Séance 4 : Faire l’EL n°2 : « Femme, réveille-toi » : le postambule : un appel aux femmes
Introduction :
Olympe de Gouges est une femme engagée du XVIIIème siècle, du mouvement des Lumières. Elle combat pour
l’égalité et la justice entre les êtres humains. Elle se montre pionnière dans la lutte pour l’égalité entre les hommes
et les femmes. Elle écrit la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne en 1791, pour faire pendant à la
Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, adoptée le 26 aout 1789, car elle considère que les femmes sont les
grandes oubliées de ce texte de loi révolutionnaire. Elle souhaite faire voter son texte juridique par l’Assemblée
nationale.
L’extrait que nous allons étudier se situe à la fin de l’œuvre, juste après la liste des articles du texte législatif. C’est un
postambule qu’Olympe de Gouges a ajouté, dans lequel elle s’adresse aux femmes pour les appeler à la prise de
conscience et à l’action pour mettre en œuvre la Déclaration des droits de la femme et de la Citoyenne.
Problématique : Comment, dans le postambule, Olympe de Gouges exhorte-t-elle les femmes à mettre en action
la déclaration des droits de la femme et de la citoyenne?
Dans la première partie, Olympe de Gouges appelle les femmes au sursaut et à la prise de conscience.
Dans la deuxième partie, Olympe de Gouges appelle les femmes à agir pour leurs droits.
1) Dans la première partie, Olympe de Gouges appelle les femmes au sursaut et à la prise
de conscience.
Olympe de Gouges s’adresse aux femmes, sous la forme d’une harangue énergique, qui vise une réaction de
sursaut:
- Apostrophe « femme »,
- impératifs « réveille-toi » + « reconnais tes droits »: son but est de provoquer un réveil, une prise de conscience
et une révolte
- La métaphore sonore« le tocsin de la raison » place Olympe de Gouges comme la voix de la raison, celle qui
résonne, qui alerte, en s’appuyant sur la valeur primordiale de la Révolution française, la raison, à portée
universelle « dans tout l’univers » : se veut le détonateur
Elle souligne la naissance d’une nouvelle ère :
- lanégation : « n’est plus »,
- lamétaphore visuelle « flambeau de la vérité a dissipé tous les nuages»
- uneopposition entre d’une part « le puissant empire de la nature », « le flambeau de la vérité », et d’autre part,
tous les fléaux de l’Ancien Régime : énumération de mots du champ lexical de l’ignorance et de la bêtise :
« préjugés, fanatisme, superstition, mensonges, sottise, usurpation »
Elle dénonce la place injuste que la femme a obtenue dans cette nouvelle ère :
- montrele progrès accompli pour l’homme, avec une tonalité épique « L’homme esclave a multiplié ses forces, a
eu besoin de recourir aux tiennes pour briser ses fers » : des images puissantes, qui font référence à la
Révolution française et à ses conquêtes de liberté.
- Aussitôt, elle dénonce l’absence de progrès pour la femme, victime de l’injustice de l’homme : « Devenu libre, il
est devenu injuste envers sa compagne » (dénonciation accentuée par le terme « compagne », qui sous-entend
une union et un combat commun)
- Elle termine cette dénonciation par une nouvelle apostrophe aux femmes, en leur reprochant leur
aveuglement : « Ô femmes ! femmes, quand cesserez-vous d’être aveugles ? » : la question est un reproche, une
attaque, qui traduit un certain agacement, car Olympe de Gouges sous-entend que les femmes sont en partie
responsables de leur sort à cause de leur aveuglement, de leur passivité.
Enfin, par un jeu de questions/réponses, elledressele bilan d’un échec de la Révolution pour les femmes :
- La question semble ouverte: « Quels sont les avantages que vous avez recueillis dans la révolution ? »
- Elle n’est qu’une arme oratoire, la réponse à la question rhétorique est cinglante « un mépris plus marqué, un
dédain plus signalé » : phrase nominale, binaire, deux termes qui soulignent l’échec de la Révolution pour les
femmes, avec des comparatifs, un constat d’humiliation.
- Elle surenchérit même en soulignant la perte du peu d’influence qu’avaient les femmes sous l’Ancien Régime :
rappel de la place de la femme dans le passé « dans les siècles de corruption », tour restrictif : « régné que sur la
faiblesse des hommes » > à nouveau un constat d’échec : « votre empire est détruit »
- Nouvelle question ouverte: « que vous reste-t-il ? » Réponse sans appel, à nouveau sous la forme d’une phrase
nominale courte : « la conviction des injustices de l’homme » (« conviction » souligne la responsabilité sur les
femmes, désormais conscientes et persuadées de leur échec face à l’injustice des hommes)
Ainsi, Olympe de Gouges veut faire réagir les femmes, les mettre face à l’évidence : l’échec de la
Révolution pour elles, l’injustice des hommes dont elles sont les victimes.
2) Dans la deuxième partie, Olympe de Gouges appelle les femmes à agir pour leurs
droits.
Par une démonstration argumentative, elle prouve aux femmes que le combat pour leurs droits est nécessaire et
la victoire assurée.
Tout d’abord, Olympe de Gouges imagine le dialogue entre les femmes et les législateurs actuels :
- Elle fixe d’abord l’objectif à suivre : nommé « la réclamation de votre patrimoine, fondée sur les sages décrets
de la nature » : « patrimoine » est un terme juridique qui désigne l’ensemble des biens hérités collectivement,
qu’Olympe de Gouges lie à la loi naturelle, présenté ensuite comme « une si belle entreprise » (adverbe intensif)
- Lève les réticences, les incite à ne pas avoir peur, par une série de questions rhétoriques : « qu’auriez-vous à
redouter », « craignez-vous… ? »
- Fait une allusion aux noces de Cana « le bon mot du législateur des noces de Cana » :
Dans cet épisode de la Bible, de l’évangile selon Saint Jean, Jésus répond à sa mère qui l’informe que les invités
n’ont plus de vin : « Femme, que me veux-tu ? »/ « Femme, qu’y a-t-il de commun entre toi et moi ? » (souvent
utilisée pour dénoncer la misogynie du Christ. On peut l’interpréter différemment : femme, comme être humain,
par opposition à Jésus, fils de Dieu, qui s’apprête à accomplir un miracle en changeant de l’eau en vin, et révéler
sa nature divine)
- Décrédibilise les opposants, se moque des « législateurs français » : « correcteurs de cette morale, longtemps
accrochée aux branches de la politique, mais qui n’est plus de saison» (fait la satire des abus passés)
- Imagine le dialogue des législateurs français et des femmes : prévoit la suite des combats à mener, l’opposition
des femmes et des hommes qui font la loi, mais elle conclut de façon ironique « tout » : elle détourne ainsi la
parole biblique, annule toute différence entre hommes et femmes, au nom d’une parfaite égalité.
Ensuite, Olympe de Gouges prend la posture de guide des femmes dans leur combat, en les poussant à agir, en
envisageant leurs difficultés à venir :
- Elle fait l’hypothèse que l’homme persiste dans son injustice avec une proposition subordonnée circonstancielle
de condition : « S’ils s’obstinaient»,
- Elle prodigue ses conseils avec plusieursimpératifs : « opposez », « réunissez-vous », « déployez »
- Elle sanctionne les hommes, décrits de façon péjorative : « faiblesse, inconséquence, vaines prétentions de
supériorité », « ces orgueilleux »
- A l’opposé, elle souligne les qualités des femmes et les engage à suivre la raison, la voie de la Révolution
française qui ne peut que réussir : « principes, la force de la raison, sous les étendards de la philosophie »
- Elle termine par le tableau final utopique, idéal, d’un équilibre, d’une égalité entre hommes et femmes : « non
serviles adorateurs rampant à vos pieds » (refus de la posture féminine corrompue traditionnelle), « mais fiers
de partager avec vous les trésors de l’Être suprême »
- La dernière phrase est encore une exhortation au combat, par la concession, en refusant de façon plus générale
les oppositions qui pourraient se présenter : « quelles que soient les barrières… » : elle prouve la confiance
absolue d’Olympe de Gouges dans le succès du combat, en liant pouvoir et vouloir, avec le tour restrictif final
« vous n’avez qu’à le vouloir », autrement dit, c’est aux femmes de s’approprier le combat pour réussir.
Conclusion :
Dans le postambule, Olympe de Gouges s’adresse aux femmes pour s’assurer de l’efficacité de sa DDFC. Consciente
que le combat pour leur droit ne fait que commencer, elle les exhorte à lutter. De façon vive et provocatrice, elle
veut obtenir un sursaut de celles qui s’accommodent trop souvent de la situation d’inégalité entre femmes et
hommes. Elle fait le bilan de l’échec de la Révolution pour les femmes, appelle à la révolte, et se fait la guide des
femmes pour les combats à venir.
Ce texte montre la lucidité d’Olympe de Gouges (le combat pour l’égalité est loin d’être fini en 1791) et son énergie
inaltérable pour poursuivre la lutte pour l’égalité.