*Le Précis du cours de droit constitutionnel 2 du professeur Alain Ondoa* ✌️✌️
*CHAPITRE I. LA SÉPARATION DES POUVOIRS ET RÉGIMES POLITIQUES*
Section 1 : Théorisation de la séparation des pouvoirs
Paragraphe 1 – Les origines historiques de la séparation des pouvoirs
Magna Carta (1215) : Instaure des limites au pouvoir royal en soumettant certaines
décisions du roi à l'approbation des nobles et du clergé.
Bill of Rights (1689) : Renforce les libertés individuelles et limite le pouvoir
royal, notamment en interdisant au roi de suspendre les lois sans l’accord du
Parlement ou de maintenir une armée permanente sans son consentement.
Act of Settlement (1701) :
Rend les juges inamovibles pour garantir leur indépendance.
Oblige le roi à obtenir le consentement du Parlement avant toute déclaration de
guerre.
Implique le contreseing ministériel pour les décisions royales, instaurant ainsi
une responsabilité des gouvernants.
Paragraphe 2 – Les théoriciens de la séparation des pouvoirs
John Locke (1690, Essai sur le gouvernement civil) :
Distingue trois pouvoirs : législatif, exécutif et « fédératif ».
Le pouvoir législatif appartient à la société et est exercé par le Parlement.
L’exécutif et le fédératif sont confiés à l’État ou au roi.
L’exécutif est subordonné au législatif.
Montesquieu (1748, L’Esprit des lois) :
Reformule la séparation des pouvoirs en identifiant trois fonctions :
Législatif (fait les lois)
Exécutif (applique les lois)
Judiciaire (interprète et applique les lois aux cas particuliers)
Introduit la notion de limitation réciproque des pouvoirs pour garantir la liberté
politique : « Le pouvoir arrête le pouvoir ».
Substitue au pouvoir fédératif de Locke un pouvoir judiciaire indépendant.
Section 2 : Typologie des principaux régimes politiques
L’évolution des systèmes politiques a conduit à des aménagements pratiques du
principe de séparation des pouvoirs.
Trois grands modèles émergent :
Le régime parlementaire (séparation souple des pouvoirs).
Le régime présidentiel (séparation stricte des pouvoirs).
La hiérarchisation des pouvoirs, où la séparation des pouvoirs s’efface devant un
pouvoir dominant.
Référence à l’article 16 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de
1789 :
> « Toute société dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée, ni la
séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution. »
Paragraphe 1 - Le régime parlementaire ou la séparation souple des pouvoirs
Le régime parlementaire est né en réaction à l’absolutisme monarchique en
Angleterre au XVIIIᵉ siècle et en France au XIXᵉ siècle. Il repose sur une
séparation souple des pouvoirs, impliquant une collaboration entre l’exécutif et le
législatif, accompagnée de moyens d’action réciproques permettant à chaque pouvoir
de remettre en cause l’autre.
A) Interdépendance des fonctions et moyens d’action réciproques
Dans un régime parlementaire, les pouvoirs sont interdépendants : l’exécutif
participe à l’élaboration des lois, tandis que le législatif contrôle le
gouvernement. L’exécutif est bicéphale, composé d’un chef de l’État politiquement
irresponsable et d’un chef du gouvernement responsable devant le Parlement. Cette
responsabilité politique s’exerce par des mécanismes comme la motion de censure et
la question de confiance, tandis que l’exécutif dispose du droit de dissolution du
Parlement. Ces moyens de pression favorisent une coopération entre les pouvoirs.
B) Parlementarisme moniste et parlementarisme dualiste
Le parlementarisme moniste fait du Parlement le seul organe devant lequel le
gouvernement est responsable. C’est le modèle dominant en Europe. À l’inverse, le
parlementarisme dualiste, historiquement dominant, impliquait une double
responsabilité du gouvernement, à la fois devant le Parlement et le chef de l’État,
ce qui pouvait générer des conflits et une instabilité ministérielle. Ce modèle a
existé en Grande-Bretagne, en Belgique et en France sous la monarchie de Juillet
avec la Charte du 14 août 1830.
C) Parlementarismes européens : rationalisés et majoritaires
Pour limiter l’instabilité ministérielle, certains États comme l’Allemagne et la
France ont introduit des mécanismes de rationalisation du parlementarisme. Ceux-ci
permettent au gouvernement de s’assurer du soutien d’une majorité parlementaire et
d’encadrer strictement les motions de censure (exemple : vote de défiance
constructif en Allemagne).
Le parlementarisme majoritaire, notamment en Grande-Bretagne, en Allemagne et en
Espagne, se caractérise par la prépondérance du chef du gouvernement. Bien que les
mécanismes d’équilibre subsistent, un gouvernement soutenu par une majorité stable
voit sa position renforcée, comme c’est le cas avec le Premier ministre britannique
ou le Chancelier allemand.
Premier ministre et gouvernement de cabinet en Grande-Bretagne
Le Premier ministre britannique est issu du parti majoritaire et bénéficie d’une
grande autorité sur le gouvernement et le Parlement. Avant la loi du 15 septembre
2011, il pouvait utiliser stratégiquement le droit de dissolution pour convoquer
des élections anticipées.
Le contrôle parlementaire est assuré par des questions hebdomadaires auxquelles le
Premier ministre répond, ainsi que par des Commissions spéciales d’enquête (Select
Committees), qui analysent l’action gouvernementale. La Chambre des communes peut
également mettre en jeu la responsabilité du gouvernement par une motion de
défiance, bien que cela soit rare (exemple : 1924 et 1979).
L’opposition est institutionnalisée avec un chef officiel et un Cabinet fantôme
(Shadow Cabinet) prêt à gouverner en cas d’alternance.
La « démocratie du Chancelier » en Allemagne
Depuis la Loi fondamentale de 1949, le Chancelier est le moteur du système
parlementaire allemand. Il est élu par le Bundestag sur proposition du Président
fédéral et choisit son gouvernement. L’article 65 LF lui confère la responsabilité
de fixer les grandes orientations politiques.
Le Chancelier ne peut être renversé que par un vote de défiance constructif
(article 67 LF), obligeant à désigner un successeur avant sa destitution (exemple :
Helmut Kohl remplaçant Helmut Schmidt en 1982). Son pouvoir est renforcé par un
service administratif centralisé et par des mécanismes de contrôle parlementaire et
juridictionnel, notamment grâce à la Cour constitutionnelle, qui limite sa marge de
manœuvre et contribue à la juridicisation de la vie politique.
Paragraphe 2 -Le régime présidentiel ou la séparation stricte des pouvoirs : le cas
des États-Unis
Le régime présidentiel américain repose sur une séparation stricte des pouvoirs,
bien que des mécanismes d'équilibre aient été instaurés pour garantir son bon
fonctionnement.
A) Indépendance organique et spécialisation fonctionnelle
Le régime présidentiel est établi aux États-Unis par la Constitution du 17
septembre 1787, s’inspirant des théories de Locke et Montesquieu. Il se caractérise
par une séparation rigide des pouvoirs, excluant toute interpénétration des
compétences entre les organes constitutionnels.
L’article III, section 1 de la Constitution consacre l’indépendance du pouvoir
judiciaire :
> « Le pouvoir judiciaire des USA est dévolu à la Cour suprême et à de telles cours
inférieures dont le Congrès peut au fur et à mesure des besoins, ordonner
l’établissement ».
Les trois branches du pouvoir sont autonomes :
Article I, section 1 : « Tous les pouvoirs législatifs accordés par cette
Constitution seront attribués à un Congrès des États-Unis, qui sera composé d’un
Sénat et d’une Chambre des représentants ».
Article II, section 1 : « Le pouvoir exécutif sera conféré à un Président des
États-Unis d’Amérique. Il restera en fonction pendant une période de quatre ans et
sera, ainsi que le Vice-président choisi pour la même durée, élu… ».
Il n’existe aucun moyen d’action réciproque entre les pouvoirs : ni dissolution du
Parlement par l’exécutif, ni responsabilité politique du gouvernement devant le
Parlement. L’exécutif est monocéphale, entièrement concentré entre les mains du
Président.
B) L’équilibre des pouvoirs
Bien que les pouvoirs soient séparés, des freins et contrepoids (checks and
balances) permettent d’assurer un équilibre institutionnel.
1. Les moyens d’action du Président sur le Congrès
Le Président dispose d’un rôle « législatif » indirect à travers le message sur
l’état de l’Union, où il présente un programme législatif. Ses recommandations
influencent souvent le Congrès, surtout en période de forte popularité.
Le Président peut aussi utiliser son droit de veto législatif :
Article I, section 4 : il peut renvoyer un texte adopté par le Congrès dans un
délai de dix jours. Un veto peut être surmonté par une majorité des deux tiers dans
chaque chambre.
Veto de poche (pocket veto) : si un texte est laissé sans signature dans les dix
derniers jours d’une session parlementaire, il devient caduc sans possibilité de
renversement par le Congrès.
2. Les moyens d’action du Congrès sur le Président
Le Congrès encadre l’action exécutive à travers :
Le contrôle budgétaire, limitant les dépenses publiques.
L’intervention en matière internationale et militaire :
Le Sénat ratifie les traités à la majorité des deux tiers.
Le War Powers Act (1973) impose au Président de consulter le Congrès avant tout
engagement militaire prolongé.
Le Sénat intervient également dans les nominations aux emplois fédéraux (juges,
ambassadeurs, secrétaires d’État).
Le Congrès dispose aussi de pouvoirs d’investigation, notamment via des Commissions
d’enquête, qui peuvent contraindre l’exécutif à témoigner ou fournir des documents.
Enfin, le pouvoir de destitution (impeachment) permet de sanctionner le Président
en cas de « haute trahison, corruption ou autres crimes ou délits majeurs ».
La Chambre des représentants vote la mise en accusation à la majorité simple.
Le Sénat, présidé par le président de la Cour suprême, juge l’accusé. Une majorité
des deux tiers est requise pour la destitution.
Exemples :
Andrew Johnson (1868) : acquitté à une voix près.
Bill Clinton (1998) : mis en accusation pour parjure et obstruction à la justice,
acquitté en 1999.
Richard Nixon (1974) : démissionne avant le vote du Sénat.
Donald Trump :
10 décembre 2019 : impeachment pour « abus de pouvoir » et « entrave au Congrès »
(affaire Russiagate), acquitté le 5 février 2020.
13 janvier 2021 : impeachment pour « incitation à l’insurrection » après l’assaut
du Capitole, acquitté le 13 février 2021 (57 voix pour sa culpabilité sur 67
requises).
Paragraphe 3 – Les régimes de hiérarchisation des pouvoirs
Il convient d'évacuer ici les régimes confinant à une négation de la séparation des
pouvoirs voire de l'État de droit
Les régimes autoritaires et totalitaires, tels que le national-socialisme allemand,
le fascisme italien ou le stalinisme soviétique, concentrent tout le pouvoir entre
les mains d'un parti unique. Cette confusion des pouvoirs entraîne une négation de
l'État de droit, se traduisant par l'absence d'opposition, un pouvoir
juridictionnel non indépendant et une primauté absolue de l'État sur les droits
fondamentaux.
La hiérarchisation des pouvoirs, en revanche, maintient une séparation des pouvoirs
mais consacre la prédominance d’un pouvoir sur les autres, notamment dans les
régimes présidentialistes et les régimes d’assemblée.
A) Le « présidentialisme » africain
Ce concept désigne la dénaturation du régime présidentiel américain, souvent
constatée en Amérique latine, en Asie et en Afrique. Dans ces pays, la séparation
des pouvoirs est affaiblie au profit du président, qui dispose d’un large pouvoir
législatif, d’un droit de veto et d’une influence considérable sur l’ensemble des
institutions.
Quelques lignes de force du « présidentialisme » dit africain
Dans les États d’Afrique noire francophone, la prépondérance présidentielle est une
constante, quels que soient les aménagements institutionnels. Cela se vérifie à
travers l’analyse de plusieurs constitutions :
Bénin (Constitution du 11 décembre 1990 modifiée)
L’exécutif est monocéphale : selon les articles 41 et 54, le président est à la
fois chef de l’État et chef du gouvernement, et les ministres sont responsables
devant lui. Il n’existe pas de moyens d’action réciproques entre l’exécutif et le
législatif, mais des mécanismes d’atténuation existent, notamment :
Message annuel du président devant l’Assemblée nationale (art. 72)
Convocation de l’Assemblée en session extraordinaire (art. 88)
Droit d’accès des membres du gouvernement aux séances de l’Assemblée (art. 95)
Initiative législative partagée entre le président et l’Assemblée (art. 57)
Droit d’interpellation du président et contrôle du gouvernement par l’Assemblée
(art. 71, 113)
Responsabilité pénale du président pour haute trahison (art. 76)
Côte d’Ivoire (Constitution du 08 novembre 2016)
L’exécutif est tricéphale (Président, Vice-Président et Premier ministre), mais le
président demeure l’unique détenteur du pouvoir exécutif (art. 63). Il détermine la
politique nationale (art. 64), et le Premier ministre, sous son autorité, anime et
coordonne l’action gouvernementale. Le Parlement est bicaméral, partageant
l’initiative des lois avec le président.
Sénégal (Constitution du 5 avril 2016 modifiée)
La suppression du poste de Premier ministre en 2019 renforce la supériorité
présidentielle. Le président détermine la politique nationale (art. 42), tandis que
le gouvernement la conduit sous sa direction (art. 54).
Dans d’autres États comme le Gabon (Constitution du 26 mai 1991 modifiée), le Congo
(Constitution du 20 janvier 2002 modifiée) et la RCA (Constitution du 14 décembre
2015), on retrouve une même tendance :
Le Premier ministre est subordonné au président (ex. art. 15, Gabon ; art. 83,
Congo ; art. 41, RCA).
L’initiative des lois est partagée entre l’exécutif et le législatif (art. 80,
Sénégal ; art. 69, RCA ; art. 53, Gabon ; art. 143, Congo).
Des moyens d’action réciproques existent, notamment la dissolution du Parlement et
la responsabilité politique du gouvernement (art. 34 et 76, RCA ; art. 19, 63 et
64, Gabon ; art. 138, 159 et 160, Congo).
En termes de répartition des compétences au sein de l’exécutif bicéphale :
RCA : Le président fixe les grandes orientations de la politique nationale (art.
22), et le Premier ministre les met en œuvre (art. 40).
Gabon : Le président détermine la politique nationale en concertation avec le
gouvernement (art. 8), et le gouvernement la conduit sous son autorité (art. 28).
Congo : Le président détermine la politique étrangère et de défense (art. 64),
tandis que le Premier ministre définit la politique économique et sociale en
concertation avec lui (art. 99), et en est responsable devant l’Assemblée (art.
100).
B) Le régime d'assemblée ou régime conventionnel
Dans ce régime, l’exécutif n’est qu’un exécutant du pouvoir législatif, sans
véritable autonomie. Ce fut le cas en France sous la Convention et la Constitution
du 24 juin 1793, où l’exécutif, composé de 24 membres, était nommé par l’Assemblée
et exécutait uniquement ses décisions.
La Suisse est souvent citée comme exemple contemporain de régime d’assemblée. Le
Conseil fédéral (7 membres) est élu par l’Assemblée et assure l’exécutif. Sa
stabilité historique lui permet de détenir une autonomie relative, tandis que
l’Assemblée nationale se cantonne principalement à un rôle de contrôle.
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