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Approvisionnement alimentaire au Nord-Cameroun

Cette thèse examine la satisfaction de la demande alimentaire des ménages urbains dans le Nord-Cameroun, influencée par des facteurs socio-démographiques et naturels. Elle identifie des ajustements dans les choix alimentaires, une diminution des repas quotidiens et une saisonnalité de l'offre, tout en analysant les systèmes de consommation, de distribution, de production et le cadre institutionnel. Les résultats soulignent des déterminants clés de l'offre alimentaire, tels que la demande croissante, la baisse du pouvoir d'achat et les contraintes environnementales, et concluent sur la nécessité d'améliorer les rendements et la gouvernance des systèmes d'approvisionnement.

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Approvisionnement alimentaire au Nord-Cameroun

Cette thèse examine la satisfaction de la demande alimentaire des ménages urbains dans le Nord-Cameroun, influencée par des facteurs socio-démographiques et naturels. Elle identifie des ajustements dans les choix alimentaires, une diminution des repas quotidiens et une saisonnalité de l'offre, tout en analysant les systèmes de consommation, de distribution, de production et le cadre institutionnel. Les résultats soulignent des déterminants clés de l'offre alimentaire, tels que la demande croissante, la baisse du pouvoir d'achat et les contraintes environnementales, et concluent sur la nécessité d'améliorer les rendements et la gouvernance des systèmes d'approvisionnement.

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REPUBLIQUE DU CAMEROUN REPUBLIC OF CAMEROON

Paix – Travail - Patrie Peace – Work - Fatherland


------------------ ------------------
UNIVERSITÉ DE NGAOUNDERE THE UNIVERSITY OF NGAOUNDERE
------------------ --------------------
FACULTE DES ARTS, LETTRES ET FACULTY OF ARTS, LETTERS AND
SCIENCES HUMAINES SOCIAL SCIENCES
------------------ --------------------
Département de Géographie Department of Geography

Unité de Formation Doctorale de Géographie

Thèse présentée en vue de l’obtention du Doctorat Ph/D de Géographie


Option : Géographie Economique

Par :
FOFIRI NZOSSIE Eric Joël
Titulaire d’un DEA en géographie économique
Matricule : 00A038LF

Sous la direction de :

NDAME Joseph Pierre TEMPLE Ludovic


Maître de Conférences (HDR)
Université de Ngaoundéré CIRAD-UMR Innovation
SIMEU KAMDEM Michel
Directeur de Recherche
INC - Cameroun

Jury :

Président : TCHOTSOUA Michel, Professeur, Université de Ngaoundéré (Cameroun)


Rapporteur : ASSAKO ASSAKO René Joly, Professeur, Université de Yaoundé I (Cameroun)
Rapporteur : LIEUGOMG Médard, Maître de Conférences, Université de Yaoundé I (Cameroun)
Examinateur : HAMADOU ADAMA, Professeur, Université de Ngaoundéré (Cameroun)
Examinateur : IYA MOUSSA, Maître de Conférences, Université de Ngaoundéré (Cameroun)
Directeur : SIMEU KAMDEM Michel, Directeur de Recherche, Institut de Cartographie (Cameroun)
Co-Directeur : NDAME Joseph-Pierre, Maître de Conférences, Université de Ngaoundéré (Cameroun)
Co-Directeur : TEMPLE Ludovic, HDR, Cirad, UMR Innovation (France)

Année académique : 2012-2013


Ce travail a bénéficié du soutien des Institutions et Organismes ci-dessous :

Appui à la Recherche régionale pour le Développement Durable


des Savanes d’Afrique centrale
(ARDESAC)

Centre de Coopération Internationale en Recherche Agronomique


pour le Développement
(CIRAD)
Bourse DESI 2008
Cirad Drs-dist-saurs 2011

Bourses de recherche doctorale


« Eugen Ionescu »
2008 – 2009
Agence Universitaire de la Francophonie Laboratoire Cuguat-TIGRIS, Universitatea
Alexandru Ioan Cuza din Iasi (Roumanie)

Programme Canadien de Bourse du


Faculté de Foresterie, de Géographie et Géomatique Commonwealth (PCBC)
Département de Géographie 2010
Québec (Canada)
i

Dédicace

A ma feu Mère, NDENO Fride, arrachée à la vie le 04 décembre 2008, alors même
que pointaient à l’horizon les premiers signes d’espoir du dur labeur qu’elle a entrepris
depuis ma tendre enfance. Que ton âme repose en paix Maman.

A mon Père, NZOSSIE Joseph. Merci Papa pour ta confiance en mes capacités.

A mes frères et sœur (NOKA Raoul, MBOUBEYEWO Hilaire, NJOYA Pierre René,
KUEMBOVE Hermann, YOUTE Alex, FOUTZING Laurent, MENGOH Marie-Noël).
Merci pour votre soutien indéfectible.
ii

Avant-propos et remerciements

En janvier 2006 lorsque je commençais cette thèse sur l’approvisionnement


alimentaire des villes du Nord-Cameroun prolongeant ainsi ma réflexion sur la sécurité
alimentaire commencée en année de maîtrise, j’étais loin d’imaginer que la question devait
mobiliser deux ans plus tard l’ensemble de la communauté internationale suite à la crise
alimentaire mondiale de 2008 et ses effets sur les populations urbaines africaines. Même si
les tristes souvenirs des émeutes dites de la faim se sont quelque peu dissipés dans l’esprit
des citadins africains en général et camerounais en particulier, on est encore loin d’avoir
apporté des réponses durables aux difficultés d’accès aux denrées alimentaires. Baisse
et/ou suppression des droits de douane sur les produits importés, défiscalisation des
denrées de première nécessité, subventions de la production, organisation des caravanes
mobiles, création des magasins témoins demeurent à ce jour des solutions précaires. Les
urbains vivent de plus en plus dans l’incertitude du lendemain. Cette situation peu
reluisante, certes, situe cette recherche au cœur de l’actualité mondiale.

La dénomination de la zone d’étude prête quelque peu à confusion du fait de


l’évolution des structures administratives et territoriales. L’expression « Nord-Cameroun »
est utilisée sous l’administration coloniale française pour désigner l’espace couvrant la
région septentrionale du pays, depuis les hautes terres centrales jusqu’au lac Tchad (soit
35 % du territoire national). Cet espace a connu au plan administratif des évolutions
importantes en 50 ans. De 1960 à 1983, le Nord-Cameroun forme une seule province
structurée en trois départements (Diamaré, Bénoué et Adamaoua). En 1983 un décret du
président de la république transforme ces trois départements en provinces (Adamaoua,
Nord, Extrême-Nord). En novembre 2008 un autre décret du président de la république
érige ces provinces en régions sans pour autant porter de modifications sur les limites
territoriales. Cette dernière modification s’inscrit dans le processus de la décentralisation
en cours au Cameroun depuis 2004. Ce qui rend complexe le terme « région » désormais
considéré comme unité administrative appelée à devenir plus tard collectivité territoriale
décentralisée (Adamaoua, Nord, Extrême-Nord) d’une part, et comme entité géographique
d’autre part. Pour éviter tout amalgame pouvant naître de son usage j’emploierai le terme
iii

de « région administrative » pour désigner les anciennes provinces de l’Adamaoua, du


Nord et de l’Extrême-Nord, et celui de « région géographique » pour désigner l’ensemble
« Nord-Cameroun » encore appelé par certains auteurs « Cameroun septentrional » ou
« Grand Nord Cameroun », et regroupant les trois unités administratives susmentionnées.

J’utilise également l’expression « mil/sorgho » dans le texte pour désigner


indifféremment le mil et le sorgho sans spécificités variétales, deux céréales locales qui
présentent chacune des caractéristiques propres. Je marque par cet usage la différence entre
les céréales anciennement ancrées dans le paysage agraire local d’une part, et les céréales
dont le développement résulte des interventions exogènes d’autre part. Pour plus de détails
sur les spécificités du mil et du sorgho lire Raimond (1999 et 2005).

****
Ce travail a bénéficié du soutien immatériel et matériel de plusieurs personnes que
je tiens à remercier. J’exprime ma profonde gratitude aux membres de mon Comité de
direction pour l’aptitude dont ils ont fait montre dans la coordination de cette recherche.

Je remercie Monsieur Michel Simeu Kamdem, Directeur de Recherche à l’Institut


National de Cartographie du Cameroun, qui a accepté en 2006 d’assurer la supervision de
cette étude. La pertinence de vos orientations et vos interventions ont été d’une grande
utilité pour la réalisation de ce travail. Merci pour vos encouragements et surtout pour la
disponibilité dont vous avez toujours fait preuve à apporter des réponses à mes
préoccupations même à des moments les plus inattendus.

Joseph Pierre Ndamè enseignant au département de géographie de la Faculté des


Arts, Lettres et Sciences Humaines (FALSH) de l’Université de Ngaoundéré (Cameroun),
a été plus qu’un Co-directeur. Après avoir guidé mes premiers pas dans la recherche
académique en maîtrise, il a accepté de me soutenir dans cette entreprise pas toujours aisée
de préparation de la thèse. J’ai beaucoup appris de nos voyages de recherche et de nos
discussions quotidiennes. Merci pour la confiance que vous m’avez toujours accordée.

Ma rencontre avec Ludovic Temple, économiste agricole et Chercheur au Cirad à


Montpellier (France), en novembre 2005 lors d’un colloque international et à l’aube de
iv

cette étude, a insufflé une nouvelle dynamique à ma recherche. Comprendre le


fonctionnement de l’environnement agroalimentaire à diverses échelles (du local au global)
dans sa complexité était un défi que son implication à permis de relever. Cette implication
m’a également permis de bénéficier des facilités du Cirad tout au long de la réalisation de
ce travail. Merci pour votre soutien constant dans ma formation de jeune chercheur.

Je remercie également le Professeur Jean-Louis Chaléard de l’UMR 8586 PRODIG


de l’Université Paris-1 Panthéon-Sorbonne (France) dont l’implication dans l’encadrement
de cette thèse en qualité de membre du Comité scientifique du Projet Prasac/Ardesac a
efficacement aidé à la construction du cadre théorique de l’étude.

Que tous les enseignants du département de géographie de la FALSH trouvent en


ce travail le fruit de leurs efforts au quotidien. Par vos enseignements, vos conseils et
orientations, vous m’avez légué un précieux héritage inépuisable. Mes remerciements vont
notamment au Doyen Iya Moussa de la FALSH, aux Professeurs Michel Tchotsoua Vice-
Doyen chargé de la recherche et Chef de département, et Anselme Wakponou ; ainsi qu’au
Docteur Sylvain Aoudou Doua et Monsieur Briltey Bakulay. Je remercie également
Madame Christine Raimond Chercheure en géographie à l’UMR 8586 PRODIG en
mission de recherche à l’Université de Ngaoundéré (2008-2010), pour son assistance lors
de ma collecte des données complémentaires dans le Nord-Cameroun.

Le Projet PRASAC/ARDESAC au sein duquel j’ai effectué l’essentiel de ma thèse


a été un excellent cadre de formation. Le professeur Robert Ndjouenkeu Chef du
département SAN à l’ENSAI de Ngaoundéré1 et Animateur régional du Programme 3.3.
« Graines alimentaires » a facilité mon implication dans ce Projet. Sa confiance dès notre
rencontre a été un important élément de motivation dans l’amélioration de mes capacités.
Merci pour vos conseils inépuisables.

Comment oublier ceux-là qui m’ont accueilli et encadré au sein du « Programme


3.3. Cameroun » aux côtés de Robert Ndjouenkeu ! Merci Charles Njomaha, Agro-
économiste et Chercheur à l’Institut de recherches agricoles pour le développement

1
Sciences Alimentaires et Nutritions (SAN) ; Ecole nationale supérieure des sciences agro-industrielles
(ENSAI).
v

(IRAD) de Maroua et Christiant Pascal Kouebou, Technologue alimentaire à l’IRAD de


Garoua pour tous nos échanges qui ont contribué à enrichir ce travail. Mes sincères
remerciements à Messieurs Philippe Boumard Coordonnateur Scientifique du PRASAC et
à Seiny Boukar Lamine Coordonnateur général du PRASAC pour leur soutien multiforme.

La finalisation de ce travail au sein du Département de géographie de l’Université


Laval à Québec dans le cadre du Programme canadien du Commonwealth m’a permis de
bénéficier de l’encadrement des Professeures Marie-Hélène Vandersmissen et
Nathalie Gravel. Je vous exprime toute ma gratitude pour vos appuis de dernière heure
certes, mais d’une contribution importante. Merci également à tous mes camarades du
Local 3170 dudit département pour leurs encouragements.

Je remercie mes camarades de promotion et ainés académiques de l’Université de


Ngaoundéré avec qui des discussions permanentes ont contribué à enrichir ce travail. Je
pense notamment à Mediebou Chindji, Félix Watang Zieba, Esther Subïnn Etouke, Haman
Tatoloum et Tob-Ro N’Dilbe.

Je témoigne ma profonde reconnaissance à tous mes frères et soeurs ainsi qu’à tous
ceux et celles qui, de quelque manière que ce soit m’ont soutenu tout au long de cette
étude. Je pense aux Familles Penju, Njomgang et Youte. Merci Yves Youté pour toute ton
assistance. Je ne saurai t’oublier Maman Agathe Njessi pour tous tes encouragements.
Merci Maman Léopoldine Pierrette Mefong d’avoir accepté cet héritage de Maman Fride !
Un grand merci également à Pierre Roger Noulého.

Merci enfin à toi, Feu Julien Awono Messanga, pilier de cette entreprise audacieuse
qu’a été ma décision de poursuivre des études de deuxième et troisième cycles
universitaires dans des conditions les plus difficiles. DIEU LE PÈRE a pourvu !
vi

Résumé

Cette thèse pose le problème de la satisfaction de la demande vivrière des ménages


urbains dans le Nord-Cameroun. Cette demande croissante et diversifiée sous l’effet des
facteurs socio-démographiques (croît naturel, mobilités sud-nord et transfrontalières) et
naturels (exode rural lié à l’impact de la sécheresse sur les campagnes), est dominée par les
céréales (mil/sorgho, maïs et riz). L’insatisfaction se caractérise aujourd’hui par des
ajustements dans le choix des bases alimentaires pour tenir compte des disponibilités sur
les marchés, la diminution du nombre journalier de repas dans certains ménages, la
persistence de la saisonnalité intra annuelle de l’offre particulièrement sur les productions
locales (mil/sorgho, maïs), avec un impact avéré sur la stabilité des prix. Ce travail vise
ainsi à identifier et analyser les facteurs qui contribuent à l’irrégularité de l’offre vivrière
en vue de proposer des voies de son amélioration. A partir d’un référentiel théorique de
géographie économique qui se situe à l’interface d’une contribution de géographie et
d’économie, la démarche méthodologique mobilise quatre diagnostics : un premier sur le
système de consommation qui a porté sur 550 ménages dans les villes de Ngaoundéré,
Garoua et Maroua ; un deuxième sur le système de distribution qui a conduit à s’intéresser
aux détaillants urbains, aux grossistes et aux transporteurs ; un troisième sur le système de
production dominé par les exploitations familiales agricoles ; un quatrième sur le cadre
institutionnel d’accompagnement des acteurs de la production agricole et de la distribution
alimentaire. Les résultats mettent en évidence un ensemble de déterminants majeurs qui
participent à la gouvernance de l’offre alimentaire vivrière dans les villes du Nord-
Cameroun, notamment l’évolution de la demande, la baisse du pouvoir d’achat des
ménages, l’enclavement des zones de production par rapport aux centres de consommation,
les contraintes de l’environnement de production (changement climatique et dynamique
foncière) et les défaillances de la gouvernance institutionnelle. Ces résultats permettent de
conclure que l’offre alimentaire vivrière répond aujourd’hui à un triple enjeu : un enjeu
quantitatif global qui implique de poursuivre l’augmentation des rendements des céréales
qui constituent la base alimentaire régionale ; un enjeu de disponibilités saisonnières
inhérentes aux dysfonctionnements des systèmes d’approvisionnement et de distribution
alimentaires (SADA) et un enjeu financier lié à la baisse du pouvoir d’achat des ménages
et qui nécessite d’activer au niveau macroéconomique des leviers d’amélioration de l’état
de la situation actuelle.
Mots clés : Nord-Cameroun, villes, SADA, déterminants, sécurité alimentaire.
vii

Abstract

This thesis raises the question of the satisfaction of the food demand of urban
households in northern Cameroon. This growing demand and diverse as a result of socio-
demographic factors (natural increase, south-north and border mobilities) and natural (rural
exodus due to the impact of drought on rural areas), is dominated by cereals
(millet/sorghum, maize and rice). The dissatisfaction is now characterized by adjustments
in the selection of bases to reflect food availability in markets, reducing the number of
daily meals in some households, the persistence of intra-annual seasonality in supply
especially on production (millet/sorghum, maize), with a proven impact on price stability.
This work aims to identify and analyze factors contributing to the irregular supply food to
propose ways to improve it. From a theoretical referential of economic geography that lies
at the interface of a contribution of geography and economics, the methodological
approach involves four diagnoses : initially the system of consumption which focused on
550 households in the cities of Ngaoundéré, Garoua and Maroua ; a second on the
distribution system which led to an interest in urban retailers, wholesalers and carriers ; a
third of the production system dominated by family farms ; a fourth of the institutional
framework supporting actors in agricultural production and food distribution. The results
show a set of major determinants involved in the governance of food supply in the cities of
northern Cameroon, including changes in demand, the decline in purchasing power of
households, the isolation production areas in relation to consumption centers, the
constraints of the production environment (climate change and dynamic land) and the
failures of corporate governance. These results support the conclusion that the food supply
now comes with a triple challenge: a quantitative global issue that involves further increase
in grain yields that form the basis regional food ; an issue inherent in a seasonal availability
set of dysfunctional supply systems and food distribution (SADA) and a financial issue
related to the decline in purchasing power of households and that needs to activate the
levers at the macro level to improve the state of the current situation.
Keywords: North Cameroon, cities, SADA, determinants, food security.
viii

Sommaire

Dédicace ...................................................................................................................... i
Avant-propos et remerciements .................................................................................. ii
Résumé ...................................................................................................................... vi
Abstract ..................................................................................................................... vii
Sommaire ................................................................................................................. viii
Table des tableaux ..................................................................................................... ix
Table des figures ........................................................................................................ xi
Table des photos ...................................................................................................... xiv
Table des annexes ..................................................................................................... xv
Table des encadrés .................................................................................................... xv
Liste des abréviations .............................................................................................. xvi
Introduction générale ............................................................................................... 1
Première partie : Caractérisation spatiale et temporelle de l’offre vivrière du
Nord-Cameroun ...................................................................................................... 52
Chapitre 1 : L’offre vivrière locale et ses contraintes .............................................. 54
Chapitre 2 : Le cadre spatial des échanges vivriers dans le Nord-Cameroun .......... 95
Deuxième partie : Evolution de la demande alimentaire et fonctionnement des
systèmes d’approvisionnement urbains .............................................................. 138
Chapitre 3 : La demande alimentaire urbaine......................................................... 140
Chapitre 4 : Le fonctionnement des filières d’approvisionnement vivrier ............. 195
Troisième partie : Les voies de l’adaptation de l’offre à la demande urbaine 263
Chapitre 5 : L’amélioration de l’environnement institutionnel de la production ... 265
Chapitre 6 : Les déterminants organisationnels de l’ajustement de la production . 299
Conclusion générale.............................................................................................. 332
Références bibliographiques .................................................................................. 341
Annexes .................................................................................................................. 366
Index des auteurs .................................................................................................... 403
Table des matières .................................................................................................. 406
ix

Table des tableaux

Tableau 1 : Répartition des ménages enquêtés à Garoua, Maroua et Ngaoundéré par


quartier ................................................................................................................................. 44
Tableau 2 : Bilan céréalier du Nord-Cameroun en tonnes (2010) ....................................... 65
Tableau 3 : Recensement des principales activités agro-alimentaires à Garoua (1999) ..... 68
Tableau 4 : Répartition des aires protégées au Nord-Cameroun en 2006 ........................... 92
Tableau 5 : Evolution de la population du Nord-Cameroun par région administrative
(1976-2010) ....................................................................................................................... 112
Tableau 6 : Le réseau routier dans le Nord-Cameroun en 2009 (en km) .......................... 116
Tableau 7 : Evolution des achats de céréales par le PAM dans le Nord-Cameroun (2003-
2008) .................................................................................................................................. 122
Tableau 8 : Evolution de la création des greniers villageois par le PAM au Nord-Cameroun
(2005-2010) ....................................................................................................................... 123
Tableau 9 : Recensement des commerçants sur les marchés officiels de Garoua par types
de produits vendus (avril 2009) ......................................................................................... 131
Tableau 10 : Calendrier agricole des principales graines alimentaires au Nord-Cameroun
........................................................................................................................................... 155
Tableau 11 : Cumul de production des semences certifiées en tonne (2005-2008) .......... 156
Tableau 12 : Estimation des besoins annuels en mil/sorgho et maïs pour les principales
villes du Nord-Cameroun (2007) ....................................................................................... 161
Tableau 13 : Evolution de la population des principales villes du Nord-Cameroun (1960-
2010) .................................................................................................................................. 166
Tableau 14 : Répartition des migrants selon leur origine géographique dans la population
de Maroua en 1976 ............................................................................................................ 169
Tableau 15 : Proportion des différents groupes ethno-linguistiques dans la population de
Garoua en 1985 .................................................................................................................. 170
Tableau 16 : Actifs occupés suivant les CSP en zone urbaine du Nord-Cameroun (2005)
........................................................................................................................................... 177
Tableau 17 : Influence du revenu sur le choix du mil/sorgho ........................................... 182
Tableau 18 : Influence du revenu sur le choix du maïs ..................................................... 183
Tableau 19 : Prix des prestations de transformation des céréales à Garoua ...................... 190
Tableau 20 : Comparaison des prix appliqués par la MIDEVIV et le marché libre à Garoua
en 1985 .............................................................................................................................. 201
x

Tableau 21 : Les marchés vivriers des villes chef-lieu de province du Nord-Cameroun


(2009) ................................................................................................................................ 213
Tableau 22 : Distribution des grossistes enquêtés en fonction de leur statut principal ..... 224
Tableau 23 : Récapitulatif des charges structurant le commerce céréalier de gros au Nord-
Cameroun .......................................................................................................................... 226
Tableau 24 : Coûts de transport d’un sac de 100 kg de céréale en fonction du type de
véhicule (2008) .................................................................................................................. 229
Tableau 25 : Eléments structurants du prix de vente de gros des céréales sur le marché de
Garoua (janvier 2008)........................................................................................................ 236
Tableau 26 : Evolution des importations de riz au Cameroun (1961-2007) ..................... 248
Tableau 27 : Evolution du fichier national des importateurs du Cameroun (2008-2010) . 249
Tableau 28 : Distribution du riz commercialisé dans le Nord-Cameroun par SOACAM en
tonne (2008-2009) ............................................................................................................. 254
Tableau 29 : Variétés de semences céréalières développées par la recherche dans le Nord-
Cameroun (1964-2008) ..................................................................................................... 269
Tableau 30 : Projets/Programmes du sous-secteur cultures vivrières dans le Nord-
Cameroun (décembre 2009) .............................................................................................. 283
Tableau 31 : Situation globale du stockage communautaire dans la région administrative du
Nord (2004-2008) .............................................................................................................. 294
Tableau 32 : Cumul de production des semences certifiées en tonne (2005-2008) .......... 313
Tableau 33 : Evolution du prix des engrais au Nord-Cameroun (2000-2009) .................. 315
xi

Table des figures

Figure 1 : Le cadre spatial de l’étude .................................................................................. 35


Figure 2 : Proportion de chaque culture dans la production des bases amylacées en 2007
(en %) .................................................................................................................................. 55
Figure 3 : Distribution spatiale de la production céréalière au Nord-Cameroun par
département en 2007 ............................................................................................................ 58
Figure 4 : Distribution spatiale de la production de racines et tubercules au Nord-
Cameroun par département en 2007 .................................................................................... 60
Figure 5 : Distribution spatiale de la production des légumineuses au Nord-Cameroun
département en 2007 ............................................................................................................ 63
Figure 6 : Disponibilités théoriques annuelles par type de céréale par département (en
2007) .................................................................................................................................... 67
Figure 7 : Evolution des précipitations moyennes annuelles dans l’Extrême-Nord (1984-
2009) .................................................................................................................................... 80
Figure 8 : Zones de convergence des migrations récentes dans le Nord ............................. 86
Figure 9 : Evolution des espaces protégés dans la région administrative du Nord (1969-
2004) .................................................................................................................................... 92
Figure 10 : Le semis des marchés vivriers dans le Nord-Cameroun (2010) ..................... 111
Figure 11 : Accessibilité des marchés vivriers dans l’Extrême-Nord (2010).................... 114
Figure 12 : Accessibilité des marchés vivriers dans le Nord (2010) ................................. 115
Figure 13 : Accessibilité des marchés vivriers dans l’Adamaoua (2010) ......................... 116
Figure 14 : Typologie des marchés selon la culture dominante dans la structure de
production .......................................................................................................................... 119
Figure 15 : Infrastructures marchandes et étalement spatial dans la ville de Ngaoundéré
(2010) ................................................................................................................................ 127
Figure 16 : Infrastructures marchandes et étalement spatial dans la ville de Garoua (2010)
........................................................................................................................................... 128
Figure 17 : Infrastructures marchandes et étalement spatial dans la ville de Maroua (2010)
........................................................................................................................................... 129
Figure 18 : Part de chaque produit dans la structure alimentaire des ménages ................. 142
Figure 19 : Fréquences mensuelles (%) de consommation des céréales à l’échelle régionale
(2007) ................................................................................................................................ 144
Figure 20 : Fréquences mensuelles de consommation des céréales à Ngaoundéré (%) .... 146
Figure 21 : Fréquences mensuelles de consommation des céréales à Garoua (%)............ 146
xii

Figure 22 : Fréquences mensuelles de consommation des céréales à Maroua (%) ........... 146
Figure 23 : Fréquences mensuelles (%) de consommation des bases alimentaires au N-C
(%) ..................................................................................................................................... 147
Figure 24 : Responsabilités du choix du mets dans le ménage ......................................... 149
Figure 25 : Choix culinaire au sein du ménage en fonction du quartier de résidence à
Ngaoundéré........................................................................................................................ 150
Figure 26 : Choix culinaire au sein du ménage en fonction du quartier de résidence à
Garoua ............................................................................................................................... 150
Figure 27 : Choix culinaire au sein du ménage en fonction du quartier de résidence à
Maroua ............................................................................................................................... 151
Figure 28 : Instabilité du prix des céréales sur les marchés de Garoua -Nord-Cameroun-
(1993-2007) ....................................................................................................................... 158
Figure 29 : Evolution des prix de gros du sorgho Sp sur le marché de Maroua (2003-2008)
........................................................................................................................................... 159
Figure 30 : Evolution des prix de gros du sorgho Ss sur le marché de Maroua (2003-2008)
........................................................................................................................................... 159
Figure 31 : Causes des modifications des produits consommés par les ménages (2007) . 164
Figure 32 : Evolution de la population des principales villes du Nord-Cameroun (1960-
2010) .................................................................................................................................. 166
Figure 33 : Proportion des urbains non natifs dans le Nord-Cameroun par région
administrative en 2005 ...................................................................................................... 171
Figure 34 : Actifs occupés en fonction des secteurs d’activités en zone urbaine du Nord-
Cameroun (2005) ............................................................................................................... 176
Figure 35 : Actifs occupés suivant les CSP en zone urbaine du Nord-Cameroun (2005) . 178
Figure 36 : Distribution des niveaux de revenus moyens des ménages urbains au Nord-
Cameroun .......................................................................................................................... 179
Figure 37 : Fréquences mensuelles de consommation du mil/sorgho selon le revenu du
ménage ............................................................................................................................... 181
Figure 38 : Fréquences mensuelles de consommation du maïs selon le revenu du ménage
........................................................................................................................................... 181
Figure 39 : Fréquences d’achat des produits sur les marchés de Garoua .......................... 185
Figure 40 : Distribution spatiale des moulins à céréales à Garoua (2009) ........................ 192
Figure 41 : Schéma synoptique de l’implication des types d’acteurs dans le ravitaillement
urbain au Cameroun (1960-2009) ..................................................................................... 198
Figure 42 : Schéma simplifié de la politique d’intervention de l’Etat dans la production et
la distribution vivrière au Nord-Cameroun (1960-1990) .................................................. 200
xiii

Figure 43 : Circuits de commercialisation des céréales locales dans le Nord-Cameroun . 211


Figure 44 : Distribution des grossistes de mil/sorgho, maïs et riz local selon la valeur du
capital initial ...................................................................................................................... 220
Figure 45 : Organisation des circuits courts d’approvisionnement urbain ........................ 223
Figure 46 : Organisation des circuits longs d’approvisionnement urbain dans le Nord-
Cameroun .......................................................................................................................... 231
Figure 47 : Schéma descriptif des circuits d’achat et d’évacuation des grains alimentaires
dans l’arrondissement de Touboro .................................................................................... 233
Figure 48 : Structure de la filière d’approvisionnement des villes du Nord-Cameroun en riz
importé ............................................................................................................................... 250
Figure 49 : Evolution des importations céréalières du Cameroun (1961-2006)................ 265
Figure 50 : Zones agro-écologiques du Cameroun ............................................................ 272
Figure 51 : Les acteurs non étatiques de la vulgarisation agricole dans le Nord-Cameroun
depuis 1970 ........................................................................................................................ 281
xiv

Table des photos

Photo 1 : Unité artisanale de décorticage de paddy à Maga ................................................ 71


Photo 2 : Dispositif de détoxication/ramollissement du manioc dans une rivière à Vela-
Mbaï (Adamaoua) ................................................................................................................ 73
Photo 3 : Marché de Siri dans l’arrondissement de Touboro ............................................ 107
Photo 4 : Une vue du marché frontalier de Figuil ............................................................. 107
Photo 5 : Scellage des magasins de stockage des produits vivriers au marché de Ngong 108
Photo 6 : Précarité des équipements de commercialisation des vivres sur les marchés
urbains ............................................................................................................................... 132
Photo 7 : Valorisation des friches urbaines par la pratique de l’agriculture urbaine......... 189
Photo 8 : Bon d’enlèvement des céréales dans les magasins de l’Office céréalier après
paiement ............................................................................................................................ 203
Photo 9 : Bousculades pour l’achat des céréales à la direction générale de l’Office à
Garoua ............................................................................................................................... 204
Photo 10 : Vente de la production vivrière le long des voies routières interurbaines ....... 236
Photo 11 : Stockage des sacs de grains sur les servitudes dans les marchés urbains ........ 237
Photo 12 : Camions dans les bourbiers sur la nationale N°1 au lieudit Mirinda (35 km de
Meiganga) .......................................................................................................................... 244
Photo 13 : Effondrement du pont de Wouldé et transbordement d’un chargement de vivres
........................................................................................................................................... 244
Photo 14 : Véhicules utilisés pour le transport de gros de courtes distances .................... 246
Photo 15 : Véhicules de transport des produits des marchés de regroupement vers les villes
........................................................................................................................................... 246
Photo 16 : Bureau régional de SOACAM pour le Nord-Cameroun à Ngaoundéré .......... 253
Photo 17 : Précarité des conditions de vente au détail sur les marchés urbains ................ 257
Photo 18 : Formes courantes de stockage paysan au Nord-Cameroun.............................. 292
Photo 19 : Exemple de structure de stockage communautaire construite par l’Ambassade
des USA au Cameroun ...................................................................................................... 295
xv

Table des annexes

A : Difficultés rencontrées au cours de l’étude ……………………………………… 376


B : Questionnaires d’enquêtes adressés aux consommateurs, détaillants, grossistes et
transporteurs ………………………………………………………………………… 377
C : Relevés comparatifs des prix moyens des principales denrées alimentaires de
l’Extrême-Nord ……………………………………………………………………… 398
D : Statistiques d’achats et de ventes de l’Office céréalier du Cameroun (1999-2010)... 399
E : Fiches d’inscription au fichier des importateurs du Cameroun ………………… 401
F : Evolutions des importations des céréales du Cameroun ………………………… 404
G : Principaux projets et programmes inscrits au portefeuille du MINADER dans le sous-
secteur des cultures vivrières en 2009 ……………………………………………… 405

Table des encadrés

Enacdré 1 : Extrait du décret présidentiel portant création de l’observatoire des


changements climatiques au Cameroun ……………………………………………. 77
Encadré 2 : Commentaire photos 8 et 9 ……………………………………………… 203
Encadré 3 : Récit de vie retraçant le parcours d’une grossiste dans le Nord-Cameroun .234
Encadré 4 : Commentaire photo 13………………………………………………… 244
Encadré 5 : Extrait du rapport d’activité de l’ONG CAFOR en 2007 sur la prestation
auprès du PNDRT…………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………..305
Encadré 6 : Extrait du rapport d’activité de l’ONG CAFOR en 2009 sur la prestation
auprès du FNE ……………………………………………………………………….. 306
xvi

Liste des abréviations

ACEFA : Appui à la Compétitivité des Exploitations Familiales Agricoles


ADRAO: Association pour le développement de la riziculture en Afrique de l’Ouest
APROSTOC : Association des producteurs-stockeurs de céréales
ARDESAC : Appui a la recherche régionale pour le développement durable des savanes
d’Afrique centrale
BAD : Banque africaine de développement
BCD : Banque Camerounaise de Développement
BIRD : Banque internationale pour la reconstruction et le développement
BIT : Bureau International du Travail
BM : Banque mondiale
BUCREP : Bureau Central du Recensement et des Etudes de Population du Cameroun
C2D : Contrat de désendettement-développement
CAC : Crédit agricole du Cameroun
CAMRAIL : Cameroon Railway
CB : Projet Centre Bénoué
CDD : Comité Diocésain de Développement
CEMAC : Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale
CFD : Caisse Française de développement
CFDT : Compagnie française pour le développement du textile
CILSS : Comité permanent Inter-Etats de Lutte contre la Sécheresse
CIRAD : Centre de coopération internationale en recherche agronomique et le
développement
CNRS : Centre national de la recherche scientifique
CSP : Catégorie socioprofessionnelle
DPGT : Développement Paysannal et Gestion de Terroir
DSCN : Direction de la statistique et de la comptabilité nationale
xvii

EBG : Enquête Budget-Consommation


ECAM : Enquête Camerounaise auprès des Ménages
EESI : Enquête sur l’emploi et le secteur informel
EFA : Exploitation Familiale Agricole
EMF : Etablissement de Micro Finance
EMPRES : Système de Prévention et de Réponse Rapide contre les ravageurs et les
maladies transfrontières des animaux et des plantes
FAC : Fonds d’Aide et de Coopération
FAO : Organisation des Nations-Unies pour l’Agriculture et l’Alimentation
FED : Fonds Européen pour le Développement
FI : Fonds Islamique
FIDA : Fonds International de Développement Agricole
FIMAC : Fonds d’Investissement de Microréalisations Agricoles et Communautaires
FMI : Fonds monétaire international
FONADER : Fonds National de Développement Rural du Cameroun
GIC : Groupe d’Initiative Commune
GICAM : Groupement Inter-Patronal du Cameroun
GTZ : Coopération technique allemande
IITA : Institut international d’agriculture tropicale
INC : Institut National de Cartographie du Cameroun
INS : Institut national de la statistique du Cameroun
IRA : Institut de recherche agronomique du Cameroun
IRAD : Institut de Recherche Agricole pour le Développement
IRD : Institut de recherche pour le développement
MAÏSCAM : Maïseries du Cameroun
MEADEN : Mission d'Etudes pour l'Aménagement et le Développement de la région du
Nord
MIDEVIV : Mission de développement des cultures vivrières et maraîchères du Cameroun
MINADER : Ministère de l’agriculture et du développement rural
xviii

MINEPAT : Ministère de l’économie, de la planification et de l’aménagement du territoire


MINEPIA : Ministère de l’élévage, des pêches et des industries animales
MIRAP : Mission de régulation des approvisionnements des produits de grande
consommation
NCRA : National Cereal Research and Extension
NEB : Projet Nord-Est Bénoué
NERICA : New rice for Africa
OCDE : Organisation de Coopération et de Développement Economiques
OCISCA : Observatoire du Changement et de l’Innovation Sociale au Cameroun
OGM : Organisme génétiquement modifié
ONAREST : Office National de la Recherche Scientifique et Technique du Cameroun
ONG : Organisation non-gouvernementale
ONU : Organisation des Nations-Unies
OP : Organisation des producteurs
OPCC-GIE : Organisation des Producteurs de Coton du Cameroun – Groupement
d’Intérêt Economique
ORSTOM : Office de recherche scientifique et technique d’outre-mer
OUA : Organisation de l’union africaine
PAAR : Projet d’appui à l’autopromotion rurale
PAIJA : Programme d’appui à l’installation des jeunes agriculteurs de Wassandé
(Adamaoua-Cameroun)
PAM : Programme Alimentaire Mondial
PA-PSSA : Projet d’appui au Programme spécial de sécurité alimentaire
PARFAR : Programme d’amélioration du revenu familial rural dans les provinces
septentrionales du Cameroun
PAS : Programme d’ajustement structurel
PD : Pays développé
PDOB : Projet de développement de l’Ouest Bénoué
PIB : Produit intérieur brut
PNAFM : Programme national d’appui à la filière maïs
xix

PNDRT : Programme national de développement des racines et tubercules


PNUD : Programme des Nations-Unies pour le Développement
PNVBF : Programme national de valorisation des bas-fonds
PNVRA : Programme national de vulgarisation et de recherche agricole
PRASAC : Pôle régional de recherche appliquée au développement des savanes d’Afrique
centrale (devenu en 2010 Pôle régional de recherche appliquée au développement des
systèmes agricoles d’Afrique centrale)
PREPAFEN : Programme de réduction de la pauvreté en faveur des femmes dans
l’Extrême-Nord
PROCELOS : Programme Régional de promotion des Céréales Locales au Sahel
PTF : Partenaires techniques et financiers
PVD : Pays en voie de développement
REGIFERCAM : Régie ferroviaire du Cameroun
SADA : Système d’approvisionnement et de distribution alimentaire
SAGA : Société Anonyme de Gérance des Armements
SAILD : Service d’appui aux initiatives locales de développement
SDV : Scac Delmas Vieljeux
SEB : Projet Sud-Est Bénoué
SEMRY : Société d’expansion et de modernisation de la riziculture irriguée de Yagoua
SMA : Sommet mondial de l’alimentation
SNV : Organisation Neerlandaise de développement
SOCAPALM : Société Camerounaise de palmeraies
SODEBLE : Société de développement de la culture du blé au Cameroun
SODECOTON : Société de développement du coton du Cameroun
SOSUCAM : Société sucrière du Cameroun
TCL : Tchad-Cameroon Logistics
UE : Union Européenne
USAID : Agence des Etats-Unis pour le développement international
ZIC : Zone d’intérêt cynégétique
1

Introduction générale

Contexte de l’étude et position du problème


La faim constitue depuis une soixantaine d’années l’un des pires fléaux pesant sur
la conscience collective à l’échelle mondiale. Cette situation a amené aussi bien les
institutions nationales et internationales que les structures de recherche à accorder un
intérêt particulier à la question de l’alimentation. En 1937 déjà le Comité International de
la Nutrition exprime clairement la nécessité de concevoir des politiques alimentaires
nationales et internationales (Padilla, 1997). En 1996 les dirigeants mondiaux se réunissent
à Rome à l’occasion du Sommet mondial de l’alimentation (SMA) pour examiner les
moyens de vaincre le fléau de la faim. Ils s’engagent à poursuivre leurs efforts pour
éradiquer la faim dans tous les pays et se fixent pour objectif immédiat de réduire de moitié
le nombre de personnes sous-alimentées avant 2015 (FAO, 2006). Pour traduire dans les
faits cette volonté affichée de la communauté internationale, les questions alimentaires ont
été placées en priorité sur la liste des mesures en faveur du développement humain, par la
création en 2000 du « droit à l’alimentation2 » par l’Assemblée Générale des Nations-
Unies (Ziegler, 2003).

Dans les pays développés (PD) les préoccupations sont depuis une vingtaine
d’années centrées autour du besoin d’assurer aux consommateurs une qualité saine des
produits commercialisés et aussi préserver l’identité culinaire des terroirs de production.
Les mouvements Slow Food, Eco-food, Locavore et Agriculture soutenue par les
communautés (ASC) ont émergé dans la décennie 1990 en Europe de l’Ouest et en
Amérique du Nord principalement, en réaction à la montée rapide des Fast foods qui ont
tendance à homogénéiser les comportements de consommation (Petrini, 2006 ; Ostrom,
2008 ; CAAAQ, 2008). Dans la très grande majorité des pays en voie de développement

2
« Le droit à l’alimentation est le droit d’avoir un accès régulier, permanent et libre, soit directement, soit au
moyen d’achats monétaires, à une nourriture quantitativement et qualitativement adéquate et suffisante,
correspondant aux traditions culturelles du peuple dont est issu le consommateur, et qui assure une vie
psychique et physique, individuelle et collective, libre d’angoisse, satisfaisante et digne. » (Ziegler, 2002).
2

(PVD) par contre le souci demeure encore celui d’assurer aux populations un accès
quantitatif aux produits alimentaires. Ces pays souffrent encore entre autres, de la faible
productivité agricole, des difficultés d’acheminement de la production des campagnes vers
les centres urbains de consommation, de la faible circulation de l’information de marché
entre les acteurs, d’un pouvoir d’achat des consommateurs de plus en plus bas.

Le rapport de la FAO sur l’état de l’insécurité alimentaire en 2006 indique en effet


qu’au cours de la période 2001-2003, le nombre de personnes sous-alimentées s’élevait
encore à 854 millions de par le monde, dont 820 millions dans les pays en développement,
25 millions dans les pays en transition et 9 millions dans les pays industrialisés. Ce nombre
représente le double de celui fixé comme objectif du SMA à atteindre d’ici 2015, soit
412 millions. Parmi les régions en développement le défi le plus colossal est celui auquel
doit faire face l’Afrique subsaharienne, car c’est la région où la prévalence de la sous-
alimentation demeure la plus forte. Une personne sur trois étant dans l’incapacité d’accéder
à une nourriture suivant les normes alimentaires utilisées. Selon les projections, d’ici 2015
près de 30 % des personnes sous-alimentées du monde en développement vivront en
Afrique subsaharienne, contre 20 % en 1990-92 (FAO, 2006). Les manifestations contre la
vie chère survenues dans de nombreuses villes africaines en 2008 ont montré que le
phénomène de sous alimentation s’est déplacé des campagnes vers les villes avec
d’importantes conséquences néfastes sur la stabilité sociale.

Cette situation alarmante est aujourd’hui d’autant plus préoccupante au regard de la


diversité des politiques publiques mises en place à travers le monde en général, et dans les
PVD en particulier pour faire face à la sous-alimentation et à la malnutrition. Les Etats ont
en effet adopté chacun selon son contexte socio-économique et/ou naturel un certain
nombre de mesures visant à assurer à leur population, un meilleur accès à l’alimentation.
Dans le cadre de leur mise en œuvre, « … la conception du rôle essentiel de l’Etat a trouvé
son point de maturité avec la planification alimentaire. L’idée principale qui sous-tendait
ces mesures était que la sous-alimentation et la malnutrition pouvaient être réduites ou
supprimées par une série de mesures techniques, sans remettre fondamentalement en cause
la répartition des produits de l’économie et sans nécessiter de réformes sociales
profondes. » (Padilla, 1997). A cet effet, le lendemain des indépendances africaines est
3

caractérisé par un interventionnisme tous azimuts des Etats dans l’économie agricole, avec
un important appui des Partenaires Techniques et Financiers (FMI, BM, FED, FI, BAD
entre autres). La décennie soixante dix peut être considérée à juste titre comme l’ère des
« plantations d’Etat » dans de nombreux pays africains (Boutrais, 1982 ; Courade, 1983 ;
Schwartz, 1989 ; Bikoï, 1991), mais également des sociétés publiques d’encadrement et de
formation des paysans d’une part, de distribution alimentaire d’autre part (Arditi, 2005).

En Egypte par exemple, assurer à l’ensemble de la population un accès aux


ressources alimentaires et maintenir à un bas niveau les prix des produits alimentaires,
étaient parmi les rôles les plus importants que l’Etat s’était donné dans la décennie 1980.
Pour y parvenir un système très complexe avait été institué permettant à l’Etat de contrôler
toute la filière alimentaire du producteur jusqu’au consommateur à travers trois actions
majeures (Khouri-Dagher, 1988) :
- garantir une disponibilité suffisante des produits essentiels à travers le contrôle de
l’offre ;
- rendre les produits financièrement accessibles aux consommateurs ;
- assurer un minimum vital à tous, par des subventions aux produits.

Ce schéma loin d’être l’apanage de l’Egypte, a été institué dans plusieurs pays, et
l’importance des moyens (institutionnels, techniques et financiers) mis en place était
porteuse d’espoirs pour une sécurité alimentaire durable.

En Côte-d’Ivoire également, le gouvernement souligne dès le début de


l’indépendance l’importance qu’il accorde aux productions alimentaires (Chaléard, 1996).
En 1980 l’Etat disposait de plus de 45 % du capital cumulé des entreprises du secteur
moderne (Bohoum Bouabré, Kouassy et Oussou, 1997), et la période 1960-1980 y était
considérée comme l’âge d’or des entreprises publiques (Contamin, 1997), liées directement
ou indirectement aux questions alimentaires. Les mesures prises visaient ainsi à satisfaire
la demande alimentaire de la population en général, mais davantage de la population
urbaine dont les perspectives de croissance étaient très tôt perceptibles. Entre 1950 et 1998
le taux de croissance annuelle de la population urbaine en Afrique est resté supérieur à
4

4 %3. Si à l’aube des indépendances un Africain sur cinq pouvait être considéré comme
citadin, ce rapport est aujourd’hui d’un sur trois (Hatcheu, 2003). La mise en place des
conditions d’une offre alimentaire locale s’inscrivait donc comme un souci majeur des
jeunes Etats, de réduction des importations et par conséquent de la dépendance alimentaire.

Au Cameroun, l’intervention de l’Etat dans le domaine de l’offre alimentaire au


lendemain de l’indépendance est davantage motivée par l’individualisation très marquée
des zones agro écologiques qui structurent le territoire, avec pour effet direct une
spécialisation agricole entre le nord du Cameroun, domaine des savanes4 et le sud espace
forestier. Cette spécialisation s’affirme officiellement dès la décennie 1960 avec la création
de plusieurs agro-industries publiques en fonction des potentialités agro climatiques de
chaque région. C’est dans cette logique que sont créées la Société sucrière du Cameroun
(SOSUCAM) en 1964 en zone forestière (Mbandjock), la Société camerounaise des
palmerais (SOCAPALM) en 1968 dans le littoral camerounais, la Société d’expansion et
de modernisation de la riziculture de Yagoua (SEMRY) en 1971 dans la plaine du Logone
et la Société de développement de la culture de blé (SODEBLE) en 1975 sur le plateau de
l’Adamaoua entre autres. Pour assurer leur financement, des établissements bancaires
spécialisés sont créés : le Fonds national de développement rural (FONADER) en 1973, la
Banque camerounaise agricole (BCA) en 1972 et le Crédit Agricole du Cameroun (CAC)
en 1991. La chaîne alimentaire est complétée par la création en 1973 d’une société de
distribution urbaine de vivres, la Mission de développement et de commercialisation des
produits vivriers et maraîchers (MIDEVIV) et d’une société de régulation des stocks de
céréales au Nord-Cameroun, l’Office céréalier en 1975). Toutes ces structures ont fait de
l’Etat Camerounais un des acteurs clés de l’offre alimentaire urbaine jusqu’à la décennie
1990, période au cours de laquelle l’on a assisté à son retrait du ravitaillement des villes.
Ce retrait est marqué par la fermeture de nombreuses agro-industries publiques dont la
SODEBLE et la MIDEVIV ; ainsi que par le ralentissement du fonctionnement de

3
[Link]
4
Du fait de l’importance de la végétation de savane l’appellation de nord savanicole est également employée
par divers auteurs et institutions pour caractériser l’écologie de cet espace fragile. D’où l’emploi de Nord-
Cameroun qui désigne également nord savanicole.
5

certaines autres (Office Céréalier, SEMRY). Tout en mettant en évidence le rôle


fondamental des acteurs privés dans l’approvisionnement et la distribution alimentaires, ce
désengagement de l’Etat a révélé la difficulté pour certaines régions du pays, en
l’occurrence le Nord-Cameroun, à assurer par elles-mêmes une certaine disponibilité
alimentaire permanente à leurs populations.

Le Nord-Cameroun est situé entre les 6°N et 13°N ; il s’étend du Lac Tchad aux
régions de la zone de contact forêt-savane sur une superficie de 163 854 km², soit 35 % du
territoire national, avec une population estimée à 6,5 millions (BUCREP, 2010). Il couvre
trois régions administratives : l’Adamaoua, le Nord et l’Extrême-Nord. Par opposition à la
partie méridionale du Cameroun, cet ensemble géographique aussi appelé « Cameroun
septentrional » ou « Grand Nord Cameroun », a toujours souffert de la sévérité de son
milieu naturel et de la récurrence des crises alimentaires qui interpellent fréquemment la
communauté nationale et internationale. Au-delà de ces deux clichés les plus
caractéristiques, l’environnement nord-camerounais peut être appréhendé à travers une
série de facteurs géographiques, démographiques, et socio-économiques.

Du point de vue géographique, le Nord-Cameroun rassemble l’ensemble des


paysages soudano-sahéliens (Beauvilain, 1989). Les principales unités de relief sont le
plateau de l’Adamaoua, les hautes terres de l’Extrême-Nord (Mont Mandara) et les basses
terres (pédiments et plaine) du Nord et de l’Extrême-Nord (Wakponou, 2004). Au plan
climatique, la dégradation des conditions pluviométriques est rapide entre les 1 400 mm de
pluviosité annuelle des climats soudaniens du sud du bassin de la Bénoué sur le plateau de
l’Adamaoua, sur un peu plus de 7 mois de saison pluvieuse, et les moins de 400 mm du
climat sahélien des confins du lac Tchad concentrés entre la mi-juin et la mi-septembre. A
l’inverse des précipitations, les extrêmes des températures s’exacerbent du Sud au Nord
faisant croître l’amplitude moyenne de 4 à 10 degrés. Mais cette moyenne masque les
écarts importants entre les températures maximales d’avril et mai, particulièrement
éprouvantes avec des maxima quotidiens compris entre 40 et 45 degrés, et les minima de
décembre et janvier partout inférieurs à 15 degrés, et même à 10 degrés dans la pointe
septentrionale (lac Tchad). La sévérité de la saison sèche marque fortement le paysage et
rythme la vie quotidienne des populations rurales en l’occurrence. L’absence ou la
6

présence de l’eau constitue une contrainte majeure au développement des activités


agricoles, du fait soit de la sécheresse qui compromet le cycle végétatif des plantes, soit
des inondations qui détruisent les cultures. La principale conséquence reste la variabilité de
la production agricole d’une année à l’autre, production dominée par les céréales et les
légumineuses.

Au plan démographique le Nord-Cameroun a connu des évolutions remarquables à


l’image de la grande majorité des pays d’Afrique subsaharienne. Sa population totale est
passée de moins de 2 250 000 habitants en 1976, à 5,6 millions en 2005 et à 6,5 millions en
2010. Les villes abritent selon le dernier recensement de 2005 moins de 35 % de cette
population, proportion bien inférieure à la tendance nationale qui établit une relative parité
entre populations urbaines et rurales. Les mouvements des campagnes vers les villes dans
cette partie du pays restent ainsi peu importants, même si l’environnement urbain semble
témoigner que l’on s’achemine vers une saturation de l’espace bâti. Aux mouvements
campagnes-villes amorcés depuis la décennie 1970, s’ajoutent les flux transfrontaliers
causés par la persistance de l’instabilité politique dans certains pays voisins en
l’occurrence le Tchad et la République Centrafricaine, qui contribuent à l’augmentation et
à la diversification des populations urbaines au Nord-Cameroun (le cas des tchadiens à
Kousseri et Maroua). L’ouverture de cette entité géographique sur la côte à travers
l’amélioration des voies de communication routières a par ailleurs accéléré les mobilités
sud-nord et inversement, qu’atteste aujourd’hui une forte présence des ressortissants sud-
camerounais dans les villes septentrionales. La population urbaine était estimée à
1 522 463 habitants en 2005 et 1 703 953 en 2010 (BUCREP, Op. Cit.). Les principales
villes, chefs-lieux de régions administratives en concentrent plus de 50 %, ce qui
représente d’un point de vue alimentaire un important marché à satisfaire, portant de plus
en plus sur une gamme variée de produits.

Par ailleurs, coincé entre le Nigeria à l’ouest, le Tchad au nord et à l’est et la


République Centrafricaine au sud-est, le Nord-Cameroun est une région fortement
pénalisée sur le plan économique. Son enclavement par rapport au littoral Camerounais a
ouvert la voie à une économie basée sur le commerce transfrontalier à travers l’axe fluvial
Niger-Bénoué, longtemps considéré comme le cordon ombilical du Cameroun
7

septentrional, et depuis une vingtaine d’années par voie routière, du fait de la porosité des
frontières. De 1920 à 1983, le volume total des échanges marchands sur la Bénoué,
principal cours d’eau de la région, a atteint 61 453 tonnes (Roupsard, 1987). La région est
d’accès difficile du fait de sa continentalité, de la lourdeur du relief et de la grande
faiblesse du réseau des voies de communication, situation à l’origine de sa dépendance
économique vis-à-vis du Nigeria d’une part, et des grands centres nationaux de décision et
de production dans la partie méridionale d’autre part (Simeu Kamdem, 2004). L’économie,
fortement ruralisée souffre encore des effets de l’instabilité du marché international de
coton, principale ressource des paysans5, et de l’ajustement structurel dont la manifestation
la plus marquante aura été le désengagement de l’Etat dans l’encadrement agricole.
L’envolée des prix des intrants particulièrement observée ces quinze dernières années (plus
de 70 % d’augmentation), constitue pour les exploitations familiales agricoles (EFA) qui
assurent l’essentiel de la production vivrière une vraie gageure, contribuant ainsi à la
réduction de leurs revenus monétaires, et par conséquent des disponibilités alimentaires
régionales sur les céréales et les légumineuses. La deuxième enquête camerounaise auprès
des ménages réalisée en 2001 révèle que plus de 50 % de la population des régions du
Nord et de l’Extrême-Nord vivent dans les ménages pauvres, avec un seuil de pauvreté
estimé à 232 547 FCFA par an et par équivalent adulte en 2001 (soit moins de 650 FCFA
par jour), contre 310 547 au plan national (plus de 850 FCFA par jour) -DSCN, 2002-.
Cette incidence représente au plan géographique le taux de pauvreté le plus élevé dans le
pays, la moyenne nationale étant de 40,2 %. Elle est plus prononcée dans l’Extrême-Nord
(56,3 %) par rapport au Nord (moins de 53 %). Cette pauvreté apparaît plus accentuée en
zone urbaine et se répercute sur les dépenses alimentaires. En 1996 le montant total des
dépenses alimentaires des ménages au plan national s’est élevé à 977 milliards de FCFA.
Les villes de Yaoundé et Douala ont représenté à elles seules 30 % tandis que le Sud Semi-
urbain, le Nord Semi-urbain, les zones de forêt, des hauts plateaux et des savanes ont
représenté respectivement 11,11 %, 7,79 %, 12,03 %, 19,97 % et 19,74 % (Dury et al.,

5
Au Cameroun, la culture cotonnière est pratiquée par 300 000 à 350 000 ‘cotonculteurs’ permettant
d’atteindre une production record de plus de 300 000 tonnes de coton-graine en 2004 (Levrat, 2007). Ce
nombre a cependant diminué de près de la moitié depuis 2008 suite à la persistance de la crise cotonnière.
8

2000). Les zones urbaines nord-camerounaises présentaient ainsi la plus faible proportion
en dépenses de consommation alimentaire.

A la lumière des éléments du contexte nord-camerounais ci-dessus, et bien que la


région fasse l’objet d’expériences et de sollicitudes diverses [Recherches agricoles (IRAD,
NCRA, IITA, IRD, CIRAD), Projets de développement (NEB, SEB, CB, PDOB…),
appuis institutionnels (MINADER, ONG), Aides alimentaires (PAM, Coopération
Française…)6], la demande alimentaire en général, et urbaine en particulier reste
quantitativement et qualitativement insatisfaite.

Si un certain nombre de travaux permettent aujourd’hui de connaître l’organisation


et le fonctionnement de l’offre alimentaire dans les métropoles au Sud-Cameroun (Santoir,
1995 ; Simeu Kamdem, 1996 ; Temple et Dury, 2003 ; Hatcheu, 2003 et 2006), les
marchés alimentaires urbains au Nord-Cameroun restent peu caractérisés7. Comme le fait
remarquer Lesaffre (2004)8, leurs acteurs, ruraux et citadins, sont très nombreux, mobiles,
répartis sur de vastes bassins d’approvisionnement, ce qui rend difficile leur identification.
Leurs activités sont multiples, pas toujours déclarées, et échappent donc souvent aux
appareils statistiques. Leur organisation est liée au fonctionnement social propre à chaque
société. La mesure de leurs poids économique, la compréhension de leur fonctionnement,
l’évaluation de leurs forces et faiblesses actuelles et futures, l’identification et l’évaluation
de leurs innovations sont autant de défis nouveaux posés à la recherche, et c’est dans cette
perspective que s’inscrit ce travail.

6
Les Projets NEB, SEB, CB, PDOB, correspondent aux différentes phases d’appui à l’installation des
migrants dans la vallée de la Bénoué (province du Nord) ; pour désigner le site d’installation suivant chaque
phase, l’orientation géographique était employée, d’où les différentes dénominations Nord-Est Bénoué
(NEB), Sud-Est Bénoué (SEB), Centre Bénoué (CB), Projet de développement de l’ouest-Bénoué (PDOB).
7
Plusieurs programmes de recherche sur les filières alimentaires dans la région ont été conduits entre 2004 et
2009 dans le cadre du programme ARDESAC. Mais leur individualisation suivant les groupes de produits
(graines alimentaires, fruits et légumes) ne permet pas toujours, malgré la masse des données disponible,
d’avoir une vision d’ensemble sur les questions de l’alimentation urbaine dans la région.
8
Benoît Lesaffre (2004). ‘L’alimentation des villes : de nouveaux défis pour la recherche’. In Cahiers
Agricultures 2004 ; 13 : 9
9

Le Nord-Cameroun face à la controverse sur la sécurité alimentaire en Afrique


subsaharienne

D’après la FAO (1996), La sécurité alimentaire existe lorsque dans une


communauté humaine tous les membres ont à tout moment, un accès physique et
économique à une nourriture suffisante, saine et nutritive leur permettant de satisfaire leurs
besoins énergétiques et leurs préférences alimentaires pour mener une vie saine et active.
La sécurité alimentaire comporte quatre dimensions : (i) disponibilité de la nourriture en
quantité suffisante ; (ii) stabilité de l’approvisionnement ; (iii) accessibilité physique et
économique des denrées ; et (iv) qualité et sécurité sanitaire des aliments. Une personne en
insécurité alimentaire court le risque, à un moment donné, d’être confrontée à une pénurie
alimentaire et de se retrouver sous-alimentée. La notion de sous-alimentation quantitative
signifie que l’on absorbe moins de 1 720 à 1 960 Kcal/jour (les normes FAO sont de
2 300 Kcal/jour) ; la sous-alimentation qualitative signifie que l’on absorbe suffisamment
de calories, mais que certaines substances nutritives, telles que les protéines ou les
vitamines, font défaut dans l’alimentation.

A partir des statistiques disponibles à l’échelle mondiale (FAO, 2006), l’Afrique


subsaharienne est la partie du monde la plus affectée par l’insécurité alimentaire, même si
la situation varie d’une région à une autre. L’Afrique occidentale et l’Afrique australe ont
connu une relative stabilisation du nombre des sous-alimentés au cours des années 1990
tandis que la situation s’est considérablement aggravée en Afrique centrale et orientale9.
Entre 2003 et 2005, près de 60 % de la population de l’Afrique centrale étaient sous
alimentés. Au cours de la même période, 21 % de la population camerounaise étaient sous
alimentés, soit 4 millions de personnes (FAO, 2008). Bien qu’il y ait eu un net recul par
rapport à la période 1995-97 (5,2 millions), cette proportion reste importante.

Deux tendances s’affrontent depuis une vingtaine d’années sur la question de la


sécurité alimentaire dans les pays en développement en général, et en Afrique

9
[Link] (Consulté le 10 janvier 2008)
10

subsaharienne en particulier (Banque Mondiale, 1981 ; Richard ; 1992 ; Bricas et


Abdoulaye Seck, 2004).

a) Celle qui prône une augmentation quantitative de la production vivrière afin de


permettre une plus grande disponibilité et une accessibilité des denrées à tous ;
b) Celle qui soutient l’idée d’une amélioration qualitative (nombre de travaux
récents insiste davantage sur la segmentation des marchés et le rôle de la qualité
dans la compétitivité des produits).

Si le discours sur la sécurité alimentaire est récurrent au Cameroun ces dix


dernières années, les politiques mises en œuvre jusqu’ici ont prioritairement visé une
amélioration des disponibilités quantitatives par des appuis à l’intensification de la
production nationale (MINADER, 2006), bien que certaines mesures fiscales tendent à
favoriser les importations de riz et de blé. Le concept de sécurité alimentaire a
progressivement supplanté celui d’autosuffisance alimentaire abondamment utilisé durant
les décennies 1970 et 1980.

L’expression d’autosuffisance alimentaire émerge en Afrique en général vers la fin


des années 60. Elle est davantage perçue par nombre d’observateurs comme une sorte
d’autarcie nationale dans laquelle le pays produirait à peu près toutes les denrées qu’il
consomme. Elle se trouve intégrée dans la plupart des plans de développement économique
et social diversement nommés selon le pays (au Cameroun on a parlé des Plans
quinquennaux). Sa mise en œuvre s’articule autour d’un schéma classique qui mobilise les
domaines de la production, la distribution et la consommation. Elle implique toutefois la
prise en compte des mesures macroéconomiques (partenariats commerciaux, accords de
sécurité alimentaire avec les pays voisins…). Pour Carel (1988) l’expression exprime une
priorité dont le sens n’est pas toujours évident. Une telle acception pose problème dans un
contexte d’ouverture des villes africaines à la consommation des produits importés (blé,
riz, maïs…).

C’est en 1973 que le président Ahmadou Ahidjo lance officiellement la politique


d’autosuffisance alimentaire au Cameroun au cours du comice agropastoral de Buéa. Sa
concrétisation est marquée par de gros investissements publics dans le domaine de l’agro
11

alimentaire. L’objectif est de développer un tissu industriel capable de réduire de façon


significative les importations alimentaires croissantes. La mise en œuvre implique moins
les exploitations familiales agricoles dominantes davantage orientées vers les productions
d’exportation (cacao, café, coton…) à travers des mesures incitatives, que les agents des
structures étatiques. Dans les années 1980, la FAO évaluait à 90 % le niveau
d’autosuffisance alimentaire du Cameroun. Ce niveau s’est graduellement dégradé et se
situe à moins de 80 % aujourd’hui.

Cette politique a suscité une controverse entre divers organismes internationaux. Le


début de la décennie 1980 est en effet marqué par une controverse sur la question opposant
notamment l’Organisation de l’unité africaine (OUA) et la Banque Mondiale. L’OUA au
cours de la deuxième session extraordinaire de la Conférence au Sommet des chefs d’Etats
et de Gouvernements à Lagos (28-29 avril 1980), fait de l’autosuffisance alimentaire un
objectif essentiel davantage justifié par des raisons d’indépendance africaine plutôt
qu’économique. Cette prise de position a été consignée dans « le Plan de Lagos » qui reste
l’un des documents cadre encore évoqués en Afrique. Parallèlement, la Banque Mondiale
publie en 1981 le Rapport Berg du nom de son principal responsable. Le rapport suggère
de poursuivre la stratégie de développement basée sur la culture et l’exportation des
produits agricoles, plutôt que de favoriser l’autosuffisance alimentaire. Il soutient que
même si les cultures d’exportations se développaient au détriment de la production
vivrière, ceci ne serait pas nécessairement négatif. Car l’intensification de la production
vivrière entraînant un recours à des facteurs de production en majorité importés, le gain net
en devises ne serait pas aussi grand qu’on pourrait le penser initialement (Martin, 1988).
Ce rapport s’inscrit dans la théorie des avantages comparatifs de David Ricardo. L’Afrique
gagnerait ainsi à se spécialiser dans la production des cultures d’exportation, ses besoins
alimentaires pouvant être compensés par les importations. Courade (1990) s’interroge alors
si le concept d’autosuffisance alimentaire n’aurait finalement servi qu’à justifier des
interventions étatiques inefficaces et coûteuses. La situation alimentaire de l’Afrique
subsaharienne aujourd’hui montre tout de même que c’est un sujet qui doit rester
d’actualité. Depuis une dizaine d’années cependant, le concept est de moins en moins
12

présent dans les discours et la littérature au Cameroun, supplanté par celui sur la sécurité
alimentaire qui se veut plus flexible dans sa mise en œuvre.

A l’échelle nationale la grande inquiétude demeure cependant portée sur l’espace


nord-camerounais, la partie méridionale du pays étant moins vulnérable. Le concept
rythme ainsi le quotidien des autorités administratives, des ONG, des Institutions
spécialisées des Nations-Unies (FAO, PAM) et autres Bailleurs de fonds, des hommes
politiques et des ménages dans la partie septentrionale. La sollicitation récurrente des aides
alimentaires pour la région, l’instabilité des prix des produits de consommation de base
tant en zone rurale qu’urbaine (Kossoumna Liba’a, 2001 ; INS, 2004, MINADER/DESA,
2008), sont les signes palpables d’une précarité permanente qui conforte le point de vue
des tenants du quantitativisme alimentaire en Afrique subsaharienne en général, et au
Nord-Cameroun en particulier d’une part, et davantage des fervents défenseurs de la
souveraineté alimentaire au Cameroun.

Le concept de « souveraineté alimentaire » enrichit depuis 1996 les débats de


politique agricole et commerciale à l’échelle mondiale. Il a été défini par Via Campesina10,
son principal promoteur, comme « le droit pour un Etat ou une union d’Etats à définir leur
politique agricole et alimentaire sans tentation de déstabiliser les marchés intérieurs des
autres pays notamment par des exportations de produits alimentaires subventionnés à bas
prix » (Coulibaly, 200611). Si la notion de sécurité alimentaire s’intéresse moins à la
provenance de la nourriture qu’à sa disponibilité quantitative et qualitative, celle de
« souveraineté alimentaire » tout en étant fortement liée à la première, fait intervenir une
dimension d’autonomie, voire de souveraineté nationale. Elle renforce quelque peu le
concept d’autosuffisance alimentaire. Elle interpelle l’Etat sur la forte dépendance vis-à-vis
des marchés internationaux, et les excès du libéralisme économique. La loi d’orientation
agricole du Mali (A.N.M., 2006) présente la souveraineté alimentaire comme une ligne

10
Via Campesina est un mouvement international de paysans, de petits et moyens producteurs, de sans terre,
de femmes et de jeunes du milieu rural, de peuples indigènes et de travailleurs agricoles qui défend les
valeurs et les intérêts de base de ses membres. Il a été créé en mai 1993 au cours de sa première Conférence
tenue à Mons (Belgique).
11
Site internet : [Link]
13

directrice de toute la politique de développement agricole, la sécurité alimentaire en étant


une dimension.

Pour Coulibaly (Op. Cit.), la souveraineté alimentaire implique :

 De tout mettre en œuvre pour développer la production agricole locale et (ou)


nationale pour nourrir la population du pays, mettant ainsi l’accent sur la quantité ;

 De permettre l’accès à la terre, à l’eau, aux semences, au crédit aux paysans les plus
vulnérables ; ceci induit donc des reformes foncières là où la répartition de la terre
est inéquitable et le refus des OGM qui concourent au contrôle des semences et
donc de l’alimentation humaine par des intérêts privés de multinationales ;

 Le droit des paysans à choisir de produire d’abord et avant tout ce qu’ils mangent ;

 Le droit des consommateurs à pouvoir décider de ce qu’ils veulent consommer


(habitudes et cultures alimentaires des peuples) ;

 Le droit des Etats à protéger l’agriculture nationale et les paysans du pays des
importations agricoles et alimentaires à bas prix (du fait des subventions et du
dumping) ;

 De permettre aux paysans de recevoir une rémunération honnête de leurs efforts de


production, ceci passe nécessairement par la taxation des importations alimentaires
à bas prix pour créer une égalité de chance entre la production nationale qui se fait
avec des coûts réels de production, et les produits importés qui sont presque
toujours vendus en deçà de leurs coûts de production ;

 La maîtrise de la production nationale afin d’éviter de générer des excédents de


production qui ne pourront pas être écoulés autrement qu’à perte ; ceci est la
garantie de la durabilité des modes de production qui seront mis en œuvre dans la
politique agricole nationale ;

 La participation des populations aux choix de politique agricole ;

 La reconnaissance des droits des paysans qui jouent un rôle majeur dans la
production agricole et l’alimentation.
14

Plus qu’un moyen de définition de la relance des agricultures des pays du sud, le
concept recouvre une dimension politique forte qui a déjà donné lieu à plusieurs rencontres
mondiales [Conférences de Tlaxcala (Mexique) en 1996, Bangalore (Inde) en 2000, Sao
Paulo (Brésil) en 2004, Forum mondial sur la souveraineté alimentaire à Nyéléni (Mali) en
février et décembre 2007], et régionales (Forum sur la Souveraineté Alimentaire, Niamey,
7-10 novembre 2006).

Au Cameroun, le mouvement est relayé par l’Association Camerounaise pour la


défense des intérêts des consommateurs (ACDIC) et le Collectif d’organisations paysannes
et de producteurs agriculteurs Camerounais (CORDAP), à travers des pétitions et des
manifestations publiques12.

En définitive, quelle que soit la tendance dominante dans la controverse sur la


sécurité et la souveraineté alimentaires, la situation actuelle du Nord-Cameroun interroge
fortement son avenir d’un point de vue des disponibilités alimentaires quantitatives que
qualitatives.

Questions de recherche
Le contexte nord-camerounais tel qu’il vient d’être présenté amène à formuler la
question générale suivante :

Comment répondre de manière satisfaisante à la demande alimentaire urbaine


croissante et variée du Nord-Cameroun dans un environnement marqué par des
contraintes persistantes ?

Cette question générale appelle des questions sous-jacentes qui serviront de fil
conducteur à l’étude à savoir :
a) Quelle est la situation de l’offre vivrière dans le Nord-Cameroun et comment a-t-
elle évolué ?

12
Les 23 et 26 janvier 2008, les journées de mobilisation et d’action placées sous le thème de la souveraineté
alimentaire avaient mobilisé plus de 300 paysans, dont des membres et des sympathisants du Collectif
d’organisations paysannes et de producteurs agriculteurs camerounais (Cordap).
[Link]
15

b) Comment s’organisent l’acheminement et la distribution de cette offre vers les


centres de consommation ?
c) Comment la rendre plus performante en vue de satisfaire la demande urbaine ?

Contexte scientifique
L’analyse de la littérature existante sur les questions alimentaires montre que
pendant longtemps, les études étaient marquées par une certaine individualisation des
disciplines. La problématique de l’alimentation est davantage abordée depuis une dizaine
d’années sous l’angle pluridisciplinaire. Nous analysons la littérature existante sur la
question suivant cinq approches disciplinaires : agronomique, technologique,
géographique, anthropologique et économique.

Augmenter la production agricole : un souci pour la recherche agronomique

L’intérêt accordé à la question alimentaire par les agronomes porte généralement


sur les besoins en augmentation de la ressource par le développement de nouveaux
cultivars à hauts rendements, la création et la vulgarisation de nouveaux itinéraires
techniques jugées plus rentables. Cette vision sous-tend dans les années 1960 le
programme de « révolution verte » particulièrement en Inde.

La révolution verte est lancée en 1968 aux Etats-Unis d’Amérique pour concrétiser
un processus touchant au même moment la plupart des pays de l’Asie des moussons (Dorin
et Landy, 2002). « [Elle] se réfère pour l’essentiel aux modifications de l’agriculture
provoquées par l’utilisation de nouvelles variétés de plantes alimentaires à haut potentiel
de rendement. L’idée première était de mettre de nouveaux matériels génétiques à la
disposition des agriculteurs des pays en développement, afin qu’ils puissent aisément
accroître leurs productions vivrières à l’unité de surface » (Dufumier : 1996).

Si la révolution verte a permis à quelques pays, l’Inde en l’occurrence13,


d’améliorer sa situation alimentaire, les résultats obtenus dans la plupart des pays en

13
Les traits communs de l’alimentation en Inde restent la domination des céréales dans la ration. Elles
constituent ainsi le domaine dans lequel s’est particulièrement opérée la révolution verte indienne. De sa
situation alimentaire fragile en 1947, l’Inde grâce à la mise en place d’un paquet à trois ingrédients
16

développement notamment dans la sous région d’Afrique subsaharienne ont été décevants
compte tenu des efforts consentis. La mise en œuvre de ce programme en Afrique s’est
heurtée à des contraintes au nombre desquels l’inadaptation des variétés de céréales
développées par la recherche et nécessitant la maîtrise de l’irrigation, ce qui ne s’adaptait
pas à l’agriculture pluviale dominante en Afrique. Au-delà de ces facteurs techniques et
technologiques, la difficile « reproductibilité » de la révolution verte en Afrique
s’expliquerait également par « la défaillance des environnements institutionnels et
organisationnels liés pour partie aux programmes d’ajustement structurels des années
1980, [qui] fragilisent la capacité des pouvoirs publics à mettre en œuvre des politiques
agricoles et de recherche orientées vers l’innovation. » (Temple, 2010). Nombreux sont
ceux des pays en développement qui, jusqu’aujourd’hui, s’efforcent de mettre en œuvre
des politiques agricoles dont l’objectif premier est, à défaut de garantir une sécurité
alimentaire à leur population, d’assurer une relative autosuffisante alimentaire.

De ce point de vue, la recherche agronomique se veut dynamique. Elle procède par


des diagnostics qui visent à identifier les systèmes de culture et leurs contraintes, les acquis
de la recherche en protection des cultures, en amélioration variétale, en termes de
productivité (Temple et al., 1993 et 1995 ; Ntoukam et al., 1996), et ceci suivant la
spécificité des espaces (espaces forestier, savanicole, marécageux…). On peut distinguer
trois dimensions de l’espace : espaces de production, d’échanges et de consommation.
Dans certains cas, les trois types d’espaces peuvent se superposer (l’exemple des zones
rurales) ; dans d’autres s’individualiser (les points de collecte et de transport des produits
agricoles qui se situent généralement à l’interface entre les espaces de production et de
consommation). De par ses fonctions, la ville superpose les espaces d’échanges et de
consommation, même si le développement de l’agriculture urbaine amène de nombreuses

(semences à haut rendement, engrais chimiques, irrigation), talonnait à la fin des années 90 la Chine et les
Etats-Unis d’Amérique pour la production du riz et du blé (Dorin et Landy, 2002). Sa production en blé est
par exemple passée de 10 997 tonnes en 1961 à 55 134 tonnes en 1991 (Gregory et Griffon, 1998).
17

villes d’Afrique Subsaharienne à regrouper de plus en plus les trois dimensions de l’espace
sus-mentionnées.

Valoriser la production vivrière locale face aux nouvelles exigences de


consommation urbaine

L’urbanisation croissante en Afrique subsaharienne s’accompagne de nouvelles


exigences portant sur la conservation et la transformation des productions vivrières. La
valorisation de la production vivrière locale relève du domaine technologique dont
l’approche intègre les fonctions de traitement et de conservation post-récolte en vue de
permettre l’accès à la consommation des produits dans le temps et dans l’espace. Elle
regroupe les chercheurs, les transformateurs et les nutritionnistes qui s’intéressent aux
conditions de valorisation des produits dont le taux de pertes post-récolte reste très élevé
dans plusieurs pays en développement, suite à la faible maîtrise des techniques de
transformation. La recherche participe activement à la mise au point des outils de
transformation, l’amélioration de la qualité des produits du marché, le développement de
produits nouveaux et la valorisation des sous-produits.

L’agriculture vivrière nord-camerounaise bénéficie depuis une trentaine d’années


des apports de la recherche technologique dans l’amélioration des procédés de
conservation, de transformation et de préparation des cultures dominantes qui forment la
base alimentaire régionale. Cette recherche est surtout portée par l’Ecole nationale
supérieure des sciences agro industrielles de l’université de Ngaoundéré (ENSAI14) dans
l’Adamaoua avec l’appui financier et technique de nombreux partenaires dont l’IRAD,
l’IRD, le CIRAD, la FAO, le PRASAC. Les travaux menés à l’ENSAI s’articulent autour
de trois axes :

- La mise au point des équipements de transformation et de conservation (moulins à


marteau pour le décorticage et le broyage des grains de maïs, séchoirs électriques et
solaires ;

14
L’ENSAI succède à l’Ecole nationale supérieure des sciences agro-alimentaires du Cameroun (ENSIAAC)
en 1994. L’ENSIAAC a été créée en novembre 1982 pour servir de pôle de recherche technologique au
Cameroun.
18

- Le développement de nouveaux produits sur la base d’une amélioration ou d’une


valorisation des formes traditionnelles d’utilisation [farines composées en
panification, farine de taro (Njintang, 2006)], farines infantiles (Habiba, 2009), lait
de souchet (Djomdi, 2006), bière de sorgho (Desobgo, 2000) ou de leur intérêt
nutraceutique (tisane de foléré, gâteau de jujube (Semi, 2010) etc. ;

- L’amélioration des procédés de transformation des céréales et légumineuses par


nixtamanisation (Djomdi, 2009 ; Fatimatou, 2010).

Si certains travaux menés jusqu’ici visaient à répondre à une demande précise des
populations en l’occurrence le besoin d’améliorer les conditions de mouture des grains de
maïs par la mise au point des moulins à marteau dans les années 1990 (projets Garoua I et
II), l’essentiel des recherches relève davantage des projets initiés par les chercheurs
(étudiants et enseignants notamment), ce qui pose le problème de la transférabilité des
résultats souvent trop théoriques aux populations cibles. Néanmoins, ces études ont permis
de mobiliser des connaissances permettant une meilleure compréhension des phénomènes
physiques, chimiques et biologiques au cours des pratiques locales de transformation des
céréales et tubercules et de stockage des grains. Ces connaissances ont servi de base à la
construction d’hypothèses d’amélioration et de valorisation technologiques et
nutritionnelles. Certaines de ces hypothèses ont connu une approche effective de transfert
vers les acteurs, à l’instar de la valorisation de l’igname pour les marchés urbains
(Ndjouenkeu, 2002 ; Ndjouenkeu et Cerdan, 2003), de l’amélioration des pratiques de
production et de distribution des jus de fruits dans la ville de Garoua (Layla Hamadou,
2003). Notons également que la mise au point des moulins a particulièrement contribué au
développement de la culture du maïs dans le Nord-Cameroun dès la fin de la décennie
1990 (Abraao, 1996). Son adoption par les ménages avait alors souffert de la dureté du
grain à la mouture celle-ci se faisant au mortier, contrairement aux grains de mil/sorgho
plus souples. Si l’on exclut le cas du maïs, la recherche technologique régionale a jusqu’ici
peu participé à la dynamique agricole sur les cultures stratégiques dans la sécurité
alimentaire des ménages tant ruraux qu’urbains.
19

L’approvisionnement alimentaire des villes : champ de recherche privilégié en


sciences économiques et sociales

Les études sur l’alimentation en Afrique tropicale se sont diversifiées depuis une
quinzaine d’années. Elles sont commandées par les Etats (Leporrier, 2002) ou les
institutions de recherche. Plusieurs institutions se sont particulièrement spécialisées dans
ce domaine : l’IRD à travers des programmes nationaux [l’Observatoire du Changement et
de l’Innovation Sociale au Cameroun (OCISCA)], le CIRAD, l’IITA. Divers organismes
internationaux ont également marqué un intérêt croissant sur la question, à l’instar de
l’Union Européenne (Projet ALISA en Afrique de l’Ouest), et la FAO qui appuie fortement
la recherche dans ce domaine à travers deux principaux programmes : « Systèmes
d’approvisionnement et de distribution alimentaire » et « Nourrir les villes africaines de
demain ». C’est dans la même logique que se situe le dispositif de recherche
pluridisciplinaire mis en place par le CIRAD sur la problématique de l’alimentation des
villes du Sud.

Ce dispositif permet une meilleure connaissance des systèmes d’approvisionnement


alimentaire, par l’identification et la caractérisation des différents acteurs, des stratégies,
des circuits et des contraintes. De nombreux travaux centrés autour de l’enjeu d’assurer
aux villes une permanence dans l’approvisionnement alimentaire en quantité et en qualité
sont effectués, afin de comprendre les mutations en cours et envisager l’amélioration des
pratiques des acteurs, face aux exigences de qualité que formulent de plus en plus les
consommateurs urbains dans les pays développés et progressivement dans les pays en
développement. L’approche interdisciplinaire adoptée ces dernières années complexifie
l’individualisation de ces études suivant les disciplines. Il ressort que géographes et
économistes restent les plus nombreux à aborder la question. Les travaux des auteurs tels
que Courade, Bricas, Coussy, Hugon, Muchnick, Chaléard, Temple, Moustier et Wilhelm
peuvent être considérés comme des contributions majeures de l’économie, de la géographie
et de l’anthropologie à la compréhension des SADA dans les villes africaines (Hatcheu,
2003).
20

La problématique de l’approvisionnement alimentaire des villes abondamment


analysée ces dix dernières années rend compte de cette multidisciplinarité (Aragrande,
1997). Il ressort que si l’intérêt de la question dans les pays développés porte de plus en
plus sur la qualité des produits proposés aux consommateurs, le souci d’assurer une
disponibilité davantage quantitative reste au centre des préoccupations de nombreux
auteurs travaillant sur les villes des pays en développement. On peut citer entre autres
Dongmo (1976), Simeu Kamdem (1996), Temple et Chataignier (1997), Temple et Engola
Oyep (1998), Dury et al. (1998), Leporrier (2002), Hatcheu (2003), Temple et Dury
(2003).

Contribution des études de filières à la compréhension des systèmes


d’approvisionnement et de distribution alimentaires

Moustier et Leplaideur (1999) définissent la filière comme les différents stades de


transactions entre production et consommation, chacun de ces stades pouvant être soumis à
des contraintes particulières de fonctionnement ; la filière désigne également l’ensemble
des agents économiques qui contribuent directement à la production puis à la
transformation et à l’acheminement jusqu’au marché de réalisation d’un même produit.
Cette définition présente une dimension opérationnelle de la filière (production, stockage,
groupage, transport, transformation, distribution et consommation), et une dimension par
acteurs (producteurs, groupeurs, transporteurs, commerçants, consommateurs). Suivant les
types d’acteurs et d’opérations, on distinguera les filières courtes des filières longues. Le
type de filière dépend de la nature du produit (fruits et légumes, grains ou féculents), de la
localisation du bassin de production par rapport à l’espace de consommation, des
conditions de conservation et des moyens de transport (routes, voies ferrées, avions). Il
implique pour chaque type une catégorie d’acteurs qui influencent d’une manière ou d’une
autre l’offre urbaine.

L’analyse des acteurs du commerce vivrier local fait apparaître des imbrications
entre les différentes fonctions (producteur-grossiste-transporteur, stockeur-grossiste,
transporteur-grossite, …). L’Etat peut être un acteur du commerce comme le précisent les
auteurs sus-cités, par le biais d’offices de commercialisation. Cependant, selon Chaléard
21

(1997) in Hatcheu (2003), le rôle de l'Etat comme acteur dans l'approvisionnement et la


distribution alimentaires des villes est plutôt sujet à polémique. Dans le cas ivoirien
analysé par l’auteur, l'Etat est intervenu à travers la création d’une société d’économie
mixte dont la mission était de pallier les carences du système traditionnel ; elle fut dissoute
lors de la reforme des sociétés d’Etat pour inefficacité, elle était devenue un gouffre
financier. Cette situation s’est observée dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne où les
difficultés de gestion des structures étatiques d’approvisionnement alimentaire des villes
ont entraîné leur fermeture (cas de la MIDEVIV au Cameroun), ou la réduction de leurs
activités à la régulation marchande (cas des Offices céréaliers du Cameroun, du Tchad et
du Niger15).

Les études sur les filières s’intéressent également aux formes d’organisation des
acteurs, même si l’organisation des filières d’approvisionnement alimentaire n’est pas
figée. Elle est changeante suivant la réalité locale, les acteurs impliqués dans les échanges
et le contexte socio-économique du moment, chacun de ces facteurs faisant apparaître ou
disparaître certains maillons de la filière. Chaléard (1997) illustre ces mutations dans
l’organisation de l’approvisionnement vivrier d’Abidjan en Côte-d’Ivoire. En effet, les
campagnes ivoiriennes dont l’activité agricole reposait essentiellement, comme dans la
majorité des pays d’Afrique Equatoriale, sur la culture du cacao ont vu les prix chuter sur
le marché, précarisant les conditions de vie des ruraux. La demande abidjanaise en produits
vivriers a permis l’émergence des femmes dont le rôle était jusque là limité à certaines
opérations culturales (préparation des champs, entretiens des cultures, récoltes). Celles-ci
ont développé la commercialisation des produits vivriers jusqu’à Abidjan (Chaléard, op.
cit.). L’implication des femmes initialement confinées à la production dans les échanges
entre Abidjan et ses campagnes supprime ainsi les fonctions d’intermédiation qui
contribuent souvent à augmenter le prix final aux consommateurs. Elles regroupent les
fonctions de production et de distribution.

15
Arditi (2005) analysant les causes de l’échec de l’Office Céréalier du Tchad montre qu’elles sont liées à
des facteurs tels que la dépendance des financements extérieurs, les difficultés à constituer les stocks et à les
transporter vers les principaux lieux de consommation, la méconnaissance des caractéristiques du marché des
céréales locales (quantités disponibles, lieux, acteurs, prix…).
22

Le cas ivoirien illustré par Chaléard a également été observé au Cameroun. Bopda
(1994) in Lieugomg (2008) montre que l’agriculture vivrière pratiquée par les femmes
pour assurer la survie alimentaire de la famille et dont une partie seulement de la
production était commercialisée va entrer de manière profonde, dans une intense phase de
commercialisation. Les femmes béti rivalisent pour approvisionner en vivres les villes
accessibles en montrant imagination et efficacité dans la maîtrise des circuits
commerciaux. L’augmentation rapide du nombre de citadins s’accompagne de nouveaux
besoins alimentaires, renforçant davantage la dépendance des villes vis-à-vis des
campagnes ou d’autres villes à fort potentiel de production agricole (notamment horticole).
Cette dépendance est mise en évidence dans les villes du Nord-Cameroun où, « …malgré
des flux complémentaires entre Garoua, Maroua, Yagoua, Mokolo et Koza-Mora, il existe
un potentiel saisonnier de demande de Garoua et Maroua encore non satisfait par le Nord
Cameroun, se traduisant par des flux extérieurs à la région, à des prix supérieurs, parfois
du double, à ce qui est produit par la région en période d’offre élevée… » (Moustier, op.
Cit.).

Ce constat renvoie à la question de l’efficacité dans l’organisation de l’offre


vivrière locale. En Afrique, « le cadre conceptuel d’une analyse de la dynamique de la
consommation alimentaire (…) permet de déterminer les facteurs de choix des urbains en
matière d’alimentation : prix par rapport au budget du ménage, caractéristiques
qualitatives du produit (…), et disponibilité régulière sur le marché. La connaissance de
ces facteurs autorise un diagnostic sur l’approvisionnement alimentaire des ménages
urbains. On doit (…) se demander avec quelle efficacité les systèmes d’approvisionnement
répondent aux préférences des consommateurs » (Moustier et Leplaideur, 1999). Ceci est
d’autant plus vrai pour les villes enclavées par rapport aux grands centres nationaux de
production vivrière et d’importations. On peut donc s’interroger pour les cas de
Ngaoundéré, Garoua et Maroua, espaces d’étude, sur les acteurs qui assurent leur
approvisionnement, l’organisation de la distribution urbaine, les rapports offre/demande,
pour comprendre l’état d’insatisfaction actuelle de la demande alimentaire.
23

Objectifs de recherche

L’objectif principal de cette étude est d’identifier et d’analyser les


déterminants de l’offre vivrière urbaine au Nord-Cameroun en vue de contribuer à
son amélioration.

De façon spécifique il s’agit de :

a) Caractériser l’offre vivrière régionale d’un point de vue spatial et temporel ;


b) Questionner les mécanismes d’approvisionnement et de distribution des
produits existants en vue de déterminer les contraintes qui limitent les disponibilités ;
c) Proposer des voies d’amélioration des systèmes de production régionaux en
vue d’accroitre les disponibilités vivrières pour les marchés urbains.

Hypothèses de recherche
Nous proposons de tester l’hypothèse structurante selon laquelle la satisfaction de
la demande urbaine passe par une intensification et une diversification de l’offre
alimentaire à travers les principaux segments des filières (production, distribution et
transformation).

L’irrégularité qui marque aujourd’hui l’offre alimentaire dans l’espace urbain nord-
camerounais touche aussi bien les produits constituant la base alimentaire des populations
locales (céréales), que ceux consommés par les populations originaires du Sud-Cameroun
(tubercules et féculents). Cette situation susceptible de relancer le débat sur la capacité des
campagnes africaines à nourrir les villes16, affecte particulièrement les ménages à revenu
faible et moyen. Or pour la FAO, «la sécurité alimentaire des consommateurs urbains les
moins aisés des pays en développement peut être garantie par des systèmes
d'approvisionnement et de distribution alimentaires plus dynamiques et plus performants,
ce qui permettrait non seulement d'améliorer la disponibilité alimentaire en termes de

16
Depuis les années 70, le débat entre la capacité des campagnes africaines à nourrir les villes ou à donner la
priorité aux importations alimentaires est un sujet de grande controverse. Pour les économistes libéraux, il est
plus efficace de nourrir les villes africaines avec des aliments importés à des coûts inférieurs aux produits du
cru (Hatcheu, 2003).
24

prix, volume, variété et qualité, mais également de développer la production alimentaire


nationale pour faire face aux besoins alimentaires croissants des villes » (Argenti, 1997 in
Hatcheu, 2003).

Nous proposons une structuration de cette hypothèse principale en hypothèses


secondaires suivantes :

a) L’offre vivrière régionale est caractérisée par des irrégularités saisonnières


récurrentes qui impactent sur les disponibilités quantitatives des ménages
urbains nord camerounais ;
b) Les dysfonctionnements structurels et fonctionnels des systèmes
d’approvisionnement vivrier des villes contribuent au renforcement de
l’irrégularité saisonnière de l’offre régionale et génèrent des incertitudes fortes
quant à la satisfaction durable de la demande urbaine ;
c) Face à l’accroissement et à la diversification de la demande, l’amélioration des
disponibilités vivrières par une intensification de la production mobilise des
facteurs institutionnels et organisationnels mieux coordonnés permettant de
renforcer les capacités d’adaptation des systèmes de production régionaux
fragiles et d’accroître les stratégies des acteurs par rapport à la réalisation de la
sécurité alimentaire.

Cadre conceptuel et théorique


Cadre conceptuel

Cette thèse est construite autour de l’analyse des interactions entre les variables
d’offre alimentaire, des politiques publiques concernant le désengagement de l’Etat et de la
croissance démographique.

- L’offre alimentaire : un concept polysémique

L’offre est « la quantité de biens et services que les vendeurs sont prêts à vendre
pour un prix donné. […] l’offre n’existe dans une économie de marché que par rapport à
une demande solvable prête à un prix. » (Bremond, Geledan, 1981). C’est un concept
économique aujourd’hui fortement intégré dans les sciences sociales et agronomiques.
25

Employée dans le contexte agro-alimentaire, la définition économique ci-dessus semble


exclure de l’offre le producteur et tous les agents de l’intermédiation (collecteurs,
stockeurs, négociants, transporteurs…) qui, par leurs choix et par leurs actions gouvernent
le processus de l’offre en général. Cependant les niveaux d’intervention des acteurs varient
selon les domaines, les produits (brut, transformé ou semi transformé), la localisation
géographique et la nature de la demande (elle fait appel au pouvoir d’achat du
consommateur).

L’offre alimentaire repose essentiellement sur trois origines : la production


paysanne, la production des grands projets agro-industriels et les importations (Varlet,
1993). Le choix de l’entrée par l’offre se justifie par cette catégorisation qui permet une
meilleure appréciation de la contribution de chacune des origines dans l’offre globale, à
partir des statistiques macros économiques mobilisables.

L’étude est davantage centrée sur les céréales (mil/sorgho, maïs et riz) bases
alimentaires des populations du Nord-Cameroun que sur les racines, tubercules et féculents
encore faiblement consommées dans les villes étudiées. Elle analyse l’offre issue de la
production paysanne et des importations. Comprendre les variations de l’offre entre
disponibilité et rupture implique de s’interroger sur l’origine, en même temps que cela
recommande d’analyser le système de distribution. Nous considérons l’offre alimentaire
dans la présente étude comme l’ensemble des bases amylacées issues de la production
nationale et des importations et qui alimentent le commerce vivrier régional.

- Le désengagement de l’Etat et la marche vers le rôle régulateur du marché

Le désengagement de l’Etat s’inscrit dans un contexte néo-libéral mondial. Il


désigne pour ce dernier l’action de se retirer d’un certain nombre d’obligations et
d’engagements économiques et sociaux. Il s’est traduit par la cessation de la politique
visant à se constituer l’un des acteurs principaux du processus de production et de
distribution des produits alimentaires de consommation courante.
26

Au Cameroun comme dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne, le concept a


pris corps avec la mise en œuvre des PAS dans la décennie 1980. Il s’agissait pour l’Etat
camerounais de se retirer des activités des secteurs productifs et de mettre en place un
cadre législatif et fiscal favorable à l’émergence et à l’affirmation d’un secteur privé,
capable d’impulser et de soutenir le développement économique. C’est dans ce contexte
qu’intervient la privatisation des entreprises et sociétés relevant du portefeuille de l’Etat
(Contamin, 1997). Suivant les domaines d’intervention de l’Etat, le désengagement a pris
des formes diverses :

a) formation des acteurs privés locaux en vue d’une cession progressive des actions ;
b) cession directe et immédiate à des grands groupes nationaux et/ou internationaux
par la vente d’actions détenues par l’Etat (les cas du Projet Laitier à Ngaoundéré, de
la REGIFERCAM, de la SONEL…) ;
c) dissolution/fermeture des structures (SODEBLE à Ngaoundéré, Projet semencier à
Garoua).

Au Cameroun, la formation des acteurs privés locaux a notamment porté sur l’agro-
industrie, parce qu’impliquant directement le paysannat camerounais. C’est le cas de la
SEMRY au Nord-Cameroun. « Amorcée en 1984 par la SEMRY, à l’occasion de la
réhabilitation d’un casier rizicole, la mise en place des groupements de riziculteurs a été
ensuite encouragée et soutenue par l’Etat dans la perspective de son désengagement du
fonctionnement de la filière riz. » (Bikoi, 1991). Le développement de la filière riz par
l’administration coloniale française dès 1954 à travers la création du Secteur expérimental
de modernisation de la riziculture de Yagoua (SEMRY), puis par l’Etat indépendant en
1971 avec la Société d’expansion et de modernisation de la riziculture de Yagoua
(SEMRY), répondait au besoin de substitution des importations de riz, en vue d’assurer
une autosuffisance alimentaire au pays en général et à l’espace nord camerounais en
particulier. Pour permettre aux groupements de riziculteurs de fonctionner, la SEMRY
avait procédé à leur structuration par la définition des tâches, la répartition des rôles, le
choix d’un mode de désignation des responsables et l’élaboration d’un programme de
formation (Bikoi, Op. Cit.).
27

Cette pratique a également été mise en œuvre dans les zones de culture du palmier à
huile dans le littoral camerounais. On a assisté au développement des palmeraies
villageoises et des unités artisanales de transformation des noix de palme qui,
concurrencent aujourd’hui gravement la SOCAPALM (Elong, 2003). On peut toutefois se
demander si le contexte du désengagement de l’Etat des secteurs sensibles tels que l’agro-
alimentaire était favorable à une véritable prise en main par le secteur privé, au regard des
difficultés inhérentes au fonctionnement des différentes sous filières (production,
distribution, transformation). La question est de plus en plus débattue aujourd’hui à
diverses occasions de rencontres nationales et internationales17, au cours desquelles l’idée
d’un retour de l’Etat est nécessaire pour soutenir un paysannat particulièrement vulnérable
aux aléas économiques mondiaux.

Malgré les interventions ponctuelles de l’Etat depuis la reprise économique il y a


cinq ans à travers les programmes et projets à financement conjoint, la problématique du
financement de l’agriculture vivrière demeure d’actualité face au défi de nourrir une
population croissante. Suite à la crise alimentaire mondiale de 2008 qui a particulièrement
affecté les ménages urbains africains, les pouvoirs publics ont réinvesti la mise en œuvre
d’une politique alimentaire en réhabilitant des interventions de l’Etat dans la régulation des
marchés agricoles. Cette politique actuelle s’organise autour de cinq outils de gestion
(Temple et al., 2009c) :

o la fixation des niveaux de la TVA et des droits de douanes ;


o la cogestion pour la formation des prix avec des opérateurs économiques
privés ;
o l’administration de la commercialisation de vivriers à travers des
« magasins-temoins » ;
o la fixation de mercuriales de prix ;

17
En 2010, la question du retour au subventionnement des intrants agricoles par les Etats africains a été
longuement débattue au cours de deux importantes rencontres internationales : la 9ième Assemblée générale du
Coraf (24-29 mai 2010 à Cotonou au Benin) et le Symposium International ISDA (28 juin-01 juillet 2010 à
Montpellier en France) sur le thème : « Face à la crise et aux incertitudes grandissantes, comment les
sciences et les sociétés peuvent-elles réinventer les systèmes agricoles et agro-alimentaires vers une plus
grande durabilité? ».
28

o les accords internationaux pour sécuriser les importations de produits


sensibles à l’instar du riz et du blé.
La création en février 2011 d’une structure étatique de commercialisation des
produits alimentaires dans les principales villes du Cameroun (MIRAP) marque un retour
croissant des pouvoirs publics dans l’économie agricole, bien au-delà du rôle de régulateur
qui lui était assigné dans le cadre de la mise en œuvre des programmes d’ajustement
structurel. Même si dans la pratique les effets de toutes ces actions publiques tardent
encore à produire des résultats escomptés, on s’achemine vers un réinterventionnisme de
l’Etat Camerounais dans l’approvisionnement et la distribution alimentaires des villes.

- Croissance démographique

La croissance démographique fait généralement référence à l’évolution numérique


sigificative et non contrôlée de la population de nombreux pays en développement.
Concept de démographe, la croissance démographique résulte d’une forte natalité et d’une
baisse substantielle de la mortalité. Le phénomène en lui-même ne pose pas de problème,
mais c’est l’ensemble des défis qu’il pose aujourd’hui à la société, en termes
d’accroissement des infrastructures socio-économiques de base, de formation et surtout
d’alimentation qui suscitent des interrogations. C’est particulièrement en Afrique
subsaharienne que le défi démographique sera le plus difficile à relever. Même en supposant
une baisse tendancielle de la fécondité, la population de l’ensemble du continent semble devoir
être multipliée par 5 dans les 100 ans qui viennent. Ceci est la conséquence du retard de
l’Afrique dans sa transition démographique par rapport au reste du Tiers Monde (Vimard et
al., 1994). Selon la Division de la population de l'ONU, la population du continent 758,4
millions d'habitants au milieu de l'année 1997 a atteint le milliard d'habitants en 2010.

Son utilisation s’est largement étendue à diverses disciplines. Pour les sociologues,
anthropologues et historiens la croissance démographique est analysée sous le prisme de la
dynamique ethno-culturelle et des interactions qui en découlent, aboutissant à des
transformations sociétales pouvant être sources de conflits sociaux ou d’intégration multi-
scalaire. Ces transformations touchent plusieurs domaines de la vie humaine, surtout
lorsque la croissance démographique est entretenue par le phénomène migratoire qui est
beaucoup plus porteur de dynamiques : culture, habitat, habillement, modes de
29

consommation alimentaire. Barbier et al. (1978) étudiant par exemple les mouvements
migratoires au Cameroun avaient noté que l’émigré n’est pas dépourvu de modèles socio-
culturels lorsqu’il s’implante dans une zone d’immigration. Suffisamment nombreux, ils se
reconstituent entre eux en communautés. L’exemple des bamiléké évoqué dans leur étude
montre des interactions que peuvent générer la migration. Les zones d’immigrations
bamiléké se reconstituent très rapidement en réactualisant les processus qui opèrent lors de
la fondation des chefferies (Barbier et al., 1978). Dongmo (1981) montre quant à lui la
capacité qu’ont les différents peuples à organiser ou à reconstituer leur espace d’accueil
tout en s’intégrant à l’environnement socioéconomique.

Pour les géographes la croissance démographique est analysée pour comprendre ses
effets sur la distribution spatiale de la population, l’organisation et l’aménagement des
espaces ainsi que des activités, dans la perspective d’une meilleure gestion des territoires.
Analysant la croissance démographique de la ville de Yaoundé au Cameroun en 1979,
Franqueville relevait déjà la prépondérance du phénomène induit par l’immigration, en
particulier celle des Bamiléké et des Eton. La jeunesse de la population, la prépondérance
des activités tertiaires, l’extension spatiale de la ville, des quartiers à la limite du
surpeuplement, voisinant avec d’autres aux densités très faibles apparaissaient déjà comme
des problèmes majeurs dont les solutions ne semblaient pas acquises et qui exigeaient
souvent une réflexion dépassant largement le cadre urbain (Franqueville, 1979). De
nombreuses études ont été menées dans la période 1980-1990 sur la question avec des
résultats convergents (Barbier et al., 1978 ; Gondolo, 1978 ; Dongmo, 1981 ; Roupsard,
1987).

La croissance démographique a toujours été perçue par les néo-malthusiens comme


l’une des principales causes du retard de développement que connaissent la majorité des
pays du Sud. Pour les Boserupiens l a pression démographique est une opportunité car elle
est créatrice d’un marché potentiel de consommation, et par conséquent une demande. « La
demande désigne la quantité des biens et services ou capitaux que les acheteurs sont prêts
à acquérir à un prix donné, étant donné leurs revenus et leurs préférences » (Bremond et
Geledan, 1981). C’est donc un phénomène porteur d’une dynamique économique en soi.
Greenwald (1997) quant à lui souligne l’influence du désir du consommateur dans
30

l’acquisition d’un produit ou d’un bien. Cependant, cette approche introduit une nuance
qu’il nous semble important de relever. En définissant la demande comme le désir et
surtout la capacité d’un individu à acheter un bien ou un service, l’auteur fait appel à la
notion de solvabilité de la demande dont il est important de tenir compte, lorsque l’on veut
appréhender la croissance démographique comme un marché de consommation d’un point
de vue alimentaire. Ainsi, la réalisation de l’opportunité de marché que crée la croissance
démographique est tributaire de deux variables :

- Le pouvoir d’achat des ménages ;


- La capacité d’intensification des systèmes de production pour répondre à
l’évolution de la demande.
La croissance démographique intègrera dans la présente étude les dimensions
économique et géo-sociologique pour mieux saisir ses effets sur l’offre alimentaire.

L’approche théorique adoptée

Nous mobilisons un référentiel théorique de géographie économique qui se situe à


l’interface d’une contribution de géographie et d’économie. Il permet d’analyser comment
se structurent la demande et l’offre alimentaires régionales.

La géographie tient une place importante dans l’analyse des phénomènes liés à
l’approvisionnement et à la distribution alimentaires. Pour Franqueville (1997),
« L’approche géographique de l’approvisionnement urbain se caractérise par le fait
qu’elle ne considère pas seulement celui-ci comme un simple problème de mise en relation
de la production vivrière et de la consommation alimentaire. L’approvisionnement urbain
est plus que cela dans la mesure où il s’inscrit dans un espace particulier : l’espace
géographique. Cet espace n’est pas uniquement une donnée de la nature. Il n’est pas, non
plus, un espace neutre, interchangeable, uniforme. ». L’approche géographique intègre à la
fois les acteurs des systèmes d’approvisionnement et de distribution alimentaires (SADA)
(producteurs, intermédiaires, consommateurs), les produits et les territoires. L’échelle
d’observation peut aller du local à l’international. L’objectif est de mettre en évidence les
relations existant entre les SADA étudiés et l’espace géographique dont celui-ci est une
composante. Son existence, son degré d’organisation ou sa dégradation et les particularités
31

de son fonctionnement s’expliquent par l’intervention d’un ensemble de facteurs opérant


chacun dans des contextes géographiques et à des échelles variables. Il s’agit de montrer
l’existence et le rôle de ceux-ci de façon à établir les conditions d’un éventuel changement.

L’approche géographique privilégie donc, dans un cadre spatial défini, l'examen


des phénomènes dans leurs interactions multiples et dont on trouve la transcription dans les
paysages. I1 s'agit selon Chaléard (1996) de rechercher des corrélations entre les formes
d’organisation de l'espace et celle de la société. Ce point de vue qui est celui de la
géographie francophone est tout aussi défendu par l’école anglo-saxonne que l’on retrouve
par exemple à travers les travaux de Porter menés au Nigeria, Ghana et Siera Léone (1998,
2003, 2007). L’objet principal de l’étude géographique sur le commerce alimentaire est
l’acquisition des connaissances à partir des acteurs du marché, dont la plupart interviennent
sur de très petits espaces pas toujours aisés à saisir. Ce qui implique de faire recourt à la
dimension anthropologique dans l’analyse des problématiques de ravitaillement des villes.
Car pour Franqueville (Op. Cit.), la croissance urbaine pose aux SADA un triple défi :

- Satisfaire la demande alimentaire en augmentation et qui suppose une réadaptation


permanente de modalités de l’approvisionnement de la production à la distribution ;
- L’ajustement de l’offre aux changements de comportements des consommateurs
dus à l’urbanisation des populations et dont il faut analyser les effets sur les
SADA ;
- Le contexte de pauvreté globale des populations urbaines. La question ici est celle
de savoir comment offrir à une masse de citadins majoritairement pauvres une
alimentation de qualité à bas prix.

Pour Hatcheu (2003) l’étude de l’approvisionnement des villes est aussi une
géographie des marchés. Elle aborde la question du marché dans sa globalité en prenant en
compte ses fonctions sociales, économiques, politiques, fiscales, architecturales et partant,
géographiques.

L’approche géographique mobilise dans le cadre de l’étude du ravitaillement des


villes, des outils de collecte de données communs aux sciences sociales (sondage,
entretiens, récits de vie des acteurs), et des outils spécifiques à la discipline [description,
32

explication, classification, cartographie (Gottmann, 1947)]. Combinée à l’économie,


l’approche géographique offre un cadre d’analyse spatiale permettant une meilleure
compréhension du phénomène de ravitaillement vivrier des villes.

Les théories classiques d’analyse spatiales (modèle de Von Thünen, théories des
places centrales de Lösch et Christaller) présentent aujourd’hui des limites lorsqu’on tente
de les intégrer dans l’analyse des dynamiques spatiales contemporaines. Ces théories
polarisent un certain nombre de paramètres d’analyse (homogénéisation de l’espace et des
comportements d’acteurs) difficilement manipulables dans le contexte actuel des mutations
socio-spatiales et de faible disponibilité d’information géostatistique. Pour Claval (1973),
les agents économiques ne sont pas de simples robots dans l’espace. Ils élaborent des
stratégies d’action complexes qui échappent à ces paramètres d’analyse, et dont la
compréhension implique de mobiliser des approches plus adaptées.

Les études sur l’approvisionnement des villes particulièrement dans les pays du Sud
relèvent de l’économie agricole. Elles mobilisent abondamment l’approche filière. Une
étude de filière est une analyse très précise de tout un système généré par un produit
(Terpend, 1997). Le concept évoque l’analyse économique d’une séquence d’opérations
physiques techniquement complémentaires permettant la création, la circulation et la
consommation d’un bien (ou d’un service) (Labonne, 1987; Aragrande, 1997). L’approche
filière permet de comprendre les interactions complexes intervenant entre les activités de
production et de commercialisation ; elle facilite la recherche sur la commercialisation des
produits agricoles, car portant sur un ensemble significatif d’activités économiques liées
entre elles verticalement et horizontalement par les relations existant au sein du marché.
Les recherches sur les filières permettent d’obtenir des connaissances sur le
fonctionnement des différents segments qui les composent, dans la perspective d’une plus
grande efficacité de l’organisation de l’offre (Scott et Dany, 1998). Cette approche rend les
chercheurs mieux à même de distinguer clairement les facteurs ayant une incidence
décisive sur le fonctionnement du marché, de ceux qui, bien que non négligeables, n’en
sont pas pour autant moins essentiels (Morris, 1998).
33

L’analyse de filière a été un outil utilisé pour la formulation des politiques


publiques aussi bien dans les pays développés que dans les pays du sud. Les analyses
menées se sont initialement focalisées sur l’aide à la définition des stratégies d’intervention
publique pour des produits agricoles présentant des enjeux particuliers pour les pouvoirs
publics (balance commerciale, sécurité alimentaire, développement rural, réduction de la
pauvreté…). Les mutations des systèmes agro-alimentaires ont entraîné un changement
graduel de paradigme qui se traduit par la rénovation du cadre d’analyse. On constate dans
l’ensemble un maintien de la demande des pouvoirs publics pour la réalisation d’analyses
de filières, celles-ci étant toujours considérées comme un cadre de cohérence des
évaluations d’impact qui permet de pallier les défaillances de connaissances sur les
mutations en cours. L’analyse de filière constitue une démarche efficace pour structurer
l’analyse dans des contextes de fragilité des environnements institutionnels et de
défaillance des systèmes d’informations statistiques (Temple et al., 2009). Elle prend en
compte les articulations entre les échelles locales et globales et permet notamment de voir
les concurrences ou les complémentarités entre les filières de produits importés et les
filières locales, régionales ou nationales (Lançon, et al., 2004). Toutefois, le pouvoir de
segmentation de l’analyse, tout en donnant à l’approche filière une grande flexibilité, pose
aussi les limites à son aptitude explicative, notamment lorsqu’il faut faire recours aux
facteurs endogènes tant dans les choix optionnels des acteurs du commerce que dans le
comportement des consommateurs.

Le croisement de ces deux approches disciplinaires permet d’articuler l’analyse des


facteurs économiques, anthropologiques et naturels qui peuvent impacter sur l’efficacité
des SADA dans les villes du Nord-Cameroun.

Délimitation spatiale de la zone d’étude


L’ensemble des villes du Nord-Cameroun (figure 1) compte en 2010 près d’un
million d’habitants, soit environ 35 % de la population régionale (BUCREP, 2010.). Elles
connaissent une accélération de la croissance démographique, spatiale et économique
depuis ces 20 dernières années. Le maillage urbain régional organisé autour de trois villes
moyennes (Ngaoundéré, Garoua et Maroua) est dominé par un réseau de villes secondaires
34

bâties autour d’un noyau administratif représentant les Chefs-lieux de département ou


d’arrondissement (Mokolo, Yagoua, Kaélé, Guider, Tcholliré, Poli, Meiganga, Banyo…).
50 % de la population urbaine ont encore un mode de vie ruralisée, ce qui, d’un point de
vue alimentaire contribue peu à une modification profonde des habitudes de
consommation. Ngaoundéré, Garoua et Maroua, respectivement chefs-lieux des régions
administratives de l’Adamaoua, du Nord et de l’Extrême-Nord constituent les principaux
points de convergence de la production vivrière locale commercialisée et des importations.

Des trois villes retenues pour cette étude, Ngaoundéré avec moins de
160 000 habitants bénéficie d’une situation géographique plus favorable pour un
approvisionnement alimentaire régulier et diversifié tout au long de l’année. C’est le lieu
de passage obligatoire de la production sud-camerounaise (racines et tubercules, féculents
et fruits) et des importations (riz, farine) commercialisées dans le nord d’une part, et de la
production locale acheminée vers le sud. Située en zone de contact forêt-savane,
l’Adamaoua bénéficie d’un climat relativement favorable à une production diversifiée.
L’instabilité de l’offre se vit donc avec moins d’acuité qu’à Garoua et Maroua, villes
situées en milieu soudano-sahélien, et confrontées à la pression alimentaire des pays
voisins. L’analyse portera toutefois sur les trois villes pour des besoins de comparaison.
35

Figure 1 : Le cadre spatial de l’étude


36

Choix des échelles d’analyse


Comprendre la problématique de l’offre alimentaire urbaine au Nord-Cameroun
implique d’articuler quatre échelles d’analyse : la ville, sa région géographique, les
localités transfrontalières des pays voisins (en l’occurrence le nord du Nigeria) et le Sud-
Cameroun. La ville reste un espace dont les limites sont parfois difficiles à tracer, soit
parce qu’elles sont dynamiques, soit parce qu’on ne peut pas se borner à les considérer de
manière purement physique. Pour Aragrande (Op. Cit.), la ville est, surtout du point de vue
de l’approvisionnement, beaucoup plus que cela, par exemple : le rôle qu’elle joue
géographiquement sur ses alentours (rôle de domination ou de hiérarchie) aux niveaux
social, économique et démographique ; les relations entre ville et campagne ; l’importance
de l’aménagement rural sur les conditions de vie en ville, etc. Ces constats conduisent à
prendre en compte l’échelle du Nord-Cameroun. Cette échelle permet d’analyser
l’importance de l’offre locale dans les disponibilités urbaines, et d’apprécier les
interactions entre les différents centres de consommation d’une part et entre la région
géographique et les villes de certains pays voisins (Tchad, Centrafrique, Nigeria, Soudan),
demandeuses de la production vivrière d’autre part. La troisième échelle (nord du Nigeria)
participe également à l’approvisionnement des marchés urbains camerounais en saison
sèche. Cet approvisionnement porte sur les produits maraîchers et les tubercules,
notamment l’igname. En raison de la faible proportion de l’igname dans la structure de
consommation des ménages, révélée par les enquêtes, cette échelle n’a pas été retenue dans
l’étude. La quatrième échelle (Sud-Cameroun) permet de saisir la contribution de cette
partie du pays à la sécurité alimentaire urbaine. Cette échelle prend en compte la
production méridionale du pays et les importations.
37

Cadre opératoire
La construction du cadre opératoire s’organise autour de deux concepts de base, l’offre et la demande, qui structurent l’étude. Il s’agit de
les décomposer pour les rendre manipulables.

Concepts Dimensions Variables Indicateurs de base


Lieux de production (distance)
Acteurs de la production
Production paysanne Facteurs de production
Origine
Contraintes de production
Appuis à la production
Importations Disponibilités (Quantités)
Offre alimentaire Etat
Grossistes
Types d’acteurs Intermédiaires
Organisation de la distribution Transporteurs
Détaillants urbains
Ressources financières
Moyens/outils
Logistiques
Groupe ethno-linguistique Province d’origine
Origine géographique du ménage
Types de produit consommés Céréales/racines/tubercules/féculents
Demande alimentaire Fréquence d’approvisionnement Journalier/Hebdomadaire/Mensuel
Pouvoir d’achat du ménage
Mode d’approvisionnement Achat ou prélèvement dominant
Taille du ménage Nombre de personnes à charge Effectif
38

Cadre méthodologique
L’objectif de la démarche méthodologique adoptée est de définir et clarifier les
données à collecter permettant de répondre aux questionnements qui structurent cette thèse, de
présenter les outils et les techniques mobilisés pour leur collecte, leur traitement et analyse.

Une diversité de sources de données secondaires

Les sources secondaires ont fourni d’importantes données dont plusieurs sont
difficilement mobilisables à l’échelle spatiale et temporelle de cette étude.

- Les statistiques sur les études de population au Cameroun : elles concernent


l’évolution de la population du Cameroun de 1976, année du premier recensement à janvier
2010, date de publication des résultats du troisième recensement de la population conduit en
2005 par le Bureau Central des Recensements et des Etudes de Population (BUCREP). Afin
de tenir compte des évolutions récentes nous avons intégré ces résultats (situation exacte de la
population en 2005 et estimations de janvier 2010) dans nos analyses. Les sources de données
présentent des contradictions qui rendent quelquefois difficile une meilleure appréciation de
l’évolution de la population, notamment dans les villes étudiées. L’on remarque par exemple
pour les cas de Ngaoundéré, Garoua et Maroua une baisse de près de 25 % de leur population
en 2010, par rapport aux données publiées par l’INS pour la période 2000 – 2008 relevant des
estimations. Pour remédier à cette situation nous nous sommes limités autant que possible aux
résultats des différents recensements et enquêtes officiels en ignorant les données issues des
estimations de la période 2000-2008. Les données utilisées pour nos analyses concernent les
recensements de 1976, 1987 et 2005 (un redressement ayant été fait par le BUCREP jusqu’à
la période de janvier 2010) ; ainsi que les enquêtes de ménages (ECAM) de 1996, 2001 et
2007.

- Les statistiques agricoles : pour analyser l’évolution de la production vivrière


régionale nous avons considéré les données publiées par le Ministère de l’agriculture et du
développement rural (MINADER), dans l’Annuaire statistique agricole du Cameroun
(Agristat) dont la dernière parution de l’année 2009 publie les statistiques de production de
2006. Malheureusement les délégations ne disposent pas toujours des données à jour pour
l’ensemble de leur territoire de compétence, permettant d’avoir une série statistique plus
récente. Dans ce contexte, il est difficile d’apprécier les efforts d’accroissement de la
production vivrière, ou à contrario de saisir les pics de décroissance, notamment dans des
territoires affectés par les effets des changements climatiques récents. Par ailleurs, les données
39

collectées par les organismes d’appui au développement rural (SODECOTON, CDD,


ONG…) sont partielles ; elles ne concernent que leurs zones d’intervention et ne rendent par
conséquent pas compte de toute la réalité. Nous nous sommes servis de la base Agristat plus
complète pour l’analyse régionale de la dynamique de production. Des enquêtes spécifiques
auprès d’un échantillon de producteurs ont été réalisées pour compléter notre perception de
cette dynamique.

- Les statistiques sur le commerce extérieur du Cameroun : les sources de données


sur le commerce extérieur du Cameroun sont tout aussi diversifiées et portent davantage sur
les importations que les exportations. Pour l’essentiel, les importations des produits vivriers
sont enregistrées au guichet unique du port autonome de Douala. Elles portent sur le riz, le blé
dur, la farine de froment, le maïs. En l’absence d’un dispositif officiel de suivi statistique sur
le commerce vivrier rigoureusement coordonné à l’échelle nationale, les échanges
transfrontaliers par la voie routière sont peu comptabilisés dans la balance commerciale. Nous
avons mobilisé quatre sources de données pour apprécier l’évolution des importations à
l’échelle nationale : la base FAOSTAT, les données du Groupement Inter-Patronal du
Cameroun (GICAM), du Poste de Police phytosanitaire du port de Douala et les statistiques
du Ministère du commerce. Il s’agit de sources qui présentent pour certains produits de fortes
contradictions (riz, farine de froment). Il est par contre difficile de qualifier la part de ces
importations dans le Nord-Cameroun pour la raison sus-mentionnée sur le suivi statistique.
Pour se faire une idée de ce qu’elles peuvent représenter, nous avons sur la base des chiffres
sur les importations de quelques sociétés agro-alimentaires installées dans la région, tenté une
extrapolation à partir d’un répertoire des importateurs nord-camerounais reconstitué en
utilisant la technique de boule de neige.

- Les bases documentaires et cartographiques : la synthèse bibliographique a permis


de faire le point sur la question de l’alimentation dans les pays en développement et sur le
diagnostic antérieur dans la région étudiée. Les travaux spécifiques (ouvrages, thèses, articles,
littératures grises, rapports d’activités) ont permis d’orienter notre problématique et de cerner
les différentes approches méthodologiques (Chaléard, 1996 ; Franqueville, 1997 ; Padilla,
1997 ; Porter, 1998 ; Temple et al., 2009a ; Leporrier, 2002 ; Hatcheu, 2003). La recherche
documentaire a été effectuée dans les principaux centres de documentation et bibliothèques de
Garoua, Maroua, Yaoundé, Montpellier et Laval.
40

Nous avons également consulté les documents des bibliothèques de certaines


personnes ressources rencontrées. L’ensemble des données et connaissances obtenues ont
permis de baliser le cadre de collecte des données primaires.

Collecte des données primaires

Compte tenu de la prépondérance de l’informel dans les activités agro-alimentaires des


pays du sud en général et d’Afrique subsaharienne en particulier, l’étude du ravitaillement
alimentaire des villes recommande le choix d’outils adaptés à la réalité de l’environnement,
de manière à permettre la collecte d’un grand nombre d’informations sur les acteurs et leurs
activités. La démarche filière répond aux besoins d’une telle étude en offrant la possibilité de
reconstituer les différents segments qui composent les filières alimentaires. Le choix de
l’entrée est déterminant. Duteurtre (2000) identifie une démarche qui se résume en trois
entrées :

- une entrée par la consommation, qui permet d’identifier les modèles existants, les
modes d’acquisition des produits (autoproduction/achat, lieux d’autoproduction et de
l’achat) ; sur les lieux d’achat à la consommation (marchés de détail), on interroge les
commerçants sur les lieux d’achat et la nature des fournisseurs et des relations avec eux
(producteurs, grossistes, détaillants) jusqu’au lieu de production ;

- une entrée par les lieux de production si ceux-ci sont bien repérés, à partir desquels on
peut suivre le produit jusqu’au consommateur final. Dans ce cas, on est amené à ne pas
prendre en compte les produits importés, ce qui, dans le contexte africain en général,
donnerait lieu à une analyse partielle des SADA ;

- une entrée par les marchés de détail si ceux-ci sont bien identifiés. On interroge dans ce
cas les commerçants sur la nature de leurs fournisseurs et de leurs clients pour
reconstituer la chaîne d’approvisionnement.

Du fait de la diversité des origines de l’offre alimentaire (production paysanne et


importation), l’entrée par la production s’avère peu fiable dans notre cas ; de même que celle
qui privilégie le marché de détail, du fait du faible niveau de connaissances sur l’organisation
et le fonctionnement des marchés urbains au Nord-Cameroun. Ce qui justifie ici le choix de
l’entrée par la consommation, à partir de laquelle il nous a semblé plus facile de reconstituer
le processus de ravitaillement urbain.
41

Trois méthodes de collecte de données ont été retenues : les observations, les
interviews et les enquêtes par questionnaires.

Nous nous intéressons à cinq catégories d’acteurs : les consommateurs, les détaillants,
les grossistes (des marchés locaux et internationaux), les transporteurs et les producteurs.
Chaque catégorie d’acteurs par ses choix stratégiques influence le processus du ravitaillement
des villes, du producteur au détaillant urbain.

a). La collecte des données auprès des consommateurs

La méthodologie s’appuie sur un diagnostic des systèmes de consommation


alimentaire dans les trois principales villes du Nord-Cameroun : Ngaoundéré, Garoua et
Maroua. Le choix du ménage comme échelle d’observation se justifie par la possibilité de
reconstituer les évolutions relatives à la consommation alimentaire (produits consommés,
formes, coûts, fréquences…) sur le moyen terme (un à cinq ans)18. Nous n’avons pas pris en
compte la consommation hors ménage qui fait l’objet de données disparates et difficiles à
reconstituer. La question a déjà fait l’objet de travaux au Nord-Cameroun (Lopez, 1996 ;
Mokam, 2002 ; Kouebou, 2007).

Les données ont été collectées au moyen d’un questionnaire adressé à 550 ménages en
deux passages [période de soudure (juin-septembre) et de récolte (octobre-février)]. Nous
avons cherché à cerné plusieurs éléments permettant de situer la place de chaque aliment de
base dans la consommation urbaine. Ces éléments portent sur :

o les produits consommés au cours du dernier mois qui a précédé nos enquêtes :
le choix de l’échelle mensuelle s’explique ici par la maîtrise de la gestion de la
consommation par les ménages, qui peuvent ainsi reconstituer l’évolution de la
consommation sur plusieurs mois ;

o l’origine des aliments consommés : trois origines ont été identifiées et retenues
à la suite d’une pré-enquête : l’achat qui se fait sur les marchés urbains,
périurbains de gros et ruraux de production ; ou directement chez le
producteur ; la production urbaine ou rurale pour les ménages investis dans
l’agriculture ; les dons des familles et amis.

18
Le ménage est l’ensemble de personnes (ayant des liens de sang, de mariage ou non), vivant dans la même
unité d’habitation, prenant souvent leurs repas en commun, subvenant en commun aux dépenses courantes et
reconnaissant généralement l’autorité d’une personne comme chef de ménage (Dury et al., 2000).
42

Cette démarche a déjà été appliquée par divers auteurs pour étudier la consommation
alimentaire de nombreuses villes africaines (Bricas, 1993 ; Requier-Desjardins, 1993 ;
Abraao, 1994 ; Dury et al., 2000 ; Leporrier, 2002 ; Diawara et al., 2002).

Les ménages enquêtés ont été choisis de façon raisonnée sur la base de deux groupes
de variables :

 les variables de caractérisation des ménages :

 de type économique : revenus, habitat ;


 de type social : groupe ethno-linguistique ;
 de type culturel : religion.

 les variables de caractérisation de la consommation :

 de type qualitatif : produits consommés (mil/sorgho, riz, maïs, manioc,


plantain…) ;
 de type quantitatif : nombre de repas par jour, quantité consommée par mois,
nombre de jours par mois, taille du ménage…

Les affinités ethno-linguistiques et religieuses, de même que les catégories


socioprofessionnelles déterminent l’occupaption de l’espace urbain au Nord-Cameroun
(Bassoro et Mohammadou, 1980 ; Simeu Kamdem, 1985 ; Seignobos et Iyebi-Mandjek,
2000), d’où le choix du quartier comme unité d’enquête. Ce qui conduit à adopter un
échantillonnage par grappe. Simeu Kamdem (1985 et 2004), Seignobos et Iyebi-Mandjek
(2000) ont établi une typologie des quartiers des villes du Nord-Cameroun : quartiers
musulmans et chrétiens d’une part, résidentiel et populaire d’autre part. Cette typologie a
orienté notre choix des ménages en fonction des différentes variables de caractérisation
retenues plus haut.

L’échantillonnage des ménages s’est fait en deux étapes : un choix raisonné de six
quartiers par ville en fonction des caractéristiques socioéconomiques, soit 18 quartiers
enquêtés, et un choix aléatoire d’une unité d’habitation au dixième. 90 % des quartiers
abritent les populations à revenu moyen et bas. La troisième Enquête Camerounaise auprès
des ménages (ECAM 3) réalisée en 2007 a montré qu’à l’échelle nationale, le Nord-
Cameroun représente la région où l’incidence de la pauvreté a le plus augmentée ces dix
43

dernières années avec moins de 269 443 FCFA19 par équivalent adulte et par an (INS, 2008b).
Le phénomène s’observe aussi bien dans les campagnes que dans les villes où les professions
libérales (travailleurs pour compte propre) largement organisées autour du secteur informel
absorbent plus de 40 % des actifs occupés (INS, 2005).

L’ensemble des variables retenues contribue à l’analyse et à la compréhension de la


dynamique alimentaire urbaine. L’enquête principale a été réalisée entre juillet et août 2007
sur un échantillon de 450 ménages équitablement répartis dans les trois villes. Ces mois
correspondent à la période de soudure alimentaire dans la zone soudano-sahélienne (Nord et
Extrême-Nord), c’est la période où du point de vue de la saisonnalité des productions locales,
les problèmes de sécurité alimentaire sont les plus intenses pour les populations concernées et
où les prix des produits alimentaires sont les plus élevés. Une enquête complémentaire a été
réalisée en janvier 2008 à Garoua et Maroua20 sur un échantillon réduit de 100 ménages. Ce
mois correspond à la période des récoltes et de plus grande abondance de disponibilités
alimentaires sur les marchés urbains. L’enquête visait à saisir la dynamique de consommation
sur l’année [période de soudure (juin-septembre) et d’abondance (octobre-mai)].
L’échantillonnage dans les villes se présente ainsi qu’il suit :

19
410,763 euros
20
Garoua et Maroua sont les principales villes de la zone soudano-sahélienne qui souffrent le plus des effets de
la soudure alimentaire, et où s’apprécierait le mieux la dynamique alimentaire sur l’année. Elles regroupent à
elles seules près de 40 % de la population urbaine du Nord-Cameroun.
44

Tableau 1 : Répartition des ménages enquêtés à Garoua, Maroua et Ngaoundéré par quartier
Effectif
Effectif enquête
Ville N° Quartiers Type de quartier enquête
complémentaire
principale
Quartier musulman (plus
1 Foulbéré 1-4 35 15
de 75 %)
Quartier mixte à revenu
2 Quartier Bamiléké 30 10
faible et moyen
Quartier spontané (de
Garoua 75 % des ressortissants
3 Camp Chinois 30 10
de la province de
l’Extrême-Nord)
Quartier mixte à revenu
4 Roumdé Adjia 25 5
moyen
5 Laïndé Quartier résidentiel 15 5
6 Djamboutou Quartier résidentiel 15 5
Sous-total Garoua 150 50
Quartier mixte à revenu
7 Kaliao 30 15
moyen
Quartier à dominance
8 Founangué (I-IV) musulman à revenu 25 10
faible et moyen
Quartier mixte à revenu
9 Doursoungou 25 5
Maroua moyen
Quartier chrétien à
10 Domayo Toupouri 25 10
revenu faible
Quartier musulman à
11 Kakataré 25 5
revenu moyen
12 Djarengol Quartier résidentiel 20 5

Sous-total Maroua 150 50


Quartier mixte à revenu
15 Bamyanga 30 0
faible et moyen
Quartier mixte à revenu
16 Madagascar 20 0
moyen
Quartier chrétien à
17 Baladji 1 25 0
Ngaoundéré revenu faible
18 Baladji 2 Quartier résidentiel 20 0
Quartier musulman à
19 Haoussa 25 0
revenu moyen
quartier à dominance
20 Burkina 30 0
chrétien à revenu faible

Sous-total Ngaoundéré 150 0


450 100
Total enquêté
550
45

Pour des besoins de comparaison de nos résultats avec ceux des enquêtes officielles,
nous avons fait recours aux Services officiels de la Statistique à Garoua, Ngaoundéré et
Maroua, pour le choix des quartiers, de l’échantillon et de la méthode d’enquête, sur la base
des variables de contrôle retenues.

Notons que sur le plan culturel le Nord-Cameroun, comme de nombreuses régions


soudano-sahéliennes, est un espace qui a su garder ses coutumes, notamment dans les sociétés
musulmanes encore dominantes. La répartition des tâches au sein du ménage implique
fortement les hommes qui s’occupent encore dans la plupart des cas des achats alimentaires.
Dans certains cas, cette tâche est réservée aux employés, qui effectuent les achats suivant les
besoins exprimés par la maîtresse de maison. La situation est plutôt différente dans les
ménages originaires de la partie méridionale du Cameroun et même de certaines ethnies
septentrionales où, tout le processus de gestion de la consommation alimentaire du ménage
(choix des mets, achats, préparation et cuisson) incombe entièrement à la femme. Dans ce
contexte de diversité des pratiques, il était nécessaire de définir le statut du répondant dans le
ménage. L’épouse nous a semblé la personne la plus indiquée à cet effet, dans la mesure où
elle reste au centre du fonctionnement du ménage d’une manière ou d’une autre. Elle a donc
été retenue comme personne à enquêter, ce qui n’a pour autant pas exclu les hommes dans le
cas des ménages à un seul membre ou à plusieurs membres de sexe masculin.

L’enquête par questionnaire sur la consommation alimentaire à l’échelle d’une ville


présente toutefois des limites pouvant porter sur les points suivants :

- le niveau de représentativité de l’échantillon des ménages par rapport à la taille


de la population mère ;
- la maîtrise du processus d’enquête par les enquêteurs permettant de garantir la
cohérence des informations collectées ;
- la fiabilité des réponses fournies par les répondants, leur attitude étant
susceptible d’introduire des biais.

Pour prévenir de tels manquements, nous avons privilégié au cours de l’enquête


complémentaire, des interviews semi-structurées approfondies avec les répondants. Une
vingtaine de ménages a été suivi pendant deux ans dans les trois villes pour apprécier la
dynamique tant au plan quantitatif que qualitatif. L’enquête auprès des consommateurs aura
ainsi permis d’identifier les principaux points d’approvisionnement des ménages dans les
villes, ce qui nous a orienté quant au choix des marchés de détails à retenir.
46

b). Les détaillants et les grossistes

Les détaillants et les grossistes contrôlent depuis le retrait de l’Etat toute la chaîne de
ravitaillement alimentaire des villes. Ils influencent à travers leurs activités, la disponibilité et
l’accessibilité aux produits alimentaires. Ils tiennent une part importante dans le processus de
fixation des prix aux consommateurs, très souvent au détriment de ces derniers qui en
subissent les effets des variations. Nous avons affaire à deux catégories d’acteurs aux activités
complémentaires. Il s’agit de comprendre à partir des enquêtes, leur organisation, leurs
capacités à répondre aux attentes des consommateurs par leur pouvoir financier, les
contraintes auxquelles ils font face et qui sont susceptibles d’expliquer leurs difficultés à
satisfaire une demande de plus en plus croissante et diversifiée.

► Outils et méthodes de l’échantillonnage et de la collecte des données auprès des


détaillants et des grossistes

Un questionnaire a été élaboré pour chaque catégorie d’acteur. L’enquête auprès des
détaillants s’est faite sur les marchés officiels21, qui offrent la totalité des produits vivriers
vendus dans les villes, contrairement aux marchés de quartiers (ou marchés de proximité) où
l’on retrouve notamment les produits qui rentrent dans les habitudes alimentaires des groupes
ethniques dominants dans le quartier. Les vendeurs s’installent sur les marchés en fonction du
type de produits vendus (céréales, racines, tubercules et féculents, fruits et légumes…), ce qui
facilite leur recensement pour la définition d’un échantillon assez représentatif. Nous avons
retenu de manière aléatoire 30 détaillants par marché. L’enquête a été réalisée avec l’appui du
personnel des services de la statistique de l’Adamaoua, du Nord et de l’Extrême-Nord, qui
participe au relevé des prix sur les marchés pour le compte desdits services. Cette approche a
eu pour avantage de mettre les commerçants en confiance, tout en assurant une plus grande
fiabilité des données collectées. Au-delà du questionnaire, nous avons privilégié les
interviews avec les acteurs afin d’analyser les relations sociales entre les intervenants des
filières alimentaires. Des observations participantes ont également permis de saisir le
fonctionnement de la vente de détail.

Quant aux grossistes, ils ont été choisis sur deux types de marchés :

21
Les marchés dits officiels sont ceux reconnus et homologués par les municipalités, et dont l’aménagement et
l’entretien font partie de leurs prérogatives.
47

 05 marchés ruraux de production retenus en fonction de leur importance dans


le commerce vivrier régional :

Siri dans le département du Mayo-Rey ;


Ngong dans le département de la Bénoué ;
Figuil dans le département du Mayo-Louti ;
Mada dans le département du Logone et Chari ;
Zamay dans le département du Mayo-Tsanaga ;

 05 marchés officiels dont 01 à Ngaoundéré (petit marché) ; 03 à Garoua


(Grand marché, petit marché et marché reconstruit) et 01 à Maroua (marché
central). Il s’agit des principaux points d’arrivée des produits alimentaires et où
se ravitaillent les détaillants des marchés de quartiers. Chaque marché
périphérique et officiel dispose des points de décharge des produits de gros par
types (céréales, tubercules, féculents, légumes et fruits), gérés par un
responsable de marché. Le déchargement se fait de façon périodique
(hebdomadaire ou bi hebdomadaire, en fonction de la demande des détaillants,
des disponibilités sur les marchés ruraux de production). Cette organisation
facilite la rencontre des grossistes sur ces différents points.

L’enquête a été étendue sur un mois (octobre 2008) pour enquêter le maximum
d’acteurs compte tenu de l’irrégularité de leurs activités. Il s’agissait de déterminer la
fréquence mensuelle d’approvisionnement de chaque ville par acteur, la récurrence de chaque
type de produit et l’origine de l’offre (production paysanne régionale, méridionale ou
importation). A partir de ces points, nous avons fait une estimation des quantités mensuelles
des produits qui arrivent dans les villes. Le questionnaire comportait un volet destiné à la
reconstitution de la structure des prix chez les grossistes, afin de déterminer les éléments de la
fixation des prix au consommateur. Nous avons enquêté 40 grossistes, soit 25 sur les marchés
de production, 7 à Garoua, 5 à Maroua et 3 à Ngaoundéré. L’échantillon n’a pas été davantage
étendu, en raison de la forte récurrence dans les éléments de réponse des 40 acteurs
rencontrés. En effet, à la suite des échanges avec une trentaine d’informateurs, nous avons très
vite atteint le seuil de saturation, c’est-à-dire le moment à partir duquel de nouveaux éléments
recueillis n’enrichissaient plus la problématique, ni ne démentaient les informations déjà
obtenues.
48

Les marchés périphériques, lieux de transition entre les zones de production locales et
la ville ont fait l’objet d’une observation particulière pour comprendre comment
s’approvisionnent les ménages urbains. Des entretiens ont également été menés avec les
grossistes afin de reconstituer leurs histoires de vie à partir desquelles nous avons élaboré des
corpus.

c). Les transporteurs

Les transporteurs privés jouent un rôle tout aussi important dans le ravitaillement
alimentaire des villes en Afrique subsaharienne en général, compte tenu du mauvais état des
infrastructures routières, des contraintes administratives et sécuritaires entre autres. Ils
participent tout autant que les détaillants, grossistes et autres acteurs de l’intermédiation le
processus de l’offre alimentaire urbaine. L’intérêt que nous accordons aux transporteurs dans
notre étude, est d’arriver à répondre à partir des contraintes auxquelles ils font face, à la
question de savoir en quoi celles-ci peuvent impacter sur l’efficacité des systèmes de
ravitaillement des villes. Autant que pour les grossistes, nous nous sommes limités aux points
de décharge des produits sur les marchés périphériques et officiels retenus. Vingt
transporteurs au total ont été enquêtés.

d). Les producteurs

Les études menées au sein des instituts et projets ainsi que par les chercheurs
indépendants ont fourni jusqu’à ce jour d’importantes connaissances et données sur les
évolutions des systèmes de production agricole dans le Nord-Cameroun (itinéraires
techniques, introduction des innovations techniques et accompagnement des acteurs dans le
développement des innovations endogènes). Les évolutions récentes dans la région tant au
plan institutionnel (nouvelles politiques d’accès aux intrants de la SODECOTON), que
naturel (effets du changement climatique sur la production) et socioéconomique ont conduit a
la réalisation d’une enquête auprès des producteurs dans le cadre du Projet ARDESAC. Nous
avons participé à toutes les étapes de réalisation de cette enquête (définition du protocole et de
l’échantillon, choix des sites, administration des questionnaires et organisation des interviews
semi-structurées, dépouillement et interprétation des résultats).

Les enquêtes de terrain se sont déroulées entre octobre 2006 et février 2007 en deux
étapes : l’identification des principales zones à enquêter suivie d’un dispositif d’enquête par
questionnaire sur un échantillon de 300 producteurs individuels par catégorie (petit, moyen et
gros producteur selon la structuration proposée par Abraao en 1994). Ces deux étapes ont été
49

précédées d’une exploitation des rapports d'activités des délégations de l'Agriculture de


l’Adamaoua, du Nord et de l'Extrême-Nord. L’échantillonnage s’est effectué de façon
aléatoire avec l’appui du personnel technique du MINADER dans les zones suivantes :
Mbang-Mboum et Ngangassaou (Adamaoua) ; Boklé, Harandé-loli, Ngong, Djanga, Dellem,
Gounougou, Lagdo (Nord) ; Mogodé, Kerawa, Kaélé, Doukoula (Extrême-Nord).
L’échantillon a comporté 30 groupes d’initiative commune bénéficiaires des appuis de deux
programmes étatiques : le PARFAR et le PNAFM. Les groupes ont été choisis au hasard à
partir des répertoires des bénéficiaires desdits programmes. Les données collectées ont porté
sur l’accès aux facteurs de production (terre et intrants), les itinéraires techniques, les
contraintes, les appuis reçus. L’enquête visait davantage à saisir les évolutions récentes dans
les pratiques des acteurs, leur rapport avec les villes qu’à collecter des statistiques sur la
production.

Traitement et analyse des données collectées


Une base de données des enquêtes consommation a été créée dans un tableur Excel. Le
traitement et l’analyse de ces données ont été effectués à l’aide du Logiciel SPSS, dont la
souplesse offre des possibilités de combinaison des données qualitatives et quantitatives. Le
recours au test du Khi-deux nous a permis de dégager les tendances de consommation
alimentaire illustrées par des diagrammes. Nous avons catégorisé les variables explicatives
possibles de l’instabilité de l’offre vivrière. Les enquêtes auprès des détaillants, grossistes et
transporteurs ont fait l’objet de traitements statistiques sous Excel. Les données qualitatives
issues des interviews avec les différents acteurs ont été regroupées, et leurs contenus
interprétés. Des corpus ont également été élaborés à partir des récits de vie.

Une base de données de tous les marchés du Nord-Cameroun ainsi que du réseau
routier régional a été montée, elle a permis de réaliser une cartographie des espaces
marchands et la spatialisation des flux à l’aide des logiciels Adobe Illustrator CS et Philcarto
(version 5.07).
50

Organisation de la thèse
On ne saurait aborder l’analyse des déterminants de l’offre alimentaire vivrière sans
appréhender au préalable cette offre. Cela implique d’étudier les conditions de production au
niveau régional pour en cerner les contraintes. La connaissance de ces conditions balise le
cadre d’analyse de l’organisation et du fonctionnement des systèmes d’approvisionnement des
villes, et conduit enfin à ouvrir la réflexion sur les voies et moyens de jouer sur les
déterminants majeurs identifiés. La thèse est dès lors organisée autour de ces idées fortes en
trois parties.

La première caractérise l’offre vivrière fournie par le Nord-Cameroun. Dans le


chapitre 1, nous faisons à partir des statistiques officielles une analyse spatio-temporelle de la
production vivrière locale et des contraintes de l’environnement de cette production pour
tenter d’expliquer les disponibilités intra annuelles de l’offre locale dont près de 80 % portent
sur les céréales (mil/sorgho, maïs). Le chapitre 2 étudie le cadre spatial des échanges vivriers.
Il s’agit de la géographie des marchés en tant qu’espace physique où s’effectuent les
transactions entre les différents acteurs des filières vivrières. La cartographie des marchés
montre la difficulté de connexion entre espaces de production et de consommation. Le facteur
d’accessibilité est ainsi mis en évidence et apporte une explication pertinente à la saisonnalité
de l’offre locale.

La deuxième, tente à partir de l’évolution de la demande alimentaire, de comprendre le


fonctionnement des SADA des villes. Le chapitre 3 étudie l’évolution de la demande urbaine
nord-camerounaise. Il caractérise le modèle de consommation des ménages pour saisir les
similitudes et les dissemblances entre les principales villes de la région géographique. Il
analyse enfin les déterminants de cette consommation susceptibles d’expliquer le
comportement des acteurs des SADA. Le chapitre 4 permet de comprendre comment
fonctionnent les filières céréalières spécifiquement en raison de leur importance dans la
production et l’alimentation. Une typologie des acteurs intervenant dans l’approvisionnement
alimentaire urbain confirme le rôle stratégique du secteur privé malgré les défaillances du
cadre réglementaire. Pour saisir l’offre urbaine dans sa globalité, les filières importées font
également l’objet d’une analyse spécifique. Cette analyse révèle une plus grande stabilité par
rapport aux filières céréalières locales. En outre nous identifions et analysons les contraintes
auxquelles font face l’ensemble des acteurs (faible niveau d’organisation, difficultés de
financement, difficultés d’accès aux marchés ruraux ou d’acheminement des importations) et
51

les solutions adoptées (mobilisation des relations sociales, pratique de la corruption), bien
qu’elles demeurent relativement précaires.

La troisième tente enfin d’identifier et de comprendre les défaillances du cadre


institutionnel et organisationnel à l’amélioration des conditions de production en vue
d’accroitre les disponibilités alimentaires pour les marchés urbains. Dans le chapitre 5, nous
proposons de comprendre quels sont au niveau institutionnel les obstacles qui compromettent
l’accroissement de la productivité. Dans le dernier chapitre, nous analysons le rôle que jouent
les acteurs exogènes dans le secteur agricole et quelles améliorations peuvent être apportées
dans leurs contributions pour rendre l’agriculture locale plus performante.
52

Première partie : Caractérisation spatiale et temporelle de


l’offre vivrière du Nord-Cameroun
53

Cette première partie fait un état des lieux de l’offre vivrière dans le Nord-Cameroun
en vue d’en cerner les déterminants. Nous caractérisons l’organisation de la production pour
tenter d’apprécier les disponibilités régionales et les conditions de leur redistribution spatiale,
permettant de répondre à la demande urbaine. Nous analysons également les contraintes de
l’environnement de production pour expliquer la saisonnabilité de l’offre locale. A partir de
l’analyse spatiale du cadre des échanges vivriers, cette première partie met en exergue les
difficultés d’achéminement de la production des campagnes vers les villes, en raison de
l’atomisation de cette production et l’inaccessibilité saisonnière des marchés ruraux.
L’organisation de la distribution urbaine est enfin étudiée.
54

Chapitre 1 : L’offre vivrière locale et ses contraintes

La gestion des disponibilités alimentaires a toujours rythmé la vie des populations du


Nord-Cameroun et de l’ensemble des acteurs impliqués dans le développement agricole de
cette partie du pays, autant dans les campagnes que dans les villes. L’on s’est habitué à la
structuration intra annuelle en « période d’abondance » et « période de soudure », expressions
devenues courante. Ce fait est plus marqué dans les régions administratives du Nord et de
l’Extrême-Nord plus exposées au risque d’insécurité alimentaire que dans l’Adamaoua. Des
stratégies d’adaptation et de gestion des stocks alimentaires ont été développées par les
ménages avec l’appui des partenaires pour faire face à cette situation récurrente.

Dans les campagnes, elles portent essentiellement sur la constitution des stocks de
sécurité en période dite d’abondance ou période de récoltes annuelles pour faire face à la
soudure dont la sévérité varie d’une année à l’autre. De nombreuses expériences ont ainsi été
mises en place avec l’appui de plusieurs partenaires au développement. Il s’agit notamment
des Associations de Producteurs et Stockeurs de Céréales (APROSTOC) développées par le
DPGT, les greniers villageois ou communautaires selon le cas avec l’Organisation des
Producteurs de Coton du Cameroun (OPCC), le CDD, le PAM entre autres intervenants.

Au-delà de quelques actions isolées de stockage préventif menées à l’échelle des


ménages dans les villes, l’Office Céréalier du Cameroun reste aujourd’hui la seule structure
qui œuvre au nom de l’Etat depuis une quarantaine d’années pour assurer la régulation du
marché céréalier. L’évolution des prix sur les marchés urbains des bases amylacées qui
constituent l’alimentation des populations marque une récurrence dans le temps de la
saisonnalité intra annuelle de l’offre vivrière locale, qui semble traduire une certaine
résignation à la fois des consommateurs et des acteurs de développement face à cette
situation. Ce constat conduit aux interrogations suivantes : la saisonnalité de l’offre de
production locale serait-elle liée à un problème de disponibilité annuelle ? Quels sont les
facteurs de cette disponibilité ? Ce chapitre pose le problème de la maîtrise des conditions
d’accroissement de la production qui passe par l’intensification des systèmes de culture. Nous
tentons de comprendre les facteurs susceptibles d’expliquer la saisonnalité intra annuelle de
l’offre à partir d’une réflexion centrée sur les éléments de caractérisation spatiale permettant
d’analyser la répartition de la production à l’échelle régionale d’une part, et sur les contraintes
de l’environnement de cette production d’autre part.
55

1.1. Caractérisation spatiale de la production et disponibilités régionales

1.1.1. Une spécialisation des zones de production

La production vivrière nord-camerounaise est marquée au plan spatial par une certaine
spécialisation en rapport avec les facteurs naturels qui ont contribué à l’aménagement de
l’espace dans le cadre de la mise en œuvre de la politique agricole d’une part, et aux
évolutions socioéconomiques récentes d’autre part. D’un point de vue naturel, l’aménagement
des périmètres irrigués dans le Logone-et-Chari et à Lagdo destinés à la production rizicole
avait par exemple été motivé par la présence de vastes plaines inondables, tout comme l’avait
été la création de la SODEBLE sur le plateau de Wassandé dans l’Adamaoua pour les
potentialités pédoclimatiques du site. Malgré les efforts entrepris pour assurer la diffusion de
certaines cultures (cas du maïs ou du manioc dans l’Extrême-Nord), la cartographie agricole
individualise les zones à prédominance céréalière des bassins des racines et tubercules et de
légumineuses.

[Link]. Le Nord-Cameroun : un espace céréalier

La production nord-camerounaise de l’ensemble des bases amylacées (céréales,


racines et tubercules) se situe actuellement autour de 1 800 000 tonnes. La distribution
statistique de cette production confirme le caractère céréalier dominant, en même temps
qu’elle met en relief l’importance des céréales locales (mil/sorgho) dans les systèmes de
production sur le vivrier (figure 2).

Figure 2 : Proportion de chaque culture dans la production des bases amylacées en 2007 (en %)
Source : MINADER/Agristat n°15 (2009). Graphique : Fofiri (2010)
56

Les mil/sorgho sont des graminées des zones semi-arides chaudes avec des
températures moyennes de 28°C pendant la saison de culture. Elles sont généralement
cultivées dans les zones ayant une pluviométrie variant entre 500 et 800 mm répartie sur trois
à quatre mois correspondant à la longueur de la saison des cultures. Le mil moins exigeant
que le sorgho est cultivé sur des sols légers et sablo-argileux bien drainés. Il tolère la
sécheresse, un faible niveau de fertilisation des sols et des températures élevées. La
germination du sorgho demande un sol humide et des températures journalières supérieures à
20°C. Cette céréale présente en outre de bonnes aptitudes à supporter les périodes de
sécheresse, surtout en début de culture. Mil/sorgho s’adaptent bien à l’environnement
soudano-sahélien du Cameroun et particulièrement dans l’Extrême-Nord.

La production est actuellement concentrée dans six des quinze départements que
compte le Nord-Cameroun : Mayo-Tsanaga (198 000 tonnes), Diamaré (127 000 tonnes),
Mayo-Danay (98 000 tonnes), Bénoué (90 000 tonnes), Mayo-Louti et Mayo-Kani (90 000
tonnes chacun) (figure 3a). La culture du mil/sorgho connaît depuis une dizaine d’années une
forte régression sur le plan spatial. Abondamment produit dans l’Adamaoua et le Nord
jusqu’à la décennie 1990 (Abraao, 1994), le mil/sorgho est de plus en plus contenue dans les
limites de la zone sahélienne (Bénoué et Mayo-Louti). Ce fait serait davantage lié aux
évolutions socio-économiques qu’à la dynamique naturelle, notamment l’implication de la
SODECOTON dans la diffusion de la culture du maïs dans le nouveau front cotonnier de la
vallée de la Bénoué.

Le maïs est cultivé dans des conditions écologiques très diversifiées, certes, mais les
caractéristiques pédoclimatiques du Nord-Cameroun semblent avoir marqué une certaine
sélection pour cette céréale. Pour pallier les contraintes d’ordre climatique, plusieurs variétés
[Cameroon maize selection (CMS) 8501, 8704, 8806, 9015] ont été développées à partir de
1985 par l’Institut de Recherche Agronomique devenu plus tard Institut de Recherche
Agricole pour le Développement, avec l’appui de ses partenaires internationaux - NCRE,
Projet Garoua II - (Njomaha, 2002). La production est aujourd’hui concentrée dans six grands
bassins correspondant administrativement aux départements du Logone-et-Chari (45 000
tonnes), Mayo-Tsanaga (50 000 tonnes), Mayo-Louti (55 000 tonnes), Bénoué (53 000
tonnes), Mayo-Rey (44 000 tonnes) et Mayo-Banyo (83 000 tonnes) plus au sud de
l’Adamaoua (figure 3b). Les deux premiers départements situés dans l’Extrême-Nord, zone à
climat sévère bénéficient des micro-climats plus favorables à la culture du maïs qu’à celle du
mil/sorgho. Dans le Logone-et-Chari en effet, les zones de décrue des abords sud du lac
57

Tchad (Blangoua, Hilé-Halifa, Darak) assurent plus de 80 % de la production de maïs de ce


département. La région administrative du Nord dispose des caractéristiques pédoclimatiques
particulièrement favorables à cette culture (une pluviométrie comprise entre 900 et
1 200 mm/an assez bien répartie dans le temps). Elle assure 37 % de la production régionale
contre 35 % dans l’Adamaoua et 28 % dans l’Extrême-Nord. Le maïs introduit au Nord-
Cameroun par le Système national de recherche dans la décennie 1980 aura donc connu des
niveaux d’adoption assez variables d’un espace à l’autre.

Parmi les céréales cultivées, le riz est assurément celle qui fait l’objet d’une plus
grande exigence au plan pédoclimatique. La production rizicole est en effet concentrée dans
l’Extrême-Nord [Mayo-Danay (11 800 tonnes), Mayo-Sava (11 000 tonnes) et Logone-et-
Chari (9 700 tonnes) (figure 3c)]. Ces trois départements fournissent 80 % de la production du
Nord-Cameroun et plus de 60 % au plan national. La culture du riz bénéficie ici des
conditions hydrographiques adéquates qui ont permis des aménagements spécifiques dans le
cadre de la SEMRY.
58

Figure 3 : Distribution spatiale de la production céréalière au Nord-Cameroun par département en 2007


59

[Link]. Les racines et tubercules

Le manioc, la patate et l’igname sont les principaux tubercules cultivés dans le Nord-
Cameroun. La production des trois cultures se situe autour de 300 000 tonnes. Elle est
largement dominée par le manioc (55%) tandis que les deux autres cultures sont relativement
produites à des proportions égales. Le Nord-Cameroun a produit en 2007 164 000 tonnes de
manioc (6 % seulement de la production nationale), 68 700 tonnes de patate (31 %) et
65 600 tonnes d’igname (22 %). Ces disproportions s’expliqueraient davantage par des
facteurs agro-écologiques particulièrement peu favorables pour l’igname et le manioc dans le
Nord et l’Extrême-Nord. Historiquement les racines et tubercules ont toujours été considérés
notamment dans ces deux régions administratives comme des cultures d’appoint permettant
de renforcer la sécurité alimentaire. L’introduction et la diffusion ont été soutenues par
l’administration coloniale française suite à de multiples crises de sécheresse22, et par l’Etat du
Cameroun à partir de l’indépendance avec l’appui des partenaires techniques et financiers.
Tout comme pour les céréales, la recherche a activement participé au développement des
variétés adaptées à l’écologie notamment sur le manioc et la patate. Elle est menée par l’IITA
et l’IRAD.

L’analyse spatiale de la production présente deux schémas. D’un côté le manioc et


l’igname participent très faiblement à la formation des systèmes de production dans le Nord et
l’Extrême-Nord, contrairement à la patate qui marque par sa répartition spatiale relativement
régulière une plus grande présence dans les systèmes de production (figure 4a-b). Ces
schémas transparaissent, comme on le verra plus loin, dans la structure de consommation des
ménages urbains. A priori, on pourrait émettre l’hypothèse que le manioc et l’igname
contribueraient peu à l’accroissement des disponibilités alimentaires dans les deux régions
administratives sus évoquées.

22
Lire à ce sujet Beauvilain A. (1989). Nord-Cameroun : Crises et peuplement, Thèse de Doctorat de
Géographie, Université de Rouen, France, 2 vol., 625p.
60

Figure 4 : Distribution spatiale de la production de racines et tubercules au Nord-Cameroun par département en 2007
61

[Link]. Les légumineuses : cultures spécifiques des zones de savane

L’arachide (Arachis hypogaea L.) et le niébé (Vigna unguiculata L.) font aujourd’hui
partie des ressources génétiques du Nord-Cameroun qui présentent la plus grande diversité.
Pasquet et Fotso (1994) ont identifié plus de 4 000 numéros de collection de niébé au
Cameroun appartenant à quatre cultigroupes dont plus de la moitié dans le Nord-Cameroun.
Ces deux cultures représentent environ 8 % des bases alimentaires produites dans la région.
Elles ont une contribution significative tant du point de vue social qu’économique. Au plan
social, leur consommation a toujours été encouragée par les pouvoirs publics et les acteurs de
développement pour leur apport en protéine dans un environnement marqué par un faible
niveau de consommation en protéines animales. Elles constituent d’excellents aliments de
complémentation pour les rations infantiles. Ce fait a d’ailleurs induit la mise en œuvre des
programmes de sensibilisation dans les structures sanitaires sur les valeurs nutritives des
légumineuses dans la croissance des enfants ; ainsi que des programmes de recherche
(Habiba, 2005). Au plan économique, l’arachide et le niébé alimentent depuis une
cinquantaine d’années des circuits commerciaux qui s’étendent au-delà des frontières
nationales. Les échanges transfrontaliers essentiellement orientés vers le Nigeria par le port de
Garoua il y a une trentaine d’années, se sont diversifiés et intègrent aujourd’hui les marchés
Gabonais et Equato-Guinéens davantage demandeurs.

Avant l’introduction du coton en 1951, l’arachide était la principale culture de rente


dans le Nord-Cameroun. L’augmentation de sa production ouvrira de nombreuses
perspectives commerciales et d’emplois (stockage, transformation, transport, création des
huileries). L’évolution chronologique de cette culture dans l’ensemble régional est marquée
par une instabilité de la production, des exportations et des prix officiels d’achat (Essang et
al., 2002 ; Hamasselbé, 2008). Du statut de culture de case en 1928 assuré à partir des variétés
traditionnelles, l’arachide bénéficie à partir de 1940 de l’encadrement de l’administration
coloniale. Elle fait l’objet de recherches variétales pour accroître le rendement. Dans les
années 1980 sa diffusion est assurée par la SODECOTON du fait des apports en azote dans
les assolements. La production actuelle se situe autour de 225 000 tonnes (soit 54 % de la
production nationale), ce qui fait du Nord-Cameroun un espace d’approvisionnement
prioritaire pour les marchés sud-camerounais. La production est dominée depuis 1992 par la
variété dite « kampala » ou « délavée » à cause de sa couleur pâle et veinée de sa grosse
graine. Elle s’est substituée à la variété « soudan 28-206 » qui a longtemps dominé le marché
62

dans le Nord-Cameroun à partir de 1940 après la disparition des variétés traditionnelles


(Seignobos et Tourneux, 2002).

La culture du niébé quant à elle connaît un accroissement des superficies et


productions de plus de 50 % au cours de la dernière décennie. En 2007 la production
régionale était de 107 000 tonnes (soit 99 % de la production nationale). La productivité reste
assez faible avec des rendements grain de 400 à 800 kg/ha par rapport au référentiel de 1000 à
1500 kg/ha. Le système de production est peu productif en raison de la forte utilisation des
semences non sélectionnées, du traitement phytosanitaire irrégulier. La culture cotonnière qui
permettait aux producteurs d’avoir accès aux insecticides (à crédit ou par des détournements
des produits destinés au cotonnier) pour le traitement de leur niébé est actuellement en crise ;
d’où le relâchement dans la protection phytosanitaire qui se traduit ainsi par la baisse des
rendements. La vulnérabilité du niébé aux attaques des prédateurs [en l’occurrence les
bruches (Callosobruchus maculatus)] a très tôt préoccupé la recherche qui propose depuis une
trentaine d’années des techniques de traitement et de conservation des grains de niébé
[technique du stockage dans la cendre, traitement à l’aide des graines de neem (Azadirachta
indica)]. Les pertes au stockage sont de l’ordre de 20 - 30 %, ce qui impacte sur les
disponibilités pour les marchés. L’autoconsommation des grains dans les zones rurales et
urbaines du Nord-Cameroun a été estimée à 20 – 30 % de la production. La spatialisation de
la filière dans le cadre du projet PRASAC/ARDESAC (2004-2009) a permis de déterminer
que 8 000 à 10 000 tonnes de niébé sont exportées annuellement vers le Nigéria et 40 000 à
45 000 tonnes vers le Sud-Cameroun y compris les pays frontaliers (Gabon, Guinée
Equatoriale).

L’arachide et le niébé peuvent être considérées comme deux cultures caractéristiques


du Nord-Cameroun. Du point de vue spatial la production semble se confiner dans la zone
sahélienne, faisant ainsi des départements du Mayo-Tsanaga, Mayo-Louti, Bénoué, Diamaré,
Mayo-Sava et Mayo-Danay, des zones de productions spécialisées (figure 5). Du point de vue
économique, l’accentuation de la crise cotonnière avec une baisse de production de plus de
50 % en une dizaine d’années est un facteur de repositionnement des légumineuses sur
l’échiquier commercial régional, par leur contribution à la revalorisation des revenus des
producteurs mais également des commerçants.
63

Figure 5 : Distribution spatiale de la production des légumineuses au Nord-Cameroun département en 2007


64

L’analyse spatiale de la production vivrière régionale met en exergue des territoires


théoriquement à l’abri des risques d’insécurité alimentaire d’un point de vue global, lorsqu’on
tient compte de toutes les bases amylacées d’une part ; et des zones à risque élevé d’autre
part. Elle indique également la localisation prioritaire des points d’approvisionnement vivrier
pour les villes. Autrement dit, elle permet d’apprécier la disponibilité pour les marchés
régionaux.

La disponibilité est la première dimension d’appréciation de l’état de la sécurité


alimentaire dans un pays ou un espace donné tel que défini par la FAO. Elle désigne la
quantité d’aliments physiquement présents dans un pays ou une région (production nationale,
stocks, importations commerciales et aide alimentaire). C’est un indicateur abondamment
utilisé pour caractériser les pays d’un point de vue alimentaire. Pour se faire, des méthodes et
outils complémentaires ont été développés pour évaluer la disponibilité alimentaire (FAO,
2004) : le bilan alimentaire ; la méthode d’estimation de la production végétale ; l’estimation
des réserves des ménages ; la disponibilité des marchés à travers notamment les systèmes
d’information de marchés (SIM).

L’évaluation de la disponibilité alimentaire au Nord-Cameroun présente des


contraintes relatives à l’applicabilité des méthodes et outils sus cités, au nombre desquelles
l’incertitude sur les données statistiques de production agricole, de stocks, de la
consommation et des échanges. Malgré des réserves qui peuvent être portées sur les
conditions d’évaluation des disponibilités, elles restent un précieux outil d’aide à la décision
permettant d’anticiper sur les scenarii probables d’insécurité alimentaire.

L’estimation des disponibilités dans le Nord-Cameroun est donc un exercice délicat


auquel se prête le ministère de l’agriculture avec l’appui du PAM et de la FAO, au moyen des
bilans céréaliers pour se faire une idée de la situation alimentaire dans la région. La démarche
méthodologique repose sur un calcul différentiel entre la production nette estimée (les pertes
post récoltes étant exclues) et les besoins annuels estimés de la population sur la base des
normes de consommation FAO (171,1 kg/pers/an) (tableau 2).
65

Tableau 2 : Bilan céréalier du Nord-Cameroun en tonnes (2010)


Population Production
Régions Besoin estimés Excédent (+)
estimée 2010 disponibilité
Adamaoua 905 562 184 612,3 252 767,2 + 68 154,9
Extrême-Nord 3 384 230 617 621 679 468,4 + 61847,4
Nord 1 895 576 380 536,8 465 720 + 85 183,2
Total 6 185 368 1 182 770,1 1 397 955,6 + 215 185,5
Source : MINADER/DESA, septembre 2010.
NB : Le bilan céréalier prend en compte la production de céréales et des racines et tubercules.

A partir du bilan réalisé en 2010 des insuffisances méthodologiques peuvent être


relevées.

- Il a été réalisé en août 2010, mois correspondant à la période de soudure. Les stocks
initiaux globaux pourraient donc avoir largement été sous estimés compte tenu de la
précocité et de l’importance de la vente post récolte. Ces stocks initiaux globaux ont été
obtenus par un système déclaratif de l’échantillon enquêté avec des risques de
minoration des quantités, les enquêtés espérant un apport supplémentaire de la part des
pouvoirs publics sous forme d’aide alimentaire ;

- Le bilan n’intègre pas suffisamment les données réelles d’exportations vers les pays
voisins (Nigeria, Tchad, Gabon, Guinée Equatoriale, République centrafricaine) ni les
importations, au vue de la fragilité des dispositifs de suivi des échanges
transfrontaliers ;

- L’absence de maîtrise des stocks alimentaires sur les marchés urbains eu égard à
l’importance de la pratique du stockage spéculatif par les commerçants établit un biais
dans l’appréciation des disponibilités globales, qui peuvent se révéler davantage
excédentaires et orienter une politique de redistribution spatiale de l’offre sur les
marchés régionaux (urbains et ruraux), plutôt que des importations ;

- Il se pose un problème d’unité de comparaison entre les racines/tubercule et les céréales


d’une part, et les céréales sont globalisées d’autre part, dans un espace marqué par une
« territorialisation » des spécificités alimentaires ;

- Les besoins estimés n’intègrent pas les normes qualitatives.

Ces insuffisances montrent que les bilans demandent à être améliorés pour constituer
un outil d’orientation de l’action publique plus efficace. Toutefois malgré la fragilité du bilan
ci-dessus, on note que la production nord-camerounaise a été largement excédentaire en 2010,
66

situation plutôt paradoxale, la zone soudano-sahélienne ayant reçu de l’aide alimentaire


d’urgence au cours de la même année. Si l’on considère les habitudes alimentaires dominées
par les céréales, de profondes disparités peuvent être observées d’une zone à une autre. Une
spatialisation à partir des statistiques de production de 2007 montre à l’échelle régionale des
poches à risque d’insécurité sévère (Logone-et-Chari, Mayo-Danay, Mayo-Sava), des zones
fortement excédentaires, en tenant compte de tous les types de céréale (figure 6). Elle peut
permettre d’envisager une régulation des échanges entre zones excédentaires et déficitaires.

En outre, le bilan donne la situation globale de la sécurité alimentaire à l’échelle


régionale pour une année considérée comme excédentaire, il ne permet pas de saisir la réalité
dans les villes en termes de disponibilités annuelles sur les marchés. L’imprévisibilité des
variations des prix sur les marchés urbains est à la fois inter-annuelle et intra-annuelle. Pour
les commerçants, cette imprévisibilité a des conséquences pouvant conduire à la perte du
capital. Par exemple, le stockage spéculatif à la suite d’une année de hausse significative des
prix s’est souvent traduit par une baisse drastique des prix l’année suivante. L’absence de
maîtrise des disponibilités alimentaires pour les villes reste ainsi un vide à combler autant par
les pouvoirs publics que par la recherche.
67

Figure 6 : Disponibilités théoriques annuelles par type de céréale par département (en 2007)
68

1.1.2. Une production peu transformée pour les marchés urbains

La production acheminée vers les villes fait encore l’objet d’un faible niveau de
transformation presqu’essentiellement assurée artisanalement malgré le développement des
entreprises agro-alimentaires à partir des années 1990. Cerdan et al. (2003) en ont établi trois
catégories : micro-entreprise, petite entreprise et PME. Il s’agit cependant d’un ensemble
assez diversifié dont les capacités d’émergence, de croissance et de développement sont
déterminées par l’économie dans laquelle elles évoluent. C’est un secteur caractérisé par une
certaine instabilité des acteurs. Un recensement fait par Ferre et al. en 1999 (in Cerdan et al.,
Op. Cit.) indiquait pour la seule ville de Garoua 1 642 activités agro-alimentaires réparties
dans six secteurs (tableau 3). Les céréales, bases stratégiques dans la sécurité alimentaire
représentent 26 % des activités. On note par contre le peu d’intérêt pour les racines et
tubercules, ce qui indiquerait leur faible place dans l’alimentation urbaine.

Tableau 3 : Recensement des principales activités agro-alimentaires à Garoua (1999)


Arachide/
Boissons Céréales Restauration Viande Autres Total
oléagineux
Effectif 474 425 350 229 129 35 1642
Pourcentage 29 26 21 14 8 2 100
Source : Cerdan et al. (2003)

Pour comprendre les difficultés fonctionnelles des sous filières spécifiques qui
constituent la base alimentaire, le processus de transformation de trois produits a été analysé :
le maïs, le riz et le manioc.

[Link]. La demande en farine de maïs : un marché non satisfait

L’importance du maïs dans la production céréalière s’est accompagnée comme on le


verra plus loin d’un accroissement du niveau de sa consommation urbaine majoritairement
sous forme de couscous (ou « boule » de farine cuite à l’eau). La mouture des grains de maïs
est aussitôt apparue dans les années 1990 comme une contrainte majeure à la consommation
pour les ménages (Abraao, 1994) qui interpellait la recherche. La mise au point des moulins à
marteau pour le décorticage et le broyage du maïs dans le cadre du Projet Garoua (1988-
1996)23, a permis d’apporter une réponse à la demande des consommateurs en termes

23
Financé par l’Etat camerounais, le Fonds d’Aide et de Coopération et la Caisse Française de Développement,
le Projet Garoua, programme bilatéral entre le Cameroun et la France débuta en 1988 et s’acheva en 1996 au
Nord-Cameroun. Il couvrait la zone soudano-sahélienne.
69

d’équipements. Cependant le développement des unités de transformation dans les villes a


essentiellement été l’action du secteur privé.

On rencontre deux types de farine de maïs sur les marchés urbains du Nord-
Cameroun : celle produite par les Maïseries du Cameroun (MAÏSCAM)24 ; et celle obtenue
par le processus de transformation artisanale assurée par les femmes. Nos enquêtes de
consommation ont montré que la farine industrielle est peu connue des consommateurs de
Garoua (10 % des ménages enquêtés) et pas du tout de ceux de Maroua contrairement à
Ngaoundéré (65 %). Malgré la proportion relativement élevée à Ngaoundéré, moins de 35 %
en consomment régulièrement pour davantage préparer de la bouillie que du couscous. Trois
raisons sont évoquées par les ménages pour justifier le peu d’intérêt pour ce type de farine : sa
faible valeur nutritive, le grain ayant été débarrassé du germe pour la production de l’huile de
maïs et/ou de grizt destiné à la fermentation de la bière ; sa faible consistance (elle est vite
digérée d’où l’utilisation prioritaire pour la préparation de la bouillie) ; l’odeur peu appréciée.

Le recours au meunier reste la première solution adoptée pour la mouture des grains,
suivi de l’achat de farine de transformation artisanale vendue au détail qui concerne 40 % de
ménages en moyenne à Garoua et Maroua, bien que l’offre en quantité ne satisfasse pas
toujours la demande. Selon les enquêtés le recours au meunier présente deux contraintes : le
temps d’attente et les coûts jugés élevés. Un diagnostic mené auprès de 20 meuniers25 dans la
ville de Garoua (Kouebou, 2008) a révélé que les coûts élevés des prestations s’expliquent par
l’importance des charges de fonctionnement (énergie électrique ou produits hydrocarbures,
services de maintenance, rémunération du meunier, aménagement du local…). La vétusté de
nombreux équipements participe également à l’augmentation des charges énergétiques.
Installés pour la plupart depuis une dizaine d’années, l’état des moulins oblige quelquefois les
meuniers à effectuer une double mouture pour réduire la granulométrie des farines de maïs,
entraînant des surcoûts de consommation d’énergie, et occasionnant également de longues
files d’attentes devant les meuniers. On assiste tout de même depuis deux ans à un

24
C’est au début des années 80 qu’un grand notable musulman de Ngaoundéré, profitant de l’échec de la
SODEBLE, décide de se lancer dans la culture industrielle du soja, du tournesol et surtout du maïs. Il crée la
société MAISCAM. Son objectif est d’approvisionner les villes en huile végétale, en farine de maïs et de fournir
la matière première aux brasseries et aux troupeaux qui commencent à consommer des aliments de complément.
La société MAISCAM est aujourd’hui un grand complexe agro-industriel, au capital de 3,25 milliards de F CFA
(5 803 571 euros) implanté à 30 km au Nord de Ngaoundéré, au lieu-dit Borongo (Tchotsoua, 2006).
25
Ce diagnostic a été réalisé dans le cadre des activités du Programme 3.3 du Projet PRASAC/ARDESAC
auquel nous avons participé de 2006 à 2009.
70

renouvellement des équipements particulièrement dans les marchés officiels les plus
fréquentés pour répondre à la demande. Malgré ces efforts il y a un besoin d’accroissement de
l’offre de service qui pourrait se faire soit par un encadrement des acteurs de la transformation
artisanale, soit par des mesures incitatives à l’égard des promoteurs des moulins.

[Link]. Le décorticage du paddy : échec d’une sous filière stratégique dans


l’alimentation urbaine

Le décorticage du paddy est un aspect essentiel du développement de la filière riz au


Cameroun en général et dans le nord en particulier depuis les années 1970. Le décorticage et
l’usinage du paddy fourni par la paysannerie devaient permettre d’approvisionner les marchés
urbains régionaux mais surtout ceux du Sud-Cameroun dont les perspectives de croissance
étaient très tôt perceptibles. L’offre en riz usiné de la SEMRY (32 700 tonnes en 1989) se
trouve rapidement insuffisante pour satisfaire la demande nationale dans l’ensemble estimée à
146 990 tonnes. Outre son coût de revient relativement plus élevé par rapport au riz importé,
sa qualité est peu appréciée des consommateurs urbains. Le riz local est davantage sollicité
sur les marchés urbains du Nord-Cameroun comme substitut du mil/sorgho lorsque les prix
sont plus attractifs, que pour être consommé sous forme de grain (Engola Oyep, 1991) La
transformation de la production demeure de ce fait une préoccupation ancienne.

L’arrêt de l’usinage du paddy par la SEMRY en 1987 a davantage contribué à


paralyser cette sous filière. Les activités de décorticage ont été transférées à une paysannerie
peu outillée et surtout peu préparée à la tâche. Cette situation a eu pour conséquence la
prolifération de petites unités de décorticage dans les zones de production et de plus en plus
dans les villes (Yagoua, Maroua, Garoua). Dans les zones rurales, cette prolifération a
particulièrement bénéficié des appuis institutionnels existants [programmes et projets
étatiques (PNVRA, PREPAFEN, PNUD…), et structures d’appuis privées et ONG
internationales (PAAR-GTZ, CDD)]. Dans les zones urbaines, l’on a surtout observé des
initiatives personnelles portées sur des opportunités de marché liées à la proximité d’un bassin
de production (le cas des périmètres rizicoles de Lagdo proches de Garoua).

Du point de vue de la performance, les équipements existants (photo 1) fournissent


encore des résultats peu satisfaisants tant en termes de quantité de riz obtenue que de sa
qualité. Le temps de décorticage reste important (30 minutes en moyenne pour un sac de
100 kg de paddy), l’activité mobilise une main-d’œuvre importante à rémunérer à l’échelle
d’une petite unité artisanale de transformation (4 à 6 personnes pour assurer l’ensemble des
71

opérations de décorticage, de conditionnement et de stockage), la qualité obtenue reste peu


compétitive sur les marchés urbains en raison d’un taux élevé de brisures (près de 30 % par
sac). Le riz local est un produit peu présent sur les marchés urbains dominés par le riz
importé.

Photo 1 : Unité artisanale de décorticage de paddy à Maga


Cliché : Fofiri Nzossié, février 2009

Quelques initiatives privées commencent cependant à se mettre en place en vue


d’améliorer la transformation de la production. Elles sont organisées autour de la Fédération
des riziculteurs de Yagoua répartie en quatre unions de planteurs. La Société Camerounaise
de Producteurs de Riz (SCPR) née de cette Fédération et implantée à Yagoua assure le
décorticage de 600 sacs de 100 kg de paddy par semaine, pour un rendement d’environ
500 sacs de 50 kg de riz blanc. De nouvelles formes d’appuis institutionnels sont entrain de se
mettre en place à travers la coopération Sino-Camerounaise et Nipo-Camerounaise pour la
relance de la filière riz au Cameroun. Elles pourraient être porteuses d’espoir pour
l’amélioration de la sous filière transformation au Nord-Cameroun. Conquérir les marchés
urbains reste dans tous les cas un défi majeur à relever par la filière rizicole locale.
72

[Link]. La transformation des tubercules de manioc : un processus artisanal

La production de manioc (manihot esculenta crantz) dans le nord du Cameroun est


passée de 90 000 t en 2001 à 160 000 t en 2007 (MINADER, 2009). L’excédent
commercialisable est acheminé vers les villes sous forme de racine, de cossettes ou de farine.
Les procédés de transformation du manioc sont restés largement artisanaux et ne permettent
pas aux acteurs de répondre efficacement aux attentes de qualité formulées par les
consommateurs en termes de couleur, d’odeur et de goût principalement.

La transformation artisanale du manioc en farine pour la préparation du foufou suit


cinq étapes :

- Le trempage : il s’effectue encore à près de 80 % dans des rivières à proximité des


parcelles et dans des fûts et/ou bacs métalliques pour la proportion restante. Dans le
premier cas, des micro barrages de retenue d’eau sont construits sur des sections du
cours d’eau pour servir de bassin de trempage (photo 2). Les tubercules restent ainsi
trempés pendant 3 à 5 jours selon le cas pour permettre leur détoxication et leur
ramollissement. Dans le second cas, le récipient (fût ou bac) est généralement placé
dans un coin de la cour, puis rempli d’eau. Deux contraintes sont identifiées dans ce
cas. La première porte sur le besoin d’approvisionner le récipient à partir des points
d’eau souvent éloignés des lieux d’habitation ; la deuxième réside dans l’obligation de
transporter les tubercules de manioc du lieu de production au lieu d’habitation, ce qui
constitue des charges supplémentaires, les tubercules étant constitués de 60 à 70 % de
leur poids en eau. Pour réduire ces charges, l’épluchage peut alors se faire en champ.
A ces deux contraintes s’ajoute une troisième d’ordre sanitaire en termes de qualité
hygiénique de l’eau utilisée et des risques de contamination des produits par les
résidus d’oxydation des récipients métalliques.
73

Barrages de
retenue d’eau

Bassin de
trempage

Tubercules de
manioc

Aire d’épluchage
manuel après trempage

Photo 2 : Dispositif de détoxication/ramollissement du manioc dans une rivière à Vela-Mbaï (Adamaoua)


Cliché : Fofiri Nzossié, avril 2010

- L’épluchage : il se fait avant ou après trempage selon le moyen utilisé. Dans le cas de
la rivière, l’épluchage intervient au retrait du tubercule de l’eau, contrairement au
trempage dans un récipient où l’épluchage se fait généralement en champ avant
transport des tubercules pour la maison ;
- L’émiettage : il se fait au mortier après ramollissement des tubercules pour obtenir des
mottes qui après séchage, deviennent des cossettes ;
- Le séchage : il est essentiellement naturel et se fait par étalage au soleil sur une bâche,
une natte, un tissu pagne ou sur le bitume dans des localités traversées par une voie
bitumée. La durée de séchage varie entre 2 et 5 jours suivant les conditions
météorologiques ;
- Le broyage des cossettes : la farine commercialisée au détail sur les marchés urbains
est obtenue par broyage des mottes séchées au moyen de broyeuses électriques ou à
moteur utilisant du fuel. Malgré la vulgarisation des équipements dans les zones
rurales même les plus enclavées, les cossettes sont encore pilées dans un mortier pour
l’obtention de la farine. Dans la plupart des cas les cossettes sont acheminées vers les
villes et vendues en l’état.

Du point de vue de la qualité, le procédé artisanal de transformation présente des


risques de dégradation des propriétés organoleptiques du produit final à chacune des étapes
(Djouldé, 2005). La perte de couleur blanche des cossettes, l’acidité, l’élasticité, l’odeur de
moisissure sont les principaux facteurs de qualité qui caractérisent aujourd’hui les cossettes
74

vendues sur les marchés. Le séchage naturel par étalage au soleil présente également les
risques de contamination par des aérosols contenus dans l’air.

L’accroissement de la production n’a pas induit des changements de trajectoire dans


les procédés de transformation et ce malgré le dispositif institutionnel d’accompagnement
existant. Le système national de recherche agricole camerounais (SNRA) a fourni de
nombreux acquis potentiellement valorisables pour l’amélioration du procédé de
transformation des tubercules et de la qualité des cossettes. Ces acquis sont pour l’essentiel
portés par la recherche universitaire soutenue par des institutions et organismes
internationaux. Les travaux menés visent l’amélioration des propriétés organoleptiques des
dérivés du manioc. Trois axes de recherche sont particulièrement abordés :

- l’étude de la qualité des produits en relation avec la diversité variétale et les conditions
de conservation et de transformation (Etoa et al., 1988 ; Klang et Ndjouenkeu, 2006 ;
Tatsinkou et al., 2006) ;
- le développement des procédés de maîtrise de l’étape de fermentation, notamment de
manioc amer de variété TMS 3001 dominant dans la région pour un meilleur contrôle
du rouissage (Djoulde et al., 2003 ; Djouldé, 2005) ;
- l’amélioration des techniques de séchage des cossettes par le développement des
séchoirs solaires (Ahouanou et al., 2000; Kapseu et al., 2005), et des appareils de
broyage des cossettes.

Le rôle des pouvoirs publics dans la diffusion des innovations techniques est
aujourd’hui avéré dans le domaine de la transformation des tubercules de manioc, malgré le
faible niveau d’adoption. Les interventions de l’Etat sont principalement orientées dans trois
domaines :

 L’appui à la professionnalisation des équipementiers locaux à travers les micros


crédits ;
 Le renforcement des capacités des acteurs ruraux de la transformation ;
 Les dons en équipements/infrastructures aux acteurs structurés en GIC/Associations.

Elles se font à travers le PNVRA et depuis 2004 spécifiquement par le PNDRT. C’est
un outil spécifique qui a particulièrement œuvré à ce jour pour la diffusion des variétés
améliorées et pour l’accroissement de la production de manioc dans le Nord-Cameroun. Les
actions d’appui au développement de la transformation du manioc portent sur le financement
des infrastructures (aires de séchage), les dons en équipements (bacs de trempage d’une
75

capacité de 200 litres, moulins secs et moulins à pâte) et la formation des bénéficiaires à
l’utilisation et l’entretien des équipements. Tout comme pour le riz, la satisfaction de la
demande en sous produits du manioc fait appel à des améliorations du procédé de
transformation par les acteurs.

1.2. Les contraintes de l’environnement de production


Le Cameroun fait de plus en plus recours aux importations pour répondre à la
demande alimentaire croissante de sa population. En 2008 les besoins en importations
céréalières (blé, riz, maïs) étaient estimés à quelques 680 000 tonnes (Anonyme, 2008). Cette
situation traduit l’insuffisance de la production céréalière nationale et accroît le risque de
dépendance alimentaire vis-à-vis des marchés internationaux de plus en plus instables. Si les
statistiques existantes ne permettent pas encore de déterminer la proportion des importations
acheminées dans le Nord-Cameroun, la prépondérance des céréales dans la production et la
consommation de l’ensemble régional peut refléter par hypothèse la tendance à la hausse
observée au niveau national. En 200726, la production céréalière régionale (mil/sorgho, maïs,
riz) était de 1 415 600 tonnes (MINADER/Agristat n°15, 2009), soit 37 % de la production
nationale. D’un point de vue quantitatif elle suffit théoriquement à satisfaire les besoins
alimentaires des 6,5 millions d’habitants du Nord-Cameroun tout au long de l’année selon les
normes FAO (en moyenne 200 kg/pers/an). Car elle permettrait à chaque individu de
consommer environ 220 kg de céréales. Cette moyenne contraste cependant avec les constats
quelquefois alarmants sur la précarité de la sécurité alimentaire dans l’espace rural nord-
camerounais (PAM, 2008), situation à laquelle n’échappent pas les villes dont la croissance
de la population est à la fois vue comme un risque et une chance pour le développement de
l’agriculture locale.

La croissance démographique en Afrique subsaharienne, particulièrement dans les


villes est perçue comme une aubaine pour les campagnes, car les villes offrent de nouveaux
débouchés commerciaux aux paysans (Bricas et Pape Diaye, 2004 ; Dury et al., 2004).
L’augmentation de la demande urbaine entraînerait l’agriculture vivrière. Selon les
économistes conventionnels, la croissance des marchés urbains est susceptible au-delà d’un
taux de 50 % de population urbaine de créer les conditions favorables à l’innovation dans les
systèmes de production. Elle devrait se traduire par une intensification technique conduisant à

26
Les statistiques agricoles officielles les plus récentes sont celles de la campagne agricole 2006-2007 publiées
dans l’Annuaire statistique du MINADER (Agristat n°15, 2009).
76

élever la productivité et permettre à la production de répondre aux sollicitations des marchés


(Temple et al., 2009). Avec un taux de croissance supérieur à 4 % par an et une population
urbaine avoisinant les 35 %, les villes du Nord-Cameroun constitueraient un marché potentiel
de consommation pour les producteurs locaux. En janvier 2010 une mission conjointe
d’évaluation des récoltes et des disponibilités alimentaires MINADER/FAO/PAM, a révélé
que les déficits de production constituent actuellement dans le Nord-Cameroun l’une des
menaces les plus probables de la sécurité alimentaire. Les projections de récoltes indiquaient
une baisse de la production pour la campagne 2009-2010 par rapport à celle de 2008-2009 de
20 % particulièrement pour le maïs et l’arachide (MINADER/FAO/PAM, 2010).

Nous analysons dans cette section l’environnement de production pour tenter de saisir
les contraintes susceptibles d’impacter sur l’offre régionale. L’analyse portera sur deux séries
de facteurs dont les évolutions récentes méritent qu’on s’y attarde : les effets du changement
climatique et la dynamique foncière.

1.2.1. Effets du changement climatique sur l’activité agricole au Nord-Cameroun

A l’instar de la question du « développement durable », la problématique du


changement climatique a longtemps été considérée dans les pays en développement en
général et en Afrique en particulier comme étant la seule préoccupation du Nord, en raison
des causes étroitement liées à l’exploitation industrielle27. Le changement climatique désigne
l’ensemble des dérèglements qui affectent le climat mondial avec des conséquences sur la
qualité de vie des populations, la diversité biologique, les glaciers et banquises, le niveau des
mers, les récoltes. Entre 1967, année des premières prévisions d’un réchauffement planétaire
et 2000, la question a été essentiellement débattue dans les pays industrialisés [Suisse
(Genève), Autriche (Vienne), Allemangne (Berlin), Italie (Rome), Canada (Montréal)], ou
émergents [Bresil (Rio de Janeiro), Argentine (Buenos Aires)]. Elle est abordée pour la
première fois en Afrique en 2001 au Maroc (Marrakech) au cours de la 7ème Conférence des
Nations-Unies sur le changement climatique, puis en 2006 au Kenya (Nairobi) lors de la 12ème
Conférence des Nations-Unies sur le changement climatique28. S’il est vrai que les Etats
africains participaient déjà aux différentes rencontres mondiales depuis le sommet de Rio de

27
Spore (CTA) (2008). Changements climatiques, Numéro Hors-série, Août 2008, 24 p. (Site web :
http :/[Link])
28
[Link] (Consulté le 04
septembre 2009)
77

Janeiro, les rencontres de Marrakech et Nairobi auront contribué à accélérer leur implication
dans la lutte contre le changement climatique. Elles marquent également l’engagement
solennel de la communauté internationale à l’égard de l’Afrique du point de vue financier et
technique pour la mise en œuvre des programmes de préservation de la nature.

Cependant, les préoccupations du changement climatique sont jusqu’ici restées à


l’échelle des institutions et administrations nationales ainsi que des ONG installées sur le
continent africain. L’on a vu naître dans divers pays après le sommet de Rio (3-14 juin 1992)
et la 3ème Conférence des Nations-Unies sur le changement climatique de Kyoto (1er-12
décembre 1997) une pléthore d’instruments juridiques et des plans d’action pour la protection
de la nature.

[Link]. Les instruments institutionnels de lutte contre le changement climatique au


Cameroun

Le Cameroun compte parmi les premiers pays qui ont ratifié le protocole de Kyoto sur
les changements climatiques entré en vigueur le 16 février 2005. Au niveau national plusieurs
organes et institutions ont été créés pour assurer le suivi et la coordination des politiques et
actions de préservation de l’environnement. On peut notamment citer :

- le Ministère de l’Environnement et des Forêts éclaté en deux départements


ministériels en 2006 : le Ministère de l’Environnement et de la Protection de la
Nature et le Ministère des Forêts et de la Faune ;
- le Ministère du transport (à travers une direction de la météorologie et de la marine
marchande) ;
- le Ministère des mines, de l’Eau et de l’Energie ;
- le Ministère de la Recherche Scientifique et de l’Innovation ;
- le Premier Ministère (à travers la Commission Nationale Consultative pour
l’environnement et le développement durable) ;
- le Bureau National de la couche d’ozone ;
- le Comité interministériel pour la protection de la couche d’ozone ;
- la Cellule Nationale de Coordination du Programme des changements climatiques.

La volonté du Cameroun de participer à la préservation du climat est réitérée à la


veille du Sommet de Copenhague (07-18 décembre 2009) par la signature d’un décret du Chef
de l’Etat portant Création, Organisation et Fonctionnement d’un Observatoire national sur les
78

changements climatiques, structure faîtière chargée de coordonner les activités de l’ensemble


des intervenants dans le domaine (encadré 1).

Encadré 1
Extrait du Décret Présidentiel N°2009/410 du 10 décembre 2009 portant création, organisation
et fonctionnement d’un observatoire national sur les changements climatiques
Art, 4. (2) [L’observatoire est chargé] :
- d’établir les indicateurs climatiques pertinents pour le suivi de la politique
environnementale ;
- de mener des analyses prospectives visant à proposer une vision sur l’évolution du
climat à court, moyen et long termes ;
- de suivre l’évolution du climat, de fournir des données météorologiques et
climatologiques à tous les secteurs de l’activité humaine concernés et de dresser le
bilan climatique annuel du Cameroun ;
- d’initier et de promouvoir des études sur la mise en évidence des indicateurs, des
impacts et des risques liés aux changements climatiques ;
- de collecter, analyser et mettre à la disposition des décideurs publics, privés ainsi
que des différents organismes nationaux et internationaux, les informations de
référence sur les changements climatiques au Cameroun ;
- d’initier toute action de sensibilisation et d’information préventive sur les
changements climatiques ;
- de servir d’instrument opérationnel dans le cadre des autres activités de réduction
des gaz à effet de serre ;
- de proposer au gouvernement des mesures préventives de réduction d’émission de
gaz à effet de serre, ainsi que des mesures d’atténuation et/ou d’adaptation aux
effets néfastes et risques liés aux changements climatiques.

Source : Cameroon Tribune n°9498/5699 du mercredi 16 décembre 2009.

L’Observatoire national présenté comme la structure faîtière du gouvernement en


matière de politique de lutte contre le changement climatique assure les mêmes missions que
les organes et structures créés par le passé, et qui restent fonctionnels. Cette situation est
susceptible de générer des conflits entre structures et compromettre un meilleur suivi des
actions sur le terrain. La pléthore d’instruments existants montre qu’il y a au niveau
institutionnel une réelle volonté politique de lutter contre les effets du changement climatique,
mais sa mise en œuvre reste très procédurière. Peu d’actions d’explication du concept ont été
jusqu’ici entreprises auprès des populations, alors que les effets du changement climatique
sont de plus en plus perceptibles.
79

[Link]. Les indicateurs de dégradation des conditions climatiques

Dans la pratique, les effets du changement climatique sont particulièrement


perceptibles dans l’espace soudano-sahélien. Trois situations peuvent être distinguées : une
baisse des précipitations depuis les années 1960-1970 ; l’irrégularité inter-annuelle et
l’évolution intra-annuelle. Bien que les conditions climatiques semblent profondément se
dégrader ces cinq dernières années, des études (Beauvilain, 1989 ; WMO/GWP, 2003)
montrent que le phénomène était déjà perceptible depuis la décennie 1970, particulièrement
dans sa partie sahélienne (abords sud du lac Tchad au Cameroun) où la pluviométrie moyenne
y est passée de 700 mm avant 1970 à 500 mm ces dernières années. Cette partie du pays a
subi une diminution significative des précipitations annuelles de plus de 20 %, voire 30 %, au
cours de la décennie 1960 au-delà de 11° de Latitude Nord (Niel et al., 2005).

L’irrégularité inter-annuelle s’apprécie quant à elle à une échelle temporelle plus


longue. La série pluviométrique disponible pour l’Extrême-Nord sur 25 ans montre que nous
avons affaire à une pluviométrie qui évolue en dents de scie n’obéissant pas à la régularité
décennale (figure 7). Seule l’année 1994 aura connue une pluviométrie assez significative
(900 mm) se rapprochant des caractéristiques du climat soudano-sahélien (900-1000 mm/an).
La moyenne générale des précipitations sur les 25 ans est de 750 mm avec des pics situés
autour de 850 mm (1988, 1994, 1999, 2011, 2003, 2005, 2007). L’année 1994 avec près de
1000 mm de pluie marque le début d’un cycle décénnal, puisque l’année 1984 aura été une
année sèche avec moins de 600 mm. Par contre les pics pluviométriques les plus faibles dont
l’année 1984, qui correspondent aux grandes périodes de sécheresse dans l’Extrême-Nord ont
été enregistrées en 1984 (551 mm), 1987 (583 mm), 1990 (611 mm) et 2004 (654 mm). On
constate que le climat de cette région administrative se caractérise par une succession
d’années pluvieuses et sèches avec des variations comprises entre 600 et 900 mm de pluies.

Au plan intra-annuel, l’on observe de plus en plus de fortes irrégularités dans la


répartition des précipitations. La saison 2009 aura connu un début très irrégulier jusqu’à la fin
juin pour s’étendre au mois d’octobre, mois au cours duquel il a été enregistré des pluies
significatives habituellement attendues en juillet. Le prolongement des pluies en octobre
marque ainsi des extrêmes dans les perturbations climatiques au niveau régional.
80

Figure 7 : Evolution des précipitations moyennes annuelles dans l’Extrême-Nord (1984-2009)


Données : Service météorologique/Délégation agriculture de l’Extrême-Nord
Graphique : Douala D., Early warning information flash, MINADER/DESA, n°0019, décembre 2009

Au plan spatial la dynamique hydrologique de la plaine d’inondation du Logone,


principal bassin rizicole est aujourd’hui caractérisée par une régression de la durée de
recouvrement de la plaine (moins de trois mois au lieu de quatre à cinq comme par le passé)
par les eaux de crue des principaux mayo (Logone, Mayo Tsanaga, Mayo Boula, El Beid).
Selon le WMO/GWP (2003) l’influence des changements climatiques des dernières décennies
sur l’appauvrissement des ressources en eaux dans le soudano-sahélien camerounais ne fait
aucun doute. Cette situation serait aggravée par les grands projets d’aménagement
hydraulique de la SEMRY au Cameroun, et de la South Chad Irrigation Projects (SCIP) au
Nigeria.

Ces deux projets sont particulièrement mis en cause dans le rétrécissement du lac
Tchad. Alors qu'en 1960, il couvrait un secteur de plus de 26 000 km², en 2000 il était réduit à
moins de 1 500 km²29. Ces deux projets privent le lac Tchad d’une partie importante de ses
eaux. Au niveau de la Commission du Bassin du Lac Tchad (CBLT), ces deux Etats
supportent l’essentiel des cotisations car chacun des pays membres de la CBLT intervient
financièrement au prorata des désagréments causés sur les eaux du lac Tchad. C’est ainsi que
le Nigeria principalement indexé dans le rétrécissement du lac participe à hauteur de 52 %,

29
[Link] (Consulté le 05 septembre 2009)
81

suivi du Cameroun 28 %. Les autres pays membres (Tchad, Niger, République


Centrafricaine) viennent ensuite avec 8 et 6 % d’apports financiers.

Si les populations des profondeurs de la zone soudano-sahélienne comme celles


d’autres parties du pays restent ignorantes de toute la terminologie sur le changement
climatique (réchauffement climatique, fonte des glaciers, variations des températures, couche
d’ozone, dégradation des ressources végétales…), elles savent cependant traduire en leurs
propres termes, les effets vécus de ce changement notamment sur les activités agricoles. Elles
arrivent à situer la période d’accélération de ces dérèglements. Pluies précoces et peu
significatives pour le cycle végétatif des principales cultures, et pluies significatives mais
tardives suivies des inondations après les semis sont les caractéristiques actuelles du climat
septentrional. Elles sont responsables de la reprise des semis au cours d’une même campagne
agricole, du démarrage tardif de la campagne agricole ou du lessivage des cultures en champs
dans le cas des inondations.

Le muskuwaari a connu au cours de la campagne agricole 2008-2009, une baisse de


rendement de près de 30 % (MINADER/DESA, mai-juin-juillet 2009). En mai 2009 les
prévisions faites par le CILSS/ACMAD pour la période de juillet-septembre 2009 indiquaient
une baisse de précipitations dans la zone sahélienne plus importante qu’en 2008
(CILSS/AGRHYMET, mai 2009). La campagne agricole 2009-2010 a en effet été
sérieusement perturbée particulièrement dans l’Extrême-Nord, en raison d’une longue
interruption des pluies intervenue en juin. Les pluies significatives ne se sont véritablement
installées dans cette partie du pays qu’au cours de la première décade du mois de juillet
entraînant par conséquent un retard dans les activités agricoles. En plus d’une baisse de
précipitations estimée à 70 % en juin 2009 par rapport à juin 2008, le département du Logone-
et-Chari n’a enregistré qu’une pluie utile au cours des deux premières décades du mois de
juillet 2009. Le démarrage des opérations de semis y a été par conséquent plus tardif
(MINADER/DESA, juillet 2009).

L’Adamaoua située plus au sud de la région géographique dans le soudano-guinéen


n’échappe pas au phénomène à travers des retards dans le démarrage des pluies. C’est
l’ensemble du Nord-Cameroun qui est profondément affecté depuis une dizaine d’années par
l’alternance entre crises de sécheresse et inondations, avec des modifications sur des activités
agricoles (semis tardifs ou multiples, baisse de rendements, adoption d’autres types de
cultures plus adaptées aux variations du climat). Dans certaines localités les populations
82

développent des stratégies d’adaptation pour faire face aux effets du changement climatique.
Dans le Mayo-Kani, le Diamaré et le Mayo-Sava des producteurs d’arachide et de niébé
tendent à se reconvertir dans la production d’oignon.

Au-delà des modifications dans les activités agricoles, les effets du changement
climatique contribuent à marquer le paysage agricole par une spécialisation des zones de
production. Dans le groupe des racines et tubercules l’igname et le manioc apparaissent
comme des cultures caractéristiques des zones soudano-guinéennes (Adamaoua). Dans le
groupe des céréales, le mil/sorgho caractérise l’environnement soudano-sahélien (Extrême-
Nord et Nord) ; tandis que le riz s’affiche comme étant une culture des plaines inondables
[plaines du Logone et de la Bénoué (périmètres irrigués de Lagdo)]. La tolérance du maïs à
diverses conditions agro-écologiques résulte surtout des résultats de la recherche agronomique
qui a mis au point un ensemble de variétés adaptées aux variations climatiques baptisées
« Cameroon Maize Selection (CMS) ». Les variétés actuellement vulgarisées concernent le
Shaba, le CMS 8501, 8704, 8806, 9015. Dans certains départements de l’Extrême-Nord
(Mayo-Danay, Mayo-Sava) le maïs a du mal à intégrer les différents systèmes de culture
(Njomaha, 2002). Toutefois, le maïs restant une plante fortement consommatrice d’eau et
d’énergie, l’évolution des contraintes sur les ressources hydriques sous l’effet du changement
climatique interroge son avenir dans les systèmes de production au Nord-Cameroun,
inquiétude qui pourrait se renforcer face aux mutations récentes observées dans l’accès à la
terre.

1.2.2. Impact de la dynamique foncière sur les exploitations familiales agricoles

Face aux difficultés d’ajustement des systèmes de production aux évolutions de la


demande vivrière nord-camerounaise et nationale, la conscience collective s’est très souvent
cristallisée sur les contraintes techniques et technologiques à l’intensification de la
production. Cette orientation fondamentale au développement agricole, certes, tend cependant
à occulter des questions tout aussi sensibles que celle du foncier dans un espace marqué par la
multiplication des conflits d’usages de la ressource terre. En effet, l’accentuation des conflits
entre agriculteurs et éleveurs, agriculteurs entre eux, éleveurs et autorités administratives dans
les espaces mis en défens interroge l’avenir de l’agriculture vivrière dans un contexte
d’extensification d’une production essentiellement assurée par les exploitations familiales
agricoles (EFA) sur de petites superficies (0,5-3ha).
83

[Link]. Le rôle des EFA dans la structuration de l’espace agricole

Les caractéristiques des systèmes de cultures dans le Nord-Cameroun s’articulent


moins autour des facteurs naturels que socio-économiques. Dans les bassins cotonniers de
l’Extrême-Nord et du Nord, le cotonnier a longtemps été la tête de rotation, suivi des céréales
(mil et maïs notamment) et des légumineuses (arachide et niébé) selon le cas. Ces groupes de
cultures se succèdent dans les assolements en fonction des opportunités d’augmentation des
quantités autoconsommées et d’amélioration du revenu au producteur. Dans les savanes du
Cameroun excepté quelques zones écologiquement peu favorables (plaine du Logone), la
culture cotonnière occupe une place stratégique, tant dans les revenus des producteurs que sur
l’économie régionale. Elle structure le paysage rural à travers ses champs, sa contribution à la
création et à l’amélioration des voies de communication, ses marchés d’achat de coton graine,
ses usines d’égrenage, ses huileries. Elle représentait encore l’activité de base de plus de
350 000 planteurs jusqu’en 2007. De 162 240 en 1985-1986, le nombre de planteurs de coton
a atteint 367 473 en 2001-2002, avant de chuter à 250 000 en 200930. Malgré la dépréciation
des cours mondiaux de coton depuis 1998 et qui a mis à mal la rentabilité de la filière
(Guibert et al., 2003 ; Folefack et al., 2006 ; Wey et al., 2009), cette culture demeure le
facteur structurant de l’économie rurale au Nord-Cameroun, même si de profondes
modifications sont observées dans les EFA qui en assurent l’entière production.

Ces modifications portent selon les zones sur la réduction des superficies cultivées en
coton, l’abandon du coton et/ou la diversification des cultures vivrières plus rentables
(céréales, légumineuses et légumes). Des travaux de l’IRAD avec l’appui du PRASAC ont
permis d’identifier cinq types d’exploitations agricoles : un premier sans coton et quatre
autres dont les superficies en coton varient de 0,25 ha à 2 ha avec une forte tendance à la
réduction (Wey et al., Op. Cit.). Le choix de l’option (abandon ou réduction) par le
producteur dépend de nouvelles opportunités qui se présentent (accessibilité à un potentiel
marché vivrier plus rentable). L’importance du coton dans les systèmes de culture varie d’une
zone à l’autre.

Dans la vallée de la Bénoué où prédomine la culture du maïs, tributaire des intrants


coton, les choix stratégiques des EFA portent davantage sur la réduction des superficies que
sur l’abandon. Le maintien de la culture permet en effet d’accéder aux services de base

30
[Link]
[Link]
84

(intrants, attelage, encadrement technique) capitalisés dans le vivrier (particulièrement sur le


maïs). Dans le vieux bassin cotonnier de l’Extrême-Nord par contre (Mayo-Kani), où la
production vivrière est dominée par le mil/sorgho et le niébé relativement moins demandeur
en engrais, l’abandon du cotonnier prédomine dans les choix stratégiques des paysans qui,
peuvent ainsi s’acheter des pesticides et herbicides plus accessibles que l’engrais. La
moyenne des superficies cultivées en mil/sorgho est de 1,7 ha, contre 0,5 ha en niébé et en
maïs.

Dans l’Adamaoua où l’emprise du cotonnier est presque absente (excepté la lisière de


la plaine de Mbé), le paysage agricole est fortement marqué par la présence de l’élevage
bovin dominant dans l’économie. Les systèmes de production se structurent autour des
racines et tubercules (manioc, patate, igname et de la pomme de terre), du maïs, principale
céréale adoptée, du maraîchage (tomate, feuilles condimentaires…). La rotation culturale
s’organise en « tomate-maïs-manioc/patate » ou « igname/maïs ». Les produits maraîchers
constituent la tête de rotation dans les assolements en raison de leur forte consommation en
engrais, dont les effets résiduels dans le sol profitent au maïs. Les superficies cultivées par
exploitant sont plus importantes dans l’Adamaoua (en moyenne 3,5 ha) dans les terroirs
témoins d’étude (Mbé et Mbang-Mboum). L’arboriculture fruitière (manguier et avocatier
principalement) marque depuis une dizaine d’années l’espace agricole. Elle est l’œuvre de
promoteurs individuels généralement constitués de citadins détenteurs de vastes superficies
(4-10 ha). Elle est de plus en plus perçue comme un investissement rentable, compte tenu de
l’accroissement de la demande urbaine nord-camerounaise et surtout transfrontalière
(N’Djamena) en fruits.

Dans l’ensemble, le paysage agricole nord-camerounais est caractérisé par un grand


émiettement des espaces de production (en moyenne 2,5 ha par exploitant) révélateur de
l’importance de la population active agricole. La superficie totale emblavée des cultures
vivrières pour les régions administratives de l’Extrême-Nord et du Nord au cours de la
campagne 2009-2010 a été estimée à environ 1,1 million d’ha contre 1,2 million d’ha pour la
campagne 2008-2009 (MINADER/FAO/PAM, 2010), soit en moyenne 450 000 exploitants
généralement regroupés chacun autour d’un noyau familial. A priori l’importance de la
population agricole est source de tensions et de conflits, dans un espace marqué par
l’amplification de la mobilité humaine et la diversité des formes d’usages de la ressource
foncière qui implique de plus en plus des acteurs supra nationaux.
85

[Link]. La mobilité humaine comme principale source de tensions foncières

Le Nord-Cameroun connait une accélération de sa dynamique foncière en rapport avec


la croissance démographique et la diversification des formes d’usage. Au plan
démographique, la saturation de l’Extrême-Nord s’est intensifiée avec le doublement de sa
population en une trentaine d’années (1976-2010). La densité théorique est passée de
41 hbts/km² à 100 hbts/km², soit 3,5 fois celle du Nord et 6 fois celle de l’Adamaoua. Cette
saturation très tôt perceptible a été à la base de l’une des plus importantes politiques
migratoires élaborées et mises en œuvre par les pouvoirs publics au Cameroun31, et portant
sur le transfert des populations vers les zones « vides », en l’occurrence la vallée de la Bénoué
(Roupsard, 1997 ; Beauvilain, 1989 ; MINPAT/PNUD, 2000 ; Njomaha, 2004). Le
« Programme de migration et de services de soutien agricole » élaboré à cet effet a permis
d’installer plus de 200 000 migrants de l’Extrême-Nord dans les zones à fortes potentialités
agricoles du Nord de 1974 à 1997. Si ces mouvements encadrés ont fourni des données
statistiques aujourd’hui disponibles, les migrations libres et individuelles observées après
1997 échappent totalement au contrôle statistique officiel. Elles participent à la densification
des zones d’accueil créées dans le cadre des différents projets étatiques d’une part, et d’autre
part au peuplement d’espaces peu occupés (figure 8).

31
L’Etat Camerounais a élaboré et mis en œuvre plusieurs programmes de peuplement du territoire à partir de
1974, parmi lesquels l’opération Yabassi-Bafang [sur la question lire : Barbier J.C. (1977). A propos de
l’opération Yabassi-Bafang (Cameroun), Paris, ORSTOM, Travaux et Documents de l’ORSTOM, Sujet de
recherche n°5322 inclus dans les accords de coopération scientifique entre l’ORSTOM et l’ONAREST, 141 p.
86

Figure 8 : Zones de convergence des migrations récentes dans le Nord

Les observations et entretiens effectués dans quatre terroirs en 2007 32 [Sakdjé, Gamba
dans le département de la Bénoué, Siri et Sora Mboum (dans le Mayo-Rey)] ont montré que
les migrations libres et individuelles se font par étapes. Elles suivent le principal axe routier
Maroua-Ngaoundéré et depuis 2004 Ngaoundéré-Touboro suite au bitumage dudit axe. Les
terroirs de Wini Banda, Sakdjé et de Gamba situés à la lisière du parc national de la Bénoué
ont constitué la première escale pour de nombreux migrants aujourd’hui installés dans le
Mayo-Rey, nouveau front cotonnier. Initialement peuplée de Dii et de Mbum, on retrouve
actuellement dans la zone du Mayo-Rey, aux dires des différentes autorités traditionnelles

32
Ces activités ont été menées dans le cadre des enquêtes de production du Programme de recherche
PRASAC/ARDESAC sur les graines émergentes maïs et niébé dans les savanes du Cameroun (2004-2009), en
qualité de stagiaire, nos travaux de thèse étant logés au sein de ce Programme.
87

rencontrées, les Toupouri majoritaires parmi les migrants, les peuples originaires des Monts
Mandara (Mofu, Matakam), les Guiziga et les Massa. Ils sont généralement introduits au sein
de la communauté par un des leurs plus anciennement installé dans la localité. L’accès à la
terre se fait par versement d’une somme d’argent à l’autorité traditionnelle (30 000 –
100 000 FCFA33) et l’engagement dans certains cas de céder un pourcentage de la récolte (5 à
10 %).

Au bout d’une à trois années de mise en valeur de l’espace, le chef de famille de sexe
masculin en général, se déplace vers un nouveau terroir jugé plus favorable du point de vue de
la disponibilité des terres et du rendement agricole à partir d’informations collectées auprès de
ses proches. Il existe entre migrants des mêmes communautés des liens de familiarité et de
solidarité qui permettent de faire circuler les informations utiles telles la disponibilité des
terres dans un nouveau front agricole, les opportunités de marché. Le chef de famille sera
rejoint un ou deux ans plus tard par l’ensemble de la famille, ou une des épouses dans le cas
de foyer polygamique, ce qui constitue une stratégie permettant de multiplier des possibilités
d’appropriation des terres agricoles dans plusieurs terroirs. Pour Seignobos (2006), le village
des migrants loin d’être un village diposant d’un terroir au sens classique, est une base
d’arrivées et de départs où l’on s’investit incomplètement, on prospecte ailleurs, on revient.
On aboutit ainsi à des exploitations dissociées sur deux ou trois terroirs. Deux destinations
sont actuellement privilégiées après la première escale : les terroirs du Mayo-Rey reconnus
pour la productivité de leurs sols (Siri, Mayo-Da, Home…) ; et la plaine de Mbé dans
l’Adamaoua encore relativement peu peuplée le long de l’axe routier, où s’est installée depuis
2004 une communauté Toupouri dans la localité de Wack. Entre 2001 et 2004, sept villages
ont été installés sur 40 km de l’axe Ngaoundéré-Touboro pour 370 exploitations, soit en
moyenne un village tous les 6 km (Seignobos, Op. Cit.).

L’arrivée de nouveaux migrants dans une communauté est source de bouleversement


sur le plan de l’organisation de l’espace foncier et de conflits dans son utilisation. Elle
implique un partage des lieux d’habitation, de production, d’échanges commerciaux et de
loisir. L’accès à la terre, premier facteur de production pour le migrant, quelle que soit la
démarche adoptée, crée une diminution des disponibilités pour les populations
« autochtones ». Si ce fait est vrai en théorie, nos enquêtes montrent que d’autres
considérations sous-tendent les conflits observés dans les zones d’accueil.

33
Soit 46 à 152 euros.
88

« Nous acceptons de cultiver les terres que le chef nous donne très loin du village. Il
faut souvent marcher plus d’une heure avant d’arriver. Elles produisent mieux que celles qui
se trouvent non loin des cases et que recherchent les autochtones. Et quand nous vendons nos
productions et que ça nous donne beaucoup d’argent, nos frères d’ici ont subitement envie de
nous reprendre les terres que le chef nous a données, alors que nous avons payé pour les
avoir ».

Tel est le point de vue de Moussa Kader, représentant de la communauté des migrants
rencontré dans le terroir de Sakdjé pour qui, l’amélioration des conditions de vie des migrants
à partir des revenus tirés des ventes de la production crée des frustrations chez les autochtones
souvent peu investis aux activités agricoles intenses, et qui vivent cette situation comme une
spoliation de leurs ressources foncières par les migrants à leur détriment.

Dans un autre cas, la monétarisation de l’accès à la terre par les chefs traditionnels qui
s’accompagne du prélèvement des parts de récoltes pendant un certain nombre d’années est
souvent vite perçue par le migrant comme le début d’un processus d’appropriation définitive
de la parcelle. La remise en cause de ce présupposé qu’entretient le migrant au bout d’une
dizaine d’années est également source de conflits. Ces conflits récents viennent ainsi se
greffer à ceux observés dans les zones de migration encadrée, générés par un malentendu
autour du concept « d’espaces vides » qui a prévalu pour l’installation des migrants. Les
populations déplacées de l’Extrême-Nord et installées dans la vallée de la Bénoué l’ont
récupéré à leur propre compte plus tard pour revendiquer leurs droits de propriété sur les
parcelles acquises dans le cadre des différents projets étatiques (PCN, PNEB, PSEB, PDOB,
PL).

La cohabitation pacifique au début, s’est progressivement dégradée avec de nouvelles


arrivées, remettant en cause le concept « d’espace vide ». Pour Seignobos (Op. Cit.), le
recours à ce concept a relevé « … d’une méconnaissance volontairement entretenue au nom
d’une efficacité techniciste, refusant le moindre zest d’histoire, la moindre approche sociale
ou culturelle, qui ne sauraient constituer que des entraves. [Car] les zones peuvent être vides,
mais juridiquement occupées ou encore occupées sans les marqueurs paysagers classiques
d’une exploitation agricole lourde ». Ainsi, d’une pratique de gestion basée sur la compétition
foncière quasi nulle dans la vallée de la Bénoué grâce aux faibles densités, on est passé à un
système de gestion rigoureuse, voir répulsif vis-à-vis des migrants, peuples de vieille tradition
agricole (Mafa, Tupuri, Guiziga…).
89

L’accentuation des conflits fonciers dans les zones d’installation des migrants met en
exergue des insuffisances dans l’élaboration et le pilotage des projets de développement. Ce
n’est qu’au début de la décennie 1990 que les projets de développement intègrent la question
foncière dans leurs actions, par l’adoption de l’approche gestion des terroirs, suivie de
l’approche participative. Le Projet PRASAC 1 (1998-2002) va consacrer tout un programme
au Conseil de Gestion, qui malheureusement s’arrête avec la fin du projet. Ce qui fait dire à
de nombreux observateurs que toutes les actions menées dans ce sens restent précaires, car
limitées à la durée de vie desdits projets (3-5 ans) (Abouya et al., 2009 ; Raimond et
al., 2010). L’insécurité foncière dans les zones d’installation des migrants est donc loin de
trouver une solution imminente et définitive, et « l’absence » des pouvoirs publics dans les
processus de règlement des conflits conforte la position des « maîtres du sol » en même temps
qu’elle renforce les clivages entre différents groupes ethno-linguistiques partageant les mêmes
espaces.

Dans les zones de départ, les dynamiques démographiques et socio-économiques à


l’Extrême-Nord ont fait évoluer les modes d’accès à la terre vers une monétarisation quasi
systématique. Les migrants de retour et/ou les élites sont devenus de grands spéculateurs
fonciers grâce à leur influence politique et leur pourvoir financier. Et face à la « fin de la
terre », l’insécurité foncière devient une spirale dans laquelle se trouvent engouffrés de
milliers de petits producteurs.

Si l’Adamaoua demeure par contre une zone peu dense avec de vastes espaces fertiles,
les agriculteurs doivent par contre faire face à la pression des éleveurs de plus en plus
nombreux à cause de la crise en République Centrafricaine. En 2008 une mission conjointe
FAO/PAM/HCR/MINADER estimait à 70 000, le nombre de réfugiés Centrafricains installés
dans le seul département du Mbéré dans l’Adamaoua, et dont nombreux sont des éleveurs.
Lors de nos enquêtes à Mbang-Mboum, Gangassaou et Mbé, les conflits agropastoraux ont
été répertoriés comme deuxième contrainte à la production agricole, après l’accès aux
intrants. Le développement de l’activité agricole avec l’appui des projets étatiques se présente
dans l’Adamaoua comme une forme de conquête d’un espace culturellement acquis à
l’élevage bovin. L’élevage du gros bétail a toujours modelé l’organisation et la gestion de
90

l’espace rural [affectation de l’utilisation du sol, création des infrastructures économiques


(lahorés34, marchés à bétail, parcs de vaccination), relations sociales…].

Le « Plan viande » lancé en 1974 par les pouvoirs publics avec pour objectif de
professionnaliser l’activité de l’élevage en incitant les éleveurs à moderniser leurs activités, a
favorisé l’acquisition et la sécurisation de milliers d’ha de terre dans l’Adamaoua pour la
création des ranchs. La persistance de la transhumance et ses conséquences sur l’agriculture
vivrière traduit l’échec de cette politique qui a plutôt conduit à priver les agriculteurs de
vastes terres en favorisant la spéculation foncière par les gros éleveurs et les élites influentes.
L’agriculture dans l’Adamaoua se caractérise par la dissémination des champs familiaux de 2
à 3 ha qui empiètent sur les parcours pastoraux accentuant les conflits d’usage de l’espace,
lesquels trouvent jusqu’ici tant bien que mal des solutions dans un arbitrage traditionnel peu
crédible.

Le foncier en tant que ressource et support de diverses autres ressources (fauniques,


floristiques et hydriques) demeure une question délicate à aborder dans le Nord-Cameroun
autant pour les chercheurs que pour les développeurs et davantage l’administration, en raison
des mécanismes de gestion de la terre qui ont toujours placé l’autorité traditionnelle au centre
du dispositif. En 1974 l’Etat Camerounais marque sa volonté de contrôler le foncier à travers
une loi foncière qui en fait le principal gestionnaire de la ressource. Dans la pratique
cependant, les autorités traditionnelles, auxiliaires de l’administration sont régulièrement
associées à sa gestion avec des limites de pouvoir assez imprécises. Pour Teyssier (2003), la
régulation foncière par la coutume est poussée à son paroxysme dans le nord du Cameroun.
La reconnaissance du pouvoir coutumier comme gérant exclusif du foncier parmi les
prérogatives accordées aux chefferies du nord en contrepartie d’une alliance avec le
gouvernement sur l’échiquier politique national a entraîné de graves dérives dont les
conséquences sont perceptibles au plan socio-économique. La gestion foncière est vite
devenue la principale source de revenus pour les autorités traditionnelles, à travers l’octroi
aux étrangers des droits d’usage sur le sol, l’arbitrage des conflits soumis à diverses taxations,
la réglementation et la répression de diverses formes de violations.

34
« La carte de Ngaoundéré au 1/200 000 e porte des noms des lieux qu’on retrouve rarement ailleurs en pays
Peulh : lahoré (à une dizaine de km au sud de Ngaoundéré), Mbawré (à une dizaine de km à l’ouest et à l’est de
Ngaoundéré) […] et Lahoré-Mbaworé près de l’ancien village Laokobong » (Boutrais, 2001). Les lahorés en
langue locale (Foulfouldé) sont des mares d’eau contenant des carbonates de sodium cristallisés naturels
(natron), autrefois très utiles pour la complémentation minérale de l’alimentation des animaux.
91

L’utilisation des réseaux de chefferies par l’Etat a renforcé le pouvoir de contrôle des
autorités traditionnelles sur la ressource, quelquefois au détriment des actions concertées,
comme ce fut le cas dans le Mayo-Rey en 2004 (Seignobos, 2006)35. L’insécurité foncière
apparaît ainsi comme une contrainte majeure au développement de l’activité agricole, tant elle
plonge les producteurs, et particulièrement les migrants de plus en plus nombreux, dans un
climat d’incertitude quant à l’accès à la terre premier facteur de production. Cette insécurité
foncière se renforce avec le développement de la politique environnementale de protection des
territoires considérés comme fragiles.

[Link]. La mise en défens des « territoires fragiles » : facteur de réduction des espaces
agricoles

L’implication de l’Etat Camerounais dans la protection de la nature au Nord-


Cameroun date de la fin des années 1960. La matérialisation de cette implication est assurée
par la création d’un réseau de parcs nationaux en 1968. L’histoire de ces parcs est similaire à
celle d’autres espaces protégés camerounais ou africains caractérisée par le déguerpissement
des populations, la répression administrative, l’installation illégale des populations,
l’extension des espaces agricoles et pastoraux, la pauvreté des populations riveraines
(Endamana et al., 2007). Le taux de croissance annuel de la population autour de ces espaces
particulièrement dans la région administrative du Nord est de 5 %. Cette croissance
démographique due à la forte immigration des populations à la recherche des meilleures terres
agricoles, a favorisé l’installation de différents groupes ethniques (Dii, Foulbé, Mboum,
Mbororo, Toupouri, Massa, Mafa…), peuples de vieille tradition agricole. L’agriculture et
l’élevage constituent les activités principales de plus de 80 % d’entre eux.

Le réseau d’aires protégées destinées à la conservation du patrimoine faunique et


floristique du Nord-Cameroun est constitué de 6 parcs nationaux d’une superficie de
905 900 ha (tableau 4) et de 28 zones d’intérêt cynégétiques (ZIC).

35
En 2004 le pouvoir traditionnel arrête le processus d’un projet de marquage foncier sur les limites litigieuses
dans une zone de cohabitation entre migrants et autochtones inauguré après 1996 dans le Mayo-Rey alors que les
négociations étaient en cours. Cet acte mettait ainsi fin à huit années de bornage, entamé par le DPGT et
poursuivi par un bureau d’étude [Territoires et Développement local (Terdel)] ; en même temps qu’il permettait
au pouvoir traditionnel d’affirmer sa primauté sur la terre, sous le regard impuissant de l’administration centrale
et de l’ensemble des parties prenantes (Seignobos, 2006).
92

Tableau 4 : Répartition des aires protégées au Nord-Cameroun en 2006


Superficie Année de
N° Nom de l’espace protégé Localisation
(ha) création
01 Parc National de Waza 170 000 1968 Waza, Extrême-Nord
02 Parce National de 4 500 1968
Kousseri, Extrême-
Kalamaloué Nord
03 Parc National de Mozogo 1 400 1968 Mozogo, Extrême-Nord
04 Parc National de Bénoué 180 000 1968 Bénoué, Nord
05 Parc National de Faro 330 000 1980 Faro, Nord
06 Parc National Bouba Ndjida 220 000 1968 Tcholliré, Nord
Source : INS (2006). Annuaire statistique du Cameroun

La région administrative du Nord, zone de grande production vivrière abrite 85 % des


espaces mis en défens à l’échelle du Nord-Cameroun, dont les trois parcs les plus importants
en termes de superficie (Bénoué, Faro, Bouba Ndjida). Ces espaces représentent au total 44 %
du territoire de la région administrative (figure 9).

Figure 9 : Evolution des espaces protégés dans la région administrative du Nord (1969-2004)
93

Toute la partie centrale du Nord est réservée aux activités de chasse sportive qui se
déroulent dans les ZIC gérées par des particuliers. L’évolution chronologique de leur création
jusqu’à une date récente (2004) indique que le processus est loin de s’achever. La mise en
défens de pans entiers du territoire régional génère des conflits opposant populations
riveraines et Etat d’une part, agriculteurs et éleveurs d’autre part. Pour les agriculteurs il s’agit
d’importantes réserves foncières pour la diversification vivrière. La volonté affichée de l’Etat
camerounais d’étendre ces espaces contribuera davantage à envenimer les rapports avec les
populations et à compromettre la production agricole, tant les aires protégées suscitent la
convoitise des migrants à la recherche des terres agricoles. L’implication des partenaires
internationaux notamment le World Wildlife Fund (WWF) dans la politique environnementale
du Cameroun a fortement contribué à étendre ces espaces.

Au total, la dynamique foncière observée s’accompagne d’un ensemble de contraintes


d’accès à la terre qui ont des répercussions sur les structures micro-économiques de
production agricole. L’insécurité foncière qui caractérise aujourd’hui les exploitations
familiales apparait comme un facteur d’amplification d’une agriculture vivrière morcellée, qui
présente le risque de se développer davantage sur des terres marginales. Le développement
des exploitations familiales sur de micro parcelles paraît alors comme une conséquence de ce
qui précède. Il marquera encore en l’état actuel des conditions d’accès à la terre le paysage
agricole.

L’insécurité foncière présente également le risque de répercussion sur le


développement des cultures stratégiques dans la sécurité alimentaire (mil/sorgho, maïs et riz).
Dans l’Extrême-Nord par exemple, la spéculation foncière entretenue par les élites urbaines
soutenues par les autorités traditionnelles et administratives se fait au détriment de la grande
masse d’agriculteurs qui assurent l’essentiel de la production de mil/sorgho de saison
pluvieuse et de saison sèche acheminée vers les villes. Bien que l’on voit se développer
depuis quelques temps une agriculture semi-intensive sur de vastes superficies, financée par
des élites, la production reste moins destinée aux marchés nord-camerounais qu’à ceux du
Sud du pays et davantage des pays voisins. Même si elle a lieu, l’intensification agricole est
moins profitable aux marchés régionaux.

Dans la région administrative du Nord, la pression foncière en rapport avec la


migration, l’accroissement des surfaces protégées et l’implication de certaines ONG dans la
mise en valeur des terres sont les principaux handicaps à l’accès durable aux terres agricoles
94

dans un contexte d’extensification de la production vivrière. Sur la question de l’implication


des ONG, le conflit qui oppose la Société agro industrielle de la Bénoué (SAIB) à la
paysannerie à Lagdo depuis une dizaine d’années est assez édifiant (Alawadi, 2006). Il a eu
pour conséquence « la mise en jachère » forcée d’environ 5 000 ha de terres cultivables en
aval du barrage hydro-électrique de Ladgo, soit 29 % d’un potentiel des terres irrigables
estimées de 17 000 ha (Kossoumna Liba’a et al., 2006). Paysans et responsables de la SAIB
s’observent depuis une dizaine d’années en chiens de faïence autour de ce bassin rizicole du
Nord36, dont une part de la production assurée sur les 12 000 ha de périmètres irrigués
aménagés par les Chinois en 1987 approvisionne la ville de Garoua en paddy et en riz blanc.

Dans l’Adamaoua enfin, l’accroissement de la production de maïs, principale céréale


pourrait se heurter à la spéculation foncière entretenue par les gros éleveurs et les élites de
plus en plus impliquées dans l’arboriculture fruitière destinée au commerce transfrontalier et
moins dans la production des produits de consommation locale. La question de la dynamique
spatiale dans le Nord-Cameroun est ainsi devenue un enjeu politique, social mais surtout
économique face auquel les pouvoirs publics sont plus que par le passé interpellés. Elle
représente une contrainte au développement agricole.

****
Il serait irréaliste en l’état actuel des connaissances sur les destinations finales des
usages de la production vivrière régionale d’envisager une estimation des disponibilités pour
les marchés urbains qui tende vers la réalité. Une représentation spatiale des disponibilités
globale aussi grossière soit-elle, permet tout de même de localiser les zones de production
potentiellement excédentaires et susceptibles de contribuer à l’approvisionnement des villes
en céréales (départements du Mayo-Tsanaga, du Mayo-Rey, du Fao et du Faro-et-Déo).
L’importance des territoires déficitaires (10 départements sur les 15 que compte le Nord-
Cameroun) peut être considérée comme une donnée significative pour l’explication des
difficultés d’accroissement des parts de la production acheminée vers les villes. Deux
contraintes majeures sont susceptibles de provoquer la diminution de la production régionale :
l’impact du changement climatique sur les ressources en eau et la dynamique foncière.

36
La production rizicole du département de la Bénoué se situe autour de 4 000 tonnes avec près de 80% assurées
à Lagdo.
95

Chapitre 2 : Le cadre spatial des échanges vivriers dans le


Nord-Cameroun

L’alimentation des ménages urbains au Nord-Cameroun comme dans plusieurs régions


d’Afrique subsaharienne provient de deux types d’échanges : non marchands et marchands.
Le premier type s’articule autour d’un ensemble de rapports sociaux complexes, qui semblent
se consolider davantage avec la baisse du pouvoir d’achat des urbains. La réception par
certains ménages urbains des sacs de mil/sorgho, maïs ou riz des familles restées au village
s’inscrit de plus en plus dans les stratégies d’approvisionnement de nombreux citadins des
classes moyennes et pauvres. De même, pendant la période de préparation des champs et des
récoltes, de jeunes urbains émigrent temporairement vers les grands bassins de production de
sorgho repiqué (Maroua Salak, Dargala, Pitoa, Guider...), de maïs et de coton, pour servir de
main-d’œuvre. Ils sont la plupart du temps rémunérés en nature (sacs de mil/sorgho, maïs…)
et peuvent ainsi constituer des réserves sur plusieurs mois.

Le deuxième type se rattache à toutes sortes de transactions commerciales, mettant en


complémentarité divers espaces (de production, commercialisation et consommation). Il
suppose la mise en marché des productions agricoles et leur acheminement vers les
consommateurs urbains. Ce processus implique des acteurs qui, à travers diverses stratégies,
organisent leurs actions dans l’espace.

On distingue plusieurs formes de mise en marché des productions agricoles (Chaléard,


1996) :

- La vente « bord champ » ;


- L’achat au village ;
- La vente sur le marché local ;
- Le transport du produit directement sur le marché urbain par le producteur.

Dans le cadre de ce chapitre nous nous intéressons au marché local en tant qu’espace
physique d’échanges portant sur la production vivrière et qui met en relation producteurs,
acheteurs et consommateurs d’une part ; et au marché urbain, point de chute de la production
paysanne commercialisée et des importations d’autre part.

Le concept de « marché » est polysémique (Chaléard, Op. Cit.). En général on peut


avoir deux perceptions de la compréhension du marché.
96

Il est à première vue perçu comme un espace où se rencontrent l’offre et la demande.


C’est un lieu d’échanges physiques entre les acteurs sur le droit de propriété des produits
(marché à bétail, marché des vivres …). Il y a marché dès qu’un simple point de vente prend
de l’ampleur et devient périodique. La périodicité varie suivant le type d’espace (rural ou
urbain), la nature des produits échangés, l’origine des acteurs…

Il est également considéré comme un cadre virtuel de réalisation de l’échange régulé


par la monnaie, le lieu de réalisation étant déconnecté du lieu physique d’échanges du produit.
C’est dans ce contexte qu’on parle des marchés régionaux ou sous-régionaux selon l’échelle
spatiale retenue, pour faire référence à un ensemble de mécanismes d’échanges autour d’un
certain nombre de produits, et qui n’ont pas d’ancrage géographique spécifique. Le marché
désigne ici un espace potentiel de consommation d’un produit ayant des limites spatiales
approximatives. Un exemple de marché virtuel est donné dans les savanes d’Afrique centrale
regroupant le Nord du Cameroun, le Sud du Tchad et l’Ouest de la Centrafrique, auquel il faut
ajouter le Nord-Est du Nigeria, espace où s’échange réciproquement par des règles tacites
l’essentiel de la production vivrière.

L’intérêt pour l’étude des marchés en Afrique subsaharienne est ancien tant pour les
chercheurs que pour les développeurs. Economistes, géographes et anthropologues sont en
effet très tôt animés par le besoin de comprendre l’organisation de ces espaces
multifonctionnels, tant du point de vue économique que social et politique. En ce qui
concerne les économistes, leurs travaux dominants portent sur l’analyse de l’efficacité des
marchés dans leur capacité à mettre en relation des fonctions d’offre et de demande par les
mécanismes de prix. Pour les géographes et anthropologues c’est plus généralement
l’originalité des structures de relation au sein de l’ensemble territorial considéré qui est au
centre des préoccupations (Le Bris, 1984). Les applications de la théorie des places centrales
et autres modèles spatiaux issus de la traditionnelle théorie de l’emplacement étaient alors
courantes (Porter, 1998). Entre 1950 et 1980, un certain nombre de travaux de référence
effectués dans diverses disciplines ont permis de couvrir l’Afrique Subsaharienne et d’en
connaître la structure globale des marchés ainsi que leur fonctionnement [Abercrombie (1961)
in Couty (1965) ; Hodder, 1969 ; Berry, 1974 ; Obudho, 1976 ; Champaud, 1981]. Les 20
dernières années sont marquées par la production d’une abondante littérature
pluridisciplinaire sur la question (Chaléard, 1996, 1997, 2002 ; Gossens, 1997 ; Tracey-
White, 1997 ; Wihelen, 1997 ; Hatcheu, 2003…). Ces travaux sont pour la plupart menés au
sein des instituts de recherche nationaux et surtout internationaux (ORSTOM/IRD, CIRAD)
97

qui ont développé des pôles de recherches en Afrique subsaharienne ; ou dans le cadre des
projets de recherche impliquant des chercheurs nationaux (OCISCA)37.

Les institutions nationales et internationales pour le développement marquent elles


aussi un intérêt tout particulier au fonctionnement des marchés agricoles en Afrique dès la
première moitié du XXème siècle. La FAO particulièrement initie un certain nombre d’études
(Abrott et al., 1962, in Couty, 1965 ; FAO, 1994 ; Tracey-White, 1997) permettant d’élaborer
des politiques d’appuis aux Etats plus performants. Quant aux institutions nationales, il
s’agissait d’assurer la sécurité alimentaire des populations surtout dans des régions à risque
potentiel d’insécurité. Au Cameroun par exemple, l’administration coloniale française porte
une attention toute particulière au commerce agricole dans le Nord-Cameroun, le souci étant
de contrôler les flux vivriers dans cet ensemble régional à risque d’insécurité alimentaire
élevé, où les populations sont depuis longtemps qualifiées d’imprévoyantes du fait de
l’utilisation du mil/sorgho base de l’alimentation dans la fabrication de la bière locale (Couty,
Op. Cit. ; Seignobos, 2005).

Les études sur les marchés agricoles dans le Nord-Cameroun sont sectorielles et ne
fournissent pas tous les éléments d’analyse des échanges marchands à l’échelle régionale.
Elles portent sur une filière ou un type de circuit (Couty, 1965 ; Moustier, 1996 ; Cathala et
al., 2003 ; Medou, 2007) ou sur un espace précis, le cas de Hallaire (1972) dans les Monts
Mandara et de Kossoumna Liba’a (2002) dans l’Extrême-Nord. En outre, il manque une
cartographie qui rende compte du rôle stratégique d’un certain nombre de marchés dans la
commercialisation vivrière d’une part, et dans la régulation de la sécurité alimentaire
régionale de par leur localisation d’autre part. C’est cet ensemble de lacunes que nous nous
proposons de combler dans le présent chapitre par une analyse spatiale des marchés vivriers
du Nord-Cameroun, analyse qui permettra de comprendre leur mode de fonctionnement et
comment ils participent au ravitaillement des villes.

Au plan méthodologique, nous nous sommes inspirés de la démarche adoptée par


Porter (1998) pour analyser les marchés du Bornou (1977-78) et du plateau de Jos (1991),
régions soudano-sahélienne et soudano-guinéenne du Nigeria. L’analyse spatiale des marchés
présente un certain nombre de contraintes dont leur repérage, notamment lorsque la zone

37
L’Observatoire du changement et de l’innovation sociale au Cameroun est un projet de recherche
pluridisciplinaire en sciences sociales mis en place suite à la crise économique de la décennie 1990 et financé par
la Coopération Française. Lire à ce sujet Courage G. (1994). Le village camerounais à l’heure de l’ajustement,
Editions Karthala, 418 p.
98

couverte par l’étude est importante. « … la démarche consistant à déterminer l’existence et


l’emplacement des marchés […] constitue un exercice de repérage fondamental… » (Porter,
Op. Cit.). La cartographie existante est soit obsolète, soit partielle (Kossoumna Liba’a, Op.
Cit.), l’espace marchand étant assez dynamique. De nouveaux marchés se créent pendant que
d’autres sont déplacés, disparaissent simplement ou prennent de l’importance dans les circuits
commerciaux du vivrier. Il s’agit d’une dynamique territoriale complexe et permanente d’un
secteur d’activité dont l’importance socioéconomique et politique est avérée. Les entretiens se
sont révélés efficaces pour parvenir à un recensement non exhaustif, certes 38, mais assez
significatif permettant de cerner la réalité des échanges vivriers dans la région. Ils ont
complété l’annuaire des marchés élaboré par le MINADER en 2008, et qui n’établit
cependant aucune hiérarchie entre les marchés permettant de déterminer leur importance à
l’échelle du Nord-Cameroun. Les entretiens ont été menés avec les grossistes sur les marchés
urbains et ruraux, les autorités traditionnelles et autres personnes ressources (CPA/AVZ39),
délégués d’agriculture, Chefs de circonscriptions administratives. Ces différents acteurs
participent diversement par leurs actions à la création, à l’organisation et au fonctionnement
des marchés qu’ils soient ruraux ou urbains.

2.1. La géographie des marchés ruraux du Nord-Cameroun


Les marchés ruraux sont d’excellents lieux d’intégration spatio-temporelle. Ils
représentent un cadre idéal d’analyse des liens existant entre les différentes composantes
sociologiques d’une communauté. Ils mettent en évidence la nature des relations entre les
communautés contigües d’une part, les espaces ruraux et urbains d’autre part, à travers les
échanges de marchandises, d’informations, de personnes et de maladies. D’un point de vue
économique, ils constituent le premier point de vente des productions agricoles et le lieu
d’achat des produits finis non périssables (Porter, 1998). Ils jouent en outre un rôle
considérable dans l’économie familiale et procurent des revenus modestes certes, mais

38
En général, chaque village dispose d’un marché où s’effectuent les échanges portant sur une gamme variée de
produits (agricoles et manufacturés). Certains marchés naissent au moment où d’autres disparaissent, en fonction
de leur localisation sur les principaux courants d’échanges agricoles. L’exemple de disparition progressive d’un
marché est observé depuis 2007 au lieudit Mbang-Mboum dans l’arrondissement de la Vina (province de
l’Adamaoua). La déviation de l’axe routier Ngaoundéré-Touboro-Moundou (vers le Tchad) sur 7 km du village
abritant le marché en question, l’a profondément enclavé, réduisant de ¼ son rythme de fonctionnement. D’où le
besoin d’actualiser régulièrement l’annuaire officiel des marchés dans la perspective d’un meilleur suivi du
commerce agricoles dans la région.
39
CPA : Chef de poste agricole ; AVZ : Agent vulgarisateur de zone. Il s’agit des agents du Ministère de
l’agriculture chargés d’assurer un encadrement de proximité des producteurs.
99

réguliers aux producteurs (Chaléard, 2002). C’est dans les années 60 et 70 que s’est
particulièrement développée l’approche géographique en matière d’étude scientifique des
marchés ruraux périodiques. Elle s’est beaucoup appuyée sur les modèles spatiaux développés
au XIXème et XXème siècles par W. Christaller (1933) et A. Lösch (1938), basés sur la
géométrisation de l’espace. L’application de ces théories à l’étude des marchés africains s’est
révélée peu efficace en raison de leur disparité spatiale et surtout de leur faible accessibilité.

L’analyse géographique des marchés ruraux du Nord-Cameroun permet de mieux


saisir comment s’organise et se structure le commerce vivrier, de comprendre comment
fonctionnent les réseaux d’échanges, de déterminer les flux de marchandises et de saisir les
formes d’insertion de cette organisation dans l’espace physique. Pour cela elle se veut
complémentaire à l’approche économique qui analyse davantage les relations entre l’offre et
la demande par des mécanismes de prix. Deux éléments d’analyse seront abordés dans le
cadre de cette partie : la répartition spatiale des marchés et leur rayonnement.

2.1.1. Rappel historique du processus de création des marchés ruraux

Nous nous intéressons uniquement aux marchés vivriers en tant qu’espace physique
d’écoulement de la production et d’achat par les commerçants et/ou les consommateurs. Cette
délimitation spatiale tient au fait qu’il n’y a pas superposition systématique des lieux de vente
des productions végétales et animales dans le Nord-Cameroun d’une part, et entre productions
végétales dites vivrières (céréales, racines et tubercules, légumineuses et légumes) et
commerciales (coton) d’autre part. La création et la gestion des marchés à bétail font l’objet
d’une réglementation établie par le MINEPIA. Les marchés de coton fibre, principale culture
d’exportation de la région soudano-sahélienne du Cameroun sont crées par la SODECOTON.
Ces deux schémas sont contraires à ceux généralement observés dans la création et le
fonctionnement des marchés vivriers, ainsi que dans l’exercice de la profession de
commerçant. S’il est vrai que les marchés périodiques sont reconnus comme des lieux publics
dont l’emplacement est fixé par la coutume ou la loi, d’un point de vue organisationnel et
fonctionnel, ils bénéficient jusqu’ici de peu d’attention de la part des pouvoirs publics, et
davantage en termes d’aménagement. Nous avons donc dans la plupart des cas affaire à trois
espaces spécifiques de par la nature des produits vendus, la réglementation, le processus de
création et de gestion, le type d’acteurs, la destination finale de la marchandise... Cette
situation pose un réel problème d’harmonisation et de classification des marchés vivriers,
notamment des zones rurales et semi-urbaines.
100

Plusieurs critères ont été proposés par divers auteurs (Hallaire, 1972 ; Fréchou, 1984 ;
Chaléard, 1996…) pour établir une classification des marchés vivriers ruraux en Afrique
subsaharienne :
- la nature et l’importance des produits proposés ;
- la taille de chaque catégorie d’acteurs (producteurs, grossistes, consommateurs…) ;
- la périodicité ;
- le rayonnement dans l’espace régional ;
- l’accessibilité ;
- la localisation spatiale ;
- la destination finale du produit (villes régionales ou pays voisins).

L’informalité et la complexité du commerce vivrier rendent aléatoire et difficile toute


tentative de classification des marchés, tant à l’échelle régionale que nationale. Nous
proposons dans le cadre de cette étude une classification en trois types qui tout en prenant en
compte les facteurs sus cités, privilégie davantage les fonctions des acteurs (producteur-
vendeur, acheteurs et autres acteurs de l’intermédiation) :

- les marchés de gros à la production ;


- les marchés de regroupement ;
- les marchés de gros à la consommation.

Ce choix se justifie par la difficulté à quantifier les produits échangés et qui rendrait
plus objective et plus efficiente une classification à l’échelle régionale. Avec la prolifération
des intermédiaires dans le commerce vivrier renforçant son caractère informel, une part de
plus en plus significative des échanges marchands s’effectue en dehors d’un point d’ancrage
géographique réservé à cet effet, même s’il reste le principal lieu de rencontre et de
négociations entre acteurs. Toute tentative de quantification serait donc entachée de biais et
pourrait aboutir à une sous estimation de l’importance de certains marchés. Elle nécessite des
études mobilisant des outils d’analyse économique spécifiques. Il est par ailleurs plus aisé de
déterminer la proportion de chaque catégorie d’acteur sur un marché ainsi que la destination
finale des produits, que d’obtenir les volumes échangés. Ces difficultés nous conduisent à
faire un bref rappel historique du processus de création des marchés ruraux et d’analyser leur
cadre réglementaire.
101

[Link]. Un processus de création des marchés influencé par des acteurs externes

L’existence des marchés périodiques au Nord-Cameroun, tout comme dans l’ensemble


de la zone soudano-sahélienne s’inscrit dans un long processus historique dont le schéma a
déjà été décrit par plusieurs auteurs (Obudho, 1963 ; Couty, 1965 ; Arditi, 1971 ; Hallaire,
1972 ; Fréchou, 1984…). Les premiers marchés généralement situés sur les principales voies
caravanières ont pendant longtemps joué le rôle de point de transit dans le cadre du commerce
transsaharien, car les marchandises (« esclaves », colas, tissus, bétail, natron…) y changeaient
de mains. L’historiographie de la région soudano-sahélienne du Cameroun rapporte que les
Peul, Haoussa et Kanouri dominent depuis longtemps le secteur du commerce. L’aptitude de
ces peuples de plaine au commerce fait partie de tout un ensemble de traits qui font apparaître
leurs structures sociales plus amples et plus ouvertes que celles des autres ethnies.

Le commerce vivrier par contre était marginal dans l’économie régionale, considérée
comme une « économie de subsistance »40, suite au faible niveau de production agricole
quelquefois insuffisante pour couvrir les besoins alimentaires de l’unité domestique,
particulièrement pendant les années de forte sécheresse. Lorsqu’ils existaient, « les marchés
périodiques [n’étaient là] que pour commercialiser de petites quantités de produits » (Arditi,
1971), ou pour servir de cadre d’échanges non monétarisés (mil contre viande et poisson). En
1965 par exemple, le commerce de mil n’est qu’à ses débuts dans le Diamaré où les densités
sont très fortes et la commercialisation de cette céréale constituant un facteur d’insécurité
alimentaire. Le commerce portait surtout sur le coton et l’arachide considérés comme produits
d’exportation dans le nord (Couty, 1965).

La création et la densification des marchés ruraux résultent de l’introduction et de


l’intensification de l’économie monétaire au cours du vingtième siècle, réduisant les échanges
non marchands (Fréchou, 1984). Les populations se devaient en effet de payer l’impôt. Ainsi,
dès la fin de la première moitié du XXème siècle « in each ethnic area one or more sites are
reserved as market-places and are usually named according to the day of wich the market is
held » (Obudho, 1963). Cette tendance observée au Nigeria et au Tchad est tout aussi
perceptible dans les Monts Mandara où Hallaire dénombrait déjà en 1972, 46 marchés
hebdomadaires d’importance très diverse. Si la prolifération des marchés ruraux est la
tendance dominante à partir de la décennie 1950, leur création relève d’un processus marqué

40
Dalton G. (1964). ‘Le développement des économies de subsistance et des économies paysannes’, in Revue
Internationale des Sciences Sociales, XVI, 3, pp. 409-422 ; cité par Arditi (1971).
102

par une forte intervention des acteurs exogènes aux communautés en l’occurrence
l’administration coloniale et les religions présentes, chacun essayant de faire prévaloir sa
logique et ses intérêts. Le point de « confrontation » des différents intervenants a porté sur la
définition du calendrier régional des marchés ruraux en fonction de leurs champs d’intérêts
respectifs.

L’intérêt manifesté par l’administration coloniale française pour le commerce vivrier


s’inscrit dans une logique plus large qui est celle de la préservation de la sécurité alimentaire
régionale. Espace à écologie fragile, l’insécurité alimentaire reste la principale menace à la
stabilité sociale dans le Nord-Cameroun. Il s’agissait ainsi de réguler la commercialisation des
céréales locales (mil/sorgho) base de l’alimentation régionale à travers diverses actions de
gestion des disponibilités locales. En outre, il fallait établir un calendrier des marchés laissant
la possibilité aux populations de consacrer entièrement les jours de la semaine aux activités
agricoles. D’où le choix des journées du samedi et du dimanche pour la tenue des marchés par
l’administration coloniale. Ces deux journées sont en effet dominantes dans le calendrier
régional des marchés ruraux.

L’action des religions se résume par contre autour de l’idée d’extension de l’aire
d’influence et par conséquent de la conquête de nouveaux fidèles. Dans ce contexte, les
logiques varient suivant le courant religieux. L’Islam, religion monothéiste la plus ancienne
dans le Nord-Cameroun, encourage le choix du vendredi pour la tenue des marchés ruraux. Le
vendredi correspondant en effet au jour de la célébration du culte musulman, le regroupement
des fidèles se trouverait alors facilité autant pour la prière que pour les échanges
commerciaux. L’observation de la carte des marchés permet en effet de constater une
concentration des marchés tenus le vendredi dans les zones à dominance musulmane
(Blangoua, Guider, Bibémi, Rey-Bouba, Mogodé, Mindif).

Si les religions chrétiennes sont plus animées par le souci d’étendre leur aire
d’influence dans cet espace historiquement acquis à l’Islam41, les individualités ne manquent
pas entre Protestants, Catholiques et Adventistes. Les Adventistes présidant leurs cultes le

41
Le christianisme a appuyé son action dans le Nord-Cameroun tout comme dans le reste du pays sur des œuvres
sociales au bénéfice des populations cibles susceptibles d’accueillir favorablement les campagnes
d’évangélisation. Outre les trois piliers traditionnels du christianisme « église-santé-éducation », les religions
chrétiennes se sont montrées très attentives aux questions agricoles dans la région. L’Eglise catholique s’est
particulièrement montrée active dans le domaine en créant un Centre d’apprentissage agricole à Ngaoundéré
dans la décennie 1970 en vue d’offrir une formation aux jeunes ruraux qui n’avaient pas pu accéder aux études
secondaires. Plusieurs autres structures sont crées à Fignolé, Mokolo… (Plumey, 1990).
103

samedi encourageaient la tenue des marchés ruraux les dimanches afin de permettre à leurs
fidèles d’assister aux cultes (cas de Koza et Dogba où ils se sont fortement implantés). Cette
programmation était par contre préjudiciable aux Protestants et Catholiques dont les cultes se
tiennent le dimanche, et qui suggéraient le samedi et autres jours de la semaine. Cette
inquiétude se justifiait parfaitement dans la mesure où les jours de marché étaient des
occasions de rencontres et de réjouissances dans les cabarets de bière de mil, situation
susceptible de compromettre la conquête de nouveaux fidèles.

Ainsi, si les populations pouvaient manifester librement leur intention de disposer d’un
point d’échanges commerciaux, elles devaient par contre assister impuissantes à la bataille
entre divers acteurs de développement pour le choix du jour de sa tenue. En outre bien que ces
antagonismes n’aient pas donné lieu à des conflits ouverts entre différentes forces en
présence42, elles auront certainement marqué d’une manière ou d’une autre le processus de
création et de fonctionnement des marchés ruraux dans la région, à travers des
chevauchements qui favorisaient peu les fréquentations entre communautés voisines.
L’administration de l’Etat indépendant a procédé après 1960 à un léger réaménagement du
calendrier des marchés situés dans un rayon relativement réduit (moins de 50 km), afin de
faciliter les échanges entre les communautés d’une part, et permettre leur fréquentation par les
grossistes tout au long de la semaine d’autre part. Les pouvoirs publics ont par ailleurs
favorisé le développement de certains marchés par l’aménagement des voies de
communication, sans pour autant que cela s’inscrive dans le cadre d’un programme spécial de
désenclavement desdits marchés. C’est le cas de Mokolo, Moutouroua, Kalfou, Figuil, Mayo-
Oulo, Ngong et récemment Touboro avec le bitumage de la route Ngaoundéré-Touboro-
Moundou au Tchad sur financement de l’Union Européenne. Contrairement à ce qui a été
observé dans d’autres parties du pays (régions administratives de l’Est, Centre et Sud43),
l’action de l’Etat est restée faible dans l’appui au développement du commerce vivrier, autant

42
En fonction des situations et des acteurs en présence, l’autorité politique a toujours tenté de s’allier les faveurs
des religieux ou, à défaut, de les combattre (Adama Hamadou, 2005).
43
Dans le cadre des activités de la MIDEVIV l’Etat avait crée des marchés de collecte des racines, tubercules et
féculent dans les provinces de l’Est et du Centre, pour l’approvisionnement des villes du Nord-Cameroun. Même
s’ils n’ont fait l’objet d’aucun aménagement, ils sont restés fonctionnels.
Par ailleurs, le marché frontalier de Kyé-Ossi dans le Sud-Cameroun, créé dans les années 80, par les
populations, a été rénové en matériaux définitifs en 2003, grâce à un financement du Fonds spécial d’équipement
intercommunal du Cameroun (Feicom). Il en est de même du marché d’Abang Minko’o frontalier avec le Gabon,
qui a été construit en 1993 suite à une convention entre le Gabon et le Cameroun avec l’appui financier du FED
dans le cadre du plan de sécurité alimentaire. Il a été totalement rénové grâce à un financement de la BAD en
2004 (ODECO, 2005).
104

dans la création et l’aménagement des marchés ruraux que dans la mise en place d’un cadre
réglementaire.

[Link]. Le cadre réglementaire de gestion des marchés ruraux

La création tous azimuts des marchés ruraux dans les années 1950 peut traduire un
besoin des populations d’apporter des réponses à un certain nombre de problèmes. Car au-
delà de leurs fonctions économiques premières, les marchés ruraux tiennent une place centrale
au plan sociologique, notamment dans les sociétés hiérarchisées à l’instar des structures
lamidales du Nord-Cameroun. Dans toutes les communautés en effet, les marchés ont un rôle
plus social qu’économique. Cette prépondérance du social dans un espace à vocation
commerciale peut se justifier par la neutralité dont jouit le marché par rapport à l’influence de
l’autorité traditionnelle sur d’autres espaces de la communauté (Cour royale, zones de
pâturage, de culture, points d’eau, aires de jeux…). La description que fait Hallaire (Op. Cit.)
témoigne de l’ambiance sociale qui règne sur les marchés : « … les montagnards y vont
comme à une fête, même s’ils n’ont rien à vendre ou à acheter, pour se rencontrer, se
distraire, éventuellement traiter leurs affaires, décider d’une location de champs ou faire une
demande en mariage ». Les marchés ruraux ont en outre joué un rôle remarquable dans la
diffusion de l’information administrative au cours des périodes coloniale et post coloniale.
Les autorités traditionnelles et surtout administratives pouvaient alors y communiquer de
nouvelles mesures et décisions d’ordre fiscale et politique, recueillir les points de vue des
populations sur divers sujets d’intérêt général. Les autorités traditionnelles servaient d’agent
relais avec les populations. Mais les marchés restaient un espace beaucoup plus convivial
dénué de tout protocole qu’exige la chefferie ou le lamidat. En dehors des interventions
sporadiques des autorités administratives visant à réguler la vente des céréales, le
fonctionnement des marchés ruraux n’a généralement pas connu l’intervention de l’Etat sur le
plan réglementaire.

Les points d’échanges frontaliers avec le Tchad et le Nigeria ont souvent fait l’objet
d’une réglementation spécifique. L’administration de l’Etat indépendant va y poursuivre la
politique de suivi des activités de ventes des produits vivriers entamée par le colonisateur. En
1963 plusieurs interdictions de vente de mil sont faites par le Préfet du Diamaré. Elles
concernent surtout les commerçants tchadiens ou camerounais revendant les céréales au
Tchad et hors du département (Couty, 1965). Cette mesure a été ré-adoptée depuis 2000 à
travers la signature des arrêtés des Préfets et Gouverneurs face à la recrudescence de
l’insécurité alimentaire. Toutefois si les pouvoirs publics ont gardé jusque là et ce de façon
105

sporadique (en fonction des risques éventuels d’insécurité alimentaire qui varient d’une année
à l’autre), un droit de regard sur les échanges vivriers effectués sur les marchés ruraux, on
peut néanmoins relever une certaine légèreté d’un point de vue réglementaire au regard de
l’attention accordée à d’autres types d’espaces d’échanges en l’occurrence les marchés du
gros bétail et de coton.

Les marchés à bétail et de coton sont des marchés spécialisés. Leur création et
fonctionnement obéissent à une réglementation spécifique impliquant de hautes autorités
administratives. Les marchés de coton sont des points de ramassage du coton graine par la
SODECOTON. Leur localisation est par conséquent limitée aux bassins cotonniers
désenclavés grâce à un vaste programme d’ouverture et d’entretien des pistes de collecte. La
création d’un point de ramassage dans un bassin dépend de l’importance de la production
susceptible de rentabiliser le déplacement des camions de la SODECOTON.

Les marchés à bétail quant à eux sont régis par le décret du 14 septembre 1976 portant
réglementation de l’élevage, de la circulation et de l’expédition du bétail. Leur création se fait
par arrêté du Gouverneur. La gestion est assurée par un chef de centre zootechnique et
vétérinaire nommé par le ministre de l’élevage. Il est chargé de la collecte des taxes sur les
ventes et achat du bétail. Quatre types de taxes sont collectées : recettes des finances, taxe
communale, taxe de l’association des éleveurs, taxe de la délégation de l’élevage. Le
reversement est effectué aux différentes administrations concernées au prorata des quotas
préétablis. La création d’un marché à bétail dans une unité administrative ou une communauté
procure aux populations locales un certain prestige. Elle traduit une marque de reconnaissance
de la part des pouvoirs publics de l’importance de l’activité d’élevage bovin, car le petit bétail
reste le parent pauvre de l’activité dans la région. Il s’agit donc des espaces qui présentent
plusieurs enjeux (sociaux, financiers, politique44).

Le titre de commerçant de bétail en l’occurrence de bovin, est délivré par le Préfet


après avis du chef secteur de l’élevage du lieu d’exercice. Par ailleurs cette attention des
pouvoirs publics pour ces marchés est également perceptible à travers les programmes
d’aménagement. Dans le cadre des activités du PARFAR, la construction et/ou la

44
Certains marchés à bétail dans la région font l’objet d’une attention toute particulière du ministre de l’élevage,
qui y nommerait ainsi des collaborateurs particuliers : Ngaoui dans le Mbéré, zone frontalière avec la République
Centrafricaine et Bélèl dans la Vina.
106

réhabilitation des marchés à bétail a été l’un des volets les plus importants45. Le projet
prévoyait lors de son lancement, la construction du marché à bétail de Ngaoundéré Centre et
de 26 marchés à bétail en zone rurale (Aide mémoire Revue de la BAD, 2006).

Si dans la cadre de ce même Programme il a été prévu l’aménagement de 25 points de


vente des produits agricoles, ce qui serait hautement appréciable en cas de réalisation
effective, ce chantier ne saurait occulter le vide réglementaire préjudiciable au bon
fonctionnement des marchés vivriers. La création des marchés vivriers ruraux se fait en trois
étapes :

- La manifestation d’intention par les populations qui souhaitent avoir leur marché,
adressée au maire de la commune du ressort territorial. Cette manifestation doit
être accompagnée d’une attestation du choix d’un site accessible et déclaré d’utilité
publique ;
- Le maire en collaboration avec le conseil municipal étudie la manifestation
d’intention et signe en cas d’avis favorable, un arrêté de création de marché qui
précise le jour de tenue. Le maire s’assure que le jour de rencontre offre la
possibilité aux commerçants de parcourir plusieurs marchés au cours de la
semaine. L’objectif visé est de permettre la collecte des taxes sur plusieurs
marchés, principale source de revenu propre des communes rurales ;
- L’arrêté municipal est validé par le préfet et les populations sont notifiées. La
commune intègre ainsi officiellement ledit marché dans son plan communal
d’aménagement, et peut selon ses possibilités procéder à son organisation spatiale
(délimitation et attribution des aires de vente selon le type de produits), et y
entreprendre des investissements (construction des hangars et magasins, création et
entretien des voies d’accès).

Les marchés antérieurs aux institutions communales ont simplement fait l’objet d’un
acte de reconnaissance de leur existence. Les ministères de l’agriculture et du commerce ont
procédé à leur recensement dans le fichier des marchés. Jusqu’en 2008 aucun marché vivrier
rural dans le Nord-Cameroun n’avait été aménagé en matériaux définitifs (photos 3 et 4),
même ceux bénéficiant d’une localisation stratégique tels que ceux de Figuil (marché

45
Le PARFAR a bénéficié d’un financement de la BAD. Il a été approuvé le 28 juin 2001 pour un montant de
14 millions d'UC. L'accord de prêt a été signé le 16/11/2001.
107

frontalier) et Ngong (marché intérieur dont le rayonnement s’étend au-delà des frontières
nationales).

Photo 3 : Marché de Siri dans l’arrondissement de Touboro


Cliché : Fofiri Nzossié, janvier 2008

Photo 4 : Une vue du marché frontalier de Figuil


Cliché : Kouebou, octobre 2008

Les marchés ruraux bénéficient ainsi de peu d’attention par rapport à ceux considérés
comme marchés spécialisés qui font l’objet comme nous l’avons vu plus haut d’une plus
grande attention des pouvoirs publics et des PTF (BAD, Union Européenne). Principale
source de revenus monétaires autant pour les services des impôts que pour les municipalités et
les chefferies, leur gestion a souvent été source de nombreux conflits entre les différentes
institutions, chacune instaurant ses taxes qui en fin de compte, se répercutent sur le prix final
des produits proposés aux consommateurs. Cette situation tend à limiter leur rôle à celui de la
répression à travers le prélèvement des taxes (photo 5).
108

Photo 5 : Scellage des magasins de stockage des produits vivriers au marché de Ngong
Cliché : Kouebou, juillet 2007

Malgré leur faible implication dans l’aménagement des marchés vivriers, les pouvoirs
publics y sont présents à travers les services fiscaux.

L’autorité traditionnelle a toujours affiché sa volonté de contrôler ces espaces


stratégiques dans les zones rurales. Dans plusieurs communautés les marchés sont localisés à
proximité du lamidat ou de la chefferie, donnant la possibilité au chef d’avoir un droit de
regard sur les transactions marchandes et non marchandes. Certains abus ont réduit
l’attractivité des marchés, le cas de Siri dans l’arrondissement de Touboro, déplacé près de la
chefferie de Mayo-Nda à une trentaine de km dans la décennie 1990, et qui pendant plus d’un
an avait connu un recul de son attractivité. Les marchés ruraux se révèlent être des espaces
délicats et dont la compréhension du mode de fonctionnement ne saurait se limiter au seul
processus de création. Car des facteurs tout aussi importants dans l’analyse de leur
contribution à l’approvisionnement des villes, dont la répartition spatiale, méritent d’être
analysés.

2.1.2. Un réseau de marchés dense mais enclavés

En considérant que la tendance à la création tous azimuts des marchés ruraux (évoquée
plus haut) observée au cours de la décennie 1960 se soit poursuivie, on aurait autant de
marchés que de villages, soit plus de 500. L’annuaire des « principaux marchés » élaboré par
le MINADER identifie en 2008, 374 points de vente du vivrier dans le Nord-Cameroun, en
excluant les grands centres urbains que sont Kousseri, Maroua, Garoua et Ngaoundéré. Ce qui
ne s’écarte pas beaucoup de cette tendance. On aurait alors en moyenne un marché pour une
109

superficie de 146 km² si l’on exclut les 906 000 ha représentant les espaces mis en défens46, et
un marché pour une moyenne de 11 000 ruraux. Toutefois il ne s’agit que d’une liste
énumérative qui ne donne aucune indication quant au poids de chaque marché dans le
maillage régional. En mobilisant des outils spécifiques, l’analyse géographique est susceptible
de combler cette insuffisance. Elle permet de mieux appréhender la hiérarchie entre les
différents espaces commerciaux qui participent au ravitaillement des villes à partir d’un
certain nombre de facteurs géographiques.

[Link]. La cartographie des marchés ruraux

Une classification rigoureuse des marchés de la partie septentrionale du Cameroun


n’est pas évidente du fait de changement de statut qui peut survenir au cours d’une même
année ou d’une année à l’autre, sous l’effet d’un certain nombre de facteurs naturels et/ou
anthropiques. Aussi, un point de regroupement vivrier important peut-il, suite à une mauvaise
récolte dans la région, devenir un simple marché de production ou disparaître dans le pire des
cas. De même, la recrudescence de l’insécurité sur une voie routière peut entraîner le recul du
rayonnement d’un marché. C’est le cas de Mbaï-Mboum dans l’arrondissement de Touboro,
frontalier avec la République Centrafricaine et le Tchad qui a vu son rayonnement se réduire
ces cinq dernières années à cause des exactions des coupeurs de route sur les commerçants.

Cette difficulté de classification avait déjà été évoquée par Médou (2007) suite à
l’étude sur les marchés de céréales du Nord-Cameroun. L’auteur fait une classification en
fonction du type d’acteurs prépondérants. Il distingue quatre catégories de marchés de
céréales : ruraux, de regroupement, de consommation et frontaliers. Cependant face aux
nouvelles stratégies des grossistes étrangers (Nigérians, Gabonais, Tchadiens) qui, pour
contourner les interdictions administratives de sorties des grains de la région
s’approvisionnent sur les marchés intérieurs à travers des intermédiaires par petites quantités,
la catégorie de « marché frontalier » devient de plus en plus superflue même si elle aide à
mettre en évidence la destination prioritaire de la production locale. De même les grossistes
étrangers disposant d’un pouvoir financier important [2 à 3 millions de FCFA47], leur
proportion sur ces marchés est généralement faible (une dizaine) et ne répond plus au facteur
prioritaire de classification portant sur le nombre d’acteurs. Car sur des marchés localisés
dans des zones frontalières les achats pour les marchés urbains régionaux ou sud-camerounais

46
Les espaces mis en défens occupent le 1/3 de la région géographique.
47
3 000-4 500 euros.
110

sont quelquefois plus importants que ceux destinés à l’exportation (le cas du marché de Siri à
Touboro). Ces facteurs corroborent la typologie proposée plus haut.

Suivant l’annuaire officiel des marchés, l’Adamaoua compte plus de marchés ruraux
(185) que l’Extrême-Nord (101) et le Nord (88). Lorsqu’on s’intéresse aux flux qui
participent au ravitaillement des principales villes (Kousseri, Maroua, Garoua et Ngaoundéré)
les marchés de l’Adamaoua contribuent peu pour les trois premières villes. Ceci tient au type
de production (racines et tubercules dans l’Adamaoua) et surtout à l’accessibilité. Or l’analyse
de la consommation alimentaire (chapitre 3) montre une faible contribution de ces cultures
dans la structure des bases. Les tubercules (igname, patate, manioc) et les céréales (maïs) sont
prioritairement destinés à l’autoconsommation et l’excédent commercialisé exporté vers la
partie méridionale du pays. La distribution spatiale des marchés révèle une concentration dans
l’Extrême-Nord par rapport au Nord et à l’Adamaoua (figure 10). Au-delà des facteurs de
production et d’accessibilité qui nous ont conduits à ignorer dans l’Adamaoua des points de
vente peu significatifs, nous retenons deux séries de facteurs pour expliquer cette
disproportion : l’étendue du territoire et la démographie.
111

Figure 10 : Le semis des marchés vivriers dans le Nord-Cameroun (2010)


112

Nous observons une concentration à la fois dans les zones à forte densité humaine et
les bassins de production vivrière. L’Extrême-Nord apparaît de ce fait comme l’espace où la
concentration est la plus forte. Territoire à la forme relativement compacte dans sa partie sud,
c’est l’une des trois régions administratives qui composent le Nord-Cameroun. Elle s’étend
sur 34 263 km² contre 63 701 pour l’Adamaoua et 66 090 pour le Nord48. Sur le plan
démographique elle abrite en 2010, 53 % de la population du Nord-Cameroun, proportion en
baisse significative par rapport à celle de 1976 soit 62 % (tableau 5).

Tableau 5 : Evolution de la population du Nord-Cameroun par région administrative (1976-2010)

Régions 197649 1987 2005 2010


administratives Effectifs % Effectifs % Effectifs % Effectifs %
Adamaoua 359 334 16 495 185 22 884289 16 1 015 622 16
Extrême-Nord 1 394 765 62 1 855 695 58 3111792 55 3 480 414 53
Nord 479 158 22 832 165 26 1687959 30 2 050 229 31
Total Nord-Cameroun 2 233 257 100 3 183 045 100 5684040 100 6 546 265 100
Sources : Annuaire statistique du Cameroun (2004) ; BUCREP (2010)

Malgré les politiques de rééquilibrage démographique appliquées par les pouvoirs


publics et ses partenaires au développement entre 1977 et 199750, l’Extrême-Nord est restée la
région administrative la plus peuplée avec une densité brute qui atteint en 2010 les
100 hbts/km² (soit près de 3 fois la moyenne nationale de 36 hbts/km²) contre 31 hbts/km²
pour le Nord et 16 hbts/km² pour l’Adamaoua. C’est donc un espace étroit qui concentre une
population majoritairement agricole. Même si l’autoconsommation contribue à absorber une
part importante de la production, en moyenne 70 % pour le cas des céréales (Fusillier, 1993 ;
Muller, 2004 ; CEDC, PRRVL/MINADER, 2004 ; Bureau d’Etudes Progress SARL,
MINADER, Union Européenne, CAON-FED, 2008), les productions de légumes (oignons
notamment) et de légumineuses (arachide et de niébé) jouent un rôle essentiel dans le
développement du commerce vivrier régional à destination du Sud-Cameroun et des pays
voisins (Nigeria, Tchad). De ce constat on peut formuler l’hypothèse que la concentration des
marchés vivriers se fait dans les grandes zones de production de l’Extrême-Nord [Mayo-
Tsanaga, Mayo-Kani, Mayo-Danay, Diamaré (figure 11)]. Le parc national de Waza

48
Revue de Géographie du Cameroun, Université de Yaoundé, Volume IV, No 1 – 198376 p.
49
En 1976 l’Adamaoua, l’Extrême-Nord et le Nord correspondaient respectivement aux départements de
l’Adamaoua, du Diamaré et de la Bénoué. Le statut de province intervient avec le décret d’août 1983.
50
Lire à ce sujet Roupsard M. (1987). Nord-Cameroun, ouverture et développement, Thèse de Doctorat en
géographie, Université de Paris X-Nanterre, 516 p.
113

(170 000 ha) marque une coupure entre l’importante zone de production des abords sud du
Lac-Tchad et les zones de concentration humaine (Mayo-Tsanaga, Diamaré, Mayo-Kani,
Mayo-Danay). Ce qui crée une rupture dans le semis de distribution des marchés sur
l’ensemble de la province.

On observe également une concentration des marchés dans le Nord au niveau des
départements de la Bénoué et du Mayo-Louti principaux foyers de production (figure 12).
Plus de la moitié du territoire du Mayo-Rey et du Faro est constituée d’un réseau d’aires
protégées et parcs (parcs nationaux de la Bénoué, du faro et de Bouba Ndjidda), ce qui justifie
la faible présence humaine principalement dans la partie sud de la région administrative. La
mise en défens des pans entiers de ce territoire [parcs nationaux de la Bénoué (180 000 ha),
du Faro (330 000 ha) et de Bouba Ndjidda (220 000 ha)] a entraîné une concentration
humaine dans le Mayo-Louti et le nord de la Bénoué au-delà de l’arrondissement de Ngong.
D’où une faible présence des marchés dans le sud.

Si l’Adamaoua n’abrite qu’un petit bout de la Zone d’intérêt cynégétique 15 (ZIC)


prolongement du parc national du Faro, la très faible densité humaine (16 hbts/km²) peut par
contre expliquer la trop grande dispersion des points de vente (figure 13). Les distances entre
les communautés y sont importantes (en moyenne 80 km). En outre nous avons surtout affaire
à une zone d’élevage bovin traditionnel particulièrement consommateur d’espace. La
ressource foncière y est contrôlée par les « maîtres du sol » détenteurs d’importants cheptels
dont les déplacements à la recherche du pâturage génèrent des conflits agropastoraux qui
peuvent être un frein à l’investissement agricole. Malgré les efforts d’encadrement des
pouvoirs publics, l’activité culturale reste encore à l’ombre de l’élevage bovin centre d’intérêt
des Peul. D’où la prolifération des marchés à bétail dans l’Adamaoua (60 en juin 200951).
Importante source de rentrées fiscales et lieux d’enrichissement illicite des responsables en
charge de leur gestion, les institutions communales n’hésitent pas à soutenir les demandes de
création formulées par les éleveurs et/ou les élites politiques de la localité. Il y aurait autant de
marchés à bétail que de marchés vivriers dans l’Adamaoua. Si l’élevage bovin ne manque pas
dans le Nord et l’Extrême-Nord, il n’a pas la même ampleur du fait du climat sahélien assez
sévère sur le pâturage. L’agriculture a donc plus de « chance » de s’y développer même si les
conflits agropastoraux ne manquent pas.

51
Source : Fédération des éleveurs bovins de l’Adamaoua (2009).
114

Figure 11 : Accessibilité des marchés vivriers dans l’Extrême-Nord (2010)


115

Figure 12 : Accessibilité des marchés vivriers dans le Nord (2010)


116

Figure 13 : Accessibilité des marchés vivriers dans l’Adamaoua (2010)

La densité des marchés vivriers dans le Nord-Cameroun peut également s’expliquer


par le facteur d’accessibilité. Celle-ci participe à la structuration des marchés, l’importance
des acheteurs dans un point de vente étant majoritairement déterminée par la possibilité qu’ils
ont à acheminer les produits achetés vers les villes. Les marchés ruraux restent dans la
majorité des cas des lieux enclavés par le mauvais état des infrastructures routières.
L’ensemble de la région géographique compte 9 306 km de routes, soit une densité de
0,057 km/km² (tableau 6).

Tableau 6 : Le réseau routier dans le Nord-Cameroun en 2009 (en km)


Densité de Routes en terre Densité de
Région Superficie Route Route Total des
route bitumée Non route totale
administrative (km²) bitumée Prioritaire rurale routes
(km/km²) prioritaire (km/km²)
Adamaoua 63701 306 0,005 942 856 1195 3299 0,052
Extrême-Nord 34263 827 0,024 758 1033 867 3485 0,102
Nord 66090 543 0,008 952 422 605 2522 0,038
Total Nord-
16054 1676 0,010 2652 2311 2667 9306 0,057
Cameroun
Source : INS (2006). Annuaire statistique du Cameroun 2004 ; Actualisation de l’auteur (2009)
NB : Nous reprenons dans ce tableau la nomenclature officielle de classification des routes au Cameroun.
117

Il s’agit pour l’essentiel des routes en terre dont l’impraticabilité en saison des pluies
constitue un frein à l’accessibilité aux marchés ruraux, d’où leur enclavement. A l’échelle du
Nord-Cameroun, l’Extrême-Nord compte la plus forte densité de route (0,102 km/km²), ce qui
représente a priori un atout permettant de mettre en connexion marchés ruraux et urbains.
L’Adamaoua et le Nord souffrent davantage de l’étendue de leur territoire respectif qui
semble être un handicap au développement des infrastructures routières permettant de
désenclaver les zones rurales faiblement habitées. L’évacuation de la production
commercialisée des campagnes vers les villes demeure ainsi une préoccupation constante pour
les grossistes. Cette situation entraine une hiérarchisation des marchés en fonction de leur
accessibilité. Elle participe à la définition typologique proposée plus haut qui fait des marchés
de production des espaces difficilement accessibles malgré le potentiel des disponibilités en
termes de produits commercialisables lorsqu’on tient compte de la production.

Les marchés de regroupement se définissent en fonction de leur localisation spatiale


qui en fait des points de convergence de petites quantités de vivres achetées sur plusieurs
marchés de production. Il s’agit des lieux de collecte, de conditionnement et de stockage
provisoire ou spéculatif des produits destinés à l’approvisionnement des centres de
consommations relativement éloignés (300-1000 km). Les marchés de regroupement
participent également aux choix stratégiques des acteurs face notamment au caractère
saisonnier des marchés de production d’une part, et à la prépondérance d’un type de culture
qui tend à donner une teinte de marché spécialisé à certains points de vente.

[Link]. Spécialisation et saisonnalité : deux éléments caractéristiques des marchés


ruraux

Dans la quasi totalité des marchés étudiés l’aménagement individualise respectivement


un espace d’échange pour les grains alimentaires (céréales et légumineuses), les racines et
tubercules et le petit bétail. Ainsi, un producteur peut-il simultanément vendre plusieurs
produits en fonction de sa capacité à dégager des excédents commercialisables et de ses
besoins financiers du moment. Cette situation tiendrait aussi du fait qu’on est dans un système
polycultural dominant. Dans ce contexte on ne saurait parler de marchés spécialisés d’un
point de vue fonctionnel. Si on tient cependant compte de la relative spécialisation des zones
de production tel qu’analysée plus haut, on peut être conduit à caractériser les marchés en
fonction des produits dominants des terroirs.
118

L’analyse de la carte de production montre en effet une spécialisation des terroirs sur
un certain nombre de cultures. Cette situation davantage inhérente aux conditions agro-
écologiques fait de l’Extrême-Nord le bassin privilégié de mil/sorgho, de riz, d’arachide et de
niébé ; du Nord le vivier régional de maïs et relativement d’arachide ; et de l’Adamaoua celui
de maïs mais surtout de manioc et de l’igname. Cette répartition spatiale aussi grossière soit-
elle permet néanmoins de constater que les grands pôles de commercialisation se superposent
aux zones de production. On pourrait parler d’une spécialisation des marchés vivriers dans le
Nord-Cameroun et cela peut se vérifier dans la pratique pour les marchés de riz à Maga, Mora
et Yagoua dans l’Extrême-Nord ; d’oignon à Pitoa dans le Nord et d’igname à Mbé dans
l’Adamaoua. Ces localités constituent des points de convergence des grossistes dès le début
des récoltes.

Pour le cas spécifique des céréales, base de la sécurité alimentaire, on distingue une
segmentation de l’espace en trois grands ensembles de marchés. Un premier réservé au
mil/sorgho concentré dans l’Extrême-Nord, un deuxième réservé au maïs dans l’Adamaoua et
un troisième hybride entre mil/sorgho et maïs dans le Nord (figure 14). Deux sous ensembles
se dégagent tout de même dans l’Extrême-Nord correspondant respectivement aux marchés de
maïs dans la zone de décrue du lac Tchad fortement tournés à l’exportation vers le Nigeria
(Darak, Blangoua, Mada, Makary) ; et aux marchés de riz dans la plaine inondable du Logone
orientés vers le Tchad et le Nigeria (Maga, Pouss, Guémé). Cette orientation prioritaire vers
l’exportation est surtout déterminée par la difficile accessibilité mentionnée plus haut. Compte
tenu cependant de l’importance du système polycultural dans l’environnement de production,
nous proposons l’expression de « marché à dominance » qui nous semble plus adaptée pour
caractériser la prépondérance d’un type de culture sur un marché. On parlera ainsi de marché
à dominance de mil/sorgho, de maïs et de riz, non pas de marché spécialisé qui reflète peu la
réalité socio économique de ces espaces d’échanges.
119

Figure 14 : Typologie des marchés selon la culture dominante dans la structure de production
120

Les grands ensembles de marchés sont interconnectés à travers les acteurs


(producteurs-vendeurs, intermédiaires, grossistes) qui y ont tissé des relations commerciales
et sociales. La fréquentation des marchés de production par les grossistes dépend de plusieurs
facteurs dont la destination finale du produit (exportation ou consommation intérieure), la
surface financière, l’accessibilité, l’origine du grossiste. A partir de nos enquêtes, nous avons
identifié trois cas de figure.

- Le premier cas concerne les grossistes qui ravitaillent les marchés urbains nord-
camerounais. Plus nombreux, ils sont en général peu spécialisés dans la vente d’un
type de céréale ou de légumineuse, ce qui les contraint quelque peu à parcourir
plusieurs marchés de production en fonction du produit dominant. Ils font peu ou
pas du tout recours aux intermédiaires et constituent leurs stocks (2-10 tonnes soit
20 à 100 sacs de 100 kg) par achat direct aux producteurs sur les marchés. A
travers eux les marchés à dominance interagissent, en même temps qu’ils sont
connectés aux marchés urbains.
- Le deuxième cas concerne les grossistes nationaux qui participent au ravitaillement
des villes du Sud-Cameroun ou qui ont la surface financière permettant de
répondre aux appels d’offres du PAM, de l’Office céréalier, de MAÏSCAM ou des
huileries. Ils manipulent des stocks relativement importants (30 000 à
300 000 tonnes soit 300 à 3 000 sacs de 100 kg) de produits spécifiques
(mil/sorgho, maïs, niébé, arachide) difficilement mobilisables sur les seuls marchés
de production à dominance. La mise à contribution des intermédiaires locaux
s’avère ainsi nécessaire. Les marchés de regroupement constituent des lieux où
s’organise et s’exécute la stratégie d’approvisionnement des acteurs. Ils participent
à la mise en connexion des marchés de production entre eux d’une part, avec ceux
de regroupement et de consommation d’autre part.
- Le troisième cas de figure porte sur les grossistes étrangers dont les denrées sont
entièrement destinées à l’exportation. Bien qu’ils soient de plus en plus présents
sur les marchés de production, ils opèrent généralement à travers un réseau
d’intermédiaires qui assurent l’identification des grandes zones de disponibilité, la
négociation avec les producteurs, le paiement dans certains cas et le
conditionnement. Les produits les plus concernés par les transactions sont le riz,
l’arachide, le niébé. Ils visent à répondre d’après les acteurs à une demande précise
des ménages urbains et des industries des pays voisins.
121

Au démeurant tous les types de marchés sont en interaction à travers des acteurs qui
par leurs actions rendent vivant ces lieux physiques. Ces interactions sont davantage
renforcées compte tenu du caractère saisonnier des marchés de production. Deux temps forts
caractérisent le fonctionnement des espaces : la période dite « morte » correspondant au
déroulement des différentes opérations agricoles (préparation des champs, semis, entretiens
des cultures, récoltes), et la période considérée comme « active » qui correspond à toute la
durée des récoltes. Suivant le calendrier agricole, la période morte s’étend globalement de juin
à octobre, tandis que novembre-mai correspond théoriquement aux temps forts de la mise en
marché de la production. Dans la pratique cependant, les ventes précoces des récoltes suite
aux tensions de trésorerie (scolarité des enfants, soins de santé, fêtes de fin d’année…),
tendent à restreindre cette deuxième période à quelques mois. La hausse des prix des céréales
et légumineuses régulièrement observée sur les marchés urbains depuis une vingtaine
d’années à partir du mois d’avril pourrait constituer un indicateur de cette saisonnalité. Les
produits vivriers disponibles au cours de cette période proviendraient des stocks constitués par
les grossistes sur les marchés de regroupement plus accessibles (situés dans les chefs-lieux
d’unités administratives), ou des magasins disséminés dans les villes. Chaque marché de
regroupement s’organisant autour d’un réseau de marchés de production à dominance.

Ces conditions dans lesquelles s’effectue le commerce vivrier corroborent la


classification en trois catégories de marchés que nous proposons dans la présente étude. Car
une plus grande segmentation reflèterait peu la réalité observable sur le terrain compte tenu de
la saisonnalité décrite plus haut. La catégorie de « marché frontalier » retenue par certains
auteurs tiendrait davantage par la localisation géographique que par la prépondérance des
échanges avec les pays voisins, exepté le cas spécifique des marchés de riz localisés dans les
zones frontalières par ailleurs principaux espaces de production. Les marchés intérieurs sont
de plus en plus sollicités pour répondre à la demande transfrontalière. Cette sollicitation ne se
fait plus uniquement par les commerçants individuels mais également par l’Office céréalier et
le PAM à travers les fournisseurs. Ces achats de masse dans des localités à écologie fragile
sont dénoncés depuis quelques temps par des ONG du fait des risques de création et/ou
d’intensification de l’insécurité alimentaire régionale. Plusieurs commerçants nationaux
assurent régulièrement la fourniture des grains alimentaires au PAM dont le Nord-Cameroun
constitue l’une des principales zones d’intervention au Cameroun depuis plusieurs années.
122

Le PAM participe en effet à la redistribution spatiale de la production à travers ses


interventions dans l’Extrême-Nord, le Nord et l’Adamaoua. Ces trois régions administratives
ont été identifiées à la suite de l’étude de l’analyse et de la cartographie de la vulnérabilité
52
(ACV) réalisée en 2004 comme les plus vulnérables au Cameroun. Ses interventions
s’organisent au sein de deux composantes :

- Appui à l’éducation de base et à la scolarisation des filles dans les régions


administratives sus-mentionnées. Cette composante vise à augmenter la croissance
annuelle des effectifs de l’enseignement primaire et à assurer la parité
filles/garçons dans les zones ciblées à travers le programme de cantine scolaire. En
2010 le PAM effectuait la distribution des vivres (riz, niébé) dans 246 écoles
rurales identifiés comme présentant de très faibles effectifs (moins de 300 élèves).
- Sécurité alimentaire dans lesdites régions. Cette deuxième composante vise à
améliorer la disponibilité alimentaire grâce à une bonne gestion des stocks
céréaliers. Elle intègre également la distribution d’urgence des vivres en cas de
menace d’insécurité alimentaire suite à une catastrophe naturelle ou humaine,
situation assez récurrente dans l’Extrême-Nord.

Pour se faire, le PAM procède à des achats par un système d’appels d’offres de
fourniture de services à l’endroit des opérateurs économiques locaux et internationaux. Les
quantités achetées varient d’une année à une autre en fonction de l’ampleur de la menace.
Elles portent principalement sur le sorgho, le maïs grain et la farine de maïs selon le cas
(tableau 7).

Tableau 7 : Evolution des achats de céréales par le PAM dans le Nord-Cameroun (2003-2008)
Types de céréales (en tonne)
Années
Sorgho Maïs grain Farine de maïs
2003 Nd 600 259
2004 Nd 687 0
2005 Nd 197 0
2006 0 1988 0
2007 5817 2953 6851
2008 1559 538 1478
Source : PAM, Antenne de Garoua (avril 2010)

52
Il s’agit d’une traduction du terme technique « Vulnerability Assessment Mapping (VAM) » utilisé par le
PAM pour évaluer l’état de la sécurité alimentaire dans un pays.
123

Les achats effectués par le PAM dans le Nord-Cameroun se font dans deux contextes :

- Le premier concerne l’appui à la mise en place des greniers villageois à travers le


financement de la constitution des stocks céréaliers par les GIC qui en assurent la
gestion en période de soudure (juin-août). Dans ce contexte, l’achat s’effectue en
période de récolte (novembre-février). Le projet initié en 2001-2002 a permis
jusqu’en 2010 la création de 668 greniers dans les trois régions administratives
(tableau 8).

Tableau 8 : Evolution de la création des greniers villageois par le PAM au Nord-Cameroun (2005-2010)
Région Nbre de greniers par Total
Période
administrative région annuel
2005- Extrêle-Nord 237
258
2007 Nord 21
Extrême-Nord 130
2008 Nord 55 205
Adamaoua 20
Extrême-Nord 105
2009-
Nord 60 205
2010
Adamaoua 40
Total 668
Source : PAM, Antenne de Garoua (avril 2010)

- Le deuxième porte sur les distributions d’urgence en cas de crise alimentaire


généralement en période de soudure (juin-août)53.

La distribution tient de plus en plus compte des habitudes de consommation des


bénéficiaires (sorgho rouge ou maïs blanc selon la localité) contrairement à ce qui a été
observé par le passé54. Il apparaît cependant que dans sa démarche le PAM s’intéresse peu à
l’origine des produits fournis par les prestataires. Cette situation présente ainsi le risque de
diminution des disponibilités céréalières dans des zones à faible production par les grossistes
fournisseurs à travers leurs réseaux d’intermédiaires. Les marchés de regroupement

53
L’aide apportée aux réfugiés des pays voisins (Tchad, République Centrafricaine) accueillis au Cameroun est
achetée hors du pays, dont une part importante en maïs en provenance de l’Afrique du Sud (entretien avec le
Responsable d’Antenne PAM de Garoua, avril 2010).
54
Il a par le passé été constaté que la distribution des vivres ne tenait pas compte des habitudes de consommation
des populations bénéficiaires. Le riz ou le maïs importé issus des aides alimentaires bilatérales ou multilatérales
étaient peu appréciés des populations, avec le risque d’alimenter davantage les marchés urbains. Si des efforts
ont été faits dans ce sens, il n’existerait cependant pas une politique spécifique d’appui à la diffusion d’une
culture ou d’une variété particulière. Le PAM par ses interventions jouerait peu le rôle de vecteur de diffusion
d’une culture particulière ou d’une variété donnée.
124

constituent à cet effet des points de stockage transitoire dans des magasins personnels avant
leur fourniture.

Au demeurant, le cadre spatial des échanges vivriers dans le Nord-Cameroun présente


des dysfonctionnements inhérents à un ensemble de facteurs historiques, sociaux,
économiques et politiques convergents qui permettent d’appréhender comment se structure
l’offre locale. Les marchés ruraux apparaissent comme des laissés-pour-compte dans la
politique de développement régionale, tant par l’absence d’un cadre réglementaire transparent
que par une plus grande implication dans leur aménagement, organisation et gestion. Car il
serait difficile de penser que ces espaces sont entièrement voués à un fonctionnement
saisonnier même si le poids du calendrier agricole dans cette saisonnalité reste assez
important. Il s’agit autant de difficultés que l’on retrouve dans l’espace urbain que nous
analysons dans la section suivante.

2.2. La distribution alimentaire urbaine : infrastructures et


fonctionnement
Dans les pays développés la distribution alimentaire est assurée par les grandes et
moyennes surfaces (GMS) et les producteurs. Une vingtaine de grands groupes contrôlent la
distribution des GMS, marché qui se chiffre en centaines de milliards d’euros parmi lesquels
Casino, Carrefour, Leclerc, Métro, Auchan, Kaufland, EMS Distribution. La classification en
hypermarché, supermarché et hard-discount rend compte de leur internationalisation. Même si
diverses formes d’organisations de vente directe aux consommateurs émergent de plus en plus
ou renaissent55 [marchés paysans, points de vente collectifs, association pour le maintien
d’une agriculture paysanne (AMAP)], situation en partie liée aux crises sanitaires qui tendent
à rapprocher consommateurs et producteurs, les GMS contrôlent au moins 64 % des produits
alimentaires commercialisés (Chiffoleau, 2008). Dans les centres villes européens il existe des
marchés de détail hebdomadaires ou pluri-hebdomadaires qui mettent directement en relation
consommateurs et producteurs (individuels ou coopératives/associations). Ces échanges
portent notamment sur les produits frais (végétaux et animaux).

55
« La vente directe du producteur au consommateur n’est pas un phénomène nouveau : les marchés locaux, de
village, sont des lieux d’échange ancrés dans l’histoire de l’agriculture et des régions. L’industrialisation et la
standardisation de l’agriculture, la structuration des filières de production et le développement de la grande
distribution après la deuxième guerre mondiale ont toutefois réduit l’importance de ces marchés et accentué la
distance entre producteurs et consommateurs » (Chiffoleau, 2008).
125

Dans de nombreux pays en développement en général et en Afrique subsaharienne en


particulier, les systèmes de distribution alimentaire organisés et animés par les individus
témoignent de la difficile pénétration de ce secteur par les grands groupes mondiaux. S’il est
vrai que la distribution des GMS n’est pas totalement absente (Score devenu Casino en août
2008, Niki, Nziko, Mahima, Kandré pour le cas du Cameroun), les marchés physiques
demeurent les principaux lieux de rencontre de l’offre et de la demande alimentaires et
particulièrement de l’offre vivrière. Ils contrôlent près de 90 % de produits alimentaires
commercialisés. Ils jouent un rôle prépondérant dans le ravitaillement des citadins, en même
temps qu’ils représentent le socle sur lequel repose aujourd’hui l’espoir des acteurs du secteur
informel de plus en plus nombreux. Il s’agit dans cette partie de comprendre comment
s’organisent et fonctionnent les lieux physiques de distribution vivrière dans les villes du
Nord-Cameroun.

2.2.1. Une distribution déséquilibrée des infrastructures marchandes

La configuration des marchés urbains au Nord-Cameroun résulte du processus de


création et d’évolution des villes qui ont toutes suivi une même trajectoire historique. Les
marchés dits officiels, principaux points d’approvisionnement des ménages reconnus par les
municipalités, se caractérisent par leur localisation spatiale privilégiée, dans le noyau urbain
correspondant généralement à la ville précoloniale, contrairement aux marchés de quartier
issus de l’extension spatiale. Celle-ci est en partie la conséquence de la croissance
démographique observée ces 20 dernières années. Nés du besoin de satisfaire la demande des
populations des quartiers étalés, les marchés portant ce nom marquent l’observateur par une
absence totale d’infrastructures adéquates (hangars, comptoirs, servitudes, toilettes modernes,
sécurité…).

Généralement combattus par les autorités municipales dès leur création spontanée par
les populations, ces marchés finissent tant bien que mal par s’ancrer dans l’espace urbain.
Bien que de nombreuses municipalités ont finalement consenti à y prélever des droits de place
(100 FCFA/étal/jour56) sans pour autant les intégrer véritablement dans des projets
d’aménagement urbain, de l’avis des urbanistes leur existence reste problématique du fait de
leur insalubrité. Les marchés de quartier sont construits en matériaux de récupération. On en

56
0,152 euros.
126

dénombre 4 à Ngaoundéré, 21 à Garoua et 12 à Maroua, essentiellement localisés dans des


quartiers populeux.

Les marchés officiels bénéficient de toute l’attention des pouvoirs publics en


l’occurrence des municipalités pour qui ils représentent une importante source de rentrées de
ressources propres. Ils sont un héritage des autorités coloniales et post coloniales, d’où la
vétusté des superstructures (hangar, comptoirs). Ce sont des marchés historiques localisés
dans les quartiers anciennement urbanisés. Ils réunissent le nombre le plus important de
commerçants et offrent la gamme de produits et de services la plus étendue (Paulais et
Wilhelm, 2000). Crées dans un contexte de faible densité humaine, leur localisation dans le
noyau urbain du fait de la croissance démographique en fait des structures de plus en plus
inaccessibles géographiquement à la grande majorité de la population. Certains quartiers sont
en effet éloignés des marchés officiels de près de 10 km (Boklé, Djamboutou à Garoua). Les
coûts de transport sont devenus pour de nombreux ménages des charges supplémentaires que
les marchés de quartiers aident à maîtriser.

Le nombre de marchés officiels varie d’une ville à l’autre. A Ngaoundéré la


communauté urbaine reconnaît officiellement l’existence de deux marchés (grand et petit
marché) ; à Garoua trois marchés (grand marché, marché dit reconstruit et petit marché de
Yelwa) ; et à Maroua un seul (grand marché) (figures 15 à 17). Leurs équipements sont pour
la plupart construits depuis une trentaine d’années et se révèlent de plus en plus inadaptés aux
évolutions du temps du point de vue de la dynamique spatiale qu’économique.
127

Figure 15 : Infrastructures marchandes et étalement spatial dans la ville de Ngaoundéré (2010)


128

Figure 16 : Infrastructures marchandes et étalement spatial dans la ville de Garoua (2010)


129

Figure 17 : Infrastructures marchandes et étalement spatial dans la ville de Maroua (2010)


130

Les figures 15 à 17 montrent une localisation des marchés officiels qui se traduit par
un profond déséquilibre spatial en rapport avec l’étalement urbain. A Ngaoundéré (figure 15),
l’urbanisation du front Sud-Ouest (Bamyanga et plaine de la Marza) nouveau pôle de
peuplement, crée de plus en plus une scission avec les deux principaux centres commerciaux
(grand et petit marché), même si dans la pratique, seul le petit marché reste le lieu qui offre la
gamme complète de denrées alimentaires.

A Garoua (figure 16) le déséquilibre est davantage perceptible avec la concentration


des trois marchés au Sud-Est de la ville, qui a connu au cours des 20 dernières années un
étalement spatial sans précédent en rapport avec son statut de capitale administrative du Nord-
Cameroun. Cette concentration impose une mobilité quotidienne aux ménages pour leur
approvisionnement. Les quartiers les plus affectés par cette situation sont Djamboutou,
Sodécoton, Marouaré, Laïndé, Poumpoumré situé à 5-10 km des marchés officiels.

Si le grand marché de Maroua (figure 17) seul point de vente officiel était relativement
localisé au centre géographique de la ville il y a une dizaine d’années, celle-ci a aussi connu
un étalement spatial remarquable, phénomène qui est appelé à se poursuivre avec la création
récente de l’Université de Maroua. L’aménagement des infrastructures marchandes n’aura
donc pas suivi la croissance spatiale observée dans les villes régionales. Leur localisation au
cœur des villes, lieu de concentration des différents services administratifs et par conséquent
de grande fréquentation, en fait des espaces multifonctionnels où se mêlent commerce
alimentaire de détail et de gros, de même que l’ensemble des activités commerciales portant
sur divers produits non alimentaires.

2.2.2. Des infrastructures marchandes multifonctionnelles

Le commerce de détail des produits alimentaires et non alimentaires est apparu depuis
la décennie 1990 comme le secteur refuge de nombreux sans emplois et particulièrement des
femmes et des jeunes. Les infrastructures marchandes existantes se sont très vite révélées
étroites pour accueillir de nombreux demandeurs commercialisant vivres et produits
manufacturés. Cette situation a conduit à une occupation anarchique des espaces marchands et
au développement des pratiques peu transparentes dans la gestion des marchés urbains (sous
location des comptoirs et boutiques à des prix représentant plus du double du prix officiel).
Un dénombrement des commerçants sur les marchés officiels de Garoua a permis de recenser
3 064 acteurs appartenant à tous les secteurs du commerce (tableau 9).
131

Tableau 9 : Recensement des commerçants sur les marchés officiels de Garoua par types de produits vendus (avril 2009)
Nbre total
Nbre total
Nbre total de vendeurs Nbre total Nbre total
Nbre total Nbre total Nbre total des
Nbre total de des de céréales vendeurs de des vendeurs
Nom du marché de vendeurs de vendeurs vendeur vendeurs
commerçants vendeurs de (avec ou services d’animaux
de poisson de viande quincailleries d’objets
vivres sans autres indépendants vivants
divers
vivres)

Grand marché 1236 188 26 20 23 104 193 57 625


Marché Yelwa 831 106 89 45 40 42 59 20 429
Marché
799 115 5 23 61 3 315 3 274
reconstruit
Marché
tubercule (face 199 57 23 22 12 4 25 0 56
touristique*)
Total 3065 466 143 110 136 153 592 80 1384
% du total 100 15 5 4 4 5 19 3 45
Source : Enquêtes personnelles (avril 2009)
* : Le marché tubercule situé au Nord-Est du grand marché est une annexe aménagée pour le déchargement et la commercialisation des racines,
tubercules et féculents. Il joue le rôle de marché de gros réservé à ces produits ; mais son aménagement est davantage favorable à la vente de
détail que de gros. Il fonctionne de façon saisonnière, selon le calendrier agricole de ces spéculations, ce qui explique sa désertion partielle par
les acteurs en période de faible disponibilité. Il s’agit d’une espèce de marché de gros à la consommation. Sa création indique tout de même une
certaine volonté des municipalités d’améliorer les conditions de distribution vivrière.
Notons également que le mois d’avril se situe en période de disponibilité vivrière, les récoltes étant achevées depuis moins de deux mois dans
certaines localités. L’activité marchande est encore dense.
132

Le commerce des vivres représente le troisième secteur le plus important (15 % des
acteurs recensés) après ceux de vente d’objets divers [produits pharmaceutiques, artisanats,
tissus… (19 %)] et des services [restauration, fumage des denrées, call box, réparations, vidéo
club, ateliers de soudure, moulins à moudre des grains… (45 %). C’est le secteur le moins
bien loti en termes d’équipements (photo 6).

Photo 6 : Précarité des équipements de commercialisation des vivres sur les marchés urbains
Cliché : Fofiri Nzossié, Octobre 2008 Grand marché de Garoua

Plusieurs études (Tollens, 1997 ; Wilhelm, 1997b ; Argenti, 1999) ont montré que
l’aménagement et la gestion des marchés urbains demeurent l’un des problèmes majeurs
soulevés par la distribution des aliments dans les zones urbaines en Afrique subsaharienne. Ce
secteur est quasi inexistant dans les projets de développement infrastructurels de nombreux
Etats, qui n’interviennent généralement qu’en cas de crise majeure à l’instar de la destruction
complète des équipements. Ces dernières années en effet, plusieurs marchés ont brulé en
Afrique, soit à cause de structures inadéquates, de leur mauvaise gestion, du non-respect des
consignes anti-incendie (Argenti, 1999)57. La ville de Garoua n’a pas échappé à ce
phénomène avec l’incendie du grand marché dans la décennie 1990. Le recasement provisoire
des commerçants à proximité de l’ancien site en vue de sa reconstruction a abouti au terme
des travaux, à la création d’une sorte d’extension du « nouveau grand marché »
communément appelé marché reconstruit, soit parce que nombreux d’entres eux ont refusé de
rejoindre les nouvelles infrastructures mises à leur disposition, soit en raison de

57
Au cours des quatre dernières années, plusieurs villes camerounaises ont vu leur principal marché consumé par
le feu, les derniers en date étant ceux de Bafoussam à l’Ouest-Cameroun en février 2011 et de Bertoua à l’Est en
mars 2011. L’on évoque de plus en plus des actes de sabotage comme cause de cette récurrence, malgré l’état
délabré des équipements tout aussi susceptible d’en être la cause (branchements électriques inappropriés).
133

l’augmentation du nombre de commerçants. Cette situation peut être interprétée comme un


appel lancé par les acteurs aux pouvoirs publics pour l’accroissement de l’offre
infrastructurelle.

Le marché central de Maroua, unique infrastructure d’envergure dans la ville s’est très
vite trouvé saturé. La vente des produits manufacturés (vaisselle, vêtements, literie…) se fait
dans les boutiques et les vivres sur des étals de fortune le long des trottoirs ou à même le sol.
L’une des contraintes évoquées par les acteurs du commerce vivrier est l’accès difficile à un
étal ou un local dans les marchés. Sous-location à des prix onéreux, multipropriétés sont entre
autres pratiques qui caractérisent le fonctionnement des marchés officiels. Elles sont surtout
l’œuvre des grossistes qui, en l’absence de véritables marchés de gros, s’approprient plusieurs
boutiques destinées à la vente de détail pour le stockage de leurs marchandises avec le soutien
des élites politico-religieuses et les responsables administratifs. D’un autre côté, les
commerçants de vivres justifient leur présence sur les trottoirs par le souci de se rapprocher
davantage des acheteurs en raison de l’étroitesse des hangars et la saturation des couloirs de
circulation. L’appui à la structuration des acteurs par les pouvoirs publics et certains
partenaires au développement a abouti depuis une dizaine d’années à l’implication des
représentants des commerçants dans la gestion des infrastructures, malgré des reproches qui
leur sont faits quant à leur grand rapprochement de l’administration, générant un manque de
transparence.

Sur le plan fonctionnel les marchés officiels sont des espaces qui joueront encore pour
longtemps un rôle prépondérant dans la distribution vivrière urbaine. Car malgré la tendance à
la prolifération des marchés de quartier, les bases amylacées qui y sont offertes intègrent
généralement les habitudes alimentaires des groupes ethno-linguistiques dominants au
détriment des minorités de plus en plus diversifiées, obligées de se déplacer sur les marchés
officiels plus diversifiés en termes d’offre. En outre, les commerçants des marchés de quartier
doivent également se déplacer sur les mêmes marchés pour se ravitailler auprès des grossistes,
ce qui implique des charges qui sont répercutées sur le prix final. Enfin, en raison des faibles
bénéfices générés par la vente sur les marchés de quartier, les acteurs sont très souvent des
pluriactifs du secteur informel (activités champêtres, colportage des denrées, coiffeuses à
temps partiel…) ou des femmes au foyer, d’où le fonctionnement partiel de ces marchés (08h-
12h). De cette réflexion pourraient naitre deux interrogations :
134

- doit-on envisager la décentralisation des marchés officiels afin de les rendre plus
accessibles à tous les citadins ? Cela suppose la reconnaissance de l’existence des
marchés de quartier et leur prise en compte dans les projets d’aménagement
urbain ;
- ou doit-on favoriser la multi polarisation de véritables marchés de gros à la
consommation qui permettraient une meilleure redistribution des
approvisionnements à l’ensemble des marchés de la ville et résoudre la question
des disparités spatiales de prix ?

La première approche a été expérimentée dans la ville de Yaoundé (Cameroun) en


2008 par la communauté urbaine. Le marché « Mélen » situé au quartier Obili spontanément
créé pour répondre aux besoins des populations de l’ancienne université de Yaoundé et de la
base militaire de la garde présidentielle il ya une vingtaine d’années, et qui se tenait sur la
chaussée a été déplacé par la municipalité au lieudit Mvog-Béti. Le nouveau site a été
aménagé et construit 2 km plus loin. Ce déplacement qui visait à libérer la chaussée et à
mettre à la disposition des commerçants des équipements modernes a été à l’origine de
violentes contestations de la part de ces-derniers. La fréquentation du nouveau site génère en
effet des dépenses supplémentaires de transport autant pour les commerçants que les
consommateurs. Six mois après son ouverture officielle, près de 50 % des comptoirs étaient
non occupés, l’ancien site continuant d’accueillir vendeurs et acheteurs de jour comme de
nuit.

Quant à la deuxième approche, sa mise en œuvre pourrait également poser des


problèmes dans la mesure où de nombreux grossistes sont à la fois des détaillants. Leur
délocalisation à la périphérie risquerait de compromettre un pan de leurs activités qui
constitue une source de revenu non négligeable. De plus, elle nécessite des investissements
financiers conséquents difficilement mobilisables par les municipalités dont les budgets sont
majoritairement constitués de subventions de l’Etat et de dons.

Des études économiques approfondies mériteraient ainsi d’être menées pour évaluer
l’impact de l’adoption de l’une ou l’autre approche dans l’amélioration de la distribution
vivrière urbaine au Nord-Cameroun, secteur dont les acteurs paraissent aujourd’hui comme
les laissés-pour-compte. En attendant les marchés officiels demeurent des espaces
multifonctionnels privilégiés où ventes de gros et de détail cohabitent tant bien que mal.

****
135

Les marchés ruraux de production souffrent de leur enclavement par rapport aux
centres de consommation. Leur trop grande dispersion spatiale représente pour les grossistes,
contraints d’en parcourir un grand nombre, un handicap majeur dans l’acquisition des vivres
pour les marchés urbains. La tendance à la spécialisation des marchés de production, reflet de
la carte de répartition de la production, n’est pas encore un atout dans l’organisation et le
fonctionnement des filières vivrières locales. Une accessibilité permanente dans un contexte
de semi-spécialisation comme cela est le cas (nous parlons de marché à dominance)
permettrait à chaque grossiste de fréquenter un nombre limité d’espaces marchands et de
réduire ainsi les coûts inhérents à la trop grande mobilité (charges de transport et de
manutention en l’occurrence). Outre leur enclavement nous avons surtout affaire à des
espaces non réglementés. La faible prise en compte des marchés urbains dans les politiques
d’aménagement des municipalités donne de constater que les marchés vivriers en général
restent des lieux de faible intérêt d’un point de vue institutionnel.
136

Conclusion de la première partie

La caractérisation de l’offre vivrière met en exergue la prépondérance des céréales


dans la structure de production régionale ainsi que dans l’organisation et le fonctionnement
des marchés. Ce qui nous conduit à centrer l’analyse sur l’offre céréalière moins que celle
portant sur les racines, tubercules et féculents. Du point de vue de la production deux
éléments peuvent être retenus.

Nous avons affaire à une production spatialement disséminée, situation inhérente au


rôle que jouent les exploitations familiales agricoles dans les systèmes de production. Le
paysage agricole est en effet marqué par un trop grand émiettement du parcellaire (en
moyenne 2,5 ha/exploitant, avec une forte proportion en-dessous de 1,5 ha) révélateur de
l’importance de la population active agricole. Cette importance de la population agricole (en
moyenne 450 000 producteurs) est tout aussi génératrice de conflits d’usage de l’espace qu’il
s’agisse des territoires saturés (Extrême-Nord) ou ceux considérés comme sous peuplés
(Adamaoua). L’insécurité foncière a des répercussions sur les structures micro-économiques
de production agricole dans un contexte d’extensification de la production. La fin de la terre
peut-elle conduire à une intensification des systèmes de culture dans le Nord-Cameroun ? Le
contexte actuel ne permet pas encore de répondre par l’affirmative à une telle interrogation.
En outre on assiste à une spécialisation territoriale de la production. Bien que considéré
comme espace céréalier, la cartographie révèle une segmentation de l’espace de production
particulièrement perceptible pour le mil/sorgho et le riz. Si cette spécialisation n’est pas une
mauvaise chose en soi, c’est davantage la redistribution de la production à l’échelle de
l’ensemble régional qui pose problème.

Aborder la question de la disponibilité de l’offre vivrière dans le Nord-Cameroun en


général et celle destinée à la consommation urbaine en particulier s’est révélé être un exercice
délicat, tant de nombreuses distorsions rendent difficile la mobilisation des données
statistiques nécessaires et fiables. A partir des données géographiques et socio-économiques,
l’analyse de l’environnement de production fournit des éléments d’appréciation des
disponibilités théoriques. On remarque que l’accroissement de la production observé ces
quinze dernières années malgré de nombreuses contraintes d’accès aux intrants agricoles n’a
pas induit des modifications sur la structure annuelle de l’offre particulièrement dans les
villes. Il faut cependant craindre l’impact du changement climatique sur les systèmes de
production, particulièrement sur des cultures écologiquement sensibles dont le maïs et le
137

sorgho de contre saison. Ces deux facteurs ont un rôle déterminant dans la disponibilité intra
annuelle de l’offre vivrière régionale. La structuration annuelle en période d’abondance (ou
normale) et de soudure pourrait traduire toute la difficulté à apporter des réponses à la
demande et corrobore notre première hypothèse secondaire qui pose que l’offre vivrière est
caractérisée par des irrégularités saisonnières récurrentes qui impactent sur les disponibilités
quantitatives des ménages urbains.

Du point de vue de l’organisation et du fonctionnement des espaces marchands, la


géographie des marchés ruraux du Nord-Cameroun montre à la fois une concentration dans
les zones à forte densité humaine et à forte production agricole. En fonction des cultures
dominantes de chaque terroir, on arrive ainsi à caractériser les marchés de production. Car en
l’état actuel de leur organisation et fonctionnement on ne saurait parler de marchés spécialisés
compte tenu de l’absence d’un cadre réglementaire adéquat. L’accessibilité reste un facteur
déterminant dans la mise en connexion de la production et de la conommation urbaine. Et face
à une demande croissante et diversifiée, les systèmes d’approvisionnement doivent être
efficaces pour répondre aux attentes des consommateurs. Nous essayerons d’appréhender à
partir de l’analyse de l’évolution de la demande urbaine comment fonctionnent ces systèmes.
138

Deuxième partie : Evolution de la demande alimentaire et


fonctionnement des systèmes d’approvisionnement urbains
139

L’offre alimentaire doit aujourd’hui tenir compte des évolutions de la consommation


urbaine marquées par une recomposition du modèle céréalier. Le mil/sorgho, céréale de base
des populations nord-camerounaises connaît un recul de sa consommation au profit du riz et
du maïs considérés comme céréales « nouvelles » d’un point de vue culturel et même
agricole. Dans cette deuxième partie, une caractérisation de la consommation urbaine permet
d’en saisir les principales tendances et d’analyser les déterminants de cette évolution. A partir
de cette caractérisation, nous analysons le fonctionnement des filières d’approvisionnement
des villes pour comprendre comment celles-ci répondent à la demande. Le rôle des acteurs est
analysé dans l’organisation de l’offre locale et importée, ainsi que le cadre réglementaire
organisant l’activité d’approvisionnement et de distribution alimentaires dans les villes.
Compte tenu cependant de la prépondérance des céréales dans la structure de consommation,
l’analyse reste centrée sur les filières céréalières. La cartographie des circuits permet de
mettre en exergue les principales zones de ravitaillement des acteurs de la distribution urbaine
et des contraintes logistiques auxquelles ils sont confrontés.
140

Chapitre 3 : La demande alimentaire urbaine

La question de l’alimentation dans le Nord-Cameroun a très tôt préoccupé les pouvoirs


publics autant que les organismes de développement et de recherche en raison de la précarité
de cet espace situé en zone soudano-sahélienne. Le souci premier était et demeure encore
celui d’assurer la disponibilité et l’accessibilité des produits de consommation courante pour
une population majoritairement rurale au départ, mais de plus en plus urbaine, suite au
phénomène d’urbanisation qui s’est accéléré ces 20 dernières années. Tout en représentant
une opportunité certaine pour de nombreux acteurs impliqués dans la chaine alimentaire, la
forte urbanisation de la zone soudano-sahélienne58 pose également des problèmes du point de
vue de la satisfaction quantitative et qualitative d’une demande qui se diversifie. Répondre à
cette demande implique de connaître ses caractéristiques en vue de mieux saisir les attentes
des consommateurs. Le présent chapitre analyse la dynamique urbaine de la sous-filière
consommation en apportant des réponses aux questionnements suivants :

- Quelle est la structure de la consommation alimentaire des ménages dans les villes
soudano-sahéliennes du Cameroun ?
- Comment évolue-t-elle ;
- Quelles sont les attentes spécifiques des consommateurs ?

Des travaux antérieurs sur la consommation alimentaire en zone urbaine du Nord-


Cameroun (Requier-Desjardins, 1993 ; Abraao, 1994 ; Dury et al., 2000) et dans les régions
sahéliennes (Thuillier-Cerdan et Bricas, 1998 ; Diawara et al., 2002) ont servi de cadre
référentiel à notre étude qui porte davantage sur les céréales (mil/sorgho, maïs et riz) que sur
les racines, tubercules et féculents, du fait de leur faible représentation dans la structure de
consommation. Pour ce qui est du blé et de la farine de froment, même s’ils constituent des
éléments importants à la fois dans les systèmes locaux de consommation alimentaire et dans
les systèmes économiques au regard du poids du blé dans les importations et par conséquent
sur la balance de paiement, ces deux produits répondent encore peu dans le contexte nord-
camerounais à une préoccupation de sécurité alimentaire des ménages à faible revenu et à

58
Dans la partie septentrionale du Cameroun, les avancées de la sécheresse et la situation politique instable au
Tchad et en Centrafrique génèrent une forte migration vers les centres urbains des régions administratives du
Nord et de l'Extrême Nord. L'urbanisation de ces régions va croître rapidement avec des taux de croissance
urbaine de l'ordre de 5 à 7 % par an pour Maroua et Garoua, correspondant ainsi à un doublement de leur
population tous les 10 à 12 ans ([Link] (Consulté le
23 mai 2009).
141

revenu moyen. Le blé dont les sous produits couramment consommés sont le pain, les
beignets et les pates alimentaires est encore perçu dans de nombreux ménages comme un
produit de luxe, et fait de ce point de vue partie des produits supprimés de la structure de
consommation en situation conjoncturelle. Pour ces raisons le blé et la farine de froment ne
font pas l’objet d’une analyse particulière dans la présente étude.

Le choix du ménage retenu comme unité d’observation, s’est justifié par les facilités
qu’il offre pour la reconstitution d’un certain nombre d’informations relatives à la
consommation (produits consommés, formes, coûts, fréquences…) sur une période
relativement importante (un à cinq ans)59. Ce qui exclut la consommation hors ménage plus
disparate et difficile à reconstituer sur un temps relativement long.

En 1996 les ménages de la zone urbaine nord-camerounaise consacraient 49,3 % de


leur budget à l’alimentation et aux boissons dans le ménage, soit 4,8 points de plus que la
moyenne nationale (44,5 %). C’est la troisième proportion la plus importante après celles des
zones « Rural savane » (52,5%) et « Rural hauts plateaux » (50,1 %), contre 35,3 % et 37,6 %
respectivement pour les zones de Yaoundé et Douala. La consommation alimentaire des
ménages occupe ainsi une place de choix dans la structure totale des dépenses, suivie de loin
par le logement (21,2 %) (Dury et al., 2000). Cette proportion a néanmoins connu une légère
baisse par rapport à celle enregistrée en 1984 (51,7 %) lors de la première enquête budget-
consommation –EBG- (DSCN, 1986).

Pour caractériser la consommation, nous avons cherché à cerner au sein des ménages
plusieurs éléments : bases alimentaires, formes de consommation, modalités, modes
d’acquisition des produits, critères discriminants des produits consommés, responsabilités
culinaires, difficultés d’approvisionnement et solutions endogènes. Un total de huit denrées
amylacées citées par les enquêtés sont considérées comme aliments de base de la
consommation. Ils se répartissent dans les deux bases énergétiques fondamentales des
complexes vivriers dans le monde : les céréales (mil/sorgho, maïs et riz) et les racines,
tubercules et féculents (igname, manioc, macabo, patate et plantain). Ces ressources sont
généralement reconnues comme bases de l’alimentation tropicale.

59
Nous retenons la définition officielle du ménage considéré comme l’ensemble de personnes (ayant des liens de
sang, de mariage ou non), vivant dans la même unité d’habitation, prenant le plus souvent leurs repas en
commun, généralement subvenant en commun aux dépenses courantes et reconnaissant généralement l’autorité
d’une seule personne comme chef de ménage (Dury et al., 2000).
142

3.1. Caractérisation du modèle alimentaire urbain nord-camerounais

3.1.1. Un attachement des ménages au modèle céréalier

Nos enquêtes confirment la prépondérance du modèle alimentaire céréalier mentionné


par plusieurs études citées ci-dessus. 90 % des ménages interrogés consacrent au moins 60 %
de leur budget alimentaire à la consommation des céréales pour 10 % seulement sur des choix
culinaires concernant les racines, tubercules et féculents. Dans la structure des bases
alimentaires, le riz et les pâtes alimentaires représentent 38 %, suivi du maïs 29 %, du
mil/sorgho 20 % et des racines, tubercules et féculents 11 % (figure 18).

Figure 18 : Part de chaque produit dans la structure alimentaire des ménages

L’Enquête Budget-Consommation (EBC) réalisée en 1983-1984 avait déjà révélé la


prépondérance des céréales dans la structure globale60 de la région (26,8 %), contre 3,2 %
pour les féculents et amidons (DSCN, 1986). Cette proportion a augmenté en 2000 autant en
zone urbaine que rurale (respectivement 34 % et 35 %), les féculents restant relativement
stables 4 % (Dury et al., 2000). Plusieurs travaux ont montré l’importance du modèle
céréalier dans les zones soudano-sahéliennes (Poget, 1987 ; Bricas et Sauvinet, 1989 ;
Thuillier-Cerdan et Bricas, 1998 ; Diawara et al., 2002). En effet, « traditionnellement, la
cuisine sahélienne se définit par des plats dont la composition repose sur l’association

60
La structure globale prend en compte les céréales, tubercules et féculents, les légumineuses et légumes, les
fruits, laits, œufs et boissons.
143

céréales + sauce. La diversité des préparations s’exprime dans l’ensemble de combinaisons


possibles entre la céréale choisie […], son mode de préparation […] et la sauce. » (Bricas et
Sauvinet, Op. Cit.). Cette importance a amené la conscience collective à penser la question de
la sécurité alimentaire dans les zones soudano-sahéliennes prioritairement en termes de
sécurité céréalière.

Des structures spécialisées financées par les pays de cette sous région et les PTF
voient le jour dans la deuxième moitié du 20ème siècle. C’est par exemple le cas du Comité
Inter-Etats de Lutte contre la Sécheresse dans le Sahel (CILSS) principal organe créé en 1973
dont l’une des missions est la coordination des politiques de sécurité alimentaire dans la
région. Plusieurs programmes et projets vont être mis en place dans la décennie 1980, en
l’occurrence le Programme Régional de promotion des Céréales Locales au Sahel
(PROCELOS) piloté conjointement par le CILSS et le Club du Sahel/OCDE. Ce programme
visait à créer un environnement technique, économique et politique favorable aux initiatives
locales pour la valorisation des céréales (Bricas et Sauvinet, Op. Cit).

La FAO assure par ailleurs la coordination de deux importants programmes dans le


Sahel :

- Le Programme de suivi de la pluviométrie (FAO/SMIAR-Rapports sahel, 1999, 2004,


2007) ;
- Le Programme EMPRES (Système de Prévention et de Réponse Rapide contre les
ravageurs et les maladies transfrontières des animaux et des plantes) lancé en 1994 avec
l’appui financier de l’Allemagne, des Pays-bas, de la Suisse, des Etats-Unis d’Amérique,
de la Commission de lutte contre les criquets pèlerins et de la BAD.

Dans le Nord-Cameroun, un certain nombre d’actions de promotion des cultures


céréalières ont été engagées dès la période coloniale et se sont poursuivies avec l’Etat
indépendant :

- La sélection variétale de sorgho à la section de génétique de Guétalé dans le Mayo-


Sava, en vue d’améliorer les cultures vivrières (Saurat, 1959) ;
- L’expérimentation et la vulgarisation de la culture du riz dans la vallée du Logone
(Engola Oyep, 1991) ;
- La création du Projet Semencier Nord chargé de multiplier et de vulgariser les
semences de céréales ;
144

- L’installation de la SODEBLE sur le plateau de Wassandé dans l’Adamaoua


camerounais (Boutrais, 1982) ;
- La création de l’Office Céréalier.

Toutes ces actions ont abouti à la consolidation du modèle céréalier qui bénéficie
aujourd’hui d’une certaine diversité (mil/sorgho, maïs, riz), même si d’importantes disparités
sont observées dans leur consommation d’un espace à un autre.

Le poids de chaque céréale peut s’apprécier à travers deux indicateurs de base : les
quantités consommées au cours d’une période et les fréquences de consommation. Nos
enquêtes se sont limitées au relevé des fréquences de consommation qui rendent tout aussi
compte du degré d’attachement des ménages à un type de céréale. A l’échelle du Nord-
Cameroun, 83 % des ménages interrogés ont consommé le riz au moins 1 jour sur 2, 73 % le
maïs et 31 % le mil/sorgho. On peut dégager de ces proportions trois catégories de ménages
(figure 19) :

- ceux qui consomment un type de céréale au trop 7 jours au cours du mois ;

- ceux dont la consommation varie entre 7 et 15 jours ;

- et ceux qui semblent vouer un attachement viscéral à la consommation d’un type de


céréale avec au moins 20 jours.

Figure 19 : Fréquences mensuelles (%) de consommation des céréales à l’échelle régionale (2007)
Le riz se positionne comme étant la céréale qui assure une fonction régulatrice
importante dans les trois catégories. A l’échelle de chaque ville cependant, de profondes
disparités peuvent être observées entre les trois bases amylacées.
145

L’analyse de la consommation par ville révèle une certaine spécialisation de l’espace


faisant de Ngaoundéré et de Garoua les territoires où prédominent incontestablement le riz et
le maïs, et de Maroua celui dans lequel le mil/sorgho s’affirme comme produit de grande
consommation avec des fréquences de 20 jours de préparations en moyenne au cours du mois.
Cependant l’essentiel des consommateurs sont situés dans l’intervalle de 7 à 15 jours de
préparations au cours du mois pour le riz et le maïs notamment (figures 20-22). L’importance
du riz dans les trois villes confirme sa fonction de régulation à l’échelle régionale. Il contribue
à la diversification de la consommation céréalière dans les ménages. A Maroua et Garoua le
riz est davantage préparé sous forme de boule de couscous que sous sa forme grain, ce qui de
l’avis des enquêtés, permet de rester proche du mode de consommation locale. Cette analyse
ne concerne que les ménages qui consomment l’une des trois céréales.

Les proportions de ces ménages varient tout aussi en fonction des villes et des
produits. A Ngaoundéré, 76 % des ménages ne consomment pas le mil/sorgho, 14 % le maïs
et 11 % expriment très peu d’intérêt pour le riz. A Garoua, les proportions sont relativement
proches de celles enregistrées à Ngaoundéré. Elles sont de 63 % pour le mil/sorgho, 10 %
pour le maïs et 15 % pour le riz. Maroua présente une situation plutôt contraire avec 37 % de
ménages non concernés par la consommation du mil/sorgho, 37 % pour le maïs et 18 % pour
le riz.

Dans ces conditions, les racines, tubercules et féculents malgré leur faible proportion
dans la structure des bases amylacées participent à la diversification de la consommation. En
analysant les fréquences de l’ensemble des bases amylacées consommées on peut remarquer
des combinaisons stratégiques assez intéressantes dans la gestion de l’alimentation par les
ménages (figure 23).
146

Figure 20 : Fréquences mensuelles de consommation des céréales à Ngaoundéré (%)

Figure 21 : Fréquences mensuelles de consommation des céréales à Garoua (%)

Figure 22 : Fréquences mensuelles de consommation des céréales à Maroua (%)


147

Figure 23 : Fréquences mensuelles (%) de consommation des bases alimentaires au N-C (%)

D’un point de vue stratégique on voit se différencier dans le Nord-Cameroun à partir


de la figure 23 trois régimes alimentaires :

- un premier à Maroua polarisé sur le mil/sorgho et caractérisé par une forte


consommation mensuelle ;
- un deuxième à Garoua hybride à base de maïs et de riz ;
- un troisième à Ngaoundéré hybride avec des tubercules et féculents.

Ces trois régimes sont traversés par l’extension de la production de maïs. On peut
également remarquer dans cette structuration régionale quelle que soit la ville un souci
d’équilibre de l’alimentation, la totalité des bases amylacées y étant représentée.

Toutefois, la proportion du mil/sorgho enregistrée à la suite de nos enquêtes ne


recoupe pas les résultats constatés dans la strate « Nord semi-urbain », 34,3 %, en 1996 par
Dury et al. Les différences méthodologiques entre les deux enquêtes n’autorisent pas des
conclusions comparatives trop rapides. En effet, la méthodologie adoptée pour la réalisation
de la première enquête camerounaise auprès des ménages (ECAM 1) analysée par les auteurs,
avait regroupé dans la « strate Nord semi-urbain », l’ensemble des villes moyennes (au moins
50 000 habitants en 1996) qui présentaient sur le plan économique un profil associant les
activités agricoles et non agricoles (Dury et al., 2000). Cette approche reprise lors de
l’ECAM 2 en 2001, présente le risque de généralisation du modèle de consommation existant
aux villes principales (plus diversifiées du point de vue démographique, culturel et
économique) et secondaires, ces-dernières étant pour la plupart bâties autour d’un noyau
148

administratif fortement « ruralisé »61. La population dominante de la majorité de ces villes


secondaires ayant pour base alimentaire le mil/sorgho pourrait expliquer la forte proportion
enregistrée en 1996.

En revanche nos résultats poseraient pour hypothèse que la dynamique alimentaire


dans les principales villes du Nord-Cameroun se traduit par une substitution progressive du
riz et du maïs aux céréales plus anciennes localement qui sont principalement consommées
dans les zones rurales. Cette tendance a déjà été observée au Burkina Faso (Diawara et al.,
2002) où les céréales sont au cœur de l’alimentation. Le maïs dans les grands centres urbains
comme Ouagadougou et Bobo Dioulasso a supplanté le mil/sorgho pour la préparation de
certains mets, en l’occurrence le tô (boule de couscous). Les raisons de cette substitution sont
liées à la faible disponibilité des céréales locales face à l’accroissement de la demande, mais
surtout à la diversité des formes d’utilisation dont bénéficie le maïs. Au Mali on observe
également depuis les années 1980 une extension de la production de maïs en relation avec le
développement de la culture cotonnière (Soumaré et al., 2008) au détriment des céréales
locales. Quelle que soit la céréale, la forme dominante de consommation reste la boule de
couscous.

3.1.2. Analyse spatiale de la consommation alimentaire urbaine

L’analyse spatiale de la consommation montre deux niveaux de répartition du modèle


alimentaire à l’échelle régionale : un premier niveau déjà analysé ci-dessus et qui présente des
différences entre les villes d’une part et un deuxième niveau intra urbain d’autre part. Dans le
deuxième cas l’analyse s’est faite par croisement de quatre variables : le quartier de résidence
qui est un indicateur complémentaire du niveau de vie, l’origine géographique du chef de
ménage, les produits consommés et la responsabilité dans la gestion alimentaire.

Dans l’ensemble les décisions concernant le choix du mets du jour sont prises par
l’épouse dans 63 % des cas, l’époux 30 %, les enfants 6 % et le domestique 1 % (figure 24).

61
On peut relever quelques contradictions dans la définition de la ville au Cameroun. Est considérée comme
ville, tout établissement humain comptant au moins 5 000 habitants et abritant un chef-lieu d'unité administrative
disposant des services de base (établissement d'enseignement secondaire, hôpital, brigade de gendarmerie, ...).
Paradoxalement, la loi n°2004/003 du 21 avril 2004 régissant l'urbanisme impose un Plan d’Occupation du Sol à
tout établissement aggloméré d'au moins 2000 habitants ; un hic. Dans le souci d’assurer un meilleur contrôle du
territoire, de nombreuses localités fortement ruralisées ont été érigées en chef-lieu d’unité administrative
(districts supprimés en 2010, arrondissements, départements), contribuant ainsi à augmenter le nombre de villes
camerounaises pourtant dépourvues de toutes commodités urbaines.
149

1%
6%

30%

63%

Epouse Epoux Enfants Domestique


Figure 24 : Responsabilités du choix du mets dans le ménage

La forte implication de l’époux dans la gestion culinaire s’explique par le poids de


l’élément culturel qui intègre l’homme dans la gestion alimentaire de l’unité domestique.

[Link]. Une division spatiale de la consommation intra-urbaine tributaire des facteurs


sociaux

Des disparités remarquables sont observées d’un quartier à l’autre mettant en exergue
l’importance du poids des facteurs ethno-linguistique et religieux dans la consommation des
bases amylacées. En général la gestion de l’alimentation relève de la responsabilité de
l’épouse dans le cas des ménages biparentaux. Toutefois nos résultats montrent que ce fait est
particulièrement influencé par les facteurs socio-culturels dans les villes du Nord-Cameroun,
en l’occurrence dans la religion. L’implication de l’époux varie selon qu’il s’agisse des
quartiers à dominance islamique ou chrétienne [Haoussa et Madagascar à Ngaoundéré ;
Foulbéré, Djamboutou et Roumdé Adjia à Garoua ; Kakataré et Toupouri à Maroua
(figures 25-27)]. Dans les quartiers à dominance chrétienne par contre (Burkina, Baladji 1 à
Ngaoundéré ; Yelwa, Camp Chinois, à Garoua ; Kaliao, Doursoungo à Maroua) et les
quartiers résidentiels (Baladji 2 à Ngaoundéré ; Laindé/Poumpoumré à Garoua), la gestion de
l’alimentation est assurée par l’épouse et accessoirement les enfants dont l’avis est quelques
fois requis pour le choix du mets du jour. La forte implication de l’époux explique également
le choix de la fréquence d’approvisionnement des céréales (mil/sorgho et maïs) base de
l’alimentation des populations musulmanes. Les achats journaliers sont réduits aux
composantes des sauces (légumes, produits carnés et plantes condimentaires). C’est enfin
dans les quartiers musulmans qu’on assiste à une plus grande implication des domestiques
dans la gestion culinaire des ménages suivis de quelques zones résidentielles.
150

Figure 25 : Choix culinaire au sein du ménage en fonction du quartier de résidence à Ngaoundéré

Figure 26 : Choix culinaire au sein du ménage en fonction du quartier de résidence à Garoua


151

Figure 27 : Choix culinaire au sein du ménage en fonction du quartier de résidence à Maroua

A Ngaoundéré et relativement à Maroua on remarque qu’une place est accordée au


choix consensuel des plats du jour par l’ensemble des membres du ménage. Dans tous les
quartiers de la ville de Ngaoundéré, cette modalité prime sur celle qui désigne l’époux comme
le principal responsable du choix culinaire. L’influence de ce-dernier demeure toutefois
importante dans ce qu’on peut considérer comme la gouvernance de l’alimentation au sein du
ménage. Cette influence est surtout portée par les chefs de ménage de sexe masculin âgés d’au
moins 40 ans. Cet aspect à été saisi à travers la question suivante : « Le chef de ménage
consomme-t-il aujourd’hui les mêmes mets qu’il consommait dans sa jeunesse ? ». Les
réponses montrent que les hommes de cette tranche d’âge sont restés nostalgiques aux
céréales habituellement consommées dans leur jeunesse, particulièrement le mil/sorgho moins
apprécié des enfants. Les femmes interrogées concernées par ce cas de figure affirment
préparer le repas de l’époux en fonction de ses préférences, et le repas destiné aux autres
membres du ménage, situation pouvant se produire deux à trois fois au cours de la semaine.

On peut de cette situation établir le constat d’une certaine dynamique dans la


consommation alimentaire au sein des ménages urbains. Les enfants portent de plus en plus
leurs choix sur le riz et le plantain au détriment des céréales locales. Ces changements sont
surtout observés dans les ménages originaires du Nord-Cameroun, les populations du Sud-
152

Cameroun ayant habituellement comme bases amylacées les racines, tubercules et féculents
auxquels s’ajoute le riz. Les mobilités des ménages pour des raisons diverses participeraient à
la dynamique des habitudes de consommation notamment chez les jeunes. Les céréales
locales connaissent ainsi un certain recul spatial de la consommation.

[Link]. La régression de l’aire de consommation des céréales locales : crise


conjoncturelle ou recomposition du modèle céréalier urbain ?

Au Nord-Cameroun où le mil/sorgho a longtemps été reconnu comme base


traditionnelle de l’alimentation (Couty, 1965 ; Winter, 1965 ; Tourneux, 2002 ; Raimond,
2005), l’émergence de certaines denrées alimentaires est de plus en plus observée. C’est le cas
du riz et du maïs dont la proportion dans la structure des bases alimentaires n’a cessé de
croître depuis une dizaine d’années. L’importance du maïs dans la consommation urbaine
était déjà perceptible en 1994 particulièrement dans la région administrative du Nord.
Contrairement à l’Extrême-Nord, on observait depuis la fin des années 1980 dans le Nord et
l’Adamaoua une relative régression de la production de mil/sorgho, régression compensée par
la progression du maïs et par celle des tubercules manioc et igname dans l’Adamaoua dans les
régimes alimentaires (Abraao, 1994).

On peut également situer l’augmentation de la consommation du riz dans la même


période. Car en 1984 l’Enquête Budget-Consommation de 1983-1984 indiquait une
consommation annuelle moyenne de riz de 11,5 kg par habitant pour l’ensemble du pays, ce
qui ne permettait pas de considérer cette céréale comme « stratégique » dans une éventuelle
politique alimentaire. En 1989 la demande nationale en riz marchand était estimée à
146 990 tonnes (Engola Oyep, 1991) ; elle se situe aujourd’hui selon les estimations du
ministère de l’agriculture autour de 500 000 tonnes par an, ce qui traduit une dynamique à
l’échelle nationale même s’il reste difficile de déterminer la proportion consommée dans le
nord. En 2002 les importations représentaient 86 % du riz consommé au Cameroun (Courade,
2005). Les importations entièrement assurées par les particuliers empruntent plusieurs voies,
ce qui pose un réel problème de suivi des flux et de quantification faute de dispositif
statistique officiel fiable.

Par contre cette dynamique peut se lire à travers les statistiques de production qui
indiquent une augmentation constante de toutes les céréales sur près de 16 ans. De 1990 à
153

200762, la production de maïs au Nord-Cameroun a fortement augmenté malgré les variations


interannuelles de 1997, 2000-2002 et 2004 dues aux aléas climatiques. On est passé de
57 418 tonnes à plus de 457 000 tonnes en 16 ans (Abraao, 1994 ; INS, 2004 ;
MINADER/Agristat, 2009), soit près de 37 % de la production nationale actuelle. Quant à la
production de riz, elle est passée de 32 000 tonnes de produits blancs (riz et brisures) à
80 000 tonnes en 2007, dont plus de 80 % produits dans le Nord-Cameroun (Engola Oyep,
1991 ; MINADER/Agristat, 2009)63. Si par contre la production de mil/sorgho a été
relativement plus élevée par rapport au maïs et au riz, elle aura tout de même connu une
baisse au cours de la même période. De 614 604 tonnes en 1990 (soit environ 95 % de la
production nationale), elle a chuté à 314 995 tonnes en 2000 avant de se stabiliser autour de
500 000 tonnes en 2007. L’Extrême-Nord concentre l’essentiel de la production dans les
départements du Mayo-Tsanaga, du Diamaré et du Mayo-Danay. La production de riz est
quant à elle localisée dans le Mayo-Danay, le Mayo-Sava et le Logone-et-Chari, tandis que le
maïs se cultive relativement dans toute la région géographique.

Cette évolution établit ainsi l’émergence du maïs considéré comme céréale


« nouvelle » dans les systèmes de production et du riz, céréale « anciennement intégrée » dans
les pratiques culturales mais peu dans les habitudes de consommation. Si les données pour la
période 1990-2007 ne rendent pas compte avec précision de la situation à l’échelle régionale
de la consommation du maïs et particulièrement du riz, on a cependant une idée de la place de
chacune des céréales en 1990 pour la ville de Garoua.

Le riz était considéré comme un produit davantage consommé par les ménages
« riches », son coût de revient à la cuisson étant relativement plus élevé que celui des céréales
traditionnelles de la zone. En revanche, les mil/sorgho et maïs avaient un coût de revient
équivalent en moyenne (Requier-Desjardins, 1993). Par ailleurs, leur consommation était
fortement connotée à la variable ethnique. Les Montagnards originaires des Monts Mandara et
les Foulbé choisissaient exclusivement comme base alimentaire le mil/sorgho, les groupes
originaires du Logone et les autres peuples originaires des zones de production cotonnière
choisissaient plus souvent le maïs, produit associé au coton dans les assolements. Les sud-

62
Les statistiques officielles les plus récentes sont de la campagne agricole 2006-2007 publiées par le Ministère
de l’agriculture et du développement rural (2009). AGRISTAT n°15, 111 p.
63
Lire à ce sujet Engola Oyep (1991). ‘Du jumélage à la péréquation au Cameroun : assurer la survie des
périmètres hydro-rizicoles à l’heure de l’ajustement structurel’. In Cahiers Sciences Humaines, 27 (1-2), pp. (53-
63).
154

camerounais étaient les seuls à porter leur préférence sur les racines, tubercules et féculents, et
accessoirement le riz et les pâtes alimentaires (Requier-Desjardins, Op. Cit.).

Bien que les différences méthodologiques portant notamment sur la variable


« ethnie »64 ne permettent pas de comparer nos résultats à ceux des travaux antérieurs, deux
constats majeurs peuvent néanmoins être établis :

 la consommation du mil/sorgho tend à se circonscrire autour des grands bassins de


production dans le Nord (Mayo-Louti) et l’Extrême-Nord (Mayo-Kani, Mayo-Danay,
Mayo-Sava, Mayo-Tsanaga, Diamaré). 60 % des ménages qui consomment les
céréales locales résident en effet à Maroua contre 22 % à Ngaoundéré et 18 % à
Garoua. Cette régression spatiale s’observe également à travers les proportions des
consommateurs des types de céréales selon les fréquences mensuelles.

 la consommation de maïs et de riz s’est généralisée non seulement aux peuples du


Nord-Cameroun, mais également à ceux du Sud-Cameroun.

Les villes du Nord-Cameroun connaîtraient donc une certaine recomposition du


modèle alimentaire céréalier qui se ferait au profit des produits « nouveaux » (riz et maïs), et
dont les systèmes de production exogènes à la région interpellent quant au rôle de « pilier
central » que ces céréales peuvent jouer dans la sécurité alimentaire urbaine du point de vue
de la durabilité des approvisionnements.

L’augmentation des fréquences de consommation de maïs, céréale « nouvelle »


constatée dans nos enquêtes est assez remarquable en 10 ans. Les explications d’une telle
émergence se révèlent par l’analyse des disponibilités annuelles des bases alimentaires
régionales (mil/sorgho, riz, maïs) à travers le calendrier agricole (tableau 10)

64
En raison du nombre élevé d’ethnies au Cameroun (près de 250) nous avons retenu la région administrative
comme échelle d’analyse de l’origine géographique. S’il est vrai que l’agrégation de plusieurs ethnies au sein
d’une même région peut entraîner la perte d’un certain nombre d’informations, elle nous permet de saisir les
grandes tendances, l’objectif de l’étude n’étant pas de faire une analyse ethnologique de la consommation
alimentaire.
155

Tableau 10 : Calendrier agricole des principales graines alimentaires au Nord-Cameroun


Spéculations jan fév mars avril mai juin juil août sept oct nov déc
Sorgho Ss Ent cult Récolte Pépinière Repiquage Ent cult
EN et Sorgho Sp Semis Semis Ent cult Récolte Récolte
N Mil Semis Ent cult Récolte Récolte
Maïs Semis Semis Ent cult Récolte
Ad Maïs Semis Semis Ent cult Récolte Récolte Récolte Récolte
EN et
Repiquage Ent cult Récolte
N Riz pluvial
Ad Semis Semis Semis Ent cult Récolte Récolte Récolte Récolte
EN et Arachide Semis Ent cult Récolte
N Niébé Semis Ent cult Récolte
Source : IRAD (2002). Rapport de synthèse du diagnostic discontinu de base (Extrême-Nord, Nord et Adamaoua)

Sorgho Ss = saison sèche Extrême-Nord (EN) et Nord (N) Adamaoua (Ad)


Sorgho Sp = saison pluvieuse
Ent. Cult. = Entretien des cultures

Outre la production de contre saison qui porte sur le muskwaari cultivé sur les terres
argileuses (septembre-mars), celle des céréales de consommation courante s’étend
globalement de mai à octobre avec de légers décalages d’une région à l’autre 65. C’est pendant
cette période que les problèmes de sécurité alimentaire se posent avec acuité dans le Nord-
Cameroun, du fait de la pénurie des céréales locales (mil/sorgho) base alimentaire en zone
rurale. Au-delà de l’importance du poids de ces céréales dans l’alimentation, cette pénurie
pourrait s’expliquer par deux séries de facteurs :

 La faible disponibilité des semences améliorées

Le niveau de prélèvement des semences sur les stocks de mil/sorgho demeure


relativement élevé malgré l’appui à la production et à la vulgarisation des semences
améliorées depuis cinq ans, par un certain nombre de programmes et projets66. Les
agriculteurs utilisent près de 10 % de leurs stocks de mil/sorgho pour les semences,
contrairement au maïs et au riz, dont la production des semences améliorées est plus
importante. Ainsi par exemple, entre 2005 et 2008 la production nord-camerounaise de
semences certifiées a surtout porté sur le riz et le maïs (tableau 11).

65
Ces décalages s’expliquent par les variations pluviométriques au Nord-Cameroun : en moyenne 1500 mm/an
dans l’Adamaoua, 1000-900 mm dans le Nord et 900-500 mm dans l’Extrême-Nord.
66
Le PARFAR financé par la BAD est le principal intervenant en milieu rural. Il comprend une composante
semencière chargée d’appuyer les opérateurs privés dans la mise en place d’une filière semencière.
156

Tableau 11 : Cumul de production des semences certifiées en tonne (2005-2008)


Campagne
2007/2008 Total
Spéculations 2004/2005 2005/2006 2006/2007
(estimations)
Maïs 201,55 880,75 1694,2 654,5 3 431
Sorgho 8,79 230 151 155 544,79
Mil 0,66 1,4 3,75 4,5 10,31
Riz 289,45 363,5 199,1 60 912,05
Arachide 71,81 80,65 46,5 38,92 237,88
Niébé 170,49 188,25 145,6 84,6 588,94
Oignon 3,5 1,5 3,65 0 8,65
Total 746,25 1 746,05 2 243,8 997,52 5 733,62
Source : PARFAR (2008). Rapport d’avancement du programme au 31 décembre 2007

La filière semencière a beaucoup souffert du désengagement de l’Etat dans le


cadre des PAS. La privatisation du Projet Semencier Nord en 1990 et sa fermeture
définitive par son repreneur américain (Pionner Agro Genetic) en 1993 l’ont plongé dans
une profonde léthargie. Ce qui a conduit à une augmentation des stocks de récoltes
prélevés pour les semences. Malgré les efforts de réorganisation de cette filière par les
pouvoirs publics avec l’appui de la BAD en 2001 dans le cadre du PARFAR, des
obstacles subsistent entre autres :

o le faible niveau de production des souches (semences de pré-base) de


mil/sorgho par l’IRAD à partir desquelles sont produites les semences
certifiées ;
o le faible intérêt des acteurs privés locaux pour la prise en main de la filière
jugée encore peu rentable ;
o le faible pouvoir financier des multiplicateurs retenus dans le cadre du
PARFAR67 ;
o l’absence d’un cadre d’échanges entre producteurs et distributeurs des
semences, entraînant de nombreux invendus des semences améliorées
produites à la fin des campagnes agricoles ;

67
Le PARFAR pour intéresser les acteurs privés locaux à la filière semencière, avait mis en place dès le
lancement de ses activités en 2002, un système d’octroi de crédits aux multiplicateurs. Comme dans beaucoup
d’autres projets et programmes nationaux, il y a eu plus d’opportunistes de financements que de réels
multiplicateurs, avec comme conséquence, des non remboursements de crédits au terme de l’échéance de 15
mois accordés (PARFAR, 2008).
157

o un cadre réglementaire (loi semencière) qui tarde à connaître une application


effective sur le terrain.

Le document de mise en œuvre du PARFAR (2000) estimait les besoins du Nord-


Cameroun en semences toutes spéculations confondues à 67 000 tonnes. L’offre en semences
améliorées en général et des céréales locales en particulier reste donc très insatisfaite. Pour le
mil/sorgho, la superficie moyenne annuelle emblavée est de 240 000 ha (MINADER/Agri-
Stat n°15, 2009).

 La multifonctionnalité des céréales locales

Le mil/sorgho constitue la matière première de base dans la fabrication de la bière


traditionnelle (bilbil) qui a une forte valeur sociale dans la région. La fabrication et la
commercialisation du bilbil longtemps confinées dans les campagnes se sont fortement
développées dans les villes depuis près de 20 ans, en relation avec les mouvements
migratoires. Seignobos (2005) a identifié dans la seule ville de Maroua entre 1100 et 1200
brasseuses de bière de mil. « La recherche du meilleur sorgho reste une préoccupation
première des brasseuses. Il ne faut pas utiliser de [mauvais mil]. Ainsi, le sorgho qui a
longtemps séjourné dans les silos souterrains […] ou le sorgho charançonné vont mal
germer. Les sorghos nouveaux ne conviennent pas non plus. Il faut un sorgho sec et pas trop
fraîchement récolté » (Seignobos, Op. Cit.). L’utilisation des céréales locales dans le brassage
de la bière traditionnelle a toujours suscité de vives inquiétudes, tant de la part des pouvoirs
publics que des acteurs de développement.

« L’administration coloniale s’est très tôt émue des méfaits de la bière de mil sur les
indigènes, et le jugement qu’elle portait sur eux en termes [d’imprévoyance] reposait en
partie sur le [gaspillage] du mil pour des brassages de bière jugés excessifs. […] Les
rapports de la SODECOTON et le journal [le paysan] stigmatisent régulièrement les
cultivateurs qui courent encore les marchés à bière au lieu de nettoyer leurs champs pour
être prêts aux premières pluies. L’objectif est double. Il vise, d’une part, à lutter contre la
déperdition de mil avec le brassage de bière et qui risque de faire défaut au moment de la
soudure et, d’autre part, à combattre l’oisiveté » (Seignobos, op. Cit.).

La consommation alimentaire de ces céréales autant dans les campagnes que dans les
villes souffrirait donc de la compétition de cet autre usage tout aussi exigeant du point de vue
de la qualité. Cette sollicitation des grains pour le brassage de la bière concerne aussi bien la
production de saison de pluie que celle de contre saison qui contribue au renforcement de
158

l’offre en céréales locales pendant la période de soudure (juin-septembre). Bien que le maïs
fasse de plus en plus l’objet de sollicitations pour l’alimentation animale, les importations
peuvent encore compenser la demande industrielle sud-camerounaise.

Ces deux séries de facteurs peuvent justifier la faible disponibilité du mil/sorgho et par
conséquent la baisse de sa fréquence de consommation lors de nos enquêtes au mois d’août
période de soudure, par rapport au maïs et au riz qui peuvent être plus facilement
approvisionnés par les marchés nationaux et internationaux. Cette disponibilité peut d’ailleurs
s’apprécier à travers l’indice des prix sur les marchés où l’on note une relative stabilité des
prix du maïs et du riz par rapport à ceux des céréales locales (figure 28).

Instabilité du prix des céréales sur les marchés de Garoua

600

500

400
Prix Fcfa/kg

Petit mil+sorgho. Ecart type 64


Maïs sec. Ecart type 44
300
Riz importé. Ecart type 38
Riz Local. Ecart type 35

200

100

0
93

94

95

96

97

98

99

00

01

02

03

04

05

06

07
c-

c-

c-

c-

c-

c-

c-

c-

c-

c-

c-

c-

c-

c-

c-

Source : Données DSCN/INS, Graphique [Link], Fofiri N.E.

Figure 28 : Instabilité du prix des céréales sur les marchés de Garoua -Nord-Cameroun- (1993-2007)
Source : DSCN/INS, 2009

Cette figure souligne en comparant les écarts types sur les séries de prix des différents
produits, la forte instabilité des prix des céréales locales (mil/sorgho) sur les marchés urbains
au cours de l’année d’une part, et d’une année à l’autre d’autre part comparativement avec
celles des céréales « nouvelles » que sont le maïs et le riz. L’instabilité des prix est souvent
marquée par des séries annuelles de tensions sur les marchés urbains comme cela a été le cas
entre 2003 et 2008, période au cours de laquelle on a enregistré de fortes tensions des prix sur
les céréales locales, paradoxalement à Maroua ville située au cœur des grandes zones de
production (figures 29 et 30 ; annexe C). Le sorgho de saison sèche qui a une contribution
159

stratégique dans la préservation de la sécurité alimentaire régionale a atteint au cours de cette


période le prix plafond de 25 000 FCFA68 le sac de 100 kg entre juillet et octobre 2005 (figure
30), soit plus du double du prix pratiqué en période de disponibilité (janvier – juin).

Figure 29 : Evolution des prix de gros du sorgho Sp sur le marché de Maroua (2003-2008)

Figure 30 : Evolution des prix de gros du sorgho Ss sur le marché de Maroua (2003-2008)

Source des données : MINADER/DESA/Cellule des Informations et de l'Alerte Rapide (2009). Relevés
comparatifs des prix moyens des principales denrées alimentaires de l'Extrême-nord pendant les six dernières
années.

La tendance à l’augmentation du prix du riz et du maïs observée en 2007 interpelle


comme nous l’avons souligné plus haut quant à son incidence sur la sécurité alimentaire
régionale en général et urbaine en particulier. Cependant le fait que le Nord-Cameroun soit

68
38 euros.
160

également un bassin rizicole peut contribuer à renforcer la disponibilité en riz dans les
conditions d’intensification de la production. Celle-ci se fait dans les aménagements hydro-
rizicoles réalisés par la SEMRY depuis 1952. En 2007 la production nord-camerounaise de riz
plafonnait autour de 70 000 tonnes, soit 80 % de la production nationale (80 000 tonnes)
(MINADER/Agri-Stat n°15, 2009). A cette production locale il faut ajouter les importations
qui renforcent la disponibilité en riz69. Le maïs produit localement et le riz majoritairement
importé joueraient ainsi un rôle important dans la diminution de l’insécurité alimentaire en
période de soudure dans les villes du Nord-Cameroun.

Toutefois les enquêtes complémentaires de consommation réalisées en janvier 2008


période des récoltes ont révélé quelques changements structurels dans la consommation qui,
sans être majeurs à l’échelle régionale, fournissent tout de même de nouvelles bases
d’hypothèses lorsqu’on prend en compte les variables de caractérisation des ménages de type
social (groupe ethno-linguistique) et économique (revenu). La part budgétaire du mil/sorgho a
augmenté en moyenne de 20 % dans les ménages originaires de l’Extrême-Nord, du Tchad ;
du Nigeria et de la République Centrafricaine au détriment du maïs plus consommé en
période de soudure ; et de 6 % dans ceux du Nord. Au plan spatial, cette augmentation se
localise principalement dans la ville de Maroua. L’augmentation dans les ménages sud-
camerounais ainsi que ceux du Nord et de l’Adamaoua porte essentiellement sur le maïs. Elle
est de 10 % en moyenne.

Un constat se dégage de cette situation. Le mil/sorgho connait inévitablement une


baisse du niveau de consommation en période de soudure contrairement au maïs et davantage
au riz plus stable sur les deux périodes. Pour certains sud-camerounais de plus en plus
représentatifs dans la population urbaine, le maïs se substitue aux racines, tubercules et
féculents qui sont les bases traditionnelles de leur alimentation. La dynamique démographique
des villes entraînerait une substitution progressive du maïs au mil/sorgho principalement
consommé dans les zones rurales. Ainsi, loin d’être la conséquence d’une crise
conjoncturelle, l’augmentation des fréquences de consommation de riz et de maïs traduirait
une certaine recomposition spatiale du modèle alimentaire céréalier dans les villes du Nord-
Cameroun.

69
Les importations annuelles de riz du Cameroun avoisinnent depuis 2005 les 500 000 tonnes
(MINCOMMERCE, 2009). La distribution spatiale à l’échelle nationale reste cependant difficile à saisir en
raison de la grande diversité des intervenants dans la filière, et dont les activités échappent au contrôle des
appareils statistiques existants.
161

3.1.3. Essai de quantification de la demande céréalière urbaine

Dans l’hypothèse que les fréquences de consommation de mil/sorgho et de maïs


enregistrées auprès de notre échantillon soient relativement constantes sur l’année, nous nous
proposons de faire une estimation grossière des besoins céréaliers pour les trois principales
villes du Nord-Cameroun. Les données collectées auprès des enquêtés ont porté sur la
quantité de mil/sorgho ou de maïs consommée au cours d’un mois. A partir de la moyenne
mensuelle de consommation, et de la proportion des consommateurs dans la population
urbaine totale des trois villes, nous avons estimé la quantité annuelle pour chaque produit
(tableau 12). Cette méthode a déjà été appliquée par Leporrier (2002) pour évaluer les
quantités de mil achetées dans deux villes Namibiennes (Oshakati et Ongwediva).

Tableau 12 : Estimation des besoins annuels en mil/sorgho et maïs pour les principales villes du Nord-
Cameroun (2007)
Mil/sorgho Maïs
70
Nombre total de ménages enquêtés 441 441
Nombre de ménages consommateurs dans l'échantillon : 173 335
Poids dans l'échantillon enquêté (%) 40 76
Quantité moyenne consommée par ménage et par mois (en kg) en : 100 50
Nombre de ménages consommateurs estimés dans la population
40 461 76 877
totale (*)
Quantité annuelle consommée dans les trois villes (en tonne) 48 553 46 126
Source : Enquêtes et estimations ARDESAC, Programme 3.3 (août 2007)
(*) : La population totale des trois villes (708 078 habitants en 2010) a été divisée par 7, taille moyenne par
ménage admise au niveau national, pour obtenir le nombre de ménages urbains.

Cette extrapolation est certes contestable compte tenu de la localisation des enquêtes
en période de soudure qui a priori conduit à donner plus de poids au maïs. Par ailleurs,
l’absence de statistiques officielles sur la répartition de la population par quartiers permettant
de pondérer l’échantillon des ménages, constitue également une limite à cette extrapolation.
Elle constitue néanmoins un essai destiné à estimer grossièrement les volumes de céréales
produites localement qui assurent la sécurité alimentaire des villes du Nord-Cameroun.

Un ménage consomme mensuellement en moyenne 100 kg de mil/sorgho et 50 kg


pour le maïs. Malgré les écarts significatifs observés entre les ménages selon la céréale

70
L’enquête a porté sur 450 ménages équitablement répartis dans les trois villes Ngaoundéré, Garoua et Maroua.
L’écart correspond aux non réponses automatiquement supprimées lors de l’analyse des données.
162

consommée et compte tenu de l’origine géographique (de moins de 10 kg à 150 kg par mois,
notamment pour le mil/sorgho), les valeurs obtenues nous donnent une idée des besoins à
couvrir par l’offre céréalière locale. La consommation moyenne annuelle de mil/sorgho
obtenue (48 553 tonnes) représente à peine les 10 % de la production régionale, tout comme
le maïs (46 126 tonnes).

En outre, bien que le nombre de consommateurs de maïs soit plus élevé, nous
constatons que la demande annuelle estimée en mil/sorgho reste supérieure à celle du maïs.
L’importance des fréquences de consommation de mil/sorgho (au moins 20 jours de
consommation par mois) expliquerait ce fait. Le besoin en accroissement de la demande
céréalière est davantage requis pour le mil/sorgho que pour le maïs.

3.2. Les déterminants de la consommation alimentaire urbaine

Les céréales sont reconnues comme bases amylacées des régions sèches en Afrique
subsaharienne. Elles fournissent l’essentiel de l'énergie (80-90 %) et une part non négligeable
des protéines (8-10 %). Les mil, sorgho et fonio sont les céréales traditionnellement cultivées
dans cet écosystème où la pluviométrie est faible (400-1000 mm/an) FAO (1997)71. Elles
interviennent dans tous les assolements et constituent la base de l’alimentation des
populations rurales et urbaines. Ce sont en outre des aliments très énergétiques, nutritifs,
particulièrement recommandés pour les enfants et les personnes âgées ou en convalescence
FAO (Op. Cit.). Au Cameroun, elles représentent environ 40 % de la production céréalière
(FAOSTAT, 200672). En 1996 elles représentaient le poste de dépense le plus important des
principaux produits consommés au Cameroun, soit 55,5 milliards de FCFA, suivi du riz (51
milliards) et des racines et tubercules (49 milliards) (Dury et al., 2000) malgré sa
consommation localisée dans la zone soudano-sahélienne.

Dans le Nord-Cameroun où les céréales locales (mil/sorgho) sont depuis longtemps


reconnues comme base traditionnelle de l’alimentation, leur consommation connaît un recul
dans les villes anciennement considérées comme foyer de consommation (Ngaoundéré et
Garoua) au profit du riz et du maïs (Abraao, 1994, Fofiri et al., 2008). Ces mutations récentes
dans les habitudes alimentaires sont observées dans plusieurs villes sahéliennes (Diawara et
al., 2002).

71
L'économie mondiale du sorgho et du mil: faits, tendances et perspectives, (FAO) W1808/F
72
Annuaire Statistique de la FAO, 2005-2006.
163

La question des changements dans les habitudes alimentaires des urbains en Afrique
subsaharienne a particulièrement marqué l’intérêt des économistes et des socio-
anthropologues ces trente dernières années. L’hypothèse dominante reposait sur le postulat
selon lequel l’urbanisation en Afrique subsaharienne s’accompagne des changements dans le
comportement alimentaire des populations, qui subit de ce fait l’effet du mimétisme du
modèle occidental, la grande inquiétude étant d’aboutir au rejet des produits locaux au profit
des produits importés davantage soumis aux fluctuations du marché international. Truchetto et
al. (1989) analysant les voies de valorisation des céréales locales en grande consommation
pour une amélioration de l’économie des pays africains, pensent que le déplacement massif
des populations des campagnes vers les villes se traduit par un changement rapide des
habitudes alimentaires. Ce point de vue a fait naître dans la conscience collective un certain
pessimisme sur la dépendance alimentaire des villes africaines vis-à-vis des importations.
Pour Bricas et Abdoulaye Seck (2004), ces idées reçues ont fini par être battues en brèche.
Car les citadins ne rejettent pas les principaux produits locaux au profit des produits importés,
ils diversifient leur alimentation et ce n’est pas parce qu’ils adoptent des produits exogènes
qu’ils s’acculturent même s’il est désormais établi que les importations concurrencent
brutalement les productions locales.

Pour saisir les déterminants des recompositions alimentaires observées dans le Nord-
Cameroun nous avons interrogé les ménages sur la régularité dans la consommation des bases
amylacées au cours de l’année qui a précédé nos enquêtes d’une part, et des cinq dernières
années d’autre part. Le choix de ces deux échelles temporelles d’observation se justifie par
une certaine capacité observée auprès des ménagères à reconstituer les évolutions relatives à
la consommation alimentaire (produits consommés, formes, coûts, fréquences, quantités,
permanences et ruptures …) sur une longue période (un à cinq ans).

Il ressort que 25 % de ménages interrogés ont modifié leurs habitudes de


consommation depuis un an, tandis que 40 % l’ont fait depuis plus de deux ans. Au total 65 %
des ménages de l’échantillon auraient intégré des modifications dans leurs habitudes
alimentaires. Une typologie des réponses a permis de recenser sept motivations considérées
comme majeures par les enquêtés (figure 31).
164

Figure 31 : Causes des modifications des produits consommés par les ménages (2007)

Légende :

o Raison 1 : augmentation des coûts des produits sur le marché


o Raison 2 : absence/rareté des produits habituellement consommés sur le marché
o Raison 3 : manque d’intérêt de certains membres du ménage pour un type de produits
o Raison 4 : mobilité du ménage (affectations de service)
o Raison 5 : baisse du revenu monétaire du ménage
o Raison 6 : augmentation de la taille du ménage
o Raison 7 : augmentation du revenu monétaire du ménage

L’explication et la compréhension de ces modifications mobilisent des concepts et des


outils empruntés à plusieurs champs disciplinaires notamment l’économie, la démographie et
la sociologie.

A priori cette typologie met en exergue la prépondérance des facteurs économiques


dans les modifications alimentaires. Cependant, l’analyse portera sur les deux points suivants,
afin de saisir le phénomène dans sa globalité :

- L’impact de la croissance urbaine sur la diversification alimentaire des ménages au


Nord-Cameroun ;
- L’incidence du pouvoir d’achat des ménages sur les choix alimentaires quotidiens.

3.2.1. Impact de la croissance urbaine sur la diversification alimentaire

En 1973 la classification fonctionnelle des villes camerounaises situait Garoua comme


centre moyen de 1er ordre ; Maroua et Ngaoundéré comme centre moyen de 2ième ordre, toutes
trois après les deux principales métropoles que sont Douala et Yaoundé et les deux grands
centres Nkongsamba et Bafoussam. Leur population était alors comprise entre 20 000 et
165

35 000 habitants (Marguerat, 1973). Avec une population supérieure à 150 000 habitants en
2010, ces trois localités sont aujourd’hui classées parmi les sept premières villes du pays
(BUCREP, 2010). La notion de « centre » exprimant la forte concentration des hommes et des
services accumulés par chacune de ces villes (Marguerat, Op ; Cit.) marque leur importance
sur le plan national et surtout régional. La compréhension du processus de leur
développement est donc indissociable de celle du Nord-Cameroun.

[Link]. Le poids de l’histoire dans la croissance urbaine nord-camerounaise

L’urbanisation a précédé la colonisation dans le Nord-Cameroun en relation avec


l’organisation politique des états musulmans et le développement des réseaux d’échanges
sous régionaux soudano-sahéliens entre le Nigeria, le Cameroun et le Tchad- (Gondolo,
1978 ; Roupsard, 1987 ; Simeu Kamdem, 2004b). Cette urbanisation s’est accélérée en 20 ans
(1980-2000) grâce à un ensemble de phénomènes convergents : développement des activités
industrielles73, désenclavement du nord du Cameroun par l’amélioration des infrastructures de
communication qui le relient au sud du pays, développement des villes administratives créées
pour un meilleur contrôle politique du territoire national, récurrence des crises socio
politiques au Tchad et en République centrafricaine qui ont généré un afflux de réfugiés dans
la région. Le taux d’urbanisation qui était de 17 % en 1960 est passé à 41 % en 1990, et se
situe aujourd’hui autour de 50 %. Le taux de croissance urbaine quant à lui est passé de 5,7 %
entre 1960 et 1970, à 6,4 % entre 1980 et 1990 (Ndamè et Briltey, 2004). En 1987 les zones
rurales abritaient encore 2 403 131 habitants, soit 75 % de la population régionale, contre
779 914 habitants (25 %). On estime à un peu plus de 1 000 000 le nombre de citadins en
2010 (BUCREP, 2010). Les projections montrent que cette population va davantage croître
avec un taux moyen de 5 %/an soit le double de la moyenne nationale (2,6 %). Cette
croissance est soutenue par les principales villes, chefs-lieux des régions administratives :
Ngaoundéré, Garoua et Maroua qui concentrent 35 % des citadins (tableau 13, figure 32).

73
Les réalisations industrielles du Cameroun septentrional avaient pour principal objectif d’opérer une première
transformation des productions agricoles et pastorales, le plus souvent en préalable à l’exportation (Roupsard,
1987).
166

Tableau 13 : Evolution de la population des principales villes du Nord-Cameroun (1960-2010)


2010 (est)
Villes 1960 1970 1980 1990 2000 2005
Ngaoundéré 11000 24000 51000 95000 120000 152698 183238
Maroua 14000 38000 85000 147000 195000 201371 241645
Garoua 12000 34000 87000 178000 215000 235996 283195
Total 37000 96000 223000 420000 530000 590065 708078

Source : Description du peuplement de l’Afrique de l’Ouest, commentaire de la base de données, 1994 ; Minpat,
2000 et BUCREP, 2010.

Figure 32 : Evolution de la population des principales villes du Nord-Cameroun (1960-2010)

La dynamique démographique est très tôt perceptible à Garoua et Maroua à travers


une croissance qui s’observe à partir de 1980. Ces deux villes s’inscrivent dans le schéma
d’une macrocéphalie dédoublée dans la zone géographique nord, comme le décrit Courade
(2000) in Hatcheu (2003) pour les villes de Yaoundé/Douala, Bafoussam/Bamenda et
Limbé/Buea. Car c’est autour de Garoua/Maroua que s’organise le maillage urbain nord-
camerounais constitué pour la plupart d’un réseau de petites villes administratives et dont les
critères de création et de développement74 ne constitueraient pas pour l’instant de réels
facteurs de dynamique alimentaire.

Ngaoundéré, Garoua et Maroua se caractérisent du point de vue chronologique par une


construction identitaire bipolaire : une urbanisation précoloniale entreprise par les Peuls au

74
Au Cameroun, on considère comme ville toute localité abritant le chef lieu d’une unité administrative
(arrondissement, département, région), et disposant des infrastructures sociales de base (lycée, structure
hospitalière, services de gendarmerie…). De nombreuses localités rurales ont ainsi acquis le statut de ville, sans
pour autant qu’aux plans démographique et économique, elles connaissent des mutations susceptibles d’entraîner
une réelle dynamique des comportements alimentaires.
167

détriment des premiers occupants non musulmans et une urbanisation coloniale Allemande
avant 1918 puis Française après la première guerre mondiale (figures 15-17). L’indépendance
a ouvert la voie à une occupation non contrôlée des quartiers coloniaux et une densification
des espaces périphériques. Il en résulte différents types de paysages urbains (Simeu Kamdem,
2004b et 2008) dont on peut retenir les principales caractéristiques suivantes :

- La ville précoloniale, appelée « vieille ville » ou « ville musulmane » présente un


paysage particulier. Siège du pouvoir traditionnel et religieux, elle se caractérise
par un faible aménagement spatial. L’un des traits marquants de cet espace
aujourd’hui est la spéculation foncière des fondateurs de cités (Bassoro et
Mohammadou, 1973 ; Simeu Kamdem, Op. Cit.) à travers leurs sarés75 entourés de
muraille de terre ou de séko (clôture de paille). Ceci s’explique d’une part par sa
centralité par rapport à l’ensemble de la ville, et d’autre part par son site
exceptionnel par rapport à la morphologie urbaine (absence/rareté d’inondation
et/ou de glissement de terrain, proximité des grands axes routiers et des services
administratifs et socio-économiques de base). A Ngaoundéré il s’agit des quartiers
Tongo, Bali, Lamidat) ; à Garoua, Foulbéré 1, 2, 3 et 4, Haoussaré, Koléré, Reyré
et Bibémiré 1 ; et à Maroua, Kakataré, Zokok, Gada Mahol.

- La ville coloniale, jouxte la vieille ville, signe de la volonté de l’administration


coloniale de contrôler l’autorité traditionnelle. Ce positionnement spatial s’observe
autant à Ngaoundéré qu’à Garoua et à Maroua76, où la ville coloniale occupe les
hauteurs. Ces espaces ont servi de site pour la construction des résidences et
infrastructures administratives, des centres de commerce. Ils se caractérisent par
leurs aménagements (voirie, adduction d’eau, courant électrique) et la très faible
densité de l’habitat.

Il s’est juxtaposé à ces deux espaces un troisième souvent désigné comme « ville de
l’Etat indépendant », conséquence de la faible maîtrise de l’urbanisation par l’administration
face aux flux migratoires de la période post-indépendance. Son paysage est caractérisé par un

75
Unité domestique regroupant généralement plusieurs cases entourées d’une clôture faite dans la plupart des cas
en matériaux locaux, et appartenant à un chef de famille. Ces unités domestiques occupent plus d’espace que des
cases isolées.
76
Lire à ce sujet Gondolo A. (1978). Ngaoundéré, évolution d’une ville peul, Thèse de doctorat 3è cycle, Rouen
1978, 301 p. ; Seignobos C. et Iyebi-Mandjek O. (2000). Atlas de la province de l’Extrême-Nord Cameroun,
CD-Room.
168

habitat dominé par l’usage des matériaux précaires, une accessibilité difficile faute de voies
de dessertes aménagées, l’absence et/ou l’irrégularité de services urbains de base.

La configuration actuelle des villes du Nord-Cameroun résulte de leur organisation


bipolaire née des évolutions historiques. Elle se caractérise par une profonde « ethnicisation »
des quartiers dont la juxtaposition dans l’espace est une donnée permettant de saisir le
processus d’installation des groupes ethno-linguistiques dans les villes. A l’exception de
Maroua (Seignobos et Iyebi-Mandjek, 2000), les villes de la région ont une toponymie
presque identique. Les quartiers des « fondateurs de cité » ou ville précoloniale portent des
noms peuls, tandis que la ville coloniale s’identifie par le type d’activités dominantes (quartier
administratif, centre commercial) ou par la nature du site (haut plateau dans la plupart des
cas). Les quartiers nés des excroissances portent généralement des noms des groupes
ethniques pionniers numériquement dominants (quartiers haoussa, bamiléké, béti,
toupouri…). Malgré les mobilités intra urbaines qui tendent de plus en plus à diversifier la
composition de ces quartiers, cette segmentation spatiale reste un référentiel pertinent
d’analyse des changements dans la consommation alimentaire, des travaux antérieurs ayant
permis de caractériser les habitudes de consommation de divers groupes ethniques du
Cameroun (Couty, 1965 ; Winter, 1965 ; Koppert et al., 1996 ; Temple et Bikoï, 1997 ;
Tourneux, 2002 ; Raimond, 2005).

[Link]. Une dynamique démographique et un modèle céréalier polarisés autour de


Garoua

Le peuplement des villes septentrionales est à l’image de leur processus de


construction spatiale. Il s’articule en trois coupures :

- La période précoloniale. Elle est caractérisée par des mobilités intra régionales
notamment sous l’impulsion de la guerre sainte (djihad), conduite par Séhou
Ousmanou fils de Fodoujé, plus connu sous son nom haoussa de Ousman Dan
Fodio (Bassoro et Mohammadou, 1973 ; Seignobos et Iyébi-Mandjek, 2000). Bien
que l’historiographie de quelques unes de ces villes, à l’instar de Garoua, révèle
que leur émergence fut moins le fait de l’élément conquérant Peul que celui
d’éléments allogènes ; les Kanouri, les Haoussa et les Arabes Choa étant réputés
dans l’artisanat, le commerce et la culture du muskwaari. Il reste que les Peul
auront profondément marqué l’espace à travers leur forme d’organisation du
169

territoire, leur architecture, la langue fulfuldé devenue langue véhiculaire dans le


Nord-Cameroun et leur religion (l’Islam).

- La période coloniale. Elle reste marquée par des mobilités intra régionales, avec
cependant une plus grande diversification des groupes ethno-linguistiques,
favorisée par la présence de l’administration coloniale.

- La période de l’Etat indépendant. Elle ouvre la voie à une plus grande


diversification ethno-linguistique des villes qui s’étend au-delà de la région
géographique, grâce à la création et au renforcement des fonctions administratives.
Elle favorise l’arrivée massive des sud-camerounais et des étrangers dont les
comportements alimentaires variés vont progressivement imprimer leurs marques
dans l’espace. Le ravitaillement des villes septentrionales en bases amylacées
produites dans le Sud-Cameroun (banane/plantain, manioc, macabo…) va
d’ailleurs constituer l’une des composantes de la MIDEVIV dont nous verrons
plus loin l’implication sur les SADA.

Les travaux antérieurs renseignent sur la dynamique migratoire de ces villes au


lendemain de l’indépendance. Le boom démographique s’observe à partir de 1950 comme
dans beaucoup d’autres villes camerounaises. Le rythme de croissance est supérieur à 6 %,
particulièrement soutenu par l’immigration. En 1976 les migrants représentent par exemple
plus de 40 % de la population de Maroua et se composent comme suit (tableau 14) :

Tableau 14 : Répartition des migrants selon leur origine géographique dans la population de Maroua en 1976
Proportion dans la
N° Groupe de population
population migrante en 1985 (%)
1 Localités de l’Extrême-Nord 65
2 Nord 10,8
3 Centre 4
4 Adamaoua 2,4
5 Littoral 2,3
6 Ouest 0,8
7 Sud-Ouest 0,5
8 Sud 0,6
9 Etrangers (dont 6,6% de tchadiens) 12,3
Source : Seignobos et Iyebi-Mandjek, 2000
En 1987, 39 % de la population sont nés hors de Maroua dont 2/3 originaires de
l’Extrême-Nord (Seignobos et Iyebi-Mandjek, 2000). Pour le cas de Garoua par contre, c’est à
partir de la deuxième moitié de la décennie 1960 qu’on assiste à la même dynamique. Entre
1967 et 1976 le taux de croissance de sa population était de 13 % par an (Laclavère et Loung,
170

1979). Cette croissance s’accompagne d’une diversité ethno-linguistique qui est tout aussi
frappante dans la première moitié de la décennie 1980. En 1985, Simeu Kamdem a recensé 10
grands groupes de population en fonction de leur origine géographique (tableau 15).

Tableau 15 : Proportion des différents groupes ethno-linguistiques dans la population de Garoua en 1985
Pourcentage de la
N° Groupe de population
population totale
1 Peul 54,8
2 Haoussa 3,7
3 Ethnies de l’Extrême-Nord et du Nord 22,7
4 Ethnies de l’Adamaoua 2,6
5 Ethnies des hauts plateaux de l’Ouest 3,3
6 Ethnies du Littoral 1,9
7 Ethnies du Sud et du Centre 1,8
8 Baya, Maka et proches 0,8
9 Expatriés africains 8
10 Expatriés non africains 0,4
Source : Simeu Kamdem (1985)

L’analyse de la composition ethnique dans les deux villes ci-dessus montre que la
proportion de chaque groupe dans la population dépend de deux éléments majeurs : sa
proximité géographique et sa propension à la mobilité. Ce qui pourrait expliquer de profondes
disparités entre groupes sud-camerounais, dominés par les ressortissants des hauts plateaux de
l’ouest. Ce groupe est connu pour sa propension à l’immigration (Franqueville, 1979 ;
Dongmo, 1981) ; et dans le Nord-Cameroun, bien que s’affirmant difficilement ils sont
impliqués dans le commerce et le négoce (Roupsard, 1987).

Les estimations de diverses sources quelquefois contradictoires certes (préfectures,


communautés urbaines, service de la statistique, ONG), attestent cependant une plus grande
représentativité des autres groupes davantage à Garoua qu’à Maroua. En 2005 l’ensemble de
la zone urbaine de la région administrative du Nord comptait plus de 40 % de non natifs de sa
population contre 20 % dans l’Adamaoua et 10 % seulement dans l’Extrême-Nord (INS-
EESI, 200577) (figure 33).

77
[Link]
171

Figure 33 : Proportion des urbains non natifs dans le Nord-Cameroun par région administrative en 2005

Ces disparités peuvent trouver une explication dans le rôle stratégique joué par Garoua
au niveau régional dès le lendemain de l’indépendance. L’appellation « Garoua » dérive du
mot « Roua » qui signifie jujubier en langue Fali, arbre fruitier propre aux régions sahéliennes
(Alawadi, 2006). Avant la conquête Peule, la région était habitée par les Fali, les Nyam-
Nyam, les Bata et les Guéwé. « L’émergence de Garoua commence véritablement avec
l’arrivée des Allemands, à l’époque du Lamido Bouba (1909), qui firent de cette cité, la plus
importante du Nord-Cameroun en y implantant le chef-lieu de leur administration. Et lors des
grandes réunions convoquées par l’administration, tous les lamibé et les grands chefs du pays
[y] venaient avec une nombreuse suite… » (Bassoro et Mohammadou, Op. Cit.).

Chef-lieu de l’ancienne région administrative du grand Nord, Garoua était aussi la


« ville du président » sous la première république (1960-1982) et a bénéficié plus que d’autres
localités de taille comparable de la sollicitude des pouvoirs publics (Champaud, et al., 1998).
En effet, l’indépendance du Cameroun s’ouvre sous le contrôle du pouvoir exécutif du nouvel
Etat par un fils de la région, originaire de Guider dans l’actuelle région administrative du
Nord. Pour Alawadi (Op. Cit.), « …Ahidjo a toujours cherché à faire de Garoua l’épicentre
de la région ‘Nord’ et que, du fait de cette position géostratégique, elle devrait y cristalliser
toutes les réalisations en matière de développement (infrastructures routières,
aéroportuaires, industrielles ou usinières, etc.) ». La concentration des infrastructures
socioéconomiques et de toutes les représentations régionales des organismes internationaux
(aéroport international, représentations régionales de la BEAC, du PNUD, du PAM…) dans
172

cette ville pourrait en effet corroborer ce point de vue. Pour l’auteur, « …la délocalisation de
la SODECOTON de la ville de Kaélé [dans l’Extrême-Nord] et sa ré-installation dans la ville
de Garoua en 1979 […] n’est pas une opération gratuite ni fortuite, elle s’inscrit dans une
longue tradition de concentration des sources et des sites pouvant générer des capitaux. »78.

Malgré la réorganisation territoriale de la région qui a conduit à la multiplication des


centres de pouvoirs (Ngaoundéré et Maroua), Garoua reste le principal centre décisionnel du
Nord-Cameroun sur le plan économique et financier à travers ses banques, ses compagnies
d’assurance, les succursales de nombreuses entreprises nationales et multinationales,
contribuant à la diversification des activités, de sa population toujours plus nombreuse et des
habitudes de consommation alimentaire. L’absence d’investissements macro-économiques et
le faible niveau d’industrialisation de la région font de Garoua l’épicentre du développement
régional avec ses industries agro-alimentaires, textiles et pharmaceutiques, ce qui maintient à
défaut d’intensifier les flux migratoires. On a affaire à une ville cosmopolite qui se traduit au
plan alimentaire par une diversification de la consommation dominée comme on l’a vu plus
haut par les céréales.

Le riz et le maïs intègrent mieux les habitudes de consommation de tous les groupes
qu’à Maroua. Les Foulbé expriment un faible intérêt pour le riz consommé sous forme de
grain. Il est transformé sous forme de farine pour la préparation du couscous. Dans les
quartiers où dominent les migrants (Yelwa, Roumdé Adjia, Djamboutou, Toupouri,
Doursoungo) il est consommé au moins 15 jours au cours du mois. En considérant l’origine
géographique des ménages, il apparaît que les sud-Camerounais sont plus concernés par sa
consommation que les nord-Camerounais. Requier-Desjardins (1993) avait déjà observé ce
faible intérêt pour le riz. Ces-derniers expriment par contre une préférence pour le maïs,
beaucoup moins que ne le font les sud-Camerounais. De façon générale, le maïs reste un
produit de consommation régulière dans l’ensemble des zones enquêtées. L’importance
croissante de sa consommation est analysée comme une stratégie de compensation des faibles
disponibilités du mil/sorgho.

78
La région administrative du Nord concentre près de 2/3 des infrastructures économiques du Nord-Cameroun :
les usines d’égrenage de la SODECOTON (Guider, Ngong, Tcholliré, Touboro) ; l’huilerie de Garoua ; la
CICAM (Cotonnière industrielle du Cameroun) ; la SABC (Société anonyme des brasseries du Cameroun) créée
en 1967 ; la CIMENCAM (Ciments du Cameroun) à Figuil, LANAVET (Laboratoire National Vétérinaire) à
Garoua. Elle abrite en outre les sièges de nombreux projets de développement rural.
173

En nous appuyant sur les travaux antérieurs (Bassoro et Mohammadou, 1980 ; Simeu
Kamdem, 1985 ; Seignobos et Iyebi-Mandjek, 2000) qui rendent compte d’une certaine
affinité ethno-linguistique dans l’occupation des quartiers, deux constats se dégagent :

- Le choix des bases alimentaires par les ménages tient compte de leur origine
géographique ;
- Pour pallier l’absence de disponibilité des produits habituellement consommés,
certains ménages ont adopté le maïs et le riz dont la consommation sous forme de
boule de couscous permet de maintenir les habitudes alimentaires. C’est
notamment dans ce contexte que semble se réaliser aujourd’hui la recomposition
du modèle céréalier nord-camerounais même s’il subit de plus en plus une forte
influence des facteurs économiques.

L’impact de l’urbanisation sur la diversification de la consommation alimentaire est


donc plus perceptible dans les villes où s’observe une dynamique migratoire extrarégionale
forte. La consommation dans les villes à faible dynamique migratoire extrarégionale à l’instar
de Maroua ou Ngaoundéré reste marquée par un certain attachement aux habitudes culturelles
de consommation, d’où la prépondérance du mil/sorgho dans la structure des bases
alimentaires malgré la « montée » du riz pour le cas de Maroua. En dépit de la création
récente de l’Ecole Normale de Maroua et de l’Institut Supérieur du Sahel qui ont drainé près
de 10 000 nouveaux résidents d’horizons divers, il est encore assez tôt pour déterminer
l’impact réel sur la diversification alimentaire.

3.2.2. Les déterminants économiques des choix alimentaires des ménages

Entre février et mars 2008 plusieurs villes camerounaises comme celles d’autres pays
africains ont connu des manifestations sociales contre la vie chère, qualifiées par les média
d’émeutes contre la faim. La hausse des prix de 20 % à 140 % a touché autant les produits
d’importation (riz, farine de froment, sucre, huile de palme, poulet congélé…) que les
produits locaux (maïs, manioc, macabo, plantain) (Jeune Afrique, n°246179). Cette crise née
d’une revendication des transporteurs face à la hausse du prix du carburant à la pompe80, a

79
Jeune Afrique N° 2461 du 9 au 15 mars 2008.
80
Les facilités d’approvisionnement en carburant en provenance du Nigeria épargnent encore le Nord-Cameroun
des effets de la hausse du prix du carburant à la pompe. Près de 70 % du transport régional fonctionne à partir
des produits hydrocarbures commercialisés en bordure de route et dont les prix sont inférieurs d’au moins 30 %
de ceux pratiqués à la pompe.
174

particulièrement été violente dans le Sud-Cameroun (Yaoundé, Douala, Nkongsamba,


Bafoussam…). Malgré la hausse similaire, voire plus importante des prix des denrées de base
dans les villes du Nord-Cameroun, aucun mouvement d’humeur n’a été observé. Loin de
traduire la capacité des urbains nord-camerounais à mieux s’adapter aux difficultés socio-
économiques, l’hypothèse la plus probable se trouve dans la manipulation politique de la
revendication.

L’analyse de la cartographie des manifestations à l’échelle du Cameroun montre


qu’elles se sont concentrées dans les « points chauds » de l’opposition camerounaise. Si des
rumeurs faisant état de préparation des manifestations n’ont pas manqué dans le nord, elles
ont vite été circonscrites et étouffées par la classe politique de la région acquise à la cause du
parti au pouvoir (le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais) qui bénéficie du
soutien du principal parti d’opposition (l’Union Nationale pour la Démocratie et le Progrès).
Par ailleurs si cette justification est vraie dans la pratique, elle demeure tout de même
scientifiquement fragile pour expliquer ce qui pourrait être perçu comme une résilience des
populations face à la flambée des prix.

D’un point de vue agricole et économique les mois de février et mars à Garoua et
Maroua particulièrement se situent dans une période de récolte de mouskwaari et de patate
douce de saison sèche. Ces produits locaux sont alors relativement disponibles sur les
marchés et leurs prix abordables. En outre, le maïs récolté dans le grand bassin de production
du Nord entre septembre et novembre affiche encore des prix accessibles au mois de mars.
Cette relative disponibilité des produits locaux malgré diverses sollicitations transfrontalières
et extra régionales ont sans doute contribué à atténuer l’ampleur de la flambée des prix qui a
surtout porté sur les bases amylacées importées (riz, farine de froment) pour le cas du Nord-
Cameroun. Contrairement à cette région, mars correspond dans le Sud-Cameroun au
deuxième mois de semis des cultures de la première campagne agricole de l’année. C’est un
mois de la période de soudure où les produits locaux de grande consommation (plantain,
manioc, macabo, maïs) sont en faible disponibilité sur les marchés, situation accentuée par
l’accroissement d’une demande gabonaise et équato-guinéenne solvable, ce qui amène les
populations à consommer davantage les produits importés dont le riz.

Les indicateurs macro-économiques montrent que les villes africaines courent en 2010
et 2011 de nouveaux risques d’une crise alimentaire, particulièrement dans un contexte
d’amplificiation de la pauvreté. Se nourrir est devenu une vraie gageure pour les ménages
175

urbains autant dans les grandes villes que les villes moyennes. Malgré les mesures
gouvernementales prises depuis 2008 au Cameroun pour atténuer les effets de la hausse des
prix sur les marchés (suspension ou réduction des droits et taxes de douanes à l’importation,
signature des protocoles d’accord avec les opérateurs des différentes filières alimentaires,
subvention de certaines filières…), les consommateurs urbains continuent de subir la hausse
des prix des denrées de base. En mars 2009, un bilan annuel des mesures gouvernementales
contre la flambée des prix a montré l’aggravation de la situation, notamment pour la grande
majorité des ménages à revenu moyen et faible.

L’ECAM 3 réalisée en 2007 a révélé que la dynamique de réduction de la pauvreté


enregistrée à la fin de la décennie 1990 avec une baisse du taux de pauvreté monétaire de
53,3 % à 40,2 % entre 1996 et 2001, ne s’est pas poursuivie jusqu’en 2007. Ce taux est resté
relativement stable à 39,9 % en décalage de l’objectif de 37 % retenu par le Gouvernement
dans le Document de Stratégie de Réduction de la pauvreté –DSRP- (INS, 2008b).

Le nombre de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté de 269 443 FCFA81


par équivalent adulte et par an est en augmentation ces dernières années. En dépit du constat
d’une nette amélioration de la situation des populations urbaines par rapport à celles des
campagnes, de profondes disparités sont observées d’une région à une autre, et au sein d’une
même ville. Trois groupes sont identifiés :

- Le premier groupe est constitué des provinces et villes ayant enregistré une forte
baisse du taux de pauvreté (Ouest, Yaoundé, Centre hors Yaoundé, Sud-Ouest) ;
- Le deuxième groupe est celui des provinces et villes où la pauvreté recule
modérément (Douala, Littoral hors Douala, le Sud et le Nord-Ouest) ;
- Le troisième groupe est celui où l’incidence de la pauvreté a augmenté (provinces
du Nord, de l’Extrême-Nord, de l’Est et de l’Adamaoua).

[Link]. Des ménages dans l’incertitude du futur

Pour comprendre dans quelles conditions les ménages s’approvisionnent dans un


contexte d’amplification de la pauvreté, nous avons analysé leur pouvoir d’achat à partir des
catégories socioprofessionnelles et du revenu. Nous retenons la définition du pouvoir d’achat

81
410,763 euros.
176

d’un ménage considéré comme étant la capacité d’achat que lui permet l’intégralité de ses
revenus (INSEE82).

L’enquête sur l’emploi et le secteur informel (EESI) réalisée par l’INS en 2005 a
permis de recenser les secteurs d’activités et les catégories socioprofessionnelles (CSP) dans
les zones urbaines du nord. Elle met en évidence l’importance des emplois indépendants qui
absorbent plus de 40 % des actifs occupés. Quant aux secteurs d’activités, ils s’organisent
autour du secteur primaire, de l’industrie, du commerce et des services divers (figure 34).

Figure 34 : Actifs occupés en fonction des secteurs d’activités en zone urbaine du Nord-Cameroun (2005)

Bien que les données ci-dessus présentent la situation de l’emploi urbain à l’échelle de
l’ensemble régional, elles servent de repère pour les grands centres que sont Ngaoundéré,
Garoua et Maroua. En général les actifs occupés se recrutent particulièrement dans les
secteurs de l’industrie et des services non commerciaux. On n’observe pas de disparités
remarquables entre les trois régions administratives, preuve que les activités s’homogénéisent
dans le Nord-Cameroun. D’un point de vue spécifique, le secteur industriel s’organise autour
de l’agro-alimentaire, du textile, de la pharmacie vétérinaire. Quant aux services hors
commerce, ils portent sur un éventail de prestations allant de l’ingénierie aux assurances, à
l’hôtellerie, la restauration, la téléphonie mobile de rue (call box), la plomberie, la
menuiserie… Le commerce quant à lui recrute de nombreux actifs non qualifiés qui

82
Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), France.
177

contribuent au grossissement des effectifs des travailleurs indépendants (tableau 16 ; figure


35).

Il faut cependant noter la contribution non négligeable des manutentionnaires recrutés


pour les travaux du pipe-line Tchad-Cameroun achevés en 2006 dans le Nord-Cameroun, au
secteur des services (hors commerce) lors de l’enquête EESI. La reconversion de cette
importante main-d’œuvre a sans doute grossi le nombre d’acteurs du commerce à ce jour. Le
secteur primaire bien que faiblement représenté (en moyenne 10 %), concerne surtout
l’agriculture. Il marque la présence de cette activité dans les villes, soit à travers ses acteurs
qui y résident et exercent dans les campagnes proches, soit par la pratique de l’agriculture
urbaine qui a désormais droit de cité. L’agriculture, qu’elle soit pratiquée dans l’espace urbain
ou rural proche constitue une source de revenu monétaire non négligeable pour les femmes au
foyer, renforçant le revenu global des ménages d’une part, et participant à son
approvisionnement alimentaire d’autre part.

Tableau 16 : Actifs occupés suivant les CSP en zone urbaine du Nord-Cameroun (2005)
Proportion d'actifs occupés (%)
Catégorie socioprofessionnelle
Nord Extrême-Nord Adamaoua
Cadre supérieur, ingénieur et assimilé 6 6 4
Cadre moyen, agent de maîtrise 3 10 6
Employé/ouvrier qualifié 13 10 17
Employé/ouvrier semi qualifié 15 8 12
Manœuvre 12 7 7
Employeur 7 5 12
Travailleur compte propre 44 54 42
Total 100 100 100
Source : INS-EESI (phase 1), 2005. [Link]
178

Figure 35 : Actifs occupés suivant les CSP en zone urbaine du Nord-Cameroun (2005)

A l’échelle nationale le secteur informel emploie 90,4 % des actifs occupés (dont
55,2 % dans le secteur agricole. Il fournit le plus d’opportunités d’insertion économique,
malgré la précarité des conditions de travail. Il est suivi du secteur public (4,9 %) et du privé
formel (4,7 %) (INS-EESI, 2005). On estime que 75 % de la main-d'œuvre urbaine
travailleraient dans le secteur informel (secteur du travail non déclaré et donc en principe à
faibles revenus), et 6 ménages sur 10 tireraient au moins une partie de leurs revenus de ce
secteur informel.

Dans les villes du Nord-Cameroun, ce secteur regroupe divers types de petits métiers
qui font vivre de nombreuses familles : moto-taxi, vente des produits hydrocarbures frelatés,
vente d’eau, vente de médicaments de rue, réparations diverses, pousseur, services
domestiques, petit commerce de détail… Des études (Médiébou Chindji, 2004 ; Ossoko,
2004) ont montré que leurs acteurs se recrutent surtout parmi les migrants ruraux. La baisse
drastique des salaires de 70 % des agents du secteur public camerounais en 1993-1994, la
déflation de la fonction publique, la hausse du chômage des jeunes diplômés ont contribué à
grossir les effectifs de ce secteur qui, pour certaines institutions (BM, PNUD), joue de plus en
plus un rôle vital dans l’économie des pays en développement. Dans la décennie 1990, la
Banque mondiale a fait du secteur informel une solution à tous les problèmes de
développement, et plus particulièrement une solution au problème de la pauvreté. La mise en
place du système de micro-crédits participe de cette politique à l’instar du Programme intégré
179

d’appui aux acteurs du secteur informel (PIASI) créé au sein du Ministère de l’Emploi et de la
formation Professionnelle.

Les actions visant à structurer et à consolider le secteur informel dans la perspective


d’améliorer le pouvoir d’achat des ménages urbains impliquent plusieurs acteurs dans le
Nord-Cameroun : ONG, CDD, Projets/Programmes étatiques. Un rapport présenté par le
CDD de Maroua-Mokolo sur la vente d’eau à usage domestique dans la ville de Maroua a
montré qu’un acteur gagne en moyenne 11 000 FCFA83 par mois, montant inférieur au SMIG
qui est de 23 814 FCFA par mois84. Loin d’être un cas isolé la vente d’eau à Maroua reflète
une situation généralisée à laquelle font face de nombreux chefs de ménages pratiquant le
gardiennage, le transport des personnes par moto, la vente des médicaments de rue, le
creusage de fosses pour latrines et des puits, la blanchisserie, la vente au détail des produits
vivriers...

En nous référant à la structuration des tranches de revenus adoptée par l’INS pour ses
enquêtes, nos résultats montrent que 77 % des ménages urbains au Nord-Cameroun ont un
revenu mensuel moyen inférieur à 100 000 FCFA, avec une forte concentration (50 %) dans
l’intervalle 70 000 – 100 000 FCFA et 27 % entre 20 000 et 50 000 FCFA (figure 36). Ce
revenu provient pour la plupart de l’activité du chef de ménage de sexe masculin. Dans
certains groupes ethniques les femmes participent peu aux charges du ménage.

Figure 36 : Distribution des niveaux de revenus moyens des ménages urbains au Nord-Cameroun

83
17 euros.
84
36 euros.
180

Dans les ménages dont le revenu est supérieur à 150 000 FCFA/mois, la mobilisation
dudit revenu s’effectue dans les trois cas de figure possible ci-après :

- soit le chef de ménage, unique producteur du revenu familial est un cadre supérieur du
secteur public ou privé ou un gros commerçant ;
- soit le chef de ménage, unique producteur du revenu familial est un pluriactif avec une
activité principale dans le secteur public ou privé ;
- soit le revenu résulte d’une mise en commun des revenus individuels des conjoints.
Car nous n’avons pas noté de cas d’apports financiers d’autres membres du ménage
(cousin, neveu, frère…).

La proportion des ménages concernés par ces cas de figure reste faible dans la
distribution (à peine 20 %).

En considérant la part budgétaire consacrée à l’alimentation par les ménages dans la


strate « Urbain-Nord », soit 49,3 % (Dury et al., 2000), l’essentiel du revenu serait consacré à
la consommation alimentaire. Se nourrir pour les ménages à faible revenu lorsqu’on tient
compte du nombre de personnes qui peuplent l’unité domestique est une vraie gageure. Bien
que la taille moyenne d’un ménage à l’échelle nationale soit de 5 personnes (INS, 2008b), ce
chiffre masque de profonds écarts entre les régions géographiques. La moyenne régionale est
de 7 avec d’importants écarts d’un ménage à l’autre (le plafond atteint dans notre échantillon
était de 27 personnes). Le choix de certaines bases amylacées tient compte de ce facteur à
l’instar de la pomme de terre, de l’igname, du plantain et du macabo qui se présentent à
certains égards comme des produits de luxe par leurs prix en l’occurrence à Garoua et
Maroua, du fait de leur éloignement des zones de production. Les entretiens avec les
ménagères révèlent que la recherche de la quantité lors des achats prime sur le goût.
Cependant, la taille du ménage s’est révélée comme un facteur moins décisif dans le choix de
l’aliment consommé que le prix du produit sur le marché.

Le croisement entre les variables revenu et type de céréale consommée montre que les
ménages à revenu élevé (150 000 FCFA) ont des fréquenes de consommation des céréales
dans l’ensemble faibles. Ce qui pourrait traduire une plus grande diversification dans la
consommation contrairement aux ménages à revenu moyen (100 000 FCFA) et faible
(30 000 FCFA), qui orientent prioritairement leur consommation sur la céréale qui intègre le
mieux leur habitude alimentaire. Ce constat porte particulièrement sur le mil/sorgho et le maïs
181

dont les fréquences de consommation les plus élevées se concentrent dans les ménages
produisant moins de 10 000 FCFA/mois (figures 37 et 38).

Figure 37 : Fréquences mensuelles de consommation du mil/sorgho selon le revenu du ménage

Figure 38 : Fréquences mensuelles de consommation du maïs selon le revenu du ménage

L’importance des consommateurs de mil/sorgho se justifie par leur proportion tout


aussi élevée dans la population urbaine et par là même dans l’échantillon (39 %).
Contrairement au maïs on constate que les fréquences les plus significatives des trois céréales
(>20 jours/30) se localisent dans la consommation du mil/sorgho. Ce résultat peut être
interpreté comme étant la diffculté pour les ménages à faible revenu de diversifier leur
alimentation, bien que les céréales locales fassent partie de leur habitude alimentaire. La
moyenne mensuelle de céréale consommée par ménage concerné est de 65 kg pour le
mil/sorgho, 60 kg pour le maïs et 40 kg pour le riz. L’importance de la quantité de mil/sorgho
182

par rapport au maïs et au riz s’explique par les fréquences élevées de sa consommation et non
au pourcentage des consommateurs, contrairement aux autres céréales consommées par plus
de la moitié des enquêtés mais à des fréquences moyennes (15 jours/30). En outre les
ménages perdent près de 10 % de mil/sorgho et maïs au cours de la mouture. Le processus de
broyage génère des pertes liées à la fois à la rétention de fines particules de farine sur les
engrenages et les parois du moulin, et à de légères pertes par volatilité de certaines de ces
fines particules dans l'air. On obtient ainsi une masse de farine légèrement inférieure à 1 kg.
Par conséquent, l'optimisation du broyage revient entre autres à réduire au maximum le
niveau de ces pertes souvent sources de tensions entre meuniers et clients85. Par ailleurs, on
peut admettre que ces pertes seront d'autant plus importantes que la farine est broyée
finement.

Nous avons utilisé le test de Khi-Deux pour tester l’hypothèse d’indépendance des
fréquences mensuelles de consommation de mil/sorgho et du maïs par rapport aux classes de
revenu moyen mensuel, en raison de la plus grande vulnérabilité de ces deux types de céréales
aux variations interannuelles des prix. Les tests ont révélé une dépendance entre les catégories
de revenu et la fréquence mensuelle de consommation du mil/sorgho contrairement au maïs
(tableaux 17 et 18).

Tableau 17 : Influence du revenu sur le choix du mil/sorgho


(Khi-Deux : 18,11 ; sig : 0,034 ; C : 0,198)
Revenu mensuel Fréquences mensuelles de consommation
Total
moyen Non consommateur < 7 jours/30 7-15 jours/30 > 20 jours/30
74 10 15 37 136
25 000
54,4% 7,4% 11,0% 27,2% 100,0%
102 16 12 26 156
70 500
65,4% 10,3% 7,7% 16,7% 100,0%
74 9 6 13 102
150 500
72,5% 8,8% 5,9% 12,7% 100,0%
39 4 4 4 51
200 000
76,5% 7,8% 7,8% 7,8% 100,0%
289 39 37 80 445
Total
64,9% 8,8% 8,3% 18,0% 100,0%
Sig = signification asymptotique C = Coefficient de contingence

85
Les déchets de farine obtenus des pertes lors de la mouture sont vendus pour l’alimentation du petit bétail
(volaille et porcs) dans des sacs de 100 kg. Les bénéfices de la vente sont destinés au meunier et non au
propriétaire de l’équipement. La sollicitation croissante de ces déchets conduisant à la rareté de l’offre, les
consommateurs reprochent aux meuniers de provoquer des pertes pour répondre à cette demande et accroître
leurs gains personnels.
183

Tableau 18 : Influence du revenu sur le choix du maïs


(Khi-Deux : 9,59 ; sig : 0,143 ; C : 0,171)
Fréquences mensuelles de consommation
Revenu mensuel moyen Total
Non consommateur < 7 jours/30 7-15 jours/30
33 58 45 136
25 000
24,3% 42,6% 33,1% 100,0%
25 70 59 154
70 500
16,2% 45,5% 38,3% 100,0%
18 53 31 102
150 500
17,6% 52,0% 30,4% 100,0%
16 23 12 51
200 000
31,4% 45,1% 23,5% 100,0%
92 204 147 443
Total
20,8% 46,0% 33,2% 100,0%

La dépendance est surtout portée par les ménages dont le revenu est inférieur à
100 000 FCFA. Les différences de fréquences de consommation du mil/sorgho sont
frappantes entre les deux grandes catégories de familles (tableau 17). Le maïs se caractérise
par la régularité de sa consommation par toutes les catégories de ménages (en moyenne 15
jours/30). On peut conclure que le choix de la consommation du maïs ne dépend pas
systématiquement du niveau de revenu.

L’influence du revenu sur les choix de consommation interroge sur le quotidien des
ménages et donne le sentiment d’un lendemain de plus en plus incertain. Si les échanges non
marchands jouent encore un rôle essentiel dans l’approvisionnement des ménages urbains
(dons, prélèvements sur les stocks des ruraux), renforçant leur faible pouvoir d’achat, ils ne
sauraient être intégrés dans une stratégie durable de lutte contre l’insécurité alimentaire
urbaine au Nord-Cameroun. Car ils concernent dans la plupart des cas les citadins originaires
des campagnes proches, ou ceux pouvant assurer le transfert des produits des campagnes
éloignées vers les villes, laissant en marge une proportion importante des consommateurs
urbains.

[Link]. Des fréquences d’approvisionnement tributaires du revenu

L’achat représente le principal moyen d’acquisition des denrées consommées malgré


l’importance croissante de l’agriculture urbaine au Nord-Cameroun (Moustier, 1996 ;
Seignobos & Iyebi-Mandjek, 2000 ; Nchoutnji et al., 2009). Les denrées sont en effet
obtenues par achat (75 %), récoltés dans des champs périurbains (14 %) ou reçus du village
d’origine du chef de ménage et/ou de son conjoint (11 %). Les achats se font sur les marchés
officiels et les marchés de quartier pour les approvisionnements journaliers ; les marchés
périphériques pour les approvisionnements mensuels et hebdomadaires. Les marchés officiels
184

offrent la gamme complète des produits vivriers contrairement aux marchés de quartier
spécialisés dans la vente de détail de certaines bases et des composantes des sauces. De l’avis
des ménagères enquêtées les marchés de quartier sont des lieux d’approvisionnement de
secours qui aident à résoudre la question de l’éloignement des marchés officiels et dont la
fréquentation journalière entraînerait des charges supplémentaires de transport allant de
300 FCFA à 500 FCFA86 selon le quartier de résidence. Cet éloignement ainsi que d’autres
facteurs déterminent les fréquences d’approvisionnement des ménages.

41 % de ménages effectuent des achats journaliers. Cette catégorie concerne les chefs
de ménages travaillant pour leur propre compte et qui représentent à l’échelle régionale plus
40 % des actifs occupés (INS-EESI, 2005), contrairement aux salariés du public et du privé
qui optent majoritairement pour des approvisionnements mensuels des céréales (sacs de
mil/sorgho, maïs ou de riz selon le cas). Les activités libérales dominées par les petits métiers
procurent à leurs acteurs des revenus hebdomadaires ou journaliers, situation qui rythme tout
également le nombre de repas. Plusieurs ménages affirment avoir limité le nombre de repas
journalier à deux, dont le petit déjeuner qui peut se composer du repas de la veille ou des
beignets accompagnés de bouillie de maïs et le diner (17h-20h). Le système des journées
continues de travail adopté au Cameroun depuis une dizaine d’années contribue également à
la définition du rythme de consommation. Les membres de l’unité domestique se retrouvent
généralement en fin de journée (travailleurs, élèves).

Une autre difficulté notée dans le cas des fréquences journalières d’approvisionnement
porte sur l’instabilité des prix des produits. Les consommateurs sont en effet exposés aux
fluctuations du marché qui dans le cas des céréales, connaissent des tensions suite à
l’augmentation des demandes non alimentaires (le cas du maïs pour la provenderie ou les
tourteaux). L’analyse des fréquences d’achats des bases alimentaires sur les marchés urbains
révèle alors une gestion stratégique de l’approvisionnement qui met en complémentarité
divers éléments. Les céréales sont par exemple achetées mensuellement contrairement aux
racines, tubercules et féculents qui font l’objet d’achats journaliers ou hebdomadaires. Au-
delà de l’explication économique en ce qui concerne les racines, tubercules et féculents, il se
pose surtout le problème de leur conservation sur la durée par rapport aux céréales. On
observe une très faible représentation des achats journaliers pour les céréales. Ils sont réservés
aux composantes des sauces, par hypothèse du fait de leur forte périssabilité pour ce qui est

86
0,457 à 0,762 euros.
185

des produits frais (légumes fruits et feuilles), et de l’accessibilité dans les marchés de
quartiers qui essaiment à travers les villes. En dépit des difficultés financières évoquées par
les enquêtés comme contrainte à l’approvisionnement, il s’est développé au sein des ménages
des formes de « débrouillardises » permettant de garantir une relative disponibilité en céréale
de base à travers des achats mensuels ou hebdomadaires comme le montre le cas spécifique de
Garoua (figure 39). Socialement, garantir la disponibilité en céréale de base pour le chef de
ménage en l’occurrence de sexe masculin fait partie des défis qui confortent sa stature au sein
de l’unité domestique. L’on n’hésite pas dans certains cas à mobiliser les relations familiales
dans les campagnes, ou à développer une agriculture urbaine dont la rentabilité est souvent
impressionnante.

100%
Proportions ménages (%)

80%
60%
40%
20%
0%
z

in


aïs

s
o

Ri

e
gh

é
ul
M

nt

Ni
or

rc
a
Pl
s

be
il/

Tu
M

Chaque jour 1 fois / semaine 3 fois / semaine 1 fois / 2 semaines 1 fois / mois

Figure 39 : Fréquences d’achat des produits sur les marchés de Garoua


Le niébé est retenu ici en tant que grain utilisé pour la préparation du gâteau de koki de plus en plus consommée
dans les villes, accompagné de manioc, patate ou plantain.

Dans l’ensemble quatre motivations ont été présentées par les enquêtés pour justifier le
choix des fréquences d’achat :

- le souci d’économie à travers des achats mensuels portant sur le mil/sorgho, le riz et le
maïs (46 %) dès la disponibilité des salaires. Cette catégorie est constituée notamment
des ménages gérés par les salariés des secteurs public et privé. L’achat d’un sac de
100 kg de mil/sorgho ou de maïs ; ou alors de 50 kg riz importé facilite des utilisations
quotidiennes et limitent les déplacements sur les marchés officiels souvent éloignés
comme mentionné plus haut ;
186

- la disponibilité de la ration alimentaire journalière évoquée par 41 % des ménages. Il


s’agit surtout des ménages à faible revenu dont l’activité principale relève du secteur
informel (petit commerce, moto-taxi, blanchisserie, tâches …), prédisposant leurs
acteurs à des revenus journaliers ou hebdomadaires ;

- la période de baisses des prix sur les marchés (9 %). Il pourrait s’agir des
consommateurs opportunistes qui suivent le comportement du marché vivrier et
s’approvisionnent lorsque les prix des denrées sont favorables. Toutefois cette
proportion reste faible probablement à cause de la faible circulation de l’information
de marché ;

- les contraintes de temps (4 %) qui ne permettent pas des approvisionnements


journaliers. Ce facteur est notamment évoqué dans le cas du ménage géré par un
couple d’actifs occupés ou par un ménage monoparental géré par une femme en
situation d’emploi. Les fréquences hebdomadaires sont privilégiées dans ce cas et les
achats se font surtout sur les marchés périurbains très fréquentés pendant les week-
ends.

L’agriculture urbaine représente également une source d’approvisionnement tout aussi


intéressante. En effet elle complémente utilement le budget alimentaire des ménages. Avec
l'augmentation rapide de la population, l’extension spatiale de la ville et la persistance de la
pauvreté, l’on est progressivement passé d’une activité saisonnière limitée aux produits
maraîchers à une activité annuelle avec l'intégration dès que la saison le permet de cultures
plus lucratives comme le gingembre, le maïs et le mil/sorgho, la pomme de terre.

L’agriculture urbaine majoritairement tenue par les populations les moins favorisées
certes, a néanmoins su s’adapter et croître en même temps que la ville malgré l’attitude
mitigée des pouvoirs publics. Longtemps considérée comme une activité « informelle », elle
est devenue un secteur vital pour de nombreux citadins au Cameroun comme dans de
nombreux pays d’Afrique subsaharienne. Alors que pendant les années qui ont suivi
l’indépendance, les municipalités ont tout fait pour supprimer les cultures des villes africaines
pour des raisons dites « d’hygiène ». Ainsi, à l’Ouest du Cameroun dans les années 1970, le
Maire de Bafoussam avait fait couper tous les pieds de maïs qui poussaient en ville et fait
saisir les animaux élevés dans les concessions au nom de l’assainissement de la ville. A
Bamako, les céréales à paille cultivées dans certains quartiers de la ville avaient fait l’objet
des mêmes interdictions puisque depuis 1989, les autorités municipales les avaient interdites
187

sous prétexte qu’elles attiraient des moustiques et servaient de lieux de refuge aux bandits. De
nombreuses municipalités camerounaises comme Douala et Yaoundé ont pendant longtemps
interdit par des arrêtés municipaux, la pratique de l’agriculture urbaine. Tout récemment
encore, le Maire de la ville de Mbouda à l’Ouest du Cameroun interdisait par un arrêté
municipal la culture du maïs dans sa ville87, preuve que la pratique de l’activité continue de
faire problème.

Toutes ces mesures ont connu très tôt le soutien inconditionnel des urbanistes et
aménagistes qui voyaient en cette activité un facteur de dégradation de la beauté urbaine,
puisque l’un des défis majeurs des municipalités au lendemain des indépendances fut le
développement d’un cadre de vie urbain suivant le modèle occidental. Dans la plupart des
villes du Cameroun comme ailleurs, nous sommes ainsi passés d’un rejet total lors des
grandes migrations rurales des années 196088, à une tolérance tacite et une acceptation
progressive avec l’avènement de la crise économique des années 1990 qui s’est soldée par la
baisse drastique des salaires dans la fonction publique, et à la dévaluation du franc CFA en
199489. L’existence de nombreuses dispositions réglementaires n’aura donc pas empêché le
développement de l’agriculture urbaine. Au contraire elle va plutôt se servir de la crise pour
mieux s’installer sous le prétexte qu’il s’agit de lutter contre la pauvreté, pour la sécurité
alimentaire pour tous et pour la création des activités génératrices de revenus90.

Grâce à ces messages d'espoir diffusés dans les médias publics à longueur de journée,
les cultures en milieu urbain ne sont plus considérées comme illégales puisque justifiées par
des raisons politiques, économiques et sociales voire humanitaires. Les échos les plus
favorables viennent surtout du MINADER. En 2003 le MINADER a lancé un appel à
manifestation d’intérêt pour la pré-sélection des groupes, l’aménagement de 3000 bas-fonds à
travers le territoire national dont ceux identifiés en zone urbaine et la formation des
bénéficiaires dans le cadre du projet de valorisation des bas-fonds. Cet appel concernait des
prestataires (ONG, Cabinets, Entreprises privées) capables d’assurer des opérations

87
L’interdiction date de Mars 2009.
88
Au lendemain des indépendances, le secteur moderne naissant avait besoin d’une main d'œuvre salariée.
89
De nombreuses personnes ont perdu leur travail autant dans la fonction publique que dans le secteur privé.
L’agriculture urbaine comme péri-urbaine devenait pour beaucoup comme un palliatif pour compenser le
manque à gagner.
90
Pour les autorités, il fallait avant toute autre considération, laisser chacun se « débrouiller » comme il le
pouvait afin de calmer le climat social qui se dégradait sérieusement.
188

d’information, de sensibilisation, de pré-sélection des groupes en activité dans les bas-fonds,


et d’assurer la réalisation des réseaux d’irrigation, puis la formation des bénéficiaires à
l’utilisation des équipements hydrauliques.

Enfin le soutien de la communauté scientifique pour l’acceptation de l’agriculture


urbaine depuis une dizaine d’années au travers des rencontres nationales, sous-régionales et
internationales vient aussi renforcer de façon significative les efforts et actions de certaines
structures gouvernementales, consacrant ainsi l’intégration de cette activité dans le maillage
urbain91 (Ndamè et al., 2010). Le maïs et le sorgho de contre saison sont les cultures les plus
présentes dans « l’espace agricole urbain » au Nord-Cameroun. Contrairement au sorgho le
maïs fait l’objet d’utilisations culinaires variées (farine de maïs, maïs bouilli ou grillé, graines
de maïs mélangées aux légumes feuilles « sanga »).

De plus il tire son succès du fait qu'il est consommé par tous les groupes ethno-
linguistiques. Sa culture en zone urbaine procure aux familles en moyenne 400 à 800 kg de
céréales, selon la taille de la famille et de la surface cultivable disponible92. En considérant
que le prix moyen du kg de maïs sur le marché de détail est de 175 FCFA93, l'économie
réalisée dans le budget alimentaire des acteurs est substantielle, d'autant plus que le maïs est
toujours semé en association avec l'arachide, la patate ou le haricot. Le sorgho de contre
saison quant à lui est cultivé dans les zones marécageuses à partir de janvier, et procure aux
familles un complément tout aussi important de céréale pendant la période de soudure (avril
septembre), nos enquêtes n’ayant pas révélé de vente des produits issus de cette activité. Les
villes du Nord-Cameroun sont donc « noyées sous le végétal vivrier… » pour reprendre Calas
(1999) (photo 7).

91
Colloque Agricultures et développement urbain en Afrique de l’Ouest et du Centre organisé à Yaoundé
(Cameroun) du 30 octobre au 03 novembre 2005. Lire à ce sujet :
Parrot L. (ed.), Njoya A. (ed.), Temple L. (ed.), Assogba-Komlan F. (ed.), Kahane R. (ed.), Ba Diao M. (ed.),
Havard M. (ed.), Agricultures et développement urbain en Afrique subsaharienne. Gouvernance et
approvisionnement des villes, Ed. L’ Harmattan, Paris, 2008 ;
Parrot L. (ed.), Njoya A. (ed.), Temple L. (ed.), Assogba-Komlan F. (ed.), Kahane R. (ed.), Ba Diao M. (ed.),
Havard M. (ed.), .Agricultures et développement urbain en Afrique subsaharienne. Environnement et enjeux
sanitaires, Ed. L’ Harmattan, Paris, 2008.
92
Chaque famille dispose de petits champs d'une superficie allant de 200 à 400 m², dispersés dans la ville.
93
0,266 euros.
189

Photo 7 : Valorisation des friches urbaines par la pratique de l’agriculture urbaine


Cliché : Fofiri Nzossié, Juillet 2007 Quartiers Norvegien et Champ de prière à Ngaoundéré

D’autre part, les relations de solidarité participent pleinement à l’approvisionnement


de certains ménages. Elles ne concernent que ceux dont les villages d’origine sont
relativement proches des villes de résidence (50-300 km). De ce fait les sud-camerounais sont
moins concernés en raison de la distance qui les sépare de leur lieu d’origine (plus de
1000 km). Les approvisionnements portent sur tous les types de céréales (mil/sorgho, maïs et
riz local) qui sont soit prélevés des stocks de récoltes familiales, soit issus des champs
financés par le ménage de la ville, soit achetés sur le marché rural de production. Les
fréquences d’envoi varient d’un ménage à un autre. La pratique est assez courante dans les
ménages où les fréquences mensuelles de consommation des céréales locales sont élevées
(près de 20 jours). L’on fait recours à trois moyens possibles :

o le produit peut être confié à un transporteur qui assure la desserte de la zone


rurale et qui le porte à la famille ;
o un membre de la famille est désigné pour porter personnellement le produit au
ménage en ville ;
o l’un des membres du ménage en ville peut effectuer un déplacement spécial ou
ramener le produit au cours d’un déplacement occasionnel dans son village.

Quel que soit le moyen auquel l’on fait recours cette pratique témoigne de
l’importance du rôle que jouent encore les campagnes dans l’alimentation des villes soudano-
sahéliennes du Cameroun grâce aux échanges non marchands ; en même temps qu’elle est un
indicateur du niveau d’attachement des citadins vis-à-vis de leurs familles d’origine.
Malheureusement la qualité des infrastructures de transport ne facilite pas toujours de tels
échanges tout au long de l’année.
190

[Link]. Les difficultés structurelles de la consommation des céréales

Les ménages sont confrontés à deux contraintes majeures dans la consommation des
céréales : la concentration spatiale des marchés de distribution analysée plus haut et des unités
de transformation des céréales. Les marchés officiels sont en effet concentrés dans la première
couronne urbaine qui correspond dans le Nord-Cameroun à la ville musulmane, lieu à partir
duquel s’est construite la ville. Points de convergence des populations, ces marchés offrent
une gamme variée des produits vivriers. La croissance spatiale a eu pour conséquence
l’éloignement des quartiers de création récente des structures marchandes. Malgré la
prolifération des marchés de quartiers de nombreux ménages expriment le souhait de
s’approvisionner sur les marchés officiels qui offrent des produits frais et où se pratiquent des
prix relativement plus satisfaisants. Par ailleurs, les produits proposés sur les marchés de
quartier rentrent davantage dans les habitudes alimentaires des groupes ethniques dominants,
mettant ainsi en marge les consommateurs originaires d’autres groupes ethniques.

Quant à la transformation des céréales, la difficulté semble davantage être liée à


l’inégale répartition des moulins à moudre les grains à travers les villes qu’au prix, même si
certains enquêtés jugent les prix de prestation assez élevés. Près de 80 % des équipements
sont installés dans les marchés officiels, lieux les plus fréquentés au détriment des quartiers
périphériques de plus en plus étalés et densément peuplés. Les unités de mesure couramment
utilisées sont la tasse (2 kg), le sac banko (sac utilisé pour faire des achats alimentaires
d’environ 10 kg), le sac polyéthylène de 100 kg. Un relevé des prix effectué dans trois
secteurs de la ville de Garoua (grand marché, quartier brasserie et marché du quartier
Djamboutou) n’a pas révélé de différences significatives. Dans les trois secteurs les prix
varient en fonction des prestations sollicitées (tableau 19).

Tableau 19 : Prix des prestations de transformation des céréales à Garoua


Prix des prestations pour un sac de 100 kg
Céréale
Décorticage Concassage Broyage
Mil/sorgho - - 1 000
Maïs - 1 000 1 000
Riz 1 000 - 1 000
Source : Enquêtes de terrain (2010)
191

La transformation du riz pour sa consommation sous forme de couscous suit deux


étapes, le décorticage et le broyage, chacune de ces étapes faisant l’objet d’une prestation
rémunérée. Lorsqu’il est consommé sous forme grain, le riz n’est pas broyé. Le maïs connaît
également deux étapes dans sa transformation en fonction de l’usage qui en est fait. Lorsqu’il
est consommé sous forme de couscous il est soit directement broyé, soit concassé pour être
trempé et séché avant broyage (pratique qui varie selon l’origine ethnique du ménage. Les
sud-camerounais procèdent directement au broyage du grain pour la préparation du couscous).
L’utilisation du maïs pour la préparation des bouillies peut imposer l’étape du concassage
selon le cas. Par contre le mil/sorgho est directement broyé, ce qui en fait la céréale la moins
coûteuse en termes de transformation.

L’inégale répartition des équipements de mouture se vit à travers de longues files


d’attente devant les meuniers. Cette situation s’observe avec acuité à Garoua (figure 40) où un
diagnostic mené auprès de 20 meuniers a révélé que les coûts des prestations s’expliquent par
l’augmentation des charges de fonctionnement (courant électrique ou produits hydrocarbures
selon la source d’énergie, services de maintenance, rémunération du meunier…). Il faut noter
que de nombreux moulins sont vétustes (moyenne d’âge de 10 ans), ce qui contraint les
meuniers à une double mouture pour réduire la granulométrie des farines, entraînant des
surcoûts de consommation d’énergie. Cette difficulté à favorisé la prolifération de la vente des
farines de transformation artisanale prêtes à l’emploi. Plus que l’insuffisance des unités de
transformation des céréales, c’est leur inégale répartition spatiale qui ferait problème. On
constate une concentration des équipements dans le noyau urbain au Sud de la ville de plus en
plus éloigné des quartiers situés au Nord-Est et à l’Ouest.
192

Figure 40 : Distribution spatiale des moulins à céréales à Garoua (2009)

****
193

En conclusion l’analyse de la consommation alimentaire au Nord-Cameroun confirme


la prépondérance des céréales dans les villes et révèle des stratégies d’adaptation des ménages
axées sur les disponibilités alimentaires sur les marchés. Si la proportion des céréales locales
dans la structure des bases amylacées peut varier en fonction de la période d’abondance et de
soudure du fait de leur plus forte saisonnalité, on assiste à l’émergence du maïs et du riz dans
l’alimentation des ménages. Ces deux produits peuvent faire l’objet d’importations
contrairement au mil/sorgho. Le riz a intégré les habitudes alimentaires des populations
locales. Il est devenu le premier aliment en période de soudure. Le maïs quant à lui a connu
une croissance forte. Sa disponibilité tout au long de l’année et la diversité de ses formes de
consommation sont des facteurs qui favorisent sa consommation actuelle et principalement en
période de soudure. Ces deux céréales (riz et maïs) ont un rôle important croissant pour la
diminution de l’insécurité alimentaire saisonnière du Nord-Cameroun. On serait donc en face
d’une dynamique alimentaire qui se ferait par recomposition du modèle céréalier dans les
villes du Nord-Cameroun, situation déjà constatée dans nombre de villes africaines (Chaléard
et Dubresson, 1999).

La réduction de l’espace de consommation du mil/sorgho au profit du maïs tend à


confirmer son rôle de « pilier futur » de la sécurité alimentaire dans les zones soudano-
sahéliennes. Toutefois, le maïs fait l’objet de nombreuses sollicitations au niveau de
l’alimentation animale94 et des usages non alimentaires (énergie) qui conduisent à
l’augmentation très forte des prix internationaux. Quant au riz, l’augmentation de sa
proportion dans la structure alimentaire devrait susciter des interrogations suite au risque du
renforcement de la dépendance vis-à-vis des marchés internationaux. Il apparaît cependant
évident que les attentes des consommateurs sont davantage centrées autour de ces deux
céréales, ce qui recommande de l’attention quant à leur place dans les systèmes
d’approvisionnement des villes de la région.

La dépendance actuelle au marché international de riz ne provoque pas encore comme


l’ont montré Gérard et al. (2008), Temple et al. (2009c) des tensions sur les marchés locaux
déstabilisants pour la sécurité alimentaire des populations urbaines. Les risques d’une

94
Le maïs représente plus de 60 % des ingrédients dans l’industrie de la provenderie ; il rentre davantage dans
l’alimentation bovine suite aux fluctuations du prix des tourteaux de coton. Le prix d’un sac de tourteau de coton
de 45-50 kg est compris entre 4000 et 5000 FCFA d’octobre à avril, et 7000 à 9000 FCFA de mars à septembre.
D’où le recours au maïs dont le prix d’un sac de 100 kg équivaut sensiblement à celui d’un sac de tourteau de
50 kg.
194

insécurité alimentaire viendraient plutôt du faible pouvoir d’achat des ménages qui génère une
incertitude forte quant à la satisfaction des besoins alimentaires quotidiens. L’instabilité
croissante des prix des produits de base exposerait alors les urbains nord-camerounais
davantage du point de vue de l’accessibilité que de la disponibilité, situation qui devrait
trouver des réponses par un fonctionnement efficient des filières d’approvisionnement. Ce qui
suscite le besoin de comprendre comment s’organisent et fonctionnent les filières existantes.
195

Chapitre 4 : Le fonctionnement des filières


d’approvisionnement vivrier

L’accroissement de la population urbaine en Afrique subsaharienne implique le besoin


d’augmenter les disponibilités alimentaires prioritairement du point de vue quantitatif, mettant
ainsi à contribution l’ensemble des formes d’organisations impliquées dans tout le processus
d’approvisionnement des villes. Les campagnes sont davantage sollicitées dans ce besoin de
satisfaction d’une demande qui se diversifie sous l’effet de la dynamique urbaine. Par ailleurs,
la part croissante des produits importés mobilise également des systèmes organisationnels et
décisionnels de plus en plus complexes qui s’emboitent à diverses échelles spatiales. Nourrir
les villes africaines est devenu un véritable défi auquel doivent faire face les appareils
étatiques dont le rôle dans le processus d’approvisionnement a été réduit à sa plus simple
expression avec la mise en place des PAS. Le secteur privé considéré comme moteur de
développement des systèmes d’approvisionnement et de distribution alimentaires est
aujourd’hui confronté à un ensemble de difficultés qui se répercutent sur la satisfaction de la
demande urbaine. Les appareils étatiques se sont toujours montrés réticents au transfert du
ravitaillement des villes au secteur privé, en raison des divergences de logiques (sociale pour
le premier et d’accumulation pour les seconds qui ont quelques fois conduit dans le pire des
cas à des pénuries fictives dans les villes) ; du fait également de ses faibles capacités
organisationnelles et fonctionnelles qui touchent particulièremennt la distribution des
productions locales moins que celles issues des importations.

Nous traitons dans ce chapitre du rôle des acteurs qui par diverses stratégies,
participent aux transferts des vivres du champ au panier de la ménagère, ce qui nous conduit à
étudier l’organisation et le fonctionnement des filières vivrières en général et céréalières en
particulier par la place des céréales dans l’alimentation régionale. Le chapitre traite également
des filières d’importation qui participent au ravitaillement des villes du Nord-Cameroun.
Secteur délicat et sensible du point de vue politique, social et économique,
l’approvisionnement alimentaire des villes au Cameroun comme dans plusieurs pays en
développement a connu des soubresauts quelquefois sources des tensions entre les deux
principaux intervenants que sont l’Etat et le secteur privé. L’analyse des rapports entre les
deux groupes d’acteurs au Cameroun constitue le point d’entrée du présent chapitre. Elle nous
196

permet d’étudier l’organisation et le fonctionnement des filières aujourd’hui majoritairement


contrôlées par les acteurs privés.

4.1. Filières céréalières au Nord-Cameroun : les acteurs en présence

Les céréales par leur importance dans l’alimentation régionale ont toujours représenté
un enjeu à la fois pour les pouvoirs publics et les acteurs privés. Elles ont fait l’objet de
programmes spéficiques dans les domaines de la production, du stockage, de la distribution et
de la transformation développés par l’administration coloniale et plus tard par l’Etat
indépendant. Jusqu’à la décennie 1970, la commercialisation du mil faisait l’objet d’un
contrôle rigoureux pour préserver la sécurité alimentaire notamment dans l’espace devenu en
1983 la région administrative de l’Extrême-Nord. Cette mesure s’est toujours poursuivie par
des interdictions administratives d’échanges commercialisés des céréales avec les pays
voisins (Tchad, Nigeria, République Centrafricaine), interdictions pouvant être perçues dans
un contexte d’économie libérale comme une contradiction flagrante. Les céréales alimentent
un vaste réseau commercial contrôlé par les acteurs privés et qui s’étend bien au-delà des
limites régionales. Nous avons affaire à deux types d’acteurs qui entretiennent dans la plupart
du temps des rapports de confrontation.

4.1.1. Etat et secteur privé, rapports concurrentiels ou complémentaires ?


Expériences de la MIDEVIV et de l’Office céréalier

Les villes du Nord-Cameroun sont ravitaillées depuis la décennie 1990 à plus de 90 %


par le secteur privé. Les interventions ponctuelles de l’Office céréalier organisme public
pendant les périodes de soudure (mai-septembre) marquent encore la présence de l’Etat dans
les opérations d’achat-vente, malgré son désengagement des secteurs productifs. Cette
présence plutôt contradictoire dans un contexte mondial caractérisé par un libéralisme
économique accru, se veut davantage complémentaire que concurrentielle, même si elle n’a
pas toujours été perçue comme telle notamment lors des moments de forte implication de
l’Etat dans la distribution vivrière urbaine à travers ses structures spécialisées (MIDEVIV et
Office céréalier). Si l’Etat dont l’une des missions régaliennes est de garantir la sécurité
alimentaire à sa population a toujours émis le doute sur la capacité des acteurs privés à mettre
en place des formes d’organisation crédibles et efficientes, permettant de faire face à cette
lourde mission, les acteurs privés en retour voient en celui-ci un concurrent à la recherche
permanente des moyens de leur fragilisation, à travers la mise en place d’un cadre
197

réglementaire jugé draconien par de nombreux acteurs privés et l’absence d’appuis


institutionnels et financiers conséquents. Il s’agit donc de deux types d’acteurs animés par des
intérêts diamétralement opposés autour d’un même objet : le ravitaillement des villes, et qui
ont presque cristallisé leurs rapports autour d’un sentiment de méfiance réciproque. On note
cependant que l’implication des acteurs privés dans ce secteur d’activité est antérieure à celle
des pouvoirs publics et se caractérise par la régularité de leur présence sur les plans sectoriel
(offres traditionnelle et importations) et temporel (1960-2009) (figure 41).
198

Origine de l’offre Types d’acteurs impliqués dans la distribution

1960-2009 1960-1970 1970-1990 Depuis 1990

Acteurs privés Acteurs privés Acteurs privés


- Grossistes
- Détaillants
Productions des campagnes
(mil/sorgho, riz, manioc,
macabo, maïs, plantain…)
Etat Etat
- MIDEVIV - Office céréalier
- Office céréalier

Augmentation de la
demande alimentaire
Croissance urbaine
(Mobilisation de deux
origines de l’offre)

Importations Acteurs privés Acteurs privés Acteurs privés


(Riz, blé) (SOACAM)…

Figure 41 : Schéma synoptique de l’implication des types d’acteurs dans le ravitaillement urbain au Cameroun (1960-2009)
199

Le lendemain des indépendances en Afrique connait un interventionnisme tous


azimuts des Etats dans tous les secteurs de la vie économique nationale. Cet
interventionnisme est soutenu par des discours officiels consistant à affirmer que le secteur
privé n’était pas prêt à investir massivement dans une économie jeune et qu’il appartenait à
l’Etat d’amener la capacité productive nationale à un niveau garantissant la rentabilité de
l’investissement privé (Contamin, 1997). Il touche tous les secteurs certes, mais avec un
accent particulier sur l’industrialisation autour de l’import-substitution des produits agro-
alimentaires de grande consommation. Cette politique qui intervenait dans un contexte de
libéralisme économique mondial, est apparue pour beaucoup d’observateurs comme une
grande contradiction malgré des terminologies spécifiques d’un pays à l’autre tendant à
justifier ces choix. « En Côte-d’Ivoire, les thèses officielles présentent le modèle ivoirien
comme un libéralisme ouvert sur l’extérieur avec une importante intervention directe de
l’Etat. » (Bohoun Bouabré et Kouassy Oussou, 1997). Pour ces auteurs, cette caractérisation
est problématique à la fois au plan théorique et au plan pratique.

Au Cameroun, deux idéologies se succèdent à partir de 1960 : le « libéralisme


planifié » - sous la présidence de M. Ahmadou Ahidjo - et le « libéralisme communautaire » -
sous celle de M. Paul Biya – (Owona Nguini95), réactivé depuis le début de l’année 2009
dans les discours politiques. On peut y voir apparaître la même contradiction observée dans le
cas ivoirien. Tout en maintenant la logique de l’intervention de l’Etat, ces idéologies ont
toutes deux contribué à orienter les politiques publiques camerounaises vers une plus grande
participation de l’Etat au secteur productif. Entre 1977 et 1981, les capitaux étrangers
représentaient 28,6 milliards de FCFA des 59 milliards du capital social total des 100 plus
grandes entreprises au Cameroun (soit 48 %). Alors que les intérêts privés camerounais ne
représentaient que 8 % de ces investissements de 1980 (soit près de 4,8 milliards de FCFA),
essentiellement concentrés dans les brasseries et le tabac (Owona Nguini, Op. Cit.), l’Etat
détenant 44 % avec une forte participation dans l’agro-alimentaire.

L’implication directe de l’Etat camerounais dans la production agricole et le


ravitaillement des villes s’inscrit dans le double souci de dynamisation et de soutien d’un
secteur privé local naissant encore fragile, et de satisfaction d’une demande alimentaire
urbaine croissance. Le taux de croissance urbaine passe en effet de 28,1 % en 1976 à 37,9 %
en 1987 et de 48,8 % en 2005 (BUCREP, 2010). Cette implication s’est principalement située

95
[Link] (Consulté le 04 août 2009)
200

à deux niveaux majeurs de la chaîne alimentaire : la recherche agronomique et le financement


des entreprises agro-industrielles de production et de distribution. Elle a donné lieu à la mise
en place d’une chaîne alimentaire dont les principales composantes pour le Nord-Cameroun
se présentent ainsi qu’il suit (figure 42).

(Production et distribution des semences améliorées)


- Recherche agronomique (IRA)
- Production semencière (MIDEVIV)

Sources de financement - Production en régie


(Production vivrière)
(plantations MIDEVIV)
- FONADER Sociétés agro-industrielles : - Production contractuelle
- BCD
- SODEBLE - production traditionnelle
- Subventions de
- SEMRY (subvention des intrants
l’Etat
- MIDEVIV agricoles)
- Bailleurs de fonds

Structures de distribution urbaine


- MIDEVIV (magasins)
- Office Céréalier (magasins)

Consommateur final

Figure 42 : Schéma simplifié de la politique d’intervention de l’Etat dans la production et la distribution


vivrière au Nord-Cameroun (1960-1990)

A l’échelle nationale ce schéma intègrerait les complexes de palmeraies du littoral, les


complexes rizicoles et maraîchers de l’ouest et du Nord-Ouest. Il retrace la chaîne
d’intervention de l’Etat dans la production et la distribution vivrière au Nord-Cameroun de
1960 à 1990, année de fermeture de nombreuses sociétés publiques. Cette chaîne montre la
complémentarité entre les différentes structures spécialisées qui la composent (structures de
financement, de recherche, de production et de distribution). Les structures spécialisées de
distribution en ont constitué le troisième maillon, et à cet effet, deux organismes publics
avaient été créées : la MIDEVIV et l’Office Céréalier.
201

 la MIDEVIV

Créée en 1973 après le lancement de la révolution verte, la Mission de Développement


des Cultures Vivrières, Maraîchères et Fruitières (MIDEVIV) devient par le décret 84/1106
du 27 août 1984 la Mission de Développement des Semences et des Cultures Vivrières
(MIDEVIV). Cet établissement à caractère industriel et commercial avait des missions
diversifiées : production et distribution des semences, et commercialisation des produits
vivriers en fonction des zones agro écologiques du pays. Au-delà du souci de disponibilité, il
s’agissait de permettre à tous les citadins camerounais où qu’ils se trouvent, de consommer la
gamme variée des productions vivrières du pays. Les productions méridionales de racines,
tubercules et féculents étaient ainsi acheminées dans le nord, contrairement aux céréales,
légumes et légumineuses produites dans la partie septentrionale qui effectuaient le circuit
inverse. Au plan de la commercialisation, elle disposait des magasins de vente dans les chefs-
lieux de régions administratives, de département et d’arrondissement. Les produits vendus au
kg étaient proposés à des prix relativement plus intéressants par rapport à ceux du marché
libre (Simeu Kamdem, 1985).

Tableau 20 : Comparaison des prix appliqués par la MIDEVIV et le marché libre à Garoua en 1985
Prix du marché libre Prix de la MIDEVIV
Produits
(en FCFA/kg) (en FCFA/kg)
Macabo 133 70
Pomme de terre 200 100
Igname 83 70
Cossette de manioc 100 100
Huile de palme 300 (le litre) 250 (le litre)
Source : Simeu Kamdem (1985 : 341)

Si les prix appliqués par la MIDEVIV étaient assez attractifs et concurrentiels pour le
marché libre, la structure s’était très tôt trouvée dans l’incapacité de satisfaire la demande des
ménages urbains de la région. Créée dans la perspective de maîtriser au moins 20 % du
marché vivrier camerounais, les subventions de l’Etat permettaient à peine d’en maîtriser 5 %
à l’échelle nationale, près de 70 % du budget étant consacrés au fonctionnement de la
structure (Anonyme, 2009), traduisant l’importance du poids des acteurs privés dans le
commerce vivrier urbain. La MIDEVIV s’était ainsi vue confier une mission presque
impossible, ce qui présageait dès sa création son échec puisqu’elle cesse effectivement de
fonctionner en 1990. En outre, le fait qu’elle n’assurait pas la distribution des céréales dans le
Nord-Cameroun, base de l’alimentation, réduisait davantage son impact sur l’offre globale,
202

les productions méridionales représentant moins de 20 % dans la structure des bases


amylacées dans la région. Les céréales étaient de ce fait commercialisées sur le marché libre,
malgré les efforts de l’Office céréalier d’en assurer la régulation.

 l’Office Céréalier

Créé par décret N°75/440 du 21 juin 1975, l’Office Céréalier est un établissement
public à caractère industriel et commercial. Créé au départ pour agir exclusivement dans la
partie septentrionale, l’Office voit son champ d’action s’étendre sur l’ensemble du territoire
national avec le décret N°89/1806 du 12 décembre 1989. Son objectif était et demeure celui
d’intervenir sur les marchés des céréales en vue de constituer un stock régulateur permettant
la stabilisation des prix au cours de l’année et d’une campagne à l’autre par la maîtrise d’au
moins 10 % du marché.

L’Office céréalier a « survécu » de la vague de fermeture et/ou de privatisation des


organismes parapublics et publics certes, mais il n’a pas atteint son objectif de départ compte
tenu de la récurrence de l’instabilité des prix des céréales sur les marchés urbains du Nord-
Cameroun. La crise économique qu’a connue le Cameroun a considérablement impacté sur les
activités au cours de la période 1985-1995. La structure est engagée depuis une dizaine
d’années dans une série de réformes structurelles portant sur le mode d’acquisition des
céréales sur les marchés de production. Elle s’est arrimée en 2003 au système de passation des
marchés publics qui préconise la publication d’un appel d’offres national à l’intention des
opérateurs économiques locaux. Outre les retards dans l’achat émanant des lourdeurs
procédurières du système de passation des marchés publics au Cameroun, l’Office a dû au
cours de la période d’application de ce système acquérir les céréales à des prix très élevés
(plus de 140 % du prix pratiqué sur les marchés de production). Les produits étaient ainsi
revendus soit aux prix pratiqués sur les marchés libres en période de soudure, soit vendus à
des prix inférieurs aux prix d’achat entraînant inéluctablement la structure vers des déficits.

Cette dernière option a primé en raison de la mission sociale de la structure. Comme


conséquence, les deux années qui ont suivi l’adoption de ce système d’acquisition ont été
catastrophiques autant pour l’achat que pour la vente. En 2003 première année d’application
de ce système de marché, l’Office procède aux achats de 2919,3 tonnes pour ensuite connaître
une chute drastique en 2004 (160 tonnes) et 2005 (60 tonnes). En 2006 une subvention
spéciale de l’Etat permet de constituer un stock de 2400 tonnes de céréales. Malgré les achats
effectués en 2003, la structure n’a procédé à aucune vente au cours de cette année,
203

contrairement à 2004 et 2005 où elle a vendu respectivement 2534,4 tonnes et 3066,2 tonnes
(Annexe D), soit les stocks invendus de 2003 et 2004.

Depuis 2007 une nouvelle réforme a conduit à la réadoption du système d’achat direct
sur les marchés de production et/ou auprès des OP et opérateurs économiques capables
d’assurer la fourniture des stocks sollicités. Le retour au système d’achat direct permet à
l’Office d’identifier les zones à forte production dès le début des récoltes et de procéder à des
achats à des prix modérés. Depuis 2009 la structure semble progressivement sortir de la
léthargie dans laquelle l’a plongé la crise économique de la décennie 1980, grâce aux
ressources PPTE et IADM (170 millions de FCFA en 2009 et 500 millions de FCFA en
201096). Ces subventions ont permis d’acquérir 1300 tonnes de mil/sorgho et de maïs en 2009
et près de 3500 tonnes en 2010, pour une capacité totale de stockage de 50 000 tonnes dont
dispose l’Office97. Le maïs représente environ 80 % des céréales achetées et revendues en
période de soudure. La structure participe ainsi (volontairement ou non) à la recomposition du
modèle céréalier au profit du maïs. Malgré ces difficultés elle contribue autant que faire se
peut à la lutte contre la soudure dans les villes du Nord-Cameroun, compte tenu de la
sollicitation dont elle fait l’objet à certaines périodes de l’année (photos 8 et 9 ; encadré 2).

Photo 8 : Bon d’enlèvement des céréales dans les magasins de l’Office céréalier après paiement
Cliché : Fofiri Nzossié, août 2008 Garoua

96
259 163,329 euros et 762 245,086 euros.
97
Source : Entretien avec le Diercteur de l’Office Céréalier le 15 avril 2010 à Garoua (Cameroun).
204

Photo 9 : Bousculades pour l’achat des céréales à la direction générale de l’Office à Garoua
Cliché : Fofiri Nzossié, août 2008

Encadré 2
La priorité de l’acquisition des céréales dans les magasins de l’Office céréalier est
généralement accordée aux employés du secteur public. Chaque service fournit une liste de
son personnel souhaitant acquérir des céréales, chacun ayant droit à un ou deux sacs selon
son niveau de responsabilité au sein de la structure. Les travailleurs d’autres corps de métier
s’approvisionnent en se présentant directement aux guichets. On assiste ainsi à des scènes de
bousculades qui, selon les responsables de la structure, ont souvent donné lieu à des
altercations entre acheteurs. En août 2008 au cours de notre deuxième sejour d’enquêtes à
l’Office à Garoua, M. Tchahbigaye qui avait obtenu son bon d’enlèvement d’un sac de maïs
au guichet après paiement à 13h (photo 8), avait dû quitter sa maison à 5h00 pour espérer
être servi parmi les premiers. Après l’obtention du bon d’enlèvement il devait se présenter au
magasin pour entrer en possession de son sac.
Des cas de marchandages sont quelquefois dénoncés entre le personnel de l’Office et
certains commerçants qui s’approvisionneraient à des prix pratiqués par l’Office, pour
revendre plus cher sur le marché libre. Toutes ces pratiques concourent à fragiliser l’action
de la structure.

De l’analyse de l’implication de l’Etat dans le ravitaillement des villes, on aboutit à la


conclusion que ce dernier n’a jamais constitué un véritable concurrent pour les acteurs privés
de ce secteur particulièrement dans le Nord-Cameroun comme cela semble avoir été le cas
dans le Sud-Cameroun (Hatcheu, 2003), au regard du volume du commerce vivrier contrôlé et
du champ spatial d’intervention couvert. L’accent a été peu porté sur les voies et moyens de
créer un secteur privé compétitif et efficace dans la distribution vivrière, ou d’accompagner le
noyau d’acteurs existant au moment du retrait de l’Etat comme cela a été observé dans
certains pays en développement (Nigeria par exemple). Le sentiment d’un « Etat-concurrent »
205

perceptible auprès des acteurs privés découlerait surtout de l’effet impressionnant du


dispositif étatique observé lors de la mise en place des structures (MIDEVIV et Office
Céréalier) et qui fait très souvent penser à un contrôle total du marché par :

o la précision du cadre juridique des structures étatiques (celles-ci étant créées par décret
présidentiel et financées à partir des ressources publiques) qui garantit certaines
facilités (accessibilité aux bassins de production les plus enclavés, contractualisation
des achats avec les producteurs et groupements de producteurs…) ;
o la pléthore d’un personnel bien rémunéré ;
o l’importance des moyens logistiques qui dans la pratique contribuent bien plus à
alourdir le processus d’intervention qu’à faciliter sa mise en œuvre.

Ce sentiment serait également entretenu par l’absence ou l’insuffisance d’un cadre de


dialogue Etat-secteur privé qui permettrait d’établir un climat de confiance mutuelle et de
dégager clairement la responsabilité du secteur privé face à la délicatesse de la mission de
ravitaillement des villes. L’Etat intervient actuellement dans la chaine alimentaire à travers les
orientations qu’il tente de donner aux Bailleurs de fonds internationaux dans l’élaboration de
la politique agro-alimentaire du Cameroun, les investissements publics issus de l’aide
internationale, la délivrance des licences d’importation aux opérateurs privés et récemment
par sa tentative de réguler les prix des produits alimentaires en modifiant la TVA et les droits
de douane. Les formes d’intervention de l’Etat dans la chaine agro-alimentaire ont ainsi
évolué et en font un acteur déterminant dans tout le processus. Des mesures étatiques récentes
[ponctuelles pour les unes (défiscalisation des importations, organisation des caravanes
mobiles), durables pour les autres (création récente d’une Mission d’approvisionnement des
produits de grande consommation)] marquent un retour progressif dans la chaine agro-
alimentaire, même si le secteur privé reste au centre du processus d’approvisionnement des
villes.

4.1.2. Caractérisation des acteurs privés de l’approvisionnement vivrier au Nord-


Cameroun

Autant il est difficile de procéder à une classification rigoureuse des marchés vivriers
ruraux comme nous l’avons montré plus haut, autant on a du mal à identifier avec certitude
l’acteur de l’approvisionnement et de la distribution vivrière au Cameroun en général et au
Nord-Cameroun en particulier, tant l’activité regroupe des pluriactifs issus de divers corps de
métier. La crise économique de la décennie 1990 a « précipité » dans ce secteur de nombreux
206

compressés de la fonction publique, des diplômés de l’enseignement supérieur sans emplois


suite au gel des recrutements et des migrants ruraux ; en même temps qu’elle y a favorisé
l’arrivée des travailleurs du secteur public notamment victimes de la baisse de 70 % de leurs
salaires en 1993-1994, qui se sont insérés dans les opérations d’achat, de collecte, de
conditionnement, de transport, de vente gros et détail…). Cet ensemble de faits a contribué à
donner à la distribution vivrière au Cameroun, son visage de « secteur anarchique et peu
crédible ».

Dès les années 1970, les pouvoirs publics de nombreux pays de l’Afrique
subsaharienne marquent leur volonté de réorganiser ce secteur névralgique pour la stabilité
sociale des villes en croissance. Des études sont alors menées afin d’identifier les faiblesses et
les appuis envisageables. Elles aboutissent toutes à des conclusions qui remettent en doute
l’efficacité de l’intervention du secteur privé dans le domaine.

A l’issue d’une étude effectuée en 1971 sur le système de commercialisation des


produits vivriers en Côte-d’Ivoire, qualifié de « totalement désorganisé », « constitué de façon
spontanée et anarchique », à l’équilibre instable et totalement inefficace pour répondre aux
besoins du pays, une réforme commerciale fut engagée (Chaléard, 1996), ce qui favorisa
l’implication des pouvoirs publics à travers des structures spécialisées dans la distribution. Au
Cameroun, les revendeuses sont particulièrement la cible de nombreuses critiques dans la
même période. Si leur rôle irremplaçable est unanimement reconnu, il leur est reproché de
faire des marges brutes jugées trop élevées qu’elles prélèvent au cours de leurs transactions au
détriment des producteurs et des consommateurs.

Les capacités organisationnelles et managériales des acteurs privés sont contestées


depuis plus de 40 ans (N’Sangou Arouna, 1985), et l’échec des interventions de l’Etat a
davantage consolidé le contrôle qu’ils ont du ravitaillement des villes, malgré les formes
d’organisation contestées. Des travaux récents (Wilhelm, 1997a) ont par ailleurs montré que
d’une manière générale, les interventions autoritaires des Etats dans les circuits de
commercialisation ont été plus efficaces pour faire disparaître les produits des étals que les
sécheresses, les inondations ou les guerres. Citant Arditi (1993), l’auteur montre que
l’approvisionnement de N’Djamena (Tchad) en céréales n’a jamais cessé, même lorsque la
guerre civile transforma la capitale en champ de bataille. On peut citer dans le même ordre
d’idée le cas de la ville de Kampala, capitale ougandaise, affectée par 20 années de crise
207

géopolitique, et dont les formes d’organisation privées ont réussi à en assurer le ravitaillement
au cours de cette période (Calas, 1999).

Sur le plan réglementaire la nomenclature des activités au Cameroun est assez


imprécise en ce qui concerne la classification des différentes sous activités du secteur vivrier
(achat, collecte, conditionnement, transport, vente gros et détail…). Elle marque clairement
tout l’intérêt des pouvoirs publics pour le commerce des produits agricoles d’exportation
(cacao, café, coton, banane) dont l’exercice donne droit à un statut juridico-légal. Le vivrier
serait classé dans la catégorie générique de « autres produits agricoles » puisqu’aucune
précision n’est apportée à cet effet. Dans la classe n°031004 (branche n°031) destinée au
« Commerce de détail (sauf automobiles et motocycles) », il n’est nullement fait mention des
produits vivriers encore moins des produits alimentaires. Ces observations peuvent également
être faites dans le domaine du transport (branche 034).

Dans un tel contexte de flou juridique et réglementaire, le secteur de la distribution


vivrière n’est-il pas prédisposé à la « spontanéité, la désorganisation et l’anarchie » ? D’où
son assimilation au « berceau » du secteur informel. Plusieurs sous activités sont en effet
recensées dans le secteur informel qui abritait en 2005 90 % des actifs occupés (dont 55,2 %
dans le secteur agricole). Il fournit le plus d’opportunités d’insertion économique, même si les
conditions de travail y sont précaires, avec un revenu mensuel moyen de 27 300 FCFA98. Il
fournit des opportunités d’amélioration du revenu mensuel existant pour les travailleurs
d’autres corps de métier. Quelques exemples non exhaustifs d’opportunismes tirés de nos
enquêtes sont présentés ci-dessous. Les actions de leurs acteurs participent au maintien en
équilibre relatif des filières vivrières.

- le transport occasionnel des vivres par un camionneur dont l’activité principale est
le transport des produits hydrocarbures ; ou par un véhicule de l’armée ou de toute
autre administration publique revenant d’une mission ;
- le stockage spéculatif d’une centaine de sacs de céréales ou de légumineuses par
un fonctionnaire attentif aux évolutions du marché local, qui, une fois la vente faite
en période de hausse des prix, pourrait se retirer du secteur pour plusieurs années
ou définitivement ;

98
Soit 41,61 euros. Source : Institut National des Statistiques du Cameroun (2005). Principaux résultats de
l’enquête sur l’emploi et le secteur informel au Cameroun en 2005.
208

- la ménagère qui installe un étal de fruits, légumes et/ou céréales devant sa porte et
qui, dès la reprise des travaux champêtres, rentre dans son village durant la
campagne agricole (plus de 6 mois)…

Il s’agit là d’autant d’intervenants opportunistes qui participent au fonctionnement des


filières vivrières, et qui n’en sont pas moins des acteurs. Cette situation attribuable à l’absence
d’un cadre réglementaire spécifique, permet également de comprendre toute la difficulté des
pouvoirs publics à établir des cadres de concertations avec des intervenants difficilement
mobilisables tant dans l’espace que dans le temps. Malgré cette absence d’organisation
apparente, la permanence du ravitaillement des villes indique tout de même l’existence des
formes de coordinations efficaces au sein des filières. Il a été établi que les circuits privés
d’approvionnement ont réussi non seulement à organiser des flux réguliers sur les villes en
produits vivriers de base (céréales, tubercules, féculents) qui composent encore une très
grande part de l’alimentation urbaine et domestique, mais ils ont su aussi s’ajuster aux
changements de cette demande et répondre à celle de nouveaux secteurs tels que la
restauration populaire, la fabrication de plats cuisinés, les filières de transformations
artisanales agro-alimentaires (Paulais et Wilhelm, 2000).

En définitive, tout en reconnaissant la difficulté qu’il y a à déterminer l’acteur de


l’approvisionnement et de la distribution vivrière au Cameroun, nous considérons comme
acteur, toute personne physique ou morale qui participe de quelques manières que ce soit à
l’acheminement des vivres du champ au panier de la ménagère, quel que soit son degré
d’implication dans le secteur.

4.2. Le fonctionnement des réseaux marchands locaux


Malgré la montée de l’agriculture urbaine et la place des échanges intra-familiaux, les
circuits marchands fournissent encore l’essentiel des approvisionnements céréaliers. Il faut
distinguer deux sous-secteurs spécifiques dans les filières céréalières qui participent à cet
approvisionnement : celui des productions locales (mil/sorgho, maïs et riz) et celui des
produits d’importation (riz). Chacun des sous-secteurs se caractérise par des formes
d’organisation, des intervenants et du système de fonctionnement qui lui sont propres. Il ne
s’agit pas de procéder à une étude systématique des filières céréalières qui relève plus de
l’économie que de la géographie.
209

4.2.1. Une dispersion spatiale des circuits céréaliers locaux

Les systèmes d’approvisionnement vivrier des villes camerounaises sont généralement


caractérisés par la coexistence de différents types de circuits et de réseaux, sans que l’on
puisse toujours saisir avec précision comment ceux-ci s’articulent dans le temps et dans
l’espace, leurs relations exactes de concurrence, de complémentarité ou de dépendance. C’est
le cas de Douala dont l’aire d’approvisionnement se confond actuellement à l’ensemble du
territoire national (Hatcheu, 2003).

Dans le Nord-Cameroun, trois spéculations participent à la formation des circuits


céréaliers locaux : le mil/sorgho, le maïs et le riz. Si les points de convergence restent les
principales villes chefs-lieux des régions administratives, on assiste par contre à une très
grande dispersion spatiale des zones d’achat des acteurs de ce commerce. Celles-ci épousent
la configuration des marchés ruraux qui se caractérisent également par leur grande
dissémination dans l’espace. L’Extrême-Nord par sa superficie réduite par rapport à celle de
l’Adamaoua et du Nord est un espace de forte densité des marchés ruraux où s’imbriquent une
multitude de circuits, contrairement aux deux autres régions administratives (figure 43). Les
chefs-lieux de régions (Maroua, Garoua et Ngaoundéré) sont à la fois les principaux centres
de consommation de la production céréalière locale et des points de transit de l’excédent
commercialisé vers le Sud-Cameroun et les pays voisins.

La cartographie des différents circuits d’approvisionnement montre qu’en période de


plus grande disponibilité (octobre-mai) les principales villes sont généralement alimentées par
des localités situées dans un rayon de 200 km quel que soit le type de céréale. Pour la ville de
Maroua, les localités qui participent à son approvisionnement en mil/sorgho forment une
auréole d’une centaine de km, contrairement à Garoua et davantage Ngaoundéré dont le
champ d’approvisionnement est relativement plus étendu (le cas de Touboro éloigné de
Ngaoundéré de 203 km). Le mil/sorgho et le maïs forment les circuits les plus denses et les
plus complexes des trois types de céréales. Cette densification et cette complexité attestent de
l’importance de ces céréales dans l’alimentation et le commerce vivrier, en même temps
qu’elles montrent la grande dispersion des points d’achat par les grossites.

En outre, la densification des circuits de mil/sorgho qui convergent vers Maroua


corrobore également l’hypothèse de la concentration de sa consommation dans cette ville,
moins que les deux autres. Mil/sorgho et maïs font par ailleurs l’objet de longues distances
autant en période de plus grande disponibilité qu’en période de soudure (particulièrement
210

pour le maïs qui à l’échelle régionale, parcourt quelques fois près de 400 km de Ngong à
Kousseri les mois d’août et septembre). Le riz fait l’objet de circuits très localisés dans
l’Extrême-Nord avec une forte orientation à l’exportation vers le Nigeria et le Tchad
(figure 43).

On constate que la structure des circuits de commercialisation s’appuie sur celle des
marchés vivriers régionaux. Les différents marchés à dominance de mil/sorgho, de maïs et de
riz constituent les points de départ des circuits vers les villes, les marchés de regroupement
n’assurant qu’une fonction d’espace de transit pour les marchés de gros à la consommation.
Peut-on cependant émettre l’hypothèse d’une spécialisation des circuits céréaliers dans le
Nord-Cameroun ? La compréhension du rôle des acteurs du commerce de gros permet
d’apporter des réponses à cette interrogation.
211

Figure 43 : Circuits de commercialisation des céréales locales dans le Nord-Cameroun


212

[Link]. La difficile délimitation de la fonction de gros

Traiter de la fonction de grossiste suppose d’aborder la question du commerce de gros


dans son ensemble, ce qui prend en compte autant l’espace marchand que les acteurs. Les
marchés de gros sont des emplacements et infrastructures physiques et sont soumis aux règles
de fonctionnement du système de commercialisation de gros. Ils rassemblent les opérateurs
(grossistes) qui sont en liaison d’une part avec l’amont du circuit – production -, d’autre part
avec l’aval, les acheteurs – détaillants - (Tollens, 1997). Cette définition exclut donc les
échanges directs entre grossiste et consommateurs assez réguliers dans la région. Plusieurs
études (FAO, 1994 ; Tracey-White, 1997 ; Tollens, 1997 ; Argenti, 1999) ont en effet montré
qu’il n’existe pas de véritables marchés de gros dans les pays en développement en général, et
en Afrique subsaharienne en particulier mais des formes traditionnelles de marchés de gros
qui relient producteurs et consommateurs (Tracey-White, Op. Cit.). Cette situation tient
surtout au fait de la difficile délimitation entre marché de gros et marché de détail, la fonction
de vente de gros étant souvent noyée dans les marchés de détail. Pour Tollens (Op. Cit.) le
besoin de création d’un marché de gros se fait sentir à partir d’une population d’au moins un
million d’habitants, critère peu ou pas considéré. Partant des fonctions des acteurs, Galtier et
al. (2002) distinguent deux types de marchés de gros en Afrique :

- les marchés de gros à la production ;


- les marchés de gros à la consommation situés dans les zones urbaines.

Cette structuration établit une segmentation et une certaine spécialisation des acteurs
en grossiste des zones de production (GP) et grossiste des zones de consommation (GC) et les
rapports qui existent entre eux. Les GC s’approvisionnent auprès des GP et revendent les
produits à des détaillants et consommateurs urbains (Galtier et al., 2002). Les échanges se
font sur le principe du gré à gré et ne s’inscrivent pas dans un système commun de définition
des prix. Toutes les principales villes du Nord-Cameroun disposent d’un réseau de marchés
périphériques qui jouent à certains égards les fonctions de marchés de gros à la
consommation, les distances variant entre 10 et 60 km selon les cas (tableau 21).
213

Tableau 21 : Les marchés vivriers des villes chef-lieu de province du Nord-Cameroun (2009)
Ville Marché Jour du marché Distance de la ville (km)
Dang Dimanche 15
Mbang-Mboum Mercredi 60
Ngaoundéré
Mbé Vendredi 90
Womé (Nganha) Jeudi 60
Ouro Mal (derrière aéroport) Mardi 10
Babla Mardi 10
Sanguéré Ngal Samedi 15
Sanguéré Paul Mercredi 18
Poukloukou Samedi 15
Galbidjé Samedi 15
Djadjé Samedi 15
Nakong Samedi 20
Boum Aviation Lundi 10
Garoua
Perma Gaschiga Lundi 20
Katasko Samedi 15
Nassarao Samedi 15
Boklé Mardi 18
Pitoa Dimanche 15
Djefatou Jeudi 15
Mayo Dadi Samedi 15
Djalingo Mardi 18
Ouro Labo Mardi 10
Marché ouro tchédé Dimanche 9
Maroua Marché de Salak Samedi 20
Marché de Kodek hebdomadaire 10
Sources : Enquêtes de terrain (2007-2009)

Il s’agit dans leur totalité des marchés des campagnes proches facilement accessibles
aux détaillants et semi-grossistes, mais également aux consommateurs disposant d’un moyen
de déplacement personnel. Ils sont surtout animés par les femmes et les enfants qui peuvent y
vendre directement leurs récoltes. Ils fonctionnent selon le principe des marchés ruraux avec
un calendrier hebdomadaire rotatif qui ne tient pas compte de la localisation géographique du
marché par rapport à la ville, mais vise surtout à permettre leur fréquentation par l’ensemble
des acheteurs. Les producteurs y vendent directement leurs récoltes, ce qui limite
l’implication des intermédiaires qui caractérisent les filières vivrières en général et céréalières
en particulier. Il s’agit des marchés dominés par des circuits courts. En l’absence
d’aménagement de véritables marchés de gros à la consommation, les grossistes de plus en
plus nombreux exercent leurs activités à la lisière des marchés urbains de détail.
214

Bien que le commerce vivrier de gros ait toujours existé, son développement au cours
de ces dix dernières années s’inscrit surtout dans un contexte de mutations de
l’environnement agro-économique et démographique observées au sein des filières agro-
alimentaires locales. Ces mutations sont à mettre partiellement en relation avec la crise
cotonnière qui a fortement déstabilisé l’économie rurale longtemps basée essentiellement sur
la culture du cotonnier, et face à laquelle les agriculteurs ont développé des stratégies de
diversification agricole sur des spéculations davantage rentables, et dont la vente permet la
mobilisation des fonds de démarrage pour de nombreux grossistes.

Une analyse globale de ces acteurs rendrait peu compte de leur diversité et de leurs
stratégies qui varient en fonction de leur lieu d’installation. On distinguera à cet effet le
grossiste installé sur le marché urbain de celui basé à proximité des bassins de production.

[Link]. Caractérisation socioprofessionnelle des grossistes

Dans plusieurs groupes ethno-linguistiques du Nord-Cameroun, la production des


richesses du ménage incombe théoriquement à l’homme. Cette considération culturelle a
contribué à façonner la structure par sexe de plusieurs secteurs d’activités génératrices de
revenus. Le commerce régional de gros reflète cette segmentation.

80 % des acteurs sur les marchés de gros à la consommation sont de sexe masculin, la
proportion est plus importante sur les marchés de production et ceux de regroupement où l’on
atteint les 90 % (Siri, Ngong, Mada). Les femmes opèrent généralement au sein des filières
domestiques des produits agricoles (restauration, extraction de l’huile d’arachide, brassage de
la bière de mil…), ou dans la vente au détail. Au-delà du facteur culturel, la faible présence
des femmes pourrait s’expliquer par leur difficulté à mobiliser un capital de départ assez
conséquent pour le commerce de gros comme on le verra plus loin. Leurs activités génèrent
de petits revenus journaliers, hebdomadaires ou mensuels (5 000-25 000 FCFA)
prioritairement orientés dans le fonctionnement du ménage. Les femmes impliquées dans
l’activité sont soit des pluriactifs originaires du Sud-Cameroun dont le commerce constitue
une activité secondaire (fonctionnaires), soit des détaillantes dont le pouvoir financier permet
de s’approvisionner directement dans les zones de production.

Dans l’ensemble l’activité est contrôlée par les ressortissants du Nord-Cameroun


(80 %). Les 20 % restants sont composés des ressortissants de l’Ouest, du Centre ; des
étrangers nigérians et gabonais. Les populations de l’Extrême-Nord semblent s’être imposées
dans la vente des céréales. Elles sont assez présentes sur tous les marchés contrairement à
215

celles du Nord et surtout de l’Adamaoua. Ce fait est à mettre en relation avec l’activité
dominante de chaque région et la propension à la mobilité du groupe. La pratique de l’élevage
bovin plus rentable dans l’Adamaoua et relativement dans le Nord en a fait le centre d’intérêt
de nombreuses personnes souhaitant s’investir dans le commerce. Le commerce bovin y
intéresse davantage les populations que celui du vivrier. L’absence d’un tissu industriel dans
l’Extrême-Nord, les faibles possibilités de développement de l’élevage bovin en raison de la
rigidité du climat offrent peu d’alternatives aux ressortissants qui souhaitent exercer une
activité génératrice de revenu autre que l’agriculture. Le commerce vivrier est très vite apparu
comme la seule alternative susceptible d’offrir des perspectives d’accumulation dans cette
région.

Le commerce des produits manufacturés qui nécessite une importante mobilisation des
ressources financières est l’apanage des Haoussa, Arabes Choa et Foulbé, ces derniers
pouvant constituer leur capital à partir des ressources de l’élevage ou des réseaux sociaux
structurés autour de la religion. 50 % des acteurs sont musulmans dont les Nigérians qui ont
su tisser de puissants réseaux commerciaux en s’appuyant sur le facteur religieux.

La jeunesse de la majorité des grossistes montre qu’il y a soit un renouvellement de


l’ancienne génération soit une plus grande implication récente des jeunes. En effet la
moyenne d’âge est de 35 ans. La majorité des acteurs ont une ancienneté dans l’activité ne
dépassant pas 10 ans, même si le plus ancien de notre échantillon exerce depuis 30 ans. Pour
la plupart le commerce constitue l’activité principale à côté de l’agriculture. Le commerce en
général et celui du vivrier en particulier est vite apparu dans les villes et campagnes
camerounaises comme un refuge pour de nombreux actifs sans qualifications. Cet état de
chose est perceptible à travers une certaine imprécision dans les raisons du choix de l’activité.
La presque totalité des répondants mentionne le besoin d’exercer absolument une activité
rémunératrice permettant d’améliorer les conditions de vie. D’aucuns n’hésitent pas à parler
d’aventure commerciale. La souplesse de la réglementation y a beaucoup contribué.

Le paiement de l’impôt libératoire d’une valeur de 48 000 FCFA/an pour tout


commerçant dont la valeur du capital initial est inférieure à 15 000 000 FCFA99 constitue la
principale condition à l’exercice de l’activité. Cette souplesse a favorisé la prolifération des
acteurs du commerce de gros. Le niveau moyen d’instruction est la classe de cinquième. Les

99
22 867, 353 euros.
216

pluriactifs fonctionnaires, et agents des sociétés para étatiques (SODECOTON) ont en général
les niveaux de formation les plus élevés (second cycle du secondaire et supérieur). La
présence d’anciens étudiants dans le secteur comme employés témoigne des difficultés
d’insertion des actifs qualifiés dans les secteurs formels, mais aussi des difficultés à mobiliser
un capital financier conséquent permettant d’être indépendant. Les OP sont de plus en plus
présentes dans la vente de gros. Cette implication est encouragée et soutenue par des acteurs
locaux de développement (CDD, ONG, SODECOTON…)100. Généralement basées dans les
zones de production, ces organisations s’intéressent davantage aux marchés sud-camerounais
que locaux et contrairement aux acteurs individuels, elles bénéficient de nombreuses
opportunités de financements formels (banques, dons, subventions).

[Link]. La problématique du financement du commerce de gros

Le financement du commerce vivrier a toujours posé un souci majeur au secteur privé


en l’absence d’un cadre macro économique spécifique à l’activité. Le système bancaire
camerounais est assez rigide par ses conditions d’accès aux crédits à l’égard des acteurs de ce
secteur notamment ceux impliqués dans le vivrier local, contrairement aux importateurs (taux
d’intérêt élevés, garantie immobilière). Historiquement, l’Etat camerounais ne leur a jamais
apporté un appui financier substantiel contrairement à des initiatives observées dans certains
pays en développement. Au Mexique par exemple, l’Etat soutient dans les années 70
l’émergence du secteur privé dans l’approvisionnement alimentaire des campagnes et des
villes par la mise en place d’un système de crédits à des groupes ou des particuliers pour
l’installation des grands magasins sous forme de contrats. Cette politique aboutit à la création
en 1977 de 6 000 magasins ou boutiques distribuant les aliments à des prix subventionnés
(Cecile et Hoffemann, 1991). Les grossistes enquêtés ont mentionné le faible pouvoir
financier comme étant une contrainte majeure au développement des filières céréalières
locales. Les contraintes financières limitent la capacité du grossiste à constituer sur le marché
de gros à la consommation un stock de produits lui permettant de réduire le nombre de
déplacements au cours du mois sur les marchés de production. Nous avons identifié cinq

100
Le Groupement des agriculteurs modernes de Tokombéré (Gamtok) dans le Nord Cameroun est l’un des
groupes mis en place avec l’appui des organisations locales au développement. Le Gamtok rassemblait en 1997
180 groupements de 10 à 15 personnes. Il a bénéficié de l’appui de la Maison du paysan, créée en 1990 avec le
soutien du CDD. Ses activités portent sur la commercialisation des graines alimentaires sur les marchés du Sud-
Cameroun. Les volumes commercialisés via le Grenier Nord Sud à Yaoundé sont passés de 560 à 800 sacs entre
1994 et 1997 (environ 50 % arachide, 35 % mil et 15 % haricot), grâce à l’encadrement technique des partenaires
(Anonyme, 1998).
217

sources qui participent actuellement au financement du commerce de gros des céréales locales
dans le Nord-Cameroun.

- les dons et autres formes d’appuis financiers obtenus des familles et de diverses
relations sociales. Les montants se situent autour de 100 000 FCFA101 et
constituent une base de départ significative pour de nombreux petits grossistes. Ils
sont par contre contraints de multiplier les voyages sur les marchés de production
(au moins une fois par semaine) pour fidéliser leurs clients qui sont des détaillants,
transformateurs ou ménages. Leur capacité d’achat par voyage reste très faible
(moins de 10 sacs de 100 kg selon le type de céréale et la saison) ;

- les emprunts dans les tontines et autres mouvements associatifs représentent la


source de financement de départ d’environ 70 % des 40 grossistes enquêtés en
général, et de 50 % de ceux dont le capital de départ est supérieur à 200 000 FCFA
en particulier. Les associations d’entraide au sein desquelles s’organisent les
tontines sont devenues d’importantes sources de financement des activités du
secteur informel au Cameroun. Initialement restreinte à quelques groupes
ethniques du Cameroun, la pratique des tontines s’est étendue au-delà du cadre
ethnique pour atteindre les milieux professionnels où elles participent à la cohésion
des membres. Brenner et al. (1990) montrent que les tontines contribuent de façon
significative à la création des entreprises au Cameroun, car la déontologie de ces
tontines est une déontologie d'investissement et de capitalisation entièrement
tournée vers l'utilisation utile des fonds reçus des autres membres de
l’association102.

Ces facilités d’accès au financement à travers les réseaux d’associations ont


contribué au rapprochement des acteurs, particulièrement les non musulmans de
plus en plus impliqués dans le commerce céréalier. Car en théorie l’Islam interdit
toute forme d’emprunt assorti d’un taux d’intérêt. Ceci expliquerait l’absence de
pratique des tontines au sein des communautés musulmanes. Dans la pratique
cependant de nombreux commerçants musulmans sollicitent des crédits auprès des
banques et institutions de micro finance. Sous le régime du président Ahmadou
Ahidjo (1960-1982) de nombreux commerçants et hommes d’affaires originaires

101
152 euros.
102
[Link] (Consulté le 05 août 2009)
218

du nord auraient bénéficié d’importants crédits bancaires qui leurs ont permis
d’investir dans divers secteurs dont l’élevage bovin, le transport et l’agro-
alimentaire, que beaucoup auraient malheureusement eu du mal à rembourser.
Grands opportunistes ces commerçants musulmans ont su diversifier leurs activités
en s’impliquant dans la production et la vente de gros des céréales et légumineuses
sans toutefois abandonner leurs activités principales (transport marchand et
commerce des produits manufacturés) ;

- les reconversions et/ou les transferts de fonds d’une activité à une autre sont deux
sources complémentaires de plus en plus courantes. La reconversion concerne
ceux des acteurs qui, exerçant initialement une activité différente du commerce de
gros, s’y investissent entièrement en abandonnant la précédente (travailleur du
secteur public ou privé à la retraite, vendeur de carburant frelaté, transporteur…).
Cette reconversion s’accompagne dans la plupart des cas d’un transfert de fonds.
Dans d’autres cas ce transfert se fait sans reconversion. Il concerne les pluriactifs
(agriculteurs, éleveurs, travailleurs du secteur public ou privé, commerçants de
produits manufacturés, gros transporteurs) dont la vente de gros est prise comme
activité secondaire. Les agents des secteurs publics et privés ont fait « irruption »
dans l’activité ces 10 dernières années. Le capital de départ provient de plusieurs
sources (épargnes salariales, emprunt dans une tontine, crédit bancaire obtenu sur
garantie du matricule solde). D’importants transferts de fonds proviennent surtout
des gros producteurs vivriers et des éleveurs dont la vente des récoltes ou des
produits d’élevage alimente le fond de roulement pour le commerce céréalier. Ces
quatre catégories de personnes (enseignants, agronomes, élites urbaines engagées
dans la production agricole et éleveurs) mobilisent les montants les plus élevés
(plus de 2 000 000 FCFA103) ;

- les emprunts auprès des EMF, secteur qui a connu un essor remarquable depuis les
années 1990 à la faveur des lois n°90/053 du 19 décembre 1990 sur la liberté
d’association, et n°92/006 du 14 août 1992 relative aux sociétés coopératives et
aux groupes d’initiative commune. Les EMF ont une réglementation assez souple
en matière d’accès aux financements, ce qui leur a valu une plus grande
sollicitation de la part des acteurs du secteur privé en général et des petits

103
3 000 euros.
219

commerçants en particulier. Les EMF ont notamment su pallier l’absence criarde


du secteur bancaire classique dans les villes petites et moyennes et surtout dans les
campagnes. Elles participent de plus en plus à l’appui au regroupement et à la
professionnalisation des opérateurs économiques, les crédits étant prioritairement
accordés aux associations, GIC et coopératives ;

- l’appui étatique à travers les programmes et projets. Dans le cadre de la lutte


contre la pauvreté, l’Etat du Cameroun a élaboré avec l’appui de ses PTF de
nombreux programmes et projets centrés sur la jeunesse. En 2008 le ministère de
la jeunesse comptait 16 programmes et projets dans son portefeuille dont plus de la
moitié comprenant une composante financière d’appui à la jeunesse. Le ministère
de l’emploi et de la formation professionnelle a mis en place le Programme
d’appui au secteur informel qui soutient des initiatives individuelles et
communautaires à travers des prêts remboursables sur une durée de 60 mois à un
taux de 6 %. Les montants varient suivant la nature du projet et peuvent s’élever
jusqu’à 2 000 000 FCFA à condition qu’il soit générateur d’emplois. Toutes ces
actions relativement récentes des pouvoirs publics financées à partir des ressources
PPTE viennent ainsi s’ajouter au Fonds National de l’Emploi (FNE), créé en 1990
et dont les mécanismes d’intervention touchent la population tant rurale qu’urbaine
sur le chapitre de l’emploi, mais aussi à l’appui à l’émergence d’un entrepreneuriat
jeune en particulier à travers le financement des projets. 15 % des grossistes
affirment cependant avoir fait recours aux financements publics et 5 % à peine en
ont bénéficié après au moins deux sollicitations. Les montants reçus varient entre
250 000 FCFA et 1 000 000 FCFA selon la nature du projet soumis à financement.

Toutes ces sources participent au financement des filières céréalières locales certes,
mais elles restent tout aussi précaires notamment par la durée d’investissement du
financement obtenu. Qu’il s’agisse des tontines ou des micro-crédits obtenus des EMF,
l’échéancier de remboursement se situe entre 12 et 15 mois, période jugée insuffisante par les
grossistes pour générer des bénéfices permettant de constituer un fonds propre substantiel. Cet
échéancier correspondant dans le meilleur des cas à deux campagnes de récoltes au terme
desquelles le prêt doit être remboursé, ce qui est susceptible de compromettre la régularité de
l’offre urbaine par l’instabilité et l’insécurité financières des acteurs. Il y a donc un besoin de
soutenir financièrement les acteurs du commerce de gros des céréales locales pour améliorer
la qualité de l’offre régionale. Car dans un contexte de forte concurrence liée à la pénétration
220

du marché vivrier par les grossistes étrangers détenteurs d’un pouvoir financier substantiel les
acteurs nationaux se trouvent fragilisés.

Dans l’ensemble les acteurs peuvent être regroupés en quatre catégories en fonction de
la valeur de leur capital initial (figure 44).

- Première catégorie : montant du capital initial inférieur ou égal à 200 000 FCFA ;
- Deuxième catégorie : montant du capital initial compris entre 200 000-
500 000 FCFA ;
- Troisième catégorie : montant du capital initial compris entre 500 000-
1 000 000 FCFA ;
- Quatrième catégorie : montant du capital initial supérieur à 1 000 000 FCFA.

Figure 44 : Distribution des grossistes de mil/sorgho, maïs et riz local selon la valeur du capital initial

Cette catégorisation met en exergue l’importance de ceux que nous nommons les
« petits grossistes » dont la valeur du capital initial est inférieure ou égale à 200 000 FCFA.
Ils sont dans leur grande majorité indépendants et représentent près de la moitié de la
distribution. Ils assurent néanmoins par leurs stratégies l’essentiel des approvisionnements
céréaliers urbains contrairement aux moyens et gros opérateurs plus tournés vers les marchés
méridionaux et transfrontaliers.

4.2.2. L’acquisition et l’acheminement des produits vers les villes

Les villes, centres de consommation de l’excédent de la production paysanne


commercialisée mobilisent une aire d’approvisionnement assez étendue. Selon le contexte
221

chaque grossiste élabore des stratégies qui lui permettent d’acquérier le maximum de produits
à moindre coût en vue de maximiser ses bénéfices. Ces stratégies d’approvisionnement des
villes s’élaborent à partir d’une série de facteurs convergents dont les plus significatifs
concernent :

- la relative spécialisation des zones de production ;


- la distance géographique entre les zones de production et de consommation ;
- la saisonnalité/disponibilité des produits sur les marchés de gros à la production et
les marchés de regroupement ;
- la surface financière de l’acteur ;
- la destination finale du produit (marché régional ou sud-camerounais) ;
- le lieu de résidence du grossiste.

Sur le plan organisationnel, l’approvisionnement mobilise les circuits courts et les


circuits longs. De façon conceptuelle, le circuit court exprime une proximité entre le
producteur et le consommateur. Celle-ci peut être soit relationnelle soit spatiale. La distance
relationnelle est fonction du nombre d’intermédiaires qui vont simultanément s’accaparer de
la valeur et de l’information utile. La distance spatiale est la mesure du chemin à parcourir
entre le lieu de production et celui de vente. Celle-ci peut être fixée par des associations de
consommateurs ou des pouvoirs publics à 50, 100 ou 150 km. Dans les faits l’on tend
cependant à privilégier le nombre d’intermédiaires pour repérer la nature des circuits. Le court
est donc d’abord un circuit de proximité relationnelle qui fait intervenir zero à un
104
intermédiaire entre le producteur et le consommateur . Le circuit long se caractérise par
l’implication d’au moins deux intermédiaires qui participent au transfert du produit du
producteur au consommateur, soit sous sa forme brute, semi transformée ou totalement
transformée. Dans les pays développés un des circuits les plus longs correspond à la
production agro-industrielle (Leader II, 2000). En Afrique subsaharienne, les circuits longs du
vivrier tout en impliquant plusieurs intermédiaires dont le nombre peut dépasser quatre selon
le type de produit, assurent majoritairement le transfert des produits du producteur au
consommateur sous leur forme brute. Le niveau de contribution de chaque type de circuit à
l’approvisionnement urbain (court ou long) varie d’un espace à un autre.

104
[Link] (consulté le 13 février 2011).
222

[Link]. La mobilisation des circuits courts dans les approvisionnements saisonniers de


proximité

Les circuits courts sont animés par certains producteurs des campagnes proches des
principales villes régionales (30-100 km) et les petits grossistes-détaillants au faible pouvoir
financier (moins de 200 000 FCFA) qui constituent l’essentiel des effectifs des acteurs. Les
achats des grossistes-détaillants résidant généralement en ville portent sur de faibles quantités
(10-20 sacs de 100 kg). Ils s’approvisionnent directement auprès des producteurs sur les
marchés de gros à la production. Les achats sont effectués soit en petites quantités dans des
seaux et cuvettes de 15 à 30 kg, puis conditionnés dans des sacs en polyéthylène de 100 kg ;
soit en sacs de 100 kg auprès des producteurs qui pour une raison ou pour une autre, vendent
des quantités importantes de leurs récoltes. En général les paysans écoulent de petites
quantités de leurs récoltes prelevées sur leurs stocks pour résoudre des problèmes ponctuels
d’acquisition des produits de première nécessité (huile, pétrole, savon…), des biens
d’équipement ; résoudre des problèmes de santé, de scolarité des enfants, de célébrations
d’évènements religieux et traditionnels... Dans ce contexte, il n’existe aucune relation
particulière entre acheteurs et vendeurs et les achats se font rarement auprès des mêmes
producteurs d’un jour de marché à un autre. Cette situation justifie la commercialisation des
stocks urbains constitués de plusieurs variétés quelquefois dans les mêmes sacs (cas récurrent
du mil/sorgho et du maïs).

Un deuxième schéma qui a été observé est celui qui met en relation producteurs et
grossistes-détaillants, producteurs et transformateurs et enfin producteurs et consommateurs
urbains sur les marchés de gros à la consomamtion. Les producteurs parcourent généralement
moins de 100 km et disposent des quantités relativement plus importantes que celles offertes
sur les marchés de gros à la production (2-4 sacs de céréales). La vente directe permet aux
ménages à revenus mensuels de s’approvisionner sur les marchés de gros à la consommation
les fins de mois. Ils peuvent ainsi achêter au même prix que les revendeurs urbains.
223

Ménages urbains
Petit gossiste-
détaillant
Restauratrices/eurs
Producteur

Ménages urbains

Transformateurs

Figure 45 : Organisation des circuits courts d’approvisionnement urbain

Les fréquences de déplacement des grossistes-détaillants sur les marchés de gros à la


production varient avec la saisonnalité des produits. Elles se situent entre 4 et 12
déplacements par mois en période post récolte (octobre-avril), beaucoup moins qu’en période
de faible disponibilité (mai-septembre). A cette deuxième période les acheteurs s’orientent
presqu’exclusivement vers les marchés de regroupement contrôlés par les grossistes qui ont
une surface financière permettant de stocker les produits, les excédents commercialisables
étant pratiquement épuisés dans les campagnes.

Les marchés de regroupement se développent de plus en plus dans les petites villes
chefs-lieux d’unités administratives. Ces localités bénéficient de la proximité d’un chapelet de
zones de production enclavées d’une part, et de leur accessibilité à partir de grands centres
urbains d’autre part. Ces éléments ont favorisé l’émergence d’une classe de grossistes
spéculateurs pour qui le commerce vivrier est une activité secondaire ou complémentaire. Ils
se recrutent parmi les travailleurs des secteurs publics et privés, les gros producteurs et
éleveurs installés dans la localité (tableau 22). Ils assurent à partir de leurs relations
professionnelles, ethniques et familiales la collecte, le conditionnement et le stockage des
produits. Les avantages de services sont quelquefois mobilisés par certains fonctionnaires
dans le transport des produits des marchés de gros à la production ou chez les producteurs
(véhicules administratifs), et le stockage temporaire qui se fait dans les structures publiques
ou les résidences de fonction (agronomes) réduisant ainsi les charges. Ils sont attentifs à
l’évolution des prix sur les marchés urbains et ruraux et connaissent les périodes propices
d’achat à la récolte et de vente au cours de la soudure.
224

Tableau 22 : Distribution des grossistes enquêtés en fonction de leur statut principal


N° Activité principale Pourcentage
1 Administrateur 3
2 Agent_Brasserie 3
3 Agent_SODECOTON 5
4 Agronome 8
5 Chercheur_IRAD 3
6 Grossiste 45
7 Producteur 8
8 Grossiste_transporteur 15
9 Eleveur_bovin 3
10 Enseignant 8
11 Transporteur 3
Total 100
Source : Enquêtes de terrain (2008)

Tout comme les associations et organisations de producteurs de plus en plus impliqués


dans le stockage spéculatif et la vente de gros avec l’appui de plusieurs organismes de
développement, les grossistes des zones semi rurales sont plus intéressés par les marchés
urbains sud-camerounais ou transfrontaliers plus générateurs de bénéfices substantiels que les
marchés urbains nord-camerounais. Le groupe Kawtal105 de Bashéo qui porte le nom de la
localité située à une trentaine de km de Garoua compte 32 membres tous de sexe feminin. Il a
bénéficié en 2004 d’un micro crédit d’un montant de 1 561 500 FCFA du PARFAR à un taux
d’intérêt de 14 % avec un échancier de 12 mois. Le groupe a établi avec un éleveur de volaille
à l’Ouest-Cameroun un partenariat qui garantit la vente de sa production annuelle qui se situe
autour de 130 sacs de maïs. Selon Madame Halimatou présidente du groupe, seule la vente
sur le marché sud-camerounais a permis de rembourser le micro crédit en 2005 en dégageant
un bénéfice qui constitue le capital de production. Cette situation renforce la faible
disponibilité vivrière en général et céréalière en particulier dans les villes du Nord-Cameroun
en période de soudure puisqu’il n’y a pas de véritables relations contractuelles entre grossistes
des zones urbaines et semi urbaines.

Les activités des grossistes urbains se concentrent donc véritablement sur sept mois,
d’où la multiplication des stratégies de rentabilisation des revenus. 80 % des acteurs de notre
échantillon diversifient leurs activités en période de soudure, en associant aux céréales et
légumineuses la vente des racines et tubercules. 50 % s’approvisionnent auprès des grossistes

105
« Kawtal » signifie en foulfouldé « Association ».
225

urbain de grande importance dont le pouvoir d’achat a permis de faire du stockage spéculatif,
ou encore de s’approvisionnement sur les marchés de regroupement assez éloignés (300-
400 km). Ngong alimente les villes de Maroua et Kousseri entre août et septembre. Bien que
les bénéfices soient assez faibles les acteurs fidélisent ainsi leurs clients (détaillants en
l’occurrence) en attendant la période de récolte.

Les marges bénéficiaires brutes sont assez faibles (400 à 700 FCFA par sac revendu)
pour une moyenne journalière de vente de 7 sacs par individu. Ce qui donne une marge
mensuelle brute comprise entre 84 000 et 147 000 FCFA pour trente jours de vente. 25 %
choisissent d’interrompre ou de changer totalement d’activité au cours de cette période
jusqu’au début des récoltes. C’est le cas de Souleymanou, grossiste-détaillant de céréales et
légumineuses installé au grand marché de Garoua et exerçant cette activité depuis 2000. En
2008 il avait un fonds de commerce de 320 000 FCFA. Depuis 2005 il a pris l’habitude de
changer de produit vendu à partir du mois de juin pour s’engager dans la commercialisation
des fruits (avocat, banane douce) achetés à Ngaoundéré et revendus à Garoua. Les difficultés
structurelles sont susceptibles de compromettre la spécialisation des acteurs dans la vente
d’un type de produit.

Malgré l’absence d’un cadre réglementaire et des aménagements spécifiques, le


commerce vivrier de gros impose des charges aux acteurs. Elles sont relatives à la
réglementation fiscale, au transport des produits, au stockage, à l’utilisation des sites des
marchés, à la rémunération du personnel, au monnayage des agents du contrôle routier. Le
paiement de l’impôt libératoire (48 000 FCFA par an) donne droit à l’exercice de la fonction
de grossiste pour l’année correspondante, de même qu’à toutes autres fonctions puisqu’il n’est
pas spécifique à une activité. L’occupation d’un site sur le marché urbain se fait de trois
manières :

- l’achat d’un local qui fait office de magasin de stockage et de lieu de vente : cette
option nécessite la mobilisation d’un fond de départ conséquent, les coûts d’achat
pouvant atteindre 3 000 000 FCFA106 en fonction de l’accessibilité dans le marché
pour les camions destinés aux transports marchands ;

- la location d’un local pour une durée déterminée : le grossiste occupe le local en
fonction de la durée définie par les clauses contractuelles. Contrairement à la

106
4 575,471 euros.
226

première option, celle-ci est relativement souple du point de vue financier. Le


locataire a le temps de rassembler le montant du loyer selon les termes du contrat.
Il peut rentabiliser davantage le local en procédant à son tour à une sous location
de la façade ;

- la location d’une portion d’espace dans un local : cette pratique est courante
notamment pour les grossistes dont les quantités achetées ne dépassent pas 30 sacs
au cours d’un voyage. Ils prennent en location ou en sous location un espace dans
un magasin et y stockent leurs marchandises le temps de la vente qui peut durer
deux à sept jours selon l’état du marché. Le montant est de 100 FCFA par sac
payable une seule fois jusqu’à la totalité de la vente. Le grossiste concerné expose
ses produits sur un étal en bordure des servitudes du marché ou sur la façade d’un
local obtenu en location. Plusieurs grossistes trouvent cette option pratique parce
qu’elle minimise les charges de stockage et n’implique aucun engagement
contractuel réel, le contrat en général verbal pouvant être rompu à tout moment. Il
s’agit tout de même d’une solution qui reste précaire.

Une analyse des charges relatives au commerce de gros a montré qu’environ 15 % des
charges sont variables.

Tableau 23 : Récapitulatif des charges structurant le commerce céréalier de gros au Nord-Cameroun


N° Nature de la charge Type de charge
01 Impôt libératoire (48 000 FCFA / an)
02 Achat des céréales au producteur / grossistes rural
03 Transport (selon la distance et l’état des routes)
04 Taxes communales sur le marché rural (500 FCFA)
Charges fixes
05 Droit de place sur le marché urbain (100 FCFA)
06 Location/achat local (destiné à la vente/Stockage)
07 Rémunération du personnel
08 Frais de visite sanitaire (1 000 FCFA)
09 Droit de sortie des grains - Sous-préfet - (300 FCFA/sac)
Certificat d’origine des grains - délégué d’arrondissement de
10
l’agriculture – (100 FCFA/sac)
11 Taxe autorité traditionnelle (75-100 FCFA) Charges variables
Taxe des syndicats des transporteurs (5 000 FCFA par camion
12
chargé)
13 Contrôle routier - police, gendarmerie – (indéterminé)
Source : Enquêtes personnelles (2007-2009)
227

En général les acteurs s’acquittent de leur impôt libératoire payable trimestriellement


qui constitue la pièce maîtresse pour l’exercice de l’activité. Le paiement trimestriel de
l’impôt libératoire est assez souple pour les acteurs du secteur informel dont les revenus sont
aléatoires. Cet impôt constitue avec l’achat de la marchandise, le transport et les taxes
communales les charges fixes. Les marchés vivriers qu’ils soient ruraux ou urbains
représentent l’une des principales sources de recettes propres des communes qui y ont fixé
plusieurs types de taxes. Celles-ci varient d’une commune à l’autre. Le grossiste paye au
moins deux types de taxes communales par voyage : la taxe sur les transactions payées sur les
marchés ruraux (500 FCFA par sac acheté) et le droit d’occupation de l’espace physique sur
le marché urbain (100 FCFA par jour, soit 3 000 FCFA par mois).

Les coûts d’acquisition des produits, de stockage, de transport et de rémunération du


personnel sont les postes de dépense les plus importants. Le coût de rémunération du
personnel varie selon les termes des négociations entre l’employeur et l’employé, tandis que
les frais de stockage dépendent que l’on soit locataire ou sous locataire d’un local sur le
marché urbain. 10 % des grossistes qui animent les circuits courts font recours à la main
d’œuvre salariée au sens du Bureau International du Travail (BIT 107). Ils se font aider par
leurs enfants ou par un membre de la famille.

Il existe une deuxième catégorie de charges variables qui s’appliquent d’un acteur à
l’autre. Elles sont répercutées sur le prix de vente au détaillant, transformateur ou
consommateur. Elles s’appliquent surtout dans les zones de ravitaillement du grossiste et tout
au long de son itinéraire. Certaines communes dont l’économie repose prioritairement sur
l’agriculture ont instauré des taxes sur la sortie des produits agricoles de leur territoire, le cas
de Touboro. Le grossiste doit solliciter une autorisation de sortie des grains auprès de
l’autorité administrative du ressort de la commune (Sous-préfet). Cette autorisation est
délivrée sur présentation d’un Certificat d’origine des grains signé par le Délégué
d’arrondissement de l’agriculture qui détermine la provenance du produit sur la base de la
seule déclaration de l’acheteur. Le Maire délivre à partir de ces deux documents une
autorisation municipale de sortie des grains à partir de laquelle tout transporteur peut procéder
à l’embarquement de la marchandise auprès de l’un des deux syndicats des transporteurs par
camions.

107
Sur le sujet, lire : le Rapport de la 91è session de la Conférence internationale du travailleur, (2003) sur le
thème « Protection du salaire : normes et garanties relatives au paiement de la rémunération des travailleurs »,
345 p.
228

Si cette démarche peut présenter un avantage dans le suivi statistique des échanges
agricoles entre localités elle est aussi sévèrement critiquée par les acteurs du commerce
vivrier pour de multiples prélèvements opérés par divers intervenants (tableau 23). Outre les
taxes communales payées sur les marchés de gros à la production et les marchés de
regroupement, les chefferies traditionnelles imposent aux acheteurs le paiement d’une somme
de 75 à 100 FCFA par sac acheté108. Seul le paiement de toutes ces taxes donne droit à
l’acheminement de la marchandise.

Le suivi des activités des transporteurs a permis de relever que le prix du transport des
produits des campagnes vers les villes tient compte de cinq facteurs :

- le nombre de sacs à transporter ;


- la distance à parcourir ;
- les prélèvements opérés par les agents des contrôles routiers ;
- l’état de la route en fonction de la saison ;
- le prix du carburant au moment de la négociation.

Dans la pratique cependant la distance est peu prise en compte, le même prix étant
souvent appliqué à des localités de distances différentes (tableau 24).

108
Le suivi de cinq grossistes dans l’arrondissement de Touboro en janvier 2007 montre que les prélèvements
officiels et officieux opérés par tous les intervenants du processus d’autorisation de sortie des grains (mil/sorgho,
maïs, niébé, arachide, sésame…) sont connus de la plus haute autorité administrative qui participe à ce
processus. Les autorités traditionnelles suivent personnellement les transactions vivrières sur les marchés
installés sur leur territoire. Les frais perçus constituent en général les principales sources de rentrées d’argent
pour les chefferies/lamidats [Fofiri E.J. (2007). Rapport de mission d’enquêtes production et commercialisation
maïs et niébé à Touboro, PRASAC/ARDESAC –Programme 3.3 Cameroun-, 13 p.].
229

Tableau 24 : Coûts de transport d’un sac de 100 kg de céréale en fonction du type de véhicule (2008)
Moyen de Région Distances parcourues Coût de transport
Localités desservies
transport administrative (km) (FCFA)
Mbé-Ngaoundéré 80 700
Mbang Mboum-
70 1 000
Adamaoua Ngaoundéré
Pick-Up Tignère-Ngaoundéré 172 1 000
Car/Bus
Bélèl-Ngaoundéré 140 1 000
Taxi
Ngong-Garoua 30 500
conventionnel
Nord Djalingo-Garoua 12 500
Moto
Figuil-Garoua 100 1 000
Véhicule Dina
Mokolo-Maroua 80 1 000
Extrême-Nord Mada-Kousseri 110 1 000
Maroua-Kousseri 260 1 000
Adamaoua Touboro-Ngaoundéré 203 1 500
Garoua-Maroua 209 1 000
Camion Nord Garoua-Kousseri 440 2 000
Ngong-Ngaoundéré 248 1 000
Extrême-Nord Maroua-Ngaoundéré 487 2 000
Source : PRASAC/ARDESAC-Programme 3.3 (2007-2009)

Ces prix jugés excessifs par les grossistes s’expliqueraient moins par le coût des
produits hydrocarbures que par les prélèvements abusifs opérés par les forces de police et de
gendarmerie aurpès des transporteurs et l’état de la route. Car la porosité des frontières
terrestres entre le Nord-Cameroun et le Nigeria favorise depuis plusieurs années l’importation
frauduleuse des produits hydrocarbures dans la région. L’observation de la réalité de terrain
montre que le carburant en provenance du Nigeria (zoua zoua) participerait au ravitaillement
de près de 60 % d’automobilistes. Le prix du litre (300-350 FCFA) représente près de la
moitié du prix de l’essence à la pompe (595 FCFA en 2010). Le transport intra-urbain, inter-
urbain et rural-urbain des personnes et des biens en dépend largement. Par contre les
transporteurs doivent faire face aux contrôles intempestifs des agents de sécurité qui sont
d’importantes sources de sorties d’argent automatiquement imputées aux grossistes et
repercutées aux consommateurs finaux. Ces faits déjà dénoncés dans plusieurs études
(Hatcheu, 2003) continuent de compromettre à certains égards les efforts d’amélioration du
secteur de transport. Bien que les surcharges soient devenues un mode opératoire des
transporteurs sous le regard complice des forces de sécurité, leurs effets se répercutent moins
sur l’offre alimentaire en termes de baisse des prix aux consommateurs.

En outre les transporteurs du secteur évoquent la saisonnalité des activités concentrées


sur sept mois, et qui les contraints à une reconversion pas toujours rentable pendant la période
de soudure. Dans l’ensemble nous avons affaire à un secteur peu organisé marqué par
l’intrusion de nombreux opportunistes qui peuvent se retirer à tout moment, fragilisant la sous
230

filière. Ce qui rend difficile une véritable collaboration entre grossistes et transporteurs. Peu
de transporteurs établissent en effet des relations d’affaires avec les grossistes dont ils
assurent régulièrement le transport des produits. Ils sont très souvent liés par des contrats
ponctuels (cas particulier des détenteurs de camionnettes, Pick-Up, car de transport public).
Les camionneurs par contre sont plus stables et établissent des partenariats durables avec
quelques grossistes, notamment ceux capables d’acheter plus de 100 sacs. Ces partenariats
sont verbaux, mettant en exergue le rôle des relations sociales dans l’ensemble des filières
vivrières. 15 % des grossistes sont néanmoins propriétaires d’un véhicule de transport
marchand (camion en l’occurrence). Parmi les 6 grossistes propriétaires de véhicules de
transport enquêtés de notre échantillon, 4 ont comme actvité principale le transport des
produits manufacturés entre le nord et le sud et deux sont fonctionnaires (agronome et
enseignant). Ils animent essentiellement les circuits longs.

[Link]. Circuits longs et stabilité des approvisionnements céréaliers urbains

La dissémination des marchés de gros à la production dans l’espace régional est un


facteur de développement des circuits longs qui portent particulièrement sur les céréales
(mil/sorgho et maïs) et les légumineuses (arachide et niébé). Leur commercialisation connaît
ces dernières années l’implication d’un type d’acteurs dont le rôle est devenu irremplaçable
dans l’organisation des filières à la faveur de l’accroissement de la demande sud-
camerounaise et étrangère. En effet on voit émerger dans les zones de production et les petites
villes environnantes des hommes au-dessus de la trentaine servant de point d’ancrage à des
grossistes urbains. Ils sont constitués entre autres des migrants de retour ou de migrants dans
leur zone d’accueil plus ou moins imprégnés de l’activité du commerce des produits agricoles
dans les villes régionales, sud-camerounaises et de certains pays frontaliers ; d’anciens
travailleurs des secteurs publics et privés qui dans leur retraite en campagne, se
reconvertissent dans la production, la collecte ou le stockage spéculatif selon leur pouvoir
financier. On note également un plus grand intérêt de la part de certains chefs traditionnels
pour la production et le stockage spéculatif des céréales et légumineuses. Cela a été constaté à
Sakdje dans le Nord et Ngangassaou dans l’Adamaoua où le chef a créé un GIC et occupe la
fonction de délégué, ce qui lui permet de recevoir et de gérer des appuis institutionnels
(encadrement technique et subventions de l’Etat).

Tous ces intervenants sont devenus de véritables partenaires des grossistes nationaux
et étrangers (Gabonais et Nigérians) qui achètent 200 à 400 sacs pas toujours disponibles sur
231

les marchés de gros à la production ou de regroupement. Ces derniers financent des


opérations de collecte des produits auprès des producteurs. Un camion est mis à la disposition
du collecteur qui se fait accompagner par le grossiste personnellement ou par son employé qui
assure les dépenses. Des abus de certains intermédiaires ont conduit à une rupture de
confiance entre grossistes et collecteurs. Ces derniers sont rémunérés sur la base d’un forfait
défini d’un commun accord généralement compris entre 100 et 200 FCFA par sac de 100 kg
acheté en fonction de la saison. Lorsque le grossiste urbain se ravitaille auprès d’un stockeur
spéculatif le prix d’achat est défini de gré à gré.

Producteur

Collecteur/
Coxeur

Grossiste
Grossiste

Détaillant
Détaillant

Consommateur
Consommateur urbain
urbain

Figure 46 : Organisation des circuits longs d’approvisionnement urbain dans le Nord-Cameroun

Jean D. est natif Toupouri âgé de 35 ans et réside à Siri, village né de la migration
organisée dans les années 1980 et situé dans l’arrondissement de Touboro. Il y est installé
depuis 7 ans en provenance de Yagoua dans l’Extrême-Nord après un an passé à Garoua
(considérée comme ville transit pour la migration nord-sud). Durant l’année passée à Garoua,
il a travaillé au grand marché comme manœuvre pour un « Aladji » grossiste de céréales et
légumineuses, ce-dernier s’approvisionnant sur divers marchés de la région administrative du
Nord et particulièrement dans le département du Mayo-Rey nouveau front migratoire. C’est
de cette relation de travail que Jean D. dit avoir pris conscience de l’importance du rôle de
« coxeur » dans les filières vivrières locales lorsqu’on n’a pas de ressources financières pour
être grossiste.
232

Son installation à Siri tient de la forte présence des membres de sa communauté dans
la zone. Les Toupouri, peuples de vieille tradition agricole occupent presque entièrement l’est
de l’arrondissement de Touboro considéré du point de vue agricole comme la « partie utile »
(figure 47). Il s’est ainsi appuyé sur son appartenance à la communauté pour s’interposer
entre les grossistes et les producteurs. Son travail il y a 7 ans consistait essentiellement à
identifier des producteurs disposant des excédents de récoltes pour le marché et à y conduire
les acheteurs. Jean D. dit être passé depuis trois ans du statut de coxeur à celui de collecteur.
Il dispose aujourd’hui d’une surface financière lui permettant de stocker une trentaine de sacs
de céréales et de légumineuses auxquels s’ajoute sa propre récolte, lui-même s’étant mis à la
production.
233

Figure 47 : Schéma descriptif des circuits d’achat et d’évacuation des grains alimentaires dans l’arrondissement de Touboro
234

Contrairement aux circuits courts l’organisation et le fonctionnement des circuits longs


s’appuient sur des réseaux sociaux et notamment à base ethnique et/ou religieuse. Quelques
fois les grossistes qui ont des magasins dans les grandes villes ou des villes secondaires jouent
un rôle clef en finançant en amont les collecteurs dans les campagnes, voire les paysans, et en
aval les détaillants (Chaléard, 1996). Les acteurs du commerce céréalier dans le Nord-
Cameroun fonctionnent suivant le même schéma. Les entretiens menés avec les grossistes des
villes de Maroua et Garoua originaires de l’Extrême-Nord ont permis d’établir des relations
de collaboration avec certains collecteurs et producteurs originaires de la même région
installés dans les départements du Mayo-Louti, de la Bénoué et du Mayo-Rey. Ces trois
départements ont servi de zones d’accueils des migrants originaires de l’Extrême-Nord dans
le cadre du « Programme de migration et de services de soutien agricole » en 1974. Les
grossistes originaires d’autres régions géographiques (Ouest-Cameroun notamment) affirment
se trouver quelques fois dans l’obligation de se lier d’amitié avec ceux originaires des
principales zones d’approvisionnement, ce qui leur permet d’accéder plus facilement aux
marchés ruraux sans grands risques de se faire arnaquer soit en se voyant imposer des prix
trop élevés, soit en pré-finançant des services qui ne seront jamais fournis. En l’absence de
ces formes d’alliance quelques acteurs dénoncent des abus de la part de certains collecteurs et
producteurs dans les cas du pré-financement de la production ou des achats, abus qui les
contraignent à parcourir personnellement les zones de production comme c’est le cas de
Marie-Françoise P. dont le parcours révèle une ascension presqu’exceptionnelle dans le
domaine du commerce de gros (encadré 3).

Les commerçants étrangers (Nigérians, Gabonais et Tchadiens) se montrent plus


prudents dans leurs transactions avec les négociants, collecteurs et producteurs locaux. Les
Nigérians majoritairement originaires de l’ethnie Haoussa s’appuient sur les facteurs religieux
et ethnique pour pénétrer les zones de production, facteurs relationnels que ne bénéficient pas
ceux d’autres nationalités (Gabonais).
235

Encadré 3
Marie-Françoise P. est originaire de la région administrative de l’Ouest et réside à Touboro
depuis 2005 suite à l’affectation de son époux, cadre dans l’administration publique et
précédemment en service à Maroua. Agée de 41 ans elle est enseignante dans un
établissement secondaire public de Touboro, profession qu’elle exerce depuis 13 ans. C’est
en 1997 qu’elle débute le commerce des produits vivriers, motivée par les difficultés
financières vécues dans son foyer, comme cela était le cas de très nombreux ménages
camerounais victimes des effets de la double baisse des salaires des agents de la fonction
publique. Son chiffre d’affaire de départ d’un montant de 75 000 FCFA provient d’un
emprunt à la tontine des ressortissants de sa communauté à Maroua qu’elle obtient avec un
échéancier de remboursement de 12 mois. Ses activités commencent par l’achat de quelques
sacs de mil/sorgho et d’arachide sur les marchés de production des campagnes proches de
Maroua et la revente aux détaillants de ladite ville. Le remboursement de l’emprunt dans les
délais lui donne la possibilité de bénéficier des montants plus élevés à plusieurs reprises de
la même association et d’en solliciter auprès d’autres associations. Son champ
d’approvisionnement s’étend progressivement au département du Mayo-Louti puis à la
Bénoué.
En 2003 elle sollicite et obtient un agrément du PAM pour la fourniture des produits destinés
à l’aide alimentaire (mil/sorgho, maïs et niébé), prestation qu’elle assure jusqu’à ce jour.
Elle assure également depuis 2004 la fourniture des produits auprès de l’Office Céréalier et
de MAÏSCAM. Parallèlement à ces prestations qui sont aujourd’hui le socle de ses activités,
Marie-Françoise P. ravitaille les marchés sud-camerounais (Yaoundé et Douala) en céréales
et légumineuses et les provenderies en maïs. Elle a ainsi pu s’acheter en 2005 une
camionnette de seconde main de marque Toyota qui lui permet d’assurer la collecte et le
transport de ses produits des campagnes vers Touboro où se trouvent ses structures de
stockage.
Lors de nos deux passages à Touboro en janvier 2007 et en octobre 2008, nous avons visité
les structures servant au stockage des produits. Marie-Françoise P. a obtenu en location des
magasins construits par la mission catholique il y a une dizaine d’années et sous utilisés par
les populations bénéficiaires. Les deux bâtiments loués ont une capacité totale de stockage
de 5 000 sacs de 100 kg, largement au-dessus de son stock annuel qui plafonne à 3 000 sacs
(céréales et légumineuses). Elle procède à la sous-location à des grossistes non résidents de
Touboro.
Elle garde encore en mémoire les tristes souvenirs des tentatives de partenariats infructueux
avec des producteurs et négociants de plusieurs villages. Suite à plusieurs abus, elle dit
parcourir personnellement les zones de production à bord de sa camionnette et en
compagnie de ses trois employés (un chauffeur et deux manutentionnaires) à la recherche
des produits. Elle complète ces achats sur les marchés de gros à la production, dont le
marché de Siri, lieu de notre première rencontre en 2007.

L’analyse du commerce céréalier sur les marchés urbains montre que les circuits longs
bien qu’animés par une faible proportion de grossistes participent relativement mieux à la
stabilisation de l’offre céréalière. Leurs acteurs disposent des moyens (humains, logistiques et
financiers) pour se ravitailler dans des zones éloignées (plus de 200 km) en période de
236

soudure, quelquefois par un système de ramassage le long des voies de communication


(photo 10) ou dans des bassins de production enclavés. Ils parviennent par ces pratiques à
constituer des stocks qui leur permettent d’avoir le monopole sur les marchés urbains en
rendant les vivres accessibles aux grossistes de moindre importance en période de faible
disponibilité (mai-septembre) ainsi qu’aux détaillants urbains. Le tableau 25 ci-dessous
récapitule les éléments qui participent à la structuration des prix de gros proposés aux
détaillants urbains, transformateurs et consommateurs.

Photo 10 : Vente de la production vivrière le long des voies routières interurbaines


Cliché : Fofiri Nzossié, janvier 2007 Sagdjé (Nord)

Tableau 25 : Eléments structurants du prix de vente de gros des céréales sur le marché de Garoua (janvier 2008)
Grossiste
Grossiste capital <
Coûts capital ≥ 500 000
Poste de dépense 500 000 FCFA
(FCFA) FCFA
Effectif enquêté : 25 Effectif enquêté : 23
Impôt libératoire (annuel) 48 000 X X
Coût moyen sac de céréale (marché rural) 10 000 X X
Droit de sortie des grains du marché rural 300 X
Certificat d’origine marché rural 100 X
Taxe communale marché rural 500 X X
Transport 500 - 1000 X X
Taxe autorité traditionnelle 100 X X
Contrôle sanitaire (mensuel) 500 X
Location magasin urbain (mensuel) Variable X X
Manutention marché rural (par sac) 100 X X
Manutention marché urbain (par sac) 100 X X
Aide (s) commerçant (s) (employés) Variable X
Gardien marché urbain (mensuel) 10 000 X
Droit de place marché urbain (par jour) 100 X X
Prélèvement contrôle routier Variable X X
Source : Enquêtes personnelles
237

Cinq éléments de structuration des prix des céréales sur les marchés de gros à la
consommation différencient les deux catégories de grossistes :

- le droit de sortie des grains du territoire administratif dont dépend le marché de


gros à la production ;
- le certificat d’origine des grains ;
- le contrôle sanitaire ;
- le stockage urbain ;
- la rémunération du personnel.

Les stocks gérés par les grossistes dont le capital est supérieur ou égal à
500 000 FCFA imposent des charges supplémentaires ci-dessus contrairement aux acteurs des
circuits courts (généralement constitués des acteurs dont le capital est inférieur à
500 000 FCFA). Ces charges concernent notamment la location d’un magasin conséquent, le
recrutement du personnel (aide commerçant, manutentionnaires, gardiens) d’origine non
familiale. L’absence d’aménagements spécifiques pour le commerce de gros pose le problème
de l’adaptation des structures de fortune utilisées pour le stockage. Dans plusieurs marchés
urbains les produits sont déposés à même le sol à l’extérieur du local à la merci des
intempéries et des voleurs avec des risques d’infestation (photo 11). Le recrutement d’un
gardien de nuit s’impose de fait alors au propriétaire.

Photo 11 : Stockage des sacs de grains sur les servitudes dans les marchés urbains
Cliché : Fofiri Nzossié, Février 2008/Avril 2010 Ngaoundéré/Garoua
238

Le commerce céréalier de gros se pratique ainsi sur les marchés de détail malgré
l’exiguité de l’espace aménagé conséquemment. Les désagréments auxquels ils font face
(difficultés de stockage et de circulation) appellent à la réflexion sur la réorganisation de
l’espace marchand dans nos villes. En réaction à ces difficultés, certains grossistes font
recours à des domiciles privés et de petites quantités de marchandises sont acheminées sur le
marché de détail en fonction de la demande. Cette pratique de plus en plus courante permet de
réaliser des marges bénéficiaires supplémentaires considérées comme salutaires par
l’utilisation du domicile personnel ou de toute autre structure plus accessible dans la ville
comme lieu de stockage. Car loin d’être une activité aussi lucrative qu’on pourrait le penser
au regard des stocks de produits manipulés, le commerce de gros des céréales comporte des
contraintes qui conduiraient frequemment ses acteurs dans une grande instabilité.

Au-delà de l’épineuse question du financement de l’activité, la plus grosse difficulté


exprimée par les acteurs enquêtés concerne l’instabilité du marché causée par la variabilité
des prix d’un mois à l’autre d’une part et d’une année à l’autre d’autre part, tant à l’achat qu’à
la vente sur les marchés de gros à la consommation. Pour pallier les risques de faillite liés à
cette variabilité, les acteurs développent des stratégies anti-risques qui consistent à diversifier
la gamme de produits agricoles vendus sur les marchés urbains. Car la spécialisation dans la
vente d’une gamme limitée de produits réduit les possibilités d’accroissement des bénéfices.
En général les grossistes de mil/sorgho sont les mêmes que ceux de maïs, et accessoirement
de paddy produit dans la région.

L’exemple de Maïdadi Yaya H.109 grossiste installé au grand marché de Garoua


permet de saisir davantage cette réalité. Originaire de Maroua, il débute le commerce de gros
il y a 15 ans avec un capital de 400 000 FCFA. Actuellement il dispose d’un chiffre d’affaire
de près de 3 000 000 FCFA110. Maïdadi Y.H. fait partie des grossistes qui approvisionnent
MAÏSCAM, prestations qu’il assure depuis 3 ans (500 sacs de 100 kg en 2009, 350 en 2008 et
450 en 2010). Les produits agricoles commercialisés dans l’ordre d’importance présenté par
l’acteur sont le maïs (50 % du stock total), le mil/sorgho (25 %), l’arachide (10 %), le haricot
(10 %), le soja (2 %), le paddy (3 %). L’explication de cette diversification tient
essentiellement au fait que la spécialisation limite les possibilités d’écoulement rapide des

109
La première rencontre avec Maïdadi Yaya Haoua a eu lieu en octobre 2008 et la deuxième en avril 2010 dans
son magasin au grand marché de Garoua.
110
4 573,471 euros.
239

stocks. S’appuyant sur son exemple personnel, Maïdadi fait remarquer que le mil/sorgho est
de moins en moins demandé par ses clients habituels (détaillants et ménages) par rapport au
maïs dont la demande est surtout croissante à partir du mois de mai. Le maïs permettrait ainsi
à l’offre marchande locale de mieux répondre à la demande urbaine particulièrement en
période de soudure. La production de maïs est ainsi complémentaire des céréales locales.

En outre les grossistes disposent des opportunités régionales de marché offertes par
MAISCAM, le PAM et l’Office céréalier. Ces structures et organismes dont les centres
d’intérêt et/ou les missions sont diamétralement opposés ont cependant un point commun :
celui d’acheter les céréales par un système de marché avec des exigences de qualité
rigoureuses. Si l’Office céréalier réinjecte les produits achetés sur le marché urbain en période
de soudure, tel n’est pas le cas pour MAISCAM et le PAM.

MAÏSCAM assure annuellement une production moyenne en maïs de 6 500 tonnes à


partir des variétés hybrides importées. Cette production est totalement transformée en trois
sous produits : le grizt (60 %), la farine (10 %) et le remoulage après extraction du germe
(30 %). Sa production en régie est complétée par les achats sur les marchés de gros à la
production, les marchés de regroupemnt et les marchés de gros à la consommation du Nord-
Cameroun. 12 000 à 15 000 tonnes sont ainsi achetées chaque année entre novembre et avril
période correspondant à la récolte. Elle procède également à l’importation du maïs grain de
l’Afrique du Sud notamment111. En considérant la production en régie de la structure
(6 500 tonnes) et les achats sur les marchés locaux, la quantité régionale de maïs absorbé
annuellement serait d’environ 21 000 tonnes, dont 60 % sont destinés à la production du grizt
fourni aux Brasseries du Cameroun pour la fabrication de la bière (soit 12 600 tonnes).

Selon la direction de MAÏSCAM des contraintes de qualité limitent l’augmentation du


volume des achats de la production régionale. Elles sont relatives au séchage, au tri et au
calibrage. Deux de ces contraintes ont un impact sur les sous produits obtenus. La première
porte sur la proportion élevée des gravillons à la tonne (près de 10 %) contenant une forte
teneur en fer qui atténue la vitamine A dans les sous produits. La deuxième est relative à la
pratique de la technique de séchage par fumigation qui laisse dans les grains des odeurs de
fumée que l’on retrouve dans le grizt et plus tard dans la bière brassée. Cette technique est
courante dans le Sud de l’Adamaoua. La société formule des exigences de qualité aux

111
Entretien avec M. Mohamadou Bassirou, Directeur Général MAÏSCAM, le 20 avril 2010 à Borongo (siège
MAÏSCAM).
240

opérateurs économiques qui assurent la fourniture des grains. Ces contraintes constituent des
obstacles aux débouchés de la production maïzicole régionale, plus du double des quantités
achetées localement étant importé. Le développement de la production régionale de maïs
serait ainsi moins induit par la demande de l’industrie brassicole nationale que par la
consommation humaine et animale. Pourtant les Brasseries de Garoua représentaient en 1980
lors de l’introduction de la culture du maïs le principal marché visé par les promoteurs
(Diocèse de Garoua, 1983).

Par ailleurs, la mission principale du PAM est d'éliminer la faim et la pauvreté dans le
monde en répondant aux besoins d'urgence et en appuyant le développement économique et
social des pays en difficulté. Au Cameroun, le PAM est très actif dans la zone soudano-
sahélienne où il soutient les efforts de l’Etat camerounais dans la lutte contre l’insécurité
alimentaire, particulièrement dans le département du Logone-et-Chari. Point de passage par
voie terrestre de l’aide alimentaire destinée au Tchad et au Soudan, le Nord-Cameroun sert
également de point d’ancrage du PAM. L’accueil de milliers de refugiés tchadiens et
centrafricains dans les zones frontalières du Cameroun (Ngaoui dans l’Adamaoua en 2006 et
Maltam à Kousseri en 2008), a quelquefois amené l’organisme à s’approvisionner dans le
Nord-Cameroun afin de réduire les coûts de transport générés par les importations. D’après
les grossistes prestataires de cet organisme spécialisé du Système des Nations-Unies, les
marges bénéficiaires sont importantes et les efforts moindres contrairement aux contraintes
qu’impose la commercialisation sur les marchés urbains nord-camerounais et sud-
camerounais.

Des partenariats se sont mis en place entre les prestataires agréés auprès de l’Office
céréalier, de MAISCAM et du PAM et certains grossistes spéculateurs qui fournissent
l’excédent lorsque les prestataires se trouvent dans l’impossibilité d’assurer seuls l’offre
sollicitée qui est souvent au-dessus de leurs capacités de stockage. Ces pratiques ont ainsi
renforcé la spéculation céréalière. S’il faut néanmoins se garder d’y voir a priori une des
causes de la baisse de disponibilité saisonnière dans les villes, il n’est pour autant pas exclus
que ces prélèvements puissent impacter sur l’offre céréalière locale, l’un des défis à relever
étant l’acheminement de la production des campagnes vers les villes du fait de nombreuses
contraintes logistiques.
241

4.3. Des campagnes vers les villes : les contraintes logistiques à


l’acheminement vivrier
La nomenclature officielle établit deux types de réseaux routiers : prioritaire et non
prioritaire. Le premier qui reçoit l’essentiel des dépenses publiques distingue trois types de
routes : bitumée, en terre et rurale ; tandis que le second qui bénéficie des investissements
résiduels s’organise en routes en terre et rurale. Dans la pratique la différence est peu
perceptible entre routes dites en terre et celles rurales vu leur niveau de dégradation. Les
routes bitumées représentent 10 % du réseau. Leur répartition spatiale à l’échelle nationale
connaît de profondes disparités dues aux choix politiques qui ont orienté les interventions de
l’Etat, et à la crise économique qu’a connue le pays dans la décennie 1990. Le Nord-
Cameroun est relié à la partie méridionale par la route nationale N°1 qui va de Douala à
Kousseri sur près de 1800 km. C’est une partie du pays qui a longtemps souffert de son
isolement par rapport au sud plus ouvert sur la mer, et par conséquent aux grands courants
d’échanges avec l’extérieur.

4.3.1. Les infrastructures routières dans le Nord-Cameroun : état des lieux

Coincé entre le Nigeria à l’ouest, le Tchad au nord et à l’est et la République


centrafricaine au sud-est, le Nord-Cameroun est pénalisée sur le plan économique. Son
enclavement par rapport au littoral camerounais a ouvert la voie à une économie basée sur le
commerce transfrontalier à travers l’axe fluvial Niger-Bénoué, longtemps considéré comme le
cordon ombilical du Cameroun septentrional. De 1920 à 1983, le volume total des échanges
marchands sur la Bénoué, principal cours d’eau de la région, a atteint 61 453 tonnes
(Roupsard, 1987). La Bénoué navigable jusqu’à Garoua sur quelques 1200 km depuis
l’embouchure du Niger, a longtemps permis un acheminement des produits pondéreux
(Marguerat, 1979). Cependant la concentration de sa navigabilité sur 2 à 3 mois/an suite aux
contraintes climatiques s’est trouvée insuffisante pour assurer le ravitaillement économique de
la région qui, depuis une vingtaine d’années, est largement tributaire du trafic routier. Notons
également que de 1967 à 1970, la guerre du Biafra (Nigeria) a interrompu la navigation sur le
bas Niger, affectant les échanges sur la Bénoué.

Globalement, la région est d’accès difficile du fait de sa continentalité, de la lourdeur


du relief et de la grande faiblesse du réseau de voies de communication. Cette situation est à
l’origine de sa dépendance économique vis-à-vis du Nigeria d’une part, et des grands centres
de décision et de production nationaux dans la partie méridionale d’autre part (Simeu
242

Kamdem, 2004a). Le Nord-Cameroun n’a comme exutoire routier que l’unique axe Garoua-
Ngaoundéré qui se ramifie en une branche Banyo-Bafoussam, plus courte mais anarchique,
qui draine le 1/3 du trafic, et une branche plus longue mais plus sûre, Meiganga-Bertoua-
Yaoundé, qui attire les 2/3 (Marguerat, 1979). Ce schéma décrit par Marguerat reste
d’actualité. Dans l’ensemble, le rail a toujours servi de principale voie d’échanges entre le
nord et le sud du pays, Ngaoundéré étant la tête de ligne du transcamerounais qui part de la
ville cotière de Douala.

Toutefois, au-delà de ce qui a souvent été perçu par la conscience collective comme
une marginalisation « voulue » de cette partie du territoire, deux éléments d’explication
pourraient nourrir la réflexion sur l’enclavement du Nord-Cameroun : l’absence d’un réel fret
marchand au niveau régional et la faible dynamique économique du Tchad jusqu’à la fin de la
décennie 1990, pays dont l’essentiel du fret traverse le Nord-Cameroun dans toute sa
longueur.

Le premier élément se rapporte à la fois à la démographie et au pouvoir d’achat des


populations. Car en dehors de l’Extrême-Nord l’une des régions administratives les plus
peuplées du Cameroun avec plus de 100 hbts/km² par endroits, les densités sont en général
faibles (moins de 20 hbts/km²). L’économie régionale repose sur une agriculture structurée
autour de la culture du coton et de l’élevage bovin peu générateurs de revenus substantiels
pour la grande majorité de la population. Le secteur secondaire constitué de l’agro-alimentaire
a toujours eu du mal à générer des revenus susceptibles d’accroître le pouvoir d’achat des
ménages, de même qu’un secteur tertiaire longtemps alimenté par l’administration publique et
de plus en plus par les activités informelles. Raccorder le nord au sud par une voie bitumée
posait le problème de la rentabilité d’un tel investissement, cette voie devant par ailleurs
traverser la région administrative forestière de l’Est qui s’étend sur 109 000 km², avec une
densité humaine inférieure à 10 hbts/km².

Le deuxième élément d’explication porte sur la faible dynamique économique du


Tchad il y a une quarantaine d’années. L’économie de ce pays continental limitrophe du
Cameroun, a longtemps reposé sur l’exportation du coton-fibre vers l’Europe via le
Cameroun, jusqu’à la découverte du pétrole et à son exploitation depuis 2003. C’est depuis
une dizaine d’années grâce notamment à la reprise économique favorisée par la construction
du pipeline Tchad-Cameroun et à l’exploitation pétrolière qui a véritablement débuté en 2003,
que le fret tchadien (import-export) est en augmentation grâce aux revenus tirés du pétrole.
243

Jusqu’à une période récente les capacités de transport disponibles par la voie ferrée ont
largement couvert la demande du fret nord-camerounais et tchadien. Ce qui semble justifier
les choix d’investissement dans les infrastructures ferroviaires vers le nord au cours des
décennies 1970-90. Depuis une quinzaine d’années par contre, on assiste à une rupture de
l’équilibre entre la qualité des infrastructures disponibles et les besoins en transport du fret
régional et sous-régional qui ont largement augmenté, boostés par la reprise économique du
Tchad. La voie ferrée construite en 1972-73 s’est dégradée tandis que la circulation sur la
nationale N°1 en terre est une vraie gageure pour les transporteurs par camion tant en saison
sèche qu’en saison pluvieuse (photo 12). Cette situation créée aujourd’hui de nouveaux
enjeux relatifs à l’amélioration et surtout à la diversification des infrastructures de transport.
Le trafic routier constitué dans la décennie 1970 d’une flotte de 200 à 300 camions
(Marguerat, Op. Cit.) a franchi aujourd’hui les 30 000 camions par an (MINTP/CISOP/SM,
2009), et dont les 2/3 portent sur les produits agro-alimentaire. D’où la nécessité d’aborder ici
la question des infrastructures routières compte tenu de leur importance dans le ravitaillement
des villes régionales.

Les travaux du bitumage de la route Garoua Boulaï-Ngaoundéré (280 km) principale


voie de passage des importations alimentaires, commencés en 2009 sont le signe du
désenclavement futur du Nord-Cameroun vis-à-vis du littoral camerounais. La réalisation de
cette infrastructure a été précédée par d’autres sur le plan régional (Ngaoundéré-Touboro-
Moundou et recemment Garoua-Figuil). Si le désenclavement régional par rapport au Sud-
Cameroun devient progressivement une réalité, le plus gros défi de l’heure demeure
l’accessibilité aux zones de production agricole.
244

Photo 12 : Camions dans les bourbiers sur la nationale N°1 au lieudit Mirinda (35 km de Meiganga)
Cliché : Mbengué Nguimè/CAPS, août 2009 Mirinda (Adamaoua)

Les routes secondaires qui relient les zones de production agricole aux centres urbains
de consommation et de transformation connaissent de plus en plus une dégradation avancée
faute de budgets d’entretien conséquents ou de détournements des ressources allouées à cet
effet, lorsqu’elles n’ont pas simplement disparu sous la végétation naturelle. L’acheminement
de la production agricole des zones rurales vers les villes est un véritable parcours de
combattant pour les grossistes et les transporteurs en saison pluvieuse, avec des conséquences
évidentes sur les prix des denrées sur les marchés urbains (photos 13).

Photo 13 : Effondrement du pont de Wouldé et transbordement d’un chargement de vivres


Clichés : Fofiri Nzossié, octobre 2008 Mayo-Baléo (Adamaoua –Cameroun-)
245

Encadré 4
Le mauvais état des routes rurales créé des charges supplémentaires de manutention liées
aux transbordements suite à l’effondrement d’un ouvrage d’art, situation devenue récurrente
du fait de leur vétusté ou à l’embourbement du véhicule. Ces coûts sont répercutés sur le prix
final des denrées sur les marchés urbains. Des zones de production telle que la plaine
koutine (dans le Mayo-Baléo) se trouvent en marge du commerce vivrier régional.

4.3.2. Effets des infrastructures routières sur la structuration logistique du


commerce régional

Les effets des infrastructures routières sur le commerce vivrier peuvent s’apprécier à
travers l’organisation et le fonctionnement de l’espace marchand d’une part et la segmentation
de l’activité de transport d’autre part. La structure de l’organisation et du fonctionnement de
l’espace marchand a été analysée au deuxième chapitre (section 2.1.2.). La cartographie des
marchés met en exergue l’influence du facteur d’accessibilité aux marchés de gros à la
production dont l’enclavement particulièrement en saison des pluies a souvent conduit à
l’isolément de certaines zones à fort potentiel de production. Cette situation entraîne par
ailleurs une segmentation des transports.

La route en structurant l’espace marchand procède également à une spécialisation des


transports pour l’acheminement des vivres des marchés de gros à la production vers les
marchés de consommation d’une part et des territoires d’autre part.

Dans le premier cas, le transport rural est assuré par des véhicules de petits gabarits
(motos, Pick-up, cars de transport voyageur) (photo 14) utilisés pour la collecte des produits
sur les marchés de production du fait de leur plus grande flexibilité, compte tenu du mauvais
état des routes. Les vivres sont acheminés sur les marchés de regroupement par petites
quantités afin de constituer un stock significatif transportable par les camions de 15 à
30 tonnes (photo 15), puis acheminés vers les villes et les zones transfrontalières.
246

Photo 14 : Véhicules utilisés pour le transport de gros de courtes distances


Cliché : Fofiri Nzossié, 2007-2008 Mbang-Mboum, Touboro

Photo 15 : Véhicules de transport des produits des marchés de regroupement vers les villes
Cliché : Fofiri Nzossié, 2007-2008 Ngong – Ngaoundéré

Le choix d’investir dans le transport vivrier intègre aujourd’hui le pouvoir financier


des acteurs et davantage l’état de l’itinéraire à desservir. Les propriétaires de camions (15 à
35 tonnes) assurent essentiellement la desserte des agglomérations. D’autre part le transport
des produits vivriers qui se déroule sur 7 à 8 mois au cours de l’année apparaît ainsi pour de
nombreux propriétaires de camions comme une activité de second rang, par rapport au
transport des produits hydrocarbures et manufacturiers plus rentable à destination des villes.
Le transport rural apparaît donc comme un sous secteur marginal du système de transport
régional malgré sa contribution stratégique dans l’organisation des filières vivrières.
247

Dans le deuxième cas, l’analyse géographique montre l’impact des infrastructures


routières sur la spécialisation des territoires. Nous avons observé que l’amélioration de l’état
d’une route contribue à étendre le rayonnement de certains marchés de gros à la production
au-delà de leur limite spatiale. C’est le cas de la route Ngaoundéré-Touboro-Moundou dont le
bitumage récent (2003) a fait de Touboro une plaque tournante du commerce vivrier tant au
niveau national que sous régional (CEMAC). En outre, le passage de cette voie a permis la
création de nouveaux points de collecte et de transport de vivres. La route ferait ainsi prendre
conscience aux paysans de leur capacité à produire davantage pour le marché et à s’organiser
en vue d’intégrer les filières vivrières.

D’un autre côté, le mauvais état d’une voie routière est susceptible d’isoler une zone
de production malgré sa contribution à la sécurité alimentaire, le cas du principal bassin
rizicole du Cameroun dans l’Extrême-Nord (Maga, Pouss) plus tourné vers le Nigeria, ainsi
que de la zone de production de maïs et de niébé du lac Tchad. Le bitumage de la route peut
ainsi contribuer à modifier les compositions spatiales antérieures en facilitant l’acheminement
des produits vers les villes ou en complexifiant le processus. Cette situation loin de porter
essentiellement sur les productions locales affecte également les filières d’importations en
l’occurrence la filière riz dont le transport constitue un segment de base. Compte tenu des
enjeux alimentaires et financiers que présente aujourd’hui le riz à l’échelle nationale et
régionale, la filière fait l’objet d’une analyse spécifique.

4.4. Le « lobbyisme » de la filière riz importé


Le riz est devenu une denrée de première nécessité pour plus de la moitié des
Camerounais. En 1989 la demande nationale en riz marchand était estimée à 146 990 tonnes
(Engola Oyep, 1991), elle se situe aujourd’hui autour de 500 000 tonnes selon les estimations
du ministère de l’agriculture et de la FAO112 alors que la production nationale plafonne à
70 000 tonnes, soit environ 11 % des besoins. Ce déséquilibre a accéléré les importations à
partir 1990 (tableau 26).

112
[Link] (consulté le 19 février 2011).
248

Tableau 26 : Evolution des importations de riz au Cameroun (1961-2007)


Classement des importations Quantités Valeur
Années
nationales (tonnes) FCFA
1961* 4ième 8 205 523 997,84
1970* 9ième 7 794 673 231,66
1980* 7ième 20 721 3 090 723,55
1990* 3ième 81 783 11 371 520,97
2000* 2ième 158 207 13 718 474,69
2004* 1er 299 595 40 688 528,54
2006** - 429 864 73 630 180 830,64
2007** - 470 974 90 052 471 914,33
Source : *FAOSTAT (décembre 2008) / **Institut National de la Statistique (2008)

A partir de la décennie 1990 le riz occupe au moins la troisième place des importations
alimentaires du Cameroun, passant de 11 milliards en 1990 à 90 milliards de FCFA en 2007.
Ce qui traduit toute son importance dans la structure des bases amylacées du pays. Jadis
considéré comme nourriture des pauvres, le riz est de plus en plus réservé aux ménages à
revenu moyen et élevé. Le kg est passé de 300 FCFA à 500 FCFA sur les marchés urbains
(Yaoundé, Douala, Garoua) de 2005 à 2010 pour le riz de qualité moyenne (5 % de
brisures)113. Cette augmentation a été accentuée par la crise alimentaire mondiale de 2008 qui
a affecté la filière riz. Malgré des mesures douanières prises par les pouvoirs publics suite à la
crise sociale de février 2008, on est encore bien loin d’une baisse substantielle du prix de cette
denrée de même qu’une amélioration de la production nationale.

Les indicateurs macroéconomiques montrent que le monde est sous la menace d’une
nouvelle crise alimentaire en 2011, le riz faisant partie des denrées qui suscitent davantage des
inquiétudes particulièrement en Afrique subsaharienne. Les cours mondiaux ont connu de
fortes perturbations depuis 2008, année au cours de laquelle la tonne FOB de riz à
l’exportation est passée en moyenne de 400 dollars US en 2007 à 1 100 dollars US, pour se
stabiliser autour de 600 dollars US depuis 2009. L’inquiétude porte aujourd’hui sur la
tendance à la diminution des exportations vers l’Afrique subsaharienne avec l’accroissement
de la demande asiatique (Philippines), latino américaine (Brésil) et nord américaine (Etat-
Unis d’Amérique), malgré l’augmentation des exportations en 2010 principalement par la
Thaïlande et la Chine, deux des six premiers exportateurs mondiaux dont le Viet Nam, le
Pakistan, l’Inde et les Etats-Unis d’Amérique 114.

113
[Link] (Consulté le 19 février 2011).
114
[Link] (Consulté le 19 février 2011).
249

Les importations de riz représentent un grand enjeu autant pour les pouvoirs publics
dont le souci est à la fois de garantir la sécurité alimentaire urbaine et de veiller à l’équilibre
de la balance commerciale, que pour les opérateurs privés qui financent entièrement les
importations. Si les importations sont source d’inquiétude pour les premiers qui craignent une
accélération des sorties des devises (de près de 14 milliards en 2000 à 90 milliards de FCFA
en 2007115), elles constituent par contre un important marché pour les seconds. Plusieurs
mécanismes ont été envisagés en vain pour limiter les importations et promouvoir la
production nationale, au nombre desquelles la mise en place d’un système de péréquation en
1988116. L’une des causes de l’échec du mécanisme de péréquation mis en place en 1988
serait la préservation des intérêts privés au détriment de la politique nationale (Engola Oyep,
Op. Cit.).

Le commerce de riz par son volume monétaire implique à la fois hommes d’affaires,
autorités administratives et hommes politiques du pays. L’importation de riz est conditionnée
par l’obtention d’une licence d’importation (appelé agrément avant 2005) délivrée par le
Ministère du commerce sur présentation du registre de commerce, de la patente et de la carte
de contribuable (Annexe E). La présentation de ces trois documents donne droit à l’inscription
au fichier national des importateurs pour une durée d’un an (janvier – décembre). Il est
cependant difficile de déterminer à l’échelle nationale l’effectif des importateurs de riz, la
licence donnant le droit à son detenteur d’importer jusqu’à quatre produits selon sa surface
financière. La flexibilité de la loi a contribué à accroître les importations, le nombre de
licences attribuées étant en augmentation d’une année à l’autre (tableau 27).

Tableau 27 : Evolution du fichier national des importateurs du Cameroun (2008-2010)


Années 2008 2009 2010 (18 août)
Nombre licences attribuées 2592 2951 3198
Source : Ministère du Commerce, Direction du commerce extérieur (août 2010)

L’Etat intervient dans le commerce des céréales importées de manière plus


contemporaine par la régulation des importations. Ses formes d’interventions ont ainsi évolué
du producteur-distributeur (à travers les agro-industries) au régulateur (Ministère du
commerce). Il n’est donc pas complètement absent du processus de distribution alimentaire.

115
Soit 2 091 367, 984 euros à 137 204 115,51 euros.
116
Lire à ce sujet Engola Oyep J. (1991). ‘Du jumelage à la péréquation au Cameroun : assurer la survie des
périmètres hydro-rizicoles à l’heure de l’ajustement structurel’ in : Cahiers sciences humaines, 27 (1-2), pp 53-
63.
250

4.4.1. Le monopole des « Alhadji » sur les importations de riz

Le commerce et le transport sont les activités de base qui structurent l’économie nord-
camerounaise et autour desquelles l’on retrouve toute l’élite économique régionale plus
connue sous l’appellation d’Aladji. Les enjeux économiques et financiers que présente la
filière du riz importé ont très tôt capté l’intérêt des Aladji. Il n’est cependant pas évident de
dresser un répertoire exhaustif des importateurs régionaux, le secteur étant dominé par des
mécanismes informels de fonctionnement. Quelques grands noms (personnes physiques et
morales) sont connus comme faisant partie de ceux qui assurent principalement l’importation
des pays producteurs et l’achéminement dans le nord d’environ 80 % du riz commercialisé :

- Société Alimentaire du Cameroun (SOACAM) ;


- Aladji Garga Boboré ;
- Aladji Yaya Bello ;
- Etablissement Sadou Holding.

Ces quatre intervenants assurent très étroitement le contrôle du marché dans les villes
de Ngaoundéré, Garoua, Maroua, Kousseri au Cameroun, et N’Djamena au Tchad. Ils
contrôlent également le segment du transport qui représente selon les acteurs près de 20 % du
coût de revient en fonction des saisons. On peut facilement reconstituer la filière riz importé
en raison de la faible implication d’un trop grand nombre d’acteurs comme cela est
quelquefois le cas des céréales produites localement. Elle s’organise autour de l’importateur
qui peut être une personne physique ou morale, du grossiste et du détaillant (figure 48).

Producteur à l’étranger

Importeur Nord-Cam.

Grossiste urbain

Détaillant

Consommateur

Figure 48 : Structure de la filière d’approvisionnement des villes du Nord-Cameroun en riz importé


251

Le système de distribution est assez bien organisé. Les importateurs disposent dans les
villes de plusieurs magasins de distribution. Les grossistes accèdent à la marchandise soit en
payant au comptant, soit à crédit et revendent aux détaillants ou aux ménages. La religion
semble être le socle de confiance entre différents intervenants de la filière, de l’importateur au
détaillant. L’Islam est la religion dominante des acteurs impliqués dans la filière. Cette forme
d’organisation déjà mise en évidence en Afrique de l’Ouest (Grégoire et Labazée, 1993),
montre l’importance des réseaux sociaux dans un contexte d’économie de marché en zone
soudano-sahélienne. Elle favorise également les réexportations de riz vers le Nigeria et le
Tchad comme on le verra plus loin à travers les statistiques.

Le contrôle de la filière par un petit groupe d’acteurs a abouti à l’instauration d’un


lobby devenu interlocuteur incontournable des pouvoirs publics. La manifestation de ce
« lobbyisme » est apparente depuis les émeutes contre la vie chère de février 2008 dans
plusieurs villes camerounaises. Autant les principaux importateurs participent aux côtés des
pouvoirs publics à la lutte contre la vie chère à travers l’organisation des « caravanes
mobiles »117 et des « magasins témoins », lieux où s’appliquent les prix au détail homologués
par le ministère du commerce, autant ils constituent une menace pour la stabilité de
l’approvisionnement urbain. En effet les menaces de rupture des approvisionnements sont une
arme que la poignée d’acteurs n’hésite pas à brandir pour obtenir des réductions fiscalo-
douanières substantielles. Face à la difficulté du système agricole national à (re) dynamiser la
production rizicole locale, quelle peut être l’implication durable des caravanes mobiles et des
magasins témoins dans l’offre céréalière urbaine ? Quelles alternatives envisager face au
lobbyisme des importateurs de riz? Telles pourraient être entre autres des interrogations qui
méritent une réflexion collective profonde. Car une analyse rapide montre que ces ventes
sporadiques impactent tout de même sur le quotidien des petits détaillants qui
s’approvisionnent pourtant auprès des mêmes importateurs. Dans ce contexte on ne peut que
s’interroger sur le quotidien et l’avenir de la fonction de détaillant dans les filières vivrières
en général, et céréalières en particulier.

117
Points de ventes ponctuelles dans les villes où sont appliqués les prix homologués par le Ministère du
commerce.
252

4.4.2. Essai de quantification des importations nord-camerounaises de riz

Bien que le Nord-Cameroun soit le plus important bassin national de production


rizicole avec 90 % de la production totale, il n’en reste pas moins un important marché pour
les importateurs. Cependant aucun dispositif statistique existant ne permet de spécifier la
proportion des importations régionales. Cette difficulté résulte de l’absence de coordination
officielle des appareils de collecte statistique des structures de transports impliquées dans
l’acheminement du riz du port de Douala aux différentes localités du Nord-Cameroun. A ce
manquement il faut également ajouter la rétention délibérée des statistiques par les opérateurs
privés ou la communication de données erronées par crainte de mesures fiscales. Deux voies
permettent d’acheminer les produits du port aux points de vente dans la région : la voie ferrée
et la voie routière. Le choix de l’une ou l’autre s’inscrit dans une démarche stratégique propre
à chaque acteur.

Le transport d’une tonne de riz de Douala à Garoua coûte 40 000 FCFA par camion et
44 500 FCFA par train jusqu’à Ngaoundéré. Malgré ces différences de prix et de distances,
certains opérateurs, personnes physiques en l’occurrence, éprouvent de réelles difficultés à
faire acheminer leurs marchandises par train en raison du monopole accordé aux transitaires
agrées auprès de la CAMRAIL118. Les sociétés alimentaires dont SOACAM ont établi des
partenariats avec la CAMRAIL et certaines entreprises transitaires telles que Saga, Sdv
Getma et Maersk, Transimex, TCL, tandis que les importateurs particuliers acheminent
généralement leurs marchandises par la voie routière. Le suivi statistique des flux
d’importations de riz vers le Nord-Cameroun se pose ainsi à deux niveaux : le difficile accès
aux données de transport de la CAMRAIL d’une part et la trop grande dispersion des flux
terrestres d’autre part. Pour ce qui est du deuxième point le problème est surtout d’ordre
structurel. Le transport marchand intra national ne fait pas l’objet d’un suivi spécifique
comme c’est le cas du transport transfrontalier coordonné par le Bureau de Gestion du Fret
Terrestre (BGFT), structure regroupant tous les syndicats de transporteurs par camions du
Cameroun.

L’exercice de quantification des importations de riz nord-camerounais auquel nous


nous soumettons ici s’appuie sur des données multi sources collectées auprès de quelques

118
La Cameroon Railways (CAMRAIL) est le repreneur de la Régie des Chemins de Fer du Cameroun
(REGIFERCAM) depuis le 1er avril 1999. La mise en place de la concession ferroviaire est prévue pour 30 ans.
Les principaux actionnaires sont : SCCF (77,4 %), Etat (13,5 %), Total Cameroun (5,3 %) et SEBC (3,8 %).
253

importateurs et qu’il convient de prendre avec réserves. Il s’agit d’avoir une idée de la part
des importations nationales absorbées par la région. Les données ont été obtenues auprès de
SOACAM à Ngaoundéré (photo 16). Il s’agit d’une structure privée dont le promoteur est
originaire du Nord-Cameroun. En une dizaine d’années elle s’est implantée sur l’ensemble du
territoire national dans le domaine agro-alimentaire (riz et pâtes alimentaires, huiles raffinées,
boîtes de conserves, produits laitiers…), et des produits manufacturirés (savon, allumette,…).
L’essentiel de ses produits commercialisés proviennent des importations, ce qui en fait un
opérateur économique de poids dans la région qui entretient avec d’autres intervenants dans
les mêmes domaines des rapports à la fois concurrentiels et collaborationnels notamment dans
le cadre des concertations avec les pouvoirs publics.

Photo 16 : Bureau régional de SOACAM pour le Nord-Cameroun à Ngaoundéré


Clichés : Fofiri Nzossié, 2010 Ngaoundéré

Selon la direction de SOACAM pour le nord la part de marché régional de riz


contrôlée est estimée à 38 % et la distribution spatiale entre les principales villes se répartit
ainsi qu’il suit (tableau 28).
254

Tableau 28 : Distribution du riz commercialisé dans le Nord-Cameroun par SOACAM en tonne (2008-2009)
Années
Villes Total
2008 2009
Ngaoundéré 15 626 16 959 32 585
Garoua 2 450 2 687 5 137
Maroua 6 384 4 785 11 169
Kousseri 15 555 29 346 44 901
Total 40 015 53 777 93 792
Source : SOACAM (agence régionale de Ngaoundéré), 2010.

Une estimation grossière du riz acheminé annuellement dans le Nord-Cameroun sur la


base des données ci-dessus indique que la région a importé en 2008 et 2009 respectivement
105 300 tonnes et 141 500 tonnes de riz. Ces quantités ont représenté 25 % et 30 % des
importations nationales de riz au cours de ces deux années119. L’augmentation constatée entre
2008 et 2009 suit la tendance des importations au niveau national. Cependant on pourrait
émettre quelques réserves au vu de l’importance de cette augmentation au niveau régional. En
effet l’analyse de la distribution des importations de SOACAM dans les principales villes du
Nord-Cameroun conduit à formuler l’hypothèse qu’une part est réexportée vers les pays
voisins. La ville de Kousseri frontalière à N’Djamena au Tchad absorbe à elle seule près de
50 % du stock régional pour une population de 89 123 habitants (BUCREP, 2010). Sa
consommation représente plus de 5 fois celle de Ngaoundéré, Garoua ou Maroua abritant près
de 40 % de la population urbaine. La position de ville frontalière ferait de Kousseri le point de
réexporatation des importations vers N’Djamena dont la population est passée de 530 000
habitants en 1993 à 993 400 en 2009 (RGPH-Tchad, 2009120).

En outre on peut à l’inverse s’interroger sur la faible consommation de la ville de


Garoua par rapport à Maroua et Ngaoundéré dont le rayonnement économique à l’échelle
régionale en fait le principal pôle migratoire. Elle abrite 283 195 habitants (BUCREP, 2010).
Il s’agit d’autant de manquements qui posent la nécessité de mettre en place un dispositif
institutionnel crédible de suivi statistique tant sur les échanges transfrontaliers qu’internes. La
filière riz bien qu’impliquant peu d’intervenants contrairement aux filières céréalières locales

119
Selon le Rapport du Comité technique national de la balance commerciale du Ministère du commerce, le
Cameroun a importé en 2008 et 2009 427 310 tonnes et 469 456 tonnes de riz [Mincom (2010). Note de
présentation des résultats provisoires du commerce extérieur de l’année 2009, 14 p.], chiffres qui ne s’éloignent
pas véritablement des estimations en besoins d’importations annuelles faites par le ministère de l’agriculture.
120
Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH) du Tchad.
255

pose donc le problème de la transparence dans les échanges même si la distribution urbaine a
jusqu’ici été relativement bien assurée par des acteurs variés et paradoxalement instables.

4.5. La distribution urbaine : un secteur gouverné par des acteurs variés et


instables
La distribution urbaine est dominée par la vente de détail. Cette dernière activité
requiert à la fois patience et endurance. Ses acteurs y passent en général 08 à 11 heures de la
journée dans l’attente d’éventuels acheteurs. Ils se recrutent dans toutes les tranches d’âge,
qu’il s’agisse de jeunes enfants assistant leurs parents aux heures libres de classes ou de
vieillards propriétaires d’un étal. Plus de 50 % se situent néanmoins dans la tranche (30-45
ans). La conscience collective se représente généralement la vente de détail comme une
activité essentiellement féminine. Si cette représentation se vérifie sur les marchés sud-
camerounais notamment pour ce qui est des légumes, céréales, légumineuses et tubercules, la
situation dans le Nord-Cameroun est quelque peu contrastée d’une ville à l’autre d’une part, et
d’un marché à l’autre au sein d’une même ville d’autre part. Ce contraste est surtout à mettre
en rapport avec le poids de l’élément culturel déjà évoqué plus haut dans le commerce de
gros, qui tendrait à établir une certaine discrimination entre les peuples de la région au double
plan de l’ethnie et de la religion faisant de la vente de détail une activité dévalorisante dans la
hiérarchie sociale régionale.

4.5.1. Le commerce de détail : un refuge pour « laissés-pour-compte » ?

Les acteurs de la distribution vivrière sont majoritairement originaires des ethnies


chrétiennes de l’Extrême-Nord, du Tchad et du Sud-Cameroun. Une segmentation du marché
par groupes de produits est assez visible. Les populations locales contrôlent la vente des
céréales, légumineuses, légumes et certains tubercules (igname, patate) produits dans la
région ; tandis que les sud-camerounais dominent dans le commerce des racines, tubercules et
féculents importés de la partie méridionale du pays. L’implication des hommes sur les
marchés de Garoua est assez impressionnante. Ils représentent plus de 50 % au grand marché
et 25 % au petit marché contrairement à Maroua et à Ngaoundéré où ils sont sous représentés.

Au-delà de ces éléments de différenciation leur trait commun est le faible pouvoir
financier qui les caractérise. La surface financière est comprise entre 25 000 et
150 000 FCFA. Les fonds proviennent de trois sources principales : les ressources propres,
l’appui d’un proche et les emprunts dans des tontines. Le commerce de détail est l’un des
256

secteurs qui peut véritablement servir de baromètre d’appréciation de la solidarité sociale. Les
récits de vie des acteurs montrent en effet que la plupart ont démarré grâce à un appui d’un
membre de famille, d’un ami ou d’un organisme religieux d’aide au développement,
notamment le CDD qui œuvre abondamment dans ce sens. Les montants assez modestes
certes (20 000-100 000 FCFA), mais ils sont néanmoins une importante base de départ pour
de nombreuses femmes au foyer, des migrants, des élèves pendant les vacances et des
étudiants en situation transitoire entre la fin de leur formation et la recherche d’un emploi
stable. Ils permettent de se procurer un comptoir de fortune, un à trois sacs de céréales et/ou
légumineuses les plus consommées.

Peu d’acteurs s’acquittent de l’impôt libératoire seule taxe requise par les pouvoirs
publics au secteur informel. Leur relation avec l’administration se réduit au paiement du droit
de place à la municipalité (100 FCFA/jour) et à l’établissement du certificat médical délivré
par un médecin de la place (900 FCFA). La souplesse des pouvoirs publics à l’égard de ce
secteur a eu pour conséquence de le rendre difficilement contrôlable tant du point de vue
fiscal que disciplinaire. S’il est vrai qu’il participe très efficacement à la lutte contre la
pauvreté face au malaise socio-économique auquel se trouve confronté l’ensemble du secteur
informel, l’on est encore loin d’avoir affaire à un secteur porteur pour ses acteurs. D’où une
certaine instabilité des effectifs, constatée sur les marchés. Ils varient d’un jour à l’autre, en
fonction de la disponibilité des produits et des fonds quelquefois absorbés par les besoins
familiaux (soins médicaux ou scolarité des enfants), en attendant de remobiliser une nouvelle
source de financement qui s’obtient très souvent auprès des grossistes. Ils varient également
en fonction de la période de l’année scolaire et universitaire. Les congés de fin d’année et de
pâques ainsi que les vacances scolaires voient les marchés urbains investis par de jeunes
enfants préparant leur rentrée scolaire. Ils constituent à ces périodes (décembre, avril, juillet-
août) de redoutables concurrents pour ceux qui n’ont pour seule activité que le commerce de
détail.

Les détaillants bénéficient des grossistes des facilités portant sur l’obtention des
produits à crédit. Peu de détaillants payent la totalité de leurs marchandises. Le paiement se
fait généralement après la vente. Le bénéfice est ainsi prélevé et le montant du produit reversé
au grossiste. Ce versement conditionne un nouvel emprunt. Il n’y a pas de spécialisation dans
la vente d’un type de céréale ou de légumineuse (photo 17). Un même détaillant peut de ce
fait s’approvisionner à crédit auprès de plusieurs grossistes sur le marché en différents
produits (céréales, légumineuse, huiles de palme) en vue de maximiser ses marges
257

bénéficiaires. Ces pratiques permettent ainsi d’assurer le fonctionnement des filières vivrières.
Plus que la manifestation de la solidarité sociale, elles s’inscrivent davantage dans des formes
de partenariats d’affaires entre acteurs de deux segments intermédiaires des filières vivrières,
l’existence de l’un étant la raison de vivre de l’autre bien qu’il existe des grossistes-
détaillants.

Petit marché de Ngaoundéré Grand marché de Garoua

Grand marché de Maroua Petit marché de Ngaoundéré

Photo 17 : Précarité des conditions de vente au détail sur les marchés urbains
Clichés et montage : Fofiri Nzossié, 2007 - 2009 Ngaoundéré/Garoua/Maroua

L’activité s’est ajustée au contexte socio-économique du milieu. On est passé du


commerce de détail au commerce de micro-détail à travers une multiplication des unités de
mesure adaptées à toutes les bourses. Il s’agit d’une gamme variée de boîtes de conserves
usagées, de tasses, de bols et de petits seaux de plusieurs dimensions allant de 5 kg à 0,1 kg.
Les prix s’ajustent en fonction de l’évolution du marché de gros. Ils vont de 25 FCFA la
boîte, la tasse ou le bol à 1 000 FCFA le seau. Les unités de mesure ont souvent constitué la
pomme de discorde entre acheteurs et détaillants. Il est notamment reproché à ces derniers de
se livrer à leur tripatouillage réduisant ainsi leur contenance réelle. Ces pratiques font partie
des stratégies d’accroissement des bénéfices. Elles n’affectent pas pour autant la nature de
leurs relations. Ces relations sont basées sur une certaine fidélisation de la clientèle à travers
258

la garantie des propriétés organoleptiques des produits assurée par le vendeur (grosseur du
grain, odeur, couleur, texture…), les prix et la disponibilité régulière du produit.

Cette fidélisation à l’origine du jargon populaire « mon asso » ou son diminutif « ass »
pour désigner « associé », est généralement consolidée par un jeu de « cadeau121 » qui sera
d’une manière ou d’une autre répercuté sur les prix final du produit dans la mesure où ce
cadeau est comptabilisé sur le coût d’achat du produit au grossiste. Au-delà de cette pratique
qui peut être considérée comme une forme de partenariat d’affaires entre détaillant-acheteur,
nous n’avons pas noté de système de préfinancement des activités du premier par le second, le
financement restant une question cruciale pour les détaillants très souvent dépendant du
grossiste. Ce qui laisse croire que le commerce de détail est un secteur d’activité pour les
laissés-pour-compte. Ce commerce a une incidence sur l’offre alimentaire locale et importée
notamment par sa contribution à la redistribution spatiale.

4.5.2. Le financement du commerce vivrier de détail

Les bénéfices journaliers bruts sont assez faibles (en moyenne 1 000 FCFA, soit
30 000 FCFA/mois). Ils sont prioritairement orientés pour les besoins quotidiens de la famille.
Cette moyenne cache cependant de fortes disparités. Le trop grand nombre d’acteurs de ce
segment (par exemple 466 sur les trois marchés officiels de Garoua et 245 sur le seul marché
de Maroua en 2009) réduit les parts de marché de chacun. Les possibilités de renforcement du
capital par la réinjection des bénéfices s’en trouvent également réduites. Malgré des efforts
d’épargnes à travers le système de tontines entre les acteurs (500-1 000 FCFA/semaine de
contribution individuelle), l’activité est loin de générer des revenus permettant à ses acteurs
d’améliorer leurs conditions de vie. Dans ce contexte, on peut penser que
l’approvisionnement des détaillants à crédit serait davantage profitable aux grossistes qui
peuvent ainsi faire fonctionner un important réseau de revendeurs à leur compte, bien que ces
pratiques permettent aux différentes filières de se maintenir. Le segment de la distribution
urbaine affiche des signes de forte précarité, compromettant les risques de
professionnalisation de ses acteurs fréquemment exposés à la faillite.

121
Dans le cas des céréales, le cadeau correspond généralement à ¼ de la tasse ou du bol rajouté à la quantité
effectivement payée par l’acheteur. Ce rajout par le vendeur s’entend comme une sorte de récompense faite à
l’acheteur et en même temps une exhortation à revenir la prochaine fois. Par ce geste le vendeur constitue son
réseau de clients.
259

Le récit de Fadimatou D., détaillante au grand marché de Maroua s’apprente au cas de


nombreux acteurs de ce secteur. Mariée et mère de 7 enfants, elle est installée sur ce marché
depuis 11 ans après avoir exercé la même activité pendant 4 ans sur un marché de quartier de
la ville. Elle estime son chiffre d’affaire à 80 000 FCFA, montant qui a priori se situe au-
dessus de la moyenne de ce secteur. A la réalité, Fadimatou dispose de moins de
30 000 FCFA de fonds propre de ce chiffre d’affaire. Comme beaucoup d’autres femmes et
hommes (photo 17 ci-dessus), elle a installé sur le rebord de la servitude les cinq sacs qui
constituent l’essentiel de sa marchandise dont un sac de mil rouge, un sac de mil blanc, un sac
de maïs, un sac de riz importé et un sac d’arachide. Elle s’approvisionne auprès de deux
grossistes. Un premier auprès de qui elle obtient à crédit le riz et un deuxième de qui elle
reçoit le mil/sorgho, l’arachide ou le maïs selon le cas.

Son fonds propre lui permet de payer une avance sur un ou deux types de produits
qu’elle vend avant de s’acquitter de sa dette. C’est de cette manière qu’elle parvient depuis
toutes ces années à se maintenir dans l’activité qui finance une partie de l’éducation et de la
santé des enfants. C’est également sur son stock qu’elle prélève ce qui est consommé au sein
du ménage. Par cette activité elle vient ainsi en « renfort » à son époux dont le revenu
mensuel ne dépasse pas 80 000 FCFA. Fadimatou dit avoir déjà connu des interruptions
pouvant durer trois mois suite à la faillite. Ce qui l’a très souvent conduite à changer de
grossiste n’ayant pas payé la totalité de ses engagements financiers auprès du précédent.

Les activités de nombreux détaillants sont ainsi marquées par de fréquentes


interruptions dues à la diminution ou à la disparition du capital. L’une des causes du
changement de fournisseurs est liée à l’impossibilité de payer les marchandises reçues du
précédent et par conséquent à l’impossibilité d’être à nouveau approvisionné. D’autres
détaillants s’approvisionnent auprès des producteurs des campagnes proches qui portent
directement leurs produits sur les marchés urbains ou sur les marchés périphériques. L’achat
se fait au comptant et permet en même temps d’améliorer les marges bénéficiaires. Seulement
le nombre d’acteurs pouvant payer au comptant est faible. D’où l’importance des
approvisionnements à crédit auprès des grossistes urbains.

****
260

En définitive, les filières céréalières décrivent des trajectoires spécifiques dans


l’organisation et le fonctionnement qu’il s’agisse des filières de production locales ou
importées. Cette spécificité porte autant sur les acteurs que sur l’ensemble du processus de
mise en marché. Les acteurs locaux ont développé un ensemble de stratégies d’actions qui
leurs permettent de gérer le faible intérêt que manifestent les pouvoirs publics à l’égard des
filières locales, comparativement au riz importé, objet de multiples enjeux financiers. Quelle
que soit la filière, on note ainsi le rôle moteur joué par le secteur privé dans
l’approvisionnement des marchés urbains.
261

Conclusion de la deuxième partie


L’analyse de l’évolution de la demande alimentaire urbaine au Nord-Cameroun
confirme la prépondérance du modèle basé sur les céréales, en même temps qu’elle révèle des
formes d’adaptation des ménages orientées par les disponibilités alimentaires sur les marchés
locaux. La part des spéculations locales (mil/sorgho et maïs) varie selon la période de soudure
ou d’abondance. Les céréales anciennes (mil/sorgho) qui connaissent une forte saisonnalité de
leur disponibilité du fait d’un certain nombre de contraintes d’usage (semences,
transformation en bière) sont pénalisées en comparaison des céréales « nouvelles » (maïs, riz)
qui peuvent facilement être importées du marché international (cas du riz), soit bénéficient
d’investissements institutionnels importants (cas du maïs). Le riz a ainsi intégré les habitudes
alimentaires des populations urbaines des zones soudano-sahéliennes. Il est devenu le premier
aliment en période de soudure, suivi du maïs qui a connu une croissance remarquable en une
quinzaine d’années. Leur plus grande disponibilité tout au long de l’année par rapport aux
mil/sorgho base alimentaire de la région, la diversité de leurs formes de consommation,
favorisent par ailleurs leur adoption par les populations urbaines.

Or les périodes de soudure sont souvent des périodes d’insécurité alimentaires forte
dans des zones où l’accès aux ressources hydriques est de plus en plus instable. La plupart des
alertes alimentaires que connait le Cameroun et qui conduisent le PAM à intervenir dans ce
pays se localisent dans les régions du nord du pays (Extrême-Nord, Nord). Si le riz et le maïs
ont un rôle important croissant pour la diminution de l’insécurité alimentaire saisonnière dans
le Nord-Cameroun, ils participent aussi à la stabilité de l’offre céréalière globale dans les
villes tout au long de l’année. Les constats réalisés interrogent en revanche la durabilité des
trajectoires actuelles du système alimentaire des productions. Le riz étant principalement
importé, la réalisation de la sécurité alimentaire en période de soudure est de plus en plus
tributaire du marché international. En ce qui concerne le maïs, des interrogations demeurent
sur sa capacité à confirmer le rôle de « pillier futur » de la sécurité alimentaire des populations
de la zone soudano-sahélienne, du fait des nombreuses sollicitations dont il fait l’objet au
niveau de l’alimentation animale, voire d’autres formes d’usages alimentaires.

Par ailleurs au-delà du critère de disponibilité, de nombreux dysfonctionnements qui


caractérisent les filières céréalières locales constituent également des facteurs de risques
d’instabilité de l’offre régionale. Ces dysfonctionnements sont d’ordre organisationnel,
fonctionnel et infrastructurel. Entre les segments amont (producteur) et aval (consommateurs),
262

la définition et la délimitation des segments intermédiaires restent très aléatoires, un même


acteur pouvant « muer » d’une fonction à l’autre dans un même espace selon les opportunités
de marché qui se présentent. D’où la difficulté à répondre à la question « qui est acteur de
l’approvisionnement et de la distribution vivrière au Nord-Cameroun ? ». Le plus gros risque
est cependant d’ordre financier. Le financement de la filière est un véritable goulet
d’étranglement des acteurs conduisant à l’élaboration et à la mise en œuvre des stratégies
d’action essentiellement fondées sur le social en l’absence d’un système d’appui bancaire. Les
tontines et divers autres appuis financiers bien que participant au maintien des filières sont des
mécanismes de financement fragiles notamment au niveau du segment de la distribution. De
nombreux acteurs sont ainsi engagés dans la spirale du fonctionnement à crédit qui, tout en les
maintenant dans les filières alimentaires, leur laisse peu de marge de manœuvre de se
constituer un capital personnel substantiel.

D’un point de vue général les filières céréales locales (mil/sorgho, maïs et riz)
connaîtraient davantage de dysfonctionnements structurels et fonctionnels que la seule filière
riz importée objet de divers enjeux. Malgré l’instabilité du marché international ces deux
dernières années, le riz importé se caractérise par sa plus grande disponibilité sur les marchés
urbains, contrairement au mil/sorgho, maïs et riz local. Ainsi, la spécificité sectorielle de la
filière de riz importé structure des systèmes d’approvisionnement spécifiques différents des
céréales locales. Elle permet de délimiter avec beaucoup plus de certitude les différentes
fonctions d’intermédiation (grossistes, transporteur et détaillants principalement). Il y a donc
un besoin de soutenir la réorganisation des filières céréalières locales, action qui relève du
rôle de l’Etat dans l’accompagnement des acteurs du secteur privé.
263

Troisième partie : Les voies de l’adaptation de l’offre à la


demande urbaine
264

Cette troisième partie examine les conditions d’amélioration de l’offre vivrière locale,
et particulièrement de l’environnement de production permettant de répondre de manière
durable à la demande urbaine. Nous analysons dans les deux chapitres qui la structurent le
cadre institutionnel d’accompagnement des acteurs de la production vivrière en général et
céréalière en particulier. Il apparaît que la recherche agronomique en tant qu’institution amont
de la chaîne alimentaire a fourni au cours des cinquante dernières années d’importants acquis
adaptés à la précarité agro-écologique de la région, certes, mais qui ont peu contribué à
l’accroissement de la production. Nous retenons à cet effet l’approche historique pour
analyser la mise en œuvre du dispositif de transfert de ces acquis en milieu paysan et
identifier les dysfonctionnements permettant d’expliquer les difficultés d’accroissement de la
production par intensification. Les évolutions de l’environnement socio-économique mondial
impactent par ailleurs sur les choix d’intervention des pouvoirs publics et leurs partenaires au
développement (ONG et Associations à but non lucratif, Confessions religieuses,
Organisations de producteurs de plus en plus impliquées dans le processus de mise en œuvre
de la politique agricole). Cette partie analyse également les conséquences de ces évolutions
sur les possibilités d’accroissement des disponibilités vivrières. En outre, l’amélioration de
l’offre vivrière urbaine est tout aussi tributaire de l’ensemble du système de transport en
général et des infrastructures routières en particulier comme on l’a vu plus haut [chapitre 2
(2.1.2) et chapitre 4 (4.3.)], l’un des défis à relever par les acteurs de la distribution étant
d’acheminer la production des campagnes vers les villes.
265

Chapitre 5 : L’amélioration de l’environnement


institutionnel de la production

L’Etat camerounais à l’image de nombreux pays de l’Afrique subsaharienne affiche au


lendemain de son indépendance la volonté de garantir à sa population un accès durable à
l’alimentation. Au-delà du besoin d’assumer cette mission régalienne, mieux de souveraineté
nationale, cet engagement tient également du souci de juguler le risque d’amplification de la
dépendance alimentaire du Cameroun vis-à-vis des importations dont les quantités
augmentent de façon inquiétante à partir de 1970, particulièrement sur les produits céréaliers
(blé, riz, maïs et sorgho). Le développement des sociétés publiques de substitution à
l’importation marque la concrétisation de cette volonté à travers le contrôle de la chaîne
alimentaire. La recherche agronomique, la production agricole, l’encadrement paysan et la
distribution urbaine s’inscrivent ainsi dans le registre des actions entreprises par l’Etat, sans
pour autant que cela contribue à moyen et à long termes au recul des importations qui portent
certaines années (1981 et 1991) sur le sorgho principale céréale locale, et de plus en plus le
maïs à partir de 1986. Après un premier pic de croissance en 1991 avec près de
250 000 tonnes de céréales importées, les importations camerounaises ont franchi les
800 000 tonnes en 2006 (figure 49 et Annexe F).

Figure 49 : Evolution des importations céréalières du Cameroun (1961-2006)


Source : FAOSTAT (février 2011) Graphique Fofiri, février 2011
266

Malgré l’importance du blé (environ 45 %), le riz, le maïs et le sorgho sont les
principales bases amylacées consommées au Cameroun faisant l’objet d’importations
massives122 ; racines, tubercules et féculents étant pour l’essentiel produits sur place. Leur
part croissante dans les importations céréalières est préoccupante compte tenu de leur
importance dans la préservation de la sécurité alimentaire urbaine. En outre, l’importance des
céréales dans la consommation alimentaire des populations du Nord-Cameroun a toujours
constitué un enjeu justifiant l’implication des pouvoirs publics dans la chaîne alimentaire. La
précarité de cette région géographique du point de vue agro-écologique avait très tôt
préoccupé l’administration coloniale française dont les actions avaient surtout porté sur
l’appui à la diversification agricole, à la mécanisation (introduction de la traction animale) et
au stockage ; les essais expérimentaux sur le riz, le contrôle de la commercialisation du mil.
L’intervention de l’Etat indépendant va donc s’inscrire dans le prolongement des actions déjà
engagées visant à accroître la disponibilité alimentaire locales.

A l’échelle nationale, le Nord-Cameroun demeure l’espace le plus vulnérable au plan


agricole malgré la pléthore de mesures d’interventions publiques et privées. Les effets récents
du changement climatique observés sur les activités agricoles constituent de nouveaux
facteurs susceptibles d’accroître cette vulnérabilité et face auxquels les systèmes céréaliers
doivent s’adapter. L’analyse du système de production (chapitre 1) a montré des disparités
d’appuis institutionnels entre les cultures céréalières. Dans le domaine de la recherche, peu de
travaux ont été menés sur le mil par rapport au sorgho, au riz et au maïs qui ont toujours fait
l’objet d’accompagnement institutionnel spécifique. La diversité variétale sur le maïs, le
dispositif d’encadrement paysan soutenu par la SODECOTON et autres organismes de
développement, le financement de la production agricole et recemment l’appui à la production
semencière dans le cadre du PARFAR, sont autant d’actions susceptibles d’expliquer sa plus
grande disponibilité annuelle par rapport au mil/sorgho. De ce constat, la mise en place d’un
cadre institutionnel similaire pour le mil/sorgho pourrait-elle activer des réserves de
productivité importantes et accroître la disponibilité locale ? Ce chapitre analyse les
conditions d’amélioration de l’environnement institutionnel de la production à partir des
actions menées dans les domaines de la recherche, de la vulgarisation et du stockage.

122
Les importations d’igname du Nigeria se font à partir des principaux points d’entrée au Cameroun par le nord
(Amchidé, Fotokol, Mogodé…). Elles ne font pas l’objet d’un suivi statistique permettant de fournir des données
crédibles. L’igname du Nigeria comme cela est communement appelé sur les marchés urbains du Nord-
Cameroun est généralement vendue en période de soudure, lorsque la production régionale d’igname faite dans
la plaine de Mbé (Adamaoua) est épuisée.
267

5.1. Adaptation des systèmes céréaliers aux évolutions agro-climatiques :


rôle de la recherche agronomique
Les évolutions agro-climatiques dans le Nord-Cameroun sont caractérisées ces dix
dernières années par des perturbations du calendrier agricole liées aux fluctuations des
saisons, la reprise des semis par les paysans suite à l’instabilité pluviométrique, la baisse de la
teneur en eau des sols entre autres effets. La pluviométrie est passée de 700 à 500 mm par an
dans la partie sahélienne. La dynamique de la plaine d’inondation du Logone est aujourd’hui
confrontée à une régression de la durée de recouvrement de la plaine par les eaux de crue des
principaux cours d’eau de la région (WMO/GWP, 2003). Ces effets qui ont par le passé
affecté l’agriculture mais de façon cyclique ont conduit les pouvoirs publics à mener des
actions visant à atténuer l’impact de la sévérité du climat sur la production agricole
(Beauvilain, 1989). La recherche agronomique est apparue comme la pierre angulaire du
dispositif mis en place dans les années 1970 et qui a permis de fournir à l’ensemble du
système agricole régional d’importants acquis malgré leur faible niveau d’adoption.

5.1.1. Le système de recherche agronomique au Nord-Cameroun : état des lieux

Le système de recherche agronomique dans le Nord-Cameroun a connu à ce jour deux


grandes périodes en rapport avec les opportunités de financement des activités impulsées de
l’extérieur. Le rôle des PTF y est déterminant notamment dans la définition des orientations
thématiques de la recherche et le choix des zones d’intervention. La période 1964 - 1996 jette
les fondements historiques de la recheche régionale et sera suivie plus tard des réformes
visant à adapter la recherche au contexte socio-économique de l’heure.

[Link]. Les fondements historiques de la recherche agronomique régionale (1964-


1996)

Les grandes initiatives en matière de recherche agronomique au Nord-Cameroun sont


surtout venues des instituts et organismes de recherche étrangers et/ou des bailleurs de fonds
internationaux (ORSTOM/IRD, CNRS, CIRAD ; Coopération Française, BM, BAD…). La
recherche dans ses débuts touche principalement trois domaines de la production agricole : les
semences, les itinéraires techniques et les systèmes de production. La période (1964-1996)
jette les bases d’une recherche agronomique nationale qui bénéficie de nombreux appuis
extérieurs du point de vue financier et technique. Au plan national l’Institut de Recherche
Agronomique est créé en 1979 et la Délégation Générale pour la Science et la Recherche
Technique érigée en Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique en
268

1984. Nous rappelons succinctement ici les principaux projets/programmes de recherche


développés sur les céréales (Projet Garoua, 1995 ; Seiny Boukar et al., 1997 ; Seignobos et
Iyébi-Mandjek, 2000 ; Mathieu, 2003 ; Njomaha, 2004). Trois programmes ont
particulièrement œuvré dans ce domaine.

- Le SAFGRAD (Semi-Arid Food Grain Research and Development)

Ce programme avait été mis en place par l’OUA, pour accroître les productions de
sorgho et de mil en régions semi-arides de l’Afrique. Installé au Centre de recherche de
Maroua de 1979 à 1984, il ciblait les cultures de base de l’alimentation des populations du
Nord-Cameroun.

- Le NCRE (National Cereal Research and Extension)

Le projet financé par l’USAID dura 15 ans (1980-1994). L’objectif était d’accroître de
façon substantielle la production céréalière du pays et de former les chercheurs nationaux de
sorte qu’ils deviennent plus productifs pour le Cameroun et l’Afrique toute entière. Le projet
qui couvrait toutes les zones agronomiques du pays portait sur le maïs, le sorgho, le mil et le
riz. Il a permis de développer plusieurs variétés de semences particulièrement sur le maïs, le
riz et le sorgho.

- Le Projet Garoua

Financé par l’Etat camerounais, le Fonds d’Aide et de Coopération et la Caisse


Française de Développement, ce programme bilatéral entre le Cameroun et la France débuta
en 1988 et s’acheva en 1996 dans le Nord-Cameroun. Le projet Garoua monté pour couvrir
toute la zone soudano-sahélienne participa à l’amélioration du matériel végétal, la protection
des végétaux, la gestion des ressources naturelles, la restauration des sols, les systèmes de
production, l’amélioration de la technologie agro-alimentaire (transformation des céréales).
Ces aspects constituaient les différentes unités de recherche ayant structuré ledit projet. Le
projet Garoua a permis de poursuivre les travaux d’amélioration du matériel végétal
développé dans le cadre des précédents programmes, en particulier par la recherche des
variétés à rendements stables et dont les caractéristiques technologiques correspondent à la
demande des paysans et des agro-industries.

C’est dans le cadre de ce projet qu’ont été développés et introduits les équipements de
broyage et de mouture des grains de maïs, contribuant ainsi au développement de cette culture
dans la région par l’amélioration des techniques de mouture par rapport aux mil/sorgho. Le
269

projet a par ailleurs contribué à la mise au point de nouvelles variétés en riziculture pluviale et
de bas-fonds et en riziculture irriguée. Il a en outre donné un essor à la malherbologie 123, et
depuis 1992 la lutte chimique a pris de l’importance dans la lutte contre les adventices. Il a
enfin participé à la formation de plusieurs chercheurs de l’ex-Institut de recherche
agronomique (Projet Garoua, 1995 ; Seiny Boukar et al., 1997).

La mise en œuvre de tous ces projets et programmes a fourni un matériel végétal


diversifié (tableau 29) complémentaire au riche patrimoine génétique local existant
notamment sur le mil/sorgho. Car les agriculteurs sont institutionnellement reconnus pour leur
rôle dans la construction et la diffusion des ressources génétiques. A cet effet l’Extrême-Nord
présente à elle seule une exceptionnelle richesse variétale de sorgho [plus de 1 500 variétés
(Raimond, 1999, 2005 ; Seignobos et Iyébi-Mandjek, 2000)].

Tableau 29 : Variétés de semences céréalières développées par la recherche dans le Nord-Cameroun (1964-
2008)

Spéculations Principales variétés développées Variétés adoptées


Sorgho pluvial S35, CS 54, CS 95, CS 141, Zouaye, IRAT 55 S35, IRAT 55, Zouaye
Pénicillaire IKMV
CMS 8704, CMS 8501, CMS 9015, CMS 8806, CMS 8704, CMS 8501, CMS 9015,
Maïs
TZEE, STR-Y, [Link], K9351, CMS 8806, TZEE, [Link]
Riziculture pluviale de bas-fonds
IRAT 112, ITA 257, WAB 96-31, IRAT 314, IRAT 112, ITA 257,
IDSA 46, WAB 96-44 WAB 96-31
Riz Riziculture irriguée
ITA 300, BKN 7033, ITA 212, ITA 222, CICA 8,
ITA 230, AD 9246, NERICA, IR 46
IR 46
Sources : Exploitation bibliographique (Projet Garoua, 1995 ; Seiny Boukar et al, 1997 ; Seignobos et Iyébi-
Mandjek, 2000 ; Njomaha, 2004 ; Mathieu, 2005 ; IRAD, 2009).

123
La malherbologie ou sciences des mauvaises herbes, a pour objet la connaissance des mauvaises herbes. Elles
cherche à comprendre comment s’intègrent les divers cycles de développement des mauvaises herbes par rapport
à ceux des cultures, aux pratiques culturales et à toutes les pratiques de lutte (directe ou indirecte) permettant la
régulation de mauvaises herbes.
270

Malgré cette diversité variétale très peu de variétés ont été adoptées par les paysans
suite à certaines contraintes d’ordre agronomique, naturel et social [faible rendement,
inadaptation aux variabilités pédoclimatiques, vulnérabilité aux adventices particulièrement le
striga, dépréciation des propriétés organoleptiques par les populations (goût/saveur, texture,
couleur, grosseur…)].

Le riz a fait l’objet de nombreux travaux de recherche à la demande de la SEMRY


contrairement au sorgho et surtout au mil dont les préoccupations des paysans étaient
remontées à la recherche par le canal de la vulgarisation (SODECOTON, Confessions
religieuses, services du ministère de l’agriculture). L’intérêt croissant des paysans pour le
sorgho de contre-saison (muskuwaari) conduit la recherche à y consacrer des travaux. Les
premières recherches menées sur la spéculation par l’Institut de Recherche Agronomique
Tropicale remontent aux années 1960-1970. Elles permettent l’établissement de diverses
références utiles tant sur la connaissance de la biologie et de la physiologie du sorgho repiqué,
que sur les possibilités d’amélioration des techniques culturales et de sélection variétale. Mais
les résultats essentiellement obtenus en station souffrent de ne pas prendre en compte la
diversité des pratiques ainsi que des milieux culturaux.

Les propositions orientées vers l’intensification de la production à travers le


développement de la culture attelée et l’utilisation d’intrants ont eu peu d’impact car elles
s’opposent aux stratégies développées par les agriculteurs (Mathieu, 2005). Ces travaux
s’inscrivaient dans la logique dominante du « développement par le haut » qui a prévalu au
cours de cette période. En 1996 une grande variabilité de semences améliorées est développée
(Kanga et Abba, 1997). Mais le « S35 » considéré comme la variété phare de la recherche a
été peu adopté par les paysans à cause de son goût peu apprécié, ces-derniers préférant le
djigarii (mil rouge) et le baïri (mil blanc) pour leur caractère rustique.

Pour Barrault (1972) cité par Mathieu (Op. Cit.), l’amélioration génétique du
muskuwaari n’apparaît pas comme une priorité et doit être précédée de travaux sur
l’amélioration des techniques culturales. Des recherches menées dans ce domaine et portant
sur la fertilisation n’ont pour autant pas montré d’effets significatifs sur le rendement, car la
fertilisation ne peut présenter un intérêt que si l’on parvient par exemple à lever la contrainte
de la disponibilité en eau. Or l’accès à l’eau demeure une contrainte majeure à l’agriculture
dans la zone soudano-sahélienne et les effets du changement climatique déjà bien perceptibles
risquent de compromettre davantage cette culture dans les années à venir. Le développement
271

de la culture du sorgho de contre-saison s’effectue aujourd’hui par extension des superficies


cultivées et non par intensification. Sa pratique se fait de plus en plus au-delà des terres
traditionnelles sur vertisols adaptées à la culture (Fotsing et Mainam, 2003). On s’achemine
progressivement vers la fin des terres de karal.

Contrairement au muskuwaari issu du patrimoine génétique local, le maïs a été


introduit par les pouvoirs publics au Nord-Cameroun dans la décennie 1980 afin de réduire les
risques d’insécurité alimentaire par l’augmentation de la disponibilité en céréales. Les
recherches sur la diversification et l’amélioration variétales et les systèmes de production
correspondaient au paradigme dominant visant la mise au point des innovations techniques et
technologiques par la recherche et leur diffusion par les organismes de développement.

La période (1964-1996) fournit ainsi de nombreux acquis scientifiques dans les


domaines de la sélection variétale, de la protection des végétaux, des systèmes de production.
Malgré le faible niveau d’adoption de nombreuses innovations techniques et technologiques
par les paysans, ces trouvailles n’en constituent pas moins un important héritage laissé à la
recherche, permettant de réorienter les travaux à partir de la décennie 1990.

[Link]. L’adaptation de la recherche au contexte socio-économique (1997-2008)

La recherche agricole camerounaise fait l’objet d’une adaptation à la fois structurelle


et contextuelle dans la deuxième moitié de la décennie 1990. Au plan structurel, une réforme
globale est engagée à partir de 1994. Le Cameroun entame des réflexions avec l’appui d’un
certain nombre d’institutions internationales visant à restructurer la recherche agricole de
manière à la rendre plus efficiente et capable de s’autofinancer. L’Institut de Recherche
Agronomique et l’Institut de Recherche Zootechnique et Vétérinaire fusionnent pour former
en 1996 l’actuel Institut de Recherche Agricole pour le Développement124 (Njomaha, 2004).
L’IRAD est structuré suivant les cinq zones agro-écologiques qui couvrent le Cameroun
(figure 50).

124
L’IRAD créé par décret présidentiel n° 96/050 du 12 mars 1996, réorganisé par le décret n° 2002/230 du 6
septembre 2002, est un établissement public à caractère administratif, doté de la personnalité morale et de
l’autonomie financière. Il est placé sous la tutelle technique du ministère chargé de la recherche scientifique et de
l’innovation et sous la tutelle financière du ministère de l’économie et des finances (IRAD, 2007b).
272

- Zone I : Zone Soudano-sahélienne ;


- Zone II : Hautes Savanes Guinéennes ;
- Zone III : Hauts Plateaux de l’Ouest ;
- Zone IV : Forêt humide à pluviométrie mono-modale ;
- Zone V : Forêt humide à pluviométrie bi-modale.

Figure 50 : Zones agro-écologiques du Cameroun


Source : IRAD (2007)
273

Chaque zone agro-écologique est couverte par un ensemble de structures de recheche


hiérarchisées. Le Centre Régional de Maroua dans la zone soudano-sahélienne comprend les
stations polyvalentes de Garoua et de Yagoua, et les antennes de Poli-Fignolé, Maga, Guétalé,
Kousséri, Makébi, Sanguéré/Karéwa, Béré et Touboro. C’est un dispositif stratégique qui
d’un point de vue spatial, vise à rapprocher la recherche du milieu paysan. Il est chargé entre
autres missions d’assurer la coordination nationale des recherches sur les céréales des zones
sèches, mission à laquelle il prenait déjà part en qualité de structure d’accueil de divers projets
et programmes dans la période 1964-1996.

En outre on assiste après 1997 à une « contextualisation » de la recherche agricole aux


évolutions socio-économiques fondée sur deux séries de facteurs : la disponibilité des
ressources financières et une plus grande prise en compte des préoccupations des producteurs
à travers la démarche participative. Les financements étatiques s’amenuisent progressivement
puis sont supprimés suite à la crise économique. La recherche nationale en général est plus
que par le passé dépendante des financements extérieurs (BM, BAD, Coopération Française
en l’occurrence).

Au Nord-Cameroun les activités de recherche sur la diversification et l’amélioration


variétales subissent en premier les effets de cette crise. Le Centre de Maroua et toutes ses
structures spécialisées entrent dans une léthargie à l’image de la recherche camerounaise. Le
volet production des semences de pré-base destinées à la multiplication du matériel végétal
est interrompu, consacrant ainsi une amorce au démantèlement de la filière semencière au
cœur du dispositif de la production agricole. Le taux de prélèvement des semences sur les
récoltes atteint aujourd’hui les 10 % particulièrement sur le mil/sorgho. Dans plusieurs zones
rurales les échanges de semences s’organisent autour des réseaux sociaux informels. Barnaud
et al. (2008) ont estimé que 56 % des agriculteurs duupa du Nord-Cameroun se pourvoient
auprès de leur famille ou de leurs voisins. Cette forme d’organisation a été observée au Mali
par Bazile et Abrami (2008). Les auteurs ont montré que les systèmes semenciers
traditionnels participent à l’emblavement de ¾ des surfaces cultivées dans certains pays du
Sud. Les systèmes semenciers traditionnels ont par ailleurs contribué à la diffusion de
l’important matériel génétique local dans les savanes africaines à travers le phénomène
migratoire (Raimond, 1999 et 2005 ; Seignobos, 2000 ; Bazile et Abrami, 2008).

Dans le cadre de cette contextualisation l’approche projets et programmes est


maintenue certes, mais elle s’inscrit davantage dans une perspective sous-régionale que
274

nationale étendue à la zone des savanes d’Afrique centrale (Cameroun-Tchad-République


centrafricaine). Celle-ci se concrétise au sein du PRASAC125. Elle aboutit au montage et à
l’exécution de deux importants programmes de recherche sur les mutations des savanes
africaines : PRASAC 1 (1998-2002) et ARDESAC (2004-2009). L’objectif majeur est de
redynamiser les Instituts de recherche sous-régionaux fragilisés par les effets de la crise
économique. Financés par la Coopération Française, les deux programmes de recherche ont
bénéficié de l’appui des partenaires scientifiques européens dont le Cirad et l’IRD en France,
puis l’Université de Leyde au Pays-Bas (Jamin et al., 2003 ; PRASAC, 2009). Les domaines
abordés en vue d’améliorer les pratiques agricoles portent sur :

- La gestion des ressources naturelles et de l’environnement (terre, pâturage, bois) ;


- Les systèmes de production ;
- La protection des végétaux ;
- L’étude des performances des filières en crise (coton) et des filières émergentes
(maïs, oignon, niébé, fruits) ;
- La valorisation des produits ;
- L’appui aux acteurs (conseils de gestion).

En 2003 les résultats de la mise en œuvre du PRASAC 1 montrent qu’il a impulsé des
ruptures par rapport aux thématiques antérieures centrées sur la diversification et
l’amélioration variétales, mais aussi dans les pratiques des chercheurs (approche « top-
down ») (Madi et al., 2003). Il a souvent été reproché à la recherche de développer des thèmes
inadaptés aux besoins des producteurs. La démarche privilégie désormais l’établissement d’un
partenariat avec les acteurs pour mettre au point des méthodes d’aide à la décision : c’est
l’approche participative. Cette orientation maintenue dans le cadre des activités ARDESAC
(2004-2009) a été institutionnalisée au sein de la recherche camerounaise. La recherche
agricole conduite au cours de cette deuxième période (1997-2008) a fourni des résultats qui
touchent trois domaines essentiels de la production vivrière.

- La gestion des ressources naturelles et de l’environnement (terre, eau) ; les


systèmes de production ; la protection des végétaux ;

125
Le Prasac a été érigé en une Direction de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale
(CEMAC) en novembre 2000. Il est chargé d’assurer la coordination des projets et programmes de recherche
dans la sous-région. Ces activités ont été étendues à toutes les écologies de l’Afrique centrale, d’où la nouvelle
appellation de Pôle régional de recherche appliquée au développement des systèmes agricoles d’Afrique
centrale. Site Web: [Link]
275

- L’étude des performances des filières émergentes et la valorisation des produits


dont le maïs ;
- L’appui aux acteurs (conseil de gestion).

On note ainsi ces vingt dernières années une reprise des programmes de recherche
visant à apporter des réponses aux contraintes d’accès et d’utilisation des ressources naturelles
et à accompagner la diversification agricole amorcée avec la crise cotonnière. Les céréales
continuent de faire l’objet de travaux spécifiques, toujours dans le souci d’améliorer la
productivité. Les travaux en cours portent sur la vulgarisation de la variété de riz NERICA par
l’IRAD ; et l’étude de l’évolution de la diversité des ressources génétiques menée dans le
cadre du projet PLANTADIV (Evolution de la diversité des ressources génétiques
domestiquées dans le bassin du lac Tchad) financé par le gouvernement Français (activités de
recherche de l’UMR 8586 Prodig de l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, France)126.

L’état des lieux de la contribution de la recherche régionale au développement de la


production céréale atteste de l’existence d’importants acquis techniques. Cependant leur faible
niveau d’appropriation par les paysans constaté par les chercheurs et les développeurs tend à
réorienter la recherche sur les filières alimentaires en général et vivrières en particulier en
Afrique subsaharienne. Le Cirad consacre depuis une dizaine d’années un programme de
recherche sur la question pour tenter de comprendre les contraintes à l’adoption de
l’innovation dans les systèmes de production agricole et de transformation en Afrique
subsaharienne. L’état de la question fournit trois explications.

- l’inadéquation entre le paquet technique et technologique proposée par la


recherche et les besoins formulés par les paysans, l’innovation étant très souvent
exogène aux sociétés locales (Seignobos, 2001 ; Cathala et Seignobos, 2003 ;
Temple et al., 2009) ;
- le faible niveau de revenus en milieu rural qui compromet l’accès au paquet
technique (mécanisation du labour et sarclage), aux engrais et aux semences
améliorées (Njomaha, 2002 et 2004) ;
- et particulièrement le relâchement dans l’encadrement institutionnel des
producteurs et la fourniture des services de base en rapport avec les contraintes
financières et le désengagement de l’Etat (Ondoa Manga, 2006 ; Anonyme, 2009).

126
[Link]
276

Si les deux premiers facteurs ont abondamment été analysés par la recherche, le cadre
institutionnel d’intervention de l’Etat dans le secteur agricole au Nord-Cameroun reste peu
étudié. Or la multiplication récente des sollicitations par les partenaires au développement
depuis la fin de la décennie 1990 d’une part, la reprise économique favorisée par l’admission
du pays à l’initiative PPTE (2003-2004) d’autre part accordent à l’Etat Camerounais de
nouvelles marges de manœuvre dans le secteur agricole permettant de contribuer à
l’amélioration de la productivité. Un diagnostic global à l’échelle locale et/ou régionale
pourrait ainsi fournir des éléments de compréhension des contraintes à l’adoption des
innovations.

5.1.2. L’impact de la vulgarisation des acquis de la recherche sur l’amélioration


des systèmes productifs

La vulgarisation agricole est entendue comme le moyen de faire adopter par les
producteurs des techniques mises au point par la recherche agronomique grâce à un dispositif
d’encadrement organisé à différentes échelles géographiques. Elle comprend l’ensemble des
approches et des méthodes utilisées pour appuyer le changement des pratiques agricoles dans
un espace (Mercoiret, 1994), l’objectif étant d’accroître la production. Le besoin
d’accroissement de la production est un impératif dans le Nord-Cameroun compte tenu des
contraintes environnementales qui ont contribué à la structuration des axes de recherche. On
peut distinguer deux périodes dans le processus de transfert des acquis de la recherche aux
paysans : une prise en charge du processus par les sociétés de développement régional au
lendemain de l’indépendance et un retour progressif de l’Etat depuis une dizaine d’années à
travers ses structures traditionnelles d’encadrement paysan d’une part, et les
projets/programmes d’autre part.

[Link]. Rôle des sociétés de développement dans la vulgarisation agricole : les leçons à
tirer

Le paysage agricole nord-camerounais est marqué depuis la décénnie 1970 par la


présence de la SODECOTON et de la SEMRY. Le champ spatial d’intervention de la
SEMRY étant néanmoins resté très localisé dans la province de l’Extrême-Nord, la
SODECOTON par son champ spatial qui s’étend sur l’Extrême-Nord et le Nord a davantage
joué un rôle central dans le processus de vulgarisation agricole. La SEMRY et la
SODECOTON sont deux agro-industries post-coloniales dont les actions ont très tôt eu de
fortes implications sur les activités agricoles régionales. En 1971 la création de la SEMRY
277

n’est en soi qu’une forme de nationalisation du projet d’expérimentation de la culture du riz


commencé en 1954 ; au même titre que la SODECOTON passe du capital étranger detenu par
la CFDT au capital majoritairement detenu par l’Etat Camerounais (70 %). Cet ancrage de
longue date dans l’espace nord-camerounais a permis à ces deux structures de participer à
divers niveaux à la formulation des opérations de recherche, à l’élaboration et à la mise en
œuvre des dispositifs de vulgarisation des acquis de la recherche. Les interventions de chaque
acteur se sont généralement organisées autour de la culture objet de sa création. A cet effet,
tout le dispositif de vulgarisation va s’organiser autour des cultures du riz et du coton.

La SEMRY se voit confier un certain nombre de missions dont :

- la réduction de l’insécurité alimentaire des populations ;


- la mise à la disposition des paysans de nouvelles techniques leur permettant de
satisfaire leurs besoins et leur aspiration au mieux-être ;
- la création d’un pôle de développement régional ;
- l’approvisionnement en riz du marché national (et la réduction des importations) ;
- la diffusion d’idées et de techniques.

Toutefois la stratégie de la société qui n’a jamais été formulée explicitement repose
sur l’hypothèse que la riziculture irriguée constitue l’activité économique la plus rentable en
termes de revenus monétaires par rapport aux céréales locales, et devrait donc peu à peu
supplanter toutes les autres. Cette rentabilité est fondée sur le fait que la SEMRY contrôle
totalement la filière et que les paysans sont assurés d’écouler leur production à un prix fixe
connu d’avance (Arditi, 1998). Cette considération va conduire la structure à porter l’accent
sur les techniques de production du riz considéré comme culture commerciale au détriment
des autres vivriers et notamment les céréales locales. Ainsi les cultures de mil/sorgho réalisées
à l’extérieur des périmètres et qui concurrencent parfois la riziculture irriguée seront peu à
peu délaissées et les paysans pourront ainsi affecter toute la force de travail familiale à la
riziculture qui connait dans ses débuts une double production annuelle. La SEMRY assure la
gestion de l’eau, la fourniture des intrants et le suivi des producteurs. Elle constitue également
le canal de transfert de nouvelles variétés fournies par la recherche en milieu paysan d’une
part, et de transmission des performances techniques à la recherche d’autre part. A travers elle
s’effectue des vas-et-vient entre la recherche et le monde paysan.

Les mécanismes d’intervention de la SODECOTON dans le processus de vulgarisation


obéissent au même schéma bien qu’organisés autour d’une culture non alimentaire. La société
278

est demeurée de loin le poumon économique de la région. En 2001 elle distribuait des revenus
de près de 35 milliards de FCFA à 350 000 producteurs sous forme d’achat de coton graine127.
La SODECOTON a su développer une filière intégrée reposant sur des relations entre le
paysannat et l’agro-industrie. La structure est en effet liée aux producteurs par divers services
dont la fourniture des intrants, le désenclavement des voies d’accès aux zones de production,
l’achat du coton graine, la construction des infrastructures sociales (écoles et centres de
santé), l’appui au stockage vivrier… Cette omniprésence amène l’Etat à lui confier la délicate
mission d’assurer le développement rural du Nord-Cameroun dès sa création.

Dans le cas de la SEMRY comme dans celui de la SODECOTON le dispositif de


vulgarisation a adopté une approche intégrée autour d’une culture commerciale
(respectivement riz et coton). Il s’agit dans l’ensemble d’un dispositif hiérarchisé (ou
pyramidal), ayant une bonne organisation de travail et un contrôle strict. La pyramide repose
sur un grand nombre d’encadreurs de base. C’est également un dispositif coûteux
(Mercoiret, 1994). Le désengagement de l’Etat des secteurs productifs dans les années 1980
plonge la SEMRY essentiellement tributaire des subventions publiques dans une léthargie qui
met un terme à sa mission de vulgarisation. La SODECOTON devient ainsi le pilier central
du processus dans la région.

Elle est associée aux différentes stratégies de développement agricole élaborées dans
le cadre des projets (Centre-Bénoué, Nord-Est Bénoué, Sud-Est Bénoué…) qui intègrent en
effet tout un important volet vivrier permettant d’accompagner l’installation des migrants. Les
cultures de mil/sorgho, de maïs, de riz, d’arachide et de niébé sont associées au cotonnier dans
des systèmes rotatifs pour améliorer les rendements. Des consignes sont données par ses
encadreurs sur les itinéraires techniques (respect de la distance de semis et des périodicités du
sarclage, dosage d’engrais). Il est préconisé un assolement coton, sorgho, arachide, niébé ou
maïs pour bénéficier du reliquat d’engrais sur le coton l’année précédente (Diocèses de
Garoua, 1983). Le dispositif de vulgarisation de la SODECOTON comprend de la base au
sommet les Chefs de Zone (CDZ), les Chefs de Secteurs (CDS) et les Chefs de Région
(CDR). En 2008 on comptait 263 CDZ, 39 CDS et 9 CDR. Le CDZ est chargé de vulgariser
des techniques de production au niveau de la parcelle par des démonstrations, des champs
d’essais, des visites organisées (Djamen et al., 2010). Ce déploiement tentaculaire a permis
pendant plusieurs années la diffusion des variétés améliorées de semences développées par la

127
Entretien avec le Responsable administratif et financier de la SODECOTON à Garoua, avril 2010.
279

recherche régionale. Il a particulièrement contribué à la diffusion de certaines cultures au


détriment d’autres. Des structures d’appui ont été créées au sein de la SODECOTON pour
renforcer le dispositif existant, à l’instar du DPGT et plus tard en 2000 l’OPCC.

A partir de 1982 la SODECOTON prévoit dans le cadre du Projet Centre-Bénoué une


augmentation de 10 000 ha de surface cultivée en arachide (soit +25 %), permettant une
production supplémentaire de 15 500 tonnes, la société envisageant d’absorber 60 % de la
production différentielle d’arachide pour alimenter ses huileries (Diocèses de Garoua, 1983).
Sur les céréales spéficiquement, la SODECOTON a joué un rôle majeur dans la diffusion des
six variétés de maïs mises au point par l’IRA. Il s’agissait de variétés à cycle court (CMS
9015 ET 8806 de 90 à 95 jours) et tardif (CMS 8501, 8507, 8509, 8710 de 105 à 120 jours)
correspondant aux variations pluviométriques de la région128. L’idée de la substitution du
maïs au mil/sorgho est établie notamment dans les bassins cotonniers. Une partie de la
production est achetée par la société puis redistribuée à son personnel, participant ainsi à la
recomposition du modèle alimentaire céréalier en faveur du maïs comme l’a montré l’analyse
spatiale de la consommation (chapitre 3). Le riz bénéficie par contre de peu d’intérêt de la
SODECOTON, en partie faute de variétés résistantes à la sécheresse.

Toutefois, la prise en charge de la vulgarisation par les sociétés de développement a


toujours posé des problèmes au nombre desquels le chevauchement du calendrier agricole
entre les cultures commerciales et les cultures vivrières. Les cultures de coton, de mil/sorgho,
de maïs, d’arachide et de niébé ont toujours été en concurrence dans le calendrier de travail
des paysans. Ces-derniers bien encadrés par les chefs de zone ont très souvent négligé ou
manqué de temps pour l’entretien des parcelles vivrières, tous les actifs de l’exploitation
familiale étant orientés sur les activités cotonnières. En outre, il y a toujours eu une forte
compétition entre les deux types de cultures dans l’occupation spatiale, les « bonnes terres »
en référence aux terres les plus fertiles étant généralement réservées au cotonnier. Cela a été
le cas pour le riz par rapport au mil/sorgho dans les périmètres irrigués de la SEMRY.

Ces conflits ont particulièrement été observés dans les zones encadrées par le
personnel des sociétés de développement, car en général, celles-ci n’interviennent pas dans
des territoires où ne se cultivent pas le coton et le riz. La non intervention des sociétés de
développement dans ces territoires a longtemps impacté sur l’amélioration des performances

128
Viche Y., Organisations paysannes et commercialisation du maïs au nord du Cameroun.
[Link]
280

de milliers de petits producteurs, très souvent encadrés de façon irrégulière par les religieux et
des associations à but non lucratif. Le CDD est particulièrement impliqué dans le
développement agricole au Nord-Cameroun depuis l’indépendance. Il participe à
l’encadrement paysan à travers des actions de formation des techniciens agricoles,
d’encadrement technique, de vulgarisation des innovations, de distribution de semences,
d’appui au stockage et à la commercialisation vivrière. Par ses actions, il a joué un rôle de
diffuseur des innovations dans les zones non couvertes par les cultures encadrées de
l’Extrême-Nord et du Nord. La vulgarisation par les structures non étatiques a ainsi souffert
de cette absence de coordination des actions des différents intervenants.

Le dispositif de vulgarisation a cependant connu depuis la fin de la décennie 1990 des


évolutions récentes inhérentes au contexte sociopolitiques et économiques de l’heure. De
nouveaux acteurs ont fait leur apparition depuis une quinzaine d’années. Il s’agit des ONG,
des Organismes à but non lucratif et des OP dont les actions restent tout aussi ciblées sur
certaines cultures préalablement choisies. Les plus connus pour leur implication dans le
processus sont :

- le Service d’appui aux initiatives locales de développement ;


- la Coopération technique allemande ;
- le Service néerlandais de coopération ;
- le Centre d’éducation rurale de Ngong ;
- l’Organisation des producteurs de coton du Cameroun

Le système régional de vulgarisation agricole s’est ainsi enrichi au cours de ces quinze
dernières années d’une pléthore d’intervenants (figure 51) dont le discours bien que centré sur
les pratiques agricoles, n’est pas toujours en adéquation avec la vision globale de
développement agricole compte tenu de l’absence de coordination.
281

SODECOTON ONG

SEMRY Communautés Sociétés à but


paysannes non lucratif

Organisations Organisations de
confessionnelles Producteurs

Figure 51 : Les acteurs non étatiques de la vulgarisation agricole dans le Nord-Cameroun depuis 1970

L’implication des différents intervenants est néanmoins irrégulière suite à leur


dépendance des opportunités de financements extérieurs qu’il s’agisse des ONG, des sociétés
à but non lucratif ou des OP. Elle est cependant appelée à s’accroître avec la place qu’occupe
de plus en plus la société civile dans l’élaboration et la mise en œuvre de la politique agricole
du Cameroun. L’annonce de la privatisation de la SODECOTON depuis une dizaine d’années
fait craindre le démantèlement de ce qui peut être considéré comme le « noyau dur » du
système régional de vulgarisation et d’encadrement paysan. L’on s’interroge sur la capacité et
les dispositions du futur repreneur à poursuivre les missions sociales dont celle de la
contribution au développement du secteur vivrier (accès aux crédits intrants vivriers,
encadrement technique). Pour certains auteurs (Barbier et al., 2003) la prochaine privatisation
de la société cotonnière va certainement modifier profondément la manière dont on envisage
le développement rural dans le Grand Nord-Cameroun. Cette privatisation aura au moins
l'avantage de permettre une meilleure appréhension des autres filières et d'autres stratégies du
développement. Le retour progressif de l’Etat à travers diverses structures suite à la reprise
économique peut-il contribuer à l’émergence et à la consolidation des filières peu porteuses
par le passé ?

[Link]. Le « retour difficile » des structures publiques dans la vulgarisation agricole :


quelles attentes ?

Le développement rural dans son ensemble relève des missions régaliennes de l’Etat
qui affirme sa présence dans le Nord-Cameroun à travers les démembrements du MINADER.
282

Les structures étatiques sont déployées selon l’organisation territoriale du pays. On distingue
les délégations régionales, départementales et d’arrondissement. De 1960 à 1983, année de
réorganisation territoriale du pays, le nord formant une seule région administrative compte
une délégation d’agriculture et trois délégations départementales correspondant aux
départements de l’Adamaoua, de la Bénoué et du Diamaré. Depuis 1983, la région
géographique compte trois délégations régionales (Adamaoua, Nord, Extrême-Nord), quinze
délégations départementales et une trentaine de délégations d’arrondissement. Cette
structuration s’est enrichie après 1995 des Postes agricoles créés en zones rurales. C’est donc
une structure tentaculaire. En réalité l’Etat n’a jamais été totalement absent du développement
agricole mais la fragilité de ses structures traditionnelles durant la crise économique en a fait
un acteur passif, impuissant d’assurer une réelle coordination du système de vulgarisation.

En théorie, la structure du démembrement du MINADER dans le Nord-Cameroun


permettrait d’assurer un meilleur encadrement paysan tant elle assure la couverture spatiale de
l’ensemble de la région. Mais dans la pratique les structures traditionnelles de l’Etat ont
toujours été confrontées à l’insuffisance du personnel technique d’encadrement et aux faibles
ressources financières. Plus de 1/3 des postes agricoles sont non pourvus en personnels et
ceux qui en sont pourvus comptent un seul agent, Chef de poste chargé d’assurer
l’encadrement de proximité dans plusieurs villages. Un diagnostic du système national de
recherche et de vulgarisation agricoles du Cameroun mené en 2008 par la FAO et la CEMAC
a constaté de profondes inégalités dans l’encadrement des producteurs avec des ratios variant
de 600 à 3 400 paysans par unité d’encadrement (Abdoul Aziz et al., 2008).

Cependant depuis la fin de la décennie 1990 l’Etat est plus présent dans le dispositif de
vulgarisation et d’encadrement agricoles à travers des projets et programmes qui semblent se
substituer à leur tour (après les acteurs para-publics et privés), aux administrations
traditionnelles bien qu’utilisant le personnel du MINADER. En 2009 nous avons recensé
quatorze projets et programmes du sous-secteur des cultures vivrières dans les trois régions
administratives du Nord-Cameroun (tableau 30) structurés autour des mêmes objectifs
(organisation et professionnalisation des producteurs, accroissement de la productivité,
amélioration des pratiques de stockage, appui à la commercialisation).
283

Tableau 30 : Projets/Programmes du sous-secteur cultures vivrières dans le Nord-Cameroun (décembre 2009)


Projets/ Année de Bailleurs/
N° Dénomination
Programmes création Promoteurs
Programme National de Vulgarisation et de
01 PNVRA 1988 Banque Mondiale/Etat
Recherche Agricole
Fonds d’Investissement de Micro-Réalisations
02 FIMAC 1991 Banque Mondiale/Etat
Agricoles et Communautaires
Programme National de Sécurité Alimentaire
PNSA
03 (Projet d’Appui au Programme Spécial de 2008 FAO/Etat
(PA-PSSA)
Sécurité Alimentaire)
Programme d’Amélioration du Revenu Familial
04 PARFAR Rural dans les provinces septentrionales du 2001 BAD/Etat
Cameroun
Programme National de Développement des
05 PNDRT FIDA/Etat
Racines et Tubercules
Programme d’Installation des Jeunes
06 PAIJA Agriculteurs (Wassandé dans l’Adamaoua et 2006 Etat
Lobesse dans le Sud)
Etat
07 PNAFM Programme National d’Appui à la Filière Maïs 2006
(Fonds PPTE)
08 FFPA Foods For Progress Act IITA
Etat
09 PC Projet Champignon
(Fonds PPTE)
Programme National de Valorisation des Bas- Etat
10 PNVBF 2003
Fonds (Fonds PPTE)
Projet de Relance de la Riziculture dans la
11 PRRVL
Vallée du Logone
Amélioration de la Compétitivité des
12 ACEFA 2008 C2D/Etat
Exploitations Familiales Agropastorales
Projet de lutte contre les grands fléaux des Etat
13 PLGFV) 2003
vivriers (Fonds PPTE)
14 PSC Projet stockage céréalier 2000 BID/Etat
Sources :
- MINEPAT (2009). Rapport de mise en œuvre de la stratégie de développement du secteur rural exercice
2008, 147 p.
- MINADER (2009). Répertoire des projets et programmes du Ministère de l’Agriculture et du Développement
Rural, 2ème Edition, 76 p
- Exploitation des Aides Mémoires.

Ce retour dans l’encadrement paysan est davantage orienté vers les cultures vivrières
contrairement à ce qui avait été observé au cours de la période 1960-1980 où l’accent était
mis sur les cultures dites de rente. On peut tout de même s’inquiéter du risque de dispersion
des efforts. Divers rapports d’études tant publics que privés insistent en effet sur la trop
grande multiplicité de structures d’encadrement sur le terrain sans réelle coordination (Mbili
Oloume, 2006 ; Abdoul Aziz et al., 2008 ; Achancho et Lothoré, 2008). De nombreux
dysfonctionnements observés lors de nos travaux de terrain interrogent sur l’efficacité d’une
telle prolifération. Les éléments d’interrogation résident dans leur déploiement spatial qui
284

tend à conduire vers les mêmes bénéficiaires avec des approches parfois différentes souvent
dictées par les bailleurs de fonds.

Le développement de l’approche projet/programme présente en outre le risque du


démantèlement des services traditionnels du MINADER à travers des incitatifs qui conduisent
l’ensemble du personnel technique à se désintéresser des missions d’encadrement non
rémunérées. Primes élevées, disponibilités des frais de missions, moyens logistiques
substantiels sont entre autres avantages que n’offrent pas les services traditionnels du
ministère. Dans ce contexte, les projets et programmes à financements conjoints sont
considérés par le personnel technique comme une source d’accroissement de revenus
mensuels qu’un cadre d’amélioration des conditions de travail. Il est donc de plus en plus
courant de rencontrer des personnels oeuvrant pour deux projets ou programmes différents
auprès des mêmes bénéficiaires (situation récurrente entre les programmes ACEFA et
PNVRA).

Nous avons également noté des cas d’abandons de hautes responsabilités dans
l’administration traditionnelle pour des fonctions statutairement moins importantes dans un
projet mais financièrement mieux rémunérées dans le meilleur des cas, ou tout simplement à
des cumuls de fonctions entre administration et projets dans le pire des cas (situation tout
aussi courante). Le « malaise » que semble aujourd’hui créer l’appartenance aux services du
MINADER cristallise les rapports entre personnels desdits services et ceux des projets,
rendant ainsi difficiles les relations de travail sur le terrain. Le document de préparation
d’exécution du PARFAR (2001) précise par exemple que l’encadrement des producteurs de
semences dans le cadre de l’appui à la mise en place d’une filière semencière au Nord-
Cameroun, devait être assuré par les contrôleurs du Programme en rapport avec le PNVRA et
les Agents vulgarisateurs de zones. Dans la pratique on note une difficile circulation de
l’information entre les différents intervenants. L’application de cette mesure contribuerait
pourtant à la pérennisation des actions du PARFAR pour relancer la filière semencière.

Enfin l’importance des ressources financières dont disposent les projets et programmes
de même que leur autonomie du point de vue fonctionnel, n’est pas sans conséquences sur la
nature des rapports avec les responsables locaux du MINADER (délégués régionaux)
considérés comme autorités de tutelle. De tels conflits avaient déjà été observés il y a une
vingtaine d’années entre délégués régionaux et coordonnateurs des sociétés de développement
(SEMRY, SODEBLE, MIDEVIV, Office Céréalier) (Ondoua Manga, 2006). Cette difficulté
285

connue n’est donc pas prise en compte dans la définition des mécanismes de gestion des
projets récents. Elle a comme conséquence la difficile coordination entre les différents
intervenants sur le terrain d’une part, d’autant plus qu’ils visent les mêmes cibles. Elle conduit
d’autre part à un éternel recommencement dans les mêmes zones d’intervention mettant ainsi
en mal les possibilités de pérennisation des actions favorables à l’intensification agricole et à
l’accroissement de la productivité. L’observation de l’environnement de production montre
que les projets et programmes semblent pour l’heure provoquer davantage une dispersion des
efforts déjà entrepris dans l’encadrement et la vulgarisation agricole qu’ils ne contribuent à
dynamiser l’agriculture régionale.

Il ressort que l’Etat s’approprie les fonctions d’encadrement et de vulgarisation


agricoles au Nord-Cameroun certes, mais dans un environnement caractérisé par des conflits
internes. Il s’agit donc d’une « appropriation difficile » qui loin d’être une panacée aux
contraintes de production agricole pourrait plutôt compromettre les possibilités de
consolidation des acquis existants si des mesures correctives ne sont pas envisagées. Ceci est
d’autant plus important que l'agriculture du nord du Cameroun n'est globalement pas très
productive (Barbier et al., Op. Cit.). Une solution aux conflits internes (personnels des
projets/programmes et tutelle administrative) pourrait provenir de l’ouverture de l’accès aux
projets à l’expertise libérale plus autonome vis-à-vis d’une tutelle administrative qui s’est
toujours montrée écrasante. Le poids de cette tutelle est d’autant plus important que la logique
actuelle du recrutement du personnel des projets/programmes privilégie essentiellement les
agents du secteur public. Il existe ainsi une obligation tacite de soumission à la hiérarchie,
exigence à laquelle ne saurait être assujettie l’expertise libérale ou la société civile. Dans
plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest (Sénégal, Mali, Niger…), l’implication de la société
civile dans l’élaboration et la mise en œuvre de la politique agricole commence à produire des
effets positifs tout au moins sur l’amélioration des conditions de la production. Le Réseau des
organisations paysannes et de producteurs de l’Afrique de l’Ouest (ROPPA) œuvre de façon
très active à la participation paysanne à la gestion des politiques agricoles. On note ainsi
depuis une dizaine d’années des avancées significatives dans la professionnalisation des
acteurs du monde rural, contrairement à l’Afrique centrale où d’importants efforts restent à
faire. Car une professionnalisation effective des acteurs ruraux pourrait les impliquer de fait
dans la construction des innovations et conduire à leur adoption.
286

[Link]. Les contraintes à l’intensification des systèmes de production

Les évolutions conceptuelles autour de la question de l’intensification des systèmes de


production impliquent d’en cerner un tant soit peu les contours notamment dans l’orientation
qui en est donnée dans le contexte nord-camerounais. L’intensification peut être décrite
comme étant le processus qui doit aboutir de façon durable à des rendements agricoles plus
élevés. Ce processus est caractérisé par l’augmentation des rendements par unité de surface et
par l’amélioration de l’efficacité de l’utilisation des intrants internes (travail et engrais
organisques) et externes (capital et engrais minéraux) (Teme et al., 1996 ; Breman et
Sissoko, 1998). L’état des connaissances sur la question indique que l’intensification agricole
est apparue dans l’histoire de l’humanité principalement comme une réponse à la croissance
démographique rapide qui induit un accroissement de la demande alimentaire, et à la
dégradation des ressources naturelles. Le modèle « d’intensification induite par le facteur
capital » a longtemps été mis en valeur comme étant la meilleure option pour remplir la
fonction dualiste de la satisfaction des besoins croissants de la demande des produits agricoles
et de protection de l’environnement. Cette option implique une augmentation radicale de
l’utilisation des engrais chimiques, de la fumure organique, des mesures de conservation de
l’eau et du sol, et de la traction animale (Teme et al., Op. Cit.).

Ce modèle d’agriculture qu’on a ainsi vu se développer durant le XXème siècle, encore


appelé agriculture moderne ou conventionnelle, est le résultat de l’intégration de la science, de
la technologie et de la pratique dans un contexte historique déterminé dans les pays
industrialisés. Il sera par la suite mis en question par son effet de dégradation sur les
ressources naturelles qu’il utilise et l’environnement en général. Les ressources naturelles
constituant des facteurs productifs de grande envergure dans le cas de l’agriculture, leur
dégradation est un problème grave pouvant compromettre le potentiel productif futur (Murua
et Laajimi, 1995). La recherche propose depuis une dizaine d’années une alternative à ce
modèle d’agriculture. Elle vise à développer une agriculture écologiquement intensive ou éco-
intensification définie comme étant une intégration des éléments de l’agriculture intensive,
basée sur l’utilisation d’engrais et d’autres intrants externes et de l’agriculture écologique. Il
est préconisé l’association agriculture en tant que activité de production des végétaux et
élevage, des associations culturales céréales-légumineuses. Une agriculture écologiquement
intensive doit permettre la production de nourriture, d’énergie et de services écologiques, tout
287

en contrôlant les risques phytosanitaires et en réduisant sensiblement les effets sur la santé et
l'environnement.129.

Pour inventer cette nouvelle agriculture, certains mécanismes physico-chimiques et


biologiques devront être mieux connus, de même que leurs interactions aux différents niveaux
d’intégration. De même, la compréhension et l’accompagnement des modalités de production
impliquent l’analyse des stratégies et pratiques des différentes catégories d’acteurs
(producteurs, intermédiaires, transformateurs, organisations paysannes, services d’appui, etc.),
de leur capacité à innover, à intégrer des inventions et à faire évoluer leurs métiers, et des
conséquences techniques, sociales et économiques de telles évolutions130. La mise en œuvre
de l’intensification écologique fait ainsi appel à un besoin d’amélioration en connaissances de
l’ensemble des acteurs impliqués à divers niveaux du processus pour en assurer la durabilité.
Et divers programmes de promotion de cette nouvelle approche dans le Nord-Cameroun ont
intégré la formation des organisations de producteurs autant que des acteurs
d’accompagnement, notamment au sein de la SODECOTON.

Au Nord-Cameroun et particulièrement à l’Extrême-Nord et au Nord, la croissance


démographique rapide fait de plus en plus craindre l’acuité des risques d’insécurité
alimentaire face à l’accélération de la dégradation des ressources naturelles à l’instar du sol et
de l’eau. Ce constat a conduit dans les années 1990 à l’élaboration et l’exécution de projets
visant à maintenir, restaurer ou améliorer la fertilité des sols. Les actions majeures ont été
jusqu’ici menées au sein de deux importants projets adossés à la SODECOTON : le DPGT de
1994 à 2002 ; et les phases 1 et 2 du Projet Eau-Sol-Arbre (ESA et PCS-ESA II) de 2003 à
2010.

Dans le cadre du DPGT ces actions menées avec l’appui de la recherche nationale et
internationale ont permis entre autres l’aménagement des parcelles cultivées pour lutter contre
l’érosion hydrique, la régénération des parcs arborés pour leur multifonctionnalité
(restauration des sols, bois de chauffe, brise-vent). M’Biandoun et al. (2003) ont montré que
les aménagements de terrain, accompagnés de l’utilisation de la fumure organique associée à
la fumure minérale ont été un succès dans l’effort conjugué du DPGT pour maintenir ou
améliorer le potentiel productif des sols. Plus de 72 000 ha ont ainsi été aménagés de 1994 à

129
[Link]
[Link]/ae/agenda/manif/journee_thematique_intensification_ecologique_4413.php4
130
[Link]
[Link] (Consulté le 01 juin 2010).
288

2002. Et l’opération Faidherbia lancée en 1996 a été reconnue comme un succès dans la lutte
contre la dégradation des sols dans les sites d’expérimentation (Gautier et al., 2003). Ces
actions se sont poursuivies dans le cadre des différentes phases du projet ESA avec
l’introduction du semis direct sous couverture végétale (SCV) comme principale innovation
récente dans le Nord-Cameroun.

Le niveau d’adoption par les populations des innovations récentes tout comme celles
introduites dans les années 1980 (dont la culture attelée) est resté dans l’ensemble mitigé.
Comme cela a été constaté pour la vulgarisation des acquis de la recherche plus haut, les
actions initiées sont généralement polarisées dans les zones d’intervention des sociétés de
développement en l’occurrence la SODECOTON. Elles semblent davantage profiter à la
culture du coton qu’au vivrier. Dans le cadre de l’opération Faidherbia, « … ce n’est pas le
paysan qui accepte en premier lieu d’adhérer à l’action, mais le GIC par lequel passe toutes
les actions du DPGT … » (Gautier et al., 2003). On note ainsi un manque d’engagement
individuel dans l’adoption des innovations, ce qui constitue un handicap majeur à la
pérennisation de l’innovation qui s’arrête avec la dissolution du groupe.

Les rendements en cultures vivrières demeurent assez faibles par rapport aux
rendements expérimentaux. Sur les céréales, le rendement moyen actuel quel que soit le type
de sorgho est de 900kg/ha ; 1800kg/ha pour le maïs et 2300kg/ha pour le riz paddy, largement
inférieurs aux rendements obtenus en station expérimentale par M’Biandoun et al. (2003) à la
suite des tests fumure organique, soit 3600kg/ha en maïs et 1400kg/ha en sorgho. On a
toutefois enrgeistré une nette augmentation au cours de ces sept dernières années notamment
sur le riz. En 1998, les rendements moyens de sorgho étaient évalués en pays Massa à
600kg/ha (Artidi, 1998). Le rendement en riz est quant à lui passé de 1500kg/ha jusqu’en
2003 à 2300kg/ha en 2008. Cette augmentation a surtout été boostée par l’adoption récente
(2003) de la variété NERICA qui fournit en moyenne 3100kg/ha, contre 1700kg/ha pour
d’autres types de variétés améliorées (Malaa Kenyi et Nzodjo, 2010). Elle n’est cependant
adoptée que par 13 % des producteurs à l’échelle nationale selon l’étude réalisée par Malaa
Kenyi et Nzodjo (Op. Cit.), ce qui constitue tout de même un handicap non négligeable à
l’amélioration globale de la productivité.

Les producteurs sont confrontés à plusieurs contraintes au nombre desquelles le


manque d’équipements de production appropriés, l’insuffisance de semences améliorées,
l’insuffisance de connaissances techniques et le coût élevé des intrants. La reprise de
289

l’intervention de la SEMRY se limite autour des périmètres irrigués de Yagoua où malgré les
contraintes de gestion de l’eau et des équipements vétustes, l’impact sur la production de riz
semble notable. L’on espère que les subventions de l’Etat camerounais issues des ressources
PPTE et IADM vont permettre à la structure de passer du statut « d’office de vente d’eau »
acquis dans les années 1990 (Seignobos, 2001) à celui de véritable société d’appui au
développement de la riziculture au Nord-Cameroun. Les actions conjuguées de la recherche et
de la vulgarisation ont par contre facilité l’accès aux intrants de qualité dans les périmètres
irrigués de Lagdo. Pour le moment, l’organisation de la production que propose la SEMRY et
la recherche ne conduisent pas encore à parler véritablement d’intensification de la production
rizicole dans le Nord-Cameroun, car les impacts sur la productivité restent peu perceptibles.
Ce constat corrobore notre troisième hypothèse d’un besoin d’intensification de la production

L’intensification des systèmes de production est ainsi restée au stade des projets dans
le Nord-Cameroun en raison de plusieurs contraintes. L’intégration agriculture-élevage dans
laquelle les bœufs devaient produire du fumier pour améliorer la fertilité des sols et
l’accroissement des cultures devant fournir plus de fourrage au bétail n’a pas produit les
résultats escomptés. Les agriculteurs se sont appropriés des bœufs pour le labour leur
permettant d’étendre les superficies cultivées, tandis que les éleveurs sont devenus des agro-
éleveurs. Ces derniers fertilisent mieux leurs parcelles gràce à l’importance de leur cheptel et
obtiennent de meilleurs rendements (3700kg/ha en maïs et 2300kg/ha en sorgho contre 2700
kg/ha et 1000kg/ha respectivement pour les agriculteurs peu nombreux combinant fumures
organique et minérale) (Dongmo, 2009). Il s’agit là d’une contrainte d’ordre socio-
économique à laquelle s’ajoute le faible pouvoir financier des exploitations agricoles qui
limite leurs capacités à acquérir les produits de synthèse (engrais, pesticides et herbicides).

Les systèmes de production agricoles du Nord-Cameroun sont de plus en plus orientés


par le Système national de recherche et de vulgarisation avec l’appui de ses partenaires
internationaux vers une agriculture durable, c’est-à-dire celle qui garantit la capacité de
produire des denrées d’une manière continue et rentable sans endommager les ressources
naturelles et la qualité de l’environnement. Cette orientation qui intègre les évolutions
mondiales demeure cependant problématique compte tenu de la persistance d’un certain
nombre de pesanteurs dont celle relative à la question foncière. On peut par exemple
s’interroger de savoir comment le paysan pourra-t-il s’investir durablement dans les activités
d’aménagement des parcelles, de « végétallisation » de l’espace et par conséquent
d’appropriation des techniques face à l’insécurité foncière à laquelle il est confronté. Il s’agit
290

pourtant des trois objectifs généraux poursuivis depuis 1994 par les projets DPGT et ESA
dans l’Extrême-Nord et le Nord.

Malgré des résultats jugés satisfaisants obtenus à ce jour dans les zones
d’expérimentation [gains moyens sur l’ensemble de la zone cotonnière de 400kg/ha en sorgho
et 700kg/ha en maïs (Olivier et al., 2009)], le défi reste celui de la vulgarisation de la pratique
à l’ensemble des paysans du Nord-Cameroun dont ceux des zones non productrices de coton
(plateau de l’Adamaoua, plaines inondables de l’Extrême-Nord entre autres) et de riz irrigué.
A cet effet, les projets et programmes étatiques en cours et/ou à venir devraient jouer un rôle
de premier plan dans cette vulgarisation avec l’appui de la recherche. Ces préoccupations sont
encore peu prises en compte dans le montage des projets actuellement exécutés dans la région.

L’amélioration de l’environnement de la production interpelle également les pouvoirs


publics quant à la sécurisation de l’accès au foncier en tant que principal facteur de
production, par la définition d’un cadre réglementaire transparent et durable de tenure d’une
part, et au renforcement des compétences des acteurs impliqués dans le processus
d’accompagnement des paysans d’autre part. Face à l’instabilité des marchés internationaux,
les paysans nord-camerounais sont de plus en plus interpellés pour répondre à la demande
croissante des marchés urbains régionaux, nationaux et transfrontaliers, mais pour répondre
avant tout à l’accroissement tout aussi important de la demande rurale sous l’effet de la
démographie galopante. Ces nouvelles exigences impliquent non seulement d’accroître les
disponibilités alimentaires pour les marchés, mais surtout d’assurer la maîtrise du stockage de
cette disponibilité en vue d’une meilleure gestion. Car le stockage constitue la variable
principale de régulation du marché régional pour la sécurité alimentaire. Comment s’organise
aujourd’hui ce stockage et quels sont les appuis en vue de l’amélioration des pratiques ?

5.2. Contribution du système de stockage à la régulation du marché


céréalier régional
La conservation de la récolte en zone rurale revêt une grande importance dans un
environnement à faible capacité de transformation de la production et où l’autoconsommation
reste importante. Comme le souligne Cruz (1986) « pour de nombreux pays en développement
où la base de l’alimentation est principalement constituée de produits céréaliers, le stockage
des grains permet de différer dans le temps l’utilisation des produits vivriers récoltés en
grande quantité à une période donnée […] et de fournir ainsi aux populations des ressources
alimentaires tout au long de l’année. […]. Il participe directement à la sécurité alimentaire
291

des zones géographiques où les aléas du climat ne permettent pas toujours la reconstitution
annuelle des stocks alimentaires. ».

L’intérêt d’aider à la mise en place d’un système de stockage durable dans le Nord-
Cameroun a en effet très tôt préoccupé l’administration coloniale face à la récurrence des
crises de famine dans la région. Les familles avaient l’obligation de déposer à la fin de chaque
campagne agricole dans des greniers communautaires aménagés au niveau des chefferies
traditionnelles, une part de leurs récoltes en prévision à une éventuelle crise de famine causée
par la sécheresse. Ces pratiques ont évolué après l’indépendance vers des pratiques moins
contraignantes davantage axées sur la libre adhésion des populations au projet. Outre le
stockage commerçant analysé plus haut, on rencontre deux types de stockage vivrier dans la
région : paysan et public. Il ne s’agit pas dans le cadre de cette section de faire une analyse
systématique des pratiques de stockage, de nombreuses études ayant été consacrées à la
question (Cruz, 1986 ; Mathieu et al., 2003 ; OPCC, 2005-2008), mais de voir en quoi ces
pratiques contribuent à la régulation des approvisionnements des marchés urbains.

5.2.1. Le Stockage paysan entre pratiques individuelles et communautaires

La conservation des récoltes vivrières s’organise aujourd’hui en stockages individuel


et communautaire. Les paysans ont au fil du temps intégré ces deux formes de stockage dans
leurs pratiques de conservation et l’intérêt pour l’une ou l’autre semble déterminé par divers
facteurs.

[Link]. Le stockage individuel : des structures diversifiées, précaires et


multifonctionnelles

Le stockage paysan porte sur de faibles quantités, de quelques centaines de


kilogrammes à quelques tonnes (2-3 tonnes). Il varie selon la nature du produit (épis, gousse
ou grains) et son utilisation ultérieure (consommation, vente, semences). Il reste largement
dominé dans l’Extrême-Nord et le Nord par le stockage de plein air qui profite des longues
saisons sèches pouvant durer 7 à 9 mois selon les localités. Ce mode de stockage
multifonctionnel procure un gain de temps aux producteurs. En effet le danki [sorte de séchoir
monté sur des piquets de hauteurs variables de 1 à 2 mètres dans un coin de la concession
(photo 18)] permet de coupler les opérations de séchage post récolte et de stockage. Le
séchage post récolte qui peut se faire sur une bâche posée à même le sol en champ ou dans la
cour souffre des effets des dernières pluies surtout lorsque la récolte a été précoce, et des
292

dégâts des animaux domestiques et autres prédateurs (oiseaux, chèvres, rats…) nécessitant la
mobilisation d’une main-d’œuvre pouvant servir à d’autres tâches agricoles. La récolte du
vivrier coïncide avec celle du coton graine générant des conflits d’usage de la main-d’œuvre.

Lorsque les quantités récoltées sont importantes (3 à 5 tonnes) et ne peuvent plus tenir
sur un danki, la production est stockée dans des hangars à ciel ouvert. C’est un espace
d’environ 20 m² aménagé avec du matériel végétal reposant sur un mur de case. Il est délimité
à l’aide de tiges de bambou soutenues par des branchages d’arbres. Le sol est recouvert d’une
bâche ou d’une natte de pailles pour atténuer les effets de l’humidité et des termites et sur
laquelle on verse au préalable une poudre insecticide pour la conservation. Cette pratique est
essentiellement destinée au stockage du maïs. Pour ce qui est du paddy, il est stocké dans des
sacs en polyéthylène

Dans les localités où la pluviométrie reste relativement importante (le sud de la


Bénoué, le plateau de l’Adamaoua) il se pratique davantage le stockage dans des coins de
maison d’habitation ou dans une case spécialement aménagée à cet effet. Peu de producteurs
disposent d’un magasin aménagé spécifiquement pour la conservation des récoltes. Dans
l’une ou l’autre pratique les stocks auto-consommés ou vendus sont prélevés selon les besoins
jusqu’aux prochaines récoltes. Le stockage de plein air est également utilisé par certains
producteurs comme un « pré-stockage » avant l’égrenage, le conditionnement et le stockage
définitif dans des coins de case, magasins personnels ou communautaires pour des
productions relativement importantes (3-20 tonnes).

Photo 18 : Formes courantes de stockage paysan au Nord-Cameroun


Clichés : Fofiri Nzossié, 2007-2009 Guider, Touboro et Sakdjé

Suite aux enquêtes de production réalisées dans le cadre du PRASAC/ARDESAC,


80 % de producteurs enquêtés soutiennent que les quantités de vivres et notamment de
céréales produites (4 à 50 sacs de 100 kg) n’incitent pas à l’aménagement des structures de
stockage personnelles durables. Car les ventes précoces des récoltes n’imposent pas des
stockages de longues durées (3 à 10 mois), les parts destinées à l’auto-consommation pouvant
293

être conservées dans un coin de la maison en attendant la prochaine récolte. 9 % de


l’échantillon disposent de magasin personnel mais il s’agit généralement de producteurs
moyens et importants (une dizaine de tonnes). Ce facteur pourrait apporter une explication à
la persistance des pratiques de stockage paysan principalement axées sur l’utilisation des
matériaux locaux précaires.

Malgré cette précarité l’approvisionnement des marchés ruraux de production est


majoritairement assuré à partir de cette forme de stockage. Les producteurs y commercialisent
de petites quantités prélevées sur leurs stocks pour résoudre des besoins ponctuels, permettant
ainsi d’alimenter les marchés dans la durée. Ce fait explique la difficulté pour les grossistes
d’obtenir sur les marchés de gros à la production des quantités importantes de vivres et
l’obligation d’en parcourir plusieurs dans la région au cours du mois. Cette facilité pour le
producteur à puiser dans ses stocks pour alimenter le marché a toujours été perçue par les
pouvoirs publics et divers acteurs de développement comme un risque de fragilisation de la
sécurité alimentaire rurale. Cette idée qui a alimenté de nombreux débats sociologiques sur
l’imprévoyance des ruraux dans la gestion de leurs récoltes a donné lieu à la mise en place
d’un système de stockage communautaire en vue d’une meilleure gestion.

[Link]. Le stockage communautaire : complémentarité ou substitution au stockage


individuel ?

Le stockage communautaire porte sur des quantités variant de quelques tonnes à


quelques centaines de tonnes. Il donne la possibilité aux producteurs de maintenir leurs
productions stockées sur une période relativement longue (plus de quatre mois) pour prevenir
des crises alimentaires. Il offre la possibilité d’un traitement collectif des grains par des
personnes compétentes. Il permet enfin de se constituer en interlocuteurs crédibles capables
d’influer sur la fixation des prix sur les marchés. Le stockage communautaire a fait l’objet
d’élaboration de politiques spécifiques dans le Nord-Cameroun. La première moitié du 20ème
siècle a vu naître les premières initiatives portant sur l’incitation à la création des banques de
céréales et des greniers villageois.

Suite à la persistance de la menace de l’insécurité alimentaire au cours des décennies


1970-1980, plusieurs projets ont été mis en place pour redynamiser le stockage collectif
particulièrement sur les céréales (DPGT, CDD) et plus tard dans la décennie 1990 le Projet
d’appui à l’autopromotion rurale initié par la GTZ, le SAILD). Les appellations varient en
294

fonction des intervenants (grenier villageois, grenier commun, magasin communautaire…),


mais l’idée de fond demeure la création des stocks de sécurité.

Cependant les interventions les plus significatives ont été menées sous l’égide de la
SODECOTON même dans le cadre des projets initiés par l’Etat comme ce fut le cas des
projets Nord-Est Bénoué, Sud-Est Bénoué, Centre Bénoué, chacun de ces projets comportant
un volet d’appui à la production vivrière. Le DPGT peut être considéré comme étant la
cheville ouvrière de ce processus d’appui à la création des structures communautaires de
stockage. De 1996 à 2002, 249 greniers communs autofinancés avaient été créés, gérés par
des Associations de producteurs-stockeurs de céréales (Aprostoc) (Mathieu et al., 2003).
L’OPCC poursuit depuis 2004 l’accompagnement des Aprostoc et appui les paysans dans la
création de nouvelles structures. Les financements apportés par les groupements pour
constituer leurs stocks au cours des campagnes représentent à peine 15 % des avances que
leur accorde l’OPCC (en moyenne 40 000 000 FCFA par an et par région administrative). Ces
financements représentent un fonds substantiel pour la constitution des stocks céréaliers
permettant de rééquilibrer un tant soit peu les rapports de force producteurs-acheteurs à un
prix attractif pour les producteurs d’une part, et d’assurer un stock de sécurité pour les ruraux
d’autre part. De 2004 à 2008 on a atteint 16 tonnes dans la seule région administrative du
Nord malgré d’importantes variations observées dans l’activité (tableau 31). Chaque membre
de groupement déposerait en moyenne 5 sacs de céréales en stock soit contre une avance d’un
montant de 4 000 FCFA, soit en dépôt en attendant la période de hausse sur les marchés.

Tableau 31 : Situation globale du stockage communautaire dans la région administrative du Nord (2004-2008)
Nbre de Nombre total de Nbre de sacs
Années
groupements membres stockés (100kg)
2004 42 ND 7 091
2005 70 2 644 12 245
2006 78 3 209 16 474
2007 68 ND 10 138
2008 34 1 038 4 899
Source : Rapports annuels d'activités OPCC-GIE (2005 à 2008)

Toutefois l’activité tient encore du fait des appuis financiers de l’OPCC qui dispose de
mesures coercitives pour amener les groupements à rembourser les avances reçues pour les
achats des céréales à la récolte. Le groupement est responsable du non paiement de l’un de ses
membres, et les impayés pouvant être recouvrés de force lors des ventes de coton graine.
C’est un système qui garantit un certain équilibre financier et alimentaire aux membres des
295

groupements mais il s’agit là d’un équilibre fragile qui ne concerne que les seuls producteurs
de coton.

Les interventions du PAM au-delà des bassins cotonniers viennent étendre la pratique
du stockage communautaire aux zones les plus vulnérables du point de vue de la sécurité
alimentaire. Les greniers villageois sont créés suite à une demande formulée par les
populations. Entre 2005 et 2010, 668 greniers ont été créés dans l’ensemble du Nord-
Cameroun. Ces créations s’accompagnent également d’un fonds de constitution de stocks de
sécurité gérés par un comité formé par le PAM, à la différence que ce fonds est alloué au
groupe bénéficiaire comme fonds propre. Pour les structures créées par le PAM, la
commercialisation est essentiellement assurée en période de soudure et ne se fait qu’aux seuls
membres de la communauté rurale abritant le grenier. Un chef de ménage ne peut pas obtenir
plus de deux sacs durant la période de soudure. C’est donc une action qui ne participe pas à
l’approvisionnement des marchés urbains mais qui est tout de même salutaire pour les
campagnes.

Le PAM a étendu ses interventions à l’Adamaoua particulièrement marginalisée par


les actions menées dans le cadre de la SODECOTON. Le stockage communautaire y a surtout
été promu par des acteurs de développement non étatiques à l’instar de l’Ambassade des
Etats-Unis d’Amérique par la construction de plusieurs magasins de stockage dont ceux de
Ngangassaou et de Mbang-Mboum dans le département de la Vina (photo 19).

Photo 19 : Exemple de structure de stockage communautaire construite par l’Ambassade des USA au Cameroun
Cliché : Fofiri Nzossié, janvier 2008 Ngangassaou
296

Les projets et programmes publics récents disposent chacun d’un volet d’appui au
stockage qui porte essentiellement sur la construction des équipements modernes dans les
zones de production et la mise en place d’un comité de gestion. Le PREPAFEN, le PARFAR,
le PA-PSSA, le PNDP et le PNDRT ont construit à travers le Nord-Cameroun, une centaine
de magasins de stockage de vivres. Le niveau d’appropriation de ces ouvrages et d’adoption
du stockage communautaire par les paysans reste assez faible au regard des efforts consentis.

Dans le cadre de l’enquête sus-mentionnée, 21 % de producteurs enquêtés pratiquent à


la fois le stockage individuel et communautaire. Il s’agit pour la plupart des membres des GIC
ou des OP encadrées par divers projets et programmes de développement en cours, ou par
l’OPCC. Deux explications sont données par les enquêtés quant à la faible adoption du
stockage communautaire. La faiblesse de la production déjà relevée plus haut et le contexte
général de prolifération des groupements paysans qui sera analysé plus loin131. A cela
s’ajoutent deux facteurs sociologiques qui apparemment anodins concourent à expliquer le
faible niveau d’adoption du stockage communautaire dans le Nord-Cameroun encore
marquéepar le poids de l’autorité traditionnelle. Il s’agit du souci de discrétion des
producteurs moyens et importants qui voient en cette forme de stockage une occasion peu
souhaitée « d’affichage » de leurs performences à travers l’importance de leurs stocks, ce qui
peut susciter de la jalousie au sein de la communauté. En outre, la trop grande implication de
certaines autorités traditionnelles dans la gestion des magasins a désintéressé de nombreux
paysans des projets de stockage communautaire (le cas du magasin de Ngangassaou financé
par l’Ambassade des Etats-Unis d’Amérique au Cameroun resté vide depuis sa construction
en 2001). Ces facteurs évoqués sans être exhaustifs permettent tout de même de saisir
l’ampleur des difficultés qui entravent la promotion du stockage communautaire.

Les initiatives extérieures visant à promouvoir le stockage communautaire répondent


prioritairement à un objectif de préservation de la sécurité alimentaire rurale. Même si des
excédents commercialisables sont dégagés par certains groupements, associations de
stockeurs ou comités de gestion selon leur appellation, la situation générale de faible capacité
productrice des paysans offre peu la possibilité de mobiliser des stocks significatifs destinés
pour les villes. Les marchés urbains régionaux sont donc pour l’essentiel approvisionnés par

131
Nous discutons de la participation des OP à l’amélioration de l’environnement institutionnel de la production
au chapitre 6. Elles représentent dans le contexte actuel d’implication de la société civile à l’élaboration et à la
mise en œuvre de la politique agricole des acteurs privilégiés, posture peu reconnue il y a une quinzaine
d’années.
297

des stocks individuels. Un accroissement de la production commercialisable individuelle et


une plus grande implication des paysans dans la pratique du stockage communautaire peut en
faire un important outil de régulation des disponibilités céréalières pour les marchés urbains,
les stocks étant généralement commercialisés en période de soudure.

Au-delà des contraintes d’ordre sociologiques au développement du stockage


communautaire et qui peuvent être levées au travers d’un vaste programme de sensibilisation
des différents acteurs locaux, le vrai problème du stockage paysan en général réside dans sa
faible capacité productrice permettant de dégager un excédent commercialisable substantiel.
Ce constat interpelle la pléthore d’intervenants dans le segment de la production à œuvrer
sous la coordination des structures publiques au développement de ce segment. Car aucun
acteur non étatique ne saurait promouvoir de façon durable le développement agricole d’une
région ou d’un pays à travers des actions autonomes et sans l’appui de l’Etat.

****
Ce chapitre permet ainsi de saisir la dynamique du cadre institutionnel d’encadrement
du système de production vivrière dans le Nord-Cameroun, situation généralisable à certains
égards à l’échelle nationale. Cette dynamique perceptible aussi bien au niveau de la recherche
que de la vulgarisation souffre toutefois des dysfonctionnements qui, de notre point de vue, se
situent à deux niveaux. Un premier niveau relatif à la faible connexion entre recherche et
vulgarisation pour un meilleur transfert des innovations en milieu paysan. La recherche est de
plus en plus impliquée dans les diagnostics participatifs pour l’identification des problèmes à
la base, certes, mais elle l’est moins ou presque pas du tout dans le processus de transfert des
réponses trouvées à ces problèmes aux bénéficiaires. Deux idéologies s’affrontent sur la
question : celle qui soutient que la recherche demeure un organe de production des
connaissances techniques ; et celle qui préconise une immersion dans le processus de
transfert. Nous nous positionnons en médiateur de ces deux idéologies en soutenant le besoin
du renforcement de la présence de la recherche dans la vulgarisation sans pour autant occulter
sa mission principale de production des connaissances.

Un deuxième niveau de dysfonctionnement plus significatif est relatif à une absence


de coordination des activités du segment de la vulgarisation permettant d’homogénéiser les
pratiques entre tous les intervenants. Le faible impact de la vulgarisation de nombreux acquis
de la recherche sur l’amélioration des systèmes productifs interpelle sur la nécessité de
repenser le dispositif de vulgarisation existant. On devrait être capable de saisir à l’échelle de
298

l’ensemble de la région géographique, les niveaux d’adoption des innovations afin d’apporter
de façon homogène des mesures correctives appropriées. De telles actions impliquent de
mettre en place un mécanisme périodique d’évaluation d’impact de l’exécution de la politique
de vulgarisation. On pourrait par exemple s’interroger de savoir au bout d’une période
quinquennale ou décennale quel est le niveau d’intégration d’un certain nombre d’innovations
par les paysans et quel en est l’impact. Cette question implique une réflexion davantage
globale qu’individuelle ou sectorielle.
299

Chapitre 6 : Les déterminants organisationnels de


l’ajustement de la production

« Dans les agricultures du sud, la défaillance des environnements institutionnels et


organisationnels liée pour partie aux programmes d’ajustements structurels des années 80,
fragilise la capacité des pouvoirs publics à mettre en œuvre des politiques agricoles et de
recherche orientées vers l’innovation » (Temple, 2010). Pour tenter de pallier cette
défaillance au Cameroun, plusieurs acteurs non étatiques nationaux et davantage
internationaux se sont proposés de soutenir l’action des pouvoirs publics en vue de relancer le
secteur agricole en général et développer l’agriculture vivrière en particulier. A l’échelle
nationale le Nord-Cameroun a fait l’objet mieux que d’autres parties du pays de nombreuses
sollicitations pour sa plus grande vulnérabilité du point de vue agro-écologique. Les
Confessions religieuses, les ONG et Associations à but non lucratif, les Comités locaux de
développement soutenus par les élites urbaines, les OP (GIC et Unions de GIC) à qui le
désengagement de l’Etat a conféré d’importantes responsabilités agricoles (Mercoiret et al.,
1997 et 2006132), se sont ainsi joints à la FAO et au PAM dont les interventions dans la région
géographique sont antérieures aux programmes d’ajustements structurels. En outre, les
Institutions financières supranationales (BM, FMI, BAD, FIDA) ainsi que certains pays
partenaires participent de plus en plus à l’orientation et au pilotage de la politique agricole du
Cameroun. Cette implication tend à se renforcer au travers des programmes nés de la remise
de la dette bilatérale et multilatérale.

Les déficits alimentaires récurrents, qu’ils relèvent des faits réels ou d’interprétations
subjectives (Mathieu et al., 2003), la dichotomie « période d’abondance » et « période de
soudure » depuis longtemps intégrée dans le quotidien des populations et qui s’accompagne
de fortes tensions des prix des céréales sur les marchés ruraux et particulièrement urbains,

132
Au cours de l’atelier de Paris (30-31 octobre 2006) sur la contribution des organisations paysannes et rurales
(OPR) au développement durable en faveur des pauvres, en prélude à la préparation du Rapport sur le
développement dans le monde 2008 par la Banque mondiale, il a été reconnu que les « OPR sont considérées
comme irremplaçables pour construire une agriculture à visage humain. Elles ont un rôle d’amortisseur de la
crise sociale et ont été obligées parfois de jouer le rôle de l’Etat, par défaut, face au démantèlement des services
publics ». Cet espoir formulé en ces organisations tient surtout du fait que « dans la plupart des pays de l’OCDE
(UE, USA, Canada) les OP occupent une place centrale dans l’approvisionnement en facteurs de production et
surtout dans la commercialisation des produits (coopératives). Elles jouent un rôle très important dans la
représentation des intérêts des agriculteurs auprès des pouvoirs publics à l’échelon national et parfois sous-
régional (UE) » (Mercoiret et al., 2006).
300

peuvent être perçus comme une sorte « d’incapacité » des agriculteurs régionaux à s’ajuster
aux évolutions socio-économiques en cours. Malgré la solicitude croissante des partenaires au
développement l’agriculture nord-camerounaise reste soumise à des besoins d’accroissement
de la productivité par rapport aux enjeux de lutte contre la pauvreté (sécurité alimentaire,
amélioration du revenu des acteurs) et de multifonctionnalité dans la production des biens et
services (gestion de l’environnement) (Temple, Op. Cit.). Ce constat interroge l’efficacité des
actions de la pléthore d’intervenants en termes d’impacts sur la capacité d’adoption des
innovations par les agriculteurs, et suggère de repenser des actions concrètes susceptibles de
contribuer à une plus grande activation de la dynamique vivrière régionale.

Plusieurs auteurs (Gautier et al., 2003 ; M’Biandoun et al., 2003 ; Olina et al., 2003 ;
Bourou et al., 2003 ; Dongmo, 2009 ; Djamen et al., 2010) soulignent l’impact des facteurs
sociologiques (analphabétisme, réticence paysanne) et économiques (faible revenu) sur
l’adoption des innovations. Les travaux existants rendent peu compte de l’impact des choix
optionnels des acteurs exogènes sur l’appropriation des innovations par les paysans d’une part
et sur l’amélioration du fonctionnement des filières vivrières d’autre part. La performance des
innovations que révèle par exemple la diffusion du maïs dans le Nord-Cameroun en termes de
diversité variétale, de diffusion des itinéraires techniques, d’accès aux engrais et d’appui à la
commercialisation à travers les Aprostoc, contrairement au mil/sorgho et au riz, rend compte
de profondes disparités des appuis institutionnels tributaires des choix optionnels.

Ce chapitre tente d’analyser au-delà des contraintes d’ordre sociologiques et


économiques qui peuvent expliquer la faible appropriation des innovations agricoles dans le
Nord-Cameroun, l’impact des interventions exogènes sur le perfectionnement des filières
vivrières en général et des systèmes productifs en particulier. Ces interventions visant un
objectif commun, elles s’articulent a priori dans le cadre global de la politique agricole du
Cameroun qui en fixe les orientations générales. Elles sont donc perçues comme un
phénomène organisationnel considéré comme une caractéristique majeure de la société
actuelle (Foudriat, 2007). Le phénomène organisationnel est compris comme une emprise de
plus en plus grande des organisations sur le fonctionnement de la société. Il suppose de ce fait
l’existence des règles visant à rendre formellement possible la coordination d’un ensemble de
moyens divers (humains, financiers, matériels, informationnels) en vue de la production d’un
bien ou service. Il s’agit donc d’analyser comment s’organisent ces interventions et leurs
répercussions sur les bénéficiaires. Il s’agit également d’identifier les variables sur lesquelles
301

on peut efficacement agir pour améliorer le cadre organisationnel d’accompagnement des


acteurs de la production.

6.1. Les appuis à l’organisation des filières vivrières régionales


La chute des prix des productions agricoles destinées à l’exportation (cacao, café,
coton, hévéa…) sur les marchés internationaux dans la décennie 1990 a amené les pouvoirs
publics à mettre l’accent sur l’agriculture vivrière longtemps considérée comme laissé-pour-
compte dans la politique agricole du Cameroun. En 2002 le secteur vivrier représentait moins
de 10 % du PIB total contre 20 % pour les cultures d’exportation. La révision de cette
politique en 1990 puis en 1999 affiche un plus grand intérêt de l’Etat pour les productions
vivrières en vue notamment d’assurer la sécurité alimentaire du pays par la réduction des
importations et d’accroître le revenu des populations rurales. Cette vision de l’Etat
camerounais dans un contexte de crise économique qu’il traversait officiellement depuis 1987
soulève la question de la soutenabilité financière de l’ensemble des mesures identifiées
comme devant enclencher le décollage de ce secteur. Elle ouvre ainsi la voie au renforcement
de la dépendance vis-à-vis des financements extérieurs.

En effet, la mise en œuvre de la Politique agricole du Cameroun : nouveaux défis


élaborée en 1999 se caractérise par des apports financiers subtantiels liés à une plus grande
sollicitation des Bailleurs de fonds multilatéraux (BIRD, FMI, BAD, FAO, PAM, FIDA) et
bilatéraux (Coopération Française, GTZ, SNV…) particulièrement à partir de l’année 2000.
En 2005 le portefeuille actif de la BAD pour le Cameroun comptait six opérations dans le
domaine de l’agriculture sur un total de seize opérations (BAD, 2005). La participation des
acteurs institutionnels exogènes au développement agricole prend de l’importance et leur
présence est de plus en plus marquée dans l’environnement agricole nord-camerounais.

6.1.1. Les acteurs institutionnels exogènes

Les acteurs institutionnels exogènes peuvent être regroupés en institutions


supranationales d’une part et en organisations d’intérêt public comprenant les Confessions
religieuses, les ONG, les mouvements de défense des intérêts des consommateurs et les
Comités locaux de developpement d’autre part.
302

[Link]. Le rôle croissant des institutions supranationales et des partenaires bilatéraux


dans la politique agricole

Les Bailleurs de fonds multilatéraux et bilatéraux soutiennent l’agriculture


camerounaise depuis l’accession du pays à l’indépendance. Ce soutien a permis la création
des complexes agro-industriels dans le cadre des plans quinquennaux qui ont servi de
principal cadre de référence aux interventions de l’Etat de 1961 à 1986. Pour le cas du Nord-
Cameroun, la création de la SODEBLE et de la SEMRY a bénéficié du soutien financier de la
Caisse centrale de coopération économique et de la Banque mondiale principalement
(Boutrais, 1982 ; Engola Oyep, 1991). L’implication des Bailleurs concerne également le
financement de la recherche (développement variétal) et de la vulgarisation agricoles des
innovations techniques. La FAO et le PAM interviennent lors des crises ponctuelles à travers
des dons de vivres aux sinistrés et/ou la distribution des intrants (semences, engrais et
pesticides) aux producteurs des zones les plus affectées par des crises naturelles, et de plus en
plus par le montage de projets spécifiques (le cas du PA-PSSA financé par la FAO de 2002 à
2007).

Le désengagement de l’Etat des secteurs productifs a davantage fragilisé les dispositifs


publics de financement et d’encadrement de l’agriculture. Dès 1988, année qui fait suite à la
reconnaissance officielle de la crise économique au Cameroun par le gouvernement, la
Banque mondiale soutient le processus de reconstitution du dispositif de vulgarisation par
l’appui à la création du PNVRA. Sur 33 projets et programmes inscrits au portefeuille du
MINADER en 2009 dans le secteur des cultures vivrières, 17 étaient financés par les 9
Bailleurs de fonds ci-après et les 16 autres sur fonds issus de la remise de la dette bilatérale et
multilatérale (Annexe G) :

- Banque mondiale ;
- Banque africaine de développement ;
- Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture ;
- Fonds international pour le développement agricole ;
- Banque islamique de développement ;
- Coopération Française (Fonds C2D) ;
- Union Européenne ;
- Gouvernement Japonais ;
- Agence des États-Unis pour le développement international.
303

L’aide multilatérale a fourni 49 % de l’aide totale à l’agriculture au Cameroun entre


1973 et 2004 (OCDE). L’implication de ces acteurs se fait à travers le financement des projets
mais aussi l’orientation qu’ils donnent à ces projets. L’approche Training and Visit System
introduite par la Banque mondiale à travers le PNVRA illustre la capacité des institutions
exogènes à influencer fortement les choix de politiques nationales au plan agricole. Le choix
de l’approche sectorielle dans l’encadrement paysan par le ministère de l’agriculture au cours
de la décennie 1990 a été largement induit par plusieurs partenaires extérieurs. Jugée moins
fastidieuse que des projets globalisants et plus efficiente, elle conduit à l’adoption de
l’approche projet/programme centrée sur des filières spécifiques, laquelle approche reste
aujourd’hui le principal mécanisme d’intervention de l’Etat en milieu rural. Les cultures
vivrières font l’objet de programmes d’actions spécifiques surtout centrés sur les segments de
production, de stockage et de commercialisation paysanne. L’accent est également mis sur les
cultures considérées comme marginales tant dans la structure de consommation des ménages
ruraux et urbains que dans la contribution au revenu des producteurs, à l’instar des cultures
maraîchères et de l’arboriculture fruitière pratiquées dans les campagnes proches des
principaux centres urbains de consommation.

La politique agricole du Cameroun s’articule ainsi depuis une dizaine d’années autour
de nombreux projets et programmes largement co-financés par les institutions exogènes,
principalement la BM, la BAD, l’AFD, le FIDA. Il s’agit généralement des projets à durée
limitée (3-5 ans) qui visent à redynamiser les filières agricoles en vue de permettre à l’Etat de
prendre le relais pour leur consolidation dans le cadre de ses missions régaliennes.
Malheureusement cette vision qui pourrait être porteuse d’espoir pour le développement des
filières agricoles nationales n’a pas toujours été suivie des faits faute d’une continuation des
actions engagées dans le cadre des projets par l’Etat. On peut citer le cas du Projet d’alerte
rapide financé par le Gouvernement japonais pour une durée de trois ans, sensé être poursuivi
par le ministère de l’agriculture. Après 10 ans d’interruption le projet a été repris tant bien que
mal sous la forme d’un observatoire des marchés coordonné par une cellule logée au ministère
(Cellule d’alerte rapide).

Par ailleurs, s’il est vrai qu’un projet arrive rarement ex-nihilo, on peut tout aussi bien
constater que les nouveaux projets et programmes actuels sont par les problématiques
abordées, les zones d’intervention et les cibles retenues, la reproduction à l’identique ou la
« routinisation » des projets de développement exécutés il y a une cinquantaine d’années
comme le fait remarquer Seignobos (2001). L’on semble ainsi n’avoir pas tiré les leçons des
304

échecs du passé (projets à durée de vie limitée et à faible impact, choix inappropriés des
volets d’intervention et des cibles, conflits d’autorités, problèmes de gouvernance…).
L’importance du volet sensibilisation dans tous les projets actuels montre à certains égards
qu’on se situe encore dans une « négociation » de l’acceptation par les paysans des
« nouvelles connaissances techniques » devant conduire à l’intensification de la production
agricole et par là même à l’accroissement de la productivité. Cela laisserait ainsi supposer que
les paysans n’ont pas encore spontanément intégré le besoin de rechercher par eux-mêmes les
voies d’amélioration de la production. Cette fragilité institutionnelle renforce le rôle des
acteurs extérieurs et montre que la gouvernance de l’agriculture en général reste fortement
tributaire des institutions exogènes, lesquelles s’appuient de plus en plus au niveau local sur
des organisations d’intérêt public.

[Link]. Les « nouveaux interlocuteurs privilégiés » du monde paysan

Nous désignons par « nouveaux interlocuteurs privilégiés » l’ensemble composé de


Confessions religieuses (Mission catholique et Eglise évangélique et luthérienne au Cameroun
en l’occurrence) et d’ONG. Depuis les années 1990 ils participent à la « réorganisation » du
monde rural en général et du secteur agricole en particulier. Bien qu’affichant tous un objectif
commun qui est celui de contribuer à l’amélioration du cadre de vie des paysanneries, leurs
démarches varient d’un mouvement à un autre.

La Mission catholique est assurément le plus ancien intervenant de cette catégorie


d’acteurs dans le Nord-Cameroun. Elle est présente depuis 1946 à travers la Préfecture
Apostolique de Garoua (1947), et plus tard des Diocèses actuels de Garoua, Yagoua, Maroua-
Mokolo et Ngaoundéré. L’implication dans le développement rural en général et agricole en
particulier a été une stratégie de pénétration des communautés locales au même titre que la
santé et l’éducation. Plusieurs programmes sont élaborés à cet effet et exécutés sous la
coordination du CDD. Le volet formation est mis en œuvre à travers la création en 1957 par
Monseigneur Yves Plumey du Centre d’apprentissage agricole à Ngaoundéré. L’objectif visé
par ce projet était de former les animateurs et techniciens agricoles qui, une fois retournés
dans leur village respectif devaient promouvoir l’agriculture.
305

Pour la Mission catholique il s’agissait de participer au développement harmonieux


d’une société au service des hommes (Plumey, 1990)133. Chaque personne formée recevait
pour son installation une paire de bœufs de labour et une charrue. Le CDD s’est impliqué
dans divers projets de développement rural élaborés dans la région (Projets Nord-est Bénoué,
Centre, Sud-est Bénoué…) en procédant à la diffusion de nouvelles techniques de labour et
des semences améliorées, en soutenant la création des greniers villageois, en achetant la
production paysanne à des prix incitatifs et en participant à la recherche de solutions aux
conflits fonciers. C’est donc une implication qui touche tous les domaines du secteur agricole.
Bien que les actions menées par d’autres Confessions religieuses (Eglise évangélique
luthérienne au Cameroun plus active dans l’Adamaoua où se trouve son siège national) ne
s’inscrivent pas à l’échelle de l’ensemble du Nord-Cameroun, elles ont contribué à renforcer
le rôle des religieux dans l’encadrement paysan.

La décennie 1990 est marquée par l’arrivée d’organisations d’intérêt public dans le
développement rural. Le vocable fait référence aux ONG dont on assiste à une réelle
prolifération dans la région particulièrement dans l’Extrême-Nord. L’émergence des ONG au
Cameroun comme dans plusieurs pays en développement s’est largement appuyée sur l’échec
généralisé des grands projets étatiques. Leurs prérogatives et leurs champs d’action se sont
élargis face au désengagement des Etats, et elles se substituent dans de nombreux pays aux
agents de l’Etat (Hours, 2003 ; Guillermou, 2003). Cette volonté affichée de substitution est
de plus en plus à l’origine des frictions observées sur le terrain entre les deux types d’acteurs.
Car les ONG sont de plus en plus vues par les bailleurs de fonds internationaux comme des
« garde-fous » à la mauvaise gouvernance souvent observée dans l’exécution des projets à
financement conjoints. Leurs champs d’intérêt couvrent les questions de santé, d’éducation,
de genre, de gouvernance et de plus en plus de sécurité alimentaire et d’environnement.

Maroua est le siège de la plupart des structures intervenant dans la région


géographique. Cette concentration se justifie par la précarité agro-écologique de l’Extrême-
Nord évoquée plus haut. Parmi les 19 ONG identifiées dans cette ville et dont les activités se
rapportent directement à la protection de l’environnement et au développement rural, les plus
connues sur le terrain selon les personnes ressources rencontrées (autorités administratives et

133
Le centre avait acquis auprès des autorités administratives et traditionnelles un terrain de 35 ha sous l’Arrêté
N° 631 du 7 Novembre 1957, lui concédant à titre provisoire un terrain rural à usage agricole dans la zone de
Marza. Ledit terrain est aujourd’hui immatriculé sous le N° 263/AP/452/1P08 du 28 juin 1990 au profit du
Diocèse de Ngaoundéré.
306

traditionnelles) et les producteurs enquêtés, sont le GTZ, la SNV, la SAILD, la CAFOR134.


Dans le secteur agricole les ONG offrent un paquet de services (appui à la restauration de la
fertilité des sols, formations aux itinéraires techniques, appui à la structuration des groupes,
promotion des filières, stockage communautaire, financement de la production…).

S’il est vrai que les actions menées relèvent dans l’ensemble du secteur agricole, elles
ne répondent pas toujours aux attentes immédiates des bénéficiaires d’un point de vue
technique et économique ou aux besoins de sécurité alimentaire des populations. En 2008 la
SNV a initié une étude socio-économique de la filière gomme arabique dans le Nord et
l’Extrême-Nord Cameroun. L’objectif était de fournir des données de base permettant d’avoir
une bonne lecture de la filière dans la région et d’envisager des actions devant aboutir à
l’amélioration de la production de la gomme, à l’augmentation du revenu des acteurs et à la
création des emplois (Njomaha, 2008). Ce projet qui s’inscrit dans la recherche des
alternatives au faible revenu des paysans, porte tout de même sur une filière marginale dans la
région et dont la production est majoritairement exportée.

Les ONG sont également très actives dans l’appui au regroupement et à la


formalisation des paysans. Ces actions se situent dans le cadre de la professionnalisation des
producteurs visée par la politique agricole certes, mais le contexte de leur mise en œuvre
connait encore très peu l’assentiment de la part des bénéficiaires. Ces situations ont déjà été
décrites à l’Ouest-Cameroun par Guillermou (2003) qui constate que « l’absence d’une
demande précise et rigoureusement formulée conduit généralement les ONG à se substituer
(au moins en partie) aux paysans dans la définition de leurs projets et de leurs modalités de
mise en œuvre » et que « le plus souvent, l’appui des ONG aux associations paysannes se
traduit concrètement par l’instauration d’une tutelle paternaliste ». Dans ce contexte
l’adoption des innovations susceptibles de conduire à l’intensification de la production
paysanne demeure hypothétique et interpelle sur le besoin de redéfinir le rôle et le cadre
d’intervention de ces nouveaux interlocuteurs privilégiés des paysans.

Ce rôle est appelé à s’accroître et l’on peut s’en rendre compte en observant le
nouveau cadre institutionnel d’organisation de l’encadrement des paysans au sein des projets
et programmes étatiques bénéficiant des appuis financiers extérieurs. Le montage de ces
projets et programmes prévoit en effet le transfert de certaines responsabilités techniques aux
ONG et autres mouvements de la société civile à l’instar des formations et de

134
CAFOR : Cellule d’Appui et de formation
307

l’accompagnement. Ces dispositions prévues par l’aide mémoire du Programme national de


développement des racines et tubercules ont été appliquées dans la région depuis 2007
(encadré 5 et 6).

Encadré 5

Le projet PNDRT :
(Extrait du rapport d’activité de l’ONG CAFOR en 2007).
Au cours de cette année 2007, La CAFOR135 a élaboré et accompagné pour la mise en œuvre
de cinquante (50) plans de développement villageois des Racines et Tubercules dans les
provinces136 de l’Adamaoua, Nord et Extrême-Nord.
L’objectif général du PNDRT est de contribuer à l’amélioration de la sécurité alimentaire et
des moyens d’existence des populations rurales, principalement les femmes à travers la
promotion du développement de la filière des Racines et Tubercules.
Au Cameroun, l’importance des racines et des tubercules n’est plus à démontrer. Malgré
cette importance avérée, la filière fait face à plusieurs contraintes sur le plan de la
production, la transformation, la commercialisation et même l’organisation de tous les
acteurs de la filière. De manière plus spécifique à travers la composante Renforcement des
Capacités et Appui à l’Organisation Paysanne, le programme devra contribuer à renforcer
la structuration de la filière à travers la capacitation organisationnelle des productrices
transformatrices et des autres acteurs à promouvoir le développement du secteur de manière
intégrée, interprofessionnelle et durable.
C’est dans le cadre de l’Appui au renforcement des capacités et à l’organisation
paysanne que le PNDRT a retenu l’expertise de la CAFOR pour accompagner le
processus de planification villageoise dans 50 villages des provinces du Nord, de
l’Extrême- Nord et de l’Adamaoua.
Source : [Link] (Consulté le 23 mars 2011)

135
La CAFOR est une Organisation Non Gouvernementale camerounaise créée en 1993. Elle a été agréée
comme ONG de Développement par Arrêté N°000425A/MINATD/SDLP/SAC DU 29 Novembre 2004.
[Link] (Consulté le 23 mars 2011).
136
Jusqu’en novembre 2008, les régions administratives actuelles étaient appellées « province », d’où l’emploi
du terme dans le rapport de la CAFOR rédigé en 2007.
308

Encadré 6

Culture du Riz à Maga et Goulfey Région de l’Extrême-Nord


(Extrait du rapport d’activité de l’ONG CAFOR en 2009)

Dans le cadre de sa collaboration avec le Fonds National de l’Emploi (FNE), 150


producteurs de Goulfey du périmètre rizicole de Moulouang ont été formés en techniques de
production du riz irrigué.
A l’issue de cette formation, 143 promoteurs ont bénéficié d’un crédit engrais de
5 000 000 FCFA. Lorsque les résultats des récoltes obtenues par les riziculteurs sont
satisfaisants, le taux de remboursement est de l’ordre de 90 %.

Source : [Link] (Consulté le


23 mars 2011)

Par ailleurs, dans le cadre de l’appui à la reconstitution des filières semencières le


PARFAR a cédé en 2009 en contrat, le volet « formation des multiplicateurs et distributeurs
semenciers du Nord-Cameroun » à une ONG qui pour exécuter sa mission, a sous-traité des
tâches dans l’Adamaoua, le Nord et l’Extrême-Nord à des consultants indépendants. On peut
toutefois s’interroger sur l’efficacité de ce processus d’encadrement paysan dont l’objectif est
d’impliquer autant que faire se peut la société civile, non pas dans le principe du transfert de
responsabilités, mais au regard des conditions dans lesquelles il s’opère. Ce processus de
transfert de compétences peut conduire au développement de la compétition entre les ONG
pour l’accès à des contrats auprès des projets et programmes publics financés par les
institutions exogènes, et dont la conséquence pourrait être le faible impact sur l’accroissement
de la productivité. On peut surtout craindre que la prolifération de ces acteurs aux approches
très souvent contradictoires, ce que Guillermou (2003) qualifie de « nébuleuse des ONG »,
conduise aux mêmes effets.

Cet auteur s’interroge ainsi sur la nature d’une telle prolifération : s’agit-il d’une
situation de disparités, de complémentarités ou de concurrence ? Cette interrogation fait suite
à une observation des pratiques contradictoires entre deux ONG à l’Ouest-Cameroun dans les
mêmes zones d’interventions. L’Association Française des Volontaires du Progrès (AFVP)
soutenant la logique productiviste, incite les paysans à l’utilisation d’engrais chimiques à
travers des dons, tandis que le Cercle International pour la Promotion de la Création
(CIPCRE), farouchement opposé à ce type de pratique, préconise exclusivement l’usage du
compost (dont il assure la fabrication à Bafoussam à partir du traitement des ordures
ménagères) et de fientes. De cette contradiction, l’auteur conclut que « faute de concertation
309

et d’effort d’harmonisation des méthodes, les diverses ONG intervenant sur les mêmes zones
se livrent ainsi une concurrence de fait, plus préjudiciable que bénéfique aux paysans, soumis
à des influences contradictoires qui ne les aident guère dans leurs choix concrets »
(Guillermou, Op. Cit.). Ce processus s’inscrit ainsi dans le cadre de l’ajustement des
interventions publiques aux évolutions de l’environnement économique international.

6.1.2. Un exemple du rôle des interventions exogènes dans l’organisation des


approvisionnements en intrants vivriers

Plusieurs diagnostics effectués dans le Nord-Cameroun depuis une vingtaine d’années


ont établi une baisse progressive de la fertilité des sols en rapport avec les systèmes de
cultures existants. La paysannerie soudano-sahélienne exprime aujourd’hui le niveau avancé
de cette dégradation à travers des expressions dans la langue vernaculaire qui se traduisent par
« nos terres ont vieilli », « nos terres sont fatiguées », « la terre ne donne plus comme
avant ». Aussi récurrentes qu’elles soient, ces expressions marquent l’inquiétude que vivent
les paysans face à l’ampleur du phénomène. Les sols ferrugineux tropicaux qui couvrent une
grande partie du Nord-Cameroun sont réputés fragiles, avec un faible niveau de fertilité dû à
leur texture très sableuse et à la nature gréseuse du matériau originel (M’Biandoun et al.,
2006). Le cas le plus étudié dans le cadre des différents diagnostics est celui des sols du
système à base cotonnière au centre des préoccupations de la SODECOTON suite à la baisse
des rendements du coton graine. La recherche a noté dans la région cotonnière en 1990 une
acidification des sols, une baisse du taux de la matière organique, une baisse de la capacité
d’échange cationique et de nombreuses poches d’érosion (Njomaha, 2003). La zone
cotonnière du Nord-Cameroun occupe près de 85 000 km², soit 52 % de la surface régionale.
Elle s’étend sur le Nord et l’Extrême-Nord entre les isohyètes 700 mm au Nord de Maroua et
1 200 mm au Sud de Touboro (Dugué et al., 1994).

La croissance démographique principal facteur de la dynamique foncière, a


significativement réduit voire supprimé dans certaines zones (le cas des Monts Mandara), la
pratique de la jachère au profit des rotations culturales devenues classiques selon le milieu
agro écologique : « coton-sorgho-arachide/niébé », « coton-maïs-arachide », dans l’Extrême-
Nord et le Nord ; « tomate-maïs-manioc/patate », « igname-maïs-igname » dans l’Adamaoua.
Les têtes de rotation (coton, cultures maraîchères) fournissent des compléments minéraux aux
céréales et aux légumineuses. Le système culture-jachère considéré comme exemple d’une
gestion socio-écologique durable des savanes à très faible usage d’intrants (Pontanier et
310

Floret, 2003) a atteint ses limites dans les zones à fortes densités. Les paysans utilisent de plus
en plus un certain nombre d’indicateurs pour mener à bien la gestion de leur milieu : les types
de sols, les espèces végétales, les espèces animales et la productivité de la terre et du travail
(M’Biandoun et al., 2006). Ainsi, les espèces végétales qui poussent sur les parcelles servent
à prendre plusieurs décisions concernant la mise en culture d’une parcelle, les modalités de
cette mise en culture et l’abandon d’une parcelle pour la mise en jachère dans des zones
disposant encore de réserves foncières.

Face à l’accélération de la dégradation des sols un certain nombre de propositions


avaient été faites par la recherche aux paysans visant la valorisation des ressources locales
pour une agriculture durable :

- l’épandage de fumier d’au moins 5 t/ha ;


- des associations céréales-légumineuses (sorgho-niébé, maïs-arachides) ;
- des cultures en couloirs utilisant le Cassia siamea ;
- des associations agroforestières intégrant Faidherbia albida, Cajanus cajan,
Eucalyptus camaldulensis et Acacia sp. ;
- Les Semis directs sous Couverture Végétale –SCV- (Seguy, 2006)
particulièrement vulgarisés dans la région ces dix dernières années.

Il a été observé que les mesures proposées sont peu ou pas appliquées en milieu
paysan suite à un ensemble de contraintes, malgré des résultats probants (Njomaha, Op. Cit.).
Les quantités de fumier, de résidus (bouses de vaches) ou d’engrais épandues sont très en-
deçà des recommandations de la recherche. De l’avis des paysans, l’accès à ces substances
organiques se heurte quelques fois à leur insuffisance, l’élevage bovin étant peu pratiqué dans
la zone sahélienne ; aux difficultés de transport jusqu’aux exploitations. Leur utilisation
implique donc des coûts financiers que le paysan n’est pas prêts de supporter. En dehors de la
valorisation de l’énergie animale par la traction animale, les synergies agriculture-élevage du
point de vue des échanges de biomasses (fumure et fourrage/résidus), restent marginales, peu
consensuelles et rarement concertées (Dongmo, 2009a et 2009b). Et l’intérêt récent des
éleveurs pour les activités agricoles tend davantage à réduire la disponibilité de la biomasse
(bouse de vache) pour les agriculteurs plus nombreux.

Par ailleurs, les espèces fertilisantes proposées par la recherche pour rehausser la
fertilité des sols ne sont pas adoptées, malgré des mesures incitatives mises en place (primes
d’encouragement aux producteurs d’Acacia albida dans les Monts Mandara par exemple). La
311

production des plants d’Acacia albida, Cajanus cajan… nécessite en effet des dépenses en
temps et en énergie (arrosage et protection des plants) et dont les effets ne seront visibles qu’à
moyen terme (3 à 10 ans) pour le paysan ou l’exploitation familiale. Or face aux besoins
alimentaires et monétaires urgents, les paysans font recours aux solutions susceptibles
d’apporter des réponses concrètes et immédiates. L’utilisation des produits de synthèse
(engrais, herbicides, pesticides et semences) apparaît comme l’alternative la plus probable
pour les producteurs. Ces derniers font malheureusement face au dysfonctionnement des
filières d’approvisionnement en intrants, véritable nœud gordien pour l’agriculture vivrière.
Ces dysfonctionnements sont spécifiques selon qu’il s’agisse des filières semencières ou de
fertilisants.

[Link]. Une difficile restructuration de la filière semencière nord camerounaise

La filière semencière nord-camerounaise a souffert du désengagement de l’Etat dans le


cadre des Programmes d’Ajustement Structurel. La privatisation du Projet Semencier Nord en
1990 et sa fermeture définitive par son repreneur américain (Pionner Agro Genetic) en 1993
l’a plongé dans une profonde léthargie. Cette fermeture a marqué le début du démantèlement
d’une chaine dans laquelle la SODECOTON et le CDD, principaux acteurs de la vulgarisation
des semences améliorées auprès des paysans, occupaient une place stratégique. Il s’en est
suivi une augmentation des stocks de récoltes prélevés pour les semences et une baisse de
productivité des variétés diffusées faute de renouvellement des souches.

Ce vide étatique a alors ouvert la voie à la diffusion des semences dites « tout venant »
dans le jargon agronomique, en même temps qu’il a contribué au renforcement des réseaux
sociaux existants de circulation des ressources génétiques locales au cours de la décennie
1990. Barnaud et al. (2008) montrent à partir d’une étude menée chez les Duupa du Nord-
Cameroun que 56 % des agriculteurs se pourvoient en semences de sorgho auprès de leur
famille ou de leurs voisins, et une quarantaine de variétés sont cultivées chaque année en
mélange polyvariétal. S’il est vrai que les réseaux sociaux contribuent efficacement à la
diffusion des ressources génétiques comme le montre Raimond (1999 et 2005) pour le sorgho
dans le bassin du lac Tchad, il reste que cette diffusion implique moins les ressources
améliorées. Le riz et le maïs beaucoup moins diversifiés que le sorho d’une part, et beaucoup
plus exigeant du point de vue agro-écologique d’autre part ont ainsi davantage été affectés par
la destructuration de la filière semencière.
312

Malgré les efforts de réorganisation de cette filière par les pouvoirs publics avec
l’appui de la BAD en 2001 à travers le PARFAR des obstacles subsistent entre autres :

o le faible niveau de production des souches (semences de pré-base) de


mil/sorgho par l’IRAD à partir desquelles sont produites les semences
certifiées ;
o le faible intérêt des acteurs privés locaux pour la prise en main de la filière
jugée encore peu rentable ;
o le faible pouvoir financier des multiplicateurs retenus dans le cadre du
PARFAR137 ;
o l’absence d’un cadre d’échanges crédible entre producteurs et distributeurs des
semences, entraînant des méventes de semences améliorées ;
o un cadre réglementaire (loi semencière) dont l’application tarde à porter les
fruits escomptés.

Le document de mise en œuvre du PARFAR (2000) estimait les besoins du Nord-


Cameroun en semences toutes spéculations confondues à 67 000 tonnes. L’offre en semences
améliorées en général, et des céréales locales en particulier reste très insatisfaite au vue de ce
qui a été produit à ce jour (tableau 32). Pour le mil/sorgho, la superficie moyenne annuelle
emblavée est de 240 000 ha (MINADER/Agri-Stat n°15, 2009) pour 550 tonnes de semences
certifiées produites de 2005 à 2008. Les agriculteurs utilisent environ 10 % de leurs stocks de
mil/sorgho pour les semences, contrairement au maïs et au riz, dont la production des
semences améliorées est plus importante. Ainsi par exemple, entre 2005 et 2008, la
production nord-camerounaise de semences certifiées a surtout porté sur le riz et le maïs.

137
Le PARFAR pour intéresser les acteurs privés locaux à la filière semencière, avait mis en place dès le
lancement de ses activités en 2002, un système d’octroi de crédits aux multiplicateurs. Comme dans beaucoup
d’autres projets et programmes nationaux, il y a eu plus d’opportunistes de financement que de réels
multiplicateurs, avec comme conséquence, des non remboursements de crédits au terme de l’échéance de 15
mois accordés (PARFAR, 2008)
313

Tableau 32 : Cumul de production des semences certifiées en tonne (2005-2008)


Campagne
2007/2008 Total
Spéculations 2004/2005 2005/2006 2006/2007
(estimations)
Maïs 201,55 880,75 1694,2 654,5 3 431
Sorgho 8,79 230 151 155 544,79
Mil 0,66 1,4 3,75 4,5 10,31
Riz 289,45 363,5 199,1 60 912,05
Arachide 71,81 80,65 46,5 38,92 237,88
Niébé 170,49 188,25 145,6 84,6 588,94
Oignon 3,5 1,5 3,65 0 8,65
Total 746,25 1 746,05 2 243,8 997,52 5 733,62
Source : PARFAR (2008). Rapport d’avancement du programme au 31 décembre 2007

La filière semencière nord s’organise depuis 2006 autour de quatre principaux acteurs
dont les rôles sur le terrain restent assez imprécis : l’Etat, l’IRAD, les multiplicateurs
semenciers et les distributeurs. La fin des activités du PARFAR en 2009 a aussitôt révélé la
fragilité de la filière mise en place. Même si l’objectif d’appui à la mise en place d’une
interprofession a été atteint à travers les 308 Groupes d’initiative commune créés et regroupés
au sein d’Unions de GIC, des interrogations demeurent depuis 2010 quant à son devenir.
L’épineuse question du financement de la filière se pose aujourd’hui, la création de cette
structure faîtière ayant reposé sur l’octroi des micro crédits aux acteurs par le PARFAR.

Il s’agirait davantage d’opportunistes d’affaires que de véritables professionnels


semenciers soucieux de contribuer au développement de ce secteur. La filière repose ainsi sur
des acteurs privés fragiles d’un point de vue financier mais aussi technique, incapables en
l’état d’assurer la pérénnisation de la filière semencière nord-camerounaise. L’IRAD dont la
mission est de fournir des semences de pré-base destinées aux multiplicateurs privés s’est
investi dans la production et la distribution des semences certifiées de mil/sorgho, maïs et riz,
arachide et niébé, faisant gravement concurrence aux multiplicateurs privés.

La demande paysanne en semences de céréales et de légumineuses reste largement


insatisfaite (moins de 40 % selon le PARFAR). Au-delà de l’insuffisance des semences
certifiées leur acheminement jusqu’aux paysans reste un handicap à lever pour faciliter
l’accessibilité aux petits producteurs. Selon les paysans, les semences améliorées coûtent
chères, et ne sont pas toujours disponibles à temps sur les marchés ruraux. Il se pose
également un problème d’organisation de la distribution. La restructuration de la filière
semencière engagée depuis l’année 2001 n’a pas encore véritablement contribué à
314

l’accroissement de la production vivrière en général, et céréalière en particulier en raison de


son rôle de pillier de la sécurité alimentaire régionale. L’approvisionnement des campagnes
en semences de mil/sorgho est encore largement assuré à partir de la biodiversité locale à
travers des réseaux sociaux. A partir de ce témoignage d’un producteur rencontré à Sakdjé on
peut se rendre compte de la flexibilité de ces modes d’approvisionnement et des contraintes
que posent les semences améliorées :

« Si la quantité de semences que j’ai gardées pour mon champ ne suffit pas, je vais
prendre une ou deux assiettes chez mon frère, et je vais lui rendre ça à la récolte. L’année
dernière il est venu prendre chez moi. Les semences qu’on vient nous vendre au village sont
très chères, et souvent tout ne pousse pas ». L’assiette désigne un récipient d’environ 3 kg de
semences obtenues en « prêt » et qui ne génère pas d’intérêt. Cette pratique permet aux
paysans d’assurer leurs productions annuelles à partir d’échanges non monétarisés,
contrairement aux exigences du marché. Au-delà de son coût jugé élevé, ce témoignage pose
aussi le problème du taux de germination des semences améliorées quelques fois inférieur à
celui obtenu des semences prélevées des récoltes.

En dépit des difficultés fonctionnelles de la filière, les semences améliorées de maïs


semblent être plus connues des producteurs des zones enquêtées dans le Nord et l’Adamaoua.
L’importance de la production en trois ans (près de 3 500 tonnes) pourrait être un facteur
ayant favorisé sa plus grande diffusion. L’approvisionnement en semences de riz suit par
contre une trajectoire différente de celles du mil/sorgho et du maïs depuis bientôt quatre ans.
Dans le cadre de la politique de relance de la filière riz, les pouvoirs publics par le biais de
l’IRAD procèdent à la distribution des semences de variété NERICA, dont la recherche vante
la résistance de la plante aux maladies, mais surtout son rendement sur un cycle plus court
que la moyenne. Il s’agit de remplacer progressivement les variétés IRAT 112, ITA 257,
WAB 96-31 et IR 46 les plus adoptées en milieu paysan depuis une vingtaine d’années et dont
le rendement plafonne aujourd’hui à 2200 kg/ha par rapport au NERICA (3100 kg/ha). La
distribution des semences est un projet gouvernemental soutenu par Africa Rice Center 138 et
le Gouvernement Japonais. On peut conclure sur ce dernier cas que la restructuration de la
filière semencière dans le Nord-Cameroun reste tributaire des appuis extérieurs. Il s’agit donc
d’une filière tout aussi précaire que celle portant sur l’approvisionnement des produits de
synthèse (engrais, pesticides et herbicides).

138
[Link]
315

[Link]. Les dysfonctionnements du système d’approvisionnement en produits de


synthèse

Nous désignons par produits de synthèse l’ensemble constitué de fertilisants (engrais)


et de produits phytosanitaires (herbicides et pesticides) couramment utilisés dans l’agriculture
vivrière régionale. L’utilisation de ces produits dans la production vivrière a connu une baisse
significative après le désengagement de l’Etat suite à l’augmentation des prix sur les marchés
locaux. L’augmentation des prix est particulièrement significative depuis 2000. Elle varie de
0 à 25 % notamment pour l’engrais en raison de sa forte utilisation (Folefack et al., 2006). Le
prix du sac d’engrais connaît une augmentation graduelle d’une année à l’autre, notamment
depuis l’année 2000, passant ainsi de 11 000 FCFA à 26 000 FCFA en 2010, avec une
accentuation au cours des deux dernières années (tableau 33).

Tableau 33 : Evolution du prix des engrais au Nord-Cameroun (2000-2009)


Types d'intrants 2000/ 2001/ 2002/ 2003/ 2004/ 2005/ 2006/ 2007/ 2008/ 2009/
(sac de 100 kg) 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010
NPK 22-10-15 11 500 12 000 11 500 11 500 12 500 13 500 15 500 14 500 17 000 26 000
NPK 15-20-15 10 000 10 500 10 000 10 000 11 000 11 500 15 300 14 500 17 000 26 000
Source : Folefack et al., (2006) ; Suivi personnel des prix à Garoua (2007-2009)
N : Azote P : Phosphore K : Potassium

Deux formulations d’engrais sont commercialisées dans le Nord-Cameroun : le NPK 22-10-


15 et le NPK 15-20-15. Leurs compositions (en % pour 100 kg) correspondent respectivement
aux besoins d’amendement du sol en azote (N), phosphore (P) et potassium (K).

Dans l’ensemble, le prix des intrants a augmenté de 40 % sur le marché international


entre 2005 et 2008 avec d’importantes répercussions sur les producteurs. C’est pour pallier
cette hausse que l’Etat Camerounais à travers le MINADER a accordé à l’OPCC en 2007
dans le cadre de l’Initiative d’Allègement de la Dette Multilatérale, une subvention de
420 millions de FCFA139 à titre d’appui à l’achat des engrais vivriers et une subvention intrant
coton de 540 millions de FCFA140 (OPCC-GIE, 2008). Ces appuis comme on le verra plus
loin ne profitent pas à l’ensemble des paysans de la région.

A l’échelle mondiale le niveau de consommation des engrais en Afrique subsaharienne


est le plus faible (3 %) (Fok, 1999). Cette situation est imputable à la libéralisation de la
filière des intrants agricoles. Cette libéralisation a conduit à l’arrêt des subventions des Etats

139
640 285 euros.
140
823 224 euros.
316

et au transfert de l’activité d’approvisionnement des intrants en général à un secteur privé peu


préparé à investir dans ce domaine. La faible intensification de l’utilisation des engrais dans la
production vivrière est liée à deux situations majeures : le faible pouvoir financier des paysans
et le mauvais fonctionnement des réseaux de distribution, élément fondamental dans la
réussite d’une politique d’intensification de l’utilisation des intrants (Fok, Op. Cit.),
particulièrement dans un contexte d’enclavement des zones de production comme c’est le cas
dans le Nord-Cameroun. La libéralisation de la filière n’a pas entraîné l’entrée d’un nombre
suffisant d’acteurs, ainsi qu’un investissement financier conséquent. Cette situation a conduit
à l’instauration du monopole, la filière étant contrôlée par quelques individus et/ou groupes
qui peuvent ainsi faire fluctuer les prix d’une zone à l’autre quelquefois dans les mêmes
conditions d’acheminement.

L’approvisionnement des campagnes nord-camerounaises en produits de synthèse est


assuré par deux types d’acteurs : la SODECOTON et les particuliers. L’acquisition et la
distribution des intrants chimiques sont une composante essentielle dans la structure
fonctionnelle de la Société de développement du coton du Cameroun, en raison des exigences
du cotonnier en produits de synthèse. Elle a mis en place un réseau de distribution qui permet
de couvrir l’ensemble de ses zones de production, traduisant l’efficacité organisationnelle des
sociétés cotonnières. Jusqu’à la campagne agricole 1999-2000, l’acquisition et la distribution
des intrants étaient assurées par la SODECOTON. Ces fonctions ont été transférées à l’OPCC
créée en 2000. Cette organisation faîtière des producteurs est désormais au centre de tout le
processus d’acquisition et de distribution des intrants dans l’ensemble de la zone cotonnière.

Jusqu’en 2004 les producteurs de coton membres des OP accédaient aux intrants
vivriers à crédit et payaient après la vente des récoltes de coton graine. Depuis la campagne
2005, certaines réformes de l’OPCC impliquent le paiement par le producteur d’une avance
de 50 % du prix d’achat et le reste à crédit, à condition d’être membre d’une OP coton
(Folefack, 2006). L’appartenance à une OP constitue une garantie du remboursement du
crédit à travers le « Cercle de caution solidaire » (CCS). Les appuis du MINADER à l’OPCC
ont permis de ramener à 30 % le taux de préfinancement des engrais vivriers en 2008. L’accès
aux intrants vivriers auprès de l’OPCC par les seuls producteurs de coton discrimine les
paysans non producteurs de coton qui doivent ainsi s’approvisionner sur le marché auprès des
particuliers.
317

La distribution des intrants agricoles reste un secteur d’activité peu sollicité par les
opérateurs économiques. La commercialisation des intrants est une activité saisonnière (4-7
mois) en fonction des cycles culturaux. Elle suscite donc peu d’intérêt de la part des
investisseurs privés qui ont généralement une activité parallèle. Les principaux distributeurs
sont pour la plupart installés dans les chefs-lieux de régions administratives (Ngaoundéré,
Garoua et Maroua) et de départements (Kousseri, Kaélé, Meiganga, Faro-et-Déo…) dans le
meilleur des cas. La dispersion spatiale de la demande paysanne induit des charges
supplémentaires de transport entièrement supportées par l’acheteur. Les chefs-lieux
d’arrondissements ainsi que les marchés ruraux restent fréquentés de façon périodique par les
petits distributeurs en fonction du calendrier des marchés hebdomadaires. Les quantités
acheminées dans les campagnes sont assez faibles (une vingtaine de sacs de 50 kg par jour de
marché) en raison des contraintes de transport, obligeant les producteurs à se déplacer vers les
villes (Ngaoundéré, Garoua, Maroua, Kousseri) pour s’approvisionner.

Au démeurant, le système organisationnel d’approvisionnement des produits de


synthèse (engrais, herbicides et pesticides) présente des dysfonctionnements qui ont des
répercussions sur la production vivrière en général, et céréalière spécifiquement. Les
interventions des acteurs de développement sur ce système impactent diversement sur les
cultures.

Répercussions sur le mil/sorgho et le riz : la localisation géographique préférentielle


de ces céréales dans la zone sahélienne peu ou pas toujours favorable à la production
cotonnière (le cas de la plaine du Logone), discrimine leurs producteurs de l’accès au réseau
dominant d’intrants vivriers contrôlé par la SODECOTON à travers l’OPCC. Cette
localisation les oriente exclusivement vers le système d’approvisionnement du marché libre
qui, comme nous l’avons vu se caractérise par son inefficacité structurelle et fonctionnelle à
se rapprocher autant que possible de la paysannerie. Ainsi, au-delà du pouvoir financier qui a
très souvent prévalu dans la justification du faible taux d’utilisation des intrants sur le
mil/sorgho et le riz, la question de l’accessibilité géographique aux zones rurales mérite autant
d’être prise en compte au vu de ce qui précède. Les systèmes d’approvisionnement actuels
bénéficient peu au mil/sorgho et au riz. Ce constat interpelle les pouvoirs publics quant à
l’amélioration de l’offre routière rurale peu prise en compte dans les politiques
d’aménagement des infrastructures routières.
318

Répercussions sur le maïs : sa localisation dominante dans l’espace géographique


cotonnier a contribué à son émergence dans le Nord-Cameroun. La SODECOTON et ses
partenaires extérieurs y ont particulièrement joué un rôle déterminant tant par la vulgarisation
des semences améliorées que par l’octroi des intrants destinés à sa production. Dans la région
géographique du Nord statistiquement considérée comme bassin maïsicole, cette céréale
succède au coton dans les assolements, ce qui permet de profiter des effets résiduels des
intrants chimiques du coton. Le développement du maïs dans le Nord-Cameroun repose ainsi
fortement sur le système d’approvisionnement en intrants de la SODECOTON.

Toutefois, la crise qui affecte la filière cotonnière depuis une dizaine d’années
interroge cependant sur l’avenir de cette céréale. La production du coton graine est passée de
300 600 tonnes en 2004-2005 à 106 000 tonnes en 2009-2010141. Cette baisse drastique a été
suivie d’une réduction des achats d’intrants par l’OPCC ainsi qu’une revision du système de
crédit ou d’avance sur récolte, avec pour effet la baisse des quantités accordées aux
producteurs. L’instauration du paiement d’une avance d’au moins 50 % sur le crédit intrant
vivrier depuis 2005 se présente comme un facteur limitant certain qui va impacter à très court
terme sur l’émergence de la culture du maïs. Au total, qu’il s’agisse des zones cotonnières ou
non, l’accès aux produits de synthèse demeure une vraie gageure pour les exploitations
familiales agricoles. Il y a ainsi risque de diminution des excédents de la production destinés à
la commercialisation urbaine. L’Etat tente de ce fait d’accroître son implication dans le
secteur agricole régional à travers une nouvelle forme d’intervention.

6.1.3. L’approche projet / programmes : nouveau mode opératoire de l’Etat

La crise économique qui fragilise l’économie camerounaise à la fin de la décennie


1980 ouvre la voie à une critique acerbe des bailleurs de fonds internationaux sur les formes
d’intervention de l’Etat dans le secteur agricole, à travers ses sociétés de développement
essentiellement tributaires des subventions publiques. Un recentrage de ces interventions est
alors engagé avec les PAS et conduit à l’élaboration en 1990 de la Nouvelle politique agricole
du Cameroun qui affiche clairement l’intention de l’Etat de transférer les fonctions de base au
secteur privé. La révision de cette politique en 1999 suite à une évaluation de sa mise en
œuvre permet de renforcer cette option en même temps qu’elle privilégie des interventions

141
Rapports d’activités de la SODECOTON (2000-2010).
319

centrées sur l’approche sectorielle jugée plus efficiente. Dans le cadre de cette approche,
plusieurs projets et programmes sont mis en place.

Ainsi en dix-neuf ans (1990-2009) le portefeuille du MINADER s’est enrichi d’une


quarantaine de projets et programmes structurés autour des filières vivrières. Ceux-ci
apparaissent dans les années 1990 comme une réponse à la crise du secteur agricole. Les
premiers programmes sont en effet formulés dans le cadre de la Dimension sociale de
l’ajustement (DSA) dont l’objectif visait la réduction de l’impact négatif de l’application des
politiques d’austérité sur les populations rurales. L’analyse de la structuration des projets
passés ou en cours montre une standardisation dans leur montage s’articulant autour de quatre
axes d’intervention :

- La diffusion des innovations et le renforcement des capacités des acteurs à travers


l’appui-conseil et les formations ;
- L’appui à la professionnalisation des acteurs par la mise en place et/ou la
consolidation des filières ;
- La création et l’amélioration des infrastructures et équipements ruraux (pistes
rurales, structures de stockage, motopompes…) ;
- Le financement de la production par l’octroi des micro-crédits et des subventions
aux organisations paysannes.

On peut reconnaitre en cette approche sa contribution significative à la diversification


des cultures vivrières et surtout à la promotion des cultures marginales dans les systèmes de
production à travers des programmes spécifiques (Programme champignon, Programme
pomme de terre, Programme de valorisation des bas-fonds). Elle participe également à ce
qu’on peut considérer comme un certain équilibrage spatial de la production vivrière à
l’échelle nationale ou dans les limites des zones agro-écologiques, et à la diffusion de
certaines cultures (Programme des racines et tubercules, Programme d’appui à la filière maïs).
Les interventions publiques privilégient depuis quelques années l’approche par filière.

Dans la pratique ces programmes ont jusqu’ici peu touché les acteurs urbains de la
commercialisation vivrière (grossistes) interface entre producteurs et consommateurs. Il a
également été noté l’absence ou la faible collaboration entre les programmes et la recherche
pour la diffusion des semences améliorées. On peut citer en exemple le PNDRT dont la mise
en place des champs-écoles de manioc et patate dans l’antenne de Ngaoundéré n’a pas fait
recours à l’expertise de l’IRAD pour la multiplication et la mise en production des
320

boutures142. Ces constats constituent autant de points de faiblesse de l’approche par filière
adoptée par les pouvoirs publics.

L’exécution des projets et programmes entraîne un démantèlement des services


traditionnels du MINADER déjà évoqué plus haut et qui n’est pas sans conséquences sur
l’efficacité du dispositif global d’appui au développement agricole et rural. Un diagnostic du
système national de recherche et de vulgarisation agricoles du Cameroun (SNVA) conduit par
Abdoul Aziz et al. (2008) pour le compte de la FAO, a relevé comme principales contraintes à
l’efficience de ce système, la multiplication des intervenants avec des méthodologies et
approches souvent différentes, des chevauchements conduisant à un double emploi et au
gaspillage des ressources143, l’absence de collaboration entre les différentes structures
d’encadrement. Le nouveau mode opératoire de l’Etat basé sur l’approche projet/programme
intègre les principaux axes de la politique agricole du Cameroun certes, mais sa mise en
œuvre souffre encore d’un certain nombre de contraintes d’ordre institutionnel et
organisationnel qui fragilisent l’action publique. Au-delà de ces contraintes, cette approche
pose le problème du choix des filières à promouvoir ou à soutenir. On note dans le Nord-
Cameroun le peu d’attention accordée au mil/sorgho par rapport au maïs et au riz autant dans
le financement de la production que dans l’encadrement des producteurs et l’appui à la
commercialisation.

Le maïs et le riz font actuellement l’objet de deux programmes spécifiques bénéficiant


des appuis financiers extérieurs et mobilisant l’essentiel de l’expertise nationale : le
Programme national d’appui à la filière maïs (2006) et le Projets de relance de la riziculture
dans la Vallée du Logone (2009). Ces programmes interviennent dans les domaines du
financement de la production à travers l’octroi des subventions aux organisations de
producteurs et aux gros producteurs individuels identifiés, du financement des équipements
(tracteurs, motopompes), des intrants, de l’encadrement technique, de l’appui à la
transformation, au stockage et à la commercialisation. Depuis quatre campagnes agricoles
consécutives, le PNAFM à accordé près d’un milliard de FCFA de subventions à plusieurs

142
Entretien avec l’Ingénieur Polyvalent du PNDRT (Antenne de Ngaoundéré) le 08 avril 2010.
143
L’exemple récent est celui de la création en 2008 du Programme d’Amélioration de la Compétitivité des
Exploitations Familiales Agropastorales (ACEFA) qui sur le plan structurel, est une duplication du Programme
national de vulgarisation et de recherche (PNVRA). L’appel à candidatures pour le recrutement du personnel de
ce nouveau programme a connu une forte participation des encadreurs du PNVRA encore sur le terrain. Les deux
programmes s’exécutent actuellement dans les mêmes zones et à plus de 70 % par le même personnel.
321

organisations de producteurs du Nord-Cameroun. Ces appuis financiers renforcent les actions


du PARFAR pour la reconstitution de la filière semencière.

La SEMRY a acquis en décembre 2010 douze pompes hydrauliques pour l’irrigation


des parcelles, l’objectif étant de renouveller la totalité des dix-huit pompes que compte la
structure. Dans le cadre du projet IRAD-ADRAO-CFC-FAO dénommé « Amélioration de la
compétitivité du riz en Afrique centrale », l’IRAD procède depuis 2009 à la diffusion de la
variété de riz NERICA auprès des producteurs. Cependant s’il est encore précoce d’apprécier
l’impact de ces investissements sur la filière riz, la production régionale de maïs aurait par
contre connu depuis l’octroi des premières subventions en 2006 une augmentation d’environ
10 %144.

Ces deux céréales bénéficient ainsi d’importants appuis institutionnels (exogènes et


endogènes) qui contribuent à lever un tant soit peu les goulets d’étranglement au niveau de la
production et moins sur la distribution. On note ainsi une absence d’investissements
institutionnels sur la filière mil/sorgho permettant d’activer des réserves de productivité pour
répondre à la demande rurale, urbaine et transfrontalière. Ce manquement mérite d’être pris
en compte par les pouvoirs publics pour accroître également les disponibilités du mil/sorgho
et réduire les tensions des prix sur les marchés ruraux et urbains en période dite de soudure.

6.2. L’impact des stratégies d’acteurs sur l’accroissement des disponibilités


locales
Pour soutenir le processus de professionnalisation des acteurs ruraux, les nouvelles
formes d’intervention des pouvoirs publics et des partenaires au développement ciblent les
groupes structurés et légalisés. Cette approche adoptée depuis la promulgation de la loi
N°92/006 du 14 août 1992 relative aux sociétés coopératives et aux groupes d’initiative
commune, et de son décret d’application N°92/455/PM du 23 novembre 1992, repose sur le
postulat qui soutient que toutes formes d’interventions auprès des groupes structurés et
légalisés permettraient d’atteindre par effet tâche d’huile un grand nombre d’acteurs au sein
d’une communauté. Elle vise à faire des formes de regroupements paysans existants de
véritables OP capables de jouer un rôle fondamental dans la modernisation de l’agriculture
camerounaise comme cela a été le cas dans de nombreux pays industrialisés. Il s’agit d’en
faire des interlocuteurs crédibles des pouvoirs publics et autres acteurs de développement

144
Délégations régionales de l’agriculture et du développement rural de l’Adamaoua, du Nord et de l’Extrême-
Nord (2010).
322

rural. Cette pratique rompt avec l’approche par acteur (ou exploitation familiale) qui a
longtemps prévalu dans le transfert des innovations en milieu paysan.

L’organisation collective de la production n’est cependant pas un fait nouveau dans les
campagnes nord-camerounaises. Il a toujours existé au sein des communautés villageoises,
des formes traditionnelles de regroupement basées sur la solidarité et l’entraide
communautaires dénommées « surga » en langue fulfuldé. Le surga peut être interprêté
comme une réponse paysanne aux problèmes de main-d’œuvre au sein des communautés pour
les principales opérations culturales (préparation des champs, semis, récoltes) et des travaux
de construction. Contrairement à l’acception moderne de l’organisation paysanne qui repose
sur la communauté des intérêts et des biens du groupe, les membres du surga ne sont liés qu’à
travers une solidarité de main-d’œuvre.

Le besoin de légitimer les surgas a amené de nombreux exploitants indépendants à


adhérer à des mouvements paysans ou à en créer dans l’espoir de bénéficier des appuis
institutionnels et notamment financiers ou matériels. Cette pratique fait aujourd’hui partie des
stratégies qu’adoptent les populations rurales pour apporter des réponses aux problèmes de
main-d’œuvre, d’accès à la terre et aux intrants, de commercialisation, la production étant
prioritairement orientée vers le marché contrairement aux EFA dont la production est
majoritairement destinée à l’auto-consommation. A cet effet, les organisations paysannes sont
de plus en plus considérées comme de nouvelles forces de production susceptibles d’accroître
les disponibilités vivrières régionales.

6.2.1. Les sociétés agraires locales comme nouvelles forces de production


agricole ?

Les sociétés agraires locales désignent l’ensemble des formes d’organisation sociales
autour des activités agricoles. La loi de 1992 sus-citée définit trois niveaux d’organisations
sociales : le GIC, l’Union de GIC et la Coopérative145. Sa souplesse a ouvert la voie à la
création tous azimuts des groupes autant dans les campagnes que dans les villes. En 2008 le
fichier du Coop-GIC146 de l’Adamaoua comptait 5 000 GIC et Unions de GIC légalisés depuis

145
La loi reconnaît à tout groupe d’au moins 5 personnes majeures le statut de GIC. Le groupe d’initiative
commune est une organisation à caractère économique et social de personnes physiques volontaires ayant des
intérêts communs et réalisant à travers le groupe des activités communes.
146
Service régional des Coopératives et des GIC de l’Adamaoua logé à la délégation de l’Agriculture à
Ngaoundéré (entretien avec le Chef de service, janvier 2009).
323

1993 et exerçant dans divers secteurs socio-économiques (commerce, élevage, agriculture,


artisanat). Les régions administratives du Nord et de l’Extrême-Nord plus peuplées et plus
dynamiques au plan agricole ont connu le même essor sinon davantage à la faveur de
l’exécution de plusiseurs projets et programmes étatiques et suite à l’installation de la pléthore
d’ONG. On pourrait ainsi compter au moins 15 000 GIC, Unions de GIC et Coopératives.

Pour analyser l’impact des stratégies mises en œuvre par les sociétés agraires locales
sur l’accroissement des disponibilités céréalières régionales, nous avons effectué un
diagnostic auprès d’un échantillon de 30 groupes-cibles de deux programmes (PARFAR,
PNAFM) fournissant des services matériels (engrais, semences, équipements, financements)
et immatériels (formations, appuis-conseil). Le choix des groupes à accompagner par les
programmes se fait sur la base de l’analyse des projets soumis à financement. Les critères de
sélections portent théoriquement sur l’ancienneté du groupe (au moins 5 années d’existence
légale), la contre-partie financière (10-20 %), la qualité du projet. Nos enquêtes révèlent
cependant que 60 % des groupes de l’échantillon ont été créés l’année de lancement du
programme dont ils sont bénéficiaires, 20 % existaient légalement depuis moins de trois ans et
20 % seulement répondaient aux critères définis. Si a priori cette situation n’est pas
problématique dans la mesure où de nombreuses organisations paysannes ont longtemps
fonctionné de façon « informelle » avant leur légalisation, on peut par contre noter des
insuffisances qui méritent d’être relevées pour leurs impacts sur l’efficacité des interventions
publiques.

En effet, plusieurs groupes sont formés autour d’un noyau familial dont les parents
assurent les responsabilités principales (délégué/président et trésorier) et les enfants
considérés comme des membres « figurants ». D’autres sont constitués d’un seul individu ou
alors portent à leur tête des autorités traditionnelles qui étendent leurs pouvoirs coutumiers sur
les membres, annihilant ainsi tout processus de transparence notamment dans la gestion des
subventions et des crédits reçus. D’autres encore sont des groupes fictifs créés par les agents
des projets sans assise spatiale147. D’autres enfin exerçant initialement dans le commerce,
l’artisanat ou l’élevage, se reconvertissent dans l’agriculture en fonction des opportunités de

147
En 2008 des détournements avaient été dénoncés au sein du Programme national d’appui à la filière maïs,
d’un montant de 1,2 milliards de FCFA, sur les 2 milliards accordés au programme en 2005 sur fonds PPTE.
Une mission d’enquête organisée par la Commission nationale anti-corruption (Conac) avait confirmé quelques
mois plus tard le détournement d’environ 700 millions dont plus de la moitié par les agents du programme à
travers des GIC fictifs.
Jeune Afrique [Link] (Consulté le 25 mars 2011).
324

financements disponibles. La loi de 92 donne en effet la possibilité à un même groupe


d’exercer simultanément plusieurs activités socio-économiques (commerce, élevage,
agriculture, artisanat…). Une telle disposition présente des faiblesses dans la mesure où elle
ne favorise pas une réelle professionnalisation des acteurs dans un domaine d’activité. La
prolifération des groupes (GIC, Unions de GIC, Coopératives) serait davantage à mettre en
rapport avec les opportunités financières et non la résultante d’une réelle volonté des paysans
de participer au processus de leur professionnalisation. Ce handicap dans l’adaptation du
développement rural aux évolutions de la politique agricole peut trouver une explication dans
la conduite du processus de modernisation du mouvement associatif paysan.

L’essor du mouvement associatif de type moderne s’est beaucoup appuyé sur les
surga. Il est lié à la création de la SODECOTON et de la SEMRY (Roupsard, 1987). Après
1980 ce mouvement va connaitre une accélération sous la pression de ces sociétés, du DPGT
et plus tard de l’OPCC-GIE. La « dynamique » d’une communauté semblait ainsi se mesurer
au nombre de groupes existants, d’où la prolifération des OP particulièrement dans les zones
d’intervention de ces sociétés et projets.

La loi de 90 sur les associations et celle de 92 sur les GIC et les Coopératives ont tout
simplement entériné la dynamique régionale de regroupement paysan. Les GIC, Unions de
GIC et autres formes de regroupements ruraux sont davantage destinés à organiser les
relations du groupe avec l’extérieur (Sociétés de développement, projets/programmes, ONG)
qu’à réguler les relations internes du groupe à l’image des surgas dans l’intérêt de ses
membres. Nous avons donc surtout affaire à des structures d’interface entre les paysans et les
acteurs publics et privés (Oth Batoum, 2006). La prééminence de ces formes d’organisations
paysannes a ouvert la voie à une course pour le rôle d’interlocuteurs dans les communautés.

Aux réseaux des pouvoirs traditionnels qui ont longtemps servi de courroie de
transmission entre « développeurs / technicistes » et populations bénéficiaires, se sont ajoutés
les « courtiers en développement » (Boissevain, 1974 cité par Le Meur, 1996 ; Olivier de
Sardan et Bierschenk, 1993 ; Blundo, 1995 et 2001 ; Seignobos, 2001). Le courtier en
développement est « un manipulateur professionnel de personnes et d’informations qui crée
de la communication en vue d’un profit » (Le Meur, Op. Cit.). Les projets et programmes ont
ainsi renforcé à travers l’approche « groupe-cible » le rôle de ces acteurs sociaux qui ont
acquis une légitimité au niveau local qui fait d’eux des hommes et femmes par qui
l’innovation atteindra « facilement » et « de façon incontournable » le plus grand nombre de
325

ruraux. Les leaders des groupes-cibles (délégués/présidents) se présentent davantage auprès


des projets et programmes comme des interfaces avec les populations et non comme des
défenseurs des intérêts de leurs membres.

Outre leur faible capacité souvent avérée à restituer les innovations reçues des
animateurs des projets, les entretiens menés avec les membres des groupes enquêtés mettent
en évidence la mauvaise gouvernance des leaders. Ainsi les subventions et crédits destinés à
l’acquisition des intrants et/ou à la mécanisation servent-ils aux intérêts personnels qui n’ont
quelquefois aucun lien avec l’agriculture (achat d’une moto, construction d’une nouvelle
maison, dot …). Dans le meilleur des cas, les financements reçus ont été investis dans
l’élevage bovin jugé plus rentable et plus sécurisant par les bénéficiaires par rapport à la
production céréalière jugée plus aléatoire, comme cela a été constaté au sein du GIC des
agriculteurs de Ngangassaou (Adamaoua) dont le délégué est également chef du village.

A Touboro, les membres de l’Union des GIC du nom de l’arrondissement ont choisi
en 2007 de se partager la subvention accordée par le Programme d’appui à la filière maïs. Vu
le nombre élevé de membres (une cinquantaine), chacun a reçu un montant de 16 500 FCFA,
largement inférieur au prix d’un sac d’engrais dans l’arrondissement au cours de cette année
(22 500 FCFA). Le financement destiné à une production collective aura finalement peu ou
pas du tout profité à la filière maïs. Cette anecdote permet de saisir la perception qu’ont
encore certains paysans du mouvement associatif considéré non pas comme un cadre de
professionnalisation mais comme un moyen de recevoir « leur part de la richesse publique »
pour reprendre un interlocuteur paysan. L’approche « groupe-cible » présente ainsi des
faiblesses émanant non pas de ce mode d’intervention qui a produit des effets positifs ailleurs,
mais des mécanismes de pilotage de l’émergence des organisations paysannes à la base.

Malgré ces constats les appuis institutionnels portant sur le maïs ont permis aux
groupes bénéficiaires de renforcer leurs potentiels de production. 65 % affirment avoir
augmenté leurs superficies emblavées d’en moyenne 40 % et la production d’au moins 20 % à
la première année du financement. Par déduction la mobilisation de tous les appuis reçus par
l’ensemble des groupes est susceptible de contribuer à un accroissement significatif de la
production régionale, même si celle-ci se fait par extension des superficies cultivées et moins
par intensification. On est donc encore largement dans un système extensif qui pourrait se
heurter aux difficultés foncières. L’investissement sur des groupes structurés et crédibles peut
ainsi être porteur de dynamique agricole et en faire de nouvelles forces de production. Le
326

principe de mise en commun de la production par les membres du groupe présente des
avantages de mise en marché collective offrant la possibilité d’influer sur les prix. Cette
logique fonde l’action des acteurs de développement qui promeuvent le stockage
communautaire dans la région (OPCC, PAM, CDD, PREPAFEN, PARFAR…).

6.2.2. Une production polarisée par les marchés extra-régionaux

L’augmentation de la production ces quinze dernières années qu’attestent les


statistiques officielles est en partie soutenue par les sociétés agraires locales majoritairement
constituées de GIC, Unions de GIC et Coopératives désignés sous l’appellation générique
d’Organisations de producteurs. En tant qu’organisations collectives, leurs productions
portant majoritairement sur le maïs sont prioritairement orientées vers la commercialisation.
A cet effet ils bénéficient entre autres services fournis par les projets et programmes de
l’accompagnement dans la mise en marché de la production à travers des formations centrées
sur trois principaux thèmes :

- L’initiation à la comptabilité simplifiée ;


- La gestion des stocks ;
- La démarche d’établissement de partenariats commerciaux.

Ces appuis visent à fournir aux groupes des outils de conquête du marché vivrier.
Toutefois, ce processus de professionnalisation profite encore peu aux consommateurs nord-
camerounais en termes d’accroissement des disponibilités alimentaires sur les marchés. Les
organisations de producteurs sont de plus en plus tournées vers les marchés extra-régionaux et
transfrontaliers plus générateurs de bénéfices. Des 24 OP enquêtées qui ont une existence
réelle (en excluant les 20 % de groupes fictifs de notre échantillon), 58 % ont établis des
partenariats avec des acheteurs localisés dans le Sud-Cameroun (grossistes, éleveurs de
volaille), 33 % ont contracté avec l’Office céréalier, MAÏSCAM et quelques éleveurs bovins
locaux, 8 % déclarent préférer vendre prioritairement aux grossistes des pays vosins. En 2008
les 24 groupes ont commercialisé un total de 2 150 sacs de maïs de 100 kg. Si d’un côté la
logique de conquête des marchés extra-régionaux par les OP peut soutenir la dynamique de
production bien qu’elle se fasse de façon extensive, d’un autre côté elle participe peu à la
satisfaction de la demande régionale dans l’ensemble et urbaine en particulier à travers
notamment les achats de l’Office céréalier redistribués dans les villes en période de soudure.
Les grossistes locaux doivent ainsi se « contenter » de l’offre des exploitations familiales
327

dégagée des surplus des récoltes qui représentent en général moins de 40 % de la production
totale, l’autoconsommation restant importante.

Si la plupart des groupes reconnaissent que la commercialisation extra-régionale


génère des revenus nettement supérieurs à ceux obtenus par la vente sur les marchés locaux,
quelques uns (10 %) ont connu dans leur démarche de mise en marché des déboires liés au
respect des clauses du contrat. Comme exemple, les responsables de l’Union de GIC Kawtal
de Djalingo-Guider qui avaient accepté dans le contrat avec un partenaire de livrer 250 sacs
de 100 kg de maïs à Bafoussam, ont enregistré d’importantes pertes après la vente. Ils ont dû
affronter le mauvais état des infrastructures routières, les contrôles intempestifs des agents de
police, de gendarmerie et de douane ; et les pertes de temps souvent préjudiciables aux
acheteurs notamment les éleveurs de volaille. Ainsi, les prix de vente conclus à l’avance se
sont-ils trouvés être inférieurs aux coûts de production et aux dépenses de mise en marché
engagés. Contrairement aux groupes, les grossistes individuels ont développé des mécanismes
qui leur permettent de gérer au quotidien certaines contraintes dont les contrôles de police et
de gendarmerie et d’en atténuer l’impact sur les prix aux détaillants et aux consommateurs
urbains, habileté dont ne disposent pas les organisations de producteurs commerçants
occasionnels (ou saisonniers).

Une première solution à de tels déboires serait d’aider à la mise en place de


mécanismes incitatifs permettant aux organisations de producteurs de vendre leurs
productions aux grossistes locaux de moyenne importance dont la destination prioritaire des
achats reste les villes nord-camerounaises. Il peut être envisagé une suppression des charges
non officielles (importants prélèvements administratifs abusifs notamment) habituellement
imposées aux grossistes et dont certains se disent prêts à payer plus chers aux producteurs
dans de telles conditions. En retour, l’acquisition de stocks significatifs auprès des OP
réduirait le nombre de déplacements des grossistes sur plusieurs marchés ruraux de
production et permettrait également de compenser les prix d’achats élevés qui, tout en
donnant satisfaction aux producteurs contribue à la diminution de certains coûts chez le
distributeur, dont le transport. Le développement de cette relation directe entre grossistes et
OP pourrait aussi contribuer à supprimer les multiples intermédiaires des filières vivrières
locales. L’application d’un tel schéma peut constituer une réponse alternative à la difficulté
des pouvoirs publics à améliorer les infrastructures routières dont le mauvais état demeure le
principal goulet d’étranglement à la commercialisation vivrière.
328

Une deuxième solution serait d’inciter l’Office céréalier et MAÏSCAM, deux


principaux acheteurs institutionnels à s’approvisionner auprès des OP à des prix compétitifs
par rapport aux prix proposés par les partenaires sud-camerounais et étrangers. Les OP
devront néanmoins s’investir davantage dans l’amélioration de la qualité des produits
proposés à ces deux structures. Nous avons mentionné plus haut la difficulté pour MAÏSCAM
de s’approvisionner sur les marchés régionaux pour des raisons de qualité. Cet aspect limite
encore l’ouverture du marché du PAM aux OP compte tenu des normes de qualité assez
rigides.

Une troisième solution possible pourrait venir d’une catégorie d’acteurs des sociétés
agraires locales minoritaires qui se développe depuis quelques années et dont la production
est essentiellement destinée à la vente sur les marchés extra-régionaux (les Chocolateries du
Cameroun pour l’arachide et le soja, les provenderies pour le maïs). Il s’agit des élites
urbaines propriétaires fonciers et détentrices d’un pouvoir financier leur permettant de
développer une agriculture intensive à forte productivité. Quelques grands noms des membres
du gouvernement originaires du Nord-Cameroun sont connus dans ce domaine. Les espaces
cultivés en système de monoculture de maïs, d’arachide et de soja s’étendent sur une centaine
d’hectares. L’approvisionnement des marchés locaux peut contribuer à accroître l’offre locale
particulièrement en période de soudure en leur permettant de générer des profits tout aussi
intéressants.

La demande transfrontalière aujourd’hui potentiellement source de tension des prix sur


les marchés urbains au cours de la période de soudure du fait des ponctions qu’elle exerce sur
l’offre régionale, devrait être saisie comme une opportunité pour la paysannerie nord-
camerounaise. Les organisations de producteurs et les exploitations familiales agricoles ont
donc la chance d’accroître leurs productions pour répondre à une demande régionale et extra-
régionale croissante et de plus en plus exigente du point de vue de la qualité. Mais cela
implique de développer des conditions d’intensification de l’agriculture et d’acheminement
des vivres vers les villes. Ce dernier aspect implique également que les divers appuis
institutionnels existants et à venir conduisent à rendre transparente l’information de marché.
Car la loi de l’offre et de la demande ne joue que très rarement sur les marchés ruraux de
production et de regroupement, les grossistes étant en général des faiseurs de prix.

****
329

La politique agricole régionale et nationale est fortement dépendante de la solicitude


des partenaires extérieurs. Cependant, cette dépendance ne constitue pas encore un vecteur de
développement de l’agriculture vivrière comme on est en droit de l’attendre au regard de la
pléthore des acteurs mobilisés, quelques fois à la base de certains dysfonctionnements
observés en milieu paysan. Cette situation implique pour l’Etat de se réapproprier non
seulement les fonctions d’accompagnement technique de la paysannerie comme cela a
commencé à se faire à travers l’approche projet/programme, mais également et surtout de
mettre en place des mécanismes de financement de son agriculture à partir des ressources
propres. Car seule une certaine autonomie financière offrira davantage de marge de manœuvre
dans l’élaboration et la mise en œuvre d’une vision véritablement nationale de la politique
agricole.
330

Conclusion de la troisième partie


Au-delà des contraintes liées à l’accès aux intrants (engrais, pesticides, herbicides), les
dysfonctionnements du dispositif régional de vulgarisation impactent sur les perspectives
d’amélioration du système de production. Ce dispositif longtemps contrôlé par la
SODECOTON a davantage profité aux seuls producteurs de coton qu’à l’ensemble de la
paysannerie nord-camerounaise. Il en résulte une adoption disparate des innovations à
l’échelle régionale. L’encadrement paysan a connu des évolutions récentes au plan
institutionnel par une plus grande diversification des intervenants dans l’accompagnement des
producteurs. Les pouvoirs publics tentent tant bien que mal de s’approprier ce secteur
névragilque pour l’agriculture malgré le rôle croissant d’un nouveau type d’acteur dont les
interventions sont tout aussi sujettes à caution. Ceux que nous désignons comme « les
nouveaux interlocuteurs privilégiés » des producteurs (ONG, Confessions religieuses et
Associations à but non lucratif) ont des positions contradictoires sur des approches techniques
qui ne sont pas de nature à favoriser l’adoption des innovations par les paysans.

Le niveau d’adoption de ces innovations devant conduire à l’intensification de la


production est donc resté mitigé comme l’ont constaté plusieurs études. L’intensification est
davantage restée au stade de projets dans le Nord-Cameroun. De nombreuses contraintes sont
à lever au nombre desquelles l’épineuse question foncière, facteur déterminant pour
l’investissement durable par les producteurs. L’extensification de la production peut être
interprétée comme une crainte pour ces-derniers de s’engager durablement face à la
persistance du climat d’insécurité foncière dans le nord. Ceci explique en partie le succès
relatif des grands projets de restauration et de fertilité des sols qui se succèdent dans le Nord-
Cameroun depuis une soixantaine d’années (constructions antiérosives, jachères améliorées,
étables fumières) et qui impliquent de la part du paysan d’effectuer des aménagements qui
d’un point de vue sociologique, s’assimilent au marquage et à l’appropriation de l’espace.
Cela a été observé avec la difficile mise en œuvre du projet de régénération assistée de parcs
arborés de Faidherbia dans le cadre du DPGT et pour des aménagements anti-érosifs par la
construction des cordons pierreux actuellement diffusés par le projet Eau-Sol-Arbre. Le
paysan est prudent par nature et n’adopte que ce qui lui semble viable sur le long terme.

Par ailleurs l’analyse de l’évolution historique des appuis institutionnels montre que
ceux-ci ont surtout œuvré pour l’introduction de certaines cultures par le passé peu intégrées
dans le paysage agricole régional et pour le soutien de leur émergence. Parmi les céréales,
331

principalement analysées dans la présente étude, le maïs et le riz ont davantage bénéficié des
appuis que le mil/sorgho malgré l’échec qu’a connu la filière riz. L’émergence que connaît
aujourd’hui la filière maïs dans le Nord-Cameroun (Temple et al., 2009b ; Fofiri et al., 2010 ;
Ndjouenkeu et al., 2010) en dépit des contraintes auxquels font face les acteurs, montre tout
de même que la mise en place d’un cadre institutionnel similaire sur le mil/sorgho est
susceptible d’activer les réserves de productivité et accroître les disponibilités des céréales
locales plus affectées par la soudure alimentaire. Ces résultats corroborent ainsi notre
troisième hypothèse qui soutient que l’amélioration des disponibilités vivrières mobilise des
facteurs institutionnels et organisationnels permettant de renforcer les capacités d’adaptation
des systèmes de production régionaux vulnérables. Compte tenu également de cette
vulnérabilité en partie inhérente aux conditions climatiques, la question de la sécurité
alimentaire du Nord-Cameroun doit être posée à l’échelle nationale, le Sud-Cameroun
bénéficiant de meilleures conditions climatiques permettant d’accroître les disponibilités
vivrières et notamment celles portant sur le riz pour les marchés urbains, en vue de compenser
les insuffisances dans le nord.
332

Conclusion générale
333

Nous avons proposé d’identifier et d’analyser dans cette thèse les déterminants de
l’offre alimentaire vivrière dans les villes du Nord-Cameroun en vue de contribuer à son
amélioration. Cette offre est dominée par les céréales (mil/sorgho, maïs et riz). Elle provient
de la production locale et des importations. L’analyse des données de nos différentes enquêtes
montre que cette offre est aujourd’hui loin de couvrir suffisamment les besoins des
populations urbaines. Les résultats mettent en évidence un ensemble de déterminants majeurs
qui participent à la gouvernance de l’offre alimentaire vivrière dans les villes du Nord-
Cameroun.

Une demande en évolution : l’augmentation et la diversification de la demande


alimentaire basée sur les céréales orientent le comportement des acteurs des SADA qu’il
s’agisse de l’offre locale ou importée. Face à la faible disponibilité annuelle de l’offre locale,
la tendance à la recomposition du modèle céréalier expose le Nord-Cameroun à une certaine
dépendance vis-à-vis des marchés internationaux notamment à l’égard du riz dont les prix sur
les marchés urbains régionaux connaissent une relative stabilité par rapport au mil/sorgho et
au maïs, davantage soumis à l’instabilité intra annuelle et inter annuelle des prix. Cette
instabilité génère des incertitudes pour les ménages dans un contexte de baisse de pouvoir
d’achat et d’accroissement de la population urbaine.

La tendance à la baisse du pouvoir d’achat des ménages : Il a été noté que le mode et
les fréquences d’approvisionnement dépendent largement du pouvoir d’achat des ménages. Si
l’achat demeure le principal mode d’acquisition des denrées, l’importance de l’agriculture
urbaine et la place qu’occupent encore les échanges non monétarisés (solidarité villageoise)
dans l’approvisionnement des ménages s’inscrivent par contre dans des stratégies qui visent à
gérer autant que possible l’irrégularité et l’accessibilité de l’offre formelle sur les marchés
urbains. Les fréquences d’achat des céréales par les ménages sont un indicateur pertinent
d’appréciation du poids des déterminants économiques sur le fonctionnement de la
distribution urbaine. Il ressort ainsi que les salariés des secteurs publics et privés privilégient
les approvisionnements mensuels dès la disponibilité des salaires (achat d’un à deux sacs de
mil/sorgho, maïs ou riz). Ils représentent environ 50 % des actifs occupés dans les villes du
Nord-Cameroun. Les travailleurs indépendants qui se recrutent surtout dans le secteur
informel éprouvent plus de difficultés à s’approvisionner mensuellement du fait du caractère
journalier ou hebdomadaire de leurs revenus. Les fréquences d’approvisionnement des
ménages qui varient suivant la nature du revenu (journalier, hebdomadaire, mensuel)
structurent également les activités des acteurs du commerce céréalier (grossistes, détaillants).
334

Pour les grossistes, l’augmentation des ventes est tributaire de la disponibilité des salaires et
peut s’étendre sur les deux premières semaines ; tandis que la grande majorité des travailleurs
indépendants (transporteurs par moto, colporteurs, vendeurs de produits hydrocarbures, d’eau
ou de médicaments de rue…) alimente le commerce journalier de détail. Les acteurs de la
distribution urbaine doivent de ce fait tenir compte du pouvoir d’achat des consommateurs
dans leurs stratégies de mise en marché. Notons enfin l’importance de l’autoconsommation de
la production paysanne (70 à 80 % selon les EFA) comme une contrainte significative à
l’accroissement des disponibilités céréalières pour les marchés urbains, ces marchés étant
presqu’essentiellement approvisionnés par les EFA.

L’enclavement des marchés ruraux de production : Le mauvais état des infrastructures


routières crée une spécialisation des territoires et des acteurs du commerce vivrier (grossistes,
collecteurs et transporteurs des zones enclavées). Ceci se vérifie à travers l’organisation et le
fonctionnement des espaces marchands. Le statut de marché rural de gros à la production, de
marché de regroupement et de gros à la consommation dépend davantage du facteur
d’accessibilité que de toutes autres considérations (saisonnalité de la production en
l’occurrence). Les résultats mettent ainsi en évidence le rôle structurant des infrastructures
routières dans la géographie des marchés du Nord-Cameroun. Le bitumage récent de certains
axes routiers a désenclavé des points d’échanges par le passé peu attractifs, bien que situés
dans les principaux bassins de production (cas de l’arrondissement de Touboro). Le passage
de ces points du statut de marché de gros à la production à celui de marché de regroupement
(ou de pré-stockage spéculatif), traduit l’impact positif que peut porter le développement des
infrastructures routières sur la structuration des espaces marchands et des filières vivrières
régionales en général.

Les zones rurales doivent davantage être intégrées dans les projets d’aménagement des
routes au Cameroun. Car l’absence d’aménagement et d’entretien des routes rurales non
classées dans la nomenclature officielle pose aujourd’hui un réel souci par la difficile
accessibilité aux zones de production. Malgré le transfert du patrimoine routier rural et des
ressources aux communes depuis l’année 2000 dans le cadre de la Nouvelle Stratégie
d’Entretien et de Réhabilitation des Routes (NSERR), les constats de terrain témoignent de la
persistance des difficultés financières et institutionnelles (participation efficiente des services
locaux du ministère des travaux publics, faible implication des communautés rurales dans le
processus d’entretien des infrastructures…). En réalité, la décentralisation de l’entretien des
routes rurales tarde à se traduire dans les faits. Ce retard appelle un nouvel arbitrage de l’Etat.
335

Les contraintes de l’environnement de production : Du point de vue de l’offre


céréalière locale, deux facteurs sont susceptibles de contribuer à la diminution des
disponibilités pour les marchés urbains. Les effets du changement climatique qui se
caractérisent par des instabilités pluviométriques dans la région pourraient compromettre les
efforts d’accroissement de la production depuis une quinzaine d’années, notamment dans la
zone sahélienne où l’on a remarqué en 2008 une baisse de la production du sorgho de saison
sèche de 30 %. Les perturbations pluviométriques ont des conséquences (reprise des semis).
Elles conduisent les producteurs à la recherche de nouveaux espaces adaptés à la
muskwaariculture (culture du sorgho de saison sèche) suite à l’assèchement rapide des sols
argileux.

En outre, le Nord-Cameroun connaît une accélération de sa dynamique foncière en


lien avec la croissance démographique, le changement climatique et la diversification des
formes d’usage. La crise foncière dans les principaux bassins de production expose les
producteurs, migrants en l’occurrence, à une insécurité foncière susceptible d’annihiler
l’engouement qu’on leur connaît dans le domaine agricole. Les migrations récentes sont à la
base d’importantes mutations spatio-agricoles comme le montre Watang Ziéba (2010) en pays
guiziga (Extrême-Nord), et la gestion du foncier par les autorités traditionnelles peu enclines à
jouer le rôle de faciliteur du processus de règlement des conflits d’usage (Teyssier et al.,
2003 ; Seignobos, 2006) présente des risques de perturbation de la dynamique agricole. La
reconnaissance tacite de l’autorité traditionnelle comme gérant exclusif du foncier parmi les
prérogatives accordées aux chefferies du nord par l’Etat, entraîne régulièrement de graves
dérives qui génèrent des conflits entre différents groupes ethno-linguistiques (Guiziga,
Toupouri, Dii, Mofu, Foulbé) et socio-économiques (agriculteurs et éleveurs) qui se partagent
la ressource foncière. L’Etat Camerounais semble s’être désengagé de la gestion de cette
ressource stratégique pour l’économie du Nord-Cameroun en général et l’agriculture en
particulier.

La gouvernance institutionnelle : elle constitue désormais le socle sur lequel repose


l’avenir de l’agriculture vivrière camerounaise dans son ensemble. Car résoudre le problème
de la sécurité alimentaire dans le Nord-Cameroun implique de poser la question de
l’amélioration de la production non pas à la seule échelle de cette partie du pays mais à
l’échelle nationale, le Sud-Cameroun bénéficiant par exemple au plan agroécologique de
meilleures conditions de production agricole. L’étude met ainsi en évidence des défaillances
constatées au niveau du cadre réglementaire devant régir le fonctionnement des filières
336

vivrières, la gestion des espaces marchands, le montage et la mise en œuvre des projets et
programmes d’appuis aux producteurs.

Sur les appuis institutionnels aux producteurs, les acteurs exogènes (bailleurs de fonds,
ONG et Confessions religieuses) et endogènes (Sociétés de développement) soutiennent de
façon différentielle les pouvoirs publics dans le processus d’accompagnement des producteurs
sur des cultures spécifiques. Le maïs bénéficie par exemple depuis une trentaine d’années
d’importants appuis techniques et financiers externes et internes qui ont contribué à l’essor
qu’on lui connaît aujourd’hui. Nous pensons que l’apport d’appuis similaires sur le
mil/sorgho peut tout aussi conduire à un plus grand développement des céréales locales. La
crise de la filière cotonnière risque toutefois d’impacter sur la culture du maïs dont
l’émergence est essentiellement tributaire du système cotonnier (accès aux intrants,
encadrement technique, appui au stockage et à la commercialisation). Ce risque interpelle
aujourd’hui l’Etat sur le besoin de mettre en place des dispositifs d’appuis autonomes aux
spéculations vivrières capables de s’auto-réguler.

Sur le fonctionnement des filières vivrières, l’absence de classification des différentes


sous activités du secteur vivrier dans la nomenclature des activités au Cameroun renforce son
statut de secteur anarchique et peu crédible et en fait un refuge pour les laissés-pour-compte.
La difficulté actuelle à établir un cadre de dialogue transparent entre l’Etat et les acteurs du
secteur vivrier tiendrait en partie de cette absence de réglementation du secteur commercial. Il
s’ensuit ainsi un manque de crédibilité des acteurs auprès des structures formelles de
financement (Banques et Etablissements de micro-finance) permettant d’accompagner la
dynamique paysanne. Les filières d’importations par les enjeux financiers dont ils font l’objet
tant de la part des acteurs privés que de l’Etat bénéficient davantage d’attention des pouvoirs
publics à travers un suivi institutionnel plus réglementé [Ministère des finances (TVA + frais
de douanes) ; Ministère du commerce (délivrance de la licence d’importation et suivi
statistique) ; Ministère de l’agriculture (suivi des importations par les postes de police
phytosanitaires)]. Les filières vivrières locales par leur rôle stratégique dans la préservation de
la sécurité alimentaire doivent également faire l’objet d’une réglementation permettant
d’assainir le segment de la distribution et de donner à ses acteurs une certaine crédibilité.

Sur la gestion des espaces marchands, la création et la gestion des marchés ruraux ne
font pas l’objet d’une réglementation officielle comme c’est le cas des marchés à bétail dans
le Nord-Cameroun dont la création et la gestion sont sources d’enjeux impliquant les plus
337

hautes autorités du ministère de l’élevage. Pourtant les marchés de gros à la production


constituent une importante source de rentrées financières pour les services fiscaux, les
municipalités et les autorités traditionnelles. Leur rôle stratégique dans l’approvisionnement
des villes reste peu valorisé et mérite d’être davantage intégré dans les politiques publiques,
au-delà de la simple reconnaissance de leur création par des arrêtés municipal et préfectoral.

A partir des résultats obtenus nous établissons le constat du risque d’une mise en
dépendance de la sécurité alimentaire du Nord-Cameroun qui pourrait se situer à deux
niveaux :

(i) une dépendance vis-à-vis des marchés internationaux du riz dont l’instabilité depuis 2007
constitue pour les pays de l’Afrique subsaharienne une menace pour la sécurité alimentaire,
malgré la relative stabilité actuelle entretenue par des mesures fiscalo-douanières alternatives
adoptées par les gouvernements. L’augmentation de la consommation du riz dans les ménages
urbains nord-camerounais risque d’être une nouvelle source de tension dans les années à
venir, compte tenu de l’accroissement de la demande asiatique (Philippines), latino
américaine (Brésil) et nord américaine (Etas-Unis) inhérent à l’amélioration du pouvoir
d’achat des populations, et qui va davantage réduire les exportations en augmentant les prix
sur les marchés internationaux d’une part, et de la faible performance de la filière rizicole
locale d’autre part. Bien que le projet de relance des appuis étatiques sur la filière locale du riz
affiche de grosses ambitions de « … faire passer la production nationale de 65 000 t en 2008
à 627 250 t de riz blanchi en 2018148 », ces ambitions doivent s’appuyer sur des prévisions
budgétaires réalistes et durables au regard de la dépendance de l’agriculture camerounaise des
financements extérieurs.

On peut tout de même s’interroger sur la faisabilité d’un tel projet lorsqu’on sait que la
production est essentiellement assurée par les EFA. Peut-on envisager atteindre la barre de
620 000 tonnes de riz blanchi comme l’ambitionne le projet en moins de 10 ans (2008-2018)
en s’appuyant majoritairement sur une production artisanale qui depuis plus de 20 ans n’a pu
franchir les 80 000 tonnes ? La relance de la filière rizicole nationale se révèle ainsi être un
réel défi qui attend la SEMRY, structure qui sort progressivement de la léthargie dans laquelle
l’a plongé la crise économique des années 1980, grâce aux ressources PPTE et IADM. Parmi
les problèmes à résoudre, elle devra trouver une solution urgente pour la remise en état des

148
Ministère de l’agriculture et du développement rural (MINADER) (2009). Stratégie nationale de
développement de la riziculture au Cameroun, Mouture III, 21 p.
338

infrastructures de production (restauration des canaux d’irrigation, des casiers rizicoles et de


la digue de Maga ménacée de rupture). Les actions menées par la SEMRY conjointement à
celles de l’IRAD dans le cadre de l’ADRAO depuis bientôt 4 ans ont contribué à améliorer les
conditions de production de quelques EFA (subvention-intrants, crédits-intrants, formation). Il
est cependant encore tôt pour apprécier l’impact significatif de ces interventions sur
l’amélioration de la productivité, le rendement moyen étant de 3000 kg/ha.

(ii) une dépendance institutionnelle créée par une trop grande sollicitation des institutions et
organismes exogènes par l’Etat Camerounais depuis la crise économique qui a conduit au
désengagement des secteurs productifs. Les bailleurs de fonds bilatéraux et multilatéraux
participent à travers des appuis financiers et techniques à la définition de la politique agricole
nationale qui n’est pas toujours en adéquation avec les attentes des paysanneries (choix des
cultures, des approches techniques et des bénéficiaires). Le dispositif d’accompagnement des
producteurs basé sur l’approche projet/programme tarde cependant à induire une réelle
intensification de la production régionale. Le changement de paradigme qui prône l’agro-
écologie au détriment d’une agriculture conventionnelle à forte utilisation de produits de
synthèse qui peine à se développer dans le Nord-Cameroun montre la capacité d’influence des
institutions exogènes sur la politique agricole nationale. Au-delà des contraintes socio-
économiques habituellement évoquées pour expliquer la faible intensification de l’agriculture
locale149, nous proposons de tenir compte des contraintes institutionnelles relatives au
montage et au pilotage des projets et programmes dont les durées d’exécution (3-5 ans) ne
laissent pas le temps d’initier et d’ancrer un processus d’innovation en milieu paysan. La
logique de départ de cette approche qui visait à mettre en place des conditions adéquates
d’encadrement du monde rural pour les services traditionnels de l’agriculture n’a fourni
jusqu’ici que des résultats mitigés. La fin d’un projet à financement extérieur n’a
véritablement pas fait l’objet d’une continuation par l’Etat. Nous avons évoqué à titre
d’exemple le cas du projet national d’alerte rapide financé par le Gouvernement japonais dans
la décennie 1990 et qui visait à assurer un suivi de la production et des prix sur les marchés
pour anticiper sur les risques d’insécurité alimentaire. Les campagnes nord-camerounaises
auront ainsi connu un ensemble d’innovations techniques sans pour autant qu’elles aient eu un
impact sur l’accroissement de la production agricole. On aboutit donc à un recommencement
des appuis institutionnels dans les mêmes zones d’intervention, sur les mêmes

149
Dont les difficultés d’accès aux intrants et la réticence des paysans aux innovations.
339

problématiques, auprès des mêmes bénéficiaires locaux et avec des approches techniques
quelquefois contradictoires et embarassantes pour les populations.

L’offre vivrière nord-camerounaise se trouve aujourd’hui dans une incapacité plus


structurelle que conjoncturelle à répondre à une demande urbaine croissante, malgré de
nombreuses interventions publiques qui n’ont pas réussi à atténuer l’impact de la saisonnalité
intra annuelle sur les prix par un accroissement des disponibilités. Les OP, nouveaux centres
d’intérêt des intervenants en milieu rural incarnent toutefois l’espoir qu’on est en droit
d’attendre du monde paysan. Contrairement aux EFA dont la production est prioritairement
orientée vers l’auto-consommation, celle des OP presqu’essentiellement destinée à la
commercialisation peut contribuer de façon efficiente à accroître les disponibilités vivrières
sur les marchés urbains nord-camerounais. Pour y parvenir, un ensemble d’actions correctives
doivent être menées pour impulser une nouvelle dynamique de ces sociétés agraires locales,
plus à même d’adopter les innovations pouvant conduire à l’intensification de la production
pour répondre de façon satisfaisante aux sollicitations des marchés urbains.

Cela passe entre autres par une redéfinition des conditions de création et
d’encadrement des OP dans la perpective d’une réelle spécialisation agricole. La loi de 92 sur
les GIC et les Coopératives conduit en l’état à une forte dispersion des efforts des groupes en
leur accordant la latitude d’exercer une gamme d’activités socioéconomiques (agriculture,
élevage, commerce, artisanat…). Elle est en partie responsable des visées opportunistes qui
génèrent aujourd’hui la prolifération tous azimuts des GIC non pas dans la perspective de leur
professionnalisation, mais simplement dans le but de bénéficier des financements publics
considérés comme une redistribution de la richesse nationale. Cette action doit être suivie
d’une amélioration de la gouvernance dans le pilotage des projets et programmes, objets de
plusieurs critiques tant de la société civile qui dénonce sa non implication dans le montage et
l’exécution, que des bailleurs de fonds qui en assurent le soutien financier. La responsabilité
de l’Etat est donc interpellée, tout comme elle l’est davantage pour l’amélioration de la qualité
des infrastructures routières en vue de faciliter les transferts alimentaires des campagnes vers
les villes.

La structuration intra-annuelle récurrente en période dite de disponibilité (ou normale


dans la terminologie du PAM) et période de soudure est un indicateur temporel mobilisable en
l’absence de données statistiques complètes, permettant de qualifier l’insuffisance de l’offre
alimentaire régionale autant pour les marchés ruraux qu’urbains. Les données fournies par le
340

PAM contribuent à corroborer cet argument. L’étude globale sur la sécurité alimentaire et la
vulnérabilité au Cameroun conduite en 2007 (PAM, 2008) a montré pour le cas des trois
régions administratives du Nord-Cameroun, une baisse du nombre de repas pour les enfants
de moins de 20 ans en fonction de la période de l’année. L’on passe en moyenne de 2,4 repas
à 1,6 dans l’Extrême-Nord et le Nord de la période normale à celle de soudure. L’Adamaoua
connaît une situation relativement plus stable (en moyenne 2 repas tout au long de l’année).
Cette situation a justifié le renforcement depuis 2007 de l’intervention du PAM ciblée sur les
zones rurales les plus affectées, et essentiellement centrée sur le sorgho, le maïs grain et la
farine de maïs, le riz ne faisant pas partie de la composante sécurité alimentaire du PAM150.
Par ailleurs, en 2009 la récolte céréalière au nord a été inférieure à 10 % à la moyenne des 5
dernières années et à 19 % à la récolte de l’année 2008. En réponse à cette situation, le PAM a
engagé une opération d’urgence pour nourrir 339 000 personnes considérées comme
vulnérables de juin 2010 au 30 avril 2011151.

En définitive l’offre alimentaire vivrière dans le Nord-Cameroun répond aujourd’hui à


un triple enjeu :

- Un enjeu quantitatif global qui implique de poursuivre l’augmentation des


rendements des différentes céréales qui constituent majoritairement les bases
alimentaires régionales. Ce qui suppose de définir un cadre règlementaire
favorisant un accès équitable aux terres agricoles, de soutenir plus efficacement la
restructuration des filières intrants vivriers et de renforcer l’accompagnement des
producteurs ;
- Un enjeu de disponibilités saisonnières inhérentes à un ensemble de
dysfonctionnements des systèmes d’approvisionnement des villes, et qui implique
d’assainir l’activité du commerce vivrier par l’élaboration et l’application d’un
cadre règlementaire spécifique à ce secteur ;
- Un enjeu financier lié au faible pouvoir d’achat des ménages urbains et qui
nécessite d’activer au niveau macroéconomique des leviers permettant d’améliorer la
situation actuelle.

150
La distribution du riz fait partie de la Composante 1 : Appui à l’éducation de base et à la scolarisation des
filles dans les provinces de l’Extrême-Nord, du Nord et de l’Adamaoua tel que défini par le Programme de pays
du PAM pour le Cameroun 10530.0 (PAM, 2007).
151
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366

Annexes
367

Annexes A : Difficultés rencontrées au cours de l’étude


Nous avons été confronté à deux types de difficultés au cours de ce étude :

- L’ancienneté des statistiques officielles

Les données statistiques officielles sur l’évolution la production agricole datent de la


campagne 2006-2007. Si nous avons précédé à des réajustements statistiques pour tenir
compte des résultats du recensement général de la population et de l’habitat publiés par le
BUCREP en 2010, nous n’avions pas d’autres choix que de tenir compte des statistiques
agricoles communiquées par le Ministère de l’agriculture. Malgré une tendance haussière de
la production vivrière observée depuis un peu plus d’une dizaine d’années, la hausse
constante du prix des intrants agricoles, la multiplication des conflits fonciers dans les
principaux bassins de production, les effets du changement climatique de plus en plus
perceptibles, sont autant d’aléas susceptibles de biaiser les estimations sur la production
agricole régionale. Nous nous sommes donc gardé de nous lancer dans un cet exercice délicat.
La baisse de la production de maïs en 2008 constatée dans les bassins cotonniers du Nord et
de l’Extrême-Nord nous conforte dans nos craintes. L’urgence d’un recensement agricole
s’impose afin de fournir à la recherche des données multi échelles (arrondissement,
département) fiables. Pour rappel, le dernier recensement agricole au Cameroun date de 1984
et les statistiques de production sont obtenues à partir des estimations et des redressements.

- L’absence d’archives officielles

La disponibilité des archives officielles, notamment celles portant sur les interventions
publiques dans le domaine agricole fait cruellement défaut. Dans la plupart des cas, les
documents de montage de nombreux projets étatiques ainsi que les rapports d’activités sont
introuvables dans les services centraux et déconcentrés du ministère de l’agriculture.

Par ailleurs, il n’existe aucune structure de coordination des aides alimentaires dans le
Nord-Cameroun. Les données accessibles particulièrement auprès des institutions
internationales et des chancelleries diplomatiques sont disparates et ne reflètent pas toujours
la réalité de terrain. Les dons des ONG, des élites politiques locales et quelques fois de l’Etat
font très peu l’objet de traçabilité. Tout ceci rend difficile l’appréciation des disponibilités
alimentaires régionales qu’elles soient issues de la production régionale ou de l’aide
alimentaire.
368

Annexes B : Questionnaires d’enquêtes adressés aux consommateurs,


détaillants, grossistes et transporteurs

Questionnaire adressé aux ménages en vue de la rédaction


d’une thèse de doctorat

Thème : Les déterminants de l’offre alimentaire vivrière dans les villes du Nord-Cameroun

Fiche n°: ____________

Réserve a l'enquêteur

Nom de l'enquêteur : ____________________________________________________________


Date de l'enquête : ________________________
Garoua Maroua Ngaoundéré
Ville :
:
Quartier : ____________
Langue dans laquelle l'enquête a été conduite : _________________________________
Apprécier l'attitude du répondant durant l'enquête :
(A cocher à la fin de l’enquête)
Très Pas
coopératif Coopératif coopératif
:

NB : Non réponse (NR) Code = 99


Non concerné par la question Code = 0

I - Identification de l'enquêté

1- Sexe du répondant V4 2- Tranche d'âge du répondant


15 - 30
Masc Fém 31 - 40 ans > 41 ans NR
ans

3- Statut du répondant dans le ménage V6 4- Religion du chef de ménage


Femme de Autre
Epoux Epouse Enfant NR Musulman (e) Chrétien (e)
ménage (préciser)_________

5- Sexe du chef de ménage V8


Masc Fém 6- Taille du ménage (Ecrire le nombre exact) NR

7- Evaluation du niveau de vie du ménage

a- Niveau d'étude le plus élevé du chef de ménage ou de son conjoint


Ecole NR
Sans Primaire Secondaire Supérieur
coranique
369

b- Profession du chef de ménage :


Epouse 1
c- Profession de (des) l’épouse (s) :
Epouse 2

8- Tranche de revenu mensuel du chef de ménage


10000- 51000- 101000-
>150000 NR
50000 100000 150000

8- Province d’origine du chef de ménage (si étranger écrire le pays) ______________________________

9- Depuis combien d'année résidez-vous dans la ville? V15


6 - 15 > 15
≤ 5 ans Natif NR
ans ans

10- Dernière localité de résidence V16 _____________________________________

11- Nombre d'années passées dans cette localité ?


≤ 5 ans 6 - 15 ans > 15 ans N R

II - Détermination du comportement et de la dynamique alimentaires du ménage

21- Qui décide de la préparation d’un mets au sein du ménage ?


L’épouse L’époux Les enfants Epoux et enfants
1 2 3 4
12- Parmi les produits suivants quels sont par ordre d’importance ceux qui ont le plus constitué l’alimentation de
base de votre ménage au cours de la semaine passée et à quelle fréquence ?
(Laisser le répondant lister au trop 3 produits en précisant pour chacun la fréquence journalière et cocher les
cases correspondantes ou ajouter à la rubrique « Autre »)
Numéroter les produits de Fréquences
1 à 4 selon l’ordre
d’importance donné par Journalière Hebdomadaire Fréq Hebdomadai
Code Journalière
re
le répondant
Mil/sorgho 1 fois = code 1
Maïs 2 fois = code 2
3 fois = code 3
Riz
4 fois = code 4
Patate 5 fois = code 5
Igname 6 fois = code 6
Plantain 7 fois = code 7
Manioc
Macabo
Graines de niébé
Autre (préciser)
______________
370

13- Qu’est-ce qui justifie la consommation actuelle de ces produits par rapport à d’autres ?
__________________________________________________________________________________________

14- Avez-vous consommé régulièrement les mêmes 15- Avez-vous consommé régulièrement les mêmes
produits au cours des douze derniers mois ? produits au cours des cinq dernières années ?
Oui Non Oui Non

16- (Si non) Depuis combien de temps s’est opéré le changement de types de produits consommés ?
(Cocher une seule case)
≤ 6 mois 1 an > 1 an ≤ 2 ans > 2 ans NR

17- Quels sont par ordre d’importance les produits qui constituaient votre alimentation de base avant ce
changement ?
(Ecrire de 1 à 3 dans l’ordre des produits cités par le répondant)
Produits N° d’ordre
1
2
3
NR
18- Qu’est ce qui parmi les raisons suivantes vous a particulièrement amené à modifier votre alimentation ?
(Lister les raisons ci-dessous et cocher dans l’ordre de réponse de l’enquêté)
Qualité peu satisfaisante des produits proposés sur le marché
Manque d’intérêt de certains membres du ménage pour les produits délaissés
(Préciser qui) : _______________________________________
Absence/rareté des produits habituellement consommés sur le marché
Mobilité du ménage (mouvements d’affectations de services)
Baisse du revenu monétaire du ménage (compression, retraite, chômage…)
Cherté des produits habituellement consommés sur le marché
Autre (préciser) : _____________________________________________
____________________________________________________________
19- Dire pour chaque produit, le mois au cours duquel la consommation est la plus régulière
(Cocher simplement la case correspondant au produit et au mois cité par le répondant)
Mois
Janv Fev Mar Avr Mai Juin Juil Août Sept Oct Nov Dec
Produits
Mil/sorgho
Maïs
Riz
Patate
Igname
Plantain
Manioc
Macabo
Graines de niébé
Autre (préciser)
_____________
371

20- Quel degré d’importance accordez-vous aux motivations ci-dessous lors du choix d’un produit comme
aliment du jour ?
(Enumérer les motivations ci-dessous et Cocher les cases correspondantes)
Degré d’importance
Motivations Pas du tout Peu Très
Important
important important important
Attachement à la tradition / habitude
alimentaire / régime alimentaire
Disponibilité du produit sur le marché
Rapport quantité/prix plus satisfaisant
Facilité de transformation du produit
Respect du goût des enfants
Respect du goût de l’épouse
Respect du goût de l’époux
Produits riches en nutriments/vitamines
Autre (préciser) : ____________________
__________________________________

22- Le chef de ménage consomme-t-il aujourd’hui les mêmes mets qu’il consommait dans sa jeunesse ? V27
Oui Non

23- (Si non) sur quels produits portent aujourd’hui ces préférences ?
Produits N° d’ordre
1
2
3

24- Ces exigences auraient-elles contribué d’une manière ou d’une autre aux changements observés dans la
consommation alimentaire du ménage ?
Oui Non

III – Systèmes d’approvisionnement alimentaire du ménage


27- Comment avez-vous obtenu les produits suivants la dernière fois où vous les avez consommés ?
(Enumérer uniquement les produits proposés et laisser l’enquêté communiquer spontanément le mode
d’acquisition, puis cocher une seule case pour chaque produit)
Produits
Mode d’obtention Mil/
Maïs Riz Patate Igname Plantain Manioc Niébé
sorgho
Achat
Don
Récolte
Prélèvement sur la réserve familiale
Autre (préciser) : ________________
372

28.a - (Si achat) Existe-t-il une relation particulière


entre le détaillant et vous ?
Oui Non

29- (Si oui) Quelle est la nature de cette relation ?


(Laisser l’enquêté répondre librement, puis identifier les réponses dans la liste ci-dessous et cocher une seule
case ou ajouter à la rubrique « Autre »)
Assurance de la qualité des produits vendus
Possibilité d’achat à crédit
Préfinancement de l’activité du commerçant
Disponibilité permanente des produits
Achat à des prix préférentiels
Réception régulière du « cadeau » à l’achat
Autre (préciser) : ______________________
_____________________________________

25- (Si achat) Quelle est la fréquence d’achat des produits suivants sur le marché ?
(quantité en tas, en tasse ou en sac)
Produits Fréquence Quantité Fréquences Qté Frqes
Mil/sorgho
Maïs
Riz Chaque semaine = 1
Patate Toutes les 2 semaines = 2
Toutes les 3 semaines = 3
Igname
1 fois par mois = 4
Plantain 1 fois par 2 mois = 5
Manioc Chaque jour = 6
Par an = 7
Niébé
Autres :
_____________________________
26- Qu’est-ce qui justifie le choix de cette fréquence ?
__________________________________________________________________________________________
27- Vous intéressez-vous à l’origine du produit lors de l’achat ?

Oui Non

28- (Si oui) Qu’est-ce qui dans l’ordre d’importance vous intéresse particulièrement ?
(Noter dans l’ordre des cases ci-dessous l’objet d’intérêt tel que présenté par le répondant)
1
2
Non réponse
373

29- Où avez-vous obtenu les produits suivants pour la dernière fois ?


Produits
Lieu d'approvisionnement Mil/
Maïs Riz Patate Igname Plantain Manioc Niébé
sorgho
Localité d'origine chef de ménage
Marchés officiels de la ville
Marché de quartier
Marché périphérique/périurbain
Magasin de l’Office Céréalier
Proches (amis/frères) dans la ville
Champ personnel
Autre (préciser) : ______________
_____________________________

30- (Si champ personnel) préciser :


Ville/village de localisation du champ
Le mode d'accès à la terre (*)
La superficie moyenne de la parcelle
Le nombre d'année d'exploitation de la parcelle depuis
sa création
Trois produits régulièrement cultivés depuis la
première année d'exploitation
Les raisons de la création du champ :______________
____________________________________________
____________________________________________
____________________________________________
(*) : Locataire = 1 Propriétaire = 2 Session provisoire et gratuite = 3
31- Destination de la production
Autoconsommation Autoconsommation +
Vente uniquement
uniquement Vente + Don

32- Combien avez-vous dépensé le mois dernier pour la consommation alimentaire globale de votre ménage
(prendre en compte l’autoconsommation dans l’évaluation) ?
(Ecrire le montant dans la case ci-dessous)
Montant (Fcfa) :
33- Ce montant est-t-il resté le même tout au long de l’année dernière, en dehors des dépenses spéciales liées aux
fêtes annuelles (Ramadan, Tabaski, Noël, Nouvel an, Pâque…) ?

Oui Non
374

UNIVERSITÉ DE NGAOUNDERE UNIVERSITY OF NGAOUNDERE


Faculté des Arts, Lettres et Sciences Faculty of Arts, Letters and Social
Humaines Sciences
DEPARTEMENT DE GEOGRAPHIE DEPARTMENT OF GEOGRAPHY
B.P 454 Ngaoundéré P.O. box 454 Ngaoundéré

Questionnaire détaillant

Fiche n° : ____________

Réservé à l’enquêteur

Nom de l’enquêteur : ___________________________________________________


Date de l’enquête : ________________________
Ville :___________________________________
Quartier : _______________________________
Type de marché : Officiel Quartier Périurbain (périphérique)
Type d’espace occupé par l’enquêté dans le marché :
Plein air Sous un hangar Boutique dans un bâtiment
NB : Toutes les « Non réponse » seront codifiées par le chiffre « 0 ».
I – Caractérisation socio-démographique de l’enquêté
1- Sexe de l’enquêté
Masc Fém
2- Tranche d'âge
(Demander - en cas de non réponse, estimer - Cocher la case correspondante)
25 - 30 ans 31 - 40 ans > 41 ans
3- Statut matrimonial
(Cocher la case correspondant) 4- Religion
Célibataire Musulman
Marié (e) Chrétien
Veuf (ve) Autre_____________
Divorcé
Non réponse
4- Nombre de personnes à charge : _____________________________________
5- Niveau d'étude
(Cocher une seule case)
Etudes coraniques Enseignement secondaire
Cycle primaire Enseignement supérieur
Non réponse
6.a- Province d’origine : ____________________________________________
6.b- Département d’origine : _________________________________________
6.c- Si étranger, pays : __________________________________
7.a- Activité principale : ______________________________
- Raison (s) du choix de cette activité : ___________________________________________________________
7.b- Autre (s) activité (s) : __________________________________________________________
8- Nombre d’années de résidence dans la ville : _____________________________
9- Nombre d’années d’installation sur ce marché : _____________________________________
10- Avez-vous changé de marché dans la ville ?
Oui Non
- Si oui pourquoi avoir changé de marché ? _______________________________________________________
375

II – Acquisition et commercialisation des produits


11- Quels sont les produits que vous proposez à votre clientèle ?
Cocher la (les) case (s) correspondante (s)
Mil/sorgho
Riz (production locale)
Céréales
Riz (importation)
Maïs
Manioc (production locale)
Manioc (production du sud Cameroun)
Patate
Pomme de terre
Racines/tubercules
Igname
Macabo
Banane douce
Banane plantain
Arachide
Niébé/haricot
Légumineuses/légumes Tomate
Autres légumes fruits/racines
Divers légumes feuilles/condimentaires
12- Qu’est-ce qui détermine le choix de ces produits ? ______________________________________________
13- Pour chacun des produits vendus où vous approvisionnez-vous et à quelle fréquence ?
(Selon la réponse, identifier le lieu et la fréquence dans la liste et inscrire le code correspondant pour chaque
produit concerné)
Fréquences
Lieux
Produits (nbre de fois
d’approvisionnement
par sem/mois)
Mil/sorgho
Riz (production locale)
Céréales
Riz (importation)
Maïs
Manioc (production nord Cameroun)
Manioc (production sud Cameroun)
Patate
Racines/
Pomme de terre
tubercules
Igname
Macabo
Banane plantain
Arachide
Niébé/haricot
Légumineuses
Tomate
/légumes
Autres légumes fruits/racines
Divers légumes feuilles/condiments

Liste des lieux d’approvisionnement et codes


Lieux Codes
Liste des lieux d’approvisionnement et codes Sur son lieu de vente 1
Fréquences codes Autre (s) marché (s) de la ville 2
Chaque jour 1 Marché péri-urbain
1 fois/semaine 2 Localités rurales proches 3
Selon l’évolution du marché 3 Bordures des grands axes routiers 4
Autre : ________________________
4 Champ personnel (dans la ville) 5
______________________________
Champ personnel (au village) 6
376

Autre________________________ 7
14- Auprès de qui vous approvisionnez-vous ?
Grossiste
Semi-grossiste
Producteur
Démarcheur
Autre : ____________________________
15- Quelle est la nature des relations qui existent avec votre fournisseur ?
Achat à crédit
Prix préférentiels
Membre de famille ou de communauté
Autres affinités (amitié, religion)
Autre : ____________________________
16- Depuis combien d’années vous approvisionnez-vous auprès du (des) même (s) fournisseur (s) ? ______
- (Si la durée est inférieure à celle de l’ancienneté de l’enquêté dans le commerce vivrier), pourquoi avoir
changé de fournisseur ? _______________________________________________________________________
17- Trouvez-vous sur le marché les mêmes produits tout au long de l’année ?
Oui Non
- Si non dire pour chaque produit vendu les périodes d’abondance et de rareté (rupture)
Période de rareté
Période d’abondance
Produits (rupture)
De (mois) A (mois) De (mois) A (mois)
Mil/sorgho
Céréales Riz (production locale)
Riz (importation)
Maïs
Manioc (production nord Cameroun)
Manioc (production sud Cameroun)
Patate
Racines/ Pomme de terre
tubercules Igname
Macabo
Banane douce
Banane plantain
Arachide
Niébé/haricot
Légumineuses
Tomate
/légumes
Autres légumes fruits/racines
Divers légumes feuilles

18- Quelle quantité de vivre achetez-vous pour chaque approvisionnement ? V22


Quantité
Quantité par
Produits moyenne par
semaine (kg)
mois (kg)
Mil/sorgho
Riz (production locale)
Céréales
Riz (importation)
Maïs
Manioc (production nord Cameroun)
Manioc (production sud Cameroun)
Racines/ Patate
tubercules Pomme de terre
Igname
Macabo
377

Banane douce
Banane plantain
Arachide
Niébé/haricot
Légumineuses
Tomate
/légumes
Autres légumes fruits/racines
Divers légumes feuilles
19- Quelle est l’unité de mesure utilisée lors de la vente selon le produit vendu ? V23
Unité de Poids
mesure (ex : (kg)
Produits Raison (s) du choix
tas, tasse,
seau, boîte…)
Mil/sorgho
Riz (production locale)
Céréales
Riz (importation)
Maïs
Manioc (production nord Cameroun)
Manioc (production sud Cameroun)
Patate
Racines/ Pomme de terre
tubercules Igname
Macabo
Banane douce
Banane plantain
Arachide
Niébé/haricot
Légumineuses
Tomate
/légumes
Autres légumes fruits/racines
Divers légumes feuilles

19- Que faites-vous pendant les périodes de rareté (rupture) d’un produit ? ______________________________
__________________________________________________________________________________________
20- Formulez-vous des exigences de qualité lors de l’achat des produits aux fournisseurs ?
Oui Non
- Si oui sur quels critères portent ces exigences ?
Traçabilité (origine) du produit
Grosseur du produit
Couleur du produit
Autre : ________________________________________

21- Qui sont vos clients ?


a)
b)
c)
22- Existe-t-il une relation particulière avec vos clients ?
Oui Non
- Si oui quelle est la nature de cette relation ? _____________________________________________________
22- Qui fixe les prix des produits proposés à votre clientèle ?
Vous-même
Ministère du commerce
Fournisseurs
Autre : ____________________________
378

a) - Si ministère du commerce, êtes-vous associé à la fixation des prix ?


Oui Non
- Dans ce cas quelle appréciation faites-vous de l’intervention de l’Etat dans le commerce vivrier ?
__________________________________________________________________________________________
__________________________________________________________________________________________
__________________________________________________________________________________________
- Souhaiteriez-vous qu’il intervienne davantage ? Oui Non V30
- Si oui dans quel (s) domaine (s) ? ______________________________________________________________
b) – Si Vous-même, quels sont les facteurs qui déterminent la fixation des prix ? V31
Le prix d’achat du produit au (x) fournisseur (s)
La disponibilité du produit sur le marché
Les coûts de transport
Le droit de place sur le marché
Les frais de magasins
L’impôt libératoire
Autres taxes fiscales : _________________________________________________
Le seuil de bénéfice fixé pour chaque produit
Autres facteurs : _____________________________________________________

III – Détermination du pouvoir financier de l’acteur


23- Origine du capital de départ
Crédit bancaire
Emprunt dans une tontine
Fonds propre
Subvention (préciser l'organisme)
Fond de l'employeur
Autre : ____________________________
24- Quel était le montant de ce capital ? __________________________________
25- Ce montant a-t-il évolué ?
En hausse
En baisse
Stagnant

IV – Participation du commerçant à la gouvernance urbaine


23- Etes-vous membre d’une association/organisation ? Oui Non
- Si oui dans quel domaine intervient cette association/organisation ? ___________________________________
- Où est-elle basée ? _________________________________________________________________________
- A-t-elle une contribution directe dans l’évolution de votre activité ?
Oui Non
- Si oui quelle est la nature de cette contribution ? __________________________________________________
21- Existe-t-il des relations entre vous et certains services publics ?
Oui Non
- Si oui quels sont ces services ?
Services des finances
Services sanitaires
Services du ministère du commerce
Chambre de commerce
Chambre d’agriculture
Services municipaux
ONG/Projets de développement urbain
Autre (s) service (s)
379

- Dire pour les services concernés quelle est la nature des relations qui existent entre vous
Services Nature des relations
Services des finances
Services sanitaires
Services du ministère du commerce
Chambre de commerce
Services municipaux
Chambre d’agriculture
ONG/Projets de développement urbain
Autre (s) service (s)
22- Etes-vous confrontés à des difficultés particulières dans votre activité ?
Oui Non
- Si oui citer par ordre d’importance
a) ________________________________________________________________________________________
b ________________________________________________________________________________________
c ________________________________________________________________________________________
23- Quelles solutions adoptez-vous face à chacune de ces difficultés ?
a) ________________________________________________________________________________________
b ________________________________________________________________________________________
c ________________________________________________________________________________________
23- Quelle (s) suggestion (s) formulez-vous pour une amélioration de vos conditions de travail ?
a) ________________________________________________________________________________________
b ________________________________________________________________________________________
c ________________________________________________________________________________________
24- Avez-vous connu la MIDEVIV ? Oui Non
380

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Faculté des Arts, Lettres et Sciences Faculty of Arts, Letters and Social
Humaines Sciences
DEPARTEMENT DE GEOGRAPHIE DEPARTMENT OF GEOGRAPHY
B.P 454 Ngaoundéré P.O. box 454 Ngaoundéré

Questionnaire grossiste

Fiche n° : ____________

Réservé à l’enquêteur

Nom de l’enquêteur : ___________________________________________________


Date de l’enquête : ________________________
Ville : __________________________________
Type de marché : Officiel Quartier Périurbain (périphérique)
NB : Toutes les « Non réponse » seront codifiées par le chiffre « 0 ».

I – Caractérisation socio-démographique de l’enquêté


1- Sexe de l’enquêté
Masc Fém
2- Tranche d'âge
(Demander - en cas de non réponse, estimer - Cocher la case correspondante)
25 - 30 ans 31 - 40 ans > 41 ans
3- Statut matrimonial
(Cocher la case correspondant) 4- Religion
Célibataire Musulman
Marié (e) Chrétien
Veuf (ve) Autre_____________
Divorcé
Non réponse
4- Nombre de personnes à charge : _____________________________________
5- Niveau d'étude
(Cocher une seule case)
Etudes coraniques Enseignement secondaire V6
Cycle primaire Enseignement supérieur
Non réponse
6.a- Province d’origine : ____________________________________________
6.b- Département d’origine : _________________________________________
6.c- Si étranger, pays : __________________________________
7.a- Statut de l’enquêté dans l’activité : Employeur Indépendant Employé
7.b-(Si indépendant) Activité principale : ______________________________
- Raison (s) du choix de cette activité : ___________________________________________________________
__________________________________________________________________________________________
7.b- Autre (s) activité (s) : __________________________________________________________
8- Localité de résidence permanente : _____________________________
- (Si différent de Garoua), avez-vous une résidence secondaire à Garoua ? Oui Non
9- Nombre d’années d’approvisionnement de ce marché : _____________________________________
381

10- Autre (s) marché approvisionné dans la ville ? ____________________________________

II – Financement, organisation et fonctionnement des activités


11- Origine du capital de départ
Crédit bancaire
Emprunt dans une tontine
Fonds propre
Subvention (préciser l'organisme)
Fond de l'employeur
Autre : ____________________________
- Si emprunt avez-vous déjà remboursé la somme empruntée ?
(Oui) en totalité (Oui) en partie Non
- Si non pour quelle (s) raison (s) ? ______________________________________________________________
__________________________________________________________________________________________
12- Montant de ce capital ? __________________________________
13- Ce capital a-t-il évolué ?
En hausse
En baisse
Stagnant
14- Sur quel (s) produit (s) porte (nt) votre commerce ?
Cocher la (les) case (s) correspondante (s)
Mil/sorgho
Riz (production locale)
Céréales
Riz (importation)
Maïs
Manioc (production locale)
Manioc (production du sud Cameroun)
Patate
Pomme de terre
Racines/tubercules
Igname
Macabo
Banane douce
Banane plantain
Arachide
Niébé/haricot
Légumineuses/
Tomate
légumes
Autres légumes fruits/racines
Divers légumes feuilles/condiments
15- Qu’est-ce qui détermine le choix de ces produits ? ______________________________________________
__________________________________________________________________________________________
__________________________________________________________________________________________
16- Avez-vous toujours vendu le (s) même (s) produit (s) ?
Oui Non
- Si non sur quel (s) produit (s) portait votre commerce ?_________________________________________
__________________________________________________________________________________________
- Depuis quand s’est opéré le changement (mois et année) ? __________________________
- Qu’est-ce qui justifie ce changement ? __________________________________________________________
382

III – Acquisition, transport et distribution des produits


17- Auprès de qui vous approvisionnez-vous ?
Producteur
Grossiste en zone rurale
Autre grossiste à Garoua
Collecteur/Démarcheur en zone rurale
Autre : ____________________________
18- Quelle est la nature des relations qui existent avec cette (ces) personne (s) ?
Aucune relation particulière
Achat à crédit
Achat au comptant
Préfinancement de la production
Remises
Avance en situation particulière (rentrée scolaire, maladies, cérémonies diverses…)
Autres affinités (amitié, religion)
Autre : ____________________________
19- Depuis combien d’années vous approvisionnez-vous auprès du (des) même (s) personne (s) ? ______
20- Où achetez-vous vos produits ?
Période de
disponibilité
Lieu d’acquisition
Produits pendant l’année
(nom de la ou des localités)
De A
(mois) (mois)
Mil/sorgho
Riz (production locale)
Riz (importation)
Maïs
Manioc (production locale)
Manioc (production du sud Cameroun)
Patate
Pomme de terre
Igname
Macabo
Banane douce
Banane plantain
Arachide
Niébé/haricot
Tomate
Autres légumes fruits/racines
Divers légumes feuilles
21- Que faites-vous pendant les périodes de rareté/rupture ? __________________________________________
__________________________________________________________________________________________
__________________________________________________________________________________________
383

18- Quelle quantité de vivres achetez-vous pour chaque approvisionnement ?


Nombre de
Quantité par
Produits voyage par
voyage (tonnes)
mois
Mil/sorgho
Riz (production locale)
Riz (importation)
Maïs
Manioc (production nord Cameroun)
Manioc (production sud Cameroun)
Patate
Pomme de terre
Igname
Macabo
Banane douce
Banane plantain
Arachide
Niébé/haricot
Tomate
Autres légumes fruits/racines
Divers légumes feuilles
19- Transport des produits
Coût de transport
Moyen de transport
par voyage (Fcfa)
Camion/camionnette (personnel)
Camion (location)
Pick-up/camionnette (location)
Car transport public
Autre véhicule personnel
Train+camion
Autre : _________________________
- Si location, modalité de location
Par colis (carton, cageot, panier…)
Selon le poids quelque soit le produit
Selon la nature du produit (périssabilité)
Selon la distance
Autre : ________________________________________
- Si location, mode de paiement transport
Lors du chargement
A l’arrivée
Avance au départ
Autre : ________________________________________

Si location existe-t-il une relation de confiance entre le transporteur et vous ? V31


Aucune relation particulière
Contrat écrit
Contrat verbal
Confiance
Autre : ________________________________________
384

20- Quels sont les éléments qui structurent le prix final des produits proposés à votre clientèle ?
Coût du produit
Taxe municipalité
Taxe autorité traditionnelle
Transport
Stockage
Contrôle routier (police, gendarmerie)
Contrôle sanitaire
Impôt libératoire
Salaire du personnel
Droit de place à Garoua/Maroua
Logement à Garoua/Maroua (pour les grossistes non résidents)
Autres : _______________________________________
21- Qui sont vos clients à Garoua et Maroua ?
Détaillants urbains
Ménages
Transformateurs
Autres grossistes
Office céréalier
Autre : ________________________________________
22- Quelle est la nature des relations qui existent avec votre clientèle ?
Aucune relation particulière
Achat à crédit
Achat au comptant
Avance donnée par les clients
Avance en situation particulière (rentrée scolaire, maladies, cérémonies diverses…)
Affinités diverses (famille, amitié, religion)
Autre : ____________________________________________________________
23- Quelle est la durée moyenne de vente d’un chargement (en nombre de jours) ? _____________
24- Combien de villes du Nord-Cameroun approvisionnez-vous ? ___________________ (Préciser ci-dessous)
Ngaoundéré
Garoua
Maroua
Kousseri
Autre : ________________________________________
25- Qui fixe les prix des produits proposés à votre clientèle ?
Vous-même
Ministère du commerce
Fournisseurs
Autre : ____________________________
- Si ministère du commerce, êtes-vous associé à la fixation des prix ?
Oui Non
- Dans ce cas quelle appréciation faites-vous de l’intervention de l’Etat dans le commerce vivrier ?
__________________________________________________________________________________________
__________________________________________________________________________________________
__________________________________________________________________________________________
- Souhaiteriez-vous qu’il intervienne davantage ? Oui Non
- Si oui dans quel (s) domaine (s) ? ______________________________________________________________
__________________________________________________________________________________________
385

IV – Participation de l’acteur à la gouvernance urbaine


26- Etes-vous membre d’une association/organisation ? Oui Non
- Si oui dans quel domaine intervient cette association/organisation ? ___________________________________
- Où est-elle basée ? _________________________________________________________________________
- A-t-elle une contribution directe dans l’évolution de votre activité ?
Oui Non
- Si oui quelle est la nature de cette contribution ? __________________________________________________
__________________________________________________________________________________________
27- Existe-t-il des relations entre vous et certains services publics ?
Oui Non
- Si oui quels sont ces services ?
Services des finances
Services sanitaires
Services du ministère du commerce
Chambre de commerce
Chambre d’agriculture
Services National d’Alerte Rapide (délégation agriculture)
Services municipaux
Autre (s) service (s)
- Dire pour les services concernés quelle est la nature des relations qui existent entre vous
Services Nature des relations
Services des finances
Services sanitaires
Services du ministère du commerce
Chambre de commerce
Chambre d’agriculture
Services municipaux
Services National d’Alerte Rapide
(délégation agriculture)
Autre (s) service (s)
28- Etes-vous confrontés à des difficultés particulières dans votre activité ?
Oui Non
- Si oui citer par ordre d’importance
a) ________________________________________________________________________________________
b ________________________________________________________________________________________
23- Quelles solutions adoptez-vous face à chacune de ces difficultés ?
a) ________________________________________________________________________________________
b ________________________________________________________________________________________
c ________________________________________________________________________________________
23- Quelle (s) suggestion (s) formulez-vous pour une amélioration de vos conditions de travail ?
a) ________________________________________________________________________________________
b ________________________________________________________________________________________
29- Avez-vous connu la MIDEVIV ?
Oui Non
- Si oui a-t-elle contribué d’une manière ou d’une autre à orienter votre choix dans le commerce de gros ?
Oui Non
386

UNIVERSITÉ DE NGAOUNDERE UNIVERSITY OF NGAOUNDERE


Faculté des Arts, Lettres et Sciences Faculty of Arts, Letters and Social
Humaines Sciences
DEPARTEMENT DE GEOGRAPHIE DEPARTMENT OF GEOGRAPHY
B.P 454 Ngaoundéré P.O. box 454 Ngaoundéré

Questionnaire transporteurs

Fiche n°: ____________

Réservé à l'enquêteur

Nom de l'enquêteur : ___________________________________________________


Date de l'enquête : ________________________
Ville : __________________________________
Type de marché : Officiel Quartier Périurbain (périphérique)
NB : Toutes les « Non réponse » seront codifiées par le chiffre « 0 ».
I – Caractérisation socio-démographique de l’enquêté
1- Sexe de l’enquêté
Masc Fém
2- Tranche d'âge du répondant
(Demander - en cas de non réponse, estimer - Cocher la case correspondante)
25 - 30 ans 31 - 40 ans > 41 ans
3- Statut matrimonial
(Cocher la case correspondant) 4- Religion
Célibataire Musulman
Marié (e) Chrétien
Veuf (ve) Autre_____________
Divorcé
Non réponse
4- Nombre de personnes à charge : _____________________________________
5- Niveau d'étude
(Cocher une seule case)
Etudes coraniques Enseignement secondaire
Cycle primaire Enseignement supérieur
Non réponse
6.a- Province d’origine : ____________________________________________
6.b- Département d’origine : _________________________________________
6.c- Si étranger, pays : __________________________________
7.a- Statut de l’enquêté dans l’activité : Employeur Indépendant Employé
7.b-(Si indépendant) Activité principale : ______________________________
- Raison (s) du choix de cette activité : ___________________________________________________________
__________________________________________________________________________________________
7.b- Autre (s) activité (s) : __________________________________________________________
8- Localité de résidence permanente : _____________________________
- (Si différent de Garoua), avez-vous une résidence secondaire à Garoua ? Oui Non
387

II – Exercice de l’activité de transporteur


9- Depuis d’années exercez-vous le métier de transporteur : ____________________________________
10- Avez-vous toujours transporté les produits alimentaires ? ____________________________
Oui Non
- Si non depuis combien d’années le faites-vous ? _____________________________________
11- Qu’est-ce qui vous a motivé à effectuer le transport des produits alimentaires ? _______________________
__________________________________________________________________________________________
12- Transportez-vous occasionnellement ou en permanence ?
En permanence Occasionnellement
- Si occasionnellement quels produits transportez-vous en permanence ? ________________________________
__________________________________________________________________________________________
- Ces produits sont-ils souvent associés aux produits alimentaires ?
Oui Non
13- Avez-vous une préférence pour un type de produits alimentaire ?
Oui Non
- Si oui citer : - - -

III – Caractérisation du mode de transport


14- Quel type de véhicule utilisez-vous pour le transport des produits ?
Capacité
Types de véhicule
(tonnage)
Camion
Camionnette
Pick-up
Car de transport
Autre : ____________________________
15- Avez-vous des relations particulières avec les grossistes dont vous transportez les produits alimentaires ?
Oui Non
- Si oui quelle est la nature de cette relation ?______________________________________________________
__________________________________________________________________________________________
16- Dans combien de villes transportez-vous des produits alimentaires ? ____________ (préciser)
Garoua
Maroua
Kousseri
Autre : ________________________________________
17- Les produits transportez appartiennent-ils au (x) même (s) grossiste (s) ?
Oui Non
18- Quel est le nombre de voyage effectué par mois pour toute destination ? _______________
19- Dans quelle (s) localité (s) chargez-vous le plus de produits ?
__________________________________________________________________________________________
20- Quelles sont les modalités de fixation des prix avec vos partenaires ?
21- Le commerçant effectue-t-il le voyage avec vous ?
Oui Non
- Si oui pour quelle (s) raison (s) ? ______________________________________________________________
- Si non pour quelle (s) raison (s) ? ______________________________________________________________
388

22- Quels sont les frais qui rentrent dans le transport des produits alimentaires du lieu de chargement à
destination ?
Carburant et lubrifiants
Frais de manutention
Péages
Pesage
Taxe municipale
Taxe de l’autorité traditionnelle
Frais de route (police et gendarmerie)
Stationnement lors du déchargement
Douanes
Autre : _________

23- Quels sont les frais à la charge du commerçant ?


Carburant et lubrifiants
Frais de manutention
Péages
Pesage
Taxe municipale
Taxe de l’autorité traditionnelle
Frais de route (police et gendarmerie)
Stationnement lors du déchargement
Douanes
Autre : _________

24- Quels sont les frais à la charge du transporteur ?


Carburant et lubrifiants
Frais de manutention
Péages
Pesage
Taxe municipale
Taxe de l’autorité traditionnelle
Frais de route (police et gendarmerie)
Stationnement lors du déchargement
Douanes
Autre : _________

25- Etes-vous confrontés à des difficultés particulières dans votre activité ? V43
Oui Non
- Si oui citer par ordre d’importance
a) ________________________________________________________________________________________
b ________________________________________________________________________________________
c ________________________________________________________________________________________
d ________________________________________________________________________________________
26- Quelles solutions adoptez-vous face à chacune de ces difficultés ?
a) ________________________________________________________________________________________
b ________________________________________________________________________________________
27- Quelle (s) suggestion (s) formulez-vous pour une amélioration de vos conditions de travail ?
a) ________________________________________________________________________________________
b ________________________________________________________________________________________
389

Annexes C : Relevés comparatifs des prix moyens des principales denrées alimentaires de l’Extrême-Nord (2003-2008)
Extrait de : Relevés comparatifs des prix moyens des principales denrées alimentaires de l'Extrême-Nord (2003-2008)

1-Prix du Sorgho Sp: Sac de 100 kg.


Département Marchés Année Janvier Février Mars Avril Mai Juin Juillet Août Sept. Octobr Novem Décem
2008 9 000 9 000 10 000 12 000 14 000 17 000 17 000 20 000 20 000
2007 8 000 8 000 9 000 7 000 7 000 7 000 7 000 6 000 6 000 6 000 8 000 9 000
2006 10 000 12 000 13 000 14 000 15 000 16 500 18000 14000 13000 9000 8000 7000
Diamaré Maroua
2005 12 000 13 000 15 000 17 000 19 000 20 000 23000 20000 10000 7500 8000 10000
2004 6 500 6 500 7 000 7 000 7 500 8 000 8 000 9 000 7 500 7 500 7 500 7 500
2003 11 500 10 500 11 000 12 000 11 000 10 000 8 500 7 500 5 000 7 500 7 500 7 500
Logone et Chari Kousseri 2008 8000 8000 8 000 12 000 13 450 15 000 14 320 15 000

2-Prix du Sorgho Ss: Sac de 100 kg.


Département Marchés Janvier Février Mars Avril Mai Juin Juillet Août Sept. Octobr Novem Décem
2008 13 000 13 000 15 000 14 000 16 500 18 000 22 000 22 000 22 000
2007 14 000 12 000 11 500 11 000 11 000 11 000 11 000 10 000 10 000 10 000 12 500 13 000
2006 18 000 14 000 14 000 15 000 16 000 16 500 18 000 13 500 14 000 14 000 15 000 13 000
Diamaré Maroua
2005 13 500 15 000 16 000 17 000 20 000 22 000 25000 25000 25000 25000 20000 20000
2004 7 000 7 500 8 000 8 000 9 000 10 000 10 000 11 000 10 000 11 000 12 000 13 000
2003 16 000 16 000 15 000 15 000 14 000 13 000 11 500 10 000 9 000 10 000 10 000 10 000

3-Prix du maïs: Sac de 100 kg.


Départements Marché Janvier Février Mars Avril Mai Juin Juillet Août Sept. Octobre Novem Décem
2008 13 000 15 000 16 000 16 500 17 500 19 000 22 000 22 000 23 000
2007 12 500 12 500 12 500 12 500 11 000 11 000 11 000 11 500 11 500 11 500 12 500 13 000
Diamaré Maroua 2006 15 000 16 000 16 000 17 000 18 000 18 000 17000 16000 14000 11000 10000 10000
2005 14 000 15 000 16 000 17 000 19 000 22 000 25000 14000 14000 12500 14000 14500
2004 10 000 10 000 10 000 11 000 10 000 10 000 10 500 11 000 10 000 10 000 11 000 12 000
2003 14 000 14 000 14 500 14 000 14 000 13 500 11 500 9 500 9 000 8 000 8 000 8 000

Source : Extrait de MINADER/DESA/Cellule des Informations et de l'Alerte Rapide (2009). Relevés comparatifs des prix moyens des principales denrées alimentaires de
l'Extrême-nord pendant les six dernières années.
390

Annexes D : Statistiques d’achats et de ventes de l’Office céréalier (1999-


2010)
391
392
393

Annexes E : Conditions d’inscription au fichier national des importateurs


du Cameroun
394
395

Annexes F : Evolutions des importations céréalières du Cameroun en tonnes


(1961-2006)

Années Riz Blé Maïs Sorgho Total


1961 8205 17196 0 0 25401
1966 3404 22431 837 0 26672
1971 31879 63683 0 0 95562
1976 7006 58881 1983 0 67870
1981 11039 80842 3955 3105 98941
1986 57881 99826 14239 0 171946
1991 50082 153354 20794 10500 234730
1996 26700 47497 0 0 74197
2001 249828 290571 24048 0 564447
2006 436125 369279 15980 0 821384
Source : FAOSTAT (février 2011)
396

Annexe G : Principaux Projets/Programmes du portefeuille du MINADER dans le sous-secteur des cultures vivrières
(décembre 2009)
Principaux
Projets/ Année de Zone Durée
N° Dénomination Bailleurs/ Domaines d’intervention
Programmes création d’intervention d’exécution
Promoteurs
-Encadrement paysan
Programme National de
Banque -Renforcement des capacités
01 PNVRA Vulgarisation et de Nationale
Mondiale/Etat -Appui à la structuration des
Recherche Agricole
producteurs/professionnalisation
Fonds d’Investissement de
Microréalisations Banque
02 FIMAC -Financement de la production (Volet micro crédit) Nationale
Agricoles et Mondiale
Communautaire
-Accroitre les productions végétales, pastorales et
halieutiques par l’introduction de variétés (races)
améliorées adaptées et approvisionnement en intrants
-sécuriser les productions grâce à la maîtrise de l’eau,
à la gestion de la fertilité des sols, à la protection de
l’environnement et à la conservation des ressources
naturelles
-Améliorer le revenu monétaire des producteurs,
surtout ceux des femmes et des jeunes
Projet d’Appui au
-Améliorer les systèmes de stockages des céréales au
Programme Spécial de
niveau des villages en général et en particulier dans les -Centre
03 PA-PSSA Sécurité Alimentaire 2002 FAO/Etat 2002-2007
zones à risque -Adamaoua
-Améliorer la commercialisation et la transformation
(phase pilote)
des productions d’origine végétale, animale et
halieutique
-Contribuer à l’amélioration de l’état nutritionnel de la
population
-Mettre en place et renforcer le dispositif de suivi,
d’alerte et de réaction rapide aux crises alimentaires
dabs les régions à risque
-Renforcer les capacités des producteurs et de leurs
structures d’appui
397

-Accroitre les productions végétales, pastorales et


halieutiques par l’introduction de variétés (races)
améliorées adaptées et approvisionnement en intrants
-sécuriser les productions grâce à la maîtrise de l’eau,
à la gestion de la fertilité des sols, à la protection de
l’environnement et à la conservation des ressources
naturelles
-Améliorer le revenu monétaire des producteurs,
surtout ceux des femmes et des jeunes
Programme National de -Améliorer les systèmes de stockages des céréales au
Sécurité Alimentaire niveau des villages en général et en particulier dans les
04 PNSA 2008 FAO/Etat Nationale 2008-2016
(phase d’extension du PA- zones à risque
PSSA) -Améliorer la commercialisation et la transformation
des productions d’origine végétale, animale et
halieutique
-Contribuer à l’amélioration de l’état nutritionnel de la
population
-Mettre en place et renforcer le dispositif de suivi,
d’alerte et de réaction rapide aux crises alimentaires
dans les régions à risque
-Renforcer les capacités des producteurs et de leurs
structures d’appui
-Appui à la mise en place de la filière semencière
Programme -Infrastructures rurales (magasins stockage, pistes
d’Amélioration du Revenu rurales) Régions
05 PARFAR Familial Rural dans les 2001 BAD/Etat -Renforcement des capacités des opérateurs Septentrionales 2002-2009
régions septentrionales du économiques (prioritairement féminins) 51 % de femmes
Cameroun -Financement de la production semencière (Volet
micro crédit)
-Renforcer les capacités des producteurs de R&T
Programme National de notamment les groupes de femmes, à planifier et gérer
Zones de
Développement des rentablement le développement du secteur de manière
06 PNDRT 2004 FIDA/Etat production des 2004-2012
Racines et Tubercules intégrée, inclusive et durable
R&T
(R&T) -Améliorer l’accès des organisations de producteurs
aux circuits locaux, nationaux et sous-régionaux de
398

commercialisation des R&T, tant en frais que sous


forme de produits transformés
-Améliorer durablement l’accès des transformateurs à
des technologies appropriées de post récolte et de
transformation, tenant compte des spécificités des
femmes et répondant à la demande quantitative et
qualitative des consommateurs
-Contribuer à l’intensification durable de la production
des R&T par l’utilisation de technologies améliorées,
adoptées à grand échelle par les agriculteurs pauvres et
en particulier les femmes
-Appui à l’insertion professionnelle des jeunes
agriculteurs
Programme d’Installation
-Appui à l’intensification de la production
des Jeunes Agriculteurs
-Renforcement des capacités
07 PAIJA (Wassandé dans 2006 Etat nd
-Appui à la commercialisation
l’Adamaoua et Lobesse
-Développement infrastructures rurales (digues)
dans le Sud)
-Appui à la mécanisation de la production (achat des
tracteurs)
Programme National Etat -Financement (Subventions) des producteurs de maïs
08 PNAFM 2006
d’Appui à la Filière Maïs (Fonds PPTE) (GIC/Unions de GIC)
-Introduction/Vulgarisation des semences (maïs,
manioc, pomme de terre) -Adamaoua
09 FFPA Foods For Progress Act IITA
-Appui à la professionnalisation des producteurs -Est
-Financement de la production (Volet micro crédit)
Programme de
-Appui à l’augmentation des superficies cultivées
10 PDEA Développement des
-Appui à l’amélioration de la productivité
Exploitations Agricoles
Programme de
Développement de la
11 PDCPA
Compétitivité des Produits
Agricoles
-Appui à la professionnalisation des Producteurs de
maïs Provinces
Programme National Etat -Financement de la production (subventions) -Centre
12 PNAFM
d’Appui à la Filière Maïs (Fonds PPTE) -Distribution des semences -Littoral
-Renforcement de capacité des multiplicateurs de -Ouest
semences et des producteurs de maïs
399

-Distribution des plants aux producteurs


Programme de Relance de Etat -Distribution des engrais aux producteurs
13 PRFP
la Filière Plantain (Fonds PPTE) -Renforcement des capacités et mise en place d’un
réseau de pépiniéristes professionnels
-Renforcement des capacités des producteurs de
Projet de Développement Etat
14 PDFC champignon
de la Filière Champignon (Fonds PPTE)
-Distribution des équipements (bocaux de blancs)
-Centre
Programme de -Appui au développement des exploitations agricoles
Etat -Littoral
15 PREBAP Revalorisation de la de bananier plantain
(Fonds PPTE) -Ouest
Banane Plantain -Appui à la transformation locale de la banane plantain
-Sud
Programme de
Développement des -Renforcement de l’efficacité des OP dans leurs
16 PDOPA Nationale
Organisations fonctions économiques et de représentation
Professionnelles Agricoles
Programme National de
-Contribuer à l’amélioration de l’efficacité
17 PNVCA Vulgarisation et de Conseil
opérationnelle du dispositif d’appui conseil agricole
Agricole
-Appui à la valorisation des bas-fonds
Programme National de -Renforcement des capacités des producteurs
Etat
18 PNVBF Valorisation des Bas- 2003 (maraîchers) Nationale
(Fonds PPTE)
Fonds -Appui en équipements (distribution des motopompes)
-Financement de la production (volet micro crédit)
-Appui à la production du paddy
Projet de Relance de la
Etat -Appui au stockage de la production
19 PRRVL Riziculture dans la Vallée -Extrême-Nord
(Fonds PPTE) -Financement de la production (volet micro crédit)
du Logone
-Renforcement des capacités des producteurs rizicoles
-Améliorer la maîtrise technique des productions, de la
gestion économique et de l’accès à l’innovation des Phase I :
Programme
Exploitations Familiales Agropastorales (EFA) -Nord
d’Amélioration de la Coopération
-Renforcer les capacités de production et valoriser les -Adamaoua
20 ACEFA Compétitivité des 2008 avec la France 2008-2011
produits des EFA (financement des projets -Sud
Exploitations Familiales (C2D)
productifs…) -Sud-Ouest
Agropastorales
-Améliorer les services rendus par les Organisation -Ouest
Professionnelles Agricoles (OPA)
400

-Assurer la formation/recyclage des producteurs, la


Programme de Rénovation formation post primaire des jeunes qui envisagent de
et de Développement de la s’installer en agriculture, et des techniciens du
Coopération Nationale
Formation Professionnelle développement agricoles et rural chargés d’appuyer
21 PRDFPSAE avec la France (zones nd
dans les Secteurs de les producteurs et les communautés
(C2D) dépourvues)
l’Agriculture et de -Financement de la rénovation/construction des
l’Elevage centres et écoles de formations pour producteurs et
jeunes envisageant s’installer
-Form competent and effective organizations to
sustainably manage community-based projects ;
Rumpi area participatory -Increase the production and the productivity of the -South West -
22 RUMPI 2004 BAD/Etat 2004-2010
development project project area small holders; North West
-Improve access to markets for the project area small
holders.
-Increasing by 20%, the income of small rural farmers
Grassfield Participatory in the North west region through increasing
GP-
23 and Decentralised Rural 2005 BAD/Etat agricultural output ; -North West 2005-2011
DERUDEP
developement Projet -Improving the socio-economic environment of the
rural farming population.
-Elaboration des PDL (Plans de Développement
Locaux) des communautés
-Appuie des villages pour la mise en place des CDV
Projet d’Appui au
PADC (Comité de Développement Villageois)
24 Développement 2003 FIDA/Etat Nationale nd
(PNDP)* -Mise à disposition des CDV des fonds de
Communautaire
développement locaux (FDL) pour contribuer à la
mise en œuvre du PDL
-Financement de la production (volet micro crédit)
-Construction de 31 magasins de stockage équipés
-Acquisition et stockage de céréales (Sorgho, maïs,
-Extrême-Nord
Projet de stockage etc…)
25 PSC 2000 BID/Etat -Nord 2000-2006
céréalier -Réhabilitation des routes rurales
-Adamaoua
-Lutte antiacridienne, aviaire et traitement des stocks
-Promotion du stockage villageois communautaire
401

-Améliorer durablement la production agricole et les


Projet de développement
revenus des ménages Département du
26 PDRM Rural de la Région du 2006 BIRD/Etat nd
-Améliorer la sécurité alimentaire des ménages Noun
Mont Mbappit
-Assurer une gestion durable des ressources naturelles
Création des brigades villageoises d’interventions
phytosanitaires dans les zones à risque
-renforcement des capacités des brigades villageoises
Projet de Lutte Contre les Etat d’interventions phytosanitaires Zones de
27 PLGFV 2003 nd
Grands Fléaux des Vivriers (Fonds PPTE) -dotation des brigades en appareils de traitement et production
produits phytosanitaires (pesticides)
-appui à l’UTAVA (unité de traitement agricole par
voie aérienne)
-Etudes de faisabilité et mise en place des Caisses
Villageoises d’Epargne et de Crédit (CVECA) et
réseaux de CVECA
- Organisation et structuration des CVECA et réseaux
de CVECA
- Renforcement des capacités des acteurs villageois
(élus et techniciens des caisses affiliées des réseaux)
- Création et renforcement des organes faîtiers des
Projet Crédit Rural Etat réseaux, des services d’appui techniques (SAT)
28 PCRD Nationale
Décentralisé (Fonds PPTE) régionaux
-Définition des produits financiers adaptés au contexte
-Elaboration des PDL , de manuels de procédures
opérationnelles, comptables, financières,
administratives et de contrôle interne des deux organes
faîtiers
-Suivi, surveillance, contrôle et appui à la
reconnaissance juridique des CVECA, SAT et organes
faîtiers
Zones
Projet d’Appui aux -Faciliter par les moyens appropriés, l’accès des
Etat d’implantation
29 PAEMFD Etablissements de Micro 2006 populations rurales pauvres et des femmes aux 2006-2011
(Fonds PPTE) des MC2 et
Finance de Développement services financiers appropriés
MUFFA
402

-Développement des productions


-Promotion du développement local et communautaire
30 KR2 Projet Kennedy Round2 1990 Japon Nationale nd
[Appui d’accompagnement ( intrants : engrais,
pesticides, machines agricoles) et financier]
Projet de Relance de la -Relancer la production, la transformation et la Zones de
31 PRFPT Etat
Filière Pomme de Terre commercialisation de la pomme de terre productions
-Assurer une efficacité maximale dans le système
d’importation et de distribution des engrais
-S’assurer que l’offre correspond à la demande du
point de vue qualité, types d’engrais, lieux et délais de
Programme de Réforme du livraison
32 PRSSE 1987 USAID/USA Nationale nd
Sous-Secteur Engrais -Promouvoir une utilisation efficace et accrue des
engrais
-Mettre en place des dispositions institutionnelles qui
encouragent la pérennité et l’efficacité du Sous-secteur
Engrais
-Amélioration de la circulation des biens et des
personnes
-Amélioration des conditions d’accès des populations
aux services sociaux de base (construction salles de
classe, centre de santé, hangars de marché, magasins Départements
Programme de
de stockage, points d’eaux …) du Moungo, du
Développement Rural du Union
33 PDRBA-MN 2006 -Renforcement des capacités de production et Nkam, du Haut- 2006-2009
Bassin Agricole du Européenne
d’organisation (Structuration) des producteurs Nkam et de la
Moungo-Nkam
agricoles de la zone d’intervention (mise en place de Ménoua
pépinières café cacao)
-Renforcement des capacités de la maîtrise d’Ouvrage
et de gestion des bénéficiaires (financement 36
microprojets de OP)
Sources :- MINEPAT (2009). Rapport de mise en œuvre de la stratégie de développement du secteur rural exercice 2008, 147 p.
- MINADER (2009). Répertoire des projets et programmes du Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural, 2 ème Edition, 76 p
- Exploitation des Aides Mémoires des projets et programmes.
403

Index des auteurs

A.N.M., 12 Cecile, 216


Abba, 270 CEDC, PRRVL/MINADER, 112
Abdoul Aziz, 282, 283, 320 Cerdan, 18, 68
Abdoulaye Seck, 10, 163 Chaléard, 3, 20, 21, 31, 39, 95, 96, 99, 100,
Abercrombie, 96 193, 206, 234
Abouya, 89 Champaud, 96, 171
Abraao, 18, 42, 48, 68, 140, 152, 153, 162 Chataignier, 20
Abrami, 273 Chiffoleau, 124
Abrott, 97 Christaller, 99
Achancho, 283 CILSS/AGRHYMET, 81
Ahouanou, 74 Contamin, 3, 26, 199
Alawadi, 94, 171 Coulibaly, 12, 13
Anonyme, 75, 201, 276 Courade, 3, 11, 152, 166
Aragrande, 20, 32, 36 Couty, 96, 97, 101, 104, 152, 168
Arditi, 3, 101, 206, 277 Cruz, 290, 291
Argenti, 24, 132, 212 Dany, 32
Artidi, 288 Desobgo, 18
BAD, 106 Diawara, 42, 140, 142, 148, 162
Banque Mondiale, 10 Diocèse de Garoua, 240
Barbier, 29, 281, 285 Diocèses de Garoua, 278, 279
Barnaud, 273, 311 Djamen, 279, 300
Barrault, 270 Djomdi, 18
Bassoro, 42, 167, 168, 171, 173 Djoulde, 74
Bazile, 273 Djouldé, 74
Beauvilain, 5, 79, 85, 267 Dongmo, 20, 29, 170, 289, 300, 310
Berry, 96 Dorin, 15
Bierschenk, 324 DSCN, 7, 141, 142
Bikoi, 26 Dubresson, 193
Bikoï, 3, 168 Dufumier, 15
Blundo, 324 Dugué, 309
Bohoum Bouabré, 3 Dury, 7, 8, 20, 42, 75, 140, 141, 142, 147,
Bohoun Bouabré, 199 162, 180
Boissevain, 324 Duteurtre, 40
Bopda, 22 Elong, 27
Bourou, 300 Endamana, 91
Boutrais, 3, 144, 302 Engola Oyep, 20, 70, 143, 152, 153, 247,
Breman, 286 249, 302
Bremond, 24, 29 Essang, 61
Brenner, 217 Etoa, 74
Bricas, 10, 42, 75, 140, 142, 143, 163 FAO, 1, 2, 9, 64, 97, 162, 212
Briltey, 165 FAO/SMIAR, 143
BUCREP, 5, 6, 33, 165, 199, 254 Fatimatou, 18
CAAAQ, 1 Floret, 310
Calas, 207 Fofiri, 162, 331
Carel, 10 Fok, 315, 316
Cathala, 97, 275 Folefack, 83, 315, 316
404

Fotsing, 271 Leporrier, 19, 20, 39, 42


Fotso, 61 Lesaffre, 8
Foudriat, 300 Lieugomg, 22
Franqueville, 29, 30, 31, 39, 170 Lopez, 41
Fréchou, 100, 101 Lösch, 99
Fusillier, 112 Lothoré, 283
Galtier, 212 Loung, 169
Gautier, 288, 300 M’Biandoun, 287, 288, 300, 309, 310
Geledan, 24, 29 Madi, 274
Gérard, 193 Mainam, 271
Gondolo, 29, 165 Malaa Kenyi, 288
Gossens, 96 Marguerat, 165, 241, 242, 243
Gottmann, 32 Martin, 11
Greenwald, 29 Mathieu, 268, 270, 291, 294, 299
Grégoire, 251 Mbili Oloume, 283
Guibert, 83 Médiébou Chindji, 178
Guillermou, 305, 306, 308, 309 Medou, 97
Habiba, 18, 61 Médou, 109
Hallaire, 97, 100, 101, 104 Mercoiret, 276, 278, 299
Hamasselbé, 61 MINADER, 10, 12, 72, 75, 81, 153, 157,
Hatcheu, 4, 8, 19, 20, 21, 24, 31, 39, 96, 160, 312
166, 204, 209, 229 MINADER/FAO/PAM, 76, 84
Hodder, 96 MINPAT/PNUD, 85
Hoffemann, 216 MINTP/CISOP/SM, 243
Hours, 305 Mohammadou, 42, 167, 168, 171, 173
INS, 12, 43, 153, 170, 175, 178, 180, 184 Mokam, 41
Iyebi-Mandjek, 42, 168, 169, 173, 183 Morris, 32
Iyébi-Mandjek, 168, 268, 269 Moustier, 20, 22, 97, 183
Jamin, 274 Muller, 112
Jeune Afrique, 173 Murua, 286
Kanga, 270 N’Sangou Arouna, 206
Kapseu, 74 Nchoutnji, 183
Khouri-Dagher, 3 Ndamè, 165, 188
Klang, 74 Ndjouenkeu, 18, 74, 331
Koppert, 168 Niel, 79
Kossoumna Liba’a, 12, 94, 97, 98 Njintang, 18
Kouassy, 3 Njomaha, 56, 82, 85, 268, 271, 275, 306,
Kouassy Oussou, 199 309, 310
Kouebou, 41, 69 Ntoukam, 16
Laajimi, 286 Nzodjo, 288
Labazée, 251 Obudho, 96, 101
Labonne, 32 Olina, 300
Laclavère, 169 Olivier, 290
Lançon, 33 Olivier de Sardan, 324
Landy, 15 Ondoa Manga, 276
Layla Hamadou, 18 Ondoua Manga, 284
Le Bris, 96 OPCC, 291
Le Meur, 324 Ossoko, 178
Leader II, 221 Ostrom, 1
Leplaideur, 20, 22 Oth Batoum, 324
405

Oussou, 3 Seiny Boukar, 268, 269


Owona Nguini, 199 Semi, 18
Padilla, 1, 2, 39 Simeu Kamdem, 7, 8, 20, 42, 165, 167,
PAM, 75, 340 173, 201, 242
Pape Diaye, 75 Sissoko, 286
Pasquet, 61 Soumaré, 148
Paulais, 126, 208 Tatsinkou, 74
Petrini, 1 Teme, 286
Plumey, 305 Temple, 8, 16, 20, 27, 33, 39, 76, 168, 193,
Poget, 142 275, 299, 300, 331
Pontanier, 309 Terpend, 32
Porter, 39, 96, 97, 98 Teyssier, 90, 335
PRASAC, 274 Thuillier-Cerdan, 140, 142
Raimond, 89, 152, 168, 269, 273, 311 Tollens, 132, 212
Requier-Desjardins, 42, 140, 153, 154, 172 Tourneux, 62, 152, 168
RGPH-Tchad, 254 Tracey-White, 96, 97, 212
Richard, 10 Truchetto, 163
Roupsard, 7, 29, 85, 165, 170, 241, 324 Varlet, 25
Santoir, 8 Vimard, 28
Saurat, 143 Wakponou, 5
Sauvinet, 142, 143 Wey, 83
Schwartz, 3 Wihelen, 96
Scott, 32 Wilhelm, 126, 132, 206, 208
Seguy, 310 Winter, 152, 168
Seignobos, 42, 62, 87, 88, 91, 97, 157, WMO/GWP, 79, 80, 267
168, 169, 173, 183, 268, 269, 273, 275, Ziegler, 1
289, 303, 324, 335
406

Table des matières

Dédicace ....................................................................................................................... i
Avant-propos et remerciements .................................................................................. ii
Résumé ....................................................................................................................... vi
Abstract ..................................................................................................................... vii
Sommaire .................................................................................................................viii
Table des tableaux...................................................................................................... ix
Table des figures ........................................................................................................ xi
Table des photos ...................................................................................................... xiv
Table des annexes ..................................................................................................... xv
Table des encadrés .................................................................................................... xv
Liste des abréviations ............................................................................................... xvi
Introduction générale ............................................................................................... 1
Contexte de l’étude et position du problème............................................................... 1
Questions de recherche.............................................................................................. 14
Contexte scientifique ................................................................................................. 15
Objectifs de recherche ............................................................................................... 23
Hypothèses de recherche ........................................................................................... 23
Cadre conceptuel et théorique ................................................................................... 24
Délimitation spatiale de la zone d’étude ................................................................... 33
Choix des échelles d’analyse .................................................................................... 36
Cadre opératoire ........................................................................................................ 37
Cadre méthodologique .............................................................................................. 38
Traitement et analyse des données collectées ........................................................... 49
Organisation de la thèse ............................................................................................ 50

Première partie : Caractérisation spatiale et temporelle de l’offre vivrière du


Nord-Cameroun ...................................................................................................... 52
Chapitre 1 : L’offre vivrière locale et ses contraintes ......................................... 54
1.1. Caractérisation spatiale de la production et disponibilités régionales ............... 55
1.1.1. Une spécialisation des zones de production ........................................................... 55
[Link]. Le Nord-Cameroun : un espace céréalier .................................................................... 55
[Link]. Les racines et tubercules.............................................................................................. 59
[Link]. Les légumineuses : cultures spécifiques des zones de savane ..................................... 61
1.1.2. Une production peu transformée pour les marchés urbains ................................... 68
[Link]. La demande en farine de maïs : un marché non satisfait ............................................. 68
[Link]. Le décorticage du paddy : échec d’une sous filière stratégique dans l’alimentation
urbaine ...................................................................................................................................... 70
[Link]. La transformation des tubercules de manioc : un processus artisanal ......................... 72
407

1.2. Les contraintes de l’environnement de production ............................................ 75


1.2.1. Effets du changement climatique sur l’activité agricole au Nord-Cameroun ........ 76
[Link]. Les instruments institutionnels de lutte contre le changement climatique au Cameroun
.................................................................................................................................................. 77
[Link]. Les indicateurs de dégradation des conditions climatiques ......................................... 79
1.2.2. Impact de la dynamique foncière sur les exploitations familiales agricoles .......... 82
[Link]. Le rôle des EFA dans la structuration de l’espace agricole......................................... 83
[Link]. La mobilité humaine comme principale source de tensions foncières ........................ 85
[Link]. La mise en défens des « territoires fragiles » : facteur de réduction des espaces
agricoles ................................................................................................................................... 91

Chapitre 2 : Le cadre spatial des échanges vivriers dans le Nord-Cameroun .. 95


2.1. La géographie des marchés ruraux du Nord-Cameroun .................................... 98
2.1.1. Rappel historique du processus de création des marchés ruraux ........................... 99
[Link]. Un processus de création des marchés influencé par des acteurs externes ............... 101
[Link]. Le cadre réglementaire de gestion des marchés ruraux ............................................. 104
2.1.2. Un réseau de marchés dense mais enclavés ......................................................... 108
[Link]. La cartographie des marchés ruraux .......................................................................... 109
[Link]. Spécialisation et saisonnalité : deux éléments caractéristiques des marchés ruraux . 117
2.2. La distribution alimentaire urbaine : infrastructures et fonctionnement .......... 124
2.2.1. Une distribution déséquilibrée des infrastructures marchandes ........................... 125
2.2.2. Des infrastructures marchandes multifonctionnelles ........................................... 130
Conclusion de la première partie ............................................................................. 136

Deuxième partie : Evolution de la demande alimentaire et fonctionnement des


systèmes d’approvisionnement urbains .............................................................. 138
Chapitre 3 : La demande alimentaire urbaine ................................................... 140
3.1. Caractérisation du modèle alimentaire urbain nord-camerounais.................... 142
3.1.1. Un attachement des ménages au modèle céréalier ............................................... 142
3.1.2. Analyse spatiale de la consommation alimentaire urbaine .................................. 148
[Link]. Une division spatiale de la consommation intra-urbaine tributaire des facteurs sociaux
................................................................................................................................................ 149
[Link]. La régression de l’aire de consommation des céréales locales : crise conjoncturelle ou
recomposition du modèle céréalier urbain ?........................................................................... 152
3.1.3. Essai de quantification de la demande céréalière urbaine ................................... 161
3.2. Les déterminants de la consommation alimentaire urbaine ............................. 162
3.2.1. Impact de la croissance urbaine sur la diversification alimentaire....................... 164
[Link]. Le poids de l’histoire dans la croissance urbaine nord-camerounaise....................... 165
[Link]. Une dynamique démographique et un modèle céréalier polarisés autour de Garoua 168
3.2.2. Les déterminants économiques des choix alimentaires des ménages .................. 173
[Link]. Des ménages dans l’incertitude du futur ................................................................... 175
[Link]. Des fréquences d’approvisionnement tributaires du revenu...................................... 183
[Link]. Les difficultés structurelles de la consommation des céréales .................................. 190
408

Chapitre 4 : Le fonctionnement des filières d’approvisionnement vivrier ..... 195


4.1. Filières céréalières au Nord-Cameroun : les acteurs en présence .................... 196
4.1.1. Etat et secteur privé, rapports concurrentiels ou complémentaires ? Expériences de
la MIDEVIV et de l’Office céréalier.............................................................................. 196
4.1.2. Caractérisation des acteurs privés de l’approvisionnement vivrier au Nord-
Cameroun ....................................................................................................................... 205
4.2. Le fonctionnement des réseaux marchands locaux .......................................... 208
4.2.1. Une dispersion spatiale des circuits céréaliers locaux ......................................... 209
[Link]. La difficile délimitation de la fonction de gros ......................................................... 212
[Link]. Caractérisation socioprofessionnelle des grossistes .................................................. 214
[Link]. La problématique du financement du commerce de gros .......................................... 216
4.2.2. L’acquisition et l’acheminement des produits vers les villes ............................... 220
[Link]. La mobilisation des circuits courts dans les approvisionnements saisonniers de
proximité ................................................................................................................................ 222
[Link]. Circuits longs et stabilité des approvisionnements céréaliers urbains ....................... 230
4.3. Des campagnes vers les villes : les contraintes logistiques à l’acheminement
vivrier ...................................................................................................................... 241
4.3.1. Les infrastructures routières dans le Nord-Cameroun : état des lieux ................. 241
4.3.2. Effets des infrastructures routières sur la structuration logistique du commerce
régional ........................................................................................................................... 245
4.4. Le « lobbyisme » de la filière riz importé ........................................................ 247
4.4.1. Le monopole des « Alhadji » sur les importations de riz ..................................... 250
4.4.2. Essai de quantification des importations nord-camerounaises de riz ................... 252
4.5. La distribution urbaine : un secteur gouverné par des acteurs variés et instables
................................................................................................................................. 255
4.5.1. Le commerce de détail : un refuge pour « laissés-pour-compte » ? ..................... 255
4.5.2. Le financement du commerce vivrier de détail .................................................... 258
Conclusion de la deuxième partie ........................................................................... 261
Troisième partie : Les voies de l’adaptation de l’offre à la demande urbaine 263
Chapitre 5 : L’amélioration de l’environnement institutionnel de la production
................................................................................................................................. 265
5.1. Adaptation des systèmes céréaliers aux évolutions agro-climatiques : rôle de la
recherche agronomique ........................................................................................... 267
5.1.1. Le système de recherche agronomique au Nord-Cameroun : état des lieux ........ 267
[Link]. Les fondements historiques de la recherche agronomique régionale (1964-1996) ... 267
[Link]. L’adaptation de la recherche au contexte socio-économique (1997-2008) ............... 271
5.1.2. L’impact de la vulgarisation des acquis de la recherche sur l’amélioration des
systèmes productifs ........................................................................................................ 276
[Link]. Rôle des sociétés de développement dans la vulgarisation agricole : les leçons à tirer
................................................................................................................................................ 276
409

[Link]. Le « retour difficile » des structures publiques dans la vulgarisation agricole : quelles
attentes ? ................................................................................................................................. 281
[Link]. Les contraintes à l’intensification des systèmes de production ................................. 286
5.2. Contribution du système de stockage à la régulation du marché céréalier
régional .................................................................................................................... 290
5.2.1. Le Stockage paysan entre pratiques individuelles et communautaires ................ 291
[Link]. Le stockage individuel : des structures diversifiées, précaires et multifonctionnelles
................................................................................................................................................ 291
[Link]. Le stockage communautaire : complémentarité ou substitution au stockage
individuel ? ............................................................................................................................. 293

Chapitre 6 : Les déterminants organisationnels de l’ajustement de la production


................................................................................................................................. 299
6.1. Les appuis à l’organisation des filières vivrières régionales ............................ 301
6.1.1. Les acteurs institutionnels exogènes .................................................................... 301
[Link]. Le rôle croissant des institutions supranationales et des partenaires bilatéraux dans la
politique agricole .................................................................................................................... 302
[Link]. Les « nouveaux interlocuteurs privilégiés » du monde paysan ................................. 304
6.1.2. Un exemple du rôle des interventions exogènes dans l’organisation des
approvisionnements en intrants vivriers ......................................................................... 309
[Link]. Une difficile restructuration de la filière semencière nord camerounaise ................. 311
[Link]. Les dysfonctionnements du système d’approvisionnement en produits de synthèse 315
6.1.3. L’approche projet / programmes : nouveau mode opératoire de l’Etat................ 318
6.2. L’impact des stratégies d’acteurs sur l’accroissement des disponibilités locales
................................................................................................................................. 321
6.2.1. Les sociétés agraires locales comme nouvelles forces de production agricole ? . 322
6.2.2. Une production polarisée par les marchés extra-régionaux ................................. 326
Conclusion de la troisième partie ............................................................................ 330

Conclusion générale .............................................................................................. 332


Références bibliographiques ................................................................................... 341
Annexes................................................................................................................... 366
Annexes A : Difficultés rencontrées au cours de l’étude ........................................ 367
Annexes B : Questionnaires d’enquêtes adressés aux consommateurs, détaillants,
grossistes et transporteurs........................................................................................ 368
Annexes C : Relevés comparatifs des prix moyens des principales denrées
alimentaires de l’Extrême-Nord (2003-2008) ......................................................... 389
Annexes D : Statistiques d’achats et de ventes de l’Office céréalier (1999-2010) . 390
Annexes E : Conditions d’inscription au fichier national des importateurs du
Cameroun ................................................................................................................ 393
410

Index des auteurs..................................................................................................... 403


Table des matières................................................................................................... 406

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