Gestion des prisons et droits humains
Gestion des prisons et droits humains
Andrew Coyle
Centre International
d’Etudes Pénitentiaires
Publié par
International Centre
for Prison Studies
School of Law
King’s College London
26-29 Drury Lane
Londres WC2B 5RL
Royaume-Uni
ISBN 0-9535221-5-6
Tous les membres de l’ICPS qui travaillent inlassablement dans le monde pour améliorer la
gestion des prisons ont apporté une contribution directe ou indirecte grâce à leur expertise et
leurs connaissances.
James Haines a rendu le manuscrit lisible et a passé de nombreuses heures à faire des
recherches sur les exemples de bonnes pratiques.
Vivien Stern a apporté une importante contribution pour finaliser le texte et mettre le manuel
en page.
Vivien Francis, Anton Shelupanov, Femke van der Meulen et Helen Fair de l’ICPS ont
apporté un précieux soutien administratif.
Enfin, ce manuel n’aurait pu être publié sans le généreux soutien financier du ministère
britannique des affaires étrangères, le United Kingdom Foreign & Commonwealth Office.
Sommaire
1 Introduction page 9
9 Requêtes et plaintes page 105
Le contexte
Les instruments internationaux
En pratique
1 Introduction
Personnes Ce manuel est destiné à aider toutes les personnes qui ont un rapport avec les prisons, quel
auxquelles qu’il soit. Les lecteurs seront certainement des ministres d’état dont le portefeuille couvre
la responsabilité parlementaire des prisons, les officiels qui travaillent dans les ministères de
est destiné le la justice et d’autres ministres concernés par les questions relatives aux prisons, ainsi que
manuel les agences intergouvernementales telles que les Nations Unies, le Conseil de l’Europe,
l’Organisation des États Américains, l’Union africaine, le Comité international de la Croix
Rouge et l’Organisation mondiale pour la santé. Ce manuel intéressera également différentes
organisations non gouvernementales et des groupes de la société civile qui travaillent dans les
prisons. Il devrait également être mis à la disposition des détenus, dans la mesure du possible.
Mais le public qu’il cible principalement est composé des personnes qui travaillent directement
avec les prisons et avec les détenus, comme les administrateurs nationaux et régionaux des
prisons, mais surtout les personnes qui travaillent effectivement dans les prisons et qui sont en
contact quotidien avec les détenus.
Un ensemble Les sujets couverts dans ce manuel démontrent la complexité de la gestion des prisons
de principes ainsi que les compétences très diverses que les personnes chargées de leur gestion doivent
posséder. Les questions couvertes dans le manuel montrent qu’il existe un ensemble de
clairs
facteurs communs qui constituent un modèle de bonne gestion des prisons. Il n’est cependant
pas suffisant d’examiner ces sujets de manière abstraite. Il est important de les ancrer dans
un ensemble de principes clairs. Comme ce manuel est destiné à être appliqué dans tous les
systèmes carcéraux du monde, il est essentiel que l’ensemble de principes qui doit être utilisé
comme point de référence puisse être appliqué dans tous les pays. Ces principes ne doivent
pas être basés sur une culture spécifique, ou sur les normes qui sont acceptées dans un seul
pays ou région. Ce manuel respecte cette exigence en prenant comme point de départ de
chaque chapitre toutes les normes pertinentes sur les droits de l’homme.
Normes inter- Ces normes ont été acceptées par la communauté internationale, généralement par
nationales l’intermédiaire des Nations Unies. Les principaux instruments concernant les droits de
l’homme, comme le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et le Pacte
international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, sont des traités exécutoires
qui engagent tous les états qui les ont ratifiés ou qui y ont accédé. La plupart d’entre eux
contiennent des références au traitement des personnes privées de liberté.
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Normes Ces normes internationales sont complétées par des instruments régionaux relatifs aux droits
régionales de l’homme. Voici les principaux en Europe : La Convention de sauvegarde des Droits de
l’Homme et des Libertés fondamentales (1953) ; la Convention européenne pour la prévention
de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dégradants (1989) et les Règles
pénitentiaires européennes (1987). La Convention américaine sur les droits de l’homme est
entrée en vigueur en 1978 alors que la Charte africaine sur les droits des hommes et des
peuples est entrée en vigueur en 1986.
Les organes judiciaires régionaux sont un point de référence utile pour évaluer la mesure dans
laquelle les états mettent en œuvre les normes internationales. En Amérique, la Cour inter-
américaine des droits de l’homme remplit ce rôle, alors qu’en Europe la Cour européenne des
droits de l’homme remplit un rôle similaire
Observateurs Au sein des états membres du Conseil de l’Europe, le respect des normes relatives aux
internationaux droits de l’homme dans les lieux de détention est également surveillé par le Comité pour la
prévention de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dégradants. En 1997, la
Commission africaine des droits de l’homme et des peuples a nommé un Rapporteur spécial
sur les conditions dans les prisons. Les Nations Unies sont en train d’adopter un Protocole
facultatif à la Convention contre la torture. Ce protocole établira un système de visites
régulières, dans les lieux de détention, d’un organe international d’experts, visites qui seront
complétées par des visites régulières organisées par des groupes nationaux et indépendants
d’inspection.
Légitimité Ce manuel sur la bonne gestion des prisons tire sa légitimité de ses bases solides dans ces
normes internationales sur les droits de l’homme, qui sont reconnues dans le monde entier.
Expérience Il n’est cependant pas suffisant pour les personnes responsables des prisons de connaître
pratique ces normes internationales et de s’y référer. Pour que ces personnes mettent ces normes en
œuvre dans leur travail quotidien, elles doivent pouvoir les interpréter et les appliquer dans
des situations réelles. C’est précisément le but de ce manuel. Il trouve sa légitimité à ce
niveau dans l’expérience pratique des personnes qui ont participé à sa rédaction. L’auteur
principal du manuel a occupé des postes de directeur de prison pendant 24 ans. Un groupe
consultatif international a fourni un soutien considérable ; tous ses membres ont une grande
expérience du travail dans les prisons de différentes régions du monde. Voici quelques-unes
des personnes qui ont travaillé sur ce projet :
Julita Lemgruber, ancienne Directrice générale des prisons de l’état de Rio de Janeiro,
Brésil
En outre, le personnel et les membres du International Centre for Prison Studies ont puisé
dans la grande expérience accumulée au cours de leur travail aux côtés de leurs collègues
dans les prisons de toutes les régions du monde, dans le cadre de différents projets sur les
droits de l’homme et sur la gestion des prisons.
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Les droits L’International Centre for Prison Studies (Le Centre International d’Etudes Pénitentiaires)
de l’homme réalise tous ses projets pratiques de gestion des prisons dans le contexte des droits de
l’homme. Il y a deux raisons à cela. La première est que c’est la manière correcte d’agir. Ce
font partie manuel démontre dans de nombreux chapitres l’importance de la gestion des prisons dans
intégrante de la un contexte éthique, qui respecte l’humanité de toutes les personnes en contact avec les
bonne gestion prisons : les détenus, le personnel pénitentiaire et les visiteurs. L’application de ce contexte
des prisons éthique doit être universelle ; les instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme
fournissent cette universalité.
Il existe également une justification plus pragmatique de cette stratégie de gestion des
prisons: elle est efficace. Cette stratégie ne représente pas une manière indulgente ou
libérale de gérer les prisons. Les membres du groupe consultatif du manuel, ainsi que les
autres personnes ayant participé à sa rédaction, ont travaillé dans certaines des prisons les
plus difficiles du monde. Ils sont convaincus que ce style de gestion est le plus efficace et le
plus sûr pour gérer les prisons. À maintes reprises, le personnel du Centre a conclu que les
membres du personnel pénitentiaire sur le terrain dans différents pays, et issus de différentes
cultures, réagissent de manière positive face à cette stratégie. Elle établit un lien entre les
normes internationales et le travail quotidien du personnel, d’une manière immédiatement
reconnaissable.
Cette stratégie souligne que le concept des droits de l’homme n’est pas simplement un autre
sujet à ajouter au programme de formation. C’est plutôt une partie intégrante de la bonne
gestion des prisons, une notion omniprésente.
Un outil Depuis quelques années, différents ouvrages utiles ont été publiés relatifs à certaines
supplémentaire questions couvertes dans ce manuel. En voici les principaux :
Les droits de l’homme et les prisons : Guide du formateur aux droits de l’homme à
l’intention du personnel pénitentiaire, publié dans une édition pilote par l’Office du Haut
Commissaire des nations Unis aux droits de l’homme, Genève, en 2000
Pratique de la prison, du bon usage des règles pénitentiaires internationales, publié par
Penal Reform International, Londres, en 2001 (seconde édition))
Nous espérons que ce manuel trouvera sa place aux côtés de ces ouvrages et d’autres
ouvrages similaires et qu’il deviendra un outil utile pour la bonne gestion des prisons.
Bien que ce manuel cherche à être complet dans les sujets qu’il aborde, il est impossible
d’être exhaustif lorsqu’on traite un sujet aussi complexe. On doit être sélectif pour identifier
les principales caractéristiques de la gestion des prisons. On reconnaît que de nombreux
problèmes qui se manifestent dans le cadre des prisons ne sont pas traités dans ce manuel.
ICPS serait heureux de recevoir les commentaires des lecteurs et les recommandations
concernant les aspects à ajouter à une éventuelle future édition.
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Les prisons
Note sur la Dans certaines juridictions, on utilise différents termes pour indiquer si les lieux de détention
terminologie sont destinés aux prévenus, aux personnes condamnées ou à celles qui sont sujettes
à différentes conditions de sécurité. Aux États-Unis, par exemple, les lieux de détention
des prévenus attendant leur procès dans les tribunaux de basse instance ou qui ont été
condamnés à des peines de courte durée, portent généralement le nom de « jail » (prisons)
alors que les lieux destinés aux détenus condamnés portent souvent le nom de « correctional
institution » (établissements correctionnels). Dans toute la Fédération russe, il y a seulement 15
prisons, car ce terme désigne les établissements carcéraux présentant le plus haut niveau de
sécurité.
Les établissements destinés aux autres personnes condamnées sont généralement appelés
« colonies pénales ».
Les détenus
De manière similaire, différents termes sont utilisés pour désigner différents groupes de
personnes détenues. Les personnes qui attendent leur procès peuvent être qualifiées de
« prévenus » ou « en détention provisoire ».
Dans ce manuel, le terme « prison » a été utilisé pour désigner tous les lieux de détention et le
mot « détenu » a été utilisé pour décrire toutes les personnes qui sont détenues dans ces lieux.
Le texte éclairera le contexte dans lequel ces termes sont utilisés.
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2 Le personnel pénitentiaire
et la gestion des prisons
Le contexte
Un service Dans toute société démocratique, les personnes qui travaillent dans les prisons réalisent
public un service public. Les prisons sont des lieux, comme les écoles et les hôpitaux, qui doivent
être gérés par les pouvoirs publics dans le but de contribuer au bien public. Les autorités
important pénitentiaires doivent être responsables vis-à-vis d’un parlement élu et le public doit être tenu
régulièrement informé de l’état et des aspirations des prisons. Les ministres d’état et les hauts
fonctionnaires doivent expliquer clairement qu’ils ont une grande estime pour le travail effectué
par le personnel pénitentiaire, et on doit souvent rappeler au public que le travail dans les
prisons est un service public important.
La base La gestion des prisons doit se faire dans un cadre éthique. En l’absence d’un solide contexte
éthique de la éthique, une situation dans laquelle un groupe de personnes détient un pouvoir considérable
sur un autre groupe peut facilement se transformer en abus de pouvoir. Le contexte éthique
gestion des
ne se limite pas au comportement individuel des membres du personnel vis-à-vis des détenus.
prisons Il faut que l’idée de la base éthique de l’incarcération soit présente dans tout le processus de
gestion, des plus hauts échelons jusqu’aux plus bas. La priorité accordée par les autorités
pénitentiaires au respect exact des procédures, l’exigence d’efficacité opérationnelle ou
les pressions pour respecter les objectifs fixés par la direction, sans tenir compte des
impératifs éthiques, peuvent créer des situations inhumaines. Si les autorités pénitentiaires se
concentrent sur les processus et procédures techniques, les membres du personnel oublieront
qu’une prison n’est pas une usine qui fabrique des voitures ou des lave-linge. Gérer une
prison, c’est surtout gérer des êtres humains, qu’il s’agisse des membres du personnel ou
des détenus. Certaines questions dépassent les préoccupations d’efficacité et de rationalité.
Lorsque l’on prend des décisions sur le traitement des êtres humains, on doit se poser
initialement une question fondamentale : « Ce que nous faisons est-il correct ? ».
Les relations Lorsque l’on pense aux prisons, on voit souvent leur aspect physique : les murs, les clôtures,
entre un bâtiment aux portes verrouillées, avec des barreaux aux fenêtres. En réalité, l’aspect le
plus important d’une prison est sa dimension humaine, car la préoccupation principale des
personnel et
prisons, ce sont les êtres humains. Les deux groupes de personnes les plus importants dans
détenus sont une prison sont les détenus et les membres du personnel qui s’occupent d’eux. La clé d’une
la clé prison bien gérée est la nature des relations entre ces deux groupes.
La qualité des Les personnes qui sont responsables des prisons et des systèmes pénitentiaires doivent
dirigeants est aller au-delà des considérations techniques et administratives. Elles doivent se comporter en
leaders, être capables d’enthousiasmer le personnel dont elles sont responsables et de lui
cruciale
communiquer l’idée de l’importance de leur manière de réaliser leurs tâches quotidiennes.
Ces personnes doivent être des hommes et des femmes qui ont une vision claire et qui sont
déterminées à maintenir le plus haut niveau dans le travail difficile de la gestion pénitentiaire.
Nécessité En général, les prisons ne choisissent pas leurs détenus, elles doivent accepter ceux qui
d’employer un leur sont envoyés par le tribunal ou l’autorité judiciaire. Par contre, elles peuvent choisir
leur personnel. Il est essentiel que les membres du personnel soient soigneusement
personnel de
sélectionnés, correctement formés, supervisés et soutenus. Il est difficile de travailler dans
qualité une prison. Il faut travailler avec des hommes et des femmes privés de liberté ; beaucoup
de détenus souffrent de problèmes mentaux, de toxicomanie, ont des aptitudes sociales
et éducatives peu développées et sont issus de groupes marginalisés par la société.
donner aux détenus la possibilité d’utiliser leur détention de manière positive, pour qu’ils
puissent se réinsérer dans la société après leur sortie de prison.
Intégrité Il faut de grandes compétences et beaucoup d’intégrité personnelle pour faire ce travail de
personnelle manière professionnelle. Pour cela, tous les hommes et toutes les femmes qui souhaitent
travailler dans une prison doivent être choisis avec soin, car ils doivent posséder les qualités
personnelles et l’éducation appropriées. Ils doivent alors suivre une formation adaptée relative
aux principes de base de leur travail, et une formation sur les aptitudes humaines et techniques
nécessaires. Tout au long de leur carrière, ils doivent avoir la possibilité de progresser, de
développer ces aptitudes et de rester informés des développements relatifs aux questions qui
touchent les prisons.
Danger Les membres du personnel pénitentiaire travaillent généralement dans un environnement clos
d’insularité et isolé; au fil du temps, cela peut les rendre bornés et inflexibles. Leur formation et leur gestion
doivent être conçues de manière à les protéger de cette insularité. Les membres du personnel
doivent rester sensibles à l’évolution de la société en général, car leurs détenus viennent de
la société et y seront réinsérés. Cet aspect est particulièrement important lorsque les prisons
sont implantées dans des lieux isolés et lorsque les membres du personnel occupent des
logements de fonction dans l’enceinte de la prison.
Le statut En général, les membres du personnel pénitentiaire sont moins bien considérés que les autres
social du personnes qui travaillent dans le secteur de la justice criminelle, comme la police. Ceci se
reflète souvent dans le salaire du personnel pénitentiaire qui, dans de nombreux pays, est très
personnel bas. Il est donc souvent très difficile de recruter des personnes possédant les qualifications
pénitentiaire correctes pour travailler dans une prison. Pour attirer et conserver du personnel de qualité, il
est essentiel que le salaire soit fixé à un niveau adéquat et que les autres conditions d’emploi
soient identiques à celles des postes comparables du service public.
Sensibilisation Dans de nombreux pays, le public est très mal informé à propos des prisons, du personnel
du public pénitentiaire et du travail qu’il effectue. La société en général reconnaît l’importance des
personnes qui travaillent dans le secteur de la santé ou de l’éducation, alors que celles qui
concernant les
travaillent dans les prisons ne sont pas aussi bien considérées. Les ministres d’état et les
prisons administrateurs pénitentiaires devraient envisager d’organiser un programme de sensibilisation
du public et devraient stimuler l’intérêt des médias afin d’éduquer la société quant au rôle
important du personnel pénitentiaire pour protéger la société civile.
«
un célèbre ancien détenu et ex-président de l’Afrique du Sud, Nelson Mandela :
On dit qu’on ne connaît pas vraiment un pays tant que l’on n’a pas pénétré dans
ses prisons. Un pays ne devrait pas être jugé par sa manière de traiter ses citoyens
les mieux placés, mais ses citoyens les plus défavorisés.1
Voilà la raison pour laquelle la gestion des prisons doit être placée, par dessus tout, dans
un contexte éthique. Les administrateurs, les gestionnaires des prisons et les membres du
personnel pénitentiaire ne doivent jamais perdre de vue cet impératif. En l’absence d’un
contexte éthique, l’efficacité administrative dans les prisons peut emprunter une voie qui mène
finalement au barbarisme des camps de concentration et des goulags.
Un Les personnes responsables de la gestion des prisons doivent garder ce principe à l’esprit
message clair en permanence. Pour l’appliquer dans des circonstances difficiles, il faut faire preuve de
beaucoup de responsabilité. Les membres du personnel peuvent uniquement maintenir
ce sens de responsabilité si les personnes responsables du système leur transmettent un
message clair et cohérent comme quoi cela est impératif. Ils doivent comprendre qu’ils ne
sont pas simplement des surveillants dont l’unique responsabilité est de priver les personnes
de liberté. Leur rôle n’est absolument pas d’infliger un châtiment plus important que celui qui
a déjà été imposé par les autorités judiciaires. Au contraire, ils doivent associer un rôle de
surveillance à un rôle éducatif et de réforme. Ce rôle exige un grand talent personnel et des
aptitudes professionnelles poussées.
Qualités Pour travailler en prison, il faut posséder un ensemble unique de qualités personnelles et
personnelles d’aptitudes techniques. Les membres du personnel pénitentiaire doivent posséder des qualités
personnelles leur permettant de traiter tous les détenus, y compris les détenus difficiles et
des membres dangereux, de manière égale, humaine et juste. Cela signifie qu’il doit exister des processus
du personnel de recrutement et de sélection stricts pour que seules les personnes possédant les qualités
correctes soient employées. C’est seulement lorsque ces processus auront été mis en place
qu’il sera possible de décrire le travail pénitentiaire comme une profession.
Les dangers Dans de nombreux pays il est très difficile de recruter des personnes souhaitant travailler dans
d’un personnel les prisons. Par conséquent, les seules personnes qui acceptent d’y travailler sont celles qui ne
de mauvaise trouvent pas d’autre emploi. Quelquefois, ces personnes décident de travailler dans le service
pénitentiaire pour éviter de faire leur service militaire obligatoire et partent dès qu’elles peuvent.
qualité Comme elles sont également mal formées et mal payées, il n’est pas surprenant qu’elles tirent
peu de fierté de leur travail, qu’elles soient vulnérables à la tentation de prendre part à des
pratiques corrompues et qu’elles n’aient pas l’impression de réaliser un service public.
1 Mandela N (1994),
Long Walk to
Freedom, Little
Brown, London
En pratique
Une Pour faire en sorte que ces valeurs soient correctement comprises et mises en œuvre par le
déclaration personnel, il est important que l’administration pénitentiaire définisse clairement sa déclaration
d’intention. Une telle déclaration sera basée sur les normes et instruments internationaux
d’intention et sera communiquée clairement à toutes les personnes qui travaillent dans les prisons.
claire Le Document de politique du Service pénitentiaire d’Ouganda est un exemple d’une telle
déclaration. Il présente clairement la Déclaration de mission du service pénitentiaire et identifie
les valeurs principales qui sous-tendent son travail. Parmi ces valeurs, citons la reconnaissance
de l’importance fondamentale d’un système efficace de recrutement et de formation du
personnel.
DOCUMENT DE POLITIQUE
DÉCLARATION DE MISSION
Le Service Pénitentiaire d’Ouganda, dans le cadre d’un système judiciaire intégré, contribue
à protéger tous les membres de la société en prenant en charge la détention raisonnable,
sûre, sécurisée et humaine des délinquants dans le respect de normes universellement
acceptées, tout en les encourageant et les aidant dans leur réhabilitation, leur réforme et
leur réinsertion dans la société en tant que citoyens respectueux de la loi.
VALEURS
3 La majorité des délinquants peuvent être punis de manière efficace dans la communauté
par le biais de programmes de peines non carcérales ; l’incarcération doit être utilisée
avec parcimonie.
7 Le public a le droit de savoir ce qui se passe dans les prisons et doit avoir la possibilité
de participer au système de justice criminelle.
8 L’efficacité des peines est fonction de la mesure dans laquelle les systèmes
correctionnels peuvent réagir face au changement et influencer l’avenir.
10 Dans la mesure du possible, les hommes et les femmes sont détenus dans des
établissements séparés ; dans les établissements qui accueillent les hommes et les
femmes, la totalité des locaux affectés aux femmes est entièrement séparée.
«
lorsque cela est approprié.
Distinctes de la police
En ce qui concerne la séparation des fonctions, il doit exister une séparation claire entre la
police et les administrations pénitentiaires. La police est généralement chargée de mener
les enquêtes sur les délits et d’arrêter les délinquants. Lorsqu’une personne est détenue ou
arrêtée, elle doit comparaître dans les plus brefs délais devant une autorité judiciaire puis être
mise en détention provisoire dans un établissement pénitentiaire. Dans de nombreux pays,
l’administration de la police est confiée au Ministère de l’intérieur alors que l’administration des
prisons est confiée au Ministère de la justice. C’est une manière d’assurer la séparation des
pouvoirs et de souligner le lien étroit qui doit exister entre les autorités judiciaires et le système
«
pénitentiaire.
Une nette distinction doit être établie entre le rôle de la police et celui du système
judiciaire, du parquet et du système pénitentiaire.
Contrôle Dans les pays démocratiques, les administrateurs pénitentiaires sont généralement des
démocratique autorités publiques sous le contrôle d’un ministère d’état. Dans certains pays comme le Brésil,
l’Inde ou l’Allemagne, ce ministère se trouve au sein d’un gouvernement national ou régional.
Dans la plupart des pays, le système pénitentiaire est organisé à l’échelle nationale ; il est
placé sous la responsabilité d’un département du gouvernement central. Dans d’autres pays,
comme les États-Unis et le Canada, les deux modèles coexistent. Il est de plus en plus courant
que le ministère responsable au sein du gouvernement soit le Ministère de la Justice, lorsqu’il
existe.
Une autre raison pour laquelle on doit encourager ce transfert est le fait que la police, dans
certains pays, est en réalité composée d’unités militaires, avec les mêmes rangs que l’armée,
organisée sur des bases militaires et le gouvernement peut y faire appel, en cas de besoin,
pour jouer le rôle de force militaire. Ceci ne correspond pas à l’exigence selon laquelle les
«
membres du personnel pénitentiaire doivent avoir le statut de fonctionnaires.
En Afrique, au cours des 15 dernières années, les pays suivants ont transféré
l’administration pénitentiaire du Ministère de l’Intérieur au Ministère de la Justice :
Bénin, Côte d’Ivoire, Cameroun, Tchad, Niger, Togo, Burkina Faso et Sénégal.
Le Conseil de l’Europe prévoit que les pays d’Europe orientale qui ont posé leur
candidature pour être admis dans l’UE vont transférer la responsabilité de leur
administration pénitentiaire du Ministère de l’Intérieur au Ministère de la Justice.
Les Il faut reconnaître qu’un tel transfert de responsabilité au sein du gouvernement peut avoir de
conséquences graves conséquences pour le personnel dans les pays où l’armée a des dispositions spéciales
en matière de salaire et autres conditions d’emploi, comme l’accès gratuit aux services de
du transfert de santé pour les employés et leur famille, la gratuité des transports, un logement subventionné
responsabilité et des dispositions spéciales pour les vacances. On reviendra sur ces questions dans ce
chapitre.
Liens avec Il existe une autre raison pour laquelle les prisons devraient être gérées par une autorité civile.
les agences Pratiquement tous les détenus reprendront un jour leur vie dans la société civile. Pour qu’ils
vivent en respectant la loi, il est important qu’ils aient un logement, la possibilité de trouver un
sociales
emploi et une structure de soutien social. Il est donc crucial que l’administration pénitentiaire
collabore étroitement avec d’autres agences du service public, comme les services sociaux et
la sécurité sociale. Si l’administration pénitentiaire elle-même est une organisation civile plutôt
qu’une organisation militaire, il y a de plus grandes probabilités que cela se produise.
Une Parallèlement, il ne faut pas oublier que, même si les membres du personnel pénitentiaire
organisation eux-mêmes ont un statut civil, le système pénitentiaire lui-même reste généralement une
organisation disciplinée et hiérarchisée. Les prisons ne sont pas des démocraties. Pour
disciplinée et qu’elles fonctionnent correctement, il doit exister une structure hiérarchique clairement définie.
hiérarchisée Ceci est le cas dans la plupart des grandes organisations. C’est particulièrement vrai dans
le cadre pénitentiaire, où on doit toujours rester conscient, même dans les prisons les mieux
gérées, de la possibilité de troubles et de désordres. Il est tout à fait possible d’avoir un
système de statut civil mais où la discipline est forte. Comme on l’expliquera dans le chapitre 5
de ce manuel, toutes les personnes concernées - personnel comme détenus - ont intérêt à ce
que les prisons soient des institutions où règne l’ordre. Il y a de plus grandes probabilitése que
cela se produise si les prisons sont organisées de manière disciplinée.
L’importance On doit être très exigeant au niveau individuel et professionnel vis-à-vis de tous les membres
d’un personnel du personnel pénitentiaire, tout particulièrement ceux qui travaillent directement avec les
détenus, en quelque capacité que ce soit. Il s’agit notamment du personnel en uniforme
adapté
ou des surveillants, ainsi que du personnel professionnel comme les enseignants et les
instructeurs. Les membres du personnel qui entrent en contact avec les détenus chaque
jour doivent être choisis avec un soin particulier. Le recrutement est donc un aspect très
important. L’administration pénitentiaire doit adopter une politique claire afin d’encourager des
personnes aptes à postuler pour travailler dans les prisons. Si le service pénitentiaire a déjà
défini ses valeurs et le contexte éthique dans lequel il doit travailler, il est important d’exprimer
ces aspects clairement dans tous les documents ou processus de recrutement. Tous les
postulants doivent savoir très clairement ce qu’on attend d’eux en matière de comportement
et d’attitudes. Il faut également exprimer clairement que toute personne ayant des normes
personnelles inacceptables, par exemple en ce qui concerne le traitement des minorités
raciales, les femmes ou les étrangers, ne pourra pas travailler dans le système pénitentiaire.
Choisir des Même lorsqu’une telle politique existe pour faire en sorte que les postulants comprennent
candidats la nature du travail dans les prisons, certains candidats ne conviendront pas. Un ensemble
clair de procédures doit exister pour que seuls les candidats aptes soient sélectionnés pour
aptes
entrer au sein du service pénitentiaire. En premier lieu, ces procédures doivent pouvoir vérifier
l’intégrité et l’humanité des candidats et leur réaction possible dans les situations difficiles qu’ils
sont susceptibles de rencontrer durant leur travail quotidien. Cette partie de la procédure est
la plus importante car elle couvre les qualités essentielles pour travailler dans une prison. C’est
seulement lorsque les candidats auront prouvé qu’ils respectent ces exigences que l’on pourra
passer aux procédures de vérification d’aspects tels que leur niveau d’éducation, leur aptitude
physique, leurs antécédents professionnels et leur capacité à acquérir de nouvelles aptitudes.
Aucune Il ne doit exister aucune discrimination dans la sélection du personnel. Cela signifie que
discrimination les femmes doivent avoir les mêmes opportunités que les hommes en matière de travail
dans les prisons, et doivent recevoir le même salaire, la même formation et avoir les
mêmes opportunités de promotion. La grande majorité des détenus sont des hommes ;
traditionnellement, dans de nombreux pays le travail dans les prisons est considéré comme
étant réservé aux hommes. Mais cela ne peut pas se justifier. Dans certaines prisons, un
nombre important de détenus viennent de minorités raciales ou ethniques. Lorsque cela est
le cas, les administrations pénitentiaires doivent faire un effort pour recruter une proportion
suffisante de membres du personnel issus des mêmes groupes.
(3) Afin que les buts précités puissent être réalisés, les membres du personnel doivent
être employés à plein temps en qualité de fonctionnaires pénitentiaires de profession,
ils doivent posséder le statut des agents de l’État et être assurés en conséquence
d’une sécurité d’emploi ne dépendant que de leur bonne conduite, de l’efficacité de
leur travail et de leur aptitude physique. La rémunération doit être suffisante pour
qu’on puisse recruter et maintenir en service des hommes et des femmes capables ;
les avantages de la carrière et les conditions de service doivent être déterminés en
tenant compte de la nature pénible du travail.
Principes de base sur le recours à la force et l’utilisation des armes à feu par les responsables
de l’application des lois, Article 18 :
Les pouvoirs publics et les autorités de police doivent s’assurer que tous les responsables de
l’application des lois sont sélectionnés par des procédures appropriées, qu’ils présentent les
qualités morales et les aptitudes psychologiques et physiques requises pour le bon exercice
de leurs fonctions et qu’ils reçoivent une formation professionnelle permanente et complète.
Il convient de vérifier périodiquement s’ils demeurent aptes à remplir ces fonctions.
Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes,
Article 2 :
Les États parties condamnent la discrimination à l’égard des femmes sous toutes ses formes,
conviennent de poursuivre par tous les moyens appropriés et sans retard une politique
tendant à éliminer la discrimination à l’égard des femmes et, à cette fin, s’engagent à :
(a) Inscrire dans leur constitution nationale ou toute autre disposition législative appropriée
le principe de l’égalité des hommes et des femmes, si ce n’est déjà fait, et assurer par voie
de législation ou par d’autres moyens appropriés l’application effective dudit principe ;
(b) Adopter des mesures législatives et d’autres mesures appropriées assorties, y compris
des sanctions en cas de besoin, interdisant toute discrimination à l’égard des femmes ;
(c) Instaurer une protection juridictionnelle des droits des femmes sur un pied d’égalité
avec les hommes et garantir, par le truchement des tribunaux nationaux compétents
et d’autres institutions publiques, la protection effective des femmes contre tout acte
discriminatoire ;
(d) S’abstenir de tout acte ou pratique discriminatoire à l’égard des femmes et faire en sorte
que les autorités publiques et les institutions publiques se conforment à cette obligation ;
(e) Prendre toutes mesures appropriées pour éliminer la discrimination pratiquée à l’égard
des femmes par une personne, une organisation ou une entreprise quelconque ;
(f) Prendre toutes les mesures appropriées, y compris des dispositions législatives, pour
modifier ou abroger toute loi, disposition réglementaire, coutume ou pratique qui constitue
une discrimination à l’égard des femmes ;
(g) Abroger toutes les dispositions pénales qui constituent une discrimination à l’égard des
femmes.
En pratique
L’administration pénitentiaire doit alors cibler des organes spécifiques qui pourraient fournir
des candidats au système pénitentiaire. Il peut s’agir d’institutions éducatives, comme
les universités, ou bien de groupes communautaires. On doit leur fournir des informations
spécifiques concernant le rôle du personnel, les types de personnes qui pourraient vouloir
travailler dans le système pénitentiaire et le fait qu’il s’agit d’une carrière valide dans le service
public.
Personnel L’expérience de plusieurs pays a montré que les femmes peuvent exercer les responsabilités
pénitentiaire normales d’un agent pénitentiaire aussi bien que les hommes. En fait, dans les situations de
confrontation potentielle, la présence de personnel féminin réussit souvent à désamorcer des
féminin situations potentiellement dangereuses. Dans quelques situations, comme la supervision des
zones sanitaires et les fouilles corporelles, le membre du personnel doit être du même sexe
que le détenu. À l’exception de ces situations, les membres du personnel pénitentiaire de sexe
féminin peuvent occuper tous les postes.
La formation du personnel
Les valeurs de Lorsque les membres du personnel ont été recrutés et sélectionnés correctement, il faut leur
base fournir une formation appropriée. La plupart des nouveaux membres du personnel auront
peu ou pas d’expérience ou de connaissance du monde carcéral. La première exigence est
de renforcer leur compréhension du contexte éthique dans lequel les prisons doivent être
gérées, comme on l’a décrit précédemment dans ce chapitre. Il faut expliquer clairement que
toutes les aptitudes techniques qui seront ultérieurement enseignées doivent être placées
dans le contexte de la conviction comme quoi toutes les personnes concernées par les
prisons partagent une dignité et une humanité communes. Cela inclut tous les détenus,
quels qu’ils soient et quels que soient les crimes qu’ils peuvent avoir commis, ainsi que tous
les membres du personnel et tous les visiteurs. Il faut enseigner aux membres du personnel
les aptitudes de base nécessaires pour s’occuper d’autres êtres humains, dont certains
peuvent être très difficiles, de manière décente et humaine. Tout cela n’est pas seulement une
question de théorie. Il s’agit d’une première étape cruciale avant la formation technique qui
suivra. Quelquefois, même dans le système pénitentiaire le mieux développé, on ne sait pas
vraiment dans quel objectif le personnel est formé. Peu de gens comprennent les principales
caractéristiques nécessaires pour un bon travail en milieu carcéral.
Formation Les membres du personnel doivent ensuite recevoir la formation technique nécessaire. Ils
technique doivent être conscients des exigences en matière de sécurité. Pour cela, il faut apprendre
à utiliser les technologies de la sécurité : clés, serrures, équipements de surveillance. Les
membres du personnel doivent apprendre à tenir des registres adéquats, et doivent savoir
quels types de rapports rédiger. Ils doivent surtout comprendre l’importance de leurs rapports
directs avec les détenus. La sécurité des serrures et des clés doit être complétée par la
sécurité qui découle d’une bonne connaissance de leurs détenus et de leur comportement
probable. Il s’agit là des questions de sécurité dynamique dont on reparlera au chapitre 5 de
ce manuel.
La formation La formation appropriée du personnel est une exigence permanente, depuis le moment
continue où la personne est recrutée jusqu’à celui où elle prend sa retraite. Il doit exister une série
d’opportunités régulières pour la formation continue du personnel de tous les âges et de tous
les échelons. Ceci contribuera à tenir les membres du personnel informés des techniques les
plus récentes. On devra aussi fournir aux membres du personnel qui travaillent dans des zones
spécialisées une formation sur des compétences spécifiques ainsi que des opportunités de
développement des compétences d’encadrement aux employés qui occupent des postes de
responsabilité.
(2) Il doit suivre, avant d’entrer en service, un cours de formation générale et spéciale et
satisfaire à des épreuves d’ordre théorique et pratique.
(3) Après son entrée en service et au cours de sa carrière, le personnel devra maintenir
et améliorer ses connaissances et sa capacité professionnelle en suivant les cours de
perfectionnement qui seront organisés périodiquement.
(2) Il doit consacrer tout son temps à sa fonction officielle ; celle-ci ne peut être
accessoire.
(4) Lorsque deux ou plusieurs établissements sont sous l’autorité d’un seul directeur,
celui-ci doit les visiter chacun à de fréquents intervalles. Chacun de ces établissements
doit avoir à sa tête un fonctionnaire résident responsable.
(2) On doit recourir aux services d’un interprète chaque fois que cela est nécessaire.
(2) Dans les autres établissements, le médecin doit faire des visites chaque jour et habiter
suffisamment près pour être à même d’intervenir sans délai dans les cas d’urgence.
Principes de base sur le recours à la force et l’utilisation des armes à feu par les responsables
de l’application des lois, Principe 4 :
Les responsables de l’application des lois, dans l’accomplissement de leurs fonctions,
auront recours autant que possible à des moyens non violents avant de faire usage de la
force ou d’armes à feu. Ils ne peuvent faire usage de la force ou d’armes à feu que si les
autres moyens restent sans effet ou ne permettent pas d’escompter le résultat désiré.
Principes de base sur le recours à la force et l’utilisation des armes à feu par les responsables
de l’application des lois, Principe 15 :
Les responsables de l’application des lois ne doivent pas, dans leurs relations avec
des prévenus ou condamnés incarcérés, avoir recours à la force, sauf lorsque cela est
indispensable au maintien de la sécurité et de l’ordre dans les établissements pénitentiaires
ou lorsque la sécurité des personnes est menacée.
Règles des Nations Unies pour la protection des mineurs privés de liberté, Règle 82 :
L’administration doit choisir avec soin le personnel de tout grade et de toute catégorie, car
c’est de son intégrité, de son humanité, de sa capacité de s’occuper de mineurs, de ses
capacités professionnelles et de son aptitude générale au travail en question que dépend
une bonne gestion des établissements pour mineurs.
Ensemble de règles minima des Nations Unies concernant l’administration de la justice pour
mineurs, Règle 22 :
1 La formation professionnelle, la formation en cours d’emploi, le recyclage et d’autres types
d’enseignement appropriés serviront à donner et à entretenir la compétence professionnelle
nécessaire pour toutes les personnes chargées des affaires concernant les mineurs.
2 Le personnel de la justice pour mineurs doit refléter la diversité des jeunes qui entrent en contact
avec le système de la justice pour mineurs. On s’efforcera d’assurer une représentation équitable
des femmes et des minorités dans les organes de la justice pour mineurs.
En pratique
Dans certains pays, les nouveaux membres du personnel sont envoyés dans un établissement
de formation pendant quelques semaines pour apprendre les rudiments de leur travail avant
de prendre leur poste en prison. Dans d’autres pays, le personnel sur le terrain doit suivre
une formation qui dure jusqu’à deux ans avant de commencer à travailler comme agents
pénitentiaires qualifiés. Les systèmes pénitentiaires de différents pays exigent que les nouveaux
membres du personnel suivent une formation comportant des éléments théoriques et
pratiques. Au Ghana, par exemple, les nouveaux membres du personnel passent trois mois
dans l’établissement de formation, puis trois mois dans une prison et enfin à nouveau trois
mois dans l’établissement de formation.
Quelle que soit la méthode employée pour y parvenir, on doit communiquer à tous les
membres du personnel un ensemble clair de principes sur ce que leur travail met en jeu, ainsi
que des connaissances techniques suffisantes pour faire leur travail de base avant d’entrer
dans une prison. Ils doivent alors travailler aux côtés de collègues expérimentés qui ont été
identifiés par la direction comme pouvant donner aux nouveaux membres du personnel le
meilleur exemple et leur donner confiance dans leur travail.
La formation Les membres du personnel pénitentiaire qui occupent des postes de responsabilité doivent
du recevoir une formation plus sophistiquée. Cela est le cas si ces personnes sont recrutées
directement à ce niveau ou si elles l’ont atteint en gravissant les échelons. On ne peut pas partir
personnel de
du principe que l’expérience seule suffit aux personnes qui occupent des postes de responsabilité
responsabilité dans les prisons. On doit aider les membres du personnel qui ont déjà travaillé dans les prisons
pendant plusieurs années à un niveau junior à développer des compétences supplémentaires
avant de leur confier un rôle de responsabilité. Dans certains pays comme la Russie, les membres
du personnel sont recrutés directement pour les postes seniors et doivent obtenir un diplôme qui
exige plusieurs années d’études avant de pouvoir accéder à un poste de responsabilité dans une
prison. Le directeur d’une prison, ainsi que ses adjoints, jouent un rôle crucial dans la définition de
la culture et de l’éthique d’une prison. Ils doivent être choisis avec un soin particulier, en fonction de
leurs qualités personnelles, et doivent suivre une formation poussée.
«
médical être expliqué clairement à tout médecin qui vient travailler dans une prison.
Formation Les membres du personnel qui travaillent avec des groupes de détenus spécifiques
pour travailler doivent recevoir la formation nécessaire afin de travailler avec ces groupes. Ceci concerne
particulièrement les membres du personnel qui doivent travailler avec les détenus mineurs ou
avec des
adolescents. Il existe parfois une tendance à considérer ce type de travail comme moins important
groupes ou moins exigeant que le travail avec les détenus adultes. La réalité est souvent assez différente. En
de détenus effet, les détenus mineurs sont souvent plus instables et exigeants que les détenus adultes. En outre,
spéciaux ils vont probablement réagir plus positivement à une formation appropriée et à des encouragements.
L’une des tâches principales des membres du personnel qui travaillent avec les détenus plus jeunes
est de les aider à devenir des adultes mûrs qui mèneront une existence respectueuse de la loi. Des
considérations de formation similaires concernent les membres du personnel qui travaillent avec les
femmes, avec les détenus souffrant de maladies mentales et avec les détenus sous haute sécurité.
Développement La formation initiale que suivent les membres du personnel doit être considérée comme le début
et formation de leur développement. Les prisons sont des institutions dynamiques, qui évoluent continuellement
et qui sont influencées par le développement des connaissances et des influences externes.
continue Les membres du personnel doivent bénéficier d’opportunités régulières pour mettre à jour leurs
connaissances et pour améliorer leurs aptitudes. Il faudra donc leur permettre de se développer
au sein de l’administration pénitentiaire mais aussi en contact avec d’autres agences de la justice
criminelle et du travail social. Ce développement se poursuivra tout au long de la carrière des
membres du personnel.
Formation Dans la plupart des prisons, le plus souvent, les détenus obéissent sans difficulté aux
pour le ordres légitimes. Ils ne veulent pas être en prison mais ils acceptent cette réalité et vaquent à
leurs occupations comme on leur demande de le faire. De temps à autre, certains détenus,
recours à la individuellement ou en petits groupes, peuvent agir de manière violente et doivent être maîtrisés
force par la force. On revient sur cette question au chapitre 5 de ce manuel. Il est important que tous les
membres du personnel, dès le début de leur formation, soient informés des circonstances dans
lesquelles la force peut être utilisée pour maîtriser les détenus.
Procédures Le premier principe est que l’on peut avoir recours à la force uniquement lorsque cela est
pour le absolument nécessaire et uniquement dans la mesure nécessaire. Il doit donc exister un ensemble
de procédures claires qui définissent les circonstances dans lesquelles on peut avoir recours à la
recours à la
force, ainsi que la nature de cette force. La décision d’avoir recours à la force, quelle qu’elle soit,
force doit uniquement être prise par le membre du personnel occupant le poste le plus élevé sur le plan
hiérarchique et en fonction dans la prison à ce moment-là. On doit enregistrer tout recours à la force
et en donner la raison.
Utilisation Tous les membres du personnel doivent recevoir une formation sur les moyens légitimes de
minimale de la maîtriser les détenus violents, qui agissent individuellement ou en groupe, en utilisant le minimum de
force. Certains membres du personnel doivent suivre une formation poussée. Le type de contrôle
force et de maîtrise qu’utilisent les services pénitentiaires au Royaume-Uni est un exemple de l’utilisation
minimale de la force.
Utilisation Les armes à feu mortelles doivent être utilisées uniquement lorsque cela est directement
uniquement nécessaire pour sauver des vies humaines. La vie d’une personne doit donc être
immédiatement et clairement menacée. Par exemple, on ne doit pas utiliser une arme à feu
pour protéger mortelle simplement parce qu’un détenu fait une tentative d’évasion. L’utilisation d’une arme à
des vies feu mortelle n’est autorisée que lorsqu’une telle évasion représente un danger immédiat pour la
vie d’une personne.
Niveaux de A notre époque, le standing d’une profession se mesure en grande partie par le salaire. Les
salaires personnes les plus compétentes ne sont certainement pas attirées par un travail très mal
payé. Le travail dans les prisons est l’un des services publics les plus complexes. Cela doit se
refléter dans le salaire versé aux personnels pénitentiaires à tous les niveaux. Il existe un certain
nombre de groupes comparatifs, qui peuvent varier d’un pays à l’autre. Dans certains cas, ces
groupes sont les autres agences de la justice criminelle comme, par exemple, la police. Dans
d’autres cas, il pourra s’agir des fonctionnaires tels que les enseignants ou les infirmières.
Quel que soit le groupe comparatif utilisé, les gouvernements doivent reconnaître que les
membres du personnel pénitentiaire sont habilités à recevoir une rémunération correcte pour
le travail difficile et parfois dangereux qu’ils font. Il existe un élément supplémentaire à prendre
en considération dans certains pays : si les membres du personnel ne reçoivent pas un salaire
adéquat ils peuvent se laisser tenter par la corruption directe ou indirecte.
Autres Dans de nombreux pays, les prisons se trouvent dans des lieux très isolés, éloignées des
conditions centres de population. Ceci touche non seulement les membres du personnel mais également
leur famille. Cette implantation touche l’accès aux écoles, aux établissements médicaux, aux
d’emploi commerces et aux autres activités sociales. Dans ces circonstances, d’autres conditions
d’emploi sont aussi importantes que le salaire, notamment celles qui concernent les membres
de la famille. Dans certains cas, les membres du personnel sont logés gratuitement ou reçoivent
une allocation logement, soit à cause de la position reculée de la prison, soit à cause du coût de
l’hébergement local, soit parce que ces avantages sont offerts à tous les fonctionnaires. Pour des
raisons similaires, les membres du personnel et leur famille ont accès gratuitement aux services
médicaux de la prison. On a déjà mentionné l’exigence imposée par le Conseil de l’Europe aux
nouveaux états membres de l’UE relative au transfert de la responsabilité de la gestion
La vie dans la Il est préférable que les membres du personnel et leur famille puissent vivre dans la
communauté communauté au lieu de vivre dans un groupe contenant uniquement d’autres employés de
la prison. En effet, il leur est alors plus facile d’avoir d’autres intérêts hors de leur travail et de
est préférable
rencontrer des personnes de tous les milieux. Cela permet également à leur conjoint et à leurs
enfants de vivre une vie normale hors du ghetto de la prison. Enfin, une vie mieux remplie
permet aux membres du personnel d’être plus motivés dans leur travail.
Transfert Dans certains systèmes pénitentiaires, les membres du personnel doivent accepter la
possibilité d’être transférés dans d’autres prisons. Lorsque cela se produit, il faut tenir compte
non seulement des besoins des membres du personnel eux-mêmes mais également de
ceux de leur famille. Par exemple, si les enfants des membres du personnel se trouvent à un
moment particulièrement sensible de leur scolarité, un transfert peut avoir des conséquences
très néfastes sur leur éducation. Il faut tenir compte de facteurs tels que ceux-ci. Sauf dans
de rares situations d’urgence, les membres du personnel doivent toujours être consultés
avant un transfert et, dans la mesure du possible, on doit les inviter à donner leur accord. Les
transferts ne doivent jamais être utilisés comme mesure disciplinaire imposée à un membre du
personnel.
Représentation La plupart des systèmes pénitentiaires sont des organisations où règne la discipline. Cela
du personnel ne signifie pas que les membres du personnel doivent être traités de manière déraisonnable
ou dénuée de respect. Dans la plupart des pays, les membres du personnel sont autorisés
à s’inscrire à un syndicat, qui mène les négociations avec la direction, en leur nom, sur les
niveaux de salaires et les conditions d’emploi. Cet arrangement est recommandé. S’il existe un
syndicat officiel, les membres du personnel doivent bénéficier au minimum d’un mécanisme de
négociation reconnu. Les délégués syndicaux et autres représentants du personnel ne doivent
pas être pénalisés pour le travail qu’ils font afin de représenter leurs collègues.
Les détenus Les personnes détenues ou incarcérées restent des êtres humains, quelle que soit la sévérité
du crime dont elles ont été accusées ou pour lequel elles ont été condamnées. Le tribunal ou
bénéficient de
toute autre agence judiciaire qui a traité leur dossier a décrété qu’elles doivent être privées de
la protection liberté mais pas qu’elles doivent abandonner leur humanité.
des droits de
l’homme
Le détenu Les membres du personnel pénitentiaire ne doivent pas perdre de vue le fait que les détenus
en tant que sont des êtres humains. Ils doivent continuellement résister à la tentation de considérer un
détenu simplement comme un numéro au lieu d’une personne à part entière. Les membres du
personne personnel pénitentiaire n’ont pas le droit d’infliger des sanctions supplémentaires aux détenus
en les traitant comme des êtres humains inférieurs, qui ont abandonné le droit d’être respectés
à cause de ce qu’ils ont commis ou de ce qu’on les accuse d’avoir commis. Maltraiter des
détenus est toujours illégal. En outre, un tel comportement réduit l’humanité du membre du
personnel qui agit ainsi. La nécessité pour les administrateurs pénitentiaires et le personnel
pénitentiaire de toujours travailler dans un contexte éthique a été traitée au chapitre 2 de ce
manuel. Ce chapitre va en examiner les conséquences pratiques.
Interdiction Les personnes détenues ou incarcérées conservent tous leurs droits en tant qu’êtres
totale de la humains, à l’exception de ceux qu’elles ont perdus en conséquence spécifique de la privation
de liberté. L’autorité pénitentiaire et le personnel pénitentiaire doivent comprendre clairement
torture et des les implications de ce principe. Certains aspects sont très clairs. Il existe par exemple une
traitements interdiction totale de torture et de traitements cruels, inhumains ou dégradants infligés
cruels, délibérément. On doit comprendre que cette interdiction ne concerne pas uniquement les
inhumains ou abus physiques ou psychologiques directs. Elle concerne également toutes les conditions
«
d’incarcération des détenus.
dégradants
La Cour européenne des droits de l’homme a conclu que les conditions dans lesquelles
un détenu a été incarcéré pendant quatre ans et dix mois dans un centre de détention en
Russie enfreignaient l’Article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme. Cet
Article 3 interdit les traitements inhumains ou dégradants. Cette affaire a été portée devant
le tribunal par Valery Kalashnikov, incarcéré à Magadan entre 1995 et 2000.
La Cour a également noté dans son jugement en 2002 que les conditions s’étaient
considérablement améliorées récemment au centre de détention de Magadan et acceptait
qu’il n’y avait aucune intention effective de la part des autorités russes d’humilier ou d’avilir
M. Kalashnikov.
L es D é te n us so n t d es ê t r es H umai n s
31
« La Cour européenne des droits de l’homme a conclu que les conditions dans lesquelles
un détenu a été incarcéré pendant au moins deux mois dans une prison en Grèce
enfreignaient l’Article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme qui interdit
les traitements inhumains ou dégradants. Cette affaire a été portée devant la Cour par
Donald Peers, qui a été détenu à la prison de Koridallos en Grèce en tant que prévenu
après son arrestation en 1994.
La Cour a tenu compte tout particulièrement du fait que M. Peers devait passer une
partie considérable de chaque période de 24 heures pratiquement consigné à son lit
dans une cellule sans aération ou fenêtre, où il faisait parfois une chaleur intolérable.
Il devait également utiliser les toilettes en présence d’un autre détenu et être présent
lorsque les toilettes étaient utilisées par son compagnon de cellule. La Cour se déclarait
d’avis que ces conditions réduisaient la dignité humaine de M. Peers et éveillaient en lui
des sentiments d’angoisse et d’infériorité capables de l’humilier et de l’avilir et peut-être
de briser sa résistance physique ou mentale.
La Cour a considéré qu’il n’existait aucune preuve d’une intention positive de la part des
autorités d’humilier ou d’avilir M. Peers mais a conclu que l’absence de mesures prises
pour améliorer les conditions objectivement inacceptables de sa détention révélaient
un manque de respect pour M. Peers.
Quels droits On doit soigneusement examiner quels sont les droits qui doivent être abandonnés en
sont perdus ? conséquence de la privation de liberté.
Le droit de contact avec la famille (DUDH, Article 12) n’est pas supprimé mais son
exercice est limité. Un père, par exemple, n’a pas accès à ses enfants de manière
illimitée, et vice-versa, lorsqu’il se trouve en prison. La possibilité de fonder et de
maintenir une famille (DUDH, Article 16) est un autre droit traité de différentes manières
dans différentes juridictions. Dans certains pays, les détenus ne sont pas autorisés
à avoir des relations intimes avec leur partenaire ou conjoint ; dans d’autres pays,
ils peuvent avoir des relations sexuelles dans des conditions très spécifiques ; dans
d’autres encore ils sont autorisés à avoir des relations quasiment normales pendant des
périodes spécifiques. On reviendra sur ces questions au chapitre 8 de ce manuel.
Le droit des mères et des enfants à une vie familiale exige un traitement spécial.
Certaines des questions importantes apparaissant dans ces contextes sont traitées
dans les chapitres 12 et 13 de ce manuel.
Le droit de chacun à prendre part à la direction des affaires publiques de son pays,
directement ou par l’intermédiaire de représentants librement choisis (DUDH, Article
21) peut également être limité par l’incarcération. L’Article 25 du Pacte international
relatif aux droits civils et politiques indique que ce droit doit être exercé par le vote au
cours d’élections. Dans certaines juridictions, les détenus qui n’ont pas encore été
condamnés sont habilités à voter ; dans d’autres juridictions, tous les détenus peuvent
voter. Dans d’autres pays, aucune personne incarcérée ne peut voter ; l’interdiction de
voter peut même s’étendre aux personnes qui ont purgé leur peine et qui ont quitté la
prison.
L es D é te n us so n t d es ê t r es H umai n s
32
Une humanité Les hommes, les femmes et les enfants qui sont en prison restent des êtres humains. Leur
commune humanité va bien plus loin que le fait qu’ils sont des détenus. De même, les membres du
personnel pénitentiaire sont des êtres humains. La mesure dans laquelle ces deux groupes
entre les reconnaissent et respectent leur humanité commune est l’indicateur le plus important d’une
détenus et le prison décente et humaine. Lorsque cette reconnaissance est absente, il existe un véritable
personnel danger que les droits de l’homme ne soient pas respectés.
En pratique
La protection Le comportement correct des membres du personnel envers les détenus est la leçon
des droits principale de ce manuel. Si les membres du personnel ne se comportent pas de manière à
respecter le détenu en tant que personne et à reconnaître la dignité inhérente de la personne,
de l’homme
il est impossible de respecter les droits individuels de l’homme. Le comportement des
améliore membres du personnel et le traitement humanitaire et digne des détenus doivent sous-tendre
l’efficacité toutes les activités opérationnelles dans une prison. Il ne s’agit pas seulement d’une question
opérationnelle de principes des droits de l’homme. En termes opérationnels, c’est également le moyen le
plus efficace et rationnel de gérer une prison. En plus d’un abus des droits de l’homme, un
manquement au respect de cette obligation peut parfois avoir des conséquences juridiques
«
pour l’administration pénitentiaire.
L es D é te n us so n t d es ê t r es H umai n s
33
Les parents de Christopher Edwards ont porté l’affaire devant la Cour européenne
des droits de l’homme. Dans un jugement de 2002, la Cour a conclu que l’Article 2
(droit à la vie) n’avait pas été respecté, relativement aux circonstances du décès de
Christopher Edwards. Une autre violation de l’Article 2 s’est produite, concernant
un manquement à mener une enquête efficace sur les circonstances de son décès,
ainsi qu’une violation de l’Article 13 (droit à un recours efficace) relativement au
manque d’accès de ses parents à un moyen approprié d’obtenir la résolution de
leurs allégations comme quoi les autorités avaient manqué à leur devoir de protéger
le droit de leur fils à la vie.
L’Ensemble de Les conséquences pratiques de cette méthode sont décrites en détail dans l’Ensemble
règles minima des règles minima des Nations Unies pour le traitement des détenus (ERM), approuvé par
l’Assemblée générale des Nations Unies en 1957 et auquel on fait continuellement référence
dans ce manuel. L’ERM s’intéresse aux caractéristiques principales de la vie quotidienne en
prison. Tout en clarifiant le fait que certains aspects du traitement des détenus ne sont pas
négociables et reflètent les obligations légales, le texte de l’ERM reconnaît également que
différentes conditions juridiques, sociales, économiques et géographiques existent dans le
monde. Le document affirme que l’ensemble de règles minima est conçu pour « stimuler
l’effort constant visant à leur application » et encourager les expériences, du moment
qu’elles sont en accord avec les principes qui se dégagent de l’ensemble de règles (ERM,
Observations préliminaires 2 et 3).
Il est interdit L’interdiction de la torture est particulièrement importante dans les lieux où sont détenues
d’obtenir des les personnes soumises à des interrogatoires ou enquêtes, car il peut y exister la tentation
d’utiliser la contrainte pour obtenir des informations essentielles à la résolution d’une affaire
aveux par la criminelle. L’exemple le plus évident est lorsqu’un détenu avoue un crime en conséquence
torture directe des mauvais traitements qui lui sont infligés alors qu’il fait l’objet d’une enquête. Il s’agit
d’un argument important en faveur de la séparation des agences chargées des enquêtes sur
les crimes et des agences qui détiennent les personnes accusées.
Les mauvais La nature fermée et isolée des prisons peut offrir l’opportunité de commettre des actions
traitements abusives en toute impunité, parfois de manière organisée et parfois à cause des actions
de membres du personnel spécifiques. Il existe un risque comme quoi, dans les pays ou
ne doivent établissements où la fonction punitive des prisons est prioritaire, les actions qui représentent
jamais être une torture ou un mauvais traitement, comme l’utilisation routinière de la force et des coups,
considérés peuvent finalement être considérées par le personnel comme un comportement ‘normal’.
normaux
L es D é te n us so n t d es ê t r es H umai n s
34
Les instruments internationaux
3 L’ordre d’un supérieur ou d’une autorité publique ne peut être invoqué pour justifier
la torture.
L es D é te n us so n t d es ê t r es H umai n s
35
Les membres En pratique
du personnel
Toutes les autorités responsables de l’administration des prisons ont l’obligation de faire en
doivent savoir sorte que tous les membres du personnel et autres personnes en contact avec les prisons soient
que la torture totalement conscientes de l’interdiction absolue de la torture et des traitements cruels, inhumains
est interdite ou dégradants.
Moments Les autorités doivent faire en sorte qu’aucun règlement opérationnel des prisons ne puisse être
interprété par les membres du personnel comme une autorisation d’infliger de tels traitements
dangereux
à un détenu. Ceci concerne tout particulièrement les règles relatives au traitement des détenus
pour les difficiles ou rebelles et aux personnes détenues dans des unités d’isolement. Il existe certains
mauvais moments déterminants, qui définissent la manière dont on souhaite que le personnel traite les
traitements détenus. L’un de ces moments est celui où le détenu arrive en prison. Le traitement qu’il reçoit
à ce moment-là est un indicateur important pour le détenu et pour d’autres personnes sur ce
qui va suivre. A leur arrivée en prison, certaines personnes sont effrayées et s’expriment peu.
D’autres sont truculentes ou sous l’influence de stupéfiants ou d’alcool. Il est important que les
membres du personnel traitent chaque détenu à son arrivée avec dignité et respect. Un autre
ensemble important de règles concerne le traitement des détenus violents, qui ne respectent pas
les règles de la prison ou qui sont difficiles à gérer. Leur traitement peut être ferme et décisif tout
en évitant toute suggestion de cruauté ou d’inhumanité.
Abus sexuels Les détenus sont vulnérables aux abus sexuels. Ces abus peuvent se produire par la force ou
peuvent être le résultat d’une contrainte ou d’un marché, en échange de privilèges. Dans certains
cas, l’auteur est un membre du personnel ou, plus souvent, un autre détenu. Dans de nombreux
cas, les abus sexuels commis par les détenus peuvent être acceptés par le personnel comme
une sanction ou une forme de contrôle. Dans un certain nombre de pays, le viol dans les prisons
est devenu un problème répandu et grave. En plus des dommages physiques et psychologiques
qu’il entraîne, il encourage la propagation du Sida et d’autres maladies. Les administrations
pénitentiaires doivent faire en sorte que les détenus, tout particulièrement les femmes, soient
«
protégés des risques d’abus sexuels.
1 Le président des La Cour suprême des États-Unis a décrété ceci : « le fait de subir une agression violente en prison
Etats-Unis a signé ne fait absolument pas partie de la peine infligée aux délinquants pour les infractions commises
la loi le 4 septembre
contre la société. » Par conséquent, un projet de loi a été déposé au Sénat (Prison Rape Prevention
2003
Act of 2002) qui cherchera non seulement à prévenir et punir les viols dans les prisons mais
également à identifier les prisons dans lesquelles les incidences de viol sont élevées.1
Réglementer On doit expliquer clairement au personnel que le comportement d’un détenu ne doit jamais être
invoqué pour justifier le recours à la torture ou à de mauvais traitements. Lorsqu’on doit avoir
le recours à la recours à la force, il convient de respecter les procédures convenues et le faire uniquement dans
force la mesure où cela est essentiel pour maîtriser un détenu. Il doit exister des règles spécifiques
relatives à l’utilisation de toutes les méthodes de force physique, y compris les instruments
de contrainte tels que les menottes, les ceinturons et les chaînes, ainsi que les bâtons et les
matraques. Les membres du personnel ne doivent pas avoir accès librement aux menottes,
ceinturons et camisoles de force. Ces articles doivent se trouver dans un lieu centralisé de la
prison; toute utilisation doit être autorisée d’avance par un cadre dirigeant du personnel. On
doit tenir un registre détaillé indiquant chaque cas où ces articles sont distribués ainsi que les
circonstances dans lesquelles ils sont utilisés.
Utilisation de Dans de nombreux pays, les membres du personnel sont équipés d’un bâton ou d’une matraque
pour leur utilisation personnelle. On doit leur donner des instructions claires quant aux circonstances
bâtons ou dans lesquelles ils peuvent s’en servir. Ces circonstances doivent toujours se rapporter à leur
matraques défense personnelle et non pas à l’application d’une sanction, quelle qu’elle soit. Les bâtons ou
matraques ne doivent pas être portés à la main, de manière visible, par les membres du personnel
alors qu’ils vaquent à leurs tâches quotidiennes. Ces questions, ainsi que d’autres questions
afférentes, sont traitées en détail au chapitre 5 de ce manuel, qui s’intéresse à la sécurité et à l’ordre.
L es D é te n us so n t d es ê t r es H umai n s
36
Méthodes Il existe différentes techniques pour contrôler les détenus violents par des méthodes qui
d’utilisation utilisent un minimum de force. Ces méthodes réduisent les risques de blessures graves pour le
personnel comme pour les détenus. Les membres du personnel doivent suivre une formation
minimale de la
sur ces techniques; cette formation doit être actualisée régulièrement. Dès qu’un incident
force violent se produit ou qu’un détenu doit être maîtrisé, un cadre dirigeant du personnel doit
toujours se rendre sur les lieux le plus rapidement possible et ne doit pas quitter les lieux tant
que l’incident n’est pas conclu.
Plaintes Il doit exister un ensemble formalisé et ouvert de procédures que les détenus peuvent utiliser
pour torture pour se plaindre, sans crainte de récrimination, auprès d’une autorité indépendante, en cas
de torture ou de traitement cruel, inhumain ou dégradant. Le chapitre 9 de ce manuel traite du
et mauvais droit des détenus à déposer des plaintes.
traitements
Visites Il doit exister un système de visites régulières des prisons par un juge ou une autre personne
d’observateurs indépendante pour s’assurer de l’absence de torture ou de traitements cruels, inhumains
ou dégradants. La nécessité d’une inspection indépendante est traitée au chapitre 10 de ce
indépendants manuel.
Procédures d’admission
L’arrivée est Les détenus et les prisonniers sont particulièrement vulnérables lorsqu’ils arrivent en détention.
un moment de Le droit international reconnaît que le droit à la vie et à l’absence de torture et de mauvais
traitement exige une structure spécifique de protection à ce moment-là. Un certain nombre
vulnérabilité d’instruments internationaux décrivent les droits de la personne emprisonnée et les obligations
des membres du personnel pénitentiaire au moment de l’arrivée dans un lieu de détention afin
de protéger la personne emprisonnée de la torture, des mauvais traitements, des disparitions
forcées, des exécutions extrajudiciaires et du suicide.
Des procédures De bonnes pratiques ont été mises en place dans les pays du monde entier pour montrer
d’admission qui comment le personnel peut suivre des procédures d’admission non seulement légales mais
aussi respectueuses du bien-être et de la dignité essentielle de la personne détenue. Ces
respectent la bonnes pratiques permettent de préparer une série de recommandations universellement
dignité humaine applicables et que l’on peut adapter aux coutumes locales, traditions culturelles et catégories
socio-économiques.
Tous les Ces droits concernent tous les détenus, qu’ils soient en détention provisoire, en attente d’un
détenus procès, en attente d’une condamnation ou condamnés. Des considérations supplémentaires
importantes doivent être prises en compte pour des groupes de détenus particuliers, comme
bénéficient de
ceux qui n’ont pas encore été condamnés, les mineurs et les jeunes et les femmes. Les
ces droits chapitres 11 à 16 de ce manuel font spécifiquement référence à leurs besoins.
L es D é te n us so n t d es ê t r es H umai n s
37
Les instruments internationaux
(a) Les fonctionnaires consulaires doivent avoir la liberté de communiquer avec les
ressortissants de l’État d’envoi et de se rendre auprès d’eux. Les ressortissants
de l’État d’envoi doivent avoir la même liberté de communiquer avec les
fonctionnaires consulaires et de se rendre auprès d’eux.
(b) Si l’intéressé en fait la demande, les autorités compétentes de l’État de résidence
doivent avertir sans retard le poste consulaire de l’État d’envoi lorsque, dans
sa circonscription consulaire, un ressortissant de cet État est arrêté, incarcéré
ou mis en état de détention préventive ou toute autre forme de détention. Toute
communication adressée au poste consulaire par la personne arrêtée, incarcérée
ou mise en état de détention préventive ou toute autre forme de détention doit
également être transmise sans retard par lesdites autorités. Celles-ci doivent sans
retard informer l’intéressé de ses droits aux termes du présent alinéa.
(c) Les fonctionnaires consulaires ont le droit de se rendre auprès d’un ressortissant
de l’État d’envoi, qui est incarcéré, en état de détention préventive ou toute autre
forme de détention, de s’entretenir et de correspondre avec lui et de pourvoir à
sa représentation en justice. Ils ont également le droit de se rendre auprès d’un
ressortissant de l’État d’envoi qui, dans leur circonscription, est incarcéré ou
détenu en exécution d’un jugement. Néanmoins, les fonctionnaires consulaires
doivent s’abstenir d’intervenir en faveur d’un ressortissant incarcéré ou mis en
état de détention préventive ou toute autre forme de détention lorsque l’intéressé
s’y oppose expressément.
2 Les droits visés au paragraphe 1 du présent article doivent s’exercer dans le cadre
des lois et règlements de l’État de résidence, étant entendu, toutefois, que ces lois et
règlements doivent permettre la pleine réalisation des fins pour lesquelles les droits
sont accordés en vertu du présent article.
Déclaration sur la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées,
Article 10 :
Un registre officiel de toutes les personnes privées de liberté doit être tenu à jour dans
tout lieu de détention. En outre, tout État doit prendre des mesures pour tenir des registres
centralisés de ce type.
L es D é te n us so n t d es ê t r es H umai n s
38
(2) Si le détenu est illettré, ces informations doivent lui être fournies oralement.
(2) S’il s’agit d’une personne étrangère, elle sera aussi informée sans délai de son droit
de communiquer par des moyens appropriés avec un poste consulaire ou la mission
diplomatique de l’État dont elle a la nationalité ou qui est autrement habilité à recevoir
cette communication conformément au droit international, ou avec le représentant de
l’organisation internationale compétente si cette personne est réfugiée ou est, d’autre
façon, sous la protection d’une organisation intergouvernementale.
(3) Dans le cas d’un adolescent ou d’une personne incapable de comprendre quels sont
ses droits, l’autorité compétente devra, de sa propre initiative, procéder à la notification
visée dans le présent principe. Elle veillera spécialement à aviser les parents ou
tuteurs.
(2) En ce qui concerne les détenus ressortissant des États qui n’ont pas de représentants
diplomatiques ou consulaires dans le pays ainsi que les réfugiés et les apatrides,
les mêmes facilités doivent leur être accordées de s’adresser au représentant
diplomatique de l’État qui est chargé de leurs intérêts ou à toute autorité nationale ou
internationale qui a pour tâche de les protéger.
L es D é te n us so n t d es ê t r es H umai n s
39
En pratique
Il doit exister Tous les détenus ont le droit d’être incarcérés uniquement dans des lieux de détention
un titre officiellement reconnus. La première tâche des autorités pénitentiaires est de vérifier qu’il existe
un titre de détention valide pour chaque personne amenée à la prison. Ce titre doit être émis et
judiciaire valide signé par une autorité judiciaire ou autre agence compétente.
Les détenus Les autorités pénitentiaires doivent tenir à jour un registre officiel de tous les détenus, à la fois
doivent être sur le lieu de détention et, si possible, dans un lieu centralisé. Ce registre doit indiquer la date
et l’heure de l’admission ainsi que l’autorité qui a demandé la détention. Les tribunaux et les
enregistrés
autres autorités compétentes ainsi que toute autre personne ayant un intérêt légitime doivent
avoir accès aux informations se trouvant dans ces registres.
Le registre doit Les détails relatifs à chaque détenu doivent être suffisants pour permettre de l’identifier. Ceci
être broché, a pour but de faire en sorte que les personnes sont emprisonnées uniquement lorsqu’il existe
une autorisation légitime de détention, qu’elles ne sont pas détenues pendant plus longtemps
les entrées que la loi ne l’autorise et d’éviter les violations des droits de l’homme telles que les disparitions
numérotées forcées, la torture ou les mauvais traitements et les exécutions extrajudiciaires. Le registre
doit être broché et les entrées numérotées de manière à ce qu’il soit impossible d’effacer ou
d’ajouter des entrées de manière non séquentielle.
Enregistrement Dans le cas d’une personne détenue sans condamnation, son titre de détention doit indiquer
des détenus la date à laquelle la personne concernée apparaîtra devant une autorité juridique.
prévenus
Avis à la Toutes les personnes admises dans une prison doivent avoir la possibilité, dans les plus brefs
famille et aux délais, de communiquer avec leur représentant de justice et leur famille pour leur indiquer
l’endroit où elles se trouvent. Cette possibilité doit être offerte chaque fois qu’un détenu est
avocats transféré dans une autre prison ou dans un autre lieu de détention. Les droits des prévenus
sont traités au chapitre 11 de ce manuel. On doit s’assurer tout particulièrement que les
détenus mineurs puissent prendre contact avec leur famille; voir le chapitre 12 de ce manuel.
On doit prendre en considération les besoins des détenus responsables de membres âgés,
jeunes ou malades de leur famille; cette situation peut se présenter souvent lorsque les
personnes détenues sont des femmes.
Détenus de Les détenus ressortissants d’un pays étranger, surtout ceux qui sont détenus en tant que
nationalité prévenus, doivent bénéficier de toutes les facilités raisonnables pour communiquer avec leurs
représentants diplomatiques et recevoir leur visite. Si ces personnes sont des réfugiés sous
étrangère la protection d’une organisation intergouvernementale, elles ont le droit de communiquer
avec les représentants de l’organisation internationale compétente ou de recevoir leur visite.
Il ne faut pas oublier que ces contacts doivent se produire uniquement lorsque la personne
détenue donne son accord. Dans certains cas, les détenus qui sont des ressortissants de pays
étrangers devront être protégés d’une expulsion ou d’un rapatriement dans un état où l’on a
des raisons de croire qu’ils courent le danger de subir des tortures ou mauvais traitements.
Une visite Dans les plus brefs délais après l’admission d’une personne en prison, on doit lui proposer
médicale est une visite médicale réalisée par un médecin convenablement qualifié. Tout traitement médical
nécessaire doit être offert. Toutes ces procédures doivent être gratuites.
essentielle
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40
« Le Comité européen pour la prévention de la torture estime que la visite médicale
doit se dérouler le jour de l’admission
« «Tout signe de violence observé…doit être fidèlement enregistré, ainsi que les
déclarations pertinentes du détenu et les conclusions du médecin» et, si le détenu
le demande «le médecin doit lui fournir un certificat décrivant ses blessures».
« Le CPT considère les visites médicales des nouveaux détenus comme indispensables
«notamment dans l’intérêt de prévenir la propagation de maladies transmissibles,
d’empêcher les tentatives de suicide et d’enregistrer en temps opportun les
blessures».
[Rapport du CPT sur une visite en Turquie en 1997]
Rôle d’un(e) Dans certaines prisons, il peut s’avérer difficile qu’un médecin examine tous les détenus
infirmier(ère) immédiatement après leur admission. Dans certains cas, il n’y a pas de médecin sur place
ou bien le volume d’admissions est trop important pour que le médecin puisse faire passer à
qualifié(e) chaque détenu une visite médicale complète immédiatement, surtout si les détenus arrivent
le soir. Dans ces circonstances, il faut prendre des dispositions pour qu’un(e) infirmier(ère)
qualifié(e) s’entretienne avec chaque détenu. Le médecin examine alors uniquement les
détenus visiblement malades ou ceux que l’infirmier(ère) lui envoie. Lorsque cette situation se
présente, le médecin fait passer à tous les nouveaux détenus une visite médicale complète le
jour qui suit leur admission.
Le droit des détenus à l’accès aux soins médicaux, les normes régissant la qualité de ces
soins ainsi que les autres questions afférentes sont abordés au chapitre 4 de ce manuel.
Protection Etant donné la proportion importante de femmes arrivant en prison qui ont souffert d’abus
spéciale des sexuels, les membres du personnel de la réception dans les prisons pour femmes doivent
suivre une formation supplémentaire pour les sensibiliser aux questions difficiles qui entrent en
femmes
jeu.
Fouilles Il est normal que tous les détenus, à leur arrivée en prison, fassent l’objet d’une fouille
corporelles corporelle complète. La question des fouilles est abordée en détail au chapitre 5 de ce manuel.
«
de l’honneur et de la réputation (Article 17) – Commentaire général 16, para 8.
«
uniquement être examinées par des personnes du même sexe.2
L es D é te n us so n t d es ê t r es H umai n s
41
Information La vie en prison doit débuter et se dérouler dans le cadre de la justice et de l’équité, de
des détenus manière à minimiser le sentiment d’impuissance des détenus et de leur montrer explicitement
qu’ils restent des citoyens, avec les droits et les obligations que cela comporte. Ceci est
particulièrement important pour les personnes qui entrent en prison pour la première fois. Dans
les plus brefs délais après leur arrivée en prison, on doit prendre des dispositions pour que
tous les détenus soient informés du règlement de la prison, de ce qu’on attend d’eux et de ce
qu’ils peuvent attendre de la part du personnel pénitentiaire. Dans la mesure du possible, on
doit leur fournir une copie personnelle du règlement de la prison.
Dispositions On doit prendre des dispositions pour que les personnes qui ne parlent pas la langue locale
pour les ou qui sont illettrées ou handicapées puissent recevoir et comprendre ces informations
importantes. Plusieurs solutions sont possibles: une personne peut lire et expliquer le
détenus règlement ou bien on peut faire en sorte qu’une personne qui parle la langue du détenu soit
illettrés présente; certains pays font appel à des vidéos. Il est particulièrement important que les
détenus soient informés de leur droit de faire une demande ou de formuler une plainte; on y
reviendra au chapitre 9 de ce manuel.
Accueillir La méthode utilisée par les membres du personnel dans la zone d’amission d’une prison pour
de grands faire leur travail peut dépendre du nombre de détenus admis ou libérés chaque jour. Dans les
prisons destinées aux détenus à long terme, un petit nombre de détenus est généralement
nombres de
admis ou libéré chaque mois. Dans ce cas, les membres du personnel ne travaillent pas sous
détenus pression et peuvent consacrer un temps raisonnable à chaque détenu. Par contre, dans
les grandes prisons urbaines, qui accueillent principalement les prévenus ou les détenus
attendant leur condamnation ou ceux qui purgent des peines courtes, le service d’admission
peut prendre en charge des dizaines voire des centaines de détenus chaque jour, souvent en
l’espace de quelques heures. Dans cette situation, les membres du personnel doivent être
soutenus et supervisés efficacement par la direction.
Formation La zone d’admission peut sembler très intimidante aux personnes qui arrivent en prison. Les
du personnel membres du personnel de réception doivent suivre une formation spéciale sur la manière de
trouver un équilibre difficile entre un contrôle ferme, qui montre à la personne détenue que la
de la zone
prison est un lieu bien organisé, et la sensibilité face au stress que le détenu ne manque pas
d’admission de ressentir alors qu’il arrive dans ce nouvel univers étrange. Certains membres du personnel
ne sont pas aptes à ce type de travail. Les personnes qui travaillent dans la zone d’admission
doivent être sélectionnées avec beaucoup de soin; elles doivent suivre une formation
spécifique pour leur permettre de faire leur travail avec sensibilité et assurance.
Conditions de vie
La privation de Certaines exigences de base doivent être respectées si l’état souhaite remplir son obligation
liberté est la de respect de la dignité humaine des détenus et son devoir de diligence. Parmi ces exigences,
citons la fourniture d’un espace de vie, de conditions d’hygiène, de vêtements et literie,
peine
alimentation, boissons et exercice physique adéquats. Lorsqu’une autorité judiciaire envoie
une personne en prison, les normes internationales sont claires sur un point: la peine imposée
doit se limiter exclusivement à la privation de liberté. L’emprisonnement ne doit pas inclure le
risque d’abus physiques ou mentaux perpétrés par le personnel ou par d’autres détenus. Il ne
doit pas inclure le risque de maladies graves ou de mort suite aux conditions physiques ou à
l’absence de soins adéquats.
Devoir de Dans les pays où le niveau de vie de la population est très bas, certains affirment parfois que
diligence les détenus ne méritent pas d’être gardés dans des conditions décentes et humanitaires. Si
les hommes et les femmes qui ne sont pas en prison doivent lutter pour survivre, s’ils n’ont
pas assez de nourriture pour subvenir à leurs besoins ou à ceux de leurs enfants, pourquoi
s’inquiéter des conditions dans lesquelles vivent les personnes qui ne respectent pas la loi ?
L es D é te n us so n t d es ê t r es H umai n s
42
Il est difficile de répondre à cette question, mais une réponse existe. En quelques mots, si l’état
décide de s’arroger le droit de priver une personne de liberté, quelle qu’en soit la raison, il doit
également assumer l’obligation de faire en sorte que cette personne soit traitée de manière
décente et humanitaire. L’état ne peut jamais utiliser le fait que les citoyens non emprisonnés
ont des difficultés à vivre de manière décente comme justification d’un traitement inadéquat
des personnes sous sa responsabilité. Ce principe est au cœur des sociétés démocratiques,
dans lesquelles les organes de l’état doivent être vus comme des exemples en ce qui
concerne leur manière de traiter tous les citoyens.
Utilisation de A un niveau plus pratique, le manque de fonds publics peut constituer une raison
ressources supplémentaire pour que l’état fasse en sorte d’utiliser la prison uniquement pour les criminels
les plus dangereux et pas comme moyen de retirer de la société les personnes marginalisées.
limitées
Risques pour Dans les prisons, un grand nombre de personnes sont détenues ensemble dans un
la santé environnement très restreint, avec peu ou pas de liberté de mouvement. Ceci soulève des
problèmes particuliers. En premier lieu, cette situation peut représenter un danger grave
pour la santé. Par exemple, les personnes souffrant d’une maladie très infectieuse comme la
tuberculose peuvent se trouver dans une telle proximité et dans des lieux si mal aérés, que
leurs co-détenus courent un grand risque de contracter cette maladie. Les personnes privées
de la possibilité de se laver ou de laver leurs vêtements peuvent contracter des maladies
cutanées ou des parasites et, par manque de literie ou de lits, transmettre leurs maladies à
d’autres. Un détenu dans un climat froid qui n’a pas de vêtements chauds peut contracter une
pneumonie. Un détenu privé d’exercice physique, d’accès à la lumière du soleil et à l’air frais
peut souffrir d’une grave perte musculaire et d’une carence en vitamines. La santé d’un détenu
privé de quantités suffisantes de nourriture et (ou) de liquide sera certainement gravement
touchée.
10 Les locaux de détention et, en particulier, ceux qui sont destinés au logement des
détenus pendant la nuit, doivent répondre aux exigences de l’hygiène, compte tenu du
climat, notamment en ce qui concerne le cubage d‘air, la surface minimum, l’éclairage,
le chauffage et la ventilation.
(a) Les fenêtres doivent être suffisamment grandes pour que le détenu puisse lire
et travailler à la lumière naturelle; l’agencement de ces fenêtres doit permettre
l’entrée d’air frais, et ceci qu’il y ait ou non une ventilation artificielle.
(b) La lumière artificielle doit être suffisante pour permettre au détenu de lire ou de
travailler sans altérer sa vue.
13 Les installations de bain et de douche doivent être suffisantes pour que chaque détenu
puisse être mis à même et tenu de les utiliser, à une température adaptée au climat
et aussi fréquemment que l’exige l’hygiène générale selon la saison et la région
géographique, mais au moins une fois par semaine sous un climat tempéré.
14 Tous les locaux fréquentés régulièrement par les détenus doivent être maintenus en
parfait état d’entretien et de propreté.
L es D é te n us so n t d es ê t r es H umai n s
43
15 On doit exiger des détenus la propreté personnelle; à cet effet, ils doivent disposer
d’eau et des articles de toilette nécessaires à leur santé et à leur propreté.
17 (1) Tout détenu qui n’est pas autorisé à porter ses vêtements personnels doit recevoir
un trousseau qui soit adapté au climat et propre à le maintenir en bonne santé.
Ces vêtements ne doivent en aucune manière être dégradants ou humiliants.
(2) Tous les vêtements doivent être propres et maintenus en bon état. Les sous-
vêtements doivent être changés et lavés aussi fréquemment qu’il est nécessaire
pour le maintien de l’hygiène.
(3) Dans des circonstances exceptionnelles, quand le détenu s’éloigne de
l’établissement à des fins autorisées, il doit lui être permis de porter ses vêtements
personnels ou des vêtements n’attirant pas l’attention.
18 Lorsque les détenus sont autorisés à porter leurs vêtements personnels, des dispositions
doivent être prises au moment de l’admission à l’établissement pour assurer que ceux-
ci soient propres et utilisables.
19 Chaque détenu doit disposer, en conformité avec les usages locaux ou nationaux,
d’un lit individuel et d’une literie individuelle convenable, entretenue correctement
et renouvelée de façon à en assurer la propreté.
20 (1) Tout détenu doit recevoir de l’administration aux heures usuelles une alimentation
de bonne qualité, bien préparée et servie, ayant une valeur nutritive suffisant au
maintien de sa santé et de ses forces.
(2) Chaque détenu doit avoir la possibilité de disposer d’eau potable lorsqu’il en a
besoin.
21 (1) Chaque détenu qui n’est pas occupé à un travail en plein air doit avoir, si le temps
le permet, une heure au moins par jour d’exercice physique approprié en
plein air.
(2) Les jeunes détenus et les autres détenus dont l’âge et la condition physique
le permettent doivent recevoir pendant la période réservée à l’exercice une
éducation physique et récréative. A cet effet, le terrain, les installations et
l’équipement devraient être mis à leur disposition.
En pratique
Espace de vie Les espaces de vie que les détenus occupent doivent respecter certaines règles de base.
Les normes internationales déclarent clairement que les détenus doivent avoir suffisamment
d’espace pour vivre, suffisamment d’air et de lumière afin d’assurer leur santé.
Surpeuplement L’un des problèmes majeurs dans de nombreuses juridictions est le surpeuplement. Cette
situation est souvent pire pour les personnes en détention provisoire et celles qui attendent
leur procès. Le surpeuplement peut prendre différentes formes. Dans certains cas, les cellules
conçues pour une personne sont occupées par plusieurs détenus. Dans les pires cas, il peut
y avoir entre douze et quinze personnes dans des cellules qui font à peine huit mètres carrés.
Dans d’autres circonstances, on peut trouver jusqu’à une centaine de personnes entassées
dans une grande pièce. En général, les instruments internationaux ne spécifient pas une
superficie ou un cubage d’air minimum pour chaque détenu. Depuis quelques années, le
Comité du Conseil de l’Europe pour la prévention de la torture et des peines ou traitements
inhumains ou dégradants commence à le faire.
Temps passé Un élément important à prendre en considération, lorsqu’on essaie de décider quelle surface
dans la cellule doit être accordée à chaque détenu pour son logement, est le temps qu’il passera dans cet
espace de vie au cours d’une période de vingt-quatre heures. Un espace plus petit est moins
ou l’espace de dommageable s’il est utilisé uniquement pour dormir, et si le détenu passe la journée dans
vie d’autres locaux, où il participe à d’autres activités. Bien entendu, le surpeuplement est plus
problématique lorsque les détenus doivent passer pratiquement tout leur temps
L es D é te n us so n t d es ê t r es H umai n s
44
dans ces cellules ou locaux, et lorsqu’ils en sortent uniquement en groupe pour de courtes
périodes d’exercice physique ou seuls lorsqu’ils doivent être interrogés ou lorsqu’ils reçoivent
une visite. C’est ce qui se passe dans certaines juridictions, notamment dans les prisons qui
détiennent principalement des prévenus ou des personnes qui purgent une peine de courte
durée.
Utiliser tous Même dans les prisons extrêmement surpeuplées, il existe certainement des locaux sous-
les locaux utilisés. Bien que les salles où se trouvent les détenus soient très surpeuplées, il existe sans
doute des salles adjacentes qui sont rarement utilisées. Dans certaines prisons, les nombreux
disponibles couloirs très larges pourraient être utilisés pour autoriser des groupes de détenus à sortir de
leur cellule durant la journée pour participer à différents types d’activités. Les chapelles et lieux
de prière des prisons peuvent également être mis à leur disposition. Dans ces circonstances, il
est souvent possible d’organiser des activités éducatives, artisanales ou de travail très variées.
Utiliser toutes Un argument utilisé pour justifier le fait de tenir les détenus enfermés dans leur espace de
les ressources vie est qu’il n’y a pas assez de personnel pour les superviser si on les en laisse sortir. Il faut
examiner cet argument attentivement du point de vue opérationnel. Il y a généralement assez
disponibles de personnel pour autoriser la sortie de groupes de détenus les uns après les autres. Il peut
également être possible que certains détenus aident d’autres détenus dans le cadre d’activités
éducatives, par exemple en leur apprenant à lire, ou pour des activités artisanales.
Cellules Les attitudes concernant l’intimité et la solitude varient d’une culture à l’autre. En Europe
privées ou occidentale et en Amérique du Nord, par exemple, les détenus préfèrent généralement dormir
dans une cellule privée. Cette préférence se reflète dans les Règles pénitentiaires européennes.
communes Dans d’autres cultures, le fait de se trouver dans une cellule privée est parfois considéré
comme une forme de ségrégation ou de sanction et on préfère que les détenus vivent dans
des salles communes de dimension appropriée. Si tel est le cas, il peut s’avérer nécessaire de
définir des critères appropriés pour le placement des détenus dans chaque salle, pour que les
plus faibles ne se trouvent pas à la merci des plus forts.
Vêtements des Les normes internationales imposent à l’état de fournir des vêtements suffisamment chauds
détenus ou frais pour le détenu, selon les besoins de sa santé, et interdisent de vêtir les détenus
de manière dégradante ou humiliante. Elles imposent également à l’état de maintenir les
vêtements à un bon niveau de propreté et d’hygiène ou de fournir aux détenus les moyens de
le faire.
Uniformes Dans de nombreux pays les détenus sont obligés de porter un uniforme fourni par la prison.
pénitentiaires Ceci est généralement justifié par des arguments basés sur la sécurité et l’égalité. Sauf peut-
être dans le cas de certains détenus présentant un risque démontré pour la sécurité ou un
risque d’évasion, il n’existe aucune raison évidente pour que les uniformes soient la norme.
Certaines juridictions n’ont pas les ressources suffisantes pour fournir des vêtements officiels
aux détenus et leur demandent de fournir leurs propres vêtements. Dans d’autres systèmes,
les détenus qui ne représentent pas de risque d’évasion sont autorisés à porter leurs propres
vêtements. Dans de nombreux pays, les femmes en prison sont autorisées à porter des
vêtements civils. La possibilité de porter un vêtement familier qui vient du monde extérieur et
qui renforce le sentiment d’identité individuelle est appréciée par les détenus.
Un uniforme pénitentiaire ne doit pas faire partie d’une structure de sanctions et ne doit pas
chercher à humilier celui qui le porte. Pour cette raison, les administrateurs des prisons ont
abandonné la pratique superflue qui consistait à exiger que les détenus portent un uniforme
comportant des flèches ou des rayures.
L es D é te n us so n t d es ê t r es H umai n s
45
Chaque détenu doit avoir accès à des installations de blanchisserie pour que tous les
vêtements, particulièrement ceux qui sont portés contre la peau, puissent être lavés
régulièrement. Le lavage des vêtements peut être fait de manière commune ou pris en charge
individuellement par le détenu lui-même. Les besoins spéciaux des femmes à cet égard
doivent être reconnus, comme le décrit le chapitre 13 de ce manuel.
Literie La nature du lit et de la literie peut varier en fonction des traditions locales. Dans de nombreux
pays il est habituel de dormir dans un lit surélevé. Dans d’autres pays, notamment ceux au
climat plus chaud, la coutume est souvent de disposer la literie ou des tapis directement sur le
sol. Les dispositions prises pour les détenus doivent respecter les normes locales. L’essentiel
est que tous les détenus doivent avoir un lit ou un tapis individuel, une literie propre et un
espace individuel pour dormir. Dans un certain nombre de pays, le surpeuplement des prisons
est tel que les détenus doivent dormir à tour de rôle, en partageant les espaces de sommeil ou
les lits.
Installations Comme les déplacements des personnes en prison sont souvent sévèrement limités, il est
sanitaires important que les détenus aient accès régulièrement à des installations sanitaires. Les détenus
doivent avoir accès librement à des toilettes et à de l’eau propre. Il doit également exister des
installations adéquates pour pouvoir prendre des bains ou des douches régulièrement. Ces
questions sont particulièrement importantes lorsque les détenus sont enfermés pendant de
longues périodes dans des espaces de vie surpeuplés. Les dispositions prises ne doivent pas
humilier les détenus, par exemple en les forçant à se doucher en public.
L’accès à des installations sanitaires est essentiel dans les prisons, non seulement en vue de
respecter le droit à la propreté de chacun et de conserver son amour-propre, mais aussi pour
réduire la propagation d’éventuelles maladies parmi les détenus et les membres du personnel.
Les installations sanitaires doivent être accessibles, propres et suffisamment privées pour
garantir la dignité et protéger l’amour-propre du détenu.
Les besoins particuliers des femmes concernant les produits sanitaires doivent être pris en
compte, en respectant leur dignité.
Alimentation et L’une des obligations les plus essentielles des administrations pénitentiaires est de fournir
boisson à tous les détenus une alimentation et des boissons en quantité suffisante pour qu’ils ne
souffrent pas de faim ou d’une maladie associée à la malnutrition.
L es D é te n us so n t d es ê t r es H umai n s
46
« Au Malawi, l’administration pénitentiaire, en étroite collaboration avec l’organisation
non gouvernementale Penal Reform International, a développé un projet pour
améliorer les exploitations agricoles des prisons et augmenter leur productivité. Ce
projet aide les prisons du pays à devenir plus autonomes en matière de production
alimentaire, en vue de nourrir les détenus et les membres du personnel ainsi que
leur famille, et de fournir aux détenus une formation sur les méthodes agricoles.
Les repas doivent être fournis à intervalles réguliers durant chaque période de 24 heures. Dans
de nombreux pays, il n’est pas acceptable de servir le dernier repas de la journée vers le milieu
de l’après-midi et de ne fournir aucun autre repas avant le lendemain matin.
Des dispositions doivent également être prises pour que les détenus mangent leurs repas dans
des circonstances appropriées. On doit leur fournir des ustensiles individuels et la possibilité de
les conserver dans un état de propreté. Ils ne doivent pas manger habituellement dans la pièce
où ils dorment. Si cela s’avère nécessaire, il faut prévoir une zone spéciale pour les repas.
Il est essentiel que les détenus aient accès régulièrement à de l’eau propre. Cette alimentation
en eau doit être séparée de l’eau destinée aux sanitaires.
Exercice De nombreux détenus, notamment les prévenus, passent la plus grande partie de leurs
physique en journées à l’intérieur, dans des conditions relativement confinées, avec un accès limité à
la lumière et à l’air frais. Dans ces circonstances, il est essentiel pour leur santé physique
plein air
et mentale qu’ils passent une période adéquate de la journée à l’extérieur et qu’ils aient la
possibilité de se déplacer ou de pratiquer une autre activité physique.
La période minimale recommandée à passer à l’extérieur est d’une heure par jour. Durant cette
période, les détenus doivent pouvoir se déplacer dans une zone relativement grande et doivent
également, si cela est possible, voir de la végétation. La pratique employée par certains pays,
qui consiste à amener de grands nombres de détenus dans de petites cours entourées de
murs, qui sont en réalité des cellules sans toit, pendant une heure par jour, ne respecte pas
l’obligation de donner aux détenus la possibilité de faire de l’exercice physique en plein air.
Tous les détenus ont le droit à un exercice physique en plein air, y compris ceux qui sont
soumis à l’isolement ou à une sanction.
Religion
Le droit à la liberté de croyance religieuse et à l’accomplissement des rites de cette religion est
un droit universel qui concerne tous les détenus ainsi que les personnes libres. Le règlement
des prisons doit inclure le droit de représentants religieux qualifiés de rendre régulièrement
visite aux prisons afin d’y rencontrer les détenus. On doit fournir des installations à tous les
détenus qui souhaitent accomplir leurs rites religieux. Ceci peut inclure le droit de prier en
privé à des heures spécifiques du jour ou de la nuit, le droit de réaliser différentes pratiques
d’hygiène ou de porter des vêtements spécifiques.
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Les instruments internationaux
En pratique
Observance La privation de liberté ne doit pas inclure la privation du droit d’accomplir les rites de sa
religieuse religion. Les autorités pénitentiaires doivent faire en sorte que:
Les détenus aient la possibilité de prier, de lire des textes religieux et de respecter les
autres exigences de leur religion telles que les vêtements ou les ablutions, aussi souvent
que leur religion l’exige.
Toutes les Ces dispositions doivent s’appliquer à tous les groupes religieux reconnus et ne doivent pas
religions se limiter aux principales religions d’un pays, quel qu’il soit. On doit prêter une attention toute
particulière aux besoins religieux des détenus issus de groupes minoritaires.
reconnues
doivent être Il est tout aussi important de faire en sorte que les détenus qui n’appartiennent à aucun groupe
incluses religieux ou qui ne souhaitent pas pratiquer une religion ne soient pas obligés à le faire. Les
détenus ne doivent pas bénéficier de privilèges supplémentaires ou être autorisés à vivre dans
de meilleures conditions en raison de leur affiliation ou pratique religieuse.
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4 Les détenus et la santé
Le contexte
Le droit à la Les personnes détenues conservent leur droit fondamental à jouir d’une bonne santé,
santé physique et mentale et conservent leur droit à recevoir un niveau de soins médicaux au moins
équivalent à celui qui est fourni dans la communauté à l’extérieur de la prison. Le Pacte
«
international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (Article 12) établit :
le droit qu’a toute personne de jouir du meilleur état de santé physique et mentale
qu’elle soit capable d’atteindre.
Les détenus ont En plus de ces droits fondamentaux dont bénéficient toutes les personnes humaines, le statut
des protections de détenu leur confère des protections supplémentaires. Lorsqu’un état prive les personnes de
liberté, il devient responsable de leur santé, à la fois au niveau des conditions dans lesquelles
supplémentaires il les détient et sur le plan des traitements individuels pouvant s’avérer nécessaires suite à ces
conditions.
Minimisation Une bonne santé est importante pour tous. Elle influence le comportement des personnes
des risques et leur capacité à fonctionner en tant que membres de la communauté. Une bonne santé
est particulièrement importante dans la communauté fermée d’une prison. La nature de
l’emprisonnement peut avoir un effet néfaste sur le bien-être physique et mental des détenus.
Les administrations pénitentiaires ont donc la responsabilité non seulement de fournir des
soins médicaux mais aussi d’établir des conditions qui favorisent le bien-être des détenus et
du personnel pénitentiaire. Lorsque les détenus quittent la prison, leur état de santé ne doit
pas d’être détérioré par rapport au moment où ils sont arrivés dans la prison. Ceci concerne
tous les aspects de la vie en prison, mais surtout les soins médicaux.
Les détenus Les détenus arrivent souvent en prison avec des problèmes de santé déjà existants, qui
amènent des peuvent être le résultat d’une négligence, d’abus ou du style de vie du détenu. Les détenus
viennent souvent des catégories les plus défavorisées de la société; leurs problèmes de santé
problèmes le reflètent. Ils apportent avec eux des maladies non traitées, des problèmes de toxicomanie
de santé ou de santé mentale. Ces détenus doivent bénéficier d’un soutien particulier, comme les
nombreux autres détenus dont la santé mentale peut être touchée de manière importante et
«
néfaste par le fait d’être emprisonné.
Les prisons surpeuplées qui abritent des détenus malades, qui présentent une
mauvaise hygiène et des installations sanitaires inadaptées constituent un grand
risque dans le domaine des maladies transmissibles dans la région. La santé dans
les prisons doit être une priorité.
Déclaration des chefs d’état au 4e Sommet des états baltes sur les
risques des maladies transmissibles. Publiée à Saint-Pétersbourg le 10 juin 2002.
Les maladies Dans de nombreux pays, un important pourcentage de détenus sont porteurs de maladies
transmissibles transmissibles comme la tuberculose, l’hépatite virale et le sida. Les administrations
pénitentiaires ont une responsabilité vis-à-vis des personnes qui arrivent en prison, notamment
abondent les détenus mais aussi les membres du personnel et les visiteurs: la responsabilité de veiller à
ce qu’elles ne soient pas exposées à des risques d’infection. Tout manquement à gérer ces
situations signifie que les prisons créent des problèmes de santé dans la communauté par le
contact entre la prison et le reste de la société, par l’intermédiaire des membres du personnel
et des visiteurs, et suite à la libération éventuelle des détenus.
L E S DÉ T E N U S E T L A S A N T É
49
Détenus du Dans certaines juridictions, le recours toujours plus important à des peines longues ou de durée
3e âge indéterminée entraîne une augmentation des problèmes médicaux associés à la vieillesse dans
la population carcérale. Les administrations pénitentiaires doivent donc prendre des dispositions
supplémentaires pour veiller à prévoir la fourniture de soins médicaux appropriés. Les problèmes
généraux concernant les détenus âgés sont traités au chapitre 14 de ce manuel.
Obligation, Un certain nombre de pays ont d’importantes difficultés à fournir des soins de santé de haut
même en cas niveau à la population en général. Même dans ces circonstances, les détenus sont habilités
à recevoir les meilleurs soins de santé possibles, et cela gratuitement. Le Comité européen
de difficultés pour la prévention de la torture (CPT) a déclaré que même durant les périodes de graves
économiques difficultés économiques rien ne peut libérer l‘état de sa responsabilité de fournir les éléments
fondamentaux nécessaires à la vie aux personnes qu’il a privées de liberté. Le CPT a également
indiqué clairement que parmi ces éléments figurent des prestations médicales suffisantes et
appropriées.1
Les détenus, quelle que soit la nature de leur délit, conservent tous les droits fondamentaux
qu’ils possèdent en tant que personnes humaines, y compris le droit de jouir du meilleur
état de santé physique et mentale qu’ils peuvent atteindre. Des instruments internationaux
spécifiques expliquent plus clairement ce que cela signifie relativement à la fourniture de soins
médicaux par les administrateurs pénitentiaires.
Ensemble de principes pour la protection de toutes les personnes soumises à une forme
quelconque de détention ou d’emprisonnement, Principe 24 :
Toute personne détenue ou emprisonnée se verra offrir un examen médical approprié
dans un délai aussi bref que possible après son entrée dans le lieu de détention ou
d’emprisonnement; par la suite, elle bénéficiera de soins et traitements médicaux chaque
fois que le besoin s’en fera sentir. Ces soins et traitements seront gratuits.
L E S DÉ T E N U S E T L A S A N T É
50
Ensemble de règles minima pour le traitement des détenus, Règle 25 :
(1) Le médecin est chargé de surveiller la santé physique et mentale des détenus. Il devrait
voir chaque jour tous les détenus malades, tous ceux qui se plaignent d’être malades,
et tous ceux sur lesquels son attention est particulièrement attirée.
En pratique
Des soins Dans la mesure du possible, les détenus doivent pouvoir accéder à tous les services
comparables médicaux qui sont à la disposition du grand public. Dans la plupart des juridictions, cet accès
se limite aux soins spécialisés, alors que les soins généralistes sont fournis dans la prison
doivent être elle-même ou dans des installations médicales spécifiques à la prison. Tout traitement médical
fournis ou soin d’infirmerie fourni par l’administration pénitentiaire doit être au moins comparable aux
soins disponibles dans la communauté à l’extérieur.
les régimes spéciaux pouvant être identifiés comme nécessaires par un médecin.
Les administrations pénitentiaires doivent faire en sorte que l’accès aux soins médicaux
généralistes soit disponible à tout moment et sans retard dans les cas d’urgence (Règle
«
minima 52).
Quatre détenus séropositifs ont porté une affaire devant la Haute Cour d’Afrique
du Sud en 1997 car ils affirmaient, ainsi que d’autres détenus séropositifs, ne
pas recevoir de soins médicaux appropriés à leur état de santé, y compris des
médicaments spéciaux comme l’AZT. Ils affirmaient qu’ils devaient recevoir ce
traitement gratuitement. Le Correctional Services Department répondit que le budget
ne permettait pas de fournir un niveau de soins aussi poussé. Le juge a conclu
2 Van Biljon v Minister of en faveur des détenus et a déclaré qu’ils devaient recevoir le traitement médical
Correctional Services
approprié, aux frais de l’état.2
1997 SACR 50 (C)
L E S DÉ T E N U S E T L A S A N T É
51
Liens avec Dans tous les aspects des soins médicaux, les autorités pénitentiaires doivent chercher à
le service de établir et maintenir des liens étroits avec les prestataires de soins médicaux hors de la prison.
Cela permettra non seulement d’assurer la continuité des traitements mais aussi aux détenus
santé public
et aux membres du personnel de bénéficier des développements au niveau des traitements,
«
des normes professionnelles et de la formation.
Les soins Un principe important des soins médicaux en prison est que tous les soins et traitements
médicaux médicaux nécessaires doivent être gratuits (Ensemble de principes des Nations Unies,
Principe 24). Cet aspect peut exiger une attention particulière dans les juridictions où les soins
doivent être médicaux gratuits sont limités dans la société civile. Il peut s’agir d’un problème spécifique
gratuits lorsqu’il existe un nombre croissant de détenus à long terme qui exigent le traitement coûteux
de maladies complexes ou en phase terminale. Les administrations pénitentiaires doivent faire
en sorte de prendre des dispositions adaptées, basées sur les besoins des détenus, et que les
traitements nécessaires ne soient pas limités en raison de leur coût, simplement parce que le
patient est un détenu.
Visite médicale La question de la visite médicale au moment de l’admission en prison a été traitée au chapitre
initiale 3 de ce manuel. Il existe plusieurs raisons importantes pour lesquelles on doit offrir aux
détenus une visite médicale à leur arrivée en prison:
une telle visite permet au personnel médical de dépister les problèmes de santé
existants et de faire en sorte de fournir un traitement approprié;
elle permet de fournir un soutien approprié aux personnes qui peuvent souffrir des effets
du manque de drogue;
elle facilite l’identification des blessures éventuelles qui ont pu être infligées durant la
détention initiale;
elle permet au personnel formé d’évaluer l’état mental des détenus et de fournir un
soutien approprié à ceux qui risquent de s’automutiler.
Il n’est pas toujours possible de faire en sorte qu’un médecin fasse passer une visite médicale
à chaque détenu dès son arrivée en prison. Les administrations pénitentiaires doivent faire
en sorte que chaque détenu soit examiné par un(e) infirmier(ère) qualifié(e) qui pourra signaler
toute inquiétude au responsable médical.
Dans le cadre de la procédure d’admission, on doit fournir aux détenus des informations
claires quant aux arrangements en matière de soins médicaux dans la prison et quant aux
méthodes à utiliser pour obtenir une consultation médicale.
L E S DÉ T E N U S E T L A S A N T É
52
Lorsqu’on planifie les soins spécialisés, il faut prêter une attention particulière aux besoins des
groupes vulnérables, notamment les femmes et les détenus plus âgés.
L’accès à des installations spécialisées pourra souvent exiger le transfèrement du détenu. Les
administrateurs pénitentiaires doivent s’assurer que les dispositions prises pour escorter les
détenus sont adaptées et qu’elles n’entraînent pas de retards dans le traitement ou d’anxiété
supplémentaire pour le détenu. Les conditions dans lesquelles les détenus sont transportés
doivent être appropriées à leur état de santé.
Quand les De temps à autre, certains détenus ont des problèmes de santé qui doivent être traités à
détenus l’hôpital. Il y a plusieurs manières de fournir un tel service. De nombreuses administrations
pénitentiaires ont mis en place des hôpitaux pénitentiaires qui peuvent traiter les cas moins
doivent être graves exigeant une consultation externe. Dans d’autres cas, les problèmes de sécurité ont
soignés à été pris en compte en créant des unités pénitentiaires spéciales au sein d’hôpitaux civils.
l’hôpital Mais souvent les détenus peuvent recevoir un traitement en consultation externe dans les
installations normales d’un hôpital civil. Dans ces situations, on devra se préoccuper tout
spécialement des dispositions de sécurité appropriées, surtout pour les femmes durant les
accouchements et pour les malades en phase terminale. Le CPT dans son Troisième rapport
«
général souligne ceci:
Un environnement sain
En plus de la réponse aux besoins des détenus malades, les administrateurs pénitentiaires
doivent également faire en sorte que les conditions d’emprisonnement ne soient pas néfastes
à la santé physique et mentale.
L E S DÉ T E N U S E T L A S A N T É
53
(b) L’hygiène et la propreté de l’établissement et des détenus;
(c) Les installations sanitaires, le chauffage, l’éclairage et la ventilation de
l’établissement;
(d) La qualité et la propreté des vêtements et de la literie des détenus;
(e) L’observation des règles concernant l’éducation physique et sportive lorsque
celle-ci est organisée par un personnel non spécialisé.
En pratique
L’impact de L’état a l’obligation absolue de préserver et, si nécessaire, de restaurer la santé des
l’environne- personnes dont il prend la responsabilité en les privant de liberté.
ment carcéral Les conditions dans lesquelles les détenus sont incarcérés auront un grand impact sur leur
santé et leur bien-être. Pour assumer leurs responsabilités, les administrations pénitentiaires
doivent donc garantir des normes appropriées dans tous les domaines qui peuvent toucher la
santé et l’hygiène des détenus. Les conditions physiques de vie, l’alimentation, les procédures
d’hygiène et les installations sanitaires doivent toutes être conçues de manière à aider les
personnes malades à se rétablir et de manière à empêcher la propagation des infections aux
personnes en bonne santé.
Les maladies Les maladies transmissibles sont aujourd’hui un problème majeur pour de nombreuses
transmissibles administrations pénitentiaires. Dans certains pays d’Europe de l’Est et d’Asie centrale, la
tuberculose a atteint les proportions d’une épidémie, alors que le sida se propage rapidement.
Dans certaines régions d’Afrique, un grand nombre de détenus souffrent du sida. Plusieurs
administrations ont commencé à s’attaquer à ces problèmes en lançant des programmes de
dépistage et de traitement, souvent en collaboration avec des agences internationales et des
«
ONG.
L E S DÉ T E N U S E T L A S A N T É
54
Éducation du Dans les juridictions où il existe une incidence élevée de maladies transmissibles, les
personnel sur la administrations pénitentiaires devraient établir un programme de formation des membres du
transmission des personnel concernant la transmission des maladies et les formes de protection, afin de leur
permettre de faire leur travail normalement. Dans certains pays, on offre aux membres du
maladies personnel une vaccination gratuite contre l’hépatite.
Maladies Les conditions d’incarcération ont un impact important sur le bien-être mental des détenus.
mentales Les administrations pénitentiaires doivent chercher à réduire l’ampleur de cet impact et doivent
mettre en place des procédures permettant de surveiller son effet sur les détenus individuels.
On doit prendre des mesures pour identifier les détenus qui risquent de s’automutiler ou de
tenter de se suicider. Les membres du personnel doivent être formés correctement pour
identifier les risques d’automutilation. Lorsque les détenus sont prononcés malades mentaux,
ils ne doivent pas être incarcérés en prison mais doivent être transférés dans un établissement
psychiatrique convenablement équipé.
Surveillance Les instruments internationaux imposent une obligation spéciale aux agents médicaux
des conditions des prisons, qui doivent utiliser leur expertise professionnelle pour inspecter et signaler
toutes les conditions pouvant toucher la santé et l’hygiène des détenus. Les membres du
générales de la
personnel médical ont un rôle important à jouer pour établir l’idée comme quoi les soins de
prison santé couvrent non seulement le traitement mais aussi tous les aspects liés à la création
d’un environnement sain, et pour faire comprendre que cela exige la coopération de toutes
les personnes qui se trouvent dans la prison. Ceci sera particulièrement difficile lorsque les
ressources sont limitées.
Les détenus individuels ont le droit à un accès régulier et confidentiel aux niveaux appropriés
de consultation médicale qui sont au moins l’équivalent de ceux qui sont disponibles dans la
société civile. Tout diagnostic et traitement médical doit être basé sur les besoins individuels du
détenu et non pas sur les besoins de l’administration.
En pratique
Accès aux Les administrations pénitentiaires doivent prendre des dispositions appropriées pour
consultations faire en sorte que les personnes malades ou qui s’inquiètent de leur santé aient accès
quotidiennement à un médecin convenablement qualifié. Les conditions dans lesquelles ces
médicales consultations se déroulent doivent respecter la dignité du détenu et permettre le maintien de
la confidentialité. Lorsque l’on doit tenir compte de problèmes de sécurité, il peut s’avérer
nécessaire d’autoriser que les consultations avec le responsable médical se déroulent à portée
de la vue mais non à portée de l’ouïe des surveillants de la prison.
L E S DÉ T E N U S E T L A S A N T É
55
Respect de la Les conditions dans lesquelles les détenus sont interrogés à propos de leur santé doivent être
vie privée similaires à celles qui existent dans la pratique médicale civile. Dans la mesure du possible,
ces entrevues doivent se dérouler dans des salles de consultation convenablement équipées.
Il n’est pas acceptable que les consultations se déroulent avec des groupes de détenus ou en
présence d’autres détenus ou d’un personnel non médical.
Confidentialité Le droit à la confidentialité exige également que les détenus n’aient pas à présenter leur
demande d’accès au médecin à d’autres membres du personnel pénitentiaire. Les détenus
ne doivent en aucun cas être dans l’obligation de divulguer les raisons pour lesquelles ils
demandent une consultation. Les procédures à suivre pour demander une consultation
médicale doivent être expliquées clairement aux détenus à leur arrivée à la prison.
Dossier Le dossier médical individuel des détenus doit rester sous le contrôle du médecin et ne
médical doit pas être divulgué sans l’autorisation écrite préalable du détenu. Dans certains pays,
les services médicaux des prisons tombent sous la responsabilité de la santé civile. En plus
des avantages mentionnés à la section « Le droit aux soins médicaux » ci-dessus, de telles
procédures permettent également d’établir clairement que les dossiers médicaux ne font pas
partie des dossiers généraux de la prison.
Traitement Le traitement fourni suite à une consultation et un diagnostic doit être dans le meilleur
intérêt du détenu individuel. Les décisions ne doivent pas être basées sur le coût relatif ou la
commodité pour l’administration pénitentiaire.
Traitement En plus de la gestion des problèmes de santé qui surgissent en prison, les médecins doivent
avant et également s’assurer d’avoir mis en place des procédures permettant d’identifier les problèmes
médicaux préexistants et d’agir à ce niveau. Là aussi, il faudra prendre des dispositions
après la adaptées, en collaboration avec les autorités médicales à l’extérieur.
condamnation
Détenus Dans certains pays il existe des procédures selon lesquelles les détenus souffrant d’une
en phase maladie en phase terminale peuvent bénéficier d’une libération anticipée. Tout diagnostic
prononcé ou conseil donné par les personnels médicaux de la prison doit être basé sur un
terminale
jugement professionnel et être dans l’intérêt du détenu. Les autorités pénitentiaires doivent
«
considérer et évaluer les risques que représente la mise en liberté anticipée de tels détenus.
Directives de l’OMS sur l’infection à VIH et le sida dans les prisons, Genève, mars
1993
51 Si cela est compatible avec des considérations de sécurité et avec les procédures
judiciaires les détenus atteints de SIDA avancé devraient se voir accorder,
dans toute la mesure du possible, une libération anticipée pour des raisons
humanitaires, afin de leur faciliter les contacts avec leur famille et leurs amis et
de leur permettre de faire face à la mort avec dignité et dans la liberté.
Le personnel médical
Chaque prison doit avoir à sa disposition un personnel médical en nombre suffisant pour
répondre aux besoins de la population carcérale.
L E S DÉ T E N U S E T L A S A N T É
56
Ensemble de règles minima pour le traitement des détenus, Règle 22 :
(1) Chaque établissement pénitentiaire doit disposer au moins des services d’un médecin
qualifié, qui devrait avoir des connaissances en psychiatrie. Les services médicaux
devraient être organisés en relation étroite avec l’administration générale du service
de santé de la communauté ou de la nation. Ils doivent comprendre un service
psychiatrique pour le diagnostic et, s’il y a lieu, le traitement des cas d’anomalie
mentale.
(3) Tout détenu doit pouvoir bénéficier des soins d’un dentiste qualifié.
En pratique
Code En 1979, le Conseil international des services médicaux pénitentiaires a approuvé un code
d’éthique des éthique qu’il est convenu d’appeler le Serment d’Athènes, selon lequel les professionnels de
«
santé s’engagent :
profession-
nels de la …en accord avec l’esprit du serment d’Hippocrate, que nous entreprendrons
santé qui de procurer les meilleurs soins de santé à ceux qui sont incarcérés quelle qu’en
travaillent dans soit la raison, sans préjugé et dans le cadre de nos éthiques professionnelles
respectives.
les prisons
Nous reconnaissons le droit des personnes incarcérées à recevoir les meilleurs
soins médicaux possible.
Équivalence Les administrations pénitentiaires doivent s’assurer que les détenus ont accès à des
des soins personnels médicaux qualifiés en nombre suffisant et possédant l’expertise nécessaire pour
répondre à leurs besoins. Le plus souvent, il est préférable pour cela d’établir des liens avec
les services médicaux offerts à la population civile. Tous les membres du personnel médical
des prisons doivent posséder des qualifications convenables, au moins au même niveau que
celles qui sont exigées pour des postes similaires hors des prisons. De manière similaire, leur
salaire et leurs conditions d’emploi doivent être de nature équivalente.
Les détenus Les Principes d’éthique médicale des Nations Unies imposent à tous les membres du
en tant que personnel médical, notamment aux médecins, l’obligation de protéger la santé physique et
mentale des détenus et de traiter les maladies. Leur priorité est donc la santé de leurs patients
patients et pas la gestion de la prison. Le Serment d’Athènes cité ci-dessus déclare clairement que les
diagnostics médicaux doivent être basés sur les besoins des patients et avoir la priorité sur les
questions non médicales.
Les membres du personnel médical qui travaillent dans les prisons ne font pas partie du
personnel disciplinaire ou administratif de la prison. Dans certaines juridictions où le personnel
médical est employé directement par l’administration
L E S DÉ T E N U S E T L A S A N T É
57
pénitentiaire, ce personnel est organisé selon une structure hiérarchique indépendante de la
prison.
Il existe un certain nombre de situations dans lesquelles le personnel médical doit faire la
distinction entre les exigences de l’administration de la prison et l’éthique des soins médicaux
professionnels. Plusieurs exemples importants, ainsi que la réaction appropriée du personnel
médical dans ces situations, sont fournis ci-dessous.
Soutien des Les administrations pénitentiaires devront faire en sorte que les membres du personnel
membres du médical qui travaillent dans les prisons reçoivent un soutien et une formation adéquats, à la fois
en ce qui concerne les exigences spécifiques de la médecine en prison et également en ce qui
personnel de concerne les développements plus larges. Il est souvent difficile de trouver suffisamment de
santé personnel médical qualifié prêt à travailler dans les prisons. Les administrations pénitentiaires
doivent s’assurer que leur expertise n’est pas détournée vers des tâches inappropriées, en leur
fournissant un soutien auxiliaire et administratif approprié.
Soutien des Le Conseil international des infirmières a publié en 1998 une prise de position qui affirme,
infirmiers et entre autres choses, que les associations nationales d’infirmières devraient faire en sorte
que les infirmières qui travaillent dans les prisons aient accès à des services de conseil
infirmières qui personnalisés et confidentiels et à un appui. [Le rôle des infirmières dans les soins aux
travaillent dans prisonniers et aux détenus, Conseil international des infirmières, 1998]
les prisons
En 1999, une coalition d’organismes professionnels et de défense des droits de l’homme
Documentation et de personnes individuelles dans ces domaines, ont développé un ensemble de principes
pour la documentation efficace de la torture ou des mauvais traitements, appelé le Protocole
de la torture d’Istanbul [Manuel pour enquêter efficacement sur la torture et autres peines ou traitements
cruels, inhumains ou dégradants (Protocole d’Istanbul), 1999]
Fouilles En 1993, l’Association médicale mondiale a adopté une déclaration sur les fouilles corporelles
corporelles des détenus qui déclare, entre autres choses, que l’obligation du médecin de fournir des
soins médicaux au détenu ne doit pas être compromise par une obligation de participer au
système sécuritaire de la prison. Lorsque ces fouilles doivent être effectuées, elles doivent
donc être réalisées par un médecin différent de celui qui fournit des soins de santé au
détenu. [Déclaration de l’Association Médicale Mondiale la Fouille Corporelle de Prisonniers,
Association médicale mondiale, 1993]
Grèves En 1991 et 1992, l’Association médicale mondiale a adopté des directives destinées aux
de la faim médecins participant au traitement des grévistes de la faim qui, entre autres choses, soulignent
l’importance du consentement et de la confidentialité dans les relations entre le médecin et
le patient, et le fait que les décisions en matière d’intervention ou de non-intervention doivent
être laissées au médecin individuel, sans ingérence de tiers dont l’intérêt primordial n’est pas le
bien-être du patient. [Déclaration de Malte de l’Association Médicale Mondiale sur les Grévistes
de la Faim, Association médicale mondiale, 1991, 1992]
Participation En 1981 et à nouveau en 2000, l’Association médicale mondiale a conclu que la participation
à la peine des médecins à la peine capitale, quelle qu’elle soit et quelle qu’en soit la phase d’exécution,
est contraire à l’éthique. [Résolution de l’Association Médicale Mondiale sur la Participation du
capitale Médecin à la Peine Capitale, Association médicale mondiale, 1981, 2000]
Formation La nature de la communauté pénitentiaire est telle qu’en sus d’assurer la disponibilité d’une
pour tout le gamme complète de services médicaux, les administrations pénitentiaires doivent également
reconnaître que tous les membres du personnel pénitentiaire doivent avoir des notions de base
personnel
en matière de santé. Très souvent, lorsqu’un incident se produit dans une prison et lorsqu’une
personne doit recevoir des soins immédiats, ce sont des membres du personnel non médical
qui arrivent sur place les premiers et qui doivent administrer les premiers secours. Ils doivent
être convenablement formés afin de fournir ces soins.
L E S DÉ T E N U S E T L A S A N T É
58
5 Gérer des prisons sécurisées,
sûres et où règne l’ordre
Le contexte
Sécurité et Dans son discours prononcé lors du lancement officiel du projet de formation et des droits
justice de l’homme du Department of Correctional Services d’Afrique du Sud, l’ancien Président
d’Afrique du Sud, Nelson Mandela, a souligné l’importance de la sécurité et de la justice dans
«
la gestion des prisons :
Il est essentiel d’avoir des prisons sécurisées pour que notre système judiciaire soit
une arme efficace contre la criminalité. Lorsque des prisonniers – condamnés ou
prévenus – vous sont confiés, ils doivent savoir, et l’opinion publique doit savoir,
qu’ils resteront en prison jusqu’à leur remise en liberté légale...
Le bon L’une des conclusions les plus importantes du rapport publié par Lord Justice Woolf, après un
équilibre certain nombre d’émeutes graves dans les prisons anglaises en 1990, est que le maintien d’un
équilibre correct entre la sécurité, le contrôle et la justice est la clé de l’efficacité de la gestion
«
des prisons.1
Il existe trois impératifs à respecter si l’on veut que le système pénitentiaire soit
stable : la sécurité, le contrôle et la justice.
1 Report of an où tous les membres de la communauté pénitentiaire savent qu’ils sont traités avec
Inquiry into Prison équité et justice ;
Disturbances April
1990 (rapport d’une
où les détenus ont la possibilité de participer à des activités constructives et de se
enquête sur des
émeutes dans des préparer à leur remise en liberté.
prisons en avril 1990),
1991, Her Majesty’s Les gestionnaires professionnels des prisons doivent constamment chercher à maintenir cet
Stationery Office, équilibre.
Londres
GÉR E R D E S P R I S O N S S É C U R I S É E S , S Û R E S E T O Ù R È GN E L ’ O RDR E
59
Nécessité d’un Toutes les communautés bien ordonnées, y compris les prisons, doivent fonctionner dans le
ensemble clair respect d’un ensemble de règlements et de règles perçus par les membres de la communauté
comme étant justes et équitables. Dans les prisons, ces règles sont conçues pour assurer
de règlements
la sécurité de chaque personne, qu’il s’agisse des membres du personnel ou des détenus,
et règles et chaque groupe doit respecter ces règles et règlements. Les prisonniers doivent être
récompensés en cas de bon comportement et punis dans le cas contraire. Les membres du
personnel doivent également savoir qu’ils doivent respecter le règlement en permanence.
Une communauté pénitentiaire possède un système bien défini d’audiences, de mesures
disciplinaires et de sanctions pour les personnes qui ne respectent pas les règles convenues;
ce système doit être appliqué de manière juste et impartiale.
Évaluation Les administrations pénitentiaires ont l’obligation d’assurer la garde des personnes que les
correcte autorités judiciaires ont décidé de priver de liberté. Les détenus ne souhaitent pas être en
prison, mais la majorité d’entre eux acceptent la réalité de leur situation; du moment qu’ils
du niveau sont soumis à des mesures de sécurité appropriées et qu’ils sont traités de manière juste, ils
de sécurité ne tenteront pas de s’évader ou de perturber gravement la routine normale de la prison. Par
approprié contre, un petit nombre de détenus feront tout leur possible pour essayer de s’évader. Certains
détenus, s’ils parviennent à s’évader, sont dangereux pour la communauté, mais ce n’est pas
le cas de tous les évadés. Les autorités pénitentiaires doivent donc être en mesure d’évaluer
le danger que représente chaque détenu afin de le soumettre aux conditions de sécurité
appropriées : ni trop sévères, ni trop indulgentes.
Une sécurité Dans les prisons du monde entier, il existe des situations où la sécurité et le contrôle exercés
et un contrôle par les autorités pénitentiaires sont excessifs, aux dépens de la justice :
excessifs des mesures de sécurité oppressives qui excluent les programmes de reclassement;
peuvent être des méthodes de contrôle brutales;
dangereux
l’absence de justice dans les audiences disciplinaires;
Dans les systèmes pénitentiaires de certains pays, les personnes qui gèrent les prisons ont
perdu le contrôle de leur institution et ont laissé des groupes de détenus puissants exercer un
contrôle illégal sur les autres détenus et sur les membres du personnel.
Dans ces deux situations, la communauté bien ordonnée a disparu et a été remplacée par la
possibilité de comportements violents et abusifs de la part des détenus et du personnel, de
désordres et d’évasions, et par une absence d’activités constructives pour les détenus.
La force est un C’est seulement dans les circonstances extrêmes, en cas de dégradation totale de l’ordre et
dernier recours lorsque toutes les autres interventions ont échoué, individuellement ou collectivement, que l’on
peut justifier le recours à la force comme méthode légitime de restaurer l’ordre. Il doit s’agir
d’un dernier recours. Comme les prisons sont des communautés fermées, dans lesquelles
un abus d’autorité peut facilement se produire dans de telles circonstances, il doit exister un
ensemble de procédures spécifiques et transparentes relativement au recours à la force. Cette
question est également mentionnée aux chapitres 2 et 3.
GÉR E R D E S P R I S O N S S É C U R I S É E S , S Û R E S E T O Ù R È GN E L ’ O RDR E
60
L’équilibre entre la sécurité et les programmes de
réinsertion sociale
Les instruments internationaux définissent le but de l’emprisonnement comme la protection de
la société contre les crimes, pas simplement en retirant les délinquants de la société mais aussi
en essayant d’assurer, dans la mesure du possible, leur réinsertion. Pour que cela se produise,
les administrations pénitentiaires doivent obtenir un équilibre approprié entre la sécurité et les
programmes conçus pour permettre aux détenus de retrouver leur place dans la société. On
aura plus de chances de trouver cet équilibre s’il existe un ensemble clair de procédures qui
définissent le niveau de sécurité approprié pour la prison et pour les détenus individuels.
(a) par mesure de précaution contre une évasion pendant un transfèrement, pourvu
qu’ils soient enlevés dès que le détenu comparaît devant une autorité judiciaire ou
administrative ;
(c) sur ordre du directeur, si les autres moyens de maîtriser un détenu ont échoué, afin de
l’empêcher de porter préjudice à lui-même ou à autrui ou de causer de dégâts ; dans
ce cas, le directeur doit consulter d’urgence le médecin et faire rapport à l’autorité
administrative supérieure.
(b) pour des raisons médicales, sur indication et sous la surveillance du médecin ;
GÉR E R D E S P R I S O N S S É C U R I S É E S , S Û R E S E T O Ù R È GN E L ’ O RDR E
61
En pratique
Classification Les mesures de sécurité auxquelles les détenus sont soumis doivent correspondre au
de sécurité minimum nécessaire pour assurer la sécurité de leur garde. Il existe au moins trois raisons
valides d’adopter cette méthode :
Si le nombre de détenus exigeant un haut niveau de sécurité est limité, les membres du
personnel les connaîtront certainement mieux;
La troisième raison est d’ordre pragmatique : la sécurité est coûteuse, et plus le niveau
de sécurité est élevé, plus son coût est important. Il est donc logique, au plan financier,
de ne pas placer les détenus dans une catégorie de sécurité supérieure à celle qui est
nécessaire.
Au moment de son admission, chaque détenu doit être évalué afin de déterminer :
la probabilité de tentatives d’évasion, soit seul soit avec une aide de l’extérieur.
Le détenu doit alors être emprisonné dans des conditions de sécurité appropriées à ce niveau
de risque. La classification sécuritaire doit être continuellement réévaluée durant toute la durée
de la peine.
Différents Les conditions de sécurité maximale signifient qu’une évasion est pratiquement
niveaux de impossible; elles doivent être réservées aux détenus les plus dangereux. Dans ces
conditions, il existe un niveau de sécurité physique élevé, à la fois au périmètre de
sécurité
la prison et à l’intérieur de celle-ci. Les déplacements internes des détenus seront
étroitement supervisés par le personnel, si nécessaire au niveau individuel. Seule une
petite minorité de détenus dans un système pénitentiaire exigera ce niveau de sécurité.
La sécurité minimale (parfois appelée « prison ouverte ») doit être utilisée pour les
détenus qui présentent un risque minime ou nul pour la communauté et auxquels
on peut faire confiance car on pense qu’ils ne tenteront pas de s’évader. Dans ces
conditions, le niveau de sécurité physique est faible. Très souvent, il n’existe pas de
sécurité au périmètre de la prison. La sécurité interne peut se limiter au verrouillage des
portes des cellules la nuit. Les détenus condamnés pour des infractions non violentes
peuvent convenir à ces conditions, ainsi que les détenus purgeant une peine longue et
qui s’approchent de leur date de remise en liberté.
Les conditions de sécurité moyenne conviennent à la grande majorité des détenus, qui
ne sont pas déterminés à s’évader mais auxquels on ne peut pas faire confiance dans
des conditions de sécurité minimum. En général, ces conditions exigent un périmètre
sécurisé comme une clôture. Toutes les portes internes de la prison sont généralement
verrouillées, mais on peut faire confiance aux détenus et les laisser se déplacer d’une
zone de la prison à une autre sans être étroitement supervisés par le personnel.
Depuis quelques années, plusieurs juridictions ont investi des ressources importantes dans le
développement d’installations de sécurité maximale. Il n’est jamais approprié d’envoyer des
détenus dans ces installations simplement parce qu’elles doivent être occupées.
L’isolement Il faut toujours éviter l’isolement prolongé comme forme de catégorie de sécurité. On
mentionne cette question au chapitre 6.
GÉR E R D E S P R I S O N S S É C U R I S É E S , S Û R E S E T O Ù R È GN E L ’ O RDR E
62
Évaluation des L’évaluation des risques peut permettre d’identifier plus facilement les détenus qui présentent
risques un danger pour eux-mêmes, pour les autres détenus ou pour la communauté au sens large.
Des critères d’évaluation des risques de sécurité ont été mis au point dans de nombreux pays.
Parmi les aspects à prendre en compte, citons :
dans le cas des détenus qui attendent leur condamnation, tout danger potentiel pour
les témoins;
Niveau de Dans de nombreux systèmes pénitentiaires, on part du principe que tous les prévenus doivent
sécurité des être gardés dans des conditions de haute sécurité. Cela n’est pas toujours le cas et il devrait
être possible d’utiliser une évaluation des risques de sécurité pour les détenus de ce groupe,
prévenus
tout comme on le fait pour ceux qui ont été condamnés.
Classification Dans certains pays, le magistrat qui juge un accusé indique le niveau de sécurité du régime
sécuritaire à dans lequel on doit détenir le prisonnier. Dans d’autres pays, les détenus condamnés
à la réclusion à perpétuité ou qui sont condamnés en vertu d’une loi particulière sont
définir par la automatiquement placés dans les conditions de sécurité les plus strictes, sans tenir compte
direction de la de l’évaluation individuelle des risques qu’ils représentent. Ce n’est pas la meilleure manière
prison de déterminer les niveaux de sécurité. Il incombe à l’autorité judiciaire de déterminer la durée
appropriée de la peine à imposer pour une infraction spécifique mais il est préférable que
les autorités pénitentiaires soient responsables de la définition des exigences en matière de
sécurité, au moyen de critères définis par des professionnels.
Revue Le niveau de sécurité exigé par chaque détenu doit être revu à intervalles réguliers au cours de
régulière du la peine. En général, le risque de sécurité que représente un détenu diminue au fur et à mesure
que sa peine progresse. La possibilité de passer à une catégorie de sécurité inférieure au
niveau de cours de la peine peut également jouer le rôle d‘incitation à un bon comportement.
sécurité
Sécurité Parmi les aspects de la sécurité physique, citons l’architecture des bâtiments de la prison,
physique la solidité des murs de ces bâtiments, les barreaux aux fenêtres, les portes des cellules, les
caractéristiques du mur d’enceinte et des clôtures, les tours d’observation, etc. Ces aspects
incluent également la fourniture d’aides physiques à la sécurité comme des serrures, des
caméras, des systèmes d’alarme, des radios et autres équipements.
Durant la conception des aspects physiques de la sécurité, on doit trouver un équilibre entre la
meilleure manière d’atteindre le niveau de sécurité requis et la nécessité de respecter la dignité
de la personne. Par exemple, on peut utiliser des concepts architecturaux qui répondent à
la nécessité de sécurisation des fenêtres des cellules et des dortoirs tout en respectant les
normes relatives à l’accès à la lumière naturelle et à l’air frais. Les aides physiques à la sécurité
telles que les caméras, les systèmes de surveillance et d’alarme représentent, par définition,
une intrusion dans la vie privée. Lors de la prise de décisions sur leur lieu d’implantation, il
convient de trouver un équilibre entre les exigences de sécurité légitimes et l’obligation de
respecter la vie privée individuelle.
La sécurité des détenus individuels doit également être prise en compte. La conception de
nombreuses prisons crée des lieux où les détenus peuvent se regrouper sans être observés.
Ceci peut représenter un risque potentiel pour la sécurité de la prison tout comme pour la
sécurité des détenus individuels. Les administrations pénitentiaires devraient développer des
procédures permettant d’identifier et gérer ces zones.
GÉR E R D E S P R I S O N S S É C U R I S É E S , S Û R E S E T O Ù R È GN E L ’ O RDR E
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Sécurité Il s’agit des procédures à respecter afin d’éviter les évasions. Parmi ces procédures, quelques-
procédurale unes des plus importantes concernent les fouilles, à la fois des locaux et des personnes. Dans
chaque prison il doit exister un ensemble bien compris de procédures qui décrivent en détail
les circonstances dans lesquelles les fouilles doivent se faire, les méthodes à employer et leur
fréquence. Ces procédures doivent être conçues pour empêcher les évasions et pour protéger
la dignité des détenus et de leurs visiteurs.
Il doit exister des procédures pour fouiller régulièrement tous les lieux où les détenus vivent,
travaillent ou se rassemblent. Ces procédures doivent inclure les fouilles des lieux de vie
comme les cellules et les dortoirs, pour s’assurer que les éléments de sécurité tels que les
portes et les serrures, les fenêtres et les grilles n’ont pas été modifiés. En fonction de la
catégorie de sécurité du détenu, ses effets personnels doivent également faire l’objet de
fouilles de temps à autre. Les membres du personnel doivent suivre une formation spéciale
relative à la réalisation de ces fouilles de manière à détecter et empêcher toute tentative
d’évasion ou de cache de produits de contrebande tout en respectant la dignité des détenus
et en témoignant du respect pour leurs effets personnels. La procédure de ces fouilles devrait
autoriser le détenu à être présent durant la fouille.
Fouille des Les détenus individuels, notamment ceux qui sont soumis à des restrictions moyennes ou
détenus maximales en matière de sécurité, doivent également être fouillés régulièrement pour vérifier
qu’ils ne transportent pas d’articles pouvant être utilisés dans des tentatives d’évasion ou pour
blesser d’autres personnes ou eux-mêmes, ou des articles prohibés tels que les stupéfiants.
L’intensité de ces fouilles sera fonction des circonstances. Par exemple, lorsque les détenus
quittent en grand nombre leur lieu de travail pour regagner leur espace de vie, il est normal de
leur faire subir une fouille du type de celles que l’on pratique couramment de nos jours sur les
passagers aériens.
Dans d’autres situations, notamment s’il y raison de croire que les détenus individuels cachent
quelque chose sur leur personne, ou lorsqu’ils sont désignés comme des détenus à haut
risque, il est nécessaire de réaliser ce que l’on appelle une fouille corporelle. Cette fouille exige
que les détenus se dévêtissent totalement et montrent qu’ils ne cachent rien sur leur personne.
Procédures de Il doit exister un ensemble de procédures détaillées que les membres du personnel doivent
fouille respecter lorsqu’ils réalisent des fouilles personnelles. Ces procédures doivent :
faire en sorte que les détenus ne soient pas humiliés par le processus de fouille, par
exemple en les forçant à être totalement nus à un moment donné;
stipuler que les détenus doivent être fouillés par des membres du personnel du même
sexe qu’eux;
interdire aux membres du personnel de réaliser des fouilles internes du corps d’un
détenu.
Fouille des Il doit également exister un ensemble bien défini de procédures pour s’assurer que les visiteurs
visiteurs des détenus ne tentent pas d’enfreindre les exigences raisonnables en matière de sécurité.
Ces procédures peuvent inclure le droit de pratiquer une fouille personnelle des visiteurs. Ces
procédures doivent reconnaître que les visiteurs ne sont pas des détenus et que l’obligation de
protéger la sécurité de la prison doit être tempérée par le droit des visiteurs à la vie privée. Les
procédures de fouille des visiteurs doivent être sensibles aux besoins des enfants, des femmes
et des autres groupes vulnérables. Les procédures de fouille des visiteurs professionnels,
comme les représentants en justice, les travailleurs sociaux et les médecins, doivent être
définies en accord avec les organes professionnels pertinents pour qu’il existe un équilibre
entre la sécurité et le droit d’accès confidentiel des professionnels.
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Fouilles du Il est important de reconnaître que les membres du personnel pénitentiaire peuvent également
personnel représenter un risque pour la sécurité en amenant à la prison des articles prohibés ou illégaux.
Ils doivent, eux aussi, être soumis à des procédures de fouille appropriées. La présence de telles
procédures peut également éviter que les membres du personnel ne subissent des pressions de
la part des détenus et d’autres personnes pour amener des articles prohibés à la prison.
Autres Il existe différentes autres procédures de sécurité qu’il convient d’utiliser automatiquement. En
procédures de voici les principales :
La sécurité Les dispositions de sécurité physiques et procédurales sont des éléments essentiels de la vie en
dynamique prison mais elles ne sont pas suffisantes en elles-mêmes. La sécurité dépend également de la
vigilance des membres du personnel qui sont en contact avec les détenus, de leur connaissance
de ce qui se passe dans la prison et de leurs efforts pour que les détenus restent actifs de
manière positive. On décrit souvent ces aspects par l’expression « sécurité dynamique ». Aux
États-Unis, les prisons basées sur les principes de la sécurité dynamique sont souvent appelées
prisons à supervision directe (direct supervision jails). Lorsqu’il existe des contacts réguliers entre
les membres du personnel et les détenus, un gardien vigilant détecte les situations qui diffèrent
de la normale et qui peuvent représenter un risque pour la sécurité. Les membres du personnel
qui entrent en contact de cette manière avec les détenus peuvent empêcher plus efficacement
les évasions car ils savent ce qui se passe au sein de la communauté carcérale avant qu’un
incident ne se produise. Le point fort de la sécurité dynamique est qu’il s’agit d’un système
proactif, qui identifie les risques pour la sécurité de manière très précoce. Ce système fonctionne
«
le mieux lorsque les membres du personnel sont professionnels et bien formés.
2 Direct Supervision: A
Safer, More Effective Des études menées aux États-Unis signalent que les prisons à supervision directe
Jail (Oswego County contrôlent mieux les détenus et permettent de réduire de manière importante la violence,
Sheriff’s Department, le bruit et le vandalisme. La plus grande interaction entre le personnel et les détenus
New York)
permet aux agents d’anticiper les problèmes et de les traiter de manière proactive.
Il semble également que les détenus qui purgent leur peine dans une prison à
supervision directe ont de meilleures chances de mener une existence productive
à la fin de leur peine.2
Indicateurs Un certain nombre d’administrations pénitentiaires rassemblent des informations sur les
parmi les violations planifiées du contrôle ou de la sécurité en demandant à certains détenus de donner
des informations sur les autres détenus, dans l’anonymat. Cette procédure comporte de grands
détenus
risques. En effet, si un indicateur est découvert par les autres détenus, ils expriment souvent leur
colère avec une violence extrême. Les indicateurs peuvent donner des informations inexactes
afin de persécuter d’autres détenus ou de maintenir leur contrôle sur eux. Le fait même de
l’existence d’un système d’indicateurs ou le fait de soupçonner son existence peut créer un
climat de tension, de suspicion et de violence dans une prison. La mise en place d’un système
dans lequel les membres du personnel apprennent à connaître les détenus individuellement,
comme le décrit ce manuel, permettra d’obtenir des informations beaucoup plus fiables sur les
problèmes de sécurité et de contrôle.
Emploi des Chaque système pénitentiaire doit posséder des procédures claires et transparentes concernant
instruments de l’utilisation des instruments de contrainte; les principaux membres du personnel doivent être
formés à leur emploi. Ces procédures doivent être spécifiques relativement :
contrainte
aux situations dans lesquelles les instruments de contrainte peuvent être utilisés;
à l’identité des personnes pouvant autoriser leur emploi;
à la manière de les employer;
à l’identité de la personne qui doit surveiller l’application des procédures prescrites.
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Les Les instruments de contrainte tels que les menottes, chaînes, fers et camisoles de force,
instruments doivent uniquement être utilisés dans des circonstances exceptionnelles. On ne doit en aucun
cas les utiliser à la place d’autres mesures de sécurité physique. Par exemple, il n’est jamais
de contrainte
permis d’enchaîner les détenus par la cheville ou le poignet à un mur ou à une barre de fer, soit
sont le dernier individuellement soit en groupe, simplement parce que la sécurité physique du bâtiment n’est
recours pas suffisante.
Les instruments de contrainte ne doivent pas être utilisés automatiquement lorsqu’un détenu
est transféré d’un lieu à un autre, soit au sein d’une prison soit hors de la prison. Dans chaque
cas, leur emploi doit se fonder sur une évaluation individuelle du risque que représente le
détenu.
Les instruments de contrainte doivent uniquement s’utiliser en dernier ressort, pour maîtriser
un détenu violent qui menace la sécurité des autres. Dès que cette personne cesse son
comportement violent, il faut supprimer l’instrument de contrainte. C’est seulement dans
des circonstances exceptionnelles que l’on doit utiliser des instruments de contrainte pour
empêcher un détenu de s’automutiler. Les meilleures pratiques suggèrent que cela est
rarement nécessaire car il existe d’autres méthodes pour empêcher les automutilations.
Autorisation Le membre dirigeant du personnel en fonction doit autoriser l’emploi des instruments de
d’utiliser les contrainte et s’assurer qu’ils sont utilisés correctement. Le directeur de la prison et un agent
médical doivent rendre visite dans les plus brefs délais à tout détenu contraint suite à un
instruments de
comportement violent ou à une automutilation et doit donner son autorisation pour que l’on
contrainte continue à employer ces instruments, si nécessaire. La décision et la procédure employée
pour chaque utilisation des instruments de contrainte doivent être surveillées de près par la
hiérarchie et, selon les meilleures pratiques, par un surveillant indépendant autorisé.
Sécurité hors Soit les autorités pénitentiaires, soit une autre autorité appropriée doivent prendre en charge
de la prison la garde d’un détenu lorsqu’il se trouve hors du périmètre de la prison, par exemple durant
un transfert dans une autre prison ou dans un tribunal ou un hôpital civil. On doit accorder
une attention particulière au niveau de sécurité à employer lorsqu’un détenu doit passer une
période à l’hôpital pour des soins.
Quelles que soient les circonstances, la sécurité ne doit pas gêner le traitement médical. La
nature de la sécurité physique nécessaire durant ces périodes peut varier en fonction du
risque que représente le détenu individuel mais le principe doit toujours être d’appliquer la
classification de sécurité la plus basse possible pour assurer la garde du détenu. L’instrument
de contrainte employé le plus souvent dans ces circonstances est une paire de menottes.
Lorsqu’un détenu a été escorté au tribunal avec des instruments de contrainte, ils doivent être
enlevés avant l’audience, sauf autorisation contraire du juge ou magistrat en fonction.
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Les instruments internationaux
Déclaration sur la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées, Article 7 :
Aucune circonstance quelle qu’elle soit, qu’il s’agisse d’une menace de guerre, d’une
guerre, d’une instabilité politique intérieure ou de toute autre situation d’exception, ne
peut être invoquée pour justifier des disparitions forcées.
Déclaration sur la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées, Article
10(2) :
Des informations exactes sur la détention de ces personnes et sur le lieu où elles se trouvent,
y compris sur leur transfert éventuel, sont rapidement communiquées aux membres de leur
famille, à leur avocat ou à toute personne légitimement fondée à connaître ces informations,
sauf volonté contraire manifestée par les personnes privées de liberté.
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En pratique
Droit de Le Chapitre 3 consacré aux procédures d’admission fait référence à la nécessité d’aviser les
contact de la membres de la famille et les représentants juridiques lorsqu’une personne est privée de liberté.
Aucune circonstance ne justifie le refus par les autorités pénitentiaires d’indiquer aux membres
famille et de de la famille ou à l’avocat qu’une personne est détenue et le lieu de sa détention. La seule
l’avocat exception à cette règle est lorsque la personne elle-même le demande.
Toutes les personnes privées de liberté ont un droit d’accès à un avocat, en privé, c’est-à-
dire hors de portée de l’ouïe du personnel. Le droit d’accès à un avocat pour les prisonniers
prévenus est traité au chapitre 11.
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En pratique
Un minimum La tâche des autorités pénitentiaires est d’appliquer la sentence prononcée par le tribunal
de restrictions en privant les détenus de liberté. Leur rôle n’est pas d’imposer de nouvelles restrictions aux
détenus afin d’augmenter la souffrance inhérente à cette peine. Au contraire, elles doivent
faire tout leur possible pour minimiser toute différence entre la vie en prison et la vie libre. Une
des raisons de le faire, comme on l’a indiqué au chapitre 7, est d’augmenter les chances de
réinsertion du détenu dans la société civile, en tant que citoyen respectueux de la loi, après
avoir purgé sa peine. Les membres du personnel doivent également comprendre que cette
méthode de gestion des prisons peut améliorer la sécurité, la sûreté et l’ordre.
Ne jamais Dans une prison bien gérée, tous les détenus sont traités de manière égale. Dans la mesure
employer les du possible, on doit les encourager à participer à des activités constructives durant leur
période en prison, comme on l’explique au chapitre 7. Parmi ces activités, citons le fait de
détenus pour
participer à certains aspects de la gestion quotidienne de la prison, comme le travail dans
contrôler les cuisines ou à l’infirmerie. Les détenus qui possèdent des compétences ou qui ont un bon
d’autres niveau d’éducation peuvent également être encouragés à aider les autres détenus dans ces
détenus domaines. Mais il n’est jamais autorisé d’employer ou d’utiliser des détenus pour contrôler
d’autres détenus. Cela se produit parfois lorsqu’il manque du personnel. Ces détenus
bénéficient souvent d’avantages comme un meilleur espace de vie, une meilleure alimentation
ou d’autres avantages, pour les encourager à surveiller ou gérer d’autres détenus. Ces
arrangements présentent toujours le risque d’être abusés et ne doivent jamais être autorisés.
Gestion ferme Une administration pénitentiaire professionnelle doit faire en sorte que ses prisons soient
mais légitime sûres, sécurisées et bien ordonnées mais pas gérées de manière oppressive ou brutale.
Ceci n’est pas facile. Il faut adopter une stratégie cohérente, ni trop sévère ni trop libérale. La
essentielle
grande majorité des détenus apprécient une gestion ferme et juste de la part du personnel, car
si les membres du personnel ne contrôlent pas une prison le vide qui en résulte est occupé par
les détenus les plus forts.
GÉR E R D E S P R I S O N S S É C U R I S É E S , S Û R E S E T O Ù R È GN E L ’ O RDR E
69
(2) Les membres du personnel pénitentiaire doivent subir un entraînement physique
spécial qui leur permet de maîtriser les détenus violents.
(3) Sauf circonstances spéciales, les agents qui assurent un service les mettant en contact
direct avec les détenus ne doivent pas être armés. Par ailleurs, on ne doit jamais
confier une arme à un membre du personnel sans que celui-ci ait été entraîné à son
maniement.
En pratique
Mieux vaut Le premier message que les membres du personnel doivent assimiler est : « mieux vaut prévenir
prévenir que que guérir ». Il est extrêmement rare qu’un incident majeur se produise sans avertissement préalable.
Dans pratiquement tous les cas, il existe des indications d’une augmentation des tensions chez
guérir certains détenus ou parmi certains groupes. C’est dans ce type de situation que les avantages de
la sécurité dynamique se font sentir. Lorsqu’un membre du personnel vigilant entre dans un bloc de
cellules ou dans une zone de travail où des tensions existent, il prend immédiatement conscience
que quelque chose ne va pas. Il détecte la tension qui règne dans l’air. Comme il connaît tous ses
détenus, il peut identifier ceux qui sont perturbés ou qui risquent de se comporter violemment et
peut les confronter de manière à éviter le déclenchement de violence. Il est également plus difficile
pour les détenus qui souhaitent créer des problèmes d’inciter d’autres détenus à les suivre si le
comportement général du personnel est juste et cohérent. Mais même lorsqu’il existe une bonne
sécurité dynamique, des explosions de violence individuelle ou collective peuvent se produire.
GÉR E R D E S P R I S O N S S É C U R I S É E S , S Û R E S E T O Ù R È GN E L ’ O RDR E
70
Besoin de De bonnes relations professionnelles entre les membres du personnel et les détenus sont
dialogue et de un élément essentiel de la sécurité dynamique. Lorsque de telles relations existent, elles
peuvent être mises à profit pour désamorcer les incidents potentiels ou ramener l’ordre par un
négociation
processus de dialogue et de négociation. C’est seulement lorsque ces méthodes échouent ou
sont considérées inappropriées que l’on doit envisager des méthodes physiques pour ramener
l’ordre.
Utilisation Tous les membres du personnel qui sont en contact avec les détenus doivent être formés à
minimale de la l’utilisation de techniques leur permettant de maîtriser physiquement les détenus en utilisant
le minimum de force. Ils ne doivent pas avoir à s’appuyer sur leur force physique supérieure
force pour maîtriser les détenus difficiles. Dans de nombreuses situations, cela n’est pas possible.
Même lorsque c’est possible, cette méthode peut provoquer des blessures graves pour les
membres du personnel comme pour les détenus. Il existe différentes techniques de contrôle
et de contrainte que les membres du personnel peuvent apprendre et qui leur permettront de
prendre le contrôle sans se blesser et sans blesser les détenus concernés. Les membres de la
direction doivent connaître ces techniques et faire en sorte que tous les membres du personnel
aient acquis des compétences de base en la matière, et qu’un nombre suffisant de membres
du personnel suivent une formation avancée sur ces techniques.
Armes Les membres du personnel qui travaillent directement avec les détenus peuvent porter des
armes, comme un bâton ou une matraque, pour se défendre. Les bonnes pratiques indiquent
que ces armes ne doivent pas être portées de manière ostentatoire ou menaçante. Une
pratique courante est de porter un bâton dans une poche spéciale du pantalon pour qu’il ne
soit pas visible tout en restant à portée de main. Les matraques plus grosses ne doivent pas
être portées régulièrement ; elles doivent être rangées dans des endroits stratégiques pour
qu’elles puissent être distribuées rapidement en cas d’urgence. Il n’est pas recommandé
d’autoriser les membres du personnel qui travaillent directement avec les détenus à porter des
armes à feu ou des armes similaires, qui pourraient être utilisées de manière inappropriée ou
tomber entre les mains des détenus.
Utilisation des Dans certains systèmes pénitentiaires, les membres du personnel qui surveillent le périmètre
armes à feu de la prison sont armés. Ces personnes doivent avoir des instructions claires concernant les
circonstances dans lesquelles ces armes peuvent être utilisées. Ces circonstances doivent se
limiter aux situations où des vies sont directement menacées, soit la vie de l’agent concerné,
soit celle d’un tiers. Il n’est pas permis de tirer sur un détenu simplement parce qu’il est
en train de s’évader. Il doit exister des circonstances exceptionnelles supplémentaires qui
poussent le tireur à conclure que le détenu en train de s’évader représente une menace
immédiate pour la vie d’une autre personne et qu’il ne peut être arrêté par aucun autre
moyen. Les Principes de base sur le recours à la force et l’utilisation des armes à feu par les
responsables de l’application des lois sont très explicites à cet égard.
Les administrations pénitentiaires doivent établir des directives et procédures claires relatives
à l’utilisation de la force ou des armes à feu, ainsi qu’un programme de formation destiné aux
membres du personnel qui peuvent être autorisés à les utiliser. Ces procédures doivent inclure
des dispositions officielles pour mener une enquête sur tout incident durant lequel la force ou
des armes à feu sont utilisées.
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71
Conditions de sécurité maximale
Dans certaines juridictions, certains groupes de détenus sont maintenus, généralement en
isolement, dans des conditions de sécurité maximale. Dans certains cas, il peut s’agir d’une
condition imposée par les tribunaux dans le cadre de la peine du détenu mais dans de
nombreux cas les détenus sont affectés à ces conditions suite à une évaluation de sécurité
réalisée par l’administration pénitentiaire. Les instruments internationaux affirment clairement
que toutes les restrictions doivent se limiter au minimum nécessaire.
En pratique
Utilisation Lorsqu’un grand nombre de détenus sont placés dans des installations de sécurité maximale,
minimale de celles-ci risquent d’être excessives et disproportionnées pour beaucoup de détenus par
rapport au risque potentiel qu’ils représentent. En règle générale, les détenus doivent
la sécurité seulement être placés dans des conditions de sécurité maximale lorsque leur comportement
maximale a montré qu’ils représentent un danger tel pour la sécurité que l’administration pénitentiaire
spéciale n’a pas d’autre choix. Toute affectation à de telles conditions doit se limiter à la période la plus
courte possible et doit faire l’objet d’une revue continuelle du comportement de chaque détenu
concerné.
Isolement De nombreuses installations spéciales de haute sécurité font usage de l’isolement virtuel des
virtuel à éviter détenus, avec une interaction minimale ou nulle avec les membres du personnel et les autres
détenus. Cet aspect, en lui-même, supprime une opportunité importante pour les détenus de
démontrer qu’ils ont changé le comportement qui leur a valu d’être affecté à ces conditions.
2 de mettre en œuvre les mesures de sécurité uniquement dans les limites où elles
s’imposent ;
3 d’exécuter les mesures de sécurité dans le respect de la dignité humaine et des droits
de l’homme ;
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4 de s’assurer que les mesures de sécurité soient adaptées aux exigences, qui sont
susceptibles de changer, des différentes catégories de dangerosité ;
5 de contrebalancer, dans toute la mesure du possible, les éventuels effets négatifs des
conditions de détention de sécurité renforcée ;
6 d’accorder toute l’attention nécessaire aux problèmes de santé qui pourraient résulter
des conditions de détention de sécurité renforcée ;
9 de faire en sorte que, là où elles existent, les unités de sécurité renforcée comprennent
un nombre approprié de places et de membres du personnel ainsi que tous les moyens
nécessaires ;
10 d’assurer une formation et une information adéquates du personnel de tous les niveaux
concerné par la détention et le traitement des détenus dangereux.
En pratique
L’isolement Il existe au moins deux modèles pour gérer les détenus violents et perturbateurs. Le premier
n’est pas une est de les placer en isolement, soit seuls soit avec un ou deux autres détenus. Selon ces
dispositions, les détenus passent toute la journée et toute la nuit dans leur espace de vie. Dans
bonne pratique
les cas les plus extrêmes, les détenus n’ont aucun accès à des activités ou à des stimulations
externes et n’ont absolument rien à faire. On peut leur autoriser une heure de récréation
solitaire dans une cage d’exercice vide, à l’extérieur. Chaque fois qu’ils quittent leur cellule, ils
subissent une fouille corporelle et on leur met des fers. Dans certaines juridictions, les détenus
peuvent passer plusieurs années sous ce type de régime. Cette manière de traiter les détenus,
même les plus dangereux, n’est pas une bonne pratique et découle souvent d’une absence de
techniques de gestion correctes.
Séparation en Un modèle beaucoup plus positif est celui qui consiste à placer les détenus difficiles dans de
petites unités petites unités de dix détenus au maximum, car on part du principe qu’il est possible de fournir
un régime positif aux détenus difficiles en les confinant à une « isolation de groupe » au lieu
de les soumettre à une ségrégation individuelle. Le principe sur lequel ces unités fonctionnent
est qu’il doit être possible pour un personnel ayant suivi une formation professionnelle de
mettre au point un régime positif et actif pour les détenus les plus dangereux. L’intention est
que les détenus, au sein d’un périmètre sécurisé, puissent se déplacer relativement librement
dans les unités et suivre une routine normale dans la prison. Dans un tel environnement, les
détenus seront mis en isolement uniquement lorsque toutes les autres méthodes ont échoué
et uniquement pour de courtes périodes.
L’exception et L’une des conclusions les plus importantes de la Recommandation du Conseil de l’Europe
pas la règle citée ci-dessus est que ce groupe de détenus est l’exception et non pas la règle. Ils ne sont
pas typiques des détenus à long terme et les problèmes qu’ils présentent ne doivent pas être
généralisés pour couvrir le groupe de détenus bien plus important qui purgent des peines de
longue durée.
Un test du La manière dont les agents pénitentiaires traitent le petit groupe de détenus violents qui
professionnal- refusent de se conformer aux attentes légitimes est le plus grand test du professionnalisme
du personnel pénitentiaire. La manière dont les autorités pénitentiaires réagissent, au nom du
isme
reste de la société, face aux personnes qui ont peu ou pas de respect pour les autres êtres
humains est également un véritable test de l’humanité de chacun.
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73
6 Les procédures disciplinaires
et les sanctions
Le contexte
La suprématie Il est important de reconnaître que la suprématie du droit ne s’arrête pas à la porte de la
du droit doit prison. Par exemple, une personne agressée en prison est tout autant habilitée à bénéficier de
la protection des lois criminelles qu’une personne agressée dans un lieu public. La pratique
exister en
normale dans toutes les prisons où un acte criminel grave s’est produit ou est allégué doit
prison être d’avoir recours à un système d’enquête similaire à celui qui s’utilise dans la société civile.
Dans certaines juridictions, des juges ou magistrats spéciaux sont nommés pour remplir cette
fonction dans les prisons. Dans d’autres juridictions, le parquet ou la police sont informés et
ont la possibilité de mener une enquête comme si l’infraction s’était produite hors de la prison.
Il est possible qu’un incident, qui est considéré grave dans le contexte de la prison, ne soit pas
considéré par les autorités comme exigeant une enquête. Par exemple, lorsqu’on découvre
qu’un détenu possède une petite quantité de stupéfiants pour sa consommation personnelle
ou lorsqu’une agression s’est produite durant laquelle personne n’a été gravement blessé. Par
contre, une agression durant laquelle une arme est utilisée ou qui entraîne la fracture d’un os
ou d’un membre, justifie généralement qu’on informe le parquet ou la police. Une manière de
traiter ces questions est que les autorités pénitentiaires et les autorités d’enquête définissent
ensemble une politique concernant les types d’incidents dont le parquet ou la police souhaitent
être informés.
Besoin de Par nature, les prisons sont des institutions fermées dans lesquelles des groupes importants
procédures de personnes sont détenus contre leur gré, dans des conditions confinées. De temps à autre,
il est inévitable que certains détenus enfreignent les règles et règlements de la prison, et ce de
claires pour différentes manières. Cela peut prendre la forme d’une agression physique contre une autre
traiter les personne, du vol d’un article, du refus de respecter la routine quotidienne, de la désobéissance
manquements à un ordre légitime, de la tentative d’introduire dans la prison des articles interdits ou d’autres
à la discipline formes encore. Il doit exister un ensemble de procédures claires pour traiter ces incidents.
Discipline Ce chapitre du manuel s’intéresse à la procédure à suivre pour traiter les manquements à la
administrative discipline de la prison lorsque ces manquements sont principalement de nature administrative
et lorsqu’il n’est pas nécessaire de les communiquer à des agences externes judiciaires ou
d’enquête.
Normes Dans les cas où des autorités externes entrent en jeu, ces dernières doivent faire appel aux
externes mêmes critères que si l’accusé n’était pas déjà un détenu.
les P R O C ÉD U R E S D I S C I P L I N A I R E S E T les S A N C T I O N S
75
L’équité des procédures disciplinaires
2 Toute personne détenue ou emprisonnée a le droit d’être entendue avant que des
mesures d’ordre disciplinaire soient prises à son égard. Elle a le droit d’intenter un
recours contre ces mesures devant l’autorité supérieure.
(2) Si le détenu est illettré, ces informations doivent lui être fournies oralement.
En pratique
Respecter Comme dans tous les domaines de la justice administrative, il est important de respecter
la justice les principes de la justice naturelle. Le premier d’entre eux est que tous les détenus doivent
connaître à l’avance les règles et règlements de la prison. Toutes les prisons doivent donc
naturelle posséder un règlement qui répertorie clairement les actes ou omissions qui constituent un
manquement à la discipline de la prison et qui peuvent entraîner des sanctions disciplinaires
formelles. Ce règlement doit avoir le statut d’un document légal. Dans de nombreux pays il
devra être approuvé par le Parlement.
les P R O C ÉD U R E S D I S C I P L I N A I R E S E T les S A N C T I O N S
76
Le règlement doit être rendu public dans la prison ; un exemplaire doit être mis à la disposition
de chaque détenu à son arrivée dans l’établissement. La nécessité de le faire, en termes
généraux, est mentionnée au chapitre 3. On doit prendre des dispositions pour que les
détenus illettrés puissent avoir connaissance de ce règlement.
Respecter des Tout détenu qui fait l’objet de procédures disciplinaires a le droit de savoir à l’avance quel
procédures est le chef d’accusation et qui l’a prononcé. Sans délai excessif, l’autorité compétente doit
entendre toute inculpation de ce type. On doit donner au détenu un temps suffisant pour
correctes
préparer sa défense. Le membre du personnel qui a déposé l’accusation aura peut-être
également besoin de temps pour rassembler toutes les preuves disponibles. Mais cela ne doit
pas être utilisé comme une opportunité pour retarder la procédure, notamment si le détenu est
placé en isolement en attendant l’audience. Dans ce cas, tout retard excessif représenterait
une sanction informelle. On doit également garder cela à l’esprit dans les situations où les
détenus sont placés en isolement en attendant une enquête par une autorité externe.
Une autorité L’affaire doit être entendue par une autorité compétente. Dans certaines juridictions,
compétente des magistrats indépendants ou juges spécialisés sont nommés pour entendre les
affaires disciplinaires dans les prisons. L’avantage d’un tel arrangement est qu’il introduit
doit entendre
l’indépendance judiciaire et de meilleures chances de respect des procédures correctes. Dans
les affaires d’autres juridictions, comme la Turquie, il existe une commission spéciale pour les audiences
disciplinaires. Dans d’autres encore, comme au Royaume-Uni, c’est le directeur de la prison
qui entend ces affaires.
Lorsque des audiences disciplinaires sont menées par les membres de direction de la prison,
il est important de faire en sorte que ces personnes aient suivi une formation appropriée et
qu’elles n’aient aucune connaissance préalable de l’affaire qu’elles vont entendre.
Préparer Dans tous les cas, le détenu accusé doit être présent à l’audience. Il doit entendre les preuves
une défense telles qu’elles sont présentées et doit avoir la possibilité de poser des questions au membre
du personnel qui présente l’affaire. Si un détenu est dans l’incapacité de se défendre, quelle
convenable
qu’en soit la raison, il doit être autorisé à appeler une autre personne pour l’aider. Si l’affaire est
complexe ou si la sanction potentielle est sévère, il convient d’envisager de fournir au détenu
un avocat.
Droit de faire Si le détenu est prononcé coupable, il doit avoir le droit de faire appel à une autorité
appel supérieure.
Avertissements Dans certaines administrations, il est habituel d’émettre un avertissement informel en cas
informels de manquement mineur à la discipline, avant de prendre des mesures formelles. Une telle
procédure peut s’avérer utile pour alerter un détenu que son comportement provoque des
inquiétudes. Mais il faut prendre soin d’utiliser ces avertissements de manière juste et régulière.
Ils ne doivent pas entraîner l’existence d’un système de sanctions officieuses.
les P R O C ÉD U R E S D I S C I P L I N A I R E S E T les S A N C T I O N S
77
Les instruments internationaux
(2) Aucun détenu ne peut être puni sans être informé de l’infraction qu’on lui reproche
et sans qu’il ait eu l’occasion de présenter sa défense. L’autorité compétente doit
procéder à un examen complet du cas.
(2) Il en est de même pour toutes les autres mesures punitives qui risqueraient d’altérer
la santé physique ou mentale des détenus. En tout cas, de telles mesures ne devront
jamais être contraires au principe posé par la règle 31, ni s’en écarter.
(3) Le médecin doit visiter tous les jours les détenus qui subissent de telles sanctions
disciplinaires et doit faire rapport au directeur s’il estime nécessaire de terminer ou
modifier la sanction pour des raisons de santé physique ou mentale.
les P R O C ÉD U R E S D I S C I P L I N A I R E S E T les S A N C T I O N S
78
En pratique
Sanction Un détenu ne peut être puni qu’après une audience disciplinaire formelle, réalisée selon les
toujours procédures décrites ci-dessus, qui le prononce coupable. De telles audiences doivent être
menées sur une base individuelle. Si, par exemple, il s’est produit un refus en masse d’obéir à
individuelle
une règle ou une agression de la part de plusieurs détenus, le cas de chacun d’entre eux doit
être entendu séparément et les sanctions doivent être imposées individuellement.
Jamais deux Aucun détenu ne peut être puni deux fois pour la même infraction. Si l’infraction, par exemple
sanctions une agression ou une tentative d’évasion, a été portée devant un tribunal externe, il ne faut pas
organiser d’audience disciplinaire interne.
pour la même
infraction
Sanctions Parmi les sanctions administratives, citons un avertissement formel enregistré, l’exclusion des
administratives activités de travail, la perte du salaire (lorsqu’il est versé pour du travail réalisé en prison), la
restriction de la participation aux activités récréatives, la restriction de l’utilisation de certains
effets personnels et la restriction des déplacements dans la prison. Les sanctions ne doivent
pas inclure la restriction du contact avec la famille, qu’il s’agisse des lettres ou des visites.
Toute autre considération mise à part, il s’agirait d’une sanction pour la famille ou les amis du
détenu.
Restrictions La sanction imposée par une audience disciplinaire doit toujours être proportionnée à
concernant les l’infraction commise. Il existe des interdictions spécifiques de toutes formes de châtiments
corporels, de la mise au cachot obscur et de toutes les punitions cruelles, inhumaines ou
sanctions
dégradantes. On considère aujourd’hui généralement qu’une réduction de la nourriture est une
forme de châtiment corporel qui constitue une sanction inhumaine ; ceci reflète l’opinion des
professionnels qui s’est développée depuis l’approbation de l’Ensemble de règles minima par
les Nations Unies en 1957.
Pas d’instruments On ne doit jamais utiliser les instruments de contrainte comme sanctions. Les circonstances
de contrainte dans lesquelles ces instruments peuvent s’employer ont été couvertes au chapitre 5.
comme sanctions
Rôle limité du La participation des médecins à la certification de l’aptitude des détenus à un type de
médecin sanction spécifique est un aspect sensible que l’on aborde au chapitre 4. L’Ensemble de règles
minima (32) prévoit qu’un médecin examine tous les détenus qui doivent subir une sanction
pouvant être néfaste à leur santé physique ou mentale et que le médecin certifie par écrit que
les détenus sont capables de la supporter. Examinée dans son contexte, cette règle a pour
objectif de faire en sorte qu’aucun détenu inapte à supporter une telle sanction ne soit obligé
de le faire; son objectif n’est pas de sous-entendre que le médecin doit approuver la sanction.
Cette Règle doit être comparée aux dispositions des Principes d’éthique médicale applicables
au rôle du personnel de santé, en particulier des médecins, dans la protection des prisonniers
et des détenus contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou
dégradants :
les P R O C ÉD U R E S D I S C I P L I N A I R E S E T les S A N C T I O N S
79
Aucune Il faut expliquer très clairement aux membres du personnel que les seules sanctions pouvant
sanction non être imposées aux détenus sont celles qui suivent une audience disciplinaire formelle. Il est
interdit aux membres du personnel d’utiliser un système de sanctions informel et séparé qui
officielle
contourne les procédures officielles. Les membres de la direction doivent être particulièrement
vigilants à cet égard.
L’isolement
Les instruments internationaux énoncent clairement que l’isolement n’est pas une sanction
appropriée, sauf dans les circonstances les plus exceptionnelles; dans la mesure du possible
on doit éviter d’y avoir recours et on doit prendre des mesures pour l’abolir. Ces instruments
reconnaissent le fait que les périodes d’isolement peuvent être néfastes pour la santé mentale
du détenu.
En pratique
Interdiction Il existe plusieurs formes d’isolement. La forme la plus extrême consiste à enfermer une
de la privation personne entièrement seule, en la privant de l’accès à la lumière, au bruit ou à l’air frais, dans
ce que l’on appelle souvent un « cachot obscur ». Cette forme d’isolement ne doit jamais
sensorielle et être imposée comme sanction. Il doit exister une interdiction similaire de maintenir de petits
des cachots groupes de détenus dans un tel environnement.
obscurs
les P R O C ÉD U R E S D I S C I P L I N A I R E S E T les S A N C T I O N S
80
« Dans un jugement de 1983, la Commission européenne des droits de l’homme
énonçait très clairement les conséquences d’un tel isolement :
Surveillance Une autre forme d’isolement consiste à maintenir un détenu seul dans une cellule, avec un
quotidienne accès normal à la lumière et à l’air, et où il peut entendre les mouvements des détenus dans
les zones adjacentes. On doit utiliser ce type de sanction uniquement dans des circonstances
exceptionnelles et pour de courtes périodes. Dans tous les cas de ce type, les détenus doivent
être suivis tous les jours par un médecin afin de relever toute détérioration de leur santé; si une
telle détérioration se produit, il convient de mettre fin à la sanction.
Risques de Le Comité européen pour la prévention de la torture (CPT) accorde une attention particulière
«
l’isolement au recours à l’isolement ou aux conditions similaires :
Isolement Certaines juridictions emploient l’isolement administratif de plus en plus souvent pour des
et sécurité périodes prolongées ou indéfinies dans le cadre d’un régime spécial de sécurité maximale. Les
dangers de cette procédure sont couverts en détail au chapitre 5.
maximale
les P R O C ÉD U R E S D I S C I P L I N A I R E S E T les S A N C T I O N S
81
7 Les activités constructives
et la réinsertion sociale
Le contexte
Éviter la Priver un être humain de liberté est une sanction très sévère. En lui-même, l’emprisonnement
détérioration est une grave privation de droits ;il doit donc être imposé uniquement par une autorité judiciaire
dans des circonstances clairement définies et lorsqu’il n’existe aucune autre alternative
des détenus
raisonnable. Ce manuel a déjà énoncé que les autorités pénitentiaires ne doivent pas chercher
à augmenter la sanction prononcée par le tribunal en traitant les détenus de manière inhumaine
ou avec une sévérité injustifiée. Au contraire, elles doivent faire tout leur possible pour
empêcher la détérioration physique et mentale des personnes qui leur sont confiées.
Fournir des Il n’est pas suffisant que les autorités pénitentiaires traitent les détenus avec humanité et
opportunités décence. Elles doivent également fournir aux détenus qui leur sont confiés la possibilité de
changer et de se développer. Cela exige des compétences considérables et beaucoup de
de changer
dévouement. La plupart des prisons sont remplies de personnes qui vivaient en marge de
et de se la société. Beaucoup de détenus viennent d’un milieu extrêmement pauvre et de familles
développer perturbées ; beaucoup d’entre eux étaient sans doute sans emploi ; leur niveau intellectuel est
souvent faible ; certains vivaient dans la rue et n’ont aucun réseau social légitime. Il n’est pas
facile de changer les perspectives d’avenir de ces personnes défavorisées.
Obligation de Les prisons doivent être des lieux où il existe un programme complet d’activités constructives
fournir des qui aident les détenus à améliorer leur situation. Au minimum, l’expérience de la prison ne doit
pas mettre les détenus dans une situation pire que celle dans laquelle ils se trouvaient au début
activités
de leur condamnation ; au contraire, cette expérience doit les aider à maintenir et améliorer
leur état de santé, leur niveau intellectuel et leur intégration sociale.
66 (1) A cet effet, il faut recourir notamment aux soins religieux dans les pays où cela
est possible, à l’instruction, à l’orientation et à la formation professionnelle, aux
méthodes de l’assistance sociale individuelle, aux conseils relatifs à l’emploi, au
développement physique et à l’éducation du caractère moral, en conformité des
besoins individuels de chaque détenu. Il convient de tenir compte du passé social
et criminel du condamné, de ses capacités et aptitudes physiques et mentales,
de ses dispositions personnelles, de la durée de la condamnation et de ses
perspectives de reclassement.
L E S A C T I V I T É S C O N S T R U C T I V E S E T L A RÉ I N S E R T I O N S O C I A L E
83
(2) Pour chaque détenu condamné à une peine ou mesure d’une certaine durée, le
directeur de l’établissement doit recevoir, aussitôt que possible après l’admission
de celui-ci, des rapports complets sur les divers aspects mentionnés au paragraphe
précédent. Ces rapports doivent toujours comprendre celui d’un médecin, si possible
spécialisé en psychiatrie, sur la condition physique et mentale du détenu.
(3) Les rapports et autres pièces pertinentes seront placées dans un dossier individuel.
Ce dossier sera tenu à jour et classé de telle sorte qu’il puisse être consulté par le
personnel responsable, chaque fois que le besoin s’en fera sentir.
En pratique
Équiper les Un détenu reclassé n’est pas un détenu qui apprend à bien survivre en prison mais une
détenus pour personne qui réussit dans le monde extérieur à sa libération. Si les autorités pénitentiaires
souhaitent donner la priorité dans leur programme d’activités à ce que le Pacte international
la vie après
relatif aux droits civils et politiques appelle la « réforme et le reclassement social » des détenus,
leur libération les activités fournies dans la prison doivent chercher à donner aux détenus les ressources et
aptitudes nécessaires pour bien vivre hors de la prison. Par exemple, il faut lier le travail que
font les détenus en prison aux possibilités de travail à l’extérieur. On doit aider les détenus
à obtenir les aptitudes et la capacité de gagner leur vie et de subvenir aux besoins de leur
famille, en tenant compte de la discrimination que les anciens détenus risquent de rencontrer
lorsqu’ils recherchent du travail.
Pendant le temps que les hommes et les femmes passent en prison, on doit prendre des
dispositions pour les aider à trouver un endroit où s’installer après leur libération et à créer une
forme de structure sociale qui les aidera à se faire accepter dans la société.
Utiliser les Aucune de ces choses n’est facile à faire, notamment lorsque de nombreuses juridictions
organisations souffrent de surpeuplement grave, d’un manque de personnel pénitentiaire formé et de peu
d’opportunités pour créer des liens avec le monde extérieur, sans parler de la réception hostile
de la société
réservée aux détenus par la société lorsqu’ils quittent la prison. Les principes énoncés dans ce
chapitre établissent un objectif que les administrations pénitentiaires doivent tenter d’atteindre,
dans les limites des ressources dont elles disposent. Les administrations peuvent également
envisager de développer des partenariats avec la société civile et les organismes éducatifs
«
dans la communauté, afin de renforcer les opportunités pour les détenus.
Sur l’île Maurice, le ministre d’état chargé des prisons souhaitait développer les
possibilités de réinsertion sociale des détenus et lutter contre le préjudice auquel
sont confrontés les anciens détenus, notamment dans une société restreinte, où
la plupart des gens se connaissent. Il a donc invité les médias à visiter les prisons
au cours d’une semaine portes ouvertes : les journalistes pouvaient interroger les
détenus et les membres du personnel sur les problèmes auxquels les détenus sont
confrontés à leur sortie et ont encouragé un débat sur l’importance des efforts de
la part de la société pour aider les anciens détenus à se reclasser.
L E S A C T I V I T É S C O N S T R U C T I V E S E T L A RÉ I N S E R T I O N S O C I A L E
84
Lorsque l’on organise des activités de réinsertion pour les détenus et lorsqu’on choisit les
détenus qui vont y participer, le milieu du détenu est un facteur important dans cette décision.
69 Dès que possible après l’admission et après une étude de la personnalité de chaque
détenu condamné à une peine ou mesure d’une certaine durée, un programme de
traitement doit être préparé pour lui, à la lumière des données dont on dispose sur
ses besoins individuels, ses capacités et son état d’esprit.
En pratique
Encourager la Chaque personne qui arrive en prison a déjà connu un certain nombre d’expériences dans sa
personne à se vie, et pratiquement tous les détenus seront un jour libérés. Pour qu’une personne bénéficie
de la période qu’elle passe en prison, cette expérience doit être liée à ce qui va se passer
développer
après la remise en liberté. La meilleure manière d’y parvenir est de préparer un plan pour que
le détenu puisse utiliser les différentes installations disponibles dans la prison. On doit proposer
aux détenus des activités pour qu’ils ne soient pas désœuvrés et qu’ils aient un but. Toutes les
activités, qu’il s’agisse de travail agricole, d’apprendre à lire ou de participer à des programmes
culturels et artistiques, doivent être organisées de manière à contribuer à une atmosphère
dans laquelle les détenus ne se détériorent pas et développent de nouvelles aptitudes qui les
aideront à leur sortie de prison.
Détenus qui Les détenus qui purgent une peine courte disposent de peu de temps pour entamer des
purgent des activités utiles. Dans ce cas, on donne la priorité à la protection des liens avec la famille et avec
le monde extérieur.
peines courtes
On ne doit pas oublier que l’emploi n’est qu’un aspect de la réinsertion sociale. Un programme
complet exige de mettre en place des opportunités pour développer toutes les aptitudes
nécessaires afin de réintégrer la société ; différentes sociétés exigent différentes aptitudes. Le
chapitre 8 aborde d’autres initiatives importantes qui permettent de maintenir les liens avec la
communauté extérieure.
L E S A C T I V I T É S C O N S T R U C T I V E S E T L A RÉ I N S E R T I O N S O C I A L E
85
Les instruments internationaux
(c) N’est pas considéré comme « travail forcé ou obligatoire » au sens du présent
paragraphe :
(i) Tout travail ou service, non visé à l’alinéa b, normalement requis d’un individu
qui est détenu en vertu d’une décision de justice régulière ou qui, ayant fait
l’objet d’une telle décision, est libéré conditionnellement.
(2) Tous les détenus condamnés sont soumis à l’obligation du travail, compte tenu de leur
aptitude physique et mentale telle qu’elle sera déterminée par le médecin.
(3) Il faut fournir aux détenus un travail productif suffisant pour les occuper pendant la
durée normale d’une journée de travail.
(4) Ce travail doit être, dans la mesure du possible, de nature à maintenir ou à augmenter
leur capacité de gagner honnêtement leur vie après la libération.
(5) Il faut donner une formation professionnelle utile aux détenus qui sont à même d’en
profiter et particulièrement aux jeunes.
(6) Dans les limites compatibles avec une sélection professionnelle rationnelle et avec
les exigences de l’administration et de la discipline pénitentiaire, les détenus doivent
pouvoir choisir le genre de travail qu’ils désirent accomplir.
(2) Cependant, l’intérêt des détenus et de leur formation professionnelle ne doit pas être
subordonné au désir de réaliser un bénéfice au moyen du travail pénitentiaire.
(2) Lorsque les détenus sont utilisés pour des travaux qui ne sont pas contrôlés par
l’administration, ils doivent toujours être placés sous la surveillance du personnel
pénitentiaire. A moins que le travail ne soit accompli pour d’autres départements de
l’État, les personnes auxquelles ce travail est fourni doivent payer à l’administration
le salaire normal exigible pour ce travail, en tenant compte toutefois du rendement
des détenus.
L E S A C T I V I T É S C O N S T R U C T I V E S E T L A RÉ I N S E R T I O N S O C I A L E
86
Ensemble de règles minima pour le traitement des détenus, Règle 74 :
(1) Les précautions prescrites pour protéger la sécurité et la santé des travailleurs libres
doivent également être prises dans les établissements pénitentiaires.
(2) Des dispositions doivent être prises pour indemniser les détenus pour les accidents
du travail et les maladies professionnelles, à des conditions égales à celles que la loi
accorde aux travailleurs libres.
(2) Les heures ainsi fixées doivent laisser un jour de repos par semaine et suffisamment
de temps pour l’instruction et les autres activités prévues pour le traitement et la
réadaptation des détenus.
(2) Le règlement doit permettre aux détenus d’utiliser au moins une partie de leur
rémunération pour acheter des objets autorisés qui sont destinés à leur usage personnel
et d’en envoyer une autre partie à leur famille.
(3) Le règlement devrait prévoir également qu’une partie de la rémunération soit réservée
par l’administration afin de constituer un pécule qui sera remis au détenu au moment
de sa libération.
En pratique
La valeur du Les détenus ne doivent pas passer leurs journées dans l’oisiveté ou la monotonie. Cela est
travail important pour leur bien-être, ainsi que pour la bonne gestion de la prison : les détenus qui ne
sont pas occupés sont plus souvent déprimés et disruptifs. Cet aspect est lié au concept de
la sécurité dynamique, que l’on a décrit au chapitre 5 de ce manuel. Mais il existe une raison
beaucoup plus positive pour laquelle il faut fournir du travail aux détenus. En effet, certaines
personnes participent à des activités criminelles car elles n’ont pas de source légitime de
revenus, souvent car elles ne peuvent pas trouver d’emploi. C’est peut-être parce qu’elles
n’ont jamais travaillé régulièrement et n’ont donc pas acquis la discipline nécessaire pour suivre
un régime quotidien régulier. Certaines personnes souhaitent travailler mais ne possèdent pas
les aptitudes et la formation nécessaires pour trouver un emploi régulier.
Conditions de Le travail obligatoire ou forcé est toujours interdit. Par contre, les instruments internationaux
travail énoncent clairement que le travail effectué par les détenus ne tombe pas automatiquement
dans cette catégorie. Les détenus condamnés peuvent être forcés à travailler, pourvu que l’on
respecte certains critères. En voici la liste :
le travail doit les aider à acquérir des aptitudes qui leur seront utiles après leur remise en
liberté ;
les conditions de travail doivent être largement similaires à celles de tout lieu de travail
civil, notamment en ce qui concerne les exigences de santé et de sécurité ;
les heures de travail ne doivent pas être excessives et doivent laisser du temps pour
d’autres activités.
L E S A C T I V I T É S C O N S T R U C T I V E S E T L A RÉ I N S E R T I O N S O C I A L E
87
Développer Le travail en prison peut avoir deux buts principaux. Le premier est simple : encourager les
une routine détenus à participer à une routine régulière qui exige de se lever, de se rendre dans un lieu de
travail et de passer plusieurs heures chaque jour à travailler avec d’autres personnes, de manière
organisée. Mais cela n’est pas suffisant. On n’obtiendra pas de bons résultats en forçant les
détenus à se rendre chaque jour dans un atelier où le travail est monotone et sans aucune utilité.
Le pire exemple de ce type de situation est le système utilisé au XIXe siècle, qui consistait à
demander aux détenus de faire tourner de grands cylindres remplis de sable pendant des heures
chaque jour, sans aucun but. Il existe de nombreux équivalents modernes de ce type de travail
dénué de sens.
Développer les L’autre objectif du travail en prison est de donner aux détenus la confiance et les compétences
compétences nécessaires pour réaliser un travail utile, qui leur donne l’impression d’apprendre quelque chose
qui les aidera à trouver un emploi lorsqu’ils auront purgé leur peine. Le travail en prison doit donc
être lié à une formation qui cherche à fournir aux détenus les compétences pratiques qui les
aideront à obtenir des qualifications pour trouver du travail en tant qu’artisans dans le secteur du
bâtiment, de l’ingénierie, de l’administration ou de l’agriculture. Il peut également être possible
d’inclure une formation portant sur des compétences nouvelles, comme l’informatique. Cette
formation professionnelle est particulièrement importante pour les jeunes détenus. Lorsqu’on
conçoit ces programmes, il est très important de tenir compte des types d’opportunités d’emploi
qui peuvent exister dans la communauté locale où le détenu sera reclassé.
Les femmes Les besoins particuliers des femmes en prison sont traités au chapitre 13. Il est important
en prison qu’elles aient accès à une gamme complète d’opportunités de travail en prison. On ne doit pas
les limiter à des activités telles que la couture ou le travail manuel.
Moyens de Dans de nombreux pays, les administrations pénitentiaires ont beaucoup de mal à trouver
trouver du suffisamment de travail pour les détenus. Il existe différents modèles pour résoudre ce problème.
travail Dans certaines juridictions, d’autres ministères d’état doivent fournir certains types
de travaux à l’administration pénitentiaire. Il peut s’agir de contrats internes de l’état.
En Afrique du Sud, par exemple, tout le mobilier des bureaux des fonctionnaires est
fabriqué par des détenus. Il peut s’agir aussi de travaux réalisés au nom d’agences
externes, par exemple la fabrication de plaques d’immatriculation pour les véhicules.
Dans de nombreux cas, les membres du personnel pénitentiaire peuvent faire preuve
de créativité pour trouver du travail utile aux détenus. Certains détenus peuvent, par
exemple, acquérir des compétences utiles en travaillant avec le personnel de la prison
pour entretenir et réparer les bâtiments de la prison. Lorsque la prison possède des
terrains, les détenus travaillent, supervisés, pour cultiver ces terrains afin de produire
de la nourriture pour eux-mêmes et pour d’autres personnes. Les détenus peuvent
également participer à des tâches quotidiennes essentielles comme le travail dans les
cuisines et le nettoyage.
Il existe de nombreux exemples de situations pour lesquelles les détenus peuvent aider
les organisations gouvernementales et non-gouvernementales dans leur travail avec les
personnes défavorisées, par exemple en fabriquant des meubles pour un foyer pour
sans-abris ou des jouets pour un foyer d’enfants.
Certains détenus peuvent devenir des travailleurs indépendants ou travailler dans de
petites coopératives à leur sortie de prison. Les détenus peuvent utiliser et développer
les aptitudes qu’ils possèdent déjà pour fabriquer des objets qui peuvent être
commercialisés. Ils peuvent alors continuer ce travail après leur sortie de prison, sans se
heurter à la discrimination.
Depuis quelques années, les entreprises commerciales et industrielles du secteur privé
jouent un rôle plus actif pour fournir du travail aux détenus. Lorsque cela se produit,
les autorités pénitentiaires doivent s’assurer que les détenus ne sont pas utilisés
simplement pour permettre aux entreprises de trouver une main-d’œuvre moins chère
que sur le marché local. Dans ces situations, les détenus doivent recevoir le plein salaire
qui correspond au travail qu’ils font.
L E S A C T I V I T É S C O N S T R U C T I V E S E T L A RÉ I N S E R T I O N S O C I A L E
88
« Au Sénégal, les détenus pratiquent des activités artisanales traditionnelles, comme
le travail du cuir et la fabrication de bijoux, et une organisation non gouvernementale
se charge de la présentation et la vente des articles.
« En Turquie, une organisation bénévole, Tur Hiz, qui rassemble des intérêts
commerciaux et des formateurs professionnels, travaille avec l’administration
pénitentiaire pour fournir une formation aux détenus dans des domaines où il
manque de la main-d’œuvre qualifiée. La formation en entretien commercial est
particulièrement liée à l’industrie du tourisme, un secteur en plein développement.
Les bénévoles fournissent une formation dans les prisons, aux normes de l’industrie ;
des stages pratiques sont organisés dans les hôtels et dans les bureaux des autorités
provinciales.
Paiement du Pour que l’expérience de travail prépare les détenus à leur vie après leur sortie de prison, et
travail non pas être simplement considérée comme un travail forcé, il est important qu’ils reçoivent
une forme de rémunération pour le travail qu’ils effectuent. On peut le faire de différentes
manières. L’une des méthodes les plus créatives est de payer aux détenus un salaire
équivalent à celui d’un ouvrier de la société civile. Ils doivent alors verser une partie de cet
argent à leur famille, dans certains cas verser une partie comme indemnisation pour l’effraction
commise et se constituer un pécule pour leur sortie de prison. On cite ci-dessous un exemple
«
aux États-Unis.
Conditions de Il est important que les conditions dans lesquelles travaillent les détenus tombent sous les
travail sans mêmes lois que le travail dans la société civile en matière de santé, de sécurité, d’accidents
du travail et de maladies professionnelles. Les autorités pénitentiaires doivent donc connaître
danger la législation nationale concernant la santé et la sécurité au travail et doivent s’assurer que
ces lois sont respectées dans les prisons. Ces protections doivent également s’appliquer au
nombre d’heures de travail des détenus. Ces heures ne doivent pas être excessives et doivent
laisser aux détenus le temps de participer à d’autres activités.
Les prévenus Les considérations en matière de travail concernent en premier lieu les détenus condamnés.
et le travail La situation des prévenus est différente. En effet, comme ils n’ont pas été prononcés
coupables, on ne doit pas les obliger à travailler. Cependant, ils peuvent s’ennuyer car ils
passent de longues périodes monotones et oisives, qui peuvent durer plusieurs années.
Dans la mesure du possible, on doit leur proposer du travail et les encourager à participer. La
situation des prévenus est traitée au chapitre 11 de ce manuel.
L E S A C T I V I T É S C O N S T R U C T I V E S E T L A RÉ I N S E R T I O N S O C I A L E
89
L’éducation et les activités culturelles
De nombreuses personnes qui se trouvent en prison auront reçu une éducation de mauvaise
qualité. Beaucoup d’entre elles sont illettrées. En Angleterre et au Pays de Galles, des études
montrent que 65 % des détenus possèdent le niveau d’alphabétisation d’un enfant de onze
ans, alors que dans le grand public ce chiffre est inférieur à 23 %.1 Ce niveau bas d’éducation
a influé sur leur vie avant leur arrivée en prison et il est possible qu’il ait contribué à leur
décision de commettre une infraction. Il est triste de constater que pour certaines personnes
le fait d’être en prison, d’être forcées de rester dans un même lieu pendant une période fixe,
représente peut-être la première vraie opportunité de suivre une instruction adéquate.
Il est également important de fournir des activités culturelles, parallèlement à une éducation
plus formalisée, car ces activités représentent un autre contexte dans lequel les détenus
peuvent développer leur confiance en eux.
(2) Dans la mesure du possible, l’instruction des détenus doit être coordonnée avec le
système de l’instruction publique afin que ceux-ci puissent poursuivre leur formation
sans difficulté après la libération.
L E S A C T I V I T É S C O N S T R U C T I V E S E T L A RÉ I N S E R T I O N S O C I A L E
90
La Résolution 1990/20 du Conseil économique et social des Nations Unies mentionne
l’instruction dans les prisons en ces termes :
(a) L’instruction dans les prisons doit avoir pour objectif de développer toute la personne,
en tenant compte des origines sociales, économiques et culturelles du détenu ;
(b) Tous les détenus doivent avoir accès à l’instruction, y compris les programmes
d’alphabétisation, l’instruction de base, la formation professionnelle, les activités
créatives, religieuses et culturelles, l’éducation physique et le sport, l’éducation
sociale, l’éducation supérieure et une bibliothèque ;
(c) Tout doit être mis en œuvre pour encourager les détenus à participer activement à
tous les aspects de l’instruction ;
(d) Toutes les personnes participant à l’administration et la gestion des prisons doivent
faciliter et soutenir l’instruction dans toute la mesure possible ;
(e) L’instruction doit être un élément essentiel du régime pénitentiaire ; il faut éviter toute
mesure pouvant dissuader les détenus de participer à des programmes d’instruction
formalisés ;
(g) Les activités créatives et culturelles doivent avoir un rôle important car elles présentent
un potentiel spécial permettant aux détenus de se développer et de s’exprimer ;
(h) Dans la mesure du possible, on doit autoriser les détenus à suivre leur instruction à
l’extérieur de la prison ;
(i) Lorsque l’instruction doit se dérouler dans la prison, la communauté extérieure doit
participer dans toute la mesure possible ;
(j) Les fonds, équipements et personnels enseignants nécessaires doivent être disponibles
pour permettre aux détenus de recevoir une instruction appropriée.
En pratique
Importance de On ne doit pas considérer l’éducation comme une option dans la liste des activités proposées
l’éducation aux détenus. C’est plutôt l’élément central du concept de l’utilisation de la période passée
en prison comme une opportunité pour aider les détenus à remettre de l’ordre dans leur vie
de manière positive. En premier lieu, l’éducation doit se concentrer sur les besoins de base
pour que toutes les personnes qui se trouvent en prison pendant un certain temps puissent y
apprendre à lire, à écrire et à faire les calculs arithmétiques de base qui les aideront à survivre
dans le monde moderne.
Développer L’éducation ne doit pas se limiter à l’enseignement de ces aptitudes de base. L’objectif de
toute la l’éducation, dans le plein sens du terme, doit être de développer la personne toute entière, en
tenant compte des origines sociales, économiques et culturelles des détenus. Elle doit donc
personne
inclure l’accès à une bibliothèque, à des cours et à des activités culturelles, comme la musique,
le théâtre et l’art. Ces formes d’activité ne doivent pas être considérées comme de simples
loisirs ; au contraire, elles doivent encourager le détenu à se développer en tant que personne.
L E S A C T I V I T É S C O N S T R U C T I V E S E T L A RÉ I N S E R T I O N S O C I A L E
91
Certains détenus, notamment les détenus plus jeunes, devront suivre une instruction durant la
journée comme s’ils étaient à l’école. Pour d’autres détenus, les cours peuvent être organisés
le soir, après une journée de travail normale. Dans d’autres situations, les détenus peuvent
passer la moitié de la journée à travailler et l’autre moitié à suivre des cours. Ce système est
assez courant lorsqu’il n’y a pas assez de travail pour occuper tous les détenus pendant une
journée entière.
Pas de perte La section précédente de ce chapitre faisait référence au droit des détenus de recevoir
de salaire un paiement pour le travail qu’ils effectuent. Il est important que les détenus ne soient pas
pénalisés à cet égard parce qu’ils suivent une formation. Si les détenus perdent des revenus
parce qu’ils suivent des cours de formation, cela les dissuadera de le faire.
Utiliser les Les prisons sont souvent des lieux où il existe un grand potentiel inexploité parmi les
talents des détenus. Certains d’entre eux ont une très bonne éducation ;certains étaient peut-être même
enseignants avant d’arriver en prison. On doit envisager d’encourager de tels détenus à
détenus participer à l’éducation des détenus moins bien éduqués, avec une supervision appropriée.
Utiliser les Le chapitre 8 de ce manuel explique pourquoi il est important de faire en sorte que les détenus
ressources aient autant de contact que possible avec la société civile. A cet égard, il est essentiel que les
autorités pénitentiaires, dans la mesure du possible, utilisent les installations de la communauté
de la
au lieu de créer des structures parallèles. Par exemple, certains systèmes pénitentiaires
communauté demandent à des enseignants qui travaillent normalement dans les établissements locaux
de travailler également dans les prisons. On peut faire appel à différentes méthodes pour
y parvenir. Le système pénitentiaire peut établir un contrat avec l’administration locale
responsable de l’éducation afin de fournir une instruction aux détenus. Ceci permet d’introduire
un certain degré de normalité dans l’éducation en prison. Ce système permet également de
faire en sorte que les détenus soient instruits en employant le contenu et les méthodes utilisés
dans la société civile. Avec un tel système, les détenus pourront plus facilement poursuivre leur
éducation dans la communauté après leur libération.
Les autorités pénitentiaires peuvent également inviter les groupes culturels locaux à venir
travailler dans la prison avec les détenus, dans le cadre d’activités appropriées. Il existe une
tradition dans certaines prisons, qui consiste à inviter des groupes choisis de personnes locales,
comme les personnes âgées et les handicapés mentaux, à venir à la prison pour assister à des
spectacles culturels ou des concerts donnés par les détenus et les membres du personnel.
L E S A C T I V I T É S C O N S T R U C T I V E S E T L A RÉ I N S E R T I O N S O C I A L E
92
Ensemble de règles minima pour le traitement des détenus, Règle 81 :
(1) Les services et organismes, officiels ou non, qui aident les détenus libérés à retrouver
leur place dans la société doivent, dans la mesure du possible, procurer aux détenus
libérés les documents et pièces d’identité nécessaires, leur assurer un logement, du
travail, des vêtements convenables et appropriés au climat et à la saison, ainsi que les
moyens nécessaires pour arriver à destination et pour subsister pendant la période
qui suit immédiatement la libération.
(2) Les représentants agréés de ces organismes doivent avoir accès à l’établissement et
auprès des détenus. Leur avis sur les projets de reclassement d’un détenu doit être
demandé dès le début de la condamnation.
(3) Il est désirable que l’activité de ces organismes soit autant que possible centralisée
ou coordonnée, afin qu’on puisse assurer la meilleure utilisation de leurs efforts.
En pratique
Commence Pratiquement tous les détenus seront un jour remis en liberté dans la société civile. Il est
au début de la important, surtout pour ceux qui purgent une peine relativement courte, que la préparation
à cette libération commence au tout début de la période passée en prison. Ceci est dans
condamnation
l’intérêt du détenu comme dans celui de la société civile, car une personne qui a un logement,
la possibilité de gagner sa vie et une structure de soutien social est beaucoup plus motivée
pour réussir sa vie à l’extérieur.
Détenus qui Dans de nombreuses juridictions, la majorité des détenus purgent des peines de courte durée
purgent des et réintègrent la collectivité assez rapidement. Les autorités pénitentiaires sont parfois tentées
de négliger la réhabilitation de tels détenus car ils ne restent pas en prison pendant longtemps.
peines courtes
Mais si cela se produit, il existe un risque bien réel que les détenus qui purgent des peines
courtes reprennent rapidement des activités criminelles et fassent de multiples séjours en
prison. Il faut accorder une grande priorité au soutien dans la collectivité.
Détenus Des dispositions spéciales doivent également être prises pour préparer à la libération les
qui purgent détenus qui ont purgé des peines très longues ; en effet, leurs structures de soutien dans la
communauté auront pu s’effondrer ou disparaître durant la période passée en prison.
des peines
longues
Utiliser des Les autorités pénitentiaires ne peuvent pas préparer les détenus à leur libération sans l’aide
organisations d’autres agences basées dans la société civile. Les organisations gouvernementales et non
gouvernementales qui travaillent avec d’anciens détenus après leur remise en liberté doivent
externes être encouragées à se rendre dans la prison afin de bâtir des relations avec les détenus avant
leur libération et pour commencer à planifier leur réinsertion dans la société.
Différents Pratiquement tous les détenus bénéficieront d’une aide pour les préparer à la vie à l’extérieur.
types d’aide Pour certains, il s’agira d’améliorer leur confiance en eux et leur assurance. Pour d’autres,
il faudra fournir une aide pour trouver un travail et un logement à la sortie de prison, ou leur
donner suffisamment d’argent pour qu’ils puissent rentrer dans leur localité. Plus une personne
a passé longtemps en prison, plus ces programmes seront importants. Les agences non
spécialisées qui aident les chômeurs ou les sans-abri peuvent participer à la préparation des
détenus à leur remise en liberté.
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Il peut s’agir des services de probation et des services sociaux, de groupes religieux et
d’autres organisations non gouvernementales.
Programmes Dans de nombreux pays, les prisons aident les personnes qui souffrent d’addictions souvent
spéciaux associées à la criminalité, comme l’alcoolisme, le jeu ou la toxicomanie. Lorsque de tels
programmes existent dans la société, les autorités pénitentiaires devraient les introduire dans le
cadre de la prison au lieu d’en créer de nouveaux spécialement destinés aux détenus. Depuis
quelques années, on constate une augmentation du nombre de programmes destinés à des
types de détenus spécifiques, comme les délinquants coupables de crimes sexuels ou les
programmes destinés à aider les personnes déclarées coupables de crimes violents à maîtriser
leur colère et leur violence.
Libération à La préparation à la remise en liberté inclut souvent la possibilité pour les détenus de quitter la
court terme prison durant la journée, avant la date de leur libération. On peut utiliser ces sorties pour leur
donner la possibilité de suivre un stage de formation ou pour acquérir de nouvelles aptitudes
professionnelles, parfois dans un lieu de travail où ils pourront continuer à travailler après leur
libération.
Il est souvent nécessaire de préparer les détenus avec sensibilité, notamment ceux qui ont
servi une peine longue et qui rentrent chez eux. Cette préparation peut s’avérer essentielle,
non seulement pour le détenu mais aussi pour d’autres membres de sa famille qui ne sont plus
habitués à la présence parmi eux du membre de la famille qui se trouvait en prison. Un moyen
d’y parvenir est d’autoriser le détenu à rentrer régulièrement chez lui pendant quelques jours à
la fois lorsqu’il arrive à la fin de sa peine.
Respecter les Il faut respecter la sensibilité des personnes qui ont été victimes d’un crime. Pour les cas très
victimes connus du grand public, par exemple, dans les petites collectivités ou bien lorsque le détenu
a usé de violence contre une personne ou sa famille, il peut s’avérer nécessaire d’informer
ces personnes lorsque la date de libération d’un détenu s’approche. Ces situations doivent
être traitées avec beaucoup de sensibilité. Dans certains cas, le détenu ne peut pas être
réinséré dans la localité où le crime a été commis. Dans ces situations, il faut prendre d’autres
dispositions afin de respecter les besoins de la victime et ceux de l’ancien détenu. Certains
détenus, comme ceux qui ont purgé une peine longue ou ceux qui sont toujours considérés
comme un danger pour le public, peuvent être libérés conditionnellement. Cela signifie qu’ils
seront officiellement surveillés dans la collectivité.
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8 Le contact avec le monde
extérieur
Le contexte
Le droit à la vie Les personnes qui sont envoyées en prison perdent le droit de se déplacer librement mais
familiale conservent d’autres droits en tant que personnes humaines. L’un des plus importants de ces
droits est celui du contact avec leur famille. Il s’agit d’un droit du détenu mais également d’un
droit des membres de la famille qui ne sont pas en prison. Ces personnes conservent le droit
de contact avec leur père ou mère, fils ou fille, frère ou sœur emprisonné. Les administrations
pénitentiaires doivent faire en sorte que ces relations puissent être maintenues et développées.
La fourniture de tous les niveaux de communication avec les membres de la famille proche
doit se baser sur ce principe. Il est donc logique que la perte ou la restriction des visites de la
famille ne soit pas utilisée comme sanction, quelles que soient les circonstances.
Les principaux instruments internationaux des droits de l’homme sont très spécifiques en
matière de droits universels dans ce domaine :
Ces droits s’appliquent également aux détenus. En 1979, la Cour européenne des droits de
l’homme a conclu que les détenus avaient le droit de se marier en prison.1
On doit donc prendre les meilleures dispositions possibles pour que le contact entre les
détenus et leur famille soit maintenu. Cette responsabilité découle non seulement de
l’affirmation du droit à la vie de famille présentée dans les instruments internationaux des droits
de l’homme, mais également de l’Article 10 du Pacte international relatif aux droits civils et
«
politiques :
Toute personne privée de sa liberté est traitée avec humanité et avec le respect de
la dignité inhérente à la personne humaine.
Les dispositions pour assurer les meilleurs contacts possibles avec la famille doivent donc faire
partie d’un système qui traite les détenus avec humanité.
Proximité L’importance accordée au maintien des contacts avec la famille entraîne certaines exigences
du foyer que doivent respecter les autorités pénitentiaires. En premier lieu, ces contacts ont certaines
implications pour l’organisation du système pénitentiaire et doivent être pris en compte
lorsqu’on choisit la prison dans laquelle les détenus doivent être envoyés. Le choix d’un
établissement pénitentiaire proche du lieu de vie du détenu a des implications culturelles pour
le détenu et signifie également que les familles peuvent plus facilement se rendre à la prison
pour les visites. Comme de nombreux détenus sont issus de milieux marginaux et défavorisés,
le coût de longs trajets peut devenir prohibitif et les familles
1 Hamer v United
Kingdom 1979
L E C O N T A C T A V E C L E M O ND E E X T ÉR I E U R
95
ne pourront pas se rendre à la prison si celle-ci est éloignée du lieu où elles vivent. Dans les
pays où les détenus dépendent des membres de leur famille pour les vêtements, la nourriture,
les médicaments et autres nécessités, la proximité de la prison par rapport au foyer du détenu
est particulièrement importante.
Séjours dans On doit également faire des efforts pour établir et développer un système permettant aux
la famille détenus de rendre visite à leur famille pendant de courtes périodes. S’il n’existe pas de danger
pour la sécurité du public ou d’autres membres de la famille, on doit autoriser les détenus
à rendre visite à leur famille dans le cadre de dispositions de mise en liberté provisoire. Ces
visites à la famille sont particulièrement indiquées pour les détenus qui purgent des peines
courtes, ainsi que pour ceux qui servent des peines longues et dont la date de remise en
liberté approche. Il faut reconnaître que dans certains cas il est très imprudent d’autoriser
les détenus à quitter la prison pour une courte période de visite à leur famille avant la fin de
leur peine. Les décisions de cette nature doivent se baser sur une évaluation individuelle et
prudente des risques, du type que l’on décrit au chapitre 5 de ce manuel.
Visites privées Les membres de la famille et les amis des détenus doivent pouvoir leur rendre visite en prison.
de la famille Ces visites doivent se dérouler dans des conditions aussi naturelles que l’environnement
carcéral l’autorise. On doit rendre ces visites aussi intimes que possible. Il ne faut jamais oublier
que les visites, notamment celles des proches, ne doivent jamais être considérées comme des
privilèges mais plutôt comme un droit humain de base. Toute restriction quant à leur fréquence
ou quant aux conditions dans lesquelles elles se déroulent doit être justifiée dans chaque
cas. La présomption doit être de maximiser les visites et d’autoriser les conditions les plus
favorables possibles.
Les femmes et Les femmes en prison doivent faire l’objet de considérations particulières car dans la plupart
leurs enfants des sociétés ce sont les femmes qui sont principalement responsables d’élever les enfants
et les mères emprisonnées sont souvent séparées de leurs enfants. Lorsqu’une mère est
emprisonnée, elle est donc généralement très inquiète quant aux dispositions qui ont été prises
pour s’occuper de ses enfants. Les enfants, quant à eux, seront perturbés et désorientés.
Pour le bien-être de la mère et de l’enfant et pour la bonne gestion de la prison, les membres
du personnel pénitentiaire doivent faire tout leur possible pour les aider et pour faire en sorte
que des dispositions spéciales soient prises pour maintenir les liens entre les mères et leurs
enfants. On revient sur cette question en détail au chapitre 13 de ce manuel.
Les mineurs et La vulnérabilité des mineurs et des jeunes détenus exige également une attention particulière
leurs parents afin de préserver les relations qui pourraient leur fournir un soutien, physique ou moral et un
encouragement. Les visites des parents sont particulièrement importantes. Cette question est
également abordée au chapitre 12 de ce manuel.
Le traitement Le traitement des familles et autres visiteurs à leur arrivée dans une prison est souvent un
des visiteurs bon test de la qualité de la gestion de la prison. Ce traitement revêt également une grande
importance pour le détenu et peut donc avoir un impact positif ou négatif sur la sécurité et la
stabilité au sein de la prison.
Correspond- Les autres formes de contact, à part les visites des familles, sont également importantes. Les
ance et détenus doivent pouvoir envoyer et recevoir du courrier aussi librement que possible ; lorsque
cela est possible, ils doivent également pouvoir effectuer et recevoir des appels téléphoniques.
téléphone
L E C O N T A C T A V E C L E M O ND E E X T ÉR I E U R
96
Accès aux Les détenus doivent également pouvoir rester informés des événements qui se produisent
ouvrages de dans la société civile, à la fois dans la collectivité dont ils sont originaires, et dans le monde en
lecture, à la général. C’est une manière de réduire le caractère anormal de l’expérience de l’emprisonnement
et de s’assurer que le détenu n’est pas complètement détaché de la collectivité dans laquelle il
télévision et à retournera à sa libération. Pour ces raisons, les détenus doivent avoir accès à des livres, journaux
la radio et magazines, et à la radio et la télévision, dans la mesure du possible.
Détenus Dans un nombre croissant de juridictions, les prisons accueillent des personnes ressortissantes
ressortissants étrangères. Toutes ces considérations les concernent également. Les autorités pénitentiaires
doivent reconnaître qu’il est nécessaire de prendre des dispositions spéciales pour faire en sorte
étrangers
que les détenus appartenant à ce groupe ne perdent pas contact avec leur famille et avec leur
propre culture.
En pratique
Maintenir les Pour que les autorités pénitentiaires respectent le droit universel à la vie familiale, et si elles
liens familiaux souhaitent encourager les détenus à reconnaître les obligations qu’ils conservent vis-à-vis
de leur conjoint, de leurs parents et de leurs enfants, il faut prendre des dispositions pour
et personnels autoriser une forme de visite qui reconnaît que la famille a besoin de rendre visite au membre
grâce à des emprisonné pendant une période raisonnable, avec un degré d’intimité qui n’affaiblit pas les
visites exigences légitimes en matière de sécurité. Les visites familiales décrites ci-dessous sont les
types qui respectent le mieux ces exigences.
L E C O N T A C T A V E C L E M O ND E E X T ÉR I E U R
97
Visites Dans un certain nombre de juridictions, il existe des arrangements pour ce que l’on appelle
familiales souvent des visites familiales ou des visites longues. Elles peuvent prendre différentes formes. En
Europe de l’Est et en Asie centrale, de nombreuses prisons et colonies pénales sont équipées
d’un ensemble de petits appartements implantés à l’intérieur de l’établissement carcéral et où
les visiteurs peuvent vivre pendant 72 heures maximum avec le membre de la famille qui est
emprisonné. Un agencement type peut comporter une cuisine, un salon et des toilettes/une salle
de bains partagés par six familles au maximum, ainsi qu’un certain nombre de petites unités
équipées d’une ou deux chambres pour chaque groupe. Les détenus admissibles peuvent
bénéficier de quatre visites par an dans ces unités. Il y aura souvent trois ou quatre visiteurs à
la fois ; il peut s’agir d’un conjoint, d’un parent, d’un grand-parent, d’enfants ou de frères et
sœurs. Au Canada et dans certains établissements pénitentiaires aux États-Unis, des installations
similaires sont fournies, souvent sous la forme d’un mobil home, entouré d’une barrière en
bois pour l’intimité et aménagé dans l’enceinte de la prison. Les détenus qui bénéficient de
ces visites doivent se présenter à des heures spécifiques de la journée pour des contrôles de
sécurité. On ne peut pas décrire ces visites comme une vie familiale normale, mais elles créent
un environnement dans lequel les membres de la famille peuvent renforcer leurs liens avec le
«
membre incarcéré.
Au Rajasthan et dans certains autres états en Inde, des prisons de type «‘village ouvert»
ont été créées pour les détenus qui servent des peines longues, qui ont déjà purgé
une partie de leur peine et qui ont prouvé qu’ils ne représentaient pas un danger. Ils
peuvent vivre dans ces prisons dans un logement individuel, avec leur famille, et aller
travailler soit dans l’agriculture soit dans un autre secteur dans le voisinage. Des écoles
et autres services sont fournis pour les membres de la famille des détenus.
Visites Les visites familiales décrites ci-dessus sont différentes des visites conjugales qui sont autorisées
conjugales dans certaines juridictions d’Europe de l’Ouest, y compris au Danemark, en Suède, aux Pays-
Bas et en Espagne. Ces visites permettent aux détenus de passer trois heures maximum avec
une seule personne, en général un conjoint ou un partenaire de longue date. Le couple passe
cette période en privé dans une petite unité qui contient un lit et une douche, ainsi que d’autres
installations sanitaires. Une version beaucoup moins formalisée de ces visites existe dans de nom-
breuses prisons en Amérique latine, où la norme est que les détenus de sexe masculin reçoivent
la visite de leur famille le week-end. La même situation existe pour les femmes dans certaines
prisons, mais pas toutes. Ces visites se déroulent généralement dans les cellules ;souvent les
détenus étendent des couvertures et des draps sur des cordes pour créer un espace privé.
Visites en En pratique, il n’est pas possible d’autoriser des visites familiales privées pour tous les détenus
public en permanence. Dans certains pays, les visites se déroulent dans de grandes pièces réservées
à cette activité. Ces pièces doivent être agencées de manière à trouver un équilibre entre les
besoins légitimes de sécurité et la nécessité de maintenir le contact avec la famille. La norme doit
être que les détenus et leurs visiteurs puissent se parler directement, sans obstacle physique.
Ils peuvent être séparés par une table ou un bureau. On ne doit pas empêcher le détenu de
toucher ses visiteurs, sauf s’il existe des raisons spécifiques d’interdire ce contact. Ceci est
particulièrement important lorsque le visiteur est un enfant qui est venu rendre visite à son père
ou à sa mère. Dans certains pays, les visites sont limitées à une conversation de 15 minutes
entre le détenu et le visiteur qui se tiennent de part et d’autre d’un mur et se parlent à travers une
grille. Dans ces prisons, il est souvent possible d’améliorer les conditions des visites à un coût
raisonnable, en utilisant une partie du terrain de la prison comme zone de visites, où l’on installe
des bancs et une toiture.
Dispositions Le droit de contact avec la famille et les amis concerne les détenus qui attendent leur procès
pour les visites ainsi que ceux qui ont été condamnés. Il existe des situations dans lesquelles on peut avoir des
inquiétudes bien réelles comme quoi un détenu qui attend son procès peut chercher à influencer
des prévenus des témoins potentiels ou à transmettre des informations sur son cas à des tiers. C’est pourquoi
on doit imposer des restrictions sur les dispositions prises pour les visites. Chaque cas doit
être examiné à la lumière des informations disponibles.
L E C O N T A C T A V E C L E M O ND E E X T ÉR I E U R
98
Les autorités pénitentiaires ne doivent pas accepter les demandes de la police ou du parquet
de limiter les conditions des visites des prévenus simplement en vue de faire pression sur eux
pour qu’ils avouent leur culpabilité. On revient sur cette question en détail au chapitre 11 de ce
manuel.
Fouille des Il faut reconnaître que, dans un environnement carcéral, il existe toujours le risque que certains
visiteurs visiteurs tentent d’apporter des articles illicites au détenu qu’ils viennent visiter, y compris des
stupéfiants ou des armes. Il faut mettre en œuvre des dispositions de sécurité raisonnables afin
d’éviter que cela ne se produise. Par exemple, il faudra peut-être fouiller les détenus avant et
après une telle visite. Il sera peut-être également nécessaire de fouiller les visiteurs avant de les
laisser entrer dans la zone des visites. On peut prendre des dispositions qui respectent toutes
les exigences de sécurité et qui restent sensibles au respect de la vie privée des visiteurs. Les
implications de cet aspect sont analysées au chapitre 5 de ce manuel.
Visites fermées Même après avoir pris toutes les précautions raisonnables, un petit nombre de détenus et de
ou sans visiteurs feront tout leur possible pour enfreindre les règles de sécurité. Dans ces situations,
il sera peut-être nécessaire d’introduire une barrière physique entre le détenu et le visiteur ;
contact
on décrit souvent ces situations comme des visites fermées ou des visites sans contact.
Un arrangement type sera un panneau en verre trempé qui empêchera tout contact, et un
téléphone pour les conversations. Si l’on impose ces restrictions à un détenu pendant une
certaine durée, il est inévitable que ses relations normales vont finir par en souffrir. C’est
la raison pour laquelle ces restrictions doivent uniquement être imposées lorsque cela est
absolument nécessaire. Il ne faut pas les appliquer automatiquement à des groupes de
détenus comme ceux qui attendent d’être jugés ou ceux qui se trouvent dans des prisons
à haute sécurité. Dans chaque cas, il doit y avoir une forme d’évaluation individuelle des
risques, comme l’explique le chapitre 5 de ce manuel. Cette évaluation doit être basée sur des
considérations de sécurité et ne doit pas être utilisée comme une sanction ou une dissuasion.
La nécessité de ces restrictions doit être examinée, dans chaque cas, à intervalles réguliers.
Vidéo Dans un certain nombre de juridictions, des dispositions ont maintenant été prises pour
conférences permettre aux détenus de parler à leur famille par liaison vidéo. Ce système est un supplément
utile, lorsque le détenu est incarcéré loin de chez lui, ou lorsque les membres de la famille du
détenu ont des difficultés à se rendre à la prison. Mais l’utilisation de ces technologies ne doit
«
pas remplacer le contact direct entre le détenu et sa famille.
Visites de Pour différentes raisons, de nombreux détenus n’ont pas de famille ou d’amis qui leur rendent
bénévoles visite. Dans certains cas, c’est la conséquence des circonstances dans lesquelles ils vivaient
avant d’être emprisonnés ou bien parce que leur famille les a rejetés à cause de la nature
de leur infraction. Dans de tels cas, les autorités pénitentiaires doivent envisager d’établir un
système de visites régulières par des bénévoles de la collectivité locale, pour aider ces détenus
à garder le contact avec la société à l’extérieur.
L E C O N T A C T A V E C L E M O ND E E X T ÉR I E U R
99
Avantages Tous les arguments examinés jusqu’à présent se rapportent au droit des détenus et de leur
pour la prison famille de maintenir des relations aussi normales que possible. Les administrateurs des prisons
ont également tout intérêt, du point de vue opérationnel, à faire en sorte que cela se produise.
Les détenus qui peuvent maintenir un bon contact avec leur famille seront plus motivés pour
respecter les règles et règlements normaux de la vie carcérale. Ils pourront également plus
facilement résoudre les problèmes pratiques et domestiques qui les inquiètent. Les membres du
personnel découvriront également des aspects du comportement, de la vie et du caractère du
détenu hors de la prison, ce qui les aidera à traiter chaque détenu comme une personne. Pour
résumer, de bonnes installations pour les visites peuvent aider la prison à bien fonctionner, à de
nombreux niveaux.
Correspondance Il existe d’autres formes de communication avec la famille et les amis, en plus des visites. L’une
des plus importantes est la correspondance. Dans de nombreuses juridictions, les détenus
peuvent envoyer un nombre minimum de lettres aux frais de l’état et paient l’affranchissement
des lettres supplémentaires qu’ils souhaitent poster. En général, il n’existe aucune raison
opérationnelle d’imposer des restrictions sur le nombre de lettres qu’un détenu est autorisé à
recevoir.
Censure ou Dans certaines prisons, il existait jusqu’à une date assez récente une tradition de censure de
lecture de la toute la correspondance des détenus par le personnel. Cette procédure était justifiée de deux
manières. La première raison était que les détenus pouvaient parler avec leur correspondant de
correspond- leurs projets d’évasion ou d’autres activités risquant d’affecter la sécurité. La seconde raison était
ance des qu’il s’agissait d’une manière utile pour les membres du personnel d’intercepter les mauvaises
détenus nouvelles, par exemple l’annonce d’un décès ou d’une séparation. On considère désormais
qu’il n’existe aucune justification opérationnelle pour des raisons de sécurité de censurer toute la
correspondance. Il est très peu probable, par exemple, qu’un détenu qui envisage de s’évader
soit assez stupide pour le mentionner dans une lettre. Et on accepte que les détenus ont le même
droit que les autres personnes de recevoir directement les nouvelles de la famille, qu’elles soient
bonnes ou mauvaises. En ce qui concerne les détenus qui ont été évalués comme présentant
un risque de sécurité élevé, il sera peut-être nécessaire de censurer la correspondance reçue et
envoyée et d’établir une liste de correspondants autorisés. Pour les autres détenus, il ne devrait
pas être nécessaire de censurer la correspondance de manière continue. Dans la plupart des
cas, une censure aléatoire ou par échantillonnage est probablement suffisante.
Vérification de Les autorités ont le droit de s’assurer que la correspondance reçue ne contient pas d’articles
la présence interdits tels que des armes ou des stupéfiants. Dans certains pays, les bonnes pratiques sont
d’ouvrir toute la correspondance reçue en présence du détenu auquel elle est adressée. Le
d’articles
membre du personnel vérifie que l’enveloppe ne contient aucun article interdit puis remet la lettre
interdits au détenu, sans la lire.
Appels Dans de nombreux établissements pénitentiaires, les détenus peuvent maintenant passer et
téléphoniques recevoir des appels téléphoniques. Les arrangements logistiques sont différents d’un pays à
l’autre. Dans certains cas, la personne qui reçoit l’appel du détenu doit accepter d’en payer le
coût. Il peut s’agir d’un système très coûteux, car ces appels sont généralement facturés à un
tarif plus élevé que les appels normaux. Dans d’autres établissements, les détenus peuvent
acheter des cartes de téléphone spéciales qui, dans certains cas, permettent uniquement
d’appeler des numéros autorisés. Les conversations téléphoniques sont particulièrement
importantes lorsque le détenu est incarcéré loin de chez lui et lorsque sa famille à des difficultés à
lui rendre visite.
Surveillance Comme pour la correspondance, il est nécessaire de trouver un équilibre entre la vie privée
et enregistre- du détenu et de sa famille, d’une part, et les besoins légitimes de sécurité d’autre part. Vu le
caractère immédiat de la communication par téléphone, les autorités pénitentiaires doivent
ment des
s’assurer que les détenus n’utilisent pas les appels téléphoniques pour organiser des activités
appels illégales comme le fait d’introduire des articles en prison ou d’organiser des tentatives d’évasion.
Dans certains pays, on répond à cette exigence en enregistrant tous les appels et en
L E C O N T A C T A V E C L E M O ND E E X T ÉR I E U R
100
conservant les bandes pendant une période spécifique. Les seuls appels téléphoniques
écoutés par le personnel pendant leur déroulement sont ceux que reçoivent ou effectuent les
détenus qui ont été évalués comme représentant un risque élevé.
Courriel Certaines administrations pénitentiaires autorisent les détenus à utiliser d’autres formes de
communication, y compris le courriel. Ceci est autorisé, par exemple, dans la prison de Tihar,
à New Delhi. Pour certains détenus, notamment les ressortissants étrangers, il peut s’agir de la
seule méthode fiable et peu coûteuse de maintenir le contact avec leur famille.
Contact avec En plus de l’accès à la famille et aux amis, les détenus doivent souvent avoir accès
les conseillers à des avocats et autres professionnels, y compris des membres d’organisations non
gouvernementales et des observateurs des droits de l’homme. Les visites et la communication
juridiques avec ces personnes tombent dans une catégorie spéciale. Ceci est particulièrement important
et profess- pour les détenus non encore jugés et pour les détenus condamnés qui sont encore impliqués
ionnels dans le processus judiciaire. Dans de tels cas, les autorités pénitentiaires doivent examiner
très soigneusement la justification de toute proposition de restriction qui pourrait préjudicier
la défense ou l’appel d’un détenu. Il existe probablement très peu de bonnes raisons pour
imposer de telles restrictions.
Lorsqu’on prend des dispositions pour organiser les visites de conseillers professionnels, le
respect de la vie privée sera un élément important à prendre en compte. Par exemple, il est
normal que ces visites se déroulent hors de portée de l‘ouïe du personnel. On doit également
faire preuve d’une grande sensibilité lorsqu’on fouille la correspondance et les articles officiels
apportés ou envoyés par ces visiteurs. On revient sur certaines de ces questions au chapitre
11 de ce manuel.
En pratique
Accès En plus du maintien du contact avec la famille et les amis, les détenus doivent pouvoir rester
régulier aux informés des événements qui se produisent dans le monde. Ils doivent donc avoir accès
régulièrement aux journaux, à la radio et à la télévision. Il n’existe aucune raison opérationnelle,
informations
sauf dans des circonstances exceptionnelles, de censurer l’accès aux médias. Il ne doit pas
extérieures non plus exister de censure morale plus sévère que la norme appliquée dans le pays.
Internet Les administrations pénitentiaires doivent réfléchir soigneusement aux modalités de l’accès
au réseau Internet. En effet, l’Internet peut représenter une source importante d’informations
sur le monde extérieur mais peut également donner la possibilité de mener des activités
inappropriées.
L E C O N T A C T A V E C L E M O ND E E X T ÉR I E U R
101
Un monde à L’accès à un éventail d’informations extérieures est important pour aider les détenus à ne
l’extérieur de pas oublier qu’à l’extérieur des murs et des barrières de la prison il existe un monde dans
lequel ils reprendront un jour leur place. La connaissance de ce qui se passe à l’extérieur peut
la prison également aider les détenus à se comporter de manière plus normale durant leur séjour dans
l’univers fermé de la prison. Tout particulièrement pour les détenus qui purgent une peine
longue, l’accès à la télévision leur permettra de rester un peu en contact avec les changements
«
très rapides qui peuvent se produire dans la société hors de la prison.
Au Malawi, des personnes paralégales qui travaillent pour des organisations non
gouvernementales se rendent dans les prisons pour donner des conseils juridiques
aux détenus. Durant leurs visites, elles apportent des exemplaires de journaux
nationaux qui sont alors affichés dans la cour de la prison pour que les détenus et
les membres du personnel puissent les lire.
(a) Les fonctionnaires consulaires doivent avoir la liberté de communiquer avec les
ressortissants de l’État d’envoi et de se rendre auprès d’eux. Les ressortissants
de l’État d’envoi doivent avoir la même liberté de communiquer avec les
fonctionnaires consulaires et de se rendre auprès d’eux.
(b) Si l’intéressé en fait la demande, les autorités compétentes de l’État de résidence
doivent avertir sans retard le poste consulaire de l’État d’envoi lorsque, dans
sa circonscription consulaire, un ressortissant de cet État est arrêté, incarcéré
ou mis en état de détention préventive ou toute autre forme de détention. Toute
communication adressée au poste consulaire par la personne arrêtée, incarcérée
ou mise en état de détention préventive ou toute autre forme de détention doit
également être transmise sans retard par lesdites autorités. Celles-ci doivent sans
retard informer l’intéressé de ses droits aux termes du présent alinéa.
(c) Les fonctionnaires consulaires ont le droit de se rendre auprès d’un ressortissant
de l’État d’envoi, qui est incarcéré, en état de détention préventive ou toute autre
forme de détention, de s’entretenir et de correspondre avec lui et de pourvoir à
sa représentation en justice. Ils ont également le droit de se rendre auprès d’un
ressortissant de l’État d’envoi qui, dans leur circonscription, est incarcéré ou
détenu en exécution d’un jugement. Néanmoins, les fonctionnaires consulaires
doivent s’abstenir d’intervenir en faveur d’un ressortissant incarcéré ou mis en
état de détention préventive ou toute autre forme de détention lorsque l’intéressé
s’y oppose expressément.
(2) En ce qui concerne les détenus ressortissant des États qui n’ont pas de représentants
diplomatiques ou consulaires dans le pays ainsi que les réfugiés et les apatrides,
les mêmes facilités doivent leur être accordées de s’adresser au représentant
diplomatique de l’État qui est chargé de leurs intérêts ou à toute autorité nationale ou
internationale qui a pour tâche de les protéger.
L E C O N T A C T A V E C L E M O ND E E X T ÉR I E U R
102
En pratique
Lettres Beaucoup de détenus étrangers auront peu de possibilités de recevoir des visites de leur
ou appels famille ou amis. Les autorités pénitentiaires doivent prendre des dispositions spéciales pour
leur permettre de maintenir le contact avec leur famille. Ces dispositions peuvent prendre
téléphoniques la forme d’un nombre supplémentaire de lettres à affranchissement gratuit, ou bien on peut
gratuits autoriser ces détenus à appeler leur famille au téléphone de temps à autre, aux frais de
l’administration.
Presse Dans la mesure du possible, on doit autoriser ces détenus à avoir accès à des journaux et
étrangère magazines dans leur langue.
Utilisation Dans de nombreux cas, les contacts avec le représentant diplomatique du détenu peuvent
de contacts être difficiles ou peu fréquents. Les autorités pénitentiaires doivent également rechercher les
autres ressortissants étrangers qui se trouvent dans la communauté locale et qui pourraient
dans la offrir un service de visite bénévole qui permettrait à ces détenus de maintenir un certain
communauté contact avec leur propre culture.
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103
9 Requêtes et plaintes
Le contexte
Gestion juste Il est essentiel que tous les établissements pénitentiaires soient gérés de manière juste et
et équitable équitable, et que toutes les personnes concernées considèrent que c’est bien le cas. Une
prison est une collectivité avec des règles et règlements applicables de différentes manières à
des prisons
toutes les personnes concernées, qu’il s’agisse du personnel, des détenus ou des visiteurs.
Comme la prison possède une structure hiérarchique, il est particulièrement important que son
règlement soit compris et respecté par tous, et pas uniquement par les détenus.
Procédures S’il existe un ensemble de procédures claires pour faire en sorte que les décisions soient
claires pour prises correctement, il sera moins nécessaire de faire appel à des dispositions complexes
pour traiter les conséquences de la prise de mauvaises décisions. Comme les détenus
les requêtes et doivent respecter les règles de la prison puis celles de la société à l’extérieur dans laquelle ils
plaintes seront réinsérés, il est important que le règlement soit appliqué de manière juste et équitable.
De temps à autre, les détenus perçoivent un élément d’injustice dans leur traitement, soit
individuellement soit en groupe. Ceci se produit dans toutes les prisons, même dans celles qui
sont les mieux gérées. Il est important de posséder un ensemble de procédures permettant
aux détenus de faire des requêtes spéciales et de déposer des plaintes éventuelles. Ces
procédures doivent être clairement énoncées, de manière à pouvoir être comprises par les
détenus et par les membres du personnel qui sont directement en contact avec les détenus.
Formuler En premier lieu, les détenus doivent pouvoir communiquer toute question qui les inquiète aux
des plaintes membres du personnel qui les supervisent. Si le problème ne peut pas être résolu à ce niveau,
les détenus doivent pouvoir porter leur requête ou plainte devant les autorités responsables de
à différents la prison. Si la question ne peut toujours pas être résolue, le détenu doit avoir un droit d’accès
niveaux à une autorité supérieure hors de la prison. De nombreuses administrations pénitentiaires
fournissent également un système externe parallèle qui permet d’assurer le traitement des
requêtes et plaintes. Parmi ces systèmes, citons des organes de surveillance locaux, des
ombudsmans et des politiciens locaux et nationaux.
Pas de Lorsque les personnes qui se plaignent vivent sous le contrôle des personnes à propos
représailles desquelles elles déposent un grand nombre de leurs plaintes, cela a des implications. En effet,
dans ces circonstances, bien souvent, il n’est pas dans l’intérêt des détenus de formuler des
pour ceux qui plaintes, même si elles sont entièrement justifiées. Il faut toujours expliquer clairement que le
se plaignent détenu ne sera pas puni lorsqu’il formule une plainte ; des procédures doivent exister pour
prévenir les représailles éventuelles.
Plaintes Si les détenus ne peuvent pas formuler de plaintes personnellement, leur famille ou leur
formulées représentant doit pouvoir soulever le problème en leur nom.
par la famille
ou les
représentants
(a) Garantir que toute personne dont les droits et libertés reconnus dans le présent
Pacte auront été violés disposera d’un recours utile, alors même que la violation
aurait été commise par des personnes agissant dans l’exercice de leurs fonctions
officielles ;
(b) Garantir que l’autorité compétente, judiciaire, administrative ou législative, ou
toute autre autorité compétente selon la législation de l’État, statuera sur les droits
de la personne qui forme le recours et développer les possibilités de recours
juridictionnel ;
(c) Garantir la bonne suite donnée par les autorités compétentes à tout recours qui
aura été reconnu justifié.
(4) Toute requête ou plainte doit être examinée sans retard et une réponse doit être
donnée sans retard injustifié. En cas de rejet de la requête ou de la plainte ou en cas de
retard excessif, le demandeur est autorisé à saisir une autorité judiciaire ou autre. Ni
la personne détenue ou emprisonnée ni aucun demandeur aux termes du paragraphe
1 du présent principe ne doit subir de préjudice pour avoir présenté une requête ou
une plainte.
(2) Des requêtes ou plaintes pourront être présentées à l’inspecteur des prisons au
cours d’une inspection. Le détenu pourra s’entretenir avec l’inspecteur ou tout autre
fonctionnaire chargé d’inspecter hors la présence du directeur ou des autres membres
du personnel de l’établissement.
(3) Tout détenu doit être autorisé à adresser, sans censure quant au fond mais en due
forme, une requête ou une plainte à l’administration pénitentiaire centrale, à l’autorité
judiciaire ou à d’autres autorités compétentes, par la voie prescrite.
(4) A moins qu’une requête ou plainte soit de toute évidence téméraire ou dénuée de
fondement, elle doit être examinée sans retard et une réponse donnée au détenu en
temps utile.
Informations Ces procédures doivent contenir une description de la manière pour un détenu de déposer
sur la une requête concernant son traitement et doivent également décrire quelles sont les voies dont
disposent les détenus pour se plaindre, à commencer par le niveau local et jusqu’au niveau le
procédure de plus élevé de la prison et, si nécessaire, hors de la prison.
plainte
Supprimer les Aucune procédure ne doit être mise en place pour dissuader les détenus de formuler des
dissuasions plaintes et des réclamations légitimes. Le code disciplinaire ne doit contenir aucune règle
signifiant qu’il est difficile pour les détenus de se plaindre, par exemple en les punissant s’ils
font des allégations contre des membres du personnel qui s’avèrent ensuite sans fondement.
Éviter les Très souvent, les détenus ne formulent pas de plaintes car ils savent que les membres du
représailles personnel de la prison ont le pouvoir d’exercer des représailles. On doit indiquer clairement
que les détenus ne seront pas punis et ne souffriront aucunement s’ils formulent une plainte ;
des procédures doivent exister pour faire en sorte que les détenus ne subissent pas de
représailles s’ils se plaignent. Si nécessaire, les détenus doivent pouvoir formuler une plainte
confidentielle. La personne à propos de laquelle la plainte a été formulée devra être informée
à un moment donné de la plainte ; à ce stade, les cadres dirigeants du personnel doivent
faire preuve de vigilance pour s’assurer qu’il n’y aura pas de représailles. Les membres du
personnel pénitentiaire doivent savoir que s’ils sont accusés ils auront la possibilité de se
«
défendre conformément aux principes de la justice naturelle.
En Chine et dans d’autres pays, les personnes qui examinent les plaintes des
détenus exigent que les plaintes soient déposées dans des boîtes verrouillées dont
elles seules détiennent la clé.
Résoudre les De nombreuses plaintes se rapportent à la routine quotidienne ou au traitement des détenus.
requêtes et Les questions sans grande importance pour les personnes de la société civile peuvent prendre
des proportions énormes dans l’univers très discipliné de la prison, où il existe des règles qui
plaintes touchent pratiquement tous les aspects de la vie quotidienne. L’un des principaux objectifs
de l’administration pénitentiaire dans ce domaine doit être d’éviter qu’une simple requête ne
se transforme en plainte, qu’une plainte ne se transforme en plainte officielle ou qu’une telle
plainte officielle ne fasse l’objet d’un recours auprès d’un organe supérieur.
Résoudre La meilleure manière d’y parvenir est d’encourager de bonnes relations personnelles entre le
les plaintes personnel sur le terrain et les détenus avec lesquels ils sont en contact chaque jour. Ce sujet
a été abordé en détail au chapitre 2 de ce manuel. Si de telles relations existent, le détenu
de manière
ira certainement trouver directement le membre du personnel concerné afin de formuler une
informelle requête ou une plainte
Une procédure Il n’est pas possible de résoudre toutes les requêtes et plaintes de cette manière informelle.
formalisée Chaque système pénitentiaire doit également posséder une procédure formelle pour traiter les
requêtes et plaintes qui ne peuvent pas être solutionnées informellement entre les personnes
concernées. Chaque jour de la semaine, le directeur de la prison ou un cadre dirigeant désigné
par le directeur doit examiner toutes les démarches de ce genre faites par les détenus. Dans
la mesure du possible, on doit autoriser le détenu à formuler en personne sa requête ou
réclamation. Si le volume de requêtes rend cette procédure impossible, il faut prendre des
dispositions pour que les requêtes soient formulées par écrit. Que la requête soit présentée
oralement ou par écrit, la prison doit noter la requête et la réponse qui y est faite dans un
registre officiel.
La rapidité est Les requêtes et plaintes doivent être traitées aussi rapidement que possible. La procédure
importante générale doit indiquer le nombre de jours généralement nécessaires pour obtenir une réponse.
Si la requête est compliquée et ne peut pas être résolue dans le délai normal, il faut indiquer au
détenu le temps que va prendre la réponse.
Porter les Si le directeur de la prison rejette la requête ou la plainte ou si la plainte est formulée contre
plaintes le directeur, le détenu doit pouvoir faire une demande écrite à une personne plus haut placée
dans l’administration pénitentiaire, généralement au siège régional ou national. Dans l’intérêt
au niveau
de la justice et de l’équité, il est important que toute plainte formulée contre un membre
supérieur du personnel spécifique ne soit pas transmise par cette personne. Il doit donc exister une
procédure permettant aux détenus de transmettre des requêtes et plaintes confidentielles à
une autorité supérieure.
Déposer une Les dispositions à prendre pour formuler des demandes ou plaintes auprès d’inspecteurs
plainte auprès indépendants et d’autres personnes se situant en dehors du système pénitentiaire sont traitées
au chapitre 10 de ce manuel. Les administrateurs pénitentiaires ne doivent ni empêcher ni
d’organes
décourager les détenus de déposer des plaintes auprès d’autorités judiciaires extérieures ou
externes d’inspecteurs indépendants. Le fait de fournir aux détenus ces voies externes pour déposer
«
des plaintes peut réduire les tensions potentielles.
Au Ghana et dans un certain nombre d’autres pays, les détenus ont un droit
d’accès à un membre de la Commission des droits de l’homme afin d’exprimer
leurs inquiétudes.
« En Afrique du Sud, la loi sur les services correctionnels exige que l’Inspecting Judge
(inspecteur des prisons) nomme des visiteurs pénitentiaires indépendants dans
les différentes prisons du pays. Ces visiteurs ne sont pas des professionnels du
domaine des droits des détenus mais ont été identifiés, par un processus d’appel
public de nominations et en consultation avec les organisations de la collectivité,
comme étant des personnes s’intéressant à la promotion de la responsabilité sociale
et au développement humanitaire des détenus. Les visiteurs indépendants ont pour
fonction principale l’examen des plaintes des détenus.
Allégations De manière similaire, il doit exister une procédure claire pour traiter toute plainte qui inclut
d’activité une allégation de comportement criminel de la part d’un membre du personnel ou d’un autre
détenu. De telles allégations doivent normalement être transmises à l’agence de la société
criminelle
civile qui est chargée de mener les enquêtes ou les poursuites à la suite d’actes criminels.
Cette agence peut alors décider si elle doit traiter ce dossier comme une enquête criminelle
ou le remettre entre les mains des autorités pénitentiaires qui prendront des mesures
administratives.
Plaintes Les détenus peuvent également formuler des questions concernant leur détention, leur peine
concernant ou leur date de libération. Les requêtes de ce type doivent être transmises à l’autorité juridique
appropriée.
le processus
juridique
Appels contre Les détenus peuvent également se plaindre des décisions disciplinaires qui ont été prises
les décisions contre eux, lorsqu’ils pensent que les procédures correctes n’ont pas été respectées, dans
leur cas, ou lorsqu’ils ont été punis de manière injustifiée. Comme on l’a décrit au chapitre 6 de
disciplinaires ce manuel, il doit exister une procédure permettant de s’adresser à une autorité supérieure.
Les plaintes La grande majorité des requêtes et plaintes formulées par les détenus vont porter sur des
sont questions administratives. Un grand nombre d’entre elles peuvent sembler relativement
peu importantes au plan objectif mais chacune sera très importante pour le détenu
importantes
concerné. Il peut s’inquiéter à propos de sa nourriture, d’objets perdus, de retards dans
pour les la correspondance, de problèmes au niveau des visites ou de l’attitude du personnel. Très
détenus souvent, le détenu souhaite seulement que l’on admette qu’un problème s’est produit et qu’on
lui présente des excuses. Si le détenu constate que ces plaintes sont traitées de manière
honnête et franche, il est probable qu’un sentiment d’injustice aura moins tendance à persister.
Plaintes de Les procédures décrites jusqu’à présent concernaient les requêtes et plaintes formulées par
groupes des détenus individuels. Les administrations pénitentiaires doivent également être sensibles
aux cultures ou traditions dans lesquelles les problèmes sont formulés par l’intermédiaire d’un
groupe ou d’un chef de famille au lieu d’être présentés individuellement.
Le public doit Toutes les prisons sont des lieux où des hommes et des femmes sont détenus contre leur
avoir droit de gré. Le potentiel d’abus est toujours présent. Les prisons doivent donc être des institutions
gérées de manière juste et équitable. Toutes les institutions gérées par ou au nom de l’état
regard sur les
doivent être soumises au droit de regard du public. Ceci est particulièrement important pour
prisons les prisons, étant donné leur nature coercitive.
Les Ce manuel décrit en détail les aspects nécessaires de la bonne gestion des prisons.
inspections Cependant, même dans les prisons les mieux gérées, des questions vont se poser de temps à
autre sur ce qui se passe et des plaintes vont être formulées. Comme les membres ordinaires
externes sont
de la société civile ne peuvent pas facilement découvrir d’eux-mêmes ce qui se passe derrière
essentielles les hauts murs et les clôtures d’une prison, il faut mettre en oeuvre un système d’inspections
permettant de vérifier que tout se passe correctement.
La valeur de Les procédures d’inspection protègent les droits des détenus et de leur famille. Leur objectif
la surveillance est de vérifier qu’il existe des procédures correctes et que ces procédures sont respectées
par tous les membres du personnel, en permanence. Les inspections doivent couvrir tous les
externe
aspects de la vie en prison qui sont traités dans ce manuel.
La surveillance Il est tout aussi important de reconnaître que les inspections peuvent également représenter
externe est une une protection pour les membres du personnel pénitentiaire. En effet, elles représentent un
moyen de répondre aux allégations de mauvais traitements des détenus ou de comportements
protection pour
déplacés de la part du personnel. Lorsque ces problèmes se produisent, on doit les
le personnel reconnaître et les membres concernés du personnel doivent être identifiés. Ces inspections
pénitentiaire sont également une manière de protéger les membres du personnel contre les allégations
injustes. Cependant, ces inspections ne s’intéressent pas seulement aux échecs. Il est tout
aussi important qu’elles identifient les bonnes pratiques afin de les utiliser comme modèles
dans d’autres établissements. Elles peuvent permettre de reconnaître les membres du
personnel qui font leur travail de manière professionnelle.
La Les inspections peuvent prendre plusieurs formes. Dans une prison où il existe des
participation contacts réguliers entre les agences de la prison et les agences de la collectivité, le niveau
de surveillance informelle est assez élevé. Dans les situations où des membres de la société
de la société
civile viennent dans la prison régulièrement, il est probable que l’administration pénitentiaire
civile est une aura moins tendance à se comporter de manière déplacée et, au contraire, il est probable que
forme de les personnes de la collectivité comprendront mieux ce qui se passe dans leurs prisons. Les
surveillance personnes de la société civile qui se rendent régulièrement dans les prisons peuvent être des
enseignants des écoles locales, des assistants sociaux des hôpitaux locaux ou des membres
de groupes religieux et culturels. Ces activités sont décrites ailleurs dans ce manuel. Ce ne
sont pas des inspecteurs au sens strict du terme, mais leur présence peut représenter un type
d’inspection informelle. Il est important de savoir qu’ils ont une perspective différente de celle
des professionnels de la prison.
Surveillance Certaines administrations ont créé un rôle plus formalisé pour les membres de la collectivité
civile locale, grâce à des systèmes de surveillance indépendante. Ces organes locaux de
surveillance prennent en charge une surveillance plus formalisée du travail de la prison et la
indépendante
présentation de rapports aux autorités pénitentiaires et, dans certains cas, à la collectivité
locale. Ces systèmes peuvent fournir un moyen efficace de préserver et d’encourager les droits
de l’homme et d’éviter les abus. Ils fournissent également des liens formalisés entre les prisons
et la société au nom de laquelle les prisons sont gérées.
P R O C ÉD U R E S D ’ I N S P E C T I O N
111
Inspections Il existe un type d’inspection plus formalisé, réalisé dans des prisons individuelles par les
administratives membres du personnel de l’administration pénitentiaire centrale. Ce type d’inspection prend
souvent la forme d’un audit des procédures. Il peut couvrir des sujets très variés, comme
la sécurité, les finances, les activités offertes aux détenus, la formation du personnel ou
la discrimination. Dans de nombreuses administrations, ces procédures seront mesurées
par rapport à des normes développées de manière centralisée, afin d’assurer une certaine
régularité entre prisons. Certaines administrations nomment également des administrateurs
dans leurs prisons ; ils sont chargés de surveiller le respect du règlement des prisons. Très
souvent, ces audits se concentrent sur les processus administratifs. Les inspections ou audits
de ce type sont très importants mais ne sont pas suffisants.
Inspections Les inspections réalisées par un organe qui est à la fois indépendant des prisons individuelles
indépendantes et du système pénitentiaire sont importantes. Dans certains cas, les membres du personnel
d’une telle agence sont nommés par l’état. L’arrangement le plus indépendant est celui selon
lequel ces personnes sont nommées par le parlement et sont sous sa responsabilité. Dans
certains cas, elles réalisent un programme régulier d’inspections. Dans d’autres cas, elles
réalisent ces inspections de manière ad hoc. Elles inspectent le fonctionnement quotidien des
prisons et, de temps à autre, elles réalisent une inspection suite à un incident grave.
La forme d’inspection la plus complète est celle durant laquelle tous les types ci-dessus
coexistent et se complètent dans leurs activités.
Mécanismes Le Rapporteur spécial sur la torture nommé par les Nations Unies joue aujourd’hui un rôle
d’inspections important au niveau des commentaires sur les abus qui touchent les personnes privées de
liberté. Depuis quelques années, son influence est renforcée par son habitude de visiter les
régionales et prisons et de faire des commentaires publics sur ce qu’il y trouve.
autres
Au niveau régional, le Rapporteur spécial sur les prisons et conditions de détention en Afrique
nommé par la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, réalise des
inspections des systèmes pénitentiaires en Afrique et publie des rapports qui présentent à la
fois les problèmes identifiés et les bonnes pratiques relevées.
Le Comité International de la Croix Rouge est très actif dans le domaine de l’inspection des
prisons dans des circonstances spéciales comme les périodes de guerre.
Certaines juridictions donnent des droits d’accès formalisés à leurs prisons aux ONG
nationales et internationales du secteur des droits de l’homme.
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112
Ensemble de principes pour la protection de toutes les personnes soumises
à une forme quelconque de détention ou d’emprisonnement, Principe 29 :
1 Afin d’assurer le strict respect des lois et règlements pertinents, les lieux de détention
doivent être inspectés régulièrement par des personnes qualifiées et expérimentées,
nommées par une autorité compétente distincte de l’autorité directement chargée de
l’administration du lieu de détention ou d’emprisonnement et responsables devant
elle.
En pratique
La D’autres chapitres de ce manuel décrivent les avantages de l’existence d’une bonne
participation relation de travail entre les prisons et la société civile locale, dans le cadre de laquelle des
membres respectés de la société civile viendront régulièrement dans la prison pour participer
de la société à différentes activités. Un avantage supplémentaire de ce type d’arrangement est que cet
civile peut échange peut jouer le rôle de surveillance indépendante informelle de ce qui se passe dans la
éviter les abus prison. Les visiteurs forment des liens avec le personnel et entrent en contact régulier avec les
détenus, ce qui leur permet d’observer les problèmes et de détecter les signes d’abus. Leur
présence doit encourager de bonnes relations interpersonnelles. La présence de représentants
de la société civile peut avoir un effet préventif car elle arrête les abus avant même qu’ils ne se
produisent. Bien souvent, les procédures formalisées d’inspection n’identifient les problèmes
qu’après qu’ils se soient produits. Les commentaires de ces visiteurs sur ce qu’ils voient dans
la prison revêtent une importance supplémentaire car ils sont basés sur leur expérience et sur
les attentes de la société hors de la prison. Par conséquent, ces visiteurs peuvent remettre en
question les procédures établies de la prison.
Les inspecteurs plus officiels, que nous décrivons ci-dessous, doivent toujours s’assurer de
consulter ces visiteurs réguliers de la prison chaque fois qu’ils réalisent une inspection officielle.
Surveillance Certaines administrations ont pris des dispositions bien établies pour la surveillance formalisée
officielle par des prisons par des organes composés de membres non spécialisés de la société civile.
D’autres administrations ont récemment introduit ou commencent à envisager des dispositions
des membres
similaires. Les meilleurs arrangements de ce type sont ceux dans lesquels des membres
du public indépendants de la société civile sont nommés pour surveiller tous les aspects de la vie
en prison et pour communiquer publiquement leurs conclusions. Pour être efficaces, ces
observateurs doivent avoir accès à toutes les parties de la prison, sans restriction, et doivent
être responsables auprès du public, par l’intermédiaire du parlement par exemple, au lieu
d’être responsables auprès de l’administration pénitentiaire.
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113
« La Turquie vient d’introduire un système dans lequel un petit comité de surveillance
indépendant a été nommé pour chaque commission judiciaire afin de surveiller
les prisons sous la juridiction de chacune de ces commissions, et de dresser des
rapports sur ces établissements pénitentiaires. En général, chaque comité est
responsable de quatre ou cinq prisons. Chaque comité de surveillance doit présenter
un rapport tous les trois mois au Ministère de la justice. La législation turque exige
également que les organes publics répondent dans des délais fixes aux rapports
qui leur sont présentés.
La surveillance En Angleterre et au Pays de Galles, des observateurs issus de la société civile doivent
des incidents être convoqués pour être présents et observer tout incident grave dans une prison. Cette
procédure a un double objectif : elle contribue à protéger les détenus des abus et à protéger
graves est une
les membres du personnel contre les allégations injustes.
tâche importante
La plupart Dans la plupart des administrations pénitentiaires il existe un processus d’inspection interne.
des systèmes Les personnes qui font ce travail sont généralement des dirigeants de l’administration
pénitentiaire qui ont des connaissances sur les prisons et la gestion de ces dernières. Elles
pénitentiaires font généralement partie d’une équipe qui travaille avec l’administration centrale des prisons
ont des et n’ont aucun lien immédiat avec des prisons individuelles. Elles peuvent inspecter toutes les
inspections prisons d’une région. Elles peuvent également travailler en équipe, sur une base fonctionnelle,
administratives par exemple en inspectant toutes les prisons pour femmes ou pour mineurs.
Vérifier le Dans certains systèmes pénitentiaires, ces équipes jouent plutôt un rôle d’auditeurs qu’un
respect des rôle d’inspecteurs. Leur fonction principale est de vérifier que des procédures correctes sont
en place, que les instructions administratives sont respectées et qu’il n’existe ni négligence ni
procédures corruption. En termes pratiques, il doit exister une distinction claire entre le rôle d’un auditeur
d’état et celui d’un inspecteur. Un auditeur se concentre généralement sur la manière de faire les
choses alors qu’un inspecteur se concentre sur ce qui est fait et sur les résultats de ces
actions. Il est possible qu’une prison satisfasse les inspecteurs d’état quant au respect des
procédures, mais cela ne l’empêchera pas d’être une prison mal gérée en ce qui concerne
les conditions énoncées dans ce manuel. Les auditeurs des prisons ont un rôle de gestion
important à jouer mais ils doivent venir s’ajouter aux inspecteurs indépendants et non pas les
remplacer.
Les inspecteurs Une équipe d’inspection interne doit avoir un accès illimité à tous les lieux et toutes les
internes doivent personnes dans les prisons et dans les lieux de détention. Cette équipe peut suivre un
programme d’inspections annoncé à l’avance mais doit également réaliser des inspections ad
avoir un accès hoc sans prévenir et hors des heures de travail normales. Elle doit généralement présenter ses
total conclusions au chef de l’administration nationale des prisons.
Il est important Le rôle des audits et inspections officiels n’est pas simplement d’identifier les pratiques
d’identifier inacceptables. Ces processus ont également un rôle important à jouer pour identifier et diffuser
«
les bonnes pratiques.
les bonnes
pratiques En France, l’état a nommé une équipe commune à l’Inspection générale des services
judiciaires du Ministère de la justice et à l’Inspection générale des affaires sociales
du Ministère de l’emploi et des affaires sociales afin d’évaluer l’organisation des
soins médicaux des détenus et de dresser un rapport. Ce rapport a été présenté au
Ministre de l’emploi et des affaires sociales, au Ministre de la justice et au Ministre
de la santé.
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114
Les inspections En plus des procédures d’inspection interne, il doit également exister une forme d’inspection
indépendantes totalement indépendante du système pénitentiaire. Une possibilité est que l’état nomme
les inspecteurs. Cela n’est pas entièrement satisfaisant car c’est l’état qui est responsable,
sont cruciales
en définitive, de la gestion du système pénitentiaire. La meilleure manière de garantir
pour la bonne l’indépendance est que l’inspecteur soit nommé par un processus parlementaire, par
gestion des exemple en tant qu’ombudsman. Si l’inspecteur communique alors ses résultats directement
prisons au parlement, il est moins probable qu’il souffre d’ingérences de l’administration dans ses
«
rapports.
Droit de regard Dans certains pays comme la France, les juges doivent faire en sorte que les prisons soient
judiciaire gérées conformément à la loi et que les détenus soient traités de manière humanitaire. Ce
système garantit sans doute l’indépendance car les juges ne font pas partie du système
pénitentiaire, mais il est important que ces juges d’application des peines puissent donner la
priorité au travail d’inspection des prisons.
Réputation de Les inspecteurs pénitentiaires indépendants seront mieux considérés si leur rôle est bien
l’inspecteur connu du grand public ;il est donc important de choisir des personnes qui bénéficient de
crédibilité auprès du grand public pour ces postes d’inspecteurs pénitentiaires. Si l’inspecteur
indépendant
exerce une profession non pénitentiaire, comme celle d’un juge par exemple, certains
auprès du membres du personnel d’inspection doivent avoir une connaissance directe des prisons et
grand public de l’administration pénitentiaire. Il doit également y avoir des inspecteurs spécialisés dans
des sujets tels que les soins médicaux et la santé mentale, l’éducation, les bâtiments et les
questions relatives aux minorités.
Les inspecteurs En plus de leur programme normal d’inspections, les équipes d’inspection indépendantes
ont un rôle après doivent également avoir le droit de réaliser des inspections après un incident grave ou une
émeute. Dans de telles situations, ces équipes doivent avoir accès à toutes les informations
les incidents
disponibles et doivent pouvoir interroger toutes les personnes concernées, qu’il s’agisse du
graves personnel ou des détenus.
Autres formes En plus de l’unité spécialisée d’inspection des prisons, certaines juridictions imposent
d’inspection également à d’autres agences d’état ou centrales la mission d’inspecter certains aspects de
la vie d’une prison. Il peut s’agir d’agences comme la Commission des droits de l’homme
ou l’Auditor General. Il peut également exister des liens officiels entre les inspections et les
agences qui mènent des enquêtes sur les plaintes des détenus.
Toutes les formes d’inspection doivent spécifier une procédure claire concernant les rapports,
ainsi que des dispositions appropriées pour les questions qui peuvent exiger une attention
urgente.
P R O C ÉD U R E S D ’ I N S P E C T I O N
115
Chaque prison, l’administration pénitentiaire et le gouvernement doivent s’engager à réagir
promptement et en détail face aux rapports qu’ils reçoivent. Il est utile de rendre publics les
rapports et les réponses, sous réserve des considérations légitimes de sécurité.
La publication des rapports, par exemple par le Comité du Conseil de l’Europe pour la
prévention de la torture et le Rapporteur spécial africain, a eu un important effet secondaire car
elle a en effet contribué à éliminer les pratiques inacceptables et à diffuser les bonnes pratiques
dans d’autres prisons et administrations.
P R O C ÉD U R E S D ’ I N S P E C T I O N
116
11 Les prévenus et les autres
détenus non condamnés
Le contexte
Quelques Dans de nombreux pays, une grande proportion, parfois même une majorité des détenus
définitions n’ont pas encore été condamnés. Les détenus peuvent faire l’objet d’une enquête, une
décision n’a peut-être pas encore été prise quant à la comparution de leur cas au tribunal ou
ils peuvent tout simplement attendre leur procès.
Différentes juridictions utilisent différents termes juridiques pour décrire ces personnes.
Elles peuvent être désignées par « faisant l’objet d’une enquête », « passant en
jugement », « attendant un procès » ou « en détention provisoire ». Pour des raisons de
commodité, ce manuel décrit toutes ces personnes comme des prévenus.
Dans certaines juridictions, le mot «prisonnier» s’utilise uniquement pour désigner
les personnes qui ont été condamnées. Les personnes qui n’ont pas encore été
condamnées ou qui se trouvent en prison pour une autre raison peuvent être désignées
par le terme «détenus». Une fois de plus, pour des raisons de commodité, dans ce
manuel le mot «détenu» s’emploie pour désigner toute personne soumise à une forme
de détention autorisée par une autorité légale.
Enfin, certaines juridictions réservent le mot «prison» aux lieux qui détiennent
des prisonniers condamnés. Les lieux qui détiennent les personnes non encore
condamnées sont désignés par les termes «établissements de détention» ou «jails».
Dans ce manuel, on utilise le mot prison pour décrire tous les lieux qui détiennent une
personne en détention légale.
La Le principe le plus important dans la gestion des prévenus est le fait qu’on doit toujours les
présomption considérer innocents. A la différence des détenus condamnés, ils ne sont pas retenus en
prison comme sanction. Les administrations pénitentiaires doivent s’assurer que ce statut de
d’innocence
non-condamné se reflète dans leur traitement et dans leur gestion.
Les problèmes Les prévenus doivent être présumés innocents alors qu’ils attendent leur procès et, qui plus
de la détention est, dans bien des cas ils seront déclarés innocents au terme de leur procès. En outre, le
processus judiciaire de nombreux pays est tel que les dossiers mettent souvent longtemps à
des prévenus être présentés au tribunal et même les personnes déclarées coupables peuvent purger une
peine plus longue avant leur procès que la sanction qui leur est finalement imposée. Tout cela
peut contribuer à un sentiment légitime d’injustice qui peut influencer le comportement de
nombreux prévenus et dont les administrations pénitentiaires doivent tenir compte.
L es p r é ve n us et les aut r es d é te n us n o n co n d am n é s
117
Séparation Il doit exister une séparation claire des fonctions entre, d’une part, les agences responsables
des autorités des enquêtes sur les infractions, généralement la police et le parquet, et, d’autre part,
l’administration pénitentiaire responsable de la détention des personnes accusées, sur l’ordre
d’enquête et
d’une autorité judiciaire. La détention d’une personne accusée peut aider les autorités qui
pénitentiaires mènent l’enquête à faire leur travail mais les conditions de détention ne doivent jamais être l’un
des éléments de l’enquête. En d’autres termes, il est interdit de maintenir les prévenus dans
des conditions très restreintes simplement pour les encourager à coopérer avec les enquêteurs
ou pour les inciter à confesser leur culpabilité. L’autorité qui mène l’enquête ou le parquet ne
«
doit pas pouvoir influencer les autorités pénitentiaires quant au traitement des prévenus.
2 Tout individu arrêté sera informé, au moment de son arrestation, des raisons de cette
arrestation et recevra notification, dans le plus court délai, de toute accusation portée
contre lui.
3 Tout individu arrêté ou détenu du chef d’une infraction pénale sera traduit dans le
plus court délai devant un juge ou une autre autorité habilitée par la loi à exercer
des fonctions judiciaires, et devra être jugé dans un délai raisonnable ou libéré. La
détention de personnes qui attendent de passer en jugement ne doit pas être de règle
mais la mise en liberté peut être subordonnée à des garanties assurant la comparution
de l’intéressé à l’audience, à tous les autres actes de la procédure et, le cas échéant,
pour l’exécution du jugement.
(2) Le prévenu jouit d’une présomption d’innocence et doit être traité en conséquence.
L es p r é ve n us et les aut r es d é te n us n o n co n d am n é s
118
En pratique
La situation Les règles et règlements pénitentiaires sont principalement destinés à la gestion des
spéciale des détenus condamnés. Les prévenus doivent être considérés innocents et ne doivent donc
pas être soumis aux mêmes règles que les détenus condamnés. Le chapitre 3 de ce manuel
prévenus
analyse les procédures d’admission. Ces procédures sont particulièrement importantes car
la première expérience de l’emprisonnement pour la majorité des détenus sera en qualité de
prévenus. Pour ce groupe de détenus, les premiers jours en prison peuvent être une période
particulièrement difficile ; les procédures d’admission doivent en tenir compte et les personnes
responsables de leur gestion doivent en avoir conscience.
Protection Les autorités pénitentiaires représentent une protection importante contre la détention
contre la arbitraire. Elles doivent établir des procédures claires pour s’assurer qu’il existe un ordre de
détention correctement autorisé ou un document légal pour la détention de toute personne
détention
admise en prison. Ceci est particulièrement important pour tous les prévenus, car ils ont le
arbitraire droit de savoir quelle est l’autorité légale de leur détention et de connaître la date à laquelle ils
comparaîtront devant une autorité judiciaire. Les autorités doivent également s’assurer que les
détenus sont présentés aux tribunaux promptement et à l’heure correcte.
Surveillance Le statut des détenus qui attendent leur procès signifie généralement que la durée de
de la période leur détention est indéterminée et qu’elle est subordonnée à des décisions prises par des
agences autres que les autorités pénitentiaires. Certaines juridictions imposent des délais
passée en
durant lesquels les prévenus doivent être jugés ou remis en liberté. Dans le cadre du
détention processus permettant d’assurer la légitimité de l’ordre de détention, les autorités pénitentiaires
souhaiteront surveiller ces arrangements. Il est particulièrement important pour les autorités
pénitentiaires de maintenir des registres précis pour que les prévenus ne soient pas perdus
«
dans le système judiciaire.
«
Detention in Africa les détenus qui peuvent prouver qu’ils ont moins de 16 ans».1
Le Honduras et le Panama ont introduit des lois permettant de libérer les prévenus
qui ont purgé une partie définie de la condamnation qu’ils auraient probablement
reçue s’ils avaient été déclarés coupables de l’effraction dont ils sont accusés.
Conseils Tous les prévenus doivent avoir accès à une représentation juridique convenable. Les
juridiques personnes qui arrivent en prison sont souvent perturbées par leur cadre et peu sûres de leur
situation. Elles ont le droit de recevoir des conseils juridiques indépendants.
Un règlement Les membres du personnel pénitentiaire doivent connaître la différence juridique entre les
séparé prévenus et les détenus condamnés. Il doit exister un règlement séparé pour la gestion des
prévenus.
L es p r é ve n us et les aut r es d é te n us n o n co n d am n é s
119
Le droit à la représentation par un avocat
2 Si une personne détenue n’a pas choisi d’avocat, elle aura le droit de s’en voir désigner
un par une autorité judiciaire ou autre dans tous les cas où l’intérêt de la justice l’exige,
et ce sans frais si elle n’a pas les moyens de le rémunérer.
L es p r é ve n us et les aut r es d é te n us n o n co n d am n é s
120
Principes de base relatifs au rôle du barreau, Principe 8 :
Toute personne arrêtée ou détenue ou emprisonnée doit pouvoir recevoir la visite d’un
avocat, s’entretenir avec lui et le consulter sans retard, en toute discrétion, sans aucune
censure ni interception, et disposer du temps et des moyens nécessaires à cet effet.
Ces consultations peuvent se dérouler à portée de vue, mais non à portée d’ouïe, de
responsables de l’application des lois.
En pratique
Rôle des A un stade très précoce, les détenus admis en prison doivent être informés de leurs droits en
prisons pour matière de représentation en justice, surtout s’ils attendent leur procès. Certains d’entre eux
ont déjà un avocat. Dans ce cas, leur question portera sur l’accès :quand, où et dans quelles
assurer la circonstances ils peuvent contacter leur avocat. De nombreux autres détenus n’ont pas encore
représentation organisé leur représentation en justice. Dans ce cas, on doit les autoriser à contacter un avocat
en justice dès que possible afin de parler de leur situation et de commencer à préparer leur défense.
Les autorités compétentes doivent s’assurer que des dispositions ont été prises pour que les
détenus sans ressources financières puissent malgré tout bénéficier d’une représentation en
justice adéquate.
Confidentialité Les autorités pénitentiaires ne doivent pas s’immiscer de quelque manière que ce soit dans la
de la communication entre les détenus et leurs représentants en justice. La correspondance entre
un détenu et son avocat ne doit pas être censurée. Dans un certain nombre de juridictions,
correspondance cette correspondance porte une mention spéciale sur l’enveloppe ; la correspondance reçue
avec l’avocat est donc transmise directement au détenu sans être ouverte ; la correspondance envoyée par
le détenu est cachetée par celui-ci. Si les autorités pénitentiaires ont des raisons légitimes de
soupçonner que cet arrangement fait l’objet d’un abus, elles peuvent ouvrir la correspondance
reçue en présence du détenu pour vérifier que les plis ne contiennent aucun article interdit ; de
manière similaire, la correspondance envoyée peut être vérifiée en présence du détenu avant
de la cacheter. La correspondance ne doit en aucun cas être lue par les autorités.
Confidentialité Les discussions entre un détenu et son représentant en justice ne doivent jamais être
des réunions écoutées par les autorités pénitentiaires. Il est raisonnable que ces visites se déroulent à la vue
du personnel pénitentiaire, par exemple au moyen d’un panneau vitré, mais le personnel ne
avec les doit pas pouvoir entendre la discussion.
avocats
(b) Les jeunes prévenus sont séparés des adultes et il est décidé de leur cas aussi
rapidement que possible.
L es p r é ve n us et les aut r es d é te n us n o n co n d am n é s
121
Ensemble de principes pour la protection de toutes les personnes soumises
à une forme quelconque de détention ou d’emprisonnement, Principe 8 :
Les personnes détenues sont soumises à un régime approprié à leur condition de personnes
non condamnées. Elles sont donc, chaque fois que possible, séparées des personnes
emprisonnées.
87 Dans les limites compatibles avec le bon ordre de l’établissement, les prévenus
peuvent, s’ils le désirent, se nourrir à leurs frais en se procurant leur nourriture de
l’extérieur par l’intermédiaire de l’administration, de leur famille ou de leurs amis.
Sinon, l’administration doit pourvoir à leur alimentation.
88 (1) Un prévenu doit être autorisé à porter ses vêtements personnels si ceux-ci sont
propres et convenables.
(2) S’il porte l’uniforme de l’établissement, celui-ci doit toujours être différent de
l’uniforme des condamnés.
89 La possibilité doit toujours être donnée au prévenu de travailler, mais il ne peut y être
obligé. S’il travaille, il doit être rémunéré.
90 Tout prévenu doit être autorisé à se procurer, à ses frais ou aux frais d’un tiers, des
livres, des journaux, le matériel nécessaire pour écrire, ainsi que d’autres moyens
d’occupation, dans les limites compatibles avec l’intérêt de l’administration de la
justice et avec la sécurité et le bon ordre de l’établissement.
91 Un prévenu doit être autorisé à recevoir la visite et les soins de son propre médecin
ou dentiste si sa demande est raisonnablement fondée et s’il est capable d’en assurer
la dépense.
En pratique
Statut Les prisons sont généralement gérées de la manière qui convient le mieux aux autorités
différent des pénitentiaires. Une conséquence est que toutes les personnes détenues peuvent être traitées
de manière similaire, qu’elles soient de sexe masculin ou féminin, mineures ou majeures,
prévenus
condamnées ou prévenues. Ceci peut être avantageux pour l’administration pénitentiaire mais
ne respecte pas les exigences de la justice. Les prévenus n’ont pas été condamnés pour une
effraction et ne doivent pas être traités comme s’ils avaient été condamnés. L’autorité judiciaire
a simplement exigé qu’ils soient privés de liberté, et pas qu’ils soient soumis à une sanction
supplémentaire.
Séparés Les prévenus doivent être placés dans des locaux séparés des détenus condamnés. Dans
des détenus de nombreuses juridictions, la conséquence directe de cette séparation est que les conditions
dans lesquelles vivent les prévenus sont bien pires que celles des détenus condamnés. Ce
condamnés sont eux qui vivent dans les conditions les plus surpeuplées, qui ont les pires cellules et
auxquels on donne le moins d’accès aux installations de la prison. Cette situation ne devrait
pas exister. Le fait que les prévenus restent innocents aux yeux du système judiciaire signifie
que leurs conditions de détention doivent être au moins aussi bonnes que celles des détenus
condamnés.
L es p r é ve n us et les aut r es d é te n us n o n co n d am n é s
122
Ce que la Le règlement séparé pour les prévenus doit couvrir des aspects pratiques tels que les
prison doit conditions dans lesquelles ils peuvent porter leurs propres vêtements, l’accès à l’alimentation,
à la bibliothèque et à d’autres informations, ainsi que les dispositions en matière de visites. On
fournir
ne peut pas les obliger à travailler mais on doit leur donner la possibilité de le faire.
Dans les situations où les prévenus sont maintenus en prison pendant des périodes longues
ou indéterminées, il est particulièrement important de s’assurer qu’on leur donne un accès
total aux installations de la prison ainsi que la possibilité de travailler s’ils le souhaitent.
Les niveaux Tous les détenus, qu’ils soient condamnés ou prévenus, doivent être maintenus dans
de sécurité des conditions qui respectent leurs besoins appropriés en matière de sécurité. Dans de
nombreuses juridictions, des catégories de sécurité spécifiques sont attribuées aux détenus
ne doivent condamnés mais les prévenus sont tous traités comme s’ils devaient être détenus dans des
pas être conditions de haute sécurité. Ce n’est pas toujours le cas. Les prévenus doivent également
déterminés à faire l’objet d’une évaluation du risque qu’ils représentent. Il peut ne pas exister de justification
l’avance de l’incarcération des personnes qui attendent d’être jugées pour des infractions relativement
mineures dans les mêmes conditions que celles qui ont été condamnées pour des infractions
très graves.
95 Sans préjudice des dispositions de l’article 9 du Pacte international relatif aux droits
civils et politiques, les personnes arrêtées ou incarcérées sans avoir été inculpées
jouissent de la protection garantie par la première partie et par la section C de la
deuxième partie. Les dispositions pertinentes de la section A de la deuxième partie
sont également applicables lorsque leur application peut être profitable à cette
catégorie spéciale de détenus, pourvu qu’il ne soit pris aucune mesure impliquant
que des dispositifs de rééducation ou de réadaptation puissent être applicables en
quoi que ce soit à des personnes qui ne sont convaincues d’aucune infraction.
En pratique
Les détenus Une prison est principalement un lieu de détention de personnes condamnées ou accusées
administratifs d’une infraction. Dans certains pays, des personnes peuvent être détenues lorsqu’elles sont
accusées d’une infraction civile ou pour d’autres raisons administratives. Lorsque cela se
ne sont pas produit, ces personnes doivent être traitées de la même manière que les autres détenus qui
condamnés n’ont pas été condamnés. Ceci influencera les conditions de détention de ces personnes, ainsi
que leur accès à des représentants en justice et à d’autres agents officiels.
Immigrants A notre époque, l’exemple le plus évident est celui des personnes détenues car elles
illégaux et sont entrées dans un pays illégalement ou, parfois, parce qu’elles demandent asile. Ces
personnes ne doivent pas être détenues avec les personnes qui sont accusées ou qui
demandeurs
ont été condamnées pour des infractions criminelles. Si on confie leur garde aux autorités
d’asile pénitentiaires, ces personnes ne doivent pas être traitées de la même manière que les
personnes condamnées ou accusées d’infractions criminelles.
L es p r é ve n us et les aut r es d é te n us n o n co n d am n é s
123
12 Les détenus mineurs et
juvéniles
Le contexte
Quelques L’âge de responsabilité criminelle est l’âge auquel les actes commis par des enfants peuvent
définitions être traités par la loi criminelle. Cet âge varie énormément d’un pays à un autre. De même, la
loi définit différemment l’âge auquel un enfant peut être incarcéré dans le système pénitentiaire.
Il existe également des différences entre les établissements pénitentiaires en ce qui concerne
l’âge à partir duquel les mineurs peuvent être détenus dans les mêmes prisons que les adultes.
La position Le droit international est très clair quand il s’agit de définir les personnes que l’on doit
dans le droit considérer comme des enfants :
Les instruments internationaux des droits de l’homme concernant la justice criminelle utilisent
la même définition :
Règles des Nations Unies pour la protection des mineurs privés de liberté, Règle 11 :
(a) Par mineur, on entend toute personne âgée de moins de 18 ans.
Les mineurs Dans certains pays, aucune personne de moins de 18 ans ne peut être détenue par le service
ne doivent pas pénitentiaire. Cet arrangement doit être encouragé. Lorsque de telles jeunes personnes doivent
être détenues, il faut les confier à la garde d’une agence sociale au lieu d’une agence qui fait
être en prison partie du système de justice criminelle.
La prison Les principes décrits dans ce manuel concernent tous les détenus. On doit également tenir
pour mineurs : compte d’aspects particuliers dans le traitement des détenus mineurs et adolescents. Les
prisons doivent être utilisées pour détenir les personnes qui ont commis des infractions très
un dernier
graves ou qui représentent une menace pour la société. Très peu de mineurs tombent dans
recours ces catégories. Les mineurs qui tombent dans ces catégories doivent être détenus dans une
prison uniquement lorsqu’il n’existe aucune alternative. Les informations rassemblées par
plusieurs pays montrent que plus une personne est prise en charge jeune dans le système de
justice criminelle, plus il existe de risques que cette personne participe à de nouvelles activités
criminelles.
Légalité de la Deux tendances récentes dans différentes parties du monde augmentent le nombre de
détention des jeunes personnes en prison. Dans certains pays, les inquiétudes concernant les délinquants
juvéniles ont entraîné un durcissement des peines, alors que dans d’autres la détention sans
mineurs
condamnation est considérée comme une manière de répondre en partie au problème du
nombre grandissant d’enfants qui vivent dans la rue. Dans certaines juridictions, les enfants
sont détenus en prison lorsqu’ils n’ont pas encore l’âge auquel il est légal et légitime de le faire.
Le chapitre 11 de ce manuel explorait la responsabilité qu’ont les administrations pénitentiaires
de s’assurer que toutes les personnes qui arrivent en prison ont fait l’objet d’un ordre de
détention correctement autorisé. Ceci est particulièrement important lorsqu’on a affaire à des
enfants et des mineurs, ainsi qu’à d’autres groupes vulnérables.
L es d é te n us mi n eu r s et juv é n iles
125
Importance de Si un mineur doit être détenu en prison, il faut prendre des dispositions spéciales pour faire
l’assistance au en sorte que les éléments coercitifs de la vie en prison soient minimisés et pour utiliser au
maximum les possibilités de formation et de développement personnel. On doit faire un effort
mineur
tout particulier pour aider le mineur à maintenir et développer des relations familiales.
Problème de Dans un certain nombre de pays, l’absence de documents signifie qu’il est difficile d’établir
l’absence l’âge précis d’une personne, et on signale des cas de falsification des données afin de pouvoir
admettre les mineurs dans les prisons pour adultes.
d’extraits de
naissance
Jeunes Certaines juridictions prennent des dispositions spéciales pour les jeunes adultes remis
adultes entre les mains de l’administration pénitentiaire. Dans certains pays, les jeunes détenus
sont séparés des détenus adultes jusqu’à ce qu’ils aient atteint 21 ans. Dans d’autres pays,
comme le Japon, cette séparation est étendue jusqu’à 24 ans grâce à l’utilisation de prisons
pour jeunes adultes. Ce système est utilisé afin de donner la priorité à leurs besoins éducatifs
et de développement, et pour éviter l’influence négative de délinquants plus âgés et plus
sophistiqués.
(b) Nul enfant ne soit privé de liberté de façon illégale ou arbitraire: l’arrestation, la
détention ou l’emprisonnement d’un enfant doit être en conformité avec la loi, n’être
qu’une mesure de dernier ressort et être d’une durée aussi brève que possible ;
(c) Tout enfant privé de liberté soit traité avec humanité et avec le respect dû à la dignité
de la personne humaine, et d’une manière tenant compte des besoins des personnes
de son âge : en particulier, tout enfant privé de liberté sera séparé des adultes, à moins
que l’on n’estime préférable de ne pas le faire dans intérêt supérieur de l’enfant, et il
a le droit de rester en contact avec sa famille par la correspondance et par des visites,
sauf circonstances exceptionnelles ;
(d) Les enfants privés de liberté aient le droit d’avoir rapidement accès à l’assistance
juridique ou à toute assistance appropriée, ainsi que le droit de contester la légalité
de leur privation de liberté devant un tribunal ou une autre autorité compétente,
indépendante et impartiale, et à ce qu’une décision rapide soit prise en la matière.
Ensemble de règles minima des Nations Unies concernant l’administration de la justice pour
mineurs, Règle 13 :
(1) La détention préventive ne peut être qu’une mesure de dernier ressort et sa durée
doit être aussi courte que possible.
(2) Autant que faire se peut, la détention préventive doit être remplacée par d’autres
mesures telles que la surveillance étroite, une aide très attentive ou le placement dans
une famille ou dans un établissement ou un foyer éducatif.
(3) Les mineurs en détention préventive doivent bénéficier de tous les droits et garanties
prévus par l’Ensemble de règles minima pour le traitement des détenus adopté par
l’Organisation des Nations Unies.
(4) Les mineurs en détention préventive doivent être séparés des adultes et détenus dans
des établissements distincts ou dans une partie distincte d’un établissement qui abrite
aussi des adultes.
(5) Pendant leur détention préventive, les mineurs doivent recevoir les soins, la protection
et toute l’assistance individuelle -- sur les plans social, éducatif, professionnel
psychologique, médical et physique -- qui peuvent leur être nécessaires eu égard à
leur âge, à leur sexe et à leur personnalité.
L es d é te n us mi n eu r s et juv é n iles
126
Ensemble de règles minima des Nations Unies concernant l’administration de la justice pour
mineurs, Règle 19 :
(1) Le placement d’un mineur dans une institution est toujours une mesure de dernier
ressort et la durée doit en être aussi brève que possible.
Ensemble de règles minima des Nations Unies concernant l’administration de la justice pour
mineurs, Règle 21 :
(1) Les archives concernant les jeunes délinquants doivent être considérées comme
strictement confidentielles et incommunicables à des tiers. L’accès à ces archives est
limité aux personnes directement concernées par le jugement de l’affaire en cause ou
aux autres personnes dûment autorisées.
Ensemble de règles minima des Nations Unies concernant l’administration de la justice pour
mineurs, Règle 26 :
(1) La formation et le traitement des mineurs placés en institution ont pour objet de leur
assurer assistance, protection, éducation et compétences professionnelles, afin de les
aider à jouer un rôle constructif et productif dans la société.
(2) Les jeunes placés en institution recevront l’aide, la protection et toute l’assistance --
sur le plan social, éducatif, professionnel, psychologique, médical et physique -- qui
peuvent leur être nécessaires eu égard à leur âge, à leur sexe et à leur personnalité et
dans l’intérêt de leur développement harmonieux.
(3) Les mineurs placés en institution doivent être séparés des adultes et détenus dans un
établissement distinct ou dans une partie distincte d’un établissement qui abrite aussi
des adultes.
(4) Les jeunes délinquantes placées en institution doivent bénéficier d’une attention spéciale
en ce qui concerne leurs besoins et leurs problèmes propres. En aucun cas, l’aide, la
protection, l’assistance, le traitement et la formation dont elles bénéficient ne doivent
être inférieurs à ceux dont bénéficient les jeunes délinquants. Un traitement équitable
doit leur être assuré.
(6) On favorisera la coopération entre les ministères et les services en vue d’assurer une
formation scolaire ou, s’il y a lieu, professionnelle adéquate aux mineurs placés en
institution, pour qu’ils ne soient pas désavantagés dans leurs études en quittant cette
institution.
Ensemble de règles minima des Nations Unies concernant l’administration de la justice pour
mineurs, Règle 27 :
(1) L’Ensemble de règles minima pour le traitement des détenus et les recommandations qui
s’y rapportent sont applicables dans la mesure où ils concernent le traitement des jeunes
délinquants placés en institution, y compris ceux qui sont en détention préventive.
(2) On s’efforcera de mettre en œuvre, dans toute la mesure possible, les principes
pertinents énoncés dans l’Ensemble de règles minima pour le traitement des détenus
afin de répondre aux besoins divers des mineurs, propres à leur âge, leur sexe et leur
personnalité.
Ensemble de règles minima des Nations Unies concernant l’administration de la justice pour
mineurs, Règle 29 :
(1) On s’efforcera de créer des régimes de semi-détention notamment dans des
établissements tels que les centres d’accueil intermédiaires, les foyers socio-éducatifs,
les externats de formation professionnelles et autres établissements appropriés propres
à favoriser la réinsertion sociale des mineurs.
Règles des Nations Unies pour la protection des mineurs privés de liberté, Règle 11 :
Aux fins des présentes Règles, les définitions ci-après sont applicables :
(a) Par mineur, on entend toute personne âgée de moins de 18 ans. L’âge au-dessous duquel
il est interdit de priver un enfant de liberté est fixé par la loi ;
(b) Par privation de liberté, on entend toute forme de détention, d’emprisonnement ou le
placement d’une personne dans un établissement public ou privé dont elle n’est pas
autorisée à sortir à son gré, ordonnés par une autorité judiciaire, administrative ou
autre.
L es d é te n us mi n eu r s et juv é n iles
127
En pratique
Les jeunes Les membres du personnel pénitentiaire sont formés pour protéger la société des criminels
en prison graves adultes. Leurs responsabilités ne doivent pas s’étendre à la prise en charge du petit
nombre d’enfants et de mineurs qui commettent des infractions si graves qu’ils doivent être
privés de liberté. Ces jeunes personnes doivent donc être prises en charge par des agences
sociales ou d’assistance.
Vulnérables Nous venons d’énoncer le principe mais, en réalité, dans de nombreux pays un certain
aux abus nombre d’enfants et de mineurs sont incarcérés dans des prisons. Lorsque cela se produit,
l’administration pénitentiaire est dans l’obligation de s’occuper d’eux en tenant compte de
leur âge et de leurs besoins spécifiques. Il existe deux raisons principales pour ces traitements
spéciaux. La première est que les enfants et les mineurs sont plus vulnérables que les adultes
et doivent être protégés de la violence et des abus commis par les détenus plus âgés ou
même les membres du personnel. La seconde raison est que ces jeunes sont généralement
plus réceptifs aux influences positives et aux opportunités de formation et d’éducation.
Pour ces raisons, tout enfant ou mineur pris en charge par l’administration pénitentiaire doit
être abrité dans une institution séparée et pas dans une prison pour adultes.
Compétences Les membres du personnel pénitentiaire qui travaillent dans les institutions pour jeunes
du personnel délinquants doivent suivre une formation spéciale. Un grand nombre des aptitudes qu’ils
doivent utiliser sont très différentes de celles que doivent posséder les membres du personnel
qui travaillent avec les détenus adultes. De nombreux membres du personnel préfèrent
travailler avec des détenus adultes et considèrent que le travail avec des détenus à long
terme qui sont difficiles à gérer est le véritable travail de la prison. Par contre, le travail avec
les mineurs est souvent considéré comme une solution de facilité pour les membres du
personnel moins qualifiés ou qui ne peuvent pas faire face au travail plus exigeant avec les
détenus adultes. Ceci est faux. Le travail avec les détenus mineurs exige un ensemble spécial
de compétences. Les membres du personnel doivent associer les exigences de sécurité
et d’ordre avec l’obligation d’aider les mineurs, dont beaucoup peuvent être instables et
imprévisibles, à mûrir et à développer les aptitudes personnelles qui les aideront à réussir dans
la vie. Les membres du personnel qui doivent travailler dans les établissements pour mineurs
doivent être choisis spécialement puis il convient de leur donner les compétences appropriées
qui vont leur permettre de faire leur difficile travail. Ils doivent également recevoir un soutien
pour faire face aux exigences physiques et affectives du travail avec les délinquants juvéniles.
Besoins Les systèmes utilisés pour la détention des enfants et mineurs privés de liberté sont très
sociaux et variés. Beaucoup de ces pratiques reflètent les besoins spécifiques des jeunes en matière
d’aide sociale et d’éducation. Il est important que la partie de l’administration pénitentiaire
éducatifs
qui est responsable des enfants et des mineurs développe des liens étroits avec d’autres
départements officiels chargés de l’aide sociale et de l’éducation des jeunes dans la société
civile.
Liens étroits Le régime des institutions pour mineurs doit chercher à minimiser les éléments coercitifs
avec la société de l’incarcération et doit mettre en valeur l’éducation et la formation professionnelle. Dans la
mesure du possible, on doit associer ce travail à des stages et des programmes destinés aux
extérieure
jeunes dans la société civile. Les enseignants et autres intervenants doivent venir des écoles
et collèges locaux et les certificats délivrés aux jeunes doivent l’être par des centres éducatifs
locaux et non pas par l’administration pénitentiaire. Dans l’idéal, lorsque les considérations de
sécurité l’autorisent, les mineurs doivent pouvoir poursuivre leur éducation hors de la prison
dans le cadre de sorties à la journée.
Les administrations pénitentiaires doivent chercher à établir des liens avec les ONG qui
travaillent avec les jeunes hors de la prison afin d’élargir le choix de programmes proposés aux
jeunes détenus, notamment dans le domaine des activités physiques, culturelles et sociales.
L es d é te n us mi n eu r s et juv é n iles
128
Liens On accordera une grande priorité au maintien et au développement de liens entre le mineur et
familiaux sa famille. Dans la mesure du possible, on doit autoriser les jeunes à faire de courtes visites au
domicile familial pendant le déroulement de leur condamnation. On doit encourager les familles
à rendre visite aux jeunes dans l’établissement, aussi souvent que possible, et à maintenir le
contact par courrier et par téléphone.
Comme les jeunes détenus sont une petite minorité, dans la plupart des juridictions ils sont
souvent incarcérés loin de chez eux. L’administration pénitentiaire devra apporter une attention
particulière à la facilitation des visites familiales.
Il convient d’apporter un soin particulier à l’environnement dans lequel les visites se déroulent,
et leur donner autant d’intimité et d’informalité que possible. On doit également encourager les
familles à participer aux décisions sur le traitement de leur fils ou fille durant son incarcération.
Libération et Dans de nombreux pays, une proportion importante de jeunes détenus perd contact avec
réintégration leur famille avant leur période d’emprisonnement ou à cause d’elle. Les administrations
pénitentiaires doivent faire des efforts particuliers pour identifier les jeunes qui ont besoin d’un
soutien supplémentaire pour rétablir des liens avec leur famille ou ceux dont les liens familiaux
sont irrévocablement coupés. L’objectif principal doit être d’éviter de remettre les jeunes dans
les circonstances sociales qui ont contribué à leur délit originel. Il est important de faire appel
aux agences gouvernementales et non-gouvernementales pertinentes pour concevoir et mettre
«
en œuvre des programmes appropriés de réinsertion.
L es d é te n us mi n eu r s et juv é n iles
129
13 Les femmes en prison
Le contexte
Les femmes La proportion de femmes incarcérée dans tous les systèmes pénitentiaires du monde varie
en prison sont entre 2 et 8 %. En conséquence de cette faible proportion, les prisons et les systèmes
pénitentiaires sont souvent organisés en fonction des besoins et exigences des détenus de
une petite
sexe masculin. Ceci concerne l’architecture, la sécurité et toutes les autres installations. Toute
minorité disposition spéciale pour les femmes en prison vient généralement s’ajouter aux dispositions
normalement prises pour les hommes.
Effet des lois Dans un certain nombre de pays, une législation stricte contre les stupéfiants a eu un effet
antistupéfiants important sur le nombre de femmes en prison ; par conséquent, le taux d’augmentation
du nombre de femmes en prison est souvent bien plus élevé que celui des hommes.
Dans certains pays, comme le Royaume-Uni, cette législation a également entraîné une
augmentation du nombre de détenues ressortissantes étrangères, qui représentent aujourd’hui
un pourcentage disproportionné de femmes en prison.
Les femmes En réalité, la situation des femmes en prison est très différente de celle des hommes ; on doit
en prison ont être particulièrement vigilant quant à la situation des femmes. Les femmes envoyées en prison
ont souvent subi des abus physiques ou sexuels ; elles souffrent fréquemment de différents
des problèmes
problèmes de santé non traités. Les conséquences de l’emprisonnement et son effet sur leur
différents
«
vie peuvent être très différents pour les femmes.
Dans la plupart des pays, les femmes arrivent en prison pour des crimes non violents,
relatifs à la propriété ou aux stupéfiants : elles ont certainement été condamnées pour
ce que l’on appelle des « crimes de propriété ». Lorsqu’elles commettent un crime
violent, c’est souvent contre un proche. À la différence des hommes, les femmes en
prison sont souvent des mères célibataires, la plupart d’entre elles ont des enfants
à leur charge, elles sont moins souvent récidivistes et entre 1/3 et 2/3 d’entre elles
ont souffert d’abus physiques ou sexuels avant d’arriver en prison.1
Responsabilités Dans la plupart des sociétés, les femmes ont la responsabilité principale de la famille,
familiales notamment lorsqu’il y a des enfants. Ainsi, lorsqu’une femme est envoyée en prison, les
conséquences pour sa famille peuvent être très graves. Lorsqu’un père est envoyé en prison,
la mère assume souvent ses responsabilités familiales en plus des siennes. Lorsqu’une mère
est envoyée en prison, le père a souvent beaucoup de mal à prendre en charge toutes les
responsabilités parentales, notamment lorsqu’il ne bénéficie pas du soutien d’une famille
élargie. Dans de nombreux cas, la mère est la seule personne qui s’occupe de la famille. Cette
situation signifie qu’il faut prendre des dispositions spéciales pour que les femmes en prison
1 Julita Lemgruber,
Women in the Criminal
puissent maintenir un contact significatif avec leurs enfants. La question des enfants en bas
Justice System. âge doit être examinée avec une sensibilité toute particulière.
Discours d’ouverture
de l’atelier qui s’est
déroulé pendant le
Dixième Congrès
des Nations Unies
sur la Prévention
de la criminalité et
le traitement des
délinquants en avril
2000, HEUNI,
Vienne 1 149
L es femmes e n p r iso n
131
Prévention Les femmes enceintes ne doivent pas être envoyées en prison, sauf s’il n’existe absolument
des abus aucune alternative. Si cela doit se produire, on doit prendre des dispositions spéciales
pour ces femmes pendant leur grossesse et durant la période d’allaitement. L’application
de restrictions de sécurité durant l’accouchement soulève des questions particulièrement
sensibles. La présomption doit toujours être qu’aucune femme enceinte n’accouchera dans
une prison.
Les femmes La sécurité physique des femmes doit être garantie durant leur incarcération. C’est pourquoi
enceintes elles doivent toujours être séparées des détenus de sexe masculin et ne doivent jamais être
supervisées exclusivement par des membres du personnel de sexe masculin. Voir également le
paragraphe sur les abus sexuels au chapitre 3.
Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes,
Article 2 :
Les États parties condamnent la discrimination à l’égard des femmes sous toutes ses formes,
conviennent de poursuivre par tous les moyens appropriés et sans retard une politique
tendant à éliminer la discrimination à l’égard des femmes et, à cette fin, s’engagent à :
(a) Inscrire dans leur constitution nationale ou toute autre disposition législative appropriée
le principe de l’égalité des hommes et des femmes, si ce n’est déjà fait, et assurer par
voie de législation ou par d’autres moyens appropriés l’application effective dudit
principe ;
(b) Adopter des mesures législatives et d’autres mesures appropriées assorties, y
compris des sanctions en cas de besoin, interdisant toute discrimination à l’égard des
femmes ;
(c) Instaurer une protection juridictionnelle des droits des femmes sur un pied d’égalité
avec les hommes et garantir, par le truchement des tribunaux nationaux compétents
et d’autres institutions publiques, la protection effective des femmes contre tout acte
discriminatoire ;
(d) S’abstenir de tout acte ou pratique discriminatoire à l’égard des femmes et faire en
sorte que les autorités publiques et les institutions publiques se conforment à cette
obligation ;
(e) Prendre toutes mesures appropriées pour éliminer la discrimination pratiquée à l’égard
des femmes par une personne, une organisation ou une entreprise quelconque ;
(f) Prendre toutes les mesures appropriées, y compris des dispositions législatives, pour
modifier ou abroger toute loi, disposition réglementaire, coutume ou pratique qui
constitue une discrimination à l’égard des femmes ;
(g) Abroger toutes les dispositions pénales qui constituent une discrimination à l’égard
des femmes.
L es femmes e n p r iso n
132
Déclaration sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes, Article 4 :
(i) Veiller à ce que les agents des services de répression ainsi que les fonctionnaires
chargés d’appliquer des politiques visant à prévenir la violence à l’égard des femmes,
à assurer les enquêtes nécessaires et à punir les coupables reçoivent une formation
propre à les sensibiliser aux besoins des femmes.
En pratique
Le personnel Il est important de reconnaître que les effets de l’emprisonnement sur les femmes sont souvent
doit suivre très différents des effets sur les hommes. La situation domestique qu’elles laissent derrière elles
est généralement différente car de nombreuses femmes sont soit seules à s’occuper de leur
une formation famille et d’autres personnes, soit la principale personne responsable du foyer. Dans certaines
spéciale cultures, les femmes emprisonnées sont également plus souvent abandonnées par leur famille.
Les membres du personnel qui travaillent avec les femmes doivent être conscients de toutes
ces questions et doivent recevoir une formation spécifique à leur rôle.
Les femmes En moyenne, 19 détenus sur 20 sont des hommes. Les prisons sont donc souvent gérées
sont selon une perspective masculine. En général, cela signifie que les procédures et programmes
sont conçus pour les besoins de la population masculine majoritaire et adaptés (ou parfois
victimes de
discrimination
L es femmes e n p r iso n
133
non) aux besoins des femmes. Ceci entraîne une discrimination à l’égard des femmes à
plusieurs niveaux.
Hébergement L’un des premiers domaines de discrimination est l’hébergement. Certains systèmes
pénitentiaires possèdent un petit nombre de prisons utilisées exclusivement pour les détenues.
Il est donc inévitable que la plupart de ces femmes soient incarcérées dans des établissements
éloignés de leur famille, ce qui rend le contact beaucoup plus difficile. Ceci est particulièrement
problématique lorsqu’une femme est la seule personne ou la personne principale qui s’occupe
d’enfants ou d’autres personnes à sa charge.
Une autre possibilité est de détenir les femmes dans de petites unités annexées aux plus
grandes prisons pour hommes. Ceci peut présenter un risque plus important pour la sécurité
des femmes et peut signifier que les installations dont elles disposent sont déterminées par les
besoins du nombre plus important de détenus du sexe masculin. L’accès à ces installations et
les périodes passées hors des cellules peuvent être limités pour des raisons de sécurité. Ces
deux types de systèmes ont des inconvénients évidents.
La sécurité ne Une conséquence de la disponibilité limitée de prisons pour femmes est que les femmes sont
doit pas être parfois détenues selon une classification de sécurité plus stricte que celle que pourrait justifier
une évaluation du risque qu’elles représentent. Cet effet peut être aggravé car ces évaluations
plus stricte que de classification sont basées sur des modèles de détenus masculins types.
nécessaire
Accès égal A cause de leur nombre moins élevé ou à cause de la quantité limitée de cellules, l’accès
aux activités des détenues aux activités est souvent plus limité que celui des hommes. Par exemple, il peut
exister moins de possibilités d’éducation ou de formation professionnelle. Les possibilités
de travail peuvent se limiter aux travaux considérés traditionnels pour les femmes, comme la
couture ou le nettoyage. L’administration pénitentiaire doit faire en sorte que les femmes aient
les mêmes opportunités que les hommes pour bénéficier d’instruction et de formation. La
même chose est vraie pour l’accès aux installations d’éducation physique et de sport. Si les
prisons n’ont pas suffisamment d’installations ou de membres du personnel formés, il peut être
possible de s’adresser à des agences locales et à des organisations non gouvernementales
pour leur demander de fournir des activités aux femmes en prison.
Dans la mesure du possible, les activités mises à la disposition des femmes en prison doivent
être conçues pour elles, et pas simplement adaptées à partir de programmes conçus pour les
hommes.
Liens familiaux Il est particulièrement important que les détenues qui ont des enfants puissent avoir la
possibilité de maintenir des liens avec eux. Dans la mesure du possible, on doit autoriser
les femmes détenues à quitter la prison pour passer de courtes périodes avec leur famille.
Lorsque les enfants rendent visite à leur mère en prison, on doit autoriser autant de contact et
d’intimité que possible. Les visites entre mères et enfants doivent toujours autoriser le contact
physique. Ces visites ne doivent jamais être fermées ou sans contact, avec une grille ou une
barrière physique pour les séparer. Dans la mesure du possible, ces visites doivent durer une
journée entière. Les visites familiales plus longues qu’a décrit le chapitre 8 de ce manuel sont
particulièrement importantes pour les détenues. Toute disposition de sécurité en matière de
fouille des visiteurs doit s’appliquer en tenant compte de l’intérêt des enfants.
Les enfants Les femmes enceintes doivent être incarcérées uniquement dans les circonstances les plus
des détenues graves. Si cela s’avère nécessaire, on doit leur fournir le même niveau de soins médicaux que
dans la société civile. Lorsque le moment de l’accouchement arrive, ces femmes doivent être
doivent naître transférées, dans la mesure du possible, dans un hôpital civil. Ceci devrait assurer la fourniture
à l’hôpital de soins médicaux professionnels. Ceci évitera à l’enfant d’avoir un extrait de naissance
sur lequel la prison est enregistrée comme lieu de naissance. Dans tous les cas, l’extrait de
naissance doit donner une adresse autre que l’établissement pénitentiaire comme lieu de
naissance.
L es femmes e n p r iso n
134
Les restrictions de sécurité qui s’avèrent nécessaires durant cette période doivent être aussi
discrètes que possible.
Lorsque des femmes enceintes sont incarcérées, l’administration doit tenir compte de toutes
les questions culturelles associées à l’accouchement.
Les mères La question des mères en prison qui ont des enfants en bas âge est difficile. Dans un certain
avec un bébé nombre de juridictions, les mères sont autorisées à garder leur bébé en prison. Lorsque cela
se produit, la mère et le bébé doivent être placés dans une unité où ils peuvent vivre ensemble
continuellement. Ces unités doivent être équipées de toutes les installations que la mère
exigerait normalement. Il est préférable de laisser la mère et l’enfant ensemble au lieu de placer
le bébé dans une nursery séparée que la mère ne peut visiter qu’à certaines heures.
Âge de Il est difficile de déterminer l’âge auquel les bébés doivent être enlevés à leur mère en prison.
séparation Comme le lien entre la mère et l’enfant est très important, certains affirment que l’enfant
doit pouvoir rester avec sa mère aussi longtemps que possible, peut-être pendant toute la
durée de la peine. D’autres affirment que la prison est un environnement anormal qui aura
certainement un effet négatif sur le développement d’un enfant dès son très jeune âge. C’est
pourquoi un enfant ne doit pas normalement être autorisé à rester en prison avec sa mère plus
de quelques mois. En pratique, certaines administrations pénitentiaires autorisent les mères en
prison à garder leur bébé jusqu’à 9 mois, 18 mois ou même quatre ans ou plus si l’on ne peut
pas placer l’enfant ailleurs.
Où peut-on Si les enfants ne peuvent pas rester avec leur mère en prison, les autorités pénitentiaires
placer les doivent prendre d’autres dispositions adaptées, soit auprès de la famille soit auprès des
agences qui s’occupent des enfants sans parents. On définit les dispositions appropriées
enfants ? comme celles qui sont dans l’intérêt de l’enfant, en tenant compte de toutes les circonstances.
Il est donc important que cette décision soit examinée en partenariat avec d’autres agences
«
compétentes et pas uniquement par l’administration pénitentiaire.
Le Code pénal russe autorise les mères condamnées pour une effraction moins
grave, c’est-à-dire une effraction pour laquelle une peine de prison de cinq ans ou
moins est imposée, à faire repousser leur peine jusqu’à ce que leur enfant le plus
jeune ait atteint l’âge de huit ans. A ce stade, la peine est revue pour déterminer si
elle doit être appliquée. Un élément clé dans cette décision est de savoir si la femme
concernée a commis une nouvelle effraction.
Les enfants qui Durant la période qu’un bébé passe en prison, l’environnement dans lequel il se trouve doit
grandissent en être rendu aussi normal que possible pour l’enfant et pour la mère. Le développement de
l’enfant ne doit pas être limité simplement parce que sa mère est en prison. En outre, on doit
prison prendre des dispositions spéciales pour soutenir la mère et le bébé au moment de la libération.
Autres Il est également plus probable que les femmes soient la seule personne ou la personne
personnes à principale qui s’occupe de personnes à charge autres que des enfants. Les administrations
pénitentiaires doivent réfléchir aux dispositions à prendre dans ces circonstances.
charge
Les soins Le chapitre 4 de ce manuel est consacré aux besoins médicaux des détenus. Les femmes
médicaux en prison ont des besoins de santé spécifiques qui doivent être reconnus et satisfaits. Dans la
mesure du possible, elles doivent être soignées par des infirmières et des doctoresses et
L es femmes e n p r iso n
135
des spécialistes des questions de santé des femmes doivent être disponibles pour des
consultations. Dans de nombreux cas, les femmes en prison s’inquiètent beaucoup à
propos de leurs enfants ; cela peut avoir un impact important sur leur bien-être mental et
peut rendre l’incarcération plus difficile psychologiquement pour elles que pour les hommes.
Les dispositions en matière de soins médicaux proposés aux femmes doivent refléter cette
situation.
Le personnel Les femmes incarcérées sont particulièrement vulnérables dans l’environnement fermé d’une
des prisons prison et doivent être protégées en permanence des abus physiques ou sexuels perpétrés par
les membres du personnel de sexe masculin. Les instruments internationaux exigent que les
pour femmes
femmes en prison soient supervisées par des membres du personnel de sexe féminin. Si des
membres du personnel de sexe masculin sont employés dans une prison pour femmes, ils ne
doivent jamais être responsables des femmes à eux seuls. Un membre du personnel de sexe
féminin doit toujours être présent.
Les fouilles Le chapitre 5 de ce manuel a décrit les procédures utilisées pour fouiller les détenus. Les
membres du personnel doivent faire preuve d’une sensibilité particulière lorsqu’ils fouillent les
femmes. Les membres du personnel de sexe masculin ne doivent jamais participer aux fouilles
personnelles des femmes en prison. La nécessité de respecter la décence, par exemple en
n’exigeant pas qu’un détenu se dénude totalement durant une fouille corporelle, s’applique
tout particulièrement aux femmes en prison.
La préparation L’obligation de l’administration pénitentiaire de préparer les détenus à leur retour dans la
à la remise en société civile a été traitée au chapitre 7 de ce manuel. On doit tenir tout particulièrement
compte des besoins des femmes sur le point d’être libérées. Dans certains cas, elles ne
liberté pourront pas réintégrer leur famille car elles ont fait de la prison. Les autorités pénitentiaires
doivent collaborer étroitement avec les agences de soutien de la collectivité et avec les
organisations non gouvernementales pour aider la réinsertion dans leur communauté des
femmes qui sortent de prison. Toute formation qui leur donne une aptitude leur permettant
d’être autonomes est particulièrement utile pour les femmes en prison.
L es femmes e n p r iso n
136
14 Les condamnés à perpetuité
et les détenus de longue durée
Le contexte
Augmentation Dans de nombreux pays, la majorité des détenus condamnés purgent des peines
du nombre de relativement courtes. Dans certaines juridictions, la moyenne est de quelques mois,
dans d’autres un an ou deux. Mais depuis quelques années, les tribunaux prononcent
détenus de des peines beaucoup plus longues. Dans de nombreux systèmes pénitentiaires, les
longue durée détenus qui purgent des peines longues constituent un pourcentage relativement
faible du nombre total des détenus. Cependant, en termes organisationnels et de
gestion, ils consomment une quantité importante des ressources disponibles.
Une définition Un problème se présente dès que l’on tente de définir ce que l’on entend par
«détenude longue durée». Dans un certain nombre de systèmes pénitentiaires, par
exemple dans certains pays scandinaves, toute personne qui purge une peine de
plus de six mois est classée comme un détenu de longue durée. Par contre, dans
de nombreux systèmes pénitentiaires d’Europe de l’Est, un détenu de longue durée
est une personne qui purge une peine de plus de dix ans. Aux États-Unis, il existe de
nombreux exemples de détenus qui purgent des peines de centaines d’années, bien
supérieures à une durée de vie normale.
Détenus en La réclusion à perpétuité est la sanction pénale la plus sévère que l’on puisse
réclusion à imposer dans les juridictions qui ont aboli la peine de mort ou qui décident de ne
pas l’appliquer. En l’absence de la peine de mort, la réclusion à perpétuité prend une
perpétuité signification symbolique et peut être considérée comme la rétribution la plus grave.
Bien que le terme «réclusion à perpétuité» puisse avoir de nombreuses significations
différentes dans différents pays, un élément commun est le caractère indéterminé de
ces peines. En réalité, dans la plupart des juridictions, seuls quelques détenus qui
purgent une peine à perpétuité resteront incarcérés jusqu’à la fin de leur vie. La grande
majorité d’entre eux seront remis en liberté dans la société, souvent sous surveillance,
et leur condamnation devra être planifiée en tenant compte de cet aspect.
L es co n d am n é s à pe r petuit é et les d é te n us d e lo n g ue d u r é e
137
« Les difficultés spécifiques que présente la réclusion à perpétuité sont reconnues
dans la constitution de différents pays.
Les détenus Lorsqu’on gère ce groupe de détenus, il faut tenir compte de leur niveau de
de longue dangerosité. L’hypothèse automatique comme quoi tous les détenus à long
terme sont dangereux n’est pas soutenue par les faits. Les détenus en réclusion
durée ne à perpétuité, par exemple, ne présentent pas, en général, plus de problèmes
sont pas tous disciplinaires que tout autre groupe de détenus. Au contraire, ils ont souvent une
dangereux meilleure discipline que les détenus qui purgent des peines beaucoup plus courtes.
Il n’existe aucune preuve comme quoi ces détenus sont plus disruptifs ou comme
quoi ils représentent un risque pour la bonne gestion simplement à cause de la
durée de leur peine. Très souvent, les condamnés a perpetuité sont plus âgés que
la moyenne de la population carcérale condamnée. Il s’agit souvent de leur première
effraction et la plupart d’entre eux n’ont jamais commis d’actes violents auparavant.
En général, leur victime est une personne qu’ils connaissaient. Comme la date finale
de libération des détenus de longue durée dépend souvent, au moins en partie, de
leur comportement en prison, ils ont tout intérêt à ne pas causer de problèmes. Pour
toutes ces raisons, ils peuvent souvent avoir une influence apaisante sur les autres
groupes de détenus, comme ceux qui sont plus jeunes ou qui purgent des peines
plus courtes.
Détenus Mais certains détenus de longue durée ou condamnés à perpétuité sont très
à haut dangereux. Certains d’entre eux ont commis des crimes atroces et représentent
un véritable risque pour la sécurité du public en cas d’évasion. Les administrations
risque pénitentiaires doivent garantir que ces détenus ne s’évadent pas et qu’ils ne
représentent pas un danger pour la sécurité du personnel et des autres détenus. Le
traitement décent et humanitaire de ces détenus, tout en assurant la sécurité des
autres personnes, représente un grand défi en matière de gestion professionnelle des
prisons. Cette question est mentionnée au chapitre 5.
Détenus Une autre série de difficultés se présente lorsque les systèmes pénitentiaires
définis comme doivent traiter des détenus définis comme des terroristes ou des ennemis de l’état.
A la différence de la grande majorité des détenus, ces personnes refusent souvent
terroristes d’accepter qu’elles doivent se trouver en prison et ne reconnaissent pas la légitimité
de l’autorité de l’administration pénitentiaire. Leur gestion est rendue plus compliquée
par le fait qu’elles sont souvent très en vue au plan politique et public et que leur
traitement et leur comportement en prison sont des aspects qui intéressent beaucoup
les médias et qui peuvent avoir des répercussions violentes dans la société civile. Les
administrateurs pénitentiaires sont souvent assujettis aux exigences de la nécessité
1 D. van Zyl Smit,
politique. Parallèlement, la réaction de l’administration face aux pressions créées par
“Abolishing Life la nécessité de gérer ces détenus de manière décente et humanitaire est sans aucun
Imprisonment?” (2001) doute un véritable test de son professionnalisme.
3 Punishment and
Society 299-306
L es co n d am n é s à pe r petuit é et les d é te n us d e lo n g ue d u r é e
138
Le problème Mais les aspects les plus importants du traitement des détenus à perpétuité et de
de l’institution- longue durée se rapportent à la santé mentale des détenus, qui peut être affectée par la
durée de la peine ou par l’incertitude quant à leur date de libération. Les administrateurs
nalisation
pénitentiaires doivent aider les détenus à planifier leur condamnation de manière à
préserver leur confiance en eux et à éviter les dangers de l’institutionnalisation.
Fournir des Le principal document international qui régit le traitement des détenus de longue
opportunités durée est la série de Recommandations des Nations Unies sur la réclusion à
perpétuité.2 Les Nations Unies recommandent que les états fournissent aux
condamnés à perpétuité des «opportunités de communication et d’interaction sociale»
ainsi que des «opportunités de travail rémunéré, d’instruction et d’activités religieuses,
culturelles, sportives et autres activités de loisirs». Si ces opportunités sont offertes
aux condamnés à perpétuité, elles doivent également être proposées à tous les autres
2 United Nations détenus qui purgent des peines longues. De même, le rapport du Conseil de l’Europe
(1994), Life
Imprisonment, sur le traitement des détenus en détention de longue durée affirme que ces détenus
Nations Unies, doivent avoir des «opportunités pour faire quelque chose d’utile» et «doivent être
Vienne traités en tenant compte de la possibilité de leur libération et de leur réinsertion dans
le monde extérieur».3
3 Conseil de l’Europe
(1977), Rapport
général sur le
traitement des
détenus en détention En pratique
de longue durée
(1977), Conseil de
l’Europe, Strasbourg Toutes les dispositions en matière de bonne gestion pénitentiaire qui sont décrites
dans ce manuel doivent s’appliquer de manière égale aux détenus qui purgent une
peine à perpétuité ou d’autres peines longues. En outre, les considérations suivantes
sont particulièrement pertinentes pour ce groupe de détenus.
Planification Tous les détenus sont des personnes individuelles et les autorités pénitentiaires
initiale après la doivent les traiter comme telles. Une manière d’entamer ce processus pour les
détenus de longue durée consiste à réaliser une évaluation initiale au début de la
condamnation planification de la condamnation de chaque détenu. On a traité cette question au
chapitre 5 de ce manuel. Dans un certain nombre de juridictions, les détenus qui
purgent des peines très longues sont placés initialement dans une unité d’accueil.
L’objectif de ces unités est de faciliter la transition de ces détenus à la vie ordinaire en
prison, où ils seront transférés au bout de quelques mois.
Évaluation des Dans certaines juridictions, l’évaluation initiale débouche sur un processus de gestion
risques de la condamnation, durant lequel le profil du détenu est créé en tenant compte d’un
certain nombre de facteurs tels que son casier judiciaire, sa famille et son milieu, ses
antécédents en matière d’emploi, ses problèmes tels que l’alcool et la drogue ainsi
que les rapports de la police, des services sociaux et du service de mise en liberté
surveillée. Sur la base de ce profil, on crée un plan de peine. Ce plan contient une
évaluation du risque que représente chaque détenu pour lui-même, pour d’autres
détenus, pour les membres du personnel et pour le public. Le critère principal de ce
processus d’évaluation des risques est la protection du public. On doit prendre soin
d’éviter que l’évaluation du risque ne soit ni supérieure ni inférieure à ce qu’indiquent
les faits. Le plan de peine précise également les différents programmes et activités
auxquels le détenu participera probablement durant sa peine.
L es co n d am n é s à pe r petuit é et les d é te n us d e lo n g ue d u r é e
139
Travail, Il n’y a aucune raison pour que les dispositions en matière de travail, d’éducation et
éducation et d’autres activités, décrites au chapitre 7 de ce manuel, ne s’appliquent pas également
aux détenus qui purgent des peines de longue durée, y compris des peines de
autres activités réclusion à perpétuité. D’ailleurs, étant donné la longue période qu’ils devront
passer en prison, on peut affirmer que les détenus qui purgent des peines de longue
durée doivent avoir la priorité sur les autres détenus pour ces activités, lorsque les
ressources sont limitées. Les détenus qui purgent une peine longue ou à perpétuité
auront probablement moins de chance de réintégrer leur famille et leur communauté ;
ils devront donc recevoir plus de soutien durant le processus de reclassement.
L’isolement Il n’existe aucune justification opérationnelle pour isoler cette catégorie de détenus,
n’est pas soit individuellement soit en groupe, simplement à cause de la durée de leur peine. Au
contraire, garder les détenus occupés est une bonne pratique de gestion, car cela est
justifié dans l’intérêt des détenus comme dans celui du bon fonctionnement de la prison.
Contacts Pour qu’une personne condamnée à une peine carcérale longue puisse maintenir sa
avec la famille santé affective et physique durant son séjour en prison puis se réinsérer avec succès
dans la communauté, elle doit pouvoir maintenir et développer des liens et contacts
et le monde avec sa famille. Il existe bien entendu une autre justification importante de la nécessité
extérieur d’autoriser ce contact. En effet, les autres membres de la famille - conjoint, enfants et
autres personnes – sont habilités à avoir des contacts avec le membre de la famille
qui est en prison. Pour ces raisons, les dispositions en matière de maintien du contact
avec la famille, qui sont décrites au chapitre 8, sont applicables tout particulièrement
aux détenus qui purgent une peine de longue durée.
Progrès par Les différentes formes de l’évaluation et de la planification initiales décrites ci-dessus
le biais du comportent un autre élément important : elles peuvent servir à identifier le petit
nombre de détenus de longue durée qui vont probablement représenter un risque
système grave pour la sécurité et sûreté. L’évaluation initiale permet à l’administration de faire
la différence entre ces détenus et la majorité des détenus à long terme qui, même
s’ils ont commis des crimes graves, ne représentent pas nécessairement un danger
dans le cadre de la prison. Dans un certain nombre de pays, les détenus de ce dernier
groupe sont rapidement envoyés dans des prisons de sécurité moyenne ou faible,
bien qu’ils purgent des peines relativement longues.
Transfert Plusieurs années avant la date de remise en liberté prévue, la plupart des détenus de
dans une longue durée pourront être transférés dans une prison de sécurité minimale ou dans
un foyer. Ils pourront quitter la prison de temps à autre, parfois pour plusieurs jours,
prison moins dans le cadre de la préparation à leur retour dans la communauté. Cette dernière
sécurisée partie de la condamnation est souvent surveillée par un conseil de mise en liberté
conditionnelle ou une autre autorité de remise en liberté.
L es co n d am n é s à pe r petuit é et les d é te n us d e lo n g ue d u r é e
140
Les détenus âgés
Nombre Une conséquence de l’allongement des peines dans certaines juridictions est que les
croissant de administrateurs des prisons doivent répondre aux besoins d’un nombre grandissant de
détenus âgés. Dans certaines juridictions, la tendance récente à imposer des peines à
détenus âgés perpétuité ou des peines longues a entraîné une augmentation importante du nombre de
détenus qui vieilliront en prison.
Cette situation pourra exiger que l’on fournisse un ensemble d’installations spécialisées pour
traiter les problèmes qui découlent d’une perte de mobilité ou du début de la détérioration des
facultés mentales.
Les problèmes Les administrations pénitentiaires doivent accorder une attention particulière aux différents
des personnes problèmes, sociaux et médicaux, de ce groupe de détenus. Le nombre croissant de détenus
dans cette catégorie a entraîné le développement d’unités spécialisées pour les personnes
âgées âgées en Angleterre et dans certaines régions des États-Unis. Les besoins médicaux de ce
groupe de détenus sont également abordés au chapitre 4 de ce manuel.
Perte du Les personnes qui purgent des peines longues ou qui ont un casier judiciaire chargé ont de
contact avec plus grandes chances de perdre le contact avec leur famille. Ceci présente des problèmes
particuliers pour les détenus plus âgés à la fin de leur peine. Un grand nombre d’entre
la famille eux n’ont plus de famille et peuvent être considérés comme trop âgés pour travailler. Les
administrations pénitentiaires doivent collaborer avec des agences extérieures pour aider ces
détenus à se réinsérer dans la communauté.
Note de l’auteur
Depuis la publication de la version anglaise de ce manuel en 2002 le Comité de ministres du
Conseil de l’Europe a émis sa Recommandation Rec(2003)23 concernant la gestion par les
administrations pénitentiaires des condamnés à perpétuité et des autres détenus de longue
durée. Cette recommandation a été accompagnée par un rapport général consacré au
même sujet et preparé par le Comité éuropéen pour les problèmes criminels.
L es co n d am n é s à pe r petuit é et les d é te n us d e lo n g ue d u r é e
141
15 Les détenus condamnés
à mort
Le contexte
La peine Pratiquement deux tiers des pays du monde ont aujourd’hui aboli la peine de mort ; de
de mort est nouveaux pays l’abolissent chaque année. Par exemple, les états membres du Conseil de
l’Europe, qui couvrent une zone s’étendant de Lisbonne au bord de l’Atlantique à Vladivostok
moins utilisée au bord du Pacifique ont aboli la peine de mort ou bien respectent un moratoire. Les
conventions internationales et autres instruments des droits de l’homme recommandent
vivement aux états parties d’abolir la peine de mort.
Détenus qui Dans les pays qui n’ont pas aboli la peine de mort, les autorités pénitentiaires sont
attendent leur généralement chargées de détenir les prisonniers condamnés à mort. Dans certains cas, le
processus d’appel est très long et les détenus peuvent attendre leur exécution pendant de
exécution nombreuses années. Cette situation peut également exister dans les pays qui appliquent un
moratoire sur les exécutions mais où les peines de mort existantes n’ont pas été commuées.
Soin des Les membres du personnel qui s’occupent des détenus condamnés à mort portent une
détenus et du lourde responsabilité. Les autorités pénitentiaires ont une obligation spéciale de traiter
ces détenus avec décence et humanité et de fournir un soutien adéquat aux membres du
personnel personnel qui prennent en charge cette tâche difficile.
Deuxième protocole facultatif se rapportant au Pacte international relatif aux droits civils et
politiques
Les États parties au présent Protocole, convaincus que l’abolition de la peine de mort
contribue à promouvoir la dignité humaine et le développement progressif des droits de
l’homme.
(2) Dans les pays où la peine de mort n’a pas été abolie, une sentence de mort ne peut
être prononcée que pour les crimes les plus graves, conformément à la législation en
vigueur au moment où le crime a été commis et qui ne doit pas être en contradiction
avec les dispositions du présent Pacte ni avec la Convention pour la prévention et la
répression du crime de génocide. Cette peine ne peut être appliquée qu’en vertu
d’un jugement définitif rendu par un tribunal compétent.
(5) Une sentence de mort ne peut être imposée pour des crimes commis par des personnes
âgées de moins de 18 ans et ne peut être exécutée contre des femmes enceintes.
L es d é te n us co n d am n é s à mo r t
143
(6) Aucune disposition du présent article ne peut être invoquée pour retarder ou empêcher
l’abolition de la peine capitale par un État partie au présent Pacte.
Garanties pour la protection des droits des personnes passibles de la peine de mort, Article 9 :
Lorsque la peine capitale est appliquée, elle est exécutée de manière à causer le minimum
de souffrances possibles.
En pratique
Décence et L’une des principales difficultés pour les administrations pénitentiaires, en ce qui concerne les
humanité détenus condamnés à mort, est l’introduction d’une distinction claire entre le traitement des
détenus individuels qui attendent leur exécution et la position légale et politique en matière
d’application de la peine capitale dans le pays concerné. L’une des responsabilités les plus
importantes du personnel pénitentiaire est de traiter tous les détenus, quel que soit leur chef
d’accusation, leur crime ou leur condamnation, avec décence et humanité. Les détenus
condamnés à mort ne doivent pas être soumis à des restrictions superflues en matière de
déplacements dans la prison ou à un traitement plus sévère simplement parce qu’ils ont été
condamnés à mort.
Séparation Dans les pays qui conservent la peine de mort, tout appel contre une telle condamnation
des détenus mettra souvent en jeu un processus long, qui peut durer plusieurs années dans certains cas.
Dans de nombreux systèmes pénitentiaires, ces détenus sont séparés de tous les autres
condamnés à détenus dans une zone souvent appelée «Death Row». Dans certains pays, ceci met en jeu
mort une séparation qui prend la forme d’un isolement. Dans d’autres pays, les détenus sont placés
dans des cellules communes, avec d’autres détenus qui se trouvent dans la même position
vis-à-vis de la loi.
La séparation En ce qui concerne la bonne gestion pénitentiaire, on ne peut pas justifier le maintien
automatique automatique de ces détenus dans des conditions isolées, qui ne leur donnent aucun
accès à des activités de travail, d’instruction ou culturelles. Leur peine de mort ne doit pas
n’est pas s’accompagner de sanctions supplémentaires portant sur leurs conditions de détention et
justifiée l’administration pénitentiaire doit tout mettre en œuvre pour réduire l’angoisse mentale souvent
appelée «phénomène de death row», qui peut découler du processus d’appel. Bien qu’ils
soient condamnés à mort, ces détenus doivent être évalués de la même manière que tout
autre détenu et doivent être placés dans des conditions appropriées. Comme pour les autres
formes d’évaluation, il est important d’examiner les circonstances et risques individuels de
«
chaque détenu. Certains peuvent exiger des conditions spéciales, mais pas la majorité.
Traitement Les détenus condamnés à mort conservent tous les droits des détenus en général. Il est
égalitaire particulièrement important de faire en sorte qu’ils ne soient pas traités de manière inférieure
dans le domaine de la nourriture, des soins médicaux, de l’hygiène, de l’exercice physique et
de l’association avec d’autres détenus.
Accès total Les autorités pénitentiaires doivent être particulièrement vigilantes pour que les détenus
aux avocats condamnés à mort aient un accès total aux avocats qui s’occupent d’un appel contre la
condamnation. Ils ont droit aux protections normales en matière d’accès et de confidentialité
de la communication, tout comme les autres détenus.
L es d é te n us co n d am n é s à mo r t
144
Visiteurs Le chapitre 8 de ce manuel fait référence au traitement des visiteurs et des détenus par le
personnel. Les membres du personnel pénitentiaire doivent faire preuve d’une sensibilité
particulière dans leurs contacts avec la famille et les amis qui viennent rendre visite aux
détenus condamnés à mort.
Sélection Les membres du personnel qui s’occupent des détenus condamnés à mort quotidiennement
spéciale du doivent faire l’objet d’une sélection particulière vu le stress qu’entraîne cette responsabilité. Ils
doivent toujours être expérimentés ; on doit leur fournir une formation spéciale, surtout en ce
personnel qui concerne les aspects affectifs de leur travail ; ils doivent bénéficier du soutien permanent
de la direction.
Réaction à une Si une exécution doit avoir lieu dans une prison, elle aura un effet important à différents
exécution niveaux. Cet effet se fera sentir dès que la date de l’exécution aura été fixée ; il augmentera
probablement à mesure que cette date va s’approcher et se poursuivra pendant un certain
temps après l’exécution. Les autorités pénitentiaires doivent avoir une stratégie pour traiter ces
conséquences pour toutes les personnes concernées.
L es d é te n us co n d am n é s à mo r t
145
16 Reconnaître la diversité
Le contexte
Traiter tous Les autorités pénitentiaires par tradition ont souvent considéré les détenus comme un groupe
les détenus homogène dont tous les membres peuvent être traités de la même manière. C’est pour cela
que les prisons ont en fait été organisées dans l’intérêt de la majorité, majorité qui correspond
équitablement
généralement aux détenus adultes de sexe masculin qui proviennent du groupe ethnique,
culturel et religieux dominant dans le pays concerné. Le chapitre 12 de ce manuel a traité les
besoins particuliers des détenus mineurs et jeunes ; le chapitre 13 a traité ceux des femmes en
prison.
Reconnaître On doit également accorder une attention particulière aux autres groupes de détenus qui
les différences ne font pas partie de la catégorie majoritaire, à un ou plusieurs niveaux. Leur différence peut
se situer au niveau de la race, de l’ethnie, du milieu social, de la culture, de la religion, de
l’orientation sexuelle, de la langue ou de la nationalité. Les règles et règlements des prisons
doivent tenir compte des exigences différentes des détenus à tous ces niveaux. Il ne doit
exister aucune discrimination contre les détenus pour les raisons susmentionnées.
Danger de Dans de nombreux pays, il existe des dangers particuliers en matière de discrimination
discrimination contre les minorités raciales. Les risques de discrimination sont beaucoup plus importants
dans les conditions fermées d’une prison. Les administrations pénitentiaires doivent faire
en sorte d’empêcher le développement de sous-groupes qui exercent une discrimination
contre les minorités, à la fois au sein du personnel et parmi la population carcérale. Il faut être
particulièrement vigilant à ce niveau lorsqu’il existe des tensions accrues dans la communauté
hors de la prison.
Lutter contre la Un grand nombre des préjudices qui existent dans la société contre les groupes minoritaires
discrimination se reflètent dans l’univers de la prison. Ceci n’est pas surprenant car les prisons, dans
une grande mesure, reflètent les valeurs de la société où elles se trouvent. Les autorités
– un devoir pénitentiaires doivent faire en sorte qu’aucun groupe minoritaire, parmi les détenus ou le
personnel, ne fasse l’objet d’une discrimination. Ceci couvre la discrimination institutionnelle
qui fait partie de la structure de l’organisation, ainsi que la discrimination pratiquée par des
personnes individuelles.
(a) Droit à un traitement égal devant les tribunaux et tout autre organe administrant la
justice ;
(b) Droit à la sûreté de la personne et à la protection de l’État contre les voies de fait ou
les sévices de la part soit de fonctionnaires du gouvernement, soit de tout individu,
groupe ou institution.
(2) En ce qui concerne les détenus ressortissant des États qui n’ont pas de représentants
diplomatiques ou consulaires dans le pays ainsi que les réfugiés et les apatrides,
les mêmes facilités doivent leur être accordées de s’adresser au représentant
diplomatique de l’État qui est chargé de leurs intérêts ou à toute autorité nationale ou
internationale qui a pour tâche de les protéger.
En pratique
Surveiller la Il existe différentes manières de déterminer l’existence de discrimination, par exemple en
discrimination examinant l’attribution des travaux qui sont particulièrement recherchés par les détenus. Parmi
ceux-ci, citons le travail en cuisine ou dans la bibliothèque de la prison, lorsqu’elle existe. Les
membres de la direction de la prison doivent vérifier si certains groupes minoritaires sont sous-
représentés ou même exclus de ces travaux recherchés. Les mêmes vérifications doivent être
faites au niveau de l’accès à l’éducation. On doit également examiner quels sont les détenus
qui obtiennent les meilleures cellules. La fréquence des sanctions disciplinaires prises contre
les détenus, répartie selon les différents groupes, est également une mesure importante.
Prendre des L’égalité de traitement va plus loin que d’assurer l’absence de discrimination. Il faut
mesures également prendre des mesures positives pour garantir que les besoins spéciaux des groupes
minoritaires soient respectés. Cela peut nécessiter la fourniture d’un régime alimentaire spécial
positives à certains détenus, pour des raisons religieuses ou culturelles. Ces dispositions ne sont pas
nécessairement plus coûteuses ; une meilleure organisation est souvent la seule exigence. Les
groupes minoritaires ont souvent des besoins religieux différents. Ils doivent toujours pouvoir
respecter les rites de leur religion en ce qui concerne les prières personnelles ou communes,
l’hygiène et les vêtements.
Détenus de Depuis quelques années, une conséquence du développement des voyages est
nationalité l’augmentation du nombre de détenus ressortissants étrangers. Ils ont souvent des besoins
spécifiques qui doivent être respectés. Certains de ces besoins, en rapport avec le maintien du
étrangère contact avec la famille et la communauté extérieure, sont décrits au chapitre 8 de ce manuel.
La nécessité de s’assurer que les règles et règlements de la prison soient compris par tous
les détenus a été traitée au chapitre 3. Les administrations pénitentiaires doivent informer les
détenus ressortissants étrangers des traités concernant leur transfert à leur pays d’origine.
Réinsertion Lorsqu’on gère des programmes de réinsertion sociale, il faut reconnaître la communauté
sociale spécifique que le détenu va réintégrer.
«
appropriée.
(2) À cette fin, les comités consultent régulièrement les collectivités autochtones
et toute personne compétente sur les questions autochtones.
Expansion du Les systèmes pénitentiaires n’ont aucun contrôle sur le nombre de personnes envoyées en
recours à la prison. Mais ils doivent en supporter les conséquences. Au cours des vingt dernières années,
on a remarqué le développement très important du recours à l’emprisonnement dans le
prison monde. Cette augmentation ne s’est pas produite dans un type de juridiction ou de système
politique spécifique mais dans toutes les régions du monde. Aux États-Unis par exemple, le
nombre de personnes en prison a augmenté pour passer d’un demi-million en 1980 à deux
millions aujourd’hui. En Thaïlande, le nombre de détenus a augmenté pour passer de 73 000
en 1992 à 257 000 en 2002. En Europe occidentale, des augmentations importantes se sont
produites dans des pays tels que les Pays-Bas et le Royaume-Uni. Le recours à la prison
varie énormément d’un pays à un autre. En Russie et aux États-Unis, par exemple, les taux
d’incarcération sont de près de 700 personnes sur 100 000. D’autres pays ont des taux très
inférieurs : 28 pour 100 000 en Inde, 29 en Indonésie 38 en Islande et 59 au Danemark, en
Finlande et en Norvège.1 Dans certains pays, l’emprisonnement est réservé aux personnes qui
ont commis des effractions très graves. D’autres pays décident de recourir à l’emprisonnement
pour de grands nombres de délinquants qui ont commis des effractions mineures, y compris
les hommes et les femmes qui souffrent de maladies mentales, les toxicomanes et même les
enfants ou adolescents.
Elles ont La responsabilité principale des administrateurs pénitentiaires est de gérer leur système. Mais
également ils peuvent également jouer un rôle important pour faire en sorte que la prison n’est pas utilisée
trop souvent et que d’autres mesures sont disponibles pour prendre en charge les prévenus et
un rôle les personnes condamnées au moment de la condamnation. Par exemple, ils peuvent attirer
l’attention du public et du parlement sur les conséquences du surpeuplement des prisons et
du manque de ressources pour prendre en charge un nombre important de détenus. Dans
certaines juridictions, un même département est responsable des prisons et de l’administration
des sanctions non carcérales. C’est le cas en Nouvelle-Zélande, au Danemark, en Suède, en
France et dans la plupart des états d’Australie. Dans ces situations, les administrateurs les
1 World Prison Brief sur
le site Internet ICPS : plus hauts placés sont responsables de la mise en œuvre des sanctions carcérales et non-
www.prisonstudies.org carcérales et peuvent utiliser leurs connaissance des conditions d’incarcération pour informer
le travail et le développement du secteur non carcéral.
Acceptation L’utilisation de sanctions non carcérales, basées dans la communauté, pour remplacer la
de la libération dernière partie d’une peine de prison, exige non seulement la préparation de l’opinion publique
mais aussi la participation active d’agences de la collectivité. Elle exige en outre la mise en
anticipée place d’une liaison efficace entre ces agences et les autorités pénitentiaires.
par l’opinion
publique
Les instruments internationaux
Règles minima des Nations Unies pour l’élaboration de mesures non privatives de liberté
(Règles de Tokyo), Règle 2 :
2 (1) Les dispositions pertinentes des présentes Règles s’appliquent à toutes personnes
faisant l’objet de poursuites judiciaires, d’un procès ou de l’exécution d’une
sentence, à tous les stades de l’administration de la justice pénale.
(3) Pour que soit assurée une grande souplesse permettant de prendre en
considération la nature et la gravité du délit, la personnalité et les antécédents du
délinquant et la protection de la société, et pour que soit évité un recours inutile
à l’incarcération, le système de justice pénale devrait prévoir un vaste arsenal
de mesures non privatives de liberté, depuis les mesures pouvant être prises
avant le procès jusqu’aux dispositions relatives à l’application des peines. Le
nombre et les espèces de mesures non privatives de liberté disponibles doivent
être déterminés de telle manière qu’une fixation cohérente de la peine demeure
possible.
Règles minima des Nations Unies pour l’élaboration de mesures non privatives de liberté
(Règles de Tokyo), Règle 9 :
9 (1) Les autorités compétentes ont à leur disposition une vaste gamme de mesures de
substitution concernant l’application des peines en vue d’éviter l’incarcération et
d’aider le délinquant à se réinsérer rapidement dans la société.
(2) Les mesures concernant l’application des peines sont, entre autres, les suivantes :
(a) Permission de sortir et placement en foyer de réinsertion ; (b) Libération pour
travail ou éducation ; (c) Libération conditionnelle selon diverses formules ; (d)
Remise de peine ; (e) Grâce.
(3) Les décisions sur les mesures concernant l’application des peines sont
subordonnées, sauf dans le cas d’une mesure de grâce, à l’examen de l’autorité
judiciaire ou de toute autre autorité indépendante compétente, à la demande du
délinquant.
(4) Toute forme de libération d’un établissement pénitentiaire débouchant sur des
mesures non privatives de liberté est envisagée le plus tôt possible.
«
personnes pour lesquelles l’emprisonnement est la seule option.
En pratique
Participation L’administration pénitentiaire est bien placée pour apporter une contribution majeure à la mise
au débat en place d’alternatives à la prison dans les juridictions où il n’existe pas encore un système
développé d’alternatives.
Dans tout débat portant sur la création de nouvelles législations sur les alternatives à la prison,
les autorités pénitentiaires peuvent apporter :
Un dernier Les administrations pénitentiaires doivent faire comprendre aux législateurs, au parquet et au
recours grand public que la prison doit servir uniquement en dernier recours, dans les cas où il n’existe
pas d’autre solution raisonnable. Dans toutes les autres circonstances, on doit pouvoir faire
appel à des alternatives à la détention.
Prévention de la discrimination
Droits de l’enfant
Administration de la justice
Règles des Nations Unies pour la protection des mineurs privés de liberté
a n n exe
155
Garanties pour la protection des droits des personnes passibles de la peine de mort
Règles minima des Nations Unies pour l’élaboration de mesures non privatives de
liberté (Règles de Tokyo)
Traité type relatif au transfert de la surveillance des délinquants bénéficiant d’un sursis à
l’exécution de la peine ou d’une libération conditionnelle
Déclaration sur la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées
Depuis janvier 2006 il existe une nouvelle version des règles, adoptée par le Comité des
Ministres dans sa Recommandation Rec(2006)2.
a n n exe
156
Index
Abandon des droits, 32 représentation du personnel, 29 Déclaration de mission, 16-17
Abus, transferts, 29 Déclaration sur la protection de
détenus mineurs et jeunes, 128 Conditions de travail, 87 toutes les personnes contre les
femmes en prison, 132 Conditions de vie, 42-7 disparitions forcées, contact
sexuels, 36 Conditions environnementales, 53-5 avec le monde extérieur, 67
Accès illimité aux prisons, 114 impact, 54 procédures d’admission, 38
Activité criminelle, 109 Confidentialité, 56 Déclaration sur l’élimination de
Activités constructives, 83-94 Conseil international des infirmières, la discrimination à l’égard des
obligation de fournir, 83 58 femmes, 25
Activités éducatives et culturelles, Conseils juridiques Déclaration sur l’élimination de la
90-2 détenus condamnés à mort, 144 violence à l’égard des femmes,
détenus de longue durée, 140 prévenus, 119, 120-1 132-3
développement personnel, 91 Consultation médicale, accès, 55 Déclaration universelle des droits
importance, 91 Consultation officielle, 149 de l’homme, 32
programme équilibré, 91-2 Contact avec la famille, 68, 95 contact avec la famille, 95
ressources communautaires, 92 détenus âgés, 141 éducation, 90
utiliser les talents des détenus, 92 détenus de longue durée, 140 femmes en prison, 132
Administrations pénitentiaires, 151 détenus mineurs et jeunes, 129 prévenus, 118
Agences sociales, liens avec, 19 voir également enfants des mères religion, 48
Alimentation et boissons, 46-7 en prison torture, 35
Appels téléphoniques, 96, 97, 100 Contacts avec l’extérieur, 66-8, traitement juste des détenus,
détenus ressortissants étrangers, 95-103 147
103 avocats, 68 Dégradation de l’ordre, 69-71
surveillance et enregistrement, détenus de longue durée, 140 prévention de, 70
100-1 détenus ressortissants étrangers, Demandeurs d’asile, 123
Armes à feu 97, 102-3 Désordres, prévention, 23
directives sur l’utilisation, 71 famille, 68, 95, 129 Détention arbitraire, 119
formation sur l’utilisation, 27 jeunes détenus, 128, 129 Détenus de courte durée, 85
Armes, 36, 71 sécurité, 66-8 préparation à la libération, 93
voir également armes à feu voir également visites familiales Détenus de longue durée, 137-41
Aspects humanitaires, 31-48 Contrôle démocratique des prisons, augmentation du nombre, 137
Audiences disciplinaires 19 contacts avec l’extérieur et la
autorité compétente, 77 Convention américaine des droits famille, 140
droit d’appel, 77 de l’homme, 10, 33, dangerosité, 138
préparation de la défense, 77 sanction, 78 définition, 137
Avertissements informels, 77 Convention de Vienne sur les évaluation des risques, 139,
Avocats, contact avec, 58, 101, 144 relations consulaires fourniture d’opportunités, 139
contacts avec l’extérieur, 102 planification initiale après la
Cachots obscurs, 80-1 procédures d’admission, 38 peine, 139
Cellules Convention européenne des droits préparation à la libération, 93
cachots obscurs, 80-1 de l’homme, 31 progrès, 140
individuelles ou communes, 45 Convention européenne pour la revue, 140
temps passé dans, 45 prévention de la torture et des transfert au régime de faible
voir également mise à l’isolement peines ou traitements inhumains sécurité, 140
Censure de la correspondance, 100 ou dégradants, 10, 35 travail et éducation, 140
Charte africaine des droits de contact avec le monde extérieur, Détenus à haut risque, 138
l’homme et des peuples, 10, 33 67 Détenus administratifs, 123
sanction, 78 Convention interaméricaine pour la Détenus âgés, 50, 141
Charte internationale des droits de prévention et la répression de la contact avec la famille, 141
l’homme, 155 torture, 70 Détenus condamnés à mort, 143-5
Code de conduite pour les Convention internationale sur accès aux avocats, 144
responsables de l’application des l’élimination de toutes les formes décence et humanité, 144
lois, 9, 16 de discrimination raciale, 148 égalité de traitement, 144
formation du personnel, 24 Convention pour la protection des ségrégation, 144
recrutement du personnel, 21 droits de l’homme et des libertés sélection du personnel, 145
torture, 35 fondamentales, 10 soin, 143
Code européen d’éthique de la Convention sur l’élimination visiteurs, 145
police, 18 de toutes les formes de Détenus condamnés à perpétuité,
Comité européen pour la prévention discrimination à l’égard des 137
de la torture, 41 femmes, 21 Détenus difficiles/disruptifs, 36,
Comité pour la prévention de Convention sur les droits de 72-3
la torture et des peines ou l’enfant, 126 Détenus en phase terminale, 56
traitements inhumains ou Cour européenne des droits de Détenus en tant qu’êtres humains,
dégradants, 10 l’homme, 31, 32 31
Commission africaine des droits des Courrier électronique, 101 Détenus handicapés, 42
hommes et des peuples, 10 Courrier, 96, 97, 100 Détenus illettrés, 42
Communication, 15-16 censure, 100 Détenus indicateurs, 65
Conditions d’emploi, 28-9 détenus ressortissants étrangers, Détenus mineurs et jeunes, 125-9
égalité du traitement, 29 103 Détenus ressortissants étrangers,
niveaux de salaire, 28 39, 40
i n d ex
157
appels téléphoniques, 103 formation du personnel, 23-4 personnels senior, 26
contacts dans la communauté, maintien de l’ordre, 68 personnels spécialisés, 27
103 mise à l’isolement, 80 prévention des désordres, 22-3
contacts extérieurs, 97, 102-3 personnel médical, 57 procédures d’admission, 42
correspondance, 103 préparation à la libération, 92-3 soins médicaux, 58
discrimination, 149 prévenus, 118, 120, 122 utilisation de la force, 27
Détenus terroristes, 138 procédures d’admission, 38, 39 utilisation des armes à feu, 28
Détérioration physique des procédures disciplinaires, 76 Formation technique du personnel,
détenus, 83 recrutement du personnel, 20, 21 22
Développement individuel des réinsertion sociale, 61, 83-4 Fouille
détenus, 85 religion, 48 des détenus, 64
Développement personnel, 91 requêtes et plaintes, 106 des femmes, 146
Devoir de diligence, 43 sanction, 78 des visiteurs, 64
Dialogue, 71 soins médicaux, 50-1 du personnel, 65
Dignité humaine, 15, 31-3 traitement individuel, 55 procédures, 64
procédures d’admission, 37 traitement juste des détenus, 148 Fouilles corporelles, 58
Discipline, voir Procédures travail et formation
disciplinaires professionnelle, 86-7 Garanties pour la protection des
Discrimination Ensemble de règles minima droits des personnes passibles
Convention internationale sur concernant l’administration de la de la peine de mort, 144
l’élimination de toutes les formes justice pour mineurs, 9, 126-7 Grèce, prison de Koridallos, 32
de discrimination raciale, 148 formation du personnel, 26 Grèves de la faim, 58
détenus ressortissants étrangers, Ensemble de règles minima des
149 Nations Unies, voir Ensemble de Hépatite, 49
devoir de lutter contre, 147 règles minima
femmes en prison, 133-4 Ensemble de règles minima pour Immigrants illégaux, 123
recrutement du personnel, 20 le traitement des détenus, voir Individualité des détenus, 84-5
risque 147 Ensemble de règles minima, Infirmiers et infirmières
surveillance, 148-9 Environnement carcéral, voir soutien, 58
Dispositions après la conditions environnementales, visite médicale par, 41
condamnation, 152 Espace de vie Information des détenus, 42
Diversité, reconnaissance, 147-9 normes minimales, 44 Inscription des détenus, 40
Dossier médical, 56 temps passé dans, 45 Inspections
Droit au respect de l’intimité, de Exécution administratives, 112
la famille, du foyer et de la réaction, 145 indépendantes, 112, 115
correspondance, et la Protection voir également peine de mort régionales, 112
de l’honneur et de la réputation, Exercice physique, plein air, 47 voir également Procédures
41-2 Expansion de l’utilisation des d’inspection
Droits de l’homme, 11, 31 prisons, 151 Installations d’hygiène, 46
protection, 33-4 Installations sanitaires, 46
Droits des enfants, 155 Famille, Institutionnalisation, 139
Droits des femmes, 155 requêtes/plaintes, 105 Instruments de contrainte, 65
voir également contact avec la autorisation de l’utilisation, 66
Egalité des opportunités, 20, 29 famille ; visites familiales comme dernier recours, 66
Enfants des femmes en prison Femmes en prison, 131-6 comme sanction, 79
âge de séparation, 135 accès égal aux activités, 134 Instruments des droits de l’homme,
liens avec la mère, 96, 134 accouchement, 134-5 155-6
placement, 135 cellules, 134 Internet, 101
qui grandissent en prison, 135 contact avec les enfants, 96, 134 Isolation de groupe, 73
Ensemble de principes pour discrimination, 133-4 Isolation virtuelle des détenus, 72,
la protection de toutes les femmes enceintes, 132, 134-5 73
personnes soumises à une forme fouille, 146
quelconque de détention ou lois antistupéfiants, 131 Jeunes détenus, 128
d’emprisonnement, 9, 33 mères avec enfants en bas âge, besoins sociaux et éducatifs, 128
contacts avec l’extérieur, 67, 97 135 compétences du personnel, 128
femmes en prison, 133 personnes à charge, 135 contacts à l’extérieur, 128
prévenus, 120, 122 préparation à la libération, 136 libération et réinsertion, 129
procédures d’admission, 39 prévention des abus, 132 vulnérabilité aux abus, 128
procédures disciplinaires, 76 protection spéciale, 41 Justice, 59, 76-7
requêtes et plaintes, 106 responsabilités familiales, 131 administration, 155-6
soins médicaux, 50 sécurité, 134
torture, 35 soins médicaux, 135-6 Leadership, 13
traitement équitable des travail et formation Lecture, 97, 101-2
détenus, 148 professionnelle, 88 Libération à court terme, 94
Ensemble de règles minima, 9, 16, Femmes enceintes, 132, 134-5 Libération anticipée, 152
18, 34 Force acceptation par l’opinion
conditions saines, 43-4, 53-4 dernier recours, 60 publique, 152
contacts avec l’extérieur, 97, formation sur l’utilisation, 27 voir également préparation à la
101, 102 réglementation de l’utilisation, 36 libération
dégradation de l’ordre, 69-70 utilisation minimale, 37, 71 Libération et réinsertion
détenus emprisonnés sans Formation du personnel, 22-8 femmes en prison, 136
condamnation, 123 femmes en prison, 133 jeunes détenus, 129
détenus en tant que personnes, formation continue, 23, 27 préparation, 92-4
85 formation technique, 22 Literie, 46
éducation, 90-91 initiale, 26
femmes en prison, 133 maladies transmissibles, 55
i n d ex
158
Maladies communicables participation à la peine de mort, 58 éducation, 90
voir maladies transmissibles soutien, 58 isolement, 80
Maladies transmissibles, 49, 54, Personnel pénitentiaire spécialisé préparation à la libération, 92
éducation du personnel, 55 formation, 26-7 réinsertion sociale, 61
Matraques, utilisation de, 36 recrutement, 22 santé, 50
Mauvais traitements, Personnel, travail et formation pratique, 86
interdiction, 34-7 danger d’insularité, 14 Principes relatifs à la prévention
plaintes contre l’utilisation, 37 encadrement, 13 efficace des exécutions
Médecins, féminin, 22 extrajudiciaires, arbitraires et
rôle dans la sanction, 79, fouille, 65 sommaires et aux moyens
voir également personnel groupes minoritaires, 149 d’enquêter efficacement sur ces
médical intégrité personnelle, 14 exécutions, 38
Mesures non carcérales, 152-4 prisons pour femmes, 136 Prisons pour femmes, 136
Mineurs, qualités personnelles, 15 Privation de liberté, 42
absence d’extraits de naissance, rôle, 14 Privation sensorielle, 80-1
126 sélection, 13-14 Problèmes de santé des détenus,
besoins sociaux et éducatifs, senior, 26 49
126, 128 spécialisé, 22, 26-7 Problèmes mentaux, 55
contact avec les parents, 96 statut, 14 Procédures d’admission, 37-42
légalité de la détention, 125 Plaintes dignité humaine, 37
position dans le droit de groupe, 109 formation du personnel, 42
international, 125 voir également requêtes et grands nombres de détenus, 42
prison comme dernier recours, plaintes Procédures d’inspection, 111-16
125 Police, indépendance des prisons, accès illimité, 114
voir également jeunes détenus 18, 19 externes, 111
Mise à l’isolement, 62, 80 Politique de recrutement active, 21 identification des bonnes
dangers, 81 Préparation à la libération, 92-4 pratiques, 114
et la sécurité maximale, 81 détenus de courte durée, 93 incidents graves, 114
détenus de longue durée, 93 inspections administratives, 112,
Nature civile du service libération à court terme, 94 114
pénitentiaire, 18 programmes spéciaux, 94 inspections indépendantes, 112,
Négociation, 71 Présomption d’innocence, 117 115
Niveaux de salaire, 28 Presse en langue étrangère, 103 inspections régionales, 112
Non-discrimination, renforcement, Prévenus, 117-23 rapports et réaction après
149 caractère privé de la inspections, 115-16
Normes internationales, 9 correspondance légale, 121 respect des procédures du
Normes régionales, 10, caractère privé des réunions avec gouvernement, 114
détenus difficiles/disruptifs, 72-3 les représentants de justice, surveillance indépendante par
121 des membres du public, 111,
Observance religieuse, 48 conseils juridiques, 119, 120-1 113-14
Observateurs internationaux, 10 détention arbitraire, 119 Procédures disciplinaires, 75-81
Ordre, maintien, 68-9 dispositions pour les visites, 98-9 administratives, 75
Organisations de la société civile, gestion, 121-3 équité, 76-7
84 inscription, 40 normes externes, 75
niveaux de sécurité, 123 respect, 77
Pacte international relatif aux droits nombre, 117 Proximité du foyer, 95-6
civils et politiques, 9, 16, 32, 33 présomption d’innocence, 117 Public, droit de regard, 111
contact avec la famille, 95 sécurité, 63 Public, éducation, 14, 21-2
détenus condamnés à mort, séparation des détenus Public, sensibilisation 18
143-4 condamnés, 122
Deuxième protocole, 143 statut différent, 122 Questions éthiques
femmes en prison, 132 surveillance du temps passé en gestion des prisons, 13
prévenus, 118, 121 détention, 119 professionnels de la santé, 57
réinsertion sociale, 83 travail et formation
religion, 48 professionnelle, 89 Radio, 97, 101—2
requêtes et plaintes, 106 Principes de base relatifs au rôle du
traitement équitable des barreau, 120-1 Rapporteur spécial sur la torture
détenus, 148 Principes de base sur le recours à (ONU), 112
travail et formation la force et l’utilisation des armes Réclamations, voir requêtes et
professionnelle, 86 à feu, 9 plaintes
Pacte international relatif aux dégradation de l’ordre, 70 Recrutement du personnel, 20-2
droits économiques, sociaux et formation du personnel, 24-5 absence de discrimination, 20
culturels, 9 Principes d’éthique médicale éducation du public, 21-2
Peine de mort, applicables au rôle du personnel de sexe féminin, 22
effet de l’abolition, 137 personnel de santé, en personnel spécialisé, 22
interdiction aux médecins de particulier des médecins, dans politique active de recrutement,
participer, 58 la protection des prisonniers et 21
réduction de l’utilisation, 143 des détenus contre la torture sélection des candidats, 20,
Peines indéterminées, 137-8 et autres peines ou traitements voir également conditions
Personnel de gestion des prisons, cruels, inhumains ou dégradants, d’emploi
26 9 Règles de Beijing, voir Ensemble
Personnel de mauvaise qualité, formation du personnel, 25 de règles minima concernant
dangers, 15 soins médicaux, 51 l’administration de la justice pour
Personnel féminin des prisons, 22 Principes fondamentaux relatifs au mineurs
Personnel médical, 56-8 traitement des détenus, 9, 33 Règles de Toyko, voir Règles
minima des Nations Unies pour
i n d ex
159
l’élaboration de mesures non contacts à l’extérieur, 66-8 Valeurs, 15-16
privatives de liberté des femmes en prison, 134 Vêtements des détenus, 45
Règles des Nations Unies pour la dynamique, 65 Victimes d’un crime, respect, 94
protection des adolescents privés et réinsertion sociale, 61-6 Vidéoconférences, 99
de liberté, 25-6, 127 évaluation, 60 Vie privée, 56
Règles et règlement, 60 excessive, 60 Visite médicale, 40-1
Règles minima des Nations Unies hors de la prison, 66 par infirmier(e) qualifié(e), 41
pour l’élaboration de mesures niveaux, 62, 63 Visites, 97
non privatives de liberté (Règles physique, 63 bénévoles, 99
de Tokyo), 152 prévenus, 63, 123 conjugales, 98
Règles pénitentiaires européennes, procédurale, 64 famille, 96, 98
10 Séjours dans la famille, 96 fermées/sans contact, 99
isolement, 80 Serment d’Athènes, 57 publiques, 98
préparation à la libération, 93 Séropositivité/sida, 49 Visiteurs
procédures disciplinaires, 76 Service de santé public, liens avec, détenus condamnés à mort, 145
réinsertion sociale, 61 52 fouille, 64, 99
sanction, 78 Service pénitentiaire d’Ouganda, traitement, 96
Règles pour la protection des document de politique, 17
adolescents privés de liberté, Service public, élément du travail
25-6, 127 dans les prisons, 13
Réhabilitation des détenus, 84 Soins à l’hôpital, 53
Réinsertion sociale, 61—6, 83—94, Soins médicaux, 49-58
149 droit, 50-3
Relations personnel/détenus, 13 femmes en prison, 135-6
Religion, 47—8 gratuits, 52
Représailles, prévention, 105, 107 installations spécialisées, 52-3
Représentation du personnel, 29 visite médicale initiale, 52
Requêtes et plaintes, 105-109 Structure hiérarchique, 19
allégations d’activité criminelle, Surpeuplement, 44, 151
109 problèmes de santé, 49
allégations de torture, 109 Surveillance indépendante, 37
concernant le processus par contact extérieur, 68
juridique, 109 voir également procédures
contre les décisions disciplinaires, d’inspection
109 Surveillance
informations sur les méthodes, appels téléphoniques, 100-1
107 discrimination, 148-9
organes externes indépendants, prévenus, 119
108 quotidienne, 81
par la famille ou les représentants, visiteurs indépendants non
105 professionnels, 111, 113-4
plaintes de groupe, 109
prévention des représailles, 105, Télévision, 97, 101-2
107 Titres de détention valides, 40
procédures informelles de Torture
résolution, 107-8 allégations, 109
procédures officielles de documentation, 58
résolution, 108 interdiction, 34-7, 155
procédures, 105, 107 plaintes contre l’utilisation, 37
rapidité de résolution, 108 Traitement équitable des détenus,
résolution, 107 147
suppression des aspects Traitement individuel des détenus,
dissuasifs, 107 55-60
Ressources, manque, 43 Traitement médical, 56
Restrictions, minimisation, 69 détenus en tant que patients,
Risques de santé liés à 57-8
l’incarcération, 43-4 équivalence des soins, 57
Risques, évaluation, 63, pré et post-peine, 56
détenus de longue durée, 139 Transfert de personnel, 29
Russie, Centre de détention de Transfert de responsabilité,
Magadan, 31 conséquences, 19
Sanctions, 75-81 Travail et formation professionnelle,
administratives, 79 85-9
individuelles, 79 conditions de travail sans danger,
instruments de contrainte, 79 89
justes et proportionnelles, 77-80 détenus de longue durée, 140
officieuses, 80 développement d’une routine, 88
restrictions, 79 développement des aptitudes, 88
rôle du médecin, 79 paiement du travail, 89
voir également mise à l’isolement prévenus, 89,
trouver du travail, 88-9
Sécurité maximale, 63, 72 valeur du travail, 87
mise à l’isolement, 81 Tuberculose, 49
Sécurité, 59
analyse régulière, 63 Uniformes de prison, 45-6
classification, 62 Unités de ségrégation, 36
i n d ex
160