Annales des Sciences Agronomiques du Bénin (3) 2 : 73-93, 2002 Spécial Colloque ISSN 1659-5009
GESTION DE LA DIVERSITE VARIETALE DE D. CAYENENSIS-
D. ROTUNDATA ET DOMESTICATION DEs DIOSCOREA spontanées
DANS l'aire culturelle Fon (Bénin)
S. TOSTAIN*, B. J. HOUEMASSOU BOSSA**, V. AGBO**, C. GBEHI**,
C. AGBANGLA*** & O. DAÏNOU ***
... Centre !RD, BP 6450, 34394, Montpellier cedex 5, France
** Département d'Economie, Socio-snthropologie et Communication pour le
développement, Faculté des Sciences Agronomiques FSA cUAG, 01 BP 526,
-*
Cotonou, Bénin
Laboratoire de Génétique de la FAST-UAG, 01 BP 526 Cotonou, Bénin
RESUME
L'igname, Dioscores sp., occupe au Bénin une grande place dans les systèmes
traditionnels de production. L'étude réalisée en 2001 au Bénin chez 150 chefs
d'exploitaticn de l'aire culturelle Fon dans la sous-préfecture de Djidja (Département
du Zou) a eu pour objectifs d'étudier la domestication des ignames sauvages et la
gestion de la diversité variétale des ignames cultivées.
La culture des ignames est itinérante mais l'étude de la position des champs sur
4 ans (de 1997 à 2001) montre que la majorité des paysans se déplacent peu. Trente
deux variétés dont 30 de D. cayenensie: D. rotundata sont cultivées dont trois
seulement sont endémiques. Les variétés Gnidou, Nindoui, Codjèwé, Kpété et
Laboko sont les plus cultivées. Aucune des variétés n'est locale. Entre producteurs
d'un même terroir, il n'existe pas de système d'information sur les variétés. Lorsque
les producteurs ont quatre variétés, 22 % ont fait une erreur de reœnnaïssance (40 %
quand ils ont plus de cinq variétés).
Une forme d'obtention de nouvelles variétés est la domestication des ignames de
«brousse». Au sein de l'échantillon, 40 % des producteurs d'igname sont des
domesticateurs (31 % domestiquent actuellement) mais le nombre de buttes
d'ignames sauvages en domestication est faible. Les formes sauvages découvertes
fortuitement au cours d'une chasse ou obtenu par le biais d'un parent sont prélevées
dans des forêts galeries ou dans d'anciennes jachères. Deux formes sont prélevées:
une forme grêle appelée (cZounté hlouêlé» et une forme de grande taille appelée
«Zounté cloclo». La domestication de ces ignames spontanées (D. prsebensilis,
D. sbyssinics, descendances issues de graines de D. csyenensis-D. rotundsts ou
échappées de culture) permet de disposer de nombreuses boutures.
Mots clés: Terroirs, domestication, D. prsebensilis, D. ebyssinics, diversité
variétale, Bénin
Diversité variétale et domestication des ignames chez les Fon du Bénin 74
MANAGEMENT OF THE VARIETAL DIVERSITY OF DIOSCOREA
CAYENENSIS - D. ROTUNDATA AND SPONTANEOUS YAMS
DOMESTICATION IN THE FON CULTURAL AREA (BENIN)
ABSTRACT
The yam Dioscorea sp. take a big place in Bénin in the traditional systems of
production. It is always cultivated in the head of rotation of crops. The study made
with 150 farmers from the Fon cultural area in the sub-prefecture of Djidja (Zou
department) was carried out to analyse the wild yams domestication process and the
management process of the varietal di'versity. Even if the yam culture is itinerant,
the study of positions fields during 4 years (from 1997 to 2001) shows that peasants
have low movements. Any local variety is present in the studied native areas :
32 yam varieties are cultivated, within 30 D. cayenensis - D. rotundata. Three of
them are endemic. Any information on varieties are exchanged between farmers,
even inside a sa me village. Those who dispose of a few number of varieties, even if
they want to improve their varietal patrimony, are face to face to seeds lost. On
10 1 farmers tested on 4 varieties, 22 % of them have made a recognition mistake
against 40 % when they are front of 5 varieties at least. In aIl villages studied, the
Gnidou, Nindoui, Codjèwé, Kpété and Laboko varieties are the most cultivated in
term of superficies.
One of the process to obtain new varieties is domestication. Inside the farmers group
asked about, 40 % are sorne "domesticators" (31 % actual ones). The wild forms
discovered by accident during hunting, or obtained by a parent, come from gallery
forests or from fields being fallow for a long time. Two forms are sampled : the thin
form «Zounté hlouélé» and the big one «Zounté cloc1o». The domestication of those
spontaneous yams (D. praehensilis, D. abyssinica or probably sorne offsprings
coming from seeds of D. cayenensis - D. rotundata) allows producers to obtain sorne
seeds of new varieties. Nevertheless, number of mounts with wild yams being
domesticated is low.
Keywords : Bénin, domestication, terroirs, D. praehensilis.
INTRODUCTION
Au Bénin, parmi les agriculteurs, les producteurs d'ignames
Dioscorea cayenensis - D. rotundata sont moins confrontés à
l'insécurité alimentaire: «l'igname peut s'asseoir sur la faim»
(Seignobos 1992). La récolte des premières ignames coïncide dans
une large mesure avec la période de soudure alimentaire. Outre ce
rôle nutritionnel, la production d'igname revêt un caractère socio-
culturel ayant une grande signification dans la culture des peuples
d'Mrique Occidentale (Ayensu & Coursey 1972). Il y a quatre
grandes aires culturelles dans la zone de production des ignames au
Bénin: l'aire culturelle Bariba dans le Nord-Est, Somba et Pila-Pila
S TOSTAIN, B. J HOUEMASSOU, V AGBO, C GBEHI, C AGBANGLA & 0. DAi/vou 75
dans le Nord-Ouest, Nagot au Centre du Bénin et Fon dans le Sud. Il
existe par ailleurs deux espèces sauvages proches génétiquement des
cultivars: Dioscorea abyssinica dans les savanes et les collines du
Nord et du Centre du Bénin et D. praehensilis dans les forêts du Sud.
De nouvelles contraintes notamment la baisse de la durée des
jachères sont apparues en plus des coûts de production élevés et des
problèmes de conservation. De nouvelles yariétés adaptées aux
nouvelles conditions socio-économiques et écologiques doivent être
sélectionnées. La domestication des tubercules de plantes spontanées
d'origines diverses, observée dans le Nord (Baco 2000) et le Centre
(Okry 2000) du Bénin, est une pratique paysanne qui semble exister
dans d'autres régions du Bénin.
Une étude a été réalisée en 2001 sur la gestion des variétés d'igname
ainsi que sur la domestication des ignames sauvages au Sud du
Bénin dans la sous-préfecture de Djidja (Houemassou 2002). Dans
cette localité, l'igname pilée ("agou") y est la nourriture de
base justifiant le qualificatif de «Djidja agoudouto» (<<Djidja
consommatrice d'igname pilée»).
Notre article va essayer de montrer les particularités SOClO°
économiques de la sous-préfecture de Djidja, située dans l'aire
culturelle Fon en répondant à trois questions principales: comment
les paysans gèrent les variétés d'ignames à leur disposition?
Comment les conservent-ils? Quelles sont les stratégies développées
pour domestiquer les ignames sauvages?
MATERIEL ET METHODES
D'une superficie de 4000 km 2 , la sous-préfecture de Djidja est une des
15 sous-préfectures que compte le département du Zou (Figure 1).
Elle comprend 75 villages répartis dans 12 communes dont celle de
Monsourou dans laquelle notre étude a été conduite.
La moyenne pluviométrique (1968 à 1999) dans la sous-préfecture de
Djidja est de 880 mm avec le maximum en juin.
En 1992, la sous-préfecture de Djidja comptait 57 000 habitants
(environ 9900 ménages agricoles de 5 personnes) avec un taux
d'accrôissement de 2,7 % (4,4 % à Bantè). La population rurale
représente 88 % de la population totale avec une densité moyenne de
Diversité variétale et domestication des ignames chez les Fon du Bénin 76
14 habitants / km 2 et un taux de migration de seulement 0,4 %. On
distingue plusieurs ethnies: les Fon (70 %); les Agou (20 %)
originaires du Togo, les Mahi de Savalou (8 %) et les Adja du Sud du
Bénin (2 %). Peu nombreux sont les musulmans, qui sont Peuhl. Les
Agou et les Adja sont principalement animistes pratiquant le
"Vodun". Les Fon, le plus souvent animistes se convertissent de plus
en plus au christianisme. Les divinités Vodun les plus influentes
sont: (1) chez les Fon, "Hebiosso", le dieu. du tonnerre qui attire la
pluie, (2) chez les Adja et les Mahi, "Sakpata", le dieu de la terre qui
évite les épidémies, (3) chez les Agou, "Molou" le dieu protecteur qui
éloigne les mauvais esprits et. protège le village des épidémies
(4) chez toutes les ethnies, l "Dan", le dieu serpent qui éloigne les
mauvais esprits et apporte le bonheur, et "Ogou", le dieu de la forge
qui protège contre les accidents. Par ailleurs, on distingue des
interdits dont le "Houndjro" (les sarclages ou labours formellement
interdits le jour du marché de Djidja).
L'offrande d'ignames au Vodun se fait de manière individuelle ou
collective au cours d'une fête appelée "Minadouté" qui implore une
protection divine contre des malédictions. L'igname n'arrivant pas à
maturité au même moment chez tous les producteurs, les fêtes de
terroir sont organisées par le/les chef (s) vodun du hameau en accord
avec le chef traditionnel.
S TOSTA/N, B. J HOUEMASSOU, V AGBO, C GBEH/, C AGBANGLA & 0 DAINOU 77
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Figure 1. Sous'préfecture de Djidja (les deux encadrés) dans l'aire culturelle
Fon. Les points représentent les 150 exploitations étudiées et les étoiles, les
hameaux des trois terroirs.
Les terroirs Amakpa (49 exploitations), Gounoukouin (76) et
Kougbadji (25) de la commune de Monsourou se sont révélés les plus
intéressants pour l'étude (Tableau 1). Le choix des paysans a été fait
autour de la domestication et de la production d'ignames.
Diversité variétale et domestication des ignames chez les Fon du Bénin 78
Tableau 1. Répartition des 150 exploitations enquêtées par catégorie
(producteurs ou non d'ignames, domesticateurs ou non d'ignames) et par
terroir.
Domesticateurs Non domesticateurs
Terroirs Producteurs d'igname Non producteurs Producteurs d'igname
d'igname
Actuel Ancien T Actuel Ancien T Actuel Ancien T
dom. dom. dom. dom. dom. dom.
Amakpa 7 5 12 1 9 10 10 17 27
Gounoukouin 17 14 31 1 2 3 38 4 42
Kougbadji 1 1 4 0 1 1 13 7 20
Total 26 21 47 2 12 14 61 28 89
Au temps du roi Béhanzin (1889-1894), les premiers occupants du
terroir de Koubadji furent deux chasseurs de Bohicon. A
Gounoukouin, l'occupation des terres daterait du roi Agoli-Agbo
(1894-1900). Un paysan Dan appelé Akouté et un de ses beaux-frères,
Adjaba, ont fondé le village d'Amakpa près d'un cours d'eau nommé
«Aman» où se trouve actuellement une population de DiosCOFea
praehensilis. A Amakpa, 56 % des paysans sont producteurs
d'ignames, 14 % domestiquent (respectivement 63 % et 22 % à
Gounoukouin et 93 % et 11 % à Koubadji).
Les chefs d'exploitations ont été sélectionnés suivant leur expérience
dans la culture des ignames et leur prospérité. Ces caractéristiques
ont des définitions endogènes légèrement différentes suivant les
terroirs mais un paysan expérimenté fait en général de grandes
buttes, entretient bien son champ (au moins trois sarclages) et
reconnaît facilement les variétés d'ignames. Un paysan prospère a un
nombre élevé de buttes, n'achète jamais d'ignames et peut engager de
la main d'œuvre salariée. Dans l'ensemble des trois terroirs, il y a
très peu de producteurs expérimentés ou performants (22 % en
~oyenne) et de producteurs prospères (23 % en moyenne).
S. TOSTAIN, B. J. HOUEMASSOU, V. AGBO, C. GBEHI, C. AGBANGLA & O. DAINOU 7fJ
RESULTATS ET DISCUSSION
Domestica tion des ignames sauvages
Soixante treize pour cent des chefs d'exploitation connaissent les
ignames sauvages (I.S.). En tenant compte de l'année de la première
observation des I.S., 35 % les ont connu après 1997. 55 % des
producteurs ont affirmé avoir découvert ces I.S de manière fortuite
lors de la chasse en saison sèche, 12 % par des parents et 6 % par des
amis. L'igname sauvage est nommée "Zounté" ou "Gbété" en Fon,
l'une ou l'autre appellation signifiant "igname de brousse". Deux
morphotypes d'I.S sont distingués: "Zounté hlouèlè" (D. praehensilis)
et "Zounté cloclo" phénotypiquement proches des cultivars
(échappées de culture?) et de l'espèce D. abyssinica (Tableau 2).
Après le prélèvement, deux stratégies sont adoptées par les
producteurs : la première consiste à montrer puis à faire manger le
tubercule collecté à ses proches. Si ses qualités Sont mauvaises, ils le
rejettent (13 sur 73 paysans ont adopté ce comportement). La
seconde stratégie consiste à planter directement le tubercule sans
tester ses qualités.
Sur les 150 exploitants enquêtés, les domesticateurs représentent
19 %. Ce taux est élevé par rapport à celui trouvé à Sinendé (3,7 %)
par Baco (2000), à Bantè (9,2 %) par Okry (2000) et à Fo Bouré dans
le Nord du Bénin (4,7 %) par Dumont et Vernier (2000).
Chaque domesticateur actuel a au moins une année d'expérience
(1,7 ans en moyenne). Statistiquement, la domestication n'est pas
une pratique spécifique à une ethnie ni à une religion. De même, il
n'y a pas de corrélation entre l'importance de la production d'ignames
ou l'âge du chef d'exploitation et le nombre d'années de
domestication.
Diversité variétale et domestication des ignames chez les Fon du Bénin 80
Tableau 2. Caractéristiques des deux types d'ignames sauvages.
Type biologique Feuilles Tiges Tubercules
Couleur vert foncé au - Couleur verte, vert- - Grêle, digité et long
verte d'aspect luisant. foncé, marron [Link]âtre - Racines très épineuses
Les jeunes feuilles avec parfois des stries surtout au niveau de la
sont vert-clair. Forme - Cylindrique et grêle tête où elles forment une
Zounté hlouèlè variable: ovale ou -Ramification tardive couronne
Gachères et allongée parfo~s . Tige très épineuse ou - Epiderme fin ou un peu
forêts galerie) courte assez épineuse (épines épais. Chair blanche ou
violettes ou marron) violacée
. Couleur verte pour - Couleur verte, vert- - Gros et allongé
les feuilles adultes, foncé ou marron - Racines peu épineuses
vert'clair pour les - Cylindrique et plus ou - Epiderme fin
feuilles jeunes. Aspect moins grosse - Chair belge à blanche
Zounté cloclo peu luisant parfois - Ramification déjà au
Gachères) terne. 3ème entre-nœud
Forme variable: - Tige plus ou moins
souvent ovale et épineuse. Epines vert-
courte foncé ou marron
Suivant l'enquête, les domesticateurs ont deux principales
motivations: la recherche de boutures (14 domesticateurs actuels sur
un total de 60 domesticateurs anciens et nouveaux) et la recherche de
meilleures variétés (11 domesticateurs actuels sur les 60). Certains
n'ont pas de raison spécifique: ils domestiquent par simple c:uriosité.
Il n'existe pas de techniques particulières de domestication Les
ignames sauvages sont cultivées comme les cultivars. A la plantation,
le tubercule de «zounté hlouèlè» est coupé en plusieurs parties de
longueur variant entre 15 et 28 cm. Il peut y avoir jusqu'à trois
récoltes, la première étant très précoce. Pendant les cinq premières
années de domestication, toutes les récoltes donnent des tubercules
relativement longs. Le «zounté» donne une variété qui se distingue
des autres.
Un seul domesticateur sur 27 dispose d'un champ de 23 buttes
d'ignames sauvages en domestication près de son hameau (dans le
but de le surveiller). Ce producteur pense obtenir 200 buttes dans
3 ans. Le ph,ls souvent, les producteurs domesticateurs placent l'I.8.
soit en mélange avec les autres cultivars (17 % des exploitations) soit
à un endroit particulier du champ (52 %). Un seul domesticateur a
S TOSTA/N, B. J HOUEMASSOU, V AGBO, C GBEH/, C AGBANGLA & 0 DAÏNOU 81
repéré les buttes par l'intermédiaire d'un arbuste. Ils sont plantés
soit au bord du champ (33 %) soit à l'intérieur du champ (59 %) ou les
deux à la fois (7 %). A l'intérieur de leur champ, les producteurs le
plante en général à côté des buttes d'une variété remarquable. Dans
tous les cas, ils l'identifient par leurs feuilles et leurs tiges
(Tableau 3).
Les champs de 43 % des exploitations actuelles productrices
d'ignames sont bordés sur au moins un côté d'une forêt ou d'une
jachère de longue durée (plus de 20 ans). Mieux, 8,2 % des
producteurs affirment avoir trouvé 1'1.8. dans cet écosystème. Chaque
année les mêmes prélèvements peuvent se répéter. On a alors, pour
le tubercule qui reste en place, une «domestication en brousse».
Lorsque le tubercule d'igname sauvage domestiquée se rapproche
morphologiquement des ignames cultivées, le producteur arrête
généralement le processus de domestication (I ou 2 ans après
prélèvement de la forme zounté cloclo). Pour la forme zounté hlouèlè,
les domesticateurs attendent au moins trois ans.
Plusieurs· modifications morphologiques s'opèrent au cours du
processus de domestication: par exemple, les feuilles virent du vert
foncé luisant à vert non luisant et le pétiole se raccourcit. Au niveau
de la tige, il y a une modification de la couleur (de gris à noir vert),
baisse de la spinescence et augmentation de la ramification sur les
premiers nœuds. Les tubercules perdent les racines épineuses et les
radicelles, augmentent de diamètre. La chair du tubercule devient
moins amère.
Le.s tubercules après domestication sont encore appelés zounté dans
les trois terroirs . .La non dénomination des produits de domestication,
à en croire les domesticateurs, vient du fait qu'ils n'ont pas une
grande quantité de produits (moins de 200 tubercules). Un
domesticateur de Gounoukouin, déclare: «lorsque j'atteindrai 300 à
400 buttes je donnerai un nom à mon igname)).
Diversité variétale et domestication des ignames chez les Fon du Bénin 82
TâbJeI1U 3. Caractéristiques des 27 domesticateurs actuels.
Année du 1er Nombre de Nombre Nombre de Nombre de
prélèvement domesti" d'année de génotype au buttes (629
cation domestication. départ (46 au au total, 23
(3 en moyenne) total, 2 en en moyenne)
moyenne)
D.J. 2'000 1 2 1 12
D2 . 2001 1 1 1 1
D3 1998 2 1 1 2
D4 1996 2 2 1 6
D5 1999 1 2 1 18
DG 1999 2 1 et 3 7 36
D'7 2000 1 2 8 24
Dg 1996 2 2 1 1
D'9 1999 2 2 et 3 2 5
DIO 1998 1 3 1 8
D11 1991 1 10 1 12
D12 1999 1 3 1 92
Ul3. 1997 1 4 1 4
D14 2000 1 2 1 7
DI5 l!'l98 1 3 1 2
Dl6' 1999 1 3 1 8
·"D17 1996 2 1 et 2 2 20
D18 1996 1 5 1 20
D19 1999 1 3 1 200
Dio 1999 1 3 2 5
D21 1997 2 2 1 12
D22 2000 1 2 1 4
003 1999 1 3 1 3
Di4 1999 1 2 1 4
D25 1999 1 3 1 100
D26 1992 1 9 4 23
.D27 1991 2 1 , 1 3
Les produits de domestication sont actuellement destinés à
l'autoconsommation et à la vente. Seize domesticateurs (59 %) ont
une fois amené leur produit au marché. Les produits de
domestication sont mélangés aux tubercules d'une variété cultivée
déjà Connue. Aujourd'hui la vente de ces tubercules est plus faible en
raison du manque de boutures à la plantation dans la sous-préfecture
(en 2000; seulement 22 % des domesticateurs ont vendu les
tubercules issus de domestication).
Oestion du terroir
Dans les trois terroirs, les exploitations sont réduites à quelques
lopins de terres disséminés. Le èhef,traditionnel, appelé «Gohonon»
S. TOSTAlN. B. J HOVEMASSOU, V. AGBO. C. GBEHl. C. AGBANGLA & 0. DAlNOV 83
(chef de case), a la charge d'attribuer les terres à cultiver. La
superficie totale disponible pour l'ensemble des exploitations étudiées
est d'environ 2100 ha, soit en moyenne 14 ha par exploitation, dans
laquelle 4 sont en culture (30 % de la superficie disponible). De
même, 3,5 % des terres sont cultivées en igname.
Dans les terroirs étudiés, on distingue deux modes de faire-valoir:
- le mode direct qui regroupe les exploitants propriétaires d'un
patrimoine foncier reçu par héritage et qui sont constitués par
les descendants des premiers occupants et de leurs alliés
(75,3 % des ménages, tous Fon). Sur 113 exploitations,
22 seulement ont une superficie supérieure à 0,25 ha, en
culture d'igname;
- le mode indirect dans lequel on distingue des exploitants qui
empruntent un lopin de terre. L'offre en échange d'une certaine
quantité de vivres après récolte n'est pas obligatoire. Ce mode
concerne 25 % des ménages dont 87 % de ménages Fon et 13 %
de ménages Adja. 38 % ne cultivent pas d'igname, 30 % ont une
faible superficie (0,01 à 0,1 ha) et 22 % dispose d'une superficie
élevée en igname (supérieur à 0,25 ha).
Les paysans expliquent la faible surface cultivée en ignames par· la
faible quantité de boutures, la faible fertilité des sols et dans une
moindre mesure par l'absence de main-d'œuvre disponible. Pour
certains paysans, l'abandon de la culture des ignames serait due à
l'introduction de la culture cotonnière (production moyenne anntielle
de 6 000 t sur une superficie moyenne de 5600 ha entre 1987 et
1999). D'après notre enquête, 89 % des exploitations ne produisant
pas actuellement l'igname, manifestent le désir d'une reprise de cette
culture.
Le système agraire est basé sur la culture itinérante sur brûlis avec
déplacement des champs. On a le système «igname» qui caractérise
les terroirs étudiés avec une rotation dans laquelle l'igname est en
tête: igname' maïs - niébé ou igname' arachide -manioc ou igname -
maïs. - arachide. Cette rotation peut être utilisée deux fois sans
jachère. La jachère, lorsqu'elle est pratiquée, dure de trois à cinq ans.
Diversité variétale et domestication des ignames chez les Fon du Bénin 84
Le déplacement des champs sur les quatre dernières années montre
que lorsque l'exploitant découvre une portion. de terre apte à la
culture de l'igname, il y reste pendant plusieurs années (Figure 2).
L'absence de terres oblige les paysans à rester dans une même zone.
La disposition des champs (concentration des champs) dans chaque
terroir laisse vide certains espaces impropres à la culture d'igname.
A chaque saison de culture, le choix du nouveau champ d'igname se
fait en juin et juillet à partir de critères précis. Le premier critère est
la nature et la diversité de .la végétation du site. Il faut que les
plantes en présence soient vertes ou vert - foncées et abondantes. La
présence d'arbres et d'a~bustes ("agblokanmey" en Fon) est
également nécessaire pour indiquer la richesse du sol et l'ancienneté
de la jachère. Le second critère est la nature du sol, tandis que le
troisième critère à noter est la faible pente du site et la forte
perméabilité du sol. Les croyants des divinités vodun ne se limitent
pas seulement à une simple visite du futur champ, ils vont jusqu'à
consulter le Fa (une technique de géomancie basée sur les noix
sacrées et les oracles).
Les boutures utilisées pour la plantation de décembre à février ont
trois origines :
• les tubercules issus de la première récolte. Les tubercules de
grande taille sont coupés et conservés dans leurs buttes. Leur
utilisation est récente; elle est la conséquence de la réduction
des superficies de ces dernières années qui a diminué le
nombre de boutures disponibles. Les paysans savent que
certaines boutures pourrissent rapidement pendant les
premiers jours de leur conservation;
• les tubercules de deuxième récolte appelés ({tagnin» en Fon. Le
_nombre de «mamelles» ou «doigts» varie d'une variété à une
autre;
• les petits tubercules des variétés tardives à récolte unique.
Toutes les boutures sont conservées dans des «greniers de champ»
faits de branchages recouverts de feuilles et de tiges d'igname
(Photo 1). Ils protègent les boutures des animaux domestiques ou
sauvages mais pas des vols ni des incendies. Chaque variétés ou
S TOSTAIN, B J HO UEMASSOU, V AGBO, C. GBEHI, C. AGBANGLA & a DAlNOU 85
groupe de variétés a un grenier spécifique. La taille des greniers est
très variable.
A1~A7B
A2Q.......... A17:\",]
A2~~~r;mjJ~iz;,rn~--'~A44
"" A2
T-A44 ---A43
,/ A21 A19 ~O-------A43 _ ~ A4,
'A2 -- A43 ~
A27~ ~f~A43 ~ ~
AB (20002001~
AS
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(1999-200o('~
/'
A6
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AG "'t \ A45
AAS
AS (1 99S-1 999 A6 \
- ...
A5 A46 \
A.....,.S-(-1-9:-9:-7
'-1 ....--1-919:-1 S) A5 AS -- \
"Z:<J limite Nord du terroir \
d'Amakpa \
Kakatéhou .-I:j\
Lanhoungbon Kpakpassa -0 \
Figure 2. Champs des paysans (codés par un numéro) du terroir d'Amakpa
de 1997 à 2001 (positions déterminées par GPS, «Global Positioning
System»). Certains paysans viennent de commencer (par exemple: A4B,
1ère année), d'autres ont plusieurs années de culture (exemple: A17, A1B,
A19 ont 2 ans; A3, A5, A20 ont 3 ans, et A4, AB, AB, A21, A42, A43, A44,
A45 ont 4 ans).
Les variétés
Dans l'ensemble des trois terroirs de l'enquête, trois espèces d'igname
sont cultivées: 30 variétés de D. cayenensis - D. rotundata, une
variété tardive de D. alata (appelé "Kpété" représentant représentant
10 % des buttes) et une variété tardive de D. dumetorum (3,5 %).
Kpètè, aux dires des paysans «est une variété qui permet de garder la
maison quand il n y a plus rien ». Elle est utilisée pour recevoir au
champ le "Djoko" c'est-à-dire la main d'œuvre salariée.
Diversité variétale et domestication des ignames chez les Fon du Bénin 86
Dans les terroirs étudiés, aucune variété locale n'a été recensée. A
l'exception de Kokoro, toutes les variétés sont précoces avec deux
récoltes, une en août et une deuxième en fin d'année.
L'orthographe des noms de variétés n'est pas fixe au Bénin; elle
diffère d'une sous-préfecture à une autre. Par exemple, les variétés
Manfobo, Sotoboa, Yobodé, Codjéhoué et Aklatchi de Djidja sont
appelées respectivement Manforbor, Situboi, Yobrê, Kodjéwé et
Kratchi à Banté (Okry 2000). Dans les trois terroirs, les
110 exploitations qui cultivent l'igname ont en moyenne cinq variétés
(Tableau 4).
Photo 1. Grenier traditionnel d'ignames dans un champ du terroir de
Gounoukouin (sous-préfecture de Djidja).
Tableau 4. Nombre moyen de variétés cultivées par exploitation dans les
:) terroirs (110 exploitations cultivant l'igname). *: pourcentages entre
parenthèses.
Nombre de variétés par Effectif des exploitations disposant de
exploitation
Terroir Moy. Mini Maxi Maximum de 5 à 9 au moins 10 Tot
4 variétés variétés variétés al
Amakpa 5 1 12 8 (35)* 13 (56) 2 (9) 23
Gounaukouin 5 1 14 37 (53) 28 (40) 5 (7) 70
Kougbadji 6 2 12 2 (12) 13 (76) 2 (12) 17
Total 47 (43) 54 (49) 9 (8) 110
S TOSTAIN, B. J. HOUEMASSOU, V AGBO, C GBEHl, C AGBANGLA & a DAïNOU 87
Douze variétés sont communes aux trois terroirs. Il y a des variétés
communes à deux terroirs (exemple : Kannagni pour Amakpa,
Allèkpè pour Gounoukouin et Kougbadji) et des variétés spécifiques à
chaque terroir. Les variétés spécifiques sont par exemple:
Akpahounkodjè (Amakpa), Allohounkodjè et J~oumasso
(Gounoukouin), Lèkè et Cocloassi (Kougbadji). Mises à part Lèkè et
Akpahounkodjè qui sont des variétés anciennement introduites, la
spécificité observée serait due à l'introduction récente de nouvelles
variétés. En général, les mêmes variétés sont retrouvées chez des
producteurs provenant de la même famille (frères, cousins ou
collatéraux) ou dans une moindre mesure, des producteurs qui ont
des liens d'amitié.
Pour l'ensemble des trois terroirs, les variétés Gnidou, Nindoui,
Codjéhoué et Kokoro sont par ordre décroissant les plus importantes
en nombre de buttes (Figure 3). La variété Gnidou est largement en
tête à Amakpa et à Gounoukouin (respectivement 43 % et 49 % des
buttes). C'est une variété d'une grande valeur marchande bien qu'elle
ne soit pas bonne pour faire de l'igname pilée. Laboko a également
une très grande valeur marchande, mais elle apparaît seulement à
Gounoukouin. C'est une variété délicate et difficile à produire.
50 Gnidou
Amakpa Gnidou
49%
Gounoukouin Koubadji
43%
40 Mondji
29%
30 Gnidou
23%
20
Kfétè
1%
10
0
Kpètè Nindoui Laboko Yobodé Anago
Figure 3. Principales variétés dans les trois terroirs étudiés (pourcentage du
nombra de buttes), Kpété est une variété de [Link].
Diversité variétale et domestication des ignames chez les Fon du Bénin 88
Au total, seize variétés auraient disparu pour des raisons diverses
(par exemple, les inondations et les feux de brousse, à Koubadji) de
l'ensemble des terroirs: Abotiyi, Adigbli, Adjatounba, Agbafan alédjo,
Avahoundja, Ayimon, Basia, Bétébété, Boutahamin, Gbiloko,
Kabahoundé, Kandjannahoumé, Kokoro agbessi, Kouyékouyé, Tétin
et Zao Il n'existe pas d'échanges d'informations entre terroirs sur la
présence ou non d'une variété à un endroit donné. Certaines de ces
variétés restent inconnues lorsqu'on passe d'un terroir à un autre
surtout à Kougbadji où 71 % de ces variétés ne sont pas connues des
producteurs (l8 % à Amakpa et 23 % à Gounoukouin). Kougbadji est
un terroir plus enclavé, plus distant de la piste Djidja-Agouna que
Amakpa.
Mode et lieu d'acquisition des variétés
Dans les trois terroirs, le mode d'acquisition de boutures le plus
courant est l'achat, suivis de l'héritage, du don et de l'échange. Les
variétés Aboété, Allohounkodjè, Gbétélè, Koumasso et Nikki ont été
acquises par achat et la variété Akpahounkodjè par don. Plusieurs
variétés ont relevé de deux ou trois modes d'acquisition. Par exemple
Flanlan a été acquise par achat et par don, Fénin par achat, don et
héritage. Six variétés sont d'anciennes introductions : Codjèhoué,
Gnidou, Kokor, Laboko et Nindoui. A l'opposé, deux variétés ont été
acquises très récemment (en 1999): Allékpé et Yadabou.
Reconnaissance des variétés cultivées
Dans la sous-préfecture de Djidja, les producteurs reconnaissent les
variétés au champ en se servant des feuilles (forme, taille, aspect du
limbe, couleur ou longueur du pétiole) et du sexe des plantes entières.
Sur les 32 variétés recensées, 22 % sont mâles, 28 % sont femelles,
9 % mÏxtes et 41 % ont une floraison indéterminée (au moment de
l'étude). Lorsqu'ils se trouvent en difficulté, ils ont recours à la tige
en observant sa forme, sa spinescence, sa couleur et/ou sa grosseur.
Après la récolte, les cultivateurs se servent des caractères du
tubercule (forme, taille, facilité de l'enveloppe à s'enlever et couleur
de la chair). Sur les 32 variétés identifiées, 25 % sont bien connues
des producteurs (avec aucune erreur de reconnaissance). Par exemple
les variétés Agbantèhounnonhin, Aklatchi et Laboko sont très vite
S. TOSTAIN. B. J HOUEMASSOU, V AGBO, C GBEHl, C AGBANGLA & 0. DAiNOU 89
identifiées du fait de la forme et de la taille des feuilles ainsi que de
l'aspect du limbe.
L'identification ou la reconnaissance des variétés dépend de leur
mode d'acquisition (surtout l'achat). Les erreurs d'identification sont
dues au fait que les variétés ne sont pas assez connues des vendeurs
ou des donateurs. D'autre part, plus le nombre des variétés à
identifier est élevé, plus il y a d'erreurs.
Choix des variétés
Chaque variété est diversement appréciée des producteurs. Il existe
des variétés bonnes à piler mais parfois mauvaises pour la
conservation (exemple la variété Allèkpè). Dans les terroirs étudiés,
22 % des variétés sont bonnes à piler et se conservent bien, alors que
47 % des variétés sont destinées à la commercialisation (Gnidou,
Nindoui, Codjéhoué, Kannagni, Dodo, etc.).
Les variétés Nikki, Koumasso et Gbétélè ne sont pas vendues: les
producteurs qui les conservent ont en général peu de variétés.
Gestion des variétés à la plantation
Deux cas de figures se présentent : (1) Le nombre de cultivars est
important. Le chargement au niveau du grenier est confié à la main
d'œuvre salariée ou à des enfants (9 à 13 ans). Il s'effectue de
manière désordonnée provoquant souvent un mélange involontaire
des cultivars à l'arrivée. Parfois, les cultivars ont été mélangés
volontairement à la récolte et sont transportés en mélange. (2) Le
nombre de cultivars est réduit ou il n'y a pas de main d'œuvre
salariée pour le chargement et le transport. Le chef d'exploitation
utilise alors la main d'œuvre familiale.
Les cultivars sont disposés en ordre par 64 % des 102 exploitations
questionnées sur ce sujet, par exemple celle d'un producteur
domesticateur du terroir de Gounoukouin (Figure 4). Parmi eux, 51 %
disposent du plus faible nombre de variétés (deux à quatre). Et parmi
eux, 60 % ont une faible superficie (0 à 0,1 ha).
La disposition des variétés dans le champ dépend souvent de leurs
caractéristiques. Dans le cas de la figure 4, les variétés placées aux
extrémités dù champ supportent mieux la présence de mauvaises
Diversité variétale et domestication des ignames chez les Fon du Bénin 90
herbes. La variété la plus délicate, Laboko, a été placée au centre du
champ.
Les producteurs des trois terroirs disposent les buttes en quiconque.
Cette disposition n'a pas été observée par Baco (2000) chez les Bariba
et par Okry (2000) chez les Nagot. Elle serait spécifique à l'aire
culturelle Fon.
jachère de 20 ans
NlNOOUI (mie)
alignes de 50 bUles
GNIDOU (Rmelle)
~~ de 50 bUles
COOJEHOUE (1Tde)
24 lignes de 50 bUles
Figure 4. Disposition en ordre des variétés dans un champ. Exemple du
champ d'un producteur-domesticateur dans le terroir de Gounoukouin
(parcelle de 0,6 ha dans une vieille jachère). Il y a 6 variétés à deux récoltes
différentes dont des mâles et des femelles.
CONCLUSIONS
La production d'igname est une activité très contraignante car elle
est consommatrice de temps et de main-d'œuvre. Elle est en
concurrence avec la culture du coton dans pratiquement toutes les
régions du Bénin. De plus, elle exige des conditions édaphiques
spécifiques. Ces dernières années, les paysans se plaignent d'une
perte de tubercules (et donc de boutures pour la plantation future)
due à une insuffisance de pluie. Mais sa production reprend. Pour
environ 56 % des exploitations qui produisent du coton, la culture de
l'igname est à placer avant celle du coton. Plusieurs stratégies
existent pour perpétuer la culture: (1) des anciens producteurs
s raSTA/N, B J HOUEMASSOU, V. AGBO, C GBEH/, C AGBANGLA & 0. DAiNOU 91
(1,3 % de l'échantillon) domestiquent aujourd'hui des ignames
spontanées Dioscorea abyssinica et· D. praehensilis (Zounté) pour
avoir des boutures. Cette pratique est observée également en
Amazonie avec le manioc (Emperaire et al. 1998, McKey et al. 2001),
(2) d'autres négocient avec les producteurs actuels l'achat de
boutures à crédit, par le biais de la rétribution de l'effort physique
(15 % de l'échantillon) ou au comptant (6 %) ; (3) certains comptent
sur des dons de leurs parents producteurs (4 %).
L'enquête qui a été réalisée au Sud du Bénin, complète deux autres
études menées au Nord et au Centre. Il y a beaucoup de points
communs mais des différences sont à noter:
• l'absence de variétés locales aux dires des paysans. Toutes les
variétés seraient des introductions plus ou moins anciennes;
• le nombre moyen de variétés cultivées (cinq), plus faible que
celui de Sinendé (douze) et de Banté (neuD ;
• le nombre important de variétés précoces à deux récoltes dont
Gnidou;
• le nombre important de domesticateurs, plus proche de celui
de Banté que de celui de Sinendé ;
• la difficulté de définir morphologiquement les ignames
spontanées. La situation de Djidja est comparable à celle de
Banté (Okry 2000) (à Sinendé, il existe qu'urIe seule espèce
sauvage apparentée aux cultivars, D. abyssinica). Les
ignames sauvages en cours de domestication ont certainement
des origines génétiques diverses.
Suite à cette étude, des recommandations et des suggestions peuvent
être proposées aux paysans, aux organisations de vulgarisation,
aux organismes de développement (ONG) et à la recherche
scientifique:
1. assurer une gestion des ignames sauvages en mettant sur pied une
structure locale de protection;
2. assurer une gestion des variétés en commençant par recenser les
variétés dans le plus grand nombre de terroirs et noter toutes les
introductions de manière à avoir une bonne connaissance des
Diversité variétale et domestication des ignames chez les Fon du Bénin 92
variétés et de leur circulation. Recenser au niveau régional et
national les variétés et groupes variétaux avec' une harmonisation
des orthographes;
3. étudier la diversité génétique des cultivars même s'ils ne sont pas
originaires de la sous·préfecture ;
4. étudier la diversité génétique des ignames spontanées collectées
par les domesticateurs pour déterminer leur origine (sauvages issues
de graines ou échappées de culture par exemple) ;
5. identifier les améliorations des techniques de stockage au champ
des tubercules d'ignames facilitant la reconnaissance des variétés ;
6. soutenir les paysans qui cultivent un grand nombre de variétés.
Organiser lès paysans conscients de la valeur des variétés
traditionnelles et déterminer les obstacles à une conservation à la
ferme des variétés;
7. motiver des petits producteurs à la production de boutures comme
nouvelle source de revenu en soutenant financièrement l'achat des
boutures d'ignames;
8. organiser les paysans producteurs d'ignames dans le cadre d'une
filière igname e~ les doter de postes radio pour utiliser les
informations agricoles diffusées par les radios rurales.
REMERCIEMENTS
Nous remercions l'Institut de Recherche pour le Développement
(IRD- France, ex ORSTOM) et l'Institut International des Ressources
Phytogénétiques (IPGRI-Rome, projet SWPGRGA 7: «Farrners
practice of domestication and their contribution to improvrnent of
yam in West Africa») pour leur contribution financière à l'exécution
de cette étude.
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