ; on pourrait même donner un exemple de
0 x→+∞
fonction continue par morceaux non bornée sur [0, +∞[ dont l’intégrale sur [0, +∞[ est convergente.
J.Gärtner 81 PC Janson
CHAPITRE 2. INTÉGRATION SUR UN INTERVALLE QUELCONQUE 2022/2023
Z b
Soit f une fonction continue par morceaux sur I, à valeurs dans K. L’intégrale f (t)dt
Z b a
est dite absolument convergente lorsque l’intégrale |f (t)| dt est convergente. Dans
a
ce cas on dit que f est intégrable sur I.
Z b Z b
Remarque. Attention ! il ne faut pas confondre |f (t)| dt et f (t)dt .
a a
Z b
Soit I de la forme [a, b[, ]a, b] ou ]a, b[. Soit f ∈ Cpm (I, K). Si l’intégrale f (t)dt est
a
absolument convergente, alors elle est convergente et on a :
Z b Z b
f (t)dt 6 |f (t)| dt
a a
Démonstration. Pour changer, on se place par exemple dans le cas de I =]a, b].
• Cas d’une fonction réelle. On pose f + = max(f, 0) et f − = max(−f, 0). On a vu à l’exercice 2 que
f + et f − restaient continues par morceaux sur I. Ces fonctions sont par construction positives et
vérifient |f | = f + + f − . Ainsi
0 6 f + 6 |f | et 0 6 f − 6 |f |
J.Gärtner 82 PC Janson
CHAPITRE 2. INTÉGRATION SUR UN INTERVALLE QUELCONQUE 2022/2023
Z Z
Remarque. Si f est intégrable sur I, on peut noter son intégrale f ou f (t)dt.
I I
Méthode 8
Z b Z b
Pour montrer que f (t)dt converge, il suffit de montrer que |f (t)| dt converge ; on
a a
dispose pour cela d’outils spécifiques aux fonctions positives (c.f. ci-dessous).
Exemple 25
+∞
ei ln(t)
Z
L’intégrale √ dt converge.
1 t t
Proposition 30
Z
Soit f une fonction continue et intégrable sur un intervalle I. Si |f (t)| dt = 0, alors
I
f est nulle sur I.
Proposition 31
L’ensemble L1 (I, K) des fonctions continues par morceaux et intégrables sur I, à valeurs
dans K, est un sous-espace vectoriel de Cpm (I, K).
Contre-exemple 26
Attention, il est possible que la fonction f ait une intégrale convergente sans être inté-
grable. C’est le cas de la fonction x 7→ sinx x sur R+ étudié plus loin.
Exercice. Soit f ∈ L1 (I). Peut-on affirmer que f 2 ∈ L1 (I) ? La réciproque est-elle vraie ?
Montrer que l’ensemble L2 (I) des fonctions continues par morceaux sur I dont le carré est
intégrable sur I est un sous-espace vectoriel de Cpm (I).
J.Gärtner 83 PC Janson
CHAPITRE 2. INTÉGRATION SUR UN INTERVALLE QUELCONQUE 2022/2023
2 Comparaison de fonctions
1. Soit a ∈ R et b ∈ R ∪ {+∞} tels que a < b. Soient f et g continues par morceaux sur
[a, b[, à valeurs dans K.
• Si |f | 6 |g|, alors l’intégrabilité de g sur [a, b[ implique celle de f sur [a, b[.
• Si f (x) = O (g(x)), alors l’intégrabilité de g sur [a, b[ implique celle de f sur [a, b[.
b
• Si f (x) = o (g(x)), alors l’intégrabilité de g sur [a, b[ implique celle de f sur [a, b[.
b
• Si f (x) ∼ g(x), alors l’intégrabilité de g sur [a, b[ est équivalente à celle de f sur
x→b
[a, b[.
2. Soit a ∈ {−∞} ∪ R et b ∈ R tels que a < b. Soient f et g continues par morceaux sur
]a, b], à valeurs dans K.
• Si |f | 6 |g|, alors l’intégrabilité de g sur ]a, b] implique celle de f sur ]a, b].
• Si f (x) = O (g(x)), alors l’intégrabilité de g sur ]a, b] implique celle de f sur ]a, b].
a
• Si f (x) = o (g(x)), alors l’intégrabilité de g sur ]a, b] implique celle de f sur ]a, b].
a
• Si f (x) ∼ g(x), alors l’intégrabilité de g sur ]a, b] est équivalente à celle de f sur
x→a
]a, b].
intégrable sur [a, b[. On en déduit que la fonction x 7→ |f (t)| dt, qui est croissante sur [a, b[, y
Z b a
1. On affirme ici qu’une fonction qui tend vers 0 en un point est bornée au voisinage de ce point...
J.Gärtner 84 PC Janson
CHAPITRE 2. INTÉGRATION SUR UN INTERVALLE QUELCONQUE 2022/2023
Soit a ∈ R et b ∈ R ∪ {+∞} tels que a < b. Soient f et g continues par morceaux sur
[a, b[, à valeurs dans K.
• Supposons que |f | 6 |g|. Si f n’est pas intégrable sur I, alors g n’est pas intégrable sur
I.
• Supposons f (x) = O (g(x)). Si f n’est pas intégrable sur I, alors g n’est pas intégrable
b
sur I.
• Supposons f (x) = o (g(x)). Si f n’est pas intégrable sur I, alors g n’est pas intégrable
b
sur I.
Méthode 9
Pour étudier l’intégrabilité d’une fonction on peut commencer par simplifier son expres-
sion à l’aide d’un équivalent (si besoin à l’aide de développements limités) puis chercher
à la comparer à une fonction de référence. Rappelons que les fonctions de référence sont :
• t 7→ t1α avec α ∈ R, qui est intégrable en +∞ si et seulement si α > 1.
• t 7→ t1α avec α ∈ R, qui est intégrable en 0 si et seulement si α < 1.
• t 7→ e−αt avec α ∈ R, qui est intégrable en +∞ si et seulement si α > 0.
• t 7→ ln(t) qui est intégrable en 0.
Remarque. Dans le cas d’intégrales impropres sur [a, b[ avec b ∈ R, on peut être amené à effectuer
un changement de variable du type u = t − b ou u = b − t pour utiliser une de ces intégrales de
référence.
Mais dans le cadre du programme actuel, on peut utiliser sans démonstration que si a ∈ R,
1
t 7→ |t−a|α est intégrable en a si et seulement si α < 1.
Méthode 10
Dans le cas d’une intégrale impropre sur ]a, b[, si on peut étudier séparément l’intégrale
sur ]a, c] et sur [c, b[ avec c ∈]a, b[.
Exemple 28
Z +∞
2
e−t dt
0
J.Gärtner 85 PC Janson
CHAPITRE 2. INTÉGRATION SUR UN INTERVALLE QUELCONQUE 2022/2023
Exemple 29
Z +∞
dx
2 ln(x)ln(x)
Exemple 30
Z +∞ x+ x1
1
1+ dx
1 x
Exemple 31
Z +∞
ln(1 + x)
√ dx.
0 x x
Exemple 33 (Fonctions équivalentes dont les intégrales n’ont pas même nature)
Soit f : t 7→ √t
sin
+ 1
et g : t 7→ √ t.
sin
Ces fonctions sont continues par morceaux sur R+∗ .
t t t
R +∞ cos t
L’intégrale de g sur [1, +∞[ converge. Elle a en effet (ipp) même nature que 1 t3/2
dt
qui est absolument convergente donc convergente.
L’intégrale de f est divergente car somme d’une intégrale convergente et d’une intégrale
divergente (revenir à la définition d’intégrale pour s’en assurer). De plus 1t = o √1t
t→+∞
donc f et g sont équivalentes en +∞ (attention, on dépasse le cadre du programme ici
car on ne peut pas « simplement » vérifier que fg → 1).
Exercice. Soit f une fonction continue par morceaux sur [a, +∞[. On suppose que f admet une
Z +∞
∗
limite ` ∈ R en +∞. Que dire de f (t)dt ?
a
Proposition 33
J.Gärtner 86 PC Janson
CHAPITRE 2. INTÉGRATION SUR UN INTERVALLE QUELCONQUE 2022/2023
1
Remarquons que c’est ce qu’on utilise pour affirmer que x 7→ |x−a|α est intégrable en a ∈ R ssi
α < 1!
Z +∞
sin x
Étude de dx
0 x
sin x
La fonction f : x 7→ x est continue sur R+∗ et se prolonge par continuité en 0. Ainsi l’intégrale
Z +∞ Z 1
f (t)dt est impropre en 0 et en +∞, mais l’intégrale f (t)dt converge. Une intégration par
0 Z X Z X 0 Z +∞
cos t X cos t cos t
parties donne f (t)dt = [− ]1 + 2
dt. L’intégrale dt converge absolument
1 t t t2
Z1 +∞ 1
sin t
donc converge, et lim cosXX = 0 donc dt est convergente.
X→+∞ 1 t
Remarquons que l’on ne peut pas faire cette intégration par parties sur ]0, +∞[ car l’intégrale
Z 1
cos t
dt diverge. Le problème pourrait être réglé en choisissant t 7→ 1 − cos t comme primitive
0 t2
de t 7→ sin t plutôt que t 7→ − cos t.
Z +∞
sin t
L’intégrale dt n’est pas absolument convergente (autrement dit la fonction t 7→ sin(t) t
1 t
n’est pas intégrable en +∞). C’est ce qu’on appelle une intégrale semi-convergente (leur étude
n’est pas un objectif du programme).
Une méthode pour le montrer pourrait être d’utiliser une comparaison série/intégrale (c.f. cours
sur les séries numériques) ou le raisonnement suivant :
si t > 1, sin(t) ∈ [−1, 1] donc |sin t| > sin2 t > 0. Or sin2 t = 1−cos(2t)
2 et on a donc
|sin t| 1 − cos(2t)
∀t > 1, > >0
t 2t
Z +∞
cos(2t)
Or en procédant par une intégration par parties comme ci-dessus, on montre que dt
1 2t
Z +∞
dt
converge, alors que diverge. Ainsi on a minoré |sint t| par une fonction dont l’intégrale sur
1 2t
Z +∞
|sin t|
[1, +∞[ diverge et dt diverge.
1 t
Intégrale de Fresnel
1−cos(x2 )
Soit 0 < a < b, u(x) = 1
x et v(x) = 2 (donc v 0 (x) = x sin(x2 )). On effectue une
intégration par parties :
b b
1 − cos(x2 ) b 1 − cos(x2 )
Z Z
sin(x2 )dx = [ ]a + dx
a 2x a 2x2
2
4 1−cos(a ) 1−cos(b2 ) 1−cos(b2 )
Comme cos(a2 ) = 1− a2 +o a4 on a lim 1
2a = 0. De plus, 2b 6 b donc lim 2b =
a→0 b→+∞
0. Le crochet de l’intégration
Z +∞ Z +∞ par parties a donc une limite en 0 et en +∞. Ainsi les intégrales
1 − cos(x2 ) 2
2
sin(x )dx et 2
dx ont même nature. Or d’une part lim 1−cos(x 2x 2
)
= 0 donc
0 0 x x→0
Z +∞
2 1 − cos(x2 )
x 7→ 1−cos(x
2x2
)
se prolonge par continuité en 0 donc l’intégrale dx est faussement
0 x2
2
impropre en 0. D’autre part 1−cos(x 2x2
)
6 x12 et x 7→ x12 est intégrable sur [1, +∞[ donc l’intégrale
J.Gärtner 87 PC Janson
CHAPITRE 2. INTÉGRATION SUR UN INTERVALLE QUELCONQUE 2022/2023
+∞ Z +∞
1 − cos(x2 ) 1 − cos(x2 )
Z
dx converge absolument donc converge. On en déduit que dx,
1 2x2 0 x2
Z +∞
donc que sin(x2 )dx converge.
0
Z +∞ −(t2 +i)x2
e
Profitons-en. Les 5/2 pourront étudier la fonction f : x 7→ dy. En montrant
0 t2 + i
1. que f est de classe C 1 sur R+∗ ,
Z +∞
2 2
−ix2
0
2. que f : x 7→ −2xe e−t x dt,
0
+∞ √
√
Z
2 π 2
3. en se rappelant que e−t dt = donc que f 0 : x 7→ − πe−ix
0 2
4. en montrant que lim f (x) = 0,
x→+∞
Z +∞
5. donc que f 0 (t)dt = lim f (x) − f (0) = −f (0)
0 x→+∞
+∞ +∞
√
Z Z
−ix2 dt
6. et donc que − π e dx = −
0 0 t2 +i
Z +∞ 2 Z +∞
u du
7. ensuite on pose I = du et J = . On montre
0 u4 + 1 0 u4 + 1
(a) en posant v = 1/u que I = J
2(u2 +1) 1√ 1√
(b) En remarquant que u4 +1 = u2 −u 2+1
+ u2 +u 2+1
que
√ √ √ √
2(I + J) = 2[Arctan (u 2 − 1) + Arctan (u 2 + 1)]+∞
0 =π 2
π
(c) donc que I = J = 2√ 2
.
Z +∞ +∞ +∞
√ u2 − i 1−i
Z Z
−it2 du
8. Bref π e dt = = du = I − iJ = √ π.
0 0 u2 + i 0 u4 + 1 2 2
+∞
r
π1−i
Z
2
9. Donc e−it dt = . Ensuite en regardant attentivement la partie réelle de cette
0 2 2
intégrale, on devrait pouvoir conclure que
+∞
Z r
2 1 π
sin(t )dt =
0 2 2
Est-ce que cela pourrait faire l’objet d’un problème de concours ? Peut-être...
J.Gärtner 88 PC Janson
CHAPITRE 2. INTÉGRATION SUR UN INTERVALLE QUELCONQUE 2022/2023
Proposition 34
Si f, g ∈ L2 (I, K), alors f g ∈ L1 (I, K). Ainsi L2 (I, K) est un sous-espace vectoriel de
Cpm (I, K),
Démonstration. La fonction nulle est clairement continue par morceaux et de carré intégrable sur
2 2 2 2
I. Si f, g ∈ L2 (I, K) et α ∈ K, alors |αf | = |α| |f | donc |αf | est intégrable et αf ∈ L2 (I, K).
De plus on a vu que f g était continue par morceaux sur I et on sait (inégalité classique !)
que
2 2
|f (t)| + |g(t)|
∀t ∈ I, |f (t)| |g(t)| 6
2
2 2
Par linéarité des intégrales convergentes, on sait que t 7→ |f (t)| +|g(t)|
2 est intégrable donc par
majoration, |f g| est intégrable.
Comme (f +g)2 = f 2 +g 2 +2f g est somme de fonctions intégrables, f +g est de carré intégrable,
ce qui permet de conclure que L2 (I, K) est un sous-espace vectoriel de Cpm (I, K).
Contre-exemple 34
Contre-exemple 35
Le contre-exemple ci-dessus montre qu’on n’a pas d’inclusion de L1 (]0, 1], R) dans
L2 (]0, 1], R). À l’aide de la fonction t 7→ 1t , on voit qu’on n’a pas d’inclusion de
L2 ([1, +∞[, R) dans L2 ([1, +∞[, R).
Proposition 35
L’ensemble L2C (I, R) = LZ2 (I, R) ∩ C 0 (I, R) est un R-espace vectoriel. Si on pose pour
f, g ∈ L2C (I, R), hf, gi = f g on définit un produit scalaire. On a donc construit ainsi
I
un espace préhilbertien réel.
Démonstration. Exercice.
Remarque. Attention ! La même application bilinéaire symétrique et positive peut être définie
sur L2 (I, R), mais elle ne sera pas définie (le théorème de stricte positivité de l’intégrale fait
intervenir de manière cruciale la continuité de la fonction intégrée).
Même si on n’est pas en général dans le cadre d’un espace préhilbertien réel, on a
néanmoins l’inégalité de Cauchy-Schwarz pour les fonctions de L2 (I, R).
J.Gärtner 89 PC Janson
CHAPITRE 2. INTÉGRATION SUR UN INTERVALLE QUELCONQUE 2022/2023
Démonstration. La preuve est analogue Zà celle de PCSI, ou que l’on fera de nouveau en algèbre
bilinéaire. On pose, pour λ ∈ R, P (λ) = (f + λg)2 . La fonction P est positive, et s’exprime aussi,
I
par linéarité et en utilisant les propositions précédentes qui garantissent que toutes les intégrales
considérées convergent : Z Z Z
P (λ) = f 2 + 2λ f g + λ2 g 2
I I I
On distingue alors deux cas :
Z
1. Si g 2 = 0, alors P est une fonction affine positive donc nécessairement son coefficient directeur
Z I
2 f g = 0 et on a donc immédiatement l’inégalité cherchée qui s’écrit 0 6 0.
I
2. Sinon, P est une fonction polynomiale de degré 2 toujours positive. Elle n’admet donc pas deux
racines distinctes et son discriminant ∆ est nécessairement négatif ou nul. Ainsi
Z 2 Z Z
4 fg −4 f2 g2 60
I I I
Remarque (Pour les connaisseurs). Le cas d’égalité dans l’inégalité de Cauchy-Schwarz, nécessite
d’être dans le cadre d’un espace préhilbertien réel. Il est donc valable dans L2C (I, R) mais pas dans
L2 (I, R).
Exercice. Soit f ∈ C 1 (R, R) et g : t 7→ tf (t). On suppose que f 0 et g sont dans L2 (R, R).
1. Montrer que f ∈ L2 (R, R).
Z A Z A
2. Soit A > 0. Montrer que f 2 (t)dt = Af (A)2 − 2 g(t)f 0 (t)dt.
0 0
3. En déduire que lim tf 2 (t) existe et est réelle.
t→+∞
J.Gärtner 90 PC Janson
Chapitre 3
Objectifs :
• Comparaison série/intégrale.
• Formule de Stirling.
• Règle de d’Alembert.
• Théorème spécial des séries alternées (avec majoration et signe du reste).
• Produit de Cauchy de deux séries absolument convergentes.
Dans le chapitre, et comme d’habitude, K désigne soit R, soit C. Lorsque les énoncés ne sont
valable que dans le cas des suites ou séries de nombres réels, on écrira systématiquement que les
suites considérées sont à valeurs réelles : on prendra garde aux propriétés qu’on ne peut pas écrire
dans C comme les inégalités.
Exercice. La suite (un ) définie pour tout n ∈ N par un = einπ/15 est-elle convergente ?
2n
1
P
Exercice. Déterminer à l’aide d’un encadrement lim 2.
n→+∞ k=n+1 k
Exercice. Soit (un ) la suite définie par u0 > 0 et ∀n ∈ N, un+1 = un +e−un . Déterminer lim un .
n→+∞
√
√ (un ) est définie par +u0 > 0 et ∀n ∈ N, un+1 = un . √
Exercice. Tous les termes sont positifs.
f : x 7→ x est croissante sur R . (un ) est monotone et u0 6 u1 = u0 ⇔ u0 ∈ [0, 1]. La suite est
donc croissante si u0 ∈ [0, 1], décroissante sinon.
• Si u0 = 0 (un ) est constante.
91
CHAPITRE 3. COMPLÉMENTS SUR LES SÉRIES NUMÉRIQUES 2022/2023
• Si u0 ∈]0, 1], on montre par récurrence que pour tout n, un ∈]0, 1]. Comme (un ) est strictement
croissante et majorée par 1, elle converge vers 1, seul point fixe de f dans ]0, 1].
• Si u0 > 1, on montre par récurrence que pour tout n, un > 1. Alors (un ) est décroissante et
minorée par 1, elle converge vers 1, seul point fixe de f dans [1, +∞[.
1
Exercice. Soit (un ) définie par u0 = et ∀n ∈ N, un+1 = (1 − un )2 .
2
1. Montrer par récurrence que tous les termes de cette suite sont dans [0, 1].
2. Etudier les variations de f : x 7→ (1−x)2 sur [0, 1]. Que peut-on en déduire quant au comportement
de (u2n ) et (u2n+1 ) ?
3. En étudiant le sens de variation de (u2n ) et (u2n+1 ), montrer que (un ) diverge. (on montrera que
lim u2n 6= lim u2n+1 ).
n √ n √
Exercice. Soit n ∈ N∗ . On pose un = √1 √1
P P
k
− 2 n et vn = k
− 2 n + 1.
k=1 k=1
Exercice.1. Montrer que pour tout n > 3 il existe un unique réel xn ∈ [1, 2] tel que xn = n ln(xn ).
2. On note fn : x 7→ x − n ln(x). Montrer que pour tout x ∈ [1, 2] et n > 3, on a fn+1 (x) 6 fn (x).
3. En déduire que (xn ) est monotone, et préciser sa monotonie.
4. Montrer que (xn ) converge, et préciser sa limite.
1+un
5. On pose pour tout n > 3, un = xn − 1. Montrer que un = e n − 1.
6. En remarquant que un = o (1), montrer que un = n1 + o n1 .
7. Donner un développement de la forme un = n1 + na2 + o n12 où a est un réel que vous expliciterez.
Soit (un ) ∈ KN . On appelle série de terme général un la suite (Sn )n définie par
n
X
Sn = u0 + · · · + un = uk
k=0
Pour tout n, un est appelé terme d’indice n et Sn est la somme partielle d’ordre (ou
P P
d’indice) n. On note un (ou un ) la série de terme général un .
n>0
J.Gärtner 92 PC Janson
CHAPITRE 3. COMPLÉMENTS SUR LES SÉRIES NUMÉRIQUES 2022/2023
P
Soit (un ) ∈ KN . On dit que la série un est convergente lorsque la suite (Sn )n de ses
sommes partielles converge. La limite S de cette suite est alors appelée somme de la série
+∞
P
et notée un . Ainsi
n=0
n
X +∞
X
lim uk = uk
n→+∞
k=0 k=0
P
Si un ne converge pas, on dit qu’elle diverge. Étudier la nature d’une série, c’est
déterminer si elle converge ou non.
P+∞
Remarque.1. Attention ! : Comme toute limite la notation n=0 un ne peut être utilisée P qu’après
avoir démontré
P la convergence de la série. Ainsi il ne faut pas confondre les notations un ou
parfois u
n>0 n qui désigne la série de terme général un et la valeur de sa somme en cas de
P+∞
convergence qui est n=0 un .
P
2. Si la série est définie à partir d’un terme général un avec n plus grand que l, on note n>l un la
P+∞
série de terme général un et n=l un son éventuelle somme.
3. Ne pas confondre « nature » et « somme » d’une série. Déterminer la nature d’une série, c’est
dire si elle est convergente ou divergente. C’est ensuite un autre problème que de calculer sa somme
en cas de convergence. Il est d’ailleurs fréquent que l’on puisse prouver la convergence d’une série
sans pouvoir en calculer la somme.
Commençons par remarquer que le comportement (la nature) d’une série de dépend pas de ses
premiers termes.
Proposition 1
P P
Si (un ) et (vn ) ne diffèrent que d’un nombre fini de termes, alors un et vn on même
nature.
P P
Démonstration. Notons Un les sommes partielles de un et Vn les sommes partielles de vn .
Puisqu’il existe n0 tel que pour n > n0 on ait un = vn , on a Un − Un0 = Vn − Vn0 . Ainsi les suites
(Un ) et (Vn ) diffèrent d’une constante et sont de même nature.
Remarque. Mais contrairement à une suite classique, si l’on change un nombre fini de termes
d’une série convergente, la limite n’est plus la même ! Ainsi la nature reste la même mais la
somme est différente a priori.
J.Gärtner 93 PC Janson
CHAPITRE 3. COMPLÉMENTS SUR LES SÉRIES NUMÉRIQUES 2022/2023
P +∞
P
Soit un une série convergente de somme S = un . Pour p ∈ N, notons Sp la somme
n=0
partielle d’ordre p et Rp le reste d’ordre p. Alors on a
• Pour tout p ∈ N, S = Sp + Rp ,
• lim Rp = 0.
p→+∞
Remarque. Attention ! la nature du reste n’est pas une condition suffisante à la convergence
d’une série : pour pouvoir considérer le reste il faut commencer par prouver que la série est conver-
gente.
2 Linéarité de la somme
Proposition 3
P P P P
Soit P un et vn deux séries, et λ, µ ∈ K. Alors Si un et vn convergent,
alors (λun + µvn ) converge et
+∞
X +∞
X +∞
X
(λun + µvn ) = λ un + µ vn
n=0 n=0 n=0
P P P P
Remarque. Si zn converge, alors zn converge (car les séries réelles Re (zn ) et (− Im (zn ))
P+∞ P+∞ P+∞ P
convergent) et on a : n=0 zn = n=0 Re (zn ) − i n=0 Im (zn ) = n∈N zn . En effet pour la
première égalité, nous passons au conjugué dans le résultat précédent et pour la deuxième inégalité,
cela provient de la linéarité de la somme.
J.Gärtner 94 PC Janson
CHAPITRE 3. COMPLÉMENTS SUR LES SÉRIES NUMÉRIQUES 2022/2023
1
diverge, mais lim n1 = 0.
P
La série n
Définition 4
Pgénéral un d’une série ne tend pas vers 0, cette série est divergente. On dit
Si le terme
alors que un diverge grossièrement.
Exemple 2
(−1)n et sin( nπ
P P
Les séries 2 ) divergent grossièrement.
P
Remarquons que plus généralement, si un converge, alors
∀p ∈ N, lim Sn+p − Sn = 0
n
3 Séries de référence
Séries géométriques
z n vaut
P
Remarque. Soit p ∈ N. Alors la somme partielle Sp d’ordre p de la série
Sp =
Rp =
Exemple 3
P sin(n)
Convergence et somme de 2n .
J.Gärtner 95 PC Janson
CHAPITRE 3. COMPLÉMENTS SUR LES SÉRIES NUMÉRIQUES 2022/2023
Séries télescopiques
Soit (un ) une suite réelle. Alors la suite (un ) converge si et seulement si la série de terme
général un+1 − un converge. En cas de convergence, on a
+∞
X
(un+1 − un ) =
n=0
p
P
Remarque. Soit p ∈ N, alors (uk+1 − uk ) =
k=0
Exemple 4
a
Après avoir trouvé a et b tels que ∀x ∈ R+∗ , 1
x(x+1) = x + xb , déterminer la nature et la
1
P
somme de n(n+1) .
n>1
Exemple 5
1
P
Donner la nature et la somme (si elle existe) de la série n>1 ln 1 + n .
Séries de Riemann
Définition 5 (Séries de Riemann)
1
P
On appelle série de Riemann une série de la forme nα où α ∈ R est fixé.
n>1
Contre-exemple 6
1
P
La série 1 n’est pas une série de Riemann. Déterminez sa nature...
n1+ n
P 1
Soit α ∈ R. La série est convergente si et seulement si α > 1.
nα
Série exponentielle
Un avant goût du cours sur les séries entières.
J.Gärtner 96 PC Janson
CHAPITRE 3. COMPLÉMENTS SUR LES SÉRIES NUMÉRIQUES 2022/2023
P zn
Pour tout z ∈ C, la série n! converge et
+∞ k
X z
= exp(z)
k!
k=0
1
6 sup z n+1 exp(zx)
(n + 1)! 06x61
n n+1
X zk |z|
exp(z) − 6 exp(|a|)
k! (n + 1)!
k=0
|z|n+1
Or on sait que lim (n+1)! = 0 donc par théorème d’encadrement, on obtient le résultat.
n→+∞
J.Gärtner 97 PC Janson
CHAPITRE 3. COMPLÉMENTS SUR LES SÉRIES NUMÉRIQUES 2022/2023
Exemple 7
1 1
La série de terme général un = 2 est convergente. En effet, si n > 2 on a 2 6
n n
1 1 1
= − . On en déduit que
n(n − 1) n−1 n
n
X 1 1 1
Sn 6 1 + − 61+1− 62
k−1 k n
k=2
+∞
P
Remarque. Dans le programme de PCSI de 2021, on autorise l’écriture un = +∞ lors que
P n=0
un est une série positive divergente. En cas de manipulation de sommes infinies, on utilise les
règles de calcul usuelles :
1. L’ordre usuel est respecté (tout nombre réel est plus petit que +∞).
2. Si x ∈ R alors x + ∞ = +∞.
+∞ siλ > 0
3. Si λ ∈ R alors λ × (+∞) = 0 si λ = 0 .
−∞ si λ < 0
4. On prend garde au fait que l’opération +∞ − ∞ n’est pas définie.
Remarque. Lorsqu’on étudie la nature d’une série à termes positifs, on peut commencer par
déterminer un équivalent du terme général un ce qui permet d’étudier une série plus simple.
N’oubliez pas qu’on peut utiliser des développements limités pour cela.
Exercice. Écrire les contraposées des implications du théorème.
Remarque. Attention ! La règle des équivalents ne fonctionne que pour les séries dont le terme
général est de signe constant à partir d’un certain rang.
Contre-exemple 8
n
On démontrera plus loin que so un = (−1) 1
P
√ et vn = un + n alors un converge et
P1 P n
un ∼ vn . Pourtant n diverge donc v n diverge.
J.Gärtner 98 PC Janson
CHAPITRE 3. COMPLÉMENTS SUR LES SÉRIES NUMÉRIQUES 2022/2023
Méthode 1
Pour comparer le terme général d’une série à termes strictement positifs avec le terme
général d’une série de Riemann, on étudie lim nα un = u1αn .
n→+∞ n
1
• Si pour α 6 1 on a lim nα un = +∞, alors lim unαn = 0 et donc n1α = o (un ) et donc
P n→+∞ n→+∞
un diverge.
• Si pour α > 1, on a lim nα un = lim u1αn 0, alors un = o n1α et
P
un converge.
n→+∞ n→+∞ n
• Si lim nα un = ` ∈ R+∗ , alors un ∼ n`α a même nature que 1
P
n→+∞ nα donc converge si et
seulement si α > 1.
Exemple 9
1 1 1
La série de terme général un = sin diverge car sin ∼ > 0. Donc un est positive à
n n n
P P1
partir d’un certain rang et un est de même nature que .
n
P ln(n)
Exercice. Nature de la série √ .
2n n
ln(n)− ln(n) .
P
Exercice. Nature de la série
P
Exercice. Nature de la série n ln(1 + n1 ) − cos( √1n ) .
2
√1 , e−n .
P P
Exercice. Étudier la nature de n
de
Exemple 10
n
Soit n ∈ N∗ et tn = 1
P P
k − ln(n). Montrer que (tn+1 − tn ) converge, et en déduire qu’il
k=1
n
1
P
existe une constante γ ∈ R telle que =
k n→+∞ ln n + γ + o (1). Ce nombre γ s’appelle
k=1
la constante d’Euler.
Contre-exemple 11
1
P
Impossible d’utiliser cette méthode pour étudier n ln n .
P
P 2 Soit (un ) une suite à termes positifs tels que la série
Exercice. un converge. Montrer que la
série un converge.
J.Gärtner 99 PC Janson
CHAPITRE 3. COMPLÉMENTS SUR LES SÉRIES NUMÉRIQUES 2022/2023
Remarque.P Dans le programme de PCSI de 2021, on dit que la suite (un ) est sommable lorsque
la série un est absolument convergente. Ce vocabulaire est utile pour les probabilités.
Exemple 12
einθ
P
Soit θ ∈ R, n2 est absolument convergente.
n>1
P P
Soit (un ) une suite réelle ou complexe. Si un est absolument convergente, alors un
converge.
Autrement dit « Pour qu’une série soit convergente il suffit qu’elle soit absolument
convergente ».
Exemple 13
P (−1)n ln(n)
La série en converge car elle est absolument convergente.
Contre-exemple 14
(−1)n+1 n
Pour n ∈ N∗ , soit un = − (−1)
P
√
n+1
√
n
. La série un converge (série télescopique) mais
2(−1)n+1
un ∼ √
n
donc |un | ∼ √2n qui est le terme général d’une série divergente.
Remarque. Dans le cas où la série converge sans être absolument convergente, on parle de série
semi-convergente. L’étude de séries semi-convergentes n’est pas un objectif du programme.
Méthode 2
Pour étudier la nature d’une série numérique, on peut commencer par étudier sa conver-
gence absolue : on manipule alors des séries à termes positifs.
Proposition 13
P +∞
P +∞
P
Soit (un ) ∈ KN . Si un converge absolument, alors un 6 |un |.
n=0 n=0
n f ( n1 ) − f (− n1 ) − 2f 0 (0) converge.
Exercice. Soit f ∈ C 3 ([−1, 1], R). Montrer que la série
P
Exercice. Écrire les encadrements que l’on obtiendrait dans le cas d’une fonction croissante.
Exemple 15
• Pour α < 0 et k ∈ [[ n + 1 ; p ]] on a
Z Z
1
6 α 6
k
En déduire que
p
1
P
1. Si α < 1 alors on a Sp = ∼
kα p→+∞
k=1
+∞
1
P
2. Si α > 1 alors on a Rn = ∼
kα n→+∞
k=n+1
Que dire dans le cas de α = 1 ?
Remarque. La proposition ci-dessus permet donc d’étudier la nature de séries, et même de dé-
terminer des équivalents de sommes partielles (cas d’une série divergente) ou de restes (cas d’une
série convergente).
Exercice (Série harmonique). Utiliser une comparaison série intégrale pour montrer que Hn =
n
1
P
k ∼ ln n. Remarquez que l’exemple 10 permet de montrer que Hn = ln n + γ + o (1).
k=1 n→+∞ n→+∞
1
P
Exercice (Séries de Bertrand). Soit β ∈ R et pour n > 3, un = n lnβ (n)
. Alors un converge si
et seulement si β > 1.
Soit (un ) une suite à termes strictement positifs à partir d’un certain rang.
1. Si uun+1
P
n
admet une limite ` < 1, alors un converge.
un+1 P
2. Si un admet une limite ` > 1 (y compris ` = +∞) alors un diverge grossièrement
(plus précisément lim un = +∞).
n→+∞
1−`
Démonstration.• Supposons que ` < 1. On écrit la définition 1 de limite avec ε = 2 > 0. Il existe
uk+1 uk+1
un rang N tel que ∀k > N, uk − ` 6 ε donc pour tout k > N on a uk − ` 6 ε. Ainsi on a
Posons q = 1+` 2 ∈]0, 1[. Soit n > N + 1. On multiplie toutes les inégalités précédentes pour
k ∈ [[ N ; n − 1 ]] :
n−1
uk+1
06 Π 6 q n−N
k=N uk
un
Autrement dit uN 6 q n−N et donc
∀n > N + 1, 0 6 un 6 uN q n−N = q n × uN q −N
Contre-exemple 16 (Cas ` = 1)
1 1
P P un+1
Soit un = n et vn = n2 . Alors un diverge et vn converge, mais lim un =
n→+∞
lim vn+1 = 1.
n→+∞ vn
un+1
Attention ! la limite de un n’existe pas forcément.
1. C’est assez souvent qu’un bon paramètre est le milieu de l’intervalle [1, `] ou [`, 1] suivant la position de `.
nα
P
3. (1+a)(1+a2 )...(1+an ) , avec a dans R+ .
n
Remarque. Sur ce dernier exemple, on voit que pour étudier un produit infini, i.e. lim Π uk
n→+∞ k=0
avec uk > 0, on passe à la forme exponentielle et on se ramène à l’étude d’une série.
Méthode 3
Exemple 17
zn
La série exponentielle est convergente ; pour tout z ∈ C∗ on a un = donc uun+1 =
n! n
|z|
n+1 → 0 < 1 et si z = 0 on n’a pas trop de soucis pour prouver que cette série converge.
nan−1 avec a ∈ R.
P
Exercice. Nature de la série
Soit (un ) une suite de signe constant. On suppose que la suite (|un |) est décroissante
P alors
et de limite nulle,
• la série alternée (−1)n un converge,
+∞
(−1)n un est du signe de son premier terme (−1)N +1 uN +1 ,
P
• le reste RN =
n=N +1
+∞
(−1)n un 6 |uN +1 |.
P
• 0 6 |RN | 6
n=N +1
N
(−1)n un . Quitte à tout multiplier par −1, on peut
P
Démonstration. Soit N ∈ N et SN =
n=0
supposer que ∀n ∈ N, un > 0. On montre alors que (S2N ) et (S2N +1 ) sont adjacentes. Soit n ∈ N.
On a S2n+2 − S2n = u2n+2 − u2n+1 6 0 et S2n+3 − S2n+1 = −u2n+3 + u2n+2 > 0. Comme
S2n+1 − S2n = u2n+1 → 0 on a que P (S2n ) et (S2n+1 ) sont adjacentes, de même limite S. Il en
résulte que (Sn ) convergeet donc que (−1)n un converge et que sa somme vaut S.
On a
∀n ∈ N, S2n+1 6 S 6 S2n
Donc R2n = S − S2n 6 0 et son premier terme est (−1)2n+1 u2n+1 = −u2n+1 6 0. Ainsi R2n est
du signe de son premier terme et
Donc |R2n | est inférieur à la valeur absolue de son premier terme. On fait de même avec R2n+1 car
S2n+1 6 S 6 S2n+2 .
+∞
(−1)n un converge, sa somme S = (−1)n un est du signe de u0
P P
Remarque. En particulier, si
n=0
et |S| 6 |u0 |.
(−1)n
La série de terme général est convergente si et seulement si α > 0. Dans le cas où
nα
α ∈]0, 1] cette série est convergente sans être absolument convergente.
P (−1)n ln n
Exercice. n .
Z +∞
sin t
Exercice. Quel est le signe de dt ?
0 t
P (−1)n
Remarque. Ce critère ne fonctionne pas dans tous les cas ! Par exemple, la série √
n+(−1)n
ne
satisfait pas les hypothèses du théorème (la décroissance en valeur absolue du terme général) mais
on a
(−1)n (−1)n (−1)n (−1)n
1 1 1
√ = √ n = √ 1− √ + +o
n + (−1)n n 1 + (−1) √ n n n n
n
n
(−1)n
(−1) 1 1
= √ − + √ +o √
n n n n n n
P (−1)n P (−1)n P 1
Comme √
n
, √
n n
convergent (séries alternées qui relèvent du théorème) et o n√n
P (−1)n n
+ (−1) 1 1
P
converge, on a √
n
√
n n
+ o n√ n
qui converge. Mais n diverge donc on en déduit
P (−1)n
que √
n+(−1)n
diverge.
Méthode 4
Il ne faut pas vouloir à tout prix appliquer directement le théorème spécial des séries
alternées. On peut commencer (comme dans la remarque ci-dessus) par travailler sur
l’expression du terme général. Il arrive souvent que l’expression de un soit compliquée –
en particulier que la monotonie de |un | soit difficile à établir – mais que l’on peut
P décom-
poser un sous la forme (−1)n vn + wn avec P vn suffisamment simple pour que (−1)n vn
vérifie le théorème des séries alternées et wn absolument convergente. Pour cela on
fait généralement un développement asymptotique à deux termes.
P (−1)n
Exercice. Nature de √ .
n3/4 +n1/4 sin(n 2)
(−1)n
√
P
Exercice. Nature de en fonction de α ∈ R.
nα +(−1)n
Définition 8
Soient (uP
P n ) et (vn ) deux suites complexes. On appelle produit de Cauchy des séries
un et vn la série de terme général
X n
X n
X
wn = up vq = up vn−p = un−p vp .
p+q=n p=0 p=0
Proposition 16
P P
Dans les condition précédentes, si les deuxPséries un et vn sont absolument conver-
gentes, alors la série produit de Cauchy wn est aussi absolument convergente et on
a:
+∞
X +∞
X +∞
X
wn = un × vn .
n=0 n=0 n=0
n
X n X
X k
|wk | = ui vk−i
k=0 k=0 i=0
n X
X k
6 |ui ||vk−i |
k=0 i=0
et
n X
X k n X
X n
|ui ||vk−i | = |ui ||vk−i |
k=0 i=0 i=0 k=i
n n
!
X X
= |ui | |vk−i |
i=0 k=i
n
X n−i
X
= |ui | |vj |
i=0 j=0
Xn
6 |ui |V1 6 U1 V1
i=0
La majoration effectuée peut être illustrée en regardant les indices de la somme double « on a
un triangle inclus dans un carré » :
P
Ainsi les sommes partielles
P de la série |wk | sont majorées par U1 V1 donc en tant que série à
termes positifs, la série |wk | converge et on a :
+∞
X
|wk | 6 U1 V1 .
k=0
k
P +∞
P
Soit w
fk = |ui ||vk−i |. Nous venons de démontrer que w
fk 6 U1 V1 .
i=0 k=0
+∞
P
On a même w
fk = U1 V1 , car :
k=0
n
X n
X X X 2n
X X
|ui | × |vj | = |ui ||vj | 6 |ui ||vj | = |ui ||vj |
i=0 j=0 06i,j6n 06k62n k=0 i+j=k
06i,j62n 06i,j62n
i+j=k
Ainsi :
n
X n
X X k
2n X 2n
X +∞
X
|ui | × |vj | = |ui ||vk−i | = w
fk 6 w
fk .
i=0 j=0 k=0 i=0 k=0 k=0
+∞
P
On a donc, puisque l’on sait déjà que w
fk 6 U1 V1 :
k=0
+∞
X
U1 V1 = w
fk .
k=0
On peut visualiser les encadrements obtenus en remarquant que l’on a un triangle inclus dans
un carré, lui-même inclus dans un triangle. Les sommes triangulaires sont des produits de Cauchy,
la somme sur le carré est le produit des sommes simples.
+∞
P
Calculons maintenant wk . On a :
k=0
!
n
X n
X 2n
X X X X
ui × vj − wk = ui vj − ui v j = ui vj
i=0 j=0 k>0 16i,j6n 06k62n 06i,j6n
06i,j62n n+16i,j62n
i+j=k
et
n
! n
2n
X X X X X X X
ui vj 6 |ui ||vj | = |ui ||vj |− |ui ||vj | = |ui | × |vj | −
w
fk .
06i,j6n 06i,j6n 16i,j6n 06k62n i=0 j=0 k>0
n+16i,j62n n+16i,j62n 06i,j62n
i+j=k
Or on a montré que le membre de droite de l’inégalité tend vers 0 quand n tend vers +∞, et
+∞
P
donc U × V = wk .
k=0
Contre-exemple 19
Si on a
(−1)n P P
un = vn = √
n
, alors les séries un et vn sont convergentes, mais
n−1 n−1
X (−1)k (−1)n−k X 1
wn = √ √ = (−1)n p
k=1
k n−k k=1
k(n − k)
Or pour n > 2,
∀k ∈ [[ 1 ; n − 1 ]] , k(n − k) 6 (n − 1)2
et
n−1 n−1
X 1 X 1
|wn | = p > =1
k(n − k) n−1
k=1 k=1
P
Ainsi (wn ) ne tend pas vers 0 et wn diverge.
0 0
Exercice. On retrouve la formule : ∀(z, z 0 ) ∈ C2 , ez+z = ez ez .
VI Quelques formules
1 Formule de Stirling
√ n n
n! ∼ 2πn
e
P (λn)n−1
Exercice. Étudier la nature de n! en fonction de λ > 0.
La démonstration de la formule de Stirling n’est pas exigible. Voici un petit problème pour y
arriver ; il utilise les intégrales de Wallis.
Z π/2
On a pose In = sinn xdx. On sait – exercice ? – que l’on obtient par deux intégrations par
0
parties successives que :
n+1
∀n ∈ N, In+2 = In
n+2
(2p)! π 4p (p!)2
∀p ∈ N, I2p = × et I2p+1 = .
4p (p!)2 2 (2p + 1)!
1
1. Commençons par établir l’existence d’un C de R∗+ tel que : n! ∼ Cnn+ 2 e−n .
n! 1
(a) Pour n dans N, on pose : un = ln 1 . Montrer que un+1 − un = O n2 .
nn+ 2 e−n
n!
(b) En déduire que lim 1 existe et elle est strictement positive.
n→+∞ nn+ 2 e−n
π
2. Montrer que I2p I2p+1 ∼
(a) 4p .
Correction :
1. Soit n ∈ N. On a :
(a)
3
!
n+
n! (n+1) 2 e−n−1
un − un+1 = ln 1 × (n+1)!
n+
n 2 e−n
1
n+1 n+ 2
= ln e−1 n
1
1 n+ 2
= ln 1+ n + ln(e−1 )
1 1
= n+ 2 ln 1 + n −1
1 1 1 1 1
= n+ 2 n − 2n2 + 3n3 +o n3 −1
1 1 1 1 1 1
+ o n13 −1
=1− 2n + 3n2 +o n2 + 2n − 4n2 + 6n3
| {z }
=o( n12 )
1 1
= 12n2 +o n2
Ainsi
1
un+1 − un = O
n2
P
(b) La série (un+1 − un ) converge (absolument) grâce à la question précédente, donc la suite
(un )n∈N∗ converge vers un réel `. Or nous avons :
n!
1 = eu n
nn+ 2 e−n
et donc
lim n!
1 = e` > 0
n→+∞ nn+ 2 e−n
n!
lim 1 existe et elle est strictement positive
n→+∞ n+
n 2 e−n
Et donc :
1
∃C ∈ R∗+ , n! ∼ Cnn+ 2 e−n
1 π
2. En utilisant les valeurs de I2p et I2p+1 , on a : I2p I2p+1 =
(a) 2p+1 × 2 et donc :
π
I2p I2p+1 ∼
4p
(b) La suite (In )n∈N est décroissante, car :
R π/2 R π/2
∀n ∈ N, In+1 − In = 0 (sinn+1 x − sinn x)dx = 0 sinn x(sin(x) − 1)dx. Or la fonction sin
est positive sur [0, π/2] et la fonction sin −1 est négative sur ce même intervalle.
I2p ∼ I2p+1
2
2 (2p)! π
I2p = ×
4p (p!)2 2
1
!2
C(2p)2p+ 2 e−2p π2
∼ ×
4p C 2 p2p+1 e−2p 4
1 1
!2
22p+ 2 p2p+ 2 π2
∼ ×
22p Cp2p+1 4
√ 2
2 π2
= √ ×
C p 4
π2
=
2C 2 p
π2 π
√
En identifiant les deux équivalents, on a : 2C 2 = 4 et donc C = 2π .
√ n n
n! ∼ 2πn
e
2 Calcul de ζ(2)
t2
On pose pour tout réel t, h(t) = − t et on définit la fonction ϕ sur [0; π] par :
2π
h(t)
ϕ(0) = −1 et ∀t ∈]0; π] , ϕ(t) =
2 sin( 2t )
1. Montrer que ϕ est continue sur [0; π].
(a)
(b) Justifier que ϕ est dérivable sur ]0; π] et calculer ϕ0 (t) pour t ∈]0; π].
(c) Montrer que ϕ est de classe C 1 sur [0; π].
Z π
? 1
2. Montrer, à l’aide d’intégrations par parties, que pour tout entier k ∈ N , h(t) cos(kt)dt = .
0 k2
n
X
3. Calculer pour n ∈ N? et t ∈]0; π] la somme cos(kt).
k=1
4. En déduire une constante λ (que vous déterminerez) telle que :
n
sin (n + 21 )t
X
?
∀n ∈ N , ∀t ∈]0; π[ , cos(kt) = −λ
k=1
2 sin( 2t )
5. Montrer à l’aide d’une intégration par parties que, pour toute fonction g de classe C 1 sur [0; π] :
Z π
lim g(t) sin(xt)dt = 0
x→+∞ 0
P+∞ 2
1 π
6. En déduire que : k=1 k2 = 6 .
t2
Correction : On pose pour tout réel t, h(t) = − t et on définit la fonction ϕ sur [0; π] par :
2π
h(t)
ϕ(0) = −1 et ∀t ∈]0; π] , ϕ(t) =
2 sin( 2t )
1. La fonction t 7→ sin( 2t ) est continue (et même de classe C ∞ ) sur ]0, π] et ne s’annule pas sur cet
(a)
intervalle. On en déduit que ϕ est continue (et même de classe C ∞ ) sur ]0, π]. De plus h(t) ∼0 −t
et 2 sin 2t ∼0 t donc lim+ ϕ(t) = −1 = ϕ(0) et ϕ est continue sur [0, π].
t→0
2
h0 (t)2 sin 2t − h(t) cos 2t ( πt − 1)2 sin 2t − ( 2π
t
− t) cos 2t
ϕ0 (t) = =
4 sin2 2t 4 sin2 2t
(c) On a
t2
( πt − 1)2( 2t + o t2 ) − ( 2π
0 − t)(1 + o (t))
ϕ (t) =0 2 2
t + o (t )
t2 t2
−t + π + t − 2π + o t2
=0
t2 + o (t2 )
1
∼0
2π
Z π Z π
1 1
h(t) cos(kt)dt = [h(t) sin(kt)]π0 − h0 (t) sin(kt)dt
0 | k {z } k 0
=0
Z π
1 [h (t) × (− 1 cos(kt))]π0 + 1
0 00
=− h (t) cos(kt)dt
k
k k 0
| {z }
1
=0 car h00 (t)= π
1 t
= [( − 1) cos(kt)]π0
k2 π
1
=
k2
2 cos( n+1 nt 1
2 t) sin( 2 ) − sin((n + 2 )t)
=
2 sin( 2t )
2 × 12 (sin( n+1
2 t+
nt
2 ) + sin( nt
2 −
n+1
2 t)) − sin((n + 21 )t)
=
2 sin( 2t )
sin((n + 12 )t) + sin(− 2t ) − sin((n + 21 )t)
=
2 sin 2t
1
=−
2
On a donc le résultat avec λ = 12 .
5. Soit x > 0. On a
Z π
1 π 0
Z
1
g(t) sin(xt)dt = [g(t) × (− cos(xt))]π0 + g (t) cos(xt)dt
0 x x 0
g(0) g(π) cos(xπ) 1 π 0
Z
= − + g (t) cos(xt)dt
x x x 0
Comme g est de classe C 1 sur le segment [0, π], la fonction g 0 est continue sur le segment [0, π]
donc y est bornée. Ainsi il existe M ∈ R tel que pour tout t ∈ [0, π] |g 0 (t) cos(xt)| 6 M . On en
déduit que Z π
|g(0)| + |g(π)| + M
g(t) sin(xt)dt 6
0 x
puis que Z π
lim g(t) sin(xt)dt = 0
x→+∞ 0
Cette égalité est une égalité entre fonctions continues sur [0, π], que l’on a prouvé pour tout
t ∈]0, π[. Elle est donc valable sur le segment [0, π]. On intègre, et par linéarité de l’intégrale on
a, d’après la question 2
n Z π
1 π
Z
X 1 1
= ϕ(t) sin((n + )t)dt − h(t)dt
k2 0 2 2 0
k=1
Comme ϕ est de classe C 1 sur [0, π] (d’après la question 1), on a d’après la question 5
Z π
1
lim ϕ(t) sin((n + )t)dt = 0
n→+∞ 0 2
On en déduit que
+∞ π
1 π 1 t3 t2 π2 π2 π2
Z
X 1
= − h(t)dt = − − = − + =
k2 2 0 2 6π 2 0 12 4 6
k=1
Contre-exemple 20
(−1)n+1
Donnons un exemple de la remarque ci-dessus. Soit un = . C’est le terme général
n
d’une série semi-convergente. On réordonne les termes en écrivant un terme d’indice
impair suivi de deux termes d’indice pair. Les premiers termes de cette nouvelle suite
(vn ) sont
1 1 1 1 1 1 1 1
1, − , − , , − , − , . . . , ,− ,− ,...
2 4 3 6 8 2n + 1 4n + 2 4n + 4
1 1 1 1 1 1
On a V3n = 1− + ··· + − = Un . Or (Un ) converge vers la
2 2 2 2n + 1 2n + 2 2
1 U
somme U de la série, et Un > donc U 6= 0. De plus on a lim V3n = . En considérant
2 P 2
(V3n+1 ) et (V3n+2 ) on pourrait montrer que vn converge, mais que sa somme est
U
6= U .
2
Objectifs :
• Éléments propres d’un endomorphisme, d’une matrice.
• Diagonalisation.
• Trigonalisation.
Dans tous le chapitre, K désigne R ou C et E est un K-espace vectoriel.
Le but de ce chapitre est de trouver des méthodes permettant de simplifier d’étude d’un endo-
morphisme u. Cela va se faire, dans le cas où l’espace considéré est de dimension finie, en cherchant
des bases dans lesquelles la matrice de u sera simple : diagonale, triangulaire ou éventuellement
« par blocs ». Par exemple, on a vu que si F et G sont deux sous-espaces supplémentaires dans E,
alors dans une base adaptée à cette
décomposition,
la matrice du projecteur u sur F parallèlement
Ip 0
à G serait de la forme diagonale , où p = dim F . On commencera par s’intéresser au cas
0 0
d’espaces stables de dimension 1, ce qui donnera la notion de vecteur propre.
Corollaire 2
Soit P ∈ K[X] de degré n ∈ N — donc non nul, alors P admet au plus n racines distinctes.
117
CHAPITRE 4. RÉDUCTION DES ENDOMORPHISMES 2022/2023
pour montrer que deux polynômes sont égaux : il suffit de vérifier, si ils sont de degrés au plus n,
qu’ils coïncident sur au moins n + 1 point.
Exemple 1
Théorème 1 (d’Alembert-Gauss)
Tout polynôme non constant de C[X] possède au moins une racine complexe.
Théorème 2
Exemple 2
• Si n = 2, U2 = {−1, 1}. √
2iπ 4iπ 2iπ 1 3
• Si n = 3, U3 = {1, e 3 ,e 3 } = {1, j, j̄}, où j = e 3 =− +i .
2 2
• Si n = 4, U4 = {1, −1, i, −i}.
• Lorsque n est pair, Un ∩ R = {−1, 1}.
• Lorsque n est impair, Un ∩ R = {1}.
Proposition 3
n−1
uk = 0. Ainsi la somme des racines n-ièmes de
P
Soit u ∈ Un différent de 1. Alors
k=0
l’unité vaut 0.
Exemple 3
1 + j + j2 = 0
n−1
Xk.
P
Exercice. Factoriser dans C le polynôme 4
k=0
Définition 3
Étant donné un nombre complexe µ, on appelle racine n-ième de µ tout nombre complexe
z tel que z n = µ.
Exercice. Donner sous forme trigonométrique toutes les solutions de l’équation z 8 = −1.
3 Racines multiples
Définition 4
Remarque. Si k = 1 on dit que a est racine simple, si k > 2 on dit que a est racine multiple.
Exemple 4
Proposition 4
Exercice. Soit P ∈ C[X] et a ∈ C. On pose Q = (X − a)(P 0 (X) − P 0 (a)) − 2(P (X) − P (a)).
Montrer que (X − a)3 divise Q, puis donner une condition nécessaire et suffisante pour que a soit
une racine de multiplicité 3 de Q.
4 Polynôme scindé
Définition 5 (Polynôme scindé)
autrement dit lorsque P peut s’écrire comme produit de facteurs de degré 1 ; si on note r
le nombre de racines distinctes, αi les racines deux à deux distinctes, ki leur multiplicité,
on a
r
P = an Π (X − αi )k .
i=1
i
Remarque. En général, si P ∈ K[X] est un polynôme non constant, αi ses racines distinctes et
r
P
ki leurs multiplicités, on a ki 6 deg(P ), avec égalité si et seulement si P est scindé sur K.
i=1
5 Relations coefficients-racines
Proposition 5 (Relations coefficients-racines)
n
ak X k ∈ K[X] un polynôme de degré n > 1, scindé sur K dont les racines
P
Soit P =
k=0
sont λ1 , . . . , λn (avec éventuellement une répétition). Alors on a
n n
an−1 a0
Π
X
λk = − et λk = (−1)n
an k=1 an
k=1
Exemple 5
Soit P ∈ C[X] non constant et n = deg(P ) > 1. Alors il existe une unique décomposition
r
à l’ordre près de P sous la forme λ Π (X − αi )ki , où λ est le coefficient dominant de P ,
i=1
les αi sont les racines deux à deux distinctes de P et ki leurs multiplicité.
Soit P ∈ R[X] non constant et n = deg(P ) > 1. Alors il existe une unique décomposition
r s
à l’ordre près de P sous la forme λ Π (X − αi )ki Π (X 2 + bi X + ci )` ,
i
où λ est le
i=1 i=1
coefficient dominant de P , les αi sont les racines réelles deux à deux distinctes de P et
ki leurs multiplicité et où les polynômes réels X 2 + bi X + ci sont deux à deux distincts,
de discriminant strictement négatif et les `i un entier naturel non nul.
Exemple 6
Démonstration.• 1 ⇒ 2 : si D = Vect (x) est stable par u, alors u(x) ∈ D donc il existe λ ∈ K tel
que u(x) = λx.
• 2 ⇒ 1 : s’il existe λ ∈ K tel que u(x) = λx, alors pour y ∈ D, que l’on écrit µx avec µ ∈ K, on a
u(y) = µu(x) = µλx ∈ Vect (x) = D.
• 2 ⇔ 3 : soit λ ∈ K. Par définition, u(x) = λx ⇔ (u − Id E )(x) = 0 ⇔ x ∈ Ker (u − λ Id E ).
Soit u ∈ L(E) et λ ∈ K.
• On dit que λ est valeur propre de u s’il existe un vecteur x non nul de E tel que
u(x) = λx.
• Dans ce cas on dit que x est un vecteur propre de u associé à λ.
Exemple 7
Si u n’est pas injective, tout vecteur non nul de Ker u est un vecteur propre de f . Le
scalaire λ est dans ce cas le nombre 0.
Exemple 8
xF = λxF + λxG
On lit sur cette matrice que f (e2 ) = 4e2 donc e2 est vecteur propre, associé au scalaire
λ = 4.
Contre-exemple 10
Remarque. Le choix de K influe sur l’existence ou non de vecteurs propres. Dans le contre-
exemple précédent, si on avait considéré que f était un endomorphisme d’un C espace vectoriel,
on aurait pu considérer e1 + ie2 qui aurait été un vecteur propre.
Remarque. Dans le cas où E est de dimension finie, λ est valeur propre de u si et seulement si
λ Id E −u est non bijective.
Définition 7 (Spectre)
L’ensemble des valeurs propres de u est appelé spectre de u et noté Sp (u) ; si l’on souhaite
préciser si l’on parle de valeurs propres réelles, on écrit Sp R (u) et pour les valeurs propres
complexes Sp C (u).
Exemple 11
0 1
La matrice A = vérifie A2 = −I2 donc X 2 + 1 annule l’endomorphisme uA
−1 0
canoniquement associé à A. Ses valeurs propres sont à trouver dans l’ensemble {−i, i}. En
particulier, on peut affirmer d’office que uA n’a pas de valeur propre réelle : Sp R (uA ) = ∅.
Remarque. Attention ! L’espace Eλ (u) est constitué du vecteur nul (qui n’est jamais un vecteur
propre) et de tous les vecteurs propres de u associé à λ.
En particulier, le sous-espace propre associé à la valeur propre 0 est Ker (u). Ainsi u est non
injective si et seulement si 0 est valeur propre de u.
Exemple 12
Exercice.1. On rappelle qu’un endomorphisme u est dit nilpotent lorsqu’il existe p ∈ N tel que
up = 0L(E) . Quel est le spectre d’un endomorphisme nilpotent ?
2. Que dire du spectre d’un endomorphisme u tel qu’il existe m ∈ N∗ vérifiant um = Id E ?
R[X] −→ R[X]
Exercice. Soit f :
P 7−→ (X 2 − 1) + 2XP 0
1. Montrer que les valeurs propres possibles de f sont les éléments de E = {n(n + 1), n ∈ N} on
pourra regarder les coefficients dominants.
2. Soit n ∈ N. Montrer que Rn [X] est stable par f − n(n + 1) Id R[X] . On pose
Rn [X] −→ Rn [X]
gn :
P 7−→ (X 2 − 1) + 2XP 0 − n(n + 1)P
Soit u ∈ L(E) et p ∈ N avec p > 2. Si λ1 , . . . , λp sont des valeurs propres deux à deux
distinctes de u, alors les sous-espaces propres associés sont en somme directe :
Démonstration. Nous allons procéder par récurrence et utiliser la caractérisation par l’unicité de
l’écriture du vecteur nul. Autrement dit, pour tout p > 2, montrons que si (x1 , . . . , xp ) ∈ Eλ1 (u) ×
· · · × Eλp (u) vérifient x1 + · · · + xp = 0, alors ∀i ∈ [[ 1 ; p ]] , xi = 0.
• Si p = 2 : soit x1 ∈ Eλ1 (u) et x2 ∈ Eλ2 (u). Supposons que x1 + x2 = 0. Alors
Ainsi on a le système
x1 + x2 = 0 x1 + x2 = 0
∼
λ 1 x1 + λ 2 x2 = 0 L2 ←L2 −λ1 L1 (λ2 − λ1 )x2 = 0
et comme λ2 − λ1 6= 0, on en déduit que x2 = 0 puis que x1 = 0. Ainsi la somme Eλ1 (u) + Eλ2 (u)
est directe.
• Soit p > 2. Supposons que le résultat est établi pour p sous-espaces propres, et montrons le pour
p + 1. Soit x1 ∈ Eλ1 (u), . . . , xp+1 ∈ Eλp+1 (u) tels que x1 + · · · + xp+1 = 0. Alors, en appliquant u,
on obtient λ1 x1 + · · · + λp+1 xp+1 = 0 et donc
x1 + . . . + xp + xp+1 = 0
λ1 x1 + . . . + λp xp + λp+1 xp+1 = 0
x1 + ... + xp + xp+1 = 0
∼
L2 ←L2 −λp+1 L1 (λ1 − λp+1 )x1 + ... + (λp − λp+1 )xp = 0
Mais pour tout i ∈ [[ 1 ; p ]], le vecteur yi = (λi − λp+1 )xi est dans Eλi (u) et y1 + · · · + yp = 0. Par
hypothèse de récurrence, on a donc tous les yi nuls. Comme pour tout i, le scalaire λi − λp+1 6= 0,
on en déduit que ∀i ∈ [[ 1 ; p ]] , xi = 0. De plus x1 + · · · + xp+1 = 0 donc xp+1 = 0. Ce qui achève
la récurrence.
Remarque. On peut donc dire que des vecteurs propres associés à des valeurs propres distinctes
sont linéairement indépendants.
Corollaire 11
Démonstration. Soit p le nombre de valeurs propres distinctes de u. Alors Eλ1 (u) ⊕ · · · ⊕ Eλp (u)
est un sous-espace de E, de dimension au moins p car chaque Eλi est de dimension au moins 1.
Ainsi p 6 n.
Exemple 13
• Il est possible d’avoir n valeurs propres distinctes en dimension n. C’est le cas par
exemple de l’endomorphisme de Kn−1 [X] défini par P 7→ XP 0 : son spectre est
{0, 1, . . . , n − 1} ; les vecteurs de la base canoniques sont propres.
• En dimension infinie, un endomorphisme peut avoir une infinité de valeurs propres dis-
tinctes. C’est le cas par exemple de ϕ : f 7→ f 0 endomorphisme de C ∞ (R) : on a vu que
les vecteurs fα : t 7→ eαt étaient propres et que la valeur propre associée était α.
Démonstration. La première relation s’obtient par récurrence, et par linéarité, on a la relation avec
un polynôme quelconque.
Proposition (?) 13 (Lien entre valeur propre et racine d’un polynôme annulateur)
Démonstration. Soit λ une valeur propre et x un vecteur propre associé. On vient de voir que
P (u)(x) = P (λ)x. Si P annule u, alors P (u) = 0L(E) donc P (u)(x) = 0E . Or x est un vecteur
propre donc x 6= 0E . Comme P (λ)x = 0E c’est que P (λ) = 0K .
Sp (u) ⊂ {λ ∈ K, | P (λ) = 0K }
La réciproque est fausse comme on le voit par exemple avec l’endomorphisme Id E qui est annulé
par X 2 − 1, mais qui n’a pour seule valeur propre 1.
Proposition 14 (Stabilité des sous-espaces propres par des endomorphismes qui commutent)
Soit u, v ∈ L(E). Si uv = vu, alors les sous-espaces propres de u sont stables par v :
Remarquons que dans le cas particulier où λ = 0, on retrouve le fait que si uv = vu, alors
Ker (u) est stable par v ; on peut d’ailleurs repartir de ce résultat et l’appliquer à v et à λ Id E −u
pour prouver la proposition ci-dessus : v ◦ (λ Id E −u) = (λ Id E −u) ◦ v.
Soit A ∈ Mn (K) et λ ∈ K.
• On dit que λ est valeur propre de A lorsqu’il existe X ∈ Mn,1 (K) non nul tel que
AX = λX.
• Dans ce cas, on dit que X est un vecteur propre de A associé à la valeur propre λ.
• Si λ est valeur propre de A, le sous-espace propre associé à λ est
Proposition 15
3. Si A, B ∈ Mn (K) sont telles que AB = BA, alors les sous-espaces propres de A sont
stables par B :
∀λ ∈ Sp (A), ∀X ∈ Eλ (A), BX ∈ Eλ (A)
Et comme pour les endomorphismes, Ker (A) est le sous-espace propre associé à 0 ; A est
inversible si et seulement si 0 n’est pas valeur propre de A.
1 ... 1
Exercice. Soit J = ... .. ∈ M (K). Montrer que 0 est valeur propre de J et déterminer
. n
1 ... 1
une base de son sous-espace propre associé.
Exercice. Soit A = (ai,j ) ∈ Mn (R) une matrice stochastique ; autrement dit telle que
n
X
∀i, j ∈ [[ 1 ; n ]] , ai,j > 0 et ∀i ∈ [[ 1 ; n ]] , ai,j = 1
j=1
Proposition 16
2 0 0
Exercice. Soit A = 0 0 2. Calculer A2 . Que pouvez-vous en déduire quand à Sp (A) ?
0 2 0
Remarquons qu’on s’intéresse à cette fonction car χA (λ) = 0 si et seulement si A − λIn n’est
pas inversible, et donc si et seulement si λ est valeur propre de A.
Proposition 17
J’invite les sceptiques à l’écrire avec n = 3. Ainsi on constate que χA est une fonction polynomiale.
De plus,
• det(E1 , . . . , En ) = det(In ) = 1.
• On a, en développant par rapport à la i-ième ligne :
1 0 −a1,i 0
0 1 −a2,i 0
.. ..
. .
det(E1 , . . . , Ei−1 , −Ci , Ei+1 , . . . , En ) =
0 ... −ai,i ... 0
..
.
0 0 −an,i 1
i+i
= −ai,i (−1) det(In−1 ) = −ai,i
Remarque. Attention ! Lorsque n > 3, la formule ci-dessus ne permet pas d’expliciter le poly-
nôme caractéristique ! Les seuls coefficients que vous avez à connaître sont ceux de degré 0, n − 1
et n. En particulier, vous devez savoir que χA (0) = (−1)n det(A).
car le déterminant de deux matrices semblables ont même spectre. Mais attention ! si deux ma-
trices ont même polynôme caractéristique, elles ne sont pas nécessairement semblables.
Contre-exemple 14
1 0 1 0
A= et B = ont même polynôme caractéristique χA = χB = (X − 1)2 ,
0 1 1 1
mais ne sont pas semblables. En effet, rg (A − I2 ) = 0 et rg (A − I2 ) = 1. Or si A et B
étaient semblables, A − I2 et B − I2 le seraient aussi et auraient même rang.
Méthode 1
Pour déterminer le spectre d’une matrice, on peut calculer son polynôme caractéristique
sous forme factorisée. En particulier, on chercher à effectuer les calculs par opérations
élémentaires en factorisant dès que possible.
Exemple 15
a1,1 ? ... ?
0 a2,2 ... ? n
Si A = .
.. .. .. est triangulaire supérieure, alors χA =
Π (X − ak,k )
. . k=1
0 0 . . . an,n
et Sp (A) = {ak,k , k ∈ [[ 1 ; n ]]}.
Exemple 16
a b
Soit B = . Dans ce cas χB = X 2 − Tr (B)X + det(B) = X 2 − (a + d)X + (ad − bc).
c d
Exemple 17
0 −1
Soit A = . Alors χA = X 2 + 1. Le spectre de A dépend des scalaires
1 0
considérés : Sp R (A) = ∅ et Sp C (A) = {−i, i}.
Exemple 18
5 −6 2
Soit A = 3 −4 2. Pour tout t ∈ R on a
2 −5 4
t−5 6 −2
χA (t) = −3 t+4 −2 C1 ← C1 + C2 + C3
−2 5 t−4
t−1 6 −2
= t−1 t+4 −2
t−1 5 t−4
1 6 −2
L2 ← L2 − L1
= (t − 1) 1 t+4 −2
L3 ← L3 − L1
1 5 t−4
1 6 −2
= 0 t−2 0
0 −1 t−2
t−2 0
= (t − 1)
−1 t−2
= (t − 1)(t − 2)2
0 0 ... 0 a0
1
0 ... 0 a1
Exercice. Soit a0 , . . . , an−1 ∈ K et C = 0
1 ... 0 a2 .
.. .. ..
. . .
0 0 ... 1 an−1
n−1
Montrer que χA = X n − ak X k .
P
k=0
Corollaire 19 (Cas de C)
Soit A ∈ Mn (C), alors A admet au moins une valeur propre complexe ; le polynôme
caractéristique χA est scindé sur C.
Démonstration. En effet, le polynôme caractéristique est de degré n > 1 : il admet donc au moins
une racine complexe et est scindé sur C.
Exemple 19
Déterminer les valeurs propres et leurs multiplicités pour les matrices suivantes :
1 1 4 0 8
0 0 0 1
0 0 −1 0
0 2
0 −3 0
A= 0 −1 0 0 et B = 0 0
−3 1 0
0 0 0 −3 1
1 0 0 0
0 0 0 0 −3
Proposition 20
Deux matrices semblables ont même polynôme caractéristique et donc mêmes valeurs
propres avec mêmes multiplicités.
Démonstration. Comme on l’a vu, deux matrices semblables ont même polynôme caractéristique
(et la réciproque est fausse !)
Exercice. Soit A ∈ Mn (K). Montrer que A et A> ont même polynôme caractéristique et que
pour tout λ ∈ Sp (A), on a dim(Eλ (A)) = dim(Eλ (A> )).
Contre-exemple 20
1 0 0 1
Avec A = , on a E1 (A) = Vect et E1 (A> ) = Vect .
1 1 1 0
Soit A ∈ Mn (K).
1. La matrice A admet au plus n valeurs propres, comptées avec leur multiplicité, c’est-à-
p
P
dire que si Sp (A) = {λ1 , . . . , λp }, alors mλi 6 n.
i=1
2. La matrice A admet au plus n valeurs propres distinctes.
3. Pour tout λ ∈ Sp (A) :
Démonstration.1. Le nombre racines d’un polynôme comptées avec multiplicité est inférieur au
p
degré du polynôme. Or ici χA est de la forme Π (X − λi )m Q et deg(χA ) = n.
i=1
i
2. Déjà vu comme conséquence du fait que les espaces propres sont en somme directe... mais aussi
conséquence du théorème de factorisation des polynômes.
3. Par définition, si λ ∈ Sp (A), alors Eλ (A) 6= {0} donc dim(Eλ (A)) > 1. Pour l’inégalité de droite,
notons d la dimension de Eλ (A). Soit (X1 , . . . , Xd ) une base de Eλ (A), que l’on complète en
une base B = (X1 , . . . , Xn ) de Mn,1 (K). Notons P la matrice de passage de Bc vers B, dont les
colonnes sont les Xk . Alors
−1 λId B
P AP = = A0
0 C
Or deux matrices semblables ont même polynôme caractéristique, donc χA = χA0 et A0 est trian-
gulaire par blocs. Ainsi
X −λ ... 0 ? ... ?
.. .. .. .. ..
. . . . .
0 ... X −λ ? ... ?
χA0 = = (X − λ)d Q
0 ... 0 ? ... ?
.. .. .. ..
. . . .
0 ... 0 ? ... ?
Remarque. On parle parfois de multiplicité géométrique pour désigner dim Eλ (A), par oppo-
sition à la multiplicité algébrique, qui est la multiplicité de λ comme racine de χA .
Proposition 22
p
Soit A ∈ Mn (K). On suppose que χA est scindé sur K et que χA = Π (X − λi )m .
i=1
i
Démonstration. Comme χA est scindé et unitaire, on sait d’après les relations coefficients racines,
qu’en notant χA = X n + an−1 X n−1 + · · · + a0 , on a
n n
an−1 a0
Π
X
µi = − = −an−1 et µi = (−1)n = (−1)n a0
i=1
an i=1 a n
Les propriétés vues pour les matrices dans la section précédente s’adaptent immédiatement aux
endomorphismes :
Proposition 23
3. Si E est un C-espace vectoriel, alors u admet au moins une valeur propre complexe et
χu est scindé.
4. u admet au plus n valeurs propres distinctes.
5. u admet au plus n valeurs propres comptées avec multiplicité : si Sp (u) = {λ1 , . . . , λp }
p
P
alors mλi 6 n.
i=1
p
6. Si χu est scindé, χu = Π (X − λi )m
i=1
λi
, alors Sp (u) = {λ1 , . . . , λp } et
p p
Π λmi
X
Tr (A) = mλi λi et det(u) = i
i=1
i=1
Exemple 21
a b d −c
Soit ϕ ∈ L(M2 (R)) défini par ϕ : 7→ . Déterminer le spectre de ϕ
c d −b a
ainsi que la multiplicité de ses racines.
3 Théorème de Cayley-Hamilton
Théorème 3 (Cayley-Hamilton)
Non exigible. On note n = dim E > 1. On veut montrer que pour tout x ∈ E, χu (u)(x) = 0E .
• Si x = 0E c’est vrai car χu (u) est un endomorphisme.
• Si x 6= 0E , alors (x) est libre et (x, u(x), . . . , un (x)) est une famille de n + 1 vecteurs et est
donc liée. Il existe donc p ∈ N tel que (x, u(x), . . . , up−1 (x)) est libre et (x, u(x), . . . , up (x)) est
liée. Il existe a0 , . . . , ap−1 ∈ K tel que up (x) = ap−1 up−1 (x) + · · · + a1 u(x) + a0 x. On complète
(x, u(x), . . . , up−1 (x)) en une base de E. Dans cette base la matrice de u est de la forme
0 ... ... 0 a0 ? ... ?
. .. .. ..
1 . .
. a1 . .
. . . ..
0 . . . .. .. ..
.
A B . . . .
. . . .
= .
. 0 ap−2 . .
0 C 0 . . . 0
1 ap−1 ? . . . ?
0 . . . . . . . . . 0 ? . . . ?
. .. .. ..
.. . . .
0 ... ... ... 0 ? ... ?
p−1
On a donc χu (λ) = χA (λ)χC (λ) et c’est un exercice classique de voir que χA (λ) = λp − ak λk .
P
k=0
p−1 p−1
Ainsi χu (u) = χC (u) ◦ up − ak uk mais up (x) − ak uk (x) = 0 donc χu (x) = χC (u)(0E ) =
P P
k=0 k=0
0.
Remarque. Même si ce résultat semble « évident » il faut prendre garde à ne pas raisonner en
substituant A à λ dans l’expression χA (λ) = det(λIn − A). C’est difficile à percevoir, mais dans
cette expression, λ est un nombre et A une matrice. On cherche à montrer que
χA (A) = 0Mn (K)
alors que det(A − A) = 0K : on ne manipule
pas les mêmes objets. Essayons de voir pourquoi sur
a b
une matrice de taille 2 : A = .
c d
λ−a −b
On a det(λI2 − A) = = λ2 − (a + d)λ + (ad − bc) (le coefficient de degré n − 1
−c λ−d
est bien − Tr (A) et celui de degré 0 est bien (−1)n det(A)).
Si on substituait A à λ dans le déterminant, on essayerait de calculer
A−a −b
−c A−d
Mais que faut-il comprendre ? Certains coefficients sont des matrices et d’autres des nombres ?
Comment définir un tel objet ? En revanche, il est possible de vérifier que A2 −(a+d)A+(ad−bc)I2 =
0M2 (K) ...
Exercice. Soit A ∈ GL n (K). Montrer qu’il existe P ∈ K[X] de degré n tel que A−1 = P (A).
Exercice. Soit A ∈ GL n (K). Montrer que A est triangulaire supérieure si et seulement si pour
tout k > 2, Ak est triangulaire supérieure. Donner un contre-exemple dans le cas où on ne suppose
plus A inversible Cherchez une matrice de rang 1 et de trace nulle.
IV Diagonalisation
Dans toute cette section, on suppose que E est de dimensiont finie n > 1.
1 Endomorphismes diagonalisables
Proposition (?) 24 (Diagonalisabilité des endomorphismes)
Démonstration.• 1 ⇒ 2 : Soit B = (e1 , . . . , en ) une base de E dans laquelle Mat B (u) = diag(λ1 , . . . , λn ).
Cela signifie que ∀i ∈ [[ 1 ; n ]] , u(ei ) = λi ei . Comme ces vecteurs sont des vecteurs d’une base, ils
sont non nuls et sont donc des vecteurs propres de u.
P
• 2 ⇒ 3 : On a vu que la somme Eλ (u) est directe (c.f. proposition 10) Il suffit donc de
λ∈Sp (u)
P P
montrer que Eλ (u) = E. On sait déjà que Eλ (u) est un sous-espace vectoriel de
λ∈Sp (u) λ∈Sp (u)
E. Soit B une base de E constituée de vecteurs propres de u. Alors tout vecteur est combinaison
P P
linéaire de vecteurs propres de u et donc E ⊂ Eλ (u) et E = Eλ (u). Finalement on
λ∈Sp (u) λ∈Sp (u)
M
a bien E = Eλ (u).
λ∈Sp (u)
M M
• 3 ⇔ 4 : on a Eλ (u) ⊂ E. On a donc E = Eλ (u) si et seulement si
λ∈Sp (u) λ∈Sp (u)
M X
dim Eλ (u) = dim E ⇔ dim(Eλ (u)) = n = dim(E)
λ∈Sp (u) λ∈Sp (u)
Soit u ∈ L(E). On dit que u est diagonalisable lorsqu’une des propriétés de la proposition
précédente est vérifiée.
Exemple 22
Exemple 23
Contre-exemple 24
Soit u ∈ L(E) un endomorphisme nilpotent non nul. Alors u n’est pas diagonalisable.
Donc χu est scindé et d1 + · · · + dp = n. Les valeurs propres de u sont les λi et on constate que
∀i ∈ [[ 1 ; p ]] , rg (A − λi In ) = n − di
Méthode 2
Exemple 25
Exemple 26
a b d −c
Soit ϕ ∈ L(M2 (R)) défini par ϕ : 7→ . Alors ϕ est
c d −b a
Exemple 27
Les propositions qui suivent ne sont que suffisantes elles sont donc à traiter avec une
logique éclairée.
Soit u ∈ L(E). Si u admet n = dim E valeurs propres distinctes, alors u est diagonali-
sable et dans ce cas ∀λ ∈ Sp (u), dim Eλ (u) = 1.
Corollaire 27
Soit u ∈ L(E). Si χu est scindé à racines simples, alors u est diagonalisable et dans ce
cas ∀λ ∈ Sp (u), dim Eλ (u) = 1.
Remarque. La réciproque de cette proposition est fausse. Pensez à l’application Id E qui est
diagonalisable (sa matrice est diagonale dans toutes les bases !) mais qui a pour polynôme carac-
téristique (X − 1)n et n’est donc pas à racines simples si n > 2.
Exercice. Soit f ∈ L(R2 ) défini par f (x, y) = (x, x + 2y). Cet endomorphisme est-il diagonali-
sable ?
Exercice. Soit u ∈ L(E) admettant n = dim E valeurs propres distinctes. Soit v ∈ L(E) tel que
uv = vu Montrer que v est diagonalisable et que u et v se diagonalisent dans une même base.
2 Matrices diagonalisables
Définition 14 (Matrice diagonalisable)
Une matrice A est diagonalisable si et seulement si elle est semblable à une matrice
diagonale ; autrement dit si et seulement s’il existe P ∈ GL n (K) et une matrice diagonale
D ∈ Mn (K), tel que A = P DP −1 .
Remarque. Le proposition ci-dessus (et sa preuve) montrent que si E est un K-espace vectoriel
de dimension finie, B une base de E, et u ∈ L(E), alors u est diagonalisable si et seulement si
MatB (u) est diagonalisable.
Proposition 29
Soit A ∈ Mn (K) une matrice diagonalisable avec Sp (A) = {µ1 , . . . , µn } où les valeurs
propres sont répétées selon leurs multiplicités, alors pour tout k ∈ N, Ak est diagonali-
sable et si P ∈ GL n (K) et D est diagonale telle que A = P DP −1 , alors
∀k ∈ N, Ak = P Dk P −1
1 ... 1
.. .. ∈ M (K) est-elle diagonalisable ?
Exercice. La matrice J = . . n
1 ... 1
cos θ − sin θ
Exercice. Soit θ ∈ R et Rθ = . Est-elle diagonalisable sur R ? sur C ?
sin θ cos θ
Remarque. Si A ∈ Mn (R) est diagonalisable sur R, alors elle l’est aussi sur C.
1 0 0 a
0 1 0 0
Exercice. Soit A = 0 0 1 0. Donner une condition nécessaire et suffisante sur a ∈ K pour
0 0 0 1
que la matrice A soit diagonalisable. On remarquera que ce résultat se généralise aux matrices
analogues de taille n.
1 a b c
0 1 d e
Exercice. Soit B = . Donner une condition nécessaire et suffisante pour que
0 0 −1 f
0 0 0 −1
B soit diagonalisable.
Soit A ∈ Mn (K).
1. Si A admet n valeurs propres distinctes, alors A est diagonalisable et dans ce cas,
∀λ ∈ Sp (A), dim Eλ (A) = 1.
2. Si χA est scindé à racines simples, alors A est diagonalisable et dans ce cas, ∀λ ∈
Sp (A), dim Eλ (A) = 1.
1 −2 3 4
0 −4 2 1
Exercice. A = est-elle diagonalisable ?
0 0 −1 5
0 0 0 2
0 0 0 d
1 0 0 c avec a, b, c, d ∈ K. Condition nécessaire et suffisante pour que
Exercice. Soit C = 0 1 0 b
0 0 1 a
A soit diagonalisable ?
Notons pour finir que nous verrons ultérieurement que toute matrice symétrique réelle est
diagonalisable... et que le
résultat
est faux pour les matrices symétriques complexes. On pensera
2 i
au contre-exemple A = . Cette matrice est symétrique complexe, et son polynôme carac-
i 0
téristique est χA = X 2 − 2X + 1. Cette matrice admet donc pour unique valeur propre 1. Si elle
était diagonalisable, on aurait l’existence de P ∈ GL 2 (C) tel que A = P I2 P −1 = I2 – ce qui n’est
pas le cas. On peut aussi
bienentendu se contenter de vérifier que dim E1 (A) = 1 – par exemple
−1 −i
car rg (I2 − A) = rg = 1.
−i 1
Dans cette section, on présente l’aspect pratique, sur des endomorphismes ou des matrices
explicites.
Méthode 3
Soit A ∈ Mn (K).
1. Commencer par calculer χA en utilisant des opérations élémentaires et en développant
par rapport aux lignes/colonnes afin d’obtenir une forme factorisée.
2. Si le polynôme caractéristique n’est pas scindé sur R, alors A n’est pas diagonalisable
sur R. Rq : sur R seulement...
3. Pour i ∈ [[ 1 ; p ]], déterminer les Eλi (A) ; si on demande a de diagonaliser déterminer une
base Bi de ces espaces en résolvant le système AX = λi X. Si pour tout i on trouve une
base contenant mi vecteurs (rappel : mi est la multiplicité de la racine λi de χA ), alors
A est diagonalisable ; sinon A n’est pas diagonalisable.
4. Dans le cas où A est diagonalisable, poser B concaténation des Bi . C’est une base de
diagonalisation. En écrivant les colonnes contenues dans les Bi côte à côte, on obtient la
matrice P de passage de la base canonique vers la base de diagonalisation B.
λd1 Id1 0 ... 0
0 λ2 Id2 . . . 0
5. On sait qu’on a alors P −1 AP = D avec D = . .. =
.. ..
. .
0 0 . . . λp Idp
diag(λ1 , . . . , λ1 , . . . , λp ) où chaque λi est répété di = dim Eλi (A) fois. Les λi appa-
raissent dans le même ordre que les vecteurs propres correspondants dans B.
6. Si on demande un calcul explicite (c.f. applications ci-dessous) il est nécessaire d’expli-
citer P −1 à l’aide de l’algorithme du Pivot.
a. Rappelons si la question posée n’est que de savoir si A est diagonalisable ou non, on peut déterminer
directement les dimensions des espaces propres à l’aide de la formule du rang et du rang de λi In − A.
ATTENTION ! Il ne faut pas se tromper dans ses formules de passage. On a bien dans la
méthode suivante A = P DP −1 et P −1 AP = D.
Exemple :
0 1 −2
Diagonalisons la matrice A = 1 0 −2.
1 −1 0
• Soit t ∈ R. On a
t −1 2
χA (t) = −1 t 2 L1 ← L1 − L2
−1 1 t
t+1 −t − 1 0
= −1 t 2
−1 1 t
1 −1 0
= (t + 1) −1 t 2 C2 ← C2 + C1
−1 1 t
1 0 0
= (t + 1) −1 t−1 2
−1 0 t
t−1 2
= (t + 1)
0 t
= t(t + 1)(t − 1)
• La matrice A admet trois valeurs propres distinctes −1, 0 et 1 : elle est diagonalisable.
• Espaces propres
– Espace propre E0 (A) = Ker (A).
x1 x2 − 2x3 = 0
x2 ∈ E0 (A) ⇔ x1 − 2x3 = 0 L2 ← L2 − L3
x3 x1 − x2 = 0
x2 − 2x3 = 0
⇔ x2 − 2x3 = 0
x1 − x2 = 0
x2 = 2x3
⇔
x1 − x2 = 0
x1 2α
⇔ ∃α ∈ R, x2 = 2α
x3 α
1
– Espace propre E−1 (A) = Ker (I3 + A). On trouve E−1 (A) = Vect 3 (faites le calcul...)
2
– Espace propre E1 (A) = Ker (A − I3 ). On cherche le noyau de la matrice
−1 1 −2
A − I3 = 1 −1 −2
1 −1 −1
1
Comme C1 + C2 = 0, on remarque que 1 est dans le noyau de A − I3 . Comme on sait déjà
0
1
(valeurs propres distinctes) que ce noyau est de dimension 1, on en déduit que E1 (A) = Vect 1.
0
2 1 1
– Ainsi on sait que si P = 2 3 1, alors
1 2 0
0 0 0
−1
P AP = 0 −1 0
0 0 1
– Si on a besoin pour des calculs ultérieurs (calcul de Ak par exemple), il faut calculer P −1 .
Exemple :
0 −1 2
Diagonalisons la matrice A = 0 1 0 .
1 1 −1
• Soit t ∈ R. On a
t 1 −2
χA (t) = 0 t−1 0 L1 ← L1 + L3
−1 −1 t+1
t−1 0 t−1
= 0 t−1 0
−1 −1 t+1
1 0 1
= (t − 1)2 0 1 0 C3 ← C3 − C1
−1 −1 t+1
1 0 0
= (t − 1)2 0 1 0
−1 −1 t+2
= (t − 1)2 (t + 2)
0 −3 0
• Ceux qui veulent peuvent calculer P −1 et trouveront en principe P −1 = 13 1 1 1 .
1 1 −2
Exemple 28
5 −6 2
On a vu à l’exemple 18 que si A = 3 −4 2, alors χA = (X − 1)(X − 2)2 . Or
2 −5 4
3 −6 2
A − 2I3 = 3 −6 2
2 −5 2
Comme les deux premières colonnes de A − 2I3 sont linéairement indépendantes, on sait
que rg (A−2I3 ) > 2. Ainsi dim E2 (A) = 3−rg (A−2I3 ) 6 1 ; en particulier dim E2 (A) 6= 2
et A n’est pas diagonalisable.
2/3 1/6 1/6
Exercice. Diagonaliser A = 1/6 2/3 1/6
1/6 1/6 2/3
4B B B
Exercice. Soit B ∈ Mn (R) une matrice diagonalisable. Montrer que C = 61 B 4B B est
B B 4B
diagonalisable.
V Applications de la diagonalisation
∀k ∈ N, Ak = P B k P −1
Ainsi, si B est une matrice diagonale, les calculs sont assez simples.
Exemple 30
0 −1 2
Calculons les puissances de la matrice A = 0 1 0 . On a vu que Sp (A) =
1 1 −1
1 2 1
{1, −2}, que E1 (A) = Vect (−1 , 0) et que E−2 (A) = Vect 0 .
0 3 −1
1 2 1
On sait donc qu’en posant P = −1 0 0 , alors
0 1 −1
1 0 0
P −1 AP = 0 1 0
0 0 −2
0 −3 0
De plus, P −1 = 13 1 1 1 . Ainsi
1 1 −2
2/3 1/6 1/6
Exercice. Soit A = 1/6 2/3 1/6.
1/6 1/6 2/3
1. Calculer Ak pour tout k.
2. Déterminer toutes les suites (an ), (bn ) et (cn ) telles que a0 = 1, b0 = 0 et c0 = 0 et
∀n ∈ N, b = an +4b6n +cn
n+1
cn+1 = an +bn6 +4cn
Proposition 32
E −→ Kp
f:
u 7−→ (u0 , . . . , up−1 )
est une application linéaire, bijective car on sait d’après le cours sur les suites récurrentes que pour
tout (y0 , . . . , yp−1 ) ∈ Kp , il existe une unique suite (un ) telle que u0 = y0 , . . . , up−1 = yp−1 et
∀n ∈ N, un+p = ap−1 un+p−1 + · · · + a1 un+1 + a0 un . Donc dim E = dim Kp .
Pour essayer d’expliciter les un en fonction de n et des premiers termes u0 , . . . , up−1 , on re-
marque – et c’est une méthode à connaître – qu’en posant
un
Xn = ... ,
un+p−1
on a pour tout entier n :
un+1 un+1
.. ..
Xn+1 = . = . = AXn ,
un+p−1 un+p−1
un+p a0 un + a1 un+1 + · · · + ap−1 un+p−1
où
0 1 0
.. .. ..
. . .
A= .. .
. 1 0
0 1
a0 a1 ... ap−2 ap−1
n
Par récurrence, on montre que Xn = A X0 . Calculer le terme général de un , c’est calculer le
premier coefficient de Xn peut donc se faire en calculant les puissances de A. On va voir si A est
diagonalisable.
Proposition 33
χA = X p − ap−1 X p−1 − · · · − a1 X − a0
Détaillons le calcul de ∆k :
• pour k = 0 on a
−1 0 ... 0
.. ..
t −1 . .
∆0 = = (−1)p−1
.. ..
0 . . 0
0 ... t −1
Ainsi (−1)p+1 × (−a0 ) × ∆0 = (−1)p+1 × (−a0 ) × (−1)p−1 = −a0 .
• pour k = 1 on a
t 0 ... ... 0
..
0 −1 0 .
∆1 = .. .. .. = (−1)p−2 t
. . .
t −1
0 . . . . . . t −1
Ainsi (−1)p+2 × (−a1 ) × ∆1 = (−1)p+1 × a1 × t(−1)p−2 = −ta1 .
• En procédant de même pour ∆k , on constate que (−1)p+k+1 × (−ak ) × ∆k = −ak tk ; en effet ∆k
est triangulaire inférieure, et sur sa diagonale il y a d’abord k coefficients égaux à t, puis p − 1 − k
coefficients égaux à −1.
Et donc en reportant, cela permet de conclure.
0 1 0
.. .. ..
. . .
Remarque. La matrice .. . s’appelle matrice compagnon du poly-
. 1 0
0 1
a0 a1 . . . ap−2 ap−1
nôme X p − ap−1 X p−1 − · · · − a1 X − a0 qui est son polynôme caractéristique. Cela est utile pour
construire une matrice en imposant son polynôme caractéristique.
Définition 15
L’équation
rp = ap−1 rp−1 + · · · + a1 r + a0
est appelée équation caractéristique de la récurrence linéaire
Supposons que l’équation caractéristique admette p racine distinctes, que l’on note r1 , . . . , rp .
Alors A est semblable à la matrice D = diag(r1 , . . . , rp ) et on peut calculer simplement les puis-
sances de A, puis An X0 donc son premier coefficient un . Or les coefficients de An sont alors des
combinaisons linéaires des rkn , donc on en déduit que la suite (un ) est combinaison linéaire des
(rkn )n . Ainsi E ⊂ Vect ((r1n )n , . . . , (rpn )n ). Mais l’inclusion réciproque est vraie car chacune des
suites géométriques (rkn )n est dans E. On a donc trouver une famille génératrice de p vecteurs de
E qui est de dimension p. C’est une base de E. Finalement on a montré :
Théorème 4
Plus précisément, on détermine λ1 , . . . , λp à l’aide des premiers termes de la suite car l’égalité
p
X
∀n ∈ N, un = λk rkn
k=1
λ1 r10 λp rp0
+ ... + = u0
..
.
λ1 r1p−1
+ ... + λp rpp−1 = up−1
La matrice de ce système est la matrice de Vandermonde de (r0 , . . . , rp−1 ). Comme les rk sont
deux à deux distincts par hypothèse, ce système est inversible et a une unique solution.
Remarque. Dans le cas où l’équation caractéristique n’a pas p solutions simples, la matrice A
n’est pas diagonalisable (on pourrait à titre d’exercice chercher à montrer que quoiqu’il arrive que
les espaces propres de A sont tous de dimension 1)
Exemple 31
yn (t)
dérivable sur I lorsque pour tout i ∈[[ 1 ; n ]] la fonction yi est dérivable sur I. Dans ce
y10 (t)
cas, on note pour tout t ∈ I Y 0 (t) = ... .
yn0 (t)
En fin d’année on étudiera la dérivabilité des fonctions à valeurs vectorielle. Pour le moment,
on peut admettre que les opérations usuelles se généralisent et se justifient en revenant à l’étude
des fonctions « coordonnées », à savoir les yi ci-dessus. On a en particulier le résultat suivant :
Soit A ∈ Mn (R) et Y : I → Mn,1 (K) une fonction dérivable en t0 . Alors t 7→ AY (t) est
dérivable en t0 et (AY )0 (t0 ) = AY 0 (t0 ).
X 0 (t) = AX(t)
où A ∈ Mn (K).
Une solution de ce système différentiel est une fonction X : I → Mn,1 (K) dérivable,
vérifiant ∀t ∈ I, X 0 (t) = AX(t)
Soit (E) : X 0 (t) = AX(t) un système différentiel homogène. Pour tout t0 ∈ I et tout
X0 ∈ Mn,1 (K), il existe une unique solution de (E) vérifiant la condition initiale X(t0 ) =
X0 .
Théorème (?) 6
L’ensemble SH des solutions d’un système différentiel homogène est un espace vectoriel
de dimension n. En particulier, pour tout t0 ∈ I, l’application
SH −→ Mn,1 (K)
Φ:
X 7−→ X(t0 )
Démonstration. D’après le théorème de Cauchy, l’application Φ est bijective. Comme cette appli-
cation est linéaire, c’est un isomorphisme. On en déduit que dim SH = dim Mn,1 (K) = n.
Montrons l’équivalence entre les trois assertions.
• 3)⇒ 2) : évident.
• 2)⇒ 1) : Soit t0 ∈ I tel que (X1 (t0 ), . . . , Xn (t0 )) soit une base de Mn,1 (K). Montrons que
(X1 , . . . , Xn ) est libre. Comme c’est une famille de n vecteurs de l’espace SH qui est de dimension n,
cela suffit pour affirmer que c’est une base de SH . Soit λ1 , . . . , λn ∈ K tels que λ1 X1 +· · ·+λn Xn =
0 (égalité avec la fonction nulle). Alors en particulier λ1 X1 (t0 ) + · · · + λn Xn (t0 ) = 0. Or on a
supposé que la famille (Xi (t0 )) était libre, donc ∀i, λi = 0.
• 1) ⇒ 3) : Supposons que (X1 , . . . , Xn ) est une base de SH . Soit t0 ∈ I. Pour montrer que
(X1 (t0 ), . . . , Xn (t0 )) est une base de Mn,1 (K) il suffit de montrer que c’est une famille libre car
elle est constituée de n vecteurs. Soit λ1 , . . . , λn ∈ K tels que λ1 X1 (t0 ) + · · · + λn Xn (t0 ) = 0. Soit
X = λ1 X1 + · · · + λn Xn . Cette fonction est solution de (H) et vérifie que X(t0 ) = 0. Elle satisfait
donc le même problème de Cauchy (équation et condition initiale) que la fonction nulle. Par unicité
dans le théorème de Cauchy, on en déduit que X est la fonction nulle. Comme (X1 , . . . , Xn ) est
libre, tous les λi sont nuls puis (X1 (t0 ), . . . , Xn (t0 )) est une base de Mn,1 (K).
On remarquera que l’ensemble des solutions d’un système différentiel homogène à coefficient
constant est un sous-espace vectoriel de l’ensemble des fonctions dérivables de I vers Mn,1 (K) qui
est de dimension n.
Proposition 34
Démonstration. En effet, si t ∈ R on a
Dans le cas où la matrice A est diagonalisable, cela permet de résoudre complètement le système
différentiel.
On suppose que la matrice A est diagonalisable. Notons (C1 , . . . , Cn ) une base de vecteurs
propres de A. On note λk la valeur propre associée au vecteur propre Ck . Pour tout
k ∈ [[ 1 ; n ]], on note
Xk : t 7→ eλk t · Xk
Alors la famille (X1 , . . . , Xn ) est une base de l’ensemble des solutions du système diffé-
rentiel X 0 (t) = AX(t).
Démonstration. On sait déjà que chaque Xk est solution du système différentiel. Comme c’est une
famille de n fonctions d’un espace vectoriel de dimension n, il suffit de vérifier que cette famille est
libre. Les vecteurs
X1 (0) = C1 , . . . , Xn (0) = Cn
sont linéairement indépendants par hypothèse, et on a vu que cela suffisait pour affirmer que la
famille de fonctions (X1 , . . . , Xn ) était libre.
sont des vecteurs propres associés respectivement à 0, 1 et −1. Comme (C1 , C2 , C3 ) est
une base de vecteurs propres de A, on a
2α + βet + γe−t
Mais pourquoi
celafonctionne ainsi ? Si on diagonalise explicitement la matrice ci-dessus, en
2 1 1
posant P = 2 1 3, on est amené à effectuer le changement de variable Y (t) = P −1 X(t) dans
1 0 2
le système différentiel. On a X(t) = P Y (t) donc X 0 (t) = P Y 0 (t) et le système, qui s’écrit
P Y 0 (t) = AP Y (t)
devient
Y 0 (t) = P −1 AP Y (t) = DY (t)
0 0 0
avec D = 0 1 0 . Autrement dit
0 0 −1
0
y1 (t) = 0
y 0 (t) = y2 (t)
20
y3 (t) = −y3 (t)
Bref on a décorrélé les les variables. Les solutions Y sont de la forme
α
y 7→ Y (t) = βet
γe−t
et les solution du système qui nous intéresse les X : t 7→ P Y (t) qui redonne les solutions trouvées
par la méthode précédente.
Remarquons au passage qu’à aucun moment on n’a besoin de calculer P −1 ! C’est avec
ce type d’exemple, pour des systèmes linéaires, qu’on vous a surement expliqué en PCSI l’intérêt
de cette formule de changement de base X = P Y ! Enfin, on n’a pas besoin de calculer P −1 tant
que le système est homogène.
0
x = x + 4y + t
Exercice. Résoudre .
y0 = x + y + 1
0
x = x + y + et
Exercice. Résoudre 0 .
y = −2x + 4y
0
x = x + y
Exercice. Résoudre . avec x(0) = 2 et y(0) = −2.
y 0 = −2x + 4y
2 1 0
Exercice. Résoudre X 0 (t) = AX(t) lorsque A = 1 3 −1.
−1 2 3
Théorème 8
q
X
1= Lk
k=1
q
P
donc E = Im Lk (u).
k=1
Or Im Lk (u) ⊂ Ker (u − λk Id E ). En effet il suffit pour montrer cela de voir que (u − λk Id E ) ◦
Lk (u) = 0. Mais on a
(u − λk Id R ) ◦ Lk (u) = ((X − λk )Lk )(u)
q
Or la factorisation de Lk = Π X−λ
i=1 λ −λ
k
i
i
montre que P et (X − λk )Lk sont deux polynômes associés
i6=k
(ils ont mêmes racines distinctes et même degré...) donc il existe α ∈ K tel que (X − λk )Lk = αP
et (u − λk Id E ) ◦ Lk (u) = αP (u) = 0 car P annule u.
Pq q
P
Finalement on a E = Im Lk (u) ⊂ Ker (u − λk Id E ) ⊂ E donc
k=1 k=1
q
X
E= Ker (u − λk Id E )
k=1
Dans cette somme, certains sous-espaces sont {0E } (ceux pour lesquels λk n’est pas une valeur
propre de u. En les enlevant de la somme, on voit que l’on a décomposé E comme somme de
sous-espaces propres de u, qui est donc diagonalisable.
Exemple 33
1 ... 1
.. .. ∈ M (K). On a J 2 = nJ donc X 2 − nX annule J. Comme
Soit J = . . n
1 ... 1
n 6= 0, X 2 − nX = X(X − n) est scindé à racines simples : J est donc diagonalisable.
On remarquera que cette matrice est de rang 1, on peut donc facilement
voir que 0 est
1 1
valeur propre de multiplicité au moins n − 1. Comme J ... = n ... , on peut conclure
1 1
sans parler de polynôme annulateur.
En revanche, si A est une matrice nilpotente non nulle, dire que A est annulée par X p qui n’est
pas scindé à racines simples ne permet pas de conclure que A n’est pas diagonalisable.
Exemple 34
1 2
Soit A = . Montrer que (X − 1)2 (X − 2) annule A mais A est diagonalisable.
0 2
La caractérisation ci-dessus est utile dans des situations théoriques comme par exemple :
Proposition 35
Lp
On en déduit par exemple que si E = k=1 Fk où tous les Fk sont stables par u, alors u est
diagonalisable ssi tous les uFk sont diagonalisables.
On a vu ci-dessus que la caractérisation n’était pas pratique pour manipuler les endomorphismes
non diagonalisables. On peut néanmoins manipuler, parmi les polynômes en u, un polynôme par-
ticulier :
Proposition 36
Soit u un endomorphisme admettant au moins une valeur propre. Alors u est diagonali-
sable si et seulement s’il admet Π
λ∈Sp (u)
(X − λ) pour polynôme annulateur.
Remarque. Π
λ∈Sp (u)
(X − λ) est dans un polynôme scindé à racines simples.
Démonstration. Il est conseillé d’écrire la démonstration avec deux valeurs propres distinctes pour
se convaincre.
λ1 . . . 0
• Si u est diagonalisable, il existe une base dans laquelle sa matrice est D =
.. où
.
0 . . . λp
Sp (u) = {λ1 , . . . , λp } et les valeurs propres sont répétées autant de fois que leur multiplicité :
Exemple 35
1 2
On reprend l’exemple ci-dessus : A = . On voit que le polynôme (X − 1)(X − 2)
0 2
est annulateur (et scindé à racines simples) donc que A est diagonalisable.
Exemple 36
1 0 0
Soit A = 0 2 1. On voit que le polynôme (X − 1)(X − 2) n’est pas annulateur de
0 0 2
A donc que A n’est pas diagonalisable.
VII Trigonalisation
E est toujours un espace vectoriel de dimension finie n > 1.
1. Soit u ∈ L(E). On dit que u est trigonalisable lorsqu’il existe une base B de E dans
laquelle MatB (u) est triangulaire supérieure.
2. Soit A ∈ Mn (K). On dit que A est trigonalisable lorsqu’elle est semblable à une matrice
triangulaire supérieure. Autrement dit lorsqu’il existe P ∈ GL n (K) telle que
λ1 ? . . . ?
0 λ2 . . . ?
P −1 AP = .
. .. . . ..
. . . .
0 0 . . . λn
Alors
t − λ1 ? ... ?
0 t − λ2 ... ? n
χu (t) = .. .. .. .. = Π (t − λi )
. . . . i=1
0 0 . . . t − λn
qui est scindé sur K.
La remarque précédent le théorème fait le lien entre le résultat que l’on vient de montrer pour les
endomorphismes et les matrices.
• ⇐ : Par récurrence sur la dimension de E (ou, pour le cas matriciel, la taille de la matrice). Pour
n ∈ N∗ , on définit :
P(n) : « pour tout K-espace vectoriel E de dimension n et tout endomorphisme u de E, si χu
est scindé, alors u est trigonalisable et pour tout A ∈ Mn (K), si χA est scindé, alors A est
trigonalisable. »
– Initialisation : le cas n = 1 est clair car toute matrice de taille 1 est par définition triangulaire
supérieure.
– Hérédité : soit n ∈ N∗ . On suppose P(n). Soit E un K-espace vectoriel de dimension n + 1, et
u ∈ L(E) tel que χu soit scindé. Alors χu admet au moins une racine, que l’on note λ1 .
On en déduit que λ1 est valeur propre de u : il existe donc e1 ∈ E r {0} tel que u(e1 ) = λ1 e1 .
Comme e1 6= 0E , la famille (e1 ) est libre et on peut la compléter en une base (e1 , . . . , en+1 ) de
E. Alors la matrice de u dans B est triangulaire par blocs :
λ1 L
A = MatB (u) =
0 M1
t − λ1 −L
χA (t) = = (t − λ1 ) det(tIn − M1 ) = (t − λ1 )χM1 (t).
0 t − M1
Comme χA est scindé, alors χM1 aussi (c’est une conséquence du théorème de factorisation en
produit de polynômes irréductibles).
Par hypothèse de récurrence, il existe P ∈ GL n (K) tel que P −1 M1 P = T avec T triangulaire
1 0
supérieure. On définit alors par blocs la matrice suivante : Q = ∈ Mn+1 (K). Cette
0 P
1 0
matrice est inversible et, comme on l’a vu lors du chapitre sur les matrices, Q−1 = .
0 P −1
Ainsi
−1 1 0 λ1 L 1 0 λ1 LP λ1 LP
Q AQ = = = .
0 P −1 0 M1 0 P 0 P −1 M1 P 0 T
Donc A est trigonalisable et on en déduit que u aussi (c.f. remarque précédent le théorème).
Pour être tout à fait cohérent avec notre propriété de récurrence, il nous faut encore affirmer que si
A est une matrice de taille n+1 a son polynôme caractéristique scindé, alors l’endomorphisme uA
de Kn+1 canoniquement associé à A aussi, et donc (on vient de le montrer), uA est trigonalisable,
ce qui montre que A est trigonalisable. Ceci achève la récurrence.
Démonstration. C’est immédiat sachant que tout polynôme non constant de C[X] est scindé sur
C.
Remarque. Si A ∈ Mn (R), alors A est trigonalisable dans C. Cela signifie qu’il existe P ∈
GL n (C) et T ∈ Mn (C) une matrice triangulaire supérieure, telles que P −1 AP = D. En revanche,
si χA ∈ R[X] n’est pas scindé sur R, alors il n’existe pas de couple (Q, U ) ∈ GL n (R) × Mn (R)
avec U triangulaire supérieure tel que Q−1 AQ = U .
λ1 0 . . . 0
λ2 . . . 0
Exercice. Si B = . . ∈ Mn (K), montrer que B est trigonalisable.
.. . .
.. . . ..
∗ ... λn
Exercice. Soit A ∈ Mn (R) tel que A2 + A + In = 0.
1. Résoudre dans C l’équation z 2 + z + 1 = 0.
2. Déterminer Tr A et det A.
Exercice. Soit A ∈ Mn (K) nilpotente. Déterminer χA puis det(In + A).
Remarque. Soit A ∈ Mn (K). On a vu proposition 22 que si χA est scindé sur K, alors Tr (A)
était la somme de ses valeurs propres et det(A) le produit de ses valeurs propres. Si on considère
A comme une matrice de Mn (C), alors χA est scindé : Tr (A) est la somme de ses valeurs propres
(complexes). Par ailleurs, comme A est alors trigonalisable dans C, on a l’existence de P ∈ GL n (C)
telle que
λ1 ? . . . ?
0 λ2 . . . ?
P −1 AP = . . =T
.. . .
.. . . ..
0 0 ... λn
Or par récurrence on a pour tout k ∈ N,
λk1
? ... ?
0 λk2 ... ?
Ak = P T k P −1
−1
=P . P
.. .. ..
.. . . .
0 0 ... λkn
Exemple 37
Tr (Ak+1 )
lim = λp
k→+∞ Tr (Ak )
k+1
Ainsi, en calculant TrTr(A(Ak ) ) pour k « grand », on a une valeur approchée de λp . C’est
une méthode utilisée en analyse numérique matricielle pour déterminer la valeur propre
de plus grand module d’une matrice.
Remarquons que l’on peut préciser un peu les choses. Comme Tr (A) = 5 et que la trace est
invariante par similitude, le dernier coefficient de la diagonale de MatB (f ) est 2 et ce, pour tout
choix que l’on fera de ε3 tel que (ε1 , ε2 , ε3 ) soit une base de K3 .
Remarque. Pour trigonaliser complètement la matrice de l’exemple précédent, il faut savoir com-
pléter une famille libre en une base. D’après le théorème de la base incomplète (c.f. cours
de PCSI !) cela peut se faire à l’aide d’un ou plusieurs vecteurs d’une famille génératrice connue.
Si l’on souhaite poursuivre l’exemple on peut par exemple remarquer que ε3 = (1, 0, 0) convient
(mais que (0, 0, 1) = ε2 − 2ε1 ne conviendrait pas !) Pour finir de trigonaliser, avec ce choix de ε3 ,
on peut :
1 2 1 0 3 −2
• Soit poser P = 1 2 0, calculer P −1 = 0 −1 1 et vérifier que
1 3 0 1 −1 0
1 0 5
P −1 AP = 0 2 −1
0 0 2
Attention ! avec cette méthode, il faut prendre garde qu’il est nécessaire d’exprimer f (ε3 ) =
(5, 3, 2) dans la base (ε1 , ε2 , ε3 ).
5 −6 2
Exercice. On reprend la matrice A = 3 −4 2 de l’exemple ci-dessus. Montrer qu’il existe
2 −5 4
1 0 0
Q ∈ GL 3 (R) tel que Q−1 AQ = 0 2 1. La forme de la matrice attendue est suffisante comme
0 0 2
indication...
2 0 −1
Exercice. Soit A = 0 2 0 .
1 −1 0
1. A est-elle diagonalisable ?
2 0 0
2. Montrer qu’il existe P ∈ GL 3 (R) tel que A = P 0 1 1 P −1 .
0 0 1
3. Calculer Ak pour tout k ∈ N.
caractéristique admet deux solutions distinctes. Traitons le cas où il y a une solution double. Dans
ce cas, on dispose alors d’une suite (un ) telle qu’il existe r ∈ K vérifiant
∀n ∈ N, un+2 = 2run+1 − r2 un
L’équation caractéristique de cette suite x2 − 2rx
+ r
2
= 0 admet pour solution double r.
un
Rappelons que dans ce cas, en notant Xn = on a
un+1
∀n ∈ N, Xn+1 = AXn
donc par récurrence
∀n ∈ N, Xn = An X0
0 1
La matrice associée est A = , que nous avons étudiée à l’exemple 2. On a vu qu’en
−r2 2r
1 0
posant P = on avait
r 1
r 1
P −1 AP = =T
0 r
Or pour tout n on a
rn nrn−1
n
T =
0 rn
Donc les coefficients de An sont combinaisons linéaires de rn et nrn . Ainsi
Théorème 10
Rappelons que l’on sait que cet espace vectoriel E est de dimension 2. On a trouvé une famille
génératrice de deux vecteurs, qui est donc une base de E : l’écriture de (un ) comme combinaison
linéaire de (rn ) et de (nrn ) est unique.
5 −6 2
Exemple Soit A = 3 −4 2. Le polynôme caractéristique de cette matrice est χA = (X −
2 −5 4
1)(X − 2)2 . La matrice A − 2I3 est de rang 2, donc son noyau est de dimension 1 et A n’est
pas diagonalisable. Comme le polynôme caractéristique est scindé, A est trigonalisable. Soit f
l’endomorphisme canoniquement associé à A. Soit e1 (resp. e2 ) vecteur propre de f associé à la
valeur propre 1 (resp. 2) et e3 un vecteur linéairement indépendant de (e1 , e2 ). Alors la matrice T
de f dans la base (e1 , e2 , e3 ) est de la forme
1 0 ?
T = 0 2 ?
0 0 2
Ici on peut par exemple prendre e1 = (1, 1, 1) et e2 = (2, 2, 3). On voit choisir e3 pour avoir une
dernière colonne la plus simple possible (vous serez guidé pour cela !) On va chercher e3 tel que
f (eR ) = e2 + 2e3 , autrement dit tel que (f − 2 Id )(e3 ) = e2 . On résout donc le système linéaire
3 −6 2 2
(A − 2I3 )X = 3 −6 2 X = 2
2 −5 2 3
−1
On trouve que 0 est solution de ce sytème. On pose donc e3 = (−1, 0, 25 ) et on est assuré que
5
2
f (e3 ) = e2 + 2e3 , on vérifie que (e1 , e2 , e3 ) est libre, donc une base de K3 et donc en posant
1 2 −1
P = 1 2 0
1 3 25
On a donc l’existence de α tel que y1 : t 7→ αet et (y2 , y3 ) est solution du système de l’exemple
précédent. Ainsi
αet
Y : t 7→ (β + γt)e2t
γe2t
est solution de Y 0 = T Y puis
4 3 0
Montrer que A est semblable à B = 0 4 0, et qu’il est possible d’avoir une matrice de
0 0 2
passage de coefficients dans {−1, 0, 1}.
Résoudre le système différentiel Y 0 = BY puis X 0 = AX.
b c
x00 (t) + x0 (t) + x(t) = 0
a a
et le système différentiel associé est
0 0 1
X (t) = AX(t) avec A =
− ac − ab
αer1 t
En posant Y = P −1 X on a donc Y (t) = , puis en notant P = (pi,j )
βer2 t
Objectifs :
• Révisions d’analyse réelle concernant les limites et la continuité.
• Notion de norme et topologie associée (ouverts, fermés).
• Extension des notions de limite et continuité dans un cadre plus général.
Disclaimer : certaines images de ce chapitres sont dues à un collègue.
Dans ce chapitre E est un K-espace vectoriel. En PCSI, on voit de quelle manière la valeur
absolue sur R et le module sur C permettent de définir une notion de distance et de parler de
limites. Dans ce chapitre, on va étudier en particulier les normes, qui permettent d’étendre ces
notions aux espaces vectoriels.
|b − a|
a b
2
√
Rappelons que l’on a |x| = x2 et ∀x ∈ R, x2 = |x| .
Rappelons aussi les propositions suivantes :
Proposition 1 (Inégalité triangulaire)
165
CHAPITRE 5. ESPACES VECTORIELS NORMÉS 2022/2023
Soit x ∈ R et a ∈ R+ . On a
|x| 6 a ⇔ −a 6 x 6 a
et donc, pour x, y ∈ R et a ∈ R+ , on a
|x − y| 6 a ⇔ x ∈ [y − a, y + a]
|x − y| > a ⇔ x ∈] − ∞, y − a] ∪ [y + a, +∞[
Soit A une partie de R. On dit que M ∈ R est le maximum (ou le plus grand élément)
de A lorsque M ∈ A et M est un majorant de A. On le note max A. Autrement dit :
∀a ∈ A, a 6 M et
M = max A ⇔
M ∈A
Méthode 1
• Pour montrer que sup A 6 M , il suffit de montrer que pour tout élément x ∈ A on a
x 6 M.
• Pour montrer que sup A > M il suffit de montrer qu’il existe un élément x ∈ A tel que
x > M.
Les notions de bornes supérieures, inférieures, minimum, maximum s’étendent aux fonctions à
valeurs réelles. Si f : I → R, alors
Méthode 2
Pour étudier les bornes supérieures et inférieures d’une fonction sur un intervalle, on peut
tracer un tableau de variations.
Exemple 1
Convention : on rappelle que dans le programme de PCSI actuel (celui de 2021), on convient
de poser sup A = +∞ si A est une partie de R non majorée.
On pourra par la suite utiliser la proposition suivante sans la prouver.
Proposition 2
3 Parties entières
Théorème 2 (Définition de la partie entière)
Soit x ∈ R. Il existe un unique élément p ∈ Z tel que p 6 x < p + 1. Cet élément est
appelé partie entière de x et on note p = bxc.
∀x ∈ R, x − 1 < bxc 6 x
Exemple 2
Proposition 3
b10n xc
Soit x ∈ R et n ∈ N. Le nombre décimal dn (x) = 10n satisfait l’encadrement
Les nombres dn (x) et dn (x) + 10−n sont appelés respectivement valeur décimale par
défaut et par excès de x à la précision 10−n ; on a lim dn (x) = x. En particulier tout
n→+∞
nombre réel est limite d’une suite de nombres décimaux donc rationnels.
II Normes et distances
1 Normes
Définition 3 (Norme)
Exemple 3
Sur E = R[X], l’application N : P 7→ supt∈[0,1] |P (t)| est bien définie et est une norme.
Contre-exemple 4
Proposition 4
Soit (E, k · k) un espace vectoriel normé. Un vecteur x ∈ E est dit unitaire lorsque
x
kxk = 1. Pout tout x 6= 0E , il existe un vecteur unitaire dans Vect (x), le vecteur kxk .
Méthode 3
Pour montrer que N : E 7→ R est une norme, on vérifie les 4 points de la définition, ou
– selon le contexte – si K = R, on essaye de montrer que c’est la norme associée à un
produit scalaire.
p p
Exercice.1. Montrer que (x, y) 7→ x2 + y 2 définit une norme sur R2 mais que (x, y) 7→ x4 + y 2
n’en n’est pas une.
s Z 1
2. Montrer que (f, g) 7→ f (0)2 + f 0 (t)2 dt est une norme sur C 1 ([0, 1], R). On pourra s’intéresser
0
Z 1
0 0
à (f, g) 7→ f (0)g(0) + f (t)g (t)dt.
0
2 Normes usuelles
Sur Kn
Détaillons pourquoi :
Norme k · k1
Cette application vérifie clairement les propriétés de positivité, de séparation, d’homogénéité
(exercice si vous n’êtes pas convaincus). Pour l’inégalité triangulaire : soit x, y ∈ Kn . Alors
Norme k · k2
Lorsque K = R, la norme k · k2 dérive du produit scalaire usuel : l’appelle norme
euclidienne.
Lorsque K = C, la norme k · k2 s’appelle norme hermitienne. Elle est définie par
√
∀u ∈ Cn , kuk2 = u1 u1 + · · · + un un .
La positivité, la séparation et l’homogénéité sont plus ou moins immédiates. Pour prouver l’inégalité
triangulaire on remarque que cela revient à montrer que pour x, y ∈ Cn ,
v v
Xn n
X n
X
u n
X
u n
2 2 2
u uX
2t 2
|xi + yi | 6 |xi | + |yi | + 2 t |xi | |yi |
i=1 i=1 i=1 i=1 i=1
2 2 2
Or pour i ∈ [[ 1 ; n ]] on a |xi + yi | = |xi | + 2 Re (xi yi ) + |yi | donc l’inégalité est équivalente à
! v v
Xn u n u n
uX 2
uX 2
2 Re xi yi 6 2 t |xi | t |yi |
i=1 i=1 i=1
ce qui s’écrit
! v v
n n n u n
u n n
X X X uX
uX X
xi yi xj yj 6 xi yi t xi yi t yj yj yj yj
i=1 j=1 i=1 i=1 j=1 j=1
autrement dit
! v v
n n n u n
u n n
X X X uX
uX X
xi yi xj yj 6 xi yi t xi yi t yj yj yj yj
i=1 j=1 i=1 i=1 j=1 j=1
ou encore X X
xi yi xj yj 6 xi xi yj yj
16i,j6n 16i,j6n
Ces deux sommes doubles ont les mêmes termes lorsque i = j. L’inégalité est alors équivalente à
écrire
X
06 (xi xi yj yj + xj xj yi yi − xi ui xj yj − xj yj xi yi )
16i<j6=n
autrement dit à X 2
06 |xi yj − xj yi |
16i<j6n
Norme k · k∞
Ici aussi le seul problème est l’inégalité triangulaire. Soit x, y ∈ Kn . Soit p, q ∈ [[ 1 ; n ]] tels que
|xp | = max(|x1 | , . . . , |xn |) = kxk∞ et |yq | = max(|y1 | , . . . , |yn |) = kyk∞
Soit i ∈ [[ 1 ; n ]] quelconque. On a
|xi + yi | 6 |xi | + |yi | 6 |xp | + |yq | 6 kxk∞ + kyk∞
ceci étant valable pour tout i, on a
kx + yk∞ = max(|x1 + y1 | , . . . , |xn + yn |) 6 kxk∞ + kyk∞
Remarquons que cette norme non plus n’est pas associée à un produit scalaire lorsque K = R.
Applications
Ces normes usuelles peuvent se généraliser : si E est un espace vectoriel de dimension finie
n
P
n > 1 et B = (e1 , . . . , en ) une base de E, on pose pour x ∈ E que l’on écrit x = xk ek :
k=1
v
n
X
u n
uX 2
kxk1 = |xk | kxk2 = t |xk | kxk∞ = Max (|xk |)
16k6n
k=1 k=1
2
On identifie une matrice A = (ai,j )16i,j6n avec un élément de Kn en écrivant les co-
efficients en ligne : (a1,1 , a1,2 , . . . , a1,n , a2,1 , a2,2 . . . , an,n ). On reprend alors les normes
précédentes :
q s
X > X
kAk1 = |ai,j | kAk2 = Tr (A A) = a2i,j kAk∞ = Max |ai,j |
16i,j6n
16i,j6n 16i,j6n
q r P
>
Exercice. Vérifier que Tr (A A) = a2i,j .
16i,j6n
Norme uniforme Soit E = B(I, K) l’ensemble des fonctions bornées sur un intervalle I de R à
valeurs dans K. Pour f ∈ E on pose
kf k∞ = sup |f (t)|
t∈I
Ceci existe car f est bornée. On définit ainsi une norme sur E. En effet :
• kf k∞ > 0 par définition.
• On a de plus kf k∞ = 0 si et seulement si ∀t ∈ I, f (t) = 0 i.e. f est la fonction nulle.
• Pour tout λ ∈ K, kλf k∞ = |λ| kf k∞ .
• Soient f, g ∈ E. Alors pour tout t ∈ I on a
|(f + g)(t)| = |f (t) + g(t)| 6 |f (t)| + |g(t)| 6 kf k∞ + kgk∞
Donc kf + gk∞ = supt∈I |(f + g)(t)| 6 kf k∞ + kgk∞ .
Cette norme sur E s’appelle norme uniforme ou norme de la convergence uniforme. En
particulier, on a ainsi défini une norme sur l’ensemble des fonctions continues sur un segment, ou
sur l’ensemble des fonctions continues et T -périodiques.
Norme de la convergence en moyenne Sur l’ensemble L1c (I, K) des fonctions continues et
intégrables sur un intervalle I qu’on a étudié dans le chapitre sur les intégrales, on peut définir
l’application
Z
f 7→ kf k1 = |f |
I
Z b
La norme k · k2 est associée au produit scalaire (f, g) 7→ f (t)g(t)dt.
a
3 Distances
Définition 5 (Distance)
La démonstration de cette proposition est un exercice qui découle des propriétés d’une norme !
Remarque. Dans le cas des boules fermées ou des sphères, on peut autoriser r = 0. Dans ce cas
Bf (a, 0) = {a} = S(a, 0).
Attention ! il ne faut pas penser que toutes les boules sont « rondes » ! Voici les boules unité
pour les trois normes usuelles de R2 :
L’application t 7→ tx + (1 − t)y définie sur [0, 1] est dans ce cas une paramétrisation du
segment [x, y]. Si t = 0 on obtient x, si t = 1, on obtient y et pour t = 21 le milieu de [x, y].
autrement dit lorsque « pour tout x, y ∈ A, le segment [x, y] est inclus dans A ».
Exemple 8
Dans R (muni de la valeur absolue), les parties convexes sont exactement les intervalles.
C’est ce qui a été démontré en PCSI.
Tout sous-espace vectoriel F de E est convexe.
Contre-exemple 9
La partie A, dessinée en bleu n’est pas convexe car le segment que l’on a tracé n’est pas
inclus dans la partie, bien qu’il ait ses deux extrémités dans A.
Démonstration. Traitons le cas d’une boule ouverte, de centre a et de rayon r > 0 (le cas des
boules fermées est laissé au lecteur). Soit x, y ∈ B(a, r). On sait dans ce cas que d(a, x) < r et
d(a, y) < r. On souhaite montrer que pour tout t ∈ [0, 1], d(a, tx + (1 − t)y) < r. Pour t = 0 ou
t = 1 c’est évident. Sinon :
Exercice. Parmi les sphères unité pour les normes 1, 2 et ∞ dans R2 , lesquelles sont convexes ?
Soit A ⊂ E. On dit que A est une partie bornée de E lorsqu’il existe K > 0 tel que
∀x ∈ A, kxk 6 K
Autrement dit lorsque A est entièrement contenue dans une certaine boule fermée (par
exemple de la forme Bf (0, K)).
Comme souvent, il en découle une notion analogue pour les suites et les fonctions :
Soit (un ) ∈ E N une suite d’éléments de E et f une fonction d’un ensemble I à valeurs
dans E.
1. On dit (un ) est bornée lorsqu’il existe K ∈ R+ telle que
∀n ∈ N, kun k 6 K
2. On dit que f est bornée lorsque f (I) est une partie bornée de E, autrement dit lorsqu’il
existe K ∈ R+ tel que
∀x ∈ I, kf (x)k 6 K
Exemple 10
En effet, si x ∈ B(a, r), alors d(0, x) 6 d(0, a) + d(a, x) 6 kak + r 6 K car x ∈ B(a, r)
donc d(a, x) < r. Le cas d’une boule fermée se traite de la même manière.
R2 r {(0, 0)}
−→ R
Exercice. Montrer que f : xy est bornée.
(x, y) 7−→ x2 +y 2
[0, 1]3 −→ R2
g:
(x, y, z) 7−→ (x − y + 2z, x2 + y 2 + z 2 )
est bornée.
Attention ! le caractère borné ou non dépend du choix de la norme, comme le montre l’exercice
suivant :
Définition 11 (Convergence)
Soit (un ) une suite d’éléments de E et ` ∈ E. La suite (un ) converge vers ` (pour le
norme k · k) lorsque lim kun − `k = 0. S’il n’existe pas de ` vérifiant cette propriété,
n→+∞
on dit que la suite (un ) diverge.
Proposition 7
0 6 k` − `0 k 6 kun − `k + kun − `0 k
Remarque. Bien entendu, on ne cherchera pas à faire d’autres opérations dans un cadre abstrait :
les vecteurs ne se multiplient pas et ne se divisent pas !
Exercice. Soit A ∈ Mn (K) telle que kAk∞ < 1. Alors lim Ak = 0.
k→+∞
Exemple 11
Ces fonctions sont dans l’espace vectoriel E des fonctions bornées, continues et intégrables
sur R+ . On peut munir E de la norme k · k1 ou de la norme k · k∞ par exemple. Notons
f la fonction nulle. On a
Z +∞
1
kfn − f k = |fn (t)| dt = → 0
0 n
Exemple 12
si x 6 n2 ou x > 32 n
0
n
fn (x) = 2
2 (x − 2 ) si x ∈ [ n2 , n]
n 2
− n2 (x − 2 n) si x ∈ [n, 32 n]
3
Démonstration. Si lim un = `, alors lim kun − `k = 0 et donc la suite (kun − `k)n est bornée :
n→+∞ n→+∞
il existe K ∈ R+ telle que ∀n ∈ N, kun − `k 6 K. Ainsi pour tout n ∈ N,
kun k = kun − ` + `k 6 kun − `k + k`k 6 K + k`k
Bien entendu, la réciproque est fausse (elle l’est déjà pour les suites numériques !)
Contre-exemple 13
k 0 1
La suite (A )k où A = est bornée mais diverge ; pour le montrer le plus simple
1 0
est d’utiliser les suites extraites et la proposition suivante.
Une suite extraite se définit comme pour les suites numériques : (vn ) est extraite de (un )
lorsqu’il existe ϕ : N → N strictement croissante telle que ∀n ∈ N, vn = uϕ(n) .
Soit (un ) une suite de limite ` ∈ E. Alors toute suite extraite de (un ) converge vers `.
Démonstration. Si (un ) converge vers `, alors (kun − `k)n converge vers 0, donc la suite extraite
(kuϕ(n) − `k)n converge vers 0 et (uϕ(n) ) converge vers `.
Méthode 4
Pour montrer qu’une suite diverge, il suffit de montrer qu’il existe deux suites extraites
qui n’ont pas la même limite.
Moralité : en général, il faut toujours préciser le mode de convergence, autrement dit la norme
choisie.
Définition 12 (Normes équivalentes)
Soient N1 et N2 sont deux normes équivalentes sur E. Une partie A de E est bornée
pour la norme N1 si et seulement si elle est bornée pour la norme N2 .
En particulier une suite bornée pour N1 est bornée pour N2 et réciproquement.
Démonstration. Soit α, β ∈ R+∗ donnés par la définition de normes équivalentes : ∀x ∈ E, αN1 (x) 6
N2 (x) 6 βN1 (x). Supposons A bornée pour N1 . Il existe donc M ∈ R tel que ∀x ∈ A, N1 (x) 6 M .
En posant K = βM on a ∀x ∈ A, N2 (x) 6 βN1 (x) 6 βM = K. Donc A est bornée pour N2 .
Si A est bornée pour N2 , on fait de même car α > 0 donc N1 6 α1 N2 .
Soient N1 et N2 deux normes équivalentes sur E. Une suite (un ) de E converge vers
` ∈ E pour la norme N1 si et seulement si elle converge vers ` pour la norme N2 .
Démonstration. Soit α, β ∈ R+∗ tels que ∀x ∈ E, αN1 (x) 6 N2 (x) 6 βN1 (x). Si lim un = `
n→+∞
pour la norme N1 , alors lim N1 (un − `) = 0R . Comme pour tout n ∈ N, 0 6 N2 (un − `) 6
n→+∞
N1 (un − `), le théorème d’encadrement donne lim N2 (un − `) = 0 donc lim un = ` pour la
n→+∞ n→+∞
norme N2 .
1
Comme dans la démonstration précédente, comme N1 6 α N2 on peut montrer la réciproque.
Méthode 5
Pour montrer que deux normes N1 et N2 ne sont pas équivalentes, on peut trouver une
suite de vecteurs qui a une limite ` ∈ E pour N1 , mais qui n’a pas pour limite ` pour N2 .
Exercice. À l’aide du contre-exemple 14, montrer que k · k1 et k · k∞ ne sont pas équivalentes sur
C 0 ([0, 1], R).
Si E est de dimension finie alors toutes les normes définies sur E sont équivalentes.
Démonstration. Admis.
+∞
ak X k (les ak sont nuls a.p.c.rg.), on pose N1 (P ) =
P
Exercice. Soit E = R[X]. So P =
k=0
Sup |P (t)| et N2 (P ) = Sup |pk |. On note Bn l’ensemble des polynômes unitaires de degré n.
t∈[0,1] k∈N
Soit (un ) une suite d’éléments d’un espace vectoriel normé E de dimension finie p > 1 et
p
P
(e1 , . . . , ep ) une base de E. Pour n ∈ N, on note un = un,i ei , avec un,i ∈ K. La suite
i=1
(un ) est convergente si et seulement si pour tout i ∈ [[ 1 ; p ]] la suite (un,i )n converge vers
un scalaire `i . Dans ce cas
p
X p
X
lim un = lim un,u ei = `i ei
n→+∞ n→+∞
i=1 i=1
Comme en dimension finie la convergence ne dépend pas de la norme choisie, dans les exemples
suivants, on ne précise pas de norme :
Exemple 15
1 2
1− n n
Soit pour n ∈ N∗ , Mn = . Montrer que (Mn ) converge.
cos(n) 1
en e n
Exercice. Soit A une matrice diagonale. Donner une condition nécessaire et suffisante sur les
n
Ak existe et dans ce cas déterminer cette limite.
P
coefficients de A pour que lim
n→+∞ k=0
λ 0 1
Exercice. Soit B = 0 λ 0. On suppose que |λ| < 1. Déterminer lim B n .
n→+∞
0 0 1
λ1 a1,2 . . . a1,n
0 λ2 . . . a2,n
Exercice. Soit C = . .. ∈ Mn (K). Pour k ∈ N∗ , on pose
.. ..
.. . . .
0 0 . . . λn
1
λ1 + k a1,2 ... a1,n
0 λ2 + k2 ... a2,n
Ck = .
.. .. ..
..
. . .
n
0 0 ... λn + k
1. Montrer que pour k suffisamment grand, les coefficients diagonaux de Ck sont deux à deux dis-
tincts.
Exercice. Montrer que toute matrice de Mn (K) est limite d’une suite de matrices inversibles.
V Topologie
Dans cette section, on donner un peu de vocabulaire concernant les parties d’un espace vectoriel
normé. Les propriétés que nous allons voir sont nécessaire à l’étude des limites et de la continuité de
fonctions définies sur un espace vectoriel normé. En PCSI, vous avez vu que le comportement d’une
fonction définie sur [a, b] n’était pas le même que celui d’une fonction définie sur ]a, b[ : on peut
dans certain cas parler de limite à gauche ou à droite, pas dans d’autres ; certains d’entre vous on
peut être entendu parlé de point intérieur à un intervalle I (qui sont les points de l’intervalle sans
tenir compte de ses bornes) et de point adhérent à un intervalle (qui sont les points de l’intervalle,
auquel on rajoute les bornes réelles mais pas les bornes infinies). Ce sont ces notions que l’on
généralise.
1 Intérieur
Exemple 16
◦
Si I = [0, 1], alors I =]0, 1[.
Soit A ⊂ E. On dit que A est une partie ouverte de E (ou plus simplement un ouvert de
E) lorsque chacun de ses point est intérieur à A :
∀a ∈ A, ∃r > 0, B(a, r) ⊂ A
Exemple 17
a1
Soit a = (a1 , a2 ) ∈ U1 . Alors a1 > 0. Posons ε = 2 . On a B(a, ε) ⊂ U1 .
Contre-exemple 18
On remarque par exemple que O = (0, 0) ∈ U2 . Pour tout ε > 0, la boule B(O, ε) déborde
de U2 : le point (− 2ε , 0) est dans cette boule mais n’est pas dans U2 .
◦
Remarque. Dire que A est un ouvert revient à dire que A = A : un ouvert « n’a pas de bord ».
Exemple 19
Attention ! toujours préciser de quel espace ou est un ouvert. Par exemple R est un ouvert de
R mais n’est pas un ouvert de C (penser que les boules ouvertes de R et de C ne se ressemblent
pas...)
Proposition 13
• Soit (Ui )i∈I une famille quelconque (éventuellement infinie) d’ouverts de E. Alors
[
Ui
i∈I
est un ouvert de E.
• Soit n ∈ N∗ et (Vi )i∈[[ 1 ; n ]] une famille finie d’ouverts de E. Alors
n
\
Vi
i=1
est un ouvert de E.
[
Démonstration.• Soit x ∈ Ui . Il existe j ∈ I tel que x ∈ Uj . Comme Uj est un ouvert, il existe
i∈I
[ [
r > 0 tel que B(x, r) ⊂ Uj ⊂ Ui . Donc x est intérieur à Ui et ce, pour tout x.
i∈I i∈I
n
\
• Soit x ∈ Vi . Alors pour tout i ∈ [[ 1 ; n ]] il existe ri > 0 tel que B(x, ri ) ⊂ Vi . Posons r =
i=1
n
\
min(r1 , . . . , rn ). Alors r > 0 et ∀i ∈ [[ 1 ; n ]] , B(x, r) ⊂ Vi . Autrement dit B(x, r) ⊂ Vi .
i=1
Contre-exemple 20
Le résultat sur l’intersection serait faux pour une famille quelconque d’ouverts. Par
1 1
exemple, les In =] − n+1 , n+1 [ sont tous ouverts dans R mais
+∞
\
In = {0}
n=1
r
qui n’est manifestement pas un ouvert : si r > 0, B(0, r) contient le nombre 2 qui n’est
pas dans {0}.
Proposition 14
Démonstration. Soit N1 et N2 deux normes équivalentes de E et α, β > 0 tels que ∀x ∈ E, αN1 (x) 6
N2 (x) 6 βN1 (x). Supposons que A est un ouvert pour la norme N2 . Soit a ∈ A. Montrons que
a est intérieur à A pour la norme N1 . On sait déjà que c’est le cas pour la norme N2 : il existe
r2 > 0 tel que B(a, r2 , N2 ) ⊂ A. Soit r1 > 0. Si x ∈ B(a, r1 , N1 ), on a N1 (x − a) < r1 donc donc
αN2 (x − a) 6 N1 (x − a) < r1 . Ainsi on voit que si r1 6 α1 r2 , on a N1 (x − a) < r1 ⇒ N2 (x − a) < r2 .
Prenons donc r1 = α1 r2 . On a alors B(a, r1 , N1 ) ⊂ B(a, r2 , N2 ) ⊂ A donc a est intérieur à A pour
la norme N1 . Autrement dit, puisque c’est vrai pour tout a ∈ A, A est un ouvert pour N1 .
On procède de même pour la réciproque.
Démonstration. a ∈ E, r > 0 et x ∈ B(a, r). Notons d = d(a, x). Alors pour tout ε tel que
0 < ε < r − d la boule B(x, ε) est incluse dans B(a, r) car si y ∈ B(x, ε), alors
◦
On pourrait montrer que Bf (a, r) = B(a, r).
Méthode 6
Pour le moment, pour vérifier si une partie est ou non ouverte dans E, essayer de faire
un dessin et de vérifier la définition. Une méthode plus systématique sera vue plus loin.
2 Adhérence
Définition 15 (Point adhérent)
Soit A ⊂ E et a ∈ E.
1. On dit que le vecteur a est un point adhérent à A lorsque toute boule ouverte non vide
centrée en a rencontre A :
∀r > 0, B(a, r) ∩ A 6= ∅
2. L’adhérence de A, que l’on note A est l’ensemble des points adhérents à A.
On prendra garde à distinguer A l’adhérence de A et Ac = E r A le complémentaire de
A dans E.
Exemple 21
L’adhérence de A = [0, 1[ est [0, 1]. Le point 1 est adhérent à A mais n’est pas dans A.
1
Démonstration.• Supposons que a soit adhérent à A. Soit n ∈ N. Par définition, A∩B(a, n+1 ) 6= ∅.
1
Soit xn ∈ A ∩ B(a, n+1 ). On a alors construit une suite (xn ) d’éléments de A qui vérifie ∀n ∈
1
N, kxn − ak 6 n+1 donc telle que lim kxn − ak = 0, ce qui signifie que lim xn = a.
n→+∞ n→+∞
• Réciproquement, soit (xn ) une suite d’éléments de A qui converge vers a. Soit r > 0. Comme
lim kxn − ak = 0, il existe N ∈ N tel que pour tout n > N on ait kxn − ak < r. Alors
n→+∞
xn ∈ B(a, r) ∩ A ce qui prouve que B(a, r) ∩ A 6= ∅. Donc ∀r > 0, B(a, r) ∩ A 6= ∅ et a est
adhérent à A.
Exemple 22
1
Le point 1 est adhérent à [0, 1[ car la suite (1 − n+1 )n est une suite d’éléments de [0, 1[
qui converge vers 1.
Exercice. Montrer que la matrice nulle est dans l’adhérence de l’ensemble des matrices inversibles.
Exercice. Soit A une partie bornée de R. Montrer que sup(A) est dans A.
Remarque. Soit a ∈ E et r > 0. Alors B(a, r) = Bf (a, r). Montrons le par double inclusion :
• Soit x ∈ B(a, r). Soit (xn ) une suite d’éléments de B(a, r) qui converge vers x. Montrons que
x ∈ Bf (a, r). On a pour tout n ∈ N, kxn − ak < r. Or |kxn − ak − kx − ak| 6 kxn − xk donc
lim kxn − ak = kx − ak. Le passage à la limite transforme l’inégalité kxn − ak < r en une
n→+∞
inégalité large : lim kxn − ak = kx − ak 6 r. Donc x ∈ Bf (a, r).
n→+∞
1 1
• Soit x ∈ Bf (a, r). Soit n ∈ N. On a kx − ak 6 r donc k 1 − n+1 (x − a)k 6 1 − n+1 r < r.
1 1
Donc en posant xn = 1 − n+1 x + n+1 · a on a kxn − ak < r : autrement dit xn ∈ B(a, r). De
plus lim xn = x donc x ∈ B(a, r).
n→+∞
Soit A ⊂ E. On dit que A est une partie fermée de E lorsque tous les points adhérents
à A sont des éléments de A (i.e. lorsque A ⊂ A).
Démonstration. Soit (xn ) une suite d’éléments de A qui converge vers ` ∈ E pour la norme N1 .
Supposons A fermé pour la norme N1 . Alors ` ∈ A. De plus, comme N1 et N2 sont équivalentes,
si (xn ) converge vers `0 ∈ E pour N2 , on a nécessairement ` = `0 donc `0 ∈ A et A est fermé pour
N2 .
Remarque. La preuve ci-dessus permet aussi de montrer que si N1 et N2 sont équivalentes,
l’adhérence d’une partie pour N1 est la même que pour N2 . En général : Les notions topologiques
sont invariantes par passage à une norme équivalente.
Méthode 7
Pour montrer qu’une partie est fermée dans E, on utilise la caractérisation séquentielle,
ou la méthode qu’on explicitera plus loin.
Exemple 23
Un intervalle fermé de R est fermé. Rappelons que l’on appelle fermés les intervalles de
la forme [a, b], [a, +∞[ ou ] − ∞, a].
On a vu que la matrice nulle était dans l’adhérence de GL n (K) : cela montre que GL n (K)
n’est pas un fermé de Mn (K).
Exercice. Si E est de dimension finie, alors tout sous-espace vectoriel de E est fermé dans E.
Démonstration.• Soit (xn ) une suite d’éléments de Bf (a, r) qui converge vers x ∈ E. Alors comme
on l’a vu lors de la remarque 2 lim kxn − ak = kx − ak. Or ∀n ∈ N, kxn − ak 6 r, donc par
n→+∞
passage à la limite kx − ak 6 r et x ∈ Bf (a, r). Ceci prouve que Bf (a, r) est fermée.
• On a de même, si (xn ) est une suite d’éléments de S(a, r) qui converge vers x, lim kxn − ak =
n→+∞
kx − ak mais la suite (kxn − ak)n est constante égale à r donc kx − ak = r et x ∈ S(a, r).
Attention ! il existe des parties ni ouvertes ni fermées (comme par exemple [0, 1[ dans R) et
des parties ouvertes et fermées (comme E ou ∅).
Proposition 21
• Soit (Fi )i∈I une famille quelconque (éventuellement infinie) de fermés de E. Alors
\
Fi
i∈I
est un fermé de E.
• Soit n ∈ N∗ et (Gi )i∈[[ 1 ; n ]] une famille finie de fermés de E. Alors
n
[
Gi
i=1
est un fermé de E.
\
Démonstration.• Soit (xn ) une suite d’éléments de Fi qui converge vers x ∈ E. Soit i ∈ I.
i∈I
Comme (xn ) est une suite d’éléments du fermé Fi , sa limite x ∈ Fi . Ceci est vrai pour tout Sni.
• Pour
Tnce point, il est plus simple d’utiliser la proposition précédente : le complémentaire
Sn de i=1 Gi
est i=1 Gci qui est une intersection finie d’ouverts donc ouvert. Ainsi i=1 Gi est un fermé de E.
Exemple 25
Exemple 26
◦
Remarque. On appelle fontière de A ⊂ E l’ensemble noté Fr(A) défini par FrA = A r A : c’est
l’ensemble des points adhérents à A mais qui ne sont pas intérieurs à A.
Exemple 27
Soit A une partie de E. On dit que A est dense dans E lors que E = A. Autrement dit
(caractérisation séquentielle) :
∀x ∈ E, ∃(an ) ∈ AN , lim an = x
n→+∞
On verra plus loin dans ce chapitre des utilisations de la notion de densité : on peut par exemple
montrer que deux fonctions continues sont égales sur une partie dense pour conclure qu’elles sont
égales partout.
Exemple 28
Exemple 29
GL n (K) est dense dans Mn (K) : toute matrice carrée est limite d’une suite de matrices
inversibles.
Exemple 30
L’ensemble des matrices (complexes) diagonalisables est dense dans Mn (C) : pour une
preuve, c.f. partie VII (nécessite la continuité du changement de base).
1 Définition de la limite
Définition 18 (Limite en un point)
pour b = −∞ :
∀M ∈ R, ∃α > 0, ∀x ∈ A, kx − akE 6 α ⇒ f (x) 6 M
Méthode 8
Pour étudier une fonction de plusieurs variables réelles, comme par exemple une fonction
de R2 dans R, on peut choisir la p norme la plus adaptée de R2 . En particulier, utiliser
la norme euclidienne k(x, y)k2 = x2 + y 2 laisse la possibilité d’écrire les expressions
ne coordonnées polaires : on pose x = r cos θ et y = r sin θ – dans ce cas k(x, y)k2 = r.
Montrer que lim f (x, y) = 0 revient à montrer que lim |f (r cos θ, r sin θ)| = 0.
(x,y)→(0,0) r→0
x3
Exemple La fonction f : (x, y) 7→ x2 +y 2 définie sur R2 r {(0, 0)} a pour limite 0 en (0, 0).
1. Méthode directe : ∀x ∈ R, ∀y ∈ R x3 = x2 × |x| 6 (x2 + y 2 ) |x|. Ainsi
(x2 + y 2 ) |x|
|f (x, y)| 6 = |x|
x2 + y 2
2. À l’aide de coordonnées polaires : soit (x, y) ∈ R2 r {(0, 0)}. En posant x = r cos θ et y = r sin θ
(ce qui est possible car (x, y) 6= (0, 0)) on a
r3 cos3 θ
|f (r cos θ, r sin θ)| = 6r
r2
Définition 19 (Continuité)
Exemple 31
1 2
|f (x, y) − f (0, 0)| 6 (x + y 2 )4 ln x2 + y 2
4
1 4
4u ln(u2 ) si u 6= 0
Soit ϕ(u) = . Cette fonction a pour limite 0 en 0 et ∀(x, y) ∈
0 si u = 0
R2 , |f (x, y)| 6 ϕ(x2 + y 2 ) donc
Exemple 32
Id E est une application continue de E dans E. Soit a ∈ E et ε > 0. Soit x ∈ E tel que
kx − ak 6 ε. On a
k Id E (x) − Id E (a)k = kx − ak 6 ε
On a donc vérifié que lim Id E (x) = Id E (a).
x→a
Exemple 33
Méthode 9
Cette propriété permet de montrer qu’une fonction ne tend pas vers une certaine valeur,
ou qu’elle n’a pas de limite
Exemple 34
ATTENTION ! Dans l’exemple précédent, on constate que pour une fonction f de deux (ou
plus !) variables, avoir une limite par rapport à x en a et par rapport à y en b séparément ne
permet pas d’affirmer que f a une limite en (a, b) : dans cet exemple on voit que
Exercice. Soit f : Mn (K) → K une fonction continue en 0 telle que ∀A ∈ Mn (K), f (2A) = f (A).
Montrer que f est constante.
Corollaire 23
Démonstration. Exo !
Soit f et g deux fonctions définies sur A ⊂ E et à valeurs dans F . Soit h une fonction
définie sur A à valeurs dans K et α ∈ K. Soit a ∈ A. On suppose que f , g et h admettent
respectivement une limite `, `0 et `00 en a. Alors :
1. f + αg admet une limite en a et lim (f (x) + αg(x)) = ` + α`0 .
x→a
2. hf admet une limite en a et lim (h(x)f (x)) = `00 `.
x→a
f
3. Si h ne s’annule pas sur une boule centrée en a, alors h admet une limite en a et
lim fh(x)
(x)
= ``00 .
x→a
Ainsi si f , g et h sont continues en a (resp. sur A), alors f + αg et hf sont continues en
a (resp. sur A).
Attention ! Ne pas multiplier ou diviser de vecteurs, c’est pour cela que la fonction h de la
proposition est à valeurs dans K.
Démonstration. Montrons le premier point (les autres sont laissés à titre d’exercice). On utilise
la caractérisation séquentielle. Soit (an ) une suite qui converge vers a. Alors lim f (an ) = ` et
n→+∞
lim g(an ) = `0 . Par opération sur les suites convergentes : lim (f (an ) + αg(an )) = ` + α`0 . Ceci
n→+∞ n→+∞
est valable pour toute suite (an ) la caractérisation séquentielle permet d’affirmer que lim (f (x) +
x→a
αg(x)) = ` + α`0 .
Proposition 25 (Composition)
Démonstration. On utilise la caractérisation séquentielle. Soit (an ) une suite d’éléments de A qui
converge vers a. Alors lim f (an ) = b. Donc b est limite d’une suite d’éléments de f (A) ⊂ B.
n→+∞
Ceci prouve déjà que b ∈ B. Ensuite, d’après la caractérisation séquentielle pour g appliquée à la
suite (f (an )) qui converge vers b, on a lim g(f (an )) = c donc pour toute suite (an ) d’éléments
n→+∞
de A tel que lim an = a, on a lim (g ◦ f )(an ) = c ce qui montre que lim g(f (x)) = c.
n→+∞ n→+∞ x→a
4 Coordonnées
Proposition 26 (Lien avec les composantes)
Supposons que F est de dimension finie p > 1. Soit (e1 , . . . , ep ) une base de F . Soit
f : A ⊂ E → F . On peut alors définir ϕ1 , . . . , ϕp : A → K par
p
X
∀x ∈ E, f (x) = ϕk (x)ek
k=1
Remarque. La proposition précédente justifie le fait qu’étudier limite et continuité d’une fonction
de E dans F , revient à étudier limite et continuité de chacune de ses composantes suivant une base :
on étudie donc des fonctions de E dans K.
Exemple 35
xy x3
La fonction (x, y) 7→ x2 +y 2 , x2 +y 2 admet-elle une limite en (0, 0) ?
Exemple 36
Comme on l’a vu, l’application Id Kn est continue sur Kn donc pour tout k ∈ [[ 1 ; n ]]
l’application (x1 , . . . , xn ) 7→ xk est continue sur Kn .
D’après l’exemple ci-dessus et les opérations sur les fonctions continues, on a immédiatement :
Proposition 27
On dispose donc d’une réserve de fonctions que l’on sait continues. Par opérations algébriques
et composition, on en déduit que beaucoup de fonctions sont continues.
Exemple 37
Exemple 38
a b
L’application det : 7→ ad − bc est polynomiale (on identifie M2 (K) et K4 ) donc
c d
continue. De même pour la fonction déterminant en dimension n.
Démonstration. Pour fermé : utiliser la caractérisation séquentielle, pour ouvert : passer au com-
plémentaire !
Remarque. Attention, f est continue sur E tout entier. Si on avait f définie sur A seulement,√on
devrait parler d’ouvert ou de fermé relatif, ce qui est une notion difficile. Par exemple f : x 7→ x,
avec A = R+ ⊂ E = R et F = R vérifie que f −1 (] − 2, 2[) = [0, 4[ : l’image réciproque obtenue
n’est ni ouvert ni fermée dans R (mais c’est bien un ouvert de R+ ... notion que l’on ne définit pas
dans ce chapitre).
Démonstration.• Si l’ensemble U est vide, alors il est ouvert. Sinon soit a ∈ U . Le réel 12 f (a) est
strictement positif : il existe donc ε > 0 tel que pour x ∈ B(a, ε) on ait |f (x) − f (a)| 6 12 f (a).
Alors pour x ∈ B(a, ε) on a
1 1
f (x) = f (a) + (f (x) − f (a)) > f (a) − f (a) = f (a) > 0
2 2
donc x ∈ U et donc B(a, ε) ⊂ U . Ceci montre que a est intérieur à U et ce, pour tout a de U .
L’ensemble U est ouvert.
• On a V c = {x ∈ E, −f (x) > 0}. La fonction −f est continue sur E donc V c est ouvert,
puis V est fermé. Enfin, si V 0 = {x ∈ E, f (x) 6 0}, on a W = V ∩ V 0 . En remarquant que
V 0 = {x ∈ E, −f (x) > 0} et que −f est continue sur E, on montre que V 0 est un fermé donc que
W , intersection de deux fermés, est un fermé de E.
Méthode 10
Pour montrer qu’un ensemble est un ouvert ou un fermé, on peut essayer de l’écrire
comme réunion ou intersection d’ouverts et de fermés de la forme de la proposition
précédente. Attention à ce qui est valable pour une intersection/réunion finie ou non (c.f.
propositions 13 et 21).
On pourra essayer de montrer, lorsqu’on a affaire à des inégalités strictes, que la partie
est ouverte, et que lorsque les inégalités sont larges, la partie est fermée.
Exemple 39
Attention ! La fonction f de la proposition 29 doit être définie sur E tout entier pour que
le théorème s’applique. Sinon, on doit considérer la difficile notion d’ouvert et de fermé d’une
partie de E (on appelle cela des ouverts relatifs et des fermés relatifs).
Contre-exemple 40
√
La fonction f : x 7→ x + 1 est continue sur R+ . L’ensemble {x ∈ R+ , f (x) > 0} = R+
n’est pas un ouvert de R. Pour pouvoir avoir un résultat correct, il faudrait étudier la
notion « d’ouvert de R+ », qui ne relève pas vraiment de ce qu’on a dit jusqu’à présent :
nous n’avons parlé que d’ouvert ou de fermé d’un espace vectoriel normé — et ici R+
n’est pas un R-espace vectoriel normé pour les opérations usuelles.
On va maintenant énoncer un théorème qui généralise le « théorème des bornes atteintes »vu
en PCSI. Attention aux hypothèses, et en particulier au fait que ce théorème ne s’applique qu’aux
fonctions à valeurs réelles (normal car on y parle de notions relatives à des inégalités).
Théorème (?) 4 (Théorème des bornes atteintes – fonction continue sur un fermé borné)
On suppose que E est de dimension finie. Soit K une partie non vide de E que l’on
suppose fermée et bornée. Soit f : K → R une fonction continue. Alors f est bornée
et atteint ses bornes.
Démonstration. Admis !
Exemple 41
Rappelons que cette notion a déjà été rencontrée en PCSI pour les fonctions réelles d’une
variable réelle.
Exemple 42
Exemple 43
Exemple 44
Exercice. Montrer que l’ensemble des fonctions lipschitziennes sur A est un sous-espace vectoriel
de l’ensemble F(A, F ) des fonctions définies sur A à valeurs dans F .
Proposition 30
Contre-exemple 45
Exercice. Soit E = C 0 ([0, 1], R) et ϕ ∈ E. On muni R de sa topologie usuelle (définie par la valeur
Z 1
absolue). Soit T : f 7→ ϕ(t)f (t)dt. Étudier la continuité de T pour les normes k · k1 et k · k2 .
0
Soit E et F deux K-espaces vectoriels. On suppose que E est de dimension finie. Alors
toute application linéaire de E dans F est lipschitzienne donc continue.
Exemple 46
Cet exemple est à savoir réutiliser : soit (Mk )k une suite d’éléments de Mn (K). On
suppose que lim Mk = A ∈ Mn (K). Alors pour toute matrice P ∈ GL n (K) on a
k→+∞
lim P −1 Mk P = P −1 AP
k→+∞
Contre-exemple 47
Soit f la fonction nulle. La suite (fn ) converge vers f pour la norme k · k1 (on dit que
(fn ) converge en moyenne vers la fonction nulle). En effet :
Z 1
1
kfn − f k1 = |fn (t) − 0| dt =
0 2n
donc lim kfn − f k1 = 0. Pourtant la suite (Φ(fn ))n ne converge pas vers Φ(f ) = 0.
n→+∞
En effet, pour tout n on a Φ(fn ) = 1. L’application Φ, qui est linéaire, n’est pas
continue.
Exercice. Montrer que l’ensemble des matrices de Mn (K) de trace nulle est un fermé de Mn (K).
Même question pour les matrices symétriques.
Exercice (il faut y penser !). Soit n ∈ N et a0 , . . . , an des réels deux à deux distincts. Montrer
qu’il existe k > 0 tel que
Z 1 n
X
∀P ∈ Rn [X], P (t)dt 6 k |P (ai )|
0 i=0
E −→ F
u 7−→ f (x1 , . . . , xi−1 , |{z}
u , xi+1 , . . . , xp )
i
Exemple 48
Exemple 49
Démonstration. Pour plus de simplicité, voici la preuve dans le cas d’une application bilinéaire 1 .
Soit B = (e1 , . . . , en ) une base de E. On note k · kE et k · kF les normes choisies sur E et F et
Soit (x, y) ∈ E 2 tel que kxkB 6 1 et kykB 6 1. On a donc pour tout i ∈ [[ 1 ; n ]] |x1 | 6 1 et |yi | 6 1.
Ainsi
Xn n
X
kf (x, y)kF = kf xi ei , yj ej kF
i=1 j=1
n X
X n
=k xi yj f (ei , ej )kF
i=1 j=1
n X
X n
6 |xi yj | kf (ei , ej )kF
i=1 j=1
Xn X n
6 kf (ei , ej )kF = M
i=1 j=1
1. Ceux qui aiment les indices ne doivent pas se priver de l’écrire dans le cas d’application multilinéaires.
1 1
Si x 6= 0 et y 6= 0, on a k kxk B
xkB 6 1 et k kyk B
ykB 6 1 donc
1 1
kf x, y k6M
kxkB kykB F
et donc
kf (x, y)kF 6 M kxkB kykB
Or si x = 0 f (0, y) = 0 car u 7→ f (u, y) est linéaire, de même pour le cas où y = 0. Donc l’inégalité
ci-dessus est vraie pour tout (x, y) ∈ E 2 . D’après la proposition d’équivalence des normes en
dimension finie il existe c > 0 tel que kxkB 6 ckxkE et kykB 6 ckxkE . Ainsi
∀(x, y) ∈ E 2 , kf (x, y)kF 6 c2 M kxkE kykE
Maintenant on a pour (x, y) ∈ E 2 et (a, b) ∈ E 2 :
kf (x, y) − f (a, b)kF = kf (x, y) − f (x, b) + f (x, b) − f (a, b)kF
6 kf (x, y) − f (x, b)kF + kf (x, b) − f (a, b)kF
6 c2 M kxkE ky − bkE +c2 M kx − akE kbkF
| {z } | {z }
→ 0 → 0
(x,y)→(a,b) (x,y)→(a,b)
Si E est de dimension finie, L(E) aussi. L’application bilinéaire (f, g) 7→ f ◦g est continue.
Ainsi, si fn → f et gn → g, alors fn ◦ gn → f ◦ g.
Exercice. Soit M ∈ Mn (K) et k ∈ N∗ . Montrer qu’à partir d’un certain rang, Ak = A − k1 In est
inversible. En déduire que GL n (K) = Mn (K).
Remarque. Pour finir voici les points pour lesquels la dimension finie est essentielle :
• Sur un espace de dimension finie, toutes les normes sont équivalentes.
• Si F est de dimension finie, lien limite/coordonnées dans une base.
• Si E est de dimension finie : théorème des bornes atteintes.
• Si E est de dimension finie, les applications linéaires (resp. multilinéaires) de E (resp. E p ) dans
F sont continues sur E.
Théorème 7
Soit f une fonction définie et croissante sur un intervalle ouvert I =]a, b[⊂ R̄. Alors
1. f possède une limite en b. Cette limite est supI f si f est majorée, +∞ sinon.
2. f possède une limite en a. Cette limite est inf I f si f est minorée, −∞ sinon.
Proposition 32
Si f est définie et décroissante sur un intervalle ouvert I =]a, b[, alors f a une limite dans
R̄ en a et en b.
Soit f une fonction définie et monotone sur I =]a, b[⊂ R̄. Alors pour tout x0 ∈ I, f
admet une limite à droite et une limite à gauche en x0 .
Soit a, b ∈ I avec a < b. Soit f une fonction continue sur I, alors pour tout réel y compris
entre f (a) et f (b), il existe c ∈ [a, b] tel que f (c) = y.
Corollaire 33
Remarque : la nature de l’intervalle n’est pas nécessairement conservée. Par exemple, la fonction
sin envoie l’intervalle ]0, 3π[ sur [−1, 1].
Corollaire 34
Si f est continue sur I, et qu’il existe a, b ∈ I tels que f (a)f (b) 6 0, alors l’équation
f (x) = 0 admet au moins une solution.
Il en résulte la proposition suivante, qui n’est pas explicitement au programme mais à redé-
montrer si besoin :
Proposition (?) 35
Soit f une fonction continue sur I. Si f ne s’annule pas sur I, alors f est de signe constant
sur I.
Exercice. Soit f : [a, b] → [a, b] une application continue. Montrer que f a un point fixe.
1. Montrer que cette équation a une unique solution réelle xn ∈]0, 1[.
3. Déterminer lim xn .
n→+∞
4. Déterminer un équivalent de xn .
Définition 23
Remarque. Ainsi Arccos (x) est « l’arc dont le cosinus est x », de même pour Arcsin et Arctan .
Proposition 36 (Arccosinus)
La fonction Arccosinus est continue et strictement décroissante sur [−1, 1]. Sa courbe
représentative est symétrique par rapport au point (0, π2 ) : ∀x ∈ [−1, 1], Arccos (−x) =
π − Arccos (x). C’est une fonction dérivable sur ] − 1, 1[ et
1
∀x ∈] − 1, 1[, Arccos 0 (x) = − √
1 − x2
Elle n’est pas dérivable en −1 ni en 1, mais la courbe représentative admet en ces points
une tangente verticale.
Proposition 37 (Arcsinus)
Proposition 38 (Arctangente)
π π
∀x ∈ [−1, 1], sin(Arcsin (x)) = x ∀x ∈ [− , ], Arcsin (sin(x)) = x
2 2
π π
∀x ∈ R, tan(Arctan (x)) = x ∀x ∈] − , [, Arctan (tan(x)) = x
2 2
Exemple 52
Proposition 40
π
∀x ∈ [−1, 1], Arccos (x) + Arcsin (x) =
2
1 π
∀x ∈]0, +∞[, Arctan (x) + Arctan =
x 2
1 π
∀x < 0, Arctan (x) + Arctan =−
x 2
Objectifs :
• Comprendre les différentes notions de convergences mises en jeu et leur champ d’application
• Savoir étudier la limite d’une suite de fonctions (continuité, dérivabilité...)
• Savoir étudier la somme d’une série de fonctions.
Dans ce chapitre, on considère une suite de fonctions (fn ) où pour tout n ∈ N, fn : I → K ; I
est un intervalle de R non vide, non réduit à un point.
Définition 1
On dit que la suite de fonctions (fn ) converge simplement vers f : I → K lorsque pour
tout x ∈ I la suite numérique (fn (x))n∈N converge vers f (x).
Exemple 1
À l’aide des instructions suivantes, on peut obtenir les représentations graphiques ci-dessous :
import numpy as np
import matplotlib . pyplot as plt
209
CHAPITRE 6. SUITES ET SÉRIES DE FONCTIONS 2022/2023
return x ∗ ∗ n
Remarque. Sur cet exemple on peut déjà voir que certaines propriétés de la fonctions limite
ne pourront pas être déduites facilement de celles de la suite de fonction. Ici : on a une
suite de fonctions continues sur [0, 1], qui converge simplement vers une fonction non continue en
1. Ceci vaut aussi pour l’intégrabilité, la dérivabilité, le caractère borné... C.f. exemples ci-dessous.
Exemple 2
n
fn : x 7→ 1 + nx sur I = R. Soit n ∈ N∗ et x ∈ R. Pour étudier les limites de suites de
cette forme, on l’habitude d’écrire
x
fn (x) = en ln(1+ n )
Mais attention ! Le logarithme n’est défini que sur R+∗ . Avec x = −10 l’expression ci-
dessus n’a pas toujours de sens... mais si n > 11 dans ce cas nx < 1 donc l’expression a
un sens...
x
Comme lim nx = 0, l’expression fn (x) = en ln(1+ n ) est valable à partir d’un certain
n→+∞
rang. Ce qui permet quand même d’étudier la limite.
Maintenant je sais que ln(1 + nx ) = nx + o n1 donc fn (x) = ex+o(1) . Ceci prouve
n→+∞ n→+∞
que