Référence de cet article : KAMAGATE Abdoulazidjou, L’état et l’agriculture vivrière en Cote d’Ivoire :
le cas de l’igname, de la banane plantain et du manioc de 1980 à 1993. Rev iv hist 2018 ; 31 : 7-28.
L’ÉTAT ET L’AGRICULTURE VIVRIÈRE EN COTE D’IVOIRE :
LE CAS DE L’IGNAME, DE LA BANANE PLANTAIN ET DU
MANIOC DE 1980 A 1993
KAMAGATE Abdoulazidjou
RÉSUMÉ
En 1980, face à la crise économique et financière qui frappait le pays, les autorités politiques
ivoiriennes décident de faire la promotion des productions vivrières locales, notamment l’igname,
la banane plantain, et le manioc ; avec pour objectif la réduction des importations alimentaires
et ainsi réaliser des économies de devises, dans le cadre du développement économique et
social du pays. De nouvelles orientations agricoles sont prises et des structures d’accompa-
gnement et de soutien aux producteurs sont mises en place de 1980 à 1993. Des actions sont
menées durant toute cette période pour le développement de l’agriculture vivrière. Au total, les
cultures d’igname, de banane plantain et de manioc ont de façon générale bénéficiées de ces
actions. Le développement des infrastructures routières a notamment permis l’écoulement de
la production de la campagne vers les grands centres de consommation que sont les villes.
Cependant, ces trois cultures ont étés marginalisées dans la distribution des fonds destinés
au développement agricole. Ce qui n’a pas permis une réelle avancée de ce secteur.
Mots clés : État, agriculture vivrière, igname, banane plantain, manioc, développement
agricole.
ABSTRACT
In 1980, faced with the economic and financial crisis, the political authorities Ivorians decide
to promote local food production, including yam,plantain and cassava; with the aim of reducing
food imports and thus achieve currency savings, in the context of economic and social develop-
mentof the country. New agricultural orientations are taken and accompanying structures and
support for producers are put in place from 1980 to 1993. Actions are drivenduring this period
for the development of subsistence agriculture. In total, yam, plantain and cassava crops have
generally benefited from these actions. In particular, the development of road infrastructure has
enabled the flow of the production of the countryside towards the big centers of consumption
that are the cities. However, these three cultures have been marginalized in the distribution
of funds for agricultural development. This which did not allow a real advance of this sector.
Key words: State, subsistence agriculture, yam, plantain, cassava, development agricul-
tural.
INTRODUCTION
L’agriculture vivrière désigne le travail de la terre par l’homme, avec pour finalité
la production d’aliments destinés à la consommation. L’igname, la banane plantain
et le manioc font partie de cette branche de l’agriculture ; et sont beaucoup cultivés
par les populations ivoiriennes. Avec la colonisation, ces cultures sont développées
par le colon pour nourrir les populations africaines qui travaillaient pour la mise en
valeur de la colonie de Côte d’Ivoire. En 1960, avec l’accession à l’indépendance du
pays, les nouvelles autorités politiques, avec en tête le Président Félix Houphouët-
Boigny, décident de soutenir toute cette production, afin de nourrir les populations,
celles des villes notamment ; et réduire ainsi les importations alimentaires. Cette
politique visait en effet à réaliser des économies de devises, afin d’acquérir des biens
d’équipement pour le développement du pays. Cependant, dans les faits l’igname,
la banane plantain et le manioc ne bénéficiaient pas réellement des financements
destinés à l’agriculture vivrière. L’État finançait plus la production de riz, afin de réduire
les importations de cette denrée.
En 1980, avec la crise économique et financière qui frappait le pays, les autorités
politiques décident relancer l’agriculture vivrière locale. De nouvelles mesures sont
mises en œuvre pour accompagner les producteurs de vivres à produire davantage,
afin de répondre aux besoins alimentaires de plus en plus croissants des populations
urbaines. Avec la crise, les importations alimentaires revenaient, en effet de plus en
plus chères à l’État (J. S. Niemba, 2000 : p.230). Il fallait donc réduire au maximum
ces importations, pour que les fonds issus de l’exportation du cacao et du café,
continuent à assurer le développement du pays. Cette volonté de redynamisation du
secteur vivrier fut solennellement exprimée au cours du VIIe congrès du PDCI-RDA
avec pour mot d’ordre ‘‘l’aide à la paysannerie et l’autosuffisance alimentaire″ (I.
Ndabalishye, 1995 : p.29). La mise en place de l’Agence Nationale pour le Dévelop-
pement Rural (ANADER) en 1993 marque une nouvelle phase dans la politique de
développement agricole en Côte d’Ivoire. La création de cette structure symbolisait
en effet une réduction de l’interventionnisme de l’État du secteur vivrier. Elle avait
pour mission d’apporter un appui polyvalent à tous les agriculteurs sans toutefois
exercer de monopole (J. S. Niemba, 2000 : p.158).
La question essentielle de notre analyse est la suivante : Quel a été l’apport de
l’État dans le développement de l’agriculture vivrière en Côte d’Ivoire de 1980 à 1993,
notamment les productions d’igname, de banane plantain et de manioc ? L’objectif de
cette étude est donc de montrer les actions de l’État en faveur du développement de
l’agriculture vivrière, et en particulier des cultures d’igname, de banane plantain et de
manioc. Cela à travers une analyse de la période 1980-1993, période qui voit la mise
en place de nouvelles orientations en faveur de la production vivrière. Son intérêt est
de mettre en lumière le rôle joué par l’État dans le développement de l’agriculture
vivrière locale, dans le cadre de la lutte pour l’autosuffisance alimentaire à travers la
réduction des importations alimentaires. Pour mener à bien notre analyse, nous avons
utilisé des sources imprimées des Ministères de l’Agriculture et du Développement
Rural, du Plan et de l’Économie et des Finances. Nous avons également eu recours
aux études d’organismes internationaux tels que la Communauté Économique Euro-
8 © EDUCI 2018. Rev iv hist.2018; 31 : 7-28. ISSN 1817-5627
péenne (CEE), la Caisse Centrale de Coopération Économique (CCCE) et le Fonds
des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO). Enfin, nous nous sommes
également servis de travaux de chercheurs et des conclusions du VIIe congrès du
Parti Démocratique de Côte d’Ivoire, Rassemblement Démocratique Africain (PDCI-
RDA). Les annuaires statistiques du Ministère de l’Agriculture comportaient souvent
des lacunes, notamment au niveau des chiffres. Nous avons donc dû confronter ces
différents chiffres avec ceux fournis par la CCCE et la FAO. Cette confrontation des
chiffres et le recoupement des informations issues de ces différentes sources ont
permis l’élaboration de ce travail.
Cette réflexion s’articule ainsi autour de trois grands axes à savoir : la présentation
de la politique agricole vivrière de l’État en 1980 (I), les structures du développement
agricole en Côte d’Ivoire de 1980 à 1993 (II) et enfin le bilan des actions de l’État en
faveur de l’agriculture vivrière notamment de l’igname, de la banane plantain et du
manioc en 1993 (III).
I- LA POLITIQUE AGRICOLE VIVRIÈRE DE L’ÉTAT EN 1980
En 1980 avec la crise économique et financière qui frappait le pays, l’État ivoirien
décida d’accorder plus d’importance aux productions vivrières locales. L’igname, la
banane plantain et le manioc figuraient en bonne place dans cette politique de relance
de l’agriculture vivrière, ayant pour but de réduire considérablement les importations
alimentaires ; et atteindre ainsi l’autosuffisance alimentaire.
I.1- Les actions de l’État en faveur de la production et de la commercialisation
Les importations alimentaires, avec la crise économique et financière qui frappait
le pays à partir des années 1980, revenaient de plus en plus chères à l’État. La Côte
d’Ivoire, en effet, dépensait environ 50 milliards de Francs CFA (FCFA) par an pour
l’importation des vivres divers, notamment de riz blanc. 35 à 40 milliards de FCFA
étaient en effet consacrés à l’achat de riz blanc (I. B. Sawé, p.3). Pour les autorités
politiques du pays, il s’agissait de mettre fin à cette hémorragie financière. Il fallait que
la «paysannerie» fournisse tous les produits nécessaires pour se nourrir et nourrir
le reste de la population notamment celles des villes. Le Président Félix Houphouët-
Boigny disait à cet effet :
«Nous devons chercher à nous suffire en denrées alimentaires. Nous le pou-
vons. Mais il faut en premier lieu, la mobilisation de tous les militants, de tous
les Ivoiriens, les préfets et sous-préfets, les secrétaires généraux, les députés,
les conseillers économiques, les ministres et notre Président en tête, ne serait-
ce que pour prêcher la bonne parole. […] Nous sommes engagés dans une
lutte difficile pour l’indépendance économique de notre pays» (Fraternité Hebdo
Éditions : 1982, p.65).
Le mot d’ordre de cette nouvelle politique, qualifiée de «croisade pour l’autosuf-
fisance alimentaire», était «l’aide à la paysannerie». Elle était organisée autour de
six grands axes.
Référence de cet article : KAMAGATE Abdoulazidjou, L’état et l’agriculture vivrière en Cote
d’Ivoire : le cas de l’igname, de la banane plantain et du manioc de 1980 à 1993 9
Le premier axe a consisté à la mise au point et à la vulgarisation d’un matériel
végétal à haut rendement, adapté aux conditions de culture et aux habitudes alimen-
taires des populations. Il fallait améliorer l’agriculture traditionnelle par l’utilisation
d’un matériel végétal plus productif et l’exécution correcte de certaines techniques
culturales, même manuelles. Ce sont, entre autres, la profondeur, la date, la densité
de plantation et le sarclage. Il fallait également développer l’utilisation d’engrais et
de pesticides pour une meilleure rentabilisation de l’ensemble des opérations de
production.
Le second aspect de cette politique a porté sur la modernisation des techniques
de production par l’amélioration de l’agriculture traditionnelle, l’introduction de la
mécanisation et de la motorisation. Pour les autorités ivoiriennes, la phase finale de
la modernisation de la production était la mécanisation-motorisation. Ce qui suppo-
sait le défrichement mécanique, l’acquisition, l’utilisation du matériel et le respect de
techniques culturales adaptées. L’État a également décidé de mettre au point des
technologies de conservation et de transformation, car une des difficultés majeures
de la production d’igname, de banane plantain et de manioc était la conservation de
ces produits après leur récolte.
Ces trois premiers éléments de la politique vivrière qui constituaient ainsi un axe
stratégique reposaient essentiellement sur la science et la technique. La recherche
scientifique et l’encadrement technique avaient en effet, contribué à la réussite de
l’agriculture spéculative avec le café, le cacao et l’hévéa. Cet ensemble devait donc
désormais s’appliquer aussi aux productions vivrières. Cela, en y apportant les acquis
de la recherche, notamment les techniques nouvelles hautement performantes, des
variétés sélectionnées et des engrais. L’introduction de machines agricoles, notam-
ment des tracteurs, devait permettre également d’accroître les superficies et les
rendements. Les trois autres mesures de la nouvelle politique vivrière concernaient
l’assistance aux producteurs notamment les femmes et les jeunes, et l’encadrement
de la commercialisation des différents productions.
L’État décida en 1980 de la mise en œuvre d’une assistance particulière aux jeunes
et aux femmes dans ce processus de modernisation. Une politique pour le retour
à la terre est prônée au sein de la population jeune. La population rurale, en effet,
diminuait fortement. Cela, du fait de l’exode rural et du développement des villes. Les
campagnes se vidaient de bras valides au profit des villes. Le taux d’accroissement
moyen annuel de la population urbaine oscillait entre 7% et 8% sur la période 1975-
1990(A. Dubresson ; J.-L. Chaléard, 1989). Les masses de population concernées
étaient considérables. Il fallait donc réduire cet exode et maintenir les jeunes à la terre.
Les autorités ont donc exhorté cette jeunesse, en particulier ceux qui n’avaient pas
pu franchir les différentes barrières du système éducatif, à s’intéresser au travail de
la terre notamment au secteur du vivrier. Les objectifs poursuivis étaient d’une part,
d’accroître la production de vivriers et, de réduire le chômage des jeunes d’autre part.
Un appel fut lancé également en direction des femmes, qui de tout temps se sont
occupées des cultures vivrières.
L’État a aussi décidé d’organiser l’encadrement de la production par le renforce-
ment de l’action des structures de développement en direction du vivrier, notamment
10 © EDUCI 2018. Rev iv hist.2018; 31 : 7-28. ISSN 1817-5627
les sociétés d’État agricoles. Il a enfin mis en place une nouvelle organisation de la
commercialisation, avec un accent particulier sur l’organisation et la redynamisation
des coopératives agricoles vivrières. Il fut demandé aux producteurs de se regrouper
en coopératives pour pouvoir bénéficier de la motorisation annoncée, le gouvernement
a mené des actions d’exhortation dans ce sens. L’inorganisation de la commerciali-
sation était un des principaux problèmes qui retardait le développement des cultures
vivrières. La nouvelle orientation à ce niveau supposait l’ouverture et le maintien en
bon état d’un réseau de pistes de collecte judicieusement reparties, la mise en place
des moyens de stockage et de conservation, l’organisation du marché, la fixation d’un
barème de prix de campagne. Cet ensemble de mesures devait permettre au monde
rural d’intensifier la production des vivres, car il pourrait évacuer ses productions
sur les grands centres urbains avec l’ouverture de pistes villageoises. Les moyens
de stockage et de conservation permettraient de régulariser les cours et de réduire
les pertes post-récolte afin d’encourager d’avantage les producteurs. Enfin, l’État a
également décidé d’intensifier la recherche de technologies de transformation. Cela,
afin d’offrir de nouveaux débouchés aux producteurs de vivriers. Ce qui permettrait de
développer l’agro-industrie et de créer des emplois dans le pays. Toutes ces actions
favoriseraient, ainsi, le développement du pays tout entier.
Pour expliquer toutes ces nouvelles mesures aux populations et les motiver à
accroître la production vivrière, plusieurs tournées ont été organisées à travers le
pays par le bureau politique du PDCI-RDA1. Des émissions de radio et de télé2 ont
été diffusées pour soutenir l’action de sensibilisation du gouvernement dirigée par le
ministère du développement rural. La Coupe Nationale du Progrès, qui récompensait
les meilleurs producteurs de cultures de rente allait désormais prendre en compte toute
la population agricole. Tous les producteurs du monde rural pourraient en bénéficier.
Des campagnes de sensibilisation ont également été entreprises à l’endroit du grand
public et notamment des populations urbaines en vue de consommer d’avantage les
produits locaux (I. B. Sawe, p.15).
L’État a aussi décidé d’organiser un ensemble d’actions cohérentes, complémen-
taires et propres à minorer les pertes à tous les stades, de la production à la consom-
mation, et susceptibles de réduire les déficits éventuels. Ces actions portaient sur
la production et la distribution. Pour l’igname et la banane plantain en particulier, qui
sont des produits très saisonniers, l’État à travers la recherche agronomique a décidé
de mettre au point des techniques de production en contre-saison, pour donner à
l’agriculteur les moyens de programmer sa production suivant les besoins du marché.
Cette situation lui garantirait au moins son revenu annuel habituel tout en lui évitant
les manœuvres des spéculateurs et tous les tracas de la mévente due à une offre
conjoncturelle pléthorique. La production de contre-saison allait également permettre
de mettre à la disposition du consommateur, toute l’année, des quantités suffisantes
de produits nationaux tels que l’igname et la banane plantain, et faire ainsi face aux
pénuries. Ce qui réduirait voire même supprimerait les importations de riz en particulier.
1 Au total 32 missions du PDCI-RDA ont sillonné toute la Côte d’Ivoire. Ces délégations ont assuré les
populations que le monde paysan, pour réaliser cet objectif d’autosuffisance alimentaire, pourra compter
sur la sollicitude constante et l’aide du parti et du gouvernement.
2 Ce sont entre autres : La Côte d’Ivoire en marche, Télé pour tous…
Référence de cet article : KAMAGATE Abdoulazidjou, L’état et l’agriculture vivrière en Cote
d’Ivoire : le cas de l’igname, de la banane plantain et du manioc de 1980 à 1993 11
Cela permettrait au pays de dégager des excédents au niveau du budget. Ainsi, un
projet de production de banane plantain de contre-saison portant sur un objectif de
400.000 tonnes de banane entre Avril et Septembre, a été élaboré et mis en place
par la Société de Développement des Fruits et Légumes(SODEFEL) sur la période
1985-1990. Ce projet a été financé par la Banque Africaine de Développement(BAD)
(République de Côte d’Ivoire, Ministère de l’Agriculture et des Eaux et Forêts, Mai
1990 : p.59). Toujours au niveau de la production, l’État a orienté son action vers l’amé-
lioration de l’agriculture vivrière traditionnelle pour en augmenter les performances.
Cela à travers la mise en place de matériel végétal sélectionné et adapté que sont
les boutures et les rejets3 ; et aussi de méthodes techniques simples : préparation du
sol, calendriers et techniques de mise en place, entretien, récolte, conditionnement.
Une application sérieuse de ces méthodes devait avoir un impact sur la production.
L’État a donc décidé de promouvoir une agriculture moderne.
Une politique a été mise en place pour assainir le foncier rural afin que le paysan
fasse tous les investissements nécessaires au développement de sa plantation sans
risque d’être exproprié ; aussi la gratuité des défrichements était prévue. Pour résoudre
la question de l’investissement agricole, l’État a opté pour la poursuite de la politique
de bonification d’intérêts et de garantie des prêts en matière de crédit agricole. Enfin
les autorités ont décidé de rajeunir la population agricole à travers l’installation de
jeunes agriculteurs modernes.
Pour lutter à la fois contre les effets de la surproduction et ceux de la pénurie, des
actions ont été organisées au niveau de la distribution. Comme évoqué au niveau des
difficultés, il existait des périodes de l’année où certaines zones du pays regorgeaient
de produits vivriers qui finissaient par se détériorer faute de preneurs tandis qu’au
même moment d’autres zones connaissaient une certaine raréfaction de ces mêmes
denrées. Cette situation était due au manque d’information et à l’insuffisance des
infrastructures routières et des moyens de collecte. Pour pallier cette difficulté, les
autorités ont lancé un vaste programme d’ouverture et d’entretien des pistes rurales.
En 1980, l’État ivoirien a ainsi créé plus de 3000 km de routes revêtus et plus de 40.000
km de routes en terres ont été réalisées (République de Côte d’Ivoire, Ministère du
Plan, 1983, Tome 1 : p.20). De 1984 à 1992, 19.720 km de pistes ont été élaborées.
On est donc passé de 34.462 km de pistes en 1984 à 54.182 km de pistes en 1992
(J.-L Chaléard, 1996 : p.457). Une nouvelle dynamique a été impulsée au niveau
des coopératives agricoles afin qu’elles prennent en charge toutes les opérations de
collecte, de groupage et d’évacuation des récoltes dans les régions où les circuits
traditionnels étaient défaillants. Elles ont également décidé de créer ou de faciliter
la création d’infrastructures de stockage dans les grands centres de consommation
afin de mettre les denrées à l’abri des intempéries et de réduire ainsi leur rapidité de
dégradation. Avec la mise en place de ses antennes dans les différentes régions du
pays, l’OCPV a contribué au développement des filières vivrières par l’assistance et
les conseils aux producteurs. Des magasins de stockage, et des marchés de gros
ont ainsi été mis en place dans ces différents grands centres régionaux à savoir
Abidjan, Bouaké, Korhogo, Bouna etc. Enfin, toujours au niveau de la distribution,
l’État a décidé la mise en place d’un système d’information rapide et quotidien sur
3 Cette mesure était une réponse aux difficultés climatiques.
12 © EDUCI 2018. Rev iv hist.2018; 31 : 7-28. ISSN 1817-5627
le comportement des différents marchés. Ce qui allait permettre aux opérateurs des
trois filières et aux services publics d’intervenir au moment opportun pour corriger
les éventuelles distorsions.
L’État a également pris conscience du fait que le manque de moyens de conser-
vation en frais et de transformation était en grande partie à l’origine des énormes
fluctuations saisonnières d’igname, de banane plantain et de manioc. Il a donc décidé
la mise au point de méthodes techniquement et économiquement vulgarisables afin
de régulariser l’approvisionnement des marchés et d’ouvrir de nouveaux débouchés
pour accélérer le développement du secteur. Les structures de recherche ont été
chargées de mettre au point ces méthodes. Les travaux étaient très avancés pour
le manioc. Pour répondre aux difficultés des paysans l’État ivoirien a au total mis en
place en 1980 un ensemble de mesures au niveau de la production et de la distribu-
tion. Ces mesures qui vont de la production de contre-saison à l’entretien de pistes
rurales et à la mise en place d’infrastructures de conservation et de transformation
devaient contribuer à la modernisation de l’agriculture vivrière et notamment des pro-
ductions d’igname, de banane plantain et de manioc pour le bonheur des paysans.
La politique vivrière menée à partir de 1980 devait également éviter au pays trop de
dépenses pour l’achat de denrées alimentaires à l’extérieur. Tout était mis en œuvre
pour valoriser les cultures vivrières afin de réduire les importations alimentaires et
parvenir à l’autosuffisance et à la sécurité alimentaire. Quel était cependant, l’état
des productions d’igname, de banane plantain et de manioc en 1980 ?
I.2- La production d’igname, de banane plantain et de manioc en 1980
L’igname, la banane plantain et le manioc sont des produits vivriers qui se cultivent
dans pratiquement toutes les régions de Côte d’Ivoire. Il existe néanmoins des bassins
de production pour chaque culture. La banane plantain et le manioc sont cependant
quasi absents dans la zone Nord du pays du fait du climat. L’igname est la nourriture
de base la plus répandue en Côte d’Ivoire, cultivée dans toutes les régions du pays,
avec toutefois une nette prédominance dans le centre, le Nord, l’Est et Centre-Ouest.
Les grandes zones de production sont les régions de Dabakala-Kong, de Tieningboué,
de Korhogo-Dikodougou, de Bondoukou-Bouna spécialisées dans la production de
variétés dites précoces et enfin la zone de Zoukougbeu-Daloa-Oumé (S. Doumbia,
1990 : p.7). La production totale d’igname se chiffrait en 1980 à 2.128.000 tonnes
pour 282.000 hectares de culture. Plusieurs régions ont contribué à cette production
comme le montre le tableau n°1 :
Tableau n°1 : Production de tubercules d’igname en Côte d’Ivoire en 1980 (en tonnes)
Départements Superficie récoltable (HA) Rendement (QX/HA) Productions (Tonnes)
Abengourou 7.500 64 48.000
Abidjan 9.450 74 68.000
Aboisso 1.350 61 8.200
Adzopé 2.950 61 18.000
Agboville 3.900 75 29.100
Biankouma 700 85 5.900
Référence de cet article : KAMAGATE Abdoulazidjou, L’état et l’agriculture vivrière en Cote
d’Ivoire : le cas de l’igname, de la banane plantain et du manioc de 1980 à 1993 13
Bondoukou 38.500 63 242.000
Bouaflé 13.900 94 130.000
Bouaké 54.400 84 457.000
Bouna 9.500 54 51.200
Boundiali 5.700 60 34.200
Daloa 19.200 85 163.000
Dabakala 7.900 69 54.500
Danané 100 50 500
Dimbokro 33.500 89 298.000
Divo 6.300 81 1.000
Ferkéssédougou 2.500 71 7.700
Gagnoa 6.000 78 46.500
Guiglo 50 60 300
Katiola 9.900 71 70.300
Korhogo 21.200 66 140.000
Man 1.250 42 5.200
Odiénné 6.900 65 44.700
Sassandra 5.700 52 29.500
Séguéla 12.500 84 105.000
Touba 1.150 89 10.200
Ensemble 282.000 75,4 2.128.000
Source : République de Côte d’Ivoire, Ministère de l’agriculture et des ressources animales,
Annuaire des statistiques agricoles, 1980, p.56.
En 1980, la région Centre concentrait les plus grandes productions, avec notam-
ment 457.000 tonnes pour la zone de Bouaké, 242.000 tonnes pour la zone de
Bondoukou et 298.000 tonnes pour la zone de Dimbokro. La région de Bouaflé avait
cependant le plus haut rendement, soit 94 tonnes par hectare(t/ha). Ce qui soulignait
une très bonne organisation de la production dans cette zone. Au total, la culture de
l’igname était très développée dans le pays en 1980.
La culture de la banane plantain quant à elle se pratiquait essentiellement dans
la zone forestière du pays, car exigeant un sol à forte capacité de rétention en eau.
Plante de couverture des jeunes plants de cacaoyers et de caféiers, le bananier
plantain était une plante associée à tous les fronts pionniers de cacao et de café,
participant ainsi au développement de ces deux principales cultures d’exportation.
La banane plantain était cultivée sur des terres de défriches et bénéficiait pour son
entretien des travaux réalisés pour le compte des cultures qui lui étaient associées.
Ce qui a contribué à son développement. En 1980, on dénotait trois principales
zones de production de banane plantain en Côte d’Ivoire, à savoir le Centre-Ouest,
l’ancienne boucle du cacao c’est-à-dire la zone Est et la région de Béoumi-Prikro (S.
Doumbia, 1990 : p.8). La production totale se chiffrait à 1.223.000 tonnes avec une
moyenne de 475 pieds/ha sur une superficie de 1.133.000 hectares. Le tableau n°2
présente cette production.
14 © EDUCI 2018. Rev iv hist.2018; 31 : 7-28. ISSN 1817-5627
Tableau n°2 : Production de régimes de banane plantain en Côte d’Ivoire en
1980 (en tonnes)
Départements Pieds/Ha Superficie récoltable (HA) Rendement (QX/HA) Productions (tonnes)
Abengourou 700 75.500 16,1 121.500
Abidjan 500 87.000 14,6 127.000
Aboisso 500 37.500 14,2 53.200
Adzopé 900 30.000 23,1 69.200
Agboville 800 25.500 20,2 51.500
Biankouma 400 22.000 11,0 24.200
Bondoukou 300 43.000 5,4 23.200
Bouaflé 400 84.000 10,7 89.700
Bouaké 280 45.500 8,6 39.000
Bouna - - - -
Boundiali - - - -
Daloa 200 234.000 4,6 107.000
Dabakala - - - -
Danané 300 46.500 9,1 42.300
Dimbokro 500 85.000 11,1 94.000
Divo 600 109.000 15,1 164.500
Ferkéssédougou - - - -
Gagnoa 300 76.000 8,3 63.000
Guiglo 700 24.000 21,6 51.800
Katiola - - - -
Korhogo - - - -
Man 300 57.500 8.6 49.400
Odiénné - - - -
Sassandra 400 51.000 10,3 52.500
Séguéla - - - -
Touba - - - -
Ensemble 475 1.133.000 10,7 1.223.000
Source : République de Côte d’Ivoire, Ministère de l’agriculture et des ressources
animales, Annuaire des statiques agricoles 1980, p.59.
La région de Divo était la première zone au niveau de la production avec 164.500
tonnes de régimes de banane plantain. Les régions d’Adzopé, de Guiglo et d’Agbo-
ville étaient cependant les premières zones en termes de rendement avec 23,1 t/ha,
21,6 t/ha et 20,2 t/ha. Ce qui traduit une intensification de la production au niveau de
ces régions. La culture de la banane plantain était quasi-inexistante dans les zones
du Nord telles que Korhogo, Katiola, Boundiali et Bouna. Comment se présente la
culture du manioc en 1980 ?
Le manioc en 1980 se cultivait un peu partout en Côte d’Ivoire sauf dans quelques
régions du Nord notamment celle de Boundiali, du fait du climat. C’était en effet une
Référence de cet article : KAMAGATE Abdoulazidjou, L’état et l’agriculture vivrière en Cote
d’Ivoire : le cas de l’igname, de la banane plantain et du manioc de 1980 à 1993 15
culture très développée dans la zone forestière mais très peu en zone de savane.
Les principales zones de culture étaient le Sud, l’Ouest et le Centre-Nord du pays.
La production totale recensée était de 1.153.000 tonnes pour 219.000 hectares, avec
une moyenne de 3.828 pieds/ha, soit un rendement moyen de 52,6 t/ha. Le tableau
n°3 donne plus de détails sur cette production.
Tableau n° 3 : Production de tubercules de manioc en 1980 (en tonnes)
Départements Pieds/Ha Superficie récoltable(HA) Rendement (QX/HA) Productions (Tonnes)
Abengourou 3.800 1.250 81 10.100
Abidjan 7.100 18.000 117 210.300
Aboisso 5.100 9000 89 80.000
Adzope 5.000 6.600 95 62.500
Agboville 5.100 3.900 96 37.400
Biankouma 900 5.300 20 10.500
Bondoukou 1.500 19.000 28 53.000
Bouafle 3.600 12.000 62 74.400
Bouake 2.200 27.500 41 112.000
Bouna 2.800 1.600 45 7.200
Boundiali - - - -
Daloa 2.200 10.300 44 45300
Dabakala 5.100 250 55 1.400
Danane 1.100 25.800 34 87.500
Dimbokro 3.600 15.300 66 100.000
Divo 3.100 4.700 59 27.500
Ferkessedougou 4.200 400 40 1.600
Gagnoa 3.600 4.400 76 33.400
Guiglo 1.200 9.500 30 28.500
Katiola 5.100 400 55 2.200
Korhogo 1.800 250 23 600
Man 800 27.300 27 73.500
Odienne 10.200 1.000 40 4.000
Sassandra 3.400 10.500 50 52.500
Seguela 6.600 3.100 90 27.900
Touba 6.600 1.650 59 9.700
Ensemble 3.828 19.000 52,6 1.153.000
Source : République de Côte d’Ivoire, Ministère de l’agriculture et des ressources
animales, Annuaire des statiques agricoles 1980, p.54.
On constate effectivement que le manioc se cultivait presque partout en Côte
d’Ivoire. La région d’Abidjan était la plus grande zone de production avec 210.300
tonnes en 1980. Les rendements étaient assez élevés partout dans le pays sauf dans
les zones de Biankouma et de Korhogo avec 20 t/ha et 23 t/ha, pour des productions
respectives de 10.500 tonnes et de 600 tonnes. Seule la région de Boundiali n’avait pas
de production enregistrée. Au total, comment se présentaient les cultures d’igname,
de banane plantain et de manioc dans le pays en 1980 ?
16 © EDUCI 2018. Rev iv hist.2018; 31 : 7-28. ISSN 1817-5627
L’igname, la banane plantain et le manioc représentaient déjà en 1980 des cultures
importantes au niveau du système de production vivrière. Elles contribuaient à l’auto-
suffisance alimentaire des populations ivoiriennes, surtout celles du monde rural.
Toutes les régions du pays cultivaient ces trois produits avec cependant de grandes
zones productrices pour chaque culture. La production occupait de grands espaces.
Les quantités produites montraient toute l’importance qu’occupaient ces productions
au niveau des populations, surtout les populations rurales. Car toute cette production
assurait plus l’alimentation des populations rurales. En 1980, face aux difficultés
financières et économiques du pays, les pouvoirs publics ont décidé de mettre en
place une nouvelle politique vivrière. Ceci, pour aider le monde paysan à intensifier la
production, afin de répondre aux besoins alimentaires croissants des villes. Plusieurs
structures ont donc été mises en place pour piloter la politique vivrière de l’État.
II- LES STRUCTURES DU DÉVELOPPEMENT AGRICOLE EN CÔTE
D’IVOIRE (1980-1993)
Pour assurer le développement des productions d’igname, de banane plantain et
de manioc, l’État ivoirien a mis en place un certain nombre d’organismes notamment le
Secrétariat d’État à l’Agriculture (SEA), le Ministère du Développement Rural (MDR),
l’Office d’aide à la Commercialisation des Produits Vivriers (OCPV), la Compagnie
Ivoirienne des Cultures Vivrières (CIDV) et l’Agence Nationale d’Appui au Dévelop-
pement Rural (ANADER).
II.1- Du Secrétariat d’État à l’Agriculture à la mise en place du Ministère du
Développement Rural (1981-1984)
En 1981, est créé le SEA, chargé aux côtés du Ministère de l’Agriculture de
conduire la bataille pour les cultures vivrières4. Il devait coordonner les actions en
faveur du développement du secteur vivrier. Ce secrétaire d’État a en effet mené le
combat pour l’autosuffisance alimentaire. Les autorités voulaient en effet, s’affranchir
des importations alimentaires et notamment celles de riz. Pour cela, des produits tels
que l’igname, la banane plantain et le manioc dont le pays avait une parfaite maitrise
de la production devaient être soutenus, pour ainsi permettre aux producteurs locaux
de développer leur production.
L’État avait donc décidé de soutenir la production et la commercialisation de ces
produits. Ce secrétariat d’État a piloté le programme de développement des cultures
vivrières de 1981 à 1984, année de la création du MDR5. C’est ce ministère qui
avait désormais en charge la conduite de la politique décidée en 1980 en faveur des
productions alimentaires. Le MDR à travers sa direction des cultures vivrières, fut
chargé de coordonner l’ensemble des activités des organismes publics, chargés de
l’exécution des programmes et projets de développement des productions vivrières,
dans le cadre des plans de développement des productions vivrières et de redyna-
misation des économies rurales.
4 Ce secrétariat d’État était occupé par M. Gilles LAUBHOUET.
5 Par le décret n°84-126 du 7 mars 1984, le SEA avait en effet changé de dénomination et était devenu
le MDR
Référence de cet article : KAMAGATE Abdoulazidjou, L’état et l’agriculture vivrière en Cote
d’Ivoire : le cas de l’igname, de la banane plantain et du manioc de 1980 à 1993 17
Ce ministère a assuré cet exercice jusqu’en 1988, où il fut remplacé par une société
d’encadrement à savoir la CIDV. La production et la transformation de manioc était
encadrée par la Société de Développement du Palmier à huile (SODEPALM) dans
la région de Toumodi depuis 1977. En outre plusieurs projets intégrés étaient prévus
dans le cadre de la promotion des cultures vivrières notamment le projet soja auquel
fut associé l’igname. Mais il convient aussi de rappeler que toute cette politique a
été menée dans une période difficile économiquement et financièrement pour le
pays. Les cultures vivrières, comme l’ensemble de l’économie ivoirienne souffraient
en effet de la crise des finances publiques et de la réduction des dépenses de l’État,
qui se traduisaient par un effondrement des investissements6. L’État avait en clair, la
volonté de soutenir le secteur vivrier même si les moyens financiers faisaient souvent
défaut. Ces différents ministères ont travaillé avec des sociétés d’État agricoles dans
l’exercice de leurs missions.
II.2- De la création de l’OCPV à la mise en place de l’ANADER (1984-1993)
L’OCPV, structure étatique chargée d’aider les paysans et les commerçants du
vivrier fut mis en place en 1984 (Décret n°84-934 du 27 juillet 1984.). La volonté de
l’État en créant cet organisme était de rester présent dans le négoce des vivres, sans
pour autant être un acteur direct (J.-[Link]éard, 1996 : p.108). L’OCPV devait ainsi
soutenir les commerçants de vivres à travers plusieurs antennes installées dans le
pays7. L’office a participé à l’étude de la mise en place de marchés de gros, dans tout
le pays, notamment à Méadji pour la banane plantain. Cette structure, créée dans la
même année que le Ministère de Développement Rural était un outil dont le ministre
devait se servir pour réguler la commercialisation des produits vivriers. Elle a eu pour
mission de fournir une aide pour l’amélioration de la commercialisation des produits
vivriers en Côte d’Ivoire ; la distribution effective de ces produits restant réservée à
l’initiative privée. Dans le cadre de cette mission, l’OCPV fut chargé de quatre princi-
pales tâches. L’office fut d’abord chargé d’étudier les problèmes relatifs à la collecte
et à la distribution des produits vivriers, en vue de proposer des actions concrètes
tendant à assurer une meilleure commercialisation de ces produits. Il devait aussi
contribuer à l’organisation des marchés des produits vivriers (gros et détail) pour une
meilleure performance des mécanismes et infrastructures de ces marchés. L’OCPV
devait aussi participer à la définition et à l’application de toute politique visant à
améliorer l’approvisionnement et la distribution des produits vivriers en Côte d’Ivoire.
Cette structure devait enfin, apporter son assistance aux commerçants de produits
et d’une manière générale favoriser l’expression du commerce des produits vivriers
en Côte d’Ivoire.
L’OCPV a eu pour mission en somme, d’assurer la promotion de l’agriculture
vivrière et de faciliter les transactions entre les différents agents privés par le recueil
et la gestion d’informations sur les échanges notamment les flux, les quantités, les
6 Le montant des sommes affectées aux cultures vivrières dans le budget spécial d’investissement et
d’équipement (BSIE) en 1985 était inférieur à celui des années 1968-1970. Voir Jean-Louis CHALÉARD,
Temps des villes, temps des vivres. L’essor du vivrier marchand en Côte d’Ivoire, Paris, Karthala, 1996,
p.108.
7 Ce sont : Abengourou, Bondoukou, Bouaké, Daloa, Korhogo, Man, Odienné, San-Pédro, Yamoussoukro,
Abidjan, Soubré, Bouna.
18 © EDUCI 2018. Rev iv hist.2018; 31 : 7-28. ISSN 1817-5627
prix… Il s’est donc agi pour cette structure de fournir des informations sur les disponi-
bilités vivrières dans le pays. En 1988, le Ministère du Développement Rural n’existe
plus. Il est remplacé par la CIDV (Décret n°88-229 du 2 mars 1988) ; avec pour objet
l’élaboration et l’application de toutes les mesures tendant à assurer l’exécution du
plan de développement des cultures vivrières. Au niveau de la production, il fallait
encadrer les agriculteurs et leur distribuer des facteurs de production (semences,
engrais, pesticides…). La structure devait ensuite organiser la collecte des produits et
le suivi de leur commercialisation en liaison avec les services compétents du ministère
du commerce. Elle a enfin eu pour tâche l’organisation, l’exécution et le suivi de la
transformation industrielle de ces produits. En 1992, la CIDV cesse ses activités et en
1993 une nouvelle politique est adoptée avec la création de l’ANADER. Cette nouvelle
structure était chargée d’apporter un appui polyvalent à tous les agriculteurs sans
toutefois exercer de monopole. L’ANADER fut en effet chargée de concevoir et mettre
en œuvre des systèmes performants de formation et d’encadrement des producteurs
et d’en assurer l’adaptation continue en fonction de l’évolution des bénéficiaires et
de leurs activités (Ministère de l’agriculture et des ressources animales, 1998 : p.46).
Les principaux objectifs poursuivis par toutes ces structures étaient de parvenir à
la sécurité voire l’autosuffisance alimentaire, et à l’amélioration des conditions de vie
des populations rurales notamment par la redynamisation des économies agricoles. Il
s’est donc agi de mettre en pratique les décisions gouvernementales dans le cadre de
cette lutte. La diffusion de l’information par l’OCPV devait favoriser une transparence
des transactions, éviter les monopoles, améliorer la compétitivité du secteur en vue
de la création de plates-formes de collecte et de vente. Le MDR a eu pour principal
objectif la réalisation du plan de développement des cultures vivrières mis en place
en 1982, dans la continuité des décisions de 1980 (J.-[Link]éard, 1996 : p.106). La
CIDV quant à elle avait quatre principaux objectifs. D’abord, elle a visé l’amélioration
de la productivité des exploitations de vivriers par la formation des exploitants, la
stabilisation des exploitations et la modernisation des systèmes de production. Elle
avait ensuite pour but de soutenir la diversification de la production pour réduire la
pression sur le riz notamment par la réduction des importations ; de favoriser la relève
paysanne et la responsabilisation des paysans au travers de programmes d’installation
de jeunes. Elle a encouragé enfin l’initiative privée pour la création ou l’amélioration
d’exploitation afin d’accroître la production alimentaire. Toutes ces mesures étaient des
réponses aux difficultés des producteurs de vivriers et d’igname, de banane plantain
et de manioc en particulier. C’était des mesures de soutien de la politique vivrière
adoptée en 1980. L’ANADER enfin, a encadré les producteurs agricoles pour une
contribution conséquente au développement rural. Au total, l’État a mis en place de
1980 à 1993, plusieurs structures dans le cadre du développement de l’agriculture
vivrière. Cependant, quelles ont été les conséquences de toute cette politique sur la
production vivrière et notamment sur la production d’igname, de banane plantain et
de manioc en 1993 ?
Référence de cet article : KAMAGATE Abdoulazidjou, L’état et l’agriculture vivrière en Cote
d’Ivoire : le cas de l’igname, de la banane plantain et du manioc de 1980 à 1993 19
III- LE BILAN DES ACTIONS DE L’ÉTAT EN 1993
Dans cette dernière partie de l’étude, nous faisons un bilan des actions de soutien
à la production vivrière et notamment à la production d’igname, de banane plantain et
de manioc de 1980 à 1993. Nous avons ainsi mis en lumière les effets positifs de ces
actions sur les trois productions mais aussi les insuffisances de la politique vivrière
menée pendant cette période.
III.1- Les succès enregistrés
La politique menée de 1980 à 1993 en faveur du vivrier a eu pour principal succès
le développement du réseau routier. D’autres réussites sont également à souligner.
La plus grande réussite des actions menées par les autorités politiques en faveur
des cultures vivrières et notamment de l’igname, de la banane plantain et du manioc
de 1980 à 1993 a été la route. Le réseau routier ivoirien a été un élément primordial
dans l’épanouissement de l’agriculture vivrière. L’outil le plus efficace en effet du
développement des cultures est représenté par la construction du réseau routier ;
certainement le meilleur d’Afrique occidentale (J.-[Link]éard, 1996 : p.612). Ce
réseau constitué de routes revêtues et de routes en terre couvrait pratiquement tout
le territoire national en 1993. C’était grâce à la route que les paysans ivoiriens du
vivrier ont pu disposer de débouchés rémunérateurs c’est-à-dire des marchés, qui
ont stimulés et justifiés leurs efforts de production. Ce fut également grâce à la route
qu’ils ont pu vendre leurs surplus agricoles, en vue de dégager des gains financiers.
Ce réseau routier n’était certes pas exempt de reproches, mais en dépit des lacunes
constatées, il était de tout premier ordre à l’échelle de l’Afrique de l’ouest. Cela a été
un atout considérable pour le développement de l’agriculture vivrière marchande.
C’est un réseau dont les grands axes sont dirigés vers les grands centres urbains
tels que Abidjan, Yamoussoukro, Bondoukou, Daloa, Man, Odienné, Bouaké…Ces
grands axes étaient reliés à des axes secondaires qui permettaient de faire sortir
les productions des campagnes. Il concentrait donc l’essentiel du trafic des denrées
alimentaires. Le pays disposait en 1984 de 3.462 km de routes revêtues, de 9.800 km
de routes non revêtues et de 34.462 km de pistes. Ces chiffres sont respectivement
passés à 5.147 km, 8.569 km et à 54.182 km en 1992.
On constate une régression au niveau des routes non revêtues. Cela est dû à
l’augmentation du nombre de km de routes revêtues. Entre 1984 et 1992, 1.231
km de routes non revêtues ont été revêtues. Ce qui a été très bénéfique au secteur
vivrier. Pendant ces huit années, l’État ivoirien a créé 19.720 km de pistes. Toutes ces
réalisations ont contribuées au succès de l’agriculture vivrière ivoirienne. Le tableau
n°4 fait le point de ces différentes réalisations entre 1984 et 1992.
20 © EDUCI 2018. Rev iv hist.2018; 31 : 7-28. ISSN 1817-5627
Tableau N°4 : Évolution du réseau routier ivoirien de 1984 A 1992 (en km)
CATÉGORIES 1984 1992
AUTOROUTES 143 143
ROUTES REVÊTUES 3462 5147
ROUTES NON REVÊTUES 9800 8569
PISTES 34462 54182
TOTAL 47867 68041
Source : Jean-Louis CHALÉARD, Temps des villes, temps des vivres. L’essor du
vivrier marchand en Côte d’Ivoire, Paris, Karthala, 1996, p.457.
D’autres éléments de réussite sont également à relever. La commercialisation des
produits vivriers en général, et de la banane plantain en particulier a bénéficié des
actions de l’OCPV. Cette structure a en effet mis en place une unité de collecte de
ce produit à Méadji (I. Ndabalishye, 1995 : p.293). Cette infrastructure a contribué à
une meilleure organisation des flux et de la distribution urbaine. Ce qui a eu pour effet
la réduction des charges de commercialisation. Cela a certainement participé à un
équilibre entre le prix d’achat aux producteurs, les marges commerciales et les prix
aux consommateurs. Cette action de l’OCPV a en clair contribué au relèvement des
prix d’achat aux producteurs, car l’un des gros problèmes du vivrier et qui faisait que
les prix-producteurs étaient extrêmement bas comparés aux prix-consommateurs est
la collecte de la production. Aussi des projets ont-ils été menés au titre de la réduc-
tion des pertes après récolte, de la production de contre-saison de banane plantain,
du bouturage des produits et de la transformation industrielle. Au niveau des pertes
après récolte, un projet-pilote de réduction des pertes post-récolte de l’igname et
de la banane plantain a été mis en œuvre avec l’appui du Fonds des Nations Unies
pour l’Agriculture et l’Alimentation (FAO), et du Programme des Nations Unies pour
le Développement (PNUD) à partir de 1988 (République de Côte d’Ivoire, Ministère
de l’Agriculture et des Eaux et Forêts, Mai 1990 : p.59). Ce programme a permis de
limiter un temps soit peu ces pertes sur les deux denrées. Un projet de production
de banane plantain de contre saison portant sur un objectif de 400.000 tonnes de
banane entre Avril et Septembre a été élaboré par la SODEFEL en vue de faire face
à la pénurie qui s’observait au cours de cette période de 6 mois. Il a été financé par
la Banque Africaine de Développement (BAD). Ce projet a permis de réguler par-
tiellement la demande de banane plantain. L’État a également mis en place quatre
centres de bouturage de manioc et d’igname notamment à travers la CIDV (République
de Côte d’Ivoire, Ministère de l’Agriculture et des Eaux et Forêts, Mai 1990 : p.59).
L’objectif a été de diffuser du matériel végétal performant aux agriculteurs. Cela afin
d’accroître les rendements de ces cultures.
Au niveau industriel, des résultats importants ont été obtenus par la recherche
technologique. La valorisation de ces résultats ont permis le développement des prin-
cipaux féculents. Ainsi pour le manioc, l’Institut Ivoirien de Technologie tropicale(I2T)
avait mis au point des procédés concernant l’attiéké industriel et le gari, la farine pani-
fiable et l’amidon. Pour l’igname, le groupe NESTLÉ a mis au point le «Bonfoutou»
Référence de cet article : KAMAGATE Abdoulazidjou, L’état et l’agriculture vivrière en Cote
d’Ivoire : le cas de l’igname, de la banane plantain et du manioc de 1980 à 1993 21
ou le «foutou industriel» (République de Côte d’Ivoire, Ministère de l’Agriculture et
des Eaux et Forêts, Mai 1990 : p.59). La mise au point de ce produit a contribué à la
réduction des pertes après récoltes. Toutes ces actions ont permis l’accroissement
de la productivité et l’amélioration des revenus-paysans. L’ensemble des projets et
programmes entrepris par les pouvoirs publics en faveur du secteur vivrier a permis au
total d’enregistrer des acquis notables. Les quantités produites d’igname, de banane
plantain et de manioc ont grimpé de 1980 à 1993. Les différents producteurs ont pu
ainsi dégager des surplus importants qui ont permis de couvrir la demande nationale.
Ces actions ont également contribuées au dynamisme de la commercialisation des
produits vivriers. Ce qui a permis aux producteurs de répondre aux besoins sans cesse
croissants des villes en produits vivriers. Tous ces succès ne sauraient cependant,
faire ignorer les insuffisances de la politique vivrière menée durant cette période.
III.2- Les insuffisances de l’action Étatique
Les produits agricoles vivriers en général et l’igname, la banane plantain et le
manioc ont dans l’ensemble toujours été relégués au second plan et n’ont jamais
bénéficiés d’initiatives spécifiques poussant au développement de ce secteur.
En réponse aux problèmes vivriers, l’État a mis en place des structures sans
s’assurer que les objectifs assignés étaient effectivement atteints, et que les actions
avaient eu un impact durable sur le terrain. L’OCPV par exemple ne fournissait l’infor-
mation qu’à la demande des acteurs du secteur. Cette information en plus, ne faisait
pas l’objet d’une large diffusion si bien, qu’elle n’était connue que par les institutions
et non par les commerçants et les producteurs, qui utilisaient d’autres voies pour
s’informer (République de Côte d’Ivoire, Ministère de l’agriculture et des ressources
animales, 1998 : p.38). La stratégie alimentaire qui été adoptée par le pays au cours
de cette période n’a pas été en rapport avec l’autosuffisance alimentaire prônée. Cette
dernière impliquait en effet que soit mis en œuvre tous les moyens nécessaires à la
production des aliments couvrants nos besoins. L’État en réalité ne s’est intéressé
qu’à la production de riz. Les féculents ont été laissés aux bons soins de la dynamique
productive paysanne (J. S. Niemba, 2000 : p.133). Les cultures vivrières traditionnelles
n’ont pas fait l’objet d’une intervention massive des pouvoirs publics. L’État a mis en
place un plan manioc, un plan igname, mais en réalité, aucun d’eux n’a fait vraiment
l’objet d’une vulgarisation nationale pour provoquer un effet d’entrainement. L’igname,
la banane plantain et le manioc ont été marginalisés par la politique gouvernementale
d’autosuffisance alimentaire, qui n’est restée qu’un simple objectif politique sans pro-
gramme opérationnel concernant ces trois produits. Les changements institutionnels
aussi bien au niveau des structures d’encadrement que des tutelles ministérielles,
n’ont pas permis une continuité des stratégies et des actions au niveau des vivriers
et une valorisation des acquis de la recherche ;les nouvelles institutions tenant peu
compte des acquis et des faiblesses des anciennes. Ce manque de cohérence et
d’harmonisation de la politique étatique n’a pas permis une véritable promotion des
cultures vivrières.
En termes de financement, l’agriculture vivrière n’a que très peu bénéficié des
ressources financières destinées au développement agricole. La majeure partie de
ces ressources était en effet affectée au développement de l’agriculture d’exportation
22 © EDUCI 2018. Rev iv hist.2018; 31 : 7-28. ISSN 1817-5627
constituée du café et du cacao en général. Les autorités ivoiriennes misaient plutôt
sur une augmentation des cours du café et du cacao. Une bonne récolte aurait alors
permis de dégager des gains financiers énormes et cela aurait couvert les importations
de denrées alimentaires. Selon Jacob Souga Niemba en effet, 60% des ressources
financières destinées au développement agricole allées aux productions de rente.
L’agriculture vivrière n’a bénéficié que d’environ 7% en moyenne du total de ces fonds.
Une bonne partie de ces 7% était en plus affectée aux dépenses administratives
des organismes d’encadrement, voire des départements ministériels de tutelle (J. S.
Niemba, 2000 : p.322). L’auteur rappelle également que l’État a encouragé au même
moment les importations alimentaires, au détriment bien sûr des vivriers locaux. Ce
qui a constitué une véritable contradiction au niveau de la politique vivrière, car celle-ci
voulait développer le vivrier traditionnel. Le tableau n°5 nous donne quelques chiffres
sur la répartition des fonds destinés à l’agriculture de 1980 à 1984.
Tableau n°5 : Répartition des fonds agricoles entre cultures vivrières et cultures
d’exportation (en %)
Années 1980-1981 1981-1982 1982-1983 1983-1984
Cultures d’exportation 97,3 95,9 96 ,4 94,5
Cultures vivrières 2,8 4,1 3,6 4,5
Source : René KOUASSI, «La répartition des moyens d’incitation à la production
entre cultures d’exportation et des cultures vivrières en Côte d’Ivoire», in Afrique et
développement, vol. XVIII n°1, 1993, p.72.
Le financement agricole n’a pas favorisé les cultures vivrières. La majorité des
fonds étaient destinés à l’agriculture d’exportation. En 1980 par exemple, malgré
le fait que c’est l’année du début de la nouvelle politique vivrière, environ 97% du
financement agricole ont été alloués à l’agriculture d’exportation ; seulement 3%
environ à l’agriculture vivrière. En 1984, 37% des 4,5% destinés aux cultures vivrières
étaient consacrés à la culture de riz. Tous ces éléments montrent bien que l’État ne
s’est jamais tout à fait intéressé au développement du secteur vivrier traditionnel.
Les finances qui sont une des clés du développement ont fait défaut à l’agriculture
vivrière. Le Budget Spécial d’Investissement et d’Equipement (BSIE) destiné aux
cultures d’igname, de banane plantain et de manioc n’a en réalité couvert que les
besoins du manioc : et cela entre 1980 et 1986. Il a même été supprimé en 1986 (J.
S. Niemba, 2000 : p.230). Ce montant qui était de 410 millions en 1980 est passé à
159 millions en 1986 comme le montre le tableau n°6.
Tableau n°6 : Évolution du financement destiné à la culture du manioc de 1980
à 1986 (en millions de FCFA)
Années 1980 1981 1982 1983 1984 1985 1986
Financement 410 474 231 190 180 176 159
Source : Tableau établi à partir des chiffres extraits de : Jacob Souga NIEMBA,
Politique agricole vivrière en Afrique. Base du miracle économique en Côte d’Ivoire,
Paris, L’Harmattan, 2000, p.182.
Référence de cet article : KAMAGATE Abdoulazidjou, L’état et l’agriculture vivrière en Cote
d’Ivoire : le cas de l’igname, de la banane plantain et du manioc de 1980 à 1993 23
De 1980 à 1981, on constate une augmentation des fonds qui passent de 410
millions à 474 millions. En 1982 cependant, le financement est pratiquement réduit de
moitié et jusqu’en 1986 on assiste à une baisse constante. Selon cet auteur, l’igname
et la banane plantain n’ont pas bénéficié de financements directs. L’allocation des
crédits au niveau des productions agricoles était au total très inéquitable au détriment
du secteur vivrier. L’État n’a donc pas dégagé de moyens financiers conséquents
pour développer les cultures d’igname, de banane plantain et de manioc. Il a même
contribué au délaissement des produits de cette agriculture. Abibatou Diop-Boaré
mentionne en effet que la subvention du riz a eu des effets négatifs sur ces trois
productions. Le prix du riz qui était subventionné est resté à la portée de tous, tandis
que le prix de ces vivres grimpait compte tenu des difficultés de production et de
commercialisation (A. Diop-Boaré, 1994 : p.16). L’igname, la banane plantain et le
manioc sont donc devenus plus chers sur les marchés urbains, alors que ceux-ci sont
produits en Côte d’Ivoire ; leur commercialisation n’étant pas encadrée ni soutenue
par l’État. Cette augmentation des prix a conduit à une multiplication de la consom-
mation de riz. L’igname, la banane plantain et le manioc étaient donc devenus des
produits de consommation de luxe.
Le développement du secteur vivrier traditionnel en somme n’a jamais constitué
une priorité pour le gouvernement ivoirien. Les propositions sont restées à l’état de
projets. Aucun moyen financier conséquent n’a été dégagé pour appliquer les mesures
qui étaient préconisées. La situation alimentaire de la Côte d’Ivoire a été, il est vrai,
relativement équilibré. La production de ces trois denrées a cru malgré cette négligence
des autorités, et des potentialités de production existaient encore. Elles n’ont pas
été mises en valeur. Le secteur vivrier n’a bénéficié en majorité que des retombées
du développement économique et social de la Côte d’Ivoire, notamment à travers
la création et le bitumage des routes, qui font partie des leviers du développement.
L’agriculture vivrière est donc restée à un stade traditionnel. Les infrastructures de
stockage, de commercialisation et de distribution n’ont pas été mises en place au
même titre que les cultures d’exportation. Sur toute l’étendue du territoire, l’utilisation
de semences sélectionnées pour les cultures vivrières était timide. À l’exception de la
variété d’igname Florido, bien répandue, les semences améliorées de banane plantain
et de manioc n’ont pas fait l’objet d’une grande vulgarisation. L’utilisation d’engrais
et d’insecticides a également été réservée aux cultures d’exportation. Elle n’a profité
que de façon indirecte aux cultures vivrières (J. S. Niemba, 2000 : p.87). Les cultures
vivrières qui n’étaient pas en association avec les cultures de rente n’ont donc pas
bénéficié de ces intrants, notamment l’igname et le manioc.
Les pertes post-récoltes demeuraient en conséquence élever, les périodes de
pénurie existaient toujours en 1993 du fait de l’approvisionnement défectueux des
marchés et du caractère saisonnier de certains produits. La collecte primaire était
toujours difficile du fait de la dispersion de l’offre et de l’accès souvent difficile des
véhicules dans les localités ou sur les lieux de production. L’igname et la banane
plantain ont été les plus affectés par cette situation. Elle a entrainé une baisse des prix
payés aux producteurs en fonction de l’éloignement des centres de consommation
et des principaux axes routiers. Il convient également de noter que les productions
d’igname, de banane plantain et de manioc ont été retardées par les maladies dues
24 © EDUCI 2018. Rev iv hist.2018; 31 : 7-28. ISSN 1817-5627
aux insectes ravageurs. Les rongeurs ont également contribué à cet état de fait. Ces
maladies ont affecté la qualité commerciale des produits. Elles ont aussi réduit et
retardé la germination des semenceaux. L’État n’a également pas trouvé des solutions
importantes à la conservation post-récolte des productions en vue de la commercia-
lisation. Il est à noter que les produits portant une blessure étaient toujours les plus
vulnérables. Ils étaient les premiers à pourrir. Toutes ces difficultés qui subsistaient
n’ont pas permis le développement d’une agriculture vivrière commerciale considé-
rable. Les paysans ont donc été guidés par leurs consommations personnelles. La
production marchande n’a pas fait l’objet d’un grand développement. La modernité
n’a pas au total atteint les productions d’igname, de banane plantain et de manioc.
CONCLUSION
Au terme de cette étude, il importe de retenir que de 1980 à 1993, les actions
menées par l’État dans le cadre de la relance de l’agriculture vivrière ont plus ou
moins impacté le développement de ce secteur. En effet, l’État, à travers les orga-
nismes successifs mis en place, a soulagé les producteurs dans leurs efforts de
ravitaillement des centres urbains. La plus grande réussite de l’action Étatique fut le
développement du réseau routier. Plusieurs voies ont été bitumées et de nouvelles
pistes ont été créées de 1980 à 1993. Cela a permis aux producteurs de vivriers
d’écouler leurs surplus de productions vers les villes. Des projets ont été développés
dans le cadre de la collecte de produits tels que la banane plantain, mais également
dans la production de contre saison afin de réduire les pénuries sur les marchés de
consommation. Au niveau industriel, l’État a soutenu la transformation industrielle
des produits vivriers, notamment l’igname et le manioc, afin de minimiser les pertes
post-récoltes et garantir ainsi des revenus conséquents aux producteurs.
Cependant, en termes de financement réel, l’agriculture vivrière et notamment
l’igname, la banane plantain et le manioc ont été relégués au second plan. La majeur
partie des fonds destinés au développement agricole était orienté vers les cultures
d’exportation à savoir le cacao et le café, et vers la production rizicole. Cette faiblesse
du financement n’a pas permis un développement harmonieux du secteur. Aussi, le
manque de coordination et de cohérence de la politique Étatique n’a pas favorisé une
véritable promotion des cultures vivrières ; chaque nouvelle structure abandonnant
les acquis de l’autre. La subvention de certaines importations alimentaires par l’État,
en particulier les importations de riz blanc, a contribué à la marginalisation de pro-
duits tels que l’igname, la banane plantain et le manioc. Les prix de ces différentes
productions devenaient de plus en plus élevés vis-à-vis du riz importé.
Au total, l’État a favorisé le développement de l’agriculture vivrière à travers
certaines actions de développement. Mais force est de constater que 1980 à 1993,
le financement agricole n’a pas réellement bénéficié aux productions d’igname, de
banane plantain et de manioc. Ce qui n’a pas réellement favorisé leur développement.
Référence de cet article : KAMAGATE Abdoulazidjou, L’état et l’agriculture vivrière en Cote
d’Ivoire : le cas de l’igname, de la banane plantain et du manioc de 1980 à 1993 25
SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE
Sources imprimées
DE LEENER Philippe, TREUTENS Michel, Avril 1987, Identification de projets de conserva-
tion ou de transformation de manioc et de banane plantain en Côte d’Ivoire, Rapport final,
Bruxelles, Administration générale de la coopération au développement, 118p.
DOUMBIA Sékou, 1990, Développement du système post-récolte de l’igname et de la banane
plantain. Analyse des contraintes post-récolte et des circuits de commercialisation de
l’igname et de la banane plantain, Bouaké, Institut des savanes, 57p.
KOUADIO Tano, CHATAIGNER Jean, 1979, L’Économie de la banane plantain en Côte d’Ivoire,
Montpellier, Institut national de la recherche agronomique, 70p.
MADAULE Stéphane, Août 1992, Bilan et perspectives de la politique vivrière en Afrique de
l’Ouest : le cas de la Côte d’Ivoire, Paris, Caisse Centrale de Coopération Économique, 39p.
ORGANISATION DES NATIONS UNIES POUR L’ALIMENTATION ET L’AGRICULTURE (FAO),
1979, Projections relatives aux produits agricoles 1975-1985, Rome, 144p.
PDCI-RDA, 1982, Le livre vert de l’autosuffisance alimentaire, Abidjan, Fraternité Hebdo
Éditions, 104p.
RÉPUBLIQUE DE CÔTE D’IVOIRE, COMPAGNIE IVOIRIENNE POUR LE DÉVELOPPEMENT
DES TEXTILES, Mai 1987, Étude de la filière igname, Paris, SCET-AGRI, 209p.
RÉPUBLIQUE DE CÔTE D’IVOIRE, MINISTÈRE DE L’AGRICULTURE ET DES EAUX ET
FORÊTS, GROUPE DE MISSION D’ÉTUDE EN CÔTE D’IVOIRE, Avril 1987, Les cultures
vivrières, n.p.
RÉPUBLIQUE DE CÔTE D’IVOIRE, MINISTÈRE DE L’AGRICULTURE ET DES EAUX ET
FORÊTS, Mai 1990, Développement de l’agriculture ivoirienne de 1985 à 1990. Bilan et
perspectives, Abidjan, 98p.
RÉPUBLIQUE DE CÔTE D’IVOIRE, MINISTÈRE DE L’AGRICULTURE ET DES RESSOURCES
ANIMALES, Annuaire des statistiques agricoles 1979-1994.
RÉPUBLIQUE DE CÔTE D’IVOIRE, MINISTÈRE DE L’AGRICULTURE ET DES RESSOURCES
ANIMALES, 1998, Plan directeur du développement agricole (1992-2015). Actualisation
du volet vivrier, Rapport final, Abidjan, BNETD, 173p.
RÉPUBLIQUE DE CÔTE D’IVOIRE, MINISTÈRE DE L’AGRICULTURE ET DES EAUX ET
FORÊTS, Annuaire rétrospectif des statistiques agricoles et forestières 1900-1983, Tome
III : les produits vivriers et les produits forestiers bruts et transformés, Abidjan, s.d., 257p.
RÉPUBLIQUE DE CÔTE D’IVOIRE, MINISTÈRE DE L’ÉCONOMIE, DES FINANCES ET DU
PLAN, La Côte d’Ivoire en chiffre. Edition 1980-1981, Paris, Société Africaine d’Edition,
s.d., 324p.
RÉPUBLIQUE DE CÔTE D’IVOIRE, MINISTÈRE DE L’ÉCONOMIE ET DES FINANCES,
1988, La Côte d’Ivoire en chiffre. Edition 1986-1987, Abidjan, Inter-Afrique presse, 220p.
RÉPUBLIQUE DE CÔTE D’IVOIRE, MINISTÈRE DU PLAN, 1983, Plan quinquennal de
développement économique, social et culturel 1981-1985, tome 1, Abidjan, CEDA, 250p.
+ tome 2, volume 1, 580p.
26 © EDUCI 2018. Rev iv hist.2018; 31 : 7-28. ISSN 1817-5627
BIBLIOGRAPHIE
1-Ouvrages Généraux
CHALÉARD Jean Louis, 1996, Temps des villes, temps des vivres. L’essor du vivrier marchand
en Côte d’Ivoire, Paris, Karthala, 661p.
DIOP-BOARÉ Abibatou, 1994, Impact des interventions publiques sur l’agriculture et la crois-
sance économique de la Côte d’Ivoire, Abidjan, CIRES-CAPEC, 64p.
DJOGO Amadjé, 1994, Analyse rétrospective de la politique de financement de l’agriculture
ivoirienne, Abidjan, CIRES-CAPEC, 39p.
DUBRESSON Alain ; CHALÉARD Jean Louis, 1989, Un pied dedans, un pied dehors : à propos
du rural et de l’urbain en Côte d’Ivoire, Paris, ORSTOM Éditions, n.p.
EPONOU Thomas, Mai 1981, Consommations alimentaires, disponibilités en vivriers et pro-
blème du sous-secteur des vivriers en Côte d’Ivoire, Abidjan, Université nationale de Côte
d’Ivoire, 65p.
ICHOLA BIO SAWE, L’autosuffisance alimentaire ou la politique ivoirienne des cultures vivrières,
s.l., s.d., 19p.
NDABALISHYE Ildefonse, 1995, Agriculture vivrière Ouest-africaine à travers le cas de la Côte
d’Ivoire, Bouaké, Institut des savanes, 383p.
NIEMBA Souga Jacob, 2000, Politique agricole vivrière en Afrique. Base du miracle économique
en Côte d’Ivoire, Paris, L’Harmattan, 443p.
OSSWALD Philippe, 1995, Économie des racines et tubercules. Analyse dans les pays d’Afrique
de l’Ouest et du Centre, Paris, Solagral-Réseau stratégies alimentaire, 66p.
RÉPUBLIQUE DE CÔTE D’IVOIRE, MINISTÈRE D’ÉTAT, MINISTÈRE DE L’AGRICULTURE
ET DES RESSOURCES ANIMALES, 1999, L’agriculture ivoirienne à l’aube du XXIe siècle,
Abidjan, Dialogue production, 312p.
RÉPUBLIQUE DE CÔTE D’IVOIRE, MINISTÈRE DE L’ÉCONOMIE ET DES FINANCES, Avril
1997, La Côte d’Ivoire en chiffre. Edition 1996-1997, Abidjan, Dialogue production, 232p.
SAWADOGO Abdoulaye, 1987, Un plan Marshall pour l’Afrique ? Paris, L’Harmattan, 119p.
ZEGER Jespers, Décembre 1995, Système de commercialisation des produits vivriers en
Côte d’Ivoire. Etude pour l’igname, le manioc et la banane plantain, Bouaké, Institut des
savanes, 404p.
ZEGER Jespers, Décembre 1995, Système de commercialisation des produits vivriers en
Côte d’Ivoire. Étude pour l’igname, le manioc et la banane plantain, Bouaké, Institut des
savanes, 404p.
2-Articles de revues et périodiques
CHALÉARD Jean-Louis, «Croissance urbaine et production vivrière», in Afrique Contemporaine
n°185, Janvier-Mars 1998, pp. 3-18.
CHALÉARD Jean-Louis, «Fronts pionniers et ravitaillement des villes en Côte d’Ivoire «, in
Actes du colloque «Comment nourrir le monde», Paris, SOLAGRAL, Juin 1990, 14p.
HIRSCH Robert, «Ajustement structurel et politique alimentaire en Afrique subsaharienne «,
in Politique africaine, n°37, Mars 1990, pp. 17-31.
KOUADIO Tano, «La banane plantain dans le Centre-Ouest de la Côte d’Ivoire. Étude des
systèmes de production et de commercialisation», in Fruits, volume 34, n°7-8, 1979, pp. 447-
478.
Référence de cet article : KAMAGATE Abdoulazidjou, L’état et l’agriculture vivrière en Cote
d’Ivoire : le cas de l’igname, de la banane plantain et du manioc de 1980 à 1993 27
KOUASSI René, «La répartition des moyens d’incitation à la production entre cultures d’expor-
tation et des cultures vivrières en Côte d’Ivoire», in Afrique et développement, vol. XVIII
n°1, 1993, pp. 67-85.
SAWADOGO Abdoulaye, «Tradition et développement en agriculture : le cas ivoirien.», in
Annales de l’Université d’Abidjan, Série G. Géographie, tome X, 1981, pp. 122-124.
ZOUNGRANA Placide, «L’émergence du surplus dans le sous- secteur vivrier et son
affectation : le cas de l’agriculture ivoirienne.», in Économie Rurale, n°216, Juillet-Aout
1993, pp. 45-51.
28 © EDUCI 2018. Rev iv hist.2018; 31 : 7-28. ISSN 1817-5627