CALCULS D’INVARIANTS EN THÉORIE DE GROMOV-WITTEN
JÉRÉMY GUÉRÉ, SOUS LA DIRECTION D’ALESSANDRO CHIODO
Introduction au domaine de recherche, ENS Paris
Résumé
La première partie introduit la théorie de Gromov-Witten en partant d’un problème énumératif,
de façon à être accessible à des étudiants en M1 de Mathématiques. Cette théorie fait apparaı̂tre
de nouveaux invariants géométriques pour les variétés complexes projectives, mais on ne dispose
pas actuellement de méthode générale pour en effectuer le calcul. Dans la deuxième partie, nous
énoncerons les résultats obtenus dans le cas du point (la variété Spec C). Dans la dernière partie,
nous introduirons les structures de niveau sur les courbes orbifolds et le modèle de Landau-Ginzburg.
Des résultats récents ont montré une correspondance entre les deux théories mentionnées dans le
cas de la quintique de P4 (C). Mon projet de recherche sera d’étudier ce modèle et de développer
une méthode de calcul similaire à celle qui est présentée dans la deuxième partie, puis d’en déduire
des résultats sur les invariants de Gromov-Witten des variétés projectives.
Je remercie vivement Alessandro Chiodo pour m’avoir encadré pendant mon stage de M2 et pour
me guider à travers ce domaine de recherche passionnant.
0. Introduction
La théorie des cordes utilise un espace-temps à 10 dimensions, produit de l’espace-temps stan-
dard R4 de Minkowski et d’une variété de Calabi-Yau de dimension complexe 3, et des particules
élémentaires de dimension 1, des cordes, pour décrire les interactions de la physique. Les trajectoires
de ces particules sont des surfaces plongées dans l’espace-temps. De nombreux sujets de recherche
en mathématiques ont émergé suite à cette nouvelle physique. La théorie de l’intersection en est un
exemple important. Les intégrales sur l’espace de modules Mg,n (X, β), présentées dans la première
section de ce texte, peuvent être interprêtées en physique comme des fonctions de corrélation, c’est-
à-dire des fonctions donnant la probabilité de passer d’un état initial donné à un état final donné.
Nous prenons en général X de Calabi-Yau, de sorte que le cas de la dimension 3 soit en rapport
direct avec la physique.
Les idées et intuitions de la théorie des cordes ont joué le rôle de fil conducteur dans ce domaine
des mathématiques. Par-exemple, sur l’espace de modules des courbes stables Mg,n , Edward Witten
[8] a conjecturé en 1991 une formule de récurrence sur les intégrales des classes ψi (voir la fin de
la sous-section 2.3.) en remarquant que la fonction de partition 1 vérifie une dynamique de type
Virasoro. Cette conjecture a été démontrée la même année par Maxim Kontsevich [6].
Les bases mathématiques qui ont permis de traduire les inspirations de la physique ont été d’abord
bien établies par Pierre Deligne et David Mumford [7] en 1969. Ils ont notamment introduit la notion
de champ algébrique de type Deligne-Mumford, indispensable pour l’étude d’espaces de modules.
Date: 28 novembre 2011.
1. La fonction de partition est une série qui fait intervenir toutes les intégrales des classes ψi sur tous les espaces
de courbes. Il s’agit donc d’un point de vue global et générique sur les espaces de courbes et non de s’intéresser aux
particularités de chaque espace.
1
Les invariants de Gromov-Witten sont de nouveaux invariants géométriques d’une variété pro-
jective X. Ils définissent une nouvelle structure de produit sur l’anneau de la cohomologie de cette
variété, appelée produit quantique. Cet anneau contient bien plus d’informations que l’anneau de
cohomologie usuel. C’est pourquoi il est si important de savoir les manipuler. Pour le moment,
le calcul de ces invariants dans le cas général est largement incomplet. En genre 0, il existe des
résultats mais au-delà du genre 52, il n’y a plus aucune prédiction. Une des difficultés majeures
réside dans la détermination d’une classe d’homologie de l’espace Mg,n (X, β), appelée classe vir-
tuelle, qui remplace la classe fondamentale dans les cas où l’espace n’est pas de dimension constante.
Elle est nécessaire pour donner un sens mathématique aux intégrales de Gromov-Witten et rend
pour l’instant impossible leur calcul.
L’idée a été suggérée par Witten de s’intéresser à un autre espace de module qui classifie des
fibrés en droites sur des surfaces de Riemann, satisfaisant certaines relations algébriques. Ceci a
donné naissance au modèle de Landau-Ginzburg. Dans cette théorie, nous pouvons encore définir
des classes ψi et des invariants de type Gromov-Witten. Récemment, des conjectures sur une dualité
entre ces invariants, appelés invariants de Fan-Jarvis-Ruan-Witten, et ceux donnés par la théorie
de Gromov-Witten ont été mises en évidence sur l’exemple de la quintique par Alessandro Chiodo
et Yong-Bin Ruan [2].
Dans le modèle de Landau-Ginzburg, des classes virtuelles apparaissent aussi dans l’expression
des intégrales, mais les calculs qui en résultent devraient être plus simples à réaliser, ne serait-ce que
parce que l’espace de modules est lisse. Mon projet de thèse sera tout d’abord de comprendre la
classe virtuelle dans ce cadre et de fournir une méthode de calcul pour les invariants, en s’inspirant
de celle qui est présentée dans le cas de Mg,n .
Le calcul des invariants de Gromov-Witten se fera peut-être à travers celui des invariants de Fan-
Jarvis-Ruan-Witten. Cependant, l’étude de cette dualité et son importance au sein d’un phénomène
mystérieux appelé symétrie miroir globale en font un sujet de recherche fondamentale dont la portée
ira peut-être au-delà des mathématiques.
Table des matières
0. Introduction 1
1. La théorie de Gromov-Witten 3
1.1. Un problème énumératif 3
1.2. Les espaces de modules 3
1.3. Les invariants de Gromov-Witten 4
2. Le cas d’un point 5
2.1. L’espace de modules des courbes stables 5
2.2. Les classes tautologiques 6
2.3. Récurrences sur les nombres d’intersection 7
3. Le cas d’une hypersurface dans un espace projectif à poids 9
3.1. La correspondance Gromov-Witten/Landau-Ginzburg 9
3.2. Les structures de niveau 10
3.3. Conclusion 12
Références 12
2
1. La théorie de Gromov-Witten
Nous pouvons nous reporter à [5] comme référence pour ce qui suit.
1.1. Un problème énumératif. Deux droites du plan se coupent en général en un point, alors que
deux droites de l’espace ne s’intersectent presque jamais. Combien y a-t-il de points d’intersection
entre une quadrique et une cubique génériques dans le plan projectif complexe ? Combien un système
d’équations polynomiales a-t-il de solutions ? Combien y a-t-il de courbes d’un type prescrit dans une
variété complexe donnée ? Toutes ces questions appellent la même réponse : il s’agit de problèmes
énumératifs en géométrie algébrique.
En essayant de les résoudre, nous faisons d’abord face à des questions conceptuelles. Quel sens
donner à générique ? Existe-t-il un bon espace qui permette de paramétrer mes solutions ? Le
nombre de solutions reste-t-il constant si je perturbe mon système d’équations ?
Ensuite seulement viennent les problèmes d’un calcul explicite du nombre de solutions. Celui-
ci est difficile à traiter directement. Nous devons souvent faire face à des intégrations de classes
cohomologiques qui ne s’écrivent pas en coordonnées de façon agréable. Une stratégie est de tirer
profit de la géométrie du problème en utilisant les invariances de ces intégrales sous certaines
applications. Changements de variables, intégrations par parties, symétries de l’espace, sont des
techniques bien connues pour le calcul d’intégrales, conduisant dans certains cas à des relations de
récurrence 2.
Regardons pour commencer le problème énumératif suivant. Nous nous plaçons dans le plan
projectif complexe P2 (C) et nous tirons n points en position générale, c’est-à-dire qu’il n’y a a priori
pas de relations particulières entre eux. Une première difficulté est d’exprimer mathématiquement
ce que veut dire position générale . Ensuite, prenons un entier d et cherchons toutes les courbes
rationnelles 3 de degré d qui passent par ces n points. Le but est de les dénombrer et nous notons
Nd leur nombre.
Selon la valeur de n, il peut y avoir une infinité de telles courbes, ou bien même aucune. Il faut
donc choisir proprement l’entier n, en prenant le plus petit entier pour lequel il n’y a pas une infinité
de solutions. Heuristiquement, cette valeur pour n doit être égale à la dimension de l’espace qui
paramètre l’ensemble des courbes rationnelles de degré d dans le plan projectif complexe. La valeur
attendue est n = 3d − 1.
1.2. Les espaces de modules. Ce sont des espaces qui classifient des objets mathématiques d’un
type donné. Nous les voyons également comme des espaces qui paramètrent les solutions d’un
problème. Le premier exemple d’espace de modules est celui de Pn (C) qui paramètre les droites
complexes de Cn+1 . Un deuxième exemple est la grassmanienne G(m, E) qui classifie les sous-espaces
vectoriels de dimension m d’un espace vectoriel E donné.
Les espaces de modules sont souvent attachés aux problèmes énumératifs. Pour trouver la valeur
de Nd , nous sommes amener à considérer l’ensemble dont chaque point correspond à une courbe
rationnelle de degré d dans P2 (C) ; ou plutôt, à une telle courbe munie de n points marqués. Nous
notons cet ensemble M0,n (P2 (C), d).
De la même façon que l’ensemble des droites complexes Pn (C) peut être muni d’une structure de
variété complexe compacte, nous pouvons définir une structure sur l’ensemble M0,n (P2 (C), d) qui
en fait un orbifold compact. Localement, un orbifold de dimension complexe m est isomorphe à un
ouvert de Cm modulo l’action d’un groupe fini sur cet ouvert. Certains points de cet ouvert peuvent
R π/2
2. C’est le cas notamment pour les célèbres intégrales de Wallis 0 sinn x dx.
3. Nous dirons toujours courbes par la suite mais ce sont des courbes complexes, donc des surfaces réelles. Ra-
tionnelle signifie homéomorphe à la sphère CP1 .
3
être fixés par ce groupe, ce qui amène à la notion de stabilisateur d’un point 4. Ici, la dimension
complexe de notre orbifold est m = 3d − 1 + n.
La notion d’orbifold apparait généralement dans les espaces de modules lorsque les objets à
paramétrer ont un groupe d’automorphismes non trivial mais fini. En géométrie algébrique, nous
parlons plutôt de champ algébrique de type Deligne-Mumford.
Enfin, il suffit de compter les points de cet orbifold dont les courbes représentées ont pour points
marqués les n points donnés dans l’énoncé de notre problème. Notons x1 , . . . , xn ces points de
P2 (C). La valeur de Nd se réduit au cardinal de l’ensemble
ev−1 −1
1 ({x1 }) ∩ · · · ∩ evn ({xn })
où evi est l’application d’évaluation de M0,n (P2 (C), d) dans P2 (C) qui à une courbe marquée fait
correspondre le point marqué i. En utilisant la dualité de Poincaré 5, nous réécrivons ce résultat
sous la forme d’une intégrale
Z
Nd = ev∗1 (P ) ∧ · · · ∧ ev∗n (P ).
M0,n (P2 (C),d)
avec P la classe cohomologique correspondant à la classe homologique d’un point. En comparant le
degré de la forme à intégrer (2n) et la dimension de l’espace d’intégration(3d − 1 + n), cette écriture
a bien un sens lorsque n = 3d − 1.
Résumons en quelques mots comment nous avons traiter notre problème. Tout d’abord, nous
avons cherché un espace de modules qui paramètre les solutions. Ensuite, nous avons ré-exprimé
le nombre de solutions comme une intégrale de classes cohomologiques, aussi appelée nombre d’in-
tersection, sur notre espace de modules. Enfin, nous obtiendrons des résultats sur cette intégrale
en étudiant ses propriétés géométriques d’invariance. Nous ne rentrons pas dans les détails ici mais
c’est la procédure générale qui permet d’obtenir le
Théorème 1.2.1 (Kontsevich). Pour tout d > 1, nous avons
X 3d−4 3d−4
2 2 3
Nd = Nd1 Nd2 d1 d2 3d1 − 2 − d1 d2 3d1 − 1 .
d1 +d2 =d
d1 ,d2 >0
Ceci nous permet de calculer toutes les valeurs de Nd , à partir de la condition initiale N1 = 1.
1.3. Les invariants de Gromov-Witten. Nous venons de voir avec Nd notre premier exemple
d’invariant de Gromov-Witten. De façon générale, prenons une variété complexe compacte pro-
jective X. A partir de maintenant, nous prenons X de Calabi-Yau 6. Nous pouvons penser par
exemple au lieu des zéros d’un polynôme homogène P (x0 , . . . , xn ) de degré n + 1 dans Pn (C). Soit
β ∈ H2 (X, Q) une classe d’homologie de X.
Nous cherchons à savoir combien de courbes complexes de genre 7 g et de type β passent par
n points placés en position générale dans la variété X. Dans l’exemple précédent, X est le plan
projectif, g = 0 (courbes rationnelles) et la classe d’homologie β est égale à d.
Suivant la stratégie présentée dans la sous-section précédente, nous devons définir un espace
de paramètres pour notre problème. Nous regardons l’ensemble des applications f , partant d’une
4. Un point ayant un stabilisateur d’ordre k peut être vu comme une fraction 1/k de point. Un orbifold peut être
vu comme une variété dont certains points sont munis de stabilisateurs non triviaux et comptent moins que les
autres .
5. Bien que notre espace de modules soit un orbifold, la dualité de Poincaré s’applique du moment que l’orbifold
est compact.
6. Cette condition est d’avoir le fibré canonique trivial. Pour une hypersurface de degré d dans Pn (C), cela revient
simplement à imposer d = n + 1.
7. Il s’agit du nombre de trous d’une surface. Par-exemple, le tore a un trou et est de genre 1 alors que la sphère
est de genre 0.
4
courbe C de genre g et marquée de n points x1 , . . . , xn et arrivant dans la variété X, pour lesquels
nous avons f (C) = β dans le groupe d’homologie de X. Ces applications sont vues à isomorphismes
près. Nous notons cet ensemble Mg,n (X, β).
Tout comme précédemment, nous voulons mettre une structure agréable sur cet ensemble. Pour
en faire un orbifold, il faut rajouter une condition de stabilité sur les applications pour nous assurer
que les stabilisateurs sont d’ordre fini. Même ainsi, nous avons des problèmes. Cet orbifold est
compact et séparé mais n’est pas lisse. Il en est même très loin, avec des singularités aussi mauvaises
que possibles, et par-dessus tout il n’est pas de dimension constante.
Ceci est très contrariant puisque même si nous arrivons à définir des classes de cohomologie pour
traduire notre problème en un calcul d’intégrale, celle-ci n’aura aucun sens puisque l’espace sur
lequel on intègre n’a pas une dimension fixée.
Oublions cet incident pour le moment et continuons notre étude. Nous avons les même mor-
phismes d’évaluation que dans l’exemple précédent, à savoir ev1 , . . . , evn , allant de notre espace de
modules vers notre variété X. Prenons des classes de cohomologie α1 , . . . , αn de X et tirons-les en
arrière sur l’espace de modules. Nous définissons les invariants de Gromov-Witten par les intégrales
Z
ev∗1 (α1 ) . . . ev∗n (αn ).
Mg,n (X,β)
Ce sont des invariants géométriques de la variété X.
Comme nous venons de le dire, cette intégrale n’a pas de sens. Cependant, il est possible de
lui en donner un en utilisant des résultats de la théorie de l’obstruction. Ils nous conduisent à
définir une dimension virtuelle pour Mg,n (X, β), qui est égale 8 à vdim = (dim X − 3)(1 − g) + n.
Nous devons penser que virtuellement notre espace de modules est de dimension constante et
que nous pouvons donc intégrer une forme de degré vdim sur cet espace. Tout ceci reste bien sûr
approximatif et il y a du travail à faire pour définir correctement les invariants de Gromov-Witten.
Ce travail ne sera pas fait dans ce texte. En revanche, il existe un cas dans lequel tout se passe bien
et que nous allons désormais exposer en détails.
2. Le cas d’un point
Cette section présente les résultats obtenus lorsque nous prenons X = Spec C, c’est-à-dire un
point. Le livre [1] est une très bonne référence sur l’espace de modules des courbes stables.
2.1. L’espace de modules des courbes stables. L’idée est de classifier des courbes complexes.
Le genre d’une courbe est un invariant topologique. Or, la structure complexe est plus fine que
la structure topologique. Nous pouvons donc au préalable séparer nos courbes par genre. De plus,
nous admettons des points marqués.
Définissons Mg,n l’ensemble des classes d’isomorphismes des courbes lisses de genre g avec n
points marqués tous distincts. Un isomorphisme entre une courbe marquée (C; x1 , . . . , xn ) et une
courbe marquée (C 0 ; x01 , . . . , x0n ) est un biholomorphisme f entre C et C 0 pour lequel f (xi ) = x0i
pour tout i. En dehors des cas (g, n) = (0, 0), (0, 1), (0, 2) et (1, 0), cet ensemble admet une structure
d’orbifold de dimension complexe 3g − 3 + n. Cependant, il n’est pas toujours compact.
Explorons quelques exemples pour bien comprendre ce qui se passe. Prenons une courbe C de
genre 0. Topologiquement, c’est une sphère. Or, il n’existe qu’une seule structure complexe sur la
sphère de sorte que nous nous ramenons à C = CP1 . Les automorphismes de CP1 sont donnés
par les applications z 7→ (az + b)/(cz + d) et nous avons la propriété suivante : étant donnés deux
triplets de points distincts entre eux, il existe un et un seul automorphisme de CP1 qui envoie le
premier triplet sur le deuxième. Ainsi, une courbe de genre 0 marquée de deux points ou moins a
une infinité d’automorphismes, c’est pourquoi les ensembles M0,0 , M0,1 et M0,2 n’admettent pas
R
8. Plus généralement, si la variété X n’est pas de Calabi-Yau, nous avons vdim = (dim X−3)(1−g)+n+ β
c1 (T X).
5
de structure orbifold 9. Quand à M0,3 , nous pouvons toujours ramener une courbe (CP1 ; x1 , x2 , x3 )
au modèle (CP1 ; 0, 1, ∞). Par conséquent, M0,3 n’a qu’un seul point.
Passons à M0,4 , nous pouvons toujours ramener (CP1 ; x1 , x2 , x3 , x4 ) à (CP1 ; 0, 1, ∞, t) avec t
un point quelconque de la sphère mais distinct des autres points marqués. Nous ne pouvons pas
contrôler ce point t par des automorphismes, si bien que M0,4 = CP1 − {0, 1, ∞}. Cet espace n’est
donc pas compacte.
Nous voyons clairement sur cet exemple que l’espace ainsi défini manque de trois points. Pour
les rajouter, nous devons admettre davantage de courbes dans la définition de l’espace de modules
Mg,n .
Poursuivons l’exemple de M0,4 . Nous voudrions rajouter une courbe de genre 0 avec quatre
points marqués dont deux sont superposés. Disons par exemple que x4 = t tend vers x1 = 0. Mais
alors, du point de vue de x1 et de x4 , c’est x2 qui tend vers x3 . L’idée est alors de séparer les points
x1 et x4 des points x2 et x3 . Nous prenons deux composantes C1 et C2 de genre 0. Sur C1 , nous
plaçons x1 et x4 alors que sur C2 , nous plaçons x2 et x3 . Nous rajoutons sur C1 le point x2 = x3 vu
par x1 et x4 alors que sur C2 , nous rajoutons le point x1 = x4 vu par x2 et x3 . Enfin, nous collons
ces deux nouveaux points.
La courbe obtenue par cette recette possède une singularité de type point double ordinaire, encore
appelée noeud 10, sur le point de recollement de C1 et C2 . Nous l’appelons courbe nodale.
Dans l’exemple de M0,4 , nous avons trois courbes nodales distinctes, selon que le point x1 se
trouve sur la composante de x2 , x3 ou x4 . Celles-ci correspondent aux trois points manquants.
Définissons naı̈vement Mg,n comme l’ensemble des classes d’isomorphismes des courbes nodales
de genre g à n points marqués, les points marqués devant être lisses. Cette fois, nous avons rajouté
trop de points et l’espace de modules n’est plus séparé. En effet, dans l’exemple de M0,4 , nous
n’avons pas rajouté toutes les courbes nodales de genre 0, mais seulement celles qui avaient au
moins trois points spéciaux 11 sur chaque composante. Ceci nous conduit à la notion de stabilité.
Une courbe nodale est stable si son groupe d’automorphismes est de cardinal fini. Ceci est
équivalent à demander que toutes ses composantes de genre 0 ont au moins trois points spéciaux
et toutes ses composantes de genre 1 ont au moins un point spécial.
Redéfinissons Mg,n avec des courbes nodales stables et nous pouvons ensuite mettre une structure
d’orbifold sur cet ensemble. De plus, il est lisse, de dimension complexe 3g − 3 + n, et il est compact
et séparé.
2.2. Les classes tautologiques. Les nombres d’intersection qui nous intéressent sur l’espace de
modules des courbes stables proviennent seulement de certains types de classes cohomologiques,
appelées classes tautologiques. Ces classes apparaissent naturellement.
9. De même, le groupe des automorphismes d’un tore sans point marqué est de cardinal infini puisqu’il contient
le groupe des translations.
10. Localement au voisinage d’un noeud, une courbe nodale s’écrit {xy = 0} dans C2 .
11. Un point spécial est un point marqué ou un demi-noeud. Pour une courbe nodale, nous avons deux types de
noeuds, les séparants et les non séparants. Un noeud séparant apporte un point spécial à la composante mais un
noeud non séparant en apporte deux.
6
Tout comme l’espace de modules Pn (C) vient muni d’un fibré universel appelé fibré tautologique
et noté O(−1), notre espace Mg,n est muni d’un espace universel, appelé courbe universelle et
notée C g,n . Nous pouvons penser à un point de cet espace comme à un couple ([C; x1 , . . . , xn ], x)
avec (C; x1 , . . . , xn ) une courbe stable de genre g marquée de n points, [C; x1 , . . . , xn ] le point de
Mg,n correspondant à cette courbe et x un point quelconque de C.
Cette courbe universelle vient avec un morphisme de projection π vers Mg,n et n sections de ce
morphisme σ1 , . . . , σn qui correspondent aux repérages des points marqués.
Nous avons un choix canonique de fibré associé au morphisme π, appelé fibré cotangent re-
latif et noté ωπ . C’est un fibré en droites sur la courbe universelle qui, au-dessus d’un point
([C; x1 , . . . , xn ], x), consiste en la droite Tx∨ C.
C’est à partir de ce fibré en droites que nous allons construire les deux types de classes tautolo-
giques qui vont entrer dans la définition de nos nombres d’intersection.
Premièrement, tirons en arrière par σi le fibré ωπ afin d’obtenir un fibré en droites sur l’espace
de modules. Enfin, prenons-en la première classe de Chern et définissons, pour tout i entre 1 et n,
ψi = c1 (σi∗ (ωπ )) ∈ H 2 (Mg,n , Q).
Deuxièmement, prenons l’image directe du fibré ωπ par le morphisme de projection. Nous obte-
nons un faisceau dont le germe au point [C; x1 , . . . , xn ] est donné par H 0 (C, ωC ) qui est de dimension
constante égale à g. Ainsi, ce faisceau est un fibré vectoriel de rang g, appelé fibré de Hodge et noté
Λ. Nous pouvons donc définir, pour tout k entre 1 et g,
λk = ck (π∗ (ωπ )) ∈ H 2k (Mg,n , Q).
Nous définissons pour finir, pour tous a1 , . . . , an , b1 , . . . , bg des entiers tels que
n
X g
X
3g − 3 + n = ai + k · bk
i=1 k=1
le nombre d’intersection Z
b
ψ1a1 . . . ψnan λb11 . . . λgg .
Mg,n
2.3. Récurrences sur les nombres d’intersection. Maintenant que nous avons donné un sens
aux nombres d’intersection que nous souhaitons calculer, nous allons brièvement expliquer comment
les calculer de façon récursive. C’est le sujet principal de mon mémoire de Master 2 [4].
La formule de Grothendieck-Riemann-Roch s’applique à notre morphisme π et à notre fibré ωπ
et s’énonce ainsi
ch(π! ωπ ) = π∗ (chωπ Tdωπ ).
ch est le caractère de Chern et Td est la classe de Todd. Cette formule corrige le défaut de com-
mutativité du diagramme suivant
K(C g,n )
ch / H ∗ (C g,n )
π! π∗
K(Mg,n )
ch / H ∗ (Mg,n )
en rajoutant la classe de Todd du morphisme. Dans ce diagramme, K représente la K-théorie de
l’espace, c’est-à-dire, pour simplifier, l’ensemble des fibrés vectoriels sur cet espace.
A partir de cette formule, nous déduisons le
7
Théorème 2.3.1. Les caractères de Chern du fibré de Hodge sont donnés par la formule
n
!
Bk+1 k+1
X 1 Bk+1 X
chk (Λ) = π∗ (ψn+1 )− ψik +
(k + 1)! 2 (k + 1)!
i=1 a+a0 =k−1
a0 a0
X
a a
jboucle ∗ (ψn+1 (−ψn+2 ) ) + j
arbre ∗ (ψα (−ψβ ) )
g,n
g1 +g2 =g (g1 ,g2 ),n,I
I⊂Nn
où les Bm sont les nombres de Bernouilli définis par
x X xm
= B m .
1 − e−x m!
m≥0
En particulier, nous remarquons que ch0 (Λ) = g − 1 et que tout caractère de Chern de Λ de degré
pair strictement positif est nul 12.
Dans ce théorème, les morphismes jarbre et jboucle correspondent respectivement aux opérations
de recollement de deux courbes marquées en leur dernier marquage et d’une courbe marquée avec
elle-même en ses deux derniers marquages. De plus, nous pouvons montrer que le morphisme de
projection π est isomorphe au morphisme d’oubli du dernier point marqué et que C g,n est isomorphe
à Mg,n+1 .
En exprimant nos nombres d’intersection en fonction des caractères de Chern du fibré de Hodge
au lieu de ses classes de Chern puis en utilisant le théorème ci-dessus, nous obtenons une combinai-
son linéaire d’intégrales dans lesquelles se trouvent des classes ψi , des classes chk (Λ) et des images
directes de ces classes par les trois morphismes énoncés.
Nous utilisons successivement la formule de projection, la formule de changement de variable,
la formule de fonctorialité du produit en cohomologie et enfin l’invariance des classes ψi et du
fibré de Hodge par l’opération de tirer-en-arrière sous chacun des trois morphismes. De tout cela,
il résulte une combinaison linéaire de nombres d’intersection du même type qu’au départ, mais
avec strictement moins de classes chk (Λ). De proche en proche, nous éliminons toutes ces classes
et n’avons plus que des classes ψi dans nos intégrales. Nous prenons la notation suivante, pour un
multi-indice d = (d1 , . . . , dn ),
Z
hτd ig,n = hτd1 . . . τdn ig,n = ψ1d1 . . . ψndn
Mg,n
Les formules de récurrence permettant le calcul de tous ces nombres d’intersection ont étés
conjecturées par Edward Witten dans [8] et démontrées par Maxim Kontsevich dans [6].
12. Nous avons tout simplement Bk = 0 pour tout k impair et différent de 1.
8
Théorème 2.3.2 (Kontsevich-Witten). Les nombres d’intersection ne faisant intervenir que des
classes ψi vérifient les relations de récurrence suivantes 13 pour tout k ≥ −1
n
X (2k + 2dj + 1)!!
(2k + 3)!!hτk+1 τd ig,n+1 = hτd1 . . . τdj +k . . . τdn ig,n
(2dj − 1)!!
j=1
1 X
+ (2r + 1)!!(2s + 1)!!
2
r+s=k−1
!
X
hτr τs τd ig−1,n+2 + hτr τdI ip,a+1 hτs τdcI iq,b+1 .
I⊂Nn
Nous renvoyons à [9] pour une discussion détaillée sur l’origine physique de cette conjecture et
pour savoir comment intervient la dynamique de type Virasoro.
3. Le cas d’une hypersurface dans un espace projectif à poids
Pour cette dernière section, nous nous baserons sur [3]. Nous regardons maintenant la théorie de
mi,j
Gromov-Witten d’une hypersurface X définie par un polynôme quasi-homogène W = si=1 γi N
P Q
j=1 xj .
PN précisément, nous disons que W est quasi-homogène de charges q1 , . . . , qN ∈ Q lorsque
Plus
j=1 mi,j qj = 1. Si nous écrivons les qj sous un même dénominateur commum w1 /d, . . . , wN /d,
alors les wj sont appelés poids de W et d est le degré. Nous voyons que W (λw1 x1 , . . . , λwN xN ) =
λd W (x1 , . . . , xN ) et donc l’équation W = 0 définit une hypersurface X dans l’espace projectif à
poids P(w1 , . . . , wN ) 14. Cette hypersurface est en général un orbifold. De plus, la condition d’être
de Calabi-Yau se traduit par la relation supplémentaire
n
X
qj = 1.
i=1
3.1. La correspondance Gromov-Witten/Landau-Ginzburg. Nous voulons calculer les in-
variants de Gromov-Witten de cette hypersurface. Cependant, nous avons des difficultés à définir
ces invariants et encore davantage de difficultés à les manipuler. Une stratégie pour les contour-
ner a été suggérée par Edward Witten. Il s’agit de non plus regarder les morphismes de courbes
complexes vers cet orbifold mais de se concentrer sur des fibrés en droites sur les courbes com-
plexes, avec certaines relations algébriques dictées par le polynôme W qui définit X. Nous appelons
cela le modèle de Landau-Ginzburg. Les invariants qui seront définis dans ce cadre sont appelés
invariants de Fan-Jarvis-Ruan-Witten. Il est attendu qu’il existe une dualité entre ce modèle et
celui de la théorie de Gromov-Witten, et que nous puissions exprimer de façon simple les invariants
de l’un à partir de ceux de l’autre. Mentionnons qu’il y a déjà un résultat établi par Alessandro
Chiodo et YongBin Ruan dans [2] qui démontre cette conjecture pour la quintique, c’est-à-dire
X = {x51 + · · · + x55 = 0} ∈ P4 (C).
Tout ceci va nous motiver par la suite pour définir proprement le modèle de Landau-Ginzburg
associé au polynôme W . Fixons g, n et l des entiers. Nous voulons prendre comme espace de modules
l’ensemble des classes d’isomorphismes de N -uplets (L1 , . . . , LN ) où les Li sont des fibrés en droites
sur une même courbe marquée (C; x1 , . . . , xn ) de genre g, avec pour conditions supplémentaires
13. Rappelons que le symbole (2p + 1)!! signifie pi=0 (2i + 1).
Q
14. Il s’agit par définition du quotient de CN − {0} par l’action de C∗ donnée par λ · (x1 , . . . , xN ) =
(λw1 x1 , . . . , λwN xN ). Nous remarquons que cette action possède des points fixes et que, par conséquent, les espaces
projectifs à poids sont en général des orbifolds.
9
que
N
⊗lq ⊗mi,j
O
L⊗l
j = ωlog
j
et Lj = ωlog
j=1
où les égalités signifient isomorphe à et où le fibré
Pen droites ωlog est le fibré cotangent (de la
courbe) tensorisé par le diviseur des points marqués ni=1 [xi ].
Il reste des zones d’ombres dans cette définition. Quel choix doit-on prendre pour l ? Quelles
courbes C admettre ? Seulement les courbes lisses, ou bien aussi les coubes nodales ? Cela nous
donnerait-il un orbifold compact, lisse et séparé ?
Afin de mieux comprendre ces questions, concentrons-nous sur un cas très simple, le polynôme
de Fermat xN N
1 + · · · + xN . Pour un tel polynôme, les fibrés en droites Li n’ont pas de relations les
uns avec les autres. Ainsi, nous allons juste considérer un seul fibré en droites L sur une courbe C
de genre g avec n points marqués. C’est ce que nous appelons une structure de niveau.
3.2. Les structures de niveau. Fixons des entiers g, n, a et r. Prenons une courbe (C; x1 , . . . , xn )
de genre g avec n points marqués. Nous appelons structure de niveau sur C la donnée d’un fibré en
droites L sur C et d’un isomorphisme φ : L⊗a → ωlog ⊗r
. Nous notons Ra,r
g,n l’espace de modules qui
en résulte. De plus, nous avons un morphisme f d’oubli de la structure de niveau, allant de Ra,r g,n
vers Mg,n .
Nous regardons d’abord le cas où r = 0. Un tel fibré en droites est appelé une racine de l’unité
puisque sa puissance a-ième doit être isomorphe au fibré trivial OC , qui joue le rôle d’unité dans le
groupe de Picard 15 de C.
Pour a = 1, l’espace de modules cherché est R1,0 g,n = Mg,n donc nous devons au moins admettre
pour (C; x1 , . . . , xn ) de prendre des courbes nodales stables. Ce choix suffit-il ? Clairement oui pour
a = 1 mais voyons les autres cas.
Prenons une courbe nodale C avec un seul noeud et sans point marqué. Nous pouvons défaire ce
noeud par l’opération de désingularisation. Nous obtenons une courbe lisse C̃ avec deux points
marqués xα et xβ . Par exemple, si C = CP1 /(0 = ∞), alors C̃ = CP1 , xα = 0 et xβ = ∞.
Par définition, un fibré en droites sur une telle courbe C est alors la donnée d’un fibré en droites
sur C̃ avec une identification des droites au-dessus de xα et de xβ , c’est-à-dire la donnée d’un
élément de C∗ .
Regardons de plus près l’exemple de C = CP1 /(0 = ∞) et prenons a = 2 et n = 1 (nous prenons
x1 = 1 comme point marqué de C). Soit L un fibré en droites sur C tel que L⊗2 soit trivial. Alors
L doit être trivial en dehors du noeud et la donnée de recollement ne peut être que +1 ou −1. Il y
a donc deux solutions au problème. Prenons maintenant le tore C = C/Z2 , muni du point marqué
x1 = 0. Nous savons que les fibrés en droites sont donnés par les diviseurs [x] avec x ∈ C et que
l’opération de tensorisation entre fibrés correspond à la loi de groupe dans C. Nous cherchons donc
à résoudre l’équation
2 · (x + iy) ≡ 0 [Z2 ].
Nous avons quatre solutions, données par 0, 1/2, i/2 et (1 + i)/2.
Ainsi, les fibres du morphisme d’oubli f : R2,0 1,1 → M1,1 ne sont pas de cardinal constant. Puisque
2,0
M1,1 est compact, nous ne pouvons pas en dire autant pour R1,1 .
Dès que la courbe n’est plus lisse, il nous manque des points dans notre espace de modules. Nous
devons donc admettre davantage de fibrés en droites.
Regardons bien ce qui se passe pour g = 0 et r = 1. Les fibrés en droites sur CP1 sont de la
forme O(p) avec p ∈ Z et le produit tensoriel correspond à l’addition dans Z. Le fibré canonique
15. Le groupe de Picard d’une variété est l’ensemble de ses fibrés en droites avec la loi de groupe donnée par le
produit tensoriel.
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est O(−2) et donc ωlog = O(n − 2). Ainsi, nous cherchons à résoudre l’équation
a · p = n − 2.
Cette équation a pour solution p = (n − 2)/a, qui peut ne pas être entier. Nous avons envie de
considérer des fibrés en droites donnés par des diviseurs rationnels , ou encore, si nous préférons,
par des points qui comptent comme 1/a. Ceci nous conduit naturellement à introduire des courbes
orbifolds, munies de fibrés orbifolds.
Nous définissons finalement l’espace de modules Ra,r g,n comme l’ensemble des classes d’isomor-
phismes des triplets (L, (C; x1 , . . . , xn ), φ) avec
– C est une courbe nodale stable orbifold avec des stabilisateurs triviaux en dehors des points
marqués et des noeuds, et des stabilisateurs Z/aZ sur les points marqués xi et sur les noeuds.
– au voisinage d’un point marqué xi , en coordonnées centrées sur xi , l’action de Z/aZ est en-
gendrée par z 7→ ζa z avec ζa une racine primitive de l’unité d’ordre a
– au voisinage d’un noeud, en coordonnées centrées sur le noeud, l’action de Z/aZ est engendrée
par (x, y) 7→ (ζa x, ζa−1 y).
– L est un fibré en droites sur C
⊗r
– φ est un isomorphisme entre L⊗a et ωlog .
L’ensemble Ra,r g,n ainsi défini admet une structure orbifold de dimension complexe 3g − 3 + n. De
plus, il est lisse, compact, séparé et est un revêtement de l’espace de modules des courbes (orbifolds)
stables.
Pour finir, essayons de comprendre ce qu’est un fibré en droites sur une courbe orbifold et
pourquoi cela résout-il notre problème. Nous savons que localement un orbifold est la donnée d’un
ouvert muni d’une action par un groupe fini. Dans notre cas, nous avons déjà décrit l’action, au
voisinage des points marqués et au voisinage des noeuds 16. Localement, un fibré en droites sur
une telle courbe est la donnée d’un fibré en droites muni d’un relevé de l’action. Par exemple, en
coordonnées locales centrées sur un noeud, un fibré en droites est donné par (x, y, λ) muni de l’action
(x, y, λ) 7→ (ζa x, ζa−1 y, ζak λ). De même, au voisinage d’un point marqué xi , nous avons l’action
(z, λ) 7→ (ζa z, ζami λ). Les valeurs de k sur chaque noeud et des mi sont des données supplémentaires
à prendre en compte pour un fibré sur une courbe orbifold par-rapport à un fibré sur une simple
courbe.
De plus, il est facile de comprendre comment se comporte un tel fibré par produit tensoriel : par
exemple, si l’action de L au-dessus de xi est donnée par (z, λ) 7→ (ζa z, ζami λ), alors l’action de L⊗2
au-dessus de xi sera donnée par (z, λ) 7→ (ζa z, ζa2mi λ).
Revenons à notre exemple C = CP1 /(0 = ∞), a = 2 et r = 0 pour conclure. Nous avons placé
une structure orbifold sur C en plaçant un stabilisateur Z/2Z sur le noeud et sur le point marqué
x1 = 1. Nous rappelons que nous avions deux fibrés en droites racines de l’unité, donnés par le
fibré trivial sur CP1 avec la donnée de recollement +1 ou −1 au-dessus du noeud. Nous devons
maintenant relever l’action à chacun de ces fibrés. Nous avons quatre choix pour chaque fibré,
donnés par (m1 , k) = (0, 0), (0, 1), (1, 0) et (1, 1). Au total, nous avons donc 8 points dans notre
espace de modules.
Pour le tore C = C/Z2 , nous avions quatre fibrés en droites et nous avons deux choix pour
chacun pour relever l’action, à savoir x1 = 0 ou x1 = 1. Au total, nous avons également 8 points
dans notre espace de modules.
Ainsi, nous pouvons être rassurés sur le fait qu’en admettant des courbes avec une structure
orbifold comme décrite ci-dessus, nous avons rajouté le bon nombre de points manquants dans
notre espace de modules.
16. Pour les autres voisinages, nous rappelons que l’action est triviale.
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3.3. Conclusion. La sous-section sur les structures de niveau permet de mieux comprendre le
modèle de Landau-Ginzburg. En particulier, les courbes dont il est question dans ce modèle sont
des courbes nodales stables orbifold et les fibrés qui définissent l’espace de modules sont des fibrés
en droites sur ces courbes, avec les relations algébriques souhaitées.
L’espace de modules Wg,n associé au polynôme quasi-homogène W est un orbifold lisse de di-
mension complexe 3g − 3 + n et est donc plus facile à manipuler que l’orbifold Mg,n (X, β) qui
est dangereusement singulier. Nous pouvons définir les invariants de Fan-Jarvis-Ruan-Witten avec
des méthodes similaires à celles qui ont été proposées dans la seconde section. Nous voyons en
particulier réapparaı̂tre des classes ψi mais il reste une zone d’ombre autour des classes λk qui ne
sont définies que de façon virtuelle .
L’objectif de mon sujet de recherche est dans un premier temps d’éclaircir la définition de λk
dans les mauvais cas , que nous appelons non concaves. Dans un deuxième temps, j’essayerai de
développer une technique de calcul similaire à celle de la section 2, afin d’être en mesure de donner
les valeurs de tous les invariants de façon récursive. Enfin, dans un troisième temps, j’étudierais la
correspondance avec la théorie de Gromov-Witten afin de voir ce que la méthode de calcul peut
nous apprendre sur la détermination des invariants de Gromov-Witten et le calcul de la cohomologie
quantique des variétés.
Références
[1] Enrico Arbarello, Maurizio Cornalba, Phillip A. Griffiths. Geometry of Algebraic Curves. Volume II - Volume
268 Springer-Verlag, N.Y.
[2] Alessandro Chiodo, Yong-Bin Ruan. Landau-Ginzburg/Calabi-Yau correspondence for quintic three-folds via sym-
plectic transformations. - arXiv :math/0812.4660
[3] Alessandro Chiodo. Des structures de niveau à la symétrie miroir globale. - Thèse d’Habilitation à Diriger des
Recherches.
[4] Jérémy Guéré. Calculs des nombres d’intersection dans l’espace de modules des courbes stables. - Mémoire de
Master 2.
[5] Kentaro Hori, Sheldon Katz, Albrecht Klemm, Rahul Pandharipande, Richard Thomas, Cumrun Vafa, Ravi
Vakil, Eric Zaslow. Mirror Symmetry. - Clay Mathematics Monographs. Chap. 21 à 27.
[6] Maxim Kontsevich. Intersection theory on the moduli space of curves and the matrix Airy function. - Communi-
cations in Mathematical Physics vol. 147 (1992), pages 1 − 23.
[7] David Mumford. Towards an enumerative geometry of the moduli space of curve. - Arithmetic and Geometry II
(M. Artin and J. Tate eds). Progress in Mathematics 36, Birkhäuser, Boston, 1983, pp. 271 − 328.
[8] Edward Witten. Two dimensional gravity and intersection theory on moduli space. - Surveys in Differential
Geometry, vol. 1 (1991), p. 243 − 310.
[9] Dimitri Zvonkine. An introduction to moduli spaces of curves and its intersection theory. - Ecole d’été de l’institut
Fourier de Grenoble. http ://www-fourier.ujf-grenoble.fr/Course-notes,1097.html
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