Régulation de L'Érythropoïèse: Applications Physiopathologiques en Néphrologie
Régulation de L'Érythropoïèse: Applications Physiopathologiques en Néphrologie
APPLICATIONS PHYSIOPATHOLOGIQUES
EN NÉPHROLOGIE
par
ÉRYTHROPOÏÈSE : GÉNÉRALITÉS
* CNRS UMR 8603. ** Service de Néphrologie, Hôpital Necker, Paris, France. *** Service
d’Hématologie, Hôpital Necker, Paris, France. **** INSERM U 507.
2
1 2 3 3
Expansion Expansion Expansion
des progéniteurs des progéniteurs des précurseurs
précoces tardifs érythroblastiques
SCF Epo
Ras Ras
Jak2
PI3K STAT5
PI3K
P
Akt STAT5
P
STAT5
P
Bcl-2
14-3-3 BAD Bcl-xL
P P
Cyt .C
BAD
Bcl-2
Bcl-xL
Caspases
Bcl-xL GATA-1
Érythropoïétine
Apoptose
Epo pO2
Rein
Epo
pO2
Apoptose
L’Epo est donc une hormone circulante qui gouverne la production de globules
rouges. En réponse à l’anémie ou l’hypoxie, les taux circulants peuvent augmenter
jusqu’à 1 000 fois. La régulation de la production d’Epo est donc cruciale. De
nombreux travaux ont contribué à montrer que le rein était le principal lieu de
production de l’Epo chez l’adulte. L’absence de réponse à l’anémie chez le sujet
néphrectomisé en est la preuve par excellence. En plus du rein, le foie est capable
de produire de l’Epo chez l’adulte, les cellules impliquées étant les hépatocytes et
les cellules de Ito. Les mécanismes responsables de la sensibilité des cellules à
l’hypoxie commencent à être mieux compris. Une somme considérable de travaux
ces dernières années a établi un rôle majeur pour les facteurs de transcription HIF
(Hypoxia Inducible Factor) dans cette fonction.
Identification des cellules productrices d’Epo dans le rein
Des études en hybridation in situ ont montré que l’ARNm de l’Epo était présent
dans des cellules péritubulaires interstitielles [4, 5]. Leur identification plus précise
montre qu’il s’agit de fibroblastes du cortex et de la médullaire externe. Ce travail
a été confirmé par des expériences utilisant des souris transgéniques pour un gène
« rapporteur », l’antigène T de SV40 placé sous le contrôle du locus de l’Epo. En
réponse à l’hypoxie ou à l’anémie, ce marqueur est retrouvé dans les cellules
interstitielles qui ont été identifiées en microscopie électronique comme des fibro-
122 Y. ZERMATI ET COLL.
Cul2
Cul2
2-oxoglutarate Elongin C Elongin B
Elongin C Elongin B
α-domain + O2, Fer α-domain
O VHL O
VHL HIF-α Pro-Hydroxylase X
D β-domain D HIF-α
β-domain D D
OH OH Succinate
CO2
HIF-α non dégradé
Translocation nucléaire
Ub
Ub O
Ub Ub HIF-α
Ub D
D HIF-α
O accumulation
D HIF-α
D
Dégradation
OH
de HIF-α
CBP/
par le protéasome HIF-β
p300
RÉGULATION DE L’ÉRYTHROPOÏÈSE
EPO
FIG. 4. — Représentation simplifiée de la régulation de HIF en condition de normoxie et d’hypoxie. En présence d’oxygène, des résidus proline de HIF-
α sont hydroxylés par une prolyl hydroxylase. Ceci induit l’interaction de HIF-α avec le domaine β de pVHL, entraînant l’ubiquitination par la E3
ligase VBCC (Vhl, elongin B/C, culin 2) et la dégradation par le protéasome. De plus, une hydroxylation sur une asparagine de HIF-α, prévient son
interaction avec CBP/p300. En condition d’hypoxie, ce processus est interrompu car le manque d’oxygène limite l’action de la prolyl hydroxylase.
HIF-α est ainsi stabilisé et capable de transloquer dans le noyau et de former un complexe transcriptionnel actif avec HIF-β et CBP/p300, induisant
la transcription de gènes sensibles à l’hypoxie, comme l’Epo.
123
124 Y. ZERMATI ET COLL.
impliquée dans son interaction avec VHL. Cette hydroxylation est réalisée par des
prolyl-hydroxylases (3 isoformes sont jusqu’à présent identifiées chez l’homme)
et dépend de l’oxygène, mais aussi de cofacteurs comme le 2-oxoglutarate, le fer
et l’ascorbate (vitamine C). Ainsi, en condition de normoxie, HIF-α est hydroxylé
sur une proline, se lie à VHL et est rapidement dégradé par le protéasome. En
condition d’hypoxie, la prolyl-hydroxylation de HIF ne peut se faire, HIF ne lie
plus VHL et devient stabilisé et peut transloquer dans le noyau. Il va y exercer
son activité transcriptionnelle sur les gènes de réponse à l’hypoxie, comme l’Epo,
en association avec d’autres facteurs de transcription comme p300 et CBP (cAMP
response element binding protein). Le recrutement de ces cofacteurs représente
une étape supplémentaire de régulation car il est inhibé par une asparagine
hydroxylation de HIF dépendante de l’oxygène. Ainsi, en condition de normoxie,
HIF est hydroxylé sur une asparagine et ne peut se lier aux cofacteurs indispensa-
bles à son activité transcriptionnelle sur des gènes comme l’Epo. L’expression et
la régulation des ces prolyl- et asparagine hydroxylases dans le rein ne sont pas
encore connues.
Au niveau médullaire, l’érythropoïétine agit sur son récepteur situé sur les
BFU-E et les CFU-E [1, 3]. L’homodimérisation des récepteurs de l’érythropoïétine
va aboutir au recrutement de protéines à activité tyrosine kinase telles que JAK2
qui vont alors phosphoryler en retour le récepteur et ses substrats. Il semble bien
établi que les voies activées par le récepteur de l’érythropoïétine permettent la
prolifération et la survie des cellules par l’intermédiaire de l’activation de la PI 3-
kinase, et sans doute des MAP kinases. Le récepteur à l’Epo activé recrute égale-
ment les protéines STAT et en particulier STAT 5A et STAT 5B, qui vont être
phosphorylées par la protéine JAK2. Ces protéines STAT5 une fois phosphorylées
vont s’hétérodimériser, puis migrer dans le noyau pour augmenter l’expression de
certains gènes. Actuellement, il n’y a pas de gène de différenciation érythroïde
spécifiquement induit par STAT5. Par contre, STAT5 agit en synergie avec
GATA-1 pour augmenter l’expression de Bcl-xL, augmentant ainsi la survie
cellulaire (voir fig. 2). Ainsi il semble que l’action principale de l’érythropoïétine
soit d’augmenter la survie des progéniteurs érythroïdes [12]. Le modèle proposé
actuellement est un modèle où les progéniteurs érythroïdes tardifs, essentiellement
les CFU-E, auraient un seuil de sensibilité à l’érythropoïétine variable. Certains
de ces progéniteurs seraient très sensibles à l’érythropoïétine et pourraient donc
survivre à faibles taux d’érythropoïétine. D’autres, au contraire, seraient très peu
sensibles et nécessiteraient pour survivre des taux élevés d’érythropoïétine (voir
fig. 3). Les mécanismes définissant les niveaux de sensibilité de ces progéniteurs
ne sont pas connus. On sait qu’ils ne sont pas liés à une variation du nombre de
récepteurs ni à une variation de leur affinité. Ce modèle permettrait de rendre
compte de la synergie existant entre le stem cell factor et l’érythropoïétine. Le
stem cell factor, en activant fortement l’activité de la PI 3-kinase, permettrait la
phosphorylation d’AKT qui elle-même phosphorylerait des protéines telles que
BAD, permettant ainsi la libération de la protéine anti-apoptotique Bcl-xL. De son
côté, l’érythropoïétine, en activant STAT5, permettrait d’augmenter l’expression
de Bcl-xL (voir fig. 2). Ce schéma est sans doute sûrement trop simpliste et
d’autres mécanismes moléculaires certainement en jeu restent encore à découvrir.
126 Y. ZERMATI ET COLL.
efficacité des sartans suggère que les IEC interférent avec l’érythropoïèse par des
mécanismes spécifiques. L’un de ces mécanismes est probablement l’inhibition de
la dégradation du SDKP (Seryl-aspartyl-lysyl-proline) [20]. Ce tétrapeptide est un
inhibiteur physiologique de la prolifération des cellules progénitrices médullaires
et des cellules souches hématopoïétiques. Il est normalement dégradé par l’enzyme
de conversion (portion N terminale). L’utilisation des IEC et non des sartans entraî-
nent une accumulation de ce peptide et probablement une inhibition accrue de
l’érythropoïèse. Les interactions entre IEC, SDKP et érythropoïèse sont illustrées
par les données rapportées par Le Meur et coll. chez des patients présentant une
insuffisance rénale chronique [21]. Rappelons au préalable qu’un effet délétère des
IEC sur l’érythropoïèse au cours de l’insuffisance rénale chronique reste débattu.
La multitude des facteurs confondants (le statut ferrique, le taux plasmatique
d’IGF1, l’existence d’une hyperpararthyroïdie…) rend difficile l’analyse de l’effet
des IEC et des sartans sur l’érythropoïèse au cours de l’insuffisance rénale. Néan-
moins, l’étude menée par Le Meur et coll. montre une corrélation entre le taux de
SDKP et les besoins en érythropoïétine chez des patients dialysés. Cette corrélation
est surtout nette chez les patients dialysés présentant des taux de SDKP > 20 fois
la normale et recevant donc souvent un IEC. Ces résultats suggèrent donc un rôle
éventuel du SDKP dans l’inhibition de l’érythropoïèse induite par les IEC.
En dehors de l’insuffisance rénale, il est probable que l’absence d’anémie sous
IEC soit liée à une augmentation compensatrice de la synthèse d’érythropoïétine.
Pour éviter une trop forte production de globules rouges, l’érythropoïèse doit être
régulée de façon négative. Cette régulation négative s’effectue essentiellement par la
diminution du taux d’érythropoïétine circulante comme nous venons de l’expliquer.
Plus récemment, il vient d’être démontré que la régulation négative de l’érythropoïèse
s’effectue par un mécanisme paracrine faisant jouer les récepteurs de Mort tels que
Fas. Dans ce modèle, il a été proposé que les érythroblastes en fin de différenciation
(érythroblastes polychromatophiles et acidophiles) expriment Fas-Ligand et qu’au
niveau de la moelle osseuse, au sein des îlots érythroblastiques composés d’un macro-
phage entouré d’érythroblastes à tous les stades de maturation, ils interagiraient direc-
tement avec les progéniteurs et les précurseurs érythroblastiques plus précoces
exprimant le récepteur Fas pour induire l’arrêt de la maturation et l’apoptose. Ainsi
le taux d’érythroblastes matures dans la moelle pourrait contrôler rétro-activement
l’érythropoïèse en induisant l’apoptose des précurseurs érythroblastiques [22].
Pour rappel (fig. 5), Fas-Ligand en agissant sur son récepteur Fas induit le recru-
tement et l’activation de caspases essentiellement de la caspase-8, qui elle-même
va activer la caspase-3 pour induire le clivage des protéines nécessaires à la structure
et à l’intégrité du noyau et de la chromatine. Cette activation de la caspase-3 va
ainsi conduire à l’apoptose. De plus, la caspase-8 activée clive aussi la protéine Bid
qui peut alors induire la dépolarisation de la membrane mitochondriale. Une fois
dépolarisée, la mitochondrie va libérer le cytochrome C dans le cytoplasme, ce qui
aboutit à la formation d’un apoptosome comprenant la pro-caspase-9, et le facteur
128 Y. ZERMATI ET COLL.
Epo
Fas
Apaf-1
Caspase 8 Caspase 9 Pro-Caspase 9
Substrats d’apoptose
Récemment, nous avons testé l’hypothèse selon laquelle les caspases pourraient
être activées au cours de l’érythropoïèse normale et expliquer les changements
morphologiques observés au cours de la maturation terminale [25]. Nous avons
RÉGULATION DE L’ÉRYTHROPOÏÈSE 129
Les différentes formes d’atteinte rénale sont responsables d’un déficit de pro-
duction d’Epo. Les mécanismes responsables de ce fait sont loin d’être élucidés.
Des modèles d’agression rénale après obstruction urétérale par exemple, montrent
que les fibroblastes interstitiels perdent leur capacité à répondre à un stimulus
hypoxique. Le nombre de fibroblastes augmente pourtant très souvent dans ces
modèles. C’est donc une modification phénotypique qui sous-tend à cette perte de
régulation [5]. Elle semble sans rapport avec une transformation en myofibro-
blastes, souvent observée, car ces derniers restent capables de produire de l’Epo
après stimulus hypoxique, mais avec un seuil augmenté.
Alors qu’il est bien établi que l’anémie des patients insuffisants rénaux est prin-
cipalement liée à une carence vraie en érythropoïétine (Epo), certaines situations
130
Caspase-8 APAF-1
dATP
GATA-1 Cyto. C ?Ψ
Caspase-9
MATURATION CASPASE-3
Caspase-7
Protéase ?
Caspase-6 ? Mitochondrie
DFF45/ICAD
ACINUS DFF40/CAD
AIF
Grands Fragments
d’ADN
MATURATION APOPTOSE
pathologiques peuvent induire une carence en Epo et se présenter avec une anémie
normocytaire arégénérative sans anomalie de la fonction rénale.
Certaines causes sont extra-néphrologiques. On retrouve en effet un déficit en
Epo endogène dans l’anémie des prématurés, l’anémie inflammatoire, l’anémie au
cours de l’infection VIH, la drépanocytose, de rares cas sévères de maladie du
système nerveux autonome et certaines anémies au cours des maladies tumorales
(tumeurs solides ou hémopathie) [30, 31]. Pour expliquer cette réponse inadaptée
pour le niveau d’anémie, plusieurs phénomènes sont proposés, dont la production
de cytokines inhibant la synthèse d’Epo, comme l’IL1, le TNFα ou le TGFβ.
Cependant, le plus souvent, cette anémie répond à des mécanismes multiples et
n’est pas expliquée uniquement par le déficit en Epo.
La présence d’une diminution de la fonction rénale n’est pas nécessaire à la
diminution de production de l’Epo chez les patients suivis en néphrologie. Les
patients présentant un syndrome néphrotique ont une perte urinaire d’Epo [32]
ainsi qu’une réponse inadéquate à l’anémie [33], en l’absence d’anomalie de la
fonction rénale et en l’absence de carence en fer. Habituellement, le traitement par
l’Epo recombinante est efficace [34]. De la même manière, certains patients dia-
bétiques ont été décrits présentant une anémie avec un dosage d’Epo bas en
l’absence d’insuffisance rénale et de syndrome néphrotique [35, 36]. La physio-
pathologie précise chez ces patients n’est pas connue : des anomalies du système
nerveux autonome [37], de la glycosylation de l’Epo ou de son récepteur [38] ont
été évoquées sans preuve formelle. Enfin, il est possible que chez certains patients,
la régulation négative du système rénine-angiotensine intervienne dans la diminu-
tion de la production d’Epo endogène comme cela a été montré dans des situations
d’hyporeninémie [39] ou chez les patients traités par inhibiteurs de l’enzyme de
conversion de l’angiotensine [40, 41].
Les traitements par les sels de platine sont aussi associés à une diminution signi-
ficative de la synthèse d’Epo, et ce même en l’absence d’insuffisance rénale induite
par ce traitement. Ce phénomène est lié à un défaut de production d’Epo par le
rein, probablement par une toxicité particulière du platine sur les cellules péritu-
bulaires du rein [42, 43].
En conclusion, il existe des causes d’anémie normocytaire arégénérative par
carence en Epo en l’absence d’insuffisance rénale. Il est donc important de doser
l’Epo sérique devant un tableau hématologique compatible, en l’absence d’autre
étiologie. Il est probable que le traitement par Epo recombinante a, dans ces situa-
tions, la même efficacité que dans l’anémie liée à l’insuffisance rénale.
TUMEURS RÉNALES
L’apparition chez les patients transplantés rénaux d’une polyglobulie est une
complication bien connue. Cette érythrocytose est un phénomène précoce après la
transplantation et n’est jamais lié à une dysfonction du greffon. Sa physiopatho-
logie reste obscure. Le rein natif joue probablement un rôle : l’amélioration après
exérèse [47] de celui-ci et le fait que cette complication ne survienne que chez les
transplantés de rein sont deux arguments en faveur de cette hypothèse. Les études
des progéniteurs érythroïdes ont donné des résultats discordant mais il paraît clair
qu’il n’existe pas de pousse spontanée en l’absence d’Epo. Par contre, il pourrait
exister une hypersensibilité à l’Epo en culture [48]. Le taux d’Epo circulant est
extrêmement variable selon les patients [16]. L’angiotensine II, dont le récepteur
AT1 est présent sur les BFU-E, et l’IGF1 ont plus récemment été discutés dans la
physiopathologie de cette polyglobulie sans argument formel pour l’une ou l’autre
des deux hypothèses. Le traitement fait appel aux inhibiteurs de l’enzyme de
conversion ou aux inhibiteurs du récepteur à l’angiotensine II qui ont une efficacité
globalement identique à long terme [49].
d’Epo circulante élevé. Par une approche de clonage positionnel, le groupe de Prchal
[50] a d’abord exclu les gènes de l’Epo ou de son récepteur, puis a identifié un locus
pour cette maladie sur le bras court du chromosome 3. Dans cette région se trouve
le gène VHL, ce qui en faisait un gène candidat très attractif, même si aucun sujet
atteint ne présentait de caractères évocateurs d’une maladie de Von Hippel Lindau.
De fait, une mutation du gène VHL a été identifiée chez ces patients. Il s’agit
d’une substitution d’arginine en tryptophane en position 200 (R200W), dans la partie
toute c-terminale de la protéine. La protéine VHL mutée lie moins bien HIF-1α que
la protéine sauvage et en conséquence le niveau de HIF exprimé (dans des lympho-
blastes) est supérieur à celui des contrôles. Ainsi, cette mutation homozygote de
VHL diminue le contrôle négatif normalement exercé sur HIF, et est responsable
d’une activation de gènes HIF-dépendant comme l’Epo, dont l’ARNm était légère-
ment augmenté dans les cellules lymphoblastiques. Le niveau d’expression du gène
de l’Epo dans le rein n’a bien sûr pas pu être étudié chez ces sujets. Cette mutation
de VHL est donc tout à fait particulière car elle était la seule connue à l’état homo-
zygote dans les cellules germinales, et ne s’accompagne d’aucune tumeur habituel-
lement retrouvée dans la maladie VHL. Tout récemment, 2 autres mutations
germinales de VHL (V130L et D126Y) ont été identifiées chez d’autres sujets
atteints de polyglobulie congénitale [51]. L’explication provient probablement de la
nature et du lieu de la mutation VHL qui n’abolit pas complètement la liaison à HIF-
α et permet quand même un certain degré de régulation négative. Ceci suggère que
le gène de l’Epo est particulièrement sensible à une augmentation modérée d’expres-
sion de HIF-α. Ce n’est pas le seul car d’autres gènes importants pour l’érythropoïèse
comme la transferrine et le récepteur à la transferrine sont également augmentés chez
ces patients. Les raisons pour lesquelles les progéniteurs erythroïdes de ces patients
sont particulièrement sensibles à l’Epo restent incomprises. Une production auto-
crine accrue d’Epo par ces progéniteurs a été évoquée.
Le rôle de VHL dans le contrôle de l’érythropoïèse est également mis en
évidence chez les souris qui ont une inactivation conditionnelle de VHL dans le
foie. En effet, elles développent non seulement des tumeurs hépatiques très
vascularisées mais également une polyglobulie majeure (Ht 80 p. 100) [52]. Ceci
montre le rôle crucial de VHL dans le contrôle de gènes sensibles à l’hypoxie
comme l’Epo, également dans le foie, autre organe capable de synthétiser de l’Epo
durant le développement mais également chez l’adulte.
Anémies inflammatoires
l’hepcidine. Par analogie, il est supposé que l’hepcidine pourrait jouer un rôle impor-
tant dans la physiopathologie des différentes anémies inflammatoires [59].
Traitement des anémies inflammatoires
La première thérapeutique d’une anémie inflammatoire est le traitement de la
pathologie responsable du syndrome inflammatoire. Les progrès thérapeutiques
divers ont rendu beaucoup moins fréquentes les infections persistantes responsa-
bles d’anémie. Restent les rhumatismes inflammatoires chroniques, les collagéno-
ses et autres pathologies inflammatoires complexes et surtout les tumeurs malignes
hématologiques et non hématologiques.
Des essais cliniques ont montré que l’érythropoïétine recombinante (rHu-Epo)
peut être efficace dans la correction de l’anémie inflammatoire, alors que la rHu-
Epo ne corrige pas une anémie par carence martiale. Il faut noter que la réponse
au traitement par rHu-Epo est inconstante et très variable d’un patient à un autre.
Cette réponse serait liée à une inhibition de l’apoptose induite par les cytokines
inflammatoires.
L’apport d’érythropoïétine a une base physiopathologique puisque dans ces ané-
mies, le taux d’érythropoïétine est généralement inapproprié en regard du degré
de l’anémie. Néanmoins, il est logique de penser que le traitement par l’érythro-
poïétine seule ne soit que médiocrement efficace puisque : a) ce n’est pas le seul
mécanisme de l’anémie, b) l’anomalie du métabolisme du fer est un facteur limi-
tant obligatoire de l’érythropoïèse. Il serait donc logique d’envisager l’association
d’érythropoïétine et de fer par voie intraveineuse plutôt que per os comme cela se
fait actuellement [60]. Certaines études suggèrent néanmoins que dans les rhuma-
tismes inflammatoires, l’érythropoïétine améliore la maladie sous-jacente et même
l’anomalie du métabolisme du fer [61]. L’inhibition des cytokines inflammatoires
permet d’améliorer l’anémie en agissant à la fois au niveau des macrophages pour
augmenter la disponibilité du fer et des progéniteurs érythroblastiques [62].
CONCLUSION
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