Agreg Complements
Agreg Complements
Yves Coudène
Version 2.4 , 14/02/2017
2
Introduction
Ce texte réunit un certain nombre de compléments d’agrégation que j’ai eu
l’occasion d’enseigner à l’université de Rennes 1 pendant la période 2002-2006.
Certains de ces compléments sont des développements qui peuvent effectivement
être présentés à l’oral de l’agrégation ; d’autres cherchent à attirer l’attention
des candidats sur plusieurs points méconnus du programme. De manière géné-
rale, j’ai cherché à montrer qu’il n’y avait pas de rupture entre les programmes
du premier cycle universitaire et ceux du second cycle ; et inciter les étudiants
à faire un véritable effort de synthèse.
Je tiens à remercier ici Marie-Annick Paulmier pour son aide et sa disponibilité
durant la rédaction de ces compléments ; ainsi que les collègues et étudiants,
dont les remarques ont beaucoup contribué à l’amélioration de ce texte.
3
Sommaire
Z
sin t
Développement asymptotique de l’intégrale dt . . . . . . . . . . 4
t
Formule d’inversion de Fourier . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
Formule de Stirling . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
Quaternions et rotations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
Polyèdres platoniciens . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
Sous-groupes de S4 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
Théorie de Galois . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
Calculs en maple . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
Exercices d’oral . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46
Commentaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47
4
Z
sin t
Développement asymptotique de l’intégrale dt
t
R
L’intégrale 0N sint t dt tend vers π/2 lorsque N tend vers l’ infini. Quitte à faire
quelques calculs, on peut obtenir un développement asymptotique complet :
Z N Z N Z ∞ Z ∞Z N
sin t
dt = e−tx dx sin t dt = e−tx sin t dt dx.
0 t 0 0 0 0
RN
L’intégrale 0 e−tx sin t dt se calcule explicitement à l’aide des complexes.
Z Z
N
−tx
N 1 e−N x
e sin t dt = Im e−tx+it dt = − (cos N + x sin N )
0 0 1 + x2 1 + x2
On obtient donc
Z N ∞ e−N xZ
sin t π
dt = − (cos N + x sin N )dx , v = Nx
0 t 2 0 1+
Z ∞x2 Z
π cos N e−v sin N ∞ ve−v
= − 2 dv − dv
2 N 0 1 + Nv 2 N 2 0 1 + v22
N
1
On utilise maintenant le développement en série de 1+x2 , dont le reste est
explicite.
K+1
K v2
1 X v 2 k − N2
v2
= − 2 + v2
1+ N 1+
N2 k=0 N2
Z K
X Z Z
∞ e−v (−1)k ∞
2k −v 1 ∞ (−v 2 )K+1 e−v
v2
dv = v e dv + v2
dv
0 1+ N 2k N 2k+2 1+
N2 k=0 |0 {z } |
0
{z N2
}
=(2k)!
| |≤(2K+2)!
Z K
X 1
∞ e−v (−1)k
v2
dv = (2k)! + o
0 1+ N 2k N 2K
N2 k=0
Z K
X 1
∞ ve−v (−1)k
v2
dv = (2k + 1)! + o
0 1+ N 2k N 2K
N2 k=0
Nous parvenons au résultat final
Z h
N sin t π X K
cos N sin N i 1
dt = − (−1)k (2k)! 2k+1 + (2k + 1)! 2k+2 + o
0 t 2 k=0 N N N 2K+2
π cos N sin N cos N sin N 1
= − − 2
+2 3
+6 4
+o
2 N N N N N4
Ce développement illustre les points suivants :
– utilisation de la transformée de Laplace,
– calcul d’intégrales réelles en passant dans le domaine complexe,
– fonction Gamma,
– obtention d’une asymptotique en mettant l’expression à évaluer sous la forme
d’une intégrale dépendant d’un paramètre,
– obtention d’un reste sous forme intégrale, ce qui permet d’obtenir des équiva-
lents, mais aussi des encadrements.
Enfin pour finir, il faut remarquer que la série obtenue est divergente.
5
Rappelons la formule ||u + v||2 = ||u||2 + ||v||2 + 2 Re(u|v), valide pour tout u, v
éléments d’un Hilbert. Les fonctions {ek } forment une famille orthonormée
de L2 : ||ek || = 1, (ei |ej ) = 0 si i 6= j. Par conséquent, on a l’égalité
P
||Σn−n (ϕ|ek ) ek ||2 = n−n | (ϕ|ek ) |2 . Ceci entraı̂ne les égalités
P
||ϕ − Σn−n (ϕ|ek ) ek ||2 = ||ϕ||2 + n−n (ϕ|ek )2 − 2 Re ϕ | (ϕ|ek )ek
P
= ||ϕ||2 − n−n | (ϕ|ek ) |2
2 P
= 4π3 − π 2 − 2 n1 k12
π2 Pn 1
=2 6 − 1 k2
La fonction ϕ est donc dans l’adhérence de l’espace vectoriel engendré par les
ek . Soit α ∈ [0, 2π[ ; les fonctions ϕ(x + α) sont également dans cet espace.
Nous avons maintenant, pour tout x ∈ [0, 2π[ ,
Remarque
Les preuves classiques font appel au théorème de Stone-Weierstrass, ou passent
par le théorème de Fejer, qui donne une convergence uniforme pour une suite
explicite de polynômes trigonométriques. Ici, on obtient le résultat sans sortir
du cadre de la théorie de l’intégration.
8
La formule de Stirling
Voici une preuve de la formule de Stirling qui utilise la méthode de Laplace.
√
Théorème n! ∼ nn+1/2 e−n 2π.
Preuve
Commençons par exprimer la factorielle à l’aide de la fonction Γ.
R
n! = Γ(n + 1) = 0+∞ e−t tn dt.
√
Effectuons les changements t = n(1 + u) et u = s/ n dans cette intégrale.
Z +∞ Z +∞
Γ(n + 1) = e−t tn dt = en(ln(1+u)−u) du nn+1 e−n
0 −1
Z !
+∞
n(ln(1+ √sn )− √sn ) 1
= √ e ds nn+ 2 e−n
− n
(2n + 1) 1 1
un+1 − un = 1 − ln 1 + = 1 − (2n + 1) ath
2 n 2n + 1
X 1 1 1 1 1 1
= − 2i
=− 2
− − ···
i≥1
2i + 1 (2n + 1) 3 (2n + 1) 5 (2n + 1)4
1X 1 1 1 1 1 1
≥ − = = −
3 k≥1 (2n + 1)2k 12 n(n + 1) 12 n + 1 n
1
La suite un − 12n est croissante, bornée, donc convergente. Sa limite est
1
√
égale à celle de un . Au final, un − 12n ≤ ln( 2π) ≤ un .
9
f dg − gdf = (f ∂x g − g ∂x f ) dx + (f ∂y g − g ∂y f ) dy .
∂ ∂
On a utilisé les abréviations ∂x = ∂x et ∂y = ∂y afin d’alléger les notations.
Cette formule peut se démontrer sans passer par le théorème de Green-Riemann.
Preuve R R
Le terme de gauche vaut 01 01 ∂x f ∂y g − ∂x g ∂y f dx dy .
On intègre par partie,
Z h iy=1 Z
∂x f ∂y g dy = ∂x f g − ∂y ∂x f g dy ,
y=0
Z h ix=1 Z
∂x g ∂y f dx = g ∂y f − g ∂x ∂y f dx ,
x=0
ce qui donne
Z 1Z 1 Z h iy=1 Z h ix=1
∂x f ∂y g − ∂x g ∂y f dx dy = ∂x f g dx − g ∂y f dy .
0 0 y=0 x=0
si bien que le déterminant ∂r f
∂θ f
∂r g
∂θ g est nul pour tout (r, θ) ∈ [0, 1]2 . Nous
avons établi la formule Z 1Z 1
df ∧ dg = 0 .
0 0
Calculons maintenant l’intégrale sur le bord en prenant en compte les égalités
f (1, θ) = cos(2πθ), g(1, θ) = sin(2πθ),
f (0, θ) = f (0, 0), g(0, θ) = g(0, 0),
f (r, 0) = f (r, 1), g(r, 0) = g(r, 1).
Les termes associés aux bords horizontaux supérieur et inférieur du carré se
compensent en raison de la périodicité en θ. Les fonctions f et g sont constantes
sur le bord vertical gauche, il reste donc
Z Z 1
f dg − g df = f (1, θ) ∂θ g(1, θ) − g(1, θ) ∂θ f (1, θ) dθ = 2π.
∂R 0
Dans ce cas, il est possible, en réordonnant les termes de la série, d’obtenir une
limite différente de la limite initiale. Étant donné un réel α fixé, il est même
possible de réordonner les termes de la série, de sorte à ce qu’elle converge vers
α.
Ce phénomène peut être illustré sur un cas très simple. Considérons la série
X (−1)n+1
n≥1
n
+∞
X +∞
X
(−1)n+1 1 1
= −
n=1
n k=0
2k + 1 2k + 2
+∞
X Z 1
= (x2k − x2k+1 ) dx
k=0 0
Z 1 +∞
X
= (x2k − x2k+1 ) dx
0 k=0
Z 1 1 x
= 2
− dx
0 1−x 1 − x2
Z 1
1
= dx
0 1+x
= ln (2)
L’interversion du signe somme et du signe intégral est correcte car les fonctions
x 7−→ x2k − x2k+1 sont positives sur [0, 1]. Remarquons que la première égalité
P (−1)n+1
est valide car la série n est une série alternée, donc convergente.
12
Remarque
– Comme la suite (|an (x)|)n∈N est décroissante, il suffit de vérifier que a0 est
intégrable.
– Dans l’exemple
R
précédent, la suite an correspond à an (x) = (−1)n+1 xn−1 .
P
On a n≥1 |an (x)|dx = +∞, si bien que le théorème classique d’interversion
somme-intégrale ne s’applique pas.
La preuve du théorème procède comme plus haut. On commence par se
placer sur l’ensemble des x tels que a0 (x) ≥ 0. On groupe les termes par deux
de façon à obtenir des fonctions à valeurs positives, ce qui permet d’appliquer
le théorème usuel d’interversion. On fait ensuite de mêmeRsur l’ensemble {x ∈
X | a0 (x) ≤ 0}. Remarquons enfin que le terme général an dµ tend vers 0,
par convergence dominée.
(−1) P n+1
Montrons maintenant qu’on peut réordonner les termes de la série n
de façon à obtenir un résultat différent de ln(2). Pour cela, faisons suivre un
terme positif par deux termes négatifs ; considérons les sommes partielles
X 1 1 1
− − .
n≥0
2n + 1 4n + 2 4n + 4
1 1 1 1 1 1 1 1
On a 2n+1 − 4n+2 − 4n+4 = 2n+1 − 2(2n+1) − 2(2n+2) = 2(2n+1) − 2(2n+2) .
Par conséquent,
N
X N
1 1 1 1 X 1 1
− − = − .
n=0
2n + 1 4n + 2 4n + 4 2 n=0 2n + 1 2n + 2
ln 2
La série converge donc vers 2 .
Référence : Ramis-Deschamps, T4, 1.5.2.
Exercice : Montrer que
Z +∞
! +∞ Z
1 X X 1
2k 4k+1 4k+3
x −x −x dx 6= (x2k − x4k+1 − x4k+3 ) dx.
0 k=0 k=0 0
13
Quaternions et rotations
J’explique brièvement comment employer les quaternions pour étudier les
rotations de R3 . Les démonstrations sont laissées en exercice.
Quaternions
Soit C = R + i′ R l’ensemble des nombres complexes. On considère les matrices
de M2 (C) suivantes, appelées matrices de Pauli.
1 0 0 1 0 −i′ 1 0
1= , σ1 = , σ2 = , σ3 =
0 1 1 0 i′ 0 0 −1
Théorème
Les matrices 1, σ1 , σ2 , σ3 , σ1 σ2 , σ2 σ3 , σ3 σ1 , σ1 σ2 σ3 forment une base de
l’ensemble des matrices 2x2 à coefficients complexes, M2 (C).
q = α + i ~a, α ∈ R, ~a ∈ E.
Rotations
La construction précédente peut être utilisée pour étudier les rotations de R3 .
14
Théorème
Soit ~a ∈ E un vecteur unitaire et θ un nombre réel. La rotation d’axe dirigé
par ~a et d’angle θ est donnée par
E → E
1 1
~x → e− 2 i θ ~a
~x e 2 i θ ~a
De là, il est facile de composer les rotations. On obtient par exemple une
expression pour le cosinus de l’angle ω de la rotation composée d’une rotation
d’angle θ d’axe ~a suivie d’une rotation d’angle φ d’axe ~b.
1 1
φ ~b − 21 i θ ~a
e− 2 i ω ~
u
= e− 2 i e
1
e− 2 i ω ~
u
= cos(ω/2) − i ~u sin(ω/2)
1
φ ~b 1
e− 2 i e− 2 i θ ~a = ( cos(φ/2) − i ~b sin(φ/2) )( cos(θ/2) − i ~a sin(θ/2) )
= cos(φ/2) cos(θ/2) − (~a | ~b) sin(φ/2) sin(θ/2)...
... − i (b sin(φ/2) cos(θ/2) + ~a cos(φ/2) sin(θ/2) + ~b × ~a sin(φ/2) sin(θ/2)).
~
Donc
1 1 1 1 1
cos ω = cos φ cos θ − (~a | ~b) sin φ sin θ.
2 2 2 2 2
Exercices
– Montrer que le groupe des quaternions de norme 1 s’identifie à SU2 (C).
– Explicitez le morphisme de SU2 (C) dans SO3 (R) donné par le théorème plus
haut. Quel est son noyau ?
– Démontrer l’égalité (~x × ~
y ) × ~z = (~z | ~x) ~y − (~z | ~y ) ~x par un calcul direct avec
les quaternions.
– Soit ~u un vecteur unitaire. A quoi correspond la transformation de E donnée
par ~x 7→ −~u~x~u ?
– Montrer que l’application ~a 7→ ei~a , définie de E dans l’ensemble des quater-
nions de norme 1, est surjective. Est-ce un morphisme ?
Théorème
Soit H un espace de Hilbert, Ei une suite de sous-espaces vectoriels fermés dans
H, croissante pour l’inclusion : Ei ⊂ Ej si i < j. On note E∞ l’adhérence de
l’union des Ei , i ∈ N. Les projecteurs orthogonaux sur les Ei sont notés πi .
Alors, pour tout v ∈ H, on a la convergence en norme
πi v −−−−→ π∞ v.
i→∞
Première preuve
Cette preuve est basée sur la complétude de H. Montrons que la suite πi v
est convergente, en vérifiant qu’elle est de Cauchy. Soit i, j deux entiers tels
que i < j. Comme Ei est inclus dans Ej , et que les πi sont des projecteurs
orthogonaux, nous avons
πi2 = πi , πi∗ = πi , πj πi = πi .
En développant, on obtient
||πj v − πi v||2 = ||πi v||2 + ||πj v||2 − 2hπi v, πj vi = ||πj v||2 − ||πi v||2 .
La suite ||πi v||2 est donc croissante. Comme elle est majorée par ||v||2 , elle
converge et c’est une suite de Cauchy. L’égalité précédente montre que la suite
πi v est aussi une suite de Cauchy, elle converge vers une limite notée v∞ .
Vérifions que v∞ est bien la projection de v sur E∞ . Tous les πi v sont
dans E∞ , il en va de même pour leur limite v∞ . Ensuite, les termes de la suite
v − πn v sont orthogonaux à Ei dès que n est supérieur à i. La limite v − v∞
est orthogonale à Ei pour tout i, elle appartient donc à l’orthogonal de E∞ .
⊥
v∞ ∈ E∞ , v − v∞ ∈ E∞ .
Seconde preuve
La suite πi v est bornée par ||v||, montrons qu’elle converge faiblement. Pour
cela, il suffit de vérifier qu’elle possède une unique valeur d’adhérence. Remar-
quons que les espaces Ei , E∞ sont fermés pour la topologie faible. On peut
donc raisonner comme plus haut : toute valeur d’adhérence de πi v est à la fois
dans E∞ et dans v + E∞ ⊥ , elle est donc nécessairement égale à π v.
∞
16
hπ∞ v − πn v, vi −−−−→ 0
n→∞
Mais cette quantité est égale au carré de la norme que nous cherchons à minorer.
||π∞ v−πn v||2 = h(π∞ −πn )∗ (π∞ −πn ) v, vi = h(π∞ −πn )2 v, vi = h(π∞ −πn ) v, vi
Théorème
Soit H un espace pré-hilbertien, c’est-à-dire un espace vectoriel muni d’une
forme bilinéaire symétrique non dégénérée. Alors H est complet si et seulement
si sa boule unité est compacte pour la topologie faible.
Preuve
Soit fn une suite d’éléments de H qui est bornée, vérifions qu’elle admet une
sous-suite faiblement convergente. Pour cela, on va appliquer le procédé diago-
nal de Cantor aux coordonnées des fn , dans une certaine base orthonormée. Le
sous-espace engendré par les fn , n ∈ N, est noté H̃. Soit ei une base hilbertienne
de H̃ ; cette base peut être obtenue en appliquant le procédé d’orthogonalisation
de Gram-Schmidt à la suite {fi }. On cherche un vecteur f∞ ∈ H̃ et une sous-
suite nk tel que
∀ i ∈ N, hfnk − f∞ , ei i −−−−→ 0.
k→∞
La suite hfk , e0 i est bornée, on peut extraire une sous-suite qui converge vers
un réel c0 . De cette sous-suite, on extraie une sous-suite de hfk , e1 i qui converge
vers un réel c1 , et ainsi de suite. En prenant le kieme terme de la kieme sous-suite,
on obtient une suite nk telle que pour tout i ∈ N, il existe ci ∈ R,
hfnk , ei i −−−−→ ci .
n→∞
P
Il reste à vérifier que la série ci ei converge en norme vers une certaine
fonction f∞ . Par orthogonalité,
X X
|| ci ei ||2 = |ci |2 .
P
Montrons que la série |ci |2 est bornée. Fixons N ∈ N. Par définition des ci ,
on peut trouver k ∈ N tel que
N
X N
X
|ci |2 ≤ |hfnk , ei i|2 + 1 ≤ ||fnk ||2 + 1.
0 0
On considère une sous-suite {nk } telle que fnk converge faiblement vers une
limite, qu’on peut supposer nulle sans perte de généralité. Pour chaque m ≥ N ,
on choisit k tel que nk est supérieur à N , et pour lequel
E( f | Tn ) −−−−→ f.
n→∞
Preuve
Rappelons que l’espérance conditionnelle de f relativement à la tribu Tn est
la projection orthogonale de f sur L2 (X, Tn ). Notons π∞ la limite de ces pro-
jections. Il faut montrer que cette limite est égale à l’identité. Comme les
fonctions étagées sont denses dans les fonctions L2 , il suffit de vérifier que la
famille d’ensembles suivante coı̈ncide avec T :
T ′ = {A ∈ T | π∞ 1A = 1A }.
Cette classe contient l’union des Ti , qui est une algèbre de parties de X. De plus,
c’est une classe monotone, elle est invariante par passage au complémentaire,
et si An est une suite croissante d’éléments de T ′ , alors la suite 1An converge
vers 1∪An en norme L2 par le théorème de convergence dominée, si bien que
Certains problèmes de la vie courante peuvent être modélisés par des mar-
ches aléatoires. On montre comment, par des raisonnements élémentaires, on
peut étudier le comportement d’une de ces marches.
1 Le problème du collectionneur
Nicolas, 10 ans, se lance dans une collection de cartes Pokémon. Chaque carte
représente un Pokémon, et il existe 150 Pokémons différents. Les cartes sont
vendues dans des paquets scellés, si bien que lorsque Nicolas achète une carte, il
peut tomber sur n’importe quel Pokémon ; en particulier sur un Pokémon qu’il
possède déjà.
En supposant qu’à chaque achat, on ait même probabilité d’obtenir chacun des
150 Pokémons, quel est le nombre moyen de cartes que Nicolas doit acheter afin
d’obtenir tous les Pokémons ?
tk = pk tk + (1 − pk )tk+1 + 1
n−1
X n
1
ce qui entraı̂ne tk = tk+1 + , soit tk = tn + .
(1 − pk ) l=k
n−l
n
X 1
t0 = n
j=1
j
La probabilité P
Cherchons à définir sur Ω une probabilité P rendant compte du phénomène
étudié. Rappelons que le cylindre [X0 = k0 , X1 = k1 , ..Xl = kl ] est le sous-
ensemble de Ω composé des suites qui débutent par k0 , ..kl . Pour définir une
probabilité P sur Ω, il suffit de spécifier sa valeur sur les cylindres [X0 =
k0 , X1 = k1 , ..Xl = kl ], et ce pour tout l et tout l-uplet k0 , ..kl .
Nous allons définir la probabilité P par une récurrence sur la taille des cylindres.
Pour cela, rappelons la notion de probabilité conditionnelle. Soit A, B deux
sous-ensembles de Ω, et P une probabilité sur Ω. La probabilité de A sachant
B est donnée par
P (A ∩ B)
P (A|B) = .
P (B)
Prenons pour A l’événement (Xi+1 = ki+1 ) et pour B l’événement [X0 =
k0 , X1 = k1 , ..Xi = ki ]. L’intersection de A et de B correspond à l’événement
[X0 = k0 , X1 = k1 , ..Xi+1 = ki+1 ], si bien qu’il suffit de spécifier les valeurs
P (Xi+1 = ki+1 |X0 = k0 , X1 = k1 , ..Xi+1 = ki+1 ) pour déterminer P .
Dans nos exemples, la valeur prise par Xi+1 ne dépend pas des valeurs prises par
X0 ...Xi−1 , mais juste de la valeur prise par Xi (C’est la propriété de Markov ).
En effet, si la valeur de Xi est connue, disons égale à k, la variable aléatoire
Xi+1 ne peut prendre que les deux valeurs k et k+1, et les probabilités associées
à ces deux valeurs sont complètement déterminées.
P (Xi+1 = l | Xi = k) = pk si l = k
= 1 − pk si l = k + 1
= 0 sinon
avec pk = nk .
20
La variable aléatoire T
On s’intéresse au temps T nécessaire pour atteindre la valeur n. Cette
quantité est une variable aléatoire définie sur Ω qui peut s’exprimer en fonction
des Xi .
∞
X
T = Card{i ∈ N | Xi < n} = 1{Xi <n} .
i=0
Rappelons maintenant comment est défini le concept d’espérance condition-
nelle. Soit T une variable aléatoire définie sur Ω, prenant des valeurs entières,
et soit A un sous-ensemble de Ω. L’espérance conditionnelle de T sachant A
est donnée par une des deux expressions équivalentes suivantes.
X∞
E(T 1A )
E(T |A) = = iP (T = i|A).
P (A) i=0
tk = pk tk + (1 − pk )tk+1 + 1.
Voici une preuve de la loi forte des grands nombres, pour des variables aléatoires
dans L2 .
Théorème
Soit (Ω, T , µ) un espace mesuré, soient (Xi )i∈N des fonctions intégrables définies
de
R
Ω dans R,R de carrés intégrables.
R
On suppose que pour tout i, j, i 6= j,
2
Ω Xi dµ = 0, Ω Xi dµ = 1 et Ω Xi Xj dµ = 0. Alors
n
1X
Xi −n→+∞
−−−−→ 0 p.s.
n i=1
Preuve
• Par l’inégalité de Markov,
X m 1 X
µ m1
Xi > ε ≤ 2 2 E(( Xi )2 )
i=1
m ε
P X X X
E(( Xi )2 ) = E( Xi Xj ) = E( Xi2 ) + 2E( Xi Xj ) = m
i,j i<j
m
X 1
1
donc µ m Xi > ε ≤
i=1
mε2
P 1
• On veut appliquer le lemme de Borel-Cantelli, mais m = +∞. Remplaçons
m par m2 . 1 X m2 1
µ 2
Xi > ε ≤ 2 2 .
m i=1 m ε
P 1
Comme m2 < +∞, le lemme de Borel-Cantelli montre que
m 2
X
1
presque partout, ∀ε > 0, ∃M ∈ N, ∀ m ≥ M, m2 Xi < ε.
i=1
On en déduit, en prenant ε = 1/K, K ∈ N∗ ,
m 2
1 X
Xi −−−−−−→ 0
m→+∞
p.p.
m2 i=1
√
• Soit n ∈ N. Soit m la partie entière de n. On a : m2 ≤ n ≤ (m + 1)2 − 1
On utilise à nouveau le lemme de Borel-Cantelli.
1 n
X 1 X 1 2
µ Xi > ε ≤ E( Xi2 ) ≤ (n − m2 ) ≤
n n2 ε2 n2 ε2 n3/2 ε2
i=m2 +1
P 1
Comme n3/2
< +∞, on en déduit que
n
X
1
Xi −n→+∞
−−−−→ 0 p.p.
n
i=m2 +1
Remarques
R
– L’hypothèse Xi dµ = 0 est une hypothèse de centrage.
– On n’a pas eu besoin de supposer que µ est une mesure de probabilité. Cette
hypothèse n’est utile que si les variables aléatoires Xi ne sont pas centrées.
– Si les Xi sont centrées et que la suite des (Xi )i∈N est stationnaire, on peut
remplacer les hypothèses sur les Xi par une condition dite de ”corrélations
sommables” : XZ
La Série X1 Xi dµ est absolument convergente.
i
– Lorsque (Ω, T , µ) est un espace probabilisé, et que les Xi ne sont pas centrés,
on peut remplacer les hypothèses sur les Xi par une hypothèse de “décorrélation”:
Z Z Z
Xi Xj dµ − Xi dµ Xj dµ = 0.
La moyenne des Xi converge alors presque sûrement, dès que la moyenne des
E(Xi ) converge, et ces deux moyennes sont égales. C’est l’énoncé classique de
la loi des grands nombres pour des variables aléatoires L2 .
– Lorsque (Ω, T , µ) est un espace probabilisé, et que les Xi sont des fonctions
bornées par une constante C, on peut simplifier la seconde partie de la preuve
Xn
√
en utilisant la majoration Xi ≤ C(n − m2 ) ≤ 2C n
i=m2 +1
Preuve
La variable aléatoire Sn suit une loi binomiale de paramètres n et p. La proba-
P
bilité qu’il s’agit d’évaluer vaut donc l Cnl pl (1 − p)n−l , avec un indice l entier
√ √
variant entre np + aσ n et np + bσ n. On traite le cas a = 0.
√
Lemme Soit k un réel dépendant de n, tel que np + k ∈ N et 0 ≤ k ≤ b n.
k2
Cnnp+k pnp+k (1 − p)n(1−p)−k ∼ √ 1
2πn σ
e− 2nσ2
Preuve du lemme √
On utilise la formule de Stirling : n! ∼ nn e−n 2πn.
n!
Cnnp+k = (np+k)! (n(1−p)−k)!
√
nn √ √n
∼ (np+k)np+k
√
(n(1−p)−k)n(1−p)−k 2π np+k n(1−p)−k
√ −1 − 1
Cnnp+k ∼ (p + nk )np+k (1 − p − nk )n(1−p)−k 2πnσ (1 + k k
pn )(1
+ (1−p)n ) 2
√ −1
k np+k k
∼ pnp+k (1 − p)n(1−p)−k (1 + pn ) (1 − (1−p)n )n(1−p)−k 2πnσ
Il s’agit maintenant d’étudier l’expression
np+k n(1−p)−k
k k
1+ pn 1− (1−p)n
Remarques
– Le caractère décroissant de fn provient de la décroissance de la suite Pm =
Cnm pm (1 − p)n−m lorsque m > np. Pour démontrer cette propriété classique de
la loi binomiale, il suffit de calculer le quotient Pm+1 /Pm . On obtient PPm+1m
=
n+1 p
( m+1 − 1) 1−p , quantité qui est inférieure à 1 dès que m + 1 ≥ p(n + 1).
–R On peut
R
se passer du lemme de Dini. Pour cela, on commence par montrer que
fn → f à l’aide du théorème de convergence dominée . Pour obtenir la dom-
ination, on remarque que la suite (fn (0))n∈N est convergente ; l’encadrement
0 ≤ fn (x) ≤ fn (0) montre que la suite fn est uniformément bornée sur [0, b].
Pb√n Rb
Il faut ensuite montrer que √1 fn ( √kn ) − fn (x) dx −−−−−−−−→ 0.
n k=0 0 n → +∞
k+1
R √
Comme fn est décroissante, on a √1 fn ( k+1
√ ) ≤ k
n
fn (x) dx ≤ √1 fn ( √k ).
n n √ n n
n
Pb√n
Il s’agit donc de majorer la somme √1 fn ( √kn ) − fn ( k+1
√ ).
n k=1 n
Cette somme vaut √1 (fn ( √1 ) − fn (b)) car les termes de la série se simplifient
n n
deux à deux. Elle est donc majorée par √1 fn (0), qui converge vers 0.
n
Polyèdres platoniciens
S̃ = 12 On a les relations
à = 12
F̃ = 4 S̃ = Ã = nF̃
S = 4 S = S̃/k
A = 6 A = Ã/2
F = 4 F = F̃
1 1
Ce qui donne n k − 2 + 1 F = 2.
1 1 1 1
On doit donc avoir 1 − n 2 − k > 0, c’est-à-dire 1 > n 2 − k .
1 1 1 1
Comme k ≥ 3, on a : 2 − k ≥ 1/6 , d’où l’encadrement 1 > n 2 − k ≥ n/6.
Par conséquent, 3 ≤ n < 6.
1 1 1 2n
La relation n > 2 − k implique n−2 > k, ce qui laisse comme possibilités
n = 4, k = 3 ; n = 5, k = 3 ; n = 3, k = 3, 4, 5.
2 n n
De là, on en déduit les valeurs de S, A, F. F = 1−( 12 − k1 )n
, S= k F, A = 2 F.
n k S A F
3 3 4 6 4 tétraèdre
3 4 6 12 8 octaèdre
3 5 12 30 20 icosaèdre
4 3 8 12 6 cube
5 3 20 18 12 dodécaèdre
28
Sous-groupes de S4
29
Définitions
Dans la suite, on s’intéresse au second exemple. Soit donc K un corps de
carctéristique différente de 2, L une extension de dimension finie de K. Notons
n la dimension de L en tant que K-espace vectoriel. Dans la suite, il peut être
utile de faire intervenir une extension algébriquement close de K contenant L ;
elle sera abusivement notée K̄. On peut se restreindre à K = Q et K̄ = C si
on veut.
Pour tout élément y ∈ L, on considère l’application K-linéaire donnée par
Ay : L → L
x → xy
La trace de cette application linéaire est un élément de K qui est noté trL/K (y),
ou encore s’il n’y a pas d’ambiguı̈té sur les corps considérés, tr(y). On vérifie
immédiatement que l’application (x, y) → tr(xy) est une application K-biliné-
aire symétrique définie sur L.
30
Remarquons que si l’on se donne une base de L sur K, l’application qui associe
à y la matrice de Ay dans cette base, réalise un plongement de L dans l’algèbre
Mn (K). Bien sûr, ce plongement n’est pas surjectif.
Voici une propriété des applications de la forme Ay , qui ne sont pas vraies pour
toutes les applications K-linéaires
Lemme Le polynôme minimal Pm de Ay est irréductible. Le polynôme car-
actéristique Pc de Ay est égal à une puissance de son polynôme minimal.
Preuve
Commençons par montrer que le polynôme minimal de Ay est irréductible
sur K. Pour cela, rappelons que le polynôme minimal de y est le plus petit
polynôme non nul P de K[X] (au sens de la division) qui vérifie P (y) = 0. Ce
polynôme est irréductible. S’il était le produit de deux polynômes non con-
stants de K[X], y serait racine d’un de ces deux polynômes, et donc P ne serait
pas minimal. Maintenant le polynôme minimal de Ay est égal au polynôme
minimal de y en vertu des deux relations P (Ay ) = AP (y) et P (y) = P (Ay )1.
L’anneau K[X] étant factoriel, on peut décomposer Pc sous la forme d’un pro-
duit Pc = (Pm )l H, avec l un entier et H un polynôme premier à Pm . Remar-
quons que H n’a pas de racines en commun avec Pm ; cela découle, par exemple,
du théorème de Bezout. Si H est non constant, Pc aurait une racine dans K̄ qui
ne serait pas racine de Pm . C’est absurde car les racines de Pc sont les valeurs
propres de Ay (dans K̄) et ces valeurs propres sont toutes racines du polynôme
minimal Pm .
Voici une conséquence de ce lemme. Si y est non nul, Ay ne peut pas être
nilpotente. En effet, s’il existe un entier k tel que (Ay )k = 0, le polynôme
minimal de Ay divise X k ; comme il est irréductible, il est égal à X, donc
Ay = 0.
Autre conséquence : si la caractéristique de K est nulle, Ay est diagonalisable
sur K̄. De fait, en caractéristique 0 (plus généralement si le corps est parfait), les
polynômes irréductibles ont leurs racines simples. Une matrice dont le polynôme
minimal a ses racines simples est diagonalisable (sur K̄).
Indépendance et trace
Voici comment utiliser la trace dans des questions d’indépendance linéaire.
Théorème
On se donne p1 , p2 , ...pk des nombres premiers distincts. Alors les nombres réels
√ √ √
p1 , p2 , ... pk sont linéairement indépendants sur Q.
Preuve
Rappelons que si q est une forme bilinéaire symétrique définie sur un espace
vectoriel L, et si v1 , v2 , ..vk sont des vecteurs de L, alors la famille des vi est
libre si le déterminant de la matrice de terme général q(vi , vj ) est non nul (une
combinaison linéaire entre les vi donne tout de suite une combinaison linéaire
sur les colonnes de cette matrice ). Un tel déterminant est appelé déterminant
de Gram.
31
√
Ici, on considère comme Q-espace vectoriel le corps engendré par les pi , et
comme forme quadratique (x, y) → T rL/Q (xy). Il faut donc calculer les traces
√
trL/Q ( pi pj ).
– Si i = j, on a tr(pi ) = pi tr(1) = npi , où n est la dimension de L sur Q.
√
– Si i 6= j, on remarque que le polynôme minimal de pi pj est égal à X 2 −pi pj .
Son polynôme caractéristique est donc égal à (X 2 −pi pj )l , pour un certain entier
√
l ∈ N. La trace de pi pj est égale au coefficient de X 2l−1 dans ce polynôme,
elle est donc nulle.
√
Par conséquent, la matrice de terme général trL/Q ( pi pj ) est diagonale, et ses
termes diagonaux sont des entiers non nuls ; son déterminant est donc non nul.
√ √ √
Les p1 , p2 , ... pk sont linéairement indépendants sur Q.
√ √
On peut calculer
pQ
la dimension de Q[ p1 , ... pk ] ; pour cela, on considère la
famille des i∈I pi où I est une partie quelconque de l’ensemble {1...k}.
Q
(on pose i∈I pi = 1 si I est vide). Cette famille possède 2k éléments ; l’espace
√ √
vectoriel qu’elle engendre coı̈ncide avec Q[ p1 , ... pk ]. Il suffit de vérifier que
c’est une famille libre, ce qui se fait comme plus haut, en considérant les traces.
La dimension recherchée est donc égale à 2k .
Non-dégénerescence de la trace
Suffit-il de calculer le déterminant de la matrice de terme général tr(xi xj ) pour
savoir si la famille {x1 , ...xk } est libre ? Par exemple, si K est un sous-corps
de C, et si la forme quadratique associée à q est définie positive, La réponse
est oui. Ceci provient du fait que la restriction d’une forme quadratique définie
positive à un sous-espace vectoriel est encore définie positive.
Si la forme quadratique n’est pas positive, ce n’est plus forcément vrai. Dès
l’instant où la forme admet un vecteur isotrope (q(x, x) = 0), on obtient un
contre-exemple en considérant la famille libre composée de l’unique élément x,
pour laquelle on a det(q(x, x)) = 0. Cependant, si la forme quadratique est
non-dégénerée, on a tout de même le résultat suivant.
Pour toute base {x1 , ...xn }, le déterminant det(q(xi , xj )) est non nul.
Ce résultat n’est pas difficile ; cf par exemple Ramis-Deschamps Tome 2 1.1.2
prop 2 cor I. Cette référence comporte d’autres informations sur les détermi-
nants de la forme det(q(xi , xj )), appelés déterminants de Gram. Au final, on
obtient le critère suivant.
Soit q une forme bilinéaire symétrique non-dégénérée. Pour qu’une famille
génératrice {x1 ...xn } soit une base, il faut et il suffit que det(q(xi , xj )) soit non
nul.
Dans le cas d’extensions de corps, il est facile de trouver des familles généra-
trices, si bien que la méthode présentée plus haut permet effectivement de
déterminer la dimension de l’extension, si la trace est non dégénérée.
Théorème
Soit K un corps de caractéristique 0, et L une extension finie de K. Alors
(x, y) → trL/K (xy) est une forme bilinéaire symétrique non dégénérée.
32
Première preuve
Il s’agit de montrer que pour tout y ∈ L non nul, on peut trouver un x ∈ L
tel que tr(xy) 6= 0. Prenons x = y −1 . On a alors tr(xy) = tr(1) = dimK L.
Comme la caractéristique de K est non nulle, cet entier est non nul.
Seconde preuve
Sous la seule hypothèse de séparabilité, en utilisant le théorème de l’élément
primitif : l’extension L est de la forme L ≃ K[θ], pour un certain θ ∈ L.
Le polynôme minimal de Aθ est égal au polynôme minimal Pm de θ ; il est donc
irréductible, et ses racines sont simples (dans K̄ ; c’est la séparabilité). Il est
de degré n, en vertu de l’isomorphisme K[θ] ≃ K[X]/Pm . Comme il divise le
polynôme caractéristique de Aθ , il est en fait égal à ce polynôme. On conclut
que le polynôme caractéristique de Aθ a ses racines simples. Par conséquent les
valeurs propres λi de Aθ sont de multiplicité 1.
Comme 1, θ, θ 2 , ...,θ n−1 forme une base de K[θ] sur K , il suffit de montrer que la
matrice tr(θ i θ j ) 0≤i≤n−1 est non dégénérée, c’est-à-dire que son déterminant
0≤j≤n−1
est non nul.
X X
det (tr(Ai+j
θ ) = det λi+j
k = det λik λjk = det(t BB) = det(B)2
Le déterminant de B est un déterminant de Van Der Mond, qui peut être calculé
Q
explicitement : det B = i>j (λi − λj ) 6= 0. Ceci termine la preuve.
Voici enfin un exemple d’extension pour laquelle la trace n’est pas définie
positive. Soit α une racine dans C de l’équation X 4 +1 (α = eiπ/4 par exemple) ;
l’extension Q[α] est de degré 4 sur Q. Le polynôme minimal de α2 est égal à
X 2 +1 , son polynôme caractéristique est donc égal à (X 2 +1)2 . Par conséquent,
la trace trQ[α]/Q (α2 ) est nulle. Le nombre α est un vecteur isotrope de la trace
dans l’extension Q[α].
Toutes ces considérations sont classiques en théorie de Galois. Voici deux
références pour en savoir plus : Ian Stewart, Galois Theory et Algebraic Theory
of Numbers.
33
Pθ (X) = X 2 − eiθ .
Posons λ̃(θ) = λ(Pθ ), µ̃(θ) = µ(Pθ ). Ces deux fonctions sont définies sur
R/2πZ. On devrait avoir
Proposition
Il n’existe pas de fonctions continues λ̃, µ̃ définies de R/2πZ dans C telles que
Preuve
θ θ
Pour chaque θ ∈ ]0, 2π[ , on doit avoir λ̃(θ) ∈ {ei 2 , −ei 2 }. L’image de ]0, 2π[
par λ̃ est donc contenue dans S 1 \{−1, 1}. Cet espace admet deux composantes
connexes. Supposons, sans perte de généralité, que λ̃(]0, 2π[) est dans le demi-
cercle supérieur. On a alors l’égalité
θ
∀ θ ∈ ]0, 2π[ , λ̃(θ) = ei 2 .
Comme λ̃ est continue, on devrait avoir λ̃(0) = 1, λ̃(2π) = −1, si bien que λ̃
n’est pas périodique de période 2π. Ceci termine la preuve.
34
Le quotient de Cn par cette action est noté Cn /Sn . Il est muni de la topologie
quotient. Notons En l’ensemble des polynômes unitaires de degré n, à coeffi-
cients complexes.
Théorème
L’application ψ : Cn → En définie par
n
Y
ψ(λ1 , ..., λn ) = (X − λi ).
i=1
Lemme
Pn−1
Soit P (X) = X n + k=1 ak X k un polynôme unitaire à coefficients complexes
de degré n, et soit λ une racine de P . Alors
( n−1
)
X
|λ| ≤ max 1, |ak |
k=0
Preuve
Si |λ| est plus petit que 1, la conclusion est vérifiée. Sinon, nous avons la
majoration |λ|k ≤ |λ|n−1 pour tout k < n, ce qui implique
n−1
X n−1
X n−1
X
|λn | = | − ak λk | ≤ |ak ||λn−1 | = |ak | |λn−1 |.
k=0 k=0 k=0
P = ψ(λ) ∈ ψ(F ),
Remarques
– D’après ce qui précède, l’espace Cn /Sn est un espace topologique séparé
homéomorphe à Cn .
– Plutôt que de travailler avec la topologie quotient sur Cn /Sn , on aurait pu
définir une distance sur cet espace. Munissons Cn de la norme euclidienne ||.||,
et considérons sur Cn la fonction
Cette fonction passe au quotient. On vérifie qu’on obtient une distance sur
Cn /Sn et que la projection canonique π : Cn → Cn /Sn est continue.
Montrons qu’on peut exprimer toute fonction continue invariante par permuta-
tion des coordonnées, en fonction des polynômes symétriques élémentaires σi .
36
Corollaire
Soit f : Cn → C une fonction continue, invariante par l’action de Sn sur les
coordonnées. Alors il existe une fonction continue g : Cn → C telle que
∀ (λ1 , ..., λn ) ∈ Cn , f (λ1 , ..., λn ) = g σ1 (λ1 , ..., λn ), ..., σn (λ1 , ..., λn )
Preuve
Notons ψ̄ : Cn /Sn −→ ˜ En l’homéomorphisme donné par le théorème, et soit
¯ n
f : C /Sn → C l’application obtenue à partir de f en passant au quotient.
Définissons une application p : Cn −→
˜ En en posant
X
p(σ1 , ..., σn ) = X n + X n−k (−1)k σk .
Q
Cette application satisfait la relation p(σ1 (λi ), ..., σn (λi )) = (X − λi ).
Il suffit donc de poser g = f¯ ◦ ψ̄ −1 ◦ p pour conclure.
1 Etude locale
Remarquons d’abord que si M est conjuguée à une matrice diagonale D par le
biais d’une matrice U ∈ GLn ,
U −1 M U = D
U = {M ∈ M2 (R) | ∆(Pc (M )) 6= 0}
Les
trois ouverts précédents recouvrent U+ ; on est donc parvenu à diagonaliser
a b
c d , au moins localement. Le problème est que les trois matrices qui
réalisent ces conjugaisons ne coı̈ncident pas sur l’intersection de ces ouverts, si
bien qu’il n’est pas possible de les ”recoller” afin de former une solution globale
continue qui conjugue M à une matrice diagonale.
On pourrait penser que cela est dû à un mauvais choix, au niveau des
vecteurs propres. Il n’en est rien.
Théorème
Soit K = R et U = {M ∈ M2 (R) | ∆(Pc (M )) > 0},
ou K = C et U = {M ∈ M2 (C) | ∆(Pc (M )) 6= 0}.
Il n’existe pas de fonction continue f : U −→ GL2 (K) telle que, pour tout
M ∈ U , f (M )−1 M f (M ) soit diagonale.
Remarque : ce théorème est en fait vrai en toute dimension.
2 Le cas réel
Remarquons que si une telle fonction f existait, alors on pourrait diagonaliser
continûment les matrices symétriques à l’aide de matrices de SO2 . En effet,
si v1 , v2 sont les deux vecteurs colonnes de f (M ) : f (M ) = (v1 , v2 ), alors
f˜(M ) = ( |vv11 | , |vv22 | ) conjugue encore M à une matrice diagonale. Si M est
symétrique, ses vecteurs propres v1 et v2 sont orthogonaux ; par conséquent
f˜(M )
f˜(M ) ∈ O2 (R). La fonction det f˜(M )
∈ SO2 (R) réalise donc la conjugaison
recherchée. Le théorème précédent découle donc de l’énoncé suivant.
Théorème
Soit Sym(R2 ) = {M ∈ M2 (R) | t M = M }.
39
f (A)−1 Af (A) = A0 .
Lemme
Soit A0 ∈ U une matrice diagonale.
Si A = U A0 U −1 = V A0 V −1 , alors U V −1 est diagonale.
Preuve du lemme
U V −1 doit commuter avec A0 . La matrice U V −1 doit donc laisser invariant les
sous-espaces propres de A0 ; ceux-ci sont engendrés par les vecteurs de la base
canonique. La matrice U V −1 est donc diagonale.
Preuve du théorème
Soit D le sous-ensemble des matrices diagonales de M2 (R). Considérons la
projection π de SO2 sur OA0 donnée par
π : SO2 (R) −→ OA0
U 7−→ U A0 U −1
Le lemme montre que les ”fibres” de cette projection s’identifient naturellement
à D ∩ SO2 (R) :
f (U A0 U −1 )−1 U A0 U −1 f (U A0 U −1 ) = A0 .
Théorie de Galois
Théorème
Soit K un corps de caractéristique nulle (ou un corps fini), L une extension
finie de K, supposée normale : ∀σ ∈ homK (L, K), σ(L) ⊂ L. Alors on a une
bijection
Preuve du lemme
– Cas x = θ
θ
Les σθ étant tous distincts et annulant PL/K ∈ K[X], on a dans L[X],
θ
Π (X − σθ) | PL/K .
σ∈AutK (L)
Cet isomorphisme envoie θ ′ sur θ. Par conséquent, il existe σ ∈ AutK (L) tel
que σθ = θ ′ , ce qui implique Card AutK L ≥ d◦ PL/K
θ = dimK L.
Les deux polynômes ont donc même degré, l’un divise l’autre ; ils sont égaux.
42
– Cas général
Il existe P ∈ K[X] tel que P (θ) = x. Posons
Y
Pcx (X) = (X − σ(x)) ∈ L[X]
σ∈AutK L
En fait, Pcx ∈ K[X]. En effet, ses coefficients sont des polynômes symétriques en
les σθ, ils s’expriment donc en fonctions des polynômes symétriques élémentaires
θ
des σθ, c’est à dire en fonction des coefficients de PL/K . On a donc PL/Kx |P x
c
dans K[X]. PL/K x a ses racines simples, donc PL/Kx |
Π (X − y) dans K[X].
x , on a égalité. y∈Γx
Les y ∈ Γx étant racines de PL/K
• Remarque finale
L’hypothèse car K = 0 ou K fini peut être remplacée par l’hypothèse l’extension
L/K est séparable : ∀x ∈ L, PL/K x a ses racines simples. Les preuves sont
inchangées.
43
Calculs en MAPLE
SERIES NUMERIQUES
CALCUL D’INTEGRALES
Cependant cette série converge lentement ; dès que x est grand le nombre de ter-
mes à calculer devient rédhibitoire. Le développement asymptotique divergent
suivant donne de meilleurs résultats :
x2
1 ∞
X (−1)k (2k − 1)! 1
e− 2 +
x k=1
2k−1 (k − 1)! x2k+1
Le graphique suivant compare la courbe de f à celles obtenues en gardant les
termes k < 2 de la série divergente et k < 50 de la série convergente.
1.2
0.8
y
0.6
0.4
0.2
0
0 2 4 6 8
x
Dès que x est supérieur a 5 , deux termes de la série divergente donnent
une meilleure approximation que cinquante termes de la série convergente. Les
deux développements permettent d’obtenir des encadrements de f ; on peut
démontrer que f est coincée entre deux sommes consécutives de l’une quel-
conque des séries. Par exemple,
1 1 − x2 1 x2
1− e 2 < f (x) < e− 2
x2 x x
46
Exercices d’oral
1 2
• Diagonaliser la matrice 0 3 .
• Décomposer en polynômes symétriques élémentaires X13 + X23 .
2 1 2
1
• Donner l’axe et l’angle de la rotation 3
−2 2 1 .
1 −2 2
R +∞
• Montrer que 0 | sin(t)
t |dt = +∞.
X (−1)n
• Calculer . On justifiera soigneusement le calcul.
n≥1
n
• Factoriser dans R[X] le polynôme X 4 + 1.
• Montrer que les polynômes X 4 + X 3 + X 2 + X + 1 et X 4 + 6X 2 + 9X + 3
sont irréductibles sur Q.
R +∞ eitx
• Calculer −∞ 1+x2 dx.
R +∞ sin t
• Calculer −∞ t dt.
x
• Décomposer en éléments simples la fraction rationnelle 1+x 2.
Commentaires
Z
sin t
Développement asymptotique de l’intégrale dt
t
Ce résultat peut être présenté comme développement dans les leçons relatives
aux intégrales, aux développements asymptotiques, et à la convergence des
séries. Leçons concernées :
Formule d’inversion de Fourier
Ce résultat peut être présenté comme développement dans les leçons relatives
à l’intégration. Il peut être mentionné dans les leçons portant sur les séries de
Fourier. Leçons concernées :
Somme des inverses des carrés des entiers
Cette somme est pour la première fois calculée par Euler en 1735. La preuve
classique passe par les séries de Fourier. Ici, on a renversé la présentation,
afin d’obtenir des informations sur ces séries. Ces considérations ont leur place
dans les leçons traitant d’intégration, de séries, mais aussi d’espace de Hilbert.
Leçons concernées :
Formule de Stirling
On peut proposer en développement le calcul de l’asymptotique par la méthode
de Laplace ; ou bien on peut présenter
√ l’encadrement de la factorielle, sans se
préoccuper du calcul de la constante 2π . Leçons concernées :
Sur les séries semi-convergentes
Ce résultat présente une approche relativement nouvelle sur des points très
classiques du programme. il est donc conseillé de le mentionner dans les leçons
ayant trait aux séries et à l’intégration. Il est sans doute un peu court pour
fournir un développement. Leçons concernées :
Quaternions et rotations
Les quaternions sont un thème très classique du programme d’intégration.L’ap-
proche proposée ici cherche à faire un parallèle avec les nombres complexes ; un
quaternion est présenté comme un nombre complexe généralisé dont la partie
imaginaire est un vecteur de R3 . On peut parler des quaternions dans les leçons
relatives au groupe orthogonal, et proposer le calcul de l’angle de la composée
de deux rotations. Leçons concernées :
Un exemple de marche aléatoire
Un certain nombres de leçons sont consacrées à la théorie des séries ; il est
important de mentionner quelques applications “extra-mathématiques” de cette
théorie. En voici une, qui peut se recycler dans les leçons de probabilité. Leçons
concernées :
La loi forte des grands nombres L2
Ce résultat peut être présenté en développement dans les leçons de probabilité,
mais aussi dans les leçons en lien avec le concept de convergence ou de suite de
fonctions. Leçons concernées :
Le théorème de la limite centrée
Ce théorème est un résultat important de la théorie des probabilités. Il s’agit de
bien comprendre son énoncé, ainsi que l’application qui suit sa démonstration.
Leçons concernées :
48