Bioaccumulation du cadmium chez les macrophytes d'El Jadida
Bioaccumulation du cadmium chez les macrophytes d'El Jadida
(2003) 44 : 49-60
Résumé : Des analyses ont été menées, de novembre 98 à novembre 99, pour estimer les quantités de cadmium (Cd) accu-
mulées par les macrophytes de la région côtière d’El Jadida (Maroc Atlantique), en vue de connaître le niveau de leur conta-
mination par ce métal (toxique au delà d’un certain seuil). A cet effet, trois stations, différentes par leur emplacement et par
le fait qu’elles reçoivent ou non des rejets, ont été choisies dans la zone de balancement des marées. L’analyse du Cd, par
spectrophotométrie d’absorption atomique (four en graphite), a révélé des différences de concentrations d’une part d’une
station à une autre pour un même macrophyte , et d’autre part au sein d’une même station, d’un macrophyte à un autre ou
d’un groupe de macrophytes à un autre. Les Chromobiontes ont montré les teneurs moyennes les plus importantes durant le
cycle étudié, variant de 0,54 mg Kg-1 Poids Sec (PS) chez Cystoseira humilis, à 0,86 mg Kg-1PS chez Fucus spiralis. Chez
les Rhodobiontes, nous avons enregistré les taux moyens les plus faibles, allant de 0,21 mg Kg-1PS chez Hypnea musifor-
mis à 0,37 mg Kg-1PS chez Gelidium microdon. Quant aux Chlorophyceae, elles ont montré des valeurs intermédiaires,
oscillant entre de 0,31 mg Kg-1PS chez Enteromorpha intestinalis et 0,61 mg Kg-1PS chez Ulva rigida. Les espèces com-
munes à deux stations présentent les concentrations les plus importantes en Cd accumulé par comparaison aux espèces de
la station témoin. Au cours de cette étude, les teneurs en Cd accumulé par les macrophytes étaient élevées en fin de prin-
temps et en été et faibles en fin d’automne et en hiver.
Abstract: Study of cadmium bioaccumulation by some coastal macrophytes of El Jadida (Atlantic Morocco)
Analyses were carried out, from November 98 to November 99, in order to assess the quantities of cadmium (Cd) accu-
mulated by the macrophytes in the coastal region of El Jadida (Atlantic Morocco), and to know their level of contamination
by this heavy metal (toxic beyond a certain level). For this purpose three stations, different by their position and by the fact
that they receive or not a dismissal, were chosen in the interdial zone. The detection of Cd, by atomic absorption spectro-
photometry, revealed differences of concentrations from one station to another for the same macrophytes, but also within
the same station, from one macrophyte to another one or from a group of macrophytes to another one. The Chromobiontes
showed the highest important mean concentrations : between 0.54 mg Kg-1 dry weight (DW) for Cystoseira humilis and
0.86 mg Kg-1DW in Fucus spiralis. On the other hand, the Rhodobiontes recorded the lowest means ranging from 0.21 mg
Kg-1DW in Hypnea musiformis to 0.37 mg Kg-1DW in Gelidium microdon. Intermediate values were found in
Chlorophycea, ranging from 0.31 mg Kg-1DW in Enteromorpha intestinalis to 0.61 mg Kg-1DW in Ulva rigida. Species
which are common to two stations showed the highest concentration in cadmium, compared to those collected at the control
station. During our studied period, the rates of accumulated Cd by macrophytes were high during late spring and summer
and low during late fall and winter.
Keywords: Macrophytes, bioaccumulation, cadmium, Atlantic Morocco, El Jadida
Figure 1. Situation géographique des trois stations étudiées (SII, SIII et SIV).
Figure 1. Geographical situation of the three studied stations (SII, SIII and SIV).
d’un platier sub-horizontal, peu élevé par rapport au niveau Station 3 (SIII) : Située très près de la ville d’El Jadida,
moyen des basses mers (0,50 à 1 m), à cuvettes peu profon- au niveau du collecteur de la ville haute qui reçoit les eaux
des et s’étendant sur une largeur de 300 à 350 m. Ce platier usées domestiques, celles de l’abattoir et de l’hôpital
présente, sur les surplombs de son bord supérieur, une cein- Mohamed V. Dans cette station, la ceinture rocheuse (très
ture discontinue de Lichina pygmaea. accidentée) est constituée de blocs rocheux dont la hauteur
52 CADMIUM ET MACROPHYTES D’EL JADIDA
varie de 1 à 3 m au dessus du niveau moyen de la mer. Ces flaques d’eau permanentes, ensablées et peu profondes et
rochers forment dans leur partie supérieure une falaise sub- débouche directement sur une aire sableuse constamment
verticale qui n’est jamais immergée. Cette topographie fait immergée, représentant une zone moyennement battue.
que les macrophytes de cette station sont exposés à des
conditions d’exondation plus longues que dans les deux Méthodologie
autres stations. Dans le but de suivre l’évolution des concentrations de cad-
Station 4 (SIV) : Située à 1,70 km au nord du port de mium dans les macrophytes, notre étude a été faite de
pêche d’El Jadida, elle reçoit le collecteur de la zone indus- novembre 1998 à novembre 1999. Les macrophytes étudiés
trielle. C’est un platier rocheux sub-horizontal de 100 à 150 présentent la particularité d’être présents toute l’année, dis-
m de large et de 0,50 à 0,70 m de hauteur au dessus du ponibles en quantités suffisantes pour des prélèvements
niveau moyen des basses mers. Une plage de sable bordant mensuels et appartiennent aux trois classes : Chlorobiontes,
la partie supérieure du platier est suivie par des surplombs Chromobiontes et Rhodobiontes, réparties dans les trois sta-
au pied desquels se trouvent des cuvettes larges et ayant jus- tions selon la zonation et le pourcentage de recouvrement
qu’à 1 m de profondeur; vers la mer, le platier présente des (entre parenthèses) indiqués dans le Tableau 1.
Tableau 1 : Zonation et recouvrement des macrophytes dans les trois stations SII, SIII et SIV.
Table 1: Zonation and covering of macrophytes in the three stations SII, SIII et SIV.
}
Ulva lactuca Linnaeus, 1753 (>75%)
Enteromorpha muscoides (Clemente & Enteromorpha intestinalis
Rubio) Cremades, 1990 (<25%) (<1%)
Enteromorpha intestinalis (Linnaeus)
supérieure Nees, 1820 (20%)
Fucus spiralis Linnaeus, 1753 (<50%)
Caulacanthus ustulatus (Mertens) Ulva rigida (<1%) Caulacanthus ustulatus
Kützing, 1843 (<75%) Caulacanthus ustulatus (<50%)
(>74%) Ulva rigida (<50%)
Gelidium microdon Kützing (<50%) Gelidium microdon Chondracanthus teedei
}
Zone
eulittorale Gelidium spinosum (Gmelin) Silva (>24%) (<1%)
(>35%) Chondracanthus acicularis
Ulva rigida Agardh, 1823 (>75%) (<50%)
Chondracanthus teedei (Mertens)
Kützing, 1843 (>20%)
moyenne Osmundea pinnatifida (Hudson)
Stackouse, 1809 (<30%)
Chondracanthus acicularis (Roth)
Frederiq, 1993 (60%)
Hypnea musiformis (Wulfen) Lamouroux,
1813 (<50%)
Gigartina pistillata (Gmelin) Stackhouse,
1809 (<50%)
}
Bifurcaria bifurcata Ross, 1958 (<25%) Corallina officinalis (<25%)
Corallina officinalis Linné, 1758 (<50%) Osmundea pinnatifida
inférieure (<50%)
Grateloupia filicina
([Link]) Agardh,
1822 (<25%)
Boergeseniella fruticulosa
(Wulfen) Kylin, 1956 (<1%)
Boergeseniella thuyoides
(Harvey) Kylin, 1956 (<1%)
Les macrophytes sont prélevés mensuellement, de variations, à la fois d’une espèce à l’autre au sein d’une
manière aléatoire dans un même endroit. Les échantillons même station (espèces propres) et pour une même espèce
sont débarrassés de leurs épiphytes et des débris adhérant à d’une station à l’autre (espèces communes). Les variations
leurs thalles. Ils sont rincés d’abord sur place à l’eau de mer, temporelles indiquent que les concentrations maximales
ensuite, au laboratoire, à l’eau douce courante puis à l’eau sont atteintes entre les mois d’avril et de juillet.
bidistillée. Ils sont ensuite séchés à l’étuve (trois échantil-
Espèces propres à la station SII
lons pour chaque espèces : n = 3 réplicats) à 70°C pendant
Dans cette station les trois classes des macrophytes sont
48 h, puis broyés en poudre fine à l’aide d’un moulineur.
représentées ; Chromobiontes (Bifurcaria bifurcata ;
La digestion de 0,50 g de chaque échantillon est effectuée
Fucus spiralis ; Cystoseira tamariscifolia et Cystoseira
par une addition de 4 ml d’acide nitrique pur (Merck) dans
humilis), Rhodobiontes (Gigartina pistillata ; Hypnea musi-
des flacons en teflon (Lignée PFA, hermétiquement fermés),
formis et Gelidium spinosum), et Chlorobiontes (Ulva lactu-
pendant une nuit entière. Le lendemain, cette digestion est
ca et Enteromorpha muscoides).
activée en plaçant les flacons dans une couche de sable à
Les concentrations en Cd les plus élevées (Fig. 2) sont
une température de 120°C pendant 4 h. Les minéralisats
enregistrées chez les Chromobiontes, Fucus spiralis présen-
ainsi obtenus sont filtrés, dilués à l’eau bidistillée, puis
te un maximum de 1,35 mg Kg-1PS en mai et un minimum
stockés dans des tubes en polyéthylène jusqu’au moment
de 0,44 mg Kg-1PS en décembre. Les Rhodobiontes présen-
des analyses par spectrophotométrie d’absorption atomique
tent les valeurs les plus faibles, les teneurs de Hypnea musi-
(model AA 20, avec four en graphite GTA 96) ; le modifi-
formis varient de 0,15 mg Kg-1PS en janvier à 0,28 mg
cateur de matrice utilisé pour éliminer les perturbations et
Kg-1PS en mai. Les Chloriobiontes présentent des concen-
les absorptions non spécifiques est une solution de nitrite de trations intermédiaires, chez Ulva lactuca on observe un
Palladium (PdNO3-MgNO3 : 4/1 ; v/v). La validité de la maximum de 0,85 mg Kg-1PS en mai et un minimum de
méthode a été testée par contrôle interne à l’aide d’échantil- 0,24 mg Kg-1PS en décembre (Tableau 2).
lons standards (Conseil national de recherche du Canada :
DORM-2 pour le milieu biologique). La valeur certifiée
pour ce matériel est 0,043 mg Kg-1 ± 0,008 et celle trouvée
est de 0,037 mg Kg-1 ± 0,007 (moyenne de cinq réplicats :
n = 5). Le contrôle externe est effectué à l’aide d’extraits
d’intercalibration (Böhm, 1999).
Les résultats sont exprimés en mg Kg-1 de poids sec PS.
Les concentrations en cadmium sont exprimées par leur
moyenne suivie de leur écart-type. Afin de comparer les
concentrations en Cd des différentes espèces, dans le temps
et dans l’espace, nous avons utilisé l’analyse de la variation
(ANOVA) suivie du test de Fisher (Test F), qui vérifie l’hy-
pothèse nulle : H0, pour voir s’il y a égalité ou non des
moyennes. Ceci dans le but de montrer si la station, la date
d’échantillonnage ou l’espèce ont un effet significatif ou
non sur l’accumulation du cadmium par les différents
macrophytes. Le test Newman-Kewls, basé sur la notion de
la plus petite amplitude significative (PPAS) entre les
moyennes générales calculées par ce test pour chaque espè-
ce, pour chaque mois et pour chaque station, le long du Figure 2. Comparaison de la bioaccumulation du cadmium par
une Pheophyceae (Fucus spiralis), une Chlorophyceae (Ulva
cycle étudié, a été adopté pour déterminer l’existence ou lactuca) et une Rhodophyceae (Hypnea musiformis).
non de groupes homogènes. Concernant l’ANOVA, seuls Figure 2. Comparison of the cadmium bioaccumulation in a
les résultats de la probabilité « p » (significativité) et de Pheophyceae (Fucus spiralis), a Chlorophyceae (Ulva lactuca) and
la valeur mesurée du test de Fisher : « Fm » seront indi- a Rhodophyceae (Hypnea musiformis).
quées. Les divers traitements statistiques ont été effectués à
l’aide du programme “STATITCF”.
L’analyse de la variance, sur l’ensemble des espèces pro-
pres à SII, à deux facteurs (espèce et temps), basée sur l’éga-
Résultats lité des moyennes (Hypothèse nulle H0), montre un effet
très significatif de la date d’échantillonnage (p = 0.0996 et
L’évolution des concentrations en cadmium accumulé par Fm= 426), et de l’espèce (p = 0.0993 et Fm = 1240) sur
chaque espèce (Tableaux 2, à 6) permet de constater des l’accumulation du Cd par les macrophytes.
54 CADMIUM ET MACROPHYTES D’EL JADIDA
Tableau 2. Moyennes mensuelles des concentrations en cadmium accumulées par les espèces propres à la station SII.
Table 2. Mean monthly values of concentrations in cadmium in the species of station SII.
ESPECES PROPRES A SII Nov. 98 Déc. Jan. 99 Fév. Mar. Avr. Mai. Jun. Jui. Août Sep. Oct. Nov. 99
Bifurcaria bifurcata 0,63 ± 0,56 ± 0,54 ± 0,69 ± 0,91 ± 1,04 ± 1,31 ± 1,23 ± 1,11± 0,90 ± 0,82 ± 0,76 ± 0,3 ±
0,04 0,01 0,03 0,02 0,07 0,10 0,03 0,03 0,03 0,03 0,03 0,02 0,7
Cystoseira humilis 0,32 ± 0,26 ± 0,32 ± 0,32 ± 0,39 ± 0,83 ± 0,89 ± 0,84 ± 0,80 ± 0,64 ± 0,57 ± 0,50 ± 0,36 ±
0,07 0,01 0,05 0,09 0,01 0,06 0,03 0,02 0,05 0,07 0,01 0,04 0,09
Cystoseira tamariscifolia 0,34 ± 0,31 ± 0,27 ± 0,29 ± 0,62 ± 0,73 ± 0,87 ± 0,83 ± 0,79 ± 0,71 ± 0,61 ± 0,42 ± 0,33 ±
0,03 0,03 0,05 0,02 0,05 0,01 0,07 0,01 0,08 0,07 0,04 0,07 0,02
Enteromorpha muscoides 0,32 ± 0,22 ± 0,25 ± 0,31 ± 0,37 ± 0,53 ± 0,69 ± 0,67 ± 0,61 ± 0,52 ± 0,38 ± 0,32 ± 0,31 ±
0,02 0,03 0,02 0,05 0,02 0,07 0,07 0,07 0,05 0,01 0,02 0,01 0,06
Fucus spiralis 0,51 ± 0,44 ± 0,56 ± 0,79 ± 0,98 ± 1,36 ± 1,29 ± 1,26 ± 0,99 ± 1,07 ± 0,91 ± 0,69 ± 0,53 ±
0,09 0,07 0,02 0,05 0,01 0,03 0,02 0,05 0,08 0,07 0,05 0,04 0,03
Gelidium spinosum 0,24 ± 0,22 ± 0,19 ± 0,19 ± 0,23 ± 0,28 ± 0,38 ± 0,39 ± 0,37 ± 0,36 ± 0,28 ± 0,26 ± 0,25 ±
0,05 0,02 0,07 0,03 0,01 0,06 0,05 0,04 0,06 0,04 0,06 0,07 0,04
Gigartina pistillata 0,21 ± 0,16 ± 0,15 ± 0,17 ± 0,22 ± 0,29 ± 0,38 ± 0,37 ± 0,34 ± 0,30 ± 0,27 ± 0,234 ± 0,21 ±
0,06 0,04 0,07 0,05 0,04 0,03 0,01 0,02 0,03 0,01 0,03 0,02 0,05
Ulva lactuca 0,34 ± 0,24 ± 0,42 ± 0,38 ± 0,56 ± 0,59 ± 0,85 ± 0,84 ± 0,79 ± 0,66 ± 0,53 ± 0,48 ± 0,36 ±
0,03 0,01 0,01 0,01 0,06 0,03 0,06 0,03 0,04 0,04 0,06 0,03 0,01
Hypnea musiformis 0,18 ± 0,16 ± 0,15 ± 0,16 ± 0,19 ± 0,24 ± 0,28 ± 0,26 ± 0,25 ± 0,24 ± 0,21 ± 0,19 ± 0,18 ±
0,04 0,02 0,06 0,05 0,08 0,06 0,04 0,31 0,09 0,06 0,07 0,04 0,03
Pour le facteur « temps », les moyennes générales des Espèces propres à la station SIV
concentrations en Cd, données par le test de Ces espèces sont toutes des Rhodobiontes, représentées
Newman–Kewls (N & K), sont élevées durant les mois de par Boergeseniella fruticulosa; Grateloupia filicina et
mai, juin et juillet, avec un maximum de 0,78 mg Kg-1PS en Boergeseniella thuyoïdes.
mai et faibles de novembre à janvier, avec un minimum de Boergeseniella thuyoïdes présente les plus grandes
0,28 mg Kg-1PS en décembre (Fig. 2). concentrations en Cd, avec un maximum de 0,45 mg
Pour le facteur « espèce », ce test confirme les courbes Kg-1PS en juillet et un minimum de 0,21 mg Kg-1 PS en
de la figure 2. En effet, les Chromobiontes présentent les février. Inversement, c’est Grateloupia filicina qui a les
moyennes générales les plus élevées, avec un maximum de valeurs les plus faibles, avec un maximum de 0,32 mg
0,86 mg Kg-1PS pour Fucus spiralis, alors que chez les Kg-1PS en juin, et un minimum de 0,17 mg Kg-1PS en jan-
Rhodobiontes, Hypnea musiformis présente la moyenne la vier et en février (Tableau 3).
plus faible (0,21 mg Kg-1PS). Les Chlorobiontes ont montré L’analyse de la variance à deux facteurs (temps et espè-
une moyenne intermédiaire (0.53 mg Kg-1PS). ce) montre que l’effet de la date d’échantillonnage (p =
Tableau 3. Moyennes mensuelles des concentrations en cadmium accumulées par les espèces propres à la station SIV.
Table 3. Mean monthly values of concentrations in cadmium in the species of station SIV.
ESPECES PROPRES A SIV Nov. 98 Déc. Jan. 99 Fév. Mar. Avr. Mai. Jun. Jui. Août Sep. Oct. Nov. 99
Boergeseniella fruticulosa 0,23 ± 0,16 ± 0,15 ± 0,34 ± 0,27 ± 0,34 ± 0,38 ± 0,37 ± 0,35 ± 0,31 ± 0,26 ± 0,25 ± 0,22 ±
0,05 0,01 0,02 0,01 0,04 0,01 0,05 0,03 0,01 0,01 0,04 0,02 0,06
Boergeseniella thuyoïdes 0,28 ± 0,23 ± 0,24 ± 0,21 ± 0,25 ± 0,33 ± 0,42 ± 0,44 ± 0,45 ± 0,43 ± 0,37 ± 0,34 ± 0,30 ±
0,04 0,02 0,01 0,03 0,04 0,06 0,01 0,07 0,06 0,05 0,03 0,01 0,01
Grateloupia filicina 0,21 ± 0,19 ± 0,17 ± 0,17 ± 0,19 ± 0,23 ± 0,31 ± 0,32 ± 0,31 ± 0,31 ± 0,28 ± 0,25 ± 0,21 ±
0,04 0,02 0,03 0,06 0,02 0,05 0,06 0,07 0,04 0,06 0,01 0,02 0,03
K. MAKROUM, M. MONCEF 55
0.099 et Fm= 45) et celui de l’espèce (p = 0.0995 et Fm= (SII) avec un maximum de 0,31 mg Kg-1PS de mai à juin et
80.15) sont très significatifs sur le taux d’accumulation du un minimum de 0,11 mg Kg-1PS, en janvier. Les résultats
Cd par les macrophytes. indiquent que pour toutes les espèces, les valeurs élevées
Le test de N & K permet de voir que les moyennes géné- sont obtenues en SIV (Tableau 4).
rales des concentrations du Cd accumulé par les macrophy- L’analyse de la variance à trois facteurs (temps, station et
tes, sont maximales à la fin du printemps et en été (de mai à espèce) montre que de la date des prélèvements (p = 0.099
juillet) avec un pic de 0,38 mg Kg-1PS en juin. Elles sont et F = 77.96), la station (p = 0.0991 et Fm= 142.43) et
faibles en fin d’automne et en hiver (de novembre à février) l’espèce (p = 0.0997 et Fm= 325.92), ont tous les trois un
avec un minimum de 0,18 mg Kg-1PS en février. effet très significatif sur l’accumulation du Cd par les
Pour le deuxième facteur (espèce), ce même test montre macrophytes.
que c’est Boergeseniella thuyoïdes qui affiche la moyenne Le test de N & K indique une variation en fonction des
générale la plus élevée (0,33 mg Kg-1PS) et que saisons bien marquée pour la composante temps : de fortes
Grateloupia filicina présente la moyenne générale la plus concentrations en Cd accumulé par les macrophytes sont
faible (0,24 mg Kg-1PS). obtenues en fin du printemps et en été (de mai à juillet) où
la concentration moyenne maximale (0,39 mg Kg-1PS) est
Espèces communes aux stations SII et SIV enregistrée en juin. En fin d’automne et en hiver, ces valeurs
Les espèces communes à ces deux stations sont toutes sont faibles, avec un minimum de 0,22 mg Kg-1PS en
des Rhodobiontes (Chondracanthus acicularis, janvier.
Chondracanthus teedei, Osmundea pinnatifida et Corallina Pour le deuxième facteur (station), l’étude des moyennes
officinalis). Parmi ces espèces, c’est Chondracanthus acicu- générales des concentrations (test de N & K) montre que les
laris (SIV) qui présente les teneurs les plus élevées en Cd moyennes les plus élevées (0,32 mg Kg-1PS) sont obtenues
avec un maximum de 0,48 mg Kg-1PS en mai, et un mini- en Station IV (toutes espèces confondues), tandis que dans
mum de 0,30 mg Kg-1PS février. Quant aux valeurs les plus la station SII, les moyennes ne dépassent pas 0,28 mg
faibles, elles sont observées chez Chondracanthus teedei Kg-1PS.
Tableau 4. Moyennes mensuelles des concentrations en cadmium chez les espèces communes aux stations SII et SIV.
Table 4. Mean monthly values of concentrations in cadmium in the species common to stations SII and SIV.
ESPECES & STATIONS Nov.98 Déc. Jan.99 Fév. Mar. Avr. Mai. Jun. Jui. Août Sep. Oct. Nov.99
Chondracanthus 0,34 ± 0,31 ± 0,25 ± 0,27 ± 0,28 ± 0,33 ± 0,45 ± 0,44 ± 0,43 ± 0,42 ± 0,39 ± 0,35 ± 0,34 ±
acicularis (SII) 0,05 0,02 0,06 0,07 0,02 0,03 0,01 0,01 0,04 0,05 0,03 0,04 0,02
Chondracanthus 0,41 ± 0,36 ± 0,31 ± 0,30 ± 0,34 ± 0,38 ± 0,48 ± 0,45 ± 0,45 ± 0,43 ± 0,41 ± 0,40 ± 0,39 ±
acicularis (SIV) 0,04 0,06 0,05 0,05 0,04 0,03 0,01 0,01 0,02 0,02 0,04 0,01 0,02
Chondracanthus 0,19 ± 0,13 ± 0,11 ± 0,12 ± 0,17 ± 0,24 ± 0,31 ± 0,31 ± 0,30 ± 0,27 ± 0,24 ± 0,22 ± 0,19 ±
teedei (SII) 0,03 0,01 0,02 0,04 0,01 0,05 0,04 0,03 0,06 0,04 0,08 0,06 0,02
Chondracanthus 0,21 ± 0,18 ± 0,16 ± 0,17 ± 0,21± 0,28 ± 0,35 ± 0,34 ± 0,33 ± 0,31 ± 0,26 ± 0,23 ± 0,21 ±
teedei (SIV) 0,02 0,03 0,04 0,07 0,02 0,02 0,03 0,01 0,08 0,06 0,05 0,03 0,01
Corallina 0,31 ± 0,29 ± 0,25 ± 0,28 ± 0,33 ± 0,37 ± 0,44 ± 0,44 ± 0,42 ± 0,41 ± 0,38 ± 0,35 ± 0,31 ±
officinalis (SII) 0,02 0,03 0,03 0,02 0,07 0,04 0,09 0,03 0,07 0,08 0,03 0,02 0,01
Corallina 0,35 ± 0,32 ± 0,28 ± 0,29 ± 0,36 ± 0,39 ± 0,48 ± 0,47 ± 0,44 ± 0,44 ± 0,41 ± 0,37 ± 0,34 ±
officinalis (SIV) 0,10 0,02 0,04 0,02 0,06 0,02 0,03 0,03 0,02 0,01 0,02 0,05 0,08
Enteromorpha 0,28 ± 0,03 ± 0,24 ± 0,37 ± 0,51 ± 0,44 ± 0,51 ± 0,50 ± 0,48 ± 0,39 ± 0,33 ± 0,31 ± 0,28 ±
intestinalis (SII) 0,03 0,02 0,05 0,01 0,05 0,08 0,02 0,05 0,03 0,03 0,07 0,05 0,07
Enteromorpha 0,35 ± 0,29 ± 0,32 ± 0,37 ± 0,43 ± 0,49 ± 0,57 ± 0,55 ± 0,52 ± 0,46 ± 0,40 ± 0,35 ± 0,31 ±
intestinalis (SIV) 0,02 0,06 0,01 0,03 0,08 0,05 0,08 0,05 0,07 0,05 0,02 0,04 0,01
Osmundea 0,20 ± 0,17 ± 0,16 ± 0,21 ± 0,22 ± 0,27 ± 0,36 ± 0,36 ± 0,35 ± 0,33 ± 0,27 ± 0,24 ± 0,21 ±
pinnatifida (SII) 0,03 0,01 0,01 0,03 0,05 0,02 0,01 0,04 0,06 0,05 0,03 0,04 0,07
Osmundea 0,23 ± 0,21 ± 0,19 ± 0,21 ± 0,27 ± 0,31 ± 0,38 ± 0,37 ± 0,37 ± 0,35 ± 0,31 ± 0,27 ± 0,23 ±
pinnatifida (SIV) 0,02 0,06 0,04 0,01 0,04 0,07 0,33 0,04 0,01 0,06 0,03 0,07 0,04
56 CADMIUM ET MACROPHYTES D’EL JADIDA
Quant au facteur « espèce », les résultats du test de N & 3614.03) a un effet très significatif sur l’accumulation du Cd
K confirment à nouveau que Chondracanthus acicularis par les macrophytes. La période de prélèvement (p =0.0962
(toutes stations confondues) présente la teneur moyenne et Fm= 215.38) et la station (p = 0.0978 et Fm= 119.57 ) ont
générale en Cd la plus importante (0,37 mg Kg-1PS) alors également un effet significatif sur ce processus.
que Chondracanthus teedei présente les valeurs les plus Pour le facteur date, les résultats du test de N & K indi-
faibles, avec une moyenne de 0,23 mg Kg-1PS. quent que les moyennes élevées des concentrations en Cd
Espèces communes aux stations SII SIII et SIV sont obtenues à la fin du printemps et au début de l’été, avec
Deux espèces sont communes à ces trois stations ; une un maximum de 0,67 mg Kg-1PS, au mois de mai. Les fai-
Rhodobionte (Caulacanthus ustulatus) et une Chlorobionte bles moyennes sont observées à la fin de l’automne - début
(Ulva rigida). de l’hiver, avec une valeur minimale de 0,32 mg
La figure 3 montre qu’Ulva rigida, présente des concen- Kg-1PS, obtenue en janvier.
trations en Cd plus élevées que celles de Caulacanthus ustu- Pour le facteur station, l’étude des moyennes générales
latus, dans toutes les stations. En effet, le maximum de des teneurs en Cd indique que c’est au niveau de SIII que
concentration chez Ulva rigida varie selon la station de ces valeurs sont élevées (pour toutes les espèces), avec une
0,85 mg Kg-1PS en mai (SII), à 0,94 mg/Kg PS en avril moyenne de 0,52 mg Kg-1PS, la valeur minimale étant de
(SIII), alors que le minimum est de 0,32 mg Kg-1PS en 0,44 mg Kg-1PS, enregistrée dans la station SII (Fig. 3).
décembre (SII) et de 0,42 mg Kg-1PS en janvier (SIII). Le même test montre qu’Ulva rigida est l’espèce qui
Quant à Caulacanthus ustulatus, elle présente des teneurs accumule le plus de Cd (pour toutes les stations), la valeur
maximales allant de 0,40 mg Kg-1PS en juin (SII) à 0,48 mg moyenne étant de 0,61 mg Kg-1PS, alors que chez
Kg-1PS en mai (SIII) et des teneurs minimales variant de Caulacanthus ustulatus cette moyenne, de 0,35 mg Kg-1PS,
0,21 mg Kg-1PS en SII à 0,28 mg Kg-1 PS en février, dans est nettement plus faible (Fig. 3).
la station SIII (Tableau 5). Espèce commune aux stations SII et SIII
Gelidium microdon est une espèce que l’on ne trouve que
dans les stations SII et SIII. Les concentrations les plus éle-
vées chez cette Rhodobionte sont observées au niveau de SIII
(Tableau 2), la valeur maximale enregistrée en mai étant de
0,52 mg Kg-1PS, alors que la minimale obtenue en décembre
est de 0,15 mg Kg-1. Dans la station SII, les teneurs en Cd de
Gelidium microdon varient de 0,48 mg Kg-1PS au mois
d’avril à 0,19 mg Kg-1PS au mois de décembre.
L’effet de la date du prélèvement (P = 0.0998 et Fm =
204.63) et celui de la station (P = 0.0990 et Fm= 70.57) sont
très significatifs sur l’accumulation du Cd par Gelidium
microdon.
L’étude des moyennes générales (test de N & K) des
concentrations en Cd, montre qu’elles sont élevées à la fin
du printemps et durant l’été (de mai à août) avec un pic de
0,55 mg Kg-1PS en mai alors qu’à la fin d’automne-début
hiver, elles sont faibles, avec un minimum de 0,16 mg
Figure 3. Variations spatio-temporelles de la bioaccumulation Kg-1PS en décembre.
du cadmium chez les deux espèces communes aux trois stations étu-
Pour le facteur « station », le même test indique que
diées.
Figure 3. Spatio-temporal variations of cadmium stored by the c’est au niveau de la station SIII que l’on observe la moyen-
two species common to the three studied stations. ne générale la plus élevée (0,39 mg Kg-1PS). Quant à la sta-
tion SII, elle présente une moyenne générale sensiblement
plus faible (0,34 mg Kg-1PS).
Globalement, et quelle que soit l’espèce considérée, les
concentrations en Cd les plus élevées sont enregistrées au Discussion
niveau de la station SIII et les plus faibles au niveau de la
station SII, tandis que la station SIV présente des valeurs D’un point de vue biologique, les métaux lourds peuvent être
intermédiaires. classés en deux grandes catégories : essentiels et non essen-
L’analyse de la variance à trois facteurs (temps, station et tiels. Toutefois, les métaux essentiels sont susceptibles de
espèce) montre que le facteur espèce (p = 0.0995 et F = devenir toxiques à des concentrations élevées (Cid et al.,
K. MAKROUM, M. MONCEF 57
Tableau 5. Moyennes mensuelles des concentrations en cadmium chez les espèces communes aux trois stations étudiées.
Table 5. Mean monthly values of concentrations in cadmium in the species common to the three stations studied.
ESPECES & STATIONS Nov.98 Déc. Jan.99 Fév. Mar. Avr. Mai. Jun. Jui. Août Sep. Oct. Nov.99
Caulacanthus 0,29 ± 0,27 ± 0,25 ± 0,21 ± 0,25 ± 0,34 ± 0,39 ± 0,41 ± 0,39 ± 0,35 ± 0,32 ± 0,31 ± 0,28 ±
ustulatus (SII) 0,05 0,01 0,02 0,03 0,02 0,08 0,02 0,06 0,02 0,02 0,03 0,07 0,03
Caulacanthus 0,32 ± 0,33 ± 0,29 ± 0,28 ± 0,36 ± 0,41 ± 0,48 ± 0,47 ± 0,47 ± 0,44 ± 0,41 ± 0,36 ± 0,34 ±
ustulatus (SIII) 0.05 0,07 0,02 0,03 0,03 0,03 0,02 0,02 0,02 0,02 0,06 0,07 0,01
Caulacanthus 0,31 ± 0,28 ± 0,26 ± 0,27 ± 0,31 ± 0,37 ± 0,42 ± 0,41 ± 0,41± 0,37 ± 0,34 ± 0,32 ± 0,29 ±
ustulatus (SIV) 0,02 0,04 0,07 0,03 0,08 0,07 0,02 0,01 0,02 0,03 0,05 0,08 0,01
Ulva rigida (SII) 0,34 ± 0,32 ± 0,33 ± 0,52 ± 0,66 ± 0,77 ± 0,85 ± 0,81 ± 0,71 ± 0,59 ± 0,51 ± 0,42 ± 0,35 ±
0,01 0,01 0,01 0,03 0,01 0,05 0,06 0,03 0,07 0,02 0,03 0,02 0,04
Ulva rigida (SIII) 0,55 ± 0,46 ± 0,42 ± 0,54 ± 0,71 ± 0,94 ± 0,93 ± 0,82 ± 0,81 ± 0,74 ± 0,64 ± 0,53 ± 0,55 ±
0,05 0,01 0,03 0,08 0,02 0,03 0,06 0,05 0,02 0,03 0,01 0,01 0,03
Ulva rigida (SIV 0,45 ± 0,42 ± 0,40 ± 0,52 ± 0,71 ± 0,90 ± 0,91 ± 0,84 ± 0,78 ± 0,66 ± 0,61 ± 0,47 ± 0,44 ±
0,07 0,02 0,04 0,01 0,02 0,01 0,03 0,04 0,01 0,07 0,06 0,01 0,01
1995). Les macrophytes sont capables de fixer les ions des ce métal dans l’eau de mer. En effet, la circulation des eaux
métaux lourds. Ils peuvent accumuler de grandes quantités superficielles de la côte occidentale marocaine se rattache
de ces métaux, le cadmium en l’occurrence, tout comme au courant des Canaries, orienté nord-est/sud-ouest. Ce cou-
d’autres organismes tels que les champignons, les bactéries, rant transporte des eaux relativement froides pour la latitu-
les poissons, les mollusques, etc. (Sandau et al., 1996). La de. La combinaison de ce déplacement vers le sud, le long
tolérance est l’un des plus importants mécanismes de leur d’une façade océanique ouest, avec les effets de dérives des
survie ; plusieurs macrophytes réagissent à la cytotoxicité eaux superficielles par des vents alizés, entraîne des remon-
des métaux lourds en synthétisant des polypeptides (phyto- tées d’eaux profondes et froides vers la surface. Ces up-
chélatines) ou des protéines (métallothionéines) chélateurs wellings sont responsables de la fertilité des eaux littorales
de métaux (Torres et al., 1997). Tropin (1996) a montré que marocaines (Belvèze, 1983). De même, selon Cossa et
les macrophytes peuvent, en plus de la voie protéique et pep- Lassus (1989), les upwellings qui font remonter en surface
tidique, utiliser des polysaccharides pour immobiliser les les eaux profondes riches en sels, y compris en Cd, pour-
métaux lourds. D’après ce même auteur, la nature du méca- raient expliquer cette richesse de l’eau de mer en Cd, en
nisme utilisé par ces végétaux dans ce processus dépend de dehors de toute source de pollution. Chez Mytilus eludis des
la taxonomie et de l’écologie de l’espèce, ainsi que du côtes de la région de Rabat (Maroc Atlantique), les valeurs
niveau de concentration des métaux dans l’environnement. du cadmium trouvées par El Hraiki et al. (1994) varient de
En effet, dans notre étude, un même macrophyte peut 0,22 à 0,37 µg g-1PS. Sur les côtes Mauritaniennes, ces
montrer des concentrations en Cd différentes d’une station à valeurs sont beaucoup plus élevées chez la même espèce,
une autre : c’est le cas notamment des espèces communes puisqu’elles varient de 0,15 à 11,4 µg g-1PS (Sidoumou et
telles que Caulacanthus ustulatus, Corallina officinalis, al., 1999), ce qui permet de dire que les eaux de la côte
Hypnea musiformis, Ulva rigida, Chondracanthus teedei, marocaine seraient moins riches en cadmium que celles de
Gelidium microdon, Enteromorpha intestinalis, Mauritanie.
Chondracanthus acicularis et Osmundea pinnatifida. Des La tendance des Chromobiontes à accumuler excessive-
différences de concentrations en Cd sont également obser- ment du Cd pourrait être due au mécanisme de transfert du
vées d’une espèce à l’autre ou d’un groupe de macrophytes métal de l’eau de mer dans la paroi cellulaire et dans l’espa-
à un autre, au sein d’une même station, comme par exemple ce intercellulaire de ces végétaux (Munda & Hudnik, 1991).
chez les espèces propres à la station SII, dont les Kaimoussi et al. (1994) ont attribué cette aptitude au fait que
Chromobiontes, qui ont montré une grande capacité d’accu- les Chromobiontes contiennent des quantités importantes
mulation du Cd, par comparaison avec les Chlorobiontes et d’acide alginique (jusqu’à 18 % pour Fucus spiralis). Les
les Rhodobiontes. teneurs du Cd chez Fucus spiralis sont comparables à celles
Les Chromobiontes se retrouvent exclusivement dans la trouvées chez la même espèce sur les côtes britanniques
station SII, qui ne reçoit aucun rejet. Les concentrations éle- (Klumpp & Peterson, 1979). Cette aptitude du genre Fucus
vées en Cd, observées chez Fucus spiralis et chez Bifurcaria à accumuler le Cd a été clairement démontrée dans les tra-
bifurcata, pourraient être simplement liées à l’abondance de vaux de Martin et al. (1997), qui ont cultivé une fucale dans
58 CADMIUM ET MACROPHYTES D’EL JADIDA
les eaux, riches en Cd, de l’estuaire de la Severn (Grande Les espèces communes aux stations SII et SIV sont pres-
Bretagne) ; ces auteurs ont alors observé un appauvrisse- que toutes des Rhodobiontes. Les espèces de SIV présentent
ment spectaculaire des eaux en Cd. des teneurs en Cd élevées par rapport à celles de SII. Mais
Pour les espèces communes aux stations SII, SIII et SIV en général dans notre étude, nous avons observé que les
(Caulacanthus ustulatus et Ulva rigida), c’est la Rhodobiontes présentent des teneurs en Cd faibles par rap-
Chlorophyceae U. rigida qui présente les teneurs en Cd les port à celles observées chez les Chlorobiontes et surtout les
plus importantes, comparée à C. ustulatus (toutes stations chez les Chromobiontes. Cette faible aptitude à accumuler
confondues) dont la fronde et le port en coussins permettent le Cd dépendrait d’une part, des processus physiologique et
une bonne capacité de rétention d’eau pour résister efficace- biochimique de la bioconcentration, et d’autre part, de la
ment à la dessiccation lors des basses mers. Les concentra- position systématique des macrophytes. Selon Roméo
tions les plus élevées sont enregistrées au niveau de la (1985) et Malea et al.(1995), les différences de teneurs en
station SIII. U. rigida est une espèce connue pour son apti- Cd dépendent de la position taxonomique de l’espèce, de sa
tude à accumuler excessivement certains métaux lourds bio- localisation et de la date d’échantillonnage. D’après les tra-
disponibles comme le Cd et de ce fait, elle est considérée vaux de Cossas et Lassus (1989), la concentration en métal
comme étant un bioindicateur de la pollution métallique d’un organisme est le résultat du processus « absorption-
(Haritonidis & Malea, 1999). stockage-excrétion ». Un modèle général consiste à conce-
D’après les caractéristiques des différentes stations, SIII voir la bioconcentration, après le transfert à travers la
et SIV reçoivent chacune un rejet d’eaux usées n’ayant subi membrane, comme une suite de complexations du métal par
aucun traitement au préalable. Pour SIII, il s’agit d’un rejet des molécules d’affinité croissante pour celui ci. La liaison
mixte (effluents domestiques, lessivage de métaux prove- la plus stable pour le Cd est constituée par des protéines
nant des décharges d’ordures ménagères et des résidus soli- appartenant au groupe des métallothionéines. Selon Biney et
des, effluent émanant de l’hôpital de la ville), tandis que la al. (1994), l’accumulation biologique est importante quand
station SIV reçoit l’émissaire de la zone industrielle. Par la phase d’excrétion est lente. De même, Malea et al.(1994),
leur nature, ces deux rejets répondent aux caractéristiques ont constaté que, parmi sept Rhodobiontes étudiées, une
des sources anthropiques du Cd dans le milieu aquatique, seule (Pterosiphonia complanata) a montré une bioaccumu-
qui dans ce cas là, résulte de l’utilisation du métal dans le lation importante, ce qui pourrait être lié à une excrétion
traitement des surfaces, des pigments, dans la matière plas- lente.
tique comme stabilisant, dans les accumulateurs, dans l’in- La Chlorophycée, Enteromorpha intestinalis (la seule
dustrie chimique du caoutchouc et l’industrie chimique en Chlorobionte commune aux stations SII et SIV), est une
général (Cossa & Lassus, 1989 ; Biney et al., 1994). Ces algue cosmopolite, reconnue par son aptitude à survivre
rejets pourraient être à l’origine du surplus de Cd chez les dans les eaux riches en métaux lourds (Müller & Schirmer,
espèces vivant dans ces deux stations, surtout en SIII qui 1993 ; Leal et al., 1997) qui pourrait ainsi être considérée
reçoit le rejet domestique (activité anthropique très impor- comme une espèce bioindicatrice de la pollution métallique.
tante). Les faibles concentrations en Cd de l’émissaire de la Les concentrations moyennes du Cd chez cette espèce,
station SIV pourraient s’expliquer par une activité indus- variant d’une station à l’autre, sont faibles par rapport à la
trielle encore relativement peu importante. Les teneurs en gamme trouvée par Müller & Schirmer (1993), dans
Cd chez U. rigida sont, dans les deux stations, supérieures à l’estuaire de la Weser.
celles trouvées chez la même espèce par Munda et Hudnik La différence des teneurs en Cd, chez l’espèce en ques-
(1991). Ceci pourrait être dû à l’effet des upwellings qui tion par rapport à SII (station témoin) pourrait être due à un
sont importants dans la région, en plus de la contamination faible enrichissement en Cd par l’effluent émanant de la
d’origine anthropique. zone industrielle. L’absence de cette espèce dans la station
Les upwellings pourraient aussi expliquer l’importance SIII serait liée à la topographie du substrat (surélevé) don-
des concentrations en Cd accumulées par Gelidium micro- nant lieu à des périodes d’exondation prolongées, défavora-
don, l’espèce commune aux stations SII et SIII, par rapport bles au développement de cette Chlorophyceae.
à celles trouvées chez Gelidium sp. en mer Adriatique En plus des variations de concentrations relatives à l’es-
(Munda & Hudnik, 1991). Nos résultats montrent que les pèce et à la station, on note des fluctuations saisonnières
teneurs en Cd accumulées par G. microdon sont élevées à la caractérisées par des concentrations en Cd élevées entre
station SIII, comparées à celles de la station SII, qui est une avril et juin, plus faibles de novembre à février. Martin et al.
station non polluée. G. microdon vit en mosaïque avec (1997) ont noté, dans l’estuaire de Severn, des concentra-
Caulacanthus ustulatus dont la fronde permet une bonne tions en métaux lourds maximales de mars à avril et mini-
rétention d’eau pendant les périodes d’exondation, lui assu- males de septembre à octobre. Lacerda et al. (1985) ont
rant ainsi un certain taux d’humidité la protégeant de la des- observé une variation saisonnière similaire dans l’accumu-
siccation. lation des métaux lourds en général, et du Cd en particulier
K. MAKROUM, M. MONCEF 59
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