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Classification et distribution du genre Musa

Le document présente une étude sur la classification, l'origine et la répartition géographique des espèces et variétés du genre Musa, rédigée par J. Champion. Il décrit la systématique des Musacées, les sections du genre Musa, ainsi que les caractéristiques morphologiques et taxonomiques des différentes espèces. L'article souligne la complexité de la classification due aux variations écologiques et aux hybrides naturels.

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Classification et distribution du genre Musa

Le document présente une étude sur la classification, l'origine et la répartition géographique des espèces et variétés du genre Musa, rédigée par J. Champion. Il décrit la systématique des Musacées, les sections du genre Musa, ainsi que les caractéristiques morphologiques et taxonomiques des différentes espèces. L'article souligne la complexité de la classification due aux variations écologiques et aux hybrides naturels.

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Fruits d'Outre-Mer - Vol .

2, n o 3, 1947 - 73

CLASSIFICATION, ORIGINE E T
RÉPARTITION GÉOGRAPHIQU E
DES ESPÈCES ET VARIÉTÉS DU GENRE MUS A
par J . CHAMPIO N
_I [' 1 NT-PROPO S
INGÉNIEUR I . .A . N .
Nous commençons la publication d'une série d'articles LICENCIÉ ÈS-SCIENCE S
rédigés par J . CHAMPION, généticien de l'I .F .A .G . ,
chargé ales questions se rapportant à l'amélioration d u
bananier . Ce travail a été commencé en 1943 au cour s
d'un stage que fit l'auteur au laboratoire d'agronomi e
tropicale du Professeur A . CurvALIEn . Il constitu e
une mise au point de la documentation publiée jusqu'ici , A. - Classification du Genre Mus a
et comprend trois parties :
A. - Classification actuelle du genre Musa . 1 . - PLACE DU GENRE MUS A
B. -- Origine géographique et extension du genre DANS LA SYSTÉMATIQU E
Musa .
C. - Distribution géographique des espèces et clone s Dans l'ordre des SCITAMINÉES de l'embran-
du genre Musa .
chement des monocotylédones, se place la famill e
Par ailleurs, nous publierons dans les a rotes e t
des MUSACÉES, elle-même divisée en trois sous -
documents » deux articles de J . Cn ..MPIoN qui complèten t
familles comprenant chacune un ou plusieurs genres :
le travail précédent :
un index alphabétique des espèces du genre Musa ;
Famille Sous-familles Genres
une liste alphabétique des variétés du genre Musa ,
comportant l'indication des noms vulgaires et verna-
culaires de celles-ci . I .owia
Lowioïdées
Pour réaliser ces diverses études, l'auteur a eu recour s Orchidanth a
à une documentation de caractère général, dont la list e
est donnée ci-après (1) . Ravenal a
En outre, de nombreux renseignements ont été tirés Musacées
Strelitzoïdées Strelitzi a
d'articles qui ne présentent pas un caractère aussi généra l
Heliconi a
que les ouvrages suivants . Leurs références seron t
indiquées lorsqu'ils seront mis en cause par l'auteur .
J. A. MASSIROT , Musoïdées Musa
Che/ du Service des Recherches
agronomiques de l'I .F ._I .C . Physocauli s
Le genre Musa comprend 3 sections Rhodochlanly s
(1) OUVRAGES GÉNÉRAUX CONSULTÉ S Eumus a
CHEESNIAN (H .) . l'rinciples of banana breeding . Trop . Agricult . Nous examinerons succinctement les caractère s
XI . 132-137 ; 176-181 ; 203-209 . Trinidad, 1931 .
ales Scitaminées et des Musacées .
CIIEESMAN (H .) and LARTER . - Chromosome nmmbers in th e
Musacees (Genetical and cytologicalsludies of Musa) . Jonrn .
of genettes, 193 .5 .
[Link] . - The banana, its cultiva t ion, distribution and commer- a) Les Scitaminées .
cial uses . London . Duckworth and C°, 2 . édit ., 1921 .
HUBERT . - Fruits des pays chauds, Dunod, Paris, 1912 . G . BoNNIER place les Musacées dans la 17 e série de s
HuBEnT . -Le bananier et son exploitation, Paris . Société d'édilion s Angiospermes, série ainsi définie : «Monocotylédone s
géographiques maritimes et coloniales, 1935 .
ayant calice et corolle, à fleurs irrégulières et à calic e
KERVEGANT (I) .) . I .e bananier et son exploitation . Sociét é
d'éditions géographiques . maritimes et coloniales, Paris,1935 . adhérent » . Et il note encore que o les Cannacées ,
RAY (C . P .) 13uoNe . - Le bananier . Paris . Société d'éditions géogra -
phiques, maritimes et coloniales, 1926 . les Zingibéracées et les _Musacées forment un group e
S .vooT et RAOUL . - Manuel pratique des cultures tropicales et de s assez homogène qu'on a désigné parfois sous le no m
plantations des pays chauds, Paris, 1893 .
ale Scitaminées s . Les Scitaminées sont . avec le s
Revue de Itoiunique appliquée et d'agriculture tropicale, publié e
-'us la direction du Professeur A CHEVALIER, Paris . Orchidées, les seules Monocotylédones qui ont de s
74 - Fruits d'Outre-Mer - Vol . 2, n° 3, 194 7

fleurs irrégulières, et de ce fait, certains auteurs le s II . - SYSTÉMATIQUE DU .i GENRE MUS A


considèrent comme les plus évoluées de ce groupe .
Les familles appartenant aux Scit aminées ont quelque s Le genre Musa a été divisé en trois sous-genre s
traits communs, qui avaient permis de les unir : (ou sections) dont les caractères sont résumé s
plantes herbacées à rhyzomes parfois tuberculeux , ci-dessous :
dont la tige aérienne est formée ou prolongée par le s
gaines foliaires emboîtées, leurs feuilles présenten t PHYSOCAULIS ~RHOI)OCHLAMYSI EUM1'SA
une forte nervure médiane, les nervures secondaire s
étant droites et parallèles . Les fleurs ont 3 pétale s Le pseudo-tronc formé par les gaines foliaires (= stipe) est :
et 3 sépales, G étamines, dont 5 fertiles, 3 carpelle s Lagéniforme, à base Conique et allongé , l Allongé avec sto -
concrescents en un ovaire triloculaire, 1 style unique , très renflée et san s à base peu renflée Ions .
2 rangs d'ovules anatropes . stolons . avec stolon s
Mais les 3 familles se distinguent facilement pa r
Les fleurs sont :
leurs graines, qui sont :
Nombreuses par Peu nombreuses par Nombreuses par
chez les Musacées, à albumen, sans périsperme , bractée, toujours bractée, souvent uni-bractée . bisériée s
chez les Zingiberacées, à albumen vrai, san s bisériées jusqu'à-111 . sériées 3 au moins . jusqu'à 40 .
périsperme , Le périgone (3 sépales et 2 pétales soudés en un tube) est :
chez les Cannacées, sans albumen et à périsperme . Trilobé (les 2 lobes Pentalobé et lobe s Pe nt al o b é e t
latéraux soudés de forme variable . lobe de form e
en 1) . variable .
b) Les Musacées . Le pétale dorsal restant ou tépale libre est :
Trilobé . Linéaire . Acuminé, souvent
Cette famille présente les caractéristiques citée s entier .
plus haut . Précisons que la graine possède un albume n On a 6 étamines, dont une est généralement réduite ,
amylacé bien développé, sans périsperme, et qu e le fruit est une baie allongée :
le fruit peut ètre charnu ou capsulaire . Dont les enveloppes' Qui est charnue . Qui est charnue.
Les Loiviofdées ont des pseudo-troncs de gaine s et mésocarpes son t
foliaires, et ne comprennent que 2 genres : Lowi a coriaces et secs .
et Orchidantha, confinés à la presqu'île de Malacca . Les graines sont :
Les Strelitzuïdées possèdent, au stade jeune, un e Globuleuses et lisses Sub-cylindriques ou Plus ou moins
tige aérienne vraie ; dans le genre Ravenala, le s diamètre supérieur ob-pvriformes, avec aplaties d'avant
fleurs ont des sépales et des pétales libres (un pétal e à 30 mm : hile très un large espace en arrière ; typi -
étant un peu plus court) : l'espèce la plus remarquabl e déprimé . aérifère à la partie quement angu -
est Ravenala Madagascarensis, l'Arbre du voyageur , centrale dorsale, u n leuse e t tuber-
aux feuilles plus larges encore que celles du bananier ; anneau transversal culeuses ; dia -
de l'eau de réserve s'amasse dans les longs pétiole s et une ornementa - mètre inférieu r
creux, les graines sont comestibles . Le genre Strelitzi a tion différente de s à 15 mm .
comprend des espèces africaines très ornementale s parties supérieur e
par leurs fleurs vivement colorées ; les trois pétale s et inférieure .
dont le médian est un peu différent, s'unissent en un e
gaine ; les Strelitzia augusta, de 3 à 4 mètres, au x
Cette division en trois sections est celle donné e
fleurs blanches, et Strelitzia reginae, aux très belle s
par BAKER en 1893 . Elle est restée exacte dans se s
fleurs orange et pourpre, sont très connues comm e
grandes lignes, et répond bien à la réalité, mais l a
espèces horticoles . Le dernier genre fleliconia es t
cliagnose originale a été améliorée par l'adjonctio n
le plus proche du genre Musa, et comprend 24 espèce s
des caractéristiques de la graine, qui, d'après le s
américaines ; ses fleurs ont 3 pétales égaux et libres ,
auteurs modernes, seraient essentielles . La sectio n
le fruit est sec, triloculaire, donnant 3 graines . lleli -
Physocaulis serait assez éloignée des Eumusa, tan t
corna Bihai est souvent appelé « plantain »en Amériqu e
morphologiquement (la base du stipe est renflée ,
du Sud, où, spontané et rustique, il atteint souven t
ses fruits secs contiennent de grosses graines) qu e
5 mètres de hauteur, ses fleurs sont orange et pourpre .
par son mode de reproduction (par graines, puisqu e
Les deux premiers genres sont, d'après les obser- la plante, ne formant pas de rejets, meurt aprè s
vations de CHEESMAN, bien plus liés entre eux qu'ave c la fructification) et sa cytologie (le nombre haploïd e
le genre Heliconia . serait 9) . Les sections Rhodochlamys et Eumus a
Enfin les Musoïdées, qui nous intéressent plu s seraient bien plus proches l'une de l'autre . CHEESMA N
particulièrement, comprennent le genre unique Musa . considère d'ailleurs que Rhodochlamys est s le sous -
- 75

nous l'avons (lit, un groupe bien à


part, et ne nous intéressent pas, s e
trouvant trop éloignées des bananier s
à fruits comestibes .
La section Rhodoehlamys ne com-
prend que 13 espèces, si l'on tien t
compte des modifications apportée s
par CIILLs ix , c'est-à-dire si l'on e n
soustrait Musa maculait!, Musa ornat a
et les espèces voisines . Peut-êtr e
existe-t-il d'ailleurs des synonyme s
parmi les espèces restantes . Par contre ,
il est possible que des espèces (l u
groupe Eumusa passent à cette section ,
comme celles se rattachant à M . textilis ,
à moins que l'on intègre les Rhodoehla-
mys aux Eumusa .
La section Eumusa doit être divisé e
en deux groupes bien distincts, d'un e
part les espèces fertiles, c'est-à-dire ,
produisant des graines, de l'autre, le s
variétés parthénocarpiques à fruit s
comestibles . Ces dernières, ne produi-
sant pas de graines, se multiplient
végétativement par rejets ; elle s
peuvent être appelées clones . D'aprè s
CHELS\IAN, on aurait 19 espèces sper-
niées, et 34 clones répondant à de s
binômes latins, c'est-à-dire rapporté s
à des espèces déterminées_ La plupar t
des autres auteurs donnent des chiffre s
plus élevés .
En fait, la classification de cett e
section est fort embrouillée, et nou s
dirons un mot des causes de cett e
confusion .
Elle tient tout d'abord au matérie l
végétal lui-même :

FLEURS DE BANANIE R a) Les Musa semblent soumis à (l e


fortes variations dues aux facteur s
écologiques ; l'influence du sol et d u
genre le moins naturel (le 13nKER » . Les recherche s climat sur certains caractères a été signalée mainte s
de ce botaniste à la Trinité l'ont amené à certaine s fois ; il s'ensuit que les voyageurs botanistes ,
modifications : c'est ainsi que Musa ornata appar- qui, ces cinquante dernières années, parcoururen t
tiendrait plutôt à Eumusa qu ' à Rhodoehlamys, e t diverses contrées asiatiques, décrivirent avec de s
que le groupe de Musci textilis se rapprocherai t caractères un peu différents, sous divers binômes ,
au contraire de Rhodoehlamys . les mêmes espèces sauvages .
Néanmoins, la classification du genre Musa es t De plus, le mode de pollinisation des Musa permet
satisfaisante jusqu'à ces sections que nous venon s d'affirmer que les hybrides naturels ne sont pa s
de définir ; elle ne l'est plus lorsque nous arrivon s rares, du moins entre espèces génétiquement asse z
aux espèces . Nous allons examiner brièvement l'éta t proches, et (le ce fait, on peut trouver des forme s
(le la taxonomie du genre . intermédiaires . Enfin, les mutations paraissent asse z
L'Index Iiemensis et ses suppléments donnen t fréquentes : on a observé souvent des mutation s
134 noms d'espèces pour le genre (1925) . de bourgeon portant sur la pigmentation des partie s
La section Physocaulis en comprend une trentaine , végétatives (à la Trinité, dans les parcelles d'essa i
dont certaines d'ailleurs paraissent très voisines ; du Collège Impérial : Green Red », mutant d e
mais ces espèces, presque toutes africaines, forment, « Red »), et l'apparition de formes géantes dans
76 - Fruits d'Outre-Mer - Vol . 2, n° 3, 194 7

des plantations de Musa nana, signalée par d e C'est ainsi que les caractères par lesquels on diffé-
nombreux auteurs, semble due à des phénomène s rencie M . paradisiaca et M . sapientum manquen t
analogues . de valeur . Le plus important, employé primitivemen t
b) Les descriptions ne peuvent s'appuyer que su r par LINNÉ, est la caducité ou la persistance de s
des dessins ou des documents photographiques , fleurs mâles : en fait, il est tout juste bon pou r
car on ne peut conserver du matériel d'herbier propr e distinguer M . paradisiaca des autres espèces .
à des vérifications, en particulier les inflorescence s KERVÉGANT montre la fluctuante de ce caractère ;
et les fruits . ainsi la variété « Figue-rose » (« Red » de la Trinité) ,
Ces très nombreuses descriptions, pratiquemen t rapportée généralement à M . sapientum, a des fleur s
incontrôlables, ont créé une synonymie (que nou s mâles, qui persistent assez longtemps ; dans le s
dirons scientifique, parce qu'il s'agit de binôme s divers clones de M . Cavendishii, on trouve tous le s
latins), qui est très difficile à réduire . De plus, ce s degrés de persistance des fleurs mâles sur l'axe floral .
descriptions sont souvent incomplètes, manquen t Une distinction fréquemment employée dans le s
de clarté, parfois même . sont rapportées à un seul ouvrages généraux pour classer grossièrement le s
nom vernaculaire . Souvent . les auteurs ont néglig é variétés de bananiers est la valeur culinaire (les fruits :
les caractères floraux, qui sont les plus importants , ceux qui sont consommés cuits (plantains des Anglais ,
pour ne s'attacher qu'à la taille de la plante, o u bananes des Antilles françaises, bananes à cuire )
l'aspect et la valeur du fruit . Cependant, on ne doi t et ceux qui se mangent crus (banana des possession s
pas méconnaître les travaux de botanistes tels qu e anglaises, figues des Antilles françaises, bananes -
BAKER, TÉODORO, DE WILUEMANN, etc . . . Selo n dessert) ; les plantains sont considérés par beaucou p
CHEESMAN, malgré qu'il semble prouvé que certain s comme appartenant à M . paradisiaca. Or, ce caractère
bananiers de l'extrême-orient et du Pacifique n'on t est essentiellement fonction des proportions relative s
jamais été décrits, le nombre des Musa fertiles doi t de sucres et d'amidon dans le fruit mûr. Caractèr e
être beaucoup moindre que celui inscrit actuellemen t physio-chimique, extrêmement variable comme tou s
à l'Index Kewensis . les caractères physiologiques, génétiquement plurifac-
Les noms de variétés parthénocarpiques son t toriel, et fortement soumis d'autre part aux condition s
extrêmement nombreux . CHEESMAN dit avoir trouv é externes . D'ailleurs certaines variétés, selo n
plus de 700 dénominations dans la bibliographie , ARGUELLES sont consommées cuites ou crues, e t
en quelques semaines . Nous-mêmes avons collect é CHEESMAN affirme que c'est une question de goû t
7 à 800 noms dans notre table . Là encore, nous somme s personnel dans bien des cas .
en présence d'une abondante synonymie, que nou s L'incertitude est telle en ce qui concerne le s
appellerons géographique . L'auteur précité a expliqu é relations entre M . sapientum et M. paradisiaca qu e
fort logiquement ses causes ; une même variét é les botanistes sont en parfait désaccord . Ainsi, pou r
reçoit un nouveau nom clans chaque nouvelle contré e BAKER, M . paradisiaca est une sous-espèce d e
où on l'introduit en culture : en Afrique et en Asi e M. sapientum, alors que c'est l'inverse pour KuNTZ E
tropicales, la multiplicité des dialectes multipli e et SCHUMANN ; KERVÉGANT paraît également de ce t
d'autant le nombre des noms vernaculaires ; et le s avis . Enfin d'autres botanistes gardent deux espèce s
divers systèmes d'écriture de ces langages, utilisé s distinctes . D'autre part, RAouL considérait M. corni-
par les Européens, complique encore la question . culata comme une sous-espèce de M . paradisiaca ,
Un exemple tout à fait caractéristique est donn é Kunz la rattachait à M . acuminata COLLA e t
par E . E . CHEESMAN : « Le cas du « Horn plantain » KERVÉGANT tend à la conserver comme espèc e
est caractéristique, ce qui est presque certainemen t indépendante . Toutes ces divergences s'expliquent
la même variété apparaît dans la littérature comme : par la valeur toute relative des caractères utilisés ,
Tando, Tandoc, Tandock, Tandon, Tanroc, Tindoc , et surtout parce qu'on leur fait comprendre d e
Tinctok, Tondoc, Tondok, Tundoc et Tundok, ave c multiples clones ; c'est ainsi que KERVÉGANT affirm e
de nombreux synonymes de différentes racines tandi s qu'il y a plus de différences entre des variétés d e
que Tudoc, Tuldoc, et Tumoc des Phillipines n e M . sapientum, qu'entre M . sapientum et M . paradi-
doivent pas être confondus avec la mème variété , siaca eux-mêmes .
et en sont tout à fait distincts » . En résumé, la complexité de la classification de s
La plupart des auteurs, qui étudièrent ces multiple s Musa tient au matériel végétal lui-même :
variétés, s'efforcèrent de les rapporter à quelque s 1) il est très variable (influence des facteurs externes ;
grands types spécifiques, tels que M . paradisiac a mutations gemmaires ; hybridation naturelle) ce qu i
LINNÉ, M . sapientum L ., M. nana LOUREIRO , a pour conséquence des descriptions multiples, d e
M . corniculata Ru»Ermus . Malheureusement, ce s plus d'espèces qu'il n'en existe . A cela, s'ajoute l e
espèces ne possèdent pas des caractères assez nettemen t défaut de bons caractères de classification : le s
déterminés pour permettre d'y inclure tel ou te l descriptions sont à la fois trop nombreuses, tro p
clone . diverses et souvent trop incomplètes pour permettr e
Fruits d'Outre-Mer - Vol . 2, n° 3, 1947 - 77

de réduire la synonymie, d'autant plus qu'on n e que sur les 600 variétés qui existaient en 1919 à l a
peut conserver du bon matériel d'herbier de réfé- collection du Collège d'Agriculture des Phillipines ,
rence . 1!3 à peine était identifié, et encore comprenait-i l
2) les espèces et surtout les variétés à fruit s sans doute des synonymes . De mème, `\ BITE pensai t
comestibles ont (les aires très étendues, et en consé- que la collection de 200 bananiers de l'United Frui t
quence, sont connues sous de multiples noms : d'o ù Company à Almirante (Panama) possédait beaucou p
une nouvelle synonymie, si l'on peut (lire géogra- de doubles a paraissant venir de différentes région s
phique . de la terre, sous différents noms » . Quant à la collectio n
Ces difficultés ont été reconnues depuis longtemps , du Collège Impérial d'Agriculture tropicale de l a
puisque TÉonono écrivait en 1915 ces phrase s Trinité, on y procéda méthodiquement à la réunio n
devenues classiques : « En raison de l'absence d e du plus grand nombre possible de clones et d'espèce s
matériaux vivants ou de bons échantillons d'herbier , de Musa, et à la réduction de la synonymie par le s
les descriptions effectuées ont été rarement claire s essais de comparaison en conditions identiques, seule
et complètes, ce qui a rendu l'étude du group e méthGde permettant d'éliminer les variations don t
extrêmement difficile . Maintes diagnoses sont basée s nous avons parlé plus haut . Quelques détails su r
sur les fruits seuls, sans que rien ne soit dit de l a ces opérations : les introductions furent pourvue s
structure florale, qui fournit cependant de nombreu x d'étiquettes provisoires, avec l'origine et le no m
caractères d'importance primordiale et d'autr e sous lesquels on les a reçues . Elles furent ensuite mise s
part : « Essayer de classer les espèces de Musa qu e en observation pendant une première année ; d'aprè s
l'on suppose renfermer les variétés cultivées, san s les observations, deux cas peuvent se présenter :
l'étude complète de toutes ces variétés, ne peu t si l'introduction est différente de tout ce qui exist e
conduire qu'à l'incertitude et à la confusion (Cit é à la collection, elle y est introduite sous son étiquette
par KERVÉGANT et CIIEESMAN) . d'origine . En aucun cas, les clones parthénocarpique s
La résolution du problème de la classification de s ne sont désignés par un binôme latin, tant que leu r
Eumusa peut se décomposer en trois problème s parenté n'est pas bien déterminées, c'est-à-dire ,
principaux . Nous citerons clans tout ce qui suit le s au dernier stade des recherches . Si, au contraire ,
idées exprimées par le Professeur CBEESJLIS, dan s l'introduction ressemble à une plante déjà dans l a
ses diverses publications, sur les travaux réalisés à collection, on procède à un essai de comparaison ,
la Trinité . qui peut durer deux ou trois ans avant que l'o n
1° Etude et identification définitive des espèces conclue à l'identité ; en toutes conditions égales ,
spermées de Musa . trois plantes de l'introduction et trois de celle à
20 l'Aude des clones et réduction des synonyme s laquelle on compare sont plantées alternativement ,
à quelques clones standards bien séparés . sur le même terrain de sorte que l'on peut juger
30 Relations de parenté entre espèces fertiles e t constamment, ayant le matériel nécessaire sous le s
clones stériles, c'est-à-dire détermination des origine s yeux . Dans la conclusion interviennent égalemen t
(les clones, seule manière de les rapporter sûremen t les similitudes des stocks chromosomiques et d u
à une espèce donnée . comportement en hybridation .
Quelles sont les méthodes répondant le mieux à Seules ces comparaisons ont permis les importante s
ces trois buts de recherches ? Etude en collection , réductions de synonymie réalisées au Collège impéria l
essais de comparaison et recherches cyto-génétique s de la Trinité, réduction à 1 /3 du nombre de clone s
sont la clé du problème . introduits . En 1934, il n'y avait que 25 types (clone s
Une documentation abondante est nécessaire ; « standards ») numérotés et bien déterminés à
réunion de la bibliographie relative à ces questions : Trinidad .
flores, descriptions, distribution géographique etc . . . Le grand mérite du Professeur CBEESMAN a été d e
On peut obtenir de nouveaux renseignements a u faire table rase de tous les binômes spécifique s
moyen de fiches descriptives de type unique, comm e appliqués généralement aux clones stériles, et d e
celles que proposait DE WILDEMANN . Les dessin s reprendre à la base le problème de détermination
et la photographie peuvent compléter heureusemen t des parentés entre espèces fertiles et clones à fruit s
ces renseignements . Il faut évidemment avoir recour s comestibles .
à toutes les stations agricoles, aux services officiels, etc . , La pre ière intervention de la cytologie fut l a
des régions bananières . détermination définitive du nombre de chromosome s
Mais la constitution d'une collection est le seu l de base chez les Musa. En effet, les auteurs, là encore ,
moyen de travail, car ce n'est que sur du matérie l n'étaient pas d'accord : pour TISBLER, étudian t
vivant que l'on peut procéder à des études morpho - des méioses, n=4, et on a une série polyploïde ave c
logiques et génétiques valables . Mais il ne suffit pa s des nombres 12, 24, 16, 8 pour n . Pour D'ANGREMOND ,
de réunir des quantités considérables de variété s n=11, mais WBITE examine en 1928 un gran d
sur u n terrain : QuISUMBING Y ARGUELLES explique nombre d'espèces et de variétés, et pour lui le nombre
GENRE MUS A
SOUS-GENRE EUNIUS A
Sous-genre PlIYSOCAUI .IS 2,t 1 it
ESPÈCES fertile s V .ARII?'l'I?S à fruits comeslil les 1 2n - 33 1
Groupe rusa('
Ruanelensis .
M . enseIe, I)avyC,Ifolstii , (à graines) 2n --- 22 1 Origine (1) Variétés (2) et n o des clones de I .C . (3)
Binôme lati n
usité .
Groupe ( ;hrvalier•i : Sc•hweinfurthii, elephan- séparatio n
nette entr e I .acalan= Masais Iii ,jau type 5 géant JGroupe Cavendis h
torum, vell tricusa .
Congo type 1 1 serai- ( M . Cavendisltii= =
Groupe religioso : M . imiterions, Iloinb!ei , Physocauli s Inconnu e
(danl Chinese type 3 géant`nana--sinensis -
Gillet ii . et Eumusa l)wa'f Chinese type 2 nain , chinensis .
Groupe ylouca : M . superba, VVilsonii, nepa-
lcnsïs . Iton . panachée \ À Groupe paradi -
Groupe La urenlii : ru brouervata,Bagashawe i Itan .créole=con!mon p lantain ■siaca (plantains )
Inconnu e .~ type 23 M . paradisiaca
et une quinzaine d ' autres espèces . Ban . noire = black gian . . . 1.
St-Pierre = gianl plantain . ., classique .

M . corniculata Rcnu•n . . . Ilorn --- Banane corne type 2 1


)[ entasculata

Groupe acuminala Trè s


(M . acunt inatu . 11 va , I•obal tenten t Gros Michel type 1
malac( iensis, zebrina, etc . )
Sous-genre RHOI)OCHL :AMY S
Ithodo- Inconnu e Mysore type il
chlann-s e t
M . cantpestris . Red = ligue rose 1 ype 7
I ;unius a
M . dasycarpa . Green I3ed type 7 A
étroitemen t \walc-Iegor=Ban . 7 semaines type 12 Groupe sapienlun r
M . rosea IlArr:lt , Inconnu e
apparentés Sil --11 ue pomme type 17 sensu lido ( rès
)I . coccinca ann t!t•anoscopus I .c, c : R . Sucrier- ligue sucrée type 19 artificiel) .
etc . . . I 'c u t-être Iilu , goc Kakanibou type 1 1
\I . sapieulumsensu lioxb .
sont proches :
bracltyc•IIrpa PANER ,
Cli froid loua . lleileri .
alphurica, saliva, etc . . .

appartient aux Groupe ornala 1 2n 21


1 dans les I :amus a
Rhadoehlamys selon M . ornata, sanguine), Mann, vio selon Cheeslna n
les auteurs classiques TABLEAU I - LE GENRE MUS A
lascens, assantica, auranliac•t, salas- ~
CCIVis, velutin :l, etc . . .
Relations entre les sous-genres, (et dans les Eumusa, entr e
se rapprocherait des Groupe lexlilis 12n -_- 20 1 dans les I?amusa selo n
Htadochlamys selon les espèces fertiles et les clones stériles) .
M . textilis = ubacq = sylvestri s r les auteurs classiques
Chceslnalt .
troglodylal un I . .
environ 13 espèces . Groupe / ehl lei ) (1) L'origine des variétés cultivé e s (e'esl-ù-dire les parents fertiles don t
uranoscopes SLEtir . elles sonl issues) est le plus souvent inc•onnuc .
trcglnclyt-rem Kiu s (2) Ne sont citées que les principales variétés bien connues .
VI . lianl :sii . 131 Les numéros du types sont ceux (le la collection de l'Imperial Collèg e
\I . 1-üllii - .laclavi, etc . . . (Trinilu i .
Fruits d ' Outre-Mer - Vol . 2, n o 3, 1947 - 79

haploïde est également 4 . Mais ses 147 comptes s e tentent à la Jamaïque (Département d ' Agriculture) .
répartissent en une étrange série polyploïde : Le point de départ de toutes les recherches est l'essa i
12 pentaploïdes (2n = 20 à 23 ) d'hybridation de la variété a Gros Michel », très sensibl e
41 hexaploïdes (2n = 24 ) à la maladie de Panama, par une espèce à polle n
52 ocloploïdes (2n = 32 ) fertile, qui lui apporterait l'immunité nécessaire .
37 nonoploïdes (2n = 36) et 5 divers . C'était donc un motif strictement économique . Mai s
36 des comptes de AVHITE ont de 20 à 2-1 chromo- les recherches s'étendirent rapidement, et l'on appliqu a
somes, et ou 0,0 de 30 à 36 chromosomes . bientôt les méthodes d'hybridation à la déterminatio n
des parentés des clones . Nous ne parlerons ici qu e
Cette singulière disposition s'explique facilemen t
de ces applications .
par l'hypothèse n = Il, que les travaux de CuEEs lA N
à la Trinité et LvRTER à la Jamaïque ont définitivemen t D'une part, une méthode synthétique, qui consist e
démontrée . Voici un bref aperçu de leurs résultats : à croiser des espèces fertiles et à étudier leur descen-
a) section Physocaulis : 1 compte . . . . 2n dance lorsqu'on peut en obtenir une ; beaucou p
18
b ) section Rhodochlamys : 3 compte s 2n 20 des clones part hénocarpiques doivent leur origin e
c) section Eumusa : à de telles hybridations naturelles, qui se seraien t
produites il y a fort longtemps (comme le prouv e
;( espèces fertiles :
leur structure hybride : morphologie et cytologie) .
29 comptes : 27 comptes à 2n 22
Cette méthode, encore à ses débuts (M . ornata pa r
2 » 2n 20
M . acuminata a seul été réalisé), peut . permettre
(ces 2 derniers de M . lextilis )
de créer des triploïdes déjà connus ou nouveaux .
20 clones stériles :
I)e l'autre, la méthode analytique . Le princip e
82 clones à 2n 33
est simple et est basé sur les observations des hybri-
1 clone à 2n 32 dations de « Gros Michel » par M . acuminata, et
1 clone à 2n 34 les back-crosses des produits obtenus : un clon e
9 clones à 2n 22
stérile étant supposé issu d'une espèce fertile donnée ,
Quelles furent les conclusions tirées de ces résultats ? seul le pollen de cette espèce est susceptible de rompr e
Selon CIIEEsM N . la présence (lu nombre 1$ (hui s la forte stérilité femelle acquise par ce clone, gràc e
le sous-genre Physocaulis indiquerait l'idée d'un e à l'homologie (le leurs stocks chromosomique s
évolution séparée dans les 2 groupes (Eumusa e t respectifs . Les espèces fertiles utilisées à la Trinit é
Physocaulis) . sont nommées « analysers » ; M . acuminata et
Slusa lexlilis (2n = 20) serait à repprocher de s M . sapientum sensu Roxb . ont. surtout été employé s
Rhodochlamys 2n = 20 . Quant au sous-genre Eumusa , jusqu'à présent . Le degré cle parenté est mesur é
il comprend d'une part, des espèces fertiles diploïde s par la production de graines hybrides (toujour s
(2n = 22) et d'autre part des clones stériles en majorit é très faible en proportion du nombre élevé de fleur s
triploïdes (2n = 33), quelques-uns (9 sur 93) étaien t pollinisées artificiellement, mais intéressante à côt é
diploïdes . d'une stérilité totale) et par le degré de germinatio n
On remarque que la triploïdie est unie à la parthéno - de ces graines . L'analyse complète (les clones exigerai t
carpie : or cela n'est pas rare chez de nombreuse s que chacun d'eux soit pollinisé par chaque espèc e
autres espèces fruitières . On y a vu des relation s fertile, ce qui représente un travail considérable ,
de cause à effet, mais les questions de stérilité femell e tout juste ébauché à la Trinité . D'autant plus qu e
sont très complexes . comme en témoignent les étude s les parents peuvent être absents, comme ce pourrai t
de DoDDS et PLTTENDRP:Gi (1942 à 15) . être le cas pour les clones du groupe Cavendish ,
L'observation cytologique et son interprétatio n stériles dans tous les croisements opérés .
intervient également, par des comptes des stock s Cependant, des résultats sont déjà acquis, que nou s
chromosomiques, par l'étude (les méioses etc . . . , résumerons dans le tableau 1 . De plus, dans les note s
dans l'expérimentation génétique proprement dite . qui suivront, nous garderons le principe de séparatio n
Celle-ci n'a été réalisée jusqu'ici sur une grand e des espèces fertiles et clones, préconisé par CIEESiIA N
échelle qu'au Collège impérial de la Trinité, et parallé - et son école .

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