REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO
ENSEIGNEMENT SUPERIUR ET UNIVERSITAIRE
LEADERSHIP ACADEMIA UNIVERSITY
KINSHASA/GOMBE
FACULTE DES SCIENCES POLITIQUES ET ADMINISTRATIVES
LA CORRUPTION ET SON IMPACT SUR LA
GOUVERNANCE EN REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE
DU CONGO
Par
KEFA BALUME Ally
Mémoire présenté et défendu en vue de l’obtention
du Grade de Licencié en Sciences Politiques et
Administratives.
Option : Relations Internationales
Directeur : Professeur BOONGI EFONDA Jean-René
Août 2024
i
EPIGRAPHE
La corruption est l’abus des pouvoirs publics, charge publique ou d’une
autorité publique à des fins personnelles à travers l’extorsion, le trafic d’influence, le
népotisme, la fraude et les détournements.
PNUD
ii
IN MEMORIAM
A toutes les victimes de la guerre de l’Est de la République Démocratique du Congo,
fauchées par la mort qui relève de l’inconscience humaine. Que l’Eternel vous accueille
dans l’au-delà.
iii
DEDICACE
A mes parents IRINIGA Patrice et KAHAMBU Julienne qui m’ont donné la
vie et qui ont consenti sans cesse d’énormes sacrifices même au mépris de leur santé pour
chercher à m’assurer une vie meilleure avec le minimum d’épines et le maximum de
roses ;
A mes frères et sœurs : AIDINE Meschack, BALUME Samir, BALUME
Taylor, BOSEMBO Bernadette et IRINIGA Ruth ainsi qu’à mes cousins et cousines,
trouvez en cet effort l’exemple à suivre ;
A mon grand-père MATEMANE Pontien qui a suscité en moi le goût de
l’effort par sa rigueur, merci pour ton amour et, que ce travail soit un cadeau que je
puisse t’offrir ;
A ma fiancée KATIA Daniela, en qui j’ai pu trouver un soutien sans faille
tout au long de ce cycle académique ;
A mes amis et collègues qui, comme moi, se battent pour un lendemain
meilleur ;
A vous tous, je dédie ce travail.
KEFA BALUME Ally
iv
REMERCIEMENTS
Nous voici au terme de notre premier cycle qui nous oblige à remplir
certaines exigences qui consistent à présenter des recherches en vue de l’obtention du
diplôme de licence en Relations Internationales à LEADERSHIP ACADEMIA
UNIVERSITY.
Ainsi nous tenons, en ce début de notre travail, à exprimer de façon
particulière notre profonde gratitude au Professeur Jean-René BOONGI EFONDA
EFOLOTE qui, en dépit de ses multiples occupations, a bien voulu accepter de diriger ce
travail avec toute la compétence et le savoir-faire qu’on lui reconnaît ;
Nous remercions également tous les membres des corps académique,
scientifique et administratif de la faculté des Sciences Politiques et Administratives pour
la formation dont nous avions été bénéficiaire ;
À tous ceux qui n’ont pas été cités, qu’ils trouvent ici, l’expression de notre
reconnaissance.
KEFA BALUME Ally
v
LISTE DES SIGLES ET ABREVIATIONS
ALPC : Agence de Prévention et de Lutte contre la Corruption
APNAC-RDC : APLC Réseau des Parlementaires Africains contre la
Corruption-RDC
ARMP : Autorité de Régulation des Marchés Publics
ASBL : Association Sans But Lucratif
CAMI : Cadastre Minier
CCM : Coordination de Changement des Mentalités
CELC : Commission de l’éthique et de la lutte contre la corruption
CENAREF : Cellule Nationale de Renseignements Financiers
DGCMP : Direction Générale du Contrôle des Marchés publics
FONALC : Forum national sur la lutte contre la corruption
IGF : Inspection Générale des Finances
LICOCO : Lutte Contre la Corruption
OCDE : Organisation pour la Coopération et le Développement Economique
OCEP : Observatoire de Code d’Ethique professionnelle
OSCEP : Observatoire de Surveillance de la Corruption et de l’Ethique
Professionnelle
PNUD : Programme des Nations-Unies pour le Développement
PST : Points Sexuellement Transmissibles
RDC : République Démocratique du Congo
TENAFEP : Test National de Fin d’Etudes Primaires
1
INTRODUCTION
01. Problématique
Après avoir choisi un thème, le chercheur doit être capable de formuler
un problème spécifique qui se prête à l’investigation scientifique1. Ainsi, la
problématique signifie un problème à résoudre par des procédés scientifiques2. Selon
G. MACE et F. PETRY, le choix du problème spécifique de recherche consiste à
identifier l’approche théorique qui sous-tend la recherche à entreprendre ; repérer une
ou plusieurs lacunes dans les travaux antérieurs traitant du même sujet et, partant, de
combler ces lacunes3.
Depuis des temps anciens, la corruption est un mal qui agite les sociétés.
La corruption a été qualifiée par l’ancien Président de la Banque mondiale James
WOLFENSOHN comme le cancer des sociétés modernes, car elle nuit développement
économique et délégitime les gouvernements nationaux4.
Au cours de ces dernières années, la question de la corruption est liée à
celle de la gouvernance, car elle a un impact considérable sur le quotidien des Etats.
La plupart des Etats qui sont confrontés à ces pratiques continuent à vivre les
déséquilibres profonds à la fois sur le plan économique et social, et retarde toute idée
de développement. La corruption et la gouvernance sont donc des questions à
controverse qui revêtent une grande importance pour le développement durable5. Dans
un contexte marqué par la globalisation, la mondialisation continue de modifier les
trajectoires de croissance des Etats, qui sont butés à leur tour, à des graves
conséquences notamment celles liées à la corruption qui se développe à grande échelle
au point d’affecter les efforts fournis par ces derniers.
1
S. SHOMBA KINYAMBA., Méthodologie de la recherche scientifique : les ficelles de captage et les logiques
d’analyse des données, Kinshasa, PUK, 2012, p.37.
2
SHOMBA KINYAMBA S et TSHUNDOLELA G., Méthodologie de la recherche scientifique. Etapes
contraintes et perspectives, Kinshasa, MES, 2003,
p.32.
3
MACE, G. et PETRY, F. Guide d’élaboration d’un projet de recherche en sciences sociales, Bruxelles, éd. De
Boeck, 2011, p.5.
4
ZAGAINOVA, A., La corruption institutionnalisée : un nouveau concept issu de l’analyse du monde émergent,
Thèse de doctorat, Faculté des Sciences Economiques, Université de Grenoble, 2012, p.7,
inédit.
5
Rapport sur la gouvernance en Afrique IV, Nations-Unies : commission économique pour l’Afrique, 2016, p.6.
2
La République Démocratique du Congo n’en est pas épargnée. En effet,
les dernières enquêtes menées par l’OSCEP en 2019 renseignent qu’en RDC, sept
transactions sur dix sont entachées des pratiques de corruption6. La RDC fait figure de
mauvaise élève en matière de corruption, puisqu’elle est classée 162ème Etat suivant le
classement de Transparency International publiée en 20237. Cette situation de
corruption mine les efforts de redressement économique amorcé et la gouvernance du
pays.
Déterminés à combattre la corruption sous toutes leurs formes, les
différents gouvernements qui se sont succédés ont en effet, crée des cadres à la fois
législatifs, règlementaires et institutionnels pour restaurer l’Etat de droit en République
Démocratique du Congo.
Comme nous pouvons bien le remarquer, c’est dans son discours à
l’occasion de la journée africaine de lutte contre la corruption, que le Président Félix-
Antoine TSHISEKEDI déclarait : « C’est pour moi, un insigne honneur de prendre la
parole devant votre auguste assemblée pour, une fois de plus, rappeler mon
indéfectible engagement à lutter, avec hargne et sans relâche, contre la corruption et
les actes infractionnels qui lui sont voisins ; en l’occurrence : la concussion, le
détournement des deniers publics, le favoritisme, le clientélisme, etc »8. Ce discours
traduit la volonté du Chef de l’Etat à éradiquer ce fléau qui gangrène les institutions du
pays à toutes les échelles.
Dès le début de son premier mandat, le Président de la République,
Félix-Antoine TSHISEKEDI, a créé par Ordonnance n° 20/013 bis du 17 mars 2020,
un service spécialisé dénommé Agence de Prévention et de Lutte contre la Corruption,
APLC en sigle et tant d’autres en vue d’éradiquer la corruption en RDC. L’abondance
d’initiatives anti-corruption explique, en grande partie, la prise de conscience du
numéro un de la République Démocratique du Congo face à ce phénomène qui, du
reste est loin de promouvoir le développement durable, la stabilité politique et
6
Rapport de l’Agence de prévention et de lutte contre la corruption sur la stratégie nationale de lutte contre la
corruption : 2022-2026, 2021, p.13.
7
[Link] [Link], consulté le 26.03.2024 à 15h25’
8
Discours du Président de la République Félix-Antoine TSHISEKEDI à l’occasion de la célébration de la
Journée Africaine de Lutte contre la corruption du 11 Juillet 2019
3
économique. C’est dans ce cadre-là, que le pays a adopté des stratégies afin de mieux
répondre aux problèmes posés par la corruption endémique qui caractérise la RDC.
De tout ce qui précède, notre réelle préoccupation consiste à savoir quel
est l’impact de la corruption sur la gouvernance en République Démocratique du
Congo ?
Quels sont les mécanismes mis en place pour lutter contre la corruption ?
Dans quels domaines la corruption se manifeste et impacte-t-il la gouvernance
en RDC ?
C’est autour de cette question que s’articule la charpente de la présente
étude dont nous pouvons aligner des réponses à titre d’hypothèses.
02. Hypothèses du travail
L’hypothèse est une série de réponses anticipées qui permettent de
prédire la vérité scientifique vraisemblable au regard des questions soulevées par la
problématique et dont la recherche vérifie le bien-fondé ou le mal fondé(9).
L’hypothèse désigne une proposition relative à l’explication des
phénomènes naturels et qui doit être vérifiée par les faits.
Ainsi, anticipativement, à titre d’hypothèses, nous pouvons aligner les
réponses provisoires ci-après :
La RDC a élaboré un certain nombre d’instruments juridiques en matière de
lutte contre la corruption en vue d’une meilleure gouvernance du pays. A côté
des efforts règlementaires, le pays s’est également doté d’un cadre
institutionnel pour agir de manière à assainir un environnement dominé par les
actes de corruption à tous les échelons ;
La manifestation de la corruption touche plusieurs domaines de la vie
nationale, entre autres dans l’administration publique, l’éducation, la justice, le
secteur économique dont principalement les mines, dans l’armée, etc. Cela
contribue à influer d’une manière négative et contribue à l’affaiblissement des
institutions et des structures étatiques capables d’assurer la transformation et le
9
TSHIKOJ, M., Les questions africaines de la mondialisation, CERDAF, Kinshasa, 2007, p.94.
4
développement du pays. De ce fait, la corruption et la gouvernance ont des
liens étroits. La première conditionne la seconde et déforme l’image du pays.
03. Objectif de la recherche
L’objectif de cette recherche est d’analyser l’impact de la corruption sur
la gouvernance en République Démocratique du Congo.
Objectif global
Cette étude vise à contribuer à l’assainissement de l’environnement
politique et économique de la RDC, c’est-à-dire la promotion de la gouvernance en
luttant contre la corruption qui est considérée comme un mal qui ronge le pays.
L’objectif global de l’étude consiste donc à étudier les variables explicatives de la
persistance de la corruption.
Objectif spécifique
D’une façon spécifique, cette étude vise à :
Expliciter les variables explicatives de la persistance de la corruption en
République Démocratique du Congo ;
Analyser les responsabilités des différents acteurs dans la persistance de la
corruption en République Démocratique du Congo ;
Déterminer l’impact de la corruption sur la gouvernance en République
Démocratique du Congo ;
Déterminer l’approche ou les stratégies efficaces de lutte contre la corruption
et la promotion de la bonne gouvernance en République Démocratique du
Congo.
5
04. Choix et intérêt du sujet
4.1. Le choix du sujet
Le choix du sujet comme l’affirment SHOMBA et KUYUNSA, se
présente comme le premier acte que l’on pose dans le processus de toute recherche
scientifique(10).
Toute œuvre scientifique revêt un intérêt scientifique, pratique et
personnel. Comme nous l’avons ci-haut évoqué, depuis des milliers de décennies, la
question de la corruption est particulièrement abordée dans tous les sens. De nombreux
rapports placent la RDC parmi les pays les plus corrompus au monde. Dans l’une de
ses publications que nous avons lues, SAMURA note que : un environnement où règne
la corruption est mauvaise pour la société car les priorités de développement réelles
d’un pays sont souvent négligées au profit de celles qui rapportent les plus gros profits
personnels aux décideurs11.
Selon le rapport sur la gouvernance en Afrique IV, la corruption
croissante en Afrique est imputable à trois facteurs principaux. Primo, la faiblesse des
institutions dans bon nombre des pays africains, qui fait que les responsables
politiques et les fonctionnaires détournent les ressources nationales et abusent de leur
pouvoir sans aucun contrôle. Secundo, le recul constant du niveau de vie des
fonctionnaires, associé aux mesures d’incitation insuffisantes dans maints pays
africains, fait de la corruption un moyen viable et très avantageux de vivre dans la
société. Tertio, les pays occidentaux ferment les yeux sur les corrupteurs, les sociétés
étrangères et leurs intérêts privés profitent souvent de la faiblesse et de l’inefficacité
des mécanismes institutionnels qui sont mis en place pour s’attaquer aux pratiques de
corruption12.
C’est en réaction à ces éléments que la question de la gouvernance est
posée autour des mécanismes institutionnels mis en place que ce thème a retenu notre
10
SHOMBA KINYAMBA S., Op. cit, p.48.
11
SAMURA, BRIMA K., « The negative effect of corruption on developping Nations »,www. [Link], 2009,
p.1.
12
Rapport sur la gouvernance en Afrique IV, [Link], p.11.
6
entière attention. C’est pour cette raison que nous voudrions étudier les liens qui
existent entre la corruption et la gouvernance en RDC.
Dans le même cheminement d’idées, Pierre JACQUEMONT note que la
bonne gouvernance est au cœur des politiques de développement préconisées par les
institutions internationales. Pourtant, dans les États fragiles comme la RDC, sa mise en
œuvre se heurte à de fortes résistances. Les formes élémentaires de la corruption
comme les pratiques délictuelles les plus élaborées sont enchâssées dans un contexte
de production et de répartition des rentes publiques13.
Certains auteurs comme CHATAIGNER, J-M et MAGRO, H estiment
que confronté à la réalité d’un État en situation de fragilité sociale et politique, la
bonne gouvernance se heurte pourtant à de profondes difficultés 14
Toutefois, le degré de corruption en RDC a atteint des proportions
inquiétantes au regard de ses indicateurs mesurables. Il est important de relever que
cette question est perceptible à tous les échelons. Dans toutes les institutions du pays,
des faits de corruption sont signalés sans que les auteurs de ces graves délits ne soient
inquiétés. L’impunité qui caractérise la corruption en RDC jette la pavée dans la marre
et ne fait aucun doute sur l’institutionnalisation de ces genres de pratiques.
4.2. Intérêt du sujet
4.2.1. Intérêt scientifique
L’importance que revêt ce thème de recherche n’est plus à démontrer. Ce
thème est crucial au regard de ses implications sur la gouvernance de la RDC. Ce
travail relève des questions sociales et économiques. La compréhension de l’analyse
de ce thème de recherche nous permettra d’établir les conséquences qui résultent des
mauvaises pratiques telles que la corruption et son incidence sur la gouvernance de la
RDC.
Il est certes vrai que, la RDC s’est dotée d’un cadre institutionnel et
organisationnel de lutte contre la corruption, mais le travail de fond reste à faire. La
13
JACQUEMOT, P., La résistance à la bonne gouvernance dans un état AFRICAIN Réflexions autour du cas
congolais (RDC), in Revue Tiers-Monde, N ◦ 204, Octobre-Décembre 2010, p.129.
14
CHATAIGNER J.-M., MAGRO H., cité par JACQUEMOT, P., idem,
7
lutte contre la corruption est un des éléments essentiels pour assurer une meilleure
gouvernance possible. De nombreux rapports des différents organismes pointent du
doigt la corruption comme un frein au développement socio-économique des Etats.
Une telle étude s’inscrit dans la logique qui ouvre des perspectives allant dans le sens
de l’amélioration de la gouvernance au travers de l’implémentation des bonnes
pratiques qui favoriseraient le développement socio-économique de la RDC.
4.2.3. Intérêt pratique
Depuis quelques années, la RDC s’est dotée des institutions ou
organismes chargés de lutter contre ce fléau. Ces efforts visent à assainir les
institutions et à décourager de telles pratiques afin d’obtenir des changements
significatifs pour asseoir une gouvernance responsable propice au développement du
pays.
Cependant, la RDC a adopté des mesures visant à répondre efficacement
à cette donne dans le cadre de la promotion de l’état de droit, le recours à la justice
pour traquer ceux qui s’y livrent sans vergogne à ces mauvaises pratiques. Ces
décisions découlent de la volonté de mettre fin à ce fléau, et est de nature à régler le
problème de la corruption pour assurer une meilleure gouvernance. Fort
malheureusement, ces décisions s’avèrent contreproductives compte tenu de la
persistance de ces actes à tous les niveaux du pays.
Cette léthargie se justifie par l’impunité qui caractérise les auteurs de ces
graves délits. La faiblesse des institutions de l’Etat, les difficultés de l’Etat à mettre sur
pied des politiques de réformes nécessaires au sein de l’appareil judiciaire qui peine à
se redresser sont les principaux facteurs qui expliquent la persistance des actes de
corruption.
La justice est le seul maillon qui peut véritablement éradiquer ce fléau
parce qu’elle sera chargée d’empêcher la corruption et de permettre à la RDC de
trouver la voie du développement. Malgré les efforts de la RDC dans le domaine de la
lutte contre la corruption, le pays n’a pas véritablement verrouillé toutes les poches qui
occasionnent la corruption afin de mettre fin à cette spirale des détournements des
deniers publics et des actes de corruption à répétition.
8
4.2.3. Intérêt personnel
Notre intérêt pour cette étude est dicté par le fait que nous avons
remarqué depuis ces dernières décennies, la recrudescence de la corruption qui
caractérise la gouvernance en République Démocratique du Congo. S’il faudrait en
faire une évaluation cohérente, les statistiques montreraient que le nombre de cas ou
actes de corruption sont en augmentation. Bien que la RDC ait signé un certain
nombre d’accords et d’initiatives qui visent la transparence et l’orthodoxie dans la
gestion de ses ressources nationales, la progression constante de corruption à tous les
échelons du pays ne fait l’ombre d’aucun doute. Cette situation fragilise la
gouvernance du pays et a tendance à occulter les priorités du pays qui,
raisonnablement sont appelées à œuvrer en faveur du développement socio-
économique.
L’intérêt de ce thème de recherche réside dans la compréhension des
liens qui existent entre la corruption et la gouvernance. Nous voulons à la lumière des
indicateurs précis, contribuer à une analyse fouillée des facteurs qui encourageraient
les pratiques de la corruption et de cerner leur impact sur la gouvernance en RDC.
4.2.4. Mon apport
Notre apport en élaborant cette étude consiste à replacer la question au
centre du débat républicain. C’est-à-dire que si nous voulons promouvoir le
développement socio-économique, nous devons encourager bonnes pratiques gage
d’un environnement sain et propice à une meilleure transformation structurelle de la
société congolaise.
En ce qui concerne la lutte contre la corruption, l’Etat est appelé à
prendre des mesures idoines qui s’imposent par le renforcement des différents
mécanismes dotés des compétences exclusives et menant des actions concrètes
intervenant d’une manière rigoureuse et efficace. La justice congolaise doit se
réinventer pour agir face aux menaces réelles et graves qui pèsent sur la gouvernance
de l’Etat. La faiblesse qui la caractérise est d’autant plus l’une des préoccupations
majeures qui favorise la persistance des délits de corruption en RDC. Le renforcement
de son rôle doit être sans équivoque car cela réduirait la portée des actes de corruption.
9
05. Méthodologie du travail
5.1. Méthodes
D’après Roger PINTO et Madeleine GRAWITZ, la méthode est
considérée comme étant l’ensemble d’opérations intellectuelles par lesquelles une
discipline cherche à atteindre les vérités qu’elle poursuit, les démontre et vérifie. En
d’autres termes, c’est l’idée que l’on se fait du sujet et comment l’étudier15.
Quant à nous, nous avons défini la méthode comme une démarche
choisie et suivie en vue d’aboutir à un résultat donné. Ce qui suppose un esprit de
finesse.
La présente étude relève du domaine des sciences sociales. Le sujet
s’intéresse à la question de la corruption et de la gouvernance qui s’inscrit dans le
souci du développement socio-économique condition indispensable d’amélioration des
conditions de vies des populations. L’étude s’inscrit également dans la relation avec le
changement social, culturel et comportemental puisqu’elle permet d’identifier les
difficultés qui entravent la promotion d’une bonne gouvernance en RDC.
La particularité de cette étude réside dans le fait que la corruption
constitue une préoccupation et pour ce faire, les réalités propres à la RDC doivent être
prises en compte dans les stratégies nationales de lutte contre ce fléau endémique. De
ce fait, pour mener à bien les recherches, la méthodologie a été axée
fondamentalement sur l’analyse systémique.
La méthode systémique liée à la réalité étudiée nous est imposée par le
modèle de David Easton dans la mesure où l’on considère ce modèle comme étant
davantage orienté vers une taxonomie que vers une heuristique16. Cette méthode est
associée à la notion du système, qui est composé de plusieurs éléments en lien
d’interdépendances, dont chacun jouant un rôle précis de telle sorte que la
modification d’un des éléments qui le compose, entraine obligatoirement la
modification de tout le système. La RDC est un système au sein duquel il existe
plusieurs éléments que nous pouvons appeler les institutions. Ces institutions étant
15
PINTO, R. et GRAWITZ, M., Méthodes des sciences sociales, Dalloz, Paris, 1971, p. 282.
16
EASON, D., Analyse du système politique, Paris, Armand colin, 1974, pp. 18-34.
10
fortement dominées par la corruption, nous permettront de comprendre que lorsque
l’une d’elles est affectée, elle modifie l’ensemble du système et l’empêche d’atteindre
ses objectifs. La compréhension de l’utilisation de cette méthode se justifie par le fait
que la corruption constitue une chaine de contamination qui affecte tout le système.
Le recours à des données de terrain à travers les entretiens ont permis de
recueillir des informations susceptibles de comprendre les variables explicatives de la
persistance de la corruption en RDC. Aussi, cette méthode nous aidera à avoir une
idée claire sur la perception de la corruption en RDC.
5.2. Techniques
Pour notre part, nous avons choisi la technique documentaire qui nous a
été d’une grande utilité dans ce sens que nous avons tiré nos données dans des
bibliothèques. A ce titre, nous avons pu consulter des ouvrages ayant un rapport direct
avec notre sujet d’étude, des articles des revues, des rapports officiels ainsi que
d’autres outils ayant concouru à la collecte des données susceptibles de nous fournir
des informations utiles pour notre travail. Hormis ces techniques utilisées, nous avons
aussi pu recourir aux données issues de l’internet pour la matérialisation et la
systématisation de la présente étude.
06. Délimitation spatio-temporelle
Notre étude est délimitée dans l’espace et dans le temps.
Dans l’espace, nous avons choisi d’analyser la République Démocratique
du Congo, qui constitue notre champ d’investigation.
Dans le temps, notre étude couvre la période allant de l’année 2019 à
2023 car c’est au cours de cette période qu’a eu lieu la manifestation de la volonté
politique du gouvernement de Félix-Antoine TSHISEKEDI à lutter contre la
corruption et promouvoir la gouvernance en République Démocratique du Congo.
Lors de son allocution à l’ouverture de la journée africaine de lutte contre la
corruption, le Chef de l’Etat avait affiché sa ferme détermination à éradiquer et
réprimer la corruption en RDC. C’est la période au cours de laquelle, il a impulsé la
politique nationale de lutte contre la corruption en vue de stopper ce cancer qui retarde
11
le développement socio-économique du pays, ce qui explique la création des agences
telles que l’Agence de prévention et de lutte contre la corruption, la Commission de
changement des mentalités en République Démocratique du Congo.
07. Subdivision du travail
Dans le cadre précis de cette recherche, nous avons structuré le travail de
la manière suivante :
Le chapitre I porte sur le cadre théorique et conceptuel ;
Le chapitre II analyse les mécanismes de lutte contre la corruption en
République Démocratique du Congo ;
Le chapitre III examine l’impact de la corruption sur la gouvernance en
République Démocratique du Congo.
12
CHAPITRE I. CADRE THEORIQUE ET CONCEPTUEL
Ce chapitre a deux sections. La première énonce le cadre théorique de
l’étude, c’est-à-dire qu’elle procède à la revue de la littérature portant sur la notion de
la corruption et de la gouvernance en démontrant les aspects théoriques qui les sous-
tendent. La deuxième section quant à elle, tente de cerner le cadre conceptuel, cela
veut dire qu’elle essaie de définir les concepts de base de l’étude.
Section 1. Cadre théorique de l’étude
Il existe déjà une littérature abondante sur le sujet sous-examen. De
nombreux chercheurs ont abordé le problème de l’impact de la corruption sur la
gouvernance. Il s’agit là de s’imprégner des résultats de leurs travaux afin de pouvoir
mener une analyse plus approfondie de l’étude.
1.1. Revue de la littérature
Deux notions essentielles sont au cœur de la présente étude. Il s’agit des
notions de corruption et de gouvernance en République Démocratique du Congo.
1.1.1. La corruption
La revue de la littérature sur la question de la corruption nous renseigne
que la corruption est un phénomène multidimensionnel, elle est fonction de nombreux
facteurs tant économiques que politiques et sociaux. Malheureusement, selon la pensée
de la famille d’inspiration légale, sociale, politique ou économique, la corruption n’est
pas appréhendée de la même façon. De ce fait, les études de la corruption peine
souvent à saisir toute sa complexité, puisqu’elles ne s’intéressent qu’à un aspect du
phénomène. La compréhension actuelle la plus répandue de ce phénomène est
économique.
Le rapport 2010 de la Banque mondiale sur les indicateurs de
développement, à l’aide d’une batterie de 1 600 variables statistiques, montre
comment « silencieuse et fatale, la corruption discrète entrave les efforts de
développement en Afrique »17.
17
Rapport Banque mondiale, 2010a, p. 1.
13
La Fédération des entreprises du Congo dénonçait au début de 2010 « la
création d’impôts par des entités administratives décentralisées sans fondement légal,
le foisonnement de redevances et taxes à l’initiative d’institutions ou entreprises
publiques, l’immixtion des services non autorisés dans les contrôles et recouvrements,
sans la requête préalable des services d’assiette concernés, la pléthore des services non
autorisés aux postes frontaliers... ». Les Régies financières sont minées par la
corruption si l’on en croit 71 % de leurs agents interrogés dans les enquêtes, lesquels
justifient cette pratique par leur modeste niveau de salaire18.
Le Comité épiscopal congolais constatait en 2009 que « tout peut
s’acheter au Congo : une décision judiciaire, un titre universitaire, un diplôme scolaire,
une carte d’identité, un permis de conduire, un passeport, une nomination politique,
une promotion administrative, un titre foncier, un certificat de naissance, une
attestation de bonne vie et mœurs... »19.
Selon une enquête de l’Université de Kinshasa, 45 % d’entre eux
affirmaient avoir été corrompus pour délivrer la justice. Les magistrats disent qu’ils «
vivent des dossiers » et se plaignent souvent de ne pas avoir à traiter des cas «
intéressants »20.
Reprenant les anciens travaux de KLITGAARD21 et s’interrogeant sur le
comportement des douaniers en Afrique, FJELDSTAD22 note que le risque de
corruption est le plus grand quand trois conditions sont réunies : quand ils disposent
d’un pouvoir monopolistique sur leurs clients ; quand ils exercent un pouvoir de
décision discrétionnaire sur la prestation de services (évaluation de la valeur,
classification...) ; et lorsqu’ils ne sont pas tenus de rendre des comptes. Au guichet de
18
[Link] .org, consulté le 20.05.2024 à 14h25’
19
45e réunion de l’Assemblée plénière de l’Épiscopat congolais, 2009.
20
SOPROP, Corruption dans le système judiciaire congolais, Solidarité pour la promotion sociale et la paix,
Kinshasa, janvier 2009, p.5.
21
KLITGAARD, R., Controlling Corruption, Berkeley, University of California Press, 1988, p.25.
22
FJELDSTAD, O.-H., « Vers plus d’éthique dans les douanes en Afrique subsaharienne », in Afrique
contemporaine, n◦ 230, vol. 2, 2009, pp. 33-54.
14
l’Office des douanes de Matadi, l’expression en usage chez les importateurs est «
tracasseries »23.
Selon le rapport de Natural Resource Governance Institute, les mauvaises
pratiques de gestion, et notamment de corruption, peuvent prendre racine n’importe
où, dans les pays riches tout comme dans les pays pauvres 24. « En 2018, sur les cinq
continents, l’Afrique vient en tête en termes d’indice de perception de la
corruption. Elle a obtenu une moyenne de 32 sur une échelle allant de 0 à 100. Le
continent est loin derrière l’Europe de l’Ouest qui est la région la plus performante en
matière de lutte contre la corruption, avec 66 points en moyenne »25.
En RDC, comme ailleurs en Afrique, la corruption agit par capillarité,
elle irrigue par des circuits peu mesurables la toile d’araignée sociale et politique. Sur
un marché public, sur un redressement fiscal abusif, sur une ponction illégale, sur une
entreprise publique, les pourcentages de la redistribution iront croissants, de l’agent de
base, au chef de bureau, puis au directeur, et ainsi de suite, jusqu’au centre de la toile.
La corruption tisse ainsi le maillage du pouvoir autour d’un réseau de complicités,
renforce la cohésion interne des groupes autour de la prédation et de la redistribution
de ses produits. Elle permet de gérer les alliés et les courtisans, de conforter leur
loyauté26.
La corruption est intimement liée à la vie quotidienne, au point de
devenir banale. Dans ce registre, la RDC se singularise par le type d’argument avancé,
notamment la corruption permet de se positionner dans la sphère sociale. Cette
banalisation est également repérable dans les instances supérieures du pays. Avec brio,
cette excentricité congolaise justifie sans nul doute son piètre positionnement dans les
différents classements sur la corruption. Du reste, des faits et chiffres nous permettront
de prouver que la corruption est de toute évidence systémique27.
23
JACQUEMONT, P., « La résistance à la « bonne gouvernance » dans un état africain. Réflexions autour du
cas congolais (RDC)», in Revue Tiers Monde, n◦ 204, Octobre-décembre 2010, p. 137.
24
Natural Resource Governance Institute, « Indice de Gouvernance des Ressources Naturelles, » 2017, p.2.
25
Fatoumata Diallo, « Indice de perception de la corruption 2018 : Transparency International pointe la faiblesse
des institutions africaines. » 2019, consulté le 28 Juin 2024 à 10h37’.
26
Idem
27
MEDARD J.-F., « Les paradoxes de la corruption institutionnalisée », in Revue internationale de politique
comparée, n°13, Vol. 4, 2006, pp. 697-698.
15
Dans le cadre de Surveys Enterprise28, les entreprises évoluant dans
l’environnement congolais ont été conviées de raconter à la fois leur expérience en
matière de petite corruption effective et leur perception de la corruption comme
obstacle à leurs activités. Avec ces questions, on peut se faire une idée sur l’ampleur et
la sévérité de la petite corruption. 4 entreprises sur 5 ont dû verser de l’argent de façon
informelle à des fonctionnaires (pour faire avancer les choses). 66,25 % d’entreprises
ont fait des cadeaux pour obtenir une licence d’exploitation.
Lors de rencontres avec des fonctionnaires des impôts, 64,42 %
d’entreprises ont recouru aux cadeaux. Dans une étude sur le secteur informel dans les
villes urbaines congolaises, MAKABU MA NKENDA, MBA, MERCERON et
TORELLI trouvent qu’en cas d’un litige, le différend se règle par le paiement d'une
amende dans plus de 36 % des cas29. Le paiement d'un « cadeau », symptôme du
phénomène de la corruption, représente le mode de règlement du conflit pour plus de
44 % des chefs d'Unités de Production Informelles interpellés par les agents de l'Etat.
A Kinshasa, capitale de la RDC, près de 54 % des litiges sont réglés avec des cadeaux.
Dans la littérature ad hoc, cette forme de corruption s’explique par
plusieurs variables. Certaines de ces variables ont été documentées dans le cadre
congolais. Dans une étude microéconomique par exemple, NAKAMWAMBILA
KIADIAMUYIKA et KABANGA KAZADI trouvent, par ailleurs, que 63,5% de ses
enquêtés en moyenne ont déclaré l’impunité et le manque d’éthique professionnelle
comme causes principales de la corruption. Ceux ayant déclaré la modicité des salaires
comme cause principale de la corruption sont représentés à 53% contre 47% de ceux
qui n’étaient pas corrompus. Leur analyse multi-variée signale que, les mariés ont une
probabilité élevée d’accepter d’être corrompus que les non mariés. Le bas salaire,
28
Banque mondiale, World Development Indicators, 2010, disponible sur www. [Link],
consulté le 28 juin 2024 à 12h38’
29
MAKABU Ma NKENDA T., MBA M., MERCERON S. et TORELLI, C., « Le Secteur informel en milieu
urbain en République Démocratique du Congo : Performances, insertion, perspectives. Principaux résultats de la
phase 2 de l’enquête 1-2-3 2004-2005 », in DIAL Document de travail DT, n°15, 2007, p.12.
16
l’insatisfaction des besoins fondamentaux et la province d’origine constituent des
variables explicatives de la corruption chez les magistrats kinois30.
En des termes différents, il existerait, d’après l’étude de
NAKAMWAMBILA KIADIAMUYIKA et KABANGA KAZADI, une corrélation
entre corruption et les variables suivantes en RDC : l’impunité, le manque d’éthique,
le niveau de salaire, l’état matrimonial, la pauvreté et l’origine géographique31.
On peut également avancer une autre piste explicative : la thèse de
GATTI, PATERNOSTRO et RIGOLINI32 et BISSESSAR33 d’auto-alimentation de la
corruption, expliquant ainsi la persistance de la corruption. Cette auto-alimentation se
concrétise notamment par le fait que les personnes vivant dans les régions où
l’opposition à la corruption est faible ont tendance à être plus larges face aux pratiques
corruptives. Ce résultat peut s’expliquer par la banalisation de la pratique ou au faible
coût d’initiation à la pratique corruptive, par exemple.
En RDC, tous les éléments nécessaires à cette persistance sont réunis, et
voire bien plus. En effet, la densité démographique ainsi que l’urbanisation (mesurée
par le ratio de la population urbaine sur la population totale sont chacune fortement
associées à la corruption : le coefficient de Bravais Pearson est de 0,712, avec un
niveau de confiance de 90% entre la corruption et l’urbanisation et il est de 0,751, au
seuil de signification de 1% entre la densité démographique et la corruption. Plus
simplement, les zones urbaines concentrent plus de personnes et donc mettent plus de
personnes en contact. Il est logique d’en déduire que forte densité démographique ne
peut que permettre une forte progression de la pratique, surtout que la pratique de la
grande corruption est courante, justifiant notamment une forte impunité.
BONGOPASI MOKE SANGOL et TSAKALA MUNIKENGI sont plus
clairs à propos de la corruption. Ils estiment que : « …Le sexe se troque aussi parfois
30
NAKAMWAMBILA KIADIAMUYIKA J. et KABANGA KAZADI C., « Impact de la pauvreté sur la
corruption chez les magistrats, les policiers de roulage et les taximen à Kinshasa », in ODHS Rapport de
recherche, n°7, 2007, p.2.
31
NAKAMWAMBILA KIADIAMUYIKA J. et KABANGA KAZADI C., « [Link] », , p.2.
32
GATTI R., PATERNOSTRO, S. et RIGOLINI J. « Individual Attitudes toward Corruption: Do Social effects
Matter? », in Policy Research Working Paper, The World Bank, n° 3122, 2003, p.25.
33
BISSESSAR N. (2009), « Does Corruption Persist In Sub-Saharan Africa? », in International Advances in
Economic Research, n°15, Vol. 3, pp. 336-350.
17
contre des points. Ce phénomène de déviance, qui n’est pas uniquement congolais, est
excessivement courant à Kinshasa. (…) Les discours tenus par des étudiants sur leur
réussite personnelle témoignent du fait que l’opportunisme qui sous-tend cette attitude
pernicieuse répand»34. Cette pratique se banalise, avec un coût d’initiation quasi nul et
sans que les mesures contraignantes ne s’y opposent.
Ces pratiques corruptives au niveau le plus élevé de l’Etat créent
notamment ce que JACQUEMOT qualifie de résistance à la ꞌbonne gouvernance,
pérennisant ainsi un équilibre bas. Le besoin de l’élite de toujours préserver ses rentes,
soutenu par des interactions des forces politico-économiques et articulé autour des
pratiques clientélistes et des contrats tacites entre les détenteurs du pouvoir réel, a
institutionnalisé la corruption. Ce qui ne motive ni ne pousse à la volonté politique
nécessaire pour lutter véritablement contre la corruption35.
1.1.2. La gouvernance
En fait, plusieurs auteurs ont essayé de donner leurs points de vus à
propos du concept de gouvernance. A ce sujet, plusieurs définitions approximatives
sont formulées, certaines se complètent mutuellement, mais au fond ne suivent pas
toujours la même logique.
La gouvernance, très accolée au vocable de « gouverner ou
gouvernement »36, fait référence à l'action de diriger ou de piloter quelque chose. Mais,
avec le temps, vu son appropriation par les tenants des différents courants et son
évolution, elle devient, pour certains, polycentrique37, et, pour d'autres, polycéphale38
et se démarque de plus en plus du concept de gouverner qui est associé avant tout à un
pouvoir hiérarchique, à des rapports de commandement verticaux et à une certaine
conception centraliste de l'intérêt général et du pouvoir39.
34
BONGO PASI MOKE SANGOL et TSAKALA MUNIKENGI., « Réinventer l’Université ou le paradoxe du
diplôme à l’Université de Kinshasa », in TREFON, T. (sous dir.), Ordre et désordre à Kinshasa. Réponses
populaires à la faillite de l’Etat, in Cahiers Africains-Afrika Studies, n°61-62, 2004, p. 106.
35
KODILA-TEDIKA O., « Anatomie de la corruption en République Démocratique du Congo », in Institute of
African Economics, n°49160, 2013, p.11.
36
CARDINAL, L., et al., La démocratie à l'épreuve de la gouvernance, Ottawa, PUO, 2001, p.9.
37
GAUDIN, J-P., Pourquoi la gouvernance?, Paris, Presses de sciences PO, 2002, p.30.
38
CARDINAL, L., et al., idem.
39
GAUDIN, J-P., idem
18
La gouvernance, faisant appel à un système de gestion souple,
dynamique et pluriel, couvre un terrain plus étendu que le concept de gouverner. A
juste titre, R. CHARLICK a formulé la définition que voici : « la gouvernance est la
gestion impartiale, transparente des affaires publiques, à travers la création d'un
système de règles acceptées comme constituant l'autorité légitime, dans le but de
promouvoir et de valoriser des valeurs sociétales visées par les individus et les
groupes40.
De leur côté, BAGNASCO et autres voient la gouvernance comme un «
processus de coordination d'acteurs, de groupes sociaux, d'institutions, pour atteindre
des buts propres discutés et définis collectivement dans des environnements
fragmentés et incertains »41.
On ne saurait cependant parler de la gouvernance sans faire allusion à la
question de la démocratie locale et aux mécanismes qui traitent de l'équilibre entre
l'intérêt public et les intérêts privés. Car l'intérêt collectif, sans être en opposition avec
les intérêts individuels, doit avoir toujours la préséance sur ces derniers. L'intérêt
collectif est donc transcendantal et doit être incarné par les institutions collectivement
établies par l'ensemble des citoyens pour lesquels elles fonctionnent.
Bien que les auteurs précités n'utilisent pas les mêmes termes dans leur
définition, les expressions qui traduisent leurs points de vue ne laissent pas muette
cette valeur dont le fondement réside dans un ensemble de règles touchant la liberté, la
participation, l'équité, la transparence pour ne citer que cela. Aussi, « la gouvernance
peut être analysée comme un système démocratique de gestion. Elle reprend, dans une
perspective de management, les ingrédients de la démocratie»42. Cette définition attire
particulièrement notre attention parce qu'elle joint intimement les deux notions qui
vont être fréquemment utilisées dans le travail sous le vocable de « gouvernance
démocratique ».
40
CHARLICK, R., Governance working paper, US AID, Africa Bureau democracy and governance project,
Cambridge, Jubilee trust, 1991. p. 29.
41
BAGNASCO, A, et al., « Les villes européennes comme société et comme acteur », in Ville en Europe, Paris,
Éditions La Découverte, 1997, p.38.
42
DEFARGES, Philippe Moreau., La Gouvernance, Paris, PUF, 2008, p.19.
19
Tout le long de ce processus, l'émergence de nouveaux principes et de
nouvelles modalités de régulation publique doit être systématiquement encouragée.
D'où la nécessité d'associer à la gestion des affaires publiques des acteurs de toute
nature: syndicalistes, professionnels, membres du secteur des affaires et de la société
civile, bref tous les citoyens, par le biais d'un processus de participation et de
négociation constructives capables de déboucher sur des objectifs et des projets
communs. Cette conception rejoint la vision du PNUD selon laquelle la gouvernance
comprend: «l'État, mais transcende celui-ci en englobant le secteur privé et la société
civile 43.
La bonne gouvernance se caractérise notamment par la participation, la
transparence et la responsabilité ». Elle est précisément, d'après Calame, la capacité
des sociétés humaines à se doter de systèmes de représentation, d'institutions, de
règles, de procédures, de moyens de mesure, de corps sociaux capables de gérer les
interdépendances de façon pacifique44. C'est aussi le système de régulation de l'être
vivant complexe que constitue une société humaine, système qui gère à la fois le
fonctionnement interne et les relations avec le monde extérieur et système qui à la fois
garantit la stabilité et permet l'adaptation.
Pour Le GALES et alli, la gouvernance s'inscrit plutôt dans une réflexion
qui essaie d'intégrer les transformations intervenues à différentes échelles sur les plans
économiques, politiques et sociaux en privilégiant une entrée à l'échelon territorial45.
L'auteur, en citant Pierre considère la notion de gouvernance comme
étant une stratégie d'adaptation aux contraintes extérieures qui contribue à recomposer
le rôle et le travail politique et permet aux élus de se mettre avantageusement 46. Cette
notion, soutient-il, renvoie à trois types d'usages dans les sciences sociales :
43
PNUD, « La gouvernance en faveur du développement humain durable », document de politique générale du
PNUD, janvier 1997, pp. 3-4
44
CALAME, P., « Les principes de la gouvernance au 21 e siècle» ALLIANCE pour un monde responsable,
pluriel et solidaire, septembre 200 1, p.23.
45
LE GALES, P., Le retour des villes européennes : sociétés urbaines, mondialisation, gouvernement et
gouvernance, Paris, Presses de sciences PO, 2003, p.12.
46
PIERRE, J., Debating governance, autority, steering and democracy, Oxford, Oxford University Press, 2000,
p.12.
20
Le premier, visant la coordination pour accroître l'efficacité des firmes,
propose une conception de la gouvernance qui associe droit, économie et sociologie
des organisations afin de rendre compte du développement des mécanismes de
coordination permettant de diminuer les couts des transactions et d'améliorer
l'efficacité des politiques publiques en organisant la concurrence entre agences. Le
deuxième type, en plus de l'amélioration de l'efficacité, tient compte des conflits de
pouvoir, du jeu des groupes sociaux et des mécanismes de contrôles mettant en
interaction: l'État, les grandes organisations privées, les communautés et les
associations. Vue sous cet angle, la gouvernance renvoie à la formation de règles
explicites ou implicites mettant en évidence des relations relativement stabilisées entre
les différents acteurs dans la répartition des ressources du milieu. Elle met en outre
l'accent sur l'ensemble d'institutions, de réseaux, de directives, de réglementations, de
normes, d'usages politiques et sociaux, d'acteurs publics et privés qui contribuent à la
stabilisation d'une société et d'un régime politique, à son orientation, à la capacité de
diriger, à la capacité de fournir des services et à assurer sa légitimité47. Le troisième
type, mettant l'accent sur la capacité de la société à s'autoréguler et sur la capacité des
secteurs à résister à l'autorité de l'État, insiste sur la défaillance du gouvernement43 et
son incapacité à donner des résultats ou des services par rapport aux ressources qui lui
sont allouées.
Ce bref exposé sur la typologie d'usages établie par Le Galès permet de
retenir que la notion de gouvernance met, entre autres, en interaction les notions
d'acteurs et de groupes sociaux, de répartition des ressources, de temporalité, de
régulation sociale et institutions. Cette notion soulève en outre des « questions de
choix collectifs, de valeurs, de débat contradictoire, d'affrontement entre des intérêts
divers, d'intérêt général (même situé), de légitimité, bref de politique»48.
Plusieurs auteurs ont souligné que la gouvernance ne vient pas se
substituer au politique49, mais peut être considérée comme un facteur de renforcement
de la capacité de l'État-nation à fournir des services et à assurer du même coup sa
47
LE GALES, P., Op. cit, pp. 31-32.
48
Idem, p.34.
49
PETERS, G et al., La Gouvernance au XX1e siècle: revitaliser la fonction publique, Québec, Presses de
l'Université Laval, 2001, pp. 36-54.
21
légitimité. Gerry Stocker partage ce même positionnement en identifiant pour sa part
cinq caractéristiques de la gouvernance formulées en propositions :
La gouvernance fait intervenir un ensemble d'institutions et d'acteurs qui
n’appartiennent pas tous à la sphère du gouvernement.
En situation de gouvernance, les frontières et les responsabilités sont moins
nettes dans le domaine de l'action sociale et économique.
La gouvernance traduit une interdépendance entre les pouvoirs des institutions
associées à l'action collective.
La gouvernance fait intervenir des réseaux d'acteurs autonomes.
La gouvernance part du principe qu'il est possible d'agir sans s'en remettre au
pouvoir ou à l'autorité de l'Etat. Celui-ci a pour rôle d'utiliser des techniques et
des outils nouveaux pour orienter et guider l'action collective50.
Pour Stocker, l'ampleur et la complexité des activités de l'État expliquent
davantage la nécessité de la notion de gouvernance51. Celui-ci, dans un tel contexte, ne
peut plus agir seul sans tenir compte des différentes forces sociales.
La gouvernance est caractérisée notamment par un ensemble de
prérogatives, de valeurs, de moyens et de possibilités définies par les acteurs en vue de
résoudre ou d'anticiper les conflits qui pourraient se produire dans la gestion d'une
collectivité et dans l'exercice du pouvoir. Pour ce faire, les acteurs mettent à leur
disposition un ensemble de moyens matériels et juridiques (procédures, conventions,
règles, ressources techniques et économiques, etc.). L'articulation des différentes
dimensions de la gouvernance (économique, sociale et politique) exige, bien que de
manière relativement flexible, la production de règles susceptibles de faciliter une
continuité dans l'action, une certaine cohésion ou reconnaissance sociale et le respect à
la fois des intérêts communs et privés. Ce qui pern1et de faire un lien entre les notions
de légalité et de légitimité (nous le verrons un peu plus loin) qui sont inhérentes aux
valeurs et à la logique même de la gouvernance.
50
STOCKER, G., «Cinq propositions pour une théorie de la gouvernance », in Revue internationale des sciences
sociales, n° 155, mars 1998, p.25.
51
Idem,
22
De ce point de vue, sans s'inscrire dans une approche purement
normative telle que formulée par plusieurs institutions internationales (la Banque
Mondiale, le FMI, etc.), il faut reconnaitre que la gouvernance a un aspect normatif
puisque les acteurs concernés sont souvent intéressés à définir leurs actions dans un
cadre formel ou légal en vue de sécuriser et de stabiliser leurs relations. Un tel cadre
est généralement soutenu et façonné par des institutions et des organisations
collectivement établies. La gouvernance, envisagée sous l'angle de la régulation
sociale et s'inscrivant dans un processus d'institutionnalisation, fait par ailleurs appel à
des règles fluides et instables. Dans une telle dynamique, les acteurs en présence
coopèrent ou s'affrontent pour modifier les règles en fonction de leurs intérêts.
Dans cette même logique, ISLA insiste sur la double articulation entre
les acteurs économiques et les acteurs sociopolitiques proposée par Jean Pierre GILLY
et al. en rappelant que le concept de gouvernance combine à la fois une dynamique
institutionnelle axée sur des règles et une dynamique organisationnelle orientée par
l'action collective52.
Pour ISLA, l'analyse des pratiques de mise en œuvre du droit et le
règlement des conflits d'intérêts et d'autorité se trouve au centre même des
préoccupations de la gouvernance qui prône des valeurs comme la négociation, le
consensus, la légitimité et le respect du droit53. Certains auteurs ont fait apparaître
clairement l'aspect normatif dans leur manière d'aborder la notion de gouvernance.
Pour PETERS54 et STOKER55, la gouvernance est vue comme un modèle
évolutif d'organisation fondé sur les principes d'interdépendance, de négociation et de
coordination. D'autres, tout en respectant les réalités distinctes de chaque collectivité,
52
GILLY, J-P, et al., « Forms of Proximity, Local Governance, and the Dynamics of Local Economic Spaces:
The Case of Industrial Conversion Processes », in International Journal of Urban and Regional Research, n°25,
Vol. 3, 2001, p.5.
53
ISLA, A., « Pour une économie institutionnelle et organisationnelle du droit : la gouvernance dans l'Union
européenne », in Droit et Société, n° 54, 2003, p.23.
54
PETERS, G et al., Op. cit, p.20.
55
STOCKER, G., « [Link] », p.12.
23
formulent des principes généraux ou parlent de conditions d'application et de succès
d'un processus de gouvernance56.
Peu importe la définition soutenue, il est essentiel de retenir que la notion
de gouvernance englobe six principaux éléments :
Une gestion rationnelle des affaires de la collectivité avec un leadership qui
favorise l'ouverture ;
l'existence de cadre juridique et institutionnel flexible touchant tous les axes de
développement et protégeant les valeurs humaines. Dans cette logique, les
régulations doivent être construites majoritairement autour de codes, fruits de
négociations. Mais l'instrument répressif est plutôt la réprobation du groupe57.
Selon l'auteur, avec la gouvernance, la production de droit est illimitée et
permanente ;
La participation avisée de la communauté (réseaux d'information transparents,
données actualisées, etc.);
Une compétence adaptée à la réalité locale et aux exigences globales;
La responsabilisation et l'honnêteté ;
La synergie de tous les acteurs sociaux, intégrée dans un projet collectif à long
terme.
1.2. Les leçons tirées de la revue de la littérature
De tout ce qui précède, il ressort que les résultats des différents travaux
théoriques et empiriques de l’impact de la corruption sur la gouvernance ont des liens
étroits. Sur le plan théorique la problématique de la corruption et de la gouvernance
ont fourni des indications importantes car l’approche de la gouvernance peut soit
améliorer les comportements des acteurs soit produire des effets négatifs qui peuvent
faciliter la corruption. Nous pouvons retenir que l’inefficacité de la gouvernance
favorisera les comportements ridicules et développera inévitablement la corruption.
Par ailleurs l’optimisation des valeurs de la gouvernance devrait se faire prévaloir pour
assurer un équilibre réel visant à améliorer les comportements.
56
GAGNON, J., Développement des collectivités locales, Recueil de texte, vol. 2, Sherbrooke, Université de
Sherbrooke, 2003, p.23.
57
Defarges, 2008, p.64.
24
Sur le plan empirique le lien entre la corruption et la gouvernance varie
selon les pays. D’une part, ce lien a révélé que la corruption n’améliore pas la
gouvernance. Et d’autre part, la gouvernance améliore les comportements des
individus. De plus les résultats diffèrent d’une région à une autre, d’un champ à un
autre, d’une période à une autre, d’un modèle à un autre. Ainsi ces résultats ne peuvent
être généralisés ou extrapolés car chaque région a sa spécificité. En ce qui concerne la
République Démocratique du Congo, nous allons analyser les effets de la corruption
sur la gouvernance à travers des cas observés.
Section 2. Cadre conceptuel de l’étude
Pour avoir une idée plus générale sur les notions de la recherche,
quelques définitions ont été retenues sur les deux concepts de base notamment la
corruption et la gouvernance.
2.1. La corruption
2.1.1. Définition
Il apparait que les pratiques corruptives sont justifiées et euphémisées par
leur grande proximité ou interpénétration avec des pratiques sociales communes et
normales. Les mots et les discours participent ainsi à une même entreprise de
banalisation. »58. En effet, la diversité des vocables désignant les pratiques corruptives
constitue sans ambiguïté une information importante sur l’ampleur du phénomène, les
messages véhiculés, ses conséquences, etc.
La définition de la corruption trouve son origine dans la réflexion
occidentale sur l’éthique.
Selon Joseph NYE, la corruption est un comportement déviant par
rapport aux obligations normales d’un fonctionnaire pour des raisons privées(famille,
relations pécuniaires ou des gains de statut), ou qui viole les règles de fonctionnement
58
BLUNDO et OLIVIER de S., 2001, p. 98.
25
à la suite d’influences privées. Ceci implique les pots-de-vin, le népotisme et le
détournement des ressources publiques, etc59.
Selon Jean Cartier-Bresson, les échecs relatifs des politiques
d’ajustement structurel dans les années 1980 ont forcé la Banque mondiale à prendre
en compte la place des institutions dans le développement et à affirmer dans la logique
des néo-structuralistes qu’il est essentiel d’établir les structures de gouvernance et les
institutions afin de créer les conditions de la croissance économique et du
développement. Ainsi la réflexion sur la corruption est venue s’imbriquer dans une
réflexion plus globale, celle sur la gouvernance. Dès lors, la lutte contre la corruption
s’inscrit à l’intérieur de la bonne gouvernance60.
La Banque Mondiale, pionnier dans la lutte l’a défini comme l’abus
d’une charge publique à des fins personnelles, mettant ainsi l’accent exclusivement sur
le secteur public. C’est également lorsqu’un agent privé offre des pots-de-vin pour
circonvenir les processus et politiques publiques pour des avantages concurrentiels et
des profits, ainsi que lorsqu’aucun pot-de-vin n’est versé, et l’abus est pour des intérêts
personnels, comme dans le cas du népotisme, du patronage, du détournement des
fonds, du vol des biens de l’Etat61.
La définition de l’OCDE est proche de celle de la Banque Mondiale, et
se porte sur l’utilisation de la fonction publique pour des gains privés, elle se focalise
surtout sur l’agent public étranger. Dans ce sens la corruption est la résultante d’un fait
intentionnel, pour toute personne, d’offrir, de promettre ou d’octroyer un avantage
pécuniaire indu, directement ou par des intermédiaires, à un agent public étranger, à
son profit ou au profit d’un tiers, pour que cet agent agisse ou s’abstienne d’agir dans
l’exécution des fonctions officielles en vue d’obtenir un marché ou un autre avantage
indu dans le commerce international62.
59
NYE, J., Le leadership américain : quand les règles du jeu changent, Nancy : les Presses universitaires de
Nancy, 1967, p.419.
60
CARTIER BRESSON, J., Économie politique de la corruption et de la gouvernance, Paris, L’Harmattan,
2008, p.21.
61
Banque Mondiale, 1997, p.8.
62
OCDE, Corruption : glossaire des normes internationales, OCDE, 2008, p.30.
26
Pour le PNUD, la corruption est l’abus des pouvoirs publics, charge
publique ou d’une autorité publique à des fins personnelles à travers extorsion, trafic
d’influence, népotisme, fraude et détournements63.
Pour nous, la corruption consiste à obtenir des avantages privés ou
personnels par l’usage abusif des pouvoirs conférés par un statut public, au détriment
de l’intérêt général confié aux agents de l’Etat.
2.2. La Gouvernance
2.2.1. Définition
D’après Kaufmann et ali, la gouvernance est définie comme les traditions
et les institutions qui permettent d’exercer l’autorité dans un pays. Elle inclut la
manière dont les gouvernements sont mis en place, surveillés et remplacés ; la capacité
d’un gouvernement à formuler et à mettre en œuvre des politiques saines ; et le respect
des citoyens et la condition des institutions qui gouvernent les interactions
économiques et sociales entre eux64. Les indicateurs évaluent six domaines étendus de
la gouvernance : la voix et responsabilisation, la stabilité politique et l’absence de
violence, l’efficacité du gouvernement, la qualité de la réglementation, l’État de droit,
et enfin le contrôle de la corruption.
Selon la Banque Mondiale, « la gouvernance est une affaire de
management ou de réformes institutionnelles en matière d'administration, de choix de
politique, d'amélioration de la coordination et de fourniture de services publics
efficaces ». Cette définition fait ressortir les trois axes de la gouvernance à savoir
la forme du régime politique, la manière dont l’autorité est exercée dans la gestion
d’un pays, et la capacité du gouvernement à déterminer et à appliquer les politiques65.
Quant au PNUD, la gouvernance peut être considérée comme «
l’exercice de l’autorité économique, politique et administrative dans le but de gérer les
affaires d’un pays à tous les niveaux. Cela comprend les mécanismes, les processus et
les institutions à travers lesquels les citoyens et les groupes expriment leurs intérêts et
63
PNUD, Fighting corruption to improve governance : New York, UNDP, 1999, p.7.
64
KAUFMANN et ali., « Privatization Governace in transition economics », in Journal of internationale affairs,
n°50, Vol. 2, 2003, pp. 419-458.
65
[Link], consulté le 28 Juin 2024 à 10h44’
27
leurs différences, exercent leurs droits et s’acquittent de leurs obligations. La
gouvernance comprend l’Etat mais la dépasse en incluant également le secteur privé et
les organisations de société civile ». Cela signifie que la gouvernance traduit la gestion
des affaires publiques englobant tous les acteurs économiques : l’Etat, le secteur privé
et ceux de la société civile66.
Pour être plus précis, CHARREAUX définit la gouvernance comme
l’ensemble des mécanismes organisationnels et institutionnels ayant pour effet de
délimiter les pouvoirs et d’influencer les décisions des dirigeants, autrement dit, qui «
gouvernent » leur conduite et définissent leur espace discrétionnaire. Nous pouvons
résumer tout simplement que la gouvernance c’est l'action de piloter, de diriger ou de
gouverner les affaires d'une organisation (Cette dernière peut être un pays, un groupe
de pays, une région, une collectivité territoriale ou une entreprise publique ou privée)
ou bien tout simplement comment réguler le comportement des dirigeants dans les
organes tant publics que privés. Mais pour les besoins de notre recherche, nous ne
nous sommes limités qu’aux affaires publiques.
2.2.2. Les types de gouvernance
Nous distinguons trois types ou composantes de la gouvernance, à
savoir : la gouvernance politique, économique et institutionnelle67. Ces trois axes de la
gouvernance ont été développés dans la définition des économistes de la banque
mondiale.
Ainsi, la gouvernance politique est le processus à travers lequel ceux qui
gouvernent sont sélectionnés et remplacés. Quant à la gouvernance économique, elle
est définie comme la capacité de ceux qui gouvernent à formuler et mettre en œuvre
des politiques publiques et à fournir des services publics aux citoyens. Pour ce qui est
de la gouvernance institutionnelle, elle est définie comme le respect qu’accordent ceux
qui gouvernent et ceux qui sont gouvernés aux institutions qui régissent les
interactions entre eux.
66
Rapport PNUD sur la gouvernance dans le monde, 2002, p.2.
67
www. [Link]
28
Chacun de ces trois aspects de la gouvernance est mesuré par deux
indicateurs issus des indicateurs de la banque mondiale élaborés par Kaufmann : la
gouvernance politique est mesurée par la voix et responsabilisation et la stabilité
politique ; la gouvernance économique est mesurée par la qualité de la réglementation
et l’efficacité du gouvernement ; la gouvernance institutionnelle est mesurée par le
respect des règles et le contrôle de la corruption68.
68
www. [Link]
29
CHAPITRE II. LES MECANISMES DE LUTTE CONTRE LA
CORRUPTION EN REPUBLIQUE
DEMOCRATIQUE DU CONGO
Ce chapitre comporte deux sections. La première parle du cadre légal et
institutionnel, c’est-à-dire qu’elle procède à la revue des différents textes législatifs et
règlementaires ainsi que des institutions chargées de lutter contre la corruption en
RDC. La deuxième section quant à elle, aborde les stratégies de lutte contre la
corruption.
Section 1. Cadre légal et institutionnel
La corruption continue à saper les efforts de développement en
République Démocratique du Congo. L’ensemble des données et des rapports
nationaux disponibles indiquent des formes de corruption persistantes, généralisées et
endémiques en République Démocratique du Congo, affectant toutes les couches de la
société. Ainsi, pour mettre fin à ces pratiques rétrogrades, plusieurs textes ont été
adoptés et des institutions chargées de lutter contre ce phénomènes sont mises en
place.
1.1. Cadre légal et règlementaire de lutte contre la corruption en République
Démocratique du Congo
Dans le but d’assainir l’environnement tant politique, économique que
social dominé par les mauvaises pratiques de la corruption, la RDC a pris, au-delà du
cadre juridique international auquel le pays a adhéré, quelques initiatives législatives et
règlementaires entre autres:
Loi n° 004 du 21 février 2002 portant Code des investissements ;
Loi n° 007/2002 du 11 juillet 2002 portant Code Minier ;
Loi n° 011/2002 du 29 Août portant Code forestier ;
Décret-loi n°017-2002 du 3 octobre 2002 portant Code de conduite de l’agent
public de l’Etat ;
30
Décret n° 075-2003 du 03 avril 2003 portant organisation et fonctionnement
de l’Observatoire de Code d’Ethique professionnel (OCEP) ;
Décret n° 034-b/2003 du 18 mars 2003 modifiant et complétant l’Ordonnance
n° 87-323 du 15 septembre 1987 portant création de l’Inspection Générale des
Finances, en abrégé « I.G.F. » ;
Loi n° 04/016 DU 19 juillet 2004, portant lutte contre le blanchiment des
capitaux et le financement du terrorisme ;
Loi n° 05/006 du 29 Mars 2005 modifiant et complétant le Décret du 30
janvier 1940 portant Code Pénal Congolais/Section VII ;
Loi n° 06/018 du 20 Juillet 2006 modifiant et complétant le Décret du 30
janvier 1940 portant Code Pénal Congolais ;
Loi n° 06 /019 du 20 juillet 2006 modifiant et complétant le Décret du 06 Août
1959 portant Code de Procédure Pénale Congolaise ;
Loi n° 06/014 du 12 juin 2006 autorisant la ratification, par la République
Démocratique du Congo, de la Convention des Nations Unies contre la
corruption ;
Décret n° 08/20 du 24 septembre 2008 portant organisation et fonctionnement
d’une Cellule Nationale de Renseignements Financiers, CENAREF en sigle ;
Loi n° 10/010 du 27 Avril 2010 relative aux marchés publics ;
Décret n° 10/21 du 02 juin 2010 portant création, organisation et
fonctionnement de l’Autorité de Régulation des Marchés Publics, en sigle «
ARMP » ;
Décret n° 10/22 du 02 juin 2010 portant manuel de procédures de la loi
relative aux marchés publics ;
Décret n° 10 /27 du 28 juin 2010 portant organisation et fonctionnement de la
Direction Générale du Contrôle des Marchés publics (DGCMP) ;
Décret n° 10/32 du 28 décembre 2010 portant création, organisation et
fonctionnement de la Cellule de Gestion des Projets et des Marchés Publics ;
Décret n° 10/33 du 28 Décembre 2010 fixant les modalités d’approbation des
marchés publics et des délégations de service public ;
31
Décret n° 10/34 du 28 décembre 2010 fixant les seuils de passation, de
contrôle et d’approbation des marchés publics ;
Loi n° 10/002 du 11 février 2010 autorisant l’adhésion de la République
Démocratique du Congo au traité du 17 octobre 1993 relatif à l’Harmonisation
du Droit des Affaires en Afrique ;
Décret n° 12/046 du 01 novembre 2012 portant mesures d’application du Code
des Investissements ;
Décret n°16/020 du 16 juillet 2016 fixant les statuts d’un Etablissement Public
dénommé Observatoire de Surveillance de la Corruption et de l’Ethique
Professionnelle, en sigle ‘’O.S.C.E.P.’’ ;
Loi n°16/029 du 08 novembre 2016, autorisant la ratification de la Convention
de l’Union Africaine sur la Prévention et la lutte contre la Corruption ;
Ordonnance n°19/067 du 25 juillet 2019 portant création, organisation et
fonctionnement de la Coordination de Changement des Mentalités « CCM »,
en sigle ;
Ordonnance n° 20/013 bis du 17 mars 2020 portant création, organisation et
fonctionnement d’un service spécialisé dénommé « Agence de Prévention et
de Lutte contre la Corruption », « APLC » en sigle ;
Décision N° 009/CAB/P/AN/2021 du 29 mai 2021 portant création du Réseau
des Parlementaires Africains contre la Corruption, « APNAC-RDC », au sein
de l’Assemblée Nationale.
Il ressort de cet arsenal juridique de la RDC, qu’il y a une volonté
politique affichée de combattre la corruption. Mais que pour les observateurs avertis,
la RDC va très mal du fait de la corruption endémique puisqu’elle figure parmi les
mauvaises élèves de la classe. Le cadre légal actuel souffre d’une insuffisance ; il
s’avère nécessaire de la compléter en légiférant sur certaines matières telles que celles
liées à la répression des actes de corruption.
32
1.2. Cadre institutionnel de lutte contre la corruption en République
Démocratique du Congo
En effet, nous pouvons noter que la RDC dispose d’un cadre
institutionnel de lutte contre la corruption. Un certain nombre d’institutions de lutte
contre la corruption ont été mises en place dans la deuxième moitié des années 1980
jusqu’à ce jour dans le but de sauver le pays d’un effondrement complet. Il s’agit entre
autre de :
1.2.1. La Cour des comptes
La Cour des comptes, l’institution suprême d’audit du pays, a été créée
par la loi n ° 87-005 du 6 février 1987. Son mandat était :
D’auditer les comptes et la gestion des entreprises publiques ;
De contrôler le remboursement des prêts accordés par l’Etat ;
D’auditer les procédures d’octroi de marchés publics et de contrats ;
D’auditer la perception des impôts et les dépenses engagées sur le budget
général du gouvernement.
Ces compétences ont été confirmées par l’article 165 de la Constitution
de la Transition. La Constitution stipule également que la Cour des comptes fait
rapport à l’Assemblée nationale et que ses membres étaient nommés par le Président
de la République sur recommandation de l’Assemblée nationale. Outre les rapports
annuels soumis au Président et à l’Assemblée nationale sur les audits des institutions
publiques, la Cour était également tenue d’élaborer un rapport pour chacun des
ministères concernés, le Premier ministre et l’Assemblée nationale sur leur gestion.
Malgré le peu d’informations auxquelles la Cour des comptes parvenait à
avoir accès, elle présentait régulièrement des rapports d’audit à l’Assemblée nationale,
comme requis par la loi. Toutefois, ces rapports d’audit, qui étaient dûment publiés au
Journal officiel de la RDC69, n’ont jamais été ni discutés ni exécutés. La seule
exception a concerné un rapport spécial (dont il est question dans la section suivante)
sur l’audit que la Cour des comptes a réalisé à la demande du Président en 2004. Ses
69
[Link]é[Link], consulté le 21.06.204 à 14h14’
33
activités étaient, par conséquent, largement inconnues du public. Certains des
problèmes auxquels était confronté la Cour des comptes, étaient les mêmes que ceux
qui ont déjà été mentionnés par rapport à d’autres institutions et organes publics au
cours de la période considérée: une rémunération inadéquate, l’absence de formation
continue pour le personnel, le manque de moyens financiers et de ressources humaines
pour s’acquitter convenablement de leurs responsabilités, une dépendance excessive à
l’égard de sources extérieures de financement, y compris pour le budget de
fonctionnement, et le fait que bon nombre des membres du personnel avaient déjà bien
dépassé l’âge de la retraite.
L’existence de la cour de compte en RDC n’a été que de façade. Depuis
un certain temps on a assisté à l’inertie de la cour de compte. Elle n’a pas réussi à agir
conformément aux missions qui lui sont dévolues.
Cependant, au cours de cette année, la première institution chargée de
contrôle s’est réveillée pour reprendre son rôle vedette qu’elle avait perdu au profit
d’autres institutions.
1.2.2. L’Inspection générale des Finances
L’Inspection générale des Finances est un service spécialisé créé par
l’ordonnance n° est placée sous l’autorité directe du Chef de l’Etat pour éviter toutes
formes de pressions de certaines autorités sur elle.
Elle est chargée de :
De contrôler l’exécution quotidienne des budgets de l’Etat et des entités
administratives décentralisées ;
De veiller à ce que les services d’audit interne dans les ministères et les entités
administratives décentralisées soient bien organisés ;
D’auditer les opérations financières d’entreprises d’Etat, d’organismes et
d’entreprises privées subventionnés par l’État ou bénéficiant du concours
financier de l’Etat ;
De contrôler la situation fiscale, douanière et comptable de toutes les personnes
et de tous les contribuables, à la demande du Ministre des Finances, du
34
Président de la République ou du Vice-Président en charge de la Commission
économique et financière ;
De veiller à ce que tous les centres de gestion des recettes et d’ordonnancement
des dépenses respectent et exécutent les dispositions légales et réglementaires
ainsi que les instructions relatives à l’exécution du budget et à la
comptabilisation (Ordonnance no 87-323 du 15 septembre 1987, article 2 bis).
Cependant, dans un environnement marqué par la corruption qui était
profondément hostile à toute forme de contrôle, l’Inspection générale des Finances a
été marginalisée et privée des ressources nécessaires à l’accomplissement de sa
fonction.
Depuis l’accession au pouvoir du Président Félix-Antoine
TSHISEKEDI, l’IGF a eu un impact considérable dans la lutte contre la corruption et
les autres antivaleurs. Grâce aux contrôles à priori et à postériori, ce service a réussi à
déclencher plusieurs missions de contrôle et de prévention de lutte contre la
corruption. La brigade financière de l’IGF a réussi à accompagner les entreprises de
l’Etat et d’autres services ainsi que les ETD. Toutefois, sa tâche reste immense au
regard des menaces qui pèsent sur les finances publiques de l’Etat.
1.2.3. Le parlement
La Constitution de la République accorde au Parlement non seulement le
pouvoir de voter le budget du Gouvernement, mais aussi de veiller à son exécution par
les entreprises et les organes de l’État. Afin d’exercer ce contrôle et d’assurer que
l’information nécessaire pour ce contrôle est disponible, la Constitution prévoyait en
son article 112 que le Sénat et l’Assemblée nationale pouvaient : soumettre à l’une
quelconque de ces institutions une question orale ou écrite ; demander des
informations sur une question d’actualité ; convoquer un ministre ou l’administrateur-
délégué général d’une entreprise d’Etat pour être interrogé par le Parlement ;
constituer des commissions d’enquête. Toutefois, le contrôle parlementaire n’aboutit
pas à se défaire des autorités récalcitrants qui enfreignent la loi. Le parlement se
contente des simples recommandations qui, parfois n’aboutissent pas.
35
1.2.4. La Commission de l’éthique et de la lutte contre la corruption (CELC)
Cet organe est créée à l’issue d’une résolution du Dialogue inter-
congolais à Sun City en Afrique du Sud prévoyait la création de la CELC 70. Celle-ci
fut créée par l’article 154 de la Constitution de la Transition comme l’une des cinq
commissions citoyennes de soutien à la démocratie.
La compétence de la CELC a été définie de la façon suivante par la loi
organique promulguée par le Président de la République le 30 juillet 200471 :
Promouvoir la bonne gouvernance ;
Moraliser la vie politique et les milieux des affaires ;
Renforcer la capacité de gestion des institutions publiques et des milieux
d’affaires en ce qui concerne l’élaboration et la mise en œuvre de leurs
déontologies respectives ;
Mettre en place des réseaux et des relations de coopération avec des institutions
étatiques ayant des objectifs similaires aux niveaux local, national et
international ;
Lutter contre les anti-valeurs, tels que le blanchiment d’argent, le trafic
d’influence, la malversation financière et la pratique de pot-de-vin ; promouvoir
le développement d'un système congolais des valeurs positives ;
Enquêter sur les violations des valeurs éthiques et sur les actes de corruption
dans tous les secteurs de la nation et proposer des mesures appropriées aux
autorités ;
Préconiser l’introduction à tous les niveaux du programme national
l’enseignement de la pratique des valeurs morales et républicaines ;
Promouvoir la transparence dans le financement des partis politiques ;
Faire des propositions concrètes au gouvernement pour sa politique et sa
stratégie de lutte contre la corruption.
En effet, à cause de l’accord de partage de pouvoir durant la Transition,
les signataires de l’Accord de Sun City pouvaient nommer n’importe qui à la
70
[Link], consulté le 25.06.2024 à 12h04’
71
Idem
36
Commission sans aucune considération pour les compétences de la personne. De ce
fait, la plupart des membres de la Commission n’avaient aucune expérience en matière
de lutte contre la corruption. Par conséquent, les compétences managériales ainsi que
les capacités de réflexion stratégique de la Commission étaient limitées72.
La loi régissant l’organisation, les attributions et le fonctionnement de la
CELC ne fut promulguée que le 30 juillet 2004, soit plus d’un an après le début de la
Transition. En outre, la Loi anti-corruption a été promulguée le 29 mars 2005, soit 15
mois seulement avant la fin de la Transition.
En ce qui concerne la sensibilisation aux problèmes de corruption, il
convient de mentionner que la CELC a organisé des ateliers afin de familiariser la
population à la loi organique qui la gouvernait, à la Loi anti-corruption et au Code de
conduite de l’Agent public de l’Etat. En collaboration avec l’OCEP, elle a aussi
organisé la première semaine de lutte contre la corruption en RDC en décembre 2006.
Dans le cadre d’une initiative visant à améliorer le comportement éthique, la CELC a
organisé des conférences et des séminaires pour les étudiants et les professeurs de
l’Université de Kinshasa et pour les directeurs des entreprises publiques73.
1.2.5. L’observatoire du code d’éthique professionnelle
L’OCEP a été créé par le décret-loi présidentiel n° 017/2002 du 3
octobre 2002 relatif au Code de conduite de l’agent public de l’Etat. Le décret-loi
assigne à l’OCEP la mission suivante:
Promouvoir, diffuser et vulgariser le Code de conduite de l’agent public de
l’Etat et assurer le suivi de sa mise en œuvre ;
Veiller à la bonne application du Code et proposer aux autorités compétentes les
mesures appropriées pour prévenir et sanctionner les violations des dispositions
du Code ;
Publier des rapports annuels sur l’application et l’efficacité du Code ;
L’article 2 du Code définit les règles de conduite relatives à l’intégrité
morale et à l’éthique professionnelle. De plus, il donne des directives pour régler les
72
CELC 2006d :19-21.
73
Idem
37
conflits d’intérêt et la corruption, et présente les mesures disciplinaires à prendre à
l’encontre des agents publics de l’Etat qui contreviendraient aux dispositions du Code.
1.2.6. Agence de Prévention et de Lutte contre la Corruption
Déterminé à combattre la corruption avec hargne pour restaurer l’Etat de
droit en République Démocratique du Congo, le Président de la République, Félix
Antoine TSHISEKEDI TSHILOMBO, a créé par Ordonnance n° 20/013 bis du 17
mars 2020, un service spécialisé dénommé : Agence de prévention et de lutte contre la
corruption, APLC en sigle.
En son article 2, points 6 et 7, l’ordonnance sus-évoquée, assigne à cette
Agence, entre autres, les missions74 :
De collaborer avec les personnes, autorités, institutions et organisations de la
société civile notamment qui, au niveau tant local qu’international, pourraient
disposer d’éléments en rapport avec la corruption et les faits assimilés recueillis
dans l’exercice de leurs propres attributions et ;
De concourir à l’élaboration et à la mise en œuvre effective des stratégies et
mesures anticorruption à différents niveaux.
1.2.7. Observatoire de Surveillance de la Corruption et de l’Ethique Professionnelle
Créé par l’ordonnance n°16/020 du 16.07.2016 qui lui dote la
personnalité juridique et la charge d’assurer la mission de surveillance de la corruption
et de l’éthique professionnelle, l’OSCEP est transféré en tant qu’établissement
public75.
Cet établissement a de par ses prérogatives qui lui sont dévolues de la
protection des défenseurs des droits de l’homme dont notamment les dénonciateurs des
actes de corruption et des syndicalistes.
74
Ordonnance n° 20/013 bis du 17 mars 2020 portant création de l’Agence de prévention et de lutte contre la
corruption.
75
Ordonnance n°16/020 du 16.07.2016.
38
1.2.8. D’autres organismes de surveillance et de lutte contre la corruption
D’autres organes et institutions jouent un rôle important dans la lutte
contre la corruption. C’est notamment la société civile congolaise, les médias, les
églises et la communauté internationale.
Il est important de noter qu’un certain nombre d’organisations travaillant
dans les secteurs miniers et forestiers, des droits humains et de l’environnement ont
abordé les questions relatives à la gouvernance et à la transparence. Avec l’assistance
d’organisations internationales telles que RAID, Broederlijk Delen, Human Rights
Watch, Global Witness, Greenpeace, Rainforest Foundation, NIZA et Open Society
for Southern Africa, des organisations locales ont renforcé leurs capacités de plaidoyer
et de recherche. Le rôle important de médias dans la promotion de la bonne
gouvernance et de la lutte contre la corruption est bien documenté. A la suite de la
libéralisation de l’espace politique en 1990, le secteur des médias s’est développé très
rapidement.
Par des analyses régulières et expertes de la vie sociale, économique et
politique, l’Eglise catholique dénonce le comportement immoral des politiciens et le
pillage des ressources du pays. Cela met très souvent l’Eglise en porte-à-faux avec la
classe politique qui ne pouvait pas ignorer ces critiques du fait que la majorité des
Congolais est catholique. En outre, l’Eglise catholique était la seule organisation à
avoir plus ou moins survécu à la dévastation qu’a connue le Congo. En effet, elle peut
atteindre ses fidèles dans toutes les régions du pays.
La communauté internationale de sa part fait pression sur les autorités
congolaises pour qu’elles prennent au sérieux la lutte contre la corruption.
Section 2. Les stratégies de lutte contre la corruption
La corruption est un fléau qui gangrène l’humanité toute entière. La
République Démocratique du Congo n’en est pas exemptée. Son impact néfaste et ses
effets dévastateurs sur le développement du pays, la stabilité politique, la sécurité
nationale et internationale ainsi que sur la qualité de vie de nos populations sont de
39
plus en plus évidents. L’abondance d’initiatives anti-corruption explique, en grande
partie, la prise de conscience de notre pays face à ce phénomène.
Face à la non mise en œuvre de la stratégie nationale de lutte contre la
corruption adoptée en 2010, l’APLC, conformément à ses missions, et en collaboration
avec l’Observatoire de Surveillance de la Corruption et de l’Ethique Professionnelle,
OSCEP en sigle, ont procédé à l’actualisation de la stratégie nationale précitée.
Pour endiguer ce fléau, plusieurs tentatives ont été menées, notamment,
la mise en place de la stratégie nationale de lutte contre la corruption en 2002, élaborée
par un comité interministériel avec l’assistance technique de la Banque Mondiale pour
résoudre les problèmes économiques et sociaux de la RDC dans le cadre du Document
de Stratégie pour la Réduction de la Pauvreté 1 (DSRP1). Cette stratégie n’a pas
produit des résultats escomptés, suite à la résistance au changement de mentalités et
surtout faute de l’implication de toutes les forces vives de la nation.
Soucieuse de remplir ses engagements et de combattre fermement la
Corruption, la République Démocratique du Congo a conclu, avec la République
d’Afrique du Sud, en date du 24 août 2004, un Accord Cadre Général de Coopération,
mettant un accent particulier sur la Promotion des Valeurs Ethiques et la Culture de
Déclaration du Patrimoine. Un protocole d’accord de coopération dans le domaine de
Lutte contre la Corruption a été signé à Kinshasa entre la RDC-RSA-UNODC (Office
des Nations Unies contre la Drogue et le Crime) en 2008. Dans le cadre de la mise en
œuvre de ce protocole, la République Démocratique du Congo a organisé, sous la
coordination de l’Observatoire de Surveillance de la Corruption et de l’Ethique
Professionnelle, en sigle OSCEP, un Forum national sur la lutte contre la corruption «
FONALC ». Ces assises, tenues en décembre 2009, avaient connu la participation de
plus de 450 délégués venus des Institutions Publiques, de la Société Civile, du Monde
des Affaires, ainsi que des experts nationaux et internationaux de lutte contre la
corruption. Ce forum avait pour missions de formuler les grandes orientations de la
Nouvelle Stratégie Nationale sur la Lutte contre la Corruption et d’élaborer les avant-
projets des lois portant cadre légal et institutionnel de lutte contre la Corruption en
République Démocratique du Congo. Il en est sorti 104 résolutions, coulées en
40
Stratégie Nationale de Lutte contre la Corruption et trois projets de lois portant
prévention et lutte contre la corruption ; régime de déclaration de patrimoine ; et
protection des témoins, dénonciateurs, experts et victimes de la corruption, déposés au
Gouvernement pour approbation en 2010.
Cependant, le climat politique de l’époque n’avait pas facilité la
matérialisation du plan de mise en œuvre de la cette Stratégie Nationale de Lutte
contre la Corruption. Néanmoins, certaines de ces résolutions ont été mises en œuvre
de manière isolée. C’est notamment le cas de la création de l’Autorité de Régulation
des Marchés Publics, « ARMP », de la bancarisation de la paie des fonctionnaires de
l’Etat, de la médiatisation publique des procès sur la corruption, de la création du
Guichet Unique de création des Entreprises, de la promulgation de la nouvelle loi sur
les finances publiques.
Pendant ce temps, en l’absence des lois spéciales anticorruption, la lutte
contre la corruption, privée d’ancrage politique nécessaire, a continué à être menée
avec un cadre légal non adapté. Il est devenu donc impérieux de doter le pays des
mécanismes efficaces pour combattre de manière efficiente ce fléau.
C’est ainsi que le Président Félix Antoine TSHISEKEDI TSHILOMBO,
à son accession au pouvoir, s’est illustré par un engagement politique ferme visant à
assurer une meilleure prévention de la corruption et à atteindre des niveaux plus élevés
d’intégrité, de transparence et de redevabilité.
Ainsi, la nouvelle stratégie nationale de lutte contre la corruption en
RDC s’articule autour de trois axes stratégiques majeurs que voici : Prévention,
Détection et Investigation ainsi que la Répression. Les objectifs des axes stratégiques
2.1. La prévention
La prévention est destinée à empêcher l'apparition, l'aggravation ou
l'extension de la corruption ou de la mauvaise gouvernance et de leurs conséquences.
Elle conduit à établir un ensemble de mesures et moyens pour préserver un organisme
de l’apparition et du développement de ces fléaux. La prévention repose sur
41
l’évitement ou sur la réduction de la probabilité de ces derniers. C’est l’aspect
prévention proprement dit, auquel s’ajoute ensuite des mesures de protection76.
Dans le cadre de la prévention, les différentes stratégies à mettre en
œuvre par secteur suivant les axes d’intervention retenus en vue de combattre les
manifestations de corruption identifiées sont :
Eduquer, sensibiliser, moraliser et former continuellement les membres des
différentes couches de la société sur la lutte contre la corruption ;
Protéger les recettes publiques du coulage ou des dépenses publiques du
détournement et du gaspillage à travers la redynamisation et la mise en place de
mécanismes diversifiés de transparence, de contrôle et de redevabilité ;
Décourager les comportements et les attitudes, tendant à la commission des
infractions de corruption dans le chef des responsables des institutions, des
entreprises, des établissements publics et des administrations publiques ainsi
que de l’Armée, de la Police, des services de renseignement.
2.2. La détection et investigation
La détection consiste à investiguer et à dénicher les auteurs des actes et
des faits de corruption. Pour cela, il faut :
Rechercher et/ou identifier systématiquement les pratiques et manifestations de
la corruption et/ou autres faits assimilés ;
Encourager systématiquement la pratique d’alerte et de dénonciation parmi les
agents publics de l’Etat, les usagers des services ou toute autre personne.
2.3. La répression
La répression consiste dans l’action de réprimer, de prendre des mesures
punitives contre ceux qui contreviennent aux règles morales ou légales ou
règlementaires. Certaines infractions administratives sont sanctionnées par les
autorités administratives, voire par les juridictions administratives, par exemple, les
contraventions de grande voirie qui sont prononcées en France par le juge
76
[Link], consulté le 25.06.2024 à 12h04’
42
administratif. De son côté, le pouvoir judiciaire est chargé de punir les infractions
pénales77.
D’où, il faut pour y parvenir :
Lutter systématiquement contre l’impunité en matière de corruption ;
Réprimer efficacement les actes de corruption et les faits assimilés ;
Combattre systématiquement les anti-valeurs dans le chef des magistrats et des
autres catégories d’agents publics de l’Etat ;
Réduire l’immixtion abusive et intempestive des autorités politiques et
hiérarchiques dans les procès en général et plus particulièrement les affaires de
corruption.
77
[Link], consulté le 25.06.2024 à 12h04’
43
CHAPITRE III. IMPACT DE LA CORRUPTION SUR LA
GOUVERNANCE EN REPUBLIQUE
DEMOCRATIQUE DU CONGO
Dans ce dernier chapitre, nous allons dans la première section parler de
la situation de la corruption en RDC. Dans la deuxième section, nous allons analyser
l’impact de la corruption sur la gouvernance en RDC.
Section 1. La situation de la corruption et de la gouvernance en RDC
1.1. Panorama de l’évolution de la corruption en RDC
Ils sévissent à la fois la corruption à petite échelle et à grande corruption
en RDC, impliquant un large éventail d’agents publics, allant des fonctionnaires
subalternes aux membres les plus hauts placés du gouvernement. L’inefficacité des
structures gouvernementales, la faiblesse des capacités administratives ainsi que les
bas salaires, associés à l’absence de surveillance, fournissent aux fonctionnaires tant
d’opportunités que d’incitations à extorquer des fonds à la population78.
Reflétant cette réalité, les formes de corruption bureaucratiques et
administratives sont largement répandues dans l’ensemble des services et des
départements publics. Par exemple, selon le rapport de l’enquête sur les entreprises de
la Banque mondiale de 2006, plus de 80 % des sociétés interrogées s’attendaient à
devoir effectuer des paiements informels pour faire avancer les choses ou obtenir un
marché public. Près de 70 % doivent faire des dons afin de se voir octroyer une licence
d’exploitation79. L’absence de transparence et de surveillance est tout particulièrement
manifeste dans la gestion financière publique. L’audit et le suivi des dépenses sont
rares et la RDC est le pays le moins bien classé selon l’Indice d’ouverture budgétaire
de 2008, avec un score de 0%80.
Le gouvernement ne fournit aucune information au public concernant le
budget du gouvernement central et l’activité financière au cours de l’exercice
78
Rapport Global Integrity, 2008
79
[Link] , consulté le 22.04.2024 à 10h45’
80
Idem.
44
budgétaire, ne permettant pas aux citoyens de demander des comptes au gouvernement
sur la gestion des deniers publics. Par conséquent, les ressources publiques peuvent
aisément être détournées à des fins privées ou politiques. Un des rares audits publiés
en 2008 indiquait que différentes agences publiques et parapubliques avaient détourné
1,8 milliards de dollars81.
Sur un autre plan, l’héritage politique des régimes précédents au sein
desquels les deniers publics ont été détournés pour maintenir divers réseaux
népotiques continue d’assombrir le paysage politique actuel. Diverses formes de
népotisme politique et de clientélisme perdurent dans l’ensemble du système politique,
comme en témoigne la surreprésentation des membres du Cabinet proches du
Président. Le président Kabila a également remplacé les dirigeants de trente-sept
entreprises publiques par ses propres relations, resserrant ainsi son emprise sur le
pouvoir économique et politique82.
L’attribution des postes clés de l’administration est, en outre, fondée sur
le copinage et le favoritisme plus que sur le mérite. Il est probable que cela sape les
processus démocratiques et l’établissement d’institutions transparentes, sachant que la
recherche de rentes et l’accès au pouvoir constituent les principaux facteurs qui
incitent à entamer une carrière politique.
Parmi les secteurs les plus affectés par la corruption en RDC, on y
retrouve l’exploitation minière. La RDC est dotée de ressources minérales
considérables, notamment de grandes réserves de diamants, de cuivre, de cobalt, d’or
et d’uranium, etc. Cependant, l’abondance de ces richesses naturelles ne profite pas
aux citoyens ordinaires d’un point de vue économique, comme l’indique le Rapport
sur le développement humain du PNUD de 2009, selon lequel la RDC réalise un très
mauvais score sur la plupart des indices de développement humain83.
81
Rapport Fondation Bertelsmann, 2010a.
82
MATTI, S. A., The Democratic Republic of Congo? Corruption, patronage and competitive authoritarianism
in the DRC, Africa Today, Summer ? n°4, Vol. 56, 2010, pp 42-61.
83
Rapport PUND, 2009.
45
1.2. La manifestation de la corruption
1.2.1. La corruption dans le secteur de l’administration publique
L’administration congolaise est confrontée à des mauvaises pratiques de
la corruption. Sa manifestation se présente dans les faits suivants :
Politisation de l’Administration publique ;
Recrutement, promotion, affectation, révocation et mise à la retraite des Agents
de l’Administration Publique de manière partisane ;
Favoritisme et népotisme dans le paiement des primes des agents publics ;
Utilisation abusive du personnel administratif et du matériel de service à des
fins partisanes ;
Pratique des « opérations retour » (rétro-commissions) dans l’Administration
Publique ;
Non-respect des textes réglementaires et ingérence de la politique dans la
fonction administrative ;
Injection des agents fictifs dans les listings de paie de l’Administration
publique ;
Recrutement ou octroi de postes au sein de l’Administration publique sur quota
des partis politiques avec ou sans profil requis pour ledit poste ;
Lenteur et usure du temps dans le traitement des dossiers administratifs en vue
d’inciter le requérant à des actes de corruption pour l’accélération de la
procédure ;
Monnayage des missions de service Etablissement des faux documents et
documents parallèles Utilisation des biens et deniers publics à des fins
personnelles ;
Perception illicite des sommes d’argent pour la délivrance des documents
administratifs ;
Gonflement d’effectifs par le recrutement de nouvelles unités lors des
opérations de recensement et de changement des cabinets politiques ;
46
Monnayage des numéros matricules et/ou des commissions d’affectations
Attribution des rémunérations aux enfants et proches parents pour des emplois
fictifs84.
Au plan politique, on peut relever notamment :
Enrichissement illicite des mandataires politiques et publics au détriment des
gouvernés ;
Blanchiment des capitaux notamment par la réalisation des œuvres sociales, la
création des ASBL, des sociétés écrans, l’achat et la construction des
immeubles privés, le sponsoring des œuvres sportives ;
Non-respect des dispositions légales sur la déclaration du patrimoine des agents
publics de l’Etat ;
Népotisme, clientélisme, tribalisme et monnayage dans les nominations et les
promotions dans les fonctions politiques et publiques ;
Détournement des deniers publics pour financer les caisses des partis politiques
ainsi que les campagnes électorales ;
Fraude lors des élections, notamment par le bourrage des urnes, la falsification
des PV électoraux Utilisation des fonds et biens publics à des fins électorales ;
Octroi des libéralités aux électeurs, aux membres de l’organe de gestion des
élections et à ceux des cours et tribunaux pendant le processus électoral ;
Création des services ou postes faisant double emploi avec des structures
existantes dans le but d’embaucher des proches Instauration des prélèvements
illégaux de fonds85.
1.2.2. La corruption dans le secteur de l’éducation
Le secteur de l’éducation connait une évolution spectaculaire en termes
de pratiques de corruption. Il s’agit entre autres :
Monnayage des côtes dans les écoles, établissements d’enseignements
supérieurs et universitaires ;
84
Rapport APLC sur la stratégie nationale de lutte contre la corruption, p.24.
85
Idem
47
Monnayages des réussites lors des tests d’admission dans les établissements
d’enseignements, primaires, secondaires, supérieurs et universitaires ;
Monnayage des bulletins, des diplômes universitaires, des relevés des côtes et
des attestations ;
Pratique des côtes sexuellement transmissibles (PST) ;
Titres académiques politiquement attribués et obtenus ;
Népotisme dans la cotation des élèves et Etudiants ;
Offre des présents aux enseignants par les apprenants et / ou parents pour achat
de conscience ;
Prise en charge irrégulière des Inspecteurs en mission de service par les
responsables d’enseignement primaire, secondaire, supérieur et universitaire ;
Monnayage entre inspecteurs et écoles des réussites aux Examens d’Etat et au
Test National de Fin d’Etudes Primaires (TENAFEP) ;
Subordination de la réussite dans les établissements d’enseignements à l’achat
des syllabus et /ou au paiement des droits d’auteur ;
Subordination de la réussite aux cours des travaux pratiques et ou de
gymnastique à la remise des présents …à l’enseignant ;
Monnayage d’agréments d’établissements d’enseignement privé non viable ;
Influence politicienne dans la création des établissements d’enseignement
supérieur et universitaire ;
Pratique de recours au mercenariat (louage des services d’un tiers) pour passer
un examen en lieu et place d’un étudiant ou élève régulièrement inscrit ou pour
rédiger un travail de recherche scientifique, articles et autres publications ;
Injection par les inspecteurs des personnes n’ayant pas réussi et ou passé le test
sur la liste de réussite d’examens d’Etat ;
Inféodation des syndicats du secteur de l’éducation par les pouvoirs publics ;
Politisation du comité de gestion dans l’enseignement supérieur et
universitaire ;
Politisation dans le recrutement des assistants, chefs des travaux et professeurs ;
48
Népotisme dans le recrutement des hommes et des femmes de médias
Complaisance et pratique de retro-commission dans l’octroi des bourses
d’étude86.
1.2.3. La corruption dans le secteur de la justice
Malgré le fait qu’il était l’un des rares domaines où les postes n’avaient
pas été distribués parmi les signataires de l’Accord de Sun City, le secteur judiciaire
manquait si cruellement de moyens et étaient si enraciné dans la corruption qu’il ne
parvenait même pas à juger les cas de petite corruption. La critique la plus sévère du
système judiciaire fut faite le 30 novembre 1999, pendant l’ère de Mobutu, déclarait le
Premier Président de la Cour suprême, KAKESE MBIANGO Bruno, mais elle était
encore d’actualité pendant la Transition. Avec une sincérité inhabituelle et frappante, il
affirmait : Oui, depuis des années, nous les juges, nous les officiers du ministère
public, nous les greffiers, nous les avocats, prêtres et auxiliaires de la justice, nous
avons quasiment banni celle-ci de ses palais et, à la place nous y avons organisé, le
plus souvent, toutes sortes de comportement et de trafic parodiant cette justice87.
Tout comme les fonctionnaires, les juges et les magistrats travaillaient
dans des conditions extrêmement difficiles. Leurs maigres salaires ne leur permettaient
pas de boucler les fins de mois et ils étaient donc très vulnérables à la corruption. Ils
étaient très mal équipés et la plupart d’entre eux manquaient même la documentation
de base sur les lois du pays. Appauvris et démoralisés, ils ignoraient les innombrables
violations des droits humains, les arrestations et détentions arbitraires, les meurtres
extra-judiciaires, les tortures et autres crimes. Lorsque certaines affaires étaient
réellement jugées, c’était souvent de façon expéditive avec un mépris total de la
procédure, et les rapports étaient falsifiés ou les gens injustement condamnés.
Bien que l’article 147 de la Constitution de la Transition stipulait que la
justice était indépendante par rapport aux pouvoirs législatif et exécutif, en réalité le
Ministère de la Justice dirigeait le secteur judiciaire comme s’il s’agissait d’un service
de son ministère. Non seulement le ministre nommait tous les juges et magistrats mais
86
Rapport APLC, Op. cit, pp.31-32.
87
MUZONG, KODI., « Corruption et gouvernance en RDC durant la Transition 2002-2006 », in Institut
d’études de sécurité, 2008, p.36.
49
il pouvait aussi les rétrograder, les muter ou les renvoyer à volonté. Les ingérences de
la part du ministre, du bureau présidentiel en RDC durant la transition ou des
nombreux services de renseignements étaient une monnaie courante contre laquelle les
juges et les magistrats n’avaient aucun recours88.
Ainsi, en résumé, on peut déduire le fait que les principales
manifestations de la corruption dans ce domaine se situent au niveau des actes pris
délibérément par le corps qui le compose par :
Marchandage des décisions judiciaires : pratique du visa du chef de juridiction
qui aliène le principe de l’indépendance et de l’intime conviction du juge et
torpille le jugement Immixtion des autorités politiques, administratives et
sécuritaires dans les décisions judiciaires (trafic d’influence) ;
Non-respect du délai des prononcés des décisions judiciaires ;
Monnayage de la prise des décisions de la liberté provisoire au-delà du
cautionnement ;
Détournement des montants des cautions en rapport avec la liberté provisoire ;
Clientélisme, Népotisme et trafic d’influence dans l’attribution des dossiers
judiciaires et des postes stratégiques par les chefs d’office et des juridictions en
vue d’en tirer profit ;
Subtilisation des pièces des dossiers et exploits ;
Harcèlement sexuel des justiciables et de leurs conseils par les magistrats
Complicité des magistrats et des avocats pour exploiter les justiciables ;
Arrestations arbitraires ;
Détournement des frais de fonctionnement 89.
1.2.4. La corruption dans le secteur minier
La RDC est appelée un «scandale géologique» en raison de la variété et
des quantités de minerais dont elle dispose. Cette richesse fait de la RDC un objet de
convoitise pour les puissances mondiales et ses proches voisins, mais elle a été une
source de souffrances pour son peuple. Le Congo dispose de vastes gisements de
88
Rapport Human Rights Watch 2005a.
89
Rapport APLC, Op. cit, p.21.
50
cuivre, cobalt et coltan (colombo-tantalite) et d’importantes réserves d’or et de
diamant. D’après les estimations, la RDC disposerait de 12% des réserves mondiales
de cuivre et de presque la moitié des réserves de cobalt90. Les autres minerais du trésor
congolais sont la cassitérite (l’étain), l’hétérogénite18 (le tiers des réserves mondiales),
l’argent, le cadmium, le magnésium, le charbon, l’uranium et le zinc91.
1.2.5. La corruption dans les forces armées
Le rapport de International Crisis Group démontre que la corruption rend
encore plus difficile les conditions de vie des soldats, sachant que leur solde est
indûment versée, et que dans certaines régions, ils reçoivent moins de la moitié de ce
qui leur revient. Privés de salaires décents, ils sont incités à harceler et extorquer la
population civile ainsi qu’à piller les villages pour survivre.
Les soldats constituent ainsi une grande menace pour les populations
locales. Les détournements ont diminué depuis 2006 grâce à l’introduction d’un
mécanisme de versement des salaires plus indépendant et à une surveillance accrue des
autorités congolaises. En revanche, il est difficile de mesurer l’étendue du succès de
ces efforts, dans la mesure où les forces armées continuent d’être affectées par un
grand manque de discipline dans plusieurs régions du pays92. Il semblerait que le
gouvernement tente de remédier à cette situation, comme en témoigne le budget
national de 2010, qui accorde la priorité aux salaires de la police, de l’armée, des
fonctionnaires et des enseignants93.
Section 2. La gouvernance et l’état de la corruption en RDC
2.1. Etat des lieux de la gouvernance et de la corruption dans quelques secteurs
en RDC
La gouvernance est l’art de gouverner, elle renvoie à toutes les pratiques
par lesquelles on arrive à « structurer le champ d’action éventuel des autres »94. A cette
90
Rapport RAID. Democratic Republic of the Congo-Key mining contracts in Katanga: The economic argument
for renegotiation, 2007, p.3.
91
[Link], consulté le 10 avril 2024.
92
Rapport International Crisis Group, 2006.
93
Rapport U4, 2010.
94
ABALES, M., « Michel Foucault, l’anthropologie et la question du pouvoir », in L’Homme, vol. 3, n°187,
2008, p. 114.
51
définition ajoutons une autre qui définit le pouvoir comme « la capacité d’un acteur à
induire ou influencer un autre acteur à appliquer ses directives ou toute autre norme
qu’il défend »95. Nous allons donc à travers ce travail parler de « gouvernance » pour
faire référence aux actions qui structurent le champ d’action des individus (souvent
dans leur rapport avec l’environnement).
La nécessité de promouvoir la bonne gouvernance en RDC s’est fait
sentir à la fin de la décennie 80 avec des consultations populaires organisées par les
pouvoirs publics. Ces consultations ont conduit à la convocation de la conférence
nationale souveraine (forum réunissant les représentants de toutes les forces vives de la
nation pour débattre du projet de société), au multipartisme et au pluralisme syndical.
Les tergiversations qui ont accompagné l’enclenchement de ce processus
démocratique ont débouché sur des confusions dans la gestion de la chose politique et
économique. Un Conseil Economique et Social fut créé, à cet effet. Mais, depuis son
installation, il n’a pas donné satisfaction à l’ensemble de la population.
Des concertations isolées ont été organisées avec les opérateurs
économiques, les syndicats, la société civile ; elles ont débouché sur des résolutions
timidement appliquées. Les contre-performances enregistrées pendant la décennie 90
et décrites plus haut ont été le résultat de l’absence d’approches rationnelles dans la
gestion macro-économique. La mauvaise exécution des programmes économiques,
l’élaboration tardive des budgets publics et le non-respect des procédures budgétaires
ont conduit à un « pilotage à vue » de l’économie, en même temps qu’elle a réduit la
transparence de la gestion publique.
Au milieu de la décennie, sous la poussée des institutions de Bretton
Woods, quelques réformes ont été entreprises. Elles ont porté, dans la première phase,
sur la privatisation de la gestion du secteur de transport ferroviaire, la suppression des
subventions d’équilibre aux entreprises de production d’eau et d’électricité et la
libéralisation de leurs tarifs, l’alignement au modèle privé de la gestion des institutions
de santé. Mais, cet élan réformateur n’a pas résisté à l’instabilité politique.
95
KROTT, M et al, « Actor-centred power: The driving force in decentralised community based forest
governance », in Forest Policy and Economics, n°49, 2014, p. 37.
52
Les réflexions sur la bonne gouvernance en République Démocratique du
Congo ont été amorcées en mai 2000 avec l’appui du PNUD. Elles se sont limitées
dans un premier temps aux questions de la réforme de la fonction publique et de
l’administration de la justice. Elles seront étendues aux aspects liés à la capacité des
pouvoirs publics à prendre des décisions appropriées, d’en assurer le suivi et
l’évaluation et à associer de plus en plus les forces vives de la nation au processus
décisionnel. Au demeurant, la bonne gouvernance tient surtout d’une réelle volonté
politique de marquer une rupture avec une gestion économique hasardeuse pour se
tourner vers des politiques et des démarches qui emportent l’adhésion de la
communauté nationale.
La gouvernance s'affirme comme un système articulant d'autres systèmes
dans la formation de la norme. Mais elle se présente surtout comme un mode de
gestion et de légitimation sociale de la norme, puisque la confiance des acteurs dans le
processus dépend du sentiment que celui-ci est justifié, ou du moins qu'il n'est pas
contraire à leurs intérêts. Par conséquent, le discours de la gouvernance publique se
présente à la fois comme une conception alternative de la démocratie et de la
délibération publique, mais aussi comme une grille d'analyse globale permettant de
combiner les principes de légitimité et d'efficacité. La mise en rapport, à travers l'idée
générale d'une procéduralisation progressive du droit, de l'idée de délibération
publique et de l'idée de gouvernance laisse donc espérer que les problèmes de
légitimité puissent être considérés autrement que « comme une variable aléatoire des
problèmes de régulation »96.
Elle permet à l'inverse d'imaginer la mise en place d'un « droit délibératif
» comme un objectif raisonnable et compatible avec une action publique efficace. C'est
le principe de transparence qui va permettre de coaguler ces différents impératifs. De
manière générale, le principe de transparence désigne l'ensemble des circonstances qui
doivent rendre la décision publique accessible à ceux qu'elle concerne, au niveau de
son contenu et à celui de son processus de formation. Il recouvre ici pour la
gouvernance deux types de champs lexicaux. Entendue en son sens restreint, la
96
HABERMAS, J., Droit et démocratie. Entre faits et normes, Paris, Gallimard, 1997, p. 458.
53
transparence vise la transmission d’un certain nombre d’informations objectives
destinées à aider le citoyen dans son choix politique. Elle est destinée à fournir un
environnement d’information permettant à l’acteur de se déterminer en toute
rationalité. Elle doit à ces fins rendre visible le fonctionnement des différentes
organisations et parties en charge de l’action publique. Elle se traduit le plus
couramment, mais pas uniquement, par le droit d’accéder aux documents issus de ces
institutions. A cet égard, la transparence obéit, d’une part, à une logique de service. Le
citoyen contrôle la gestion des organismes en charge de l’action publique : c’est par
exemple la tâche que se fixe l’organisation Transparency International, pour laquelle le
principe de transparence représente avant tout un outil pour améliorer les services
publics et lutter contre la corruption. Elle correspond, d’autre part, à une logique de
légitimation politique, qui assimile la gouvernance à une forme de gouvernement
parmi d’autres et la soumet à ce titre à un principe de publicité97.
On sait que la RDC a grandement souffert, et continue de le faire de la
mauvaise gouvernance, par exemple, dans l’emploi des ressources publiques. Elle pâtit
aussi de la complexité des démarches administratives, des délais excessifs dans
l’obtention des actes et autorisations et du clientélisme.
Dans cette optique, nous allons nous attarder sur quelques cas de la
gouvernance et la corruption en RDC.
2.1. La gouvernance dans le secteur minier et la lutte contre la corruption
Les activités minières en RDC sont régulées par loi n°007/2002 du 11
juillet 2002 portant Code Minier et le décret N° 038/2003 du 26 mars 2003 portant les
mesures d’application s’y rapportant. En plus du Code Minier et du Règlement Minier
qui fixe ses mesures d’applications, d’autres textes légaux et règlementaires
contiennent des dispositions relatives au secteur minier98.
En ce qui concerne le régime fiscal et douanier, il importe de relever que
le Code minier de 2002 a institué un régime fiscal et douanier spécifique au secteur
97
PITSEYS, J., « Le concept de gouvernance », in Revue interdisciplinaire d'études juridiques, n°2, Vol.65,
2010, pp 226-227.
98
NDELA KUBOKOSO J., Les activités minières et la fiscalité. Cas de la République Démocratique du Congo,
Thèse de doctorat, Université Paris I, 2008, inédit.
54
minier. Outre son caractère unique et son applicabilité à tous les opérateurs du secteur
minier, le régime fiscal et douanier prévu dans le Code Minier est exhaustif et exclusif.
Il convient de signaler que conformément à l’article 340 du Code minier, les activités
de quelques titulaires de droits miniers sont encore régies par les Conventions
minières, prévues par l’Ordonnance-Loi n°81-013 du 02 avril 1981 portant législation
générale sur les mines et hydrocarbures. Le champ d’application du Code Minier porte
sur la prospection, la recherche, l’exploitation, la transformation, le transport et la
commercialisation des substances minérales classées en mines ou en produits de
carrières ainsi que sur l’exploitation artisanale des substances minérales et à la
commercialisation de celles-ci.
Les Institutions politiques et les organismes publics spécialisés
constituent des organes de régulation du secteur minier dont la répartition de
compétences est établie par le Code minier en ses articles 8 à 16 du Code minier. En
outre, il faut ajouter aux institutions définies par le Code minier, le Parlement qui
dispose d’une compétence de contrôle des entreprises publiques minières et de la
gouvernance du secteur minier par le gouvernement.
La réforme du secteur minier en RDC a débuté avec la promulgation, en
2002, d’une nouvelle législation portée par le code et le Règlement Minier qui ont
permis l’introduction d’une base conceptuelle pour un mécanisme d’accès au domaine
minier transparent avec des procédures particulières pour la prise en compte des
anciens titres miniers et l’octroi des nouveaux droits miniers. Selon cette nouvelle
législation, nul ne peut entreprendre ou conduire une activité régie par la législation
minière en vigueur en RDC sans avoir au préalable obtenu un titre minier dans les
conditions fixées par ladite législation minière. (CM, Art. 5). Les titres miniers sont
des autorisations ayant trait à la recherche et à l’exploitation de substances minérales et
conférant des droits immobiliers.
Cette nouvelle règlementation ne prévoit deux modalités d’octroi des
nouveaux droits miniers, à savoir, (i) la demande d’un nouveau droit minier par la
procédure ordinaire auprès du Cadastre Minier et (ii) la participation à un appel
55
d’offres pour certains gisements des substances minérales classées en mines et
carrières.
Pour lutter contre les mauvaises pratiques liées à la corruption, le cadre
légal et règlementaire du secteur minier a mis en place des mécanismes transparents,
objectifs, efficaces et rapides dans le processus de réception, d’instruction, de décision
et de notification d’octroi des droits miniers ainsi que dans la délivrance des titres y
afférents. Les demandes des droits miniers font l’objet d’une instruction cadastrale,
technique et environnementale dont le contenu est précisé par le cadre légal et
réglementaire.
Parmi les vulnérabilités qui exposent le secteur minier à des risques de
corruption, nous pouvons citer, l’immixtion récurrente des autorités politiques, des
services de sécurité et des intérêts privés de fonctionnaires gouvernementaux dans les
activités minières et l’implication d’acteurs politiques de haut niveau dans la
négociation des contrats miniers99.
Aussi, les bas salaires pourraient être une incitation à exiger des pots-de-
vin, de l’argent pour accélérer le processus ou bien des cadeaux, surtout si les salaires
de leurs homologues du secteur minier privé sont beaucoup plus élevés. Fait important,
les compagnies minières seront conscientes des différences de salaires et pourraient
cibler les griefs des fonctionnaires portant sur les salaires100.
En effet, la modicité des salaires des agents du CAMI est un des premiers
facteurs qui les poussent à solliciter de l’argent de la part des demandeurs des droits
miniers ou d’accepter les offres d’argent dans l’accomplissement de leurs missions
dans le processus d’octroi des droits miniers avec comme conséquences un traitement
non transparent et discrétionnaire de demandes d’octroi des droits miniers 101. Dans une
situation où le fonctionnaire considère que l’Etat ne remplit pas son obligation, par
exemple de lui servir régulièrement un salaire décent, il se sert lui-même102.
99
Rapport d’évaluation des risques de corruption dans l’attribution des droits miniers en République
Démocratique du Congo, LICOCO, 2017, p.32.
100
Rapport d’évaluation, 2017, LICOCO, [Link], p.37
101
Idem,
102
Pierre JACQUEMOT, cité par le rapport d’évaluation, ibidem.
56
2.2. La gouvernance dans le secteur forestier et la lutte contre la corruption
Certains observateurs attentifs qualifient la RDC comme est un «
scandale écologique ». La RDC contient en effet la moitié des forêts du Bassin du
Congo, ce qui fait du pays le deuxième grand potentiel forestier tropical au monde
avec pas moins de 10% des forêts tropicales mondiales en son sein. Cette forêt
représente 65% de son territoire national et le pays possède un taux de déforestation
relativement faible : 0,31% par an (entre 1990 et 2000)103. Toutefois ce taux de
déforestation est en accélération constante du fait de la croissance du pays et son
dynamisme démographique104. Les forêts du pays voient donc petit à petit leur
durabilité être menacée ce qui fait de leur gestion durable une problématique nationale
conséquente au vu de leur « potentiel gigantesque » et des moyens de subsistances
qu’elles fournissent à des millions de locaux105.
La mauvaise gestion des ressources forestières dans le pays est bien
souvent imputée à une série d’ « insuffisances et de déficiences structurelles »
retrouvées au sein des institutions étatiques qui rendent difficile une perspective de
gestion durable106. Pour Trefon, une longue histoire de mauvais leadership, de
corruption et d’ingérence extérieure a mené à un « échec de l’Etat » qui sabote la
gestion efficiente des ressources naturelles dans le pays, renforçant par là un « cercle
vicieux » qui alimente cet état de crise, une pauvre gestion des ressources empêchant
l’Etat de se reconstruire107. Un de nos interviewés anonymes qualifie le secteur
forestier comme un secteur où l’on trouve « des défis importants de gouvernance et
des questions de corruption » qui demandent que la confiance soit rebâtie entre les
différents acteurs108.
Un outil élémentaire à retenir est la loi du 29 août 2002 portant sur le
Code Forestier, celui-ci ayant vocation d’installer les fondations légales pour une
103
PNUD et Rainforest Foundation Norway, « La société civile rassemblée pour la REDD+ en République
Démocratique du Congo : Analyse et leçons apprises du processus d’engagement et de structuration de la société
civile et des peuples autochtones dans le processus REDD+ national (2009-2015) », 2015, p. 10.
104
Version du 23 novembre 2015 du Plan d’Investissement REDD+ (2015-2020), 2015, p.18.
105
TREFON, T., Congo’s environmental paradox, Londres, ZED Books, 2016, p. 13.
106
CIFOR et CODELT., « Le contexte de la REDD+ en République Démocratique du Congo : causes, agents et
institutions, 2013, p. 1.
107
TREFON, T., Congo’s environmental paradox, [Link], p. 2.
108
Idem,
57
gestion durable, socialement et environnementalement responsable. Ce code vient
d’une certaine manière instaurer une nouvelle vision qui tient compte des agendas
sous-régionaux et de la communauté internationale tout en prenant en compte les
conditions socio-économiques du pays. Ce code prévoit en outre la mise en place d’un
moratoire sur les concessions d’exploitations industrielles qui impose une consultation
et une prise en compte des facteurs environnementaux dans le processus d’allocation
des concessions109. Néanmoins, de nombreux observateurs affirment que ce code n’a
engendré que peu de bénéfices pour la croissance ou les populations locales, les
pratiques des acteurs restant en marge de la légalité. Il n’y a en définitive pour Trefon
« pas de politique forestière officielle » ou de « vision consensuelle » qui régit
réellement le secteur dans le pays110.
De plus, la gouvernance dans ce secteur pose un sérieux problème en
termes de corruption et de la pratique des pots-de-vin dans l’attribution des
concessions, c’est ce que révèle certaines ONG à l’instar de Green peace111.
2.2. La gouvernance dans le secteur de la justice et la lutte contre la corruption
La corruption se produit dans le secteur de la justice en RDC et se
manifeste dans tous les secteurs de la vie nationale. Les résultats de nombreuses études
identifient le contexte institutionnel général de la corruption dans le secteur de la
justice, les moteurs de la corruption parmi le personnel du secteur de la justice et les
normes sociales qui incitent à la corruption ou la découragent.
Le contexte institutionnel et juridique des efforts de lutte contre la
corruption en RDC montre que les progrès dans la lutte contre la corruption dans le
secteur de la justice ont été réalisés avec lenteur et difficulté dans l'alignement du
cadre juridique sur les normes internationales et l’adoption de lois nationales assorties
d'institutions dotées de l'autorité nécessaire pour prévenir, identifier, réprimer et
sanctionner la corruption sous toutes ses formes et dans le secteur de la justice.
109
TREFON Théodore, « La réforme du secteur forestier en république démocratique du Congo : Défis sociaux
et faiblesses institutionnelles », in Afrique contemporaine, n°227, 2008, p. 85.
110
TREFON, T., Congo’s environmental paradox, idem., p. 13.
111
[Link], consulté le 25.06.2024 à 14h28’
58
Pourtant, ces progrès demeurent théoriques car les lois sanctionnant la corruption sont
rarement appliquées en raison de la corruption au sein même du secteur de la justice112.
La corruption dans le secteur de la justice est enracinée dans le système
politique, et comment elle est maintenue en place par une architecture de sécurité qui
défend les intérêts personnels au lieu de l'intérêt national. Il s'ensuit que la lutte contre
la corruption ne peut pas être traitée comme une suite de questions techniques séparées
des autres efforts, mais doit plutôt être considérée comme des questions éminemment
politiques de gouvernance, de démocratie et d'état de droit.
Pour être efficace, la lutte contre la corruption dans le secteur de la
justice doit mobiliser les citoyens en tant que parties prenantes de leur propre système
de gouvernement, qu'il s'agisse d'autorités haut placées en position de pouvoir ou de
membres du public exigeant des standards de comportement plus élevés de la part de
leurs dirigeants, de leurs voisins et d'eux-mêmes. L'efficacité de ces efforts
déterminera la force ou la faiblesse de la démocratie, de l'état de droit et, en fin de
compte, la stabilité et la viabilité futures du pays. Pour libérer le secteur judiciaire
congolais de la corruption, une double approche est nécessaire. D'une part, il est
nécessaire d'établir son indépendance et de mettre fin à l'ingérence politique de
l'exécutif et des grands intérêts commerciaux, et d'autre part, de garantir la
mobilisation des ressources financières, matérielles et humaines dont le secteur de la
justice a besoin pour fonctionner avec intégrité.
Il s'agit certainement d'un projet à long terme, mais de nombreuses
mesures à court terme sont envisageables pour progresser de manière substantielle vers
cet objectif. Pour beaucoup, la solution au problème de la corruption dans le secteur de
la justice réside dans l'amélioration des conditions de travail et des infrastructures: la
lutte contre la corruption est considérée en grande partie comme un défi technique
pour le développement institutionnel qui passe par l'amélioration des conditions de
travail, l'augmentation des budgets et la réhabilitation des infrastructures. Mais le
détournement au plus haut niveau des modestes budgets alloués exacerbe également
les pénuries et sape les progrès réalisés sur ce front, par exemple, dans le cadre de la
112
INANGA., Etude socio-anthropologique sur les pratiques corruptives dans le secteur de la justice en
République Démocratique du Congo, RCN-Justice et démocratie, Juin 2023, pp.3-4.
59
politique nationale de réforme du secteur de la justice, pour laquelle les progrès ont été
modestes jusqu’à présent.
Ainsi, la réduction de la corruption dans le secteur de la justice est
inconcevable sans une intervention au plus haut niveau pour assurer une gestion
responsable de ces ressources et une meilleure gouvernance. Cela ne sera pas possible
sans un énorme investissement dans l'éducation et la sensibilisation au sein du secteur
et du public. Les mentalités doivent se transformer avant que les institutions ne
puissent le faire.
60
CONCLUSION
Au terme de cette étude consacrée à l’examen de la corruption et son
impact sur la gouvernance en République Démocratique du Congo, nous pouvons
affirmer que les objectifs auxquels nous nous sommes assignés ont été largement
atteints. En effet, en élaborant cette étude, notre préoccupation majeure consistait
d’appréhender la dimension, le degré ou l’impact de la corruption sur la gouvernance
en RDC. En d’autres termes, nous étions poussés à mener une réflexion profonde sur
les proportions de la corruption dans un contexte de généralisation de ces pratiques
nauséabondes dans tous les secteurs de la vie nationale en RDC.
L’analyse de cette question nous a permis sans aucun doute de mesurer
l’impact qu’a la corruption sur la gouvernance en RDC et d’explorer les pistes de
solutions prometteuses enclenchées pour lutter contre cette mauvaise pratique qui
touche les institutions du pays. Aussi, elle nous a permis d’évaluer les actions menées
en faveur de la lutte par les différents organismes qui sont dotés des pouvoirs étendus
et compétences exclusives en la matière. Pour y parvenir, nous avons utilisé la
méthode systémique pour comprendre comment la corruption se manifeste au sein
d’un système global appelé RDC et interagit dans toutes les structure qui la compose.
Dans le chapitre premier, nous avons abordé le cadre théorique et
conceptuel de l’étude. A ce titre, en premier lieu, il a été question de procéder à la
revue de la littérature sur les deux notions qui sous-tendent notre recherche à savoir, la
corruption et la gouvernance, tout en mettant en exergue leurs aspects
épistémologiques et catégorisation, qui en réalité explique les ressorts théoriques de
notre étude. L’analyse critique des différents points de vue des auteurs démontre la
place qu’occupe la corruption dans la société congolaise et influence la mauvaise
gouvernance dans le pays. En second lieu, nous avons procédé à la définition de ces
concepts, c’est-à-dire, la clarification des termes utilisés pour expliquer leur sens exact
afin d’éclairer la lanterne d’un large éventail de nos lecteurs pour éviter toute sorte de
confusion.
Dans le second chapitre, notre étude a tourné sur l’analyse des
mécanismes de lutte contre la corruption en RDC. Dans un esprit de recherche, nous
61
avions pu identifier deux mécanismes importants dans le cadre de la lutte contre la
corruption notamment les mécanismes juridiques, c’est-à-dire le cadre légal et
réglementaire et les mécanismes institutionnels de lutte contre la corruption. En ce qui
concerne le cadre légal et réglementaire de lutte contre la corruption, il est important
de souligner que plusieurs textes législatifs et réglementaires ont été votés et
promulgués selon le cas. Il existe de nombreux textes qui se complètent donnant lieu à
de multiples possibilités de lutte contre la corruption. Néanmoins, ces textes souffrent
d’une meilleure application au regard des effets qu’ils produisent dans le pays. Il faut
aussi mentionner que la RDC dispose de plusieurs institutions chargées de lutter contre
la corruption. Toutefois, leurs actions sont inefficaces et donc, incapables d’exercer un
réel pouvoir qui permette d’apporter des solutions convenues en matière de lutte.
Aussi, il conviendrait de souligner que nous avons évoqué les stratégies nationales de
lutte contre la corruption notamment : la prévention, la détection et investigation et la
répression.
Dans le troisième et dernier chapitre, nous avons examiné l’impact de la
corruption sur la gouvernance en RDC.. De ce point de vue, il ressort de notre étude
que la corruption endémique qui ronge le pays est systémique. Elle touche à la fois les
secteurs formels qu’informels. Plusieurs secteurs de la vie nationale sont fortement
touchés notamment l’administration publique, l’éducation, la justice, l’économie dont
principalement dans les mines, l’armée et la police, etc. Toutes les catégories de la vie
nationale sont confrontées à ces genres de pratiques. Ensuite, dans la rubrique liée à la
gouvernance, elle est marquée par une léthargie. Cette apathie provoque des faiblesses
énormes et prive la société de promouvoir l’exercice des bonnes pratiques. En fait, le
lien entre la corruption et la gouvernance est étroit. Les mauvaises pratiques de la
corruption ont une incidence négative sur la gouvernance en RDC.
En définitive, nous pouvons dire que la corruption a un impact sur la
gouvernance en RDC. Ce travail ne peut trouver un écho favorable auprès de l’opinion
publique tant nationale qu’internationale que lorsque l’Etat y met du sérieux et des
moyens conséquents pour parvenir à cette fin. Il s’avère indispensable de repenser la
façon d’agir pour satisfaire les attentes de la population.
62
BIBLIOGRAPHIE
I. Documents officiels et rapports
1. Assemblée plénière de l’Épiscopat congolais, 2009.
2. Banque mondiale, World Development Indicators, 2010.
3. Discours du Président de la République Félix-Antoine TSHISEKEDI à l’occasion de
la célébration de la Journée Africaine de Lutte contre la corruption du 11 Juillet 2019.
4. FATOUMATA, D., « Indice de perception de la corruption 2018 : Transparency
International pointe la faiblesse des institutions africaines. » 2019.
5. INANGA., Etude socio-anthropologique sur les pratiques corruptives dans le secteur
de la justice en République Démocratique du Congo, RCN-Justice et démocratie, Juin
2023.
6. Natural Resource Governance Institute, « Indice de Gouvernance des Ressources
Naturelles, » 2017.
7. OCDE, Corruption : glossaire des normes internationales, OCDE, 2008.
8. Ordonnance n° 20/013 bis du 17 mars 2020 portant création de l’Agence de
prévention et de lutte contre la corruption.
9. Plan d’Investissement REDD+ (2015-2020), 2015.
10. PNUD et Rainforest Foundation Norway, « La société civile rassemblée pour la
REDD+ en République Démocratique du Congo : Analyse et leçons apprises du
processus d’engagement et de structuration de la société civile et des peuples
autochtones dans le processus REDD+ national (2009-2015) », 2015.
11. PNUD, « La gouvernance en faveur du développement humain durable », document
de politique générale du PNUD, janvier 1997.
12. PNUD, Fighting corruption to improve governance : New York, UNDP, 1999.
13. Rapport APLC sur la stratégie nationale de lutte contre la corruption.
14. Rapport Banque Mondiale, 1997.
15. Rapport Banque mondiale, 2010.
16. Rapport CELC 2006.
17. Rapport d’évaluation des risques de corruption dans l’attribution des droits miniers
en République Démocratique du Congo, LICOCO, 2017.
18. Rapport de l’Agence de prévention et de lutte contre la corruption sur la stratégie
nationale de lutte contre la corruption : 2022-2026, 2021.
19. Rapport Fondation Bertelsmann, 2010.
20. Rapport Global Integrity, 2008.
21. Rapport Human Rights Watch, 2005.
22. Rapport International Crisis Group, 2006.
23. Rapport PNUD sur la gouvernance dans le monde, 2002.
24. Rapport PUND, 2009.
25. Rapport RAID. Democratic Republic of the Congo-Key mining contracts in Katanga:
The economic argument for renegotiation, 2007.
26. Rapport sur la gouvernance en Afrique IV, Nations-Unies : commission économique
pour l’Afrique, 2016, p.6.
27. Rapport U4, 2010.
28. SAMURA, BRIMA K., « The negative effect of corruption on developping Nations »,
in www. [Link], 2009.
29. SOPROP, Corruption dans le système judiciaire congolais, Solidarité pour la
promotion sociale et la paix, Kinshasa, janvier 2009.
63
II. Ouvrages
1. BAGNASCO, A, et al., « Les villes européennes comme société et comme acteur », in
Ville en Europe, Paris, La Découverte, 1997.
2. CARDINAL, L., et al., La démocratie à l'épreuve de la gouvernance, Ottawa, PUO,
2001.
3. CARTIER BRESSON, J., Économie politique de la corruption et de la gouvernance,
Paris, L’Harmattan, 2008.
4. CHARLICK, R., Governance working paper, US AID, Africa Bureau democracy and
governance project, Cambridge, Jubilee trust, 1991.
5. DEFARGES, P.-M., La Gouvernance, Paris, PUF, 2008.
6. EASON, D., Analyse du système politique, Paris, Armand colin, 1974.
7. GAGNON, J., Développement des collectivités locales. Recueil de texte, Sherbrooke,
Université de Sherbrooke, 2003.
8. GAUDIN, J-P., Pourquoi la gouvernance?, Paris, Presses de sciences PO, 2002.
9. HABERMAS, J., Droit et démocratie. Entre faits et normes, Paris, Gallimard, 1997.
10. KLITGAARD, R., Controlling Corruption, Berkeley, University of California Press,
1988.
11. LE GALES, P., Le retour des villes européennes : sociétés urbaines, mondialisation,
gouvernement et gouvernance, Paris, Presses de sciences PO, 2003.
12. MACE, G. et PETRY, F. Guide d’élaboration d’un projet de recherche en sciences
sociales, Bruxelles, De Boeck, 2011.
13. MATTI, S. A., 2010, The Democratic Republic of Congo? Corruption, patronage and
competitive authoritarianism in the DRC, Africa Today, Summer ? n°4, Vol. 56, 2010.
14. NYE, J., Le leadership américain : quand les règles du jeu changent. Nancy : les
Presses universitaires de Nancy, 1967.
15. PETERS, G et al., La Gouvernance au XX1e siècle: revitaliser la fonction publique,
Québec, Presses de l'Université Laval, 2001.
16. PIERRE, J., Debating governance, autority, steering and democracy, Oxford, Oxford
University Press, 2000.
17. PINTO, R. et GRAWITZ, M., Méthodes des sciences sociales, Dalloz, Paris, 1971.
18. SHOMBA KINYAMBA S et TSHUNDOLELA G., Méthodologie de la recherche
scientifique. Etapes contraintes et perspectives, Kinshasa, MES, 2003.
19. SHOMBA KINYAMBA, S., Méthodologie de la recherche scientifique : les ficelles
de captage et les logiques d’analyse des données, Kinshasa, PUK, 2012.
20. TREFON, T., Congo’s environmental paradox, Londres, ZED Books, 2016.
21. TSHIKOJ, M., Les questions africaines de la mondialisation, CERDAF, Kinshasa,
2007.
III. Articles de revues
1. ABALES, M., « Michel Foucault, l’anthropologie et la question du pouvoir », in
L’Homme, 2008, vol. 3, n°187.
2. BISSESSAR N., « Does Corruption Persist In Sub-Saharan Africa? », in International
Advances in Economic Research, n°15, Vol. 3, 2009.
3. BONGO PASI MOKE SANGOL et TSAKALA MUNIKENGI., « Réinventer
l’Université ou le paradoxe du diplôme à l’Université de Kinshasa », in TREFON, T.
(sous dir.), Ordre et désordre à Kinshasa. Réponses populaires à la faillite de l’Etat, in
Cahiers Africains-Afrika Studies, n°61-62, 2004.
64
4. BLUNDO G. et OLIVIER de SARDAN, J.-P, « Sémiologie populaire de la
corruption », in Revue Politique Africaine, n°83, 2001.
5. CALAME, P., « Les principes de la gouvernance au 21 e siècle», in Alliance pour un
monde responsable, pluriel et solidaire, septembre 2001.
6. FJELDSTAD, O.-H., « Vers plus d’éthique dans les douanes en Afrique subsaharienne
», in Afrique contemporaine, n◦ 230, vol. 2, 2009.
7. GATTI R., PATERNOSTRO, S. et RIGOLINI J. « Individual Attitudes toward
Corruption: Do Social effects Matter? », in Policy Research Working Paper, The
World Bank, n° 3122, 2003.
8. GILLY, J-P, et al., « Forms of Proximity, Local Governance, and the Dynamics of
Local Economic Spaces: The Case of Industrial Conversion Processes », in
International Journal of Urban and Regional Research, n°25, Vol. 3, 2001.
9. KROTT, M et al, « Actor-centred power: The driving force in decentralised
community based forest governance », in Forest Policy and Economics, n°49, 2014.
10. ISLA, A., « Pour une économie institutionnelle et organisationnelle du droit : la
gouvernance dans l'Union européenne », in Droit et Société, n° 54, 2003.
11. JACQUEMONT, P., « La résistance à la « bonne gouvernance » dans un état africain.
Réflexions autour du cas congolais (RDC)», in Revue Tiers Monde, n◦ 204, Octobre-
décembre 2010.
12. JACQUEMOT, P., La résistance à la bonne gouvernance dans un état AFRICAIN
Réflexions autour du cas congolais (RDC), in Revue Tiers-Monde, n◦ 204, Octobre-
Décembre 2010.
13. KAUFMANN et ali., « Privatization Governace in transition economics », in Journal
of internationale affairs, n°50, Vol. 2, 2006.
14. KROTT Max et al, « Actor-centred power: The driving force in decentralised
community based forest governance », Forest Policy and Economics, n°49, 2014.
15. KODILA-TEDIKA O., « Anatomie de la corruption en République Démocratique du
Congo », in Institute of African Economics, n°49160, 2013.
16. MAKABU Ma NKENDA T., MBA M., MERCERON S. et TORELLI, C., « Le
Secteur informel en milieu urbain en République Démocratique du Congo :
Performances, insertion, perspectives. Principaux résultats de la phase 2 de l’enquête
1-2-3 2004-2005 », in DIAL Document de travail DT, n°15, 2007.
17. MEDARD J.-F., « Les paradoxes de la corruption institutionnalisée », in Revue
internationale de politique comparée, n°13, Vol. 4, 2006.
18. MUZONG, KODI., « Corruption et gouvernance en RDC durant la Transition 2002-
2006 », in Institut d’études de sécurité, 2008.
19. NAKAMWAMBILA KIADIAMUYIKA J. et KABANGA KAZADI C., « Impact de
la pauvreté sur la corruption chez les magistrats, les policiers de roulage et les taximen
à Kinshasa », in ODHS Rapport de recherche, n°7, 2007.
20. PITSEYS, J., « Le concept de gouvernance », in Revue interdisciplinaire d'études
juridiques, n°2, Vol. 65, 2010.
21. STOCKER, G., «Cinq propositions pour une théorie de la gouvernance », in Revue
internationale des sciences sociales, n° 155, mars 1998.
22. TREFON T., « La réforme du secteur forestier en république démocratique du Congo :
Défis sociaux et faiblesses institutionnelles », in Afrique contemporaine, n°227, 2008.
65
IV. Thèse de doctorat
1. NDELA KUBOKOSO J., Les activités minières et la fiscalité. Cas de la République
Démocratique du Congo, Thèse de doctorat, Université Paris I, 2008, inédit.
2. ZAGAINOVA, A., La corruption institutionnalisée : un nouveau concept issu de
l’analyse du monde émergent, Thèse de doctorat, Faculté des Sciences Economiques,
Université de Grenoble, 2012, inédit.
V. Webographie
1. [Link] .org
2. [Link] [Link]
3. [Link].
4. [Link]
5. [Link]
6. [Link]
7. [Link]é[Link]
66
TABLE DES MATIERES
EPIGRAPHE ............................................................................................................................... I
IN MEMORIAM......................................................................................................................... II
DEDICACE ............................................................................................................................... III
REMERCIEMENTS .................................................................................................................. IV
LISTE DES SIGLES ET ABREVIATIONS ................................................................................ V
INTRODUCTION....................................................................................................................... 1
01. PROBLEMATIQUE ........................................................................................................................... 1
02. HYPOTHESES DU TRAVAIL ............................................................................................................. 3
03. OBJECTIF DE LA RECHERCHE ......................................................................................................... 4
Objectif global ................................................................................................................................. 4
Objectif spécifique ........................................................................................................................... 4
04. CHOIX ET INTERET DU SUJET ......................................................................................................... 5
4.1. Le choix du sujet ....................................................................................................................... 5
4.2. Intérêt du sujet .......................................................................................................................... 6
4.2.1. Intérêt scientifique ............................................................................................................. 6
4.2.3. Intérêt pratique .................................................................................................................. 7
4.2.3. Intérêt personnel ................................................................................................................ 8
4.2.4. Mon apport ........................................................................................................................ 8
05. METHODOLOGIE DU TRAVAIL ........................................................................................................ 9
5.1. Méthodes .................................................................................................................................. 9
5.2. Techniques .............................................................................................................................. 10
06. DELIMITATION SPATIO-TEMPORELLE .......................................................................................... 10
07. SUBDIVISION DU TRAVAIL ........................................................................................................... 11
CHAPITRE I. CADRE THEORIQUE ET CONCEPTUEL...................................................... 12
SECTION 1. CADRE THEORIQUE DE L’ETUDE ..................................................................................... 12
1.1. Revue de la littérature ............................................................................................................ 12
1.1.1. La corruption ................................................................................................................. 12
1.1.2. La gouvernance ............................................................................................................. 17
1.2. Les leçons tirées de la revue de la littérature .................................................................... 23
SECTION 2. CADRE CONCEPTUEL DE L’ETUDE................................................................................... 24
2.1. La corruption .......................................................................................................................... 24
2.1.1. Définition......................................................................................................................... 24
2.2. La Gouvernance ..................................................................................................................... 26
2.2.1. Définition......................................................................................................................... 26
2.2.2. Les types de gouvernance................................................................................................ 27
CHAPITRE II. LES MECANISMES DE LUTTE CONTRE LA CORRUPTION EN
REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO..................................................................... 29
SECTION 1. CADRE LEGAL ET INSTITUTIONNEL................................................................................. 29
67
1.1. Cadre légal et règlementaire de lutte contre la corruption en République Démocratique du
Congo ............................................................................................................................................ 29
1.2. Cadre institutionnel de lutte contre la corruption en République Démocratique du Congo
32
1.2.1. La Cour des comptes ..................................................................................................... 32
1.2.2. L’Inspection générale des Finances............................................................................... 33
1.2.3. Le parlement .................................................................................................................. 34
1.2.4. La Commission de l’éthique et de la lutte contre la corruption (CELC) ....................... 35
1.2.5. L’observatoire du code d’éthique professionnelle......................................................... 36
1.2.6. Agence de Prévention et de Lutte contre la Corruption ................................................ 37
1.2.7. Observatoire de Surveillance de la Corruption et de l’Ethique Professionnelle............ 37
1.2.8. D’autres organismes de surveillance et de lutte contre la corruption ............................ 38
SECTION 2. LES STRATEGIES DE LUTTE CONTRE LA CORRUPTION .................................................... 38
2.1. La prévention .......................................................................................................................... 40
2.2. La détection et investigation ................................................................................................... 41
2.3. La répression .......................................................................................................................... 41
CHAPITRE III. IMPACT DE LA CORRUPTION SUR LA GOUVERNANCE EN
REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO..................................................................... 43
SECTION 1. LA SITUATION DE LA CORRUPTION ET DE LA GOUVERNANCE EN RDC .......................... 43
1.1. Panorama de l’évolution de la corruption en RDC .............................................................. 43
1.2. La manifestation de la corruption ..................................................................................... 45
1.2.1. La corruption dans le secteur de l’administration publique........................................... 45
1.2.2. La corruption dans le secteur de l’éducation ................................................................. 46
1.2.3. La corruption dans le secteur de la justice ..................................................................... 48
1.2.4. La corruption dans le secteur minier ............................................................................. 49
1.2.5. La corruption dans les forces armées ............................................................................ 50
Section 2. La gouvernance et l’état de la corruption en RDC ...................................................... 50
2.1. Etat des lieux de la gouvernance et de la corruption dans quelques secteurs en RDC ....... 50
2.1. La gouvernance dans le secteur minier et la lutte contre la corruption ................................ 53
2.2. La gouvernance dans le secteur forestier et la lutte contre la corruption ............................. 56
2.2. La gouvernance dans le secteur de la justice et la lutte contre la corruption ........................ 57
CONCLUSION ......................................................................................................................... 60
BIBLIOGRAPHIE .................................................................................................................... 62
TABLE DES MATIERES ......................................................................................................... 66