Oeuvre des Sages
Alchimie, Franc-Maçonnerie, Oswald Wirth / 28 août 2011
Oeuvre des Sages.
Théories et symboles de la Philosophie Hermétiques.
CHAPITRE V
Opérations. — Couleurs. — Oiseaux hermétiques. L’Union du Soufre et
du Mercure. — L’Etoile des Mages.
La Rose-Croix.
La Pierre philosophale est un Sel purifié, qui coagule le Mercure , pour
le fixer en un Soufre éminemment actif.
L’œuvre comprend donc trois phases :
La purification du Sel ;
La coagulation du Mercure ;
Et la fixation du Soufre.
Mais au préalable, il faut se procurer la Matière philosophique. Cela
n’entraîne pas à de grandes dépenses, car elle est fort commune et se
rencontre « partout ».
Cependant, elle demande à être discernée. Tout bois n’est pas bon
pour faire un Mercure. La nature nous offre des matériaux qu’on ne
saurait faire entrer dans la construction du temple de la Sagesse. Il est
des vices rédhibitoires qui font écarter le profane avant même qu’il soit
soumis aux épreuves.
:
Supposons néanmoins l’artiste en possession d’une « matière »
convenable à ses projets. Il s’empressera aussitôt de la nettoyer, afin de
la débarrasser de tout corps étranger qui pourrait adhérer
accidentellement à sa surface.
Cette précaution étant prise, le sujet est enfermé dans l’œuf
philosophique hermétiquement luté.
Il est ainsi soustrait à toute influence venant de l’extérieur: la stimulation
mercurielle lui fait défaut ; son feu vital dès lors baisse, languit et finit
par s’éteindre.
Ce langage serait assez déconcertant si, pour le comprendre, on ne se
reportait à la traduction que la Franc-Maçonnerie en offre dans ses
usages. Le rituel prescrit de dépouiller le Récipiendaire des métaux qu’il
porte sur lui, puis de l’emprisonner dans la Chambre des Réflexions, où
il se trouve en présence d’emblèmes funèbres, qui l’invitent à se
préparer à la mort.
Isolé, réduit à ses propres ressources, l’individu cesse de participer à la
vie générale : il meurt et sa personnalité se dédouble. La partie éthérée
se dégage et abandonne un résidu désormais « informe et vide »
comme la terre antérieurement à son imprégnation par le souffle divin
(Genèse I, 2).
Ainsi apparaît le chaos philosophique dont la couleur noir, est figurée
par le Corbeau de Saturne. On peut voir dans cet oiseau l’image des
ténèbres qui étaient sur la face de l’abîme ; on lui oppose la Colombe, le
symbole de l’Esprit de Dieu se mouvant sur le dessus des eaux.
Privée de vie, la matière tombe en putréfaction. Toute forme organique
:
est alors dissoute, et les Éléments se confondent dans un tohu-bohu
désordonné.
Mais la masse putréfiée renferme un germe, dont la dissolution favorise
le développement. Ce foyer d’une nouvelle coordination commence par
s’échauffer, en raison des énergies qui s’y trouvent emmagasinées. La
chaleur dégagée repousse l’humidité et s’enveloppe d’un manteau de
sécheresse. Ainsi se reconstitue l’écorce terrestre qui sert de matrice
au Feu, qu’elle sépare de l’Eau.
Cette séparation des Eléments rétablit la circulation vitale, qui a pour
effet de soumettre la Terre impure à un lavage progressif. L’Eau
alternativement extériorisée puis résorbée, fait passer le résidu
chaotique du noir au gris, puis au blanc, en passant par les couleurs
variées de l’arc-en-ciel, représentées par la queue de paon.
Or, la blancheur a pour symbole le Cygne dont Jupiter prit l’aspect pour
s’unir à Léda. Le maître des dieux représente en cela l’Esprit qui
féconde ; la Matière purifiée par des ablutions successives. C’est le
souffle aérien qui pénètre la Terre, pour en faire surgir l’Enfant
philosophique.
Tandis que l’embryon se développe dans le sein maternel, la Terre se
recouvre d’une luxuriante végétation, grâce à l’humidité aérienne dont
elle est imprégnée ; c’est l’apparition de la couleur verte, celle de
Vénus, dont la Colombe est l’oiseau favori.
Désormais il n’y a plus à obtenir que la couleur rouge, celle qui marque
l’achèvement de l’œuvre simple ou Médecine du premier Ordre. Elle
annonce la parfaite purification du Sel, laquelle rend possible l’accord
rigoureux entre l’agent interne et sa source extérieure d’action .
:
Le Feu individuel en vient alors à brûler d’une ardeur toute divine, et
manifeste le pur Soufre philosophique, dont l’image est le Phénix.
Cet oiseau merveilleux était consacré au Soleil et on lui supposait un
plumage écarlate. Il représente ce principe de fixité qui réside dans le
foyer de notre Feu central, où il semble se consumer sans cesse, pour
renaître continuellement de ses cendres.
Pour conquérir cette , immuabilité l’initiative particulière ne doit plus
s’exercer que sous l’impulsion directe du Centre moteur universel ;
c’est la communion de l’Homme avec Dieu, ou l’harmonie pleinement
réalisée entre le Microcosme et le Macrocosme.
Parvenu à cet état, le Sujet prend le nom de Rebis, de res bina, la chose
double. On le représente par un androgyne unissant l’énergie virile à la
sensibilité féminine. Il est indispensable, en effet, de réunir les deux
natures, si l’on veut réaliser la coagulation du Mercure, autrement dit
attirer le Feu du Ciel et se l’assimiler.
L’adepte vainqueur des attractions élémentaires possède la vraie
liberté, car l’esprit domine en lui sur la matière : il s’est rendu
pleinement Homme en surmontant l’animalité. De même que la tête,
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commande aux quatre membres, un cinquième principe doit subjuguer
les Éléments ; c’est la Quintessence, qui est l’essence même de la
personnalité ou, si l’on préfère, l’entéléchie assurant 1a persistance de
l’être.
Cette mystérieuse entité a pour symbole le Pentagramme, ou l’Etoile du
Microscome qui, sous le nom d’Etoile Flamboyante, est bien connue
des Francs-Maçons. Ils en ont fait l’emblème caractéristique de leur
deuxième grade, auquel on ne peut prétendre qu’après avoir été
successivement purifié par la Terre, l’Air, l’Eau et le Feu. Les épreuves
initiatiques sont calquées en cela sur les opérations du Grand Œuvre ;
les quatre purifications se rapportent à la putréfaction (Terre), à la
sublimation de la partie volatile du Sel (Air), à l’ablution de la Matière
(Eau) et à la spiritualisation du Sujet (Feu). La dernière épreuve fait
allusion à l’embrasement qui remplit l’être d’une ardeur toute divine,
dès que son foyer d’initiative s’exalte à la chaleur du Feu-Principe
animateur de toutes choses.
La Quintessence est parfois représentée par une rose à cinq pétales.
Dans l’une de ses figures, Nicolas Flamel nous montre ainsi la Rose
hermétique sortant de la pierre mercurielle sous l’influence de l’Esprit
:
universel. D’autre part, les mystiques rosicruciens combinaient la rose
avec la croix et y voyaient l’image de l’Homme-Dieu que nous portons
en nous. Le Sauveur était à leurs yeux la Lumière divine qui resplendit
au sein de l’âme épurée. Ce n’est d’abord qu’une étincelle, un frêle
enfant né de la Vierge céleste, autrement dit de cette essence
psychique transcendante, immaculée, universelle, qui est destinée à
nous envahir. Cet envahissement refoule ce qui est inférieur en nous :
ainsi la Femme apocalyptique écrase la tête du Serpent, séducteur de
notre vitalité terrestre, tandis que le Rédempteur grandit pour nous
diviniser en nous illuminant.
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Plus sur le sujet :
Oeuvre des Sages. Théories et symboles de la Philosophie
Hermétiques : chapitre 5, Oswald Wirth.
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