Cours de Droit Des Services Publics - 070443
Cours de Droit Des Services Publics - 070443
UNIVERSITE DU CEPROMAD
Appartenant à :………………………………………………………………………………………….
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2023-2024
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Présentation
Le cours de Droit des services publics est une notion tellement essentielle pour le droit administratif
qu’elle mérite d’être étudier comme un cours à part entière. Ce cours est enseigné en licence 3 (L3
Droit LMD) dans de nombreuses facultés de droit, ainsi qu’en master d’administration publique au
sein des institutions publiques. Les objectifs de l’ouvrage sont de permettre au lecteur de1:
connaître les règles de création et de suppression des services publics (au niveau national
et local);
L’ouvrage propose de répondre de façon claire et concise à ces objectifs au travers de deux chapitres :
1
Mastérant MALINIKAZI BYAMUNGU CONFIANCE, Chercheur en Droit, Assistant à UNIC/Goma 2023-2024
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PLAN SOMMAIRE
INTRODUCTION .............................................................................................................................................. 87
SECT. I. LA FORMATION HISTORIQUE DE LA NOTION DE SERVICE PUBLIC ............................... 87
1. L’EPOQUE MEDIEVALE (AU MOYEN AGE) .............................................................................. 87
2. L’EPOQUE DE L’ANCIEN REGIME............................................................................................... 89
SECT. II. LA CONCEPTION CONGOLAISE DU SERVICE PUBLIC ....................................................... 90
3. Notion ................................................................................................................................................. 90
4. L’importance juridique de la notion de service public........................................................................ 92
SECTION III. LA FONCTION DE PRESTATION : LE SERVICE PUBLIC .............................................. 92
5. L'identification du service public ........................................................................................................ 92
6. Notions voisines mais différentes de la notion de service public ....................................................... 93
CHAP 1. LES CRITERES ANALYTIQUES DU SERVICE PUBLIC ET LES CONTRATS D’HABILIATION
............................................................................................................................................................................ 96
SECTION 1. LES CRITERES ANALYTIQUES DU SERVICE PUBLIC ................................................... 96
7. Le caractère d'intérêt général de l’activité : C’est le critère matériel .................................................. 97
8. Le lien avec une personne publique : C’est le critère organique. ....................................................... 98
SECTION 2. LES CONTRATS D’HABILIATION..................................................................................... 100
9. La distinction entre les contrats de concession de service public et les marches de service public .. 100
10. Définition des contrats de concession de service public et des contrats de délégation de service
public 101
11. La problématique des redevances ................................................................................................. 102
CHAP 2. LE RÉGIME JURIDIQUE DU SERVICE PUBLIC ........................................................................ 104
SECTION 1. LA SUMMA DIVISIO DU REGIME JURIDIQUE DES SERVICES PUBLICS : S.P.A. OU
S.P.I.C. .......................................................................................................................................................... 104
12. Le caractère exhaustif de la distinction ......................................................................................... 105
13. Les critères de la distinction.......................................................................................................... 106
14. Définitions du SPA et du SPIC ..................................................................................................... 109
SECTION 2. LES LOIS DU SERVICE PUBLIC ........................................................................................ 109
15. LE PRINCIPE DE CONTINUITE ............................................................................................... 109
16. LE PRINCIPE D'ADAPTATION OU DE MUTABILITE .......................................................... 110
17. LE PRINCIPE D'EGALITE ......................................................................................................... 111
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INTRODUCTION
SECT. I. LA FORMATION HISTORIQUE DE LA NOTION DE SERVICE
PUBLIC
Le concept contemporain de service public, incluant une dimension politique et juridique, est très
récent. Il date de la Libération (autour de 1945), époque où la connaissance des besoins collectifs rejoint
la conscience de l’intérêt général. Si le concept est récent, il est néanmoins possible de relever à travers
l’histoire la reconnaissance d’activités destinées à satisfaire des besoins collectifs par les institutions
du pouvoir, quelle que soit la terminologie employée. En effet, si le terme même «service public»
n’apparaît pas dans les textes juridiques antérieurs à la Révolution française, cela n’exclut pas que les
idées de bien commun, d’intérêt collectif aient été soulevées.
Lors du mouvement d’émancipation communal (au début du XIIe siècle), la conscience des «intérêts
collectifs» se développe dans les communes nouvellement autonomes où apparaissent des «solidarités
urbaines». Ainsi, les municipalités reprennent la responsabilité des installations banales et elles sont
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chargées de la construction et de l’entretien des ouvrages publics (ponts, rues, places, fontaines...). De
nouveaux services d’intérêt commun voient le jour liés à des fonctions de défense (service de guet et
de ronde), de police, notamment la préservation de la salubrité publique (enlèvement des ordures,
nettoyage des rues...) ou d’assistance envers les pauvres et les malades, généralement au soutien
d’actions religieuses (services hospitaliers). Enfin, certaines villes s’érigent en lieu de rendez-vous
d’affaires, de marchés, de foires...; dès lors, une mise en commun de services répondant à une stratégie
économique voit également le jour: institution d’un service de voirie locale (pour l’entretien des routes
et voies navigables), services de transport des marchandises par charrette, de voyageurs par diligence...
Entre les villes, les seigneurs – remplacés par les services du Roi ultérieurement – se doivent d’assurer
la paix sur les chemins, en contrepartie des droits de péage qu’ils touchent.
En parallèle des actions seigneuriales ou municipales, l’Église, très présente dans les structures sociales
du Moyen Âge, joue également un rôle actif dans le développement des services d’intérêt collectif. Elle
agit surtout pour la mise en œuvre de services d’assistance envers les pauvres et les malades puisque
c’est la charité qui est au cœur de ses interventions. Son incursion dans ces domaines atteste de
l’insuffisance des initiatives publiques. Ainsi, par exemple, elle défend le droit à la subsistance et mène
de nombreuses actions pour la prévention des maladies et des épidémies (opération d’assèchement des
marais, enseignement des premiers soins...). Si, à l’origine, c’est la compassion qui justifie ses
interventions, Saint Thomas d’Aquin conceptualisera plus tard le fondement de l’action ecclésiastique
par la notion de «bien commun» (ou «utilité publique», «commun profit»).
Exemple : Saint-Thomas d’Aquin (1225-1274) est un religieux de l’ordre dominicain, célèbre pour
son œuvre théologique et philosophique. Il réhabilite des idées d’Aristote sur l’utilitas publica. Il
considère en effet que le fondement de l’intervention de l’Église dans la vie sociale, et plus
généralement des pouvoirs publics, est la recherche du «bien commun» (également qualifié d’«utilité
publique» ou «commun profit»). Cette notion, philosophique et non juridique, est très importante. Elle
sera reprise lors de la Révolution française lorsque va émerger la théorie du service public et elle
constitue clairement le prélude à la consécration du concept «d’intérêt général».
Dès le MoyenÂge, des principes de fonctionnement des services publics semblent se dégager s’agissant
de l’utilisation des installations banales. Tout d’abord la continuité du service puisque les installations
doivent toujours être tenues en état permanent de fonctionnement, l’interruption de l’activité pendant
plus d’une journée libérant les sujets du monopole seigneurial; l’égalité de traitement entre «usagers»
ensuite puisqu’il est prévu une tarification identique pour user des installations et qu’aucune priorité
n’est possible dans l’accès au service. Ces principes de fonctionnement sont d’ailleurs garantis
juridiquement par un régime de responsabilité puisque les seigneurs (ou les représentants du Roi) sont
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amenés à connaître des litiges nés du fonctionnement des banalités et, notamment, des litiges liés à un
comportement abusif de la personne en charge de l’exploitation du service. Enfin, ces règles de
fonctionnement sont les mêmes quel que soit le mode de gestion retenu. Dès cette époque, différents
modes de gestion des services d’intérêt collectif sont en effet possibles: la régie (par exemple:
l’installation banale est «gardée» par un préposé au seigneur) ou la délégation contractuelle. Cette
dernière peut être de deux ordres: elle peut être générale,c ’està-dire porter sur un ensemble de tâches
administratives d’intérêt collectif non individualisables, par exemple les «lettres de communes»
(Orléans, 1137) ou les «concessions de communes» (Breteuil, 1286; Sens, 1474) qui ont participé à
l’émancipation urbaine (l’ensemble des activités d’intérêt collectif est alors délégué par le seigneur à
la commune); ou elle peut être particulière, c’est-à-dire concerner une activité précise dont
l’exploitation est abandonnée par le seigneur (ou, ultérieurement par la commune) à un particulier en
échange d’une rémunération (par exemple un affermage): ce procédé est possible pour la gestion d’une
installation banale mais également pour l’exercice de nombreuses fonctions administratives et
judiciaires, comme par exemple les prévôtés (ancêtre de la gendarmerie).
Dans le cadre des services rattachés au Roi en tant que personne publique, un glissement va s’opérer.
Ainsi, des services initialement créés pour asseoir le pouvoir du Roi vont, dans un second temps, être
ouverts aux particuliers et devenir des services de «prestation» au public: le service du Roi devient un
service «au» public. L’exemple du service des chevaux de poste est significatif: créé à l’origine pour
assurer la transmission des courriers et des édits du Roi aux différentes autorités réparties dans le
royaume, ce service est, par la suite, ouvert aux particuliers suivant des modes de paiement divers
(1464). Dès lors, de grands services «au» public apparaissent dès cette époque: outre le service des
chevaux de poste, la messagerie royale est créée par HenriIII en 1576; de même des lignes de coches
entre Paris, Rouen, Beauvais, Troyes et Orléans se développent ainsi qu’un service de carrosses
publics.
Tout d’abord, depuis le XIIIe siècle, tout pouvoir royal s’attache à organiser les services régaliens:
armée, justice, diplomatie, levée des impôts, monnaie. Le domaine d’intervention des principaux
collaborateurs du Roi est révélateur du phénomène et donc de l’existence avérée de ces différends
«services publics». Ainsi, à la fin du XVIe siècle, quatre secrétaires d’État entourent le Roi (HenriIII
puis HenriIV) avec chacun une tâche précise: la Guerre, les Affaires étrangères, la Marine, la Maison
du Roi; s’ajoutent le Chancelier – chef de la Justice royale – et le chef de l’administration financière.
Au-delà de ces domaines d’action classiques du pouvoir royal, une politique interventionniste va être
90
menée par les monarques à partir du XVIe siècle. De nombreuses activités vont être considérées comme
d’intérêt collectif et donc justifier l’intervention des pouvoirs publics.
D’un strict point de vue logique, le service public donne parfois lieu à deux sortes de définitions:
1. Une définition purement organique ou formelle : le service public, c'est toute activité exercée
par une personne publique, un organisme public. Objection : selon la jurisprudence, toutes
les activités exercées par des personnes publiques ne sont pas des services publics ; et certaines
personnes privées ont en charge des services publics. Une définition purement organique ou
formelle n’est donc pas recevable ; elle est contredite par la jurisprudence ;
2. Une définition purement fonctionnelle ou matérielle : le service public, c'est toute activité
d’intérêt général. Objection : la jurisprudence ne considère pas toutes les activités d’intérêt
général comme étant des services publics. Une définition purement fonctionnelle ou matérielle
n’est donc pas acceptable ; elle est infirmée par la jurisprudence.2
En fait, chacune des définitions précédentes éclaire un seul aspect du concept de service public. Par
conséquent, « nous retiendrons ici une définition organico-fonctionnelle ou organico-matérielle du
service public. Une telle définition fait une large place à l’intention des pouvoirs publics. Ceux-ci ont
en charge le bien commun.
Par suite, la question « Telle activité constitue-t-elle un service public ? » implique la question« Les
pouvoirs publics ont-ils eul’intention d’en faire un service public ? »
Dans certains cas, la volonté subjective des pouvoirs publics est patente.
- Il s’agit essentiellement « des cas dans lesquels le législateur a lui-même entendu reconnaître
ou, à l'inverse, exclure l'existence d'un service public »-CE, Sect., 22 février 2007, Association
du Personnel Relevant des Établissements pour Inadaptés (A.P.R.E.I.), n° 264541.
2
Note sous CE, 7 avril 1916,Astruc in La jurisprudence administrative de 1892 à1929, Librairie du Recueil Sirey, 1929
(Nouveau tirage 1931), T. I, p. 332 et s.
91
- Confronté à de tels cas, le juge se borne à prendre acte de la volonté du législateur. Il considérera
comme un service public ce que le législateur a qualifié comme tel, et il ne considérera pas
comme un service public ce à quoi le législateur a refusé la qualification de service public.
En l’absence d’une volonté législative, le juge retiendra ou refusera la qualification de service public
en se fondant sur desindices (descritères ou desconditions).
1. Quels sont les indices ou critères du service public ? À quoi reconnaît-on un service public ?
2. Quelles sont les conditions qu’une activité doit remplir pour pouvoir recevoir la qualification
de service public ?
Les critères du service public sont partiellement résumés sous la forme d’un faisceau d’indices (intérêt
général, habilitation, prérogatives de puissance publique et contrôle) dans ce considérant du Conseil
d’État :
« [U]ne personne privée qui assureuse d’une mission d’intérêt général sous le contrôle de
l’administration et qui est dotée à cette fin de prérogatives de puissance publique est chargée de
l’exécution d’un service public ; que ,même en l’absence de telles prérogatives, une personne privée
doit également être regardée, dans le silence de la loi, comme assurant une mission de service public
lorsque, eu égard à l’intérêt général de son activité, aux conditions de sa création, de son organisation
ou de son fonctionnement, aux obligations qui lui sont imposées ainsi qu’aux mesures prises pour
vérifier que les objectifs qui lui sont assignés sont atteints, il apparaît que l’administration a entendu
lui confier une telle mission […] »3
On aura relevé que, selon le Conseil d’État, la détention de prérogatives de puissance publique par la
personne privée n’est pas une condition sine qua non en vue de la qualification de service public. Si
nous ne redoutions pas les complications inutiles, nous pourrions reformuler notre définition en y
incluant les prérogatives de puissance publique.
Définition inutilement compliquée : Un service public est une activité exercée par une personne
publique ou par une personne privée dotée ou non de prérogatives de puissance publique (avec
l’habilitation et sous le contrôle d'une personne publique) en vue, principalement, de répondre à un
besoin d'intérêt général.
La détention de prérogatives de puissance publique par la personne privée n’étant pas une condition
nécessaire, nous revenons finalement à notre définition de départ.
3
- CE, Sect., 22 février 2007,Association du Personnel Relevant des Établissements pour Inadaptés(A.P.R.E.I.), n° 264541
92
Définition retenue dans ce cours : Un service public est une activité exercée par une personne
publique ou par une personne privée (avec l’habilitation et sous le contrôle d'une personne publique)
en vue, principalement, de répondre à un besoin d'intérêt général.
Pourtant, en dépit de son rôle central, le service public pose problème. Didier Truchet remarque :
« Personne n'a jamais réussi à donner du service public une définition incontestable : le législateur ne
s'en est pas soucié, le juge ne l'a pas voulu, la doctrine ne l'a pas pu. »
D’après l'auteur, la signification du concept varie selon les circonstances de son emploi : il est devenu
un label qui recouvre des réalités juridiques variées5. Au contraire, le statut, le régime du service public
semble échapper à toute contingence. En clair, on ne saurait pas ce qu’est un service public, mais on
saurait quelles sont les règles qui lui sont applicables. Situation traumatisante pour l’intellect.
Un service public est une activité exercée par une personne publique ou par une personne privée (avec
l’habilitation et sous le contrôle d'une personne publique) en vue, principalement, de répondre à un
besoin d'intérêt général.
Quel intérêt juridique y a-t-il à reconnaître une activité comme étant un service public ?
Autrement dit, quelles conséquences juridiques découlent de la qualification de service public
donnée à une activité ?
4
Cf. Introduction générale.
5
Nouvelles récentes d’un illustre vieillard : label de service public et statut de service public, A.J.D.A. 1982, pp. 427-439.
93
Lorsqu’une activité est reconnue comme étant un service public, elle est ipso facto soumise au régime
du service public (Cf.II, p. 38). De plus, l’article 1382 du code général des impôts exonère de la taxe
foncière sur les propriétés bâties les immeubles des collectivités publiques lorsqu’ils sont affectés à un
service public ou d'utilité générale et qu’ils sont non productifs de revenus
On ne saurait confondre le concept de service public avec ces notions issues du droit [communautaire]
de l’Union européenne :
- Services universels : « Services définis d'une qualité donnée, ainsi que la fourniture de ces
services à tous les utilisateurs indépendamment de leur localisation géographique et, à la
lumière des conditions spécifiques nationales, à un prix abordable »
- Service d’intérêt général : « Activité de services marchands ou non, considérée d’intérêt
général par les autorités publiques, et soumise pour cette raison à des obligations spécifiques
de service public ».
- Service d'intérêt économique général : « Activité de services marchands remplissant des
missions d'intérêt général, et soumise de ce fait par les États membres à des obligations
spécifiques de service public. » C'est le cas en particulier des services en réseaux de transport,
d'énergie, de communication…
1.2. Service public et régime exorbitant
On reconnaîtrait un service public au fait qu’il est soumis à un régime exorbitant, c’est-à-dire au
droit administratif. Thèse inacceptable. Il est constant que certains services publics sont
globalement soumis au droit privé. Ils n’en restent pas moins des services publics : les lois du
service public leur sont applicables. Parfois, le Conseil d’État admet qu’une personne privée gère
un service public malgré l’absence de prérogatives de puissance publique6.
Une activité gérée par une personne privée revêt un caractère d’intérêt général marqué.
Elle ne deviendra un service public qu’à partir du moment où l’administration la soumettra à
une réglementation comportant des obligations de service public.
6
CE, 20 juillet 1990, Ville de Melun et Association Melun-Culture-Loisirs, n°s 69867 et 72160 ; CE, Sect., 22 février
2007, Association du Personnel Relevant des Établissements pour Inadaptés (A.P.R.E.I.), n° 264541 (voir plus loin).
94
La théorie du service public virtuelle plaçait les personnes privées dans une situation d’incertitude
quant au régime juridique ultérieur d’une activité qu’elles choisissent a priori d’assurer sur un marché.
On a pu soutenir qu’elle débouchait sur une gestion par inadvertance du service public. Critiquée par
la doctrine, elle est restée sans lendemain jurisprudentiel. Sans aller jusqu’à faire revivre la théorie du
service public virtuel, le Conseil d’État a admis, dans un avis en date du 18 mai 2004 relatif à la
Cinémathèque française (association soumise à la loi du 1er juillet 1901), l’idée d’un service public
créé spontanément par une personne privée et reconnu a posteriori par une personne publique7
Selon certains auteurs, le service public correspond à une donnée objective. Il suffit d'en constater
l'existence. Et cette constatation se fonde sur la nature même de l'activité exercée. Il existe des tâches
constituant objectivement des services publics, un domaine naturel du service public. C'est la thèse du
service public par nature. Dans ses conclusions sur TC, 22 janvier 1921, Colonie de la Côte d’Ivoire c.
Société commerciale de l’Ouest africain, n° 00706 – « Arrêt du bac d’Eloka »- le commissaire du
gouvernement Matter rend compte de cette thèse : « Il faut entendre par "service public" une
organisation gérée par un organe de l’administration publique en vue de l’accomplissement de la
fonction administrative de l’État. Ainsi ne seront services publics que ceux organisés par l'État ou l’un
de ses démembrements en vue d'accomplir un acte normal de sa fonction, pour atteindre son but naturel.
[…] Certains services sont de la nature, de l'essence même de l'État ou de l’administration publique.
»8
Toutefois, il serait déraisonnable d’énoncer une règle générale à partir de cette référence au service
public par nature :
d’une part, parce que dans l’espèce précitée, le décret lui-même avait qualifié les bases de
données en question de service public, même si cette qualification, donnée par voie
réglementaire, ne lie pas le juge,
d’autre part, parce que le domaine du service public est essentiellement contingent ; le juge a
reconnu le caractère de services publics à des activités auxquelles il l’avait naguère ou jadis
refusé, et inversement.
7
CE, Sect., 18 mai 2004, Avis n° 370.169 ; EDCE 2005, p. 185
8
-CE, 17 décembre 1997,Ordre des avocats à la Cour de Paris, n° 181611.
95
Exemple : En 1906(CE, 5 décembre 1906, Ville de Lyon, Rec. 892), puis en 1916(CE, 7 avril 1916,
Astruc et Société du théâtre des Champs-Élysées, Rec. p. 163), le Conseil d’État estime que
l’exploitation d’un théâtre n’est pas un service public :).
96
L'expression Les critères analytiques du service public désigne les indices (ou le faisceau
d’indices) qui permettent de conclure qu'une activité donnée est un service public.
Quels sont les critères qui permettent de conclure à l'existence d'un service public ?
Critère matériel et critère organique. Pour qu'une activité soit considérée comme un service public,
elle doit satisfaire aux deux critères suivants :
a. critère matériel c’est le caractère d'intérêt général: la satisfaction d'un besoin d'intérêt général
doit constituer la raison d'être de cette activité ;
b. critère organique c’est le lien direct ou indirect avec une personne publique. Quant à la
détention, par une personne privée, de prérogatives de puissance publique, elle n’est plus
considérée comme nécessaire à la qualification générique de service public.9
Une activité peut-elle remplir tous ces critères sans être considérée comme un service public ?
Une activité peut remplir ces deux critères - intérêt général et lien avec une personne publique - sans
être considérée comme un service public. Par exemple, la gestion du domaine privé d’une personne
publique n'est jamais considérée comme une activité de service public.
Quelle doit être ma démarche lorsque l’on me demande si une activité X constitue ou non un
service public ?
9
CE, 20 juillet 1990, Ville de Melun et Association Melun-Culture-Loisirs c/ Vivien, n°s 69867 et 72160 ; CE, Sect., 22
février 2007, Association du Personnel Relevant des Établissements pour Inadaptés (A.P.R.E.I.), n° 264541:
97
Étape n° 1. Je me demande si la loi a qualifié de service public cette activité X ou si elle a exclu
que ladite activité soit un service public. Dans l’affirmative, ma tâche est terminée, je ne passerai pas
à l’étape n° 2 : je dirai, comme le ferait le juge, que l’activité X en question est un service public
(qualification accordée par la loi) ou n’est pas un service public (qualification exclue par la loi). Dans
la négative, donc en l’absence aussi bien d’octroi que d’exclusion de la qualification de service public
de la part du législateur, je passerai à l’étape n° 2 qui suit.
Étape n° 2. Je me demande si l’activité X en cause remplit les critères jurisprudentiels requis pour la
qualification de service public. Selon que la réponse à cette dernière question sera positive ou négative,
je conclurai que j’ai affaire ou non à un service public.
La définition de l'intérêt général n’est pas aisée - comme du reste celle d’autres concepts majeurs du droit
administratif. Jacques-Henri Stahl remarque:« L’intérêt général est une notion d’une certaine plasticité,
volontairement imprécise, qui permet au juge d'adapter les contours de sa jurisprudence aux aspirations ou aux
nécessités de son temps. »
La combinaison de ces deux certitudes autorise une certaine approximation de la notion d'intérêt
général. L'intérêt général coïncide nécessairement avec les intérêts des administrés, donc avec des
intérêts particuliers. Mais pas avec tous les intérêts particuliers. En effet, ceux-ci sont souvent
contradictoires ou contraires.
98
Par conséquent, l'intérêt général est souvent le résultat d'un arbitrage entre différents intérêts
particuliers.
- L'arbitrage a lieu :
Soit sur le fondement d'un critère quantitatif : l'intérêt du plus grand nombre éventuellement revu
et corrigé par les gouvernants ;
Soit sur le fondement d'un critère qualitatif : sur des valeurs. Par exemple, les chômeurs ne sont pas
majoritaires. Mais cette vérité n'empêche pas que leurs intérêts particuliers l'emportent, dans certains
cas, sur ceux de la majorité - services publics gratuits aux frais de la majorité. La survie d’une minorité
est jugée ici plus importante que certains intérêts pécuniaires de la majorité.
Une activité d'intérêt général ne peut être considérée comme un service public que s'il existe un certain
type de lien entre cette activité et une personne publique.
Que faut-il entendre par la formule lien avec une personne publique ?
Par la formule lien avec une personne publique, on entend l'une des deux situations suivantes :
Ou bien l'activité d'intérêt général est gérée directement par une personne publique (lien direct
avec une personne publique) ;
Ou bien l'activité d'intérêt général est gérée par une personne privée avec l’habilitation et sous
le contrôle d'une personne publique (lien indirect avec une personne publique)
Principe du libre choix du mode de gestion : sauf dispositions législatives ou principes jurisprudentiels
contraires, les personnes publiques ont la liberté de choisir le mode de gestion du service public dont elles ont
la responsabilité10
L'expression lien direct avec une personne publique sert à désigner l'une des deux situations suivantes
:
10
Exemple : certains services publics ne peuvent en principe être délégués à des personnes privées. Tel est le cas de la
police - (CE, Ass., 17 juin 1932,Ville de Castelnaudary, p. 595, D 1932.3.26, concl. Josse ; CE, Sect., 28 mai 1958, Consorts
Amoudruz, Rec. 301, AJDA 1958.309, chr. ; CE, 23 octobre 1974,Valet, Rec. 500, AJDA 1975.363, note Vier). Voir,
SECTION II, cours sur la police administrative.
99
Ou bien la personne publique juridiquement responsable d’une activité d'intérêt général a confié la
gestion de cette activité d'intérêt général à une autre personne publique.
Dans les deux cas, c'est une personne publique qui gère l'activité d'où le recours à l'expression lien
direct avec une personne publique pour désigner ces deux situations.
À combien de personnes avons-nous affaire dans l'hypothèse d'un lien indirect entre une activité
d'intérêt général et une personne publique ?
Dans l'hypothèse d'un lien indirect entre une activité d'intérêt général et une personne publique, nous
avons affaire à deux personnes :
d'un côté, la personne publique (appelons-la A) dont relève l'activité d'intérêt général, celle qui
en est juridiquement responsable,
de l'autre, une personne privée (appelons-la B)
Une personne privée n’est réputée gérer un service public que si trois conditions sont réunies
Même si elle ne détient pas de prérogatives de puissance publique, une personne privée est réputée
gérer un service public si deux conditions sont réunies :
La personne publique (A) a confié la gestion de l'activité d'intérêt général qui relève d'elle à B. La
nature juridique de l'acte par lequel la personne publique (A) a ainsi confié la gestion de l'activité
d'intérêt général qui relève d'elle à B détermine la nature juridique des relations entre A et B.
100
Dans l’hypothèse du lien indirect, c’est une personne privée qui gère une activité d'intérêt général, mais
sous le contrôle d’une personne publique11
- Imposer certaines obligations et des mesures permettant de « vérifier que les objectifs qui lui
sont assignés sont atteints »12
- éventuellement, conférer des prérogatives de puissance publique (pour l'essentiel, la possibilité
de prendre des actes administratifs unilatéraux).
Dans l’hypothèse du lien indirect, on parle de gestion déléguée - au sens large de l’expression. La
personne privée est habilitée par une personne publique à gérer un service public.
1. La personne privée est une société dont le capital est, au moins, majoritairement public
2. La personne privée a reçu d’une personne publique une autorisation unilatérale, par un acte
réglementaire à l’effet de gérer un service public -habilitation unilatérale;
3. La personne privée a conclu un contrat avec une personne publique. Et en vertu de ce contrat,
elle gère un service public -habilitation contractuelle.
11
cf., par exemple, CE, Sect., 6 avril 2007, Commune d'Aix-en-Provence, n° 284736.
12
CE, Sect., 22 février 2007,Association du Personnel Relevant des Établissements pour Inadaptés (A.P.R.E.I.), n° 264541
13
C’est ainsi que l'agrément ministériel, prévu par l'article 16 de la loi du 16 juillet 1984, qui investit une fédération sportive
d'une mission de service public et lui confère qualité pour exercer ces pouvoirs mentionnés audit article, a le caractère d'une
décision réglementaire - CE, 20 janvier 1989,Fédération française de karaté-taekwondo et arts martiaux affinitaires et
Fédération française de judo et jiu-jitsu kendo, disciplines associées, n° 73962. Solution contraire en l’absence d’une
mission de service public : CE, 8 mars 2012 Association Nice-volley-ball, n° 352959.
101
En bref le contrat de concession de service public c’est lorsque la personne publique transfère à son
cocontractant le risque lié à l'exploitation du service public, Tandis que pour le contrat d’un marché de
service publique : lorsque la personne publique ne transfère pas à son cocontractant le risque lié à
l'exploitation du service public
10. Définition des contrats de concession de service public et des contrats de délégation de
service public
Quand faut-il employer l’expression « contrat de concession » ou l’expression « contrat de
délégation de service public » (DSP) ?
On emploie l’expression« contrat de délégation de service public » lorsque la personne publique qui
confie contractuellement la gestion du service public est une collectivité territoriale (c’est-à-dire,
essentiellement, une commune, un département ou une région). Il agit à son nom comme personne
publique (lien direct)14
On utilise l’expression « concession de service public » lorsque la personne publique qui confie
contractuellement la gestion du service public n’est pas une collectivité territoriale (pas le pouvoir
d’exerce sur son territoire certains compétence). Il peut s’agir au nom de l’État, d’une université, d’un
hôpital public, (lien indirect du pouvoir public)
Cette différence entre les expressions nous envoie à définir le contrat de concession de service public comme
étant : tout contrat par lequel une personne publique (« autorité concédante ») confie la gestion d’un service
public à une personne privée ou publique (dénommée « concessionnaire »), tout en lui transférant le risque lié
à l’exploitation du service, en contrepartie soit du droit d’exploiter le service, soit du droit de ressortir un prix.
Etat
(Pouvoir Personne
public) Service public
publique
14
Plus précisément, une collectivité territoriale, un établissement public local, un de leurs groupements, ou plusieurs de
ces personnes morales (Article L.1121-3 du code de la commande publique et article L.1411-1 du code général des
collectivités publiques).
102
Un contrat de délégation de service public tout contrat par lequel une collectivité territoriale (dénommée «
autorité délégante ») confie la gestion d’un service public à une personne privée ou publique (dénommée «
délégataire »), tout en lui transférant le risque lié à l’exploitation du service, en contrepartie soit du droit
d’exploiter le service, soit de ce droit assorti d’un prix
Etat
(Pouvoir Personne Personne publique
public) publique Ou Service publique
Personne privé
Définition des marchés de service public : tout contrat par lequel une personne (en principe publique) confie
la gestion d’un service public à une personne privée ou publique, sans transfert de risque, en contrepartie d’une
rémunération qui n’est pas liée aux résultats de l’exploitation du service. On ne transfère pas les risques
Les sommes « demandées à des usagers en vue de couvrir les charges d'un service public déterminé ou les
frais d'établissement et d'entretien d'un ouvrage public, et qui trouvent leur contrepartie directe dans des
prestations fournies par le service ou dans l'utilisation de l'ouvrage »
- services publics ne peuvent être financés que par l'impôt ; c’est-à-dire La redevance doit
porter sur un service qui par nature peut donner lieu à la perception d’une redevance (Taxe
due en contrepartie de l'utilisation d'un service public).
- Ce n’est donc ni un impôt ni une taxe c’est-à-dire La redevance doit correspondre à un service
rendu à l'usager.
103
- Il doit donc y avoir une certaine équivalence entre la redevance et le coût réel du service.
C’est-à-dire le montant de la redevance doit correspondre au coût réel du service rendu
104
Par régime du service public, il faut entendre les règles applicables aux services publics et qu'il faut garder à
l'esprit.
Quelles règles faut-il garder à l'esprit une fois que l'on a appris à définir le service public ?
Régime du service
public
Soumis aux trois lois du service public
b. Tout service public est nécessairement soumis aux trois lois du service public:
principe de continuité,
principe d’adaptation
et principe d’égalité.
de continuité
D’égalité.
On peut classer les services publics en se fondant sur les critères les plus divers, mais la distinction SPA-SPIC
emporte les conséquences juridiques les plus importantes : soumission globale, mais pas exclusive, du SPA au
droit administratif et du SPIC au droit privé.
Qui peut gérer un service public à caractère administratif et qui peut gérer un service public à caractère
industriel et commercial ?
Un service public à caractère administratif peut être géré par une personne publique ou par une personne privée.
De même, la gestion d'un service public à caractère industriel et commercial peut être le fait d'une personne
publique ou d'une personne privée.
Il ne faut surtout pas commettre l’erreur de dire qu’un établissement public est un service public. Ce serait
comme si vous disiez qu’une commune est un service public. Nous avons déjà parlé de l’établissement public
dans l’analyse du lien avec une personne publique.
Définition : L’établissement public est une personne morale de droit public chargée principalement
(spécialement) de gérer un service public.
Exemple : les universités, les hôpitaux publics, Congo Airways, Congo hydrocarbure,
Certains établissements publics gèrent à la fois un service public à caractère administratif et un service public à
caractère industriel et commercial. On les qualifie d’établissements publics à double visage
Exemple : ICCN
La distinction SPA-SPIC est exhaustive pour la raison suivante : PARCE QU’aucun service public n'y échappe.
Un service public est forcément soit un SPA, soit un SPIC
1. L’intérêt de la distinction
Nuances contentieuses. Bien qu’exclues des révisions, elles méritent d’être signalées :
Exceptions au régime contentieux des services publics à caractère administratif. Dérogation au principe de la
compétence du juge administratif.
un litige contractuel opposant l’agent d’un service public à caractère administratif à la personne
privée qui gère ce service public
un litige (non contractuel) opposant l’agent d’un service public à caractère administratif à la
personne privée qui gère ce service public dans le cas où le litige résulte d’un acte unilatéral
concernant l’agent
Exceptions au régime contentieux des services publics à caractère industriel et commercial. Par dérogation au
principe de la compétence du juge judiciaire,
un litige consécutif au dommage de travaux publics subi par un tiers (pas un usager !) au service
public à caractère industriel et commercial
les litiges ayant trait aux décisions réglementaires relatives à l’organisation du service public à
caractère industriel et commercial
les litiges liés à l’exercice de prérogatives de puissance publique
un litige relatif à la situation contractuelle soit du directeur général, soit du comptable public
du service public à caractère industriel et commercial géré par une personne publique
Par son objet, l'origine de ses ressources ou les modalités de son fonctionnement, un service public à caractère
administratif se distingue d’une entreprise privée.
Par son objet, l'origine de ses ressources ou les modalités de son fonctionnement, un service public à caractère
industriel et commercial ressemble à une entreprise privée. Relevons avec une relative satisfaction un écho de
cette définition dans la jurisprudence de la Cour de cassation : « [Pour être reconnu comme industriel et
commercial, un service public doit ressembler à une entreprise privée par son objet, l’origine de ses ressources
et ses modalités de fonctionnement »
107
Quelle doit être ma démarche lorsque l’on me demande si un service public X est un service public à
caractère administratif (SPA) ou un service public à caractère industriel et commercial (SPIC) ?
Étape n° 1. Je me demande si la loi a qualifié de SPA ou de SPIC ce service public X. Dans l’affirmative, ma
tâche est terminée, je ne passerai pas à l’étape n° 2 : je dirai, comme le ferait le juge, que le service public X en
question est, selon la qualification législative découverte, un SPA ou un SPIC. Dans la négative, donc en cas
l’absence de qualification législative, je passerai à l’étape n° 2 qui suit.
Étape n° 2. Je me demande si le service public X en cause remplit les critères jurisprudentiels requis pour la
qualification de SPA ou de SPIC. Selon que la réponse à cette dernière question sera positive ou négative, je
conclurai que j’ai affaire un SPA ou à un SPIC.
- La présomption
Un service public est présumé administratif ou industriel : cette présomption ne cède que s’il résulte
soit d’une disposition législative, soit des critères jurisprudentiels exposés ci-après que ce service
public a un caractère industriel et commercial.
- La présence d’une qualification législative directe ou indirecte
Faute de qualification législative et alors même qu’il serait en présence d’une qualification «
administrative » donnée par voie réglementaire (laquelle ne le lie pas), le juge retient trois critères
C'est l’examen de ces trois critères qui fera apparaître un service
comme un service public à caractère administratif ou comme un service public à caractère industriel et
commercial. Néanmoins, ces trois critères ne sont pas nécessairement cumulatifs – le juge n’exige pas
forcément qu’ils soient tous orientés dans un sens Aucun de ces critères ne peut être considéré a priori
comme décisif – le juge apprécie au cas par cas, sachant qu’un service public est présumé avoir un
caractère administratif.
108
Le critère de l'objet.
le juge
retient trois
Le critère de l'origine des ressources.
critères
1er critère : le critère de l'objet. Si l'objet du service public l'apparente à une entreprise privée, on
est, probablement, en présence d'un service public à caractère industriel et commercial. Ce qui compte,
ce sont les caractères de l'activité du service public. Si le service public n'exerce pas une activité qui
pourrait être le fait d'une entreprise privée, on a affaire, peut-être, à un service public à caractère
administratif ;
2e critère : le critère de l'origine des ressources. C'est une donnée objective, quantifiable. Si le service
public est financé, ne serait-ce que partiellement, au moyen de redevances payées par les usagers, il a,
sans doute, un caractère industriel et commercial. Si ses ressources proviennent exclusivement de
subventions publiques ou de recettes fiscales, il s'agit, vrai semblablement, d'un service public à
caractère administratif.
3e critère : le critère des modalités de fonctionnement. Parfois, elles opposent le service public aux
entreprises privées. Grande est alors la probabilité qu’il s’agisse d’un service public à caractère
administratif.
«Un service public est présumé présenter un caractère administratif.
Cette présomption ne cède que si trois conditions se trouvent remplies simultanément.
Pour reprendre les termes utilisés par Me. MALINIKAZI BYAMUNGU Confiance dans son Cours de
contentieux administratif, il faut que le service public "ne se distingue pas d’une entreprise privée,
en premier lieu par son objet (c’est-à-dire que les opérations auxquelles il se livre doivent
être de la même nature que celles auxquelles une entreprise privée pourrait se livrer),
en second lieu par ses modes de financement (c’est-à-dire qu’il doit être principalement
alimenté par les redevances payées par les usagers en rémunération des services qu’il leur
assure et non par des subventions budgétaires),
en troisième lieu enfin par ses procédés de gestion (c’est-à-dire qu’il doit être géré selon les
règles du droit privé)". »
109
Ces lois ont-elles une valeur absolue ? Autrement dit, sont-elles appliquées sans nuances ni
dérogations ?
Chacune de ces lois admet quelques dérogations dictées par l'intérêt général.
Quel rapport y a-t-il entre ces lois et le principe de la légalité?
Ces lois font partie des exigences du principe de la légalité.
Parfois, l'administration doit venir en aide à son cocontractant lorsque ce dernier ne parvient pas à assumer
financièrement l’exécution du service public qui lui a été confié – Ce principe vaut d’ailleurs pour tous les
contrats administratifs, En cas d’urgence ou d’impuissance de l’administration, le juge peut ordonner,
éventuellement sous menace de sanctions pécuniaires, audit cocontractant, dans le cadre des obligations prévues
au contrat, toute mesure nécessaire pour assurer la continuité du service public
Conséquences sur le droit de grève.
Définition : la grève est une cessation collective et concertée du travail destinée à appuyer des revendications
d’ordre professionnel.
Par ailleurs, s’agissant des modalités concrètes et des conséquences de l’exercice du droit de grève, deux
observations :
d’une part, la loi impose le dépôt d’un préavis de cinq jours francs avant le déclenchement
d’une grève dans un service public. Ce préavis émane des organisations syndicales
représentatives. Il indique le lieu, les motifs, la date et la durée limitée ou illimitée de la grève
;
d’autre part, la loi permet d’opérer des retenues sur les traitements des grévistes soit selon une
certaine proportionnalité - fonctions publiques hospitalière et territoriale - soit en vertu de la
règle du trentième indivisible - dans la fonction publique de l’État. Signification de la règle :
quelle que soit la durée quotidienne de la grève, le chef de service peut opérer une retenue égale
au trentième du traitement de l’agent gréviste
Les trois cas dans lesquels un traitement différencié est possible sans qu’il en résulte une violation du
principe d’égalité.
- Sans qu’il en résulte une violation du principe d’égalité
- Un traitement différencié n’est légal que s’il a l’un des trois fondements suivants :
la loi,
des différences de situation,
ou une nécessité d'intérêt général liée au service public.
« désigne les situations où le respect de l’égalité formelle, appliqué à des situations trop hétérogènes,
non seulement ne suffit pas à prévenir la discrimination, mais d’une certaine façon la caractérise ». Elle
trouve son origine dans la jurisprudence de la CJCE, qui observait dans l’un de ses premiers arrêts : «
[L]a discrimination consiste non seulement à traiter de manière différente des situations semblables,
mais aussi à traiter de manière identique des situations différentes »
3e fondement possible à un traitement différencié : une nécessité d'intérêt général liée au service
public. Ce fondement apparaît comme subsidiaire. Avant d’y recourir, le juge s’assure d’abord de
l’inexistence des autres fondements. Il vérifie également que la différence de traitement qui en résulte
soit en rapport avec l’objet du service public et ne soit pas manifestement disproportionnée.
La loi, autorisant de
différencié des usagers