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Epistemologie Final

Le cours d'épistémologie vise à familiariser les étudiants avec les concepts et problématiques liés à la science et à la philosophie, en abordant leur relation, le parcours de l'esprit scientifique, et les dangers de la science moderne. Les objectifs incluent la définition de l'épistémologie, la distinction entre épistémologie descriptive et prescriptive, et la réflexion sur la bioéthique et les préjugés. En fin de compte, le cours encourage une critique des connaissances scientifiques et une compréhension de leur impact sur la société.

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Epistemologie Final

Le cours d'épistémologie vise à familiariser les étudiants avec les concepts et problématiques liés à la science et à la philosophie, en abordant leur relation, le parcours de l'esprit scientifique, et les dangers de la science moderne. Les objectifs incluent la définition de l'épistémologie, la distinction entre épistémologie descriptive et prescriptive, et la réflexion sur la bioéthique et les préjugés. En fin de compte, le cours encourage une critique des connaissances scientifiques et une compréhension de leur impact sur la société.

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EPISTEMOLOGIE

(UFR Sciences de la Vie et de la Terre/ Sciences Biologiques, 1ère année, 2023-2024,


Enseignant : SANON Roger)

Plan du cours

INTRODUCTION

I-LES RAPPORTS ENTRE LA SCIENCE ET LA PHILOSOPHIE

I-1-identité entre science et philosophie

I-2-rupture entre science et philosophie

II-LE PARCOURS DE L’ESPRIT SCIENTIFIQUE

II-1-l’omniprésence des préjugés

II-2-la déconstruction des préjugés

III- LES DANGERS DE LA SCIENCE

III-1-la modernité et ses conséquences.

III-2-la nécessité d’un nouveau paradigme.

CONCLUSION

BIBLIOGRAPHIE
Bachelard Gaston, La formation de l’esprit scientifique, Vrin, Paris, 1993.
Comte-Sponville André, Dictionnaire Philosophique, PUF, Paris, 2001.
Descartes René, Discours de la méthode, 10/18, 1951.
Gusdorf Georges, La Révolution galiléenne, T1, Paris, Payot, 1969.
Kant Emmanuel, Fondement de la métaphysique des mœurs, 10/18, 1952.
Ki-Zerbo Joseph, A quand l’Afrique ? Editions de l’aube, 2003.

Koyré Alexandre, Eléments d’histoire de la pensée scientifique, Gallimard, Paris, 1973.

Koyré Alexandre, Du monde clos à l’univers infini, Gallimard, 1973.


Nakoulima Pierre, La préservation de la planète, défis contemporains de la modernité,
L’Harmattant, 2010.
Somet Yoporeka, L’Afrique dans la philosophie, Introduction à la philosophie africaine
pharaonique, Khepera, 2005.
FILMOGRAPHIE
Peur bleue (Renny Harlin, 1999)
Hollow man (Paul Verhoeven, 2000)
Frankenstein (Bernard Rose, 2015)
Un homme d’exception (Ron Howard, 2001)
Une merveilleuse histoire du temps (ou la théorie de l’univers de James Marsh, 2014)

DESCRIPTION DU COURS

Le cours d’épistémologie est conçu pour permettre aux étudiants de s’approprier le concept
d’épistémologie et les différentes problématiques qui constituent son domaine de compétence.
Parce que la réflexion épistémologique porte sur des sujets concrets issus du développement de
la science, ce cours confrontera les étudiants à des idées, à des faits, à des débats afin qu’ils
touchent de près les préoccupations de la réflexion épistémologique.

OBJECTIF GENERAL

Chaque étudiant devra être capable de comprendre la place de la réflexion épistémologique


dans la constitution de la science qui assure le bonheur de l’humanité.

OBJECTIFS SPECIFIQUES

Chaque étudiant devra être capable de :

- Définir le terme d’épistémologie.


- Différencier l’épistémologie descriptive de l’épistémologie prescriptive.
- Décrire les rapports entre la philosophie et la science.
- Différencier la science du préjugé.
- Décrire les dangers liés au paradigme de la modernité.
- Définir la bioéthique.
- Enumérer les thèmes les plus courants qui intéressent la réflexion bioéthique.
- Justifier le passage du paradigme de la modernité à un autre.
- Décrire un type de bonheur en rupture avec la société de consommation.
INTRODUCTION

Le mot épistémologie a été construit par James Ferrier (1808-1864) en 1854. L’épistémologie
est un démembrement de la philosophie. Etymologiquement, le terme épistémologie est forgé
à partir de deux mots grecs, épistémè (connaissance, science) et logos (discours, science).
L’épistémologie désigne alors la théorie de la connaissance ou la réflexion sur la connaissance
(il s’agit de la connaissance en général, c'est-à-dire toutes les formes de savoir y compris ceux
qui ne sont pas d’ordre scientifique. En effet la science n’épuise pas la connaissance. Par
exemples : la connaissance des effets maléfiques ou bénéfiques des plantes n’est pas d’ordre
scientifique ; le vieux sage est consulté pour sa connaissance du milieu social pourtant il n’a
aucun diplôme en science sociale). Il est difficile d’établir de manière exhaustive la liste des
problématiques qui alimentent les réflexions épistémologiques. Parce que la connaissance est
une activité en constante évolution, de nouvelles théories apparaissent sans cesse et inspirent
ainsi les réflexions des épistémologues. Ainsi certaines préoccupations épistémologiques
actuelles étaient inexistantes il y a quelques années. Mais de manière générale l’épistémologie
s’intéresse à : comment sont élaborées les connaissances, comment elles naissent, comment
elles se développent. On parlera alors d’épistémologie descriptive. L’épistémologie peut aussi
consister à produire une réflexion critique sur la science c'est-à-dire les dangers éventuels que
celle-ci peut provoquer. On parlera cette fois-ci d’épistémologie prescriptive ou normative.

Ce cours couvrira les deux facettes de l’épistémologie. Il vise à contribuer à la constitution de


votre sens critique d’apprentis scientifiques, de scientifiques en devenir, de futures chercheurs,
de simples citoyens qui veulent être les artisans de leur temps, les acteurs de leur monde.
Découvrir l’importance de la science et aiguiser son esprit critique face à la science, c’est
découvrir la ténacité des représentations, la persistance des préjugés.

De manière précise ce cours examinera d’abord les rapports susceptibles d’être établis entre la
science et la philosophie. Ensuite il exposera le cheminement de l’esprit scientifique. Enfin,
face aux dangers actuels que la technoscience fait planer sur l’humanité, ce cours montrera la
nécessité d’un changement paradigmatique afin de conjurer ces dangers.
I-LES RAPPORTS ENTRE LA SCIENCE ET LA PHILOSOPHIE

I-1-identité entre science et philosophie

La philosophie est sans doute l’activité intellectuelle la plus ancienne au monde. Elle a couvé
puis donné naissance à toutes les sciences. Le philosophe était l’homme de toutes les
connaissances.

Par exemple les auteurs comme Thalès (625-545 av. J.-C), Anaximandre (610-547 av. J.-C),
Empédocle (490-430 av. J.-C), Aristote (384-322 av. J.-C), en plus d’être philosophes, étaient
aussi des grands scientifiques de leurs temps.

René Descartes en disant que la philosophie couvre tout ce que l’esprit humain peut savoir a pu
écrire que : « Toute philosophie est comme un arbre dont les racines sont la métaphysique, le
tronc est la physique et les branches qui sortent de ce tronc, toutes les autres sciences ».

Qu’est-ce que la philosophie ?

Etymologiquement, le mot philosophie désigne l’amour de la sagesse (Le mot philosophie


est constitué à partir de deux mots grecs : d’abord de philein qui veut dire aimer et qui donne le substantif
philae qui à son tour veut dire amoureux ou ami ; ensuite de sophia qui signifie sagesse ou savoir.). Un
tel amour se manifeste à travers le désir du philosophe par la recherche sans fin de la
connaissance, par le déploiement de la pensée qui se propose d’examiner minutieusement à la
lumière de ses propres facultés ce qui se présente à elle.

La philosophie est une méthode de pensée. Mais la forme de pensée caractéristique dont
elle se réclame est celle qui est sélective. Elle n’admet que ce qui a survécu à l’épreuve de la
critique. Elle soumet au tribunal de la critique les représentations, les croyances, les opinions
dans le seul but de rejeter celles qui ne font pas la preuve de leur solidité face au tri (Marcien
Towa, L’Idée d’une philosophie négro-africaine, Editions Clé, Yaoundé, 1998, p.7.). Le philosophe,
l’amoureux de la sagesse, ne se reconnaît possesseur d’aucun savoir. La relation qui l’unit au
savoir relève plutôt de l’ordre de la quête. L’acte décisif du philosophe qui traduit sa quête
permanente du savoir consiste préalablement pour lui à confesser tout de suite son ignorance.
C’est pourquoi Edmund Husserl affirmait que le philosophe est celui qui, en matière de
connaissance fait le vœu de pauvreté. (Méditations cartésiennes, Vrin, Paris, 2008, p.19)

L’apparition de Socrate est considérée dans l’histoire de la philosophie comme une


rupture décisive au point de faire de lui un repère. On parle alors à partir de lui, de philosophes
pré-socratiques et de philosophes post-socratiques. Ce qui lui vaut une telle reconnaissance dans
le panthéon des philosophes est lié à la révolution qu’il a introduite dans les investigations
philosophiques. Jugeant lacunaire la connaissance portée par l’homme sur l’univers, Socrate
installe celui-ci au cœur même des préoccupations de la philosophie. En l’invitant à se connaître
lui-même, il veut que celui-ci parvienne au fondement de la vertu en se garantissant ainsi une
existence inspirée par le bien, le juste, le beau.

En Europe, la philosophie est apparue au sixième siècle avant l’ère chrétienne en Grèce.
En tant que méthode de la pensée, la philosophie déchaîne les passions quand il s’agit de
déterminer son origine géographique. Martin Heidegger (1889-1976) est catégorique par
rapport à cette origine. L’étymologie du mot philosophie étant grecque, il en conclut que la
philosophie, parce que parlant grec, est originellement grecque c'est-à-dire occidentale. Il
précise ainsi sa pensée : « la philosophie est grecque dans son être même – grec veut dire : la
philosophie est dans son être original, de telle nature que c’est d’abord le monde grec et
seulement lui qu’elle a saisi en le réclamant pour se déployer ». (Heidegger, Question I et II,
Gallimard, Paris, 1968, p.321.)

Cette assertion de Martin Heidegger proclame exclusivement l’Europe comme la patrie de la


manifestation originelle de la philosophie. Elle ignore royalement les écrits de certains grands
auteurs occidentaux comme Thalès, Pythagore, Héraclite, …qui, pourtant ne cachent pas leurs
dettes vis-à-vis de l’Egypte antique qu’ils désignent comme leur lieu d’initiation à la réflexion
philosophique (Lire à ce propos Yoporeka Somet, L’Afrique dans la philosophie. Introduction à la philosophie
africaine pharaonique, Khepera, 2005.). Se prononçant sur cette position eurocentriste et ses
conséquences, Yoporeka Somet replace ainsi l’Afrique dans la longue histoire de la philosophie
où certains auteurs occidentaux voulaient l’en exclure. Selon lui,
Ce qui est habituellement donné comme l’origine de la philosophie, voire de la pensée
rationnelle, n’en est qu’une étape, qui elle-même suppose le temps long de conceptions, de
conceptualisations et de formulations antérieures. Tout en reconnaissant l’importance et
l’impact de cette étape grecque pour le développement ultérieur de la pensée dans le monde
occidental, il est bon et juste de rappeler le rôle pionnier joué par l’Egypte pharaonique dans
l’élaboration des notions philosophiques habituellement attribuées aux présocratiques. On
s’aperçoit dès lors que les interrogations qui ont été, par exemple, celles des milésiens au VI e
siècle avant l’ère chrétienne étaient déjà connues et discutées par les prêtres égyptiens
quelques 2000 ans auparavant dans la vallée du Nil, en Afrique. (Yoporeka Somet, L’Afrique
dans la philosophie. Introduction à la philosophie africaine pharaonique, Khepera, 2005, p.
17.)

En réalité il faut admettre, qu’en plus de l’Egypte ancienne, la philosophie c'est-à-dire


la possibilité de fonder les savoirs sur la raison, a pu émerger dans différents foyers intellectuels
du monde tels que la Chine, l’Inde, le Japon, le monde arabe. Une telle lecture permet de
reconnaître l’originalité de chaque foyer philosophique et les influences qui ont pu se produire
entre eux.

Dès son apparition, la philosophie s’est fixé une ambition, un projet qui consiste en
l’émancipation, en l’autonomisation de l’esprit humain. De manière précise il s’agit pour la
philosophie de permettre à tout homme de grandir, de sortir de sa minorité pour atteindre sa
majorité. Il s’agit pour tout homme de se libérer de toute sujétion handicapante et de pouvoir
penser par lui-même.

I-2-rupture entre science et philosophie

La prouesse encyclopédique de réunir en soi toutes les connaissances était possible dans
l’antiquité où le caractère embryonnaire des savoirs était tel qu’il était possible pour un individu
de les maîtriser à la perfection. De plus en plus le domaine des sciences est complexe et leur
maîtrise impose une fine spécialisation. Pour toutes ces raisons il n’est pas possible de nos jours
de maîtriser une science dans sa totalité, a fortiori toutes les sciences. Vouloir tout connaître,
c’est se condamner à ne rien connaître.

Au cours de l’histoire les diverses sciences qui composaient l’arbre philosophique vont se
retirer de la sujétion de la philosophie pour prendre leur indépendance et assurer leur
développement.

-l’astronomie et les mathématiques dès l’antiquité.

- la physique avec Galilée (1564-1642) à la renaissance.

- la chimie avec Lavoisier (1743-1794)

- la biologie avec Claude Bernard (1813-1878).

- les sciences humaines dans la moitié du XIXe siècle.


Le retrait de ces sciences du directoire de la philosophie ne signe pas pour autant l’inutilité de
la philosophie.

L’épistémologie en tant que science est issue de la philosophie. Elle consiste en une réflexion
philosophique sur la science. Mais il n’est pas exagéré de se demander, du fait que toutes les
sciences qui constituaient la philosophie s’en sont retirées, si le philosophe est qualifié pour
produire un discours sur la science. Le discours philosophique peut-il avoir une quelconque
validité en s’intéressant à la science si le philosophe n’a aucune qualification scientifique ?

Il ne s’agit pas pour le philosophe de vouloir jouer au scientifique, de donner des leçons sur un
domaine où il n’a aucune compétence. Le philosophe épistémologue doit savoir tenir sa place
et ne pas se muer en un donneur de leçon dans un domaine qui n’est pas le sien. D’ailleurs
l’épistémologie ne consiste pas à faire de la science mais à décrire l’activité scientifique ou à
produire une réflexion critique sur les résultats de la science, sur la science dans la société, sur
l’orientation de la science.

La réflexion épistémologique permet à la philosophie de retrouver son interrogation fondatrice :


comment dois-je vivre ? Cette question elle - même débouche inéluctablement sur la question
du bonheur. Une telle question ne saurait faire l’économie de la morale, c’est à dire : qu’est-ce
que le bien ? Qu’est-ce que le mal ? Nous comprenons pourquoi la réflexion épistémologique
engage le destin de la philosophie.

II- LE PARCOURS DE L’ESPRIT SCIENTIFIQUE

II-1-L’omniprésence des préjugés

Que faut-il entendre par préjugés ? Le préjugé désigne ce qui a été jugé avant un quelconque
constat, un quelconque examen (pré-jugé, pré-examiné). Il s’agit d’établir sur un fait une vérité,
une conviction avant de l’examiner vraiment, d’y avoir réfléchi véritablement et comme il faut.
Le préjugé embrouille l’esprit, brouille le regard.

Puisque le préjugé est une affirmation sans aucun fondement, une conviction rendue sans une
vérification préalable, sans une démonstration qui apporte des preuves, nous comprenons toute
l’importance que la philosophie – qui cherche à déconstruire les préjugés – accorde au doute et
à la formulation des questionnements. Pour elle, ce qui est nocif pour tout homme et pour toute
société, c’est d’avoir des réponses qui ne sont pas générées par des questions. L’assertion de
Karl Jaspers (Karl Jaspers, Introduction à la philosophie, 10/18, Paris, 1982) selon laquelle, en
philosophie les questions sont plus importantes que les réponses prend ici toute son importance.

Exemple de préjugés :

-l’arachide fraîche est un agent transmetteur du paludisme.

-l’homme est supérieur à la femme.

-un garçon ne pleure pas.

-les filles ne sont pas faites pour les mathématiques.

-les personnes grosses sont paresseuses.

-les personnes grosses mangent trop.

-le bâton (la chicotte, la violence) est incontournable dans l’éducation du jeune africain.

-l’homme blanc est plus intelligent que l’homme noir.

-la soumission de la canne au canard a poussé Dieu à la bénir et à assurer la protection des
cannetons contre les oiseaux rapaces.

Retrouver le fondement psychologique et sociologique de ce dernier préjugé ci-dessus.

Tout préjugé est à l’opposé du discours scientifique. L’esprit scientifique procède par
l’observation des faits, l’élaboration des hypothèses et enfin la vérification expérimentale. Tout
résultat auquel s’accroche la science est le fruit d’un tel parcours.

L’allégorie de la caverne (Voir Platon, La République, livre VII, Garnier-Flammarion, Paris, 1970,
p.273–p.276.) est assez représentative de l’opposition entre le monde de la connaissance et celui
de l’ignorance. Le monde de l’ignorance ou monde sensible se caractérise par le règne des sens,
de l’opinion, des préjugés. L’art de Socrate dans les dialogues de Platon consiste à réussir par
des questions à faire sortir ceux qui y vivent et à cheminer vers le monde des Idées, lieu où
règne la vérité.
II-2-La science comme déconstruction des préjugés

Il faut reconnaître que la Raison n’est pas absolue. Elle n’est pas totale. La Raison transforme
le réel en le comprenant et en agissant sur lui. En transformant le réel, la raison se transforme
elle-même. Elle se construit et se fabrique au fur et à mesure du mouvement historique de la
science. Selon Jean-Pierre Vernant « la loi du progrès de la pensée rationnelle, c’est le
développement par crises, et même par grandes crises. Dans l’histoire de la raison aussi, il y
a des révolutions (…). C’est lorsque la raison mord sur le réel qu’elle est obligée de remettre
en question ses principes directeurs, qu’elle doit faire sa mue ». (Jean-Pierre Vernant, Les
origines de la pensée grecque, PUF, 2004)

Socrate a développé un dispositif pour questionner l’opinion (le préjugé) et le sommer à se


justifier. Cette démarche est aussi présente chez Gaston Bachelard (Voir Gaston Bachelard, La
Formation de l’esprit scientifique, vrin, Paris, 1993.). Celui-ci cite l’opinion comme un des
obstacles, le premier qui se dresse face à la naissance de la pensée scientifique. En tant
qu’obstacle, l’opinion doit être détruite afin que la connaissance puisse se constituer. Pour
Gaston Bachelard, l’opinion ne pense pas parce que justement elle pense mal. Elle ne pense pas
parce qu’elle n’éprouve plus le besoin de penser. Elle est déjà satisfaite parce que sans avoir
posé de question, elle a à sa disposition les réponses nécessaires pour sa satisfaction.
Contrairement à l’opinion, la connaissance scientifique est éprouvée, construite, vérifiée. La
connaissance scientifique est dite vraie quand elle formule une loi qui est en adéquation avec
un phénomène observé. Il faut qu’il soit possible de vérifier techniquement cette adéquation.
Cependant il ne faut pas considérer cette vérité comme étant vraie une fois pour toutes. Elle
n’est pas absolue. Mais elle n’est pas non plus erronée. Elle constitue, au moment où elle
s’énonce, le niveau de connaissance le plus élevé qui soit. Toute théorie scientifique, est de
mise, est valable jusqu’au jour où un autre fait polémique viendra la contredire. Alors elle
tombera en désuétude et il faudra une autre démarche expérimentale pour créer une théorie
nouvelle plus complète que l’ancienne.
L’histoire du progrès scientifique est donc une histoire de crises des théories scientifiques,
puisque la vérité n’est jamais totale et que quelque chose lui échappe toujours. C’est pourquoi
Bachelard affirme que « la connaissance du réel est une lumière qui projette toujours quelque
part des ombres. Elle n’est jamais immédiate et pleine. Les révélations du réel sont toujours
récurrentes ».
Il n’y a pas de science sans contradiction des représentations, sans déconstruction des
préjugés.

Ces préjugés constituent un substrat incontournable, un matériau précieux contre lequel


et sur lequel les connaissances solidement rationnelles peuvent prospérer. La véritable
connaissance n’est pas celle qui se constitue hors de tout préjugé. Elle est plutôt celle qui se
construit contre les préjugés, qui opère au milieu des préjugés en les combattant, en les
surmontant.

Apprendre aux yeux de Gaston Bachelard, c’est devenir autre, c’est opérer une mutation,
c’est rompre avec le passé. L’erreur obtient ainsi une valeur opératoire, une valeur heuristique.
Elle n’est pas perçue avec mépris car elle fait partie de la nature de l’homme. Il faut alors la
considérer afin de pouvoir la surmonter.

III- LES DANGERS DE LA SCIENCE

III-1-La modernité et ses conséquences.

De nos jours les cauchemars induits par l’omniprésence, l’omnipotence et l’omnipuissance de


la science trouvent leur linéament au moment de la constitution du monde moderne. Le monde
moderne commence juste à la fin de la Renaissance. Il est radicalement lié à l’avènement de la
révolution scientifique des 16e et 17e siècles rendue possible par une nouvelle intelligibilité de
la nature et dont les principaux protagonistes sont Galilée (1564-1642), Newton (1642-1727),
Laplace (1749-1827), Descartes (1596-1650)…

Au sein de la nature pré-galiléenne (la nature avant Galilée, la nature avant l’avènement du
monde moderne) il n’y avait aucune différence entre l’être humain et les autres étants (l’étant
comme substantif c'est-à-dire comme nom désigne tout ce qui est). La distinction entre
l’homme et le monde n’a pas toujours été. Cette attitude qui date de la révolution scientifique
des 16e et 17e siècles est étrangère à la conception antique grecque. La philosophie antique
grecque n’institue pas la supériorité de l’homme sur les autres êtres. Pour elle malgré leur
diversité toutes les choses forment Un Univers c'est-à-dire un tout organisé, le cosmos. Le
cosmos se caractérise par l’ordre puisque créé par Dieu. Le cosmos forme une unité harmonique
ne laissant rien hors de lui et dans lequel l’homme a sa place naturelle ; c’est dans l’unité du
Tout, semblable à un être vivant, qu’est la raison de chacune de ses parties composantes y
compris l’homme. Celui-ci demeure une fragile partie d’un Univers dont il est inséparable.
L’humain comme les autres étants (les objets, tout ce qui est) sont soumis au même droit.
Georges Gusdorf (1912-2000) résume ainsi cette particularité :

« le sens de la nature chez les anciens est inséparable de leur intuition d’un cosmos vivant et
unanime, associant les hommes et les dieux, les êtres et les choses dans un avenir solidaire. Le
cosmos est un englobant, en lequel communient les secrets de toutes les vies possibles. Sa loi
est une loi de participation et d’association, par affinité symbolique entre les régions de
l’espace et les moments du temps. Connaître c’est chercher à déchiffrer certaines des
correspondances constitutives du réel ; cette recherche s’opère en quelque sorte du dedans et
par implication, car le sujet et l’objet de la connaissance forment un seul et même être ».
(Georges Gusdorf, La Révolution galiléenne T1 , Paris, Payot, 1969.)

Avec Aristote (l’ancien monde grec) il y avait une hiérarchisation entre les mondes, le monde
sub-lunaire et le monde supra-lunaire. La révolution introduite par les protagonistes de 16e et
17e siècles a rendu l’espace homogène.

La fin de l’Unité vivante du tout est intervenue avec le bouleversement scientifique des 16e et
17e siècles. De manière précise la philosophie cartésienne instaure un dualisme en différenciant
ontologiquement (en valeur) l’homme de la nature. Depuis, l’homme, le sujet est investi du
pouvoir, de la mission de dominer la seconde, le monde qui reçoit le statut d’objet.

« il est possible de parvenir à des connaissances qui soient fort utiles à la vie, et qu’au lieu de
cette philosophie spéculative, qu’on enseigne dans les écoles, on peut en trouver une pratique,
par laquelle connaissant la force et les actions du feu, de l’eau, de l’air, des astres, des cieux
et de tous les autres corps qui nous environnent, aussi distinctement que nous connaissons les
divers métiers de nos artisans, nous les pourrions employer en même façon à tous les usages
auxquels ils sont propres et ainsi nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature. »

Descartes, Discours de la méthode, 6e partie, Bibliothèque de la Pléiade, [Link], 1966,


p.168.

III-2-Nécessité d’un nouveau paradigme.

La science est devenue inquiétante. Elle doit s’autolimiter. Puisque l’activité scientifique n’est
pas de nature éthique, la nécessité pour la philosophie d’intervenir s’impose. En effet les
réflexions éthiques (réflexions sur le bien, le mal, le beau, le juste,…) sont du domaine de la
philosophie.

De nos jours la conception du bonheur est influencée par l’omniprésence de la techno-science.


En effet la conviction a été faite que par le progrès induit par la science et la technique, le
bonheur de l’humanité sera réalisé. Le bonheur est identifié au bien être et au confort où l’argent
joue le premier rôle. En effet nous sommes dans une société de consommation dont la
caractéristique essentielle nous impose une course effrénée derrière les objets sans cesse
changeant. La publicité nous incite à la consommation à travers la presse, la télévision, le
cinéma. Tout laisse croire que pour être heureux il faut toujours être à la page. Une telle
manière de réaliser le bonheur est vouée à l’échec. Elle entraîne plutôt l’épuisement de
l’individu car il y a apparition sans cesse de nouveaux besoins. De même la société de
consommation se réalise au détriment de la nature dont les ressources qui ne sont pas illimitées
sont pourtant surexploitées. La course pour saisir le bonheur n’a pas de point d’arrivée car celui-
ci n’arrête pas de se déplacer rendant impossible le repos de quiconque veut le toucher. Ainsi
le bonheur est sans cesse fuyant. Il ne dure qu’un temps bref. L’individu, chasseur de bonheur,
se dépersonnalise et oublie que c’est en lui-même que se trouvent les possibilités de construire
le bonheur. Dans la société de consommation qui a un caractère d’aliénation, l’homme n’a
aucune possibilité d’être heureux. Car si le bonheur est assujetti à la possession des biens et à
la jouissance raffinée, jamais il ne sera atteint puisque ces biens ne cessent de changer.

L’ambition cartésienne de dominer la nature a révélé toute sa nocivité. Les dangers liés à la
techno-science nous incitent à engager notre responsabilité en vue de rendre possible la vie sur
terre pour nous-mêmes et pour les générations à venir. Il nous faut changer de cap au risque de
disparaître. Le paradigme cartésien, agressif vis-à-vis de la nature, est en crise et l’avènement
d’un nouveau s’avère incontournable.

Selon Nakoulima

« Le mythe du développement, en d’autres termes, le salut, la prospérité pensés en


termes de matérialisme économique, d’accumulation matérielle n’aboutira qu’à ce
qu’on peut appeler les dégâts du développement c'est-à-dire les problèmes sociaux et
environnementaux actuels : exclusion, surpopulation, misère, pollutions diverses, etc.
Les périls sont immenses : la croissance économique est écologiquement suicidaire.
(…). L’économie de marché crée partout la précarité de vie pour un nombre exorbitant
de citoyens en contrepartie de l’enrichissement scandaleux de quelques uns ». (Pierre
Nakoulima, La préservation de la planète, défis contemporains de la modernité, L’Harmattan
2010, p.101)

En plus des dangers d’anéantissement physique de la terre, le progrès de la biologie soulève


d’autres problèmes. La biologie donne aujourd’hui à l’homme des pouvoirs immenses. Par
exemple elle fournit aujourd’hui à la médecine plus que des méthodes thérapeutiques
performantes pour vaincre de nombreuses maladies. Elle permet aussi d’améliorer ce qui est
normal, d’enrichir toute l’espèce humaine en lui conférant ainsi des qualités qui ne sont
présentes qu’en quelques hommes. Elle donne aussi des pouvoirs merveilleux dans le domaine
de l’agriculture et de l’élevage (OGM). Mais, comment éviter que ces méthodes ne conduisent
à des dérives, à des applications qui échapperaient à tout contrôle de la raison lucide ? C’est là
ou intervient la bioéthique. La nécessité d’une science normative (la bioéthique) s’impose car
notre monde se caractérise par l’éclatement des normes collectives qui a pour corollaire le
triomphe de l’individualisme et l’apparition de l’idéologie de la permissivité.
La bioéthique désigne le domaine de réflexion qui allie savoir biologique et valeur humaine.
L’éthique désigne en effet les principes de la morale, les règles de la bonne conduite. Plus
précisément il s’agit pour la bioéthique de déterminer les limites que la science ne doit pas
franchir. Jean-François Mattei appelle à « protéger l’homme de la biologie et de ses utilisations
» (Jean-François Mattei, Jeune-Afrique/L’Intelligent N 2094 – du 27 février au 5 mars 2001).
Il s’agit de limiter les manipulations du vivant. La bioéthique s’intéresse entre autres aux thèmes
suivants :
- L’expérimentation sur l’être humain et l’embryon.
- Manipulation génétique.
- L’euthanasie.
- L’avortement.
- L’eugénisme.
La paternité de l’eugénisme est attribuée à l’anglais Francisme Galton, cousin de Charles
Darwin. Fondé en 1883, eugénisme dérive du grec eu qui signifie bien, bon, solide et de genos
qui signifie race. Eugénisme renvoie alors à une pratique qui vise la protection et l’amélioration
des races supérieures. Les promoteurs de l’eugénisme partent du principe que certaines
maladies compromettent l’épanouissement de l’humanité et mettent dangereusement en péril
son existence. Par conséquent ils proposent de se débarrasser de ces maladies à travers une
solution radicale : supprimer purement et simplement les populations ou les groupes sociaux
qui les manifestent. Parmi ces maladies, on peut citer : l’alcoolisme, la débilité mentale, la
tuberculose. Selon leur logique il faut préserver la portion saine et vigoureuse de la population
en la protégeant contre les faibles, les dégénérés. Cette protection peut consister à stériliser les
criminels, les « faibles d’esprit », les pervers sexuels, les fous. 21500 stérilisations auraient été
pratiquées aux Etats-Unis de 1907 à 1935, 300 000 en Allemagne de 1934 à 1939. L’Allemagne
nazie a pratiqué à grande échelle l’eugénisme ou un programme a été conçu pour éliminer
systématiquement et méthodiquement les juifs, les tziganes, les homosexuels, les Roms, …Ces
mesures ont été activement réclamées par des scientifiques membres du parti nazi. Sous le
régime nazi, la collision malheureuse entre la science et la politique a entrainé la catégorisation
des hommes avec pour finalité la désignation de certains comme étant indignes de vivre et à qui
est refusé le statut d’êtres humains. R. Hess, membre éminent du parti nazi a pu déclarer en
1934 que « le national socialisme n’est rien d’autre que la biologie appliquée ». Ainsi des
expérimentations ignominieuses (inoculations de germes mortels, l’exposition au gaz de
combat, exposition à des brûlures au phosphore) ont été perpétrées par des médecins nazis sur
des êtres humains.

Peut-on soumettre le corps humain à toute forme de manipulation, à toute forme


d’expérimentation ? Le corps humain n’est-il qu’une simple enveloppe qui couvre l’esprit ? Ou
est-il plus qu’une enveloppe charnelle qui participe intimement à la constitution de l’essence
même de l’être humain ?

L’avantage des OGM en élevage et en agriculture est incontestable. Ils permettent d’obtenir les
meilleurs rendements. Mais peut-on prévoir toutes les conséquences éventuelles des OGM ?
Dans tous les cas on ne saurait élargir les OGM à l’homme. On ne peut pas permettre pour des
hommes la « sélection prénatale », la « naissance optionnelle », la « planification explicite des
caractères ». Car les hommes ne sont pas des objets. Tout doit être fait au profit de l’homme.
L’homme doit être la finalité de toute chose et non le moyen d’une chose. D’ailleurs nous
n’avons pas besoin d’une humanité « composée seulement d’Hercules et d’Adonis », de gens
forts et beaux. Tout homme, quelque soit sa constitution physique, quelque soit sa santé, est un
homme. Et nous avons l’exemple de certains hommes qui ont marqué l’humanité qui étaient
soit impuissants, soit sourds, soit aveugles, mais qui en dépit de leur handicap ont rendu de
grands services à l’humanité.

1-Amadou (né en 1954) et Mariam (née en 1958) sont de célèbres musiciens pourtant atteints
de cécité.
2-Steve Wonder (né en 1950). Atteint de cécité depuis son enfance, Steve Wonder est un
musicien de talent. Il possède le répertoire le plus prolifique de la musique populaire
américaine.

3-Beethoven (1770-1827). Sourd à 30 ans, Beethoven a poursuivi sa carrière de compositeur et


est l’auteur de chefs d’œuvre considérés comme indépassables.

4- Ray Charles (1930-2004). Aveugle depuis l’âge de 7 ans, figure majeure de la musique afro-
américaine, Ray Charles a marqué la musique jazz, le blues, le gospel, le country.

5-. Stephen Hawking (1942-2018). Cet éminent scientifique a développé à l’âge de 21 ans une
maladie dégénérative. Paralysé de la tête aux pieds il ne pouvait communiquer qu’à l’aide d’un
synthétiseur vocal et se déplaçait dans un fauteuil roulant. Son handicap ne l’a pas empêché de
développer sa pensée et de se révéler un bruyant physicien, astrophysicien, cosmologiste. (Voir
le film Une merveilleuse histoire du temps)

6- John Nash (1928-2015). Il souffrait d’une schizophrénie paranoïaque aigüe. Nash a réussi à
surmonté son handicap et à développer une carrière académique exceptionnelle. Il a travaillé
sur la théorie des jeux, la géométrie différentielle et les équations aux dérivées partielles. Il a
été lauréat de deux prestigieux prix : le prix Nobel d’Economie en 1994 et le prix Abel en 2015.
(Voir le film Un homme d’exception)

L’humanité est une fin en soi, et pas seulement un moyen.

KANT, Fondements de la métaphysique des mœurs:

-« l’homme, et en général tout être raisonnable, existe comme fin en soi, et non pas seulement
comme moyen dont telle ou telle volonté puisse user à son gré ; dans toutes ses actions, aussi
bien dans celles qui le concernent lui-même que dans celles qui concernent d’autres êtres
raisonnables, il doit toujours être considéré en même temps comme fin. (….)
-« Les êtres dont l’existence dépend, à vrai dire, non pas de notre volonté, mais de la nature,
n’ont cependant, quand ce sont des êtres dépourvus de raison, qu’une valeur relative, celle des
moyens, et voilà pourquoi on les nomme des choses. »

- « au contraire, les êtres raisonnables sont appelés des personnes, parce que leur nature les
désigne déjà comme des fins en soi, c'est-à-dire comme quelque chose qui ne peut pas être
employé simplement comme moyen, quelque chose qui par suite limite d’autant toute faculté
d’agir comme bon nous semble ( et qui est un objet de respect). »

Ce qui est une fin en soi, est nécessairement une fin pour tout homme et constitue un principe
objectif de la volonté ; par conséquent il constitue une loi pratique universelle.

–« L’impératif sera donc celui-ci : Agis de telle sorte que tu traites l’humanité aussi bien dans
ta personne que dans la personne de tout autre toujours en même temps comme une fin, et
jamais simplement comme un moyen ».

On pourrait penser naïvement que les suites négatives de la science ne nous concernent pas
directement en tant qu’Africains, en tant que Burkinabè. Penser ainsi c’est se méprendre sur la
science et la réalité du monde. Nous vivons dans un monde globalisé. La mondialisation a fait
du monde un village planétaire et des humains, des voisins mondiaux. Un quelconque problème
soulevé par la science ne saurait avoir des conséquences strictement localisées. Nous sommes
tous victimes du réchauffement de la terre dont les conséquences affectent toutes les parties de
la terre. De manière spécifique en tant que Burkinabè nous pouvons faire le constat que nos
actions (industrielles, économiques..) sont liées au système économique néo-libéral qui promeut
le consumérisme. Il est aisé de faire le constat des conséquences sur l’environnement liées à
l’utilisation des pesticides dans l’agriculture (destruction de l’écosystème). Les ravages des
exploitations minières sont aussi patentes (contaminations des eaux, des hommes, des animaux
par l’usage de produits chimiques). Il est évident que nous ne pouvons plus imiter le type de
bonheur du monde occidental et chercher à reproduire leur standard de développement. C’est
pourquoi il nous faut instituer une rupture paradigmatique dans la quête du développement. Il
est alors temps de formuler des critiques sur les choix politique, économique, social qui
génèrent pour notre pays les dangers ci-dessus évoqués. Il faut mettre à l’indexe le néo-
libéralisme économique qui à travers le recours à la techno-science fait peser sur l’avenir des
pays africains de graves menaces que sont : la misère matérielle, la misère morale, la
désagrégation de la solidarité. A propos de la perte des valeurs africaines Ki-Zerbo a noté ceci :
« depuis le XVIe siècle, l’Afrique est une sorte de wagon du train du développement. Pourtant,
cette Afrique doit conquérir son identité, fière de sa contribution à l’aventure humaine, afin de
redevenir acteur du monde, elle qui a pour ainsi dire inventé l’homme, puis la première grande
civilisation de l’humanité, la civilisation égyptienne (…). Sans identité nous sommes un objet
de l’histoire, un instrument utilisé par les autres : un ustensile ». (Joseph Ki-Zerbo, A quand
l’Afrique ? Editions de l’Aude, 2003, p.8.)

Ki-Zerbo s’oppose à la reproduction par les Africains du modèle de développement occidental.


Il parle plutôt de développement alternatif, de développement endogène. Pour lui ce
développement doit prendre en compte et en les valorisant les ressources localement
disponibles c'est-à-dire les savoirs africains, les cultures africaines. Il définit ainsi le
développement endogène comme « une stratégie de développement qui s’articule autour de
l’actualisation ou de la mise en valeur de ce que l’on a, de ce que l’on est et de ce que l’on veut
devenir » (Des hommes, p.20).

CONCLUSION

L’épistémologie en tant que regard philosophique sur la science nous a convaincu que la science
n’est pas qu’une affaire de laboratoire et qu’elle doit être soumise à des débats en dehors des
centres de recherche. L’importance de la science dans le développement des sociétés et les
effets qu’entraînent certaines recherches induisent forcement des réflexions de nature différente
que celles techniquement scientifiques. Aucun changement de cap n’arrive par lui-même de
manière naturelle, automatiquement. Tout changement est toujours provoqué, préalablement
pensé. La réflexion philosophique doit y contribuer. La dimension descriptive de
l’épistémologie permet de montrer par exemple comment la science s’élabore, quels sont les
facteurs qui peuvent ralentir le développement de la science, quelles sont les conditions idéales
pour l’épanouissement de la science. L’épistémologie prescriptive, en initiant un regard critique
sur les projets et les résultats scientifiques, veut garantir la possibilité de la vie sur terre. La
science n’a de raison d’être que parce qu’elle contribue au bien-être des hommes.
L’épistémologie proclame ainsi l’importance de la philosophie à travers la formulation de
questions éthiques. Elle invite au principe de responsabilité le scientifique qui peut aussi
s’ouvrir aux interrogations éthiques.

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