Retrouver ce titre sur Numilog.
com
Retrouver ce titre sur Numilog.com
LE GRAND SECRET
Retrouver ce titre sur Numilog.com
FASQUELLEÉDITEURS, 11, rue de Grenelle
OUVRAGES DE
MAURICE MAETERLINCK
THEATRE
Retrouver ce titre sur Numilog.com
MAURICE MAETERLINCK
LE
GRAND SECRET
PARIS
BIBLIOTHÈQUE-CHARPENTIER
FASQUELLE ÉDITEURS
11, RUE DE GRENELLE, 11
Retrouver ce titre sur Numilog.com
Copyright by FASQUELLE ÉDITEURS 1950.
Tous droits de reproduction, de traduction et d'adaptation
réservés pour tous pays.
Retrouver ce titre sur Numilog.com
PRÉLIMINAIRES
Retrouver ce titre sur Numilog.com
Retrouver ce titre sur Numilog.com
PRÉLIMINAIRES
I
Quo' n ne s'attende pas à trouver ici une
histoire ou une monographie méthodique de
l'occultisme.Ilyfaudraitconsacrerdesvolumes
queremplirait forcément unegrande partiedu
fatras que je veux avant tout épargner au
lecteur. Je n'ai d'autre dessein que de dire
aussi simplement que possible ce que m'ont
apprisplusieursannéespasséesdanscesrégions
assezdécriéeset peufréquentées. J'en rapporte
les impressions d'un voyageur de bonne foi
qui les a parcourues en curieux plutôt qu'en
croyant. Cesera, si l'on veut, une sorte deré-
suméoudemiseaupoint provisoire. Jenesais
rien de plus quece que pourrait apprendre le
Retrouver ce titre sur Numilog.com
premier venu qui ferait la même excursion.
Je ne suis pas un initié, je n'ai pas eu de maîtres
évanescents et mystérieux venus tout exprès
des confins de ce monde ou d'un autre pour me
révéler les dernières vérités et me défendre de
les répéter. Je n'ai pas eu acces aux bibliothèques
cachées, à ces sources secrètes de la suprême
Sagesse qui, paraît-il, existent quelque part,
mais seront toujours pour nous comme si elles
n'étaient point, attendu qu'en y pénétrant on
se condamne, sous peine de mort, à un silence
inviolable. Je n'ai pas davantage déchiffré
d'incompréhensibles grimoires ni découvert une
clef nouvelle aux livres sacrés des grandes
religions. J'ai seulement lu et étudié la majeure
partie de ce qui a été écrit sur ces questions;
et parmi une masse énorme de documents
absurdes, puérils, ressassés et inutiles, je ne me
suis attaché qu'aux œuvres maîtresses qui ont
vraiment à nous apprendre quelque chose que
nous ne trouvons pas ailleurs. En déblayant
ainsi les abords d'une étude trop souvent
encombrée de débris rebutants, je faciliterai
peut-être la tâche de ceux qui voudront et
sauront aller plus loin que moi.
Retrouver ce titre sur Numilog.com
II
Grâce aux travaux d'une science assez ré-
cente, notamment grâce aux recherches des
indianistes et des égyptologues, il nous est
aujourd'hui beaucoup plus facile que naguère
de retrouver les sources, de remonter le cours
et de débrouiller le réseau souterrain du grand
fleuve mystérieux qui depuis l'origine de l'his-
toire a coulé sous toutes les religions, sous toutes
les croyances, sous toutes les philosophies, en
un mot sous toutes les manifestations diurnes
ou à ciel ouvert de la pensée humaine. Il n'est
plus guère contestable que cette source se trouve
dans l'Inde antique. De là, l'enseignement
sacré se répandit probablement en Égypte,
gagna la Perse ancienne, la Chaldée, satura
le peuple hébreu, s'infiltra dans la Grèce et le
nord de l'Europe, atteignit la Chine et même
l'Amérique où la civilisation Astèque n'était
qu'une réplique plus ou moins déformée de la
civilisation égyptienne.
Nous avons ainsi trois grands dérivés de
l'occultisme primitif, Aryo ou Atlantéo-Hindou :
1° l'occultisme antique, c'est-à-dire égyptien,
Retrouver ce titre sur Numilog.com
persan, chaldéen, juif et celui des mystères
grecs; 2° l'ésotérisme judéo-chrétien avec les
Esséniens, les gnostiques, les néo-platoniciens
d'Alexandrie et les kabbalistes du moyenâge, et
3°l'occultisme moderne plus ou moinsimprégné
des précédents, mais qui, sous le vocable
d'ailleurs assez inexact d'occultisme, désigne
plus spécialement, à côté des théosophes, les
spirites et les métapsychistea d'aujourd'hui.
III
Quant aux sources de la source primaire, il
est à peu près impossible de les retrouver. Nous
n'avons ici que les affirmations de la tradition
occultiste, affirmations que des découvertes
historiques semblent d'ailleurs çà et là con-
firmer. Ces traditions attribuent l'immense
réservoir de sagesse qui s'était formé quelque
part, dès l'origine de l'homme, et, à ce qu'elles
disent, même avant sa venue sur cette terre,
à des entités plus spirituelles, à des êtres moins
engagésdans la matière, à des organismes psy-
chiques, dont les derniers venus, les Atlantes,
n'auraient été que les représentants dégénérés.
Retrouver ce titre sur Numilog.com
Au point de vue historique, au delà de cinq
ou six mille ans, sept mille peut-être, les docu-
ments nous font absolument défaut. Nous ne
pouvons pas savoir comment est néela religion
des Hindous et des Égyptiens. Quand nous la
trouvons, elle est déjà toute faite dans ses
grandes lignes, dans ses grands principes. Non
seulement elle est toute faite; mais plus on re-
monte, plus elle est parfaite, plus elle est pure,
plus elle se rapproche des plus hautes spécula-
tions de l'agnosticisme d'aujourd'hui. Elle sup-
pose une civilisation antérieure, dont, étant
donnée la lenteur de toute évolution humaine,
il est impossible d'évaluer la durée. Cette durée
doit vraisemblablement se calculer par milliers
de milliers d'années. C'est ici que la tradition
occultiste vient à notre aide. Pourquoi cette
tradition serait-elle, à priori, inacceptable et
méprisable, alors que presque tout ce que nous
savons de ces religions primitives est égale-
ment fondé sur la tradition orale, car les textes
écrits sont de beaucoup postérieurs; et qu'en
outre tout ce que nous dit cette tradition con-
corde curieusement avec ce que nous avons
appris d'autre part?
Retrouver ce titre sur Numilog.com
IV
En tout cas, si l'on a besoin de la tradition
occultiste pour expliquer l'origine de cette
sagesse qui nous paraît à bon droit surhumaine,
on peut fort bien s'en passer pour ce qui con-
cerne l'essentiel de cette sagesse même. Des
textes authentiques et qu'on peut situer dans
l'histoire, le contiennent tout entier; et sous ce
rapport, les théosophesmodernesqui prétendent
avoir eu à leur disposition des documents
secrets et avoir profité de révélations extra-
ordinaires que leur auraient faites des Adeptes
ou Mahatmas, d'une fraternité mystérieuse, ne
nous ont rien appris qui ne se trouve dans les
écrits accessibles à tous les orientalistes. Ce
qui sépare les occultistes, —les théosophes de
l'école de Blawasky, par exemple, qui domine
toutes les autres, — des indianistes et des
égyptologues scientifiques, ce n'est pas ce qui
a rapport à l'origine, à l'économie, au but de
l'univers, aux fins de la terre et de l'homme,
à la nature de la divinité, aux grands problèmes
de la morale; ce sont presque uniquement des
questions qui ont trait à la préhistoire, à la
Retrouver ce titre sur Numilog.com
nomenclature des émanations de l'inconnais-
sable et à la manière de maîtriser et d'utiliser
les forces inconnues de la nature.
Occupons-nous d'abord des points où ils
s'accordent; ce sont du reste les plus intéres-
sants; car tout ce qui touche à la préhistoire
est forcément hypothétique, les noms et les
fonctions des dieux intermédiaires n'ont qu'un
intérêt de second ordre; quant à l'utilisation
des forces inconnues, elle regarde plutôt les
sciences métapsychiques dont nous reparle-
rons plus loin.
V
«Ce que nous lisons dans les Védas, dit Ru-
dolph Steiner, l'un des plus érudits et aussi
des plus déconcertants parmi les occultistes
contemporains,cequenouslisonsdansles Védas,
ces archives de la sagesse hindoue, ne nous
donne qu'une faible idée des sublimes enseigne-
ments des anciens instructeurs et non pas dans
leur forme originelle. Seul le regard du clair-
voyant, porté sur les arcanes du passé, peut
découvrir la sagesse inédite qui se cache der-
rière ces écrits. »
Historiquement, il est fort probable que
Retrouver ce titre sur Numilog.com
Steiner a raison. En effet, comme je l'ai déjà
dit, plus les textes sont anciens, plus ce qu'ils
révèlent est pur et grandiose; et il est vraisem-
blable qu'ils ne sont eux-mêmes, selon l'expres-
sion de Steiner, qu'un écho affaibli d'enseigne-
ments plus sublimes. Mais ne possédant pas
le regard du clairvoyant, nous devons nouscon-
tenter de ce que nous avons sous les yeux.
Les textes que nous possédons sont les livres
sacrés de l'Inde, que viennent corroborer ceux
de l'Égypte et de la Perse. L'influence qu'ils
exercèrent sur la pensée humaine, sinon dans
leur forme présente, du moins par la tradition
orale qu'ils n'ont fait que fixer, remonte aux
origines de l'histoire, se répandit partout et ne
cessa jamais de se faire sentir; mais, pour le
monde occidental, leur découverte et leur étude
méthodique sont relativement récentes. «Il y
a cinquante ans, écrivait en 1875 Max Muller,
il n'existait pas un lettré qui sût traduire une
ligne duVéda, une ligne du Zend-Avesta ouune
ligne du Tripitâka Bouddhique, sans parler
des autres dialectes ou langages. »
Si les faits prenaient d'abord, dans les annales
de l'homme, les proportions qu'ils acquerront
plus tard, la découverte de ces livres sacrés eût
probablement bouleversé l'Europe; car c'est
Retrouver ce titre sur Numilog.com
sans nul doute l'événement spirituel le plus
important qui s'y soit produit depuis le chris-
tianisme. Mais il est rare qu'un événement
spirituel ou moral se répande rapidement dans
les masses. Il a contre lui trop de forces qui ont
intérêt à l'étouffer. Celui-ci demeura confiné
dans un petit cercle de savants et de philologues
et atteignit même moins qu'il n'était présu-
mable les métaphysiciens et les moralistes.
Il attend encore l'heure de son expansion.
VI
La première question qui se pose est celle
de la date de ces textes. Il est très difficile
d'y donner une réponse précise; car s'il est
relativement aisé de déterminer l'époque où
les livres furent écrits, il est impossible d'évaluer
le temps durant lequel ils existèrent unique-
ment dans la mémoire des hommes. Selon Max
Muller, il n'y a guère de manuscrit sanscrit
qui remonte plus haut que l'an mil de notre ère,
et tout semble indiquer que l'écriture n'a été
connue en Inde qu'au commencement de la
période bouddhique (V siècle avant J.-C.),
c'est-à-dire à la fin de la vieille littérature
Retrouver ce titre sur Numilog.com
védique. LeRig-Védaqui compte 1.028hymnes,
d'une moyenne de dix vers, soit 153.826 mots,
a donc été conservé par le seul effort de la mé-
moire. Aujourd'hui encore, les Brahmanes
savent tous le Rig-Véda par cœur, commeleurs
ancêtres d'il y a trois mille ans. C'est au delà
du X siècle avant J.-C. que nous devons placer
le développement spontané dela pensée védique
telle que nous la trouvons dans le Rig-Véda.
Déjà trois cents ans avant J.-C., toujours selon
Max Muller, le sanscrit avait cessé d'être parlé
par le peuple, ce qui est prouvé par une inscrip-
tion dont la langue est au sanscrit ce que l'ita-
lien est au latin.
Cette période des «Chandas », selon d'autres
orientalistes, remonte probablement à deux ou
trois mille ans avant J.-C., de sorte que nous
voilà déjà à cinq mille ans, date la plus modeste
et la plus prudente. « Une chose est certaine,
ajoute MaxMuller, c'est qu'il n'y a rien de plus
ancien ni de plus primitif que les hymnes du
Rig-Véda, non seulement dans l'Inde, maisdans
tout le monde Aryen. En tant qu'Aryen de
langue et de pensée, le Rig-Véda est notre livre
sacré le plus ancien 1 ».
1. MAX MULLER, Origine et développement de la religion.
Trad. J. Darmesteter, p. 142.
Retrouver ce titre sur Numilog.com
Depuis les travaux du grand orientaliste,
d'autres savants ont notablement reculé la
date des premiers manuscrits et surtout celle
des premières traditions; mais ils restent encore
à d'énormes distances de la computation des
Brahmanes qui reportent l'origine de leurs
livres à des milliers de siècles avant notre ère.
« Il y a actuellement plus de cinq mille ans,
dit SwâmiDayanound Saraswati, que les Védas
ont cessé d'être un objet d'études »; et selon les
calculs de l'orientaliste Halled, les Çastras,
d'après la chronologie des Brahmanes, doivent
avoir sept millions d'années.
Sans prendre parti dans ces querelles, le seul
point qu'il importe d'établir, c'est que ceslivres,
ou plutôt la tradition qu'ils ont recueillie et
fixée, est évidemment antérieure, l'Égypte, la
Chine et la Chaldée peut-être exceptées, à tout
ce que nous connaissons dans l'histoire de
l'homme.
VII
Cette littérature comprend d'abord les quatre
Védas : le Rig, le Suma, l'Yadjour et l'Atharva-
Véda, complétés par les commentaires ou
Retrouver ce titre sur Numilog.com
Brahmanas et les traités de philosophie appelés
Aranyakas et Upanischads, auxquels il faut
ajouter les Çastras, ou Sastras dont le plus
connu est le Manava-Dharma-Çastra, ou Lois
de Manou— qui, selon William Jones, Chézy et
Loiseleur-Deslongchamps,remonteauXIIIsiècle
avant notre ère, —et les premiers Pouranas.
De ces textes, le Rig est incontestablement
le plus ancien. Les autres s'échelonnent sur un
espace de plusieurs centaines, voire deplusieurs
milliers d'années; maistous, excepté les derniers
Pouranas, sont antérieurs à l'ère chrétienne,
ce qu'il ne faut pas perdre de vue, non dans
un sentiment d'hostilité envers la grande reli-
gion occidentale, mais pour mettre celle-ci à sa
place dans l'histoire et dans l'évolution de la
pensée humaine.
Le Rig-Véda est encore plus polythéiste que
panthéiste et les sommets de la doctrine n'y
émergent que çà et là, par exemple dans les
stances que nous citons plus loin. Ses divinités
ne représentent que des forces physiques
amplifiées que le Sama-Véda et surtout les
Brahmanes ramenèrent par la suite à des con-
ceptions métaphysiques et à l'unité. Le Sama-
Véda affirme l'Inconnaissable et le Yadjour-
Védale Panthéisme. Quant à l'Atharva, le plus
Retrouver ce titre sur Numilog.com
ancien, selon les uns, le plus récent selon les
autres, il est avant tout rituel.
Cesidées furent développées par les commen-
taires des Brahmanes qui se multiplièrent
surtout entre les XII et VII siècles avant J.-C.;
mais se rattachent probablement à des tradi-
tions beaucoup plus anciennes que prétendent
avoir retrouvées nos modernes théosophes,
sans du reste étayer leurs assertions de preuves
suffisantes.
Il faut donc, quand on parle de la religion
de l'Inde, la considérer dans son ensemble,
depuis le Védisme primitif, en passant par le
Brahmanisme et le Krichnaïsme, jusqu'au
Bouddhisme; en s'arrêtant, si l'on veut,
deux ou trois siècles avant notre ère, pour
éviter tout soupçon d'infiltration judéo-chré-
tienne.
Toute cette littérature à laquelle on peut
annexer, entre bien d'autres, les textes semi-
profanes du Ramayana et du Maha-Bahrata,
au milieu duquel s'épanouit le Bhagavat-Gita
ou Chant du Bienheureux, cette magnifique
fleur du mysticisme hindou, est encore très im-
parfaitement connue et nous n'en possédons
que ce que les Brahmanes ont bien voulu nous
onlivrer.
Retrouver ce titre sur Numilog.com
Elle soulève unb foule de questions extrême-
ment complexes dont bien peu ont été jusqu'ici
résolues. Ajoutons que la traduction des textes
sanscrits, surtout des plus anciens, est encore
fort incertaine. Selon Roth, le véritable fonda-
teur de l'exégèse védique, « le traducteur qui
rendra le Véda intelligible et lisible, mutatis
mutandis, comme Homère l'est devenu depuis
les travaux de Voss, est encore à venir et l'on
ne peut guère prévoir sa venue avant le siècle
prochain ».
Pour se faire une idée de l'incertitude de ces
traductions, il suffit de voir à titre d'exemple,
à la fin du troisième volume de la Religion
Védique d'Abel Bergaigne, le grand orientaliste
français, les discussions qui s'élèvent entre les
indianistes les plus célèbres, tels que Grassmann,
Ludwig, Roth et Bergaigne lui-même, au sujet
de l'interprétation de presque tous les mots
essentiels de l'hymne 1-123, à l'Aurore. « Elle
étale, comme le dit Bergaigne, les misères de
l'interprétation actuelle du Rig-Véda. »
Les néo-théosophes se sont efforcés de ré-
soudre quelques-unsdesproblèmesquesoulèvent
J'antiquité hindoue; mais leurs travaux, très
1. La Religion védique d'après les hymnes du Rig-Véda, par
A. BERCAIGNE, t. III, p. 233 et suiv.
Retrouver ce titre sur Numilog.com
intéressants en ce qui concerne la doctrine,
sont extrêmement faibles au point de vue de la
critique; et il est impossible de les suivre sur un
terrain où l'on ne rencontre que des hypothèses
invérifiables. Lavérité c'est que, quand il s'agit
de l'Inde, il faut renoncer à toute certitude
chronologique. Pour prendre un minimum,
sans doute très inférieur à la réalité, en laissant
derrière nous une marge peut-être immense de
siècles nébuleux, nereportons pas à plus detrois
DUquatre mille ans l'épanouissement des Brah-
manas; nousconstatons ainsi qu'existait à cette
époque, au pied de l'Himalaya, une grandiose
religion panthéiste et agnostique, qui plus
tard devint ésotérique; et c'est tout ce qui,
pour l'instant, nousimporte.
VIII
Et l'Égypte, dira-t-on, ses monuments et
ses hiéroglyphes ne sont-ils pas bien plus an-
ciens? Écoutons sur ce point le très érudit
égyptologue Le Page Renouf une des grandes
1. P. LE PAGE RENOUF, Lectures on the origin and Growth
of Religion as illustrated by the Religion of Ancient Égypt.
Retrouver ce titre sur Numilog.com
autorités en la matière. Il estime que les monu-
ments égyptiens et leurs inscriptions ne peuvent
servir de bases à des dates certaines; que les
calculs fondés sur le lever héliaque des étoiles
n'est pas probant, attendu que dans les textes
il est plus vraisemblable qu'il s'agit de leur pas-
sage que de leur lever. Mais il est convaincu
que,d'aprèslescalculslesplus modérés, la monar-
chie égyptienne existait déjà plus de 2.000 ans
avant que l'Exode fût écrit ; or, l'Exode remonte
probablement à l'an 1310 avant J.-C.; et la
date de la grande pyramide ne peut être reportée
à moins de 3.000 ou 4.000 ans avant notre ère.
Cescalculs, de même que ceux qui font commen-
cer l'ère chinoise 2.697 ans avant J.-C., nous
ramènent assez curieusement à l'époque assignée
par les indianistes au développement de la pen-
sée védique, développement qui suppose une
période de gestation et de formation infiniment
plus reculée. Ils n'impliquent pas du reste que
la civilisation égyptienne, tout comme la civi-
lisation hindoue, ne soit beaucoup plus ancienne.
Un autre grand égyptologue, Léonard Horner,
de 1851 à 1854, fit creuser dans la vallée du Nil,
en divers endroits, quatre-vingt-quinze puits.
On constate que la hauteur que le Nil ajoute
chaque siècle à sonlit d'alluvions est de 5pouces.
Retrouver ce titre sur Numilog.com
hauteur qui doit être moindre pour les couches
inférieures, à cause de la pression; or, jusqu'aux
profondeurs de 75 pieds, on trouva des sculp-
tures de granit, des figures humaines et animales,
des mosaïques, des vases, des fragments de
briques et de poteries (celles-ci aux grandes
profondeurs). Comme il y a 12 pouces dans un
pied, cela nous reporte à plus de 17.000 ou
18.000 ans.Aune profondeur de33pieds 6pouces
on exhuma une tablette avec des inscriptions
qui, d'après un calcul facile, avait par consé-
quent près de 8.000 ans. L'hypothèse de puits
ou citernes, sur lesquels on serait tombé par
hasard, doit être écartée, car le même fait s'est
vérifié partout. Ces constatations, pour le dire
en passant, donnent une fois de plus raison aux
traditions occultistes, touchant l'antiquité de
la civilisation humaine. Cette antiquité prodi-
gieuse est enoutre confirméepar les observations
sidérales des anciens. Il existe par exemple un
catalogue d'étoiles qu'on appelle le catalogue
de Souryo-Shiddhanto; or, les différences de
position de huit de ces étoiles fixes, prises au
hasard, démontrent que les observations de
Souryo remontent à plus de 58.000 ans.
Retrouver ce titre sur Numilog.com
IX
Est-ce l'Inde ou l'Égypte qui fut l'héritière
directe de la sagesse légendaire que nous lé-
guèrent des peuples plus anciens, notamment
les probables Atlantes? Dans l'état présent
de notre science, et sans tenir compte des tra-
ditions occultistes, il n'est pas encore possible
derépondre.
Il y a moinsd'un siècle onignorait à peu près
complètement l'Égypte antique. On ne la con-
naissait que par des ouï-dire et des légendes
plus ou moins fantaisistes recueillies par des
historiens tard venus et surtout par les divaga-
tions des philosophes et des théurgistes de
l'époque Alexandrine. C'est seulement en 1820,
que Jean-François Champollion, grâce au triple
texte de la célèbre pierre hiéroglyphique de
Rosette, trouva la clef de l'écriture mystérieuse
qui couvre tous les monuments, tous les tom-
beaux et presque tous les objets de la terre des
Pharaons. Mais la mise en œuvre de la décou-
verte fut longue et pénible; et ce n'est guère
que quarante ans plus tard que l'un des plus
illustres successeurs de Champollion, de Rougé,
put dire qu'il n'y avait plus de texte égyptien
Retrouver ce titre sur Numilog.com
qu'on ne fût à même de traduire. On déchiffra
des documents sans nombre, et on acquit,
quant au sens matériel de la plupart des inscrip-
tions, une certitude presque définitive.
Néanmoins, il paraît de plus en plus probable
que sous le sens littéral des inscriptions reli-
gieuses, s'en cache un autre qu'on ne peut
pénétrer. C'est l'hypothèse à laquelle, en pré-
sence du flottement de bien des mots, abou-
tissent forcément les égyptologues les plus
objectifs, les plus scientifiques, bien qu'ils
ajoutent aussitôt que rien ne la confirme for-
mellement. Il est donc extrêmement vraisem-
blable que sous la religion officielle enseignée
aux profanes, il y en avait une autre réservée
aux prêtres et aux initiés; et l'hypothèse à
laquelle sont contraints les savants, vient ici
confirmer une fois de plus les assertions des
occultistes, notamment celles des néo-plato-
niciens d'Alexandrie, au sujet des mystères
égyptiens
X
Quoi qu'il en soit, des textes sur l'authenti-
cité desquels il n'y a pas le moindre doute, le
Livre des Morts, les Livres deshymnes, le Recueil
Retrouver ce titre sur Numilog.com
des sentences morales de Ptahhoteph, le plus
ancien livre de la terre, puisqu'il est contempo-
rain des Pyramides, et beaucoup d'autres,
permettent de nous faire une idée très précise
de la haute morale d'abord et surtout de la
théosophie fondamentale de l'Égypte, avant
quecette théosophienesecorrompîtpourdonner
satisfaction au vulgaire et ne se transformât
en un monstrueux polythéisme, qui du reste
fut toujours plus apparent que réel.
Or, plus les textes sont anciens, plus leurs
enseignements se rapprochent de la tradition
hindoue. Qu'ils soient antérieurs ou postérieurs
à ceux-ci, la question est en somme secondaire;
ce qui est plus intéressant, c'est le problème de
l'origine commune, origine unique et immé-
moriale, dont la probabilité s'accroît à chaque
pas qu'on hasarde dans la préhistoire. Plus on
remonte dans le temps, plus nettement serévèle
l'accord sur les points essentiels. Voici, par
exemple, l'idée que se faisait de Dieu la religion
égyptienne à ses débuts. Nous en trouverons
unpeuplus loin l'original oula réplique hindoue,
de même que nous aurons l'occasion de con-
fronter les deux théogonies, les deux cosmo-
gonies et les deux morales qui sont évidemment
les sources de toutes les théogonies, de toutes
Retrouver ce titre sur Numilog.com
les cosmogonies et de toutes les morales de
l'humanité.
Pourl'Égyptien qui agardéla foi desorigines,
il n'y a qu'un seul Dieu, un Dieu unique.
«Pas d'autre que lui. »—«Il est le seul être
vivant en substance et en vérité. »—«Tu es
seul et des millions d'êtres procèdent de toi. »—
«Il a fait toutes choses et lui seul n'a pas été
fait. »—«Partout et toujours, il est l'unique
substance et il est inapprochable. »—«Il est
l'un de l'un. »—«Il est hier, aujourd'hui et
demain. »—«Il est Dieu se faisant Dieu, exis-
tant par lui-même, l'être double, c'est-à-dire,
s'engendrant lui-même, générateur dès le com-
mencement. »
«Voici plus de cinq mille ans, dit de Rougé,
que dans la vallée du Nil commença l'hymne
à l'unité de Dieu et à l'immortalité de l'âme...
La croyance à l'unité du Dieu suprême et à ses
attributs comme créateur et législateur de
l'homme qu'il dota d'une âme immortelle,
voilà les notions primitives, serties comme des
diamants indestructibles dans les superféta-
tions mythologiques accumulées par les siècles
qui ont passé sur cette antique civilisation1. »
1 p. 32D
7.EROUGÉ,Annalesdela Philosophie chrétienne, t. XX,
Retrouver ce titre sur Numilog.com
Assurément, il n'y a pas ici, dans la définition
de la divinité, la pénétration, la subtilité et
l'espace métaphysique, le bonheur d'expression,
la magnificence verbale, le génie, en un mot,
que nous trouverons dans les définitions hin-
doues. C'est que l'esprit égyptien est plus froid,
plus sec, plus sobre, plus anguleux, plus réaliste,
il a une imagination plus concrète, que l'inac-
cessible infini n'enflamme pas comme celle des
peuples de l'Asie. Au surplus, ne perdons pas
de vue que nous ne connaissons pas encore le
sens secret qui se cache peut-être au fond de
ces définitions. En tout cas, telles que nous les
lisons, l'idée est la même et marque une même
origine, que l'on peut, conformément aux tra-
ditions ésotériques et en attendant d'autres
éclaircissements, appeler la pensée Atlantéenne.
C'est une supposition que vient confirmer du
reste le fameux passage du Timée, d'après
lequel, au dire du prêtre égyptien qui parlait
à Solon, l'Égypte aurait été, il y a 12.000 ans,
une colonie Atlantéenne
XI
Pour le Mazdéisme ou Zoroastrisme, la troi-
sièmedesgrandesreligions,leproblèmedelafilia-
Retrouver ce titre sur Numilog.com
tion est plus simple,bienquecelui des dates soit
également compliqué. Zoroastre, ou plutôt l'un
des Zoroastres, le dernier, aurait vécu, selon
Aristote, au VII siècle avant notre ère. Pline
le fait remonter à dix siècles avant Moïse,
Hermippe de Smyrne, qui traduisit ses livres
en grec, à 4.000 ans avant la prise de Troie et
Eudoxe à 6.000 ans avant la mort de Platon.
La science moderne, comme le constate
Édouard Schuré d'après les savantes études
d'Eugène Burnouf, de Spiegel, de James Dar-
mesteter et de Harlez, déclare qu'il n'est pas
possible de fixer la date où vécut le grand
philosophe iranien, auteur du Zend-Avesta,
mais la recule en tout cas à 2.500 ans avant
J.-C. MaxMuller,desoncôté, a fourni la preuve
que Zoroastre ou Zarathustra et ses disciples
avaient résidé dans l'Inde. «Plusieurs des dieux
zoroastriens, ajoute-t-il, ne sont que des ré-
flexions, des déflexions des dieux primitifs et
authentiques des Védas. »Ici il n'y a donc pas
le moindre doute au sujet de l'antériorité des
livres hindous; et enmêmetempsest corroborée
une fois de plus la fabuleuse antiquité de ces
livres ou de ces traditions.
Ces observations préliminaires, dont le déve-
loppement exigerait desvolumes, suffisent, —et
Retrouver ce titre sur Numilog.com
c'est ce qui nous intéresse pour l'instant, —à
établir que l'enseignement qu'on retrouve dans
lasuite des temps au fond detoutes lesreligions,
sous forme de mystères, d'initiation, de doc-
trine secrète, remonte, selon les calculs les plus
timides, à des milliers d'années. Elles suffisent
en tout cas à écarter la thèse assez puérile de
ceux qui soutiennent qu'il est relativement
récent et a subi l'influence des révélations
judéo-chrétiennes. On ne défend plus sérieu-
sement cette thèse; mais on tourne la difficulté
endisant :Oui, il ya des véritésdecette religion
primitive et même des textes ayant date plus
ou moins certaine, antérieurs à Moïse et à
Jésus-Christ; mais qui pourrait faire le départ
des interpolations successives qui les ont trans-
formés?
Il existe dans l'Inde, paraît-il, plus de
1.200 textes des Védas et plus de 350 textes des
Lois de Manou, sans compter ceux des livres
sacrés que les Brahmes ne nous ont pas livrés,
et il est incontestable que dans ces textes ou
dans les enseignements qu'ils reproduisent, se
trouvent d'évidentes interpolations. Il ne faut
jamais perdre de vue que la religion orientale
que nous appelons vulgairement et fort impro-
prement le Bouddhisme, se divise en trois
Retrouver ce titre sur Numilog.com
grandes périodes qui correspondent assez exac-
tement aux trois périodes qu'on pourrait mar-
quer dans le christianisme, à savoir le Védisme
ou la religion primitive, que les Brahmanes
commentèrent, compliquèrent et corrompirent
enfin à leur profit et qui devint le Brahmanisme
contre lequel se révolta et que réforma au
ve siècle avant J.-C. Siddharta Gautama Boud-
dha ou Çakya-Mouni.
Les indianistes, grâce surtout aux repères
historiques que leur donne l'institution des
castes, les changements de langue et demètre,
ont appris à démêler assez facilement, dans les
. textes suspects, ces trois courants; et sous la
luxuriance et l'enchevêtrement des interpola-
tions, apparaissent toujours les grandes lignes
et les vérités essentielles qui nous importent
seules.
Retrouver ce titre sur Numilog.com
Retrouver ce titre sur Numilog.com
FASQUELLE ÉDITEURS, 11, rue de Grenelle
OUVRAGES DE
MAURICE MAETERLINCK
THEATRE
Participant d’une démarche de transmission de fictions ou de savoirs rendus difficiles d’accès
par le temps, cette édition numérique redonne vie à une œuvre existant jusqu’alors uniquement
sur un support imprimé, conformément à la loi n° 2012-287 du 1er mars 2012
relative à l’exploitation des Livres Indisponibles du XXe siècle.
Cette édition numérique a été réalisée à partir d’un support physique parfois ancien conservé au
sein des collections de la Bibliothèque nationale de France, notamment au titre du dépôt légal.
Elle peut donc reproduire, au-delà du texte lui-même, des éléments propres à l’exemplaire
qui a servi à la numérisation.
Cette édition numérique a été fabriquée par la société FeniXX au format PDF.
La couverture reproduit celle du livre original conservé au sein des collections
de la Bibliothèque nationale de France, notamment au titre du dépôt légal.
*
La société FeniXX diffuse cette édition numérique en accord avec l’éditeur du livre original,
qui dispose d’une licence exclusive confiée par la Sofia
‒ Société Française des Intérêts des Auteurs de l’Écrit ‒
dans le cadre de la loi n° 2012-287 du 1er mars 2012.