Acquisition Et Conservation Des Ressources Humaines en PME: Diagnostic Dans Le Domaine Du Génie-Conseil
Acquisition Et Conservation Des Ressources Humaines en PME: Diagnostic Dans Le Domaine Du Génie-Conseil
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MOTS CLÉS
Gestion des ressources humaines (GRH) - Pratiques de GRH
Petites et moyennes entreprises (PME) - Gestion de projets (GP)
Diagnostic - Sociétés-conseils - Ingénierie
RÉSUMÉ
Cet article vise à esquisser un diagnostic des pratiques d’acquisition et de conser
vation des ressources humaines dans 12 PME québécoises œuvrant dans le
secteur du génie-conseil1. Réalisée auprès des premiers responsables en gestion
des ressources humaines (GRH), cette recherche implique l’utilisation d’une grille-
diagnostic exhaustive administrée par entretiens directs approfondis. Les pratiques
LES AUTEURS
Bruno Fabi est professeur titulaire de gestion des ressources humaines et membre associé
du GREPME. Denis J. Garand est professeur en gestion de PME et entrepreneurial, à
l’Université Laval, Québec, et collaborateur externe du GREPME. Normand Pettersen est
professeur titulaire de psychologie industrielle et de méthodologie, et directeur de la maîtrise
en gestion de projets. Adresse : Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), Département
des sciences de la gestion et de l’économie, 3351, boulevard des Forges, Trois-Rivières (Québec)
G9A 5H7. Téléphone : (819) 376-5080 ; télécopieur: (819) 376-5079.
50 Bruno FABI, Denis J. GARAND et Normand PETTERSEN
,
de GRH abordées ici sont la planification des ressources humaines, l'analyse et la
description des emplois, le recrutement la sélection, l’accueil, la rémunération ainsi
que l’évaluation du rendement. Les résultats visent à satisfaire trois grands objectifs
de recherche. Premièrement, dresser un bilan de ces pratiques de GRH utilisées
dans ces PME du génie-conseil. Deuxièmement, évaluer le niveau de
développement de ces pratiques quant à /’utilisation des techniques et des connais
sances disponibles en GRH. Finalement, obtenir l’appréciation des premiers res
ponsables en GRH en ce qui concerne les difficultés éprouvées. Les résultats font
ressortir le caractère adaptatif de ces PME au regard de leurs pratiques de GRH et
ils mettent en évidence la pertinence d’améliorer certaines de ces pratiques.
ABSTRACT
This paper summarises a diagnosis of some human resource management (HRM)
activities in 12 small and medium-sized enterprises (SMEs) of the Canadian consulting
engineering industry. Data were collected by means of thorough interviews with the
persons assuming the main HRM responsibilities in these SMEs. These interviews
were structured by the use of an exhaustive questionnaire covering the main HRM
activities. The employment and maintenance activities analysed in this paper are human
resource planning, job analysis, recruitment, selection, induction, compensation and
performance appraisal. This study has three major objectives. First, it provides descript
ive data on the use of these HRM activities in SMEs of the consulting engineering
industry. Second, it evaluates the level of development of these activities in light of
the normative HRM body of knowledge. Finally, it summarizes the major obstacles
faced by the persons assuming these HRM responsibilities. The results underline
the adaptive capacities of the SMEs but they also suggest the pertinence of improving
some of their HRM activities.
RESUMEN
Este artículo pretende esbozar un diagnóstico de las prácticas de contratación y de
consen/ación de los recursos humanos en 12 PyMEs de Québec, pertenecientes al
sector de la consultorfa técnica2. Esta investigación implica la utilización de una
plantilla de diagnóstico exhaustiva, elaborada a partir de entrevistas personales en
profundidad, para lo que se ha contado con la participación de los máximos respon
sables de la gestión de recursos humanos (GRH) en las doce PyMEs. Las prácticas
de recursos humanos tratadas aquí son la planificación de los recursos humanos, el
análisis y la descripción de los empleos, el encuadramiento, la selección, la
contratación y la remuneración, así como la evaluación del rendimiento. Los resultados
pretenden satisfacer tres grandes objetivos de investigación. En primer lugar, diseñar
un balance de las prácticas de GRH utilizadas en las PyMEs de consultoría técnica.
En segundo lugar, evaluar el nivel de desarrollo de estas prácticas en lo que respecta
a la utilización de las técnicas y de los conocimientos disponibles en GRH. Finalmente,
obtener la opinión de los responsables de GRH en lo referente a las dificultades
.
encontradas Los resultados nos muestran el carácter adaptativo de estas PyMEs
en lo que respecta a sus prácticas de GRH y ponen en evidencia la conveniencia de
mejorar algunas de estas prácticas.
Introduction
Depuis deux décennies, la reconnaissance et les applications de la gestion des
ressources humaines (GRH) ne cessent de s’accroître dans la majorité des organi
sations, apportant aux processus de gestion des préoccupations humaines autrefois
plus négligées. Parmi les domaines d’activité les moins étudiés sous l’aspect
des ressources humaines (RH), on retrouve les entreprises œuvrant en gestion de
projets (GP). Ces sociétés regroupent des organisations manufacturières ou indus
trielles (automobile, télécommunications, informatique, aérospatiale), ainsi que des
entreprises de conseil et de service axées sur des projets de toutes dimensions
(énergie, petits et grands ouvrages, bâtiments et travaux publics - BTP, construction,
technologies de l’information). Dans la présente étude, seul le secteur du génie-
conseil a été retenu, notamment à cause du faible niveau de connaissances concernant
les GRH dans ces firmes spécialisées. Un tel choix répond également aux multiples
appels à l’utilisation d’échantillons plus homogènes en PME afin de favoriser une
interprétation plus univoque des résultats obtenus (D’Amboise, 1993 ; Filion, 1990 ;
Fabi et Garand, 1997 ; 1998).
Vu le peu de données empiriques sur la problématique de GRH en génie-
conseil, l’étude a fait appel aux récentes synthèses portant sur les pratiques de GRH
en PME (Garand et Fabi, 1992,1994 ; Fabi et Garand, 1997,1998 ; D’Amboise et
Garand, 1993, 1995) et en GP (Fabi et Pettersen, 1992 ; Hamois, 1993 ; Hamois et
Fabi, 1994 ; Roux, 1994 ; Thibodeau, 1996). Afin de mieux comprendre les assises
de la présente recherche, il convient ici de rappeler les grandes tendances relatives
aux pratiques d’acquisition et de conservation des RH en contexte de PME.
Tout d’abord, peu d’entreprises de petite taille effectuent une réelle planifi
cation des ressources humaines (PRH) ou une véritable analyse des emplois
(McEvoy, 1984) : quelques-unes établissent un plan de recrutement à court terme
et mettent sur papier des descriptions de tâches, mais ces outils ne servent souvent
qu’à se conformer à des normes provenant de l’extérieur (règlements, subventions,
aides à l’emploi). L’absence de formalisation de cette pratique peut d’ailleurs être
considérée comme une lacune majeure des PME étant donné ses répercussions sur
les autres pratiques (recrutement, rémunération, formation).
Le processus de recrutement, sélection et accueil paraît toutefois davantage
formalisé (Benoît et Rousseau, 1993) : entre 30 et 50 % des PME disposent de
politiques et procédures écrites en ce domaine, parfois sous la forme d’un simple
formulaire. La probabilité de mise en place augmente graduellement avec la taille,
souvent sous l’unique responsabilité du propriétaire-dirigeant.
Dans la conservation de leurs RH, les PME mettent plus d’accent sur les
pratiques de rémunération et d’avantages sociaux (Homsby et Kuratko, 1990), pour
lesquelles la concurrence impose des contraintes inéluctables en offrant aux indi
vidus plus qualifiés des plans de rémunération plus attrayants. Dans un contexte
économique en rapide transformation, tant à l’échelle internationale que dans la
répartition des activités secondaires et tertiaires dans le tissu économique, les PME
n’ont d’autre choix que de s’aligner sur les pratiques des GE.
Cependant, ces efforts ne s’étendent habituellement pas aux activités d’évalua
tion du rendement (appréciation du personnel). Ces pratiques demeurent nettement
moins formalisées et semblent souvent appliquées en PME aux seules finalités
salariales et disciplinaires, au lieu de servir des objectifs de conservation et de
développement des RH (Garand et Fabi, 1994). Avec la PRH, l’analyse des emplois
et l’évaluation des postes, l’évaluation du rendement constitue la pratique la moins
structurée et la plus galvaudée par les entrepreneurs, lesquels effectuent bien souvent
eux-mêmes une appréciation paternaliste du travail accompli par leur personnel.
Cette recension de la documentation empirique portant sur les pratiques de
GRH en contexte de PME fait aussi ressortir la forte hétérogénéité des échantillons
étudiés, occultant ainsi les diagnostics propres à chaque domaine d’activité. La
présente recherche constitue, à notre connaissance, le premier diagnostic GRH
systématique et détaillé en GP. On y poursuit trois objectifs de recherche :
1. Dresser le bilan des pratiques d’acquisition et de conservation des RH de
ces PME.
2. Vérifier le niveau de développement (ou sophistication) de leur GRH quant
à l’utilisation des techniques et connaissances disponibles à ce jour en RH.
3. Faire l’évaluation de ces pratiques auprès des premiers responsables RH
de ces organisations, en identifiant les difficultés éprouvées.
Méthodologie
Spécification des pratiques de GRH
Etudier les pratiques de GRH exige de décrire précisément l’univers ou le domaine
à couvrir, et de rendre explicites un certain nombre de décisions. Premièrement, la
présente recherche se limite à l’étude des pratiques habituellement sous l’égide des
responsables de la GRH (Tsui, 1984 ; Tsui et Gomez-Mejia, 1988) et n’englobe pas
toutes les pratiques visant à optimiser la productivité des ressources humaines. Par
exemple, l’application des principes de la direction de personnel, de la communi
cation interpersonnelle ou de la résolution de conflits sont des pratiques appliquées
par les cadres hiérarchiques dans leur supervision opérationnelle quotidienne et,
par conséquent, ne font pas partie de l’étude. La spécification des pratiques de GRH
retenues s’est faite à partir des plus courantes rapportées dans les ouvrages spécia
lisés (Belcourt et a l , 1996 ; Petit et a l , 1993 ; Byars et Rue, 1984 ; Cascio, 1986 ;
Dolan et Schuler, 1985 ; Milkovich et Glueck, 1985 ; Peretti, 1994 ; Sekiou et a l ,
1992). De plus, les recommandations du Project Management Institute en cette
matière ont été considérées (PMI Standards Committee, 1996). Enfin, divers articles
(Dolan, Hogue et Harbottle, 1990 ; Lawrence, 1979 ; Mealiea et Lee, 1990 ; Murray
et Dimick, 1978 ; Tsui, 1984 et 1987 ; Tyson et Fell, 1986) et questionnaires de
recherche (Benoît et Rousseau, 1990 ; Fabi et Jacob, 1988 ; Saha, 1989) ont été
consultés. Les pratiques retenues pour la recherche sont : 1) la planification des
ressources humaines, 2) l’analyse et la description des emplois, 3) le recrutement,
4) la sélection, 5) l’accueil, 6) la rémunération et 7) l’évaluation du rendement.
Deuxièmement, la présente démarche vise à étudier les pratiques de GRH
excluant le service ou l’unité administrative qui en est responsable (Ulrich, 1989).
Cette décision tient du fait que plusieurs organisations, en raison de leur petite taille,
n’ont pas de véritable service de GRH et qu’elles ont attribué cette responsabilité
à un ou plusieurs cadres linéaires. Par contre, le profil de ces responsables GRH
fera partie de l’étude.
Instrument de mesure
L’enquête a été effectuée à l’aide d’un questionnaire-diagnostic conçu pour être
rempli à partir d’une entrevue semi-structurée auprès du responsable de la fonction
GRH (Fabi et Pettersen, 1994). Le questionnaire-diagnostic comprend trois parties.
La première partie, de loin la plus importante, porte sur les huit pratiques de GRH
identifiées antérieurement. D’abord, il y a les questions qui permettent de faire le
bilan proprement dit des techniques et des outils utilisés. Ce sont des questions
factuelles qui invitent le répondant à décrire en détail comment les pratiques de GRH
sont appliquées dans leur organisation. Ensuite, on retrouve les questions faisant
appel aux opinions du répondant, qui est, rappelons-le, responsable de la GRH. Ces
questions visent à connaître son appréciation à l’égard des pratiques ainsi que sa
perception des éventuels besoins d’amélioration. Plus spécifiquement, les questions
abordent les sujets suivants : 1) dans quelle mesure les pratiques sont satisfaisantes,
2) les principales difficultés posées, 3) les solutions à envisager, 4) l’importance
qui est accordée actuellement à ces pratiques par l’organisation et, finalement, 5)
l’importance qui devrait leur être accordée. Il faut noter en outre que l’étude porte
essentiellement sur les pratiques de GRH relatives aux gestionnaires de projets, très
majoritairement des ingénieurs de formation. Ainsi, tout au long des entretiens, les
répondants ont dû limiter leurs réponses à cette seule catégorie de personnel, excluant
les salariés et autres cadres de l’organisation.
Quand on se réfère à l’approche de contingence, on sait que plusieurs facteurs
peuvent avoir une influence sur les pratiques de GRH (Fabi, Garand et Pettersen,
1993). Par conséquent, les facteurs susceptibles d’être les plus pertinents ont été
intégrés à la grille-diagnostic. Identifiés à la suite d’une synthèse de la documentation,
notamment les travaux de Jackson, Schuler et Rivero (1989) et de Saha (1989), les
facteurs retenus ont été ensuite classés dans deux autres parties du questionnaire
intitulées « Profil de l’organisation » et « Profil du responsable GRH ». Les facteurs
relatifs à l’organisation sont (par ordre d’apparition dans le questionnaire) : 1) le
type de propriété, 2) le secteur d’activités, (3) sa taille, 4) son âge, 5) sa marge de
manœuvre financière, 6) le taux de syndicalisation et 7) son orientation stratégique.
Les principaux facteurs pour le responsable GRH sont : 1) sa formation théorique
2) sa formation professionnelle et 3) son expérience. L’élaboration du questionnaire-
diagnostic a nécessité plusieurs étapes : ateliers auprès d’étudiants diplômés et
auprès de praticiens de la GRH ou de la GP, rencontres avec des professeurs spé
cialisés en gestion de projet et prétest auprès de deux responsables GRH provenant
de firmes en génie-conseil (Fabi et Pettersen, 1992).
Échantillon
L’étude porte sur les firmes de génie-conseil œuvrant au Québec ou y ayant leur
siège social. Seules les firmes comptant 50 employés et plus ont été retenues, étant
donné que le niveau de formalisation des pratiques de GRH est directement relié à
la taille de l’entreprise (Fabi et Garand, 1997 ; Jackson, Schuler et Rivero, 1989)
et que, sous le seuil de 50 employés, les pratiques de GRH sont habituellement très
peu développées (Benoît et Rousseau, 1989). À partir de répertoires gouvernementaux
et de la liste des firmes d’ingénieurs publiée par le journal Les affaires (1994),
43 firmes ont été répertoriées. De ce nombre, 12 PME ont accepté de participer à l’étude.
Résultats
La présentation des résultats est organisée en fonction des trois parties du questionnaire-
diagnostic : le profil des organisations, celui des responsables de la GRH et, finalement,
les pratiques de GRH proprement dites. En ce qui concerne la dernière partie, la plus
importante, les résultats sont présentés successivement pour chacune des pratiques.
Le bilan factuel des outils et des techniques en usage est d’abord présenté ; il est
suivi des difficultés éprouvées par les responsables GRH.
T a b lea u 1
Principaux processus, outils et techniques de planification
des ressources humaines
(N = 9)
Fréquence*
0% 25% 50 % 75 % 100 % Moyenne
Finalités de la PRH
Embauches et départs 0 1 0 4 4 4,2
Affectation aux équipes de projets 2 0 0 2 5 3,9
Promotions et mutations 1 2 1 2 3 3,4
Sources d’information
Programmation des projets 0 0 0 1 8 4,9
Changements dans l’organisation 0 1 1 4 3 4,0
Inventaire : main-d’œuvre actuelle
et ses qualifications 1 0 3 1 4 3,8
Objectifs et politiques
de l’organisation 1 2 1 3 2 3,3
Analyse budgétaire 2 1 1 2 3 3,3
Techniques utilisées
Jugement des gestionnaires responsables 2 0 0 0 7 4,1
* 0 % = jamais, 25 % = rarement, 50 % = modérément, 15% = souvent, 100 % = toujours.
3. Tous les tableaux de résultats présentent les données selon l’ordre décroissant de fréquence
ou d’importance. Pour la majorité des sous-questions, seuls les éléments « prépondérants »
(fréquence égale ou supérieure à 4 sur 5) et les « mitigés » (plus de 3 sur 5) sont reproduits
aux tableaux. Les nombres fluctuants de répondants dans les divers tableaux reflètent le
nombre de PME appliquant formellement les diverses pratiques de GRH.
4. Les résultats entre crochets indiquent le nombre de répondants ayant fait mention des
propos rapportés.
T a b lea u 2
Principaux processus, outils et techniques d’analyse
et description des emplois
(N = 7)
Fréquence*
0% 25% 50% 75% 100% Moyenne
Collecte d’information
Consultation
des supérieurs hiérarchiques 0 1 1 0 5 4,3
Consultation des dossiers
administratifs 2 0 1 1 3 3,4
Élaboration
Aucune technique formalisée :
logique administrative, gros bon sens 1 0 1 0 5 4,1
Recrutement
En ce qui a trait au recrutement, l’analyse du tableau 3 révèle que ces pratiques
paraissent majoritairement conservatrices et peu sophistiquées quant aux techniques
et outils privilégiés. La majorité des répondants [8] signalent peu de difficultés,
exception faite des inconvénients relatifs à un recrutement informel, pas assez
organisé, peu systématisé, décentralisé et non uniformisé [4]. En effet, les entre
prises étudiées recourent à un éventail restreint de sources de recrutement et débutent
par les sources les moins chères, les plus fréquemment utilisées étant les candida
tures spontanées et les banques de candidats, les recommandations ou contacts
personnels ainsi que les journaux locaux et nationaux. Dans cinq entreprises, on
note une large utilisation des recommandations et des contacts personnels, de même
que le développement plus ou moins systématisé de réseaux informels, internes et
externes, chaque chef de service étant chargé de tisser sa propre toile.
Dans une moindre mesure [3], on recourt à l’affichage interne et aux revues
professionnelles, tandis que les sources suivantes demeurent peu utilisées : liste de
rappels, institutions d’enseignement, associations professionnelles, chasseurs de
T a b lea u 3
Principaux processus, outils et techniques de recrutement et sélection
(N = 12)
Fréquence*
0% 25% 50 % 75 % 100 % Moyenne
Recrutement
Sources
Candidatures spontanées
ou banques de candidats 0 1 3 4 4 3,9
Recommandations
ou contacts personnels 1 0 3 4 4 3,8
Journaux locaux et nationaux 1 2 4 2 3 3,3
Affichage interne 5 2 1 2 2 2,5
Revues professionnelles 4 3 5 0 0 2,1
Sélection
Techniques et outils
Analyse des curriculum vitae ou
des formulaires de demande d’emploi 1 0 0 0 11 4,7
Identification du niveau minimal
d’expérience 2 0 0 1 9 4,3
Identification du niveau minimal
de scolarité 2 0 0 3 7 4,1
Entrevues par plus d’un intervieweur 1 2 1 1 7 3,9
Période de probation 2 1 1 1 7 3,8
Profil écrit de qualifications/exigences 2 1 2 1 6 3,7
Vérification des références** 0 1 4 4 2 3,6
Autres mises en situation :
entrevue situationnelle 4 0 1 3 4 3,3
Guide d’entrevue écrit contenant
les principales questions
(entrevue semi-structurée)** 4 1 2 0 4 2,9
Demande de références
(p. ex., lettre)** 4 1 2 2 2 2,7
Fiche de notation pour évaluer
les candidats 5 1 2 1 3 2,7
Entrevues par un seul intervieweur 4 3 0 3 2 2,7
Description de tâches écrite
en bonne et due forme 5 2 1 1 3 2,6
* 0 % = jamais, 25% = rarement, 50 % = modérément, 75 % = souvent, 100 % = toujours.
** 11 répondants.
Sélection
Le diagnostic qui se dégage du tableau 3 indique cependant que les techniques et les
outils de sélection s’avèrent plus diversifiés, tant pour l’analyse des candidatures
et les entretiens de sélection que pour la validation du processus. La vaste majorité
des répondants recourt à l’analyse des CV ou des formulaires de demande d’emploi,
en identifiant un niveau minimal d’expérience et de scolarité, à l’aide d’un profil
écrit de qualifications ou d’exigences et, dans une plus faible proportion, d’une
description de tâches en bonne et due forme.
Les entrevues, habituellement deux par candidat, sont le plus souvent [9]
effectuées par plus d’un intervieweur (en comité), ceux-ci s’appuyant davantage sur
une liste de questions et diverses mises en situation informelles (entrevues
situationnelles) que sur un guide d’entrevue écrit ou des instructions fournies (entretien
semi-structuré). Dans trois entreprises interrogées, le premier entretien porte surtout
sur les valeurs, les intérêts, la personnalité et les perceptions du candidat. Plus
rarement, on ira jusqu’à une troisième ou quatrième rencontre, particulièrement pour
les candidats plus importants ou appelés à l’étranger. Dans ce dernier cas, un entretien
avec le conjoint ou la conjointe s’inscrit peu à peu comme une nécessité [2].
Quant aux fiches de notation, aux entrevues par un seul intervieweur et aux
demandes écrites de références, elles paraissent moins utilisées pour la sélection
des gestionnaires de projet. L’analyse des entretiens se déroule surtout à partir des
Accueil
Les procédures d’accueil paraissent plus développées et systématiques, l’arrivée d’un
nouveau gestionnaire de projets ayant des retombées plus étendues que la venue
d’un technicien ou d’un ingénieur junior. Comme l’indique le tableau 4, plusieurs
informations sont presque toujours fournies lors de l’accueil, relativement aux
avantages sociaux, aux services disponibles et à la philosophie de gestion, et moins
fréquemment en ce qui a trait aux procédures d’assurance qualité. Plus de 80 % des
répondants présentent l’organisation au nouveau gestionnaire (mission, structure,
technologie, etc.), offrent un tour guidé des lieux et lui expliquent ses rôles et tâches
à l’aide de documents écrits et de rencontres formelles avec des collègues et des
supérieurs. Cependant, ce nouvel arrivant a rarement l’occasion de faire valoir ses
attentes lors de l’accueil.
Majoritairement [9], les firmes enquêtées ne font face à aucune difficulté - ou
très peu - d’accueil ou d’intégration, en plus d’afficher un faible taux de roulement
du personnel. Il y aurait toutefois [3] quelques lacunes de transmission de l’information
T a b lea u 4
Principaux processus, outils et techniques d’accueil
(N = 12)
Fréquence*
0% 25% 50 % 75 % 100 % Moyenne
Informations échangées
Information sur les avantages
sociaux 0 0 0 0 12 5,0
Présentation de l’organisation
(mission, structure, technologie, etc.) 1 0 1 0 10 4,5
Explication des rôles et tâches
du nouvel employé 1 0 1 0 10 4,5
Information sur les services disponibles 1 1 1 0 9 4,3
Information sur la philosophie
de gestion 1 0 3 2 6 4,0
Information sur les procédures
d’assurance qualité 1 3 3 1 4 3,3
Présentation par le nouvel employé
de ses attentes 6 1 0 3 2 2,5
Outils utilisés
Visite guidée de l’organisation 2 0 0 1 9 4,3
Documents écrits 2 0 2 1 7 3,9
Rencontres formelles avec collègues
ou supérieurs 3 0 0 2 7 3,8
Parrainage 8 0 0 1 3 2,3
* 0 % = jamais, 25 % = rarement, 50 % = modérément, 75 % = souvent, 100 % = toujours.
Rémunération
Les activités liées aux questions de salaires et d’avantages sociaux laissent aussi
entrevoir la présence d’un certain conservatisme des pratiques de GRH appliquées
dans les firmes de génie-conseil. Sauf quelques rares exceptions, les gestionnaires
T ablea u 5
Principaux processus, outils et techniques de rémunération :
salaires et avantages sociaux
(N = 12)
Fréquence*
0% 25% 50 % 75 % 100 % Moyenne
Facteurs de détermination
et de révision
Capacité de payer de l’entreprise 1 0 3 1 7 4,1
Etudes salariales auprès des firmes
du même secteur 0 1 3 3 5 4,0
Entente individuelle
avec chacun des GP 1 2 1 3 5 3,8
Niveau d’exigence de l’emploi 1 1 6 0 4 3,4
Niveau de qualification appliqué
uniformément aux GP 2 1 4 2 3 3,3
Echelles d’expérience et d’ancienneté
appliquées uniformément
à tous les GP 6 2 1 0 3 2,3
Avantages sociaux offerts**
Régimes d’assurance collective 0 0 1 0 11 4,8
Frais de scolarité 1 2 1 0 8 4,0
Régimes de retraite 5 0 1 0 6 3,2
Primes d’éloignement 5 1 0 0 6 3,1
Vacances et congés supplémentaires
sans solde 4 4 1 0 3 2,5
Régimes d’incitation
et d’intéressement**
Actionnariat 5 3 0 2 2 2,4
Partage des profits 7 3 0 0 2 1,9
* 0 % = jamais, 25 % = rarement, 50 % = modérément, 75 % = souvent, 100 % = toujours.
** 0 % = pour aucun ... à ... 100 % = pour tous.
peu formalisée où tout se règle au cas par cas, sans trop de discussion. Un processus
d’évaluation formelle des postes leur paraît plus approprié que de se limiter au seul
marché ou uniquement au système par rang. Ils éprouvent des problèmes de cohé
rence, d’uniformité et de transparence (équité salariale à perfectionner), mais sont
freinés par le coût élevé des systèmes par points. Cette limite des capacités finan
cières de l’organisation touche plus particulièrement quatre PME dont les budgets
sont soumis aux aléas de chaque contrat et de chaque client ; il leur semble difficile
d’imputer à des employés soumis à une forte imposition les coûts des avantages
sociaux (p. ex., les franchises trop élevées de l’assurance collective). Deux de ces
répondants admettent avoir des difficultés à répondre aux attentes des employés
par l’incitation, l’intéressement ou la participation ; ils doivent également surmonter
les réticences et la résistance des dirigeants face aux questions de rémunération,
souvent pour des motifs de flexibilité.
Évaluation du rendement
L’évaluation du rendement révèle des éléments insoupçonnés dans ces organisations
où la réussite des projets détermine directement le niveau de performance des gestion
naires de projets. Comme l’indiquent les résultats du tableau 6, les responsables
des RH de plusieurs entreprises recourent à des outils plutôt sophistiqués d’appré
ciation et d’évaluation du personnel, ces instruments ayant d’ailleurs été révisés et
adaptés au contexte de chaque organisation au cours des cinq dernières années,
depuis l’arrivée en poste de près du tiers des DRH interrogés. Cette observation
illustre bien les contraintes s’exerçant sur les sociétés de génie-conseil vers une
meilleure gestion de leurs RH. On pense ici aux phénomènes de rationalisation et
de concentration observés dans ce secteur au cours des 10 dernières années.
T a b lea u 6
Principaux processus, outils et techniques d’évaluation du rendement
(N = 9)
Fréquence*
0% 25% 50 % 75 % 100 % Moyenne
Méthodes utilisées*
Évaluation ouverte (non structurée) 1 0 2 0 6 4,1
Échelles de notation 3 0 0 0 6 3,7
Direction par objectifs
(D.P.O., etc.) 2 1 3 2 1 2,9
Liste de comportements 4 0 2 0 3 2,8
Incidents critiques 4 1 3 1 0 2,1
Critères d’évaluation**
Qualité du travail 1 0 1 1 6 4,2
Résultats atteints 1 0 1 2 5 4,1
Intégrité, éthique professionnelle 1 1 0 2 5 4,0
Esprit de collaboration au travail 1 0 0 5 3 4,0
Efforts 1 0 1 4 3 3,9
Quantité de travail 1 0 2 4 2 3,7
Finalités des résultats*
Détermination de la rémunération,
attribution de bonis, autres
récompenses monétaires 0 0 1 2 6 4,6
Communication et feedback afin de
favoriser le développement des GP 1 0 3 1 4 3,8
Détermination des besoins
de formation 1 1 3 0 4 3,6
Attribution des promotions 1 4 0 2 2 3,0
Validation de décisions administratives 2 3 2 1 1 2,6
Recours à des mesures disciplinaires 4 1 1 1 2 2,6
* 0 % = jamais, 25 % = rarement, 50 % = modérément, 75 % = souvent, 100 % = toujours.
** Pas du tout important, peu important, modérément important, très important, extrêmement important.
Le processus se déroule sur une base annuelle [10] ou aux six mois pour les
contractuels et à chaque contrat par les clients [3], sans grande procédure et presque
toujours par un entretien ouvert, souvent à l’aide d’une grille de notation portant
principalement sur la qualité du travail, les résultats atteints, l’intégrité, l’éthique
professionnelle ainsi que l’esprit de collaboration au travail et les efforts des gestion
naires de projets. Les autres éléments de contenu touchent, pour la majorité des
répondants [8], des critères tels que : points forts et faibles, rentabilité, efficacité,
innovation, développement personnel, aptitudes à la gestion, assiduité, ponctualité,
compétences, connaissances et habiletés, prise de décision, jugement, respect du
budget, développement des affaires et qualités de chef.
Toutes les méthodes formelles ou sophistiquées d’évaluation demeurent sous-
utilisées : direction par objectifs, liste de comportements ou incidents critiques. Par
contre, comme on le constate souvent, cet exercice sert directement à la détermi
nation de la rémunération, à l’attribution de bonis et autres récompenses monétaires
et, en second lieu, à maintenir la communication et le feedback afin de favoriser le
développement du personnel. En troisième et quatrième positions, on retrouve les
objectifs de détermination des besoins de formation et l’attribution des promotions,
tandis que la validation de décisions administratives, le recours aux mesures disci
plinaires, le réaménagement du travail et la gestion des carrières constituent des
finalités marginales de l’évaluation du rendement des gestionnaires de projet.
Par ailleurs, seulement quatre entreprises affirment n’avoir aucune difficulté,
ou très peu, liée à l’évaluation du rendement du personnel. Globalement, plusieurs
des PME enquêtées [5] tendent à raffiner et à adapter davantage les outils utilisés,
à cause de la difficile vérification de l’atteinte des objectifs (par exemple, dans le
cadre d’un projet pilote), de la forte résistance face aux discussions ouvertes, des
difficultés à appliquer l’autorité et à écouter et, plus rarement, de la difficile forma
tion des évaluateurs (ardue à réaliser et à vérifier). Quatre répondants soulèvent le
manque de temps et les reports fréquents du processus d’évaluation, tandis que trois
autres firmes se retrouvent avec des évaluations souvent subjectives, informelles,
non écrites, liées trop directement aux questions de rémunération. En outre, dans
deux cas, la gestion disciplinaire et les congédiements ne s’appuient ni sur des
mesures précises, ni sur l’évaluation du rendement. Enfin, les répondants de trois
entreprises ne croient ni en son objectif ni en son efficacité, prétendant qu’ils en
font chaque jour, mais sans aucun suivi...
Discussion et conclusion
Les résultats de la présente étude permettent de dresser un premier bilan des pratiques
d’acquisition et de conservation des RH prévalant dans des PME en génie-conseil,
en plus d’identifier certaines difficultés rencontrées par les personnes responsables
de ces pratiques de GRH. L’enquête rejoint aussi certaines observations globales
Bibliographie
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dienne du génie-conseil », Rapport pour l’Association des ingénieurs-conseils du
Canada, novembre, 253 p., et sommaire, 12 p.
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Stratem inc., Rapport pour l’Association des ingénieurs-conseils du Québec, juin.
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B e n o ît , C.
et M.D. R o u s s e a u (1990), La gestion du personnel dans les PME au Québec
- Questionnaire, Gouvernement du Québec, Ministère de la Main-d’œuvre et de la
Sécurité du revenu, Direction de la recherche.