CHAPITRE 1
Le ministère des diacres et des diaconesses :
le fondement biblique
Le mot « diacre » vient du mot grec diákonos, qui
est souvent utilisé dans le Nouveau Testament pour
décrire le travail d’un serviteur, d’un domestique, d’un
gardien. Paul était sans doute le premier à l’employer
dans ce sens-là dans Philippiens 1.1 et dans 1 Timothée
3.8,10,11. Mais où et quand, le travail du diacre
apparaît-il au sein de l’Église du Nouveau Testament ?
Son origine remonte sans doute au contexte
particulier d’Actes 6. Elle est liée à la croissance
rapide des croyants au sein de l’Église primitive après
la Pentecôte. Certains experts estiment qu’autour
de cette période, l’Église à Jérusalem comptait vingt
mille membres environ. Ces croyants constituaient un
milieu culturel diversifié composé principalement de
deux groupes : des juifs qui parlaient hébreu et des
hellénistes parlant grec. Une partie importante de
ces croyants étaient pauvres, et l’Église avait mis sur
pied un ministère responsable de leurs besoins, gérant
également une distribution de nourriture.
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MÉMENTO DU DIACRE ET DE LA DIACONESSE
Avec cette croissance phénoménale de l’Église et
l’introduction d’un système d’assistance aux pauvres,
les apôtres se retrouvèrent confrontés à un problème.
Les veuves grecques se sentaient négligées par
rapport aux veuves juives quant à l’aide qu’on leur
prodiguait. Le problème ne se limitait pas seulement
aux besoins physiques, mais commençait petit à
petit à éroder la fonction spirituelle de l’Église. Voici
comment Ellen White décrit la situation : « C’est
ainsi qu’à mesure que se multipliaient les disciples,
l’ennemi réussissait à faire naître la défiance parmi
ceux qui, jadis, avaient nourri des sentiments de
jalousie et critiqué leurs conducteurs spirituels. »
(EGW, Conquérants pacifiques, p. 78).
Les apôtres remarquèrent le caractère critique de la
situation et suggérèrent à l’Église de mettre sur pied
une équipe spéciale de membres spirituellement
mûrs pour s’occuper de cette question éminemment
importante, au sein de la toute jeune Église. Cette
démarche libérerait les apôtres et leur permettrait
de se concentrer sur leur mission première : « à la
prière et […] au ministère de la parole » (Ac 6.4).
La proposition plut à l’Église, et avec beaucoup de
prières, ils choisirent sept hommes remplis de foi et
d’esprit. Les apôtres prièrent et les consacrèrent par
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Chapitre 1
imposition des mains. Étienne faisait partie de ceux-
là : « homme plein de foi et d’Esprit-Saint » (Ac 6.5),
plein de puissance dans la prédication de la Parole, et
le premier martyr de l’Évangile de Jésus-Christ (Ac 7).
Philippe en était un autre (Ac 8.5), que le Seigneur
utilisa plus tard pour porter l’Évangile en Samarie
(Ac 8.4-6), à l’administrateur éthiopien, et en Césarée
(Ac 8.26-40).
C’est ainsi qu’a débuté le ministère des diacres.
Fidèles dans leur appartenance à l’Église et dans leurs
responsabilités, connus pour leur droiture, remplis
du Saint-Esprit et de sagesse, les diacres ont été élus
et consacrés pour faire face aux besoins croissants
d’un peuple de Dieu en augmentation régulière. Ce
service de consécration comprend, comme nous le
dit Actes 6.3-6, la prière et l’imposition des mains
par les apôtres. Cet acte provient d’une ancienne
coutume juive, par laquelle les juifs indiquaient
publiquement que la communauté de foi avait
élu certains dirigeants pour remplir des fonctions
spécifiques de leadership et de service dans la
communauté.
L’élection et l’ordination de diacres et de
diaconesses sont toujours de mise aujourd’hui
au sein de l’Église adventiste. Le Manuel d’Église
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MÉMENTO DU DIACRE ET DE LA DIACONESSE
affirme que « les diacres nouvellement élus ne
peuvent assumer leur fonction avant d’avoir été
consacrés par un pasteur consacré dont les lettres
de créance sont à jour ».1 Le même Manuel d’Église
dit aussi : « Le rite sacré de consécration doit se
caractériser par sa simplicité et se dérouler en
présence de l’Église […] Le pasteur, assisté le cas
échéant d’un ancien, consacre le ou les diacres par
la prière et par l’imposition des mains. »2
Du serviteur au diacre
Dans Actes 6.2, le mot grec utilisé pour « serviteur »
est diákonos. Ce mot a été aussi traduit par « serveur
de la table ». Cette expression a causé quelques
controverses concernant les types de services prévus
par le terme. Cependant, les mots grecs pour « être
l’objet d’un ministère » et « exercer un ministère » dans
le Nouveau Testament proviennent également de la
même racine diakonéõ, ce qui indique que le terme
s’utilise pour des services de différentes sortes. Par
conséquent, le mot « diacre » s’applique à différentes
sortes de services en rapport avec l’Église.
1. Manuel d’Église, 2015, p. 104.
2. Idem.
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Chapitre 1
Dans la langue grecque, diakonia sous-entend
différentes sortes de services, tout comme le mot
français service lui-même. Les mots diákonos, diakonéõ
et diakonia comportent autant de sens variés, mais,
en général, ils se réfèrent à tout service consistant à
pourvoir aux besoins d’une autre personne. Ces mots
sont employés au moins cent fois dans le Nouveau
Testament et, d’habitude, ils sont traduits par les
variantes des mots français « rendre un service » ou
« accomplir un service pastoral ». Dans quelques
endroits de la Bible, version anglaise King James, ils
sont traduits de différentes manières : diakonia est
traduit par « administration » dans 1 Corinthiens 12.5
et 2 Corinthiens 9.12, et « secours » dans Actes 11.29.
Mais dans ces versets, et dans d’autres emplois dans
le Nouveau Testament, le sens premier renvoie au
service et au ministère.
Les diaconesses
Les hommes ne sont pas les seuls à servir l’Église.
Dans ses épîtres, Paul parle de plusieurs femmes qui
servaient l’Église. Romains 16.1,2 se réfère à Phœbé
comme diakonon, le même mot employé pour décrire
les sept diacres du livre des Actes.
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MÉMENTO DU DIACRE ET DE LA DIACONESSE
Dans Philippiens 4.2,3 Paul demande aux croyants
de porter assistance à deux femmes qui ont œuvré
ensemble avec lui – Évodie et Syntyche – et de les
accepter comme « collègues » même s’il demande aux
autres chrétiens de les aider dans leur travail.
Ainsi donc, les Saintes Écritures soutiennent
le rôle et le service actifs des femmes en tant
que diaconesses au sein de l’Église. Paul, dans sa
description, dit que leur caractère devrait être aussi
noble que leur service : « Les femmes, de même,
doivent être honnêtes, non médisantes, sobres,
fidèles en toutes choses. » (1 Tm 3.11). Paul souligne
ici que le rôle de la femme ne se limite pas au fait
d’être le reflet de son mari, mais bien d’être une
« servante » dans l’Église.
Tandis qu’il est rare de trouver dans la Bible des
femmes ayant un rôle de diaconesses, les preuves
apportées par les Saintes Écritures et des sources
extrabibliques indiquent que les diaconesses ont
bien pris part à l’histoire et à la croissance de l’Église
chrétienne. Elles ont exercé un ministère envers
d’autres femmes, surtout celles qui étaient pauvres ou
malades, et leur ministère est enregistré dans l’histoire
de l’Église tout au long des siècles.
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Chapitre 1
L’Église adventiste, également, doit beaucoup au
ministère des femmes pour sa croissance. Ceci est
particulièrement vrai concernant Ellen G. White, par
qui Dieu a choisi de manifester le don de prophétie,
qui guidait, orientait, dirigeait l’Église dans ses tout
premiers jours. Les autres femmes, qui ont aidé dans
les tout débuts, étaient la sœur Sarepta Myrenda Irish
Henry, Anna Smith, et d’autres encore, qui ont suivi
les enseignements bibliques sur le service des femmes.
Vraiment, notre foi adventiste a été bénie par Dieu et
par la direction qu’Il a octroyée à ces femmes pour
être à la fois des bergères et des servantes dans les
toutes premières années.
Leadership des diacres : l’exemple d’Étienne
Étienne figurait parmi les premiers croyants choisis
comme diacres par l’Église apostolique. Sa vie est la
quintessence de ce que devrait être la personne choisie
pour assumer cet important ministère. Il est décrit
comme un homme « plein de grâce et de puissance »
et qui « faisait des prodiges et de grands miracles
parmi le peuple » (Ac 6.8). Être « plein » d’Esprit (Ac
6.5) implique qu’Étienne a fait l’expérience de ce que
l’apôtre explique plus tard comme étant le fruit de
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MÉMENTO DU DIACRE ET DE LA DIACONESSE
l’Esprit : « l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté,
la bénignité, la fidélité, la douceur, la tempérance »
(Ga 5.22,23).
Bien qu’étant une personne d’une grande foi et d’une
grande spiritualité, Étienne ne se voyait pas comme
quelqu’un dont le rôle était d’exercer sa puissance et
son autorité sur les autres dirigeants. Il avait le soutien
de la congrégation, mais il n’en faisait pas usage pour
établir sa domination ou sa promotion. Il permettait
seulement à Dieu d’œuvrer en lui et par lui. Voici ce
que E. G. White dit de lui : « Étienne, le principal des
sept diacres, était profondément pieux et possédait
une grande foi. Bien que juif de naissance, il parlait le
grec, et les coutumes et les mœurs grecques lui étaient
familières. C’est pourquoi il eut l’occasion de prêcher
l’Évangile dans les synagogues des Hellénistes. Il
déployait une grande activité dans l’œuvre du Christ,
proclamant sa foi avec hardiesse. De savants rabbins
et des docteurs de la loi se mirent à discuter avec lui,
convaincus d’obtenir une victoire facile. Mais “ils ne
pouvaient résister à sa sagesse et à l’esprit par lequel il
parlait”. Il ne le faisait pas seulement sous l’influence
du Saint-Esprit, mais il expliquait les prophéties, et il
était versé dans toutes les questions relatives à la loi. Il
défendait habilement les vérités qui lui étaient révélées,
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Chapitre 1
et il confondait ses adversaires. » (EGW, Conquérants
pacifiques, p. 85).
La compréhension complète qu’avait Étienne de
l’histoire du Salut présentée dans la Bible, comme
l’indique son discours qui se trouve dans Actes 7,
et son engagement total envers l’Évangile, montrent
aux chrétiens de tous les temps ce que signifie être
un diacre de Jésus-Christ : il s’agit de croire en lui, de
lui faire confiance, de le servir, de prêcher sa Parole
sans hésitation, de le proclamer comme le Sauveur du
monde et, enfin, d’être prêt à se donner entièrement,
à mourir pour lui, s’il le faut. Ainsi donc, un diacre est
une personne qui prend un vit total envers le Seigneur.
Le Christ : l’exemple parfait du service
Qui a donné l’exemple et enseigné aux croyants
de la première heure comment devenir serviteurs des
autres ? Comment les premiers apôtres et disciples,
les premiers diacres et diaconesses ont-ils été
formés ? L’origine de cette formation remonte bien
plus loin encore, c’est-à-dire à l’Ancien Testament.
Le prophète Ésaïe, annonçant la première venue
du Christ comme Sauveur, a prédit qu’il exercerait
un ministère en tant que serviteur. Ésaïe 61.1,2 fait
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MÉMENTO DU DIACRE ET DE LA DIACONESSE
décrire au Sauveur son ministère en terme de service :
« L’esprit du Seigneur, l’Éternel, est sur moi, car
l’Éternel m’a oint pour porter de bonnes nouvelles aux
malheureux ; il m’a envoyé pour guérir ceux qui ont
le cœur brisé, pour proclamer aux captifs la liberté,
et aux prisonniers la délivrance […] pour consoler
tous les affligés ». Dans Ésaïe 53.11, Dieu appelle
Jésus « Mon serviteur juste [qui] justifiera beaucoup
d’hommes, [car] il se chargera de leurs iniquités ».
Jésus lui-même était tout à fait conscient de sa
mission sur la terre en tant que serviteur souffrant.
À une occasion, il a dit : « Le Fils de l’homme n’est
pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner
sa vie comme la rançon de plusieurs. » (Mt 20.28).
À travers toute sa vie sur terre, Jésus a enseigné,
guéri, prêché, et pastoralement servi les autres, de
sorte qu’ils ont goûté à l’amour de Dieu et qu’ils ont
été attirés vers lui. Sa vie était source de toutes les
bénédictions dont les êtres humains avaient besoin :
santé émotionnelle, guérison spirituelle, bien-être
physique, formation pour le service de Dieu et, par-
dessus tout, des conseils, afin que tous deviennent
comme lui – des enfants de Dieu.
Ainsi, ce concept de service, si crucial au ministère
et à l’authenticité des diacres et des diaconesses,
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Chapitre 1
lie l’Église à Jésus-Christ, le Maître de l’Église, et
le Serviteur de Dieu. Le Christ lui-même désigne
sa propre vie de service comme étant le modèle à
suivre pour tous les chrétiens : « Mais quiconque veut
être grand parmi vous, qu’il soit votre serviteur ; et
quiconque veut être le premier parmi vous, qu’il soit
l’esclave de tous. Car le Fils de l’homme est venu,
non pour être servi, mais pour servir » (Mc 10.43-45).
Le service de Jésus avait plusieurs facettes. Il a nourri
les affamés, il a pris soin des pauvres, il a guéri les
maladies, il a aimé les enfants, il a eu de la compassion
pour les veuves, et il a voulu subvenir à tous les types
de besoins humains – spirituel, émotionnel, mental,
et physique. Ainsi, il a donc rempli l’essence de la
religion pure : « La religion pure et sans tache, devant
Dieu notre Père, consiste à visiter les orphelins et les
veuves dans leurs afflictions » (Jc 1.27). Il est le modèle
pour tous les chrétiens, et particulièrement pour les
diacres et les diaconesses. En paroles et en actes, Jésus
a montré à ses disciples le vrai sens du mot service :
ce n’est ni le pouvoir ni le contrôle ; ce n’est ni la
position ni l’autorité ; il s’agit du service dans le sens
le plus vrai pour Dieu ainsi que pour l’humanité.
Un tel ministère, exercé par les diacres et les
diaconesses et orienté vers le service, les anciens et
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les pasteurs, se doit d’apporter soutien et coopération
mutuelle. Un tel service est essentiel pour le soutien,
le renforcement et la croissance de l’Église.
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