Revenus des Élevages Naisseurs en Corrèze
Revenus des Élevages Naisseurs en Corrèze
valeur baisse
Voici la seconde partie de l’étude réalisée par l’Inra et le
Cemagref (voir VPC n° 22-6) en suivi d’un groupe d’éleveurs de
Corrèze et de Haute Vienne, de 1989 à 1999. Avec
l’agrandissement des structures et des troupeaux, l’un des
résultats les plus significatifs de ce suivi sur 10 ans est la
capacité d’adaptation de ces élevages, d’une part de façon
territoriale (les naisseurs occupent bien le plateau de Millevaches
pourtant menacé de désertification) et d’autre part de façon
économique (la race permet de produire des animaux de
différents âges pour répondre à tous les créneaux des marchés).
Les élevages naisseurs du plateau de Millevaches disposent des plus grandes surfaces et du plus grand nombre d’UTH
(cf. tableau 1). Sur la décennie, ils ont pu s’agrandir en moyenne de plus de 40 ha (+ 30 %) pour les NR et de 33 ha
(+ 26 %) pour les NB (figure 1). La main d’œuvre dépasse les 2 UTH avec un net rajeunissement des exploitants sur
la période du fait des successions. L’âge moyen est de 36 ans en 1998. Le dynamisme se retrouve dans la croissance
des effectifs de troupeau, de 28 et 29 UGB sur la décennie, soit + 2,2 %/an ; le cheptel s’élève en 1998-1999 à
68 UGB/UTH dans les deux systèmes. Quatre des neuf élevages du Plateau ont un cheptel de plus de 73 UGB/UTH :
une nécessité pour l’occupation du territoire. Ces exploitations sont presque entièrement herbagères. Les prairies tem-
poraires constituent la moitié des surfaces d’herbe et fournissent les stocks, dont le tiers est de l’ensilage enrubanné
permettant de sécuriser le rationnement. Les chargements peuvent apparaître modestes, moins de 0,80 UGB/ha, ils sont
liés à l’importance des parcours, le quart des surfaces en herbe. En indexant ces parcours au tiers, le chargement est
de 0,95 UGB/ha SFPi. Il tend d’ailleurs à diminuer sur la décennie (figure 2). La production de viande a suivi l’aug-
mentation des effectifs et de la productivité du troupeau ; elle s’accroît de + 2,5 %/UTH/an chez les NR et de + 3 %
Économie
chez les NB. Mais la meilleure productivité permet aux NR d’obtenir la production de viande la plus élevée,
17 600 kg/UTH en moyenne sur 10 ans - environ 10 % de plus que les NB (figure 2). A la marge bovine s’ajoute, à
partir de 1993, la PMSEE, touchée par tous sans difficulté, mais 4 élevages sur 9 sont concernés par son plafonnement.
C’est la meilleure marge bovine par UGB qui permet aux NR d’obtenir un supplément de marge de la SFP de 4 200 €
constants/UTH par an en moyenne sur 10 ans par rapport aux NB. Les aides générales, essentiellement l’Indemnité
Spéciale Montagne (ISM), apportent 15 % de la marge globale et diffèrent peu entre les deux systèmes. Cependant les
NB cultivent un peu de céréales alors que les NR sont très spécialisés, de telle sorte que l’écart de marge globale est
ramené à 2 700 € constants/UTH par an. En outre les charges de structure sont plus lourdes chez les NR, qui s’équi-
pent davantage - tant par hectare que par UTH (1 800 € constants de plus) et elles entament le supplément de marge.
L’avantage reste aux NR qui obtiennent le revenu le plus élevé, 17 800 € constants/UTH par an sur les 10 ans, 5 % de
mieux que les NB. Cette moyenne décennale recouvre cependant des résultats plus faibles lors des quatre premières
campagnes, dus aux difficultés de vente des bovins d’élevage certaines années, aux charges alors mal maîtrisées (figu-
re 4). En revanche, les résultats des deux dernières campagnes, conjoncturellement favorables, creusent l’écart en leur
faveur ; leur revenu atteint 24 000 €/UTH, il dépasse de 20 % celui des NB, avec le même effectif par UTH.
Néanmoins, on voit l’obligation de résultats qui s’impose aux NR du fait du haut niveau de leurs charges et de la plus
grande irrégularité de leurs prix de vente.
Broutards : - poids (kg vif) 308 Î 317 323 Î 348 292 Î 299 312 Î 332
- âge (j) 248 Î 249 247 Î 260 262 Î 262 261 Î 267
Taurillons : - poids (kg net) 366 Î 359
- âge (j) 565 Î 526
Broutardes : - poids (kg vif) 298 Î 314 277 Î 282 303 Î 335
- âge (j) 313 Î 294 336 Î 294 331 Î 350
Génisses boucherie : - poids (kg net) 278 Î 286
- âge (j) 648 Î 662
Vaches boucherie : poids (kg net) 386 Î 392 375 Î 382 349 Î 365 360 Î 380 351 Î 364
1
Pour le Plateau : par ha SFPi indexée (parcours pondérés au tiers)
TRÈS GRANDE VARIABILITÉ un très fort développement mais repli, ont maintenu les performances
DES SITUATIONS aussi un très haut niveau de charges, techniques de leur troupeau et sa
PERSONNELLES deux sont en faible croissance ou en qualité génétique, fort heureusement
croisière et deux sont en repli faute monnayable.
Les élevages naisseurs de Moyenne de perspectives ou de succession.
Corrèze ont moins de main d’œuvre Cela explique l’apparente stabilité La diversité des situations person-
et beaucoup moins de surface que les structurelle de ce groupe, l’âge nelles est également grande parmi
élevages du Plateau, avec de moyen des éleveurs plus élevé, les les NB. Mais en moyenne, si la main
moindres possibilités d’agrandisse- faibles investissements et la réduc- d’œuvre a diminué sur la décennie
ment. La dynamique est très diffé- tion du capital. Dans ce contexte, le (- 7 %), le troupeau s’est accru de
rente entre les NR et les NB. revenu a stagné et il est devenu, en 10 %, de telle sorte qu’en fin de
moyenne, le plus faible de tous en période, le cheptel atteint
Parmi les NR, trois situations per- fin de période, malgré le maintien 60 UGB/UTH (vs 52 en Début,
sonnelles très contrastées se retrou- des meilleures marges par UGB. + 15 %) et l’agrandissement des sur-
vent dans l’échantillon. Un élevage a Tous les éleveurs, même ceux en faces (+ 15 %) a facilité une certaine
Économie
extensification (- 10 % de charge- vailleur (3 400 euros constants/UTH). sont voisins sur les 10 ans de ceux
ment) (cf. figure 2). Trois sur les Cependant, malgré davantage de res- des NB du Plateau, avec près de
cinq NB obtiennent ainsi la PMSEE. sources non fourragères, leur marge 10 % de cheptel en moins.
globale reste un peu inférieure
L’amélioration de la productivité du (- 4 %), car ils ont moins d’aides Néanmoins, la progression de leur
troupeau, par l’alourdissement des générales (3 500 vs 5 950 €/UTH), revenu a été moins vive que celle
broutards, jointe à la croissance des bénéficiant de l’Indemnité Spéciale des NB du Plateau, puisque ces der-
effectifs, a permis la plus forte aug- Piémont (ISP) au lieu de l’ISM. niers ont doublé le leur sur les
mentation de la production de viande 10 ans, essentiellement grâce aux
par travailleur, + 450 kg vif/UTH par Si, sur tous les postes, les charges de plus faibles charges de structure (cf.
an (+ 3,45 % par an), autour d’une structure sont 40 % plus lourdes par figure 3). Car les NB de Moyenne
moyenne décennale de 15 700 kg. Ils hectare pour les NB de Moyenne Corrèze ont accompagné leur déve-
font ainsi presque jeu égal avec les Corrèze, elles s’avèrent moins loppement d’une forte croissance de
NB du Plateau et obtiennent aussi la élevées par UTH (- 5 %), de telle leurs équipements : chez les jeunes,
même marge de la SFP par tra- sorte que les revenus par travailleur pour faire face à la diminution de la
Économie
main d’œuvre parentale ou s’y pré- plus fréquentes, et témoigne d’un vif inférieur (- 9 %) et des charges
parer ; chez les exploitants plus dynamisme certain. Entre les quatre proportionnelles supérieures
âgés, même sans succession, pour premières années et les deux der- (+ 70 %) chez les NE. Dans la balan-
réduire la difficulté du travail. Alors nières, la main d’œuvre s’est accrue ce interviennent aussi les aides PAC
que chez les NB du Plateau, la main de 6 %, la SAU de 24 %, les trou- au troupeau et à la SFP, un peu plus
d’œuvre s’est maintenue, les équipe- peaux de 26 %. Le chargement déjà élevées par hectare chez les NE que
ments de départ étaient plus consé- élevé s’est maintenu (cf. figure 2). chez les NB de Moyenne Corrèze :
quents tout comme le taux d’endet- Car les surfaces limitées ne laissent en 1998-1999, 301 et 256 €/ha SFP,
tement (le plus élevé) - l’ensemble guère d’autres choix. La part des cul- pour des chargements techniques
limitant les besoins et aussi les pos- tures a été un peu réduite pour facili- respectifs de 1,83 et 1,26.
sibilités de nouveaux équipements. ter le développement du troupeau :
52 UGB/UTH (vs 42 en 1989 soit Pour les débats d’aujourd’hui, il faut
LE DYNAMISME DES + 20 %). A cela peuvent s’ajouter remarquer que dans ce système où
NAISSEURS-ENGRAISSEURS des productions de diversification, l’engraissement est généralisé, l’au-
présentes dans deux exploitations au tonomie fourragère reste élevée
Localisés dans des secteurs où les départ et dans cinq à la fin (pommes, (81 % vs 85 % pour les systèmes
potentialités des sols permettent les petits fruits, canards, porcs). Naisseurs). Le taux de charges pro-
cultures et une intensification plus portionnelles reste très mesuré,
poussée que chez les naisseurs, les L’effort d’équipement a aussi été 31 %, identique à celui des NB (et
élevages naisseurs-engraisseurs ont important, près de 20 000 euros sur inférieur à celui des NR, 35 %). Ces
aussi des surfaces historiquement les 10 ans, intermédiaire entre celui valeurs sont comparables à celles
exiguës dont les possibilités d’agran- des NB du Plateau et de Moyenne observées en Charolais chez des NE
dissement sont limitées. Néanmoins Corrèze. Mais cela est fait avec une de taurillons de la Creuse engrais-
les situations ont pu se débloquer certaine prudence vis-à-vis de l’en- sant leurs vaches et 40 % des
pour certains et permettre des asso- dettement, dont le taux reste contenu génisses avec un chargement de
ciations ou des successions : parmi à 21 %. 1,39 ; elles sont plus favorables que
les 15 exploitations, se retrouvent 5 celles des NE de la Nièvre où tout est
GAEC associant deux générations et L’objectif de la plupart des exploi- engraissé avec un chargement de
2 sont en cours de constitution. En tants NE est ici de maximiser le 1,59 et dont l’autonomie et le taux de
moyenne, les exploitants sont jeunes revenu par hectare, la terre étant le charges sont de 78 et 37 % (Réf. Inra
(41 ans) ; il y a eu création d’emploi facteur le plus limitant. Ainsi, le Lee, Theix, année 2000).
dans cinq exploitations et dix ont pu chargement et la forte productivité
s’agrandir. La plupart des troupeaux du troupeau obtenue grâce à l’en- Ce haut niveau de production des
se sont développés, grâce à l’agran- graissement, conduisent à la produc- surfaces fourragères où l’herbe reste
dissement et/ou par intensification tion de viande la plus élevée par hec- dominante (90 %) n’entraîne cepen-
fourragère. Personne n’a réduit son tare : 536 kg vif/ha SFP en moyenne dant pas d’apports massifs d’engrais
troupeau ; 4 éleveurs seulement ont sur 10 ans, soit 40 % de plus que les (48-36-48 NPK/ha SFP en moyenne
désintensifié, certes parfois forte- NB de Moyenne Corrèze (373 kg). sur les quatre dernières campagnes),
ment, dont 2 avec PMSEE. Certes les marges ne diffèrent que de ils sont voisins de ceux des NB de
De ce fait, la moyenne (cf. tableau 1) 20 % (1 013 vs 810 euros Moyenne Corrèze (44-35-39).
rend bien compte des évolutions les constants/ha), du fait du prix du kg Certes, il s’ajoute un apport indirect
Production de viande
- brute (kg vif/UGB) 280 290 248 275 298
- autonome (kg vif/UGB) 241 247 213 232 242
Marge brute globale (€ courants /ha SAU) 599 508 550 805 974
(€ constants /ha SAU) 642 826 591 865 1 048
Marge brute SFP (€ courants / UTH) 35 700 31 200 31 700 32 000 39 600
(€ constants / UTH) 38 000 33 400 33 800 34 200 26 100
Marge brute globale (€ courants / UTH) 41 600 36 000 39 000 37 500 30 300
(€ constants / UTH) 44 300 38 500 41 600 40 100 32 450
Principaux résultats économiques par système. Références sur les 10 ans (1989-1990 à 1998-1999)
ou évolution entre le début (1989-1990 à 1992-1993) et la fin (1997-1998 et 1998-1999) de la période
des NE et certains N ont été et sont vent dans les GAEC, constitués dans La plupart ont des perspectives suc-
confrontés à l’une ou l’autre des les dix ans ou qui, existant déjà en cessorales possibles qui les condui-
mesures en palier que sont l’écrêtage 1989, ont été maintenus, souvent sent à poursuivre un développement
des primes à 2 UGB primées/ha, le avec modification de la main plus ou moins important : agrandis-
Supplément Extensification (dont d’œuvre familiale. Les stratégies sement en surface si
ont été exclus 2 NE et que 6 ont d’adaptation mises en œuvre repo- possible, augmentation des effectifs
obtenu avec un renoncement total ou sent sur des agrandissements (qui de troupeau jusqu’à 60 et
partiel aux primes SCOP) puis la ont pu conforter le projet d’associa- 70 UGB/UTH, investissements
prime à l’herbe que 8 N et 2 NE tion des jeunes) et les plus fortes réguliers. La préparation de l’avenir
n’ont pu obtenir qu’au prix du renon- croissances de troupeaux (plus de peut être plus prononcée encore
cement à une partie des primes 150 %), avec des investissements en avec la mise en route d’activités de
SCOP, ce qui tend à limiter le maïs équipement dépassant largement le diversification, atelier porc et autres,
fourrage. La deuxième réforme de la montant des amortissements. Le ou même création de verger. Dans
PAC renforcera encore le poids de développement est amorcé avant la d’autres cas, surface et troupeau
ces limitations : l’écrêtage est création du GAEC, lorsque les sont déjà importants et la préoccu-
ramené à 1,8 UGB primées/ha jeunes sont associés en tant qu’aides pation est plutôt la simplification du
et, surtout, il est instauré deux seuils familiaux. Sur les 10 ans, le capital système et/ou l’équipement voire le
d’attribution du Complément est plus que doublé. C’est le cas de suréquipement. Ainsi un NB du
Extensification fortement revalorisés 4 N et 4 NE. La création nette d’em- Plateau se retrouvant seul après la
et qui prennent en compte ploi peut aussi se rencontrer dans dissolution du GAEC avec ses
l’ensemble des UGB par hectare des exploitations individuelles avec parents, ayant 85 UGB/UTH, sim-
d’herbe. l’installation de l’épouse, pouvant plifie son système tout en innovant.
conduire à la création d’un atelier de Les vêlages sont regroupés sur le
En revanche, les primes bovines de diversification. premier trimestre, avec l’engraisse-
la première réforme PAC ont eu peu ment de bœufs et de jeunes vaches à
d’influence sur les choix de produc- b / On retrouve des situations de fort l’herbe, vendus avant la fin de l’au-
tion et les trajectoires, mises à part développement, certes moins inten- tomne, en période favorable, ce qui
les références individuelles en se, dans des exploitations indivi- réduit le cheptel hiverné, les stocks
PMTVA dont l’effet limitant se fait duelles où se sont aussi réalisées des et les bâtiments, allégeant d’autant
peu à peu sentir. Très peu d’exploita- successions à la retraite des parents. le travail.
tions du Limousin ont changé Ceux-ci continuent le plus souvent à
l’orientation du système d’élevage apporter leur concours en travail et D’autres éleveurs, sans perspective
sur les 10 ans, contrairement aux souvent en capital par la constitution successorale, ont consacré leurs res-
exploitations du Charolais. Les d’une EARL. Il y a alors également sources à se suréquiper. L’objectif
PSBM n’ont pas incité la majorité agrandissement et croissance du n’est plus l’efficacité économique
des NB à les vendre plus âgés. De troupeau. On se retrouve ici devant mais la facilité de vie. Les besoins
même, l’absence de primes aux deux stratégies préparatoires diffé- privés réduits limitent l’endette-
génisses n’a pas incité les NE à en rentes : soit il y a eu anticipation ment, ce qui sauvegarde le revenu
arrêter l’engraissement. Les “débats” dans les investissements en équipe- disponible.
et les changements individuels des ment, parallèlement à la transmis-
NE ont plutôt porté sur l’âge et le sion d’excellents troupeaux, cas de d / Les exploitations tenues par des
poids à la vente, tant pour les tau- 4 N ; soit la phase précédant la suc- éleveurs plus âgés (proches ou
rillons que pour les génisses de bou- cession a été “en attente”, les équi- dépassant les 50 ans) présentent
cherie, en fonction des surfaces dis- pements nouveaux sont limités au aussi des profils d’évolution très
ponibles (voire du travail) et surtout remplacement des amortissements. différents, selon les perspectives
en fonction du marché dont l’in- L’effort a été consacré au troupeau successorales et l’âge.
fluence est restée prépondérante. et à l’apurement prioritaire de l’en-
Dans l’avenir, naturellement, il peut dettement par les parents. Le ré- Certains, sur la période, sont en
ne pas en être de même, les nou- équipement est à la charge du jeune attente de succession, qui a pu
velles primes à l’abattage et leur ren- qui fera ses choix avec ses propres d’ailleurs se réaliser en 2000-2001 à
forcement spécifique pour les emprunts, cas de 3 NE. Une des la suite d’un agrandissement consé-
femelles de boucherie pourraient préoccupations communes de ces quent ou qui est espérée prochaine-
avoir un plus grand effet de réorien- jeunes après leur installation est de ment. Le cheptel est stabilisé. Les
tation, surtout chez les Naisseurs. pouvoir faire à la réduction future de équipements sont au plus mainte-
l’aide parentale en travail, puis en nus, le désendettement est privilé-
UNE TRÈS GRANDE capital ultérieurement. gié. L’amélioration génétique peut
DIVERSITÉ être poursuivie. L’incertitude du
c / Des situations avec main d’œuvre terme peut néanmoins entraîner un
Malgré son effectif restreint et choi- stabilisée, entre 40 et 50 ans. Les retard d’investissement conduisant à
si, l’échantillon présente une grande installations-successions ont été réa- une perte caractérisée de capital que
diversité de profils d’évolution au lisées avant 1989. Elles ne sont pas le jeune aura quelques difficultés à
sein de chaque système (Liénard et pour autant en régime de croisière. remonter (cas d’un NE).
D’autres n’ont pas l’espoir d’une suc- Durable (CAD) Transmission relles des marchés, deux éléments ont
cession familiale. Cette absence seraient utiles à condition d’être des conséquences graves pour l’ave-
vient le plus souvent d’une orienta- suffisamment soutenus. nir : i/ la tendance à la baisse de la
tion professionnelle différente consommation de viande, qui s’ins-
des enfants. Elle peut résulter aussi POURSUIVRE LA crit dans un rééquilibrage nutritionnel
d’un constat d’impossibilité écono- DIVERSIFICATION PAR LES au profit des végétaux, et, au sein des
mique d’avenir, cas d’une exploita- LABELS viandes, un report sur les viandes
tion ayant une petite surface et dans blanches pour motif de prix ; ii/ la
l’impossibilité de s’agrandir du fait À l’automne 2001, les grandes diffi- hausse conséquente des charges de la
d’une très forte pression foncière, le cultés provoquées par la deuxième filière entre éleveurs et consomma-
cheptel plafonnant à 33 UGB/UTH crise de l’ESB n’étaient toujours pas teurs, découlant des nouvelles sécu-
malgré une intensification fourragè- résolues après une année, contraire- rités : perte de la valorisation des
re poussée (2,3 UGB/ha SFP). ment à celles de la première, pour déchets remplacée par leur coût d’éli-
laquelle les mesures positives alors mination, tests et autres - sans comp-
Le comportement dépend beaucoup prises (identification, traçabilité, éti- ter les difficultés que représente l’éli-
de l’âge. Avant 55 ans, si le cheptel quetage) avaient permis de regagner mination de la colonne vertébrale
est stabilisé, les investissements en la confiance des consommateurs pour les bovins de plus d’un an, qui
équipements dépassent largement (Adda, 1999). Cette fois-ci, la média- peut en outre modifier les circuits
les amortissements en vue d’alléger tisation de la série des mesures sani- commerciaux en reportant la découpe
le travail, objectif devenu prioritai- taires qu’il a fallu prendre a plutôt des viandes sur les abattoirs. La part
re. Souvent le recours à de nou- eu un effet psychologique négatif revenant aux éleveurs dans le prix
veaux emprunts est limité. Tout par leur succession même au cours payé par le consommateur ne serait
dépend des charges familiales : les du temps. En outre, la sous-consom- plus que de 60 % d’après les profes-
études des enfants pèsent souvent mation de viande bovine a été sionnels de la viande (Interviande
ici lourdement sur le budget. Afin européenne (Scees, 2001b). février 2001, cité par Kernevo, 2001).
de maintenir le développement
acquis, certains peuvent aussi Même si, au printemps 2002, la En zone Limousine, il faut poursuivre
recourir à un salarié à temps partiel consommation tend progressivement les efforts entrepris pour développer
grâce à un groupement d’em- à se rétablir, notamment en France et les productions sous signe de qualité
ployeurs. Le système d’élevage Italie, les prix payés aux producteurs pour lesquelles les demandes exis-
peut aussi être simplifié avec, par restent bas, en particulier pour les tent, autour de l’atout qu’est le Label
exemple, la suppression des vaches du troupeau allaitant. En effet, viande bovine Blason Prestige, (pre-
céréales. Après 55 ans, on peut après les avoir fortement recherchées mier par le nombre de bovins et de
observer une décapitalisation conti- au début de la crise, les Grandes et points de vente, Cerqua, 2000) d’au-
nue, parfois avec abandon progres- Moyennes Surfaces de vente (GMS) tant que les bovins limousins de bou-
sif de surface rendant difficile la se sont à nouveau reportées sur les cherie ont mieux résisté que les
reprise de l’exploitation par un vaches laitières et/ou ont conservé autres : i/ veau de lait sous la mère qui
jeune. À défaut d’IVD (Indemnité leur approvisionnement en taurillons, peut élargir le “désir de Label” aux
Viagère de Départ, créée par les lois alors que le nombre de vaches allai- autres viandes limousines, et qui est
d’orientation de 1961 et 1963, dont tantes à commercialiser reste élevé aussi une contribution à la réduction
l’efficacité foncière a été incontes- (Institut de l’Élevage, 2002). de la quantité de viande produite (J.P.
table), les Contrats d’Agriculture Au-delà des variations très conjonctu- Faucher, communication personnel-
Cet article est repris de la revue Inra - Prod. Animales de décembre 2002 n°15 - pp.273-291.
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