Arthur Ribaud, Les Cahiers de Douai, « Les
Effarés », 1870
Quelques éléments pour une introduction :
Contextualisation historique : poème qui dénonce le contexte social et le second Empire. Napoléon
entreprend de faire la guerre à la Prusse en 1870. Il perd l’Alsace et la Lorraine. Guerre mal préparée, d’où
des émeutes à Paris qui vont renverser le second Empire. Grave famine au cours de l’hiver 1870.
Poème de forme régulière : 12 tercets, 2 octosyllabes + 1 tétrasyllabe (4 syllabes)
Question :
- Dans quelle mesure Rimbaud exprime-t-il sa propre vision du monde à travers ce poème ?
- En quoi ce poème est-il un cri de révolte ?
- Comment Rimbaud fait-il de la dénonciation de la misère une œuvre esthétique et provocatrice ?
Mouvements : ce sont les différentes étapes du récit qui les définissent.
I. 5 premières strophes : un tableau pathétique : celui de la misère
II. 7 dernières strophes : la finalité satirique du poème
Exemples Procédés d’écriture / figures de Analyse / interprétation
style
1er mouvement : tableau pathétique
1er tercet v.1 Oxymore / antithèse Opposition des couleurs blanc / noir
Symbolique des couleurs : blanc -> pureté ;
Noirs -> saleté liée aux enfants
Le poème débute par la mise en valeur de
caractéristiques mais les enfants
n’apparaissent que dans la deuxième
strophe (effet de retardement) : « cinq
petits »
Hostilité du climat par la coordination des
deux CC temps météorologique -> saison
Au grand soupirail Ouverture sur un espace sous terre mais ce
soupirail, par un effet inattendu, est associé à
la lumière (proposition subordonnée relative)
qui surgit -> le regard des enfants est attiré
par cette lumière soudaine
Leurs culs en rond Expression familière Terme inattendu en poésie (-> poème
moderne) Réalisme ? Satire ?
Enfants réduits à un élément de leur
physique (métonymie)
Insistance sur l’idée de rondeur
A genoux Dernière caractéristique avant la découverte
de l’identité. Position symbolique (mise en
valeur de cette position -> elle est mise en
début de vers et suivie d’une virgule donc
d’une pause) :
Position de supplication (dimension
religieuse) ou d’adoration
Position de misère sociale (infériorité)
Cinq petits Groupe nominal sujet du verbe Jeune âge des enfants qui sont évoqués
« regardent » pour la 1ère fois
Effet de contraste avec le grand soupirail
- misère !- Proposition incise (qui interrompt Le poète s’exprime : pitié (registre
le vers et donne momentanément pathétique) ou indignation (registre
la parole au poète) polémique)
V. 5 et 6 Enjambement Deux attitudes opposées : les enfants sont
statiques / passifs alors que le boulanger est
dans l’action.
Valorisation du travail du boulanger qui clôt
ces deux premiers tercets par les deux
adjectifs : lourd (caractère nourrissant) et
blond (beauté du pain)
Points de suspension : rêverie des enfants
qui aimeraient goûter ce pain (sentiment
d’envie)
-> 2 premières strophes qui contextualisent
3ème tercet : le fort bras blanc qui Enjambement Force du boulanger désigné par son bras
tourne / La pâte grise 2 PSR Vivacité des actions
Et qui l’enfourne La pâte grise devient blonde à la cuisson : le
boulanger comme figure du magicien
Dans un trou clair Expression proche de l’oxymore La lumière du four qui est ainsi mentionnée
4ème tercet 1er sens : la vue « ils voient »
Ils écoutent le bon pain cuire Sollicitation des sens 2ème sens : l’ouïe (ils écoutent)
L’adjectif « bon » est aussi un signe de leur
envie
Le boulanger au gras sourire / Chante Gras sourire – Critique de la bourgeoisie et
un vieil air de l’aisance financière
Joie / gaîté de l’homme alors que les enfants
meurent de faim : injustice d’une société que
Rimbaud dénonce.
5ème tercet Reprise anaphorique du pronom Il s’agit du point de vue des enfants (la scène
« ils » sujet des verbes est perçue à travers leur regard)
Ils sont blottis 1er hémistiche qui reprend la Manière de lutter contre le froid
position de la première strophe
Pas un ne bouge/Au souffle du 2ème hémistiche puis enjambement Mise en valeur de leur immobilité : les
soupirail rouge/Chaud comme un sein Négation totale enfants sont captivés par ce spectacle.
Pourvoir magique de la couleur « rouge » et
de la chaleur
Comparaison « chaud comme un Foyer maternel ou chaleur maternelle qui fait
sein » défaut aux enfants
Rimbaud décrit avec réalisme la misère des enfants et l’amplifie par un effet de contrastes
2ème mouvement : la finalité satirique pour insister sur une misère physique et morale face à la cruauté
d’une société injuste
Ce mouvement commence par une reprise
anaphorique de la conjonction de
subordination « quand » introduisant un CC
de tps (la proposition principale apparaît au
vers 23)
Fascination des enfants pour
le travail du boulanger
Pendant que minuit sonne Proposition subordonnée Proposition qui met en avant l’anormalité de
conjonctive la situation
CC de temps
Façonné, pétillant et jaune 3 adj qualificatifs Vision méliorative
Rythme ternaire
Sous les poutres enfumées Paradoxe : élément négatif d’une scène
positive
Chantent les croûtes parfumées personnification Triple sollicitation des sens (synesthésie) :
ouïe, vue, odorat – moment de bonheur,
paroxysme
Les grillons Animaux qui sont mieux traités que les
enfants
Qd ce trou chaud souffle la vie Synthèse de ce qui a été décrit auparavant
Ils ont leur âme si ravie / Sous leurs Adv d’intensité « si » Spectacle qui a un pouvoir sur l’âme des
haillons enfants -> contentement. Les enfants
semblent transportés à cette vue
Contraste entre ce ravissement et leurs
habits « haillons » (rêve / réalité)
Ils se ressentent si bien vivre Récurrence de l’adverbe qui L’illusion de la vie derrière le soupirail est le
permet d’introduire une proposition centre d’intérêt de ces enfants
subordonnée de conséquence
« qu’ils sont là, tous,… »
Les pauvres petits pleins de givre Double connotation de l’adjectif Tonalité pathétique
« pauvre » Opposition des termes « givre » et « trou
chaud »
Collant leurs petits museaux roses Animalisation des enfants renforcée par des
bruits inaudibles « chantant des choses »
+ le terme « grillage » (animaux en cage ?)
ou « entre les trous ». Tous ces éléments ne
sont-ils pas là pour donner un sens au titre
du poème,
Avant-dernière strophe Lexique de la religion : Tonalité sans doute ironique : les enfants se
comparaison « comme une prosternent devant le soupirail comme ils le
prière » + « lumière » + « ciel » feraient devant Dieu. Le soupirail devient le
ciel divin
Une précision excessive : « mais bien bas »
Mais le rouge du four peut aussi faire
référence à l’Enfer -> l’enfer d’un monde
inaccessible ? (lieu de séduction)
Dernière strophe Ce dernier tercet montre l’inefficacité de ces
[Chantant des choses… ] Si fort, qu’ils prières.
crèvent leur culotte… Retour à la première strophe :
Froid : leur lange blanc tremblote
Vent d’hiver
Leurs culs -> ils crèvent leur culotte
Allitération en [r] qui renforce cette idée
de froid
Rejet de l’expression « Au vent
d’hiver... » qui clôt cette critique sociale.
Les points de suspension achèvent le
poème en insistant sur l’émotion du
poète qui semble dans l’incapacité
d’écrire (le silence à la place des mots)
Conclusion :
- Poème qui met en scène des enfants pour dénoncer la misère sociale. Procédé récurrent dans la littérature
du XIXème siècle (Cf. Hugo, aussi bien dans ses romans comme Les Misérables que dans ses poèmes
comme « Souvenir de la nuit du 4 » ou « Melancholia »)
- Finalité du poème : susciter la compassion du lecteur, des classes sociales privilégiées
- Mais aussi critiquer le pouvoir et la religion
- Versification singulière et moderne pour amplifier la puissance de son message (l’art de la poésie au service
de la révolte)