une brève histoire de la
linguistique contemporaine:
de Saussure à Chomsky
Linguistique française I
Origines, structures et usages du français
cours 5
20 Octobre 2009
1
1. Saussure et les fondements de la
linguistique structurale
2. Chomsky et la grammaire générative
2
1. Saussure et les
fondements de la
linguistique structurale
La naissance de la linguistique moderne
Langue et parole
Linguistique synchronique vs diachronique
Le signe linguistique
Les rapports entre signes
3
Ferdinand de Saussure
Linguistique genevois de la
fin du XIXe siècle et du début
du XXe siècle (1857-1913)
Professeur à l’Université de
Genève (1891-1913)
Formation d’indo-
européaniste et de généraliste
Auteur du Cours de
linguistique générale (publié en
1916 sur la base des notes de
ses étudiants)
Fondateur du structuralisme
4
La linguistique avant Saussure
1. La tradition rhétorique
La tradition rhétorique s’intéresse aux figures de style ou de discours,
comme la métaphore, la métonymie, ou des figures de pensées comme
l’ironie (cf. Cours 12).
2. La tradition philologique
La tradition philologique a pour objet l’établissement des textes anciens
(grecs, latins, médiévaux).
3. La linguistique historique
La linguistique historique s’est développée au 19e siècle, sous
l’influence de la tradition germanique, et s’est intéressée à la
grammaire comparée des langues indo-européennes et aux règles
présidant aux changements phonétiques.
5
L’importance de Saussure
Avec Saussure, émerge une approche nouvelle de la langue.
a. l’approche de la langue est maintenant synchronique et non plus
historique (diachronique);
b. la langue est définie comme système et non plus comme une
nomenclature.
Par la suite, la linguistique est devenu le modèle des sciences
humaines et a constitué les bases, ou fondations, d’un courant
important au 20e siècle, le structuralisme.
Le structuralisme étudie les phénomènes du point de vue du
système, et non plus du point de vues des entités du système.
6
La méthode de Saussure
Saussure a été le premier à utiliser une méthode permettant la
construction de l’objet de la linguistique.
L’objet de la linguistique n’est pas donné par les faits de
langues, il est le résultat d’une construction par le linguiste.
Saussure opère par distinctions (dichotomies) et élimine l’une des
branches de l’alternative pour définir l’objet de la linguistique.
Son approche est de ce point de vue réductionniste, et constitue
l’un des fondements de la méthode scientifique.
7
Les principales dichotomies
saussuriennes
1. matière vs objet de la linguistique
2. linguistique interne vs externe
3. langue vs parole
4. la langue comme système de signes vs nomenclature
5. linguistique diachronique vs synchronique
6. signifiant vs signifié
7. signification vs valeur
8. rapports syntagmatiques vs paradigmatiques
8
Une vision
linguistique
hiérarchisée des
matière objet
dichotomies
linguistique
externe linguistique interne saussuriennes
diachronique synchronique
parole langue
nomenclature système de signes
signifiant signifié
signification valeur
rapport paradigmatiques syntagmatiques
9
1. Matière et objet de la
linguistique
La matière de la linguistique est l’ensemble des manifestations du
langage.
Les manifestations langagières sont
a. hétérogènes, diverses, multiformes
b. insaisissables dans leur totalité.
En revanche, l’objet de la linguistique est un sous-ensemble des
manifestations du langage.
L’objet est pour Saussure
a. une construction du linguiste
b. un tout en soi
c. un principe de classification.
10
2. Linguistique interne et
externe
Saussure envisage deux types d’études possibles de la langue, et
deux types de linguistique:
1. Une linguistique externe: la langue est alors mise en rapport avec
des faits qui lui sont extérieurs, par exemple
des faits historiques, politiques, sociaux.
C’est généralement comme cela que le sens commun définirait
la linguistique
2. Une linguistique interne: c’est l’étude de ce qui est inhérent au
système linguistique.
Pour Saussure, la linguistique doit être une linguistique interne.
C’est ici que réside la grand nouveauté de l’approche saussurienne.
11
3. Langage, langue, parole
Pour Saussure, le langage se compose de la langue et de la parole.
La parole est définie comme une action individuelle du locuteur:
elle est concrète, variable, unique, imprévisible et active.
La langue est un ensemble de conventions:
a. elle est abstraite, essentielle, nécessaire à la parole;
b. c’est un phénomène social, un code commun à tous les membres
d’une même communauté linguistique;
c. enfin, elle est passive (Saussure utilise la métaphore du “trésor”).
12
La priorité de la langue sur la
parole
Que faut-il étudier en priorité? La langue ou la parole?
Pour Saussure, il y a un primat de la langue sur la parole:
La linguistique de la langue est prioritaire sur la linguistique de la parole.
Cela dit, la parole a un rôle vis-à-vis de la langue:
a. elle précède la langue;
b. elle permet l’acquisition de la langue;
c. elle est le lieu des changements linguistiques.
Ceci a conduit le linguiste américain William Labov à formuler ce qu’il
appelle le paradoxe saussurien:
«L’aspect social du langage s’étudie sur n’importe quel individu, mais
l’aspect individuel ne s’observe que dans le contexte social» (in
Sociolinguistique,1976).
13
4. La langue comme système vs
nomenclature
Avant Saussure, la langue était
définie comme une nomenclature.
Une nomenclature est une liste
d’éléments renvoyant
individuellement et de manière
indépendante à des objets du
monde.
À chaque objet du monde
correspond un nom qui le
désigne.
Connaître une langue, ce serait
connaître les noms désignant les
objets du monde.
Pour Saussure, cette vision de la
langue est erronée. 14
Définition de la langue
Pour Saussure, la langue est un tout organisé, un système à
l’intérieur duquel chaque terme est défini par les relations qu’il
entretient avec les autres.
La langue ne consiste pas en un répertoire de mots (une
nomenclature), mais en un système de signes.
15
Trois questions
Trois questions doivent être posée après la définition de la langue
comme système de signes.
A. Comment est-il possible de parler de système, si la langue est un
phénomène évolutif, historique?
B. De quoi la langue est-elle un système?
C. Quels sont les rapports entre les éléments définissant le système
linguistique?
16
5. Linguistique diachronique et
linguistique synchronique
La linguistique
La linguistique
synchronique décrit un état diachronique s’intéresse au
de langue, une période passage d’une époque à
d’équilibre. l’autre.
C’est axe A-B (relations de
C’est l’axe C-D (relations
simultanéité). de successivité).
C
A B
D
17
Points de vue synchroniques et
diachroniques
point de vue
synchronique point de vue diachronique
. . époque A . . époque A
. . époque B . . époque B
dans le point de vue
dans le point de vue
diachronique, ce sont des
synchronique, ce sont des états
successions d’états de
de langue qui sont étudiés
langue qui sont étudiés
18
Le primat de la linguistique
synchronique
Pour Saussure, dans l’étude de la linguistique, c’est l’étude
synchronique qui prime.
L’étude diachronique doit se comprendre comme une étude de la
manière dont l’ensemble du système s’est transformé entre les
époques A et B.
Synchronique ne signifie pas contemporain.
On peut envisager une étude synchronique du français du 16e
siècle par exemple.
Chaque étude synchronique, quelle que soit l’état de langue décrit,
est une étude du système, à un moment donné de son évolution.
19
La langue comme système
Un système est un ensemble d’éléments de nature homogène, dont la
valeur ne se détermine que négativement, par les rapports et les
oppositions qu’ils entretiennent les uns avec les autres.
Dans un système, ce sont les relations entre éléments qui priment
sur les éléments.
La langue comme système de signes:
a. la langue est un tout, un principe de classification;
b. la valeur de chaque élément dépend des relations qu’il entretient
avec les autres éléments du système;
c. la langue est un système de signes.
20
La langue comme système de
signes
Le véritable objet de la linguistique est l’étude, interne et synchronique, des
systèmes de signes que constituent les états de langue.
La langue est un système de signes parmi d’autres, mais c’est pour
Saussure le système de signes le plus important.
La linguistique fait partie de la sémiologie .
La sémiologie est «l’étude des systèmes de signes au sein de la vie
sociale» (Saussure).
Dans les années 60, la sémiologie a étudié de manière structural un grand
nombre de systèmes de signes:
Sémiologie de la mode (Barthes), du cinéma (Metz), de l’architecture
(Eco), de la littérature (Eco)… du parapluie!
L’un des ouvrages les plus importants est Traité de sémiotique générale
(Umberto Eco).
21
6. Le signe linguistique
Pour Saussure, le signe linguistique unit
non pas une chose et un nom, mais un
concept et une image acoustique.
Concept et image acoustique sont des entités
a. non matérielles
b. psychiques .
Le signe est une entité psychique à deux
faces.
Cf. le recto et le verso d’une feuille de
papier.
22
Concept et image acoustique
Voici comment Saussure
représente le signe linguistique. Le point important est que
la relation entre concept et
image acoustique est
extérieure à la relation
entre les mots et le monde.
Saussure appelle le concept
signifié et l’image
acoustique signifiant.
23
L’arbitraire du signe
La thèse la plus célèbre de Saussure est la thèse de l’arbitraire du signe.
«Le lien unissant le signifiant au signifié est arbitraire.»
«Le signe linguistique est arbitraire.»
Cela veut que
Il n’y a pas de lien naturel entre signifiant et signifié.
Ce lien est immotivé.
Le lien entre une forme phonétique et le concept correspondant est
conventionnel.
Par exemple, le concept ARBRE n’est lié par aucun lien intérieur à
la suite de son [aʁbʁ]
fr. arbre < lat. arbor
En revanche, le concept ARBRE n’est pas sans objet: sa dénotation
est l’ensemble des arbres.
24
L’arbitraire du signe
selon Magritte
Le peintre belge surréaliste
René Magritte joue dans ce
tableau (La Clé des songes) sur
l’arbitraire du signe:
l’oeuf = l’Acacia
l’escarpin = la Lune
le chapeau melon = la Neige
la bougie = le Plafond
le verre = l’Orage
le marteau = le Désert
25
7. Signification et valeur d’un
signe
La signification est le résultat de l’association arbitraire d’un
signifiant et d’un signifié.
La valeur est l’ensemble des attributs que le signe tire de ses relations
avec les autres membres du système.
Par exemple, la valeur de mouton n’est pas la même celle de sheep,
car les systèmes lexicaux des deux langues ne sont les mêmes pour
les ovins:
fr. mouton, bélier, brebis, agneau
an. sheep, mutton, ram, ewe, lamb
mou
uton bélier brebis agneau
sheep mutton ram ewe lamb
26
La comparaison du jeu d’échecs
Saussure utilise la métaphore du jeu
d’échecs pour explique la valeur du signe
linguistique.
Une pièce du jeu d’échecs reçoit sa valeur
relativement aux autre pièces.
Si un cavalier vient à manquer, on peut le
remplacer par n’importe quoi (un bouton,
un dé à coudre, une pièce de monnaie…)
dès lors que l’on admet qu’il vaut comme
cavalier, ou par un cavalier d’un autre jeu.
8. Rapports entre signes
Les signes sont en relation les uns avec les autres dans le système
linguistique.
Saussure distingue deux types de rapports ou relations entre signes:
Les rapports syntagmatiques
Les rapports paradigmatiques
28
Rapports syntagmatiques
Les rapports syntagmatiques sont des rapports de succession, de contiguïté,
ce que Saussure appelle des rapports in præsentia entre signes dans la chaîne
parlée.
Les rapports syntagmatiques illustrent un second principe du signe
linguistique:
Principe de la linéarité du signifiant:
le signifiant acoustique se déploie dans le temps;
Le signifiant se mesure dans une seule dimension: une ligne;
le signifiant linguistique est linéaire.
Exemples de rapports syntagmatiques
suite de sons: /bʁa/ vs /baʁ/
ordre des mot: [Jean [aime Marie]] vs [Marie [aime Jean]]
Saussure appelle syntagme toute combinaison de deux ou plusieurs unités
linguistiques qui se suivent l’une l’autre.
29
Rapports paradigmatiques
Les rapports paradigmatiques sont des
rapports associatifs entre signes hors de la
chaîne parlée.
Ces rapports associatifs sont dits in enseignement évoque in
absentia. absentia
enseigner: rapport au
niveau du signifiant et du
signifié
apprentissage: rapport au
niveau du signifié
armement: rapport au
niveau de la formation du
mot (suffixe)
clément: rapport au niveau
du signifiant seul (rime)
30
à retenir…
La linguistique doit distinguer son objet de sa matière.
La linguistique de la langue prime sur la linguistique de la parole.
La linguistique synchronique prime sur la linguistique
diachronique.
La langue comme système de signes est un tout cohérent où
chaque élément est défini par ses rapports aux autres membres du
système.
Les signes linguistiques entretiennent deux types de rapports:
syntagmatiques sur la chaîne parlée et paradigmatiques ou
associatifs.
31
2. Chomsky et la grammaire
générative
l’émergence de la linguistique moderne au 20e siècle
l’objet de la linguistique
la faculté de langage
30 Octobre 2009
32
Chomsky et la grammaire
générative
Dans les années cinquante, un jeune
linguiste du MIT (Cambridge, USA),
Noam Chomsky, a révolutionné la
linguistique par un nouveau
programme de recherche en
linguistique, la grammaire
générative transformationnelle.
33
Quelques repères
Chomsky s’attaque dans Syntactic structures (1957) au paradigme
dominant dans les années cinquante, la grammaire
distributionnelle.
Dans la grammaire distributionnelle (Bloomfield, Harris), la
description des langues se fait sur la base de listes (classifications)
basées sur des corpus (recueil de données).
Chomsky s’attaque de plus au paradigme dominant en psychologie,
le behaviorisme, représenté par le psychologue Skinner.
Le behaviorisme est une théorie qui interdit toute spéculation sur
les états mentaux (internes) et se contente d’étudier les
comportements (externes).
Chomsky contribue, avec Newell, Simon et Miller, à la conférence du
MIT (1956) fondatrice des sciences cognitives.
34
La grammaire générative
Pour Chomsky, on peut utiliser les langages formels (venant de la
théorie des automates) pour décrire la capacité générative du langage:
À partir d’un ensemble fini d’éléments (les mots d’une langue), on
peut générer un ensemble infini de phrases.
Générer signifie produire à l’aide d’un système de règles.
Le linguiste Emmon Bach a formulé ce qu’il appelle la thèse de
Chomsky: les langues naturelles sont des systèmes formels.
La langue n’est plus définie comme un système de signes (Saussure),
mais comme un système de règles.
La grammaire générative d’une langue est le système de règles à
l’origine de la capacité générative du langage.
35
Compétence vs performance
Pour Saussure, l’étude du système de la langue prime sur l’étude de
la parole (actualisation de la langue).
Chomsky développe une idée parallèle:
Ce ne sont pas les performances des locuteurs qui nous disent
quelque chose sur la langue, mais leur compétence, c’est-à-dire le
savoir linguistique qui caractérise la faculté de langage propre à
l’espèce humaine et à l’origine de l’acquisition du langage.
36
Quatre questions de la
linguistique moderne (Pollock)
1. Comment caractériser la savoir linguistique des locuteurs adultes, leur
langue interne (LI)?
C’est l’objet de la linguistique.
2. Comment LI se développe-t-elle chez les locuteurs?
C’est la question de l’acquisition du langage, objet de la psycholinguistique.
3. Comment LI est-elle mise en œuvre dans la pratique langagière effective des
locuteurs, dans leurs performances?
C’est la question abordée par la pragmatique.
4. Quels sont les mécanismes physiques et neurologiques sur lesquels reposent
LI et sa mise en œuvre?
C’est la question abordée aujourd’hui par la psycholinguistique
expérimentale et par les neurosciences cognitives.
37
La langue interne
La réponse à la question Comment caractériser le savoir linguistique des
locuteurs adultes? revient à caractériser un état de l’esprit/cerveau de
locuteurs particuliers.
Les langues dites nationales (français, italien, chinois, etc.) ne sont
pas des réalités psychologiques ou neurologiques individuelles,
mais des entités historiques, politiques et sociologiques, relevant de
la langue externe (Saussure).
«Une langue nationale est un dialecte qui dispose d’une armée et
d’une marine.» (Maréchal Lyautey)
«Le français est un dialecte qui a réussi.» (Henriette Walter)
38
Comment accéder à la langue
interne?
Il y a interdiction, pour des raisons d’éthique et de déontologie
médicale, de faire des expérimentations sur l’homme.
Mais il est possible de faire des expérimentations naturelles, dans
l’étude des pathologies et des traumatismes cérébraux, via des
technologies dites non invasives.
Exemple de techniques non invasives: potentiels évoqués (EEG),
TEP, IRM.
En contraste avec le travail des neuro-psychologues, le travail du
linguiste consiste à décrire les propriétés phonétiques,
morphologiques, syntaxiques et sémantiques des langues naturelles.
La méthode utilisée, et promue par Chomsky, est le recours à
l’intuition des locuteurs sur leur LI.
39
Propriétés de la langue interne
Un certain nombre de propriétés de la langue interne peuvent être
observées à partir de faits linguistiques concernant
1. les ambiguïtés structurales
2. les computations syntaxiques
3. les jugements d’acceptabilité
4. les relations de coréférence
5. les ambiguïtés de portée
Nous allons examiner chacune de ces propriétés.
40
1. Les ambiguïtés structurales
La phrase (1) est ambiguë pour des raisons structurelles:
1. Marie a frappé l’homme avec un parapluie.
C’est une ambiguïté non lexicale:
avec un parapluie
a. complément circonstanciel de moyen
[Marie a frappé l’homme] avec un parapluie
b. complément du nom du groupe nominal l’homme
Marie a frappé [l’homme avec un parapluie]
41
2. computations syntaxiques
les phrases (2) et (3) ne sont pas ambiguës comme (1), à cause du
déplacement des suites l’homme ou l’homme avec un parapluie.
2. a. C’est l’homme que Marie a frappé avec un parapluie.
b. Quel homme Marie a-t-elle frappé avec un parapluie?
c. L’homme a été frappé avec un parapluie.
3. a. C’est l’homme avec un parapluie que Marie a frappé.
b. Quel homme avec un parapluie Marie a-t-elle frappé?
c. L’homme avec un parapluie a été frappé.
On appelle de telles opérations des computations syntaxiques:
clivage (a), interrogation (b), passif (c)
42
3. Jugements d’acceptabilité
La compétence des locuteurs leur permet d’attribuer des statuts
différents aux énoncés de leur langue: acceptables, inacceptables (*),
douteux (?):
4. Quel gâteau dit-elle avoir préparé?
5. Comment dit-elle avoir préparé le gâteau?
6. ? Quel gâteau ne sait-elle pas comment préparer?
7. * Comment ne sait-elle pas quel gâteau préparer?
Il faut expliquer pourquoi on peut former (4), (5) et (6) à partir de (8), (9)
et (10), mais pas (7) à partir de (10)
8. Elle dit avoir préparé quel gâteau.
9. Elle dit avoir préparé le gâteau comment.
10. Elle ne sait pas comment préparer quel gâteau.
43
4. Relations de coréférence
La relation de coréférence est la relation de référence à une même
entité par deux expressions à l’intérieur d’une même phrase:
pas de coréférence en (11), mais coréférence en (12):
11. Ellei trouve que Marie*i/j est belle.
12. Mariei trouve qu’ellei/j est belle.
La coréférence n’est pas causée par la précédence du nom vis-à-vis
du pronom, car il y a coréférence en (13):
13. L’homme qu’ellei aime trouve que Mariei est belle.
44
5. ambiguïtés de portée
En (14), la lecture de en dix lignes est distributive ou collective:
14. Répondez en dix lignes aux trois questions suivantes.
a. interprétation distributive
chacune des trois questions doit recevoir une réponse de dix lignes
b. interprétation collective
l’ensemble des trois questions doit recevoir une réponse de dix lignes
en tout
45
Une première caractérisation de
LI
LI se caractérise par la maîtrise d’un ensemble de computations
syntaxiques.
LI est un modèle à la fois représentationnel (capacité à traiter les
représentations de phrases ambiguës) et computationnel (capacité
à traiter et à opérer des computations syntaxiques)
Représentation et computation sont deux concepts de la
psychologie cognitive décrivant deux fonctions majeures de
l’esprit/cerveau.
Pour Chomsky, la linguistique fait partie de la psychologie
cognitive.
46
comment LI se développe-t-elle
chez les locuteurs?
le savoir linguistique des locuteurs (LI) est sous-déterminé par
les faits auxquels les enfants sont exposés lorsqu’ils acquièrent
leur langue maternelle
la complexité de LI contraste avec la pauvreté des données qui
servent à son élaboration (c’est l’argument de la pauvreté du
stimulus)
pour Chomsky, cette sous-détermination du savoir par les faits
est un argument en faveur de la thèse que l’acquisition de LI est
plus qu’un apprentissage
47
Apprentissage
Les aspects de LI qui font l’objet d’un apprentissage
a. la forme phonétique associée aux concepts (arbitraire du signe de
Saussure)
b. les aspects secondaires d’une langue (irrégularités
morphologiques des verbes des 2e et 3e groupes…)
En dehors de ces aspects appris, l’acquisition de la langue maternelle
se fait rapidement, sans effort et inconsciemment:
«l’apprentissage de leur langue maternelle n’est pas quelque
chose que font les enfants mais qui leur arrive.» (Jean-Yves Pollock,
Langage et cognition, p. 13)
48
Un exemple d’apprentissage: le
lexique
Ari, entre 16 et 21 mois, a une catégorie des mixers assez large:
Cette catégorie lexicale contient, outre les mixers, les machines à
coudre et les pompes à bras.
La granularité avec laquelle Ari constitue sa catégorie des mixers est
donc peu fine.
L’explication est que ces objets ont des formes (contours) semblables.
À ce stade de développement, c’est la préférence globale qui joue son
rôle (rôle de la perception globale) - cf. Reboul, Langage et cognition
humaine.
49
Grammaire universelle
La grammaire universelle (GU) est l’ensemble des propriétés
générales du langage.
Seules des unités syntaxiques (syntagmes) peuvent faire l’objet de
déplacements (mouvements)
comment ne peut pas être déplacé tout seul dans elle ne sait pas
comment préparer quel gâteau, car ce n’est pas un syntagme
* Comment ne sait-elle pas quel gâteau préparer?
La coréférence n’est possible que si le pronom ne précède ni ne
domine son antécédent.
Il n’y a pas de coréférence entre elle et Marie dans elle trouve que
Marie est belle, car elle précède et domine Marie: elle appartient à la
phrase dominant Marie est belle.
50
Retour sur la beauté de Marie
elle trouve que Marie est
Marie trouve qu’elle
belle
est belle
Marie trouve elle trouve
qu’elle est belle que Marie est belle
Marie précède et domine elle elle précède et domine Marie
coréférence pas de coréférence
La faculté de langage
GU est la caractérisation abstraite de la faculté de langage qui
définit l’espèce humaine.
LI est la forme que GU prend pour tout locuteur au terme de son
développement, dans les conditions externes normales fournies par
son environnement linguistique, familial, social et affectif.
52
Savoir vs utiliser LI
Comment LI est-elle mise en œuvre dans la pratique langagière
effective des locuteurs, dans leurs performances?
Cette question ne peut recevoir de réponse que si l’on a répondu à la
question comment caractériser LI?
Ceci explique pourquoi, dans le programme de la grammaire
générative, l’étude de la compétence prime sur celle de la
performance.
53
aspects de la performance
Les indexicaux sont les pronoms de première et deuxième personnes
(je, tu), les pronoms et adjectifs démonstratifs (ce, cette, cela), les temps
verbaux (présent, passé composé, futur…) - cf. cours 11.
Ce sont des éléments linguistiques dont l’interprétation est relative à
leur usage.
Ces éléments ne recouvrent qu’une petite partie du savoir linguistique:
Dans le cas des inférences pragmatiques, l’étude strictement
linguistique du sens des phrases ne recouvre qu’une petite partie des
phénomènes interprétatifs:
15. Il fait froid.
demande de fermer la fenêtre, de remonter le chauffage, refus de
sortir, explication…
54
Linguistique et pragmatique
Aujourd’hui, la question de savoir ce qui est primordial et accessoire
dans l’étude du langage est une question sans pertinence.
Les travaux sur l’usage du langage (la pragmatique) - ce que
Chomsky appelle la performance - ne pose pas de conflit avec une
approche centrée sur la langue interne.
Il y a complémentarité entre l’étude du langage au sens strict, la
linguistique, et l’étude de l’usage du langage, la pragmatique.
Quelques lieux d’interface
Dans l’acquisition du langage, une partie du savoir linguistique n’est
pas inné, notamment le lexique.
Comment le lexique est-il acquis?
Comment les différentes significations des mots sont-elles
acquises?
Existe-t-il une relation entre l’acquisition du lexique et l’acquisition
et le développement d’autres compétences, comme par exemple la
théorie de l’esprit?
Quelques lieux d’interface - 2
Les significations secondaires ou implicites (implicitations,
implicatures) surviennent plus tardivement dans le développement
de l’enfant, bien après la maîtrise du code linguistique:
implicatures scalaires: sens restrictifs de quelques = quelques
seulement
compréhension des métaphores
compréhension de l’ironie
Quelques lieux d’interface - 3
L’origine du langage: certaines hypothèses sur l’origine du langage
sont explicitement pragmatiques:
Le langage n’aurait pu apparaître que sur la base de l’existence
d’une communication inférentielle.
Le langage aurait apporté un avantage pour la communication, en
ce qu’il constitue un code plus riche, qui peut évoluer.
Mais le langage est un code imparfait, notamment parce qu’il fait
l’objet d’un apprentissage.
L’avantage de ce que code est qu’il est transmis biologiquement:
la faculté de langage est ce que nous transmettons à nos enfants.
Quelques lieux d’interface - 4
La communication: la communication verbale est risquée et peut être
défectueuse.
L’avantage de disposer d’un code complexe et du modèle de
l’inférence augmente la probabilité de la réussite de la
communication, sans la garantir:
16. Pouvez-vous me dire comment aller de l’aéroport à la ville X?
a. énoncé réalisé dans l’intention de demander de l’aide (merci de
venir me chercher à l’aéroport)
b. la réponse obtenue a été littérale (plan détaillé pour aller de
l’aéroport à l’hôtel)
Quelques lieux d’interface - 5
Le style: comment expliquer l’usage poétique du langage?
L’hypothèse pragmatique est que certains phénomènes
linguistique (répétition, zeugme par exemple) ont pour objet de
décrire l’attitude du locuteur et communiquent autant d’effets
non-propositionnels (ses émotions):
17. Qu’ils sont loin, loin, les jours de mon enfance!
18. Marie est arrivée avec Pierre, Julie avec Marc et Pauline avec une
triste mine.
à retenir…
La linguistique générative est définie comme la branche de la
psychologie cognitive dont la tâche est de caractériser le savoir
linguistique des locuteurs, c’est-à-dire la langue interne (LI).
LI est riche, complexe et contraste avec la pauvreté des données
linguistiques servant d’entrées à l’acquisition du langage par
l’enfant.
La faculté de langage est nommée grammaire universelle (GU), ou
ensemble de propriétés définissant LI.
Il est nécessaire de distinguer le savoir linguistique (LI) de son
utilisation dans les performances des locuteurs.
61
les lectures du jours
Chapitre 2
62
les lectures du jours
chapitre 3 chapitre 9 chapitres 1 et 2 chapitre 2
63