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La philosophie à l'école : enjeux et défis

Le document traite de la crise de la philosophie et de son enseignement, soulignant les défis posés par des mouvements antiphilosophiques contemporains. Il met en lumière la lutte entre la philosophie et ses détracteurs, qui cherchent à la réduire à une idéologie, tout en examinant les conséquences de cette dynamique sur l'éducation. L'auteur évoque l'émergence de nouveaux inquisiteurs qui, sous couvert de modernité, menacent la place de la philosophie dans le système éducatif.

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La philosophie à l'école : enjeux et défis

Le document traite de la crise de la philosophie et de son enseignement, soulignant les défis posés par des mouvements antiphilosophiques contemporains. Il met en lumière la lutte entre la philosophie et ses détracteurs, qui cherchent à la réduire à une idéologie, tout en examinant les conséquences de cette dynamique sur l'éducation. L'auteur évoque l'émergence de nouveaux inquisiteurs qui, sous couvert de modernité, menacent la place de la philosophie dans le système éducatif.

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Les nouveaux inquisiteurs


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COLLECTION DIRIGÉE PAR JEAN LACROIX

Comité de p a t r o n a g e

FERDINAND ALQUIÉ

GASTON BACHELARD

ROBERT BLANCHÉ

HENRI GOUHIER

LÉON HUSSON

ÉDOUARD MOROT-SIR

GEORGES M O U N I N

PAUL RICŒUR

JOSEPH VIALATOUX
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DU MÊME AUTEUR

Le travail et l'homme (en collaboration avec François HENRY), Desclée


de Brouwer.
Pour le temps de la douleur, La Baconière, Le Seuil.
De Marc Sangnier à Marc Coquelin, Privat.
Dieu n'est pas mort, Essai sur l'athéisme contemporain, Fayard et « Foi
vivante ; (Cerf).
De Pascal à Teilhard de Chardin, de Bussac.
Le problème du mal, PUF.
Passion de la Vérité, Fayard.
Emmanuel Mounier, Seghers.
Commentaires, Le Cerf.

ISBN 2 13 037557 x

Dépôt légal — 1 édition : 1983, janvier


© Presses Universitaires de France, 1982
108, boulevard S a i n t - G e r m a i n , 75006 Paris
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CHAPITRE 1

LA PHILOSOPHIE A L'ECOLE

Les crises liées de la philosophie et de l'enseignement de


la philosophie, tel est l'objet double et un du présent travail.
Parole de l'homme sur l'homme, communicable d'homme à
homme, la philosophie ne serait pas la philosophie si elle
n'était pas enseignable. Elle a donc dans l'école une place
légitime que l'on souhaiterait honorable. D'où cette com-
munauté de destin entre la philosophie et l'institution
scolaire que signifiait en sa neuve originalité le beau mot
de scolastique, et que vérifie la condition étroite et difficile
qui est faite dans les dernières décennies et à la philosophie
et à l'enseignement de la philosophie.
Dans une Université labourée de réformes improvisées,
le jeu des arrangements et des dérangements a disputé sans
cesse à la philosophie, pour le réduire comme une peau de
chagrin, l'espace dont elle a un besoin vital, notamment
dans l'enseignement secondaire. Et, parallélisme instructif,
en même temps que les restructurations scolaires vouaient
l'enseignement de la philosophie à la portion congrue,
la philosophie elle-même était mise en question ou plutôt
à la question dans les sphères les plus sophistiquées de
l'intelligenzia. Et on sait avec quelle précipitation les mots
d'ordre des cénacles deviennent rumeurs dans les rues, et
clameurs dans les carrefours. Conjonction curieuse entre
le prurit planificateur des technocrates de cabinet et le
pathos contestataire d'une haute intelligenzia qui s'accor-
dent pour, au nom de la modernité, traiter de vieilleries
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paralysantes et la philosophie et un enseignement de la


philosophie qui aurait la simplicité de demeurer philoso-
phique, à l'âge de l'ordinateur et des sciences de l'homme.
Les ennemis de la philosophie et les adversaires de l'en-
seignement philosophique ont poursuivi leurs desseins d'une
manière oblique, en déclinant l'affrontement direct et
en usant de procédés qu'en toute rigueur de vocabulaire
il faut dire inquisitoriaux. Un procès en hérésie a ceci de
particulier que l'inquisiteur s'arroge le droit de définir
l'hérésie et de mesurer son degré de malfaisance en récusant
d'avance comme suspectes ou, pire, en considérant comme
des aveux les raisons que l'hérétique, institué ainsi en héré-
tique, pourrait invoquer en témoignage de sa foi et de sa
bonne foi. De la même manière la philosophie est jugée,
condamnée et exécutée, à supposer qu'on puisse distinguer
trois opérations qui empiètent l'une sur l'autre jusqu'à la
coïncidence, après qu'on ait fait comparaître une caricature
d'elle même fabriquée par le tribunal sur le modèle de la
sentence d'avance rendue. Que, par cette image sollicitée
qui torture son vrai visage, la philosophie confesse qu'elle
n'est qu'idéologie, et tout sera consommé par ce seul aveu
nécessaire et suffisant. Le propre de l'idéologie, nul n'en
ignore, est de se dire autre que ce qu'elle est ; les raisons
que la philosophie pourrait invoquer pour sa défense,
étant philosophiques, participeraient donc à cette tromperie
fondamentale. L'aveu met du coup l'accusée hors du débat
et laisse au juge toute liberté pour se prononcer sur une
identité en suspens et qui, une fois établie, entraîne automa-
tiquement le verdict. Justice en effet d'inquisition ou si
l'on préfère de tribunal révolutionnaire.
Si la philosophie n'est qu'idéologie, elle ne saurait être
enseignée que comme on enseigne les maladies aux étudiants
en médecine, entraînés à discerner les symptômes et à
établir des thérapeutiques. Ou encore comme seraient
exhibés pour former l'esprit critique ces produits de l'imagi-
naire que sont astrologie et alchimie, qu'on ne rejetterait
pas du côté d'une innocente fantaisie, mais dont on dévoi-
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lerait les causes étrangères au savoir, besoin de sécurité,


volonté de puissance, et. obscurantisme favorable aux
intérêts, peur des lumières scientifiques. Si la philosophie
était une illusion de savoir qui voudrait passer pour un
savoir, l'Université, une place mesurée et limitée étant
réservée à la dénonciation de la philosophie, devrait faire
occuper par des savoirs véritablement positifs les lieux et
le temps encore encombrés par l'enseignement philosophi-
que. But cherché, ou résultat inévitable, le soupçon sur
la philosophie, en se radicalisant ne peut avoir d'autre
conséquence que le dépérissement de l'enseignement philo-
sophique.

L'allégation d'idéologie à l'encontre de la philosophie est


le noeud du débat et le centre du [Link] attendant de
l'examiner en elle-même et de plus près, on marquera
comme autant d'utiles repères quelques uns des temps
forts de l'entreprise antiphilosophique menée sur les deux
fronts de la philosophie et de l'enseignement philosophique,
sans prétendre retracer toutes les péripéties d'une histoire
parfois plaisante, souvent édifiante, et dont les acteurs
fort divers, dans la place ou assaillant du dehors, échangeant
masques et rôles, consciemment ou inconsciemment compli-
ces, poursuivent toujours le même but : en finir avec une
philosophie capable de poser le problème de l'homme, et
qui serait encore plus coupable si elle en trouvait ou en
pressentait quelque solution.
Parmi les effervescences de mai 68, l'antiphilosophie
s'est donnée deux visages différents : d'une part l'apologie
du désir, dont on avait cru lire dans Marcuse qu'il était la
grande énergie révolutionnaire, et qu'il s'agissait de rendre
irrésistible en faisant éclater tous les interdits dont le plus
insupportable est la contrainte du discours cohérent qui ne
met philosophiquement les pensées en ordre que pour
refouler et brimer les saintes anarchies du cœur, du sexe et
de l'imagination ; d'autre part et contradictoirement. se
tenant assez loin des délires de carrefour, un courant de
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pensée que, pour faire court et sans autre intention que de


repérage, on dira structuraliste, tentait de profiter d'une
situation révolutionnaire pour faire la loi dans les assemblées
universitaires et s'imposer, par la critique de toutes les
idéologies, comme idéologie dominante au nom d'une
exclusive et intolérante “scientificité” ; d'où suivait ici, tous
les cheminements menant à Rome, je veux dire au "delenda
Roma", une disqualification sans espoir de toute parole
proprement philosophique de l'homme sur l'homme.
Les humanités classiques se vengent en dictant leur
langage aux novateurs qui les bafouent. Il se pourrait qu'il
n'y ait de philosophie que par la tension et la convergence,
tue ou sue, visible ou secrète et en espérance, de ces deux
forces si profondément humaines qu'elles pourraient mener
l'homme au-delà de l'homme, et que pour parler grec, on
nommera Erôs et Logos. Aussi se servir de l'une de ces
puissances contre l'autre, c'est faire éclater la philosophie.
Et mai 68 nous jetait au visage ces deux aspects d'une
culture, écartelée entre la sauvagerie d'une érotique dénon-
çant la tyrannie du Logos et la savante liturgie qui, pour le
mettre à l'abri des troubles turbulences de la vie, s'applique
à n'honorer le Logos que dans les immobilités formelles
et soigneusement aseptisées de concepts abstraits et de
structures généralisables. En la même saison, à la fois trop
chaude pour ce qu'elle avait de froid, et trop froide pour
ce qu'elle avait de chaud, un Erôs de carnaval et un Logos
de carême.
Un texte élaboré par l'assemblée générale Sorbonne-
Censier, est révélateur de cette dernière sorte d'antiphiloso-
phie qui, sous prétexte de guérir le Logos de ses redondan-
ces rhétoriques, lui fait subir une cure de jeûne et une théra-
peutique d'amaigrissement, au risque de manquer le tuer
en le réduisant à son propre squelette. Le document Censier
rassemble tous les thèmes de l'antiphilosophie : congé
donné à la métaphysique et à la morale qui ne sauraient
être qu'idéologie ; philosophie réduite à une épistémologie
qui ne peut avoir d'autre fonction que de mesurer le degré
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de scientificité des discours, c'est-à-dire de mettre à part


savoir et idéologie ; valeurs réduites à des modèles culturels,
dont l'emprise ne saurait être dûe qu'à la pression sociale ;
oeuvres de la tradition philosophique immergées dans un
moment historique et un environnement social, et n'offrant
rien d'autre à déchiffrer utilement que leurs architectures
internes, structures dont le contenu, qu'il s'agisse de Platon
ou de Descartes, ne nous interroge pas plus que ne nous
parle la momie de Ramsès. L'alternative est terroriste : en
dehors de la positivité scientifique et des constructions
formalisées, il ne saurait y avoir qu'éloquence académique,
et exhortations charismatiques, auto-idolâtrie de la pensée,
bref tout ce qui est mis inquisitorialement au pilori muni
de l'écriteau infamant d'humanisme.
Autre temps fort dans cette histoire, la prolifération
dans les années 70 des pamphlets antiphilosophiques sur
lesquels on reviendra et qui faisaient beaucoup de tumulte
dans les hebdomadaires. On expliquait que les programmes
des classes de philosophie puaient à plein nez le spiritua-
lisme et l'éclectisme et, toujours rédigés par Victor Cousin
pour le meilleur épanouissement d'une bourgeoisie encore
louis-philipparde, maintenaient les usagers dans l'ignorance
préméditée des acquis décisifs de la modernité, en écono-
mie, en psychanalyse, en linguistique. On convenait seule-
ment, dans la lucidité d'une prise de conscience à la fois
révolutionnaire et scientifique, qu'il était impossible de
changer les programmes de l'institution universitaire sans
transformer la société de fond en comble. Axiome d'airain
mais qui ne saurait en aucune manière constituer une excuse
pour les rédacteurs de ces programmes, ces inspecteurs
généraux dont on écrivait sans rire qu'ils étaient des “êtres
mixtes, nés de la copulation de Socrate avec la société
bourgeoise".
La philosophie osait-elle avancer qu'elle était le sommet
récapitulatif d'une éducation libérale, il lui était vite rétor-
qué que ce libéralisme, comme ouverture tous azimuts, libre
examen et exigence spirituelle n'était que le dogme, dissi-
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mulant bien son dogmatisme, d'une religion réformée. C'est


ainsi qu'un illustre de notre modernité, révéré dans les
avant-gardes, pouvait définir la philosophie comme "le
luthéranisme de la France catholique et anticléricale” . Profé-
rées de haut des formules comme celles de Michel Foucault
ouvraient plus bas la voie à des sentences d'analphabètes.
L'enseignement de la philosophie ne peut faire que des
"spécialistes de l'universel", c'est-à-dire "des imbéciles
instruits". La philosophie devient une "niaiserie humaniste".
La contestation, dans ses aspects les plus brillamment
contournés comme dans les formes les plus basses, s'attaque
avec la même virulence à la philosophie et à l'enseignement
de la philosophie. On dira que cette situation ne fait que
répéter une très vieille histoire. La philosophie a toujours
vécu en état de crise, soupçonnée, mais aussi se soupçonnant
elle-même, si bien que l'antiphilosophie est aussi la philoso-
ph ie. Il y a eu en tous les temps des inquisiteurs dont la
race n'est pas éteinte, et qui ne peuvent s'empêcher de voir
dans une interrogation radicale sur l'être et le sens une
provocation à un scepticisme ou à un nihilisme, dangereux
pour le confort intellectuel et pour l'ordre public. Le phéno-
mène remarquable, et qui fait l'originalité de la présente
conjoncture, est dans l'apparition de nouveaux inquisiteurs,
souvent nés et nourris dans son sein, et qui poursuivent
la mort de la philosophie, parce que, sournoisement et
cachant bien son jeu, elle serait complice des puissances
établies et objectivement contre-révolutionnaire. L'ancienne
inquisition regardait l'humanisme et le questionnement
sur l'homme comme la porte ouverte aux réponses héréti-
ques et les plus capables de déconstruire les croyances et de
déstabiliser les moeurs. Dans ce même humanisme et ce
même questionnement, la nouvelle inquisition voit une
survivance des vieilles religions comme des antiques morales
et un obstacle à ôter pour assurer la désacralisation libéra-
trice des pensées et des conduites. L'ancienne et la nouvelle

1Nouvel observateur, 9 février 1970


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inquisition ont beau avancer des griefs, c'est-à-dire des


chefs d'accusation, contradictoires, elles n'en cumulent pas
moins leurs effets pour, en rivalisant d'antiphilosophie,
mettre en péril l'enseignement de la philosophie, notam-
ment au niveau des terminales du secondaire.
Le moment le plus gravement menaçant pour cet ensei-
gnement fut cet épisode d'un certain règne ministériel dont
la grande pensée était de faire des terminales entièrement
optionnelles, philosophie comprise, une maigre initiation
philosophique étant prévue, en compensation dérisoire
dans les classes de première. Un tel vertige optionnel est un
bon exemple de fausse liberté, le prétendu libre choix ne
pouvant être effectué qu'en fonction d'un projet profes-
sionnel. On aperçoit aisément la philosophie ou plutôt l'anti-
philosophie d'un semblable propos : primat du rentable
dans une société productiviste où les existences humaines,
rationnellement diversifiées et hiérarchisées sont définies
par des fonctions. Le projet annonçait si clairement la mort
de la discipline que, à la diligence de l'inspection générale
de philosophie et de l'Association des professeurs de
philosophie, une protestation argumentée, soutenue par
l'ensemble des professeurs, put, en dépit de la résistance
des médias, se faire quelque peu entendre de l'opinion,
peut-être même du ministre, et fit reculer la menace.
Occasion de dire au passage que l'avenir de la philosophie
dépend en grande partie du labeur et de la conviction des pro-
fesseurs de philosophie. Lesquels ont d'autant plus de mérite
à tenir et maintenir contre les anciennes et les nouvelles inqui-
sitions que le haut clergé universitaire pratique trop souvent,
alors qu'il doit tout à la philosophie, les moeurs sceptiques et
trop mondaines de l'antiphilosophie, laissant au bas clergé à la
tâche dans les classes du secondaire la plus ingrate mais aussi la
meilleure part, qui est d'oeuvrer pour la défense et l'illustra-
tion de la philosophie authentique, et souvent à contre-cou-
rant, tant les pouvoirs, les maîtres de l'opinion et l'opinion
elle-même ont tendance à capituler devant les idoles du siècle.
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Le futur de l'enseignement de la philosophie est un


problème d'institution, donc une question politique, qui
est en dehors de notre sujet. On notera cependant que
cette question qui, de proche en proche touche aux racines
et aux finalités d'une civilisation, ne peut guère demander
une réponse aux vicissitudes de ce qui est appelé vulgaire-
ment la politique. Un contre-pouvoir, au moment où il
devient pouvoir peut promettre, et on s'en félicitera, d'élar-
gir la place de la philosophie dans l'institution scolaire.
Et, outre qu'un pouvoir parce qu'il est pouvoir, ne peut
avoir que des relations ambiguës avec la philosophie, il
resterait à savoir quelle sorte de marchandise couvrirait
l'honnête pavillon philosophique, et de quels infléchisse-
ments ou substitutions, sous prétexte de lutte contre des
idéologies rétrogrades, serait susceptible un enseignement
que pour la montre on dirait toujours philosophique.
Prenant la distance qui convient on remarquera surtout
que les réquisitoires contre la philosophie, accentués contra-
dictoirement. relèvent d'un même postulat et instruisent
contre la philosophie un procès en son fond politique,
comme l'étaient le procès de Socrate et les procès d'inquisi-
tion. Car dire que la philosophie est réactionnaire ou révolu-
tionnaire. afin de pouvoir lui déclarer légitimement la guerre
comme à un ennemi politique, c'est supposer que la politique,
est l'instance ultime, autonome, critère suprême de tout ce
qui n'est pas elle. D'où une conséquence facile à vérifier
expérimentalement et sur laquelle ne manqueront pas les
occasions de revenir : plus une société se politise, plus elle
tend à soumettre à son empire tous les champs culturels,
plus la philosophie a de la peine à y trouver un espace de
liberté. A la limite, là où la politique est tout, la philosophie
n'est rien ; en d'autres termes il y a exclusion réciproque
entre la philosophie et le totalitarisme, les inquisiteurs de la
philosophie sont directement ou indirectement les fourriers
d'une politique totalitaire, et c'est dans la mesure où une
société résiste au totalitarisme qu'elle peut garder ou accroître
dans l'école la part qui convient à la philosophie.
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On vient d'anticiper sur des conclusions qui seront plus


explicitement justifiées par la suite. On retiendra seulement
de cette première et préalable esquisse que la crise de l'ensei-
gnement de la philosophie atteint son plus haut degré de
gravité dans la conscience des enseignants, forcés de s'in-
terroger dramatiquement sur l'avenir et le sens de leur
métier et dont la volonté d'enseigner, et d'enseigner une
philosophie qui en soit une, est mise à rude épreuve par
l'état actuel de ce qu'on nomme la culture, et qui ont de
la peine à trouver dans l'institution scolaire, telle qu'elle
est devenue, les secours et les recours dont ils auraient
quotidiennement besoin.
La crise de l'enseignement de la philosophie n'est si aiguë
que parce qu'il y a dans la culture moderne une crise de la
pensée et une menace contre la philosophie, à laquelle des
interdits proprement inquisitoriaux contestent même le
droit à l'existence. Mais cette idée même d'une crise de la
philosophie est très équivoque et demande à être dévisagée
de plus près. Il se pourrait que cette crise ne puisse être
analysée et comprise que philosophiquement, c'est-à-dire
au-dedans même d'une recherche par l'homme d'une vérité
de l'homme. Ce à quoi on s'efforcera. Si bien que donner à
la philosophie son congé définitif et affronter la crise de la
pensée contemporaine, ce serait s'évertuer devant une porte
bien verrouillée dont on aurait perdu la clef.
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intérêts et les préjugés, ainsi plus généralement l'esprit ne


prend conscience de ses plus profondes virtualités, tant la
médiocrité quotidienne les refoule et les paralyse, que par
une inspiration surgie de quelque au delà pour les réveiller
et les vitaliser. La mémoire des prophètes bibliques est
bonne à actualiser contre les menaces permanentes d'un
paganisme qui, en asservissant l'homme aux divinités de la
terre et aux dieux de la cité, serait fatal aux libertés de l'es-
prit. Et c'est ainsi que le message évangélique : que sert à
l'homme de gagner l'univers s'il perd le meilleur de sa vie,
c'est-à-dire l'âme ? n'est pas incapable de susciter en l'hom-
-me, sinon toujours l'anxiété de son salut, du moins le souci
de cette part absolue et sacrée en lui qu'il appelera philoso-
phiquement la personne.
Après la polémique biblique contre les idoles, la poétique
évangélique de l'âme ont droit de cité dans une philosophie
de la personne. Cet univers de l'espace et du temps, où
dans leur monotonie l'étendue s'ajoute à l'étendue et l'ins-
tant à l'instant est le monde profane de la continuité répé-
titive. Et les rythmes de la matière, de la vie, de l'existence
sociale scandent sans la rompre cette continuité que l'hom-
me subirait comme un destin qui rend toutes choses banales
et égales, la vie comme la mort et la mort comme la vie, si
ne se produisaient des discontinuités et des fractures dont
on ne peut parler que dans la langue du sacré. Un homme
qui naît et qui meurt, et qui, dans l'entre-deux, d'un coup
voue et dévoue sa vie, autant de ruptures de l'ordinaire
trame, autant de novations sacrées et d'événements absolus.
Quelque chose arrive vraiment pour commencer ou finir
lorsque quelqu'un est concerné dans ce qu'il a de plus
intime. Curiosité, indifférence ou dérision ne sont plus de
saison ; le moment est de respect devant le secret et le sacré
de la personne et, pour dire au moins aussi bien, de l'âme.
A force de raccourcis précipités, on en est arrivé à la
limite extrême d'une philosophie humaniste, c'est-à-dire à
la question de savoir si l'homme est la solution du problème
de l'homme. L'absolu n'est pas un concept instrumental,
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pas plus que le sacré n 'est une expérience qui se puisse orga-
niser et dominer. Sans référence au sacré, l'absolu est
vide . Sans référence à l'absolu, le sacré est aliénant. Par sa
relation à l'absolu et au sacré, l'homme est à la fois renvoyé
à sa propre profondeur et projeté au-dessus de lui-même. Si
bien que la vérité de l'homme ne peut être que dans une
dialectique de l'antihumanisme et de l'humanisme. La
personne est en l'homme cette voie d'immanence qui pose
un problème de transcendance. L'homme inégal à l'homme
et à toute représentation de l'homme de par sa participation
à l'absolu et au sacré, telle est l'Idée de l'homme, de toute
part proscrite, et qu'il s'agit de réhabiliter ou mieux d'ins-
taurer. Participation, Idée, le verbe fait signe à Platon, dont
l'incroyable modernité pourrait signifier la déconfiture de
tous nos modernisants.
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CHAPITRE XI

“INSTAURATIO PLATONICA"

La philosophie de Platon est sortie du procès d'un procès.


Le procès du procès de Socrate. L'humour dans la "Républi-
q u e " n'est pas le sourire d'une plaisante et gratuite utopie,
mais, sur le mode de la sérénité détachée, le génie platoni-
cien fait justice des justices de ce monde en proposant l 'image
d'une cité si établie dans sa transparente vérité qu'un procès
comme celui de Socrate y serait à jamais impossible. Et la
métaphysique de Platon n'atteint à une si souveraine alti-
tude que parce qu'elle s'est donnée pour tâche de donner
la réponse la plus adéquate à une question jaillie de l'expé-
rience dramatique que fut l'assassinat légal de Socrate :
que doivent être ce monde et s'il y a lieu l'au delà de ce
monde, pour que Socrate, tous comptes faits et tous calculs
achevés, soit consacré comme juge de ses juges. Le juge
qui juge sans appel, le juge éternel. On disait donc bien :
le procès d'un procès. Aussi n'est-il pas tout à fait inconve-
nant de platoniser au moment de rassembler en un dernier
raccourci la thématique d'une réflexion qui a été le procès
d'un procès, le procès des procès inquisitoriaux intentés
à la philosophie.
Cette philosophie, éprouvée de contestations, incapable
de guérir sa vulnérabilité et invincible en sa résistance,
Platon en a donné une juste idée en faisant conter à Socrate
dans "le Banquet" le mythe des origines et de la destination
finale d'Erôs. Ces pages inspirées sont foisonnantes de
multiples symboliques. Nous parlera d'abord un étonnant
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renversement du pour ou contre ou plutôt du contre au pour.


Erôs a la fièvre et ce rythme de morne abattement et d'agi-
tation convulsive ne présage rien de bon aux experts qui,
entraînés à extrapoler vers le bas des courbes descendantes,
diagnostiquent un mal incurable et pronostiquent une fin
inéluctable ; et au moment où il défaille, où il va visiblement
passer, Erôs stupéfie les ordonnateurs de ses proches obsèques
en leur donnant le spectacle d'un joyeux rebondissement.
Aujourd'hui la philosophie, si sensible aux agressions
dont, sans en affadir la virulence, on a dressé un inventaire,
paraît moribonde à beaucoup et notamment aux avant-
gardes éclairés. On aurait tort de croire ce qui se dit et ce
qui s'écrit sur la "fin de la métaphysique". L'Erôs plato-
nicien qui, en autres significations est une si sûre parabole
de la philosophie, pourrait bien comme l'atteste "le Ban-
q u e t " être promis à l'immortalité et une fois encore moquer
les pleureuses et les embaumeurs. On a défendu dans ce
livre une certaine idée de la philosophie et une certaine
idée de l'homme, deux expressions qui tendent à se re-
joindre et à coïncider dans la mesure où la philosophie
est un humanisme. Cette idée de la philosophie et cette
idée de l'homme étaient d'accent platonicien, de filiation
platonicienne, et proposaient en une trop rapide esquisse
une instauration de la pensée platonicienne. Aussi ce livre
ne peut-il se clore que par un acte explicite de gratitude
qui rende à Platon ce qui lui revient.

Une imitation littérale ou une reconstitution érudite


sont hors de notre propos. Mais la philosophie ne peut être
vivante et créatrice qu'en assumant son propre passé et en
le recréant à chaque bond en avant. C'est en ce sens qu'on
ne peut mieux servir et honorer la philosophie et la pré-
parer à avoir un avenir, qu'en la faisant platoniser. Sans
doute entre-t-il dans ce choix un défi qui n'est pas uni-
quement d'humeur. Depuis toujours, mais plus que jamais
aujourd'hui Platon a été la cible favorite des antiphiloso-
phies. Au point que ce l'on désigne du nom de platonisme
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est le rendez-vous des hérésies malfamées dans lesquelles il


importe de ne point tomber pour ne pas perdre la face
devant les grands et les petits maîtres de ce siècle, idéalisme,
spiritualisme, dualisme. Inavouable en effet l'univers plato-
nicien : ces choses autour de nous que nous croyons réelles
et qui ne sont qu'apparences aussi inconsistantes que des
ombres sur le mur de la caverne, et en compensation, rache-
tant par leur éternité la fugitivité du temps, ce monde
d'idées à jamais immobiles trônant dans un paradis sur-réel.
L'Idée, voilà tout le platonisme et lorsqu'il s'agira de lui
trouver une étiquette pour figurer dans le musée si culturel
des systèmes, le platonisme sera inscrit au catalogue comme
un ultra-idéalisme ou d'une manière plus savante comme un
réalisme des essences. Aussitôt nommé, aussitôt jugé. Com-
ment ne pas percer au premier coup d'oeil la mystique mys-
tification ? Les écoliers n'ignorent pas que les essences ne
sont que des concepts "hypostasiés": érigés en réalités-en-
soi, ces concepts sont deux fois relatifs et aux choses qu'ils
désignent et à l'intellect qui les construit ; trancher ces
deux liens et croire ainsi avoir fait du concept un absolu
équivaut à le rejeter au néant. Aussi n'est-il pas de manuel
dit de philosophie dans lequel l'exposé de la "théorie des
Idées" ne soit accompagné de la réfutation canonique qu'on
vient de dire et qu'il est convenu de porter au crédit de la
réaction aristotélicienne contre le platonisme. Le bon sens
après une chimère métaphysique. De quoi précipiter Platon
aux abîmes sans grandir beaucoup Aristote.
L'essence et l'essentialisme : la philosophie ne serait-elle
pas idéologie, puisque, par une pente invincible, elle affirme
et pratique le primat de l'essence sur l'existence, de l'essence
immuable, toute faite, posée d'avance dans son inaltérable
définition sur l'existence, libre, mouvante dans la trouble
ambiguïté du temps ? Le mot l'avoue par une décomposi-
tion par elle-même accusatrice : idéo-logie, le propre de
l'idéologie est de mettre l'idée avant le réel et d'assigner au
logos une résidence originelle qui surplombe tous les com-
mencements. La preuve serait donc faite, une fois de plus,
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que la philosophie est idéologie, et que Platon qui révère si


fort les essences est le premier, au choix, des philosophes
ou des idéologues.
Tel apparaît Platon dans le baroque miroir de fête foraine
dans lequel au long de son oeuvre, Nietzsche prétend déchif-
frer, artistiquement défiguré, le visage de quelques ennemis
inexpiables. Ces essences régnant hors du temps et du monde,
voilà donc selon Zarathoustra, l'attentat sans pardon per-
pétré par Platon contre le temps et le monde, et qui n'est
qu'une parodie d'éternité, puisque la seule éternité digne
d ' a m o u r est celle du temps et du monde, sacralisés par la
liturgie du retour éternel : le divin qui ruine Dieu. Nietzsche
n'avait pas manqué de s'apercevoir que les essences de
Platon ne peuvent être des concepts tirés de l'expérience,
puisqu'elles sont pour l'expérience normes et modèles, d'où
postulées par une rigueur indivisiblement intellectuelle et
morale, une antériorité et une transcendance : le ciel des
essences ne peut donc se mouvoir q u ' a u t o u r de ce Dieu
moral dont Nietzsche a entrepris de désencombrer l'horizon
des hommes et qui doit disparaître dans la nuit de son néant
pour que la terre et le monde soient enfin la terre et le
monde.
Lui reprochant avec la véhémence théâtrale que l'on sait
d'avoir trahi l'héllénisme en portant le fer du fanatisme
moral parmi les fascinantes complaisances du polythéisme
antique, Nietzsche accusait Platon d'être passé à l'ennemi,
c'est-à-dire à ce judéo-christianisme dont d'avance et de
loin, il avait eu la presciente perversité de mimer les délires
métaphysiques et de cuisiner par anticipation de similaires
poisons moraux ; les délires et les poisons qui allaient un
j o u r intoxiquer l'Occident. Une polémique aussi assidue et
forcenée ne peut que confirmer, dans l'âge moderne, l'actua-
lité de Platon. Un affrontement si exactement agencé pour-
rait bien faire, au delà même des deux protagonistes, une
alternative incontournable. Que l'esprit humain tente de se
rendre intelligible à lui-même et de comprendre son rapport
au monde et il se trouvera dans la nécessité ou d'entrer dans
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l'innocent et tragique jeu nietzschéen de la divinisation


de la terre ou de se ressouvenir des idées de Platon, et
de cette Idée du Bien tellement au-dessus des idées et des
essences dont elle est la source qu'elle ne peut plus être
dite idée ou essence. On voulait que mettant le monde à
l'envers, une philosophie des essences - expression tauto-
logique — illustrât de manière grandiose et dérisoire la
faillite de la philosophie. Alors que, et la maxime est dans
Platon, seul le recours à l'essence sauve la philosophie de
la faillite et on ajoutera de cette faillite que serait la chute
dans l'idéologie.

La philosophie tient dans ce raccourci : il y a une essence


de l'homme ou une idée de l'homme, expressions équiva-
lentes. Essence ou idée qui ne sauraient être confondue avec
un concept puisque, on a eu maintes occasions de le dire,
se trouve dans toutes les cultures une multitude de repré-
sentations conceptuelles ou symboliques de l'homme et qui
ne peuvent prendre sens et saveur que rapportées à une
vérité de l'homme que chacune et toutes ensemble désignent,
mais qu'elles trahiraient si l'une d'elle, ou leur suite inache-
vée prétendaient la refléter adéquatement ou l'exprimer
exhaustivement. L'unité, vérité du multiple, présente dans
un multiple qui ne l'épuise pas,est antérieure au multiple.
Ainsi s'explique que l'idée apparaisse toujours comme un
au-delà, mais on dirait aussi bien comme un en deçà, et
qu'on doive platoniser en maintenant que le primat de
l'essence est le principe fondateur de la philosophie.
Il n'est pas de grande figure mythique qui ne témoigne
pour une vérité de l'homme dont elle est l'image blessée
et plaintive. D'Antigone à Don Juan et à Faust. Mais parmi
ces hautes présences fictivement fictives, les plus proches
de l'inaccessible essence sont celles qui expriment de telles
contrariétés existentielles qu'elles font sentir et comprendre
la nécessité d'une essence de l'homme qui assume et rachète
le partage sans en supprimer le pathétique. Tel Prométhée
appelé à maîtriser par le fer et le feu une terre désacralisée,
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mais aussi à découvrir prisonnier d'une immobilité sacrale,


dont on ne sait si elle est punition ou promotion, la pureté
du regard contemplatif. Tel Oedipe déchiffreur d'énigmes,
qui sait qu'il n'est pas de charade mondaine dont le mot ne
soit l'homme, et clairvoyant réduit à s'aveugler, embrouillé
dans le mystère de sa propre destinée. Dans la même lignée,
et avec une autre manière de dire que l'homme passe l'hom-
me, l'Erôs de Platon.
Erôs, représentation de l'homme, inégal à lui-même à la
fois inférieur et supérieur à chacune de ses modalités exis-
tentielles ; l'homme qui n'est pas la solution de son propre
problème, encore que de ce problème il ne soit de solution
fût-elle d'attente et d'espérance qui ne passe par l'explora-
tion et l'approfondissement de ce paradoxe vivant, souf-
frant, militant qu'est son existence; l'homme dont l'exis-
tence porte la marque d'une double vérité, car Erôs parti-
cipe à la nature de son père Poros, dont il tient cette ingé-
niosité polyvalente qui ne le laissera jamais sans ressources,
et à la nature ou plutôt au néant de nature de sa mère Penia,
cette pauvresse pathétique, absente de toutes les fêtes,
celles de dieux et celles des hommes, et dont il a reçu,
inscrit dans son être ce rien, ce vide, ce manque qui sont
le négatif de l'Absolu. Fils de Poros, Erôs n'est jamais pris
au dépourvu, en ce sens qu'il se débrouille toujours et fait
bien ses affaires dans le siècle, mais aussi qu'il a, imprévi-
sible, une réponse à toutes les conjonctures; fils de Penia,
Erôs est transi d'une insatisfaction qui passe ce monde et
tous les mondes, et l'empêche cruellement de s'installer
dans le siècle. L'homme est pleinement au monde et cepen-
dant il n'est pas au monde, comme l'ont dit quelques
poètes — ainsi que Platon, qui le doigt du grand secret sur
la bouche, s'est abstenu de nous dire à qui Erôs devait
la meilleure part de lui-même, à son père ou à sa mère.
Erôs, une certaine idée de l'homme, et inséparablement
une certaine idée de la philosophie. La philosophie, c'est-
à-dire ce mouvement dialectique, qui, résolu à sauver le tout
de l'existence, ne choisit pas entre des contraires dont la
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tension vivifie son élan; qui, d'étape en étape, ne passe au


moment supérieur qu'en assumant le vrai et l'esprit des
moments traversés, quittés, jamais abandonnés. La philo-
sophie, c'est-à-dire la pensée qui est désir et le désir qui est
pensée, et si assurés ensemble de la rectitude de leur com-
mune visée que la multiplication des divertissements, des
digressions, des détours, les ramène toujours par les voies
les plus imprévues, et en dépit ou à force de fréquentations
insolites, à l'initial et souverain souci. La philosophie,
c'est-à-dire cette recherche de l'Absolu qui n'a en elle-même
d'autre secours que la démesure de son attente, et si dému-
nie de moyens autres qu'empruntés, qu'au risque de se
perdre, elle fait flèche de tout bois, et hante d'aventure,
au scandale des intégristes de la rationalité, les terres suspec-
tes de la magie et de la sophistique, car étant partout étran-
gère et en tout lieu chez elle, il n'est pas d'endroit écarté ou
de circonstance louche, où la philosophie ne puisse trouver
quelque chère et décevante image de ce qu'elle cherche et
que, non sans critiquer son langage, elle se plait à appeler
l'Idée du Beau ou l'Idée du Bien.
Erôs désignait dans le clair-obscur du symbole une essence
de l'homme, cachée dans la lumière aveuglante et insoute-
nable du Beau, et dans laquelle et par laquelle cessent d'être
irréconciliables les contrariétés laborieuses et douloureuses
de l'existence humaine. La philosophie ne peut donc qu'a-
vouer la double vérité de l'homme, laquelle n'est pensable,
à la limite du supportable, que par référence à cette essence
de l'homme, dont nous avons dit qu'elle était l'objet de la
foi de l'homme dans l'homme. Partage de la vérité qui est
d'expérience, unité de la vérité qui est d'exigence, cette
tension insurpassable dans les conditions d'existence faites
à l'homme par ce monde, se retrouve partout où l'homme
est aux prises avec le monde et avec l'homme. Erôs est,
entre la pluralité de ses signifiés une somptueuse parabole
de la passion, et d'abord de cette passion qu'est l'homme.
Et la philosophie est prise de conscience de cette passion.
L'actualité de Platon, une actualité qui ne passe pas comme
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les modes, est dans une dialectique de la double vérité pour-


suivie en esprit de vérité, ou si l'on préfère une dialectique
des vérités se démultipliant en moments à ordonner pour
une quête de l'essence. Passion de la vérité que symbolise
la destinée d'Erôs, passion subie des contrariétés éprou-
vantes, élan passionné de toute l'âme vers l'Absolu dont il
importe peu qu'on le nomme le Beau, le Bien ou l'Un puis-
qu'il est au-dessus de tout nom.

Notre temps caractérisé par la fin des idéologies ? Non


pas, mais bien plutôt par le pullulement des idéologies à la
faveur de l'ombre que fait le crépuscule de la vérité. La
crise de l'esprit aujourd'hui est une crise de la vérité. Quand,
ce qui est de plus en plus rare, ils entendent parler de vérité
les demi-habiles ou les mi-éclairés de ce temps s'imaginent
qu'on en veut à leurs plaisirs ou à leur liberté. Sarcastique,
désabusé ou désespéré le "Qu'est-ce que la vérité ?" du pro-
curateur romain hante les esprits qui ne croient plus à
l'esprit, d'où, aspects du même défaitisme, la crise de la
philosophie et la crise de la civilisation. Mais on n'échappe
pas à la vérité, car il n'est de pensée que dans et par la vérité;
aussi se fait-on une vérité à son étroite mesure en systéma-
tisant un petit bout de vérité dans l'ignorance délibérée et
hostile du tout de la vérité ; tel est le secret de fabrication
des idéologies : se servant d'une vérité contre la vérité pour
organiser cette fuite devant la vérité, qui est la pathologie
de l'époque, et d'où suit la prolifération des idéologies.
Car la vérité et les vérités ne sont jamais loin, toujours
à portée de la main, ou du regard, et Pilate avait la vérité
sous les yeux, comparaissant à son tribunal. Nous sommes
assaillis de vérités à en avoir le vertige, nous plions sous le
faix de vérités, supportables ou insupportables, mais ces
vérités, impatientes de leurs limites, tendent à empiéter
les unes sur les autres, ou se contrarient les unes les autres,
promptes à faire divergence de leurs dissonances. Situation
proprement dramatique et qui constitue une provocation
permanente à la chute de la vérité dans l'idéologie et dans
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des idéologies antagonistes. On ne trouvera une issue qu'en


réinventant Platon : refuser d'exclure la plus petite parcelle
de vérité ; assumer la tension des vérités et rompre les
affrontements idéologiques en poursuivant inlassablement
la quête de l'essence dans la certitude que les contrariétés
imposées à la pensée par la dispersion des temps et des
espaces ne se résoudront pas en une contradiction défini-
tive ; car alors toutes choses se dissoudraient en apparences
qui ne seraient que le masque de l'absurdité et du néant.
Telles étaient, dans leur équivalence, la méthode et la
doctrine que Platon instituait dans "le Sophiste" : à partir
du conflit entre ces irréconciliables que sont les "Fils de la
Terre" et "les Amis des Idées", s'édifie, dans la déconstruc-
tion des idéologies, une philosophie dans laquelle l'homme,
témoin d'un Absolu qui est Vie sera à part entière et Fils
de la Terre et Ami des Idées. Le modèle est alors dressé
d'une philosophie qui pourra, congédiant les idéologies,
être philosophie de la science et philosophie de l'art, philo-
sophie de la politique et philosophie de la religion.
Double vérité de la science. La science est matérialiste,
car la pensée de l'homme ne donne pas l'être aux choses
et le monde en sa rugueuse réalité matérielle ne se lassera
jamais de fournir de l'insolite et du provisoirement inconce-
vable. La science est spiritualiste ou idéaliste puisque cette
même réalité en son indéfinie complexité n'est pensée que
parce qu'elle était d'avance pensable. La plus simple relation
(mais aussi bien la plus sophistiquée) comme du point A au
point B, ou de l'instant T à l'instant T' s'effondrerait dans
le néant si elle ne faisait signe à une pensée capable d'en syn-
thétiser les termes. Qui ne prend pas ensemble ces deux
vérités est guetté par quelqu'une de ces idéologies à la mode
qui défigurent le visage et trahissent l'essence de la science :
néo-scientisme ou ultra-spiritualisme des gnoses en forme
de science-fiction.
Les deux vérités de l'art, comme technique de l'illusion
ou comme mystique de l'allusion à quelque sur-réel. Des
peintures muettes pour l'éternité, ces histoires adroitement
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contées en images, paroles ou écriture pour faire croire


contre tout bon sens qu'elles sont arrivées. Mais aussi ces
semblants d'autant plus signifiants qu'ils ne sont pas ressem-
blants, cette manière de désarticuler et de déréaliser comme
pour multiplier sur un mur sans portes ni brèches les graffiti
d'une révolte métaphysique, traces d'un paradis perdu ou à
venir. Le "ou bien ou bien" serait invitation à un choix
idéologique. Mais ceci avec cela, un jeu d'arabesques gratui-
tes et la folle passion d'un ailleurs. Une philosophie de l'art.
On a déjà laissé suffisamment pressentir ce que pourraient
être, platonisantes, une philosophie politique et une philo-
sophie de la religion. La politique et la religion les domaines
les plus dévastés par des antagonismes idéologiques. L'idéo-
logie y est plus particulièrement agressive, vindicative et
revendicatrice; elle se nomme d'un côté libéralisme, socia-
lisme, nationalisme, de l'autre intégrisme ou progressisme.
Une cité dont le dieu est liberté ou égalité ou qui est son
dieu à elle-même, politiques idéologiques. Aspiration
exclusive à un monde autre ou à un autre monde, idéologies
religieuses de l'horizontalisme ou du verticalisme. Pas
d'autre vérité en ces domaines que la vérité des vérités
croisées : vaincre les clôtures idéologiques, non en s'évadant
vers l'universel abstrait, mais en reculant les frontières sans
les abolir; approfondir sa vérité la plus proche et s'ouvrir à
d'autres vérités qui pour être contestantes de ma part de
vérité n'en sont pas moins attestantes. Cela s'appelle huma-
nisme ou démocratie. Et comprendre, planté à nos origines,
ce signe qui d'un trait fait se rejoindre les extrémités de la
terre, et de l'autre joint la terre à un ciel qui n'est pas tout à
fait le ciel de cette terre.

Qu'est-ce que l'homme ? Question initiale, qu'on interdit


de poser et qui conduit par analyse reflexive à la possibilité
et à la nécessité d'une essence de l'homme. La grande leçon
de Platon tiendrait en un raccourci : l'essence perdue, c'est
la perte de l'homme. Les idéologies qui s'occupent de l'hom-
me en niant qu'il puisse y avoir une essence de l'homme ne
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manquent pas de perdre l'homme. Telle, on y a déjà fait


allusion, cette problématique qui fait longuement la fortune
des hebdomadaires et qui se demande si l'homme est tout
entier programmé par son patrimoine génétique, ce qui serait
une insolente opinion d'une droite élitiste comme disent ceux
qui dans une gauche socialiste tiennent pour l'inverse et
consolante opinion d'un homme tout entier déterminé par
son environnement culturel. Fausse antithèse, toute idéolo-
gique, et le postulat commun aux deux opinions est la
négation de l'homme par proscription de l'essence.
Platon au VIIème livre de sa "République" nous dira, lui,
ce que c'est que l'homme dans le plus célèbre et le plus mal
compris de ses mythes. Le captif, comme Erôs parabole de
l'homme, n'est sorti de la caverne qu'en esprit et en vérité ;
conter qu'il y est revenu, c'est laisser entendre que, tout
inspiré qu'il fut par un esprit de vérité qui ne saurait trom-
per puisqu'il a son origine, hors de la caverne, dans l'Absolu
du Bien, le captif faussement évadé n'avait pas quitté sa
place ni rompu son compagnonnage avec ses frères en huma-
nité. Exact citoyen de deux patries sans commune mesure,
ici bien qu'ailleurs, ailleurs bien qu'ici, le héros de la caverne
est comme Erôs pleinement du monde sans être tout entier
au monde, et en raison d'une double identité trop visible,
il sera promis à un déséquilibre perpétuel, paraissant tituber
dans sa fidèlité à deux rectitudes et voué inévitablement au
sarcasme et à la persécution.
Les idéologues de la caverne qui prennent et font prendre
pour un savoir, une praxis disent-ils, les artifices et les sys-
tèmes qu'ils ont mis au point pour s'adapter au train d'un
monde qu'ils croient gouverner parce qu'ils en prévoient
et en maîtrisent les ombres, feront un procès en idéologie
à celui des leurs qui, s'interrogeant philosophiquement sur
leur commune condition, juge étrange ce qu'ils trouvent
naturel, atypique ce qu'ils tiennent pour normal : n'est-ce
pas subvertir l'ordre à grande peine établie que de leur
prouver que ce monde de leurs chères habitudes est un
monde à l'envers qu'il importe de remettre droit en regar-
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dant du côté des principes. Parabole de portée universelle :


scène primitive d'un procès d'intolérance qui conteste le
droit du philosophe à l'existence. Les inquisiteurs d'aujour-
d'hui ne sont pas si nouveaux. Les mêmes contre le même.
Le même, c'est-à-dire ce témoin d'une autre lumière sans
laquelle la caverne serait ensevelie dans une nuit sans recours,
lumière qui ne permet guère la manipulation de l'être et
des êtres, lumière devenue clair-obscur en ce monde et
qui invite à reconnaître chacun et chaque chose en son
essence, c'est-à-dire dans une vérité qui ne vient pas de loin,
mais d'un en haut et d'un dedans qui font une même
proximité.

Imprimé en France
Imprimerie des Presses Universitaires de France
73, avenue Ronsard, 41100 Vendôme
Janvier 1983 — N° 28 437
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LE P H I L O S O P H E

1 L'intention p h i l o s o p h i q u e , par J o s e p h Vialatoux

2 L e s s e n t i m e n t s e t la v i e m o r a l e , par J e a n Lacroix
3 La p a r o l e , par G e o r g e s Gusdorf
4 Morale et vie é c o n o m i q u e , par François Sellier
5 Le p o u v o i r p o l i t i q u e , p a r J e a n - W i l l i a m Lapierre

6 Introduction à l'esthétique, par Maurice Nédoncelle


7 Le s o u v e n i r , p a r A n d r é Bridoux
8 Caractère et personnalité, par Gaston Berger
9 V a l e u r d e l ' h i s t o i r e , par J o s e p h Hours
10 L e s u i c i d e , p a r L. M e y n a r d

11 La m é t h o d e e x p é r i m e n t a l e , par G e o r g e s Bénézé
12 M a l a d i e m e n t a l e e t p s y c h o l o g i e , p a r Michel F o u c a u l t ( é p u i s é )
13 L e s t h è m e s a c t u e l s d e l a p h i l o s o p h i e , p a r Emile B r é h i e r

14 La c o n s c i e n c e m o r a l e , par Gabriel Madinier


15 Philosophie biologique, par François D a g o g n e t
16 Le t e m p s , par J e a n P u c e l l e

17 L ' a x i o m a t i q u e , par Robert Blanché


18 L ' i n v e n t i o n , p a r R e n é Boirel
19 Le v i e i l l i s s e m e n t e t la m o r t , par R o g e r Mehl
20 La c o n v e r s i o n spirituelle, par Georges Bastide
21 La s o c i o l o g i e d ' A u g u s t e C o m t e , par Jean Lacroix

22 La m o r a l e d e K a n t , par J o s e p h Vialatoux
23 L e s n i v e a u x d e l a v i e m o r a l e , p a r Ivan G o b r y
24 Le j e u d ' a d o l e s c e n c e , p a r Lucien Dintzer
25 La n a t u r e d u p s y c h i q u e , par François Grégoire
26 La v e r t u d e f o r c e , par G e o r g e s G u s d o r f
27 La m o r a l e d e D e s c a r t e s , par Geneviève Rodis-Lewis
28 Pascal, savant et croyant, par G e o r g e s Le Roy
29 La v a l e u r , par Paul Césari
30 L'expérience, par Ferdinand Alquié
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31 L ' e s t h é t i q u e d e H e g e l , par Bernard Teyssèdre


32 P r o b l è m e s a c t u e l s du m a r x i s m e , par Henri Lefebvre
33 Le p r o b l è m e du mal, par Etienne Borne
34 La m o r a l e d ' A r i s t o t e , par René-Antoine Gauthier
35 P h é n o m é n o l o g i e e t religion, par Henry Duméry
36 La p s y c h o l o g i e d e l'art, par Jean-Paul Weber
37 Religion e t m y s t i c i s m e , par Louis Bordet
38 M o n t e s q u i e u . La politique e t l'histoire, par Louis Althusser
39 La m o r a l e d e S p i n o z a , par Sylvain Zac
40 Le p r o b l è m e d e la vérité, par René Mugnier
41 La v e r t u de j u s t i c e , par François Heidsieck
42 La m é t a p h y s i q u e de D e s c a r t e s , par Roger Lefèvre
43 Le d é s i r d ' é t e r n i t é , par Ferdinand Alquié
44 V a l e u r e t liberté, par J o s e p h Combès
45 S i g n i f i c a t i o n d e l ' h o m m e , par J a c q u e s Rolland de Renéville
46 E c o n o m i e e t s o c i é t é , par François Perroux
47 La p h i l o s o p h i e du travail, par Henri Arvon
48 A b s o l u e t c h o i x , par Jean Grenier
49 J u s t i f i c a t i o n du t e m p s , par Jean Guitton
50 La p e r s o n n e , par Ivan Gobry
51 La p h i l o s o p h i e de H e i d e g g e r , par Maurice Corvez
52 Le n o m b r e d a n s les s c i e n c e s e x p é r i m e n t a l e s , par Georges
Bénézé
53 E s s e n c e e t e x i s t e n c e , par Stanislas Breton
54 P o é s i e e t s o c i é t é , par Georges Mounin
55 Plaisir e t t e m p é r a n c e , par François Heidsleck
56 A n a l y s e e t s y n t h è s e , par Jean Lechat
57 La l o g i q u e formelle, par Antoinette Virieux-Reymond
58 Les d e u x s e n s d e l'art, par Camille Schuwer
59 La p h i l o s o p h i e c r i t i q u e d e Kant, par Gilles Deleuze
60 Le c o r p s , par François Chirpaz
61 La s o u f f r a n c e , par J e a n n e Russier
62 S o c i o l o g i e e t p s y c h o l o g i e , par René Duchac
63 S t r u c t u r e d e la matière, par Maurice Meigne
64 Unité e t d i v e r s i t é , par Raphaël Lévêque

65 Le p e r s o n n a l i s m e m u s u l m a n , par Mohamed Aziz Lahbabi

66 L ' i m a g i n a t i o n s y m b o l i q u e , par Gilbert Durand


67 La p e n s é e politique de Leibniz, par Emilienne Naert
68 Alain é d u c a t e u r , par Georges Pascal
69 L ' é c h e c , par Jean Lacroix
70 La p h i l o s o p h i e et les t e c h n i q u e s , par Jean-Marie Auzias
71 La p e n s é e religieuse d e H e g e l , par Raymond Vancourt
72 La p s y c h o l o g i e e t les s t r u c t u r e s , par Noël Mouloud
73 La liberté, par Rose-Marie Mossé-Bastide
74 R i s q u e et p r u d e n c e , par Denise Brihat
75 La c o n n a i s s a n c e d e soi, par Marie-Madeleine Davy
76 Le b e r g s o n i s m e , par Gilles Deleuze
77 Introduction à l ' é p i s t é m o l o g i e , par Antoinette Virieux-Reymond
78 La s c i e n c e a c t u e l l e et le r a t i o n a l i s m e , par Robert Blanché
79 E l é m e n t s de l o g i q u e c o n t e m p o r a i n e , par Marie-Louise Roure
80 L ' i n c o n s c i e n t et la p s y c h a n a l y s e , par Jean-Paul Charrier
81 La m é t a p h y s i q u e de s a i n t T h o m a s , par J o s e p h Rassam
82 L ' i d é a l i s m e d e Fichte, par Bernard Bourgeois
83 La c o n n a i s s a n c e d ' a u t r u i , par Raymond Carpentier
84 Les c o n d u i t e s é m o t i v e s , par Tony Andreani
85 La critique k a n t i e n n e de la m é t a p h y s i q u e , par Ferdinand Alquié
86 Le jeu, par J a c q u e s Henriot
87 La p e n s é e politique d e H e g e l , par Bernard Bourgeois
88 L ' e s t h é t i q u e de S c h o p e n h a u e r , par Clément Rosset
89 L ' e s t h é t i q u e m a r x i s t e , par Henri Arvon
90 La m o r a l e s t o ï c i e n n e , par Geneviève Rodis-Lewis
91 S p i n o z a e t le p r o b l è m e du salut, par Jean Lacroix
92 La p e n s é e d e Plotin, par Naguib Baladi
93 L ' e m p i r i s m e l o g i q u e , par Louis Vax
94 Religion biblique e t o n t o l o g i e , par Paul Tillich
95 L'ontologie de N i e t z s c h e , par Pierre Boudot
96 P é d a g o g i e d e la c o m m u n i c a t i o n , par Raymond Bail
97 F o n d e m e n t s d e s m a t h é m a t i q u e s , par Michel Combès
98 Les a t t i t u d e s m o r a l e s , par Roger Mehl
99 Le p l a t o n i s m e , par Vincent Descombes
100 La p e n s é e f r a n ç a i s e d ' a u j o u r d ' h u i , par Edouard Morot-Sir
101 L'idée critique c h e z Kant, par J o s e p h Combès
102 La p h i l o s o p h i e d e l ' é d u c a t i o n , par Olivier Reboul
103 La l o g i q u e d e s n o r m e s , par Georges Kalinowski

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