Geomaghreb n°16 - 2020 – pp.
22-33
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L’IMPACT DE LA SECHERESSE SUR LES RESERVOIRS SOUTERRAINS DANS
LE PLATEAU DE SAÏS, MAROC
QADEM Zohair1, OBDA Khalid1, QADEM Abdelghani2, LASRI Mohamed3
1
Université Sidi Mohamed Ben Abdellah.2Laboratoire « Dynamique des Paysages, Risques et Patrimoine, FLSH
Béni Mellal, Maroc.3FLSH. Université Ibn Zohr, Agadir. qadhemzohaire@[Link]
Résumé
Le plateau de Saïs est considéré parmi les grands périmètres agricoles au Maroc grâce, entre autres, à ses
potentialités hydriques de surface et notamment, souterraines. Vu son contexte climatique méditerranéen semiaride à
hiver tempéré et à régime continental, la moyenne annuelle des précipitations au dit plateau a diminué de 580 mm/an pour
la période 1915/1980, à moins de 400 mm/an, pour la période 1980-2001. Cependant, il a enregistré un record avec 878
mm en [Link] niveau hydrogéologique, le plateau de Saïs représente un ensemble d’étendues d’eaux souterraines,
allant des nappes phréatiques du Plio-quaternaire très discontinues et peu significatives, jusqu’aux nappes profondes du
Lias à grand potentiel hydrique. La recharge de ces nappes dépend principalement de la quantité des apports
pluviométriques, où la variabilité et la succession des années sèches ont engendré un impact considérable sur la quantité
d’eau stockée dans les différentes nappes. Cet article vise à évaluer l’impact des fluctuations pluviométriques sur le
niveau piézométrique de la zone d’étude.
Mots clefs : ressources en eau, tendance climatique, précipitations, nappe phréatique, niveau piézométrique, Saïs,
Maroc
Abstract
THE IMPACT OF DROUGHT ON UNDERGROUND RESERVOIRS IN THE SAÏS PLATEAU,
MOROCCO
The Saïs plateau is considered to be one of the major agricultural perimeters in Morocco, due to its surface water
potential and in particular underground. Given its semi-arid Mediterranean climate with a temperate winter and a
continental regime, the average annual precipitation on the said plateau has decreased from 580 mm / year for the period
1915/1980, to less than 400 mm / year, for the period 1980 -2001. However, he set a record, with 878 mm for the period
2009-2010. At the hydrogeological level, the Saïs plateau represents a set of groundwater areas, ranging from very
discontinuous and insignificant Plio-Quaternary water tables, to deep water tables in the Lias with great water potential.
The recharge of these aquifers depends mainly on the amount of rainfall, where the variability and secession of dry years
have had a considerable impact on the quantity of water stored in the various aquifers. This article therefore aims to
assess the impact of rainfall fluctuations on the piezometric level of the study area.
Keywords: Water resources, climatic trend, precipitation, groundwater, piezometric level, Sais, Morocco
ملخص
المغرب،تأثير الجفاف على الفرشة المائية الباطنية بهضبة سايس
نظرا للسياق.تعتبر هضبة سايس من المدارات الفالحية المهمة بالمغرب نظرا إلمكانياته المائية السطحية والباطنية
ملم400 عرف معدل التساقطات المطرية السنوية تراجعا مهما وصل الى،المناخي المتوسطي الشبه الجاف دو الطابع القاري
تتوفر هضبة سايس على مجموعة من الفرشات، على المستوى الهيدروجيولوجي.2001 و1980 خالل الفترة الممتدة ما بين
تعبئة هذه الفرشات الباطنية مرتبطة أساسا بكمية التساقطات التي.المائية السطحية او العميقة التي تنتمي للرباعي واللياس
يهدف هذا.تعرف تغايرية مهمة وتوالي سنوات الجفاف التي كان لها وقع مهم على كميات المياه المعبئة بالفرشات الباطنية
.المقال تقييم وقع التغايرية المطرية على مستوى الفرشة المائية بمجال الدراسة
. هضبة سايس، مستوى الفرشة الباطنية، التغايرية المطرية، المنحى المناخية، الموارد المائية: الكلمات المفاتيح
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Introduction
Les eaux de surface et les eaux souterraines ont des relations et une indépendance hydrologique
si étroites, qu’en fait, toutes les deux constituent une ressource unique et que tout prélèvement sur les
unes, s’effectue au détriment des autres. Autrement, elles sont deux éléments, souvent, indissociables
d’un même hydrosystème (Castany. 1965 ; Sophosleous, 2002,). Le plateau de Saïs est riche en eaux
de surface et souterraines. Cette potentialité des ressources hydriques a été influencée par la succession
des années de sècheresse sévère notamment celle des années 80. Il s’agit d’une situation qui a
engendré une surexploitation des ressources en eau souterraines, ce qui s’est traduit par un bilan annuel
déficitaire de 100 Mm3 (ABHS. 2006). Signalons que l’hydrosystème du plateau de Saïs est composé
de deux nappes :la nappe profonde du Lias et la nappe phréatique libre du Plio-quaternaire.
La bibliographie montre que ces deux nappes hydrogéologiques, ont suscité l’intérêt de la
communauté scientifique et sont classées parmi les grands aquifères au niveau du Maroc. Ces
aquifères ont fait l’objet, de plusieurs recherches depuis les années 40 : Margat (1952) et Taltasse
(1953), ce qui a permis à Margat (1953) de publier la première carte hydrogéologique du bassin de
Fès-Meknès à une échelle de 1 : 100000. Par la suite, Chapond (1960), Chamayou (1975), et Leclerc
(1975) ont pu produire plusieurs données concernant les débits des sources issues du bassin de Saïs et
des données hydrodynamiques liées aux fluctuations piézométriques. Ces données ont été exploitées
afin d’établir un bilan général des ressources hydriques du bassin de Saïs. Ce bilan hydrique a été
utilisé pour réaliser des études dont la plus connue est celle de MacDonald (1990), qui a réalisé un
modèle général de gestion des nappes du bassin de Saïs.
1. Contexte hydrogéologique de l’aire d’étude
Le plateau de Saïs est représenté par deux nappes différentes, la nappe phréatique plio-
quaternaire et la nappe profonde liasique. Concernant la nappe profonde, elle est formée par un
aquifère profond du Lias couvrant une superficie d’environ 3500 km² (ABHS). La nappe circule dans
des formations carbonatées (calcaire et dolomie) du Lias. La structure géologique de cet aquifère est
marquée par des formations liasiques très complexes, dues à l’existence de plusieurs failles et fissures,
ainsi que des plissements qui ont engendré diverses unités structurales du Sud vers le Nord, dont le
plateau de Saïs- Fès, la plaine d’Ain Taoujdate et le plateau de Meknès (Taltasse, 1953).
L’alimentation de la nappe profonde du Lias est assurée par les apports pluviométriques provenant du
Moyen Atlas. Ces précipitations s’infiltrent au niveau des affleurements calcaires des Causses moyen-
atlasiques avant de rejoindre le plateau de Saïs en aval. Cette recharge, se fait sous les couches des
marnes imperméables du Miocène qui séparent la nappe captive du Lias, en profondeur, de la nappe
phréatique du Plio-quaternaire, plus proche de la surface.
La nappe phréatique présente également, un potentiel hydrique important au niveau du plateau
de Saïs. C’est un aquifère, dont l’épaisseur moyenne est de l’ordre de 40 m. Sa superficie est estimée à
environ 2100 km² avec une lithologie assez variée (sables, marnes sableuses, grès, conglomérats,
calcaires lacustres, marnes grises du Miocène) (Chamayou, et Al., 1975). Le substratum de la nappe
phréatique est constitué de marnes miocènes, avec une épaisseur pouvant atteindre 900 m (Fassi,
1999). Son écoulement circule du Causse du Moyen-Atlas (SSO) vers les rides du Prérif (NNE).
L’alimentation de cette nappe plio-quaternaire est assurée par les infiltrations directes des apports
pluviométriques dans le plateau de Saïs et le Causse moyen-atlasique.
La recharge de cette nappe est aussi liée à l’abouchement direct avec une partie libre de la nappe
profonde liasique, ainsi que l’infiltration des eaux d’irrigations, dans les différentes parties du plateau
de Saïs (Bahir et al, 2000). Dans ce contexte, le régime d’infiltration reste important dans la nappe
phréatique avec un coefficient d’emmagasinement qui varie entre 1.10-3 et 6,5.10-2 avec une moyenne
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minimale de 1,5.10-2 et une moyenne maximale de 3.10-2 (Amraoui, 2005). La vitesse d’infiltration de
l’eau varie d’une partie à l’autre, selon la perméabilité verticale des terrains dans le plateau de Saïs.
Figure 1. Extension de la nappe de Saïs.
2. Méthodologie et données exploitées
La méthodologie adoptée pour réaliser ce travail est basée tout d’abord, sur l’indicateur de la
variabilité pluviométrique, afin de détecter les tendances climatiques dans le plateau de Saïs. La
méthode statistique du «CUSUM» et la méthode de segmentation de Hubert, ont été utilisées pour
dégager les tendances climatiques qu’a connues la région. Par ailleurs, cette étude est basée aussi sur le
calcul des coefficients de corrélation, ainsi que sur les niveaux d’eau de la nappe phréatique de Saïs,
via des piézomètres représentatifs, avec les apports pluviométriques des deux stations météorologiques
représentatives de Fès-Saïs au niveau du plateau de Saïs et d’Ifrane au niveau du Moyen-Atlas. Pour
cela, la détermination de l’évolution de la nappe phréatique est basée sur les données des forages
disponibles de l’ABHS. Grâce à ces mesures, on a pu cartographier l’évolution du niveau
piézométrique de la nappe de Saïs, pour la période de février 1985 à février-mars 2005. Par ailleurs,
une analyse climatique correcte, requiert l’utilisation de séries météorologiques complètes et
homogènes (Moberg et al, 2005).
3. Résultats et discussions
3.1. Variabilité climatique
Les fluctuations saisonnières et annuelles de la nappe phréatique de Saïs sont bien distinguées
dans les différentes parties du plateau de Saïs et en particulier, dans la partie du Moyen-Atlas. Cette
variation est principalement liée aux éventuelles modifications de la recharge, via les apports
pluviométriques caractérisant, à la fois, les causses du Moyen-Atlas et le plateau de Saïs (fig. 2).
La variation spatiale des apports pluviométriques, d’après les précipitations annuelles des quatre
stations observées et localisées dans le plateau de Saïs et ses bordures moyennes- atlasiques, la station
d’Ifrane est la plus arrosée, avec une moyenne annuelle de 951 mm, pour la période observée de 1980
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à 2015 (fig.2). La partie du plateau de Saïs reçoit la moitié de la lame d’eau précipitée, par rapport au
Moyen-Atlas. En effet, la moyenne annuelle de la station de Fès (ABHS), ne dépasse pas 417 mm
durant la période de 1980 à 2015, alors que la station de Fès-Saïs, reçoit 457 mm, et 508 mm comme
moyenne annuelle à la station d’Ain Bittit, durant la même période.
Figure 2. Variabilité annuelle des précipitations durant la période de 1980 à 2015 dans les stations de
Saïs et ses bordures moyenne-atlasiques.
La variabilité pluviométrique au plateau de Saïs et ses bordures moyennes atlasiques montre une
alternance entre des périodes humides, normales et sèches. Alors, quels sont les effets de cette variabilité
pluviométriques sur la variation du niveau piézométrique de la nappe phréatique de Saïs ? Pour réponde à
cette question et afin de comprendre la relation entre la variation du niveau piézométrique de la nappe
phréatique et les apports pluviométriques caractérisant la zone d’étude, il est indispensable d’analyser ces
deux paramètres, via des fonctions et des tests statistiques (CUSUM).
3.2. Tendances climatiques
Comme il a été déjà signalé plus haut, l’accent sera mis tout d’abord sur l’analyse des tendances des
précipitations entre l’humide et le sec ; c’est pour cela qu’on a exploité la méthode du CUSUM. Selon
Brunet-Moret (1971) et Lettenrnayer (1976), la fonction du CUSUM représente l'écart des valeurs
cumulées observées par rapport à celles de la droite moyenne (droite de référence). Il s’agit d’une méthode
statistique issue de la méthode du simple cumul. Elle caractérise aussi la période étudiée en définissant le
nombre d’années sèches et le celui des années humides et en détectant les sauts des moyennes. Elle
considère la fonction qui, au temps « t », associe CUSUM (t) telle que pour une série (x2, x2..., xn) (Lang,
2007).
Où (m) est le rang de Xi et N, l'effectif de la série.
Cluis (1987) propose de prendre m = N, où X est la moyenne de l'échantillon. Il convient,
ensuite, de fixer une bande passante optimisée qui tient compte à la fois des fluctuations de la moyenne
et de l'écart type des séries (Warin, 1994). L'extremum Cext de cette bande passante est défini par :
Où est l'écart type de la série, et U la variable réduite de Gauss à 0.95 (François et al. 1993).
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Elle détermine aussi, l’hétérogénéité interne de la série des stations étudiées, se fondant sur la
définition d’un intervalle de confiance (bande passante Cjx) (François et al., 1993).
Cette méthode a été appliquée dans plusieurs recherches, notamment par plusieurs chercheurs
(Nejjari, 2002 ; Gille et al. 2001 ; Sary et al., 2001 ; Obda, 2004 ; Qadem, 2015) dans le Moyen-Atlas,
et qui ont obtenu presque les mêmes résultats et indiquant les mêmes tendances.
Le choix des stations de Fès-Saïs et Sefrou est justifié par la longue série chronologique des
données annuelles dépassant un siècle (1915 à 2015). La méthode du CUSUM, par la variable Cj,
illustre, clairement, les tendances sèches et humides du climat depuis le début du siècle dernier au
niveau des deux stations analysées (Fès-Saïs et Sefrou).
Pour aller plus loin dans la recherche des tendances, la valeur Cj est calculée pour chaque année,
pour les deux stations de Fès-Saïs et Sefrou. La courbe résultante (figs. 3 et 4), illustre le cumul des
écarts normés, par rapport à la droite de référence.
Figure 3. CUSUM des précipitations à la station de Fès Saïs (1915-2015) et la moyenne de trois périodes
homogènes.
Années
Figure 4. CUSUM des précipitations à la station de Sefrou (1915-2015) et la moyenne de deux périodes
homogènes.
La figure 3 qui représente le CUSUM des précipitations à la station de Fès-Saïs montre que la
moyenne de la période homogène 1915-1980, est de l’ordre de 549 mm. Cette moyenne a diminué à
415 mm, pour la période 1981-2007, pour monter à nouveau à 587 mm entre 2008 et 2015 (fig. 4).
Pour la station de Sefrou, la période de 1915-1979 a une moyenne de 639mm, et la période 1980-2015
a une moyenne de 487mm. L'utilisation de la méthode de segmentation (Hubert et al., 1989) est venue
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pour compléter et confirmer les résultats de la variabilité pluviométrique dans le plateau de Saïs. Cette
méthode a été appliquée à partir du logiciel « Khronostat ». Elle a permis de découper la chronique de
la station de Fès-Saïs, en trois périodes (1915/1980, 1981/2007 et 2008/2015), et la station de Sefrou,
en deux périodes homogènes.
Station Période Moyenne Écart type
1915/1980 549 131
Fès
1981/2007 415 118
Saïs
2008/2015 587 146
1915-1979 639 121
Sefrou
1980-2015 487 165
Tableau 1. Résultat du découpage des données des pluies annuelles de la station de Fès-Saïs, et de Sefrou, par la
méthode de segmentation de Hubert (1914-1915/2014-2015).
3.3. Impact sur l’évolution du niveau piézométrique de la nappe de Saïs
Pour bien comprendre la dynamique de la nappe phréatique étudiée durant les dernières
décennies et l’impact des apports pluviométriques sur la variation piézométrique de la nappe, une
étude spatiotemporelle a été réalisée, afin de caractériser l’évolution des fluctuations des réserves
hydriques souterraines de Saïs (fig.5).
Figure 5. Evolution du niveau piézométrique (en m) entre février 1985 et février-mars 2005
(sources données : ABHS).
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Les résultats montrent clairement la régression du niveau piézométrique d’une façon
remarquable, dans les différentes parties du plateau de Saïs. Ils montrent aussi, que le sens
d’écoulement souterrain est identique, mais avec quelques changements, surtout au niveau du piémont
du Causse d’El Hajeb.
Concernant le gradient hydraulique, il est constant au niveau de la zone de Douyet et perturbé au
niveau de la plaine d’Ain Taoujdate. Dans le «dir» du Causse d’Imouzzer Kenddar, le gradient
hydraulique est plus élevé par rapport aux autres zones du plateau de Saïs. Rappelons que la flexure
d’Ain Taoujdate représente une ligne de partage des eaux souterraines, qualifiant une direction des
écoulements Sud-Ouest et Nord-Est (Qadem, 2020). Enfin, les rides prérifaines constituent des limites
imperméables, ce qui engendre un sens d’écoulement vers l’Ouest.
Entre 2006 et 2016, les niveaux piézométriques relevés dans 8 forages au niveau du plateau de
Saïs montrent que la nappe phréatique de Saïs s’est rétablie. Le niveau piézométrique est passé de 30
m/sol en 2006, à 15 m/sol au niveau du piézomètre numéro 1314/22. Il est même très proche de la
surface, au niveau des piézomètres 2607/15 et 2605/15.
Figure 6. Evolution piézométrique de la nappe de Saïs durant les années 2006 et 2016 (ABHS).
Le niveau piézométrique de la nappe phréatique de Saïs a toujours été influencé par la quantité
des apports pluviométriques. En effet, les années les plus sèches (années 80) sont marquées par une
grande chute du niveau piézométrique de la nappe phréatique de Saïs (figs.7, 8, 9). Après les années
humides de 2009 et 2010, le niveau de cette nappe a augmenté de plusieurs mètres (fig.10).
Figure 7. Régression de la nappe entre 1981 et Figure 9. Régression de la nappe phréatique de
Saïs 2017 (le piézomètre 2366/15). entre 2008 et 2017 (le piézomètre 3362/15).
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Figure 9. Régression de la nappe phréatique du Figure 10. Impact de l’année 2010 sur les niveaux
Saïs entre 1968 et 2017 (le piézomètre 290/22). de la nappe phréatique de Saïs (le piézomètre
3321/15).
La variation de la nappe phréatique est principalement liée aux éventuelles modifications de la
recharge, via les apports pluviométriques, caractérisant, à la fois, les Causses du Moyen-Atlas et le
plateau de Saïs. Comme il a été déjà montré à partir des données climatiques du plateau de Saïs et ses
bordures, la variabilité pluviométrique montre une alternance entre des périodes humides, normales et
sèches. Le calcul des coefficients de corrélations des niveaux d’eau de la nappe phréatique de Saïs (via
des piézomètres représentatifs), avec les apports pluviométriques des stations météorologiques de Fès-
Saïs (en aval) et d’Ifrane (en amont) a été appliqué pour illustrer l’impact de la variabilité climatique
sur les fluctuations du niveau piézométrique, (figs.11, 12 et 13).
y = -2,7617x + 95,012 y = -7,5701x + 88,68
R² = 0,0314 R² = 0,0461
(mm)
(m)
Figure 11. Coefficient de corrélation du piézomètre Figure 12. Coefficient de corrélation du piézomètre
15/2813 avec la station d'Ifrane. 15/2279 avec la station d'Ifrane.
( m)
(mm)
Figure 13. Coefficient de détermination des piézomètres 15/1176- 15/2279 et 15/2813 avec les pluies.
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X Y Z R²/ avec R²/ avec Station
Piézomètres (Indice/ Station de Fès d’Ifrane
Ordre)
15/2279 528300 381680 377 0.98 0,99
15/1179 531750 380250 383 0,97 0,98
15/2813 520600 378000 395 0,97 0,98
Tableau 2. Coefficient de détermination des piézomètres avec les stations de Fès-Saïs et Ifrane.
D’après les résultats obtenus (tab. 2), le coefficient de détermination est très proche de 1, ce qui
signifie une très forte corrélation entre les fluctuations des apports pluviométriques et les niveaux
piézométriques de la nappe phréatique de Saïs. Cependant, il faut signaler que la corrélation avec la
station d’Ifrane est plus importante, par rapport à la station de Fès, ce qui signifie que, les
précipitations tombant sur le causse du Moyen-Atlas, jouent un rôle important dans la recharge de la
nappe de Saïs.
La relation entre les niveaux piézométriques et les apports pluviométriques des deux stations,
montre qu’il y a une influence directe des apports pluviométriques sur le niveau de la nappe phréatique
de Saïs (fig. 14). En fait, durant les années humides 2009, 2010 et 2011, le niveau piézométrique de la
nappe de Saïs a augmenté de plusieurs mètres, par rapport aux périodes sèches des années 1990 et
2000 (à l’exception de l’année humide de 1996). Au niveau du fond de la vallée de l’oued Fès amont,
cette nappe a affleuré à la surface, pendant plusieurs semaines durant les années humides de 2009,
2010 et 2013.
D’après l’analyse des graphiques ci-dessus, le piézomètre 15/3321 (655 m) au niveau de la zone
d’Ain Cheggag dans la plaine de Fès montre qu’entre 2008 et 2015, la nappe phréatique de Saïs a
connu une augmentation jusqu’en 2014.
Les années humides 2009 et 2010 ont favorisé la remontée du niveau piézométrique sur
plusieurs mètres pour atteindre 15 mètres de la surface. Par la suite, cette nappe a connu quelques
petites oscillations en 2013 et 2014, pour redescendre encore une fois en 2015 à cause de la régression
des précipitations au niveau de cette zone.
Au niveau de la zone de Mhaya, le piézomètre 15/1813 illustre une grande perturbation du
niveau piézométrique de la nappe phréatique dans ce périmètre (fig. 14). Signalons ici que cette nappe
n’est pas trop influencée par les apports pluviométriques. Cela est expliqué par le rythme de la
recharge, lui-même influencé par la nature structurale de chaque zone, sans oublier le facteur
anthropique qui peut faire basculer et perturber cette analyse à cause du pompage.
En effet, durant les dernières années, la forte demande en eau a accéléré la pratique du pompage
des eaux souterraines, afin de satisfaire les besoins des grandes agglomérations (Fès, Meknès) et des
centres urbains (Ain Taoujdat, Sbaa Ayoun, My Yakoub…) en eau potable, ainsi que les grandes
exploitations agricoles en eau d’irrigation. Cela a bien, évidemment, exposé le niveau piézométrique
de la nappe phréatique de Saïs à un grand abaissement.
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Figure 14. Niveaux piézométriques par rapport aux pluies mensuelles des stations de Fès Saïs et
d’Ifrane.
Figure 15. Evolution des points d’eau au niveau du Figure 16. Représentation du passage des puits
plateau de Saïs (1960-2012). aux forages (1980-2014)
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Conclusion
Les aquifères karstiques du Moyen-Atlas et les nappes plio-quaternaires et liasiques au Saïs
sont, de nos jours, très vulnérables face aux variations et aux changements climatiques et aux pressions
anthropiques. Le niveau piézométrique de la nappe phréatique de Saïs a toujours été lié et influencé par
la quantité des apports pluviométriques. L’étude a démontré que les années les plus sèches (années 80)
sont marquées par une grande chute du niveau piézométrique de la nappe phréatique de Saïs. Après les
années humides de 2009 et 2010, le niveau de cette nappe a augmenté de plusieurs mètres. De ce fait,
la grande corrélation entre le niveau de la nappe et les précipitations sur le Moyen-Atlas montre que
ces dernières influencent directement le niveau piézométrique de la nappe de Saïs, que ce soit via les
débits des oueds qui coulent dans le plateau de Saïs ou bien à partir des écoulements souterrains qui
participent directement à la recharge de cette nappe libre.
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Geomaghreb n°16 - 2020
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