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Origine et culture du quinoa

Le quinoa (Chenopodium quinoa) est une pseudocéréale cultivée depuis plus de 5 000 ans dans les Andes, reconnue pour ses qualités nutritionnelles. Bien que traditionnellement ignoré par les conquistadors espagnols, il a gagné en popularité depuis les années 1970, entraînant une hausse significative des prix pour les producteurs boliviens et une amélioration de leur niveau de vie. Aujourd'hui, le quinoa est cultivé dans plus de 125 pays, avec une majorité de la production provenant de petits agriculteurs en Amérique du Sud.

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Origine et culture du quinoa

Le quinoa (Chenopodium quinoa) est une pseudocéréale cultivée depuis plus de 5 000 ans dans les Andes, reconnue pour ses qualités nutritionnelles. Bien que traditionnellement ignoré par les conquistadors espagnols, il a gagné en popularité depuis les années 1970, entraînant une hausse significative des prix pour les producteurs boliviens et une amélioration de leur niveau de vie. Aujourd'hui, le quinoa est cultivé dans plus de 125 pays, avec une majorité de la production provenant de petits agriculteurs en Amérique du Sud.

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Quinoa

Chenopodium quinoa

Le quinoa (Chenopodium quinoa) est une espèce de plantes


herbacées annuelles de la famille des Amaranthaceae (selon la Chenopodium quinoa
classification phylogénétique) ou de celle des Chenopodiaceae (dans
la classification de Cronquist). C'est une pseudocéréale, plutôt
qu'une véritable céréale, car ce n'est pas une graminée. Le quinoa
est de la même famille botanique que la betterave, l'épinard et
l'amarante.

Cette plante traditionnelle est cultivée depuis plus de 5 000 ans sur
les hauts plateaux andins d'Amérique du Sud. Comme le haricot, la
pomme de terre et le maïs, le quinoa était à la base de l'alimentation
des civilisations précolombiennes, mais, contrairement à ces
derniers, il n'a pas retenu l'attention des conquérants espagnols à
cause de la teneur en saponine de l'enveloppe de ses graines qui les
rend amères, et du fait que la farine qui en est tirée n'est pas
panifiable en raison de l'absence de gluten.

Dans les années 1970, la découverte des qualités nutritionnelles


1
exceptionnelles de la graine de quinoa dans les pays industrialisés
impulse sa vente dans les magasins de produits diététiques issus de
l'agriculture biologique et du commerce équitable puis dans les
grandes surfaces. Une forte croissance de la demande entraîna la
multiplication par quatre des prix au producteur bolivien entre Un plant de quinoa en graines
2000 et 2010. L'essor de la culture du quinoa qui s’ensuivit conduit Classification de Cronquist (1981)
à une amélioration importante du niveau de vie des populations de
l’Altiplano. En 2013, l'année internationale du quinoa, dont le Règne Plantae
secrétariat a été assuré par la FAO, a contribué à la reconnaissance Sous-embr. Tracheobionta
1
mondiale du quinoa .
Division Magnoliophyta
Aujourd'hui l'expansion de la culture de quinoa sur tous les
Classe Magnoliopsida
continents est telle que plus de 125 pays le cultivent, mais la quasi-
totalité du quinoa est produite par les petits producteurs du Pérou, Sous-classe Caryophyllidae
de la Bolivie et de l’Équateur et maintenant par les agriculteurs Ordre Caryophyllales
2
d’Amérique du Nord .
Famille Chenopodiaceae
Genre Chenopodium
Étymologie et nomenclature
Espèce
L’espèce Chenopodium quinoa a été décrite la première fois par Carl Chenopodium quinoa
3
Ludwig Willdenow (1765-1812), un botaniste allemand qui étudia Willd., 1798
de nombreuses plantes d'Amérique du Sud, rapportées par les
Classification APG III (2009)
explorateurs Alexander von Humboldt et Aimé Bonpland.
Ordre Caryophyllales
Le nom de genre Chenopodium est composé de deux mots grecs,
χήν, génitif χηνός, khên, khênos « oie » et πόδιον, podion « petit Famille Amaranthaceae
pied », soit « patte d’oie », en raison de la ressemblance des feuilles
4
avec la trace d'une patte d'oie . C'est la traduction du latin pes anserinus, « patte d'oie », utilisé par les botanistes
pré-linnéens.

L’épithète spécifique quinoa est un emprunt à l’espagnol quinua ou quinoa, lui-même dérivé du quechua kinwa.
n1
Apparu en français en 1816 , le terme quinoa a la même origine que l’épithète spécifique de la botanique et suit les
règles d’adaptations phonologiques et grammaticales des emprunts lexicaux: kinwa (quechua) → quinua (esp.) →
5
quinoa (fr). Le mot s’est diffusé en français, par la diététique, dans la seconde moitié du ��e siècle .
n2 6
L'usage du masculin s'est imposé dès le début du ���e siècle bien que le mot soit féminin en espagnol , puisque les
noms terminés en a sont de genre féminin. Mais cette règle, qui n’est pas valable en français, n’a aucune raison de
s’appliquer à un mot qui est rentré dans le lexique français au masculin depuis deux siècles (voir emprunts lexicaux).

De surcroît, le quechua n’a pas de genre grammatical. Le quechua est une langue agglutinante, dans laquelle le nom
est constitué d'une base à laquelle peuvent venir s’ajouter, une série de suffixes possessifs, la marque de pluriel -
7
kuna, puis en dernier les marques casuelles. Il n’y a pas d’article . Les Incas surnommaient le quinoa chisiya mama,
8
qui signifie en quechua « mère de tous les grains » .

Botanique

Description
Chenopodium quinoa est une plante annuelle, de un à deux mètres de haut, voire plus. La tige centrale est
cylindrique au collet et devient plus anguleuse plus haut. Elle peut être unique ou bien présenter de nombreuses
ramifications, avec un diamètre allant de un à huit centimètres et une hauteur de 0,5 à 3 m, selon les variétés et les
9
conditions de culture comme la densité d’ensemencement ou la fertilisation . Sa couleur est aussi très variable :
uniformément verte, verte avec des stries violettes ou rouges, ou bien uniformément rouge.

Les feuilles alternes se composent d’un pétiole long et fin et d’un limbe variable suivant la position sur la tige ; les
feuilles du bas sont grandes jusqu’à 15 cm sur 12 cm, et de forme rhomboïdale ou triangulaire, celles du haut sont
petites, d’environ 10 mm sur 2 mm, lancéolées ou triangulaires. La marge est plus ou moins ondulée : quelques lobes
(pour la race du Sud du Pérou et de la Bolivie), de 3 à 12 lobes (Centre du Pérou), crénelée (Nord du Pérou et
Équateur).

La couleur des feuilles varie en fonction des génotypes, elles sont généralement vertes lorsqu’elles sont jeunes puis
elles virent au jaune, rouge ou violet. Ces couleurs sont le résultat de la présence de pigments végétaux appelés
9
bétalaïnes qui sont de deux types : bétacyanines (rouge-violet) et bétaxanthines (jaune) .

L’inflorescence est une panicule typique, c’est-à-dire une grappe de grappes, portant
des glomérules (de courtes ramifications portant une juxtaposition de fleurs sessiles
donnant un aspect globuleux). La longueur de la panicule est variable (de 30 à
80 cm), le nombre de glomérules par panicules varie de 80 à 120. On peut trouver
9
de grandes panicules qui produisent jusqu’à 500 g de graines par inflorescence .

La fleur peut être hermaphrodite ou unisexuée femelle. La première est constituée


d’un périgone sépaloïde (à 5 tépales), d’un pistil avec un ovaire ellipsoïde et 2 à 3 Fleur de quinoa, section
stigmates et 5 étamines. La fleur femelle se compose seulement d’un périgone et
d’un gynécée. La pollinisation est essentiellement autogame, seulement 10 % en
allogamie.

Le fruit est un akène, comportant trois couches : périgone, péricarpe et épisperme. Le périgone peut être vert, rouge
ou pourpre. Le périgone se détache en général facilement à maturation, par lavage ou par frottement à l’état sec. Le
péricarpe du fruit, lui aussi de couleur variable (translucide, blanc sale, jaune, rose, rouge etc.), adhère à la graine et
est éliminé par décorticage abrasif avant la consommation. L’épisperme entoure la graine en formant une membrane
très mince. L’embryon, constitué de deux cotylédons et de la radicule, est à la périphérie de la graine. La graine est
très petite, environ 2 mm.
Quinoa, Inflorescence Fleur avant Graines entières
feuilles l’anthèse
triangulaires, (sans ses sépales);
lobées 5 grandes anthères
jaunes bilobées, au
centre : l’ovaire

Distribution et habitats
Le centre d’origine du Chenopodium quinoa est situé autour du lac Titicaca, à 3 800 m
9
d’altitude, dans les Andes péruviennes et boliviennes , du fait de la très riche
variabilité des quinoas qu’on y rencontre encore. La datation précise de la
2
domestication est difficile mais elle a dû avoir lieu il y a environ 6 000 à 7 000 ans .

Le quinoa est cultivé en Amérique du Sud, plus spécialement dans la zone des Andes,
de la latitude de 4° N en Colombie jusqu’à 40° S au Chili, à partir du niveau de la mer
10
jusqu’à une altitude de 4 000 mètres . Les essais de culture hors de cette zone andine
sont nombreux en Amérique du Nord, en Europe et dans de nombreux autres pays. La
1
production de l'Amérique du Nord pourrait avoir dépassé celle de l'Équateur .

Variétés Distribution de la culture


traditionnelle du quinoa en
Amérique du Sud
La grande variabilité morphologique rend toute classification difficile. Une
classification de 1968 rapporte 17 variétés différentes identifiées à partir d’échantillons
11
de quinoa collectés en Équateur, au Pérou et en Bolivie . Elle distingue deux catégories déterminées par le type
d’inflorescence :

▪ inflorescence glomériforme, formée de petits groupes de fleurs issus d’axes tertiaires du rachis. Variétés :
Cajamarca, Copacabana, Cuzco, Challapata, Cochabamba, Sicuani, Junín, Ancash, Glorieta, Dulce
▪ inflorescence amaranthiforme, formée de glomérules provenant d’axes secondaires. Variétés : Achacachi,
Puno, Real, Potosi, Puca, Sucre et Pichincha)
En alimentation, les classifications distinguent aussi deux grandes familles de quinoa, selon un caractère gustatif de
la graine : le quinoa amer (« quinua amarga ») et le quinoa doux (« dulce »). La première, traditionnellement cultivée
dans les Andes depuis plus de 5 000 ans nécessite le lavage et la scarification des grains à cause de la teneur en
saponine de l'enveloppe (amère et présentant un certain taux de toxicité). Mais pour l’agriculteur, elle a l’avantage de
repousser les attaques d’insectes et d’oiseaux et d’éviter les traitements phytosanitaires. Il s'agit de la variété
majoritairement exportée en Occident par le biais du commerce équitable.
12
La « dulce », issue de sélections variétales plus récentes, contient peu ou pas de saponine . La teneur en saponines
peut être de 12 à 50 fois inférieure à la normale : les douces ayant 0,2 à 0,4 g/kg de sapogénines contre 4,7 à 11,3 g/kg
13
pour les amères .

Selon les adaptations développées aux différents écosystèmes dans lesquels l’espèce pousse, environ 3 000 variétés
14, 9, 2
de quinoa, sauvages ou cultivées (cultivars), ont pu être regroupées en cinq catégories ou écotypes :

1. quinoa des zones situées au niveau de la mer. Il provient du centre et du sud du Chili, autour de 30°S de latitude,
en particulier dans la région de Concepción et de Valdivia. Leur limite altitudinale se situe autour de 1 500 m
comme dans les jardins des femmes mapuches. La plante fait de 1 à 1,4 m de hauteur, majoritairement non
ramifiée. Elle produit de petites graines plates, jaunes, translucides et riches en saponines, amères.
2. quinoa des vallées arides (comme Junín, Pérou) et des vallées humides (comme Cajamarca, Pérou) provenant
vallées inter-andines situées entre 2 500 et 3 600 mètres d’altitude, vallées du Sud de la Colombie, de
l’Équateur, du Pérou et de la Bolivie. Les plantes sont hautes, certaines atteignant jusqu’à 3,5 mètres, sont
adaptées à des températures comprises en 10 et 18 °C et ne résistent pas au gel. La plupart sont ramifiées et
produisent des grains de petite taille, contenant peu de saponines.
3. quinoa des zones subtropicales provenant des vallées inter-andines de la Bolivie,
dans la région des Yungas, à des altitudes comprises entre 1 500 et 2 000 mètres.
Leur adaptation au climat subtropical leur permet de supporter des niveaux plus
élevés de précipitation et de chaleur. Les plantes sont de couleur intense et leur
tige à la particularité de prendre une coloration orangée à l’état mature. Les graines
sont petites, blanches ou orange.
4. quinoa des « Salares » provenant des environs de vastes déserts de sel du sud de
l’altiplano bolivien (comme près du Salar d'Uyuni), de la puna du nord du Chili
(frontière avec la Bolivie) et du nord-est de l’Argentine, situés à près de
3 000 mètres d’altitude. Dans ces déserts d’altitude règnent des conditions
xérophytiques extrêmes avec souvent moins de 200 mm de précipitations
annuelles, parfois jusqu’à 250 jours de gel dans l’année et des températures
hivernales qui descendent en dessous de −20 °C. Le quinoa est la seule plante Modèle de dynamique
cultivée qui résiste aux conditions pédoclimatiques des salars. Le quinoa peut évolutive des 5 écotypes des
résister à des conditions extrêmes : des températures de −8 °C, des sols alcalins variétés de quinoa cultivé (de
jusqu’à un pH de 8 et une haute salinité. La culture se fait en jachère biannuelle en 2
D. Bazile )
cours de laquelle le terrain emmagasine de l’eau en profondeur qui servira à la
15
croissance du quinoa planté l’année suivante . Les graines sont grosses avec une
haute teneur en saponines. Après préparation pour enlever la saponine de la
couche externe du grain, ces quinoas sont vendus en France sous le nom de
n3
Quinoa Real .
5. quinoa des hauts plateaux provenant des régions montagneuses autour du Lac
Titicaca, à 3 800 m d’altitude, où les conditions de culture sont variables, avec de
faibles précipitations (400 à 800 mm par an et des conditions de température Profil de la Bolivie montrant
favorables (6 à 17 °C). Les plantes sont de petite taille (entre 0,5 et 1,5 mètre de l'Altiplano, les vallées
hauteur) et donnent des grains blancs. d'altitude et les plaines
Le quinoa est une espèce d’une grande variabilité génétique qui a été capable de tropicales
développer des adaptations morphologiques et physiologiques particulières à cinq
types d’écosystèmes extrêmement différents, résultat d’une gestion active des
2
agriculteurs autochtones andins . Cette grande biodiversité cultivée est majoritairement préservée in situ par les
paysans andins dans leurs champs.

Histoire de la domestication
16
Le quinoa fait partie d’un complexe de Chenopodium tétraploïdes dont les relations sont encore incertaines . Ses
progéniteurs probables sont Chenopodium hircinium, un tétraploïde de plaine ou un autre tétraploïde éteint des
17
Andes .

Des études archéologiques expliquent comment les espèces sauvages de Chenopodium étaient consommées par les
chasseurs et les cueilleurs à l'époque archaïque (8000-3000 av.J.-C.) au Pérou, en Argentine et au Chili. Ces
populations ont vraisemblablement conduit la domestication du quinoa.
17
Il a été domestiqué il y a 6 000 à 7 000 ans , dans la région andine aux alentours du lac Titicaca, à 3 800 m
d’altitude, région située à cheval sur le Pérou et la Bolivie où il est accompagné par l’adventice appelée localement
ajara, Chenopodium quinoa subsp. milleanum (Aellen) Aellen (1943).

Des restes archéologiques de quinoa ont été trouvés à Ayacucho au Pérou et datés de 5 000 ans av. J.-C. selon les
premières analyses, mais des analyses postérieures ont donné des dates plus tardives [Lesquelles ?]. Dans un contexte
funéraire, les graines trouvées à Chinchorro au Chili, ont été datées de 3000 av. J.-C. et enfin des traces ont été
17, 18
découvertes en Bolivie datant de 750 av. J.-C. . Des graines ont également été retrouvées en quantité abondante
9
dans des sépultures indigènes à Tiltil et Quillaga au Chili .

Bien que de nombreuses lacunes restent à combler afin de déterminer quand et où le quinoa a été domestiqué, les
données disponibles suggèrent que la domestication s'est produite dans le centre-sud des Andes avant 3000 av. J.-C.
En effet, des graines domestiquées ont été trouvées dans ces pays datant de cette période, et la datation directe au
17
radiocarbone place le quinoa archéologique vers 2000 av. J.-C. dans les Andes du centre du Chili .

Le processus de domestication a abouti à une augmentation notable de la taille de la tige, de celle de l’inflorescence et
des graines, à un positionnement de l’inflorescence en bout de tige, à la perte des mécanismes de dispersion des
19
graines à maturité et à des niveaux variés de pigmentations . Ce processus global s'est différencié localement en cinq
écotypes.

Histoire de la culture
Depuis plusieurs millénaires, le quinoa est cultivé dans la cordillère des Andes malgré des conditions climatiques très
difficiles. Il constituait, avec la pomme de terre et la maïs, une part importante de l’alimentation des communautés
andines. À la suite de la colonisation espagnole des Andes, le quinoa fut rejeté et méprisé comme « nourriture
indienne » et tout le savoir accumulé sur sa culture et sa consommation par des populations autochtones andines
faillit être perdu. Ce n’est qu’à partir des années 1970, que les consommateurs du Nord se sont intéressés au quinoa
et que les communautés andines (particulièrement de Bolivie) ont su profiter de cette demande pour se lancer dans
une culture d’exportation. À la même époque, des essais de cultures à grande échelle sont faits en Amérique du Nord
et en Europe suivant les modèles de culture conventionnels ayant recours aux engrais chimiques et aux pesticides. La
FAO encourage aussi la conquête de nouveaux milieux arides pour la culture du quinoa au Moyen-Orient, en Afrique
et en Asie. Le nombre de pays cultivant du quinoa est passé de 6 à 13, tandis que 23 autres pays sont en train
d'expérimenter activement avant de lancer la production au champ dans un proche avenir (State of the art report on
1
quinoa around the world in 2013 , 2015).

La conquête mondiale du quinoa va-t-elle suivre l’exemple de la pomme de terre, il y a 200 ans ?

La culture vivrière indigène


Le quinoa était cultivé aux abords du lac Titicaca et dans toute la zone andine. Pendant
la période pré-Inca et Inca, il a été établi qu’il était largement cultivé de Bogota en
Colombie (5° N) vers le Sud à travers le Pérou et la Bolivie jusqu’à l’île de Chiloé au
Chili (42°S) et au Sud-Est de Córdoba en Argentine, du niveau de la mer jusqu’à des
altitudes d’environ 3 800 mètres.

Le quinoa semble avoir joué un rôle très important dans les civilisations des Andes, en
particulier dans les zones d’altitude où il prenait le relais du maïs. Il représentait un Gerbes de quinoa mises à
aliment important (avec la pomme de terre et d’autres tubercules) pour les populations sécher, près du lac Titicaca
de l'Altiplanao non incas qui en consommaient à la fois les feuilles et les graines. Par
contre, les populations incas mangeaient des pommes de terre et faisaient de la bière
de maïs et s’ils cultivaient un peu le quinoa, on ne peut le considérer comme le « blé
15
des Incas ». Cette formule est selon Richard Joffre (cnrs), un mauvais slogan
publicitaire, car il n'a pas été l'aliment de base des Incas.

Les communautés du monde andin préhispanique vivaient dans un univers beaucoup


plus ouvert et plus vaste qu’on ne l’avait d’abord pensé. Leur économie fonctionnait
selon un modèle appelé d’« archipels verticaux », de façon à assurer le contrôle vertical Récolte en Équateur

d’un maximum d’étages écologiques et d’assurer une diversification de leurs cultures et


20
de leur alimentation . Tandis que sur l’Altiplano autour du lac Titicaca, l’ethnie Lupaca (de langue aymara), forte de
quelque 100 000 habitats au ���e siècle, cultivait le quinoa et divers tubercules andins (pommes de terre, oca et
ulluco), les seuls à pousser à cette altitude, les colonies de la côte du Pacifique, à 10-12 jours de marche, fournissaient
21
maïs et piments alors que celles de l’est, à deux jours de marche, fournissaient la coca et le miel . Cette organisation
verticale du terroir se vérifie en d’autres endroits. Ainsi, les habitants de l’Altiplano sud produisaient principalement
de la pomme de terre et/ou du quinoa. Des caravanes de lamas partaient échanger des produits, vers l’ouest sur la
côte de l’actuel Chili ou vers l’est dans les vallées inter-andines boliviennes. Ils ramenaient des fruits, du maïs, de la
22
coca et plus récemment des farines et du sucre .

Sa culture constituait une agriculture vivrière, tournée vers l'autoconsommation, essentielle pour les peuples
9
Quechua (Pérou) et Aymara (Bolivie) des régions rurales . Une pratique courante est de cultiver le quinoa en rotation
avec la pomme de terre, une autre plante originaire des Andes.

La culture d’exportation à partir des années 1970


En 1989, Rebecca Wood publie l'ouvrage Quinoa, the Supergrain, qui souleva l’enthousiasme des personnes en quête
d’une alimentation plus saine et plus spécifiquement l’enthousiasme des personnes allergiques au gluten puisque
cette céréale, de même que l’amarante à grains, en est totalement dépourvue. La demande augmenta
conséquemment en Amérique du Nord et en Europe. Au Pérou et en Bolivie, on
commença à réaliser le potentiel nutritionnel et agronomique de cette culture, et on
développa une culture destinée à l’exportation dans le monde entier. Les principaux
domaines de production se développèrent de la Colombie, au sud du Chili, en passant
par les hautes terres de l’Équateur et sur l’Altiplano en Bolivie et au Pérou, où cette
culture n’a cessé de prendre de l’importance.

Entre 2000 et 2010, en Bolivie, le prix au producteur de quinoa a été multiplié par
23
quatre . De nombreuses familles paysannes parties travailler ailleurs revinrent vers
les zones de production. Le boom du quinoa qui s’ensuivit a conduit à une amélioration
importante des conditions de vie des populations locales qui purent envoyer leurs
enfants au collège et à l’université, avoir accès aux soins médicaux et à l’amélioration
de l’habitat. Ce résultat tient à une caractéristique particulière de l’insertion de cette Champ de quinoa à Cusco
culture traditionnelle dans le circuit mondial : elle a été impulsée par les communautés (Pérou)
locales et non par des multinationales. Ce qui n’est pas le cas par exemple de l’huile de
palme, dont la culture industrielle est impulsée par les groupes pétroliers pour faire du
15
biocarburant ou les groupes agro-alimentaires pour faire du Nutella .

Réputé pour sa capacité de résistance face à des conditions climatiques extrêmes


(sécheresse, gel), le quinoa est cultivé depuis le niveau de la mer au Chili jusqu’à près
de 4 000 m d’altitude sur l’Altiplano boliviano-péruvien où les sols sont pauvres et les
conditions climatiques sont particulièrement rudes. Il est capable de s’adapter à des
sécheresses fréquentes, au gel, à la grêle, aux vents violents, à la forte radiation solaire Labourage d’un champ en
9 préparation d’un semis de
due à l’altitude, au sel mais aussi à différentes maladies, parasites et ravageurs . La
quinoa. Cette pratique peut
culture du quinoa dans ce milieu extrême ne demande ni d'herbicides (les mauvaises
conduire à une dégradation
herbes ne poussent pas) ni d'insecticides ou de fongicides pour peu que des variétés du sol, comme le montre la
n4
amères contenant de la saponine soient utilisées . maigre performance de la
culture à gauche (Chacala,
Les communautés agraires andines cultivent toujours le quinoa selon des pratiques Uyuni)
agroécologiques dites « traditionnelles » avec un minimum d’impacts
2
environnemental et sanitaire . Aussi est-il reconnu par les consommateurs sur les
marchés mondiaux comme un produit sain.

Culture hors de la zone andine


Le médecin et botaniste Joseph Dombey, appointé en 1775 par le ministre Turgot (de
Louis XVI) pour botaniser au Pérou, expédia des semence de quinoa en France en 1778.
Mais les graines semées ne réussirent pas. Un demi-siècle plus tard, la semence de Vente de quinoa real,
quinoa fut aussi introduite en Angleterre (en 1822) et a mûri ses graines dans les Altiplano sud
24
jardins de Kew . M. Loudon consacra un long article de présentation dans le
Gardener’s magazine de décembre 1834. En France, M. Vilmorin lui consacra une note importante sur sa
19
naturalisation dans Le Bon jardinier de 1839 . D’autres tentatives d’essais du quinoa eurent lieu au milieu du
���e siècle en Allemagne et au Kenya.

Il faut attendre les années 1970, pour voir une expérience de culture pionnière menée à large échelle au Colorado
25
(aux États-Unis), et être graduellement étendue à d’autres États . Au Canada, le quinoa est cultivé sur les basses
terres du Saskatchewan et de l'Ontario. Cependant, si ces évolutions semblent significatives à première vue, elles sont
négligeables au regard des volumes effectivement vendus aux États-Unis et qui restent toujours dépendants des
importations d'Amérique du Sud.

La culture du quinoa a été essayée en Europe en 1978 en utilisant du matériel génétique chilien, provenant de
l’écotype du niveau de la mer. Deux chercheurs, Juan Risi et Nick Galwey ont principalement orienté le travail de
création variétal pour les latitudes européennes. En Angleterre, le quinoa est resté essentiellement cantonné à une
plante de couverture. À partir de Cambridge, la culture du quinoa fut étendue au Danemark, aux Pays-Bas et d’autres
pays d’Europe. Des essais furent menés aussi au Brésil et en Asie (Inde et Chine).

En France, l’expérimentation a commencé dans la vallée de la Loire et repose pour beaucoup sur la SARL Abbottagra,
avec l’appui scientifique de l’École supérieure d'agriculture d'Angers et l’université de Wageningen aux Pays-Bas. Les
agriculteurs travaillent sous contrat avec des semences de variétés certifiées des Pays-Bas et vendent l’essentiel de
leur production à des entreprises agroalimentaires pour être intégrée à des plats préparés. En 2015, les surfaces
emblavées devraient atteindre 1 500 hectares (Bazile, 2015).

Après que la NASA eut sélectionné le quinoa comme une espèce cultivée pour installer des missions extraterrestres,
en soulignant sa composition équilibrée entre tous les acides aminés essentiels, la FAO décide d’une première grande
2
expérimentation à l’échelle mondiale entre 1996 et 1998 concernant 15 pays puis 26 pays entre 2013 et 2014 .

Toutefois les modes de production de l’agriculture familiale andine génèrent nettement moins d’impact
environnemental et sanitaire, malgré un voyage en conteneur sur près de 10 000 km, qu’un quinoa produit plus
près de ses consommateurs mais de façon conventionnelle, avec un recours à la mécanisation et à des intrants
1
chimiques consommateurs de pétrole .

Pays producteurs, environnement et commerce


26
Le Pérou et la Bolivie sont les deux premiers producteurs mondiaux de quinoa, devant l’Équateur (cf. tableau ci-
dessous ; les chiffres donnés par le syndicat bolivien l'ANAQPI sont bien plus élevés que ceux de la FAO, puisqu'ils
26
font état de plus de 30 000 tonnes dès le début des années 2000 alors que la FAO indique 24 000 tonnes en 2004 ).
L’association nationale des producteurs de quinoa (ANAPQUI), créée en 1983, est le principal producteur de quinoa
27
du pays .

Dans les trois pays andins producteurs, on observe suivant les données de
28
FAOSTAT , une croissance de la surface cultivée totale et de la production
n5
totale de 1975 à 2011, aboutissant à une production multipliée par 3,41 au
bout de 44 ans (soit une croissance moyenne annuelle de 2,8 %). En 2011,
une accélération subite de la surface cultivée à la suite d'un quadruplement
des prix payés aux producteurs, permet en quatre ans, de doubler la
production en 2014, et d’obtenir une croissance moyenne annuelle de
21,9 % (sur les quatre années 2011-2014). La production mondiale record de
Production mondiale de quinoa de 1975 à
186 147 t en 2014 s’est, au cours des années suivantes, stabilisée entre
2019. Les statistiques de la FAO ne
148 000 et 185 000 t. La Bolivie a fait le choix de profiter de la forte
prennent en compte que les trois pays
demande internationale pour accroître ses exportations de quinoa : elles andins
28

sont passées de 10 % de la production nationale en 2000 à 60 % en 2012


2
alors que le Pérou est passé 1 % à 20 % .

Toutefois les statistiques de la FAO ne s’appuient que sur les trois producteurs andins, Pérou, Bolivie et Équateur.
2
Selon Didier Bazile (2015), la culture du quinoa aux États-Unis et au Canada pourrait maintenant représenter
environ 10 % du quinoa mondial et ainsi passer devant celle de l’Équateur.
29, 26
L'intérêt mondial pour le quinoa a conduit à une hausse des prix considérable dans les pays andins . Le Pérou
28
reste le premier exportateur mondial devant la Bolivie et l'Équateur . Plus de la moitié de la production est exportée
vers les États-Unis, un peu moins d'un tiers vers l'Union européenne et 6 % vers le Canada, ces trois régions
26
représentant donc 94 % des exportations de quinoa bolivien .

Depuis 2009, la culture à grande échelle du quinoa a été introduite en France, de l'Anjou jusqu'au Poitou, et en
Corrèze. Le pionnier de cette culture est Jason Abbott, un ingénieur agronome américain que l'intolérance au gluten
30
de sa fille avait convaincu de développer cette amarantacée . La production française est passée de 100 à 200
26
hectares entre 2009 et 2010 puis à 1 500 ha en 2015. Deux cent cinquante agriculteurs se sont engagés dans cette
31
toute première et unique filière de culture de la graine andine et en produisent plus de 2 000 tonnes par an . Le prix
de ce quinoa français demeure supérieur à celui importé d'Amérique du Sud mais le produit intéresse les
consommateurs privilégiant l'agriculture de proximité.

La demande croissante du marché mondial pour le quinoa a engendré des initiatives de la part des agriculteurs
boliviens en vue d'en intensifier la production. Le développement des superficies de quinoa se fait aux dépens
2
d'activités comme l'élevage traditionnel du lama (élevé pour sa viande et sa laine et dont le fumier servait à fertiliser
le sol) ou la culture d'autres productions vivrières lorsque le climat le permet sur l'Altiplano Nord en dehors de la
zone de puna. Cela pourrait avoir des conséquences à la fois environnementales (appauvrissement du sol par la
réduction des jachères ou la mécanisation par la charrue à disques) et sociales importantes. Si cette tendance freine,
voire inverse partiellement l'exode rural, les revenus apportés entraînent néanmoins des tensions au sujet des terres
27, 26
au sein des communautés villageoises .
Production en tonnes de quinoa
28
Données de FAOSTAT (FAO)

2019 2016 2015 2010 2005 2000 1990

Pérou 89 775 79 000 53,3 % 106 000 41 000 33 000 28 000 16 000 69,9 %

Bolivie 67 135 66 000 44,1 % 75 000 37 000 25 000 24 000 6 000 27,2 %

Équateur 4 505 4 000 2,6 % 13 000 2 200 700 700 700 2,9 %

Total 161 415 149 000 100 % 194 000 80 000 58 000 53 000 23 000 100 %

La graine de quinoa, analyse nutritive et usages


Dépourvues de gluten, riches en protéines et idéalement équilibrées en acides aminés, les graines de quinoa sont
également une excellente source de minéraux essentiels, vitamines, antioxydants, acides gras et phytostérols, tous
32
d’un grand intérêt, pour l’alimentation et la santé .

La graine de quinoa fut avec la pomme de terre et le maïs, un aliment de base des communautés andines de
l’Altiplano. Elle était utilisée entière pour faire des soupes hautement nutritives (la sopa de quinoa) ou moulue en
farine et semoule pour faire les bouillies (pito obtenue en réduisant les grains grillés en farine à laquelle on ajoute de
l’eau, et parfois du lait, de la farine d’orge ou de fèves). Ailleurs dans le monde, elle est utilisée en salades, pour faire
des gratins avec des courgettes et dans de multiples autres recettes. Elle est recherchée par tous ceux qui mangent
des produits « sans gluten ».

Année internationale du quinoa


L’Assemblée générale des Nations unies a proclamé 2013 « Année internationale
33
du quinoa » afin de rendre hommage aux pratiques ancestrales des peuples
andins qui ont su, de par leur savoir-faire et leur vie en harmonie avec la nature,
préserver cet aliment pour les générations présentes et futures. L'Année
internationale entend attirer l’attention au niveau mondial sur le rôle que joue le
quinoa dans la sécurité alimentaire et la nutrition.

L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture assure les Logo officiel de l’Année
services de Secrétariat de l’Année internationale. Le Comité est présidé par la internationale du quinoa (2013)
Bolivie, assistée de l’Équateur, du Pérou et du Chili aux fonctions de vice-
présidents, tandis que l’Argentine et la France ont été désignées comme
rapporteurs.

Notes
1. L'Anserine quinoa, ou le Quinoa (Nouv. Dict. d'Hist. Nat., t. 2, p. 135)
2. On en trouve trace dans le Bon Jardinier, almanach pour l’année 1839 ou le Journal d'agriculture pratique et de
jardinage de 1839 (lire en ligne (https://books.google.fr/books?id=s1ZTAAAAcAAJ&pg=PA42&lpg=PA42&dq=Le
+Bon+jardinier+:+almanach+pour+l%27ann%C3%A9e+1839,+quinoa&source=bl&ots=pObMXfDp-_&sig=ACfU3
U3N0cVZY62Jj3bVIHV32L04ggGGBQ&hl=fr&sa=X&ved=2ahUKEwi65b3ykdfuAhWGGBQKHWFsCgQQ6AEwAX
oECAQQAg#v=onepage&q=Le%20Bon%20jardinier%20%3A%20almanach%20pour%20l'ann%C3%A9e%20183
9%2C%20quinoa&f=false)) puis à la fin du siècle, dans la première édition, datée de 1873, du Dictionnaire de la
langue française tome 4 (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k54066991/f67.vertical) d’Émile Littré, quinoa est
enregistré comme masculin
3. Quinoa Real est la désignation générique d’un groupe de 20 à 50 variétés locales selon les inventaires,
originaires de la région du salar d'Uyuni au sud de l’altiplano de Bolivie, à l’extrême limite des zones cultivables.
Cultivé par environ 12 000 familles de petits producteurs qui l’exportent vers le Pérou, l’Amérique du Nord,
l’Europe, l’Australie et le Japon (Thierry Winkel, 2013, Quinoa et quineros (https://horizon.documentation.ird.fr/ex
l-doc/pleins_textes/divers16-08/010059739.pdf))
4. Les saponines présentes dans l'écorce de la graine de quinoa jouent un rôle de répulsif pour les insectes et les
oiseaux.
5. la surface de quinoa emblavée au Pérou a fluctué plus fortement qu’en Bolivie et est passée par une phase de
décroissance

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Annexes
Sur les autres projets Wikimedia :
Quinoa (https://commons.wikimedia.org/
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Bibliographie
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s://taxref.mnhn.fr/taxref-web/taxa/160222))

Liens externes
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1-4381876-le-gout-amer-du-quinoa.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse
_B2_ailleurs-sur-le-web_33084_accueil_POS1,)

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