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Sociabilité publique et espaces urbains

Cet article examine les espaces publics urbains, en particulier les places publiques, comme des territoires de sociabilité publique. Il définit les concepts d'espace, de place et de sociabilité, tout en analysant leur rôle historique et leurs usages contemporains. La conclusion aborde les enjeux de la sociabilité publique et des territoires associés, soulignant que ces espaces sont en constante évolution et influencés par des normes sociales et des dynamiques de pouvoir.

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Sociabilité publique et espaces urbains

Cet article examine les espaces publics urbains, en particulier les places publiques, comme des territoires de sociabilité publique. Il définit les concepts d'espace, de place et de sociabilité, tout en analysant leur rôle historique et leurs usages contemporains. La conclusion aborde les enjeux de la sociabilité publique et des territoires associés, soulignant que ces espaces sont en constante évolution et influencés par des normes sociales et des dynamiques de pouvoir.

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Arch. 8 Comport. I Arch. Behav., Vol. 4, no. 2,p.

111-132 (1988)

La sociabilite publique et ses territoires -


Places et espaces publics urbains
Perla Korosec-Serfaty
University of Kansas
School of Architecture and Urban Planning
Marvin Hall
Lawrence, Kansas 66045
USA

Dans cet article, nous approchons les espaces publics urbains en gknkral, et les
places publiques en particulier, comme les territoires par excellence de la 'sociabilitk
publique'. Aprh avoir defini les concepts d'espace public, de place et de sociabilitk,
nous dkcrivons de deux fagons les usages et representations des places publiques. Nous
analysons, d'une part, rapidement leur r6le historique et les conceptions de la sociabi-
lit6 publique qui les sous-tend. D'autre part, et nous r6f6rant ii nos travaux, nous mon-
trons quels en sont les usages et reprksentations aujourd'hui. Notre conclusion est une
rkflexion plus genkrale sur les enjeux de la sociabilitk publique et sur ses temtoires.

Summary
In this paper, we treat of urban public spaces in general and of public places in
particular, as representing an exemplary form of public sociability. Having defined the
terms 'space', 'place' and 'sociability', we describe in two different ways the way public
places are being used and represented. We analyse briefly, on the one hand, their his-
torical role and the conceptions of public sociability which underlies them. On the
other hand, and referring to our own research, we show how they are used and repre-
sented today. We conclude with a more general reflexion on the stakes involved in
public social life and on its spaces.

Les espaces publics urbains sont des temtoires collectifs de forme, de style et de
taille variable, sans 'possesseur' unique, en principe ouverts tous les membres de la
sociktk, caractkrids ii la fois par une grande variktk de pratiques et par la prksence d'un
grand nombre d'usagers. Ainsi peut-il s'agir d'espaces physiques aussi diffkrents que des
rues, des places, des cimeti$res, des parcs et des jardins publics, des couloirs et des sta-
tions de metro, des abris de bus, des terrains vagues urbains, etc.

1.l.Espaces publics interieurs: conditions d'usage

1 .I .I. La question du contrdle


L'absence ou l'existence de limites physiques conduit ii distinguer les espaces pu-
blics interieurs des espaces publics exterieurs. Les murs, les toits et les portes posent
112 Perla Korosec-Serfaty

la question du contr6le de l'acds, mais aussi des rhgles de jouissance du lieu, ou, pour
reprendre une forme cClkbre, nous conduisent h nous demander: "Who's the master?",
c'est-h-dite qbi en dCtient les clCs, en contr6le les pratiques, qui en filtre les entrees?
I1 s'agit lh d'une double question, qui pone non seulement sur l'ouverture sociale
d'un lieu, mais aussi sur la ddfinition des usages sociaux possibles de ce lieu, en
d'autres termes, sur les normes qui en rkgissent les pratiques.
Cette double question peut Ctre pos6e propos de beaucoup de tenitoires dont le
propriktaire est en fait la communautC: Ccoles, universites, thCdtres et musCes na-
tionaux. Mais elle est aussi pertinente dans le cas de lieux dont l'image publique est
plus ambiguc, les centres commerciaux intCrieurs modernes, par exemple, dont les
propriktaires sont gCnCralement des sociCtes commerciales privCes. Ces espaces,
quoiqu'en apparence 'publics', vident les rues avoisinantes de leurs usagers, mais ne
sont gCrCs qu'en fonction d'un but unique, de nature commerciale (Beauregard, 1986).
11s ont leur police privCe qui en rkgle les usages. Certaines pratiques ludiques rbcentes y
sont organides par les propriCtaires, ou tolCrCes apr2s obtention de leur accord (Brown
et al., 1986), alors que d'autres pratiques traditionnelles associkes aux temtoires collec-
tifs, comme les rassemblements spontanCs ou organisCs dans un but rCcrCatif ou
politique, y sont interdites. En d'autres termes, en dCpit d'une image publique d'ouver-
ture et d'accessibilitC sans limites, ces espaces sont physiquement ('objectivement')
clos et socialement sClectifs.

Fig. 1
La pratique des espaces pu-
blics int6rieurs implique
ISint6riorisation de norrnes
d'usage, ou regles qui d6finis-
sent les conduites socialement
reconnues cornme adequates B
un lieu donne. Ici, la rnise en
scene d'un rituel religieux
(Crystal Cathedral, Garden
Grove, Californie, USA. Philip
Johnson, Architecte).

The practice of interior public


spaces involves the "interiorisa-
tion" of standards or rules
defining the behaviours which
are socially recognised as rela-
tive to a given place. Here, a
religious ceremony (Crystal
Cathedral, Garden Grove,
California, USA. Philip Johnson,
Architect).
-
La sodabitit6 publique et ses territoires Places et espaces publics urbains 113

1.I .2. Conditions d'ouverture sociaIe


La limitation des usages, comme celle des usagers des espaces intCrieurs dits pu-
blics mais ldgalement privds, peut Ctre rapprochde d'autres situations. L'accks h une
salle de cinema, un thtitre, un stade couvert, impliquent I'achat d'un billet d'entrCe.
L'usager doit, par ailleurs, aussi remplir les normes d'usage du lieu pour y Ctre toltrt?.
Par norme d'usage, nous entendons les rhgles de comportement qui permettent
d'identifier les conduites comme adQuates h un lieu donn6: le silence et le recueille-
ment h l'tglise, les paroles chuchotCes ou l'interdiction de toucher aux objets dans les
mudes, etc... I1 s'agit donc d'un 'programme' au sens oil Barker (1987) I'entend h pro-
pos des behaviour settings. Qu'il s'agisse d'un espace intdrieur, privd ou public sur le
plan legal, la maitrise d'un savoir en tant que prdalable h son usage constitue une
source de limitation de son caract&re'public'. Le restaurant gastronomique est un lieu
privt accessible h un public s@ifique, qui non seulement remplit des conditions Cco-
nomiques donnCes, qui a des manihres de table jugdes adtquates, mais aussi qui montre
qu'il a assimild certaines conventions en matikre de goat et de la ddfinition du 'bien-
manger'.
114 Perla Korosec-Serfaty

S'il est vrai que les espaces publics inttrieurs opbrent comme des espaces dont les
usagers suivent des r2gles d'action (action rules, Abelson, 1980), il faut toutefois
ajouter que les rLgles et le programme lui-mCme peuvent Ctre faci1emt:at modifits, B
l'initiative de l'autoritk responsable du lieu par exemple. Un prCtre peut encourager la
participation active de ses paroissiens aux rites, un mude va prtvoir des manipulations
d'objets, un maire pourrait autoriser des concerts dans un espace public, un hall de gare
peut-&re. La manikre dont le programme est appliqut par des sujets actifs et en
possession d'un certain savoir sur les lieux et leurs usages possibles crte ce que Wicker
(1987) nomme une 'dynamique interne' B l'espace social. Celle-ci est intimement liCe
aux motivations des sujets. Elle est aussi B l'oeuvre dans I'ensemble des micro-actions
et des micro-evknements qui influencent Ie sens d'un lieu public de manikre continue et
souvent anonyme: graffitis, destruction ou deplacement du mobilier public, usage de
lieux interdits d'accks, etc.
La connaissance, la maitrise et donc l'appropriation des normes d'usage d'un es-
pace public Cquivaut l'appropriation de sa culture ou du contexte culture1 dans lequel
il s'insbre. C'est cette maitrise qui transforme un outsider en insider, capable non seu-
lement de lire mais aussi d'interpreter l'espace public en tant qu'environnement phy-
sique et social. Ce passage de la lecture du message manijieste du lieu 2 son message
latent implique une familiaritt avec le lieu, et donc que soient prises en compte, dans
l'analyse des conditions d'ouverture sociale d'un espace public inttrieur, la dimension
temporelle et la dynamique de toute acquisition de savoir.

Fig. 3 Les centres commerciaux extbrieurs reprennent souvent la thbmatique de I'espace public comme terri-
toire de sociabilitb publique positive B travers des recours B I'ornementation et la placement d'objets d'art,
dans un effort pour masquer leur rdle reel d'espace de spectacle et de consommation (Ghirardelli
Square, San Franasco, USA).
Exterior commercial centres often equate public space to a place for positive public social life by means
of ornamentation and the display of art works, this in order to disguise their function as show and con-
sumption spaces (Ghirardelli Square, San Francisco, USA).
La soaabili6 publique et ses territoires - Places et espaces publics urbains

1.2. Espaces publics intdrieurs

1.2.1. Ouverture physique et ouverture sociale


Les espaces publics exterieurs sont generalement pergus comme &ant B la fois
physiquement et socialement ouverts. Les places et les rues, les parcs et les boulevards
sont, d'un point de vue legal, publics et certains d'entre eux sont celkbres prdcidment
parce qu'ils sont frtquentts par jeunes et vieux, toutes categories sociales confondues;
on pensera par exemple certaines places publiques de Rome ou de Venise, au Covent
Garden B Londres, au Central Park B New York, B la place Beaubourg B Paris, etc. Pas
de porte, ni de dttenteur de clC, des chaises gratuites comme sur la Rambla de Barcelone
et une grande libertt? d'usage des pelouses et des bancs comme B Central Park en font
un environnement privilCgiC. Dans aucun de ces endroits il n'est nCcessaire d'acquitter
un prix d'entree, ni de faire la preuve de la maitrise d'un savoir culturel. Mais, ici
cornme ailleurs, chacun doit agir selon les normes d'usage du lieu.

1.2.2. Espace public de droir: un espace public defair?


L'accessibilit6 de nombreux espaces publics exttrieurs n'implique pourtant pas
leur ouverture sociale, ni leur usage de fait par tous. Pensons, par exemple, au cas
d'espaces consacrCs au luxe, tel le quartier de la Madeleine et la Place VendBme B Paris,
certains secteurs de la Cinquikme Avenue B New York ou la partie 'musCifiCel de Co-
vent Garden 8 Londres; tous attirent essentiellement une clientkle riche ou les touristes.
Ailleurs, comme dans certains quartiers populaires de Baltimore (Taylor et Brower,
1985) ou dans certaines iles grecques (Thakurdesai, 1972), les usages de la rue et des
places s'assortissent souvent de la creation et de l'appropriation de territoires fortement
individualists, situCs dans le prolongement de la maison. Cet empietement sur l'espace
public est propre B dkourager 1'Ctranger au quartier, de la mCme manikre que 1'Ctalage de
biens somptueux Place VendBme est propre B decourager un grand nombre d'usagers
potentiels. Dans les deux cas, des visiteurs temporaires, touristes, promeneurs ou
vagabonds, sont sans doute toltrks. Leur absence de fait demontre ntanmoins qu'il n'est
pas toujours nCcessaire de formuler explicitement une exclusion de nature institution-
nelle ou legale pour limiter l'acc6s B des lieux publics extkrieurs. La 'museification' des
rues et des places de certains quartiers anciens d'Europe et d'Am6rique illustrent de fagon
particulikrement claire les consi?quences de cette fonne de ~Mcialisationfonctionnelle et
sociale des espaces publics urbains. Par 'mudification' (Korosec-Serfaty, 1987), nous
entendons le phenomkne qui transforme un quartier ancien en site historique et qui ex-
proprie partiellement certains habitants de leur lieu de residence. Ce processus se r6v21e
non seulement dans la sacralisation et la fktichisation des bhtiments, rues ou places qui
deviennent I'objet de soins e t de mesures legales meticuleux, mais aussi dans les
changement radicaux qui affectent la representation socio-dconomiques des habitants du
quartier et l'eventail des activitks tSconomiques et sociales qui y prennent place
(Korosec-Serfaty, 1976; 1982). Les espaces publics de ce type se caracterisent par une
concentration d'activitbs ludiques ou de consommation qui vont modifier de fait leur
ancien r6le et donc la manihe dont ils sont fikquentts par leurs usagers traditionnels.
116 Perla Korosec-Serfaty

2. Les espaces publics urbains comme lieux en cours de


production
Les exclusions liCes & l'espace public ne sont ni spontanees, ni soudaines, ni
mCme definitives. Elles trouvent leur origine d'une part dans les conceptions de la so-
ciabilitC publique qui sous-tend l'histoire des pratiques et la formation des lieux publics
en gCnCral, et, d'autre part, dans l'histoire de tel ou tel espace public particulier. En
d'autres mots - et contrairement & l'approche de Barker (1987) - nous pensons que tout
espace social public est, pour reprendre les termes de Wicker (1987), une construction
sociale, c'est-&-dire& notre sens le produit d'une intention et d'une representation de sa
place dans un contexte donne. Pour en comprendre les dimensions et la portCe sociale,
il faut se placer dans une double perspective temporelle qui rCvkle les espaces publics
urbains comrne des espaces toujours en cours de production.

2.1. Intentionalit6 et assignation territoriale des groupes


Tout au long de I'histoire urbaine, les lieux publics ont CtC amCnagCs en fonction
d'une certaine vision, toujours politique, de ce que la citC et les relations entre les
groupes qui l'habitent doivent Ctre. Bgtir une ville, et donc ses rues ou ses places,
planter ses jardins, est une entreprise de construction de la sociCtC elle-mCme, entreprise
qui passe par l'assignation temtoriale des groupes humains et de leurs activites. Cette
assignation territoriale trouve sa justification dans une tentative d'ajustement de
l'espace il des formes existantes de sociabilitC publique ou 2 leur avenement.

Fig. 4
La rue est, historiquement, un
territoire collectif multidimen-
sionnel, jouant de multiples
rbles, par exemple B la fois
symbole de I'histoire nationale,
espace de sociabilitb et de pa-
rade (Avenue de la Libert6, Lis-
bonne, Portugal).

Historically speaking, the street


is a collective, multidimensional
space with several functions,
e.g. a symbol of national history
and simultaneously a social
space and a stage (Avenue de
la Libert6, Lissabon, Portugal).
La sodabilit6 publique et ses territoires - Places et espaces publics urbains 117

La volontC politique est illusde par d'innombrables exemples. Dbs le rbgne de


Louis XIV, l'intention majeure sous-tendant les transformations de Paris est de faire de
la ville une cite imposante, splendide. Le premier, comme le second Empire n'auront
pas d'autre objectif, avec la percee des grands boulevards ou des larges rues, telles que la
Rue de Rivoli, qui relie le centre A des quartiers nouveaux et denses. A Londres, Regent
Street fut trade 21 l'origine pour fournir un accbs aisC et grandiose a la future maison de
campagne du Regent, autant que pour amCliorer les conditions de vie dans les quartiers
insalubres qu'elle devait traverser (Rasmussen, 1982). Les Places baroques fran~aises
sont b3ties pour constituer un Clement d'une grande composition urbaine. Leur archi-
tecture crCe un sens du spectacle, de la mise en scbne, dont I'ClCment majeur est le mo-
nument, ou un bkiment monumental. Leur r6le fut d'abord emblematique, comme le
sera celui des Places du Peuple, de la RCpublique ou de la LibertC du XXe sibcle eu-
ropeen. Au dCbut de ce sibcle, des parcs et des jardins seront conGus pour le peuple en
AmCrique (Cranz, 1982) ou au dCbut du XIXe sibcle en Europe, sur la base didactique et
hygiCniste visant les "classes laborieuses". Le Bois de Boulogne, par exemple, est
rCamCnagC au XIXe sibcle afin d'en chasser les malfaiteurs et d'en faire un lieu 2I la
mode. Boulogne Ctant devenu le Bois de la bourgeoisie, on affecte le Parc de Vincennes
au peuple (Ragon, 1981). L'initiative vient 'd'en-haut', et elle consiste dCfinir, autant
que faire se peut, le r6le futur d'un lieu public dans la citC. En ce sens, elle fait donc
partie d'un projet plus global qui consiste 2I fournir des lieux dits 'adCquats' chaque
groupe social, selon l'image que les princes qui gouvement se font de leurs besoins ou
de leur place dans la sociCtC.

Fig. 5 L'ouverture physique des rues et des places n'entraine pas n6cessairement leur ouverture sociale,
comme c'est souvent le cas dans les quartiers rbsidentiels bourgeois, dont les rues sont fr6quemment
desertes (Harbor Walk et Hanover Square, Baltimore, Maryland, USA. Louis Sauer, Architecte).
The physical opening of streets and places does not necessarily result in their social opening as is the
case in middle-class districts, where streets are often empty (Harbor Walk and Hanover Square, Balti-
more, Maryland, USA. Louis Sauer. Architect).
Perla Korosec-Serfaty

2.2. R61e d'un lieu


Pour que le r61e d'un lieu soit dCfini sans ambiguXtC, il faut qu'une adkquation
s'opbre entre 1) une certaine vision du groupe potentiel d'usagers, fournie par des
'fondateurs' tels qu'une autorite civile ou un groupe de pression politique ou Ccono-
mique; 2) une definition du programme et des sequences sociales (social episodes,
Forges, 1979) que ce groupe d'usagers peut, pourra ou souhaiterait poursuivre dans ce
lieu et enfin 3) des caractbres environnementaux donnCs. L'amCnagement d'un espace
public est fondamentalement la manifestation d'une intention &encourager une forme
Cmergeante de sociabilitk publique, comme ce fut le cas pour le Bois de Boulogne
puisqu'il est c o n p de manikre ii permettre 8 une clientble disposant du temps et des
moyens materiels de 'se montrer', de parader. Mais un espace public peut aussi Ctre
congu pour crCer de toutes pikes une forme nouvelle de sociabilitk De nombreuses
opdrations d'urbanisme rCcentes l'ont dCmontrd, dans les villes nouvelles situCes autour
de Paris, par exemple, ou dans les zones piktonnibres des quartiers historiques des villes
europCennes ou amkricaines.
Le r61e d'un lieu n'est, cependant, qu'un 'produit' temporaire, qui ne prCjuge ni de son
passd, ni de son avenir. I1 n'est un 'donne' que dans une perspective temporelle courte,
celle des pratiques immkdiates. Dans une perspective dynarnique, la norme d'usage d'un
lieu donnd est fragile. L'usager s'adapte au r6le du lieu au cours de pratiques quotidien-
nes ou routinibres. Mais ces pratiques modifient elles-mbmes progressivement le sens
du lieu. Dans cette perspective, Wicker (1987) distingue quatre Ctapes, dont la premikre
est celle de la prC-convergence (qui correspond au moment de la crCation d'un espace
social en fonction d'un projet de sociabilitd donne). Une pCriode de convergence suit, au
cours de laquelle une adaptation prend place, entre les usagers et le lieu. Wicker utilise
le terme de continued existence pour dCcrire ce que nous appelons 'Ctape d'activites rou-
tinibres'. Et finalement, une pCriode de divergence marque la fin de l'existence de
l'espace social. Cette dernikre ne merite plus, A nos yeux, d'Ctre inclue dans la catCgorie
du behaviour setting selon Barker. La pCriode de divergence correspond 2 une transfor-
mation radicale du projet, du lieu, et donc de son sens. Cette Cvolution trouve sa
source, par exemple, dans des conflits sociaux qui se traduisent en termes temtoriaux
(Stokols et Shumaker, 1981) et peut se faire sous l'effet de decisions politiques, telle la
pidtonnisation ou l'inscription au registre des sites et monuments historiques, ou en-
core sous l'effet d'dvCnements particuliers, rCvoltes, cClCbrations collectives ou autres.
Ici encore, les motivations et les actions des usagers sont, autant que leurs repr6-
sentations, les variables essentielles de la dynamique des espaces publics extdrieurs.
Contrairement aux implications des travaux de Barker, et mCme lorsque le projet d'un
'fondateur' est clairement inscrit dans le paysage (un parc ou une place, par exemple),
les usagers demeurent des sujets, c'est-ii-dire qu'ils jouent, individuellement ou en
groupe, un r6le fondamental dans la dynamique d'un espace public exterieur. Celui-ci
opbre, dans le meilleur des cas, comme un contexte qui suggere des pratiques, plut6t
que comme source de directives d'usage (Lefebvre, 1968). Cette idke d'un espace social
comme celle d'un orientating context (Kaminski, 1981) peut Ctre identifide dans l'un
des exemples ci-dessus, le Bois de Boulogne.
Celui-ci a lentement evoluC, sous l'effet des pratiques de groupes sociaux de
moins en moins intimidCs par son image prestigieuse, et cela moins d'un si2cle apres
sa consCcration comme territoire de la bourgeoisie opulente; au lendemain de la Se-
conde Guerre mondiale, il est finalement devenu un espace dont l'usage est populaire. Il
La soaabiSi6 publique et ses territoires - Places et espaces publics urbains 119

est aujourd'hui un lieu de rassemblement des delinquants et est considCrC comme l'un
des endroits dangereux B Paris une fois la nuit tombCe. Ceci illustre l'importance de la
dynarnique des pratiques propres B un espace particulier dans le changement de son r6le
au sein d'un temtoire urbain.
Le r6le d'un lieu est aussi sous-tendu, temporairement, par les relations qu'une
sociCtC entretien avec tel ou tel aspect de sa vie et de son Cvolution. Les cimetibres,
dont on sait qu'ils furent des espaces publics de rassemblement et parfois de fete et de
jeu au Moyen Age (Foster, 1981; Ragon, 1981; Leguay, 1984) et transform& en parcs
publics dans le Londres surpeuple du XIXe sibcle (Rivers et Streatfield, 1983) sont,
aujourd'hui, associCs exclusivement au &uil et toute conduite "active", non congruente
avec le "respect dB aux morts" y est perye comme une profanation. Ceci B tel point
que les rares tentatives contemporaines d'amknagement des nouveaux cimetibres en
parcs se sont heurtCes B des limites; on a tout au plus rCussi B en faire des lieux de
promenade calme et de maitation (Auzelle, 1976). L'Cvolution du r61e de ce type de
lieu est rkvklatrice d'une certaine reprksentation et d'une forme particulibre de relation B
la mort dans les sociCtCs occidentales, qui sont toutes deux susceptibles de changer.

Fig. 6 Les parcs sont des espaces publics ouverts dont la conception et la maintenancetransmettent des direc-
tives d'usage et donc un "programme"(Parc Edouard Ill, Lisbonne. Portugal).
Parks are open public spaces whose concpetion and maintenance give information relating to their
usage, i.e. offer a "programme' (Parc Edouard Ill, Lissabon, Portugal).

La congruence entre les trois ClCments, caractbres physiques du lieu, usagers et


usages sociaux, n'est donc jamais acquise puisque chaque modification de l'un d'eux in-
fluence le caractbre du lieu dans son ensemble et contribue B son Cvolution. Ces modi-
-
La soaabilit6 publique et ses territoires Places et espaces publics urbains 121

niste; l'introduction d'un rythme dans le track urbain; l'implantation de symboles


architecturaux des pouvoirs en place (Place Royale, Place Ducale, Place de la RCpu-
blique); la commCmoration d'un moment de l'histoire d'une communautC ou d'une na-
tion (Place de la RCvolution, Place de 1TJnit6); l'assignation d'un espace aux activitks
de la vie quotidienne (Place des Halles, Place des Bouchers, Place de la Fontaine); le
renforcement de l'identitk d'un temtoire communautaire (Place de l'Eglise, Place de la
Mairie, Place du Cimetibre, Place du Four) (Lavedan, 1960; Mumford, 1964; Gutkind,
1964169; Ragon, 1971; Rasmussen, 1982; Giedion, 1978; Norberg-Schulz, 1980;
Sitte, 1980).
Les places, meme lorsqu'elles sont de modestes lieux au coeur de quartiers rCsi-
dentiels ou anciens, remplissent une fonction de centralid, au sens non topographique
mais social du terme, en ce qu'elles ont une identit6 territoriale dCfinie, qu'elles expri-
ment une identit6 architecturale qui leur est propre et qu'elles permettent la rencontre
soit de loisir, soit religieuse, soit politique, mais aussi le sCjour, le passage, le march6
et le jeu (Korosec-Serfaty, 1974).
Dans la mesure oh les places publiques constituent des espaces publics exterieurs,
les conditions d'usage que nous avons d6finies pour ces derniers s'appliquent Cgalement
it leur cas. De meme, les places publiques doivent Cue apprChend6es dans une double
perspective temporelle: celle de leur Cmergence comme un produit d'une Cvolution de la
conception de la sociabilitd urbaine, et comme un espace constamment en cours de
production par les pratiques quotidiennes et exceptionnelles du lieu.

3.2. Places publiques et conceptions de la sociabilite publique

Par sociabilite, nous entendons les manikres d'Ctre ensemble de groupes sociaux
diffCrenciCs, dans un contexte culture1 donne. Cette definition acquiert une portCe heu-
ristique dbs que nous faisons l'hypothbse qu'il existe des modbles de sociabilitd qui
varient en fonction du milieu social et Ccologique et qui sont autant de modbles sociaux
fortement intCriorisCs (Bozon, 1982).
Dans son acception gCnCrale de 'capacitC de vivre en sociCtCt (Lalande, 1980, le
terme de sociabilitk renvoie B une reflexion g6nCrale sur l'existence d'un homo socia-
bilis dont Agulhon (1977) a montrC qu'il a une histoire en tant que catCgorie
philosophique. Son usage par des philosophes chrCtiens du XVIIIe sibcle s'appuie sur
la liaison sdmantique qu'ils Ctablissent entre l'Etat de SociCtC comme objet principal
des actions de l'homme et l'amour du prochain. I1 est ensuite repris par les philosophes
du XIXe sibcle, qui en proposent une version laYcis6e dans un cadre philosophique pu-
rement rationnel. Pour ces derniers, la sociabilite est la civilisation per se, un objectif
pour I'humanitC et le signe mCme de cette humanit6 qui s'inscrit dans le temps.
Dans son acception psychologique, le terme de sociabilitk s'utilise "en parlant des
dispositions individuelles du caractkre: qui aime la compagnies des autres individus ap-
partenant B son espkce et B son groupe social" (Lalande, 1980,997). TransposCe dans le
domaine de la psychologie collective, elle dCsigne h la fois une vertu et - ce qui nous
concerne ici directement - un aspect des comportements humains en soci6tC qui "peut
s'apprkcier de f a ~ o ndiffkrentielle, dans l'espace et dans le temps" (Agulhon, 1977,9).
122 Perla Korosec-Serfaty

Ainsi se dessinent plusieurs tkhes. I1 faut, d'une part, saisir ce qui distingue telle
sociabilitk de telle autre, la "sociabilitk populaire" de la "sociabilite aristocratique", par
exemple; dans ce cas, c'est la classe ou la categorie sociale qui est retenue comme
crit&rede diffkrenciation. Mais on peut aussi retenir des critkres spatiaux, et tenter de
cerner les caractCristiques, par exemple, de la "sociabilit6 de quartier", celles de la
"sociabilitk de cafC", ou, B une autre Cchelle et en se referant B l'idke d'identitC locale,
celles de la "sociabilitk provenqale". I1 faut, enfin, saisir cette sociabilitk de manikre
dynamique. Qu'est-ce, par exemple, que la sociabilite des places publiques aujourd'hui?

Fig. 8 Beaucoup de places monumentales sont restdes des territoires de sociabilitd populaire (Piazzetta San
Marco, Venise. Italie).
Several monumental places remain spaces of popular social life (Piazzetta San Marco, Venice. Italy).

Si la sociabilitk a une histoire, et dans la mesure oh l'histoire s'inscrit dans des


lieux, toute Ctude de la sociabilitt?devra B la fois se situer dans le temps (etre "dateenen
quelque sorte) et dans l'espace: de quels lieux parlons-nous? Dans tous les cas, nature
du lieu et forme de la sociabilite sont liCes et une Ctude de cette demi&re,si elle ne vise
pas B Ctre formelle (Simmel, 1950), doit non seulement prendre en compte les tem-
toires dans lesquels elle s'exerce, mais "aller des lieux B l'homme" (Sansot, 1973, 13).
Dans cette perspective, l'approche de la sociabilitk prend le risque de mettre en re-
lation des domaines du reel qui sont gtnkralement abordCs de manikre spCcialisCe et d-
parCe (Ponton, 1980). C'est ce risque qui sera assum6 ici et confort6 par des emprunts B
diffCrentes disciplines.
La soaabilitb publique et ses tenitoires - Places et espaces publics urbains

3.2.2. La sociabilitt!publique: du cdtoiernent d la st!paration


Une societk qui tolbre la proximitk spatiale de citoyens de rangs et d'occupations
trbs diffkrentes, c o m e celle du Moyen Age, amenage des places publiques au sein d'un
rkseau qui en compte beaucoup d'autres, souvent trbs proches. Les places moyenna-
geuses sont B la fois accessibles et situkes en dehors des grands flux de circulation,
parce que I'intention fondamentale est de permettre B un grand nombre d'activit6s d'avoir
lieu en mCme temps, donc de pennettre la participation collective de groupes trbs diffe-
renciks B la vie communautaire.
Ainsi, dans les espaces publics de la ville mCdiCvale, toutes les activitks, ordi-
naires ou non, se deroulent sous le regard d'autrui. La sociabilitk publique est alors es-
sentiellement une sociabilit6 de cBtoiement, B l'oeuvre autant dans la diversit6 des acti-
vites qui se dkroulent simultanCment ou en fonction des calendriers religieux, civil et
saisonnier, dans le partage des rues et places par des groupes d'ige, de sexe et de classe
differents, que dans la sociabilite confraternelle dont on connaTt la praominance et les
fonctions sociales majeures (Aries, 1973; Leguay, 1984; Lofland, 1973; Verdon,
1980).
Mais cette sociabilitk de c6toiement, comme d'ailleurs la solidaritk que cr6ent les
confrkries, ne doit pas masquer que, d'une part, le c6toiement se fait dans les strictes
limites de l'ordre social ktabli et que, d'autre part, la ville rkvble toujours tous les as-
pects de la skgrkgation sociale (Korosec-Serfaty, 1985). Tout au plus peut-on due que
la nCcessit6, pour toutes les catkgories de citoyens, de se cBtoyer, les rendait plus
familiers avec des modes de vie diffkrents des leurs.
De plus, parce que les espaces publics sont des espaces de travail, et donc de
survie pour la masse populaire, ils sont au centre de conflits aigus et fr6quents entre les
diffkrents pouvoirs, qui tentent de les utiliser comme outils didactiques, dans un but
politique ou religieux, ou comme enjeu kconornique. Les places publiques constituent
des enjeux particulibrement importants, precis6ment parce qu'ils peuvent B tout
moment Ctre rkappropriks par la masse populaire au travers de rkvoltes ou de fetes qui
nient la lkgitimitk des pouvoirs tentant d'en reglementer I'usage (Foucault, 1975).
La Renaissance, tout en ne rejetant pas les places publiques comme espaces
d'activite vitales et quotidiennes, va introduire l'idke qu'il faut les amtnager aussi pour
le plaisir de la promenade, de la contemplation de la beaut6 du lieu, et du spectacle. La
sociabilitk publique qui prend place dans les espaces extkrieurs acquien une nouvelle
dimension en tant que moment &associationavec les autres et d'appreciation esthktique
du lieu. Ainsi s'amorce le r6le ostentatoire des places et leur dktournement au profit de
l'autorit6, r6le qui va s'affirmer sans ambiguytk avec les Places Royales de I'Epoque des
Lumibres (Lavedan, 1960). Devenues espaces ckrkmoniels, elles sont alors marqu6es
par des segdgations explicites ii l'kgard de certains usagers, tels les marchands ambu-
lants et les vagabonds (Farge, 1979).
A cette conception succede celle d'une XIXe sibcle caractkrise par une diminution
considerable de la tol6rance bourgeoise au spectacle de la rue et des places (Chevalier,
1978). La sensibilite bourgeoise, qui preside aux grands travaux urbains incluant les
places publiques, rejette les proximitks spatiales naditionnelles entre groupes de rangs,
a g e s ou d'occupations differentes, comme elle rejette la multiplicite des activitds qui
prennent place en un seul et mCme lieu. La volont6 d'ordre, de separation des gens et
des fonctions des lieux va sous-tendre une vision de la sociabilit6 publique qui contri-
buera it am6nager des places monumentales dans un rkseau r6gulier de rues, mais aussi
124 Perla Korosec-Serfaiy

B vider rues et places de leurs activites traditionnelles. Dans ce contexte, les places pu-
bliques remplissent une triple r6le instrumental: 1) d'une part en ce qu'elles facilitent la
circulation, la mobilitC des gens et des biens; 2) en ce qu'elles permettent, d'autre part,
une maitrise rapide de l'effervescence populaire par la police et les militaires; 3) et en-
fin parce qu'elles fournissent le cadre de cdremonies civiles B but didactique.
Une vision plus policCe et distante de la sociabilite publique, ainsi qu'une defini-
tion nouvelle du r6le de la famille et donc de la sociabilitk privCe (Perrot, 1961; Aries,
1973; Shorter, 1977; Segalen, 1981) va conduire B une nouvelle conception de la hiC-
rarchie des espaces publics. A partir de la seconde moitiC du XIXe sikcle, "la rue ou le
boulevard commandent l'imrneuble; la percCe, le dessin des parcelles; la position, les
fonctions; l'espace public, l'agencement des espaces privCsW(Roncayolo, 1983, 102).
Ces choix sont gendralement admirCs, Cerda (1979) et Sitte (1980) se posant parmi les
rares critiques qui les per~oiventcomme destructeurs des activitCs de sejour et comme
moyens de neutralisation sociale de l'espace public.
Parce que les espaces publics cornrnandent l'immeuble, ce dernier doit dorenavant
avoir des frontikres nettes qui en font un dedans s'opposant B un dehors. Devenue es-
pace anonyme par opposition B la maison identifiCe comme refuge de la personne, la
rue devient un territoire oh la participation B la sociabilite publique devient passive,
toujours sous le contr6le d'un agent rCgulateur (Daunton, 1983). D'oh l'importance
nouvelle des vestibules, entrees d'immeubles, escaliers, qui vont avoir pour r61e de
tempCrer l'opposition entre dedans et dehors et de permettre une experience du seuil de
la maison comme espace intermediaire, ni tout ti fait dedans, ni tout B fait dehors
(Korosec-Sexfaty et Feeser, 1978).
Durant la premibre moitie du XXe sibcle, les urbanistes se sont dCtournes de la
place, les exceptions B cette situation Ctant fournies par quelques cites-jardins qui se
construisent entre 1920 et 1950. Les places perdent toutes leurs connotations liCes B la
culture locale, en mCme temps que les modbles de vie des bourgeoisies survalorisent la
sociabilitk privee au detriment de la sociabilite publique (Korosec-Sexfaty, 1985). La
maison placCe au centre des aspirations des citadins, les places, comme les rues,
acquibrent un rale d'espace de circulation, offrant parfois une pure satisfaction visuelle.
Pendant plusieurs decades, elles vont Ctre l'objet d'une complbte desaffection, et ce n'est
que lorsque de vives critiques s'exercent B 1'Cgard de l'urbanisme moderne que resurgis-
sent des propositions visant B revaloriser les places comme espaces de vie communau-
taire et de sociabilite publique.

4. Les places publiques aujourd'hui: pratiques et reprdsen-


tations
Nos travaux sur les places publiques (Korosec-Serfaty et Kauffmann, 1974; KO-
rosec-Serfaty et al., 1976, 1978; Korosec-Serfaty, 1981, 1982, 1984, 1985, 1986,
1987; Korosec-Serfaty et Schall, 1983) ont CtC menCs essentiellement en Alsace (Est
de la France) et en Sukde. Elles ont port6 sur l'observation et l'analyse de leurs rythmes
quotidiens et saisonniers, de leurs usages ordinaires et exceptionnels, de leur symbo-
lique et de leur r6le au sein de la cite et nous ont conduits B en proposer une taxono-
mie. Nous avons aussi, au cours des ans, observe les Ctapes conduisant B la 'musCifi-
cation' de plusieurs d'entre elles, et tent6 &en souligner les effets. Enfin, deux Ctudes
ont port6 sur les reprksentations des places publiques comme espaces physiques et so-
ciaux. Nous nous distancerons ici des aspects particuliers de ces travazx pour tenter
La soaabilitb publique et ses territoires - Places et espaces publics urbains 125

d'atteindre plusieurs objectifs. Nous voudrions 1) d'une part dkcrire les dimensions de
l'image des places publiques; 2) relier cette image A des pratiques; 3) et enfin montrer
quelle forme de sociabilitk publique est ainsi rkvklke. Nous ferons, au cours de ce
dkveloppement, plusieurs rkfkrences aux travaux menks dans d'autres contextes culturels
et susceptibles de nous aider B atteindre nos objectifs.

4.1 Dimensions d'une image


Les places publiques se situent aujourd'hui dans un rkseau d'espaces publics hau-
tement diffkrenciks: certaines places, comme certaines rues, ne sont principalement que
des couloirs conqus pour une circulation rapide, d'autres sont essentiellement des par-
kings, ou acqui6rent un statut d'espace de skjour. Parce qu'elles sont tr&sdiffkrencikes,
certaines jouent un double, parfois un triple r6le en fonction de l'heure du jour ou de la
nuit, de la semaine ou de la saison. Ainsi, une 'place-parking' le jour peut Ctre un es-
pace de sociabilitk ludique la nuit, ou inversement. La Grand'Place de Bruxelles, par
exemple, a deux identitks complkmentaires: elle est, de jour, interdite au stationnement
des voitures et fonctionne comme un p61e d'attraction pour de nombreuses activitks
commerciales et touristiques. La nuit, le stationnement des voitures est autorid, et la
Grand'Place accueille les promeneurs et les clients des restaurants et cafks qui
l'entourent. De mCme, une 'place-salon', soigneusementplantke d'arbres et de parterres,
bien entretenue et dont les usages sont tr6s polices, comme la Place de la Rkpublique h

Fig. 9 Le 'programme' des places doit &re apprehend6 de manibre dynamique, en fonction de la vision qu'une
socibtb a de la sociabilitb publique. Ainsi, une place grandiose, conpue pour le plaisir esthbtique et la
promenade, peut Btre transformbe en carrefour (Place de la Concorde, Paris, France).
The 'programme' of places must be seen in a dynamic way, according to the image a given society has of
its public social life. Thus, a beautiful place designed in an aesthetic spirit can be transformed into a
crossroad (Place de la Concorde, Paris, France).
126 Perla Korosec-Serfaly

Strasbourg, devient un espace cCrCmonie1 It des moments prCcis de l'annCe, c o m e la


FCte Nationale, la JournCe des DCportCs, etc. De nombreuses 'places-cows', paisibles et
jouant le r6le d'espace semi-privC dans des quartiers residentiels, sont susceptibles de
devenir des espaces rCcrCatifs B l'occasion de vacances et de fCtes de quartier. Ces
rythmes impliquent l'existence d'une dynamique des pratiques, et donc celle de conflits
ou de concurrence entre les usagers. Quel groupe ou catCgorie d'utilisateurs sont-2s
maitre des lieux, B quel moment, et pour quels types de pratiques? Chaque place a sa
dynamique, et donc son identit6 en tant qu'espace social. Ceci est vrai mCme pour les
places dont 1'identitC sociale est marquCe par un ou plusieurs CvCnements historiques
majeurs pour une communautt! donnee. La Place de la Bastille B Paris, par exemple,
n'est qu'un carrefour ordinaire, une place dans un quartier donnC, d'un bout de l'annde B
l'autre, sauf le 14 Juillet et sauf quand la communautt Cprouve le besoin de cClCbrer ou
de defendre les valeurs rdpublicaines que cette place reprCsente pour toute une nation.
Toutes les places doivent pourtant, aux yeux des citadins, constituer une rupture,
tant sur le plan physique, visuel que sur celui des pratiques, dans Yetendue urbaine.
L'image dominante est celle d'une place B ciel ouvert, enclose de bkiments de hauteur
moyenne, plantCe d'arbres, accessible It partir de nombreuses rues. Elle est bordCe de
cafes, de 'petites boutiques' d'artisans et de 'petits commerces'. Elle est habide, peu de
voitures y circulent et la publicit6 en est bannie. Les Cvocations de la rCalitC Ccono-
mique et sociale, souvent conflictuelle, des grandes villes en est donc symboliquement
exclue. Les 'petites boutiques', comme les cafCs, ne sont apprehend& que dans leurs
dimensions de facilitateurs d'une forme particulibre de sociabilite publique. Leur intC-
gration de fait dans le systbme Cconomique existant est niCe.
Les descriptions de la place comme espace antinomique de l'Ctendue urbaine dans
son ensemble sont assorties de jugements de valeur sur son r61e comme havre, espace
de ddtente, espace de rencontre avec les autres. I1 s'en degage une vision de c6toiement
sans heurt des gens, pour le seul plaisir du rassemblement, et oh le regard joue un r8le
majeur. Whyte (1980) en AmCrique, comme Gehl(1980) au Danemark et Lerup (1978)
en Subde ont montrC B quel point les usagers des lieux publics extkrieurs Ctaient attires
par la prksence des autres, et l'importance du spectacle de la place. Nous voudrions
souligner celle des Cchanges verbaux, qui sont en fait brefs, souvent informels et lu-
diques, alors qu'ils sont dCcrits comme des occasions de 'communion' sociale par les
usagers. En ce sens, la place est une scbne dans le sens ou Goffman (1973) emploie ce
terme, oh la distance entre acteurs est signifiCe au moyen de regards et de mots qui si-
gnifient une disponibilite courtoise il l'autre, dans les limites dCfinies par l'anonymat de
chacun.
Cette image Cvoque la place urbaine de quartier, peu monumentale, praticable, et
non les places emblCmatiques, la place de l'tglise ou celle de la mairie. Son calme est,
cependant, un calme 'animC', par la presence de la foule et par des CvCnements ludiques:
concerts, foires, thCbtre, achats d'objets artisanaux, sociabilitd de cafC. Les places sont
idkalistes, de manibre paradoxale, comme des espaces sociaux servant B la fCte et, si-
multantment, ordonnCs, oh est retrouvke une sorte de convivialit6 naturelle et sponta-
nee.

4.2. La sociabilitb publique comme distance


Le sentiment explicitemenr formule par les habitants interrogCs au cours de nos
Ctudes que toute ville doit avoir des lieux qui permettent un c8toiement non hostile et
La sociabilitb publique et ses tenitoires - Places et espaces publics urbains 127

Cgalitaire aboutit ti un rejet de tout risque, y compris celui qui pourrait Etre contenu en
germe dans l'usage rCcrCatif des places. C'est en ce sens Cgalement que la place consti-
tue une rupture au niveau symbolique. Les habitants, comme les usagers en gCnQal,
emploient, pour dCcrire cette rupture, toute une terminologie ti connotations positives
pour exprimer 1'CgalitC des usagers, la disponibilitb des uns par rapport aux autres,
l'absence d'hostilitk, en un mot lturbanitCet la civilid.
IdCalement, la place est donc un lieu de rencontre policCe. Ses normes d'usage
sont celles d'un salon, c'est-ti-dire de l'endroit le plus 'public' d'une maison, oh les cita-
dins viennent prendre part ti une vie commune, dite publique essentiellement parce
qu'elle se dCroule sous le regard des autres, et avec les autres, mais sans vraiment s'y
engager. Des invitCs savent que le succks d'une reunion mondaine dCpend de leur tact,
de leur dCsir de jouer ti Ctre ensemble, sans imposer leurs soucis ou leur vision person-
nelle des choses de la vie rCelle aux autres invitks. Ce jeu est temporaire et important
parce que, pour reprendre les termes msmes que Simmel(1950) emploie pour dCcrire la
sociabilit4 il permet, d'une part, de vivre les situations de la vie sans les drames de la
vie et, d'autre part, de vivre l'association avec les autres pour le seul plaisir de cette as-
sociation.

Fig. 10 L'image idbale des places publiques aujourd'hui s'enracine dans une conception de la sociabilitb
publique comme sociabilit6 positive. Les places publiques doivent permettre le jeu, la contemplation es-
thdtique, et une forme non conflictuelle de cbtoiement social (Cindnnatus Plaza, Cincinnati, Ohio, USA.
Louis Sauer, Architecte).
The ideal image of public places today is rooted in a conception of public social life as positive social life.
Public places are spaces for entertainment, for aesthetic contemplation and for a harmonious social life
(CincinnatusPlaza, Cincinnati, Ohio, USA. Louis Sauer. Architect).
128 Perla Korosec-Serfaty

En effet, sur un plan ideal la place est une rupture dans l'espace urbain, une treve
des hostilites, un contraste par rapport aux autres pratiques de la ville. Sur la place,
l'usager slarrCteou change le rythme de ses pas, regarde avec plus d'attention le lieu lui-
mCme et les autres. Son attitude est, selon Simmel, Cthique en ce sens qu'elle est rdgie
par le tact qui impose de ne pas empidter sur le domaine d'expression d'autrui, de ne pas
lui imposer le poids de notre personne, de le considerer comme un egal.
L'usager sait pourtant qu'il ne fait que l'utiliser bribvement; il sait qu'au-delh de
ses limites il rkintegrera les lieux ordinaires de la ville et donc ajustera son comporte-
ment h d'autres normes d'usage. La sociabilitd y prend une forme positive, elle devient
une distraction qui porte en soi et sa valeur et ses limites.
Tous les travaux qui defendent une vision de la ville comme espace 'civil' au sens
courtois (Gehl, 1986; Francis, Carr et Rivlin, 1984; Appleyard, 1981; Garbrecht,
1981; Whyte, 1980) adoptent implicitement ce modble de sociabilitk comme modkle
lCgitime d'usage des lieux publics exterieurs. I1 implique pourtant un mode
d'interactions sociales propres h une classe moyenne s'offrant, h l'occasion du c6toie-
ment paisible dans un lieu public, l'illusion de la tolQance sociale.
En effet, aucune des Ctudes citees - y compris la notre (Korosec-Serfaty, 1981) -
ne prend en compte la differenciation sociale des espaces publics qui est rCvClCe, disions
nous, par leurs conditions propres $usage et leur degrC d'ouverture. Les espaces publics
(rues, places, parcs) sont abordes comme des lieux de nature similaire, fonctionnant de
manikre semblable. Nous savons qu'il n'en est pas ainsi dans la r6alitC. Le fonctionne-
ment propre des lieux decrits par nos auteurs est pr6cisCment celui qui est le pIus con-
ventionnel, le plus 'socialement acceptable'. I1 ne concerne que des pratiques routinibres
de detente et d'Cvasion propres aux espaces qui agementent un quartier, plut6t qu'aux
espaces remplissant, en plus, des fonctions symboliques fortes, telles les places mo-
numentales, les places historiques, ou les places populaires. D'autre part, nous avons
montrc? que le degr6 d'ouverture sociale d'un lieu est une variable de la cadgorie de ses
usagers.
Enfin, il n'est pas silr que d'autres Ctudes, portant par exemple sur les pratiques et
representations des places publiques, et menCes auprbs d'une population plus modeste,
ou bien plus favorisee que la classe moyenne gCnCralement interrogee et o ~ s ~ N C ~ ,
donneraient les mCmes rdsultats que les travaux que nous citons. D'autres recherches,
visant h relativiser celles qui existent, devraient poser la question de la classe sociale
des usagers, mais aussi celle du climat et de la culture.
Nous pensons que la culture devrait, en fait, constituer un point de depart, et non
un rksidu de telles recherches. Car ce sont les situations inter-eulturelles, illustrees par
queIques rares travaux, qui permettent, non de remettre en question, mais de relativiser
la valeur de ce que nous identifions comme une fonction majeure des places publiques
modernes pour des usagers de classe moyenne: 'l'illusion de la tolerance sociale', ou de
l'CgalitC. Cette illusion apparait comme telle lorsque sont pris en compte, par exemple,
les travaux qui portent sur la sociabilitk des places dans des contextes culturels tradi-
tionnels (Thakurdesai, 1972) et qui rdvblent que des usagers, en apparence calmement
assis aux tables des cafes, exercent en fait un contr6le fort contraignant sur les allCes et
venues des habitants du quartier. De mCme, l'inCgalit6 des moyens materiels dont
jouissent les usagers d'une ville, en particulier dans le choix des espaces addquats h la
rkalisation des formes de sociabilite souhaitables h leurs yeux, cr6e des conflits d'usage
qui, pour I'observateur venu de I'extdrieur, peuvent apparaitre comme une heureuse co-
existence entre des groupes differents. C'est ainsi que Suzuki (1976) identifie une
-
La sodabilit6 publique et ses territoires Places et espaces publics urbains 129

hostilite aigu&,manifestee par la population autochtone allemande, B 1'Cgard de la po-


pulation turque qui utilise une Place de la Gare pour la dtambulation, dCtoumant ainsi
le sens social du lieu en fonction de ses besoins immkdiats. Les espaces publics
gentrifies sont partout des exemples d'expropriation des habitants en faveur d'une
population nouvelle dont les moyens d'occupation temtoriale sont essentiellement fi-
nanciers. Enfin, beaucoup d'ille5galismes (Foucault, 1975), de conflits et bien des
formes de marginalit6 ont pour temtoire les places publiques. N'associe-t-on pas, par
exemple, les Places de la Gare de bien des grandes villes A la prostitution?

Fig. 11 Bien des rues et places publiques qui fonctionnent cornrne des 'salons', c'est-8 dire cornme des lieux de
sociabilit6 ludique, se situent dans les quartiers rnus6ifi6s des villes (Pearl Street Mall, Boulder, Colorado,
USA).
Many streets and public places functioning as 'dubs', i.e. as spaces for social entertainment, are in the
'rnuseified' parts of the town (Pearl Street Mall. Boulder, Colorado, USA).

4.3. Permanence des enjeux de la sociabilit6 publique


I1 nous faut donc garder A l'esprit la tension obsewee entre le sens apparent et le
sens reel des pratiques d'une part, et celle qui existe entre usages obsewtSs et
representations idkales des usages. Parce que ces tensions sont prksentes, les places pu-
bliques restent ce qu'elles ont toujours Cte: des enjeux dans la lutte pour la maitrise de
I'espace public comme espace d'enracinement et &expression d'un pouvoir.
Tout espace public, et plus particuli8rement les places, est susceptible d'acquerir
un sens nouveau ii partir des usages qu'en fait le public. A chaque fois que, en Europe
comme partout dans le monde, des gens 'descendent dans le rue' pour r6clamer un droit,
130 Perla Korosec-Serfaty

exprimer une opinion ou contester un pouvoir, la maitrise de la place devient


symboliquement la r6appropriation d'un pouvoir collectif et une remise en question de
celui qui a Ct6 dClCgu6. Tout usager a B l'esprit cette tension entre l'usage ordinaire,
l'usage ideal et l'usage possible d'une place. Cette conscience n'est pas seulement B
l'oeuvre dans les formes brutales ou collectives &appropriation de l'espace. Elle est
pr6sente aussi dans les plus humbles micro-actes de dCtoumement du lieu, qu'il s'agisse
de marcher sur la pelouse ou de s'asseoir par terre, comme dans les fetes, imprkvues ou
non.
I1 n'y a pas, disions-nous, d'espace 'produit', mais toujours des espaces 'en cours
de production'. La symbolique sociale des espaces les plus musCifi6s peut basculer du
jour au lendemain, lorsque la volontC collective est de leur imposer un sens nouveau.
C'est pourquoi nous concluons en proposant l'id6e qu'au-delB des formes de la sociabi-
lit6 publique observ6es au cours de l'histoire des villes occidentales, au-del8 de ses
formes contemporaines apparemment bien moins vivantes et variCes, les enjeux so-
ciaux que representent les places publiques restent les mi3mes.

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