Dermatophytes et dermatophyties.
1. DEFINITION :
Les dermatophyties sont des affections causées par des champignons filamenteux microscopiques
qui ont une affinité pour la kératine (épiderme, ongles, poils, cheveux). Ils provoquent chez l’homme
et les animaux des lésions superficielles appelées dermatophyties : épidermophyties (épiderme),
intertrigo (plis), onyxis (ongles), teignes (cheveux), folliculites (poils). Les mycoses sont des motifs
fréquents de consultation en dermatologie.
Les agents fongiques responsables appartiennent à 3 genres : Epidermophyton, Microsporum et
Trichophyton.
2. PHYSIOPATHOLOGIE DE L’INFECTION.
L’origine de la contamination peut se faire à partir du sol (géophile), d’un animal (zoophile) ou par
transmission inter humaine (anthropophile) :
les espèces géophiles ou telluriques, parasitant l’homme secondairement à un traumatisme le
mettant en contact avec le sol ;
les espèces zoophiles transmises par contact direct ou indirect avec un animal infecté ou porteur
sain ;
les espèces anthropophiles transmises d’homme à homme de manière directe ou indirecte.
L’infection débute par une spore ou un morceau de filament qui adhère à la peau. Une lésion
préexistante facilite la pénétration : éraflure, microtraumatisme, échauffement, lésions souvent
inapparentes. Des filaments se développent de manière excentrique dans la couche cornée, puis se
ramifient. Après une semaine :
-Au niveau de la peau, il y a apparition d’une réaction cutanée et formation d’une couronne de
vésicules appelée dermatophytose circinée ou annulaire.
- Au niveau des plis le dermatophyte détermine un intertrigo fréquent au niveau du pied (intertrigo
interdigitoplantaire).
- Poils et cheveux peuvent être attaqués par un dermatophyte, l’envahissement se fait à partir de
l’ostium (ouverture) folliculaire avec une propagation descendant vers le bulbe. Selon les espèces
incriminées on distingue plusieurs types de parasitisme pilaire. Les cheveux envahis se cassent
facilement, d'où la chute des cheveux (teignes).
- Pour les ongles le champignon pénètre le plus souvent par la partie distale et progresse vers la
matrice par la tablette inférieure. Parfois l’attaque se limite au niveau de la tablette superficielle de
l'ongle (leuconychie).
3. REPARTITION GEOGRAPHIQUE
La majorité des dermatophytes sont cosmopolites. Cependant quelques espèces sont localisées
majoritairement à certaines régions du globe (Afrique, Asie). L’évolution du mode de vie,
l’amélioration de l’hygiène et la pratique de plus en plus importante d’activités physiques (et bien
d’autres facteurs encore) ont modifié l’épidémiologie et la répartition géographique des pathologies
à dermatophytes. Certaines espèces ont diminué de fréquence. D’autres sont en forte
augmentation, liées aux déplacements de population, en particulier les migrations Nord-Sud. Ces
dernières espèces s’adaptent à la population autochtone et sont à l’origine d’épidémies collectives
ou scolaires.
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4. FACTEURS FAVORISANTS :
Ils sont nombreux, liés surtout au mode de vie (loisirs, profession, …) mais peuvent être aussi
d’origine physiologique ou pathologique. On retrouve ainsi des :
- facteurs hormonaux : teignes de l’enfant ;
- facteurs immunologiques : corticothérapie, chimiothérapie, immunodépression ;
- facteurs professionnels : agriculteurs, éleveurs de bovins, vétérinaires, métiers sportifs ;
- facteurs environnementaux favorisant la macération (chaleur, humidité) : chaussures ou tennis,
vêtements empêchant l’évaporation, … ;
- facteurs socioculturels : natation, sports en salles, fitness, vestiaires ou de douches communs, … ;
- facteurs traumatiques : les microtraumatismes répétés sont source d’onyxis des pieds chez les
sportifs.
5. CLINIQUE
Les dermatophytes ont une affinité pour la kératine humaine ou animale. Ils vont donc attaquer
l’épiderme, couche superficielle de la peau, et les phanères, sans envahir les tissus profonds. Ils
déterminent un certain nombre de pathologies (dermatophytoses). Ils peuvent aussi être à l’origine
de réactions allergiques (dermatophytides).
5.1. Lésions du cuir chevelu : teignes
Elles correspondent au parasitisme des cheveux par un dermatophyte. On en distingue trois grands
types : Les teignes tondantes à petites plaques (teignes trichophytiques) ou à grandes plaques
(teignes microsporiques), les teignes suppurées et la teigne favique. Les cheveux envahis se cassent
facilement d’où la chute des cheveux.
5.1.1. Teignes sèches.
a-Teignes tondantes : On distingue deux entités cliniques :
● teignes tondantes microsporiques dues aux dermatophytes appartenant à des Microsporum (M.
canis, M. audoinii) elles sont à grandes plaques d'alopécie peu ou pas inflammatoires bien limitées
de 1 à 3cm de diamètre. Ces teignes très contagieuses, régressent habituellement spontanément à
la puberté. Elles sont fluorescentes en lumière de Wood (Wood +).
● teignes tondantes trichophytiques dues à des Trichophyton anthropophiles (T. violaceum, T.
soudanense,T. tonsurans). Elles sont à petites plaques d'alopécie parfois peu visibles, pouvant
secondairement fusionner pour former des grandes plaques mal limitées. Ces teignes peuvent
persister chez la femme adulte. Elles ne sont pas fluorescentes à la lampe de Wood (Wood -). Elles
sont contagieuses.
b- Teignes faviques ou Favus
Les teignes faviques dues à T.schoenleinii sont devenues rares aujourd’hui. Elles se présentent au
départ comme une petite croûte jaunâtre friable centrée par un cheveu qui en grandissant et en
fusionnant prend l’aspect d’un godet, sorte de dépression en cupule, remplies de croûtes jaunes
soufrées, dégageant une odeur de souris. Les cheveux touchés tombent en donnant une alopécie
définitive. Les cheveux malades sont fluorescents sur toute leur longueur à la lampe de Wood.
Contrairement aux autres teignes le favus ne guérit pas à la puberté. L’évolution se poursuit tant
qu’il existe des cheveux. La teigne favique est contagieuse.
5.1.2. Teignes suppurées
Les teignes suppurées plus rares, se présentent comme des placards ronds du cuir chevelu, très
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inflammatoires, de plusieurs centimètres de diamètre et surélevées (kérion). L’évolution est
spontanément régressive en quelques mois. Elles sont dues surtout aux dermatophytes d'origine
animale (zoophile) Trichophyton mentagrophytes, T. verrucosum, ou tellurique (Microsporum
gypseum), parfois aussi à certains anthropophiles (T. violaceum). Ces teignes suppurées se voient
surtout chez l'enfant et la femme adulte. Chez l'homme c'est plus rare en revanche les lésions sont
situées sur la barbe (sycosis) ou la moustache. Les teignes suppurées, non fluorescentes à la lumière
de Wood, sont peu ou pas contagieuses.
5.3. Lésions de la peau glabre
5.3.1. Les épidermophyties circinées :
Elles ont un aspect en anneau. Ce dernier recouvrant souvent de petites vésicules. La lésion débute
par une zone érythémateuse, souvent purigineux qui s'étale de façon centrifuge. Le pourtour
(anneau) est bien limité recouvert de petites vésicules et le centre est cicatriciel. La confluence de
plusieurs lésions crée un placard polycyclique.
5.3.2. Les intertrigos
Les intertrigos sont des lésions des plis qui siègent surtout au niveau des orteils avec prurit (« pied
d’athlète »), des plis inguinaux (anciennement eczéma marginé de Hebra) ou cruraux (cuisses). Ce
qui caractérise la lésion dermatophytique c’est la bordure inflammatoire, bien limitée en périphérie
des lésions. Au niveau de ces grands plis la lésion est souvent asymétrique.
5.4. Lésions des ongles : onyxis ou onychomycoses
C'est le motif de consultation le plus fréquent en dermatomycologie. Les atteintes concernent
surtout les ongles des pieds, mais ceux des mains peuvent l’être aussi. L’aspect le plus fréquent est
l’onychomycose disto-latérale touchant le bord libre de l’ongle formant une tache jaunâtre qui
s’étend vers la matrice. L’ongle souvent s’épaissit devient dur et s’effrite par la table inférieure.
D’autres aspects sont observés : leuconychie superficielle (l’ongle est attaqué en surface au niveau
de la tablette supérieure), onychomycose proximale (l’ongle est attaqué au niveau de la matrice),
onychomycodystrophie totale (l’ongle est totalement détruit).
6. Diagnostic biologique.
Il repose sur un prélèvement de qualité réalisé par un spécialiste (Dermatologue ou Mycologue) à
distance de toute thérapeutique locale ou générale (15 jours pour la peau, 2 mois pour un ongle).
Pour le cuir chevelu on s'aidera de la lampe de Wood pour les teignes microscopiques (fluorescence
verte).
6.1. Examen direct.
Dans les squames épidermiques où les fragments de phanères, le champignon se présente sous la
forme de filaments mycéliens cloisonnés arthrosporés.
Dans les cheveux l’envahissement du champignon permettra de préciser le parasitisme pilaire. On
distingue ainsi :
● le type trichophytique : les spores sont à l’intérieur du cheveu (endothrix, pas de
fluorescence), ce qui oriente d’emblée vers une origine anthropophile;
● le type microsporique : les spores sont présentes à l’intérieur et à l’extérieur (endo-ectothrix,
fluorescence verte); l'origine peut être soit anthropophile, soit géophile ou zoophile ;
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● le type favique : les filaments sont uniquement intrapilaires (faible fluorescence vert-jaune), ce
type est typiquement anthropophile.
6.2. Culture et identification.
Elle nécessite la mise en culture des prélèvements sur gélose de Sabouraud additionnée de
cycloheximide (Actidione®) et incubée entre 25 et 30°C.
L’identification reposera :
● sur le temps de pousse (1 à 3 semaines)
● sur l’examen macroscopique des cultures (couleur et texture)
● sur l’examen microscopique des cultures (aspect des filaments et des spores).
7. Traitement et prévention
Il doit être réalisé après le prélèvement mycologique, dès la connaissance du résultat de
l'examen direct :
1. Teignes : Le traitement local est insuffisant. Un traitement systémique est donc
indispensable, en association au traitement local.
par voie locale, application biquotidienne d’un antifongique imidazolé (pommade, gel
lotion) ;
par voie générale griséofulvine (Griséfuline®) per os 15 à 20 mg/kg/j, 6 à 8 semaines.
2. Lésions de la peau glabre, des plis : Le traitement peut être effectué par voie
locale (topique antifongique en crème lotion ou gel)( ou générale si les lésions
sont très étendues (Griséofulvine).
3. Onyxis : Le traitement est fonction de l’intégrité de la matrice.
● Sans atteinte matricielle: le traitement peut rester local, avec une préparation
antifongique en vernis : l'amorolfine (Locéryl®) ou Ciclopirox (Mycoster® solution filmogène)
une fois par semaine pour le premier, tous les jours pour le second pendant 3 à 6 mois.
L’avulsion chimique peut être utile avec une association azolé (bifonazole) et urée (Amycor-
Onychoset®, Onyset®). Un traitement, concomitant des espaces inter-digitoplantaires (ou
palmaires) est nécessaire pour éviter toute réinfection.
● avec atteinte matricielle : Au traitement local précédemment cité, il est nécessaire d’y
associer un traitement par voie générale. La terbinafine (Lamisil®) est la molécule de choix à
raison, chez l’adulte, de 1 cp/j pendant 3 mois pour les onyxis des mains à 6 mois (onyxis des
pieds). En cas d’intolérance (urticaire, troubles digestifs et perte du goût ) et de contre-
indication (grossesse, allaitement) le fluconazole peut être utilisé .Dans tous les cas une
surveillance hépatique et hématologique s'impose. Le Ketoconazole n'est plus utilisé.
8. PROPHYLAXIE
La prophylaxie est basée sur la maîtrise de la source de contamination, la reprise rapide du
traitement en cas de récidives, toutefois les mesures préventives collectives (surveillance
des douches et des piscines) sont difficiles à mettre en œuvre fautes de normes définies
pour les dermatophytes à l'inverse des bactéries.
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Mesures individuelles: Contre la chaleur et l’humidité
• Chaussettes, sous vêtements en coton et les changer tout les jours et les
décontaminer
• Semelles en cuir
• Anti transpirants : chlorure d’aluminium
• Gant en coton, caoutchouc
• Se laver les pieds soigneusement
• S’essuyer entre les orteils après lavage
• Sandales, serviettes personnels
• Ne pas marcher pieds nus longtemps
• Consulter son médecin