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Revenus des Élevages Naisseurs en Corrèze

Cette étude de l'Inra et du Cemagref sur les élevages allaitants Limousins en Corrèze et Haute Vienne entre 1989 et 1999 met en évidence l'importance de l'agrandissement des structures pour la productivité et les revenus des exploitations. Les élevages naisseurs-reproducteurs (NR) ont connu une meilleure performance économique par rapport aux naisseurs-boutards (NB), malgré des charges de structure plus élevées. La diversité des situations personnelles parmi les éleveurs souligne les défis et les opportunités dans le secteur, avec des résultats variés en fonction des stratégies d'agrandissement et de gestion.

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Revenus des Élevages Naisseurs en Corrèze

Cette étude de l'Inra et du Cemagref sur les élevages allaitants Limousins en Corrèze et Haute Vienne entre 1989 et 1999 met en évidence l'importance de l'agrandissement des structures pour la productivité et les revenus des exploitations. Les élevages naisseurs-reproducteurs (NR) ont connu une meilleure performance économique par rapport aux naisseurs-boutards (NB), malgré des charges de structure plus élevées. La diversité des situations personnelles parmi les éleveurs souligne les défis et les opportunités dans le secteur, avec des résultats variés en fonction des stratégies d'agrandissement et de gestion.

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LIÉNARD G., LHERM M., PIZAINE M.C.

Élevages allaitants Limousins Laboratoire d’Économie de l’Élevage - INRA - Theix


63122 ST GENÈS CHAMPANELLE

Agrandissement, LE MARÉCHAL J.-Y., BOUSSANGE B.


SUAGE - Chambre d’Agriculture de Corrèze -
Immeuble Consulaire - Tulle-Est - BP 30
19007 TULLE Cedex
croissance des BÉLARD J.-F.
Unité de Recherches Dynamiques et fonctions des
Espaces Ruraux - Cemagref - Groupement de
cheptels dont la Clermont-Fd
24 Avenue des Landais - BP 50085
63172 AUBIÈRE Cedex

valeur baisse
Voici la seconde partie de l’étude réalisée par l’Inra et le
Cemagref (voir VPC n° 22-6) en suivi d’un groupe d’éleveurs de
Corrèze et de Haute Vienne, de 1989 à 1999. Avec
l’agrandissement des structures et des troupeaux, l’un des
résultats les plus significatifs de ce suivi sur 10 ans est la
capacité d’adaptation de ces élevages, d’une part de façon
territoriale (les naisseurs occupent bien le plateau de Millevaches
pourtant menacé de désertification) et d’autre part de façon
économique (la race permet de produire des animaux de
différents âges pour répondre à tous les créneaux des marchés).

L’INFLUENCE DES STRUCTURES : DÉCISIVE SUR LES REVENUS

Les élevages naisseurs du plateau de Millevaches disposent des plus grandes surfaces et du plus grand nombre d’UTH
(cf. tableau 1). Sur la décennie, ils ont pu s’agrandir en moyenne de plus de 40 ha (+ 30 %) pour les NR et de 33 ha
(+ 26 %) pour les NB (figure 1). La main d’œuvre dépasse les 2 UTH avec un net rajeunissement des exploitants sur
la période du fait des successions. L’âge moyen est de 36 ans en 1998. Le dynamisme se retrouve dans la croissance
des effectifs de troupeau, de 28 et 29 UGB sur la décennie, soit + 2,2 %/an ; le cheptel s’élève en 1998-1999 à
68 UGB/UTH dans les deux systèmes. Quatre des neuf élevages du Plateau ont un cheptel de plus de 73 UGB/UTH :
une nécessité pour l’occupation du territoire. Ces exploitations sont presque entièrement herbagères. Les prairies tem-
poraires constituent la moitié des surfaces d’herbe et fournissent les stocks, dont le tiers est de l’ensilage enrubanné
permettant de sécuriser le rationnement. Les chargements peuvent apparaître modestes, moins de 0,80 UGB/ha, ils sont
liés à l’importance des parcours, le quart des surfaces en herbe. En indexant ces parcours au tiers, le chargement est
de 0,95 UGB/ha SFPi. Il tend d’ailleurs à diminuer sur la décennie (figure 2). La production de viande a suivi l’aug-
mentation des effectifs et de la productivité du troupeau ; elle s’accroît de + 2,5 %/UTH/an chez les NR et de + 3 %
Économie
chez les NB. Mais la meilleure productivité permet aux NR d’obtenir la production de viande la plus élevée,
17 600 kg/UTH en moyenne sur 10 ans - environ 10 % de plus que les NB (figure 2). A la marge bovine s’ajoute, à
partir de 1993, la PMSEE, touchée par tous sans difficulté, mais 4 élevages sur 9 sont concernés par son plafonnement.
C’est la meilleure marge bovine par UGB qui permet aux NR d’obtenir un supplément de marge de la SFP de 4 200 €
constants/UTH par an en moyenne sur 10 ans par rapport aux NB. Les aides générales, essentiellement l’Indemnité
Spéciale Montagne (ISM), apportent 15 % de la marge globale et diffèrent peu entre les deux systèmes. Cependant les
NB cultivent un peu de céréales alors que les NR sont très spécialisés, de telle sorte que l’écart de marge globale est
ramené à 2 700 € constants/UTH par an. En outre les charges de structure sont plus lourdes chez les NR, qui s’équi-
pent davantage - tant par hectare que par UTH (1 800 € constants de plus) et elles entament le supplément de marge.
L’avantage reste aux NR qui obtiennent le revenu le plus élevé, 17 800 € constants/UTH par an sur les 10 ans, 5 % de
mieux que les NB. Cette moyenne décennale recouvre cependant des résultats plus faibles lors des quatre premières
campagnes, dus aux difficultés de vente des bovins d’élevage certaines années, aux charges alors mal maîtrisées (figu-
re 4). En revanche, les résultats des deux dernières campagnes, conjoncturellement favorables, creusent l’écart en leur
faveur ; leur revenu atteint 24 000 €/UTH, il dépasse de 20 % celui des NB, avec le même effectif par UTH.
Néanmoins, on voit l’obligation de résultats qui s’impose aux NR du fait du haut niveau de leurs charges et de la plus
grande irrégularité de leurs prix de vente.

Viandes Prod. Carnés Vol 23 (1) 23


Tableau 1 : UNE PRODUCTIVITÉ NUMÉRIQUE DE 90,7 % EN MOYENNE

Économie Système Naisseurs-Reproducteurs Naisseurs-Broutards Naisseurs-


Engraisseurs
Plateau Moy. Corrèze Plateau Moy. Corrèze
(n = 4) (n = 5) (n = 5) (n = 5) (n = 15)

Évolution des structures : début Î fin

SAU (ha) 137 Î 173 77 Î 88 134 Î 160 77 Î 89 51 Î 63


UTH (nombre) 2,22 Î 2,25 1,76 Î 1,84 2,27 Î 2,15 1,85 Î 1,73 1,74 Î 1,85
Âge chef d'exploitation (ans) 37,7 44,0 35,4 44,2 40,6
SFP % SAU 98 Î 98 96 Î 96 92 Î 93 88 Î 93 84 Î 92
UGB herbivores (nombre) 132 Î 153 91 Î 93 127 Î 144 96 Î 105 74 Î 93
Vaches (nombre) 88 Î 95 60 Î 60 87 Î 102 69 Î 79 44 Î 53
Chargement1 0,98 Î 0,90 1,29 Î 1,12 0,97 Î 0,94 1,40 Î 1,28 1,78 Î 1,81
Chargement "vrai" (non pondéré)1 0,84 Î 0,77 0,78 Î 0,76

Productivité en veaux et réforme

Nombre de vêlages par UTH 43 36 45 43 26


Date moyenne des vêlages : - en 1989 20/02 04/02 05/03 24/02 31/03
- en 1998 10/02 13/01 28/02 10/01 27/02
Taux de gestation (%) 98,3 96,4 95,8 97,3 95,2
Mortalité des veaux (%) 4,7 5,2 7,5 7,2 5,9
Productivité numérique (%) 94,2 91,8 88,7 90,1 89,8
Taux de réforme (%) 17,1 19,6 17,8 15,2 12,3
Taux de renouvellement (%) 18,3 19,6 20,1 17,2 14,6
Âge du troupeau (ans) 6,5 Î 6,1 6,8 Î 6,6 6,0 Î 6,4 6,2 Î 6,8 7,4 Î 6,9

Répartition des ventes : début Î fin

Mâles : - broutards (%) 73 Î 74 73 Î 70 93 Î 83 91 Î 91 14 Î 11


- reproducteurs (%) 22 Î 18 22 Î 24 1Î0 1Î2
- taurillons (%) 1Î0 2Î2 0Î0 4Î0 83 Î 86
Génisses : - broutardes (%) 2 Î 14 14 Î 13 34 Î 57 40 Î 66 2Î2
- reproductrices (%) 88 Î 63 73 Î 75 47 Î 17 13 Î 16 6Î0
- boucherie (%) 2Î5 8Î7 5 Î 10 22 Î 8 89 Î 95
Vaches de réforme : - engraissement (%) 26 Î 67 77 Î 75 42 Î 62 88 Î 83 82 Î 92
- élevage (%) 70 Î 30 19 Î 23 50 Î 32 6 Î 12 10 Î 4

Bovins vendus : début Î fin

Broutards : - poids (kg vif) 308 Î 317 323 Î 348 292 Î 299 312 Î 332
- âge (j) 248 Î 249 247 Î 260 262 Î 262 261 Î 267
Taurillons : - poids (kg net) 366 Î 359
- âge (j) 565 Î 526
Broutardes : - poids (kg vif) 298 Î 314 277 Î 282 303 Î 335
- âge (j) 313 Î 294 336 Î 294 331 Î 350
Génisses boucherie : - poids (kg net) 278 Î 286
- âge (j) 648 Î 662
Vaches boucherie : poids (kg net) 386 Î 392 375 Î 382 349 Î 365 360 Î 380 351 Î 364
1
Pour le Plateau : par ha SFPi indexée (parcours pondérés au tiers)

Caractéristiques des élevages, productivité des troupeaux et ventes de bovins.


Références sur les 10 ans (1989-1990 à 1998-1999) ou évolution entre le début (1989-1990 à 1992-1993)
et la fin (1997-1998 et 1998-1999) de la période.

TRÈS GRANDE VARIABILITÉ un très fort développement mais repli, ont maintenu les performances
DES SITUATIONS aussi un très haut niveau de charges, techniques de leur troupeau et sa
PERSONNELLES deux sont en faible croissance ou en qualité génétique, fort heureusement
croisière et deux sont en repli faute monnayable.
Les élevages naisseurs de Moyenne de perspectives ou de succession.
Corrèze ont moins de main d’œuvre Cela explique l’apparente stabilité La diversité des situations person-
et beaucoup moins de surface que les structurelle de ce groupe, l’âge nelles est également grande parmi
élevages du Plateau, avec de moyen des éleveurs plus élevé, les les NB. Mais en moyenne, si la main
moindres possibilités d’agrandisse- faibles investissements et la réduc- d’œuvre a diminué sur la décennie
ment. La dynamique est très diffé- tion du capital. Dans ce contexte, le (- 7 %), le troupeau s’est accru de
rente entre les NR et les NB. revenu a stagné et il est devenu, en 10 %, de telle sorte qu’en fin de
moyenne, le plus faible de tous en période, le cheptel atteint
Parmi les NR, trois situations per- fin de période, malgré le maintien 60 UGB/UTH (vs 52 en Début,
sonnelles très contrastées se retrou- des meilleures marges par UGB. + 15 %) et l’agrandissement des sur-
vent dans l’échantillon. Un élevage a Tous les éleveurs, même ceux en faces (+ 15 %) a facilité une certaine

24 Viandes Prod. Carnés Vol 23 (1)


Figure 1 : LES EXPLOITATIONS DU PLATEAU SE SONT NETTEMENT AGRANDIES

Économie

Surface, main d’œuvre et troupeau

Figure 2 : LE CHARGEMENT A TENDANCE À SE RÉDUIRE

Niveau d’intensification et productivité du travail

extensification (- 10 % de charge- vailleur (3 400 euros constants/UTH). sont voisins sur les 10 ans de ceux
ment) (cf. figure 2). Trois sur les Cependant, malgré davantage de res- des NB du Plateau, avec près de
cinq NB obtiennent ainsi la PMSEE. sources non fourragères, leur marge 10 % de cheptel en moins.
globale reste un peu inférieure
L’amélioration de la productivité du (- 4 %), car ils ont moins d’aides Néanmoins, la progression de leur
troupeau, par l’alourdissement des générales (3 500 vs 5 950 €/UTH), revenu a été moins vive que celle
broutards, jointe à la croissance des bénéficiant de l’Indemnité Spéciale des NB du Plateau, puisque ces der-
effectifs, a permis la plus forte aug- Piémont (ISP) au lieu de l’ISM. niers ont doublé le leur sur les
mentation de la production de viande 10 ans, essentiellement grâce aux
par travailleur, + 450 kg vif/UTH par Si, sur tous les postes, les charges de plus faibles charges de structure (cf.
an (+ 3,45 % par an), autour d’une structure sont 40 % plus lourdes par figure 3). Car les NB de Moyenne
moyenne décennale de 15 700 kg. Ils hectare pour les NB de Moyenne Corrèze ont accompagné leur déve-
font ainsi presque jeu égal avec les Corrèze, elles s’avèrent moins loppement d’une forte croissance de
NB du Plateau et obtiennent aussi la élevées par UTH (- 5 %), de telle leurs équipements : chez les jeunes,
même marge de la SFP par tra- sorte que les revenus par travailleur pour faire face à la diminution de la

Viandes Prod. Carnés Vol 23 (1) 25


Figure 3 : 1998 RETROUVE LE NIVEAU DE 1993

Économie

Résultats par UGB bovin et par hectare

main d’œuvre parentale ou s’y pré- plus fréquentes, et témoigne d’un vif inférieur (- 9 %) et des charges
parer ; chez les exploitants plus dynamisme certain. Entre les quatre proportionnelles supérieures
âgés, même sans succession, pour premières années et les deux der- (+ 70 %) chez les NE. Dans la balan-
réduire la difficulté du travail. Alors nières, la main d’œuvre s’est accrue ce interviennent aussi les aides PAC
que chez les NB du Plateau, la main de 6 %, la SAU de 24 %, les trou- au troupeau et à la SFP, un peu plus
d’œuvre s’est maintenue, les équipe- peaux de 26 %. Le chargement déjà élevées par hectare chez les NE que
ments de départ étaient plus consé- élevé s’est maintenu (cf. figure 2). chez les NB de Moyenne Corrèze :
quents tout comme le taux d’endet- Car les surfaces limitées ne laissent en 1998-1999, 301 et 256 €/ha SFP,
tement (le plus élevé) - l’ensemble guère d’autres choix. La part des cul- pour des chargements techniques
limitant les besoins et aussi les pos- tures a été un peu réduite pour facili- respectifs de 1,83 et 1,26.
sibilités de nouveaux équipements. ter le développement du troupeau :
52 UGB/UTH (vs 42 en 1989 soit Pour les débats d’aujourd’hui, il faut
LE DYNAMISME DES + 20 %). A cela peuvent s’ajouter remarquer que dans ce système où
NAISSEURS-ENGRAISSEURS des productions de diversification, l’engraissement est généralisé, l’au-
présentes dans deux exploitations au tonomie fourragère reste élevée
Localisés dans des secteurs où les départ et dans cinq à la fin (pommes, (81 % vs 85 % pour les systèmes
potentialités des sols permettent les petits fruits, canards, porcs). Naisseurs). Le taux de charges pro-
cultures et une intensification plus portionnelles reste très mesuré,
poussée que chez les naisseurs, les L’effort d’équipement a aussi été 31 %, identique à celui des NB (et
élevages naisseurs-engraisseurs ont important, près de 20 000 euros sur inférieur à celui des NR, 35 %). Ces
aussi des surfaces historiquement les 10 ans, intermédiaire entre celui valeurs sont comparables à celles
exiguës dont les possibilités d’agran- des NB du Plateau et de Moyenne observées en Charolais chez des NE
dissement sont limitées. Néanmoins Corrèze. Mais cela est fait avec une de taurillons de la Creuse engrais-
les situations ont pu se débloquer certaine prudence vis-à-vis de l’en- sant leurs vaches et 40 % des
pour certains et permettre des asso- dettement, dont le taux reste contenu génisses avec un chargement de
ciations ou des successions : parmi à 21 %. 1,39 ; elles sont plus favorables que
les 15 exploitations, se retrouvent 5 celles des NE de la Nièvre où tout est
GAEC associant deux générations et L’objectif de la plupart des exploi- engraissé avec un chargement de
2 sont en cours de constitution. En tants NE est ici de maximiser le 1,59 et dont l’autonomie et le taux de
moyenne, les exploitants sont jeunes revenu par hectare, la terre étant le charges sont de 78 et 37 % (Réf. Inra
(41 ans) ; il y a eu création d’emploi facteur le plus limitant. Ainsi, le Lee, Theix, année 2000).
dans cinq exploitations et dix ont pu chargement et la forte productivité
s’agrandir. La plupart des troupeaux du troupeau obtenue grâce à l’en- Ce haut niveau de production des
se sont développés, grâce à l’agran- graissement, conduisent à la produc- surfaces fourragères où l’herbe reste
dissement et/ou par intensification tion de viande la plus élevée par hec- dominante (90 %) n’entraîne cepen-
fourragère. Personne n’a réduit son tare : 536 kg vif/ha SFP en moyenne dant pas d’apports massifs d’engrais
troupeau ; 4 éleveurs seulement ont sur 10 ans, soit 40 % de plus que les (48-36-48 NPK/ha SFP en moyenne
désintensifié, certes parfois forte- NB de Moyenne Corrèze (373 kg). sur les quatre dernières campagnes),
ment, dont 2 avec PMSEE. Certes les marges ne diffèrent que de ils sont voisins de ceux des NB de
De ce fait, la moyenne (cf. tableau 1) 20 % (1 013 vs 810 euros Moyenne Corrèze (44-35-39).
rend bien compte des évolutions les constants/ha), du fait du prix du kg Certes, il s’ajoute un apport indirect

26 Viandes Prod. Carnés Vol 23 (1)


Tableau 2 : HANDICAP NATUREL SUR LE PLATEAU ET STRUCTUREL POUR LES NE

Système Naisseurs-Reproducteurs Naisseurs-Broutards Naisseurs- Économie


Engraisseurs
Plateau Moy. Corrèze Plateau Moy. Corrèze
(n = 4) (n = 5) (n = 5) (n = 5) (n = 15)

Production de viande
- brute (kg vif/UGB) 280 290 248 275 298
- autonome (kg vif/UGB) 241 247 213 232 242

Prix : - € courants /kg vif 2,61 2,66 2,37 2,43 2,21


- € constants /kg vif 2,82 2,87 2,56 2,62 2,38

Résultats économiques du troupeau


Produit bovin (€ courants / UGB) 826 868 687 775 763
dont aides (€ courants / UGB) 119 126 124 130 123

Charges troupeau + surface fourragère


(€ courants / UGB) 294 298 232 229 244

Marge bovine (€ courants / UGB) 532 570 455 546 519


(€ constants / UGB) 568 609 489 585 558

Résultats globaux par hectare


Marge brute SFP (€ courants /ha SFP) 717 753 942

Marge brute globale (€ courants /ha SAU) 599 508 550 805 974
(€ constants /ha SAU) 642 826 591 865 1 048

Charges structure1 (€ courants /ha) 357 261 328 468 553


(€ constants /ha) 385 547 353 502 594

Revenu2 (€ courants /ha) 241 261 222 337 421


(€ constants /ha) 257 271 238 363 454

Résultats globaux par travailleur


kg viande brute/UTH 17 620 15 280 16 120 15 700 13 640

Marge brute SFP (€ courants / UTH) 35 700 31 200 31 700 32 000 39 600
(€ constants / UTH) 38 000 33 400 33 800 34 200 26 100

Marge brute globale (€ courants / UTH) 41 600 36 000 39 000 37 500 30 300
(€ constants / UTH) 44 300 38 500 41 600 40 100 32 450

Charges structure1 (€ courants / UTH) 24 700 23 600 23 200 21 800 17 200


(€ constants / UTH) 26 500 25 400 24 700 23 400 18 420

Revenu2 (€ courants / UTH) 16 900 12 400 15 800 15 700 13 100


(€ constants / UTH) 17 800 13 100 16 900 16 700 14 030

Revenu (€ constants / UTH) :


début 11 400 13 100 10 800 15 200 11 400
Î fin Î 24 300 Î 12 900 Î 19 700 Î 17 900 Î 14 100
Aides (% du revenu) : début Î fin 95 Î 84 76 Î 106 88 Î 105 58 Î 88 52 Î 78

Capital et endettement par exploitation


Capital (k€ courants) : début Î fin 50 Î 61 39 Î 42 44 Î 54 36 Î 47 27 Î 37
- dont bovin (%) 59 Î 50 53 Î 45 65 Î 54 60 Î 45 60 Î 49
- dont matériel + bâtiments (%) 27 Î 24 34 Î 32 27 Î 26 26 Î 34 26 Î 28
Endettement (%) : début Î fin 21 Î 19 18 Î 23 28 Î 28 22 Î 24 22 Î 21

Augmentation nette des équipements3 :


total sur 10 ans (€) 39 000 4 800 16 000 24 850 19 850
1
Charges de structure comparatives : charges réelles - salaires + valeur locative des propriétés.
2
Revenu du travail et des capitaux propres = résultat courant + salaires - valeur locative des propriétés.
3
Total nouveaux achats - reventes - amortissement.

Principaux résultats économiques par système. Références sur les 10 ans (1989-1990 à 1998-1999)
ou évolution entre le début (1989-1990 à 1992-1993) et la fin (1997-1998 et 1998-1999) de la période

Viandes Prod. Carnés Vol 23 (1) 27


dû aux achats d’aliments concentrés, Les charges de structure compara- amplifiée par la seconde (- 20 %) et
qui atteignent 400 kg/ha SAU. Ces tives (charges réelles - salaires par la deuxième crise de l’ESB. Les
mêmes indicateurs sont naturelle- + valeur locative des propriétés) sont taux d’endettement s’en trouvent
Économie ment plus élevés pour les exploita-
tions les plus intensives, mais l’écart
plus lourdes de 92 € constants/ha
SAU (+ 15 %) chez les NE que chez
accrus d’autant. Ce constat est très
inquiétant pour le futur.
n’est pas si grand. Les cinq exploita- les NB de Moyenne Corrèze pour la
tions NE les plus chargées (plus de plupart des postes, notamment la LES SYSTÈMES NAISSEURS
2,10 UGB/ha SFP), qui produisent mécanisation et les bâtiments par OCCUPENT BIEN L’ESPACE
675 kg vif de viande/ha SFP, en cul- effet d’échelle et le foncier par les fer- DU PLATEAU
tivant 14 % de maïs fourrage, ont mages plus chers. Seuls les frais
une autonomie fourragère meilleure financiers sont inférieurs. La mise en parallèle des résultats des
(83 %) et un taux de charges un peu différents systèmes n’a pas eu pour
inférieur, qui témoignent d’un fonc- Finalement, les NE obtiennent les but de déterminer quel est le meilleur.
tionnement économe. Les apports meilleurs revenus par hectare (cf. Chacun sait qu’il faut raisonner les
d’engrais sont un peu supérieurs (53- figure 3). Mais, avec 17 ha SAU et choix en terme d’adaptation aux mar-
46-63), tout comme les achats d’ali- 10 UGB de moins par UTH (- 33 et - chés, mais aussi au potentiel agro-cli-
ments concentrés (670 kg/ha SAU). 16 %) que les NB de Moyenne matique du milieu, au contexte démo-
Corrèze, leur revenu par travailleur graphique local, aux projets de cha-
BONNE MAÎTRISE DES reste inférieur en moyenne sur 10 ans cun, selon l’âge de l’éleveur et les
POLLUTIONS (- 16 %, cf. tableau 2). Et l’écart est perspectives de succession à plus ou
plus important encore lors des deux moins long terme.
Les bilans de type Corpen des dernières campagnes (- 3 800 €,
apports minéraux font apparaître un - 20 %), du fait de la conjoncture On voit clairement la bonne adapta-
excédent global de 41 N/ha SFP pour moins favorable aux taurillons de tion des systèmes naisseurs pour
l’ensemble des NE, et de 48 N pour boucherie (cf. figure 4). occuper un territoire menacé de
les plus chargés. Ils font ressortir une désertification et d’abandon comme
efficacité des apports de 27-28 %, Mais, fait important, le degré de le Plateau de Millevaches : l’agrandis-
proche des valeurs habituelles – dépendance des NE vis-à-vis des sement est possible et il peut être
« Ces bilans d’azote restent en deçà aides est sensiblement plus faible que reconnu comme une nécessité. Un des
des risques de pollution des eaux, les autres : 72 % lors des deux der- objectifs peut alors être une certaine
sous réserve d’une bonne gestion nières campagnes, vs 88 % pour les simplification du système pouvant
évitant les flux ponctuels nuisibles » NB de Moyenne Corrèze, et plus de revêtir diverses formes, telle la pra-
(J.P. Dulphy, communication person- 100 % pour les NB du Plateau. En tique d’un hivernage partiel en plein
nelle). Les sols se sont aussi enrichis 1998-1999, alors que l’écart de reve- air puisque la surface et les sols le
en P et K au fil du temps, mais leurs nu avec aides leur est plus particuliè- permettent (Oulion 1982, Institut de
apports diminuent. Ces exploitations rement défavorable, les NE obtien- l’Élevage 1999) ou le maintien du
intensives gagneraient à faire un nent un revenu sans aides supérieur à regroupement des vêlages sur l’hiver
bilan utilisant les nouvelles celui de l’ensemble des Naisseurs… qui facilite les allotements. Mais, il
méthodes basées sur la nutrition des Un atout pour l’avenir ? est possible aussi d’allonger le cycle
plantes prairiales (Salette et Huche de production par la production de
1991, Farrugia et al 2000). LES TAUX D’ENDETTEMENT bovins d’élevage d’âges variés et la
MONTENT, LA VALEUR DU vente de vaches plus jeunes, condui-
LES NAISSEURS- CHEPTEL BAISSE sant à une augmentation du taux de
ENGRAISSEURS ONT LE réforme et à des troupeaux rajeunis.
MEILLEUR REVENU PAR HA L’agrandissement des surfaces et des
troupeaux s’est accompagné d’une En zones plus basses, les choix res-
L’écart entre les marges globales par croissance des équipements consé- tent fortement dépendants des sur-
hectare SAU des NE et des NB de quente, afin de pouvoir faire face au faces disponibles par personne. Elles-
Moyenne Corrèze est plus faible que travail et réduire sa pénibilité (cf. mêmes dépendent en partie des
celui entre les marges de la SFP : tableau 2). La croissance la plus forte potentialités agronomiques du milieu,
183 € constants/ha SAU vs 203 € s’observe pour les NB de Moyenne qui se prête plus ou moins bien aux
constants/ha SFP - malgré les pro- Corrèze et les NE (+ 35 % en € cou- cultures et à la production d’un maïs
ductions de diversification des NE rants). fourrage de bonne qualité, condition-
(12 à 13 % de la marge globale vs 5 nant les possibilités de mener à bien
à 6 %). Car les cultures occupent Mais, fait le plus significatif, la part l’engraissement à l’auge. L’étude
plus de place tout en ayant une constituée par le cheptel bovin dimi- montre nettement que l’engraisse-
marge par hectare inférieure à celles nue de 10 à 15 points, malgré le sup- ment généralisé permet la meilleure
de la SFP. En outre, les NE ont plément d’UGB. C’est la conséquen- valorisation d’une surface limitée
moins d’aides générales, essentielle- ce de la baisse de valeur unitaire des et/ou d’un emploi accru. On voit aussi
ment les Indemnités Compensatoires bovins : de 4,4 % par an en monnaie que le mode de conduite encore tradi-
de Handicaps Naturels (ICHN), constante, soit un appauvrissement de tionnel des bovins à l’engraissement,
puisque la plupart ne bénéfice que de 780 € constants/UGB sur cette pério- individuellement ou par petits lots,
l’ISP. Ainsi, en 1998-1999, leurs de de 10 ans. Cette chute est pareille- bien adapté à des troupeaux d’effectif
ICHN s’élèvent à 44 €/ha SAU et ment constatée en Charolais. Elle peu important, permet de limiter les
1 480 €/UTH, vs 65 €/ha SAU et résulte de la baisse régulière des prix, intrants et les charges, certes au prix
3 600 €/UTH pour les NB de accélérée par la première réforme de d’un travail (d’un emploi ?) accru.
Moyenne Corrèze. la PAC (- 15 %) - et qui sera encore L’étalement de la période de vêlages

28 Viandes Prod. Carnés Vol 23 (1)


permet l’approvisionnement régulier que conforter les adaptations sou- pour les NE, qui engraissent déjà
d’un marché bien établi, certes spéci- haitées des systèmes Limousins vers toutes leurs femelles. On a constaté
fique à la tradition corrézienne, à l’accroissement de l’engraissement, les limites qu’apportent les surfaces
conserver. La difficulté est de trouver
le bon équilibre entre l’engraissement
surtout de génisses et de vaches,
adaptations que renforce encore la
restreintes à l’allongement du cycle
de production des génisses de bou-
Économie
des génisses de boucherie et le main- deuxième crise de l’ESB. cherie. Dans ces situations la produc-
tien d’un taux de renouvellement suf- Incontestablement les Naisseurs ont tion de génisses de moins de 24 mois
fisamment élevé pour éviter un les plus grandes possibilités d’adapta- réduit le chargement administratif à
vieillissement trop important des tion, particulièrement ceux du l’herbe, si décisif pour l’obtention du
mères et une dégradation des vaches Plateau. Car beaucoup peuvent nouveau Complément Extensification
de réforme. accroître un peu leur chargement pour (les bovins de moins de 24 mois ne
allonger les cycles de production : comptent que pour 0,6 UGB au lieu
Lorsque l’agrandissement a été pos- i/ au profit éventuel d’un engraisse- de 1 pour les plus âgés). En outre ces
sible dans les zones intermédiaires ment en bœufs des mâles les mieux génisses de moins de 24 mois n’ont
plutôt plus favorables à l’herbe, on conformés, sous réserve de le faire pas, actuellement, à supporter les
retrouve des systèmes naisseurs pour un débouché identifié, comme le tests ESB. Dans ces élevages NE, le
modérément intensifiés, porteurs montrent déjà certains pionniers - premier changement serait plutôt de
d’une bonne productivité en viande avec la contrainte collective d’un rajeunir le troupeau. Au-delà, une des
du troupeau, grâce à la possibilité approvisionnement sur cinquante- voies de développement en cas d’ins-
d’un alourdissement modéré des deux semaines (L. Calmels, commu- tallation-association peut être la
broutards sans trop de concentrés - nication personnelle) ; ii/ surtout au diversification des activités.
selon le marché - grâce aussi à l’en- profit de l’engraissement de génisses
graissement systématique des vaches. ayant été au pâturage, lourdes et Sans doute les choix resteront-ils
On a vu également que face aux âgées de 28 à 32 mois, suffisamment diversifiés selon les exploitations, un
contraintes attachées à la PMSEE et “mûres” pour conquérir de nouveaux atout finalement vis-à-vis d’une seg-
au Supplément Extensif, la vente segments du marché intérieur, hors mentation des marchés qui s’élargit
d’une partie des génisses en brou- des débouchés traditionnels du (Sans et al 2002). La seconde crise de
tardes, dont le marché s’est déve- Limousin l’ESB renforce plutôt ces perspec-
loppé, a été la procédure d’ajuste- tives.
ment, tout en permettant un renouvel- L’engraissement de génisses lourdes
lement et une réforme accrus. pourrait aussi être adopté par les LE PROJET INDIVIDUEL
Naisseurs de Moyenne Corrèze, mais FACTEUR CLÉ D’ÉVOLUTION
SECONDE REFORME DE LA plus difficilement du fait des
PAC GLOBALEMENT contraintes de chargement. Cela pour- Sur les dix ans, chaque exploitation a
FAVORABLE AU LIMOUSIN rait conduire à supprimer les vaches sa trajectoire particulière même si,
non primées, s’il y en a. Faut-il aller dans toutes, se retrouve le croise-
La seconde réforme de la PAC au-delà comme le permet l’attribution ment entre les inflexions dues à la
(Agenda 2000) a déjà modifié le des PMTVA aux génisses d’élevage, PAC, qui impose de plus en plus ses
contexte. Elle est dans l’ensemble qui apporte sur ce plan de la souples- règles, et les objectifs propres à cha-
favorable au Limousin (Liénard et al se ? Tout dépendra de la valorisation cun, selon les perspectives familiales
1999). L’abaissement de l’âge d’attri- de ces génisses par les circuits de à court ou long terme. Mais c’est le
bution de la PSBM de 10 à 9 mois qualité (Becherel 2001, Chapelle et al projet individuel qui se révèle le plus
permet désormais aux élevages nais- 2001). Cela dépend aussi des effectifs déterminant. Celui-ci se manifeste
seurs de la demander plus facilement, du troupeau. Mais, sans doute, faut-il principalement dans la volonté de
sans trop modifier les caractéristiques rester prudent et considérer le long développer le troupeau et dans les
de poids recherchées par les ache- terme. D’autant qu’il y a une certaine décisions interannuelles d’investis-
teurs. Les professionnels estiment opposition entre l’augmentation du sement en équipement et d’endette-
que près de 40 % ont été primés en nombre de génisses engraissées, ment-désendettement.
2000 (contre moins de 10 % avant) et lourdes, et celle du taux de réforme
l’effondrement des prix en 2001 ne pour la production de jeunes vaches Schématiquement le troupeau est
fait que renforcer la tendance (J.P. de boucherie. Nos simulations par développé selon deux voies : l’agran-
Faucher, communication personnel- optimisation montrent qu’avec le sup- dissement en surface lorsqu’il est
le). Les Naisseurs du Plateau ont plus plément de PAB pour les génisses, la possible et/ou l’intensification.
de facilités pour le faire. Ceux de hausse du taux de réforme n’est plus L’agrandissement dépend fortement
Moyenne Corrèze, dont les charge- intéressante sauf forte valorisation du contexte local en particulier de la
ments sont plus élevés, doivent comp- relative des jeunes vaches. Rappelons dynamique démographique.
ter avec les différents seuils de char- cependant qu’un taux de réforme
gement pour les PMSEE ou le nou- renouvellement élevé permet, outre la Les deux extrêmes se retrouvent : sur
veau Complément Extensification suppression des vaches âgées, une le plateau de Millevaches, la déserti-
(d’un montant renforcé mais à condi- amélioration génétique du troupeau fication conduit les éleveurs restants
tions durcies et comportant deux plus sûre, pour l’ensemble des qua- à s’agrandir, conservant ainsi le ter-
niveaux). lités maternelles (notamment le main- ritoire ouvert ; en Bas Limousin, le
tien des facilités de mise bas des pri- maintien d’une forte densité d’ex-
L’instauration de la prime à l’abattage mipares) et la valeur des produits. ploitations conduit certains à renon-
(PAB), et plus encore son renforce- cer à une succession qui aurait été
ment pour les femelles et particulière- En revanche, les possibilités d’adap- possible, l’intensification ayant déjà
ment pour les génisses, ne peuvent tation sont beaucoup plus réduites été portée au maximum possible.

Viandes Prod. Carnés Vol 23 (1) 29


Globalement, c’est donc par les al 2001). On ne peut ici qu’en rappe- Les situations sont diverses, mais les
mesures visant à limiter l’intensifi- ler les principaux. perspectives de succession à long
cation fourragère que la PAC influe terme les répartissent en deux
Économie le plus sur les trajectoires indivi-
duelles des exploitations. La plupart
a / Les évolutions les plus fortes avec
création nette d’emploi se retrou-
grands types.

des NE et certains N ont été et sont vent dans les GAEC, constitués dans La plupart ont des perspectives suc-
confrontés à l’une ou l’autre des les dix ans ou qui, existant déjà en cessorales possibles qui les condui-
mesures en palier que sont l’écrêtage 1989, ont été maintenus, souvent sent à poursuivre un développement
des primes à 2 UGB primées/ha, le avec modification de la main plus ou moins important : agrandis-
Supplément Extensification (dont d’œuvre familiale. Les stratégies sement en surface si
ont été exclus 2 NE et que 6 ont d’adaptation mises en œuvre repo- possible, augmentation des effectifs
obtenu avec un renoncement total ou sent sur des agrandissements (qui de troupeau jusqu’à 60 et
partiel aux primes SCOP) puis la ont pu conforter le projet d’associa- 70 UGB/UTH, investissements
prime à l’herbe que 8 N et 2 NE tion des jeunes) et les plus fortes réguliers. La préparation de l’avenir
n’ont pu obtenir qu’au prix du renon- croissances de troupeaux (plus de peut être plus prononcée encore
cement à une partie des primes 150 %), avec des investissements en avec la mise en route d’activités de
SCOP, ce qui tend à limiter le maïs équipement dépassant largement le diversification, atelier porc et autres,
fourrage. La deuxième réforme de la montant des amortissements. Le ou même création de verger. Dans
PAC renforcera encore le poids de développement est amorcé avant la d’autres cas, surface et troupeau
ces limitations : l’écrêtage est création du GAEC, lorsque les sont déjà importants et la préoccu-
ramené à 1,8 UGB primées/ha jeunes sont associés en tant qu’aides pation est plutôt la simplification du
et, surtout, il est instauré deux seuils familiaux. Sur les 10 ans, le capital système et/ou l’équipement voire le
d’attribution du Complément est plus que doublé. C’est le cas de suréquipement. Ainsi un NB du
Extensification fortement revalorisés 4 N et 4 NE. La création nette d’em- Plateau se retrouvant seul après la
et qui prennent en compte ploi peut aussi se rencontrer dans dissolution du GAEC avec ses
l’ensemble des UGB par hectare des exploitations individuelles avec parents, ayant 85 UGB/UTH, sim-
d’herbe. l’installation de l’épouse, pouvant plifie son système tout en innovant.
conduire à la création d’un atelier de Les vêlages sont regroupés sur le
En revanche, les primes bovines de diversification. premier trimestre, avec l’engraisse-
la première réforme PAC ont eu peu ment de bœufs et de jeunes vaches à
d’influence sur les choix de produc- b / On retrouve des situations de fort l’herbe, vendus avant la fin de l’au-
tion et les trajectoires, mises à part développement, certes moins inten- tomne, en période favorable, ce qui
les références individuelles en se, dans des exploitations indivi- réduit le cheptel hiverné, les stocks
PMTVA dont l’effet limitant se fait duelles où se sont aussi réalisées des et les bâtiments, allégeant d’autant
peu à peu sentir. Très peu d’exploita- successions à la retraite des parents. le travail.
tions du Limousin ont changé Ceux-ci continuent le plus souvent à
l’orientation du système d’élevage apporter leur concours en travail et D’autres éleveurs, sans perspective
sur les 10 ans, contrairement aux souvent en capital par la constitution successorale, ont consacré leurs res-
exploitations du Charolais. Les d’une EARL. Il y a alors également sources à se suréquiper. L’objectif
PSBM n’ont pas incité la majorité agrandissement et croissance du n’est plus l’efficacité économique
des NB à les vendre plus âgés. De troupeau. On se retrouve ici devant mais la facilité de vie. Les besoins
même, l’absence de primes aux deux stratégies préparatoires diffé- privés réduits limitent l’endette-
génisses n’a pas incité les NE à en rentes : soit il y a eu anticipation ment, ce qui sauvegarde le revenu
arrêter l’engraissement. Les “débats” dans les investissements en équipe- disponible.
et les changements individuels des ment, parallèlement à la transmis-
NE ont plutôt porté sur l’âge et le sion d’excellents troupeaux, cas de d / Les exploitations tenues par des
poids à la vente, tant pour les tau- 4 N ; soit la phase précédant la suc- éleveurs plus âgés (proches ou
rillons que pour les génisses de bou- cession a été “en attente”, les équi- dépassant les 50 ans) présentent
cherie, en fonction des surfaces dis- pements nouveaux sont limités au aussi des profils d’évolution très
ponibles (voire du travail) et surtout remplacement des amortissements. différents, selon les perspectives
en fonction du marché dont l’in- L’effort a été consacré au troupeau successorales et l’âge.
fluence est restée prépondérante. et à l’apurement prioritaire de l’en-
Dans l’avenir, naturellement, il peut dettement par les parents. Le ré- Certains, sur la période, sont en
ne pas en être de même, les nou- équipement est à la charge du jeune attente de succession, qui a pu
velles primes à l’abattage et leur ren- qui fera ses choix avec ses propres d’ailleurs se réaliser en 2000-2001 à
forcement spécifique pour les emprunts, cas de 3 NE. Une des la suite d’un agrandissement consé-
femelles de boucherie pourraient préoccupations communes de ces quent ou qui est espérée prochaine-
avoir un plus grand effet de réorien- jeunes après leur installation est de ment. Le cheptel est stabilisé. Les
tation, surtout chez les Naisseurs. pouvoir faire à la réduction future de équipements sont au plus mainte-
l’aide parentale en travail, puis en nus, le désendettement est privilé-
UNE TRÈS GRANDE capital ultérieurement. gié. L’amélioration génétique peut
DIVERSITÉ être poursuivie. L’incertitude du
c / Des situations avec main d’œuvre terme peut néanmoins entraîner un
Malgré son effectif restreint et choi- stabilisée, entre 40 et 50 ans. Les retard d’investissement conduisant à
si, l’échantillon présente une grande installations-successions ont été réa- une perte caractérisée de capital que
diversité de profils d’évolution au lisées avant 1989. Elles ne sont pas le jeune aura quelques difficultés à
sein de chaque système (Liénard et pour autant en régime de croisière. remonter (cas d’un NE).

30 Viandes Prod. Carnés Vol 23 (1)


Figure 4 : LES RÉSULTATS ÉCONOMIQUES ONT PU ÊTRE MAINTENUS
OU AMÉLIORÉS (EN 10 ANS)
Économie

Résultats par travailleur

D’autres n’ont pas l’espoir d’une suc- Durable (CAD) Transmission relles des marchés, deux éléments ont
cession familiale. Cette absence seraient utiles à condition d’être des conséquences graves pour l’ave-
vient le plus souvent d’une orienta- suffisamment soutenus. nir : i/ la tendance à la baisse de la
tion professionnelle différente consommation de viande, qui s’ins-
des enfants. Elle peut résulter aussi POURSUIVRE LA crit dans un rééquilibrage nutritionnel
d’un constat d’impossibilité écono- DIVERSIFICATION PAR LES au profit des végétaux, et, au sein des
mique d’avenir, cas d’une exploita- LABELS viandes, un report sur les viandes
tion ayant une petite surface et dans blanches pour motif de prix ; ii/ la
l’impossibilité de s’agrandir du fait À l’automne 2001, les grandes diffi- hausse conséquente des charges de la
d’une très forte pression foncière, le cultés provoquées par la deuxième filière entre éleveurs et consomma-
cheptel plafonnant à 33 UGB/UTH crise de l’ESB n’étaient toujours pas teurs, découlant des nouvelles sécu-
malgré une intensification fourragè- résolues après une année, contraire- rités : perte de la valorisation des
re poussée (2,3 UGB/ha SFP). ment à celles de la première, pour déchets remplacée par leur coût d’éli-
laquelle les mesures positives alors mination, tests et autres - sans comp-
Le comportement dépend beaucoup prises (identification, traçabilité, éti- ter les difficultés que représente l’éli-
de l’âge. Avant 55 ans, si le cheptel quetage) avaient permis de regagner mination de la colonne vertébrale
est stabilisé, les investissements en la confiance des consommateurs pour les bovins de plus d’un an, qui
équipements dépassent largement (Adda, 1999). Cette fois-ci, la média- peut en outre modifier les circuits
les amortissements en vue d’alléger tisation de la série des mesures sani- commerciaux en reportant la découpe
le travail, objectif devenu prioritai- taires qu’il a fallu prendre a plutôt des viandes sur les abattoirs. La part
re. Souvent le recours à de nou- eu un effet psychologique négatif revenant aux éleveurs dans le prix
veaux emprunts est limité. Tout par leur succession même au cours payé par le consommateur ne serait
dépend des charges familiales : les du temps. En outre, la sous-consom- plus que de 60 % d’après les profes-
études des enfants pèsent souvent mation de viande bovine a été sionnels de la viande (Interviande
ici lourdement sur le budget. Afin européenne (Scees, 2001b). février 2001, cité par Kernevo, 2001).
de maintenir le développement
acquis, certains peuvent aussi Même si, au printemps 2002, la En zone Limousine, il faut poursuivre
recourir à un salarié à temps partiel consommation tend progressivement les efforts entrepris pour développer
grâce à un groupement d’em- à se rétablir, notamment en France et les productions sous signe de qualité
ployeurs. Le système d’élevage Italie, les prix payés aux producteurs pour lesquelles les demandes exis-
peut aussi être simplifié avec, par restent bas, en particulier pour les tent, autour de l’atout qu’est le Label
exemple, la suppression des vaches du troupeau allaitant. En effet, viande bovine Blason Prestige, (pre-
céréales. Après 55 ans, on peut après les avoir fortement recherchées mier par le nombre de bovins et de
observer une décapitalisation conti- au début de la crise, les Grandes et points de vente, Cerqua, 2000) d’au-
nue, parfois avec abandon progres- Moyennes Surfaces de vente (GMS) tant que les bovins limousins de bou-
sif de surface rendant difficile la se sont à nouveau reportées sur les cherie ont mieux résisté que les
reprise de l’exploitation par un vaches laitières et/ou ont conservé autres : i/ veau de lait sous la mère qui
jeune. À défaut d’IVD (Indemnité leur approvisionnement en taurillons, peut élargir le “désir de Label” aux
Viagère de Départ, créée par les lois alors que le nombre de vaches allai- autres viandes limousines, et qui est
d’orientation de 1961 et 1963, dont tantes à commercialiser reste élevé aussi une contribution à la réduction
l’efficacité foncière a été incontes- (Institut de l’Élevage, 2002). de la quantité de viande produite (J.P.
table), les Contrats d’Agriculture Au-delà des variations très conjonctu- Faucher, communication personnel-

Viandes Prod. Carnés Vol 23 (1) 31


le) ; ii/ génisses de tous les poids et/ou meilleure information sur le mode de certaines de ses conditions, notam-
jeunes vaches, celles-ci ayant l’avan- production spécifique que représente ment le chargement et surtout son
tage d’une plus grande régularité sur l’élevage allaitant à l’herbe, qui ne option résolument herbagère (herbe
Économie l’année avec moins d’hétérogénéité
(Becherel et Chapelle 2000) ;
devrait pas porter ombrage aux pro-
ducteurs de viande issue du troupeau
> 75 % SAU), elle a aussi pour rôle
de compenser le déficit économique
iii/ bœufs à destination des bouchers laitier, ayant pour eux le prix et de ces systèmes extensifs, bénéficiant
“sachant travailler la viande” notam- d’autres segments de consomma- de peu ou de pas de primes SCOP et
ment les avants, grâce à l’extension tion… A quand une forte communi- de moins de primes bovines. Seule
de découpe. cation sur les Labels Viande Bovine ? prime à l’hectare avec les ICHN à
être plafonnée, elle est un ralentisseur
Les achats de taurillons par l’Italie Surtout, il ne faudrait pas que la pos- d’agrandissement. Elle est bien un
reprennent, avec une tendance au sible maîtrise de la production de contrat en comportant des obligations
rajeunissement à moins de 18 mois viande se fasse au détriment du chep-
d’entretien. Elle représente une
encore plus accentuée par rapport à ce tel allaitant spécialisé des zones her-
modeste reconnaissance du rôle mul-
qu’elle était avant la crise. bagères extensives, où les alternatives
tifonctionnel de l’élevage herbager
L’obligation de retrait de la colonne de production restent limitées et où se
extensif.
vertébrale génère même une petite retrouvent les modes de production
production de jeunes bovins finis de précisément souhaités par les
Les CTE n’avaient pas les mêmes
moins d’un an pour laquelle la consommateurs. Le chargement
Limousine, de par sa précocité, est moyen de l’ensemble des exploita- objectifs, s’adressant à tous les agri-
bien adaptée (Anonyme, 2002, tions suivies en gestion en Corrèze culteurs, quels que soient leur systè-
Becherel, 2002). n’est que de 1,04 UGB (Boussange, me et leur localisation. Certains éle-
2001). On est là devant une véritable veurs du Limousin s’y sont engagés,
Mais il est clair que la solution n’est question d’aménagement du territoi- notamment sur le Plateau de
pas un “tout engraissement”, qui ne se re, de développement rural - certes Millevaches, dans le cadre d’un projet
préoccuperait pas de ses débouchés, politiquement difficile, car il faut la collectif en vue d’un impact coor-
ni de ce que font les autres régions faire reconnaître par l’Union donné et cohérent sur l’environne-
productrices. Le marché italien Européenne à 15. On ne peut déve- ment et les paysages de bruyères, le
conserve des besoins de bovins lopper davantage dans le cadre de cet projet “Life Haute-Vézère”. En 2003,
maigres, essentiellement des mâles, article. Rappelons seulement que les CTE seront remplacés par les
qu’il saurait satisfaire éventuellement l’ensemble des zones spécialisées CAD dont les contenus précis sont
ailleurs. Dès le quatrième trimestre allaitantes (Massif Central, définis au plan départemental.
2001, les acheteurs italiens étaient Bourgogne et Sud-Ouest), qui
redevenus présents. Et depuis l’éti- recouvre 40 % de la surface fourragè- Mais déjà une autre préoccupation se
quetage de l’origine des viandes au re française, rassemble 57 % des fait jour avec le projet de nouvelles
1er janvier 2002, les GMS italiennes vaches allaitantes, mais seulement modifications de la PAC, parmi les-
donnent un net avantage de prix aux 18 % des vaches laitières, soit 38 % quelles, plus particulièrement, l’éven-
taurillons engraissés sur place pen- du total des vaches chez 38 % des tuelle disparition de la PMTVA pour-
dant au moins 5 mois. Cela raffermit éleveurs. Par comparaison, le Grand rait avoir de graves conséquences sur
la demande pour des broutards plus Ouest réunit 34 % des vaches sur l’élevage allaitant des zones her-
jeunes, comme les Limousins. 27 % de la surface fourragère, chez bagères défavorisées et de montagne
L’effort entrepris sur les BDQS 33 % des éleveurs (avec d’autres pos- avec les risques d’une délocalisation
(Broutards de Qualité Supérieure) sibilités de production). “Une poli-
partielle. Néanmoins, il faut garder
doit être encore intensifié en mainte- tique volontariste en faveur de l’éle-
confiance dans l’avenir, maintenir
nant l’avance acquise, aux plans vage allaitant est nécessaire…”
l’effort d’installation des jeunes,
génétique et sanitaire. (Mordant et al, 2001).
voire l’accueil des migrants. Car on
peut espérer que les actions entre-
En clair, l’adaptation aux demandes EXPLOITER L’APTITUDE DE
prises localement et au plan national
du marché doit rester une préoccupa- LA RACE À PRODUIRE DE LA
tion majeure, d’autant plus que le VIANDE TRÈS VARIÉE pour sécuriser le consommateur et
système actuel de primes peut être relancer la consommation finiront par
remis en cause. On pouvait regretter la possible dis- porter leurs fruits. Le meilleur atout
parition de la PMSEE en 2003, sous des éleveurs Limousins est la qualité
D’autres mesures sont à d’autres la pression de l’Union européenne. reconnue de leur race, sa bonne pro-
échelles, notamment à celle du grand Heureusement, elle a été relayée par ductivité en veaux, et surtout son apti-
bassin allaitant herbager, dont fait la nouvelle PHAE (Prime Herbagère tude à une production de viande finie
partie le Limousin. C’est, par Agri-Environnementale). Elle a le très diversifiée, d’âges très variés à
exemple la promotion de l’étiquetage mérite de s’adresser à tous les éle- partir de 11-12 mois (sans compter les
et sa meilleure compréhension, ainsi veurs remplissant les conditions, au veaux de lait sous la mère), qui per-
que son extension à la restauration même titre que les autres aides PAC. met de rapides adaptations aux nou-
hors domicile. C’est aussi une Mesure agri-environnementale par velles situations.

Cet article est repris de la revue Inra - Prod. Animales de décembre 2002 n°15 - pp.273-291.

32 Viandes Prod. Carnés Vol 23 (1)


Économie

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Remerciements

L’étude a bénéficié d’une prestation financière de l’Ofival et du Fnadt


Massif Central. Les auteurs remercient les membres du comité de lecture
de cette étude, S. Helaine (Ofival), J.-L. Iemmolo (Draf du Limousin), J.-
P. Faucher (Bevicor), L. Calmels (Maison des Paysans, Sopelco),
A. Alanore (Chef des ST, CA19), C. Delmas (SE, CA19).
Un merci tout particulier à Michel Petit (URH, Inra de Theix) pour sa
contribution à l’amélioration du texte.

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