Legrand Et Al.2008
Legrand Et Al.2008
Summary. – Ecological monitoring of coral reefs in IFRECOR survey sites in Martinique between
2001 and 2006. – Monitoring of coral reefs in Martinique started in 2001, after the first permanent IFRECOR
survey site was created in the island. Four permanent transects of 60m long are sampled twice a year during
the dry and the wet season in the area. Benthic community cover and fish assemblages are assessed using
scuba diving techniques. The benthic communities composition remained stable, while already degraded,
until end 2005 with average coral cover values of 38.7 % over the Southern reef sites and 22.9 % on the
Atlantic coast. The major bleaching event during the second semester of the year 2005 killed about 14 % of
the coral colonies in Martinique. Beginning 2006, a disease outbreak also killed another 15 % of the corals,
with significant differences between species. Globally, although coral reef decline had started before these
events, an average of 30 % of the coral reefs of Martinique disappeared during the past 2 years. Thereby,
there was a decrease in the average coral cover down to 32.9 % (South Caribbean) and 14.8 % (Atlantic).
No effect has been recorded yet on coral reef fish assemblages in terms of total biodiversity, individuals and
biomass. Global climate change and anthropogenic pressures are principally involved in the coral reef eco-
logical status in Martinique. Regional MPAs projects are under review and could be an environmental issue
for coral reef protection and preservation in the future.
Résumé. – Les récifs coralliens de Martinique font l’objet d’un suivi scientifique depuis 2001, date
de création de la première station de référence IFRECOR dans le département. Progressivement, 4 stations
ont été mises en place sous la forme de transects permanents d’une longueur de 60m et sont échantillonnées
chaque année au cours des saisons sèche et humide. Le recouvrement par les communautés benthiques ainsi
que la structure des peuplements ichtyologiques sont évalués à partir d’un protocole d’observation en plon-
gée. Les communautés, bien que déjà dégradées, présentaient une stabilité relative jusque fin 2005, avec un
taux de couverture moyen de 38,7 % du fond pour les sites coralliens du sud Caraïbe à 22,9 % sur la côte
atlantique. L’épisode de blanchissement qui a touché l’ensemble de la Caraïbe au second semestre 2005 a
entraîné une mortalité des colonies coralliennes évaluée à 14 %. Début 2006, le développement de maladies
spécifiques des coraux a fait à nouveau chuter le taux de corail vivant de 15 %, avec des différences significa-
tives selon les espèces. Globalement, bien que le déclin des récifs ait été amorcé bien avant ces événements
majeurs, la perte en corail vivant sur les récifs de Martinique est évaluée à 30 % en moyenne au cours des
deux dernières années. Ainsi, les taux de couverture moyens en corail évalués au cours des deux suivis de
l’année 2006 n’étaient plus que de 32,9 % à 14,8 % sur les mêmes sites respectifs. Aucun changement signi-
ficatif dans la structure des peuplements de poissons (biodiversité totale, effectifs et biomasse) pris dans leur
ensemble n’a été mis en évidence suite à ces changements écologiques. Le réchauffement climatique et les
nombreuses pressions anthropiques qui s’exercent sur les côtes de l’île sont majoritairement responsables
de cet état écologique. Des projets de réserves marines régionales sont en cours d’étude et devraient per-
mettre de prendre des mesures efficaces de préservation des écosystèmes coralliens de la Martinique dans
les années à venir.
Observatoire
du Milieu Marin Martiniquais, 3 avenue Condorcet. F-97 200 Fort de France
UMR 8046 CNRS-EPHE « Ecosystèmes Aquatiques Tropicaux et Méditerranéens », 52 avenue Paul Alduy, Uni-
versité de Perpignan. F-66860 Perpignan
University of Newcastle, School of Marine Science and Technology, Ridley building. NE1 7RU Newcastle upon
Tyne, U.K.
– 37 –
Situation gÉographique et Économique de l’Île de la Martinique
La Martinique est une île d’origine volcanique (Montagne Pelée – 1396 m) de l’archipel
des Petites Antilles, au sud de l’île de la Dominique et au nord et l’île de Sainte-Lucie, entre les
latitudes 14° 50'N et 14° 23'N et à la longitude moyenne de 64° 12'W. La longueur nord-sud est
d’environ 60 km et sa plus grande largeur de 30 km, pour une superficie de 1128 km2.
La Martinique est un des trois Départements Français d’Amérique (DFA), mais également
une des sept régions ultra-périphériques de l’Union Européenne. La préfecture est Fort de
France. Elle dispose d’un Conseil Régional et d’un Conseil Général. Administrativement, l’île
est divisée en 34 communes.
La population était estimée à 399.000 habitants (source INSEE) en 2006 (en augmenta-
tion de 0,6 % depuis 1999), soit une densité moyenne de 354 habitants par km2 (plus de trois
fois la moyenne nationale : 106 hab/km2). Un tiers des habitants vivent sur le littoral.
Données économiques
Le PIB par habitant s’élevait à 14.823€ en 2003 (source INSEE), soit environ 60 % du
niveau national, valeur élevée à l’échelle de la Caraïbe. Le taux de chômage était de 21 %
(selon la définition BIT) en décembre 2006. L’économie générale repose essentiellement sur
le secteur tertiaire. Le secteur primaire, principalement la culture de la banane et de la canne à
sucre, représentait 7,7 % du PIB en 2000. La pêche et le tourisme dépendent énormément de
l’environnement marin et de sa qualité.
La pêche
La pêche représente 1 % du PIB martiniquais, mais au moins 1,2 % des emplois (Com-
mission Européenne, 2007). En 2004, la flottille totale comptait 1176 embarcations déclarées
et 1294 marins actifs, dont 1215 inscrits à la petite pêche (DRAM, 2005). La même année,
la quantité de poissons pêchés a été estimée à 6.304 ± 1.576 tonnes. La Martinique importe
de grandes quantités de produits de la mer pour satisfaire la demande locale (8.314 tonnes
importées en 2004 – DRAM, 2005). La pêche est essentiellement artisanale. Blanchet et al.
(2002) séparent les ressources halieutiques martiniquaises en : « ressources côtières, principa-
lement démersales » (poissons, crustacés et mollusques des coraux et herbiers) et « ressources
pélagiques hauturières » (espèces migratrices : thons, bonites, daurades coryphènes, espadons,
marlins). Différentes techniques de pêche sont utilisées (Guillou & Lagin, 1997 ; Sacchi et
al.,1981 ; Taquet, 2004). Depuis 1999, 8 cantonnements de pêche ont été mis en place en Mar-
tinique pour favoriser la reconstitution des stocks halieutiques côtiers (décrets 90-094, 90-618,
92-335) (Fig. 1).
Le tourisme
Le tourisme est un secteur clé de l’économie martiniquaise (7 % du PIB et 6 % des emplois
– INSEE / 219,7 millions d’euros en 2005 – Comité Martiniquais du Tourisme). La clientèle
touristique comptait 639.060 visiteurs la même année dont 510.000 touristes de séjour, 90.000
touristes de croisière et 23.000 plaisanciers (source : Comité Martiniquais du Tourisme). Le sud
de l’île est le plus fréquenté (plus de 60 % des touristes de séjour). Ce secteur géographique
concentre 60 % des hôtels homologués et 66 % des chambres (98 hôtels en 2005 – 4.673 cham-
bres – taux d’occupation moyen de 56,5 % – source INSEE). Le chiffre d’affaire de la plongée
sous-marine a été évalué à 15 millions de francs en 1996 (Gabrié, 1998).
Pressions
L’environnement marin local est menacé par les activités agricoles. Les cultures de la
banane (11.000 ha plantés, 260.000 tonnes exportées) et de la canne à sucre (3.000 ha) consti-
tuent les deux plus grosses sources de pollutions phytosanitaires. Les terres agricoles comp-
tent 33.000 ha. Les cours d’eau sont pollués, à des niveaux très élevés, en azote, phosphore,
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pesticides, par des matières en suspension. La présence de micro-polluants (métaux lourds,
pesticides) (Pons, 1988), à des concentrations importantes, est inquiétante (baie du Marin :
argent [10,4 mg.kg-1 poids sec] ; plomb [0,5 mg.kg-1 poids sec] – RNO, 2006). Les origines
de ces pollutions sont connues : industries chimiques, raffineries, lixiviats de décharges, rejets
urbains. Les problèmes émanent également des rejets d’épuration collectifs, des dispositifs
d’épuration individuels, des rejets de l’industrie agroalimentaire (distilleries), et des carrières
(SDAGE, 2002).
Figure 1. – Répartition des zones récifales, d’herbiers et de mangroves sur le littoral de la Martinique et localisation
des 4 stations de suivi IFRECOR (OMMM, 2006b). Coral reefs, seagrass and mangroves map along the coast of
Martinique and location of the 4 IFRECOR monitoring sites (OMMM, 2006b).
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Les récifs coralliens de Martinique
Les mangroves
Les mangroves occupent 1800 ha de littoral, dont 1200 dans la baie de Fort de France
(Brossard et al., 1991). Elles sont généralement formées d’une ceinture maritime à Rhizophora,
suivie d’une ceinture arbustive à Rhizophora, Avicennia et Laguncularia, une ceinture fores-
tière interne dominée par Rhizophora et une ceinture forestière externe, dominée par Avicennia
et Laguncularia (Brossard et al., 1991).
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Biodiversité marine en Martinique
La complexité structurelle des récifs de la Martinique favorise le développement de peu-
plements benthiques d’une grande biodiversité. D’après Bouchon & Laborel (1986), 45 espè-
ces de coraux (Hydrocoralliaires et Scléractinaires) sont présents sur les côtes de l’île. Des
inventaires des poissons pélagiques, de récifs et mangroves ont dénombré environ 300 espèces
(Bouchon-Navaro & Louis, 1986 ; Bouchon-Navaro et al., 1992 ; Louis et al., 1995 ; Bouchon-
Navaro, 1997). Lamy et al. (1984) ont recensé 370 espèces de mollusques lors de la mission
Corantilles 2. Le peuplement de spongiaires compte 70 espèces identifiées (Vacelet, 1984) et
35 espèces de gorgones ont été inventoriées entre la surface et –35 m par Philippot (1986). Un
inventaire des peuplements algaux de la Martinique est actuellement en cours. A ce jour plus
d’une centaine d’espèces ont été identifiées (OMMM, données non publiées). La population
de reptiles marins compte 5 espèces (Fretey, 1990) dont deux principales, Chelonia mydas et
Eretmochelys imbricata. Des cétacés fréquentent les eaux littorales : 14 espèces ont été identi-
fiées en 2003 (SEPANMAR, 2003).
Tableau I
Évaluation des biens et services rendus par les récifs coralliens en Martinique (de ‘Très important’à ‘Peu important’).
Estimation of goods and services of coral reefs in Martinique (from ‘Very High’to ‘Very Low’)
La pêche artisanale
Les récifs contribuent à la production halieutique locale, bien qu’aucune donnée statis-
tique de débarquement n’ait été collectée régulièrement depuis le milieu des années 1990.
L’activité de pêche dans les zones récifales, ou petite pêche, vise trois types de ressources :
poissons, crustacés et mollusques (Gobert, 1990, 1991a, 1991b). Les engins de pêche peu
sélectifs caractérisent des pêcheries multispécifiques (Gobert, 1989). Les casiers positionnés
sur les cayes capturent des poissons de toutes espèces et de toutes tailles, y compris des juvé-
– 41 –
niles, contribuant au déclin des stocks halieutiques sur le plateau continental. Les trémails à
langoustes (Panulirus argus et P. guttatus), trémails à lambis (Strombus gigas) et filet droit
de fond à poissons sont responsables de nombreuses captures accidentelles de tortues chaque
année. Plus de 90 % de l’effort de pêche est concentré sur les récifs (DRAM, 2005). En plus de
la pêche artisanale au casier et au filet, la pêche à la ligne et la chasse sous-marine participent
de manière non négligeable à l’exploitation des ressources.
La pêche professionnelle est quantifiable. Par contre, la pêche plaisancière ne l’est pas,
alors que cette activité de plaisir ou de subsistance a sans doute un impact important sur les
ressources disponibles.
Le tourisme
Les activités touristiques principales sur l’espace maritime sont les promenades en mer,
bateaux à fond de verre, location de bateaux de plaisance et de scooters des mers, pêche au
gros et plongée sous-marine, cette dernière tirant le plus de bénéfices des récifs coralliens en
Martinique. Trente six clubs sont présents, majoritairement localisés sur le littoral Caraïbe. En
2004, le nombre de plongées était estimé à 160.000 par an, réparties sur 107 sites de plongées
répertoriés (OMMM, 2004a). L’évaluation de l’effort de plongée a montré une répartition
inégale selon les sites, de quelques dizaines de plongées/an à plus de 10.000 plongées/an,
bien au delà des seuils recommandés dans la littérature (Barker & Roberts, 2004 ; Dixon et
al., 1994)
– 42 –
L’IFREMER, présent en Martinique depuis 1970, concentre ses activités sur l’aquaculture
tropicale marine et le développement de la pêche au large, sur DCP. Les travaux menés dans la
station locale ont favorisé la création de fermes aquacoles et la relance de l’activité halieutique
par la pêche des poissons pélagiques sur les DCPs. L’IRD n’a plus de pôle halieutique depuis
1996. Un SIH (Système d’Informations Halieutique) vient d’être mis en place à IFREMER.
– 43 –
Peuplement ichtyologique
Les poissons sont identifiés et dénombrés sur 5 « bandes-transects » (5 échantillons) de 30 m de long sur 2 m
de large, soit une surface totale échantillonnée de 300 m2. Le comptage est réalisé à vitesse régulière. Les relevés
sont limités à un nombre restreint d’« espèces cibles » (Bouchon et al., 2003), regroupant l’ensemble des catégories
trophiques et certaines familles indicatrices de l’état de santé du récif, ou d’intérêt commercial (Hodgson & Liebeler,
2002 ; Lewis & Wainwright, 1985).
Tableau II
Classes d’abondances et de tailles utilisées lors du comptage visuel des espèces cibles de poissons pour les campagnes
de suivi IFRECOR Martinique. Abundance and size classes used in visual census of fish during the IFRECOR
survey in Martinique
Classes 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
Abondance 1 2 3-5 6-10 11-30 31-50 51-100 101-300 301-500 501-1000
Les résultats des suivis écologiques des stations IFRECOR de Martinique montrent globa-
lement une stabilité dans la composition des communautés benthiques jusqu’à la fin de l’année
2005, puis un déclin général des taux de couverture en corail, plus ou moins marqué selon les
sites (Fig. 2a). Cette transition est largement due au phénomène de blanchissement qui a touché
l’ensemble de la Caraïbe au second semestre 2005 et entraîné la mort d’un grand nombre de
colonies coralliennes (environ 14 % – OMMM, 2006a).
L’évolution des peuplements coralliens sur l’ensemble des sites échantillonnés montre
une diminution de la couverture totale en coraux, comprise entre 19,6 et 28,6 % (Tab. III).
Les classifications hiérarchiques réalisées à partir des données de recouvrement total par site,
toutes catégories benthiques comprises, isolent les échantillons de 2006 des autres campagnes
de suivi (Fig. 2b), isolement particulièrement bien marqué sur les sites Pointe Borgnesse et îlet
à Rats. Cette observation est moins flagrante sur le site Fond Boucher, où le % de couverture
corallienne était en progression régulière depuis le début des suivis.
– 44 –
Figure 2. – (a) Évolution de la couverture benthique totale dans le temps pour chacune des stations de suivi de l’état
de santé des récifs coralliens de Martinique (données en % de chaque catégorie benthique sur 60 m de transect
échantillonnés) et (b) résultats des classifications hiérarchiques réalisées sur les % de couverture des catégories
benthiques pour chaque site (Jardin Tropical n’a pas était pris en compte en raison de 2 années d’échantillonnage
seulement). (a) Benthic communities changes over each coral reef monitoring sites in Martinique. (bars are % of
each benthic class over the 60m long transect) and (b) cluster analysis results based on % of benthic classes over each
site (Jardin Tropical has not been analysed due to only 2 years sampling).
– 45 –
Tableau III
Évolution de la couverture corallienne entre le premier suivi et l’année 2006 pour chacun des sites (corail vivant).
Coral cover changes between the first survey and the 2006 campaign at each monitoring site (live coral)
Sites – 1er suivi / dernier suivi Evolution de la couverture Perte en corail entre le premier suivi
en corail vivant ( %) et le dernier suivi ( %)
Ilet à Rats – 2003 / 2006 26 / 19,5 - 25
Jardin tropical – 2005 / 2006 42 / 30 - 28,6
Pointe Borgnesse – 2001 / 2006 28,4 / 20,6 - 27,5
Fond Boucher – 2002 / 2006 18,9 / 15,2 - 19,6
Ces différences dans la composition des communautés benthiques reflètent des diminu-
tions significatives des taux de couverture en corail sur l’ensemble des sites échantillonnés. Par
exemple, sur le site Pointe Borgnesse, où le suivi est le plus ancien, la comparaison des % de
couverture en corail entre saison sèche et saison humide jusqu’à fin 2005 ne donne pas de dif-
férence significative (Mann-Withney), montrant qu’il n’y a pas de variation saisonnière dans la
composition du peuplement. Par contre, la comparaison des moyennes de couverture benthique
en corail, avant et après 2005, met en évidence une perte significative en corail vivant sur ce
site (Mann-Withney, p = 0,0451).
Dans tous les cas, la diminution de surface en corail est compensée par l’augmentation du
turf ou gazon algal, progressivement remplacé par des macroalgues, plus ou moins rapidement
selon les sites, comme les Chlorophycées à l’îlet à Rats, ou les Phéophycées à Pointe Borgnesse
et Jardin Tropical.
Des changements significatifs de la composition spécifique des peuplements coralliens
sont également mis en évidence, en particulier lors de la transition 2005/2006. C’est le cas pour
Agaricia agaricites et Porites porites sur Fond Boucher (Fig. 3) avec des chutes respectives du
recouvrement de 5,5 % en décembre 2005 à 0,2 % en décembre 2006 et de 3 % en décembre
2005 à 1,1 % en décembre 2006. Le peuplement majoritaire du genre Monstastraea sur Pointe
Borgnesse passe de 21,2 % en moyenne avant 2005 à 13,5 % fin 2006. À Jardin Tropical, l’en-
semble du peuplement semble avoir été affecté de la même manière.
Figure 3. – Evolution de la composition du peuplement benthique pour chacun des sites de suivi des récifs coralliens
échantillonnés en Martinique (données en % de la couverture totale en corail). Coral species cover changes over
each monitoring site (bars are % of each species over the total coral cover).
– 46 –
Les effets du blanchissement corallien de 2005
Au second semestre 2005, la région Caraïbe a connu une augmentation importante de
la température des eaux marines de surface, à plus de 30°C sur certains sites, en Martinique
notamment. L’ampleur du phénomène a mobilisé les scientifiques de toute la région pour tenter
d’évaluer le taux de corail affecté (Tab. IV).
Tableau IV
Pourcentage moyen de blanchissement observés dans différents pays de la Caraïbe au cours du second semestre 2005
(données issues des indications relatives au blanchissement pour la période septembre-octobre 2005 et compilées
de ReefBase, Coral List et autres sources. D’après NOAA Coral Reef Watch). Preliminary bleaching report data for
September-November 2005, compiled from ReefBase, Coral List, and other sources.
La méthodologie du « point intercept » a été employée pour évaluer les taux de blanchis-
sement en 2005 sur des transects de 75 m (150 points par transect – 1pt/50cm) aux sites Pointe
Borgnesse et Jardin Tropical en Martinique. Lors des suivis de novembre 2003 sur Pointe Bor-
gnesse, un épisode de blanchissement avait été répertorié, avec 23 % de coraux blanchis. En
novembre 2005, le blanchissement a été évalué à 76 % de la surface totale des coraux du site.
Le genre le plus touché a été Montastraea.
Le profil des températures enregistrées sur le transect permanent à 12 m de profondeur
indique une montée de la température dès juillet et une persistance de températures élevées
(supérieures à 29,5°C) jusqu’à la première semaine d’octobre (Fig. 4). Le niveau de tempéra-
ture et la persistance, en accord avec les images satellites NOAA (Goreau & Hayes, 2005), sont
les deux facteurs ayant provoqué le blanchissement observé au second semestre 2005.
Les effets secondaires du blanchissement (Williams et al., 1987) de fin 2005 ont eu un
impact non négligeable, à la fois sur certaines espèces des genres Agaricia, Millepora et Porites
(espèces à croissance rapide et extrêmement sensibles au blanchissement) et sur les colonies de
grande taille du genre Montastraea. Des analyses de la mortalité post-blanchissement au premier
semestre 2006 montrent des taux de mortalité récente (dans les 6 derniers mois) de 100 % chez
A. agaricites et de 50 à 80 % dans les colonies de Montastraea de Pointe Borgnesse (OMMM,
données non publiées). La mortalité observée est essentiellement due au développement des
maladies (Lafferty et al., 2004) apparues dans les colonies affaiblies par le blanchissement, et
plus globalement par les effets du réchauffement climatique (Harvell et al., 2002). Les zones
dégradées sont rapidement colonisées par un gazon algal fin (turf). En juillet 2006, le taux de
mortalité des coraux dû au développement des maladies était d’environ 15 %.
– 47 –
Figure 4. – Profil de températures enregistré par le thermographe de la station Pointe Borgnesse entre juillet et décembre
2005 (capteur EBRO EBI 85A). La température élevée en juillet (29°C) continue à augmenter jusqu’à fin août et se
maintient au dessus du seuil de température limite du blanchissement (29,5°C) jusqu’à début octobre. La chute brutale
de la température de 1,5°C début août est inexpliquée, peut être en relation avec de fortes pluies. Celle observée début
octobre de presque 2°C est sans doute liée au changement du thermographe et à un problème de calibrage. Temperature
profile at Pointe Borgnesse between July and December 2005 (Logger EBRO EBI 85A). Temperature raised above
the bleaching limit threshold (29.5°C) mid August until 1st week October. The 1.5°C temperature drop beginning of
August is not explained, but could be related to heavy rains. The second drop (2°C) in October has been correlated
to the change and calibration of a new logger.
Figure 5. – Évolution du recrutement corallien entre 2005 et 2006. Le blanchissement du corail fin 200 a
considérablement affecté les capacités physiologiques de reproduction. Corals recruitment in 2005 and 2006.
The 2005 bleaching event has significantly affected corals reproduction.
– 48 –
Evolution du peuplement ichtyologique de la Martinique depuis 2001
Figure 6. – Abondance relative ( %) des différentes familles de poissons récifaux présentes sur chacun des sites
de suivi de la Martinique. Relative abundance ( %) of reef fish families in each of the 4 coral reef monitoring sites
of Martinique.
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La famille des Pomacentridae domine largement le peuplement ichtyologique avec plus
de la moitié des effectifs totaux (56 à 75 %), à l’exception du site Pointe Borgnesse. Trois
autres familles occupent une place majeure dans la composition du peuplement : Labridae,
Scaridae et Haemulidae (Tab. V).
Tableau V
Composition du peuplement ichtyologique (espèces majoritaires > 3 %) des quatre stations du suivi IFRECOR en
Martinique. Fish population (species > 3 %) at all the IFRECOR monitoring sites in Martinique.
Tableau VI
Densité et biomasse moyennes des peuplements de poissons à chaque station de suivi IFRECOR en Martinique. Mean
fish density and biomass at each IFRECOR monitoring site in Martinique
Le site Jardin Tropical présente une biomasse moyenne équivalente à celle du site Pointe
Borgnesse, mais une densité deux fois supérieure. Cette différence entre les deux sites géo-
graphiquement proches serait expliquée par le statut de cantonnement de pêche du second
secteur.
– 50 –
Figure 7. – Densités (ind/300 m2) et biomasses (kg/300 m2) moyennes de poissons des différents sites de suivi de
la Martinique toutes espèces confondues. Mean fish density (ind/300 m2) and mean fish biomass (kg/300 m2) over the
4 coral reef monitoring sites of Martinique (all species together).
L’évolution des peuplements, sur la base des principales familles, a été analysée (test de
Spearman), et a révélé des différences significatives de la biomasse moyenne pour la famille
des Lutjanidae seulement à Fond Boucher (Rs = 0,792 ; p = 0,014).
L’analyse du peuplement par classe de taille met en évidence des variations intra-annuel-
les significatives de l’abondance des effectifs de la classe 0-5 cm (Mann-Whitney, U = 30,0 ;
p = 0,004 ; Fig. 8). Pendant la saison sèche, les effectifs sont trois fois plus élevés (745 ± 794
ind/300 m2) qu’à la saison humide (215 ±168 ind/300 m2). Cette différence illustre le recru-
tement larvaire de nombreuses espèces à la saison sèche (Munro, 1983 ; Watson & Munro,
2004). L’analyse détaillée des proportions des effectifs des différentes classes de taille du site
Pointe Borgnesse montre une saisonnalité du recrutement de juvéniles très marquée chez les
Pomacentridae (Mann-Whitney, U = 30,0 ; p = 0,009) et les Scaridae (U = 22,9 ; p < 0,001).
Figure 8. – Évolution des effectifs (ind/300 m2) des poissons de la classe de taille 0-5 cm sur les 4 sites de la
Martinique en fonction du temps (décembre étant la fin de la période des pluies et juin la fin de la période sèche). Over
time changes in the number of fishes (ind/300 m2) sized 0-5 cm over the 4 coral reef monitoring sites of Martinique
(December = end of the rain season ; June = end of the dry season).
– 51 –
La diversité du peuplement de poissons des sites de suivi IFRECOR de la Martinique
(111 espèces) est inférieure à celle rencontrée dans le golfe du Mexique et d’autres îles de la
Caraïbe (Loreto, 2003 ; Pattengill-Semmens & Gittings, 2003), mais reste néanmoins similaire
à celle observée par Grober-Dunsmore et al. (2006) autour de l’île de St John, voire supérieure
à certaines mesures faites à Cuba et Puerto Rico (Claro, 2003 ; Aguilar et al., 2004 ; Bejarano-
Rodríguez, 2006).
Le peuplement de poissons de la Martinique est constitué de quatre familles majeures,
prépondérantes dans tout l’arc antillais (Pomacentridae, Labridae, Scaridae et Haemulidae)
qui comptabilisent plus de 85 % de l’effectif total des peuplements étudiés en Martinique. Au
sein de ce groupe, les Pomacentridae comptent pour plus de 50 % des effectifs de poissons
(excepté à Pointe Borgnesse).
Les valeurs des densités et biomasses ne montrent aucune tendance évolutive reflétant une
stabilité dans la structure des peuplements. Toutefois, l’îlet à Rats se démarque des autres sites
par une richesse spécifique faible et des valeurs basses de densité et biomasse, probablement
en lien avec sa localisation géographique dans une baie semi-fermée de la côte atlantique, sou-
mise à de fortes pollutions et une hypersédimentation régulière.
Les classes de tailles inférieures à 10 cm comptabilisent 87 % des effectifs des peuple-
ments ichtyologiques des stations IFRECOR de Martinique. Les fortes variations de densité
des individus de la classe de taille 0-5 cm observées chaque année soulignent le caractère
saisonnier du recrutement.
L’épisode de blanchissement des coraux qui a fortement touché la Martinique fin 2005 n’a
pas montré d’impact significatif à ce jour sur la structure qualitative et quantitative des peuple-
ments de poissons récifaux. La campagne de suivi 2006 est probablement trop proche de cet
épisode pour que les changements soient significatifs. Les suivis ultérieurs permettront de voir
l’évolution du peuplement ichtyologique en réponse à la forte mortalité des coraux.
REMERCIEMENTS
Remerciements aux bénévoles de l’Observatoire du Milieu Marin Martiniquais qui ont participé à la récolte des
données et sans qui ces suivis ne seraient pas réalisables : Bernard Renaudie, Josiane Mahieu, Claude Séraline, Laurent
Juhel, Gil Delouche. Remerciements à l’équipe UAG DYNECAR (Claude Bouchon, Yolande Bouchon, Max Louis et
Pedro Portillo) pour leur participation à la récolte des données sur les stations Pointe Borgnesse et Fond Boucher. Le
programme IFRECOR Martinique est soutenu financièrement par le Ministère de l’Ecologie, du Développement et
de l’Aménagement durable (DIREN Martinique – Gilles Battedou), le Ministère de l’Intérieur, de l’Outre-Mer et des
Collectivités Territoriales, le Conseil Régional de Martinique, et l’Union Européenne (FEDER).
RÉFÉRENCES
Les documents marqués d’une * sont consultables à l’Observatoire du Milieu Marin Martiniquais. Certains peuvent être
téléchargés sur le site http ://www.ommm.org
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