C] Dénoncer la guerre par la caricature retourner la critique, pour dépasser l’enfance et
◊ Exemple : « L’éclatante victoire de l’adolescence.
Sarrebrück »
• Caricature belge dénonce la propagande de
II] Sortir de l’enfance et de l’adolescence et
Napoléon III.
trouver sa voie
• La poésie renforce le pouvoir de la caricature,
par la narration. A] S’adresser à ses aînés
• La blague potache devient sophistiquée (rime ◊ Exemples : « Lettre à Banville » et « Soleil et
riche et rare « equoi »). chair ».
Et : « Vive l’Empereur !! » — Son voisin reste • En mai 1870, Rimbaud écrit au célèbre poète
coi… [...] parnassien Théodore de Banville :
Boquillon, rouge et bleu, très naïf, sur son Voici que je me suis mis, enfant touché par le
ventre doigt de la Muse, — pardon si c’est banal, — à
Se dresse, et, — présentant ses derrières « De dire mes bonnes croyances, [...] — moi
quoi ?… » j’appelle cela du printemps. [...] Vous me
◊ Autre exemple : « Rages de Césars » rendriez fou de joie et d’espérance, si vous
• Aussi une caricature mais déjà aussi une vouliez, cher Maître, faire faire à la pièce
vision. Credo in unam une petite place entre les
• Napoléon III voit ses rêves s’envoler avec la Parnassiens…
fumée de son cigare. Arthur Rimbaud, Lettre à Théodore de Banville, le 24 mai 1870.
⇨ On perçoit déjà l'autodérision « pardon si
4) Dénoncer le discours dominant et la religion
⇨ Projet pourtant déjà original et subversif «
c’est banal ».
◊ Exemple : « Le Mal »
• Inspiration, Candide de Voltaire. Double
tableau : Credo in unam » credo chrétien au féminin :
⇨ « Soleil et chair » : Dieu est devenu Vénus !
• D’un côté la guerre effroyable qui fait des Dieu est une femme.
veuves et des orphelins.
• De l’autre, une Église qui s’enrichit sans B] Faire évoluer son écriture
vergogne. ◊ Exemple : « Le Cabaret-Vert ».
— Il est un Dieu, qui rit aux nappes damassées • Quelques mois plus tard, Rimbaud
[...] abandonne l’univers antique pour représenter
Et se réveille, quand des mères, ramassées le soleil et la chair.
Dans l’angoisse, et pleurant sous leur vieux • C’est désormais la poitrine voluptueuse de la
bonnet noir, serveuse belge, et le bonheur simple de
Lui donnent un gros sou lié dans leur mouchoir commander des tartines et du jambon :
⇨ Mais affirmer en face de cette religion
! Du jambon rose et blanc parfumé d’une gousse
D’ail, – et m’emplit la chope immense, avec sa
alliée au pouvoir, son propre credo, celui d’une mousse
Nature qui est véritablement sainte
⇨ Débordement : l’enjambement fait
Que dorait un rayon de soleil arriéré.
— Pauvres morts ! dans l’été, dans l’herbe,
dans ta joie, apparaître la gousse d’ail et la bière, qui
Nature ! ô toi qui fis ces hommes saintement !
⇨ Alchimie poétique du soleil qui transforme
n’étaient pas dans sa demande.
…
la bière en or.
Transition : Véritable sens de l’émancipation : C] Revendiquer une poésie simple comme un
dépasser la critique et la caricature, pour baiser
affirmer ses propres croyances. Voire savoir se
◊ Exemple : « La Maline ». conduit vers d’autres horizons : naissance d’un
• Invention de l’adverbe « malinement » au poète voyant et prométhéen.
lieu de « malignement ».
III] Dépasser les codes littéraires et artistiques
• La ruse de la servante est dépourvue de
pour devenir voyant et poète prométhéen
malignité : fausse énigme.
Fichu moitié défait, malinement coiffée [...] A] Une rébellion à l’égard des codes
Elle arrangeait les plats, près de moi, pour esthétiques
m’aiser ;
— Puis, comme ça, — bien sûr, pour avoir un ◊ Exemple : « Vénus Anadyomène »
baiser, — • Détourner une tradition artistique :
Tout bas : « Sens donc, j’ai pris une froid sur la anadyomène = émerger. Justement, le jeu de
regard l’empêche d’émerger !
⇨ Fausse naïveté des jeunes gens. Le baiser
joue… »
Puis le col gras et gris, les larges omoplates
Qui saillent ; le dos court qui rentre et qui
est une métaphore de la poésie elle-même, un
ressort ;
chant qui monte aux lèvres.
Puis les rondeurs des reins semblent prendre
D] La poésie dépasse le théâtre et le roman l’essor ;
◊ Exemple : « Première Soirée ». ◊ Exemple : « Le Bal des pendus »
• Initialement, « Première soirée » était • Dans « Le Bal des Pendus » Rimbaud
intitulée « Comédie en trois baisers ». Les reprend une tradition de Villon (poète brigand)
baisers et les rires remplacent les répliques. pour faire une poésie hérétique voire sataniste.
• Une poésie qui ne se fonde pas sur les mots. Au gibet noir, manchot aimable,
• Le titre laisse supposer qu’il y aura d’autres Dansent, dansent les paladins,
soirées… Les maigres paladins du diable,
⇨ Rimbaud est du côté des maudits, ceux qui
Monsieur, j’ai deux mots à te dire… » Les squelettes de Saladins.
— Je lui jetai le reste au sein
Dans un baiser, qui la fit rire sont rejetés par la religion, et des refusés, les
D’un bon rire qui voulait bien…
⇨ La vision dévoile une vérité parfois
réalistes comme Courbet et Manet.
◊ Autre exemple : « Roman ».
• Inspiré de Flaubert, « Roman » présente une repoussante, non esthétique.
sorte d’Éducation Sentimentale qui refuse le
sublime. B] Devenir poète voyant, précurseur du
• Fin au présent de vérité générale = morale symbolisme
désinvolte ! Ce qui l’a mené vers l’amour est ◊ Exemples : « Le Dormeur du val », «
aussi ce qui l’en détache. Ophélie ».
— Ce soir-là..., — vous rentrez aux cafés • Dans « Le Dormeur du val », La mort plane
éclatants, tout au long du sonnet, mais la surprise est
Vous demandez des bocks ou de la limonade... réservée pour les dernières syllabes.
— On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept • Le poète nous invite déjà à être voyant, à
ans découvrir par les signes combien cette mort est
⇨ Dépasser cette désinvolture, ce serait partir
Et qu'on a des tilleuls verts sur la promenade. contre-nature.
Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
au-delà des tilleuls doucereux, pour aller vers Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
des contrées plus sauvages… Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.
• Dans le poème « Ophélie », Rimbaud reprend
Transition : le personnage de Hamlet de Shakespeare.
• Remettre en cause les codes littéraires • Fantôme, elle donne des fleurs au poète, qui
comprend alors l’origine de sa folie :
Ciel ! Amour ! Liberté ! Quel rêve, ô pauvre • Mais les visions les plus cruelles et
folle ! intemporelles sont les plus puissantes, comme
Tu te fondais à lui comme une neige au feu : « Les Effarés » ou « Le Dormeur du val ».
Tes grandes visions étranglaient ta parole • Héritier des romantiques, comme Hugo, mais
— Et l’infini terrible effara ton œil bleu ! aussi des réalistes comme Flaubert, Rimbaud
⇨ Le poète ou la poétesse vont chercher des
refuse le sublime et la grandiloquence.
• La révélation du « Dormeur du val » est
vérités qui dépassent la raison et la rationalité. d’ailleurs courte, incisive, mais cette simplicité
Émancipation qui présente des risques. cache une grande sophistication.
⇨ En écrivant les Cahiers de Douai, Rimbaud
C] Libérer le lecteur d’une interprétation figée
◊ Exemples : « Le Buffet ».
a bouleversé à jamais la poésie française, et
• Rimbaud tente de dépasser Baudelaire :
lui-même ne pourra plus jamais écrire de la
rendre le lecteur lui-même capable de visions.
⇨ La « Lettre du Voyant » marque ce
même manière.
— C’est là qu’on trouverait les médaillons, les
mèches
tournant, qui annonce « Le Bateau Ivre »,
De cheveux blancs ou blonds, les portraits, les
puis Une Saison en Enfer et Les Illuminations.
fleurs sèches
⇨ Conditionnel « c’est là qu’on trouverait » :
Dont le parfum se mêle à des parfums de fruits.
Ouverture : Au début du XXe siècle,
Imaginer la vie humaine entre la mèche de Apollinaire se fait voyant, rapportant ces
⇨ Portes du buffet = allégorie du recueil
cheveux blonds et la mèche de cheveux blancs. images d’une vie qui s’écoule comme une fuite
en train, ou comme le sang d’une blessure.
poétique, le lecteur va donner du sens aux Les feuilles
visions que le poète lui confie. Qu’on foule
◊ Autre exemple : « Ma Bohème ». Un train
• Dans « Ma Bohème » : autodérision du jeune Qui roule
poète qui revient à la fin de ses deux cahiers La vie
sur un passé révolu : S’écoule
Où, rimant au milieu des ombres fantastiques, Apollinaire, Alcools, « Automne Malade », 1913.
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon
⇨ L’enfant, petit poucet rêveur, a quitté le
cœur !
conte de fées pour entrer dans le monde
⇨ Nouveau lyrisme « des élastiques » qu’il
fantastique des visions.
mettra en œuvre dans Les Illuminations et Une
Saison en Enfer.
Conclusion
Bilan
• Dans Les Cahiers de Douai : colère et révolte
à l’égard de l’ordre établi. Caricatures vivantes
qui dénoncent le second Empire, la guerre
contre la Prusse, la religion.