Strabismes 2022
Strabismes 2022
Sous la coordination de
Heimo Steffen
Herbert Kaufmann
et avec la collaboration de
Heimo Steffen
Nicolas Gravier
Elsevier Masson SAS, 65, rue Camille-Desmoulins, 92442 Issy-les-Moulineaux cedex, France
Strabismus
© Copyright Ferdinand Enke Verlag, 1986, 1995. © Copyright Georg Thieme Verlag KG, 2004, 2012, 2020.
ISBN : 978-3-13-241330-6
This translation of Strabismus, 5. Auflage, von Heimo Steffen, Herbert Kaufmann, was undertaken by Elsevier Masson
SAS and is published by arrangement with Georg Thieme Verlag KG.
Cette traduction de Strabismus, 5. Auflage, von Heimo Steffen, Herbert Kaufmann, a été réalisée par Elsevier Masson
SAS et est publiée avec l'accord de Georg Thieme Verlag KG.
Strabismes, sous la coordination de Heimo Steffen et Herbert Kaufmann, traduction : Heimo Steffen et Nicolas Gravier.
© 2022, Elsevier Masson SAS.
ISBN : 978-2-294-77468-3
e-ISBN : 978-2-294-77696-0
Tous droits réservés.
La traduction a été réalisée par Elsevier Masson SAS sous sa seule responsabilité.
Les praticiens et chercheurs doivent toujours se fonder sur leur propre expérience et connaissances pour évaluer et
utiliser toute information, méthodes, composés ou expériences décrits ici. Du fait de l'avancement rapide des sciences
médicales, en particulier, une vérification indépendante des diagnostics et dosages des médicaments doit être effec-
tuée. Dans toute la mesure permise par la loi, Elsevier, les auteurs, collaborateurs ou autres contributeurs déclinent
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Ce logo a pour objet d'alerter le lecteur sur la menace que représente pour l'avenir de l'écrit, tout parti-
DANGER culièrement dans le domaine universitaire, le développement massif du « photo-copillage ». Cette pratique
qui s'est généralisée, notamment dans les établissements d'enseignement, provoque une baisse brutale des
achats de livres, au point que la possibilité même pour les auteurs de créer des œuvres nouvelles et de les
faire éditer correctement est aujourd'hui menacée. Nous rappelons donc que la reproduction et la vente
sans autorisation, ainsi que le recel, sont passibles de poursuites. Les demandes d'autorisation de photoco-
LE pier doivent être adressées à l'éditeur ou au Centre français d'exploitation du droit de copie : 20, rue des
PHOTOCOPILLAGE Grands-Augustins, 75006 Paris. Tél. 01 44 07 47 70.
TUE LE LIVRE
Nous dédions cet ouvrage à Ellen et Anne-Françoise
pour les remercier de leur soutien,
leur patience, et de nous avoir
accordé tout le temps nécessaire.
Heimo Steffen et Nicolas Gravier
IV
Contributeurs
Poliklinik für Augenheilkunde, Friedrichstr. 18, 35392
Traduction de l'allemand
Gießen.
Pr Heimo Steffen, Hôpitaux Universitaires de Genève,
Prof. Dr. med. Wolfgang Haase, Bramkoppel 1c, 22395
département de neurosciences cliniques, service
Hamburg.
d'ophtalmologie, Genève, Suisse.
IX
Avant-propos de l'édition originale
La première édition de ce manuel a paru en 1986 avec tiques, des paralysies du regard, ainsi que du nystagmus
l'objectif de mettre à disposition des ophtalmologistes et et des principaux troubles pupillaires, et de l'examen et
des orthoptistes germanophones une présentation de la de la prise en charge de ces pathologies. L'ouvrage doit
strabologie et de combler la lacune entre les propédeu- faciliter la formation de spécialistes en ophtalmolo-
tiques de langue allemande qui ont fait leurs preuves et gie tout comme la formation d'orthoptistes et rester en
les grands manuels de strabologie de langue anglaise. Ce outre — même à l'ère d'internet — une référence impor-
n'est pas un hasard que presque tous les auteurs ensei- tante à consulter pour tous ceux qui examinent et traitent
gnaient également dans une école d'orthoptie et avaient des patients atteints de strabisme. Enfin, cette nouvelle
rédigé peu de temps auparavant le catalogue des objectifs édition devrait éveiller l'intérêt pour cette spécialité si
d'apprentissage de la formation des orthoptistes avec l'as- importante de l'ophtalmologie et inciter à la lecture des
sociation professionnelle d'orthoptie allemande (BOD). ouvrages classiques de strabologie, de neuro-ophtalmo-
Le succès de ce nouveau manuel a créé une grande logie et de physiologie sensorielle.
motivation pour le faire suivre d'autres éditions à inter- Nous remercions vivement tous les lecteurs critiques
valles de huit ans. La troisième édition a paru en 2003 et a qui ont lu les éditions précédentes et qui ont fait part de
marqué un changement de génération parmi les auteurs, leurs remarques. Ces suggestions ont entraîné des modifi-
puisque de jeunes strabologues ont été intégrés en tant cations importantes dans certains chapitres. Comme pour
que coauteurs dans la révision et la réorganisation des les éditions précédentes, l'éditeur a répondu à tous les
différents chapitres. Ce changement de génération des souhaits des auteurs et a accompagné la publication de
auteurs s'est poursuivi dans la quatrième édition, qui cette cinquième édition avec une grande compréhension,
contenait quelques chapitres nouvellement rédigés. L'im- ce dont nous remercions vivement tous les collaborateurs
portant chapitre sur l'hétérotropie, dont le professeur de la maison d'édition Thieme. Nous remercions égale-
Wilfried de Decker, décédé en 2010, était responsable ment les auteurs des différents chapitres d'avoir accepté
depuis 1986, a été réécrit. La présentation était également de collaborer à cette édition. H. Steffen, qui a participé à
nouvelle, avec des illustrations en couleurs, une mise la quatrième édition en tant que coéditeur, est désormais
en page plus claire et l'introduction des messages clé à le premier éditeur et continuera à assurer la continuité de
retenir afin d'augmenter la valeur didactique du livre. La ce manuel dans cette fonction.
version imprimée de la quatrième édition étant épuisée Nous espérons que cette cinquième édition trouvera
trois ans après sa parution, l'éditeur nous a demandé dès elle aussi un lectorat bienveillant et critique, et nous vous
2018 de planifier une cinquième édition. La nouvelle édi- prions de nous signaler toute lacune, omission, erreur ou
tion devait être plus concise, sans pour autant renoncer à imprécision.
des contenus essentiels.
Le présent ouvrage s'adresse aux ophtalmologistes et
Giessen, Genève, 2020.
aux orthoptistes. Il donne une vue d'ensemble de l'ana-
tomie et de la physiologie de la vision binoculaire, de
l'étiologie et de la pathogenèse des différentes formes Herbert Kaufmann
et conséquences des strabismes non parétiques et paré- Heimo Steffen
X
Avant-propos de l'édition française
Lorsque l'éditeur Elsevier Masson m'a contacté dans le sance à des amitiés qui m'enrichissent encore aujourd'hui
but de réaliser une édition française du Strabismus, j'ai sur le plan personnel et professionnel.
très spontanément fait part de ma volonté de collaborer. Avec Nicolas Gravier, j'ai pu gagner l'un des strabolo-
Le fait que ce projet ait pu être réalisé signifie pour les édi- gues français les plus renommés comme co-traducteur
teurs l'accomplissement d'un souhait de longue date. Mes pour l'édition française. Pour la traduction, nous avons
remerciements vont tout d'abord à Herbert Kaufmann d'une part suivi de près la cinquième édition et, d'autre
qui, en tant que fondateur et éditeur de ce manuel, est part, procédé à quelques adaptations ponctuelles pour le
non seulement lié depuis de nombreuses décennies monde francophone. Ces rajouts sont signalés comme tels
aux strabologues francophones, mais entretient encore dans le texte.
aujourd'hui une étroite amitié avec certains d'entre Nos remerciements vont enfin à la maison d'édition,
eux. En tant que mon directeur de thèse et l'un de mes en particulier à Mme Lecocq, M. Gondran et Mme Brottier,
professeurs universitaires, il m'a également apporté un dont l'accompagnement professionnel a été très apprécié
soutien sans faille dans ce projet. Je tiens également à lors du travail sur cette édition.
remercier André Roth et Georges Klainguti, à qui je dois Nous espérons que la traduction en langue française
ma participation régulière à la Semaine internationale de connaîtra le même succès que les cinq éditions alle-
strabologie de Zermatt ainsi qu'aux congrès des Socié- mandes précédentes et nous vous prions de bien vouloir
tés d'ophtalmologie suisse et française. Ces manifes- nous signaler toute lacune, omission ou inexactitude.
tations ont été à l'origine d'échanges intensifs avec des
collègues francophones, qui ont notamment donné nais- Heimo Steffen
XI
Abréviations
a. Artère n. Nerf
CCDD Congenital Cranial Dysinnervation Disorder NL Nystagmus lent
CFM Centre de fusion motrice NML Nystagmus manifeste de type latent
CFS Centre de fusion sensorielle NTD-SAO
Noyau terminal dorsal du système optique
CGL Corps genouillé latéral accessoire
CPDR Caudal Parietal Disparitiy Region NTO Noyau du tractus optique
CRA Correspondance rétinienne anormale NPH Noyau préposé à l’hypoglosse
CRN Correspondance rétinienne normale OCT Tomographie en cohérence optique
CVI Cerebral Visual Impairment ODM Occlusion Dose Monitoring
DHD Déviation horizontale dissociée OEPC Ophtalmoplégie externe progressive chronique
DLPN Noyau pontique dorsolatéral ipsilatéral OG/OD Œil gauche/Œil droit
DNT Noyau dorsal terminal du n. optique accessoire OIN Ophtalmoplégie internucléaire
DTD Déviation torsionnelle dissociée PFP Paralysie faciale périphérique
DVD Déviation verticale dissociée PEV Potentiels évoqués visuels
ELISS Early versus Late Strabismus Surgery PPA Punctum proximum d’accommodation
FLM Faisceau longitudinal médial RAPD Relative Afferent Pupillary Deficit
FRPP Formation réticulée pontique paramédiane riFLM Noyau interstitiel rostral du faisceau longitudi-
IRM Imagerie par résonance magnétique nal médial
MCH Measuring and Correction Methods of RVO Réflexe vestibulo-oculaire
H.-J. Haase SDL Splitting du droit latéral
MOTAS
Monitored Occlusion Treatment for Amblyopia SOA Système optique accessoire
Study SOS Splitting du tendon de l’oblique supérieur
MSDT Medial superior temporal visual area TCR Taux de reconnaissance corrigé
MT Median temporal visual area v. Veine
mvt Mouvement
XII
1.1 Anatomie et physiologie de l'orbite et de l'appareil locomoteur
Foramen infraorbitaire
Sulcus infraorbitaire
Fissure orbitaire inférieure
Os zygomatique
Vision binoculaire normale
mé
é
médial la fosse ptérygopalatine (fossa pterygopalatina) et la fosse
rbit
Pa téra
ire
M. droit
i
45°
5°
bi
ta
Axe visuel
22,5° poussé vers l'arrière.
90°
Au niveau de la fissure orbitaire inférieure commence
une gouttière ouverte qui se dirige vers l'avant dans le
plancher de l'orbite et se referme pour former le canal
infraorbitaire qui passe en dessous du rebord inférieur
Fig. 1.2 Angles entre les parois latérales et médiales de de l'orbite pour déboucher dans le foramen infraorbi-
l'orbite, l'axe de l'orbite et l'axe visuel.
taire (figure 1.1), point de sortie du n. infraorbitaire qui
va rejoindre la joue (point de pression pour la deuxième
branche du trijumeau). Le rebord orbitaire supérieur
présente une encoche ou un foramen (incisure supraor-
bitaire ou foramen frontal, point de pression pour la pre-
mière branche du trijumeau) pour le trajet des branches
terminales du n. frontal vers le front. Dans la partie nasale
inférieure, derrière le rebord de l'orbite, on retrouve une
fosse (dans laquelle se trouve le sac lacrymal) qui se pro-
longe vers le bas par le canal nasolacrymal.
Nerf lacrymal
Nerf frontal
Nerf trochléaire
M. élévateur de la
paupière supérieure
M. oblique supérieur
V. ophtalmique M. droit supérieur
M. droit médial
Nerf optique
A. ophtalmique
Nerf abducens
M. droit inférieur
M. droit latéral
Anneau tendineux
commun
V. ophtalmique
inférieure (variation)
Fig. 1.3 Apex orbitaire. Représentation schématique des conditions topographiques dans la région du canal optique et de la
fissure orbitaire supérieure.
4
1.1 Anatomie et physiologie de l'orbite et de l'appareil locomoteur
M. droit supérieur
M. élévateur de la
paupière supérieure
A. ophtalmique
Nerf naso-ciliaire
Nerf lacrymal V. ophtalmique
M. droit médial
Nerf optique avec
nerfs et Aa. ciliaires Graisse rétrobulbaire
M. droit latéral
N. oculomoteur
Branche pour droit médial et oblique
inférieur
Espace intraconique Espace extraconique
y compris graisse
rétrobulbaire intraconique
Fig. 1.4 Orbite. Coupe frontale à travers la partie postérieure de l'orbite droite.
5
Vision binoculaire normale
Trochlée
br. médiale Nerf
Nerf infratrochléaire supra-
br. latérale orbitaire
Lame criblée
Nerf supratrochléaire
Artère et nerf
ethmoïdaux ant. M. releveur de la
paupière supérieure
A. supraorbitaire
Glande lacrymale
Artère et nerf
Artère et nerf
ethmoïdaux post.
lacrymaux
A. supraorbitaire M. droit latéral
A. ophtalmique
N. optique
A. carotide interne
Chiasma optique
Nerf oculomoteur
Nerf trochléaire
Fig. 1.5 Étage supérieur de l'orbite droite après ablation du toit de l'orbite. Dans la fissure orbitaire supérieure, le nerf
trochléaire provenant de la paroi latérale du sinus caverneux passe dans la partie médiale et entre avec trois ou quatre branches par
le haut dans le muscle oblique supérieur. Plus latéralement suivent les branches supérieures du n. ophtalmique (n. V1), qui se divise
avant ou dans la fissure orbitaire supérieure en ses trois branches, le nerf frontal, le nerf lacrymal, le nerf nasociliaire. Ce dernier se
dirige encore dans la fissure orbitaire supérieure vers le bas, dans l'étage moyen de l'orbite (cf. figure 1.6). Le nerf frontal se dirige
vers l'avant sur le muscle élévateur de la paupière supérieure et assure l'innervation sensitive du front, de la paupière supérieure et
de l'angle médial palpébral. Le plus latéral est le nerf lacrymal, qui passe au-dessus du muscle droit latéral pour se diriger vers la
glande lacrymale, où il forme une anastomose avec le nerf zygomatique et innerve la glande lacrymale. Parmi ces nerfs et les artères
qui les accompagnent, on retrouve en médial le muscle oblique supérieur, à peu près au milieu le muscle élévateur de la paupière
supérieure, qui recouvre le muscle droit supérieur, et le plus latéralement, le muscle droit latéral et la glande lacrymale. (Source :
Schünke M, Schulte E, Schumacher U. Prometheus. Atlas d'apprentissage de l'anatomie. Tête, cou et neuroanatomie. Illustrations de M.
Voll et K. Wesker. 5e éd. Stuttgart: Thieme ; 2018.)
appelés ligaments. Ce réseau tridimensionnel de tissus Tous les tissus conjonctifs, les muscles oculaires, les
conjonctifs dans l'orbite peut être à l'origine des troubles nerfs et les vaisseaux sont intégrés dans le corps adipeux
de l'oculomotricité même si les muscles eux-mêmes rétrobulbaire qui s'étend à la fois en intraconique et en
ne sont pas altérés, soit dans leur trajet soit sans leur extraconique (figures 1.4 et 1.8) et qui assure le dépla-
motricité. Une telle condition peut se produire lors d'une cement des muscles oculaires, du n. optique, d'autres
inflammation, un hématome, un processus néoplasique nerfs et vaisseaux lors des mouvements oculaires. La
ou une fracture de l'orbite. limite antérieure du corps adipeux rétrobulbaire est
6
1.1 Anatomie et physiologie de l'orbite et de l'appareil locomoteur
M. releveur palpébral
M. droit médial supérieur
M. droit supérieur
M. oblique supérieur
Glande lacrymale
V. ophtalmique supérieure
Globe oculaire
Fig. 1.6 Étage moyen de l'orbite droite après ablation partielle du releveur de la paupière supérieure, du muscle droit
supérieur et du n. ophtalmique. Le nerf nasociliaire (issu du n. ophtalmique) passe dans l'entonnoir musculaire vers l'angle
interne palpébral et fournit des branches pour le ganglion ciliaire et les nerfs ciliaires longs qui, avec le nerf optique, atteignent le
globe et l'innervent sur le plan sensitif. Le nerf oculomoteur (n. III) arrive dans l'entonnoir musculaire à partir de la paroi latérale du
sinus caverneux et se divise en 2 branches, dont la supérieure mène au M. droit supérieur et au releveur de la paupière supérieure, la
branche inférieure se dirige vers l'avant entre le nerf optique pour innerver les muscles droit inférieur, droit médial et oblique inférieur.
Le plus latéral, à côté du muscle droit latéral sur sa face latérale se trouve le nerf abducens (n. VI). (Source : Schünke M, Schulte E,
Schumacher U. Prometheus. Atlas d'apprentissage de l'anatomie. Tête, cou et neuroanatomie. Illustrations de M. Voll et K. Wesker. 5e
éd. Stuttgart: Thieme ; 2018.)
Fig. 1.7 Innervation sensitive du visage (zones d'innervation du n. trijumeau). Le trajet intraorbitaire est marqué en jaune.
constituée de la capsule de Tenon et le septum orbitaire Dans la paupière supérieure, le tendon du muscle
(figure 1.9). La limite antérieure de l'orbite est formée releveur de la paupière forme une plaque tendineuse,
par les paupières (figure 1.9), dont la stabilité est assu- l'aponévrose du releveur, qui va irradier dans le septum
rée par une plaque cartilagineuse, le tarse. Le tarse a une orbitaire et la surface extérieure du tarse. Ici, une partie
largeur d'environ 25 mm, une épaisseur d'environ 1 mm du corps adipeux permet les mouvements de l'aponé-
et une hauteur de 10 mm dans la paupière supérieure et vrose par rapport à la péri-orbite. Le septum orbitaire,
de 5 mm dans la paupière inférieure. Entre la péri-orbite le tarse et l'aponévrose du releveur dans la partie supé-
et le tarse s'étend derrière le muscle orbiculaire le tissu rieure de la paupière forment le plan conjonctif de fer-
conjonctif du s eptum orbitaire. meture antérieure de l'orbite. Cette plaque conjonctivale
7
Vision binoculaire normale
M. droit supérieur
M. droit latéral
M. oblique inférieur
M. droit inférieur
M. droit médial
Espace
Toit osseux épiscléral
de l’orbite Capsule
de Tenon
Péri-orbite
M. releveur
Corps graisseux de la paupière
orbitaire supérieure
M. tarsale M. droit
supérieur
Globe oculaire Nerf optique
avec gaine
de la dure-mère
M. droit
inférieur
Septum orbitaire
M. oblique
inférieur
Sclérotique
Nerf infraorbitaire
Plancher de l’orbite Sinus maxillaire
Fig. 1.9 Orbite. Coupe sagittale à travers l'orbite droite. (Source : Schünke M, Schulte E, Schumacher U. Prometheus. Atlas
d'apprentissage de l'anatomie. Tête, cou et neuroanatomie. Illustrations de M. Voll et K. Wesker. 5e éd. Stuttgart: Thieme ; 2018.)
est fixée avec le ligament palpébral médial et latéral Le muscle tarsal, innervé par le système sympa-
au niveau du bord interne et externe de l'orbite. La face thique, a une influence sur la largeur involontaire de la
interne du releveur de la paupière est le lieu d'origine du fente palpébrale, alors que le muscle releveur palpébral,
muscle tarsal (muscle palpébral de Müller) qui se dirige innervé par le nerf oculomoteur, détermine de manière
vers l'avant pour s'insérer au niveau du bord supérieur volontaire la largeur de la fente palpébrale et assure les
du tarse de la paupière supérieure (figure 1.9). En cas de mouvements de la paupière supérieure pendant les mou-
contraction, il raccourcit le tendon du muscle releveur de vements oculaires. Au niveau de la paupière inférieure,
la paupière. Le releveur de la paupière et le muscle tarsal on ne retrouve qu'un seul muscle tarsal, innervé par le
sont ainsi connectés « en série ». système sympathique. La musculature lisse du muscle
8
1.1 Anatomie et physiologie de l'orbite et de l'appareil locomoteur
tarsal peut relever la paupière supérieure de 2 à 3 mm limbe et l'insertion des muscles droits. Dans la zone d'in-
et abaisser la paupière inférieure de 0,5 à 1 mm, tandis sertion des muscles, les fibres entre le fascia et la sclère se
que le releveur de la paupière, qui est nettement plus raréfient pour créer un espace en forme de fente jusqu'au
1
puissant peut soulever la paupière supérieure d'environ nerf optique. Alors que la surface intérieure (côté bulbaire)
20 mm. L'antagoniste de cette musculature d'ouverture de la capsule de Tenon est lisse, des fibres émergeant de
de la paupière est le muscle orbiculaire qui est innervé la partie extérieure (orbitaire) pénètrent le corps adipeux
par le nerf facial (n. VI). En raison de sa suspension aux rétrobulbaire de l'espace extracapsulaire. Tous les nerfs,
ligaments palpébraux médial et latéral, il ne se contracte vaisseaux et muscles atteignant le globe passent à travers
pas comme un muscle circulaire mais provoque la ferme- la capsule de Tenon. Alors que les veines vortiqueuses et
ture des paupières sans les raccourcir. notamment les vaisseaux ciliaires sont en grande partie
fixés par la capsule de Tenon, des orifices de la Tenon se
forment au passage des muscles oculaires, leur permettent
1.1.3 Anatomie de l'appareil une motricité suffisante dans la direction de la traction
ligamentaire musculaire, mais les stabilisent contre les déplacements
transversaux.
Le globe oculaire est suspendu par un système de
Ces orifices, ou foramens de la Tenon, sont également
ligaments, qui forme avec la musculature une unité
appelés « poulies » en français ou « pulleys » en anglais [22,
fonctionnelle. Cet appareil ligamentaire est un réseau
61]. Le terme anglais de « pulley » correspond en méca-
complexe de tissus conjonctifs élastiques et tendus qui
nique à la poulie (boucle de renvoi, poulie de renvoi) et
se délimitent et se densifient à certains endroits qu'on
indique que ces orifices de la Tenon permettent de stabi-
appelle ligament, rétinaculum (ligament de maintien),
liser la trajectoire d'un muscle. En effet, des études chez
fascia (en général, l'enveloppe conjonctive d'un ou
l'homme [82] et chez le singe [60] ont montré que la
plusieurs muscles) ou membrane. La nomenclature de
position des muscles oculaires droits dans l'orbite reste
l'appareil oculaire ligamenteux semble confuse car, à
plus au moins stable pendant les changements de direc-
côté des termes descriptifs anatomiques (par exemple,
tion du regard et que seule la partie antérieure du ten-
le rétinaculum bulbi latéral), d'autres expressions sont
don accompagne les excursions du globe [15, 16]. Même
définies de manière fonctionnelle (par exemple, le liga-
après une chirurgie de transposition musculaire, on note
ment de Lockwood, dont la formation implique plusieurs
uniquement un déplacement des parties antérieures des
ligaments).
muscles, tandis que les ventres musculaires restent en
place [64, 76].
Capsule de Tenon et foramens Ces observations, ainsi que le développement de
modèles biomécaniques pour simuler la position oculaire
ténoniens (poulies, pulleys) et calculer le dosage d'une intervention de strabisme [59,
La sclère est séparée du tissu adipeux orbitaire par la cap- 62, 63, 72, 74, 86, 88] ont mis en évidence que la fonction
sule de Tenon (figure 1.8). À environ 2 mm en arrière du d'un muscle oculaire n'est pas déterminée par son ori-
limbe, ce fascia entoure tout le globe oculaire jusqu'au gine, son insertion et sa contractilité — dont le témoin est
nerf optique. Alors que dans la région du limbe et à l'émer- son diamètre en coupe transversale. Au contraire, chaque
gence du n. optique, le fascia est fermement attaché à la muscle passe dans son trajet par une poulie, ou foramen
sclérotique, il peut être facilement en être séparé entre le de la Tenon, qui se retrouve au niveau de l'équateur du
9
Vision binoculaire normale
globe et qui est fixée à la paroi de l'orbite [61, 63]. Ces pou- Gaines musculaires et fibres
lies sont constituées de tissu collagène circulaire dense
intracapsulaires
et contiennent abondamment de l'élastine ainsi que des
muscles lisses [22]. La musculature lisse de ces poulies Dans le tiers postérieur de l'orbite, les muscles ne sont
présente à la fois une innervation sympathique nora- enveloppés que par un périmysium fragile, qui s'épais-
drénergique et une innervation cholinergique parasym- sit à l'avant et forme une gaine musculaire (fascia
pathique, qui ont leur origine dans le ganglion cervical muscularis).
supérieur ou dans le ganglion ptérygopalatin [23, 25, 26]. Des fibres de tissu conjonctif relient les muscles oculaires
Les poulies stabilisent le trajet des muscles lors droits dès leur origine au niveau de l'anneau tendineux com-
des mouvements oculaires et, après des interventions mun (figures 1.3, 1.4 et 1.8) et forment ainsi la membrane
musculaires, ont pour conséquence que le trajet mus- intermusculaire (septum intermusculaire), qui stabilise la
culaire s'écarte du chemin le plus court entre l'origine distance entre deux muscles voisins pendant les mouvements
et l'insertion (figures 1.10 et 1.11). Des études récentes oculaires. La gaine du muscle droit supérieur est reliée sur sa
ont montré que seule la couche bulbaire d'un muscle face externe (côté orbitaire) avec le fascia du muscle releveur
oculaire va directement s'insérer au niveau de la scléro- palpébral, de sorte que les deux muscles agissent ensemble
tique, alors que la couche orbitaire termine sur la pou- lors de l'élévation de la paupière et du globe.
lie où elle s'insère [24–26]. Ces données anatomiques La gaine musculaire du muscle oblique supérieur se
aboutissent à l'hypothèse de ce qu'on appelle des « pou- transforme en « gaine tendineuse » dans la région de la
lies actives ». trochlée.
Le muscle oblique inférieur est le seul de tous les
muscles oculaires qui est enveloppé de tissu conjonctif
dense sur toute sa longueur.
Remarque
Des connexions de tissu conjonctif entre les muscles
Les foramens de la Tenon ont la fonction de poulies oculaires et le ligament annulaire empêchent la motri-
(pulleys), qui permettent une motricité musculaire suf- cité totalement illimitée des muscles par rapport à la
fisante dans la direction de la traction musculaire mais capsule de Tenon. Même au niveau intracapsulaire des
qui stabilisent le trajet musculaire pendant les excursions connexions de tissu conjonctif beaucoup plus fines for-
du globe. ment une membrane intermusculaire. Du point de vue
fonctionnel, on peut encore distinguer des ligaments
Dans la région de l'équateur du globe, la capsule de de suspension (adminiculum en nomenclature latine :
Tenon est condensée en une bande annulaire entourant « support », « suspension ») de Merkel et Kallius [58], qui
le globe comme une ceinture (figure 1.8). Les muscles s'étendent autour de la face bulbaire du muscle jusqu'à
oculomoteurs droits traversent 10 mm en arrière de leur la capsule de Tenon. Les liaisons avec l'épisclère sont très
insertion la capsule de Tenon et sont enveloppés sur plu- lâches et peuvent facilement être séparées lorsque la cap-
sieurs millimètres aussi bien en avant qu'en arrière de sule de Tenon est soulevée du bulbe.
cet orifice de Tenon par le fascia ténonien. L'excursion
du globe par rapport à l'orbite est répartie sur plusieurs Ligaments de fixation
surfaces de déplacement, de sorte qu'il se déplace certes
à l'intérieur de la capsule, mais aussi avec la capsule à l'in- Le ligament annulaire est fixé à la péri-orbite par des
térieur des tissus environnants. fibres de tissu conjonctif tendues, les ligaments de fixa-
tion (retinacula bulbi). Le plus large et le plus solide de ces
ligaments est le rétinaculum latéral qui s'insère 5 mm
en arrière de la crête orbitaire latérale. Puis, il a un trajet
10
1.1 Anatomie et physiologie de l'orbite et de l'appareil locomoteur
11
Vision binoculaire normale
Informations complémentaires
Compartimentalisation des muscles oculaires
Anatomie des différents muscles
Des travaux récents [28, 29, 78, 79] montrent une oculaires
compartimentalisation des muscles oculaires, dont les dif- Tous les muscles oculaires droits s'étendent de l'anneau
férents secteurs se contracteraient indépendamment les
tendineux commun vers le globe et passent le foramen
uns des autres lors de certains mouvements oculaires. Ce
ténonien environ 10 mm en arrière de l'insertion. Leurs
concept rappelle des études anatomiques dans lesquelles
insertions forment une ligne convexe en direction du
une division du n. abducens en une branche supérieure et
limbe, de sorte que le centre de l'insertion est l'endroit le
une branche inférieure a été démontrée pour l'innerva-
moins éloigné du limbe (figures 1.13 et 1.14).
tion du muscle droit latéral [68]. L'imagerie par résonance
Le muscle droit supérieur s'étend sous le muscle rele-
magnétique a montré que dans certains cas de parésie
veur palpébral et se dirige en avant et en dehors. De son
du n. VI, uniquement le segment musculaire supérieur
côté bulbaire, il est accompagné de l'artère et de la veine
du muscle droit latéral est touché par l'atrophie muscu-
ophtalmiques ainsi que du n. nasocilaire. Près de son bord
laire [17]. L'expérience clinique montre cependant que,
latéral, on retrouve le nerf lacrymal et l'artère lacrymale.
dans les cas de parésie des n. VI, des déviations verticales
Dans le segment intracapsulaire, il repose sur le tendon
importantes ne sont que rarement vues. Ces dernières
du muscle oblique supérieur. Le muscle droit inférieur
peuvent être expliquées par le fait que les forces résul-
est accompagné sur son côté bulbaire par la branche infé-
tantes des muscles verticaux ne s'annulent plus en dehors
rieure du n. oculomoteur, et son côté orbitaire est proche
de la position primaire. Des constatations similaires sont
décrites pour le muscle oblique supérieur, pour lequel du canal infraorbitaire et du pédicule vasculonerveux
des branches partielles séparées du n. trochléaire inner- infraorbitaire.
veraient différents segments musculaires [56]. En cas de Les insertions des muscles droits verticaux sont globa-
parésie du muscle oblique supérieur, on a observé à l'IRM lement déplacées en latéral de sorte qu'environ deux tiers
des atrophies soit de l'ensemble de la coupe transversale se situent en latéral du méridien vertical (figure 1.15).
du muscle oblique soit uniquement de quelques parties Le muscle droit médial a son origine immédiatement
de celle-ci [90]. Une corrélation avec des paramètres cli- à côté de du n. optique, avec son bord supérieur proche du
niques, selon lesquels une atrophie du segment antérieur muscle oblique supérieur et de l'artère ophtalmique, et
médial du muscle entraînerait une cyclotropie importante se dirige vers l'avant près de la paroi médiale de l'orbite.
alors qu'une atrophie du segment postérieur latéral se C'est le muscle oculaire le plus puissant.
manifesterait surtout avec une déviation verticale, n'a pas Le muscle droit latéral s'oriente en avant et latérale-
pu être encore établie. Le fait qu'une ténotomie de la par- ment. Au fond de l'orbite, il est adjacent à la péri-orbite
tie postérieure du tendon a un impact sur la verticalité et et dans la partie antérieure, il en est séparé par la glande
qu'une ténotomie des fibres antérieures influence avant lacrymale. Il est accompagné à sa partie supérieure par
tout la position cyclorotatoire est toutefois connu depuis l'artère lacrymale et le nerf lacrymal. Dans la partie intra-
longtemps. capsulaire, il est situé au-dessus de l'insertion du muscle
oblique inférieur.
12
1.1 Anatomie et physiologie de l'orbite et de l'appareil locomoteur
10,1
Fig. 1.13 Insertions des muscles droits
4,4 (toutes les données en millimètres). 1
La longueur des tendons (indiquée dans
les cercles), Ies largeurs d'insertion et les
7,7 distances entre les insertions et le limbe
7,6 (valeurs moyennes entre l'œil droit et
9,8
8
7,4 7,9 gauche après [53]). Chez le nouveau-né,
la distance entre le limbe et le muscle droit
médial est de 3,9 mm, pour le droit latéral
7,1
7, de 4,8, pour le droit supérieur de 5,0 et
8,6
6
pour le droit inférieur de 5,2 [75].
7,4
5,7
9,4 10,2
7,5 8,4
4 3,5
7,1
7,3
8,3
4,7
8,6
Trochlée M. droit
supérieur
M. oblique
supérieur
M. droit
inférieur M. droit
M. droit latéral
médial M. droit M. droit
Anneau latéral inférieur
tendineux M. oblique M. droit
commun inférieur médial
N.optique M. releveur
de la paupière
a b
supérieure
Fig. 1.14 Localisation topographique des muscles oculaires, œil droit. a. Vue d'en haut. b. Vue antérieure. (Source : Schünke M,
Schulte E, Schumacher U. Prometheus. Atlas d'apprentissage de l'anatomie. Tête, cou et neuroanatomie. Illustrations de M. Voll et K.
Wesker. 5e éd. Stuttgart: Thieme ; 2018.)
13
Vision binoculaire normale
Trochlée
2–3 mm
21 14
4 10 mm
M. droit
supérieurr 4
ue
M. oblique e
supérieurr 8 mm
11
11 M. droit
10 mm
m
supérieur
eusees
Vv. vortiqueuses
7
Nerf optique
ion
Équateur
ert
Ins
M. droit supérieur
M. obl. supérieur
V. vortiqueuse 30 mm
14
16 M. droit latéral
18
10 Longueur du muscle 30 mm
10 2 Longueur du tendon 30 mm
M. obl. inférieur
vortiqueuse
V. vortiqueu se Équateur
Équ
uateur
Vv. vortiqueuses
7 2 Fig. 1.16 Muscle oblique supérieur. Localisation relative du
muscle et du tendon par rapport à la trochlée et au m. droit
Nerf optique
2 supérieur. Indications des longueurs après Lang et al. [53–55].
Fovéa
4
8
Vv. vortiqueuses Le muscle oblique inférieur est le seul muscle ocu-
laire qui n'a pas son origine au niveau de l'apex orbitaire
M. obl. inférieur mais directement sur la paroi orbitaire en latéral de l'em-
bouchure du canal nasolacrymal. Près de son origine,
Fig. 1.15 Insertions des muscles oculaires. Des distances reposant sur le plancher de l'orbite, il se dirige en arrière
entre le limbe et les insertions musculaires un peu plus et en dehors. Au niveau du croisement avec le droit infé-
importantes ont été retenues dans les études de Lang rieur, les deux muscles sont reliés entre eux et au liga-
et al. [53]. ment annulaire de la capsule de Tenon, de sorte qu'une
myotomie/ténotomie du muscle oblique inférieur n'en-
Le muscle oblique supérieur a son origine en haut et traîne pas une perte de fonction totale. Ce point de croi-
en médial de l'anneau tendineux commun, se dirige dans sement est considéré comme la poulie du muscle oblique
une direction presque sagittale vers l'avant. De son côté inférieur [27]. Le muscle s'insère en arrière de l'équateur
orbitaire, il est accompagné par le nerf trochléaire et en à la hauteur du méridien horizontal et atteint presque la
bas par l'artère ophtalmique. zone maculaire (figure 1.15, tableaux 1.1 et 1.2).
Il se transforme en arrière de la trochlée en un ten-
don arrondi qui, dans la trochlée, change de direction, se
dirige en arrière et en dehors (figure 1.16) et ne prend une
Innervation des muscles oculaires
forme en éventail que dans la partie intracapsulaire avant L'innervation des muscles oculaires (figures 1.3 à 1.6)
de s'insérer en dessous du droit supérieur sur une ligne s'effectue pour tous les muscles oculaires droits et pour
convexe qui est localisée en grande partie derrière l'équa- le releveur de la paupière supérieure, au niveau intracap-
teur (figure 1.17). La trochlée est un anneau de cartilage sulaire à la jonction du tiers postérieur et du tiers moyen,
d'environ 3 mm d'épaisseur, qui est ancré à l'os frontal par dans une zone qui normalement n'est pas exposée lors
des tissus conjonctifs solides. d'une chirurgie des muscles oculaires.
14
1.1 Anatomie et physiologie de l'orbite et de l'appareil locomoteur
M. droit supérieur
supérieur et oblique supérieur avec les 1
deux veines vortiqueuses supérieures.
Tendon du muscle
Équateur oblique supérieur
M. droit inférieur
Tableau 1.1 Mesures des muscles obliques (données : [62–67]). inférieur le plus souvent à travers sa face bulbaire [54, 55].
Les terminaisons nerveuses s'étendent jusqu'à 10 mm de
Muscle Longueur Longueur de tendon
du muscle l'insertion, de sorte qu'ils sont à risque en cas de résec-
tion ou de plissement. Dans certains cas, le nerf passe par
Muscle oblique 30 mm 30 mm :
supérieur – 10 mm entre le muscle et le muscle droit inférieur et peut être endommagé en cas
la trochlée de myopexie rétro-équatoriale.
– 2 mm à l'intérieur de la
trochlée
– 18 mm entre la trochlée et Vascularisation des muscles oculaires
l'insertion La vascularisation des muscles oculaires provient des
Muscle oblique 35–3 mm8 0–2 mm branches de l'artère ophtalmique (figure 1.18), soit direc-
inférieur tement par des branches musculaires de cette artère soit,
comme pour le muscle droit latéral, indirectement par
l'artère lacrymale. Les muscles droit inférieur et oblique
Tableau 1.2 Mesures linéaires et mesures d'arc. Différences
inférieur sont par ailleurs alimentés par des branches de
entre les mesures linéaires et les mesures d'arc pour une longueur
axiale du globe de 24 mm. l'artère infraorbitaire, qui accèdent à l'orbite par la fissure
orbitaire inférieure. Ces artères atteignent les muscles
Mesure 5 mm 10 mm 15 mm 20 mm
oculomoteurs au niveau de leur tiers moyen. Les artères
d'arc
ciliaires antérieures (ciliares anteriores) sont des divi-
Mesure 4,96 9,71 14,04 17,76
sions de ces artères musculaires, s'étendent sur la surface
linéaire
externe des muscles droits en avant et pénètrent la sclère
au niveau de l'insertion. En général, on trouve au niveau
Mesure 5 mm 10 mm 15 mm 20 mm des muscles droit supérieur, droit médial et droit infé-
linéaire
rieur deux de ces artères et une seule au niveau du muscle
Mesure 5,04 10,31 16,20 23,64 droit latéral. Le nombre et la localisation précise de ces
d'arc vaisseaux peuvent souvent varier. Les muscles obliques
Dans l'ouvrage, toutes les mesures sont indiquées en mesures sont vascularisés jusqu'au tendon, sans que des vaisseaux
d'arc. atteignent le globe.
15
Vision binoculaire normale
A. carotide
interne
Fig. 1.18 Vascularisation de l'orbite. L'artère ophtalmique (branche de l'artère carotide interne) entre dans l'orbite avec le nerf
optique par le canal optique, fourni l'artère centrale de la rétine et les artères ciliaires pour la perfusion de l'œil, et alimente avec
l'artère lacrymale la glande lacrymale et, avec des branches secondaires, tout le contenu de l'orbite. Il existe de petites anastomoses
avec le territoire vasculaire de l'artère carotide externe qui, en cas d'occlusion de l'artère carotide interne ou de l'artère ophtalmique,
peuvent assurer l'alimentation sanguine du contenu de l'orbite. Le drainage veineux de l'orbite est plus variable et se fait généralement
par la veine ophtalmique, qui passe par la fissure orbitaire supérieure et draine dans le sinus caverneux. Les connexions avec les veines
du visage peuvent être à l'origine d'une transmission de germes. (Le M. droit latéral est sectionné, exposant ainsi l'insertion du M.
oblique inférieur.)
a. Branches de l'artère ophtalmique. b. Veines de l'orbite. (Source : Schünke M, Schulte E, Schumacher U. Prometheus. Atlas
d'apprentissage de l'anatomie. Tête, cou et neuroanatomie. Illustrations de M. Voll et K. Wesker. 5e éd. Stuttgart: Thieme ; 2018.)
16
1.1 Anatomie et physiologie de l'orbite et de l'appareil locomoteur
17
Vision binoculaire normale
r ½r Point r α ½r
tangentiel
A
A
A A A
A
A A A
a b c
Fig. 1.20 Levier et poulie. a. Sur un levier, le moment rotatoire = force × bras de levier. En position horizontale du levier, le moment
rotatoire est donc égal à D = A × r. Dans cette formule de la loi du levier, on suppose que la force agit verticalement sur le bras de
levier. Si ce n'est pas le cas, on considère que le bras de levier effectif est la perpendiculaire du point de rotation à la direction de la ligne
d'action. Dans la position inclinée du levier, on a donc D = A × ½ r. Le moment rotatoire est plus faible que dans la position initiale,
bien que la force (poids accroché A) soit la même. Lorsqu'une force agit par l'intermédiaire d'un levier, le mouvement modifie le bras de
levier. b. La poulie est un cas particulier dans la mesure où, pendant le mouvement, le bras de levier reste inchangé tant que le câble se
déroule. Si la poulie tourne d'un angle plus petit que l'angle α, le bras de levier effectif est toujours égal au rayon de la poulie, la force
A est toujours effective au point de tangence où la corde quitte la circonférence de manière tangentielle (D = A × r). c. Mais si un câble
ne roule plus tangentiellement, le bras de levier efficace est plus court. Dans la position illustrée, le bras de levier effectif est de ½ r. La
poulie est en équilibre car les moments rotatoires effectifs sont égaux : 2 A × ½ r = A × r.
Lorsqu'un muscle est étiré, sa tension augmente 5 à 10 g [77, 81, 85]. Cette tension est due à plusieurs
comme pour un ressort, jusqu'à ce que la limite de résis- composantes :
tance à la rupture soit atteinte (courbe tension-exten- • chaque muscle oculaire étiré a tendance à se raccourcir
sion) [84]. Le muscle développe alors une force élastique comme un ressort, même s'il n'est pas innervé (courbe
qui est d'autant plus grande que son étirement est impor- repos-étirement) ;
tant. La relation entre la longueur et la tension lors d'une • même en position de repos, une faible innervation
extension musculaire passive est appelée la courbe d'éti- atteint le muscle oculaire — en cas de paralysie d'un
rement au repos. muscle oculaire cette force contractile est absente, de
La force contractile et la force élastique constituent la sorte que même dans la partie centrale du champ de
force totale du muscle. La position oculaire, dans laquelle vision il en résulte un angle strabique ;
la force maximale de l'agoniste ne dépasse pas la tension • les tissus orbitaires passifs et élastiques sont déjà sou-
de l'antagoniste étiré et la tension des autres tissus, déter- mis à une prétension en position primaire.
mine la limite de la capacité d'excursion. Dans chaque position oculaire autre que la position
En position primaire de l'œil, les tendons de tous les primaire, toutes les structures élastiques (muscles et
muscles oculaires sont déjà soumis à une traction de tissus orbitaires passifs) sont davantage étirées. Cette
18
1.1 Anatomie et physiologie de l'orbite et de l'appareil locomoteur
19
Vision binoculaire normale
(en cas d'observation latérale) à une divergence. On parle pure. Ces mouvements oculaires sont appelés des mou-
de divergence verticale positive, si la ligne du regard de vements cardinaux.
l'œil droit dévie vers le haut par rapport à la ligne de Après un mouvement cardinal, l'œil se retrouve
regard de l'œil gauche, et de divergence verticale négative dans une position secondaire. En regardant de face
dans le cas contraire. Ainsi, on obtient une divergence (figure 1.24), les méridiens verticaux et horizontaux
verticale positive par une supraduction de l'œil droit et cornéens ne changent pas leur orientation dans l'es-
ou d'une infraduction de l'œil gauche. La cyclovergence pace, c'est-à-dire que des objets verticaux et hori-
consiste en une incyclovergence par incycloduction zontaux dans l'espace visuel sont représentés sur des
unilatérale ou bilatérale, et en une excyclovergence par méridiens rétiniens qui, en positon primaire, trans-
excycloduction unilatérale ou bilatérale. mettent également la même impression de verticalité
Les versions et les vergences sont rarement effectuées et d'horizontalité.
de manière isolée. Ainsi, une convergence peut se pro-
duire lorsqu'un œil part en abduction tandis que l'autre
fait un mouvement d'adduction plus important, par Remarque
exemple lorsque le regard est orienté depuis la position Dans les positions secondaires, la verticale objective
primaire vers un objet situé dans la zone proche en laté- coïncide avec le méridien vertical de la rétine.
ral (figure 1.26).
1
Cette définition de la position primaire ne répond pas à des
critères cinématiques stricts. Von Graefe [36] a défini la posi-
tion primaire comme étant la seule position oculaire à partir
de laquelle des ductions horizontales et verticales sont pos-
sibles sans inclinaison tertiaire. Des définitions similaires ont
été données par Hofmann [44] et Tschermak-Seysenegg [91].
20
1.1 Anatomie et physiologie de l'orbite et de l'appareil locomoteur
Les positions tertiaires sont également obtenues en revient à sa position primaire, il présentera la même posi-
partant de la position primaire par une duction qui n'est tion qu'avant le mouvement initial.
effectuée ni autour de l'axe X ni autour de l'axe Y mais
1
autour d'un axe de rotation d'orientation oblique. Dans une
position tertiaire, il existe toujours une inclinaison tertiaire Remarque
(Tschermak-Seysenegg [91]). Le méridien de la cornée, ver- À chaque direction du regard correspond une certaine
tical en position primaire, ne se projette plus verticalement position du globe oculaire avec une certaine orientation
dans l'espace extérieur ou, dit autrement, en regardant de des méridiens rétiniens dans l'espace, quelle que soit
l'extérieur sur la cornée, le méridien cornéen initialement la manière dont l'œil a atteint cette direction (loi de
vertical n'apparaît plus verticalement (figure 1.25). Donders).
Chaque orientation théorique du regard est concevable
comme le résultat d'un mouvement oculaire autour d'un
Une conséquence de la loi de Donders est la loi de Lis-
axe en partant de la position primaire. Pour la position
ting, d'après le nom du mathématicien Listing. Cette loi
définitive d'un œil, il n'est pas déterminant qu'elle résulte
stipule qu'à partir de chaque position oculaire, toute autre
d'une succession d'un mouvement horizontal suivie d'un
position de l'œil peut être atteinte par une seule rotation
mouvement vertical ou d'un seul mouvement autour d'un
autour d'un axe. L'ensemble de ces axes de rotation se
axe oblique. La divergence entre la verticale objective
situe dans un plan, le plan de Listing (figure 1.23).
dans l'espace visuel et le méridien rétinien initialement
La position oculaire dont la direction du regard est per-
vertical est toujours la même. Par ailleurs, lorsque l'œil
pendiculaire à ce plan, est appelée la position primaire.
A
A´
cyclorotation
B
α
β
21
Vision binoculaire normale
Informations complémentaires
a motivé Tweed [92] de vérifier mathématiquement la
Références de base théorie de Helmholtz et celle de Hering pour finalement
Lorsque l'on tient la tête droite et que l'on regarde au développer sa propre théorie dite visuomotrice qui consti-
loin, le plan de Listing qui passe par le centre de rotation tue un compromis entre les deux approches explicatives
de l'œil n'a pas une orientation parfaitement frontopa- de van Helmholtz et de Hering.
rallèle, mais est orienté en temporal. La raison d'une telle
La loi du demi-angle et l'hypothèse des poulies
orientation du plan de Listing n'est pas claire. Il n'existe
actives
pas non plus d'explication concluante pour la « raison
L'une des conséquences de la loi de Listing est la loi dite
d'être » de cette loi, bien qu'il existe deux hypothèses à
des demi-angles. Cette loi stipule que l'axe de rotation
ce sujet.
d'un œil se déplace lors d'un changement d'orientation
La première hypothèse a été formulée par von
de cet œil d'exactement la moitié de la valeur de ce
Helmholtz [40], qui explique la loi de Listing comme un
changement d'orientation [69]. Les figures 1.27 et 1.28
besoin énergétique pour des mouvements oculaires. La loi
illustrent cette loi.
permettrait une oculomotricité avec une consommation
Lorsqu'un œil change son orientation en passant du
d'énergie très faible. Hepp [42] a formulé cette théorie
regard droit devant à une élévation d'un angle α, l'axe Y
mathématiquement et l'a présentée comme un principe
(initialement vertical, autour duquel s'effectuent les mou-
physique d'excentricité la plus faible (par rapport à la posi-
vements horizontaux) se déplace d'un montant d'exac-
tion primaire).
tement α/2. Si les foramens ténoniens (les poulies) sont
Dans la seconde approche d'explication téléolo-
considérées comme l'origine fonctionnelle des muscles
gique, Hering [43] considère la loi de Listing comme le
oculomoteurs, la loi du demi-angle ne peut être valable
meilleur moyen pour optimiser le « flux rétinien » et ainsi
que si la distance entre les poulies et le centre de rotation
faciliter le traitement neuronal de l'information visuelle.
de l'œil est égale à la distance entre l'insertion muscu-
Tant chez von Helmholtz que chez Hering, le point de
laire et ce centre de rotation (figure 1.27). Afin de main-
référence pour l'oculomotricité est l'environnement perçu.
tenir cette relation topographique de la poulie (comme
Cependant, certains travaux montrent que ce n'est pas
origine fonctionnelle d'un muscle oculaire), du point de
la position oculaire par rapport à l'espace visuel, mais la
rotation de l'œil et de l'insertion du muscle, les poulies
position oculaire par rapport à l'orbite qui serait prioritaire
sont obligées de se déplacer. Ainsi, la loi du demi-angle
pour la validité de la loi de Listing [42, 70]. Cet argument
Poulie
a b
Fig. 1.27 Modèle du fil, modèle de la poulie et loi du demi-angle. Représentation schématique de la fonction d'un
muscle horizontal avec et sans poulie (vue de côté). a. Modèle du fil. Lors d'une élévation du regard, l'axe de rotation pour les
mouvements horizontaux ne change dans une position tertiaire que de façon insignifiante. b. Loi du demi-angle. Dans le modèle
dit de la poulie, dans lequel la poulie est considérée comme l'origine fonctionnelle d'un muscle oculaire, l'axe de rotation d'un œil
change d'orientation de la moitié de la valeur de l'angle de rotation.
▶
22
1.1 Anatomie et physiologie de l'orbite et de l'appareil locomoteur
est assurée même dans les positions secondaires et ter- en détail par von Helmholtz en introduisant la notion du
tiaires (figure 1.28). En adduction, la poulie du muscle « point occipital » [40].
droit médial doit se déplacer vers l'arrière et celle du Il n'est pas complètement établi que les poulies, y com-
muscle droit latéral vers l'avant. La figure 1.28 illustre pris leur innervation autonome, soient en effet le (seul)
ces données. L'hypothèse des poulies actives stipule substrat anatomique de la loi de Listing (et donc aussi de la
que les déplacements antéropostérieurs des poulies sont loi du demi-angle) [69]. Certains auteurs défendent l'idée
réalisés par la partie orbitaire du muscle oculaire, tandis que la loi de Listing est une conséquence de l'appareil de
que la partie bulbaire effectue la rotation de l'œil. Cette suspension mécanique de l'œil à l'intérieur de l'orbite [71,
double fonction des muscles oculaires permettrait d'assu- 73]. D'autres auteurs favorisent une implémentation dite
rer une position oculaire même dans les positions tertiaires neuronale de la loi de Listing avec un contrôle supérieur
(aperçu dans [24]). La loi du demi-angle a déjà été décrite par des zones définies du cerveau [18–20, 42, 94–96].
La loi de Listing ne s'applique pas à tous les mouve- ment différents. Lorsqu'un œil, en partant de la position
ments oculaires. En cas d'inclinaison de la tête, des rota- primaire, tourne autour d'un axe oblique dans le plan de
tions oculaires s'effectuent autour de la ligne du regard Listing, il en résulte une position tertiaire avec une incli-
(cf. tableau 2.1 dans la section 2.1.1), qui est perpendicu- naison tertiaire, qui annule la perpendicularité de l'image
laire au plan de Listing. Ces mouvements oculaires sont rétinienne des horizontales et verticales objectives.
appelés des cycloductions (figure 1.25) et provoquent En revanche, une cyclorotation est une rotation
également des divergences de la verticale objective par autour de la ligne du regard, donc un axe en dehors du
rapport à la verticale subjective. Ce point commun entre plan de Listing. Lors d'une cycloduction, la perpendicu-
la position tertiaire et le mouvement cyclorotatoire crée larité de l'image rétinienne d'angles objectivement droits
une confusion terminologique considérable qui dissimule est conservée.
le fait qu'il s'agit de deux mouvements fondamentale-
23
Vision binoculaire normale
24
1.1 Anatomie et physiologie de l'orbite et de l'appareil locomoteur
25
Vision binoculaire normale
Direction de Axe visuel verticaux. Les deux muscles obliques exercent une faible
traction du M. 54° 22,5° action abductrice synergique.
oblique sup
Direction de traction
du M. droit supérieur Remarque
Les fonctions principales des muscles obliques sont
Arcs de contact l'incycloduction et l'excycloduction. Lors de la paraly-
sie (acquise) d'un muscle oblique, on retrouve une cyclo-
tropie importante, mais pas une limitation importante de
la fonction verticale.
26
1.1 Anatomie et physiologie de l'orbite et de l'appareil locomoteur
b Références
Nous avons renoncé à établir une bibliographie exhaustive. Nous avons
Fig. 1.31 Champ de vision monoculaire normal. a. Œil
cependant conservé d'anciens ouvrages de base qui ne sont plus accessibles
gauche. b. Œil droit.
dans les nouvelles techniques de recherche électronique.
[1] Apt L. An anatomical reevaluation of rectus muscle insertions. Trans
Amer Ophthal Soc 1980 ;78:365.
est limité. Le champ de vision binoculaire est l'espace [2] Bielschowsky A, Ludwig A. Das Wesen und die Bedeutung latenter
Gleichgewichtsstörungen der Augen, insbesondere der Vertika-
de vision où les deux yeux sont en mesure de fixer et de
lablenkungen. A v Graefes Arch Ophthalmol 1906 ;62:400.
maintenir une fixation fovéolaire. Il est plus petit que le [3] Bielschowsky A. Die Lähmungen der Augenmuskeln. In: Graefe-Sae-
champ de vision monoculaire, car les deux champs de misch. Handbuch der gesamten Augenheilkunde, 2. Aufl. Bd. VIII, Kap.
vision monoculaires ne se superposent pas. XI, Nachtrag 1 ; 1907/1932.
Dans les directions extrêmes du regard et en cas de [4] Bielschowsky A. Über die relative Ruhelage der Augen. Ber 39. Vers
Ophthalmol Ges Heidelberg 1913 ;67.
parésie, une cyclotropie peut entraîner une diplopie
[5] Bielschowsky A. Stellungsanomalien und Beweglichkeitsstörungen
même si les lignes du regard croisent la fovéola des deux der Augen, Nystagmus, Störungen der Pupillenreaktion, Exophthal
27
Vision binoculaire normale
mus und Enophthalmus, Störungen des Gesichtsfeldes. In: Zerebrale [31] Fick A. Neue Versuche über die Augenstellungen. In: Moleschott J, edi-
und psychogene Störungen. Leipzig: Thieme ; 1922. tor. Untersuchungen zur Naturlehre des Menschen und der Tiere, 5 ;
[6] Boeder P. The cooperation of extraocular muscles. Amer J Ophthalmol 1858. p. 193.
1961 ;51:469. [32] Fink WH. Surgery of the oblique Muscles of the Eye. St. Louis: Mosby ;
[7] Boeder P. Co-operative action of extra-ocular muscles. Brit J Ophthal- 1951.
mol 1962 ;46:397. [33] Fink WH. Surgery of the vertical Muscles of the Eye. 2nd ed. Spring-
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trochlear, and oculomotor nuclei of monkeys. J Comp Neurol Grund systematischer Untersuchungen. A v Graefes Arch Ophthalmol
2001 ;438:318–35. 1922 ;108:251.
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rative continuous Registration Length/rension Curves of attached and
detached isolated human Eye Muscles and their Antagonists, Stiffness • pour les saccades, la position de l'image rétinienne par
in passive horizontal Eye Movement in awake Volunteers and Analy- rapport à la fovéa, qui doit être « ramenée » dessus ;
sis with Robinson's Computer Model. In: Deller M, Weiss JB, editors.
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• dans le nystagmus optocinétique, la vitesse du déplace-
tion C.E.R.E.S ; 1985. p. 157.
ment de l'image au niveau de la rétine ;
29
Vision binoculaire normale
30
1.2 Vision binoculaire normale, neurophysiologie des mouvements oculaires
en abduction
200 10
100 0
Force (g)
M. droit M. droit méd.
latéral + droit lat.
10
–4 0– 20 0+ 20 +40
en adduction
off on
Position de l’œil (°) 20
31
Vision binoculaire normale
une rotation excessive du globe et donc d'éviter une cour- main), la copie d'efférence n'est pas adaptée à la percep-
bure trop importante du n. optique pendant les mouve- tion de la position de notre corps ou de nos membres. Pour
ments oculaires. Selon Simonsz et Schutte, les « faisceaux » cela nous avons besoin de la proprioception avec des cap-
n'assumeraient pas un rôle de poulie mais plutôt celui teurs de la force musculaire et de la contraction au niveau
d'un ligament à fonction inhibitrice (check ligament). des tendons, des muscles et de la capsule articulaire [19].
32
1.2 Vision binoculaire normale, neurophysiologie des mouvements oculaires
médial
MLF FRPP
Le noyau abducens (figure 1.36) est le lieu d'origine caudal
des fibres nerveuses dédiées au muscle droit latéral ipsi-
latéral. Lorsque l'on ne connaissait pas encore la loca-
lisation exacte des corps cellulaires de ce noyau, on lui VI
attribuait une aire bien plus importante que ce qui corres-
pondait sur le plan fonctionnel.
On sait aujourd'hui qu'on retrouve dans les noyaux du
n. abducens non seulement des cellules qui se projettent au
niveau du muscle droit latéral ipsilatéral, mais aussi des cel-
lules dont les neurones traversent la ligne médiane, remontent M. droit M. droit
le tronc cérébral avec le faisceau longitudinal médial (FLM) médial latéral
pour innerver le sous-noyau du muscle droit médial du n. III
(figure 1.36). Ainsi, les deux noyaux du n. VI servent comme Fig. 1.36 Organisation supranucléaire des mouvements
un comme centre du regard pour les versions horizontales oculaires rapides.
[34, p. 391]. Lors du regard à droite, le noyau abducens droit
est activé alors que celui du côté gauche est inhibé. Dans le
regard à gauche, nous trouvons l'inverse. n. III et IV et de leurs efférences. Par exemple, du côté droit, le
L'expression « centre du regard » signifie qu'à cet noyau du III innerve les deux muscles extorteurs (droit infé-
endroit convergent tous les signaux neuronaux néces- rieur et oblique inférieur) ipsilatéraux, et le droit supérieur
saires à une version horizontale. controlatéral intorteur, tandis que le noyau du IV innerve
Il s'agit des trois signaux suivants : l'oblique supérieur controlatéral intorteur. Donc l'hémimé-
• signal vestibulaire provenant de l'organe de l'équilibre ; sencéphale droit commande la rotation horaire (par conven-
• signal pour les saccades provenant de la FRPP (forma- tion du point de vue du patient) des deux yeux en même
tion réticulée pontique paramédiane) ; temps, tandis que l'hémimésencéphale gauche commande
• signal pour la fonction de maintien du regard provenant leur rotation antihoraire. La décussation des fibres destinées
du NPH (noyau préposé à l'hypoglosse). au droit supérieur et à l'oblique supérieur permet la parfaite
Depuis le noyau abducens dans sa fonction de centre synchronisation des mouvements torsionnels, qui sont uni-
du regard, les trois signaux sont transmis de manière quement réflexes et ne peuvent pas être volontaires Robert
unifiée aux muscles oculomoteurs — pour le muscle droit MP, Gravier N. Why do the axons to the superior rectus
médial, indirectement par l'intermédiaire du FLM. decussate? New insight into the mesencephalon command
La FRPP est donc le siège anatomique de la loi de corres- of ocular torsion. Neuro-opthalmology. 2013;37 (suppl);12-3.
pondance motrice (loi de Hering) qui stipule que les muscles
synergistes controlatéraux reçoivent la même innervation.
De la FRPP partent également des influx inhibiteurs
Vergence
vers le noyau du VI controlatéral ; elle est donc le subs- Dans le mésencéphale, à proximité des noyaux oculo-
trat anatomique de la loi d'innervation réciproque (loi moteurs, on retrouve des cellules supranucléaires qui
de Sherrington) qui stipule que lorsque les agonistes se modifient leur activité en fonction de la convergence et la
contractent, les antagonistes se relâchent. divergence [22, 23]. À partir de ces cellules, il existe des
Le centre du regard pour les versions verticales se voies vers les différents noyaux oculomoteurs qui, en cas
trouve dans le mésencéphale. À cet endroit, les noyaux de convergence, vont activer les muscles droits médiaux et
des nerfs oculomoteurs responsables des mouvements inhiber les muscles droits latéraux. Par conséquent, on peut
verticaux reçoivent leur information supranucléaire de localiser le centre des vergences dans le mésencéphale.
telle manière que les synergistes pour un mouvement Lors de la parution des deux premières éditions de
reçoivent le même signal [34, p. 395]. cet ouvrage, il y avait la conviction que pour une certaine
La coordination des mouvements torsionnels dépend position oculaire, le même nombre et type de fibres mus-
uniquement de l'organisation anatomique des noyaux des culaires devaient être activés, indépendamment du fait
33
Vision binoculaire normale
125 ms
Examen des saccades volontaires
On demande au patient d'alterner le regard entre deux Fig. 1.38 Modifications de l'innervation lors d'une
objets séparés en « sautant » d'un objet à l'autre. saccade. L'électromyogramme (EMG) a été enregistré avec une
On peut utiliser comme cibles les extrémités d'une électrode aiguille. Il montre comme « échantillon » uniquement
les unités motrices qui se trouvaient dans la zone enregistrée
baguette extensible, qui sont touchées par les index de la
par la pointe de l'aiguille. EMG de l'agoniste. Dans la position
main de l'examinateur toutes les 2 secondes, en alternant de départ (à gauche), seule une unité motrice à basse fréquence
(figure 1.37). Les objets à fixer doivent être présentés sous de décharge est active. En position finale (à droite), cette unité
un angle visuel d'environ 20°. décharge à une vitesse plus élevée. Par ailleurs, dans la position
Même les personnes en bonne santé ne peuvent sur- finale, une deuxième unité motrice est activée. La différence
monter des angles plus importants qu'avec des mouve- d'innervation entre l'innervation initiale et finale est appelée
ments correctifs. la bouffée d'innervation. Pendant la saccade, on trouve une
bouffée d'innervation d'une durée d'environ 125 ms. Pendant
Normalement, il suffit de vérifier l'intégrité des
cette bouffée d'innervation toutes les unités motrices se
mouvements oculaires entre les objets visuels qui sont déchargent à la fréquence maximale. EMG de l'antagoniste.
effectués au milieu du champ de vision, par exemple des Modifications d'innervations réciproques de la bouffée et de
saccades entre 10° à droite et 10° à gauche et entre 10° l'échelon d'innervation. (L'enregistrement dans l'agoniste et
d'élévation et 10° d'abaissement. Il faut à la fois évaluer l'antagoniste n'était pas synchronisé ; des segments de courbe
la vitesse et la précision des mouvements. La vitesse correspondants ont été montés l'un sous l'autre. La position des
yeux a été dessinée.)
des saccades dépend de leur amplitude. Des saccades à
grande amplitude peuvent avoir une vitesse de 700°/s.
34
1.2 Vision binoculaire normale, neurophysiologie des mouvements oculaires
Champ oculaire
Fig. 1.39 Aires du cortex cérébral
frontal impliquées dans la sélection des 1
supplémentaire cibles visuelles et des mouvements
Lobe temporal
supérieur de poursuite. Dans le cortex visuel
Champ
oculaire
primaire (V1), les détails des objets visuels
frontal sont analysés qu'ils soient importants ou
non. Depuis le cortex visuel primaire, des
Cortex
dorsolatéral messages sont transmis dans d'autres zones
préfrontal MST du cortex cérébral. La coopération de ces
aires permet de décider si une saccade doit
Cortex
MT visuel être effectuée ou non. L'aire MST (zone
primaire temporale supérieure médiale) et l'aire MT
sont responsables des mouvements de
poursuite et optocinétiques. Pour plus de
détails, voir [34].
Suite à cette bouffée d'innervation, on retrouve un autre Choix des cibles visuelles
niveau d'innervation. Cette décharge neuronale durable
Lorsque nous observons notre environnement, notre
est plus importante au niveau de l'agoniste et diminue
regard saute d'un endroit à l'autre de façon que les
au niveau de l'antagoniste. Ce changement d'innervation
détails qui nous intéressent soient rapidement repré-
permanent est appelé l'innervation à échelon (step). La
sentés au niveau de notre fovéa. Dans des conditions
fonction de l'innervation à échelon est de maintenir le
naturelles, le regard change à peu de près cinq fois par
globe dans sa nouvelle position oculaire et de résister aux
seconde. Les saccades sont en principe sous un contrôle
forces de rappel des tissus orbitaires.
volontaire, mais souvent toute une série de saccades est
Pour les saccades horizontales, la bouffée d'innervation
effectuée avec un niveau de vigilance moyen. Pendant la
est générée dans la formation réticulée paramédiane pon-
lecture, le regard « saute » d'un « empan » visuel à l'autre,
tique FRPP, pour les mouvements verticaux, dans le noyau
sans viser des lettres particulières. Si nous regardons un
interstitiel rostral du faisceau longitudinal médial
visage humain, notre regard s'oriente automatiquement
(riFLM ; figure 1.36) — à ne pas confondre avec le faisceau
vers des contours qui nous informent sur l'expression du
longitudinal médial qui connecte le noyau abducens d'un
regard, en particulier nous regardons la région oculaire et
côté avec le sous-noyau oculomoteur du muscle droit
la région buccale. Nous ne planifions pas chaque saccade
médial de l'autre côté. La partie inféro-médiale de la FRPP
intentionnellement, mais c'est notre niveau d'intérêt qui
a une fonction supérieure : elle déclenche à la fois des sac-
détermine le comportement de notre regard.
cades horizontales et verticales. Dans les saccades obliques,
elle contrôle la composante horizontale et verticale.
Pour obtenir une innervation à échelon, l'innervation
est transmise non seulement directement de la FRPP au
Structures anatomiques
noyau abducens mais également par l'intermédiaire d'un Lorsqu'il s'agit de regarder un objet visuel de manière pré-
intégrateur neuronal. Pour les saccades horizontales, le cise, la rétine informe dans un premier temps le cortex
noyau préposé à l'hypoglosse remplit cette tâche, alors visuel sur la distance de l'objet par rapport à la fovéola. De
que pour les saccades verticales c'est le noyau interstitiel là, cette information est transmise à différents endroits du
de Cajal dans le mésencéphale. cortex et du tronc cérébral (figure 1.39). L'interaction entre
La bouffée d'innervation et l'innervation à échelon ces zones a comme résultat le calcul d'une commande
sont réglées par le cervelet avec une précision telle que motrice qui va orienter l'œil (la fovéola) sur l'objet inté-
les yeux atteignent leur but visuel dans un minimum de ressé. Le cortex visuel primaire informe les colliculi supé-
temps et y demeurent sans mouvements correctifs [34]. rieurs de quel endroit se trouvent les objets. Pour prendre
Si la bouffée d'innervation est trop faible par rapport à une décision finale, si ces objets ont une valeur signifi-
l'innervation à échelon, la saccade est trop courte et les cative et valent la peine d'effectuer une saccade pour les
yeux n'atteignent leur cible qu'après un glissement post- fixer, d'autres centres du cortex cérébral entrent en jeu.
saccadique. Si l'innervation à échelon est trop faible par Au niveau des colliculi supérieurs, on retrouve un relais
rapport à la bouffée d'innervation, la saccade est trop qui transforme un signal visuel, par exemple l'apparition
longue et les yeux glisseront dans le sens opposé après d'un objet dans la périphérie de la rétine, en une commande
la saccade. La conséquence est la présence de saccades motrice [34]. Les colliculi supérieurs transmettent ensuite
répétées avec des mouvements de glissements postsac- l'ordre moteur à la formation réticulée (FRPP et riFLM).
cadiques, ce qui correspond cliniquement à un nystagmus Des aires du lobe pariétal dirigent l'attention par
du regard excentré (cf. section 4.3.3). rapport à un objet. Ainsi, on a identifié dans la partie
35
Vision binoculaire normale
36
1.2 Vision binoculaire normale, neurophysiologie des mouvements oculaires
Fig. 1.40 Examen des mouvements de poursuite. Une tige Fig. 1.41 Examen du nystagmus optocinétique. Le sujet
est déplacée en va-et-vient devant un arrière-plan neutre sans doit observer et suivre attentivement les figures qui défilent sur
détails. la bande.
nystagmus optocinétique vers la droite. Afin d'éviter une pour une expertise si un patient prétend « ne plus rien voir ».
confusion dans la retranscription de l'examen, il est recom- Ce test est également très utile dans l'examen du système
mandé de ne pas indiquer la direction du nystagmus, mais optocinétique chez les nourrissons et les petits enfants.
la direction de la stimulation. On ne note pas une « pertur-
bation du nystagmus optocinétique vers la droite » mais
plutôt une « perturbation du nystagmus optocinétique lors Bases physiologiques
d'un mouvement de stimulation vers la gauche ». Le système des mouvements optocinétique et celui de
La qualité du nystagmus optocinétique est appréciée en poursuite interagissent souvent, mais il arrive parfois
évaluant la vitesse des phases lentes par rapport à la vitesse qu'un des deux systèmes domine par rapport à l'autre.
du stimulus présenté. La fréquence du nystagmus n'est pas Cette situation peut par exemple se manifester si un
décisive, car deux petits battements aboutissent au même sujet observe un objet en mouvement devant un fond qui
résultat qu'un battement plus important, à condition que est également en mouvement (par exemple, un oiseau
la vitesse des phases lentes soit identique. Il est important volant observé à travers la vitre d'un train roulant). À ce
d'évaluer si la réponse du nystagmus optocinétique est moment-là, c'est l'attention attribuée ou non à l'objet qui
plus ou moins symétrique en stimulant de droite à gauche décide si c'est le système des mouvements de poursuite
et vice versa. Une différence au niveau du nystagmus opto- ou bien celui de l'optocinétique qui est activé.
cinétique vertical n'est souvent pas pathologique. Dans la Qu'est-ce qui déclenche le système des mouvements de
plupart des cas, la réponse à une stimulation de haut en bas poursuite et celui de la phase lente du nystagmus optociné-
est moins importante que dans le sens opposé. tique et qu'est-ce qui maintient leur activation ? Si un objet
se déplace, son image rétinienne se déplace également. Ce
stimulus déclenche les mouvements de poursuite ou bien
Mouvements au test au miroir une réponse optocinétique. Plus la vitesse oculaire s'adapte à
Une réponse motrice est obtenue si un sujet regarde dans la vitesse de déplacement de l'objet, moins, il y a un déplace-
un miroir qui est tourné autour d'un axe horizontal ou ment de l'image au niveau de la rétine. Les yeux continuent
vertical. Un miroir sanitaire est parfaitement adapté pour à suivre l'objet puisque le cerveau est informé des mouve-
réaliser cet examen. Le patient a l'impression que l'espace ments oculaires effectués. (Il génère la commande motrice
est en mouvement pendant qu'il regarde dans le miroir. pour réaliser cette tâche.) L'absence d'un déplace ment
S'il regarde le miroir sans fixer un objet précis dans l'es- l'image rétinienne est interprétée par le cerveau comme
pace, les mouvements du miroir déclenchent un nystag- la nécessité de poursuivre les mouvements oculaires. Si les
mus optocinétique. Si le patient fixe un objet précis, on mouvements de poursuite sont trop rapides ou trop lents
déclenche des mouvements de poursuite. par rapport à l'objet suivi, le déplacement de son image réti-
Dans un examen classique de la réponse optocinétique, nienne informe le cerveau de corriger leur vitesse.
certains patients sont capables de supprimer leur réponse Contrairement au système optocinétique, le système
en se concentrant sur un point de fixation virtuel en avant des mouvements de poursuite ne réagit pas seulement à
ou en arrière du stimulus. Dans un test au miroir, tout un déplacement de l'image rétinienne mais également à
l'espace perçu est en mouvement de sorte que le patient la position de l'image rétinienne par rapport à la fovéa.
a beaucoup de difficultés à supprimer sa réponse motrice La représentation d'un objet près de la fovéa peut non
étant donné que des objets éloignés et proches sont en seulement déclencher une saccade mais également des
mouvement. Le test au miroir est donc un instrument utile mouvements de poursuite. Ceci peut être vérifié avec une
37
Vision binoculaire normale
post-image qu'on positionne près de la fovéola. La post- Le cortex visuel primaire d'un côté suffit pour pouvoir
image semble flotter et accompagne le regard non pas déclencher des mouvements de poursuite et un nystag-
avec des secousses mais en glissant avec le regard [33, mus optocinétique en direction des deux côtés. Par consé-
44]. Dans la vie quotidienne, ce mécanisme sert à pré- quent, le système des mouvements de poursuite et de
senter un objet en mouvement et dans la périphérie du l'optocinétique est préservé en cas d'altération du cortex
champ visuel, au niveau de la fovéa. visuel d'un côté associée à une hémianopsie homonyme.
Une autre différence entre le système d'optocinétique En dessous du cortex visuel, les voies sont regroupées
et celui des mouvements de poursuite est que le système de telle sorte que les fibres responsables des mouve-
des mouvements de poursuite réagit immédiatement alors ments de poursuite vers la droite et les phases lentes
que le système optocinétique a besoin d'un délai jusqu'à du nystagmus optocinétique dirigées vers la droite se
10 secondes pour s'adapter à un stimulus en mouvement. retrouvent dans la substance blanche pariéto-occipitale
Cette adaptation est réalisée par l'intermédiaire des noyaux droite et les fibres pour les mouvements vers la gauche
vestibulaires qui fonctionnent comme un lieu de stockage (figure 1.42) dans la substance blanche gauche. Une lésion
de l'information. Cette fonction se manifeste par la persis- de ces fibres pariéto-occipitales peut donc entraîner un
tance du nystagmus optocinétique en post-rotatoire. trouble des mouvements de poursuite et du nystagmus
Pour l'enregistrer, il faut assombrir l'endroit immédia- optocinétique vers un côté, contrairement à une lésion
tement après l'arrêt de la stimulation optocinétique. Étant limitée au cortex visuel [32]. Afin qu'une moitié du cor-
donné que les stimuli optocinétiques déclenchent égale- tex visuel puisse générer des mouvements de poursuite
ment le système des mouvements de poursuite, on ne et des phases lentes du nystagmus optocinétique vers le
retrouve une mise en marche progressive de l'optociné- côté controlatéral, il doit se projeter par l'intermédiaire
tique que dans des lésions isolées du système de mouve du corps calleux dans la substance blanche controlatérale
ment de poursuite. Ceci est une exception car beaucoup (figure 1.42).
de structures cérébrales sont utilisées simultanément par Du cortex cérébral (MT-MST), l'information du mouve
l'optocinétique et les mouvements de poursuite. ment est transmise au noyau dorsolatéral pontique
(DLPN) [18]. Depuis le DLPN, l'information du mouve-
ment croise vers le cervelet, en particulier vers le vermis
Bases anatomiques cérébelleux postérieur et vers le flocculus. Finalement,
Les structures du système des mouvements de poursuite l'information de mouvement est transmise aux noyaux
et de l'optocinétique ont phylogénétiquement beaucoup vestibulaires. Les noyaux vestibulaires sont un relais de
plus évolué que le système vestibulaire. Ce dernier est commande pour tous les mouvements oculaires lents, à
assez mature chez des animaux moins évolués. la fois pour les mouvements visuels et pour les mouve-
Chez l'homme, l'optocinétique est liée au fonctionne- ments vestibulaires. Les noyaux vestibulaires projettent
ment du cortex cérébral, ce qui n'est pas le cas chez des sur les noyaux de l'oculomotricité par voie directe et par
animaux. Même chez le singe, qui a beaucoup en commun l'intermédiaire du noyau préposé à l'hypoglosse (NPH),
avec l'homme concernant son système d'oculomotricité, qui sert d'intégrateur neuronal. Le trajet de la région MT
le nystagmus optocinétique n'est pas complètement aboli et MST aux noyaux dorsolatéraux pontiques et le cervelet
après une ablation du cortex cérébral. est la voie la plus importante pour les mouvements de
Les cellules ganglionnaires à grand corps (cellules poursuite [34].
parasol) sont à l'origine de la voie magnocellulaire qui En outre, le système optique accessoire (SOA) contri-
est responsable de la perception des mouvements. En bue de manière importante, en particulier s'il s'agit de sti-
revanche les cellules ganglionnaires naines sont à l'ori- muli optocinétiques de surface importante. Les relais de
gine de la voie parvocellulaire qui transmet la perception commutation du système SOA sont le noyau du tractus
de formes et de couleurs. La voie magnocellulaire trans- optique (NOT) et le noyau dorsal terminal du n. optique
met l'information sur les mouvements d'un objet par accessoire (DNT).
l'intermédiaire du corps genouillé latéral au cortex visuel Le NOT et le DTN sont situés dans le mésencéphale
primaire. De là l'information est transmise à des régions entre le colliculus supérieur et le pulvinar. Le NOT-DTN
corticales qui correspondent à l'aire MT (median tempo- droit est destiné aux mouvements de poursuite et les
ral visual area) et l'aire MST (medial superior temporal phases lentes du nystagmus optocinétique vers la droite,
visual area) du singe. L'information est également trans- celui du côté gauche pour les mêmes mouvements dirigés
mise au champ oculaire frontal (frontal eye field). vers le côté gauche (figure 1.42).
En collaboration avec le cortex visuel primaire, les MT, Chez les animaux avec les yeux latéraux, comme par
MST et champ oculaire frontal assurent la transmission exemple le lapin, le NOT-DTN reçoit des informations de
du système sensoriel sur le système moteur, c'est-à-dire mouvement uniquement depuis la rétine controlatérale,
que ces régions déclenchent les mouvements de pour- et non par l'intermédiaire du cortex cérébral (flèches en
suite et l'optocinétique. Les aires chez l'homme qui cor- pointillé dans la figure 1.42). Si un seul œil est stimulé,
respondent aux aires MT et MST du singe se retrouvent à la réponse optocinétique du lapin est asymétrique : seul
la frontière temporo-pariéto-occipitale (figure 1.39). le mouvement dirigé vers le nez entraîne un nystagmus.
38
1.2 Vision binoculaire normale, neurophysiologie des mouvements oculaires
Mouvement en Mouvement en
direction nasale direction temporale 1
Corps Corps
géniculé géniculé
latéral latéral
NOT-DTN NOT-DTN
Fig. 1.42 Schéma des circuits des mouvements de poursuite horizontaux et du nystagmus optocinétique. Les NOT-DTN sont
des noyaux situés latéralement en avant de la lame quadrijumelle du mésencéphale. Le NOT-DTN droit ne peut déclencher que des
mouvements de poursuite dirigés vers la droite, le gauche uniquement vers la gauche. Les deux NOT-DTN reçoivent des informations par
deux voies, l'une sous-corticale et l'autre corticale. Chez des animaux avec une faible vision binoculaire (lapins), la voie sous-corticale
de l'œil controlatéral est la seule voie (flèches en pointillé). Par exemple, l'œil gauche ne transmet ses informations que sur le NOT-DTN
droit. C'est pourquoi, chez le lapin, l'œil gauche ne permet de déclencher des mouvements de poursuite que vers la droite (en nasal).
La voie sous-corticale « héritée » du lapin est également présente chez l'homme en tant que voie optique accessoire [21], mais ne joue
probablement un rôle que pendant les trois premiers mois de vie. Ensuite, la maturation des structures permet que chaque NOT-DTN,
par l'intermédiaire du cortex cérébral, puisse être stimulé par les deux yeux [37, 28].
a. Schéma montrant la connexion à partir du cortex cérébral droit et gauche vers le NOT-DTN controlatéral, qui transmet les
mouvements de poursuite en direction nasale. V1 est l'aire visuelle primaire, à partir de laquelle l'information est transmise
aux aires MT et MST, responsables du traitement de la perception du mouvement. b. Schéma montrant la connexion avec le
NOT-DTN ipsilatéral, qui transmet les mouvements de poursuites en direction temporale. Normalement, les mouvements de
poursuites en temporal fonctionnent aussi bien que ceux en direction nasale. Dans les ésotropies précoces, les mouvements
de poursuites en direction temporale sont perturbés (cf. figure 4.55). Chez le primate, les aires MT-MST ne projettent pas
seulement sur le NOT-DTN ipsilatéral, mais aussi sur le noyau pontique dorsolatéral ipsilatéral (DLPN) [16, 18, 29]. Cette
projection est plus importante pour les mouvements de poursuites déclenchés par la fovéa, que celle vers le NOT-DTN.
39
Vision binoculaire normale
assurer cette tâche. L'influence des messages proprioceptifs équilibre. Lors d'une rotation de la tête vers la droite, le
du cou est faible lors d'une rotation de la tête [1]. Ce n'est canal semicirculaire horizontal droit est activé, alors que
qu'en cas de défaillance des deux organes de l'équilibre que la celui de gauche est inhibé. Ces changements d'activités
proprioception du cou prend de l'importance. réciproques entraînent un mouvement compensateur
Dans une auto-expérience, on peut de se rendre compte oculaire vers la gauche. Dans les deux autres plans de l'es-
que le RVO est en mesure de compenser de fortes accélé- pace, le RVO est déclenché par des changements d'activité
rations de la tête. Un texte reste lisible si on tourne la tête réciproque des canaux semicirculaires verticaux.
rapidement d'un côté à l'autre tout en le fixant. En revanche,
le système de mouvements de poursuite échoue si, avec la
tête immobile, on déplace le texte à la même vitesse d'un Remarque
côté à l'autre ; le texte apparaît alors complètement brouillé. Lors du réflexe vestibulo-oculaire (RVO), les yeux
Les canaux semicirculaires disposés dans les trois « glissent » pendant les phases lentes du nystagmus dans
plans de l'espace sont l'organe capteur du RVO (figure 1.43). la même direction que l'endolymphe, à l'intérieur des
En cas de changement de vitesse, l'inertie entraîne un canaux semicirculaires.
déplacement d'un liquide, l'endolymphe, dans les canaux
semicirculaires ; cela provoque un fléchissement des cils
Le temps de réaction du RVO est très court. Cela est
des cellules ciliées vestibulaires qui pénètrent dans la
dû au fait qu'il n'y a que trois neurones qui sont connec-
membrane cupulaire.
tés en série pour transmettre la stimulation des canaux
En fonction de la direction de ce fléchissement des
semicirculaires aux muscles oculaires. Les cellules du
cils, les fibres nerveuses en direction du tronc cérébral
premier neurone des canaux semicirculaires se situent
sont excitées ou inhibées. Lorsque la tête est immo-
dans le ganglion vestibulaire. Ces cellules reçoivent le
bile, les activités des six canaux semicirculaires sont en
signal de la membrane de la cupula, le transforment en
potentiel d'action et l'envoient au noyau vestibulaire dans
le pont via le nerf VIII. C'est là que se situent les cellules
du deuxième neurone, qui envoient le signal aux noyaux
des muscles oculaires (III, IV et VI). Les cellules nerveuses
situées dans les noyaux des muscles oculaires trans-
mettent leur signal par l'intermédiaire des nerfs crâniens
Canal semicirculaire aux muscles oculaires.
antérieur droit Une exception à ce réflexe à trois neurones est le
Canal semicirculaire Canal semicirculaire muscle droit médial. Pour ce muscle, un neurone internu-
latéral gauche latéral droit cléaire est connecté, ainsi le RVO est composé de quatre
Canal semicirculaire neurones. Les neurones internucléaires ont leur origine
postérieur gauche dans le noyau du VI et se dirigent, après un croisement
en passant la ligne médiane, dans le faisceau longitudinal
médial vers le noyau oculomoteur (figure 1.44).
40
1.2 Vision binoculaire normale, neurophysiologie des mouvements oculaires
Bases physiologiques
Avec le RVO, l'œil atteint des vitesses jusqu'à 300°/s. Lors
de rotation de la tête de droite à gauche et vice versa, le
réflexe est fonctionnel jusqu'à une fréquence de 6 Hz.
Dans l'obscurité, le RVO est affaibli, à moins qu'on
demande au sujet de s'imaginer un objet de fixation
immobile. Contrairement aux mouvements de poursuite,
il n'y a pas de réglage du RVO. Les mouvements de pour-
suite s'adaptent à la vitesse de l'objet fixé.
Si la poursuite oculaire est trop lente ou trop rapide, le
glissement de l'image rétinienne par rapport à la fovéa pro-
voque une commande motrice de correction. Dans le cas du
RVO, au lieu d'un réglage immédiat, il existe un réétalonnage
Fig. 1.44 Test de nystagmus spontané avec les lunettes pour lequel le cerveau a besoin de quelques minutes [9].
lumineuses de Frenzel. Le sujet ne voit pas de contours avec
On peut vérifier cette recalibration dans une auto-ex-
les lunettes lumineuses de Frenzel car, dans une salle d'examen
obscurcie, il est ébloui par des ampoules placées dans la périence : si l'on se met des verres d'environ + 5,0 diop-
monture des lunettes. La modification des lunettes lumineuses tries dans une monture et qu'on tourne la tête, on aperçoit
selon Blessing [4] présentée ici est à privilégier, car elles ont un le déplacement de l'image rétinienne comme des oscil-
boîtier blanc qui réfléchit beaucoup de lumière diffuse. De ce lopsies, parce que le RVO est trop faible pour neutraliser
fait, le sujet ne peut pas voir l'ombre de ses vaisseaux rétiniens l'effet secondaire prismatique des verres. Cependant, une
(image de Purkinje). La perception de celle-ci pourrait entraîner
recalibration se met en place. Après une durée d'environ
des mouvements de poursuite qui pourraient être confondus
30 minutes, le cerveau a adapté le RVO de manière que la
avec un nystagmus.
perception des oscillopsies disparaisse.
La bascule entre deux recalibrages peut être entraî-
née. Ainsi, des sujets amétropes n'ont pas de difficultés
s'ils remplacent leurs lunettes (avec effet optique secon-
daire prismatique) par des lentilles de contact (sans effet
optique secondaire prismatique) et vice versa.
Un nystagmus se produit lorsque l'accélération
de la rotation de la tête dure plus de 0,2 seconde. À ce
44° moment-là, des phases lentes compensatrices et des
phases rapides se succèdent.
Lors de l'inclinaison de la tête vers l'épaule, il se pro-
duit une rotation oculaire dans le sens inverse autour
de l'axe sagittal. On fait la distinction entre un réflexe
statique et un réflexe dynamique. Le RV statique est
déterminé par la gravité sur l'appareil otolithique. On
Fig. 1.45 Examen vestibulaire calorique. Avec la tête en parle alors du réflexe otolithique : en cas d'inclinaison
arrière, l'irrigation du conduit auditif externe avec de l'eau persistante de la tête sur une épaule, les yeux restent en
à 44 °C réchauffe la partie latérale du canal semicirculaire position de rotation inversée. Entre une inclinaison de la
horizontal. Cela permet à l'endolymphe de circuler, car tête de 45° vers la droite et une inclinaison de 45° vers la
l'endolymphe chaude est plus légère et monte, tandis que
gauche, la différence de la rotation oculaire est environ
l'endolymphe froide est plus lourde et descend. Bien que cette
circulation soit minuscule, elle est suffisante pour que les cils
de 11° [55]. Comme la rotation oculaire inverse ne com-
sensoriels de la membrane de la cupule se plient. pense qu'une petite partie du montant de l'inclinaison, les
images verticales ne se retrouvent plus sur le méridien
rétinien vertical. Néanmoins, on perçoit la verticale de
l'environnement de manière « normale ». Ceci s'explique
par le fait que l'appareil otolithique et les propriocepteurs
du cou signalent au cerveau la position de la tête. Sur la
base de ces messages, le cerveau réinterprète l'orienta-
tion de l'image rétinienne.
41
Vision binoculaire normale
42
1.2 Vision binoculaire normale, neurophysiologie des mouvements oculaires
comme signal d'erreur, comme dans les mouvements de Mouvements oculaires en cas
poursuite. Aujourd'hui, l'existence d'un système de fixa-
d'exclusion de fixation 1
tion est confirmée. On l'a notamment déduit du fait que
la vitesse oculaire lors de la fixation d'objets immobiles Pour exclure ou confirmer la présence d'un nystagmus
a moins de fluctuations que celle observée lors du suivi vestibulaire spontané, il est recommandé d'observer les
d'objets en mouvement [34]. mouvements oculaires dans une pièce aussi sombre que
Les décalages de l'image rétinienne lors de micromou- possible en excluant la fixation. On demande au patient
vements lents empêchent l'adaptation rétinienne locale. de regarder droit devant lui et on éclaire les yeux à l'aide
Si l'on stabilise dans une expérimentation l'image réti- d'une lampe de poche par en dessous. Ainsi, le patient
nienne, par exemple en la présentant à l'aide d'une loupe est ébloui de façon que les contours résiduels de la pièce
fixée au niveau du limbe cornéen, elle disparaît après deviennent invisibles. Les lunettes lumineuses de Fren-
quelques secondes. Cependant, cette disparition ne se zel (figure 1.44) désactivent la fixation par éblouissement
manifeste que lors d'une présentation en monoculaire avec avec de petites ampoules lumineuses intégrées. Les verres
occlusion de l'œil adelphe. Sans occlusion, la rivalité binocu- positifs puissants des lunettes servent simplement à faci-
laire entre l'image présentée à un œil et la perception d'un liter l'observation des mouvements oculaires.
« fond gris propre » de l'autre œil interfère avec cette adap- La version noire traditionnelle des lunettes de Frenzel
tation locale. La présentation simultanée de la même image présente l'inconvénient que les ampoules peuvent déclen-
sur des points rétiniens correspondants est accompagnée cher la visibilité de l'arbre vasculaire de Purkinje. Si le
uniquement d'une faible diminution de la vision [51]. patient oriente son attention vers un certain endroit de
L'adaptation rétinienne locale peut être illustrée par cet arbre, il déclenche un glissement (drift) oculaire dans
la visualisation des vaisseaux rétiniens selon Purkinje. une certaine direction. Si ce mouvement de glissement est
Les vaisseaux rétiniens provoquent une ombre sur les interrompu par une saccade de réorientation, ceci peut
photorécepteurs de la rétine, qui n'est pas perçue à cause simuler un nystagmus [3]. Dans les lunettes recomman-
de l'adaptation rétinienne locale. Étant donné que l'in- dées par Blessing, il y a tellement de lumière diffuse que
cidence de la lumière est toujours la même, l'ombre des l'arbre de Purkinje ne peut pas être perçu par le patient [4].
vaisseaux se projette sur les mêmes photorécepteurs qui, Une autre bonne méthode pour évaluer les mou-
soumis à une stimulation permanente, ne déchargent vements oculaires en excluant la fixation consiste à
plus. Si on change la direction de l'incidence de la lumière, éclairer la papille avec la lumière ponctuelle de l'ophtal-
par exemple en éclairant l'œil latéralement avec une moscope [64]. Le patient ne perçoit alors qu'une lumière
source lumineuse forte, on crée une nouvelle ombre des diffuse et l'examinateur peut évaluer les mouvements
vaisseaux sur la rétine avec une stimulation de photoré- oculaires y compris leur amplitude et vitesse. La papille
cepteurs qui ne sont pas soumis à l'adaptation rétinienne. avec une largeur d'environ 7° sert de référence.
L'ombre des vaisseaux qui est appelée l'arbre de Pur- Des saccades qui ne sont pas suivies de phases lentes
kinje devient alors visible — le patient décrit un aspect de ne doivent pas être considérées comme un nystagmus,
branches d'arbre mort ou de craquelures d'argile séchée. même si les saccades se répètent à plusieurs reprises et
La perception de cet arbre de Purkinje est allégée si on sont orientées dans la même direction. Le facteur décisif
bouge la source lumineuse avec laquelle l'œil est éclairé. pour répondre à la question de savoir s'il s'agit d'un nys-
tagmus ou non est la présence des phases lentes.
Chez des sujets sains, on peut parfois observer un
Examen de la fixation faible nystagmus vestibulaire en excluant la fixation.
Celui-ci est l'expression d'une asymétrie du système ves-
À l'aide d'un ophtalmoscope, on projette une étoile de
tibulaire. Des phases lentes jusqu'à 5°/s sont considérées
fixation sur le fond d'œil et on demande au patient de la
comme dans les limites de la normale.
fixer attentivement. L'occlusion de l'œil non examiné faci-
lite l'examen. On évalue les écarts de la fovéola par rapport
à l'étoile fixée. Les micromouvements lents ne peuvent pas
Interaction des différents mouvements
être visualisés, d'autant moins qu'il n'est pas possible de
tenir l'ophtalmoscopie de manière complètement immo- oculaires
bile. Un nystagmus pathologique est cependant facile à Pour établir un diagnostic, on examine de manière indé-
détecter. Des drifts avec la même direction correspondent pendante les différents types de mouvements oculaires.
aux phases lentes d'un nystagmus à ressort. Dans la vie quotidienne, ils se superposent et se combinent
Pour évaluer de manière quantitative des mouvements de manière diverse. Lorsque l'on regarde par exemple un
oculaires lors de l'examen de la fixation, il faut connaître paysage pendant une promenade, le premier plan et l'ar-
le diamètre de l'étoile projetée. On peut le déterminer rière-plan du paysage défilent à des vitesses angulaires
facilement en se projetant l'étoile dans un œil et en regar- différentes. Par ailleurs, certains objets dans cette scène
dant avec l'autre œil une paroi tangentielle. visuelle se déplacent eux-mêmes. C'est l'attention que
Dans la plupart des ophtalmoscopes courants, le dia- nous portons à un objet ou un plan qui décide à quelles
mètre de l'étoile est de 1°.
43
Vision binoculaire normale
images nous adaptons les phases lentes de notre nys- Réflexe vestibulo-oculaire
tagmus optocinétique, quel objet nous choisissons pour
Le réflexe vestibulaire est présent dès la naissance. Pour son
effectuer une saccade ou déclencher des mouvements
examen, l'examinateur s'assoit sur une chaise tournante. Il
de poursuite et pour quelle distance notre vergence est
tient le nourrisson avec ses mains pour que celui-ci regarde
effectuée. De plus les mouvements de notre tête pendant
au-dessus de l'épaule de l'examinateur en direction du mur
la marche sollicitent le réflexe vestibulo-oculaire.
de la pièce. Les rotations de la chaise tournante déclenchent
Dans un environnement naturel, nous nous orientons
une réponse combinée vestibulaire et optocinétique avec
vers des objets non seulement avec les yeux, mais aussi
une claire prédominance de la réponse vestibulaire si
avec la tête. Comme les yeux, en raison de leur masse beau-
on tourne rapidement d'un côté à l'autre. L'examinateur
coup plus faible, peuvent être accélérés plus rapidement
observe les mouvements oculaires lents et rapides et évalue
que la tête, ils s'orientent parfois plus rapidement lors d'une
en particulier si les deux yeux bougent de manière concomi-
saccade combinée « yeux-tête ». Au cours de ce mouvement
tante et si les phases rapides atteignent une vitesse normale.
combiné « yeux-tête », le réflexe vestibulo-oculaire est sup-
Avec ce test, il est possible de faire le diagnostic d'une paré-
primé ; il perturberait le mouvement vers l'objet envisagé.
sie oculomotrice, par exemple d'exclure ou de confirmer
Après la saccade, les yeux sont cependant réorientés par
une parésie du n. VI en cas de limitation d'abduction chez
le réflexe vestibulo-oculaire au centre du champ de vision.
un nourrisson avec une ésotropie précoce à fixation croisée.
Mouvements oculaires
Nystagmus optocinétique
pendant le sommeil
Des réactions optocinétiques peuvent être déjà observées
chez certains nourrissons quelques jours après la nais- Les phases du sommeil paradoxal sont caractérisées par la
sance ; chez d'autres, la maturation du système optociné- présence de mouvements oculaires rapides (REM, Rapid
tique prend quelques semaines. Eye Movements). On pensait autrefois que les mouve-
En cas de stimulation monoculaire, on observe au ments oculaires étaient dirigés sur des objets vécus pen-
cours des trois premiers mois de vie une asymétrie de la dant les rêves. Le fait que les REM s'effectuent de manière
réponse optocinétique : une stimulation par des motifs très différente au niveau des deux yeux avec des positions
répétitifs de nasal en temporal déclenche une réponse strabiques horizontales et verticales jusqu'à 30° ne cor-
nettement plus faible qu'une stimulation effectuée de respond pas à cette notion [65].
temporal en nasal [5, 25, 60].
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45
Vision binoculaire normale
[52] Schiller PH, True SD, Conway JL. Deficits in eye movements following
frontal eye-field and superior colliculus ablations. Journal of Neuro- • leur interconnexion en champs réceptifs ;
physiology 1980 ;44:1175–89. • l'organisation corticale des champs perceptifs ;
[53] Schulz E. Binocular micromovements in normal persons. Graefe's archive • des fonctions corticales supérieures.
for clinical and experimental ophthalmology. Albrecht von Graefes Archiv La brisure dans l'anneau de Landolt n'est perceptible
fur klinische und experimentelle Ophthalmologie 1984 ;222:95–100. que lorsqu'elle est présentée sous un angle visuel d'au
[54] Schutte S, Van den Bedem SP, Van der Helm FC, et al. Reply to the
moins 30”. Un point noir sur un fond clair devient déjà
letter to editor by J.L. Demer regarding: Van den Bedem, Schutte,
Van der Helm, and Simonsz: Mechanical properties and functional visible à partir de 15”, une ligne noire plus longue est
importance of pulley bands or 'Faisseaux Tendineux' (Vision Research perceptible dans des conditions optimales à partir d'une
2005 ;45:2710–2714). Vision Res 2006 ;46:3039–40. épaisseur d'environ 1”, une corde de 1 cm d'épaisseur
[55] Simonsz HJ, Crone RA, Van der Meer J, et al. Bielschowsky head-tilt
et alors visible jusqu'à 2 km de distance. La visibilité d'un
test – I. Ocular counterrolling and Bielschowsky head-tilt test in 23
cases of superior oblique palsy. Vision Res 1985 ;25:1977–82.
objet dépend manifestement de l'interaction entre de
[56] Simonsz HJ, Harting F, de Waal BJ, et al. Sideways displacement nombreuses unités réceptives.
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eyelids. Translated from Memoire et observations sur l'anatomie,
la pathologie et la chirurgie, et principalement sur l'organe de l'œil Acuité visuelle, le minimum visible
(1816). Strabismus 2003 ;11:63–8.
[60] Valmaggia C, Rutsche A, Baumann A, et al. Age related change of Le minimum visible correspond à l'inverse du plus petit
optokinetic nystagmus in healthy subjects: a study from infancy to angle (minimum visibile) en minutes d'arc, sous lequel un
senescence. The British Journal of Ophthalmology 2004 ;88:1577–81.
objet foncé est visible sur un fond clair (figure 1.47).
[61] Van den Bedem SP, Schutte S, Van der Helm FC, et al. Mechanical pro-
perties and functional importance of pulley bands or 'faisseaux tendi-
En raison des aberrations des milieux réfractifs,
neux'. Vision Res 2005 ;45:2710–4. des petits points du monde extérieur sont représentés
[62] Verheijen FJ. A simple after image method demonstrating the involun- comme une surface géométrique au niveau de la rétine.
tary multidirectional eye movements during fixation. Opt Acta (Lond) Leur rayon ne doit pas être inférieur à 35” si on définit le
1961 ;8:309–11.
rayon à l'endroit où la luminosité n'est que de 50 % par
[63] Vital D, Hegemann SC, Straumann D, et al. A new dynamic visual
acuity test to assess peripheral vestibular function. Archives of Otola- rapport à celle du centre [12, 18, 77]. La visibilité des très
ryngology – Head & Neck Surgery 2010 ;136:686–91. petits objets n'est donc pas limitée par la taille de l'image,
[64] Zee DS. Ophthalmoscopy in examination of patients with vestibular mais par le contraste de l'image rétinienne. L'image d'un
disorders. Ann Neurol 1978 ;3:373–4.
point se distingue d'autant moins de son environnement
[65] Zhou W, King WM. Binocular eye movements not coordinated during
REM sleep. Exp Brain Res 1997 ;117:153–60.
que sa taille diminue. Un point foncé est visible, dans des
1.3.1 Types d'acuité visuelle Fig. 1.47 Minimum visible. Un objet n'est visible que
En traversant l'œil, l'image du monde extérieur perd de sa lorsqu'il produit une différence de luminosité sur la rétine plus
importante que la sensibilité à la différence de luminosité.
netteté, de son contraste en raison d'erreurs au niveau des
Un point noir trop petit n'est plus perceptible, même avec un
milieux réfractifs. L'acuité visuelle finale est limitée par : contraste optimal, car son image rétinienne est superposée par
• la qualité de l'image rétinienne ; la lumière diffuse.
• la densité des photorécepteurs ;
46
1.3 Acuité visuelle
Objet visuel
(2 points) Remarque
L'amblyopie est associée à des difficultés de séparation. De ce
Profil de luminosité fait des optotypes rapprochés l'un de l'autre (optotypes grou-
pés) sont plus difficiles à identifier que des optotypes isolés.
Optique projetant
l’image
Profil de luminosité
de l’image rétinienne 1
5
Fig. 1.48 Minimum séparable. Pour pouvoir distinguer
Fig. 1.49 Anneau de Landolt. Le diamètre extérieur de
séparément deux points, il faut qu'au moins une unité réceptive
l'anneau correspond à 5 fois l'épaisseur de la ligne ; la largeur
soit stimulée de manière supraliminaire par la différence de
de la brisure est équivalente à l'épaisseur de l'anneau. Pour
luminosité entre les deux images rétiniennes. Le creux entre les
l'examen de l'acuité visuelle de 1,0 (10/10), la brisure apparaît
pics de luminosité et d'obscurité doit être suffisamment large.
sous un angle de vision de 1 minute d'arc (à une distance de
5 mètres, la brisure est de 1,5 mm).
47
Vision binoculaire normale
48
1.3 Acuité visuelle
20
c 0,4
0,5 0,2
40 b
60
Densité de lignes 80
0,0 0,2 a
1 2 4 8 16 32
Acuité
0,03 0,1 0,2 0,5 1,0 0,1
0
0° 10° 20° 30°
Excentricité
Fig. 1.51 Sensibilité au contraste en fonction de la Fig. 1.52 Baisse de l'acuité visuelle en fonction de
fréquence spatiale. Pour tester la sensibilité aux contrastes, on l'excentricité rétinienne. La courbe montre la baisse centrifuge
utilise des réseaux sinusoïdaux. Le seuil de contraste est atteint de l'acuité visuelle mesurée avec des réseaux. Avec une échelle
lorsque l'observateur reconnaît tout juste la grille. Les résultats linéaire de mesure d'acuité visuelle (ordonnée de gauche), la
sont présentés sous la forme d'une courbe qui donne la sensibilité pente (a) semble exagérément raide. La courbe b est représentée
au contraste en fonction de la fréquence spatiale. Son point haut avec une échelle logarithmique (ordonnées de droite).
indique la fréquence spatiale la plus élevée (le réseau le plus fin),
qui peut être encore détectée avec un contraste maximal.
Courbe a : Fonction de sensibilité au contraste normale
(FSC) dans des conditions photopiques. Courbe b : FSC en Interaction de contours et difficultés
cas d'éclairage réduit. Courbe c : FSC pathologique, par
exemple en cas de maladie neuro-ophtalmologique.
de séparation
Des optotypes avec une présentation groupée sont plus
difficiles à lire que des optotypes présentés isolés [12, 26,
Temps de présentation 71]. L'influence des contours se produit également lors des
Plus la taille d'un optotype est supérieure au seuil de efforts de discrimination d'une l'image (isolée ou encadrée
reconnaissance, moins de temps de stimulation est néces- d'autres images) [79, 82] ou lors des stimulations stéréos-
saire pour le reconnaître. La plupart des sujets obtiennent copiques [15]. La superposition de plusieurs optotypes par
une meilleure acuité visuelle avec un temps de présenta- une double ou fausse localisation, comme on le retrouve
tion supérieur à 0,5 s [5, 57]. typiquement dans une amblyopie, est appelée la « diffi-
culté de séparation » ou phénomène de « crowding ». Afin
Mouvement d'exclure ou de confirmer le phénomène de crowding et
donc une amblyopie (résiduelle), il est impératif de tester
Même en fixant un petit objet, les yeux effectuent constam- l'acuité visuelle avec des optotypes en présentation grou-
ment des micromouvements de quelques secondes d'arc pée. Des enfants en dessous de l'âge de 10 ans ont plus
à plusieurs minutes d'arc [20]. Les mouvements oculaires de difficultés à reconnaître des optotypes groupés que les
plus importants réduisent l'acuité visuelle à partir d'une adultes. Des enfants âgées de 5 ans arrivent à une acuité
vitesse de 2°/s [80]. Ceci ne doit pas être confondu avec la visuelle de 1,0, des enfants âgées de 10 ans à une acuité de
capacité de percevoir les mouvements en tant que tels. Sans 1,25–1,6 avec une distance entre optotypes de 30' — ce qui
objet de comparaison, un mouvement en soi est détecté à correspond à une distance entre les optotypes de 4,4 cm à
partir d'une vitesse de stimulation de 15'–20'/s [6]. une distance de lecture de 5 mètres.
49
Vision binoculaire normale
Interaction binoculaire
LogMAR au lieu de l'acuité visuelle
Par effet de sommation, l'acuité visuelle binoculaire est
normalement plus élevée d'un facteur jusqu'à 1,1 par Le logarithme décimal négatif du minimum séparable a
rapport à l'acuité visuelle monoculaire [4, 39], ce qui cor- une relation fixe avec l'acuité visuelle. L'acuité visuelle est
50
1.3 Acuité visuelle
logMAR
= 1/
Acuité visuelle = =
MAR 1/10 10–logMAR.
Cycles par degré bande blanche. Une épaisseur de bande de 1' correspond
Le pouvoir de résolution mesuré avec des motifs pério- à une acuité visuelle de 1,0 et à une fréquence spatiale
diques peut être exprimé par la fréquence spatiale du de 30 cpd. Sur l'échiquier, la diagonale à travers un carré
motif en périodes par degré (cycles par degré, cpd). Une correspond à la période de la fréquence spatiale de base
période ou un cycle correspond à une bande noire et une (figure 1.53).
51
Vision binoculaire normale
Remarque Remarque
Acuité visuelle décimale = Période par degré/30. La suite géométrique correspond à la perception de différences.
52
1.3 Acuité visuelle
Remarque
0,10 Pour le diagnostic de l'amblyopie, utiliser des optotypes
groupés.
0,03
En Allemagne, pour les jeunes enfants, le test H est
dessiné avec une graduation plus grossière, l'enfant doit
0,01
actionner un clavier, chaque réponse correcte est récom-
0,01 0,03 0,10 0,32 1,00 3,20 pensée par une musique [38]. Pour les mesures en vision
Acuité visuelle – Anneaux de Landolt de près, des échelles avec des anneaux de Landolt avec
une présentation groupée (17,2' ou 2,6') ou isolée sont
Fig. 1.55 L'acuité visuelle mesurée avec les optotypes également disponibles ainsi que les symboles de Lea. Les
d'ETDRS versus l'acuité visuelle mesurée aux anneaux échelles de Birkhäuser contiennent des textes, mais égale-
de Landolt. Dans la partie avec une acuité visuelle élevée,
ment des anneaux de Landolt et des chiffres (figure 1.57).
les optotypes ETDRS et les anneaux de Landolt fournissent
En France, les projecteurs sont de plus en plus rempla-
des résultats presque identiques. Dans la zone d'acuité
visuelle inférieure, les symboles ETDRS fournissent des valeurs cés par des écrans reliés aux réfracteurs. La combinaison
légèrement plus élevées (n = 113). Des valeurs mesurées à d'un écran et d'un ordinateur permet une grande variabilité
plusieurs reprises ne sont pas indiquées. de présentation d'optotypes. Il faut s'assurer cependant de
ne pas utiliser des optotypes non normés. Des problèmes
peuvent se poser en ce qui concerne la luminance prescrite
Les échelles ETDRS couvrent une large gamme de et, en vision de près, la résolution de l'écran. En vision de
mesures sur une échelle logarithmique décimale. Les lettres près, les différents types d'optotypes de l'échelle de Pari-
sont disposées de manière que l'espace entre deux opto- naud sont adaptés à plusieurs tranches d'âge : dessins (2 à
types correspond à sa taille. Ainsi, dans la zone des acuités 4 ans), E de Snellen (4 à 5 ans), chiffres (5 à 6 ans).
53
Vision binoculaire normale
54
1.3 Acuité visuelle
Tableau 1.5 Développement de l'acuité visuelle, déterminé avec la méthode de regard préférentiel.En approximation grossière le pouvoir
résolutif des réseaux (en cycles par degré) lors de la première année correspond à l'âge en mois. Le pouvoir résolutif en cycles/degré doit
être divisé par 30 pour obtenir l'acuité visuelle. En fonction de la coopération et de l'évolution de l'enfant, on obtient facilement le double 1
ou la moitié des valeurs moyennes.
⁎
Âge en mois Nombre de Acuité visuelle en vision Nombre d'enfants Acuité visuelle en
⁎
publications préférentielle vision préférentielle
1 8 0,03 – –
2 10 0,05 n = 16 0,07
4 9 0,12 n = 34 0,12
6 9 0,14 n = 49 0,16
9–10 9 0,21 n = 44 0,27
11–12 4 0,26 n = 47 0,24
13–14 1 0,27 n = 44 0,27
17–19 5 0,32 n = 40 0,34
20–26 3 0,41 n = 33 0,42
27–36 3 0,58 n = 18 0,64
⁎
Série de W . Haase (Hamburg).
Remarque
Les tests du regard préférentiel ne permettent pas un Tests d'interférence
dépistage fiable de l'amblyopie. Les tests d'interférence ont pour but de déterminer la
contribution d'une opacité des milieux réfractifs dans
une baisse d'acuité visuelle. Ces tests nécessitent tout de
Tests de détection même une certaine transparence des milieux réfractifs et
Les tests de détection permettent d'évaluer la percep- projettent, à l'aide d'un rayon laser (Rodenstock, rétino
tion visuelle d'un objet (« Y a-t-il quelque chose ? »), sans mètre ; Haag-Streit, interféromètre de Lotmar) ou de la
tenir compte des détails de l'objet (« Qu'y a-t-il là ? »). Les lumière filtrée (rétinomètre manuel de Heine Lambda
55
Vision binoculaire normale
100), un motif en réseau sur la rétine, dont la fréquence 1.3.6 Stratégies de la mesure
spatiale et la direction peuvent être modifiées. Le patient
doit indiquer l'orientation des motifs. de l'acuité visuelle
Le pouvoir résolutif déterminé ainsi se rapproche L'acuité visuelle est déterminée dans des conditions
assez bien de l'acuité visuelle dans un œil sain, mais peut photopiques assurées par l'éclairage de la salle d'examen.
considérablement différer par rapport à celle-ci en cas Le patient doit normalement être assis et ne pas être gêné
d'amblyopie ou de maculopathie [45]. par des sources lumineuses ou être ébloui par un examen
précédent. La mesure est effectuée avec la meilleure cor-
rection réfractive et éventuellement avec une addition
Phénomènes entoptiques pour la vision de près. L'acuité visuelle sans correction
Lorsqu'une opacité dense des milieux réfractifs ne permet dite « brute », est appelée « performance visuelle ».
pas d'obtenir une image rétinienne, on ne peut estimer
que de manière très approximative la fonction visuelle
Remarque
potentielle.
Avec un diaphanoscope localisée sur la paupière L'acuité visuelle est déterminée, avec correction de la
fermée, il est possible de visualiser l'ombre de l'arbre réfraction, en monoculaire et en binoculaire.
vasculaire des vaisseaux rétiniens. Au centre de la
figure, qui correspond à la zone avasculaire de la fovéa,
la personne examinée perçoit parfois des petits points
Réponses
scintillants, formant une tache ovalaire au milieu de De manière générale, le patient doit nommer verbalement
l'ombre des vaisseaux rétiniens. Ce « chagrin » (par com- l'optotype qu'il voit. L'orientation du E ou la brisure des
paraison au cuir d'aspect grenu) maculaire indique une anneaux de Landolt peut être également indiquée avec la
fonction rétinienne centrale relativement bonne. Avec main, ou avec un objet en forme de E ou de C orienté à la
l'entoptoscope au fond bleu, on déclenche la percep- main.
tion de points jaunes en mouvement rapide. Ces points Si cette tâche s'avère trop difficile pour un enfant, on
jaunes correspondent à des leucocytes dans les capil- peut lui demander de faire un choix par appariement, en
laires parafovéolaires. Ce phénomène prouve l'intégrité montrant le dessin sur une carte ou d'appuyer sur une
fonctionnelle des zones paracentrales rétiniennes [68]. touche d'un clavier avec les alternatives présentées.
La valeur prédictive de ces phénomènes est cependant
très limitée. L'absence de leur perception ne permet pas
de conclure à un trouble, de nombreuses personnes en Remarque
bonne santé oculaire ne les perçoivent pas. La réponse dans l'examen de l'acuité visuelle doit être
adaptée à la coopération de l'enfant.
Procédures électrophysiologiques
Les PEV damiers, l'ERG damiers et l'ERG multifocal
Choix forcé
permettent d'estimer de manière objective l'acuité La fonction psychométrique de l'acuité visuelle (courbe
visuelle. Les PEV damiers fournissent des informations des réponses correctes en pourcentage tracée en fonction
sur la transmission des stimuli en partant de la rétine de la taille des optotypes ou du niveau de l'acuité visuelle)
centrale jusqu'au cortex visuel. Cet examen présuppose n'est pas caractérisée par un seuil abrupt à partir duquel
un bon fonctionnement de la rétine centrale. En cas de des petits optotypes ne sont plus reconnus (figure 1.60).
stimulation par des rayures ou des motifs en damier, un Au contraire les réponses correctes dans la zone du seuil
motif très grossier provoque aux PEV des amplitudes sont un mélange d'identification et de devinette de l'op-
plus faibles que des motifs plus fins, tandis que des totype présenté. Cela implique de demander au patient
motifs encore plus fins, dont la fréquence spatiale s'ap- de deviner l'optotype lorsque sa reconnaissance est
proche du pouvoir résolutif maximum, entraînent une ambiguë. Chaque optotype doit être nommé (stratégie du
forte diminution de l'amplitude des PEV. Cette réponse choix forcé). Les réponses du type « je ne vois pas tout à
est appelée fonction de transfert des damiers. La valeur fait clair, j'hésite entre x, y et z » ne sont pas permises.
seuil des PEV correspond aux damiers les plus fins qui L'explication qu'il ne s'agit pas de déterminer quels opto-
déclenchent encore une réponse [3, 34, 58, 59]. Indé- types sont bien reconnaissables, mais où se situe la limite
pendamment de la manière dont il est déterminé, il ne de reconnaissance est parfois utile.
correspond pas nécessairement au pouvoir résolutif. La méthode de détermination de l'acuité visuelle avec
Les PEV ne permettent pas non plus de se prononcer une stratégie du choix forcé n'est souvent pas réalisable
sur le traitement central de l'information visuelle [13]. pour les raisons suivantes :
Dans ce contexte, des examens comme celui du regard • manque de temps ;
préférentiel peuvent éventuellement contribuer au • question de confort ;
diagnostic sans pouvoir remplacer les PEV. • manque d'intérêt ;
56
1.3 Acuité visuelle
57
Vision binoculaire normale
Méthode des limites L'acuité visuelle est obtenue de la moyenne des valeurs
des dernières réponses correctes (points de transition)
Dans la méthode des limites, les stimuli sont présentés de
à chaque passage (figure 1.61). Le patient n'est ainsi pas
manière ascendante ou descendante. Un optotype d'une
soumis de manière prolongée à la zone du seuil, ce qui est
certaine taille n'est présenté qu'une fois en commençant
ressenti comme désagréable, mais voit régulièrement des
par un optotype qui est clairement identifiable. On réduit
optotypes qu'il peut à nouveau bien reconnaître. L'écart
la taille de l'optotype et on s'arrête à la première réponse
type des valeurs individuelles est une mesure de la fiabi-
erronée. Cette procédure est répétée plusieurs fois.
lité des valeurs mesurées.
1,00
Stratégie par étapes (staircase method)
0,80
La stratégie par étapes permet de raccourcir la phase de
0,63
recherche du seuil (phase de recherche) pour y recueillir
0,50
la majorité des réponses (phase de mesure). La procédure
0,40
est représentée à titre d'exemple dans la figure 1.62. La
0,32 stratégie par étapes est surtout utilisée pour la méthode
0,25 du regard préférentiel.
0,20
0,16
0,12 Méthode d'ajustement
0,10 La méthode d'ajustement dans la mesure de l'acuité
1 2 3 4 5 6 visuelle consiste à présenter des optotypes et à deman-
Nombre de passages der au patient de rapprocher l'écran ou l'échelle de vision
jusqu'à ce que l'optotype soit reconnu. Cette méthode
Fig. 1.61 Méthode des limites. est appliquée en cas de basse vision, si l'optotype le plus
+ : réponse correcte, o : réponse incorrecte. grand sur une échelle d'acuité visuelle n'est pas reconnu.
Plusieurs passages (ici six) ont lieu de manière successive selon De nombreuses personnes ne répondent qu'à partir du
le critère 1/1, c'est-à-dire que si la réponse à un optotype moment où elles reconnaissent les optotypes avec cer-
présenté est correcte, on passe immédiatement au niveau
titude. C'est pourquoi, il faut continuer l'examen avec la
suivant jusqu'à ce qu'une réponse incorrecte soit donnée.
méthode du choix forcé une fois que la distance de lecture
Une fois ce premier passage terminé, on recommence avec
un nouvel optotype plus grand. Les résultats de plusieurs a été déterminée.
passages sont moyennés géométriquement, ici : MW logMAR
= (0,6 + 0,4 + 0,7 + 0,5 + 0,5 + 0,6) : 6 = 0,55. logMAR = 0,55
→ Acuité = 10–0,55 ≈ 0,28
1,00
0,80
0,63 Phase d’orientation Phase de mesure
0,50
0,40
0,32
0,25
0,20
0,16
0,12
0,10
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24
Nombre de passages
58
1.3 Acuité visuelle
59
Vision binoculaire normale
60
1.4 Sensorialité de la vision binoculaire
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ter. Ophthalmologe 2010 ;107:641–6. un strabisme paralytique. Des lésions à tous les autres
61
Vision binoculaire normale
V1
62
1.4 Sensorialité de la vision binoculaire
K
GI
um ps
63
Vision binoculaire normale
C'est notamment le cas pour l'horizontale subjective, incliné jusqu'à ce que le programme initial de la valeur
tandis que la verticale subjective est, chez la plupart des des méridiens rétiniens se réadapte. Cette revalidation
sujets, inclinée par rapport au méridien vertical objectif, sensorielle des méridiens rétiniens est appelée cyclover-
son extrémité supérieure est inclinée vers le côté tempo- sion sensorielle [76].
ral [155]. L'importance de l'inclinaison varie d'un individu
à l'autre avec une répartition symétrique sur les deux
yeux qui est en moyenne d'environ 1°. Des valeurs de 3° Remarque
d'inclinaison en temporal à 1° d'inclinaison en nasal sont En présence de référentiels de comparaison, la localisation
encore considérées comme dans les limites de la normale absolue peut être modifiée par une adaptation physio-
à une distance de fixation de 50 cm [78]. Des incongruités logique et par l'expérience. Cela n'est toutefois valable
des rétines [68–70], comme elles se manifestent dans l'es- que si nous sommes en mesure de pouvoir nous orienter
sai de Kundt de division d'une ligne lors de l'orientation dans un environnement avec des repères de comparai-
de la verticale subjective, sont les bases de l'écart entre son connus. En obscurité, la verticale visuelle subjective
l'horoptère empirique et l'horoptère géométrique [82, (ainsi que l'horizontale subjective) reprend son orientation
180, 186]. L'estimation susmentionnée de la perception initiale [78].
de la verticale subjective ou de l'horizontale subjective se
réfère à une position droite du corps et de la tête et une
L'adaptation physiologique de la localisation absolue
position primaire des yeux fixant un objet à distance. Si la
présentée ici ne doit pas être confondue avec une adapta-
tête est inclinée d'un côté, de manière isolée ou associé à
tion interoculaire de la perception d'orientation transmise
une inclinaison du tronc, il se produit une rotation ocu-
par les méridiens rétiniens, donc avec une correspon-
laire incomplète dans le sens inverse de l'inclinaison puis
dance rétinienne anormale des méridiens rétiniens. Des
une réadaptation sensorielle des méridiens rétiniens
cyclophorie ou cyclotropie acquises sont perçues subjec-
pour la perception horizontale et verticale, tant que des
tivement dans une correspondance rétinienne normale
contours visuels de comparaison sont visibles. Dans une
avec la totalité de leur valeur de déviation motrice. Même
chambre noire sans contours visuels, la réadaptation des
l'inclinaison physiologique des méridiens rétiniens ver-
méridiens rétiniens n'est cependant pas complètement
ticaux (verticale subjective) peut être mise en évidence
compensée (phénomène d'Aubert [8]). Un même type
lors de la mesure de la cyclovergence (angle V selon Don-
de réadaptation correctrice se produit également dans
ders, Tschermak-Seysenegg [181]). Lors de la mesure de la
de nombreuses situations différentes, sans que nous en
cyclovergence (cf. section 3.2.8), le résultat dépend donc
soyons conscients lorsque nous utilisons naïvement notre
de la présentation en horizontal ou en vertical de la ligne
vision.
lumineuse qui doit être réorientée.
C'est le cas, par exemple, pendant l'inclinaison ter-
tiaire inévitable des méridiens rétiniens anatomiques
verticaux ou horizontaux, lorsque nous réorientons notre 1.4.3 Fusion sensorielle
regard de la position primaire dans une position tertiaire
Les règles présentées jusqu'ici pour la perception de l'es-
(cf. section 1.1). Dans le cas contraire nous percevrions
pace en vision monoculaire peuvent être appliquées dans
des lignes verticales dans le regard en haut et à droite
un premier temps à la vision binoculaire. La position fron-
comme étant inclinées dans le sens antihoraire. En consé-
tale de nos yeux entraîne une superposition importante
quence le méridien rétinien vertical perd, dans une posi-
de nos champs visuels, plus précisément une imbrication
tion tertiaire, la perception de « vertical » et la transmet à
d'un espace visuel dans l'autre, car cette expression consi-
un méridien rétinien oblique [8, 180, 181].
dère aussi des objets situés à des profondeurs différentes.
Même les changements pathologiques de position
oculaire autour de l'axe sagittal, comme nous les retrou-
vons dans une paralysie aiguë du muscle oblique supé- Remarque
rieur, n'entraînent en vision monoculaire que de manière
Afin d'assurer une orientation visuelle non perturbée, les
transitoire dans la phase initiale, une sensation d'obli-
informations visuelles enregistrées dans un premier temps
quité du monde extérieur. En présence de contours de
séparément doivent être unifiées en une image commune
comparaison, dont l'orientation verticale ou horizontale
par une fusion sensorielle.
constante nous est connue, il se produit une adaptation
Cela suppose que les détails des images de l'œil droit
à de nouveaux méridiens rétiniens et le monde appa-
et de l'œil gauche doivent être représentés sur des points
raît à nouveau « dans l'ordre ». Si on occlut maintenant
rétiniens ayant la même valeur localisatrice, c'est-à-dire
l'œil paralysé avec une fixation en monoculaire de l'œil
localisés dans la même direction.
non atteint, on perçoit le monde spontanément comme
64
1.4 Sensorialité de la vision binoculaire
65
Vision binoculaire normale
66
1.4 Sensorialité de la vision binoculaire
Ex
1
EI FP Er
β1
PL
PX
PF
β2 h.l.
CVM géom.
h
F. F’
γ1 γ2
d d
K K’
P
FE P’ E’ F’
OG OD
a b
Fig. 1.67 Cercle d'horoptère de Vieth-Müller et horoptère géométrique longitudinal. a. Cercle d'horoptère de Vieth-Müller
vu de dessus. Il relie le point de fixation FP aux deux points nodaux K et K' de l'œil droit et de l'œil gauche. Son rayon r peut être calculé
selon Pythagore : r = h2 + d2 : 2h, où d représente la moitié de la distance entre les points nodaux et h la distance entre FP et KK'. Les
lignes de direction de chaque point circulaire (par exemple, Px) rencontrent des points rétiniens à des distances identiques des fovéolas
F et F', car ce n'est que si β1 = β2, que γ1 = γ2. Dans ce concept, on suppose que la valeur objective de la position rétinienne et la valeur
localisatrice subjective se correspondent par symétrie spéculaire, P et P' représentent donc des points rétiniens correspondants. Les
points situés en dehors du cercle se projettent, selon ce concept, sur des points rétiniens avec une disparité et sont vus en double. Le
point Ex, par exemple, est représenté des deux côtés sur des points rétiniens en nasal et est donc localisé en temporal par les deux yeux,
et dans le plan de fixation, il est vu en Er par l'œil droit et en El par l'œil gauche (diplopie physiologique homonyme). b. Horoptère
longitudinal géométrique. Il représente la surface d'un cylindre avec le cercle de Vieth-Müller (VMK) comme circonférence et le fil à
plomb de Prévost (PL) comme droite perpendiculaire passant par le point de fixation (FP) [179].
67
Vision binoculaire normale
68
1.4 Sensorialité de la vision binoculaire
69
Vision binoculaire normale
Échelle pour
disparité transversale
∧ 20’
=
Fig. 1.69 Horoptère longitudinal empirique (trait gras) ainsi que limites des zones pour la fusion sensorielle d'images avec
une disparité transversale (zones horizontales d'extension des aires de panum = espace de panum, cercles clairs), pour
la stéréopsie quantitative (points) et pour la stéréopsie qualitative (cercles clairs à l'extérieur). La courbure de l'horoptère
longitudinal est représentée à l'échelle du site. L'extension en profondeur des trois zones est représentée pour des raisons de place de
manière abrégée en mesures d'arc. Les valeurs correspondent en ordre de grandeur aux indications d'Ogle [134] pour une distance de
fixation de 40 à 50 cm.
70
1.4 Sensorialité de la vision binoculaire
AP-h
1
71
Vision binoculaire normale
Stéréopsie distale
F2
d Stéréopsie proximale
p p
F1 F1 d
∂
2 F2
e e
∂
2
β
β
α α
KL b KR KL b KR
Fig. 1.72 Géométrie de la stéréopsie dans le plan médian en cas de convergence symétrique. F1 : point de fixation.
F2 : point objet présenté avec une disparité. KR et KL : points nodaux. b : distance entre les points nodaux KRKL (correspond
à la distance interpupillaire pour les grandes distances de fixation). e : distance entre le point de fixation et le milieu de la
distance entre les points nodaux. δ : parallaxe binoculaire relative (stéréoscopique) en degrés. d : intervalle de profondeur
géométrique F1 F2. p : distance de la parallaxe stéréoscopique dans le plan de fixation. Les formules suivantes permettent
de calculer les grandeurs d et p qui sont souvent déterminées :
1. Pour la stéréopsie distale :
a) ½ δ = α – β, où l'on peut calculer α à partir de tg α = (e + d) : ½ b et β à partir de tg β = e : ½ b. Dans une formule qui résume les
données, on obtient également : tg ½ δ = (2b × d) : (b2 + 4e2 + 4de).
b) d = ½ b × tg (β + ½ δ) – e, où tg (β + ½ δ) = (e + d) : ½ b a été résolu en d et β peut être calculé à partir de la formule a).
De cette manière, on peut calculer à quelle distance un objet doit se trouver au minimum derrière le point de fixation pour qu'il puisse
être localisé, avec une distance de profondeur de champ et une distance des pupilles connues.
c) p = (b × d) : (e + d) selon le théorème des rayons. Si, au lieu de d, seul δ est connu (par exemple, pour la réalisation de demi-images
stéréoscopiques), d peut être calculé selon la formule b).
2. Pour la stéréopsie proximale, on applique par analogie :
a) ½ δ = α – β ou tg ½ δ = (2b × d) : (b2 + 4e2 - 4d × e).
b) d = e – ½ b × tg (α – ½ δ).
c) p = (b × d) : (e – d).
La diminution de l'acuité visuelle d'un œil, par en avant ou en arrière de celui-ci (fixation disparity
exemple par l'interposition d'un verre de lunettes incor- selon Ogle [137]). Des appareils appropriés permettent
rect ou d'un filtre gris, déplace la direction visuelle bino- de mesurer subjectivement l'importance de cette
culaire de sa position centrale en direction de l'œil avec « erreur » [82]. Le principe de la mesure de la disparité
la vision non affectée. En cas de disparité transversale, la de fixation (cf. section 2.2.6) consiste à présenter simul-
perception de profondeur n'est pas complètement perdue. tanément aux deux yeux une image qui est fusionnée et
Il en va de même pour les pathologies comme les en même temps — séparément — un repère monoculaire
troubles des milieux réfractifs ou des altérations de l'af- (par exemple, des traits d'une règle de vernier). La plu-
férence comme pour la dominance d'un œil en cas de part du temps, on examine le décalage entre l'emplace-
vision binoculaire normale ou pathologique (microstra- ment réel et l'emplacement théorique du croisement des
bisme). Avec le test de Titmus (spécialement l'anneau 1), axes visuels. Si par exemple les lignes de vernier sont
il est possible d'illustrer le décalage relatif de la direction objectivement et subjectivement parfaitement super-
visuelle et de l'utiliser comme test clinique. posées, il n'y a pas de disparité de fixation. Si les axes
visuels se croisent en arrière du plan de fixation — s'il y
a alors un déficit de convergence —, on parle d'une exo-
Disparité de fixation
disparité selon Ogle. Dans une ésodisparité le croise-
L'existence des aires de Panum permet à notre système ment des axes visuels a lieu devant le plan de fixation, la
de vergence des petites erreurs de réglage, de sorte que ligne de vernier de l'œil droit est localisée objectivement
le croisement des axes visuels ne se retrouve pas impé- à gauche de l'œil gauche (cf. figures 2.7 et 2.8 dans la
rativement au point de fixation, mais peut être localisé section 2.2.5).
72
1.4 Sensorialité de la vision binoculaire
La mesure et l'importance de la disparité de fixation Dans ce qui suit, certains aspects fondamentaux de la
sont présentées en détail à la section 2.2.6. L'aspect le plus stéréopsie sont présentés.
important de la disparité de fixation pour la compréhension
1
de la sensorialité binoculaire est l'utilisation d'une direction
visuelle pour déterminer une valeur motrice. La modifica-
Géométrie de la vision en profondeur
tion des valeurs spatiales rétiniennes en vision stéréosco- avec une disparité transversale
pique (allélotropie) montre cependant que ces valeurs sont
Avec l'invention de son stéréoscope en 1838, Charles
en principe soumises à une influence binoculaire.
Wheatstone a été le premier à identifier la disparité trans-
Par ailleurs, la présentation frontoparallèle de la
versale comme facteur clé de la stéréopsie. La valeur géo-
fusion périphérique présuppose une orientation simi-
métrique de la disparité transversale (angle δ) peut être
laire du plan de l'horoptère, sinon une vergence fusion-
calculée à partir de la distance entre les points nodaux des
nelle simulerait une disparité de fixation obligatoire.
deux yeux — de manière générale la distance interpupil-
Le résultat des mesures dépend du choix des contours
laire est suffisante en pratique clinique — et les distances
à fusionner et si l'image à fusionner est présentée en
réelles entre les objets à localiser et l'œil (figure 1.72).
périphérie ou de manière centrale [74]. Une comparai-
Dans des conditions naturelles de vision, au moins deux
son de la disparité de fixation subjective par rapport
objets réels (F1 et F2) sont comparés dans leur valeur de
à la position oculaire objective montrait une bonne
profondeur du point de vue de l'observateur (par exemple,
correspondance dans une étude de Hebbard [65].
appareil à trois bâtonnets selon Helmholtz ou test de
Simonsz et al. [171] et, surtout, Kertesz et Lee [104] ont
Frisby [67, 105]). Un effet stéréoscopique similaire peut
trouvé des décalages de plusieurs minutes d'arc. L'in-
être produit sur un plan lorsque les deux images décalées
terprétation d'une disparité de fixation semble donc
du même objet stéréoscopique (F) sont présentées sépa-
problématique, surtout en cas de petites divergences.
rément à chaque œil — stéréopsie ou stéréocospie géné-
En cas d'anomalie de correspondance rétinienne incon-
rée par haploscopie, par exemple dans le test de Titmus.
testable ou suspectée, les mesures d'une disparité de
Dans la présentation haploscopique ou dichoptique, la
fixation ne sont cliniquement plus fiables.
stimulation visuelle binoculaire est constituée par des
images en monoculaire avec des méthodes différentes
Stéréopsie de séparation d'images (cf. section 3.3). La stéréoscopie
est donc une haploscopie avec des éléments présentés en
Par stéréopsie, on entend la perception de profondeur disparité transversale. L'haploscopie à œil nu ou la sté-
relative sur la base d'images rétiniennes avec une disparité réoscopie sont possibles par une convergence ou diver-
transversale. Il y a donc au moins deux objets qui sont loca- gence volontaire, si deux demi-images localisées l'une à
lisés devant les yeux en fonction de leur distance relative. côté de l'autre sont représentées sur des points rétiniens
correspondants et ensuite unifiées sensoriellement.
Les deux types de tests stéréoscopiques différents
Remarque
impliquent une influence différente de la distance entre
La stéréopsie donne des informations sur la distance rela- les yeux et de la distance de fixation par rapport au
tive de deux ou plusieurs objets et non sur la distance en résultat du test : dans les tests stéréoscopiques réels, la
profondeur d'un objet par rapport à l'observateur (distance profondeur de champ déterminée dépend fortement de
égocentrique vs localisation à distance). Elle ne doit pas la distance interpupillaire ; pour les tests haploscopiques,
être confondue avec les nombreux critères de la perception elle dépend surtout de la distance de fixation. L'inter-
de la distance qui ne sont pas fondés sur la disparité trans- valle stéréoscopique (d) des tests haploscopiques est
versale (perception de la profondeur selon Tschermak). déterminé par la distance interoculaire et correspond à
la profondeur subjectivement perçue [110]. L'impression
subjective de profondeur ne permet pas de déterminer le
Les paramètres de la perception de la distance sans montant de la stéréoscopie.
disparité rétinienne sont les suivants [81, 180] :
• taille de l'image rétinienne (perspective linéaire) ;
• chevauchement partiel des objets (chevauchement Limites de la vision de profondeur
des lignes) ;
en disparité transversale
• parallaxe de mouvement (changement de position
apparente de l'objet lors du déplacement de l'observa- L'acuité visuelle en profondeur ou l'acuité visuelle sté-
teur) ; réoscopique, c'est-à-dire la disparité transversale la plus
• répartition des ombres et de luminosité sur les objets ; petite qui, dans des conditions de représentation opti-
• perspective dite aérienne pour la vision éloignée. males, est encore résolue en stéréoscopie, s'élève chez des
Si on veut examiner la stéréopsie, de tels facteurs personnes avec une vision binoculaire normale entre 5 et
secondaires doivent être exclus de manière ciblée (cf. 10 secondes d'arc dans le champ visuel central [113] et
section 3.3). correspond à l'acuité visuelle de vernier.
73
Vision binoculaire normale
30 0,64 m 0,61 m
10 50 1,79 m 1,67 m
100 7,4 m 6,5 m
1 000 2 253 m 409 m
1 444 ∞ 722 m
20 15 10 5 0 5 10 15 20 Remarque
Gauche Droite
Avec l'augmentation de la distance de fixation, les fac-
Excentricité (°)
teurs qui ne sont pas fondés sur la disparité transversale
Fig. 1.73 Acuité visuelle stéréoscopique dans le champ sont de plus en plus importants. Pour des distances de
visuel binoculaire périphérique. Les seuils ont été déterminés 30 m ou plus, ils sont presque exclusivement utilisés pour
par l'alignement des lignes de vernier dans un plan fronto- des estimations de la profondeur [163] (tableau 1.6).
parallèle dans des différentes positions périphériques du champ
visuel (moyenne) pour des distances de fixation à 40 cm. Points
rouges : valeurs de Burian [27] ; symboles bleus et verts : valeurs
de Ogle [135], à 40 cm (carrés bleus) et 76 cm (triangles verts).
Stéréoscopie quantitative et qualitative
Les faibles seuils stéréoscopiques mentionnés ci-dessus
ne peuvent être atteints qu'avec les conditions de présen-
tations mentionnées si les demi-images de l'objet testé
D'un point de vue géométrique, l'acuité visuelle cen-
se ressemblent largement et peuvent être fusionnées.
trale stéréoscopique nous permet de calculer qu'à une
Pour cette stéréopsie quantitative [131], on parle aussi
distance de fixation de 30 cm nous sommes encore en
de « stéréopsie fine » [17], qui est opposée à la « stéréop-
mesure d'identifier des différences de profondeur jusqu'à
sie grossière » correspondant à la stéréopsie qualitative.
0,06 mm. En vision de loin l'intervalle stéréoscopique doit
Comme déjà mentionné dans la figure 1.69, la stéréopsie
augmenter au carré de la distance de fixation, pour pou-
grossière n'est pas liée à la vision binoculaire, ce qui était
voir être résolu par la disparité transversale.
connu depuis longtemps [66, 71, 81] mais qui avait été
Pour la stéréopsie en vision de loin, on peut calculer,
oublié. Les demi-images peuvent différer en termes de
pour une acuité visuelle stéréoscopique donnée et une
forme, de luminance et de contraste, sans que l'impres-
distance interoculaire donnée, la distance de fixation à
sion de profondeur se perde [126]. La vision stéréosco-
partir de laquelle les objets à distance ne sont plus per-
pique quantitative grossière (« devant » ou « derrière »,
çus en profondeur par rapport au point de fixation. Cette
sans sensation de distance plus précise) est possible dans
distance est appelée la limite stéréoscopique (e) qui cor-
une zone importante de disparités en dehors de l'aire de
respond à la formule :
Panum. D'après Blakemore [22], des disparités transver-
e = b : ( 2 × tg δ / 2) . sales de 8° sont localisées dans le champ de vision central
en profondeur avec une grande précision. Dans le champ
Pour une distance interoculaire b de 70 mm et une de vision périphérique, il a trouvé des disparités jusqu'à
stéréoacuité de 10 secondes d'arc, elle est par exemple 14°. Le pouvoir résolutif stéréoscopique des grandes dis-
égale à 1 444 m. Le tableau 1.6 illustre les rapports pour parités (jusqu'à 40° pour Mehdorn [121], 21° pour Dengler
74
1.4 Sensorialité de la vision binoculaire
et Kommerell [39]) a été démontré lors d'une courte avec un ordinateur. Les deux demi-images montrent un
présentation de grandes images test. Les stimuli étaient motif de points similaires et répartis de manière appa-
répartis de manière symétrique autour du centre du remment aléatoire. Un sous-ensemble contigu de ces
1
champ visuel. La perception stéréoscopique de grandes points est décalé en horizontal dans l'une des demi-
disparités ne peut être provoquée que par une présenta- images. Pour l'observateur ce décalage n'est pas visible
tion de courte durée. du fait de la répartition aléatoire des autres points. Si ces
points appariés sont fusionnés, le motif qu'ils constituent
est représenté avec une disparité transversale et apparaît
Stéréopsie locale et globale, « le en fonction de la direction de la disparité en stéréopsie
problème de correspondance rétinienne » globale comme une image ou figure en avant ou en arrière
du plan de référence. La stéréopsie globale intègre alors
Dans la vie quotidienne, notre stéréopsie est rarement
les nombreux procédés de stéréopsie locale, de la fusion
utilisée pour des lignes ou des points isolés sur un plan
sensorielle à une image globale perçue en profondeur. Les
homogène, bien plus souvent pour différentes surfaces
parties avec une disparité transversale et celles sans dis-
échelonnées en profondeur, de sorte que la stéréopsie
parité de ce motif à points aléatoires stimulent des détec-
peut également être utilisée pour contribuer à la recon-
teurs de profondeur différents qui permettent par leur
naissance tridimensionnelle des formes.
activité rétinienne locale une reconnaissance de formes
Pour étudier la perception de la forme et de l'espace
des motifs représentés en disparité transversale.
transmise seule par la stéréopsie, Ames a utilisé une boîte
carrée de 2 mètres de côté, dont un côté était ouvert pour
l'observateur [90]. Les parois intérieures étaient den- Remarque
sément recouvertes de feuilles de chêne et éclairées de
Étant donné que la reconnaissance des formes dans les
manière uniforme [92].
stéréogrammes à points aléatoires n'est pas effectuée
En observation monoculaire sans mouvement de la
par des contours mais après le traitement du stimulus, la
tête, l'intérieur de l'espace feuillu apparaît comme une
stéréopsie globale représente une des cinq fonctions qui
surface de concavité indéfinie, car les facteurs secon-
nous permettent de faire la distinction d'une figure de son
daires de perception de profondeur sont en grande partie
fond [157]. Cette distinction se fait par :
désactivés. Ce n'est qu'en vision binoculaire, qu'on recon- • la densité de luminance ;
naît la forme cubique de la boîte [136]. • les couleurs ;
Une autre perception stéréoscopique globale est à la • les textures ;
base des images de papier peint de Meyer [122] (wallpa- • les disparités binoculaires ;
per phenomenon d'après Brewster [25]). Ce phénomène • les vitesses.
se produit lorsqu'on regarde un motif avec des détails qui
se répètent de manière uniforme (par exemple, un papier
peint à motifs, rayures ou à points) dans des positions de Des études avec des stéréogrammes à points aléatoires
vergence différentes. À ce moment-là, des éléments des et des essais de développer un modèle informatique qui
motifs similaires, mais non identiques, sont fusionnés correspond à notre système visuel ont mis en évidence
et la surface observée apparaît dans un autre plan tant la complexité de la vision binoculaire et de la stéréopsie.
que les points de référence dans l'espace permettent L'un des problèmes les plus étudiés est le problème
une comparaison en profondeur. L'ensemble des détails de la correspondance rétinienne qui se pose lors de la
fusionnés donne l'impression d'une surface solide. stéréopsie globale. La figure 1.74 montre que dans un
Dans la vie courante, cette capacité d'évaluation sté- stéréogramme à points aléatoires avec des éléments indi-
réoscopique d'une surface joue un rôle important dans viduels identiques, il y a plus d'une seule possibilité de
de nombreuses situations d'art et métiers. Ainsi, sous une combinaison binoculaire — et donc plus d'une localisation
lumière diffuse, on passe à côté des bosses sur un pan- en profondeur possible [192]. Néanmoins, nous perce-
neau de carrosserie en vision binoculaire alors qu'on les vons un plan et non une surface irrégulière de manière
repère immédiatement en binoculaire. On n'est pas du stéréoscopique. La stéréopsie globale implique donc un
tout conscient des différents éléments stéréoscopiques. mécanisme qui identifie les différentes possibilités de
Bela Julesz [95] a appelé cette forme de perception sté- correspondance rétinienne de la stéréoscopie locale et
réoscopique la stéréopsie globale et l'a opposée à la sté- sélectionne celles dont l'ensemble forme un élément
réopsie locale dans laquelle la disparité est localisée à un uniforme. Toutes les autres combinaisons doivent être
endroit précis du champ visuel, comme dans la plupart inhibées simultanément. Dans des conditions naturelles,
des images stéréoscopiques traditionnelles avec des sur- les éléments individuels se distinguent les uns des autres.
faces ou des traits isolés. Des erreurs d'une « correspondance erronée » sont donc
Dans sa forme la plus pure, la stéréopsie globale pratiquement impossibles, ce qui soulève la question du
peut être mise en évidence à l'aide de stéréogrammes à pourquoi et du comment notre cortex a mis au point un
points aléatoires, qui ont été développés par Julesz [94] mécanisme aussi complexe.
75
Vision binoculaire normale
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32
OD
OG
1 2 3 4 5 6‘ 7‘ 8‘ 9‘ 10‘ 11‘ 12‘ 13‘ 14‘ 15‘ 16‘ 17‘ 18‘ 19‘ 20‘ 21‘ 22‘ 23‘ 24‘ 25‘ 27 28 29 30 31 32
a
Fig. 1.74 Représentation de l'ambiguïté d'un stéréogramme à points aléatoires. a. Une paire de lignes associées des deux
demi-images est disposée l'une en dessous de l'autre. Les paires de points 1-4 ainsi que 28-32 se représentent sans disparité (flèches
verticales). Les points 6-25 de l'œil droit (RA) ont sur l'œil gauche (LA) un équivalent avec une disparité transversale décalée vers la
droite (flèches vers le bas et vers la droite). En plus des combinaisons d'éléments utilisées, qui contribuent à la perception d'une surface
lisse, il existe encore de nombreuses autres combinaisons possibles en raison de l'égalité des éléments individuels, dont deux sont
indiquées par des flèches en pointillé. Si la combinaison des éléments était à l'intérieur des aires de Panum, on aurait l'impression d'un
motif totalement irrégulier en profondeur. Grâce à la stéréopsie globale, la partie avec la disparité transversale de la paire de lignes
fusionnées apparaît surélevée dans un plan. b. Coupe transversale de la perception stéréoscopique.
76
1.4 Sensorialité de la vision binoculaire
devant
77
Vision binoculaire normale
Les points bleus de l'image sont ainsi représentés par que nous soyons exposés en permanence à cette diplopie
rapport aux points rouges dans une disparité non croisée, physiologique et cette confusion, nous ne sommes que
ce qui fait qu'ils sont perçus comme plus éloignés. Une rarement conscients de ces deux phénomènes potentiel-
pupille artificielle décentrée en nasal permet d'atténuer lement très dérangeants. De nombreux observateurs ne
ou même d'inverser cet effet [43]. réalisent la vision double physiologique qu'après avoir
La stéréopsie des couleurs peut aussi être provoquée concentré leur attention sur ce phénomène ou après une
par l'effet de Stiles-Crawford de premier ordre qui est occlusion alternée. Il semble que nous sommes norma-
expliqué par l'orientation des photorécepteurs en fonc- lement en mesure d'éliminer une image double gênante
tion de leur emplacement sur la rétine. Cet effet explique en l'ignorant dans notre perception visuelle consciente.
que des surfaces bleues soient perçues comme étant L'image floue de tous les objets visuels en dehors de l'ho-
placées devant des objets rouges. Étant donné que l'effet roptère par rapport à l'image nette fusionnée est une aide
de Stiles-Crawford et l'aberration chromatique peuvent naturelle à cette « suppression ».
varier individuellement, la stéréopsie des couleurs est dif- En revanche, l'inhibition de l'image double patholo-
férente en fonction de la direction du regard et du niveau gique en cas de strabisme paralytique aigu ou dans le
de la lumière entrant dans la pupille [29]. cas d'une hétérophorie décompensée est beaucoup plus
difficile, car les erreurs de représentation des images sont
1.4.5 Processus inhibiteurs récentes. Nous ne sommes pas adaptés à ce nouveau motif
de vision double. Par ailleurs, il manque la perception
par la vision binoculaire binoculaire d'une image nette. Néanmoins, de nombreux
Lors de la vision binoculaire normale, il n'y a qu'un petit patients peuvent apprendre une suppression d'images
nombre d'objets du champ visuel qui est représenté sur la en cas d'un strabisme acquis. Cette capacité d'inhibition
rétine de l'œil droit et celle de l'œil gauche de telle façon de d'image correspond à la négligence de l'image double
qu'une fusion immédiate de l'image se produit sans autre physiologique [130]. Contrairement à la neutralisation en
transmission ou traitement d'information. On retrouve cas de strabisme concomitant, elle est tout de suite inter-
des telles conditions uniquement au niveau de l'horop- rompue par des mesures peu dissociantes.
tère. La vision binoculaire en dehors de l'horoptère néces-
site différents processus d'inhibition.
Rivalité binoculaire
Ajustement de la direction visuelle Afin d'éviter la confusion lors de la représentation de dif-
férents stimuli sur des points rétiniens correspondants, il
(allélotropie)
se produit une autre forme d'inhibition physiologique qui
Lors de la discussion sur les aires de Panum, un pro- est déclenchée en vision binoculaire mais qui se mani-
cessus d'inhibition a déjà été mentionné : les valeurs feste sur un seul œil. L'expérience montre que, même
localisatrices des deux yeux en vision monoculaire sont en cas de paralysie aiguë, la perception d'une superpo-
transformées en faveur d'une valeur moyenne en vision sition d'images différentes est plutôt rare. L'expérience
binoculaire. Les valeurs directionnelles en vision mono- classique à ce sujet a été réalisée par Panum [142] : dans
culaire sont inhibées en cas de stimulation des zones réti- un stéréoscope, un ensemble de lignes parallèles est pré-
niennes avec une disparité transversale (allélotropie). senté. Les lignes visibles par l'œil droit sont perpendicu-
Cette suppression n'est que partielle, car elle ne concerne laires aux lignes vues par l'œil gauche (cf. figure 2.41 à la
que le niveau de la perception consciente. Pour faire la section 2.4.3). Un tel stimulus ne peut pas être fusionné.
distinction entre une disparité croisée et non croisée, la Au lieu d'un motif de lignes qui se croisent, on voit à l'in-
valeur directionnelle en monoculaire entre en jeu (eye térieur des limites du dessin une mosaïque de parties
signature mechanism). d'image vues par l'œil droit et d'autres vues par de l'œil
gauche, dont la composition des zones de dominance
Inhibition des images doubles en vision monoculaire régionale change constamment. Cette forme
d'inhibition interoculaire est appelée rivalité binoculaire,
binoculaire rivalité des champs visuels ou (ce qui est erroné) riva-
Pour les objets situés loin en dehors de l'horoptère, une lité rétinienne. Elle se produit chez des sujets avec une
telle adaptation des directions visuelles n'est plus pos- vision binoculaire normale, si des points rétiniens corres-
sible. Des objets identiques sont alors perçus deux fois pondants sont stimulés pendant une période prolongée
dans l'espace (diplopie physiologique, figure 1.67, cf. sec- avec des motifs non fusionnables. Ces motifs incluent des
tion 2.5.1). En même temps, des points rétiniens avec une contours avec une orientation différente, des diffé-
localisation spatiale identique peuvent être stimulés par rences de couleurs (rivalité pour le rouge et le vert), des
des objets différents de sorte que ces objets sont localisés différences importantes de la luminance et des mouve-
dans l'espace visuel au même endroit (confusion). Bien ments à motifs différents.
78
1.4 Sensorialité de la vision binoculaire
79
Vision binoculaire normale
OG OD
l'axe visuel de l'œil dominant. Cette méthode simple per-
met de déterminer la dominance directionnelle. Elle ne
correspond pas d'emblée à la dominance pour la percep-
Stimulus tion binoculaire de la luminosité [44] ou pour les couleurs
Fix.-P. d’extinction
et les contours [35].
+
1.4.6 Sommation binoculaire
« Deux personnes voient mieux qu'une. »
Binoculaire La sagesse populaire se réfère à la probabilité statistique
que deux observateurs indépendants sont plus susceptibles
de reconnaître un stimulus proche du seuil de reconnais-
sance qu'un seul. On parle aussi de sommation de pro-
babilité. Elle s'applique également à la vision binoculaire
par rapport à la vision monoculaire. Si par exemple, on
présente une stimulation lumineuse si faible qu'en vision
monoculaire, un stimulus sur deux est perçu en moyenne,
Fig. 1.76 Phénomène d'extinction sur un quadrillage.
On obtient en présentation binoculaire une probabilité de
En haut représentation schématique des stimuli. Sur un reconnaissance de p = 1 – (0,5 × 0,5) = 0,75, ou de 75 % [145].
haploscope, on présente à l'œil gauche une grille fixe avec un On parle de sommation binoculaire neuronale ou physio-
point de fixation central, l'œil droit reçoit après un intervalle logique [38] si les informations obtenues en monoculaire
court un stimulus lumineux (deuxième stimulus) sur un convergent sur un système et que le traitement des deux
environnement homogène. En bas : Représentation de la stimuli entraîne une modification de la sensibilité. Selon
perception binoculaire. Peu de temps après l'apparition du
Green et Swets [57], on obtient pour la stimulation bino-
deuxième stimulus, la structure temporelle et spatiale du champ
d'extinction peut être observée sur la grille. culaire une sommation de probabilité avec un indice de
sommation de √ 2 (≈ 1,4). L'indice de sommation est ici le
rapport du résultat fonctionnel en vision binoculaire par
rapport au résultat fonctionnel en vision monoculaire.
déclenche, en dehors d'une perception de rivalité bino- On parle de sommation partielle lorsque l'indice est
culaire subjective, un nystagmus optocinétique dont la compris entre 1 et 2 ; les valeurs inférieures à 1 sont obte-
direction de battement correspond à la dominance d'un nues en cas d'inhibition binoculaire. Les valeurs supé-
œil [51]. De cette manière, les phénomènes de rivalité rieures à 2 correspondent à une potentialisation. En cas
binoculaire peuvent être mesurés de manière objective. d'indice entre 1 et 1,4, il faut évaluer les conditions des
Pour inverser l'orientation de la direction du mouvement expérimentations psychophysiques pour pouvoir déter-
Fox et al. [51] ont demandé aux sujets de regarder à tra- miner s'il s'agit uniquement d'une sommation des proba-
vers des prismes de Dove. bilités ou bien d'une sommation physiologique.
Si la sommation n'est détectable que tant que les sti-
muli peuvent être fusionnés, et qu'en cas de stimulation
Dominance oculaire en dehors des aires de panum, il n'y a plus de réponse,
Chez le sujet normal, une stimulation identique des deux il faut supposer au moins une sommation physiologique
yeux pour déclencher une rivalité interoculaire entraîne partielle (figure 1.77). Il en va de même pour la somma-
une dominance alternante où les phases de dominance et tion de stimuli avec une intensité en dessous du seuil de
de suppression sont plus ou moins réparties de manière perception en vision monoculaire mais qui peuvent être
égale entre les deux yeux. Cependant, il existe pour des détectés en vision binoculaire [19].
nombreuses fonctions sensorielles et sensori-motrices Des expérimentations de sommation psychophysiques
une prédominance unilatérale, bien que les deux yeux ont été réalisées ces dernières décennies non seulement
lors de l'examen monoculaire ne présentent aucune dif- par intérêt de la compréhension du fonctionnement
férence fonctionnelle. général du système visuel mais aussi pour utiliser la som-
Les critères utilisés dans la littérature sur l'« ocularité » mation en tant qu'examen pour tester le fonctionnement
ou la dominance oculaire sont très différents [133, 190] de la vision binoculaire. Pour un grand nombre de perfor-
et on peut se demander dans quelle mesure, chez des mances visuelles, une sommation binoculaire partielle
sujets avec une vision binoculaire normale, une domi- a été mise en évidence, avec des indices de sommation
nance trouvée lors d'un test aura un impact dans la vie entre 1,2 et 1,5 ; par exemple :
quotidienne. La méthode la plus connue pour déterminer • sensibilité aux contrastes et fréquence de fusion des
la dominance d'un œil est le test de Rosenbach [163] ou scintillements [63] ;
une variante de celui-ci : le sujet regarde en vision bino- • temps de réponse [20] ;
culaire un objet éloigné et doit le cacher avec un doigt • sensibilité à la luminosité [46].
tendu. Si le sujet est naïf, il ne remarquera pas tout de Dans ce contexte, la sommation binoculaire diminue
suite que le doigt apparaît en vision double et qu'il cache dès que le pouvoir résolutif est sollicité [84].
80
1.4 Sensorialité de la vision binoculaire
1
OG OD
350
tEmps de réaction (ms)
300
0 12 23 35 46
Fig. 1.77 Temps de réaction mono- et binoculaire d'un sujet normal à un stimulus lumineux faiblement supraliminaire à
5° à gauche du point de fixation (sont représentés les valeurs moyennes et les écarts types). Le stimulus binoculaire a été
présenté avec une disparité verticale de 0 à 46 minutes d'arc, et a été perçu comme double pour les disparités supérieures à 23 minutes
d'arc. La réduction significative du temps de réaction lors de la présentation binoculaire sans disparité, et les valeurs du temps de
réaction presque au niveau monoculaire pour des stimuli en dehors des aires de Panum, prouvent dans cette expérience une sommation
binoculaire physiologique. Le temps de réaction encore nettement plus court en comparaison de celui en monoculaire pour le stimulus
lumineux vu double à une disparité de 35 minutes d'arc montre qu'une sommation binoculaire peut encore exister au-delà des aires de
Panum (source de données : [77]).
1.4.7 Transmission interoculaire post-images ont leur origine dans la rétine et constituent
des effets rémanents (transfert un paradigme classique d'images rétiniennes stabilisées
pour la détermination de la localisation visuelle dans des
interoculaire) conditions monoculaires et binoculaires ([16, 68–70] ; cf.
Après l'arrêt d'un stimulus visuel externe, des effets post-image). Une série d'autres effets rémanents viennent
résiduels au niveau du système visuel peuvent persister de processus dont le siège se situe principalement au
de manière temporaire, mesurables sur le plan psycho- niveau du cortex visuel. Ces effets sont appropriés pour
physique. Ceci inclut les post-images périodiques suite à l'étude de la sensorialité binoculaire, car ces effets réma-
des brefs flashs lumineux [59] ainsi que les post-images nents sont également détectables après une adaptation
négatives qui apparaissent après une exposition prolon- monoculaire sur l'œil adelphe non stimulé. Cet effet
gée d'une zone rétinienne à la lumière. Les deux types de rémanent est en quelque sorte transféré d'un œil à l'autre.
81
Vision binoculaire normale
82
1.4 Sensorialité de la vision binoculaire
Au lieu d'un damier ou peut également utiliser des rélogramme : Braddick et al. [24] ; stéréogramme : Petrig
bandes noires et blanches de différentes fréquences spa- et al. [143]). Selon Skarf et al. [172], les corrélogrammes
tiales, qui changent leur couleur selon un certain rythme ne permettent des réponses spécifiques aux PEV qu'à par-
1
(PEV damier). tir de la 11e semaine.
Pour l'application clinique, il est possible d'utiliser des
stéréogrammes à points aléatoires avec une présentation
Remarque de différentes disparités transversales, pour déterminer
Les PEV flash et les PEV damiers ont des amplitudes plus le pouvoir résolutif stéréoscopique des personnes présen-
importantes chez des sujets avec une vision binoculaire tant une vision binoculaire normale ou altérée en enregis-
normale, si la stimulation s'effectue en vision binoculaire trant de manière quantitative les PEV [188].
(sommation ou addition binoculaire, revue de la littérature
dans [30]), avec une ampleur de la sommation qui dépend
fortement des conditions du stimulus.
1.4.9 Détection de processus
La sommation binoculaire des PEV disparaît lorsque la binoculaires par l'intermédiaire
stimulation binoculaire est décomposée en vision double
d'une imagerie par résonance
par l'interposition d'un prisme vertical devant un œil [30,
166] ou si les motifs présentés aux deux yeux diffèrent de magnétique fonctionnelle (IRMf)
taille d'au moins 5 % [62]. Alors que les PEV ne permettent pas de localiser précisé
ment le site du traitement des stimuli dans le cortex
Une aniséiconie de 5 % entraîne une réduction de la visuel, il est possible d'obtenir des informations sur les
sommation de la vision binoculaire. Des différences de limites des aires visuelles et leur activation par l'intermé-
taille d'image de 7 à 17 % annulent la sommation [100, diaire de l'IRMf.
106]. D'après Schmidt et al. [166], on ne retrouve pas chez Dans ce contexte, le couplage de la perfusion sanguine
tous les sujets ayant une vision binoculaire normale, une locale avec l'activité neuronale est enregistré par la modi-
sommation aux PEV damiers. Lors de la présentation de fication du signal de l'IRM induit par les modifications des
stimulations purement fovéolaires, l'amplitude des PEV concentrations d'oxyhémoglobine et de désoxyhémoglo-
diminue lorsqu'un œil n'est plus stimulé de manière bine [116]. Dans un premier temps, on utilise, pour l'iden-
fovéale par l'interposition d'un prisme. Cette diminution tification des aires visuelles, des damiers qui provoquent
de d'amplitude était plus importante chez des personnes une vague d'activité dans le cortex visuel, ce qui délimite
normales que chez des sujets strabiques, ce qui permet la représentation corticale du champ visuel.
une distinction de la sensorialité binoculaire. Si dans un deuxième temps l'activité est déclenchée
En dehors de la sommation d'amplitude dans les par des stimuli stéréoscopiques, elle peut être attribuée
PEV, Keller [102] a trouvé, par analogie avec le temps de aux aires auparavant déterminées.
réaction binoculaire réduit dans les expérimentations Backus et al. ont démontré pour la première fois la
psychophysiques, un raccourcissement de la latence des relation entre l'activation des aires visuelles et la dispa-
PEV pour l'onde P1 (première onde positive à la réponse rité des stimuli, avec les réponses les plus importantes
au stimulus). Apkarian et al. [5] ont également observé, au niveau de l'aire V3A [13]. Des études ultérieures ont
dans des conditions de stimulation favorables, une poten- montré une sensibilité particulière aux stimuli stéréosco-
tialisation (indice de sommation > 2) des PEV en cas de piques dans les aires V3A, V7, V4d-topo ainsi que dans une
stimulation binoculaire. région qui est appelée la région de disparité pariétale cau-
Une autre preuve de binocularité corticale mise en dale (Caudal Parietal Disparitiy Region, CPDR [179]). Ces
évidence avec les PEV s'effectue avec une stimulation études contribuent non seulement à la compréhension de
haploscopique par motifs à points aléatoires (ran- la vision binoculaire normale, mais également à celle de
dom-dot) [177]. Le changement de phase se fait soit par la vision binoculaire pathologique. Ainsi, Jurcoane et al.
alternance de zones corrélées et non corrélées (corrélo- ont pu mettre en évidence l'absence d'adaptation intero-
gramme) ou par l'alternance de la disparité transversale culaire en cas de fixation alternée et en cas d'absence de
dans des zones rétiniennes circonscrites (stéréogramme). vision stéréoscopique [96].
Pour que l'inversion des motifs soit invisible en mono- Jusqu'à présent, la plupart des études ont été réalisées
culaire, les éléments individuels doivent osciller à une avec des IRM d'une intensité du champ magnétique de
fréquence élevée (motif dynamique à points aléatoires). 3 teslas. Une nette amélioration de la résolution spatiale
Les PEV binoculaires enregistrés ainsi prouvent l'inté- est attendue grâce à une nouvelle génération d'appareils
gration binoculaire dans le cortex visuel. Sans fusion sen- de 7 teslas. Avec un tel appareillage, Goncalves et al. ont
sorielle, le moyennage des signaux ne donne pas de signal pu montrer que la sensibilité primaire aux disparités dans
spécifique en réponse au stimulus de l'image. Avec ces les aires visuelles, en particulier dans V3A, est organisée
méthodes d'examen relativement sophistiqués, on a pu en clusters ou grappes et que les aires dorsales supé-
objectiver la preuve psychophysique du développement rieures (V3A, V3B/KO) importantes pour l'évaluation de la
de la vision binoculaire à l'âge de 3 ou 4 mois [7, 57] (cor- distance montrent certaines caractéristiques [56].
83
Vision binoculaire normale
84
1.4 Sensorialité de la vision binoculaire
V3A 90
V3 45
vertical supérieur
V2
Méridien
270
MI
Périphérie
1 3 5 710 20 40
Fovéa
HM 3→ Méridien horizontal
180
7→
10
vertical inférieur
Fovéa
Fovea
20
Méridien
OM
90
20 40
3 7 10 40 V2
5
V3v/VP
1 cm 315
V4
a b c 270
Fig. 1.79 Représentation schématique de la face interne du lobe occipital gauche. Avec la scissure calcarine partiellement
déployée (a), la répartition rétinotopique sur les aires étalées V1, V2, V3, V3v, V3A et V4 (b) et du champ visuel correspondant.
a. Les limites de l'aire V1 par rapport à l'aire V2 vers le haut et vers le bas sont indiquées en pointillé, les chiffres sur la ligne
inférieure désignent l'excentricité des champs récepteurs rétiniens correspondants. b. Représentation de la projection de la
moitié du champ visuel des deux yeux sur le cortex visuel étalé. La tache noire sur le méridien horizontal du champ visuel
(HM) de V1 correspond à la tache aveugle de l'œil droit. Au sein de V1, on retrouve la représentation du quadrant inférieur
droit du champ visuel qui est situé au-dessus de HM, celle du quadrant supérieur droit se retrouve au-dessous de HM. La
limite entre V1 et V2 correspond donc au méridien vertical du champ visuel. En V3, la moitié du champ visuel est à nouveau
divisée en un quadrant supérieur et un quadrant inférieur, dont les limites correspondent en alternance au méridien
horizontal ou vertical. c. Limites des lignes d'excentricité et des méridiens du champ visuel représentés en b. La zone gris
foncé n'est perçue que par un œil.
85
Vision binoculaire normale
86
1.4 Sensorialité de la vision binoculaire
87
Vision binoculaire normale
chat, montrent un changement du seuil d'innervation qui ○ neurones TF (Tuned Far) et TN (Tuned Near) avec une
est comparable à une adaptation psychophysique dans réponse maximale pour les disparités transversales
les expérimentations. Parmi les cellules binoculaires, on non croisées (TF) ou croisées (TN) de 3 à 30 minutes
détecte des effets rémanents sur l'œil non adapté (trans- d'arc ;
fert interoculaire : Jurcoane et al. [96, 97] ; pour les effets
rémanents du mouvement : Hammond et Mouat [61] ;
• neurones inhibiteurs pour une zone de disparité
étroite au niveau de l'horoptère : neurones TI (Tuned
pour l'abaissement du seuil : Maffei et al. [119]). Inhibitory), dont l'excitation avec des disparités infé-
rieures à 6 minutes d'arc en avant ou en arrière de l'ho-
Remarque roptère est supprimée au maximum ;
• neurones réciproques pour une plus grande zone de
La période sensible de développement et de consolidation disparités transversales croisées ou non croisées : neu-
de la sommation neuronale binoculaire est curieusement rones NE (Near) et neurones FA (Far) dont l'excitation
avec plus de deux ans nettement plus longue chez le singe est détectée sur une zone de disparité transversale de 1°
rhésus que la période sensible de l'amblyopie par privation ou plus, en avant ou en arrière de l'horoptère.
(un à deux ans [64]).
Les neurones stéréosensibles des groupes 1 et 3 réa-
gissent avec une inhibition variable lorsque les stimuli
Les cellules qui, pour une excitation maximale, exigent sont présentés dans une zone de disparité transversale en
une certaine disparité transversale des stimuli sont quali- dehors de leur spécificité. Le nombre de stéréoneurones,
fiées de « stéréosensibles » leur degré de disparité préférée ainsi que la taille et l'ex-
Pour les disparités statiques, on peut mettre en évi- centricité de leur champ récepteur augmentent de V1 à
dence différents types de neurones stéréosensibles dans V3. En V1, la proportion des différents types de cellules
le cortex visuel (V1-V5) parmi les cellules simples et les stéréosensitives est la même.
cellules complexes [45, 149] (figure 1.80) : Un autre groupe de neurones binoculaires s'avère être
insensible à la disparité transversale. Ces cellules sont
• neurones excitateurs pour une zone étroite de dispari-
tés (Tuned Excitatory) : appelées des neurones « plats » (FL, Flat Neurons) ; elles
ne réagissent en grande partie qu'à des stimuli corrélés.
○ neurones T0 (Tuned Zero) avec une réponse maximale
Elles pourraient constituer le substrat neuronal de la
pour des disparités transversales comprises entre 0 et
vision binoculaire bidimensionnelle et pour le transfert
3 minutes d'arc. Ce sont généralement des cellules
interoculaire [112]. Le rapport des cellules stéréosensibles
exclusivement binoculaires (binocular only cells),
par rapport aux neurones plats est estimé à 1:1 dans V1, à
c'est-à-dire qu'elles ne réagissent qu'en cas de stimu-
2:1 dans V2 et à 4:1 dans V3.
lation binoculaire simultanée ;
50 50
stimulation monoculaire. Si la ligne courbe
est située en dessous, la cellule est inhibée
25 25 pour chaque disparité correspondante
(neurones TN et NE ont des profils inversés
par rapport aux neurones TF et FA).
−0,5 0 0,5 −0,5 0 0,5 Représentation d'après les résultats chez un
singe éveillé [148].
FA TI
75 75
50 50
25 25
88
1.4 Sensorialité de la vision binoculaire
0
−0,2 −0,1 0 0,1 0,2
Remarque
Disparité (°)
Le nombre de neurones excitateurs et inhibiteurs pour une
aire de disparité étroite est le plus élevé dans la zone de Fig. 1.81 Fréquence des disparités optimales des stimuli
l'horoptère (pour le chat : Nikara et al. [129] ; pour le singe : des neurones T0 dans le champ visuel central chez le
Poggio et Fischer [147]). Devant et derrière l'horoptère, des singe (n = 80 en V1 et V2). Chaque barre représente la
neurones stéréosensibles sont de plus en plus rares. quantité des neurones dans des zones de disparités différentes.
Le diagramme montre que les neurones les plus fréquents
sont ceux qui sont le plus excités par des stimuli présentés sur
La fréquence des disparités optimales du stimulus est des points rétiniens correspondants, c'est-à-dire qui forment
donc statistiquement répartie autour de la disparité zéro le substrat neuronal de l'horoptère. Le nombre des neurones
dont les champs récepteurs (CR) montrent une disparité
(figure 1.81). La largeur d'une telle courbe de distribution
croisée (à droite) ou non croisée (à gauche) diminue avec
représente donc le corrélat de l'aire de Panum. Si la dis- l'augmentation de la disparité. La zone entre les disparités
parité transversale de l'image est supérieure à un certain maximales correspond psychophysiquement à l'aire de Panum.
degré, il n'y a plus assez des neurones stéréosensibles dis- La répartition des disparités des CR ressemble à une distribution
ponibles dans le cortex visuel pour permettre une fusion normale de Gauss (courbe en cloche de la distribution
sensorielle. Le stimulus est perçu deux fois, même s'il statistique normale). (La représentation repose sur les résultats
de Poggio et Fischer [146].)
reste encore un nombre réduit de neurones disponibles
qui répondent à la disparité donnée et transmettent une
idée vague de ce qui se trouve « devant » ou « derrière »
(perception stéréoscopique d'images doubles). Sur le
plan électrophysiologique, l'horoptère pourrait donc être des groupes de neurones fonctionnellement différents,
défini comme le lieu de stimulation dans l'espace exté- disposés de manière rétinotopique et spécialisés dans le
rieur qui stimule un nombre maximal de neurones bino- traitement des différentes composantes de l'image.
culaires corticaux [18]. Cela correspond à la définition L'augmentation moyenne de la taille des champs
de la fixation monoculaire également établie par Bishop. récepteurs dans la série des aires visuelles de V1-V5 et
L'œil est alors dirigé vers un point objet qui stimule un le couplage des « spécialistes » dans les différentes aires
maximum de champs récepteurs — donc également de via des « canaux », tels que le système magnocellulaire
neurones corticaux. Il est donc logique de supposer que et parvocellulaire, suggèrent que V1 traite la réception
la maximisation du nombre de neurones visuels excités des signaux et le pouvoir résolutif, et que les aires
représente un principe de base du contrôle de la position extrastriées traitent les fonctions cohérentes aboutissant
des yeux en mono- et en binoculaire [54]. La direction à une image [196, 197].
et l'ampleur des mouvements de vergence nécessaires Mais, on ignore encore comment, parmi les nom-
seraient alors déterminées par le profil d'excitation spéci- breuses synapses anatomiques, la perception de l'image
fique des différents détecteurs de disparité. de notre environnement est finalement réalisée. Des
En effet, il est possible de rompre la fusion d'images résultats récents indiquent que des groupes de neurones
à structure simple par une superposition de motifs com- séparés qui analysent un objet dans le champ visuel, syn-
plexes à points aléatoires, de sorte que l'objet fusionné chronisent leurs décharges pour former un ensemble
dans un premier temps apparaît double et que le motif à (aperçu dans [45]). Grâce à des différences de décharges
points aléatoires qui stimule beaucoup de neurones bino- temporelles, une délimitation d'un objet par rapport à
culaires est vu de manière binoculaire et simple [54]. son fond serait possible. Ce type de codage temporel peut
Les nombreux résultats individuels concernant la également être observé chez le chat pour les neurones de
fonction des différentes cellules du cortex visuel chez le l'œil droit et de l'œil gauche, qui analysent la même image
singe éveillé montrent que le système visuel des primates lorsqu'une vision binoculaire normale est présente. La
dispose de l'équipement permettant d'analyser tous les synchronisation est cependant absente chez des animaux
détails d'une image rétinienne. L'analyse s'effectue dans qui louchent.
89
Vision binoculaire normale
Le substrat morphologique de la synchronisation [21] Blakemore C, Campbell FW. On the existence of neurones in the
human visual system selectively sensitive to the orientation and size
dans le cortex visuel est constitué de fibres horizontales
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93
2.1 Terminologie et caractéristiques des différents troubles de l'oculomotricité
d'une croissance inégale de la rétine centrale par rapport ment progressif en adduction (abduction) de l'œil. Ces
à la rétine périphérique ou bien des déplacements d'aires termes purement descriptifs caractérisent les déviations
rétiniennes dans le cadre d'une dégénérescence macu- strabiques sans tenir compte de leur étiologie. Si l'étio-
laire qui se présentent fréquemment par la perception de logie est connue, on parle plutôt de parésie du IV ou de
métamorphopsies [32]. syndrome de Brown.
Si la fusion n'est pas en mesure de maintenir une vision Les modifications de l'angle horizontal en cas d'éléva-
binoculaire normale, il se manifeste une hétérotropie. Cette tion ou d'abaissement du regard sont regroupées sous le
perturbation manifeste de la vision binoculaire est soit nom de syndromes alphabétiques ou plus précisément
concomitante soit incomitante. Bien qu'il soit plutôt excep- d'incomitance en A ou V. Dans le cas d'une incomitance
tionnel qu'on retrouve dans toutes les directions du regard en A, la position convergente des axes visuels augmente
le même degré de déviation horizontale, verticale et cyclo- en élévation (ou bien la position divergente diminue).
rotatoire, le terme de strabisme concomitant s'est imposé Dans le cas d'une incomitance en V la convergence des
pour tous les troubles strabiques où chaque œil garde une axes visuels augmente (ou la position divergente dimi-
motilité normale. On parle de strabisme incomitant (stra- nue) dans le regard vers le bas.
bisme paralytique) lorsque la motilité oculaire est limitée. Pour exprimer la mesure quantitative d'un strabisme
La direction d'une déviation strabique est indiquée par vertical, en Allemagne, on utilise le terme de déviation
les préfixes éso- (en dedans), exo- (en dehors), hyper- (en verticale positive (DV +) si l'axe visuel de l'œil droit est
haut) ou hypo- (en bas). Si, dans des conditions binocu- orienté vers le haut par rapport à celui de l'œil gauche et
laires, il n'y a pas de déviation manifeste mais que la posi- vice versa ; on parle de déviation verticale négative (DV–)
tion de repos relative est différente par rapport à la position si l'axe visuel de l'œil droit est orienté vers le bas [3, 12, 14].
normale, on ajoute le suffixe -phorie. Le suffixe -tropie En France, on utilise plutôt les notations D/G ou G/D respec-
signifie que la déviation ne peut pas être corrigée par la tivement. Ces expressions ne contiennent aucune informa-
fusion [33]. Lorsqu'un œil tourne autour de l'axe visuel tion sur la latéralité de l'œil directeur alors que l'expression
après l'interruption de la fusion, il y a une cyclophorie. d'une hypotropie de l'œil droit implique que celui-ci est en
Dans une incyclophorie, la partie supérieure du méridien position strabique et que l'œil gauche est l'œil directeur.
vertical de l'œil s'incline en dedans ; dans une excyclopho- Cette notation est particulièrement judicieuse en cas d'in-
rie, il s'incline vers l'extérieur. Si une telle position oculaire comitance ; par exemple, un même patient peut avoir une
ne peut pas être fusionnée, il s'agit d'une excyclotropie ou hypotropie gauche de 8 Δ œil droit fixant mais une hyper-
d'une incyclotropie [1] (tableau 2.1) [6, 7, 33]. tropie droite de 15 Δ œil gauche fixant.
On parle d'un strabisme sursoaducteur (sursoabduc-
teur) en cas d'augmentation de l'élévation en adduction
(abduction) de l'œil. Par analogie, on parle de strabisme Remarque
déorsoadducteur (déorsoabducteur) en cas d'abaisse- Description d'un trouble de l'oculomotricité :
• champ de vision monoculaire ;
Tableau 2.1 Définition des différents axes oculaires. Les • angle strabique :
définitions différentes de l'axe visuel et de la ligne du regard ne o concomitance/incomitance de l'angle strabique ;
signifient pas que ces deux lignes divergent dans l'espace. En fait, o incomitance dans les différentes directions du regard ;
les différences sont négligeables [16]. o incomitance loin-près ;
Axes et Définition o incomitance selon l'œil fixant.
angles Estimation des conséquences d'un trouble de la
Axe Ligne entre le pôle antérieur et le pôle motilité :
anatomique postérieur • champ de vison fusionnel.
Précisément : droite tracée entre le centre de la
cornée et le centre de la courbure du segment
postérieur Les critères principaux de classification d'un trouble
Axe optique Ligne droite entre les centres de courbure des de la motilité sont le champ de vision monoculaire et
milieux réfractifs (dans un système centré) l'angle strabique dans les différentes directions du regard.
Axe visuel Ligne droite entre l'objet de fixation et la Le champ de vision monoculaire est l'ensemble des
fovéola excursions maximales qu'un œil peut atteindre dans les
Ligne du Ligne droite entre l'objet de fixation et le
différentes directions du regard, tandis que le champ de
regard centre de rotation vision binoculaire est le champ de vision dans lequel les
deux yeux peuvent voir simultanément en maintenant
Axe pupillaire Ligne droite entre le centre de la cornée et le
centre de la pupille une fixation fovéolaire. Le champ de vision fusionnel (ou
champ de fusion) est le champ de vision dans lequel une
Angle alpha Angle entre l'axe optique et la ligne du regard
vision binoculaire normale est maintenue par la fusion
Ange gamma Angle entre l'axe optique et l'axe visuel
horizontale, la fusion verticale et la cyclofusion. Il est déli-
Angle kappa Angle entre l'axe visuel et l'axe pupillaire mité non seulement par des paramètres moteurs, mais
98
2.1 Terminologie et caractéristiques des différents troubles de l'oculomotricité
également par des paramètres sensoriels. Une bonne verticale sont dans le même sens en cas de bilatéra-
capacité de fusion peut compenser un trouble moteur. lité. De même, la déviation verticale peut être minime
Le champ de vision fusionnel sert avant tout à évaluer et dans une limitation de l'extensibilité musculaire des
quantifier (par exemple, sans le cadre d'une expertise) les deux muscles droits inférieurs dans le cadre d'une
conséquences d'un trouble de la motilité. orbitopathie dysthyroïdienne bilatérale ;
3. Dans tous les strabismes, le champ de vision monocu- 2
laire de l'œil strabique est déplacé.
Remarque En cas d'ésotropie de l'œil droit, le muscle droit
La valeur d'un angle strabique est la résultante des médial, dans le regard à gauche, est activé en dehors de
forces de traction de plusieurs muscles. L'hyperfonction son arc de contact ou bien l'œil atteint la limite de son
d'un muscle oculaire ne signifie pas que ce muscle génère champ de vision monoculaire. La conséquence serait une
une force plus importante qu'un muscle normal, mais que réduction de l'angle dans le regard à gauche. Dans cette
sa force prédomine par rapport à ses antagonistes. Par direction du regard, on observe parfois uniquement un
analogie, le terme d'hypofonction ne décrit pas une mouvement de l'œil gauche sans mouvement correspon-
diminution de la force absolue, mais un effet réduit par dant de l'œil droit parce que celui-ci est déjà en adduction
rapport à ses antagonistes. maximale. De manière générale, on peut constater que
dans des angles strabiques très importants, la valeur de
la déviation diminue si un œil a atteint la limite de son
L'angle strabique seul ne fournit pas beaucoup d'in-
champ de vision monoculaire et que l'autre œil continue
formation par rapport à la fonction d'un muscle oculaire.
à se déplacer dans cette direction.
Ainsi, un angle convergent peut être le résultat d'une
parésie du muscle droit latéral, mais également représen-
ter la manifestation d'une contraction excessive du mus- Remarque
cle droit médial ou d'un déficit d'extensibilité musculaire
1. En cas de trouble d'un muscle oblique, le montant de
dans le cadre d'une orbitopathie dysthyroïdienne. Il est
la déviation verticale dépend de la déviation horizon-
également possible que tous les muscles horizontaux
tale. En cas de déviation horizontale simultanée,
soient paralysés mais que la paralysie d'un muscle droit
la déviation verticale en position primaire, liée
médial ne soit pas complète.
à un trouble d'un muscle oblique, ne fournit
Toutes les formes de strabisme présentent des carac-
aucune information diagnostique.
téristiques mécaniques communes :
2. En cas de troubles bilatéraux de l'oculomotricité, la
1. l'angle strabique est déterminé par la force de trac-
déviation horizontale et la déviation cyclorota-
tion relative de plusieurs muscles dans la direction
toire représentent la somme des troubles unilatéraux,
du regard correspondante. Étant donné que les mus-
tandis que la déviation verticale représente la diffé-
cles droits horizontaux ont un effet presque exclusi-
rence des limitations monoculaires.
vement horizontal sur la motilité oculaire, il n'est pas
3. Dans les directions extrêmes du regard, l'angle stra-
surprenant qu'un trouble moteur d'un tel muscle se
bique diminue par rapport à celui en position primaire.
manifeste par une déviation majoritairement hori-
zontale — avec cependant des exceptions comme le
syndrome de Duane (cf. section 4.2.5). En revanche, Les troubles dans lesquels la position des axes visuels
les muscles obliques présentent des fonctions diffé- est perturbée (strabisme), s'opposent à un groupe de
rentes en fonction de la direction du regard. En cas troubles de l'oculomotricité, où une position normale des
de trouble d'un muscle oblique, la déviation verti- axes visuels est préservée. À ce groupe appartiennent les
cale sera d'autant plus importante que l'œil sera en paralysies du regard (cf. partie 4) et plusieurs formes de
adduction alors que la déviation cyclorotatoire est nystagmus.
plus évidente en abduction. La déviation verticale et
la déviation cyclorotatoire sont ainsi essentiellement
déterminées par l'ampleur d'une déviation horizon- 2.1.2 Strabisme concomitant
tale concomitante ;
2. l'angle strabique horizontal est le résultat, en cas de
(ou strabisme non paralytique)
bilatéralité du même trouble moteur, de la somme Le strabisme concomitant est caractérisé par une préserva-
des dysfonctions au niveau des deux yeux. La dévia- tion de la force contractile de tous les muscles oculaires. L'œil
tion horizontale est par exemple plus importante dans strabique n'a pas de limitation de motilité [12]. Le champ
une paralysie bilatérale des n. VI que dans une paré- de vision monoculaire des deux yeux n'est généralement
sie unilatérale. Il en va de même pour les déviations pas limité. L'équilibre entre l'agoniste et l'antagoniste ne se
cyclorotatoires : l'excyclorotation est plus importante trouve cependant pas en position primaire mais dans une
en cas de parésie bilatérale des n. IV par rapport à une position déviée. On retrouve une déviation strabique qui ne
manifestation unilatérale. En revanche, la déviation change pas ou peu dans les différentes directions du regard.
verticale est plus faible car les atteintes de la motilité L'œil strabique « accompagne » l'œil directeur.
99
Troubles de la vision binoculaire
Par ailleurs, l'importance de l'angle strabique ne Parmi les troubles concomitants les plus fréquents des
dépend pas de l'œil fixateur. muscles obliques, on retrouve une décompensation d'un
trouble comme les parésies congénitales du n. IV qui sont
souvent associées à une hypoplasie ou une aplasie du
Remarque nerf et une anomalie d'insertion ou du tendon du muscle
Strabisme dit concomitant oblique supérieur. On retrouve également des troubles
• Stabilité de la déviation strabique dans la direction des muscles obliques comme symptôme associé à un
du champ d'action d'un muscle et dans la direction strabisme horizontal (par exemple, l'élévation en adduc-
opposée. tion dans le cadre d'une ésotropie précoce) dont l'étiolo-
• Identité entre la déviation strabique primaire et la dévia- gie est encore inconnue (cf. section 2.3).
tion strabique secondaire. L'angle de base d'un strabisme concomitant est l'angle
• Motilité oculaire normale. qui est mesuré lors de la dissociation de la vision bino-
• Champ de vision monoculaire non limité. culaire (par exemple, à l'examen sous écran alterné). Le
terme est surtout utilisé pour décrire l'angle horizontal,
qui est mesuré en cas de correction complète sous disso-
Dans le cas d'un strabisme horizontal concomitant,
ciation en vision de loin. À cet angle de base se superpo-
l'angle strabique n'est pas soumis à des grandes variations
sent d'autres angles en fonction de la direction du regard
dans la totalité du champ de vision utile car les muscles
(par exemple, l'élévation en adduction), en fonction de la
oculaires impliqués dans le strabisme présentent une
distance de fixation ou de l'accommodation (par exemple,
fonction identique dans tout le champ de vision. En cas de
excès de convergence) ou du moment de la mesure. Des
strabisme horizontal, le terme strabisme concomitant est
modifications de l'angle en fonction de la distance de la
justifié. Le caractère concomitant n'est modifié que par
vision (ou de l'effort accommodatif) sont appelées excès
les modifications de l'angle strabique à la périphérie du
de vergence ou insuffisance de vergence. Le terme stra-
champ de vision qui ont été mentionnées ci-dessus.
bisme cyclique décrit des strabismes qui se manifestent
Le strabisme vertical concomitant dans le cas de
selon un certain rythme régulier (strabisme nycthéméral
trouble non paralytique des muscles droits verticaux est
si le cycle est de 24 heures). Un strabisme intermittent
caractérisé par une déviation verticale dite associée, sans
décrit une hétérotropie qui se manifeste de temps en
déviation cyclotorsionelle associée.
temps avec des mécanismes sensoriels de compensation,
L'aspect d'un trouble non paralytique des muscles
alors qu'une phorie qui décompense est régulièrement
obliques est un peu plus complexe. En adduction, on
associée à une diplopie dans la phase manifeste.
retrouve normalement une déviation verticale impor-
L'angle minime décrit la déviation la plus petite jamais
tante associée à une déviation cyclorotatoire moins
visible. Il est mesuré sans dissociation (par exemple, aux
importante, alors qu'en adduction la déviation torsionelle
reflets cornéens ou à l'examen sous écran unilatéral).
est majorée avec une diminution de la déviation verticale.
L'angle variable [17] décrit la particularité que certains
Ces formes de strabisme démontrent leur caractère
strabismes montrent des variations considérables dans
concomitant par le fait qu'en adduction de l'œil non
les mêmes conditions d'examens à différents moments.
directeur, la déviation verticale ne change pas ou peu
L'angle de base et l'angle variable constituent l'angle
en élévation ou en abaissement du regard. Pour faire la
maximal La notion d'un angle statique n'est pas claire.
distinction par rapport à une paralysie acquise avec une
Ce terme est parfois utilisé comme synonyme de l'angle
limitation de l'oculomotricité, on a créé le terme de stra-
de base ou bien pour décrire la partie d'un angle strabique
bisme sursoadducteur et strabisme déorsoadducteur.
qui n'est pas soumise à des variations temporelles.
Ces termes purement descriptifs ne contiennent aucune
Les termes de strabisme périodique et dynamique
information sur l'étiologie du trouble.
désignent des pathologies différentes [12, 34], ne sont pas
clairs et ne devraient plus être utilisés.
Remarque
La distinction d'un trouble concomitant par rapport
à un trouble incomitant au niveau des muscles
obliques s'effectue au mieux en comparant la déviation
verticale en adduction de l'œil atteint, dans le regard en
haut par rapport au regard en bas.
100
2.1 Terminologie et caractéristiques des différents troubles de l'oculomotricité
2.1.3 Strabisme incomitant Dans une parésie d'un muscle, l'angle strabique est
déterminé par l'ampleur du déficit fonctionnel dans la
(strabisme parétique, strabisme direction du champ d'action de ce muscle, et correspond
paralytique) donc à une copie négative de la force musculaire dans
cette direction. La tension musculaire de l'antagoniste va
Le terme de strabisme paralytique est utilisé pour décrire
une baisse de fonction d'un ou de plusieurs muscles ocu-
tourner le globe jusqu'à ce que les forces de rappel viscoé- 2
lastiques et la force résiduelle du muscle atteint forment
laires. La conséquence la plus évidente est une réduction
un nouvel équilibre avec cette tension.
du champ de vision monoculaire. Dans une paralysie
Dans une paralysie aiguë d'un muscle, on mesure
aiguë d'un muscle droit, l'excursion du globe au-delà de
une déviation strabique d'environ 10° en position pri-
la position primaire n'est pas possible. Une deuxième
maire [28]. L'angle strabique augmente dans le champ
conséquence est un angle strabique qui se majore dans
d'action du muscle paralysé jusqu'à 50° et disparaît dans
le champ d'action du muscle atteint et qui diminue
la direction opposée. En raison des modifications secon-
ou disparaît en direction du champ d'action de l'anta-
daires des tissus conjonctifs, l'angle strabique augmente
goniste. Ce qui est également typique est la différence
pendant des mois suite à la survenue de la paralysie.
entre l'angle strabique primaire et l'angle strabique
secondaire (cf. section 4.2), qui est bien évidente pour
les déviations horizontales et verticales [1], mais serait Remarque
absente dans les déviations cyclorotatoires [2].
En cas de parésie bilatérale des muscles oculaires, la dévia-
On trouve aussi souvent les caractéristiques suivantes :
tion horizontale et la déviation cyclorotatoire s'ajoutent,
• trouble de la localisation égocentrique ; mais la déviation verticale est la différence des limitations
• diplopie typique ; des motricités unilatérales.
• torticolis. Une parésie bilatérale du n. VI présente un angle
L'origine d'un strabisme paralytique est souvent neu- strabique nettement plus important qu'une parésie unila-
rogène. On parle alors de paralysie du n. trochléaire, du térale. Cependant, une parésie du n. IV unilatérale a une
n. oculomoteur ou du n. abducens, ou alors, on appelle déviation verticale plus importante qu'une parésie bila-
la paralysie en fonction du chiffre du nerf crânien respon- térale. Ce qui est typique d'une parésie bilatérale des
sable. Une atteinte complète est appelée paralysie, une n. IV est une excyclotropie importante, l'incomitance en V
atteinte incomplète parésie. Un strabisme paralytique et une déviation verticale minime.
peut avoir une origine mécanique, par exemple dans le
cadre d'une maladie primitive des muscles oculaires Le champ de vision monoculaire limité et l'angle stra-
(parésie myogène), du tendon ou d'une fracture de l'or- bique (figure 2.1) entraînent un torticolis, qui compense la
bite (cf. section 4.1). limitation de l'oculomotricité ou réduit la diplopie, le tor-
ticolis est adopté pour maintenir une vision binoculaire.
Remarque
Strabisme incomitant (strabisme paralytique) Remarque
• Augmentation de l'angle strabique dans une direction Un torticolis se met en place pour orienter la tête
du regard et diminution dans la direction du regard dans la direction dans laquelle le muscle paralysé
opposée. est censé tourner le globe oculaire. La position de
• Différence entre l'angle strabique primaire et l'angle tête compense la limitation de l'oculomotricité.
strabique secondaire.
• Limitation de la motilité oculaire (du champ de vision
monoculaire). Si des déviations horizontales, verticales et cycliques
En cas de parésie des muscles oculomoteurs sont présentes simultanément, le torticolis évite surtout
droits, la diminution du champ visuel monoculaire est la composante la plus difficile à fusionner.
toujours évidente ; en cas de parésie des muscles obliques, En cas de paralysie du n. IV du côté droit, on retrouve
la faible diminution du champ de vision monoculaire n'est l'inclinaison typique de la tête vers l'épaule gauche.
parfois par retenue à cause de la dominance des muscles
droits verticaux pour l'élévation et l'abaissement du regard.
101
Troubles de la vision binoculaire
Fig. 2.1 Torticolis pour la prise de fixation. La patiente atteinte d'une parésie bilatérale des n. VI est incapable de fixer sans tourner
la tête. Une vision binoculaire n'est possible dans aucune direction du regard. La prise de fixation avec un œil n'est possible qu'avec une
rotation importante de la tête, augmentant la déviation de l'autre œil par rapport à la position normale.
102
2.1 Terminologie et caractéristiques des différents troubles de l'oculomotricité
Fig. 2.3 Patiente présentant un syndrome de Duane en divergence du côté droit. À noter la déviation verticale de l'œil atteint :
hypotropie lors de la tentative d'adduction en dessous de la ligne horizontale et hypertropie lors de la tentative d'adduction au-dessus
de la ligne horizontale, respectivement marquées par des lignes rouges.
103
Troubles de la vision binoculaire
[8] Fink WH. Surgery of the oblique Muscles of the Eye. St. Louis: Mosby ;
1951. 2.2 Hétérophorie
[9] Fink WH. Surgery of the vertical Muscles of the Eye. 2nd ed. Spring-
field: Charles C Thomas ; 1962.
et asthénopie
[10] Gobin MH. Sagittalization of the oblique muscles as a possible cause
for the „A“, „V“, and „X“ Phenomena. Brit J Ophthalmol 1968 ;52:13.
G. Kommerell, W. Rüssmann
[11] Graefe A. Symptomenlehre der Augenmuskellähmungen. Berlin:
Peters ; 1867.
[12] Graefe A. Motilitätsstörungen. In: Graefe-Saemisch. Handbuch der
2.2.1 Introduction
gesamten Augenheilkunde. 2. Aufl. Bd. VIII, Kap. XI ; 1898. N'est-il pas étonnant que la plupart des gens utilisent les
[13] Helveston EM, Krach D, Plager DA, et al. A new classification of supe- deux yeux simultanément sans loucher ?
rior oblique palsy based, on congenital variations in the tendon. Oph-
thalmology 1992 ;99:1609–15.
Problématique : Les yeux doivent converger précisé-
[14] Hering E. Über die Rollung des Auges um die Gesichtslinie. A von Grae- ment pour fixer une cible, quelle que soit la distance de
fes Arch Klin Exp Ophthalmol 1869 ;15(1. Abt):1. fixation et quelle que soit la position du regard à droite, à
[15] Hofmann FB, Bielschowsky A. Über die der Willkür entzoge- gauche, en haut ou en bas. C'est grâce à la présence d'un
nen Fusionsbewegungen der Augen. Pflügers Arch Ges Physiol
circuit de réglage qui contrôle la fusion que le cerveau
1900 ;80:1–40.
[16] Hofmann FB. Die Lehre vom Raumsinn. IV: Augenbewegungen. In:
est capable de gérer cette tâche. Si la position de vergence
Graefe-Saemisch. Handbuch der gesamten Augenheilkunde. 2. Aufl. qui correspond à une certaine distance de fixation n'est
Bd. III, Kap. VIII ; 1920/1925. plus maintenue, le cerveau enregistre cette disparité : les
[17] Javal E. Manuel du Strabisme. Paris: Masson ; 1896. images des deux yeux ne sont plus représentées sur des
[18] Jonkers GH, Vader J, Weil HJ. Ergebnisse der orthoptischen Behandlung
points rétiniens correspondants. Le cerveau envoie alors
von dekompensierten Phorien. Klin Mbl Augenheilk 1960 ;136:449.
[19] Kaufmann H, Kolling G, Hartwig H. Das Retraktionssyndrom von Stil- un signal correctif aux muscles extraoculaires jusqu'à ce
ling- Türk-Duane. Klin Monatsbl Augenhk 1981 ;178:110–5. que les yeux regagnent la position de vergence qui corres-
[20] Krüger KE. Physiologische und methodische Grundlagen der Pleoptik pond à la nouvelle distance de fixation. Dans ce circuit de
und Orthoptik. Leipzig: VEB Thieme ; 1972.
réglage de fusion la disparité agit comme un signal d'er-
[21] Lang J. Strabologische Terminologie und Informatik. Klin Mbl Augen-
heilkd 1985 ;186:231.
reur, le cerveau en tant que régulateur et les muscles
[22] Lang J. Strabismus. 3. Aufl. Bern: Huber ; 1986. extraoculaires sont les effecteurs. Dans un auto-essai,
[23] Liesch A, Simonsz HJ, Török B. What causes up- and downshoot in on peut s'assurer de l'efficacité de ce circuit de réglage
adduction. In: Kaufmann H, editor. Transact 20th Meeting Europ Stra- de fusion en regardant à travers un prisme (de préférence
bismolog Ass Brussels ; 1992. p. 23.
en base temporale). La diplopie initialement aperçue
[24] Maddox EE. Die Motilitätsstörungen des Auges. Autorisierte deutsche
Ausgabe von Asher W. Leipzig: Deichert ; 1902. ne dure qu'un bref instant. Les deux images se super-
[25] Manley RR, editor. Symposium, on horizontal ocular Deviations. St. posent rapidement par un mouvement correcteur des
Louis: Mosby ; 1971. yeux.
[26] Von Noorden GK, Campos EC. Binocular Vision and ocular Motility. 6th
Si un œil est couvert, il n'est plus indispensable de
ed. St. Louis: Mosby ; 2005.
[27] Ruete CGT. Lehrbuch der Ophthalmologie. Braunschweig: Vieweg ;
maintenir cette position de vergence précise qui corres-
1853. pond à un point de fixation spécifique en vision de loin.
[28] Scott AB. Extraocular Muscle Forces in Strabismus. In: Bach-Y-Rita P, Le circuit de réglage qui contrôle la fusion ne fonctionnera
Collins CC, editors. The Control of Eye Movements. New York: Acade- plus car il lui manque le signal d'erreur de disparité.
mic Press ; 1971. p. 327.
En conséquence, la position de (con)vergence ocu-
[29] Scott AB. Höhenschielen, ausgelöst durch Horizontal-Muskeln. In:
Kommerell G, editor. Augenbewegungsstörungen. München: Berg-
laire varie un peu chez beaucoup de personnes. Cette
mann ; 1978. p. 97. déviation qui en résulte par rapport à la position idéale
[30] Simonsz HJ. The Mechanics of Sqint Surgery. Habil-Schrift Giessen. (position ortho) est appelée un strabisme latent ou une
Paris: C.E.R.E.S ; 1990. hétérophorie. Chez la plupart des gens, l'hétérophorie
[31] Simonsz HJ, Reckert I, Török B. Längen-Spannungs-Messungen von
est inférieure à 3°. Ceci est dû au fait que la position de
Obliqui bei Schieloperationen zur Differenzierung von Trochlearis-
Paresen und Strabismus sursoadductorius. Klin Monatsbl Augenheilk convergence pendant la vision naturelle est constam-
1992 ;200:414. ment recalibrée. Après une interruption du circuit de
[32] Steffen H, Krügel Z, Holz FG, et al. Erworbene vertikale Diplopie bei réglage fusionnel, le cerveau « se souvient » encore pen-
Makuladystrophie als Modell für obligate Fixationsdisparität. Oph-
dant une certaine période du montant de l'innervation
thalmologe 1996 ;93:383–6.
[33] Stevens GT. Die Anomalien der Augenmuskeln. 1.Teil: Archiv für
qu'il a dû envoyer aux muscles oculomoteurs pendant la
Augenheilkunde. 18 ; 1888. p. 445–58 [Übersetzung von Beselin A). vision naturelle.
2.Teil: Archiv für Augenheilkunde 1890 ;21:325–336 (Übersetzung On peut très bien démontrer ce processus de calibra-
von Beselin A]. tion du système de vergence dans un deuxième auto-essai.
[34] Worth C. Das Schielen. (Autorisierte deutsche Ausgabe von Oppenhei-
On porte un prisme pendant environ cinq minutes —
mer EH.). Berlin: Springer ; 1905. NB : La terminologie strabologique
s'est développée depuis le xixe siècle et peut être assumée sans la le prisme ne doit pas être trop fort, afin qu'on puisse
connaissance de la littérature classique à ce sujet. C'est pourquoi la facilement compenser la disparité et fusionner sans voir
bibliographie contient également des publications qui ont influencé le double. Si l'on mesure l'hétérophorie avant et après le
développement de la terminologie sans être discutées dans le texte. port du prisme, on constate que l'hétérophorie qui a été
104
2.2 Hétérophorie et asthénopie
105
Troubles de la vision binoculaire
Hétérophorie dissociée
Remarque
Pendant l'examen, on dissocie les deux yeux sur le plan
L'orthophorie est — surtout en vision de près — plutôt un
sensoriel, ce qui est réalisé en présentant deux images
état idéal qu'un état normal. Des études statistiques (Tait,
complètement différentes, par exemple un petit optotype
1951 [2]) ont clairement démontré qu'une hétérophorie
à un œil et la surface homogène d'un cache d'occlusion
est présente dans 70 à 80 % de la population normale.
ou un point lumineux vu à travers un verre rouge foncé
Une hétérophorie est rarement associée à des troubles
à l'autre œil. Si on trouve une différence entre la posi-
visuels [9].
tion ortho et celle qu'on obtient après l'interruption de
la fusion, on parle d'hétérophorie dissociée — à ne pas
confondre avec un strabisme dissocié dans lequel le côté 2.2.4 Classification
moteur est dissocié mais pas la stimulation visuelle.
Les hétérophories peuvent être classifiées selon les cri-
tères les suivants (tableau 2.2) :
Hétérophorie associée • en fonction de la direction de la déviation ;
Une disparité de fixation peut indiquer une hétéropho-
• en fonction de la direction du regard ;
rie associée. L'importance de l'hétérophorie associée ne
• en fonction de la distance de fixation.
dépend pas de l'importance de la disparité de fixation
mais de l'importance du prisme qu'on doit utiliser pour 2.2.5 Étiologie et pathophysiologie
la neutraliser (cf. infra, « Mesure de disparité de fixation »
La cause d'une hétérophorie est inconnue. On évoque des
et figure 2.8).
facteurs mécano-anatomiques, accommodatifs et neu-
Au lieu du terme hétérophorie, on utilise alternative-
rogènes. Les facteurs mécano-anatomiques jouent plutôt
ment le terme de strabisme latent. L'absence d'hétéro-
un rôle mineur. En effet, ni un déplacement mécanique du
phorie est appelée orthophorie.
globe (par exemple, par une mucocèle du sinus frontal),
106
2.2 Hétérophorie et asthénopie
abc
Commande d’accommodation
2
Verres −
Image Image nette
+
floue
a a Rapprochement
b b
c c + Image en
Image simple
CFS Prisme − disparité
Commande de vergence
3,4,6
CFM
a b
Fig. 2.6 Système de contrôle neurovisuel. a. Circuit de contrôle de la fusion. Des objets situés sur un horoptère (abc) sont
projetés au niveau du fond d'œil sur des points rétiniens correspondants. L'information visuelle est transmise par les voies visuelles au
centre de fusion sensorielle (CFS) où les erreurs de vergence (= disparités d'images) sont analysées et transmises au centre de fusion
motrice (CFM). Le CFM génère une commande de correction qui est transmise aux noyaux et aux nerfs crâniens (n. III, IV et VI) puis
aux muscles oculomoteurs qui vont déclencher un mouvement de vergence fusionnel. Ce dernier neutralisera la disparité d'images.
b. Contrôle de l'accommodation et de la fusion. Une image floue liée à une hypermétropie, un rapprochement d'objets ou
l'interposition des verres négatifs vont activer l'accommodation (partie supérieure de la figure), jusqu'à ce que l'image devienne nette.
En parallèle de l'activation de l'accommodation, la convergence est stimulée (partie inférieure de la figure). Un éloignement de l'objet,
l'interposition des verres positifs induisent une réaction inverse avec une réduction de l'accommodation et de la convergence. Une
disparité d'images (diplopie) par interposition d'un prisme ou une erreur de position oculaire vont activer le système de vergence afin de
produire un mouvement oculaire (convergence ou divergence fusionnelle) (partie inférieure de la figure).
ni une intervention chirurgicale au niveau des muscles Chez des sujets orthophoriques, une disparité de fixa-
extraoculaires ou de leur gaine (par un cerclage ou une tion peut être induite avec des prismes :
opération de Kestenbaum) ne peuvent induire une hété- • des prismes base temporale induisent une exodisparité ;
rophorie. Apparemment, le tonus de base des muscles • des prismes base nasale induisent une ésodisparité.
extraoculaires peut s'adapter de façon à éviter l'appari- Avec une orientation verticale de la base prismatique,
tion d'une phorie. on peut induire une hypo- ou une hyperdisparité. Si on
Il y a beaucoup d'arguments indiquant qu'une hétéro- note l'importance du prisme utilisé en abscisses (à droite
phorie est l'expression d'une adaptation insuffisante du avec base temporale et à gauche avec base nasale) et la
circuit de contrôle sensori-moteur (figure 2.6). disparité de fixation en ordonnées (ésodisparité en haut
et exodisparité en bas), on obtient une courbe de dispa-
rité de fixation (figure 2.8). Les interruptions de la courbe
2.2.6 Hétérophorie et disparité de disparité de fixation indiquent le montant prismatique
de fixation à partir duquel le sujet perçoit l'image du fond (qui est
présentée en binoculaire) comme double ou avec une
Hofmann et Bielschowsky ont supposé que le montant de
suppression d'une ligne de l'échelle de vernier. L'exten-
la fusion motrice était inférieur au montant du décalage
sion horizontale (la longueur) de la courbe correspond à
des objets haploscopiques. Ogle a appelé ce phénomène
l'amplitude de la fusion motrice, l'extension verticale (la
« fixation disparity » (disparité de fixation) [17].
hauteur) de la courbe correspond à la capacité d'intégrer
des différences d'images dans la vision binoculaire sans
Mesure de la disparité de fixation diplopie ou exclusion.
107
Troubles de la vision binoculaire
Hétérophorie et couplage
de l'accomodation-convergence
Le couplage de l'accommodation et de la convergence se b
manifeste de la façon suivante (figure 2.6b).
L'accommodation, stimulée par le rapprochement Fig. 2.7 Mesure de la disparité de fixation. Les deux yeux
d'un objet ou l'interposition des verres négatifs, induit fixent à travers d'un haploscope les traits d'un vernier. Chaque
œil voit un des traits. La présentation de ces lignes de vernier se
une augmentation de la convergence accommodative.
fait sur un fond visible en binoculaire (représenté par le cadre
Une réduction d'accommodation si l'objet fixé s'éloigne
rectangulaire). a. Des sujets orthophoriques positionnent la
ou par interposition de verres positifs induit une baisse ligne supérieure du vernier (visible uniquement par l'œil droit)
de convergence accommodative. de façon qu'elle se retrouve non seulement subjectivement mais
aussi objectivement exactement au-dessus de la ligne inférieure
du vernier (exclusivement visible par l'œil gauche) : Il n'y a pas
2.2.7 Troubles asthénopiques de disparité de fixation. b. En cas de disparité de fixation, le
patient déplace la ligne supérieure (uniquement visible avec l'œil
Dans le diagnostic et les mesures thérapeutiques d'une
droit), jusqu'à ce qu'elle soit aperçue par le centre de la rétine
hétérophorie, il faut valoriser : de l'œil droit, afin d'obtenir l'impression, que la ligne supérieure
• les plaintes d'un patient ; du vernier se trouve exactement au-dessus de la ligne inférieure
• son état général ; (vue par l'œil gauche). L'examinateur est en mesure de lire
• le résultat de l'examen clinique ; directement au niveau du décalage des deux traits du vernier la
direction et l'importance de la disparité de fixation. Des sujets
• la réfraction ; ésophoriques montrent souvent une ésodisparité. Des sujets
• le comportement accommodatif ; exophoriques ont souvent une exodisparité de fixation.
• la déviation de la position ortho après interruption de la
fusion ;
• la pouvoir fusionnel moteur et sensoriel. Ces plaintes ne sont pas obligatoirement provoquées
Les patients avec une hétérophorie se plaignent fré-
par un trouble oculaire.
quemment de sensations d'inconfort. Il s'agit essentielle-
Dans une situation concrète, il est presque impossible
ment des symptômes suivants :
d'établir un lien causal entre les plaintes d'un patient et la
• malaise général ; présence d'une hétérophorie. Il faut toujours évaluer les
• fatigabilité rapide ; probabilités d'une telle association.
• céphalées ; Il ne faut pas oublier que bien des maladies non oculaires
• diplopie intermittente ; peuvent être à l'origine d'un malaise général, d'une fatigabi-
• vision floue. lité rapide et des céphalées. Une endurance réduite pendant
108
2.2 Hétérophorie et asthénopie
un travail de près ou pendant des changements de fixation liée à cette nouvelle activité ou bien des tensions avec des
répétés ou une diplopie intermittente peuvent indiquer une nouveaux collaborateurs.
hétérophorie symptomatique. Une vision floue associée à
un examen clinique normal fait penser à un trouble accom-
modatif (en dehors de la presbytie habituelle). Des douleurs Remarque
ou sensations de brûlures dans la région oculaire, y compris On parle de troubles asthénopiques ou d'asthéno-
une photophobie, sont plutôt liées à une conjonctivite, un pie, si un lien avec un dysfonctionnement oculaire est
iritis ou un trouble glaucomateux. probable. Des troubles dus à un changement structurel
de la morphologie oculaire ne sont pas compris dans cette
définition.
Remarque
Pour le diagnostic, il est d'une importance primor-
Souvent, on établit rétrospectivement un lien de cau-
diale de savoir à quel moment de la journée les troubles
salité si les troubles d'un patient se sont améliorés après
se manifestent et quels sont les facteurs aggravants.
traitement, par exemple après avoir porté des nouvelles
lunettes (avec ou sans prismes) ou après des séances
Pour un dysfonctionnement oculaire, il est typique de rééducation orthoptique. Malheureusement cette
que la gêne ne se manifeste pas le matin au réveil et s'ag- épreuve thérapeutique n'est pas très exacte. Les troubles
grave au fur et à mesure de la journée. Des signes sur- d'un patient peuvent s'améliorer avec une attitude com-
venant lors d'activités qui sollicitent une vision précise préhensive et bienveillante du thérapeute. Le phénomène
pendant des périodes prolongées peuvent orienter vers de la « régression vers la moyenne » doit également être
un dysfonctionnement oculaire. Il est important d'envi- pris en considération : l'intensité des troubles change
sager d'autres explications aux troubles du patient. Par spontanément chez beaucoup de patients. Des céphalées
exemple, une gêne globale avec un inconfort visuel qui se peuvent survenir de manière intense pendant certaines
manifeste dans le cadre d'une nouvelle activité devant un périodes, alors que pendant d'autres journées elles sont
écran d'ordinateur peut être provoquée par une surcharge nettement moins dérangeantes. Les patients demandent
109
Troubles de la vision binoculaire
110
2.2 Hétérophorie et asthénopie
Fig. 2.9 Diagnostic différentiel de l'asthénopie. CRA : correspondance rétinienne anormale, CRN : correspondance rétinienne
normale, VBSN : Vision binoculaire subnormale ;
111
Troubles de la vision binoculaire
Des anomalies dans le rapport de la convergence rer une vision binoculaire simple, les patients s'aident en
accommodative sur l'accommodation (rapport CA/C) se utilisant leur convergence accommodative. Ceci entraîne
manifestent comme : une accommodation inappropriée qui peut créer une « pseu-
• un excès de convergence : l'ésophorie de près est plus domyopie » [15]. La mesure thérapeutique adéquate n'est
importante que l'ésophorie de loin ; pas des verres négatifs mais des prismes base nasale.
• un excès de divergence : l'exophorie de loin est plus
importante que l'exophorie de près ;
• une insuffisance de convergence : l'exophorie de près Compensation d'une ésophorie
est plus importante que l'exophorie de loin ;
par diminution de l'accommodation
• une insuffisance de divergence : l'ésophorie de loin est
plus importante que l'ésophorie de près. Pour favoriser une meilleure vision binoculaire, ces
Dans la population normale domine un rapport CA/C patients acceptent de voir flou de près. Des prismes
de 3 à 5 cm/m de convergence accommodative par diop- base nasale ou une addition de près sont les traitements
trie (1/m) d'accommodation. Ceci est nettement moins recommandés.
que les valeurs théoriques idéales qui sont d'un ordre On peut facilement confondre ces patients avec ceux
de 5 à 7 cm/m pour chaque dioptrie. Cela signifie que la qui souffrent d'une hypoaccommodation juvénile.
majorité des sujets est atteinte d'une exophorie de près
qui doit être neutralisée par la convergence fusionnelle.
Un trouble dans le mécanisme d'accommodation/ Hypoaccommodation juvénile
convergence peut également se manifester si une exo- ou Un premier signe évocateur serait l'observation d'un
une ésophorie doivent être compensées. patient utilisant une distance de lecture particulièrement
éloignée pour son âge. Si l'examinateur rapproche l'échelle
Compensation d'une exophorie de lecture le patient recule sa tête ou essaye à résister au
rapprochement du test. Pour pouvoir poser le diagnostic de
par la convergence accommodative l'absence d'une accommodation correspondant à l'âge, il
Quelques patients avec une exophorie voient flou en binocu- est important d'exclure une hypermétropie latente ou une
laire en vision de loin, en monoculaire la vision est beaucoup myopie surcorrigée, avec une réfraction sous cycloplégie.
plus nette. Dans un tel contexte, la convergence fusionnelle Avec le test d'addition de près (figure 2.10a), on exa-
n'est pas suffisante pour neutraliser l'exophorie. Pour assu- mine l'effet d'une interposition de verres positifs sur la
Hypermétropie
ou faiblesse
d’accommodation
Exophorie, corrigée
de manière agréable
a
Test d’occlusion
Bien-être pendant et immédiatement
après une occlusion de 2 ou 3 jours
Fusion binoculaire
fatiguante
c b
Fig. 2.10 Trois tests pour s'orienter vis-à-vis d'un trouble asthénopique A. Test d'addition. B. Test au prisme de 2 ou 4 Δ (base
temporale, nasale, supérieure, inférieure). C. Occlusion diagnostique.
112
2.2 Hétérophorie et asthénopie
distance de lecture, la qualité de lecture, le travail de près Indépendamment, une variabilité de l'hétérophorie
ou sur écran. est inhérente car le circuit de contrôle de la fusion n'est
Il est plus précis d'estimer le besoin d'addition avec pas fonctionnel dans des conditions de vision artifi-
la mesure de l'accommodation relative. Cet examen est cielle [9, 20].
effectué au réfracteur. Le patient regarde en binoculaire
avec sa correction (de loin) des optotypes présentés en 2
vision de près. Ces optotypes sont un peu plus grands par Remarque
rapport à ce que son acuité visuelle lui permettrait de lire. L'hétérophorie comme source de troubles visuels ne
Ensuite, on estime le besoin d'addition en fonction de dépend pas de son amplitude. Des personnes avec une
l'âge du patient et de la distance de lecture, qu'on rajoute hétérophorie dont la déviation est importante (jusqu'à
à la correction de loin. Puis, on additionne des verres posi- 15 cm/m) ne ressentent aucune gêne, alors que d'autres
tifs de 0,25 d en 0,25 d pour soulager l'accommodation avec une hétérophorie bien plus modérée sont très
jusqu'à ce que le patient voie flou. Cette valeur réfractive perturbées.
est notée comme « rajout maximal ». Ensuite, on réduit
également par pas de 0,25 d la correction pour stimuler
Il a déjà été évoqué dans la section 2.2.7 que pour un
l'accommodation jusqu'à ce que le patient indique une
patient individuel, il est impossible de déterminer avec
vision floue. Cette valeur est notée comme « rajout mini-
certitude si ses troubles sont déclenchés par une hétéro-
mal ». Le besoin probable de l'addition est la moyenne du
phorie associée. Il y a cependant des indices évocateurs.
rajout maximal et du rajout minimal.
Un lien de causalité est probable si les points suivants
Chez des enfants, il est recommandé de rajouter à cette
existent :
procédure subjective une skiascopie objective en myosis.
On positionne un petit objet de fixation en proximité du • aucune pathologie qui pourrait être à l'origine de
troubles similaires n'est présente ;
skiascope ou on le colle directement sur le skiascope. Une
illumination complète de la pupille indique que l'œil du • la correction d'une amétropie et la neutralisation d'un
déficit d'accommodation n'éliminent pas les troubles ;
patient est entièrement focalisé sur l'objet de fixation. Ce
« point neutre » doit être visé de manière approximative, • une occlusion diagnostique montre un résultat typique ;
car les troubles du patient doivent être traités avec la cor- • une correction prismatique testée dans un essai pro-
longé a nettement réduit la gêne.
rection la plus faible possible permettant de continuer à
On obtient uniquement une impression fiable, si on
entraîner l'accommodation.
évite de poser des questions suggestives. Des questions
alternatives sont plus appropriées pour atteindre l'ob-
jectif (question exemplaire : « Est-ce que cette option est
2.2.8 Mesure et interprétation meilleure ou moins bonne que la précédente ? »)
de l'hétérophorie
Les moyens de mesure qui sont utilisés comme base
pour tout traitement prismatique sont expliqués dans Test du prisme de 2 ou 4 dioptries
la section 2.2.9. Une première notion sur l'importance Dans un contexte de déviation combinée, il est conseillé
de la déviation latente est obtenue avec l'examen sous de mesurer dans un premier temps la déviation verticale
écran alterné. Cet examen devrait être effectué dans des avec un examen sous écran alterné et de la neutrali-
conditions de fixation appropriées au loin et au près qui ser avec des prismes. On demande dans des conditions
stimulent l'accommodation en fonction de la distance de regard naturel, si la vision est plus agréable avec un
choisie. Pour la vision de loin, on choisit des petits opto- prisme de 2 ou 4 dioptries prismatiques (Δ) à base tempo-
types. Dans les appareils pour tester la vision de près rale, nasale, supérieure, inférieure. Ce test est utile pour
(Reiner, Osterberg) des petits optotypes sont rajoutés aux évaluer des déviations horizontales et/ou verticales.
images présentées, dont on peut demander la lecture. On commence avec un prisme de 2 ou 4 dioptries en
Une cyclophorie peut être mesurée avec les cylindres vision de loin. Le patient fixe en binoculaire des petits
de Maddox et la lumière de fixation à la croix de Maddox optotypes qu'il arrive à bien voir. Sa correction de loin
ou bien avec un verre rouge foncé et la ligne lumineuse à est intégrée dans une monture d'essai (éventuellement
la paroi tangentielle de Harms. en utilisant un prisme vertical, la monture d'essai est
On obtient des valeurs comparables uniquement si plus pratique que le synoptophore afin de pouvoir obser-
on utilise à chaque rendez-vous de contrôle la même ver plus aisément la région oculaire et l'expression du
méthode avec les mêmes conditions d'examens. En l'oc- patient). Puis, on positionne un prisme de 2 Δ dans un
currence, il faut respecter pour un examen : premier temps à base temporale, puis à base nasale, supé-
• la distance de vision ; rieure et inférieure pour une durée de 2 secondes devant
• les conditions de luminosité ; l'œil dominé. Le patient doit indiquer si son confort visuel
• l'heure du jour. s'améliore avec une de ces alternatives. Si le patient est
113
Troubles de la vision binoculaire
indécis, on répète la même procédure encore une fois. L'occlusion diagnostique ne devrait pas être prescrite
Ensuite, on répète l'examen avec le prisme devant l'œil pour plusieurs jours sans bonne raison. Elle est incon-
dominant. Finalement, on refait l'examen en utilisant un fortable pour le patient, peut interférer avec son travail,
prisme avec une puissance de 4 Δ. réduit son aptitude pour la conduite et, en fin de compte,
Les différentes orientations du prisme doivent être peut aboutir à une décompensation d'une vision binocu-
interposées de manière brève pour éviter toute adapta- laire instable avec perception de diplopie permanente.
tion prismatique qui pourrait perturber l'interprétation L'interprétation après une occlusion prolongée peut
des résultats. être difficile, car elle peut entraîner des déviations dont
En fonction du trouble du patient, on procède avec ce il ne faudrait pas tenir compte pour la prise en charge
test pour la distance de lecture ou devant un écran. Le du patient. Pour toutes ces raisons, des auteurs recom-
test du prisme de 2 ou 4 Δ révèle si un patient avec une mandent une occlusion maximale de 24 heures. Si la
hétérophorie a une préférence pour une certaine valeur. réfraction et les essais prismatiques permettent un diag
Avec les orientations différentes du prisme présentées au nostic concluant, une occlusion diagnostique n'est plus
patient, il est possible de relever des effets placebo. indiquée.
Le prisme préféré est intégré dans la monture d'es-
sai en répartissant la valeur prismatique sur les deux
côtés. Ensuite, on réduit à l'aide d'une barre de prismes
2.2.9 Correction d'une
la valeur prismatique, puis on la réaugmente pendant hétérophorie avec des prismes
que le patient évalue la netteté de l'image et s'exprime
La méthode idéale pour déterminer les mesures et cor-
par rapport à une gêne potentielle comme une pression
rections d'une hétérophorie est l'objet de multiples
oculaire ou une sensation de tension. Encore une fois
publications depuis des années. La diversité de mesures
les différentes alternatives doivent être présentées de
diagnostiques, thérapeutiques et les approches psycho-
manière courte (2 secondes) pour éviter toute adaptation
logiques y compris les problèmes pratiques d'une cor-
prismatique. On obtient comme résultat de cet examen
rection sont un défi pour ophtalmologistes, orthoptistes,
un prisme d'essai qui doit être porté par le patient avant
opticiens et optométristes [5].
une prescription définitive.
Dans la coopération de ces professions différentes,
l'ophtalmologie joue un rôle important.
Occlusion diagnostique Chaque ophtalmologiste devrait connaître les bases
d'une correction prismatique et d'une hétérophorie.
Dans l'occlusion diagnostique, l'œil dominant est occlus
Si, après avoir effectué les mesures diagnostiques
avec un patch pendant plusieurs heures ou jours. Immé-
ci-dessus, on peut estimer que les troubles d'un patient
diatement après le retrait du patch (en évitant toute
sont déclenchés par son hétérophorie, il faut vérifier si
vision binoculaire) l'hétérophorie est mesurée. En fonc-
d'autres mesures (en dehors d'une correction prisma-
tion de la durée de l'occlusion les mesures sont instables
tique) sont à conseiller comme une intervention ou des
pendant quelques minutes. Il est conseillé de répéter la
exercices orthoptiques (cf. section 2.2.10). Si ce n'est pas
mesure après 3 minutes avant de continuer avec les essais
le cas, on peut procéder au traitement prismatique.
prismatiques.
Un traitement avec des prismes est initié avec des
Les informations données par le patient après le retrait
mesures qui interfèrent le moins possible avec la vision
du patch sont parfois plus révélatrices que la mesure de
binoculaire. Dans la suite nous discutons :
l'hétérophorie (figure 2.10c). Chaque patient avec une
vision binoculaire non altérée ressent une occlusion d'un • la mesure de l'hétérophorie dissociée avec l'examen
sous écran alterné, les cylindres de Maddox, le verre
œil comme gênante. Paradoxalement, certains patients
rouge foncé ou le test de Schober ;
avec une hétérophorie, qui pourraient profiter d'une
correction prismatique, préfèrent la gêne provoquée par • la mesure de l'hétérophorie associée avec le test de
Mallet ;
l'hétérophorie à la gêne liée à une occlusion.
• la mesure et méthode de correction de H.-J. Haase
(MCH) ;
Remarque • le prisme auto-choisi.
Quelques patients indiquent que la vision en monoculaire
était désagréable, mais que les troubles ont diminué ou Remarque
ont même disparu après l'occlusion diagnostique. D'autres
Toutes les mesures sous-entendent que le patient porte sa
patients ressentent le retour à la vision binoculaire comme
correction de loin ET de près. On doit également vérifier
particulièrement stressante.
qu'il y a une fixation centrée des deux côtés et qu'un stra-
Dans ces deux circonstances, il y a une certaine pro-
bisme manifeste (surtout un microstrabisme) a été exclu
babilité que les problèmes du patient soient dus à son
avec l'examen sous écran unilatéral.
hétérophorie.
114
2.2 Hétérophorie et asthénopie
Méthode pour la détermination (Le diagramme de la figure 3.40 de la section 3.3.4 per-
met un calcul plus précis.)
du prisme
Pour la mesure d'une hétérophorie horizontale, les
Hétérophorie dissocié cylindres de Maddox sont orientés en horizontal (=
ligne lumineuse verticale) ; pour la mesure d'une pho-
Examen sous écran alterné rie verticale l'orientation des cylindres est verticale (= 2
ligne lumineuse horizontale). Si la ligne lumineuse qui
Matériels d'examen – Monture d'essai, écran d'occlusion,
est objectivement verticale ou horizontale est ressentie
prismes simples, règle de prismes, objets de fixation qui
comme oblique, il y a une cyclophorie. Dans cette situa-
stimulent l'accommodation.
tion, il faut orienter les cylindres de Maddox afin que la
Pour la vision de loin et de près (et éventuellement pour
ligne soit ressentie par le patient comme étant verticale
des distances intermédiaires), on utilise des objets de fixa-
ou horizontale. La déviation torsionnelle peut directe-
tion qui stimulent l'accommodation (optotypes, échelle de
ment être lue sur l'échelle TABO de la monture d'essai.
lecture, bandes dessinées, autres). On mesure au loin dans
Les cyclophories peuvent également être quantifiées avec
la direction principale du regard, au près à la distance de
le verre rouge foncé à la paroi tangentielle, si la lumière
lecture ou de travail. On estime l'importance de la déviation
de fixation est transformée en une ligne lumineuse. Pour
phorique avec l'examen sous écran alterné puis on rajoute —
toute autre explication : cf. tableau 2.3.
en continuant d'alterner l'écran — des prismes devant l'œil
non dominant. La valeur du prisme est modifiée jusqu'à ce
que les mouvements de redressement soient complètement
Test de Schober
neutralisés. Si on découvre une combinaison de déviations
horizontales et verticales, il faut interposer simultanément Matériels d'examen – Monture d'essai avec verres rouges
des prismes horizontaux et verticaux. Si les mouvements et verts, test de Schober à 5 mètres de distance.
de redressement sont neutralisés avec les prismes, on retire Une croix rouge et deux anneaux concentriques de
l'occlusion et on demande au patient si la diplopie per- couleur verte sont regardés à travers des lunettes rouge/
siste et s'il trouve que le prisme actuel est confortable. On vert. Si le verre rouge se trouve devant l'œil droit et le verre
peut continuer à adapter la quantité prismatique en cas de vert devant l'œil gauche, l'œil droit voit la croix et l'œil
besoin. Il n'est pas possible de neutraliser des cyclophories gauche les anneaux. Pour l'essai prismatique, on diminue
avec des prismes. Pour continuer : cf. tableau 2.3. les valeurs obtenues pour l'hétérophorie dissociée, il est
recommandé de réduire les valeurs prismatiques pour
une ésodéviation à 2/3, pour une exodéviation à 1/3 et
Échelle tangentielle avec cylindres pour une déviation verticale à 4/5.
de Maddox ou verre rouge foncé
Matériels d'examen – Monture d'essai, verre rouge foncé,
Hétérophorie associée
cylindres de Maddox, ou paroi tangentielle pour 2,5 mètres,
échelles adaptées pour appareils en vision de près. Matériels d'examen – Monture d'essai, possibilité de
Le verre rouge foncé ou les cylindres de Maddox sont polarisation, test de Mallett.
interposés devant l'œil fixant. Le patient doit localiser sur L'hétérophorie associée est mesurée en augmentant
une échelle tangentielle le point rouge (verre rouge foncé) les prismes jusqu'à ce qu'une disparité de fixation, mesu-
ou la ligne rouge (cylindres de Maddox). L'hétérophorie rée avec des objets présentés en monoculaire, disparaisse
est directement lue sur l'échelle en degrés et approxima- (figure 2.8). À l'exception de ces objets présentés en
tivement transformée en dioptries selon la formule : monoculaire, les deux yeux regardent des figures iden-
1 degré (°) = 2 dioptries prismatiques (cm/m). tiques. Dans les deux tests de Ogle et de Mallet des lignes
Tableau 2.3
Méthode À mesurer Choisir comme valeur pour port
prismatique
Hétérophorie Eso- + DV Excyclo- Eso- + DV
Exo- − DV Incyclo- Exo- − DV
Test à l'écran alternant oui oui non
Croix de Maddox, verre rouge foncé oui oui non
Croix de Maddox, cyclindres de Maddox oui oui oui Pour Eso 2/3 4/%
Paroi tangentielle de Harms verre rouge oui oui oui Pour Exo 1/3 à 1/2
foncé
Test de Schober oui oui non
115
Troubles de la vision binoculaire
T G F C T F D T G F C T F D T G F C T F D
P D R L P D R L P D R L
E O P T L N E E O P T L N E E O P T L N E
Water Cresses are sold in small bunches. Water Cresses are sold in small bunches. Water Cresses are sold in small bunches.
one penny each. or three bunches for one penny each. or three bunches for one penny each. or three bunches for
twopence. The crier, of Water Cresses twopence. The crier, of Water Cresses twopence. The crier, of Water Cresses
frequently travels seven or eight miles frequently travels seven or eight miles frequently travels seven or eight miles
before the hour of breakfast to before the hour of breakfast to before the hour of breakfast to
gather them fresh: but there gather them fresh: but there gather them fresh: but there
is generally a pretty good is generally a pretty good is generally a pretty good
supply of them in Covent supply of them in Covent supply of them in Covent
Garden market. brought, along Garden market. brought, along Garden market. brought, along
with other vegetables, from the gardens with other vegetables, from the gardens with other vegetables, from the gardens
adjacent to Metropolis, where they are adjacent to Metropolis, where they are adjacent to Metropolis, where they are
planted and cultivated like other garden planted and cultivated like other garden planted and cultivated like other garden
s t u f f. Th e y a r e h o w e v e r, f r o m t h i s s t u f f. Th e y a r e h o w e v e r, f r o m t h i s s t u f f. Th e y a r e h o w e v e r, f r o m t h i s
circumstance, very inferior from those circumstance, very inferior from those circumstance, very inferior from those
Fig. 2.11 Test de Ogle (en haut) et test de Mallett (en bas) pour la mesure de l'hétérophorie associée. Pour le test de Mallett,
les traits de vernier sont des tests polarisés croisés rétroéclairés. Le patient les fixe avec des lunettes polarisées. L'œil gauche ne voit
que la ligne de vernier du bas, l'œil droit uniquement celle du haut. Le reste (O X O, cadre, texte) est illuminé par devant et présenté
aux deux yeux. Une disparité de fixation est présente si le patient estime que les deux traits de vernier ne sont pas exactement l'un
au-dessus de l'autre. Le prisme qui permet de percevoir les deux traits parfaitement alignés est appelé prisme de neutralisation.
Sa valeur correspond à l'hétérophorie associée. Le test de Ogle qui est rarement utilisé aujourd'hui a été conçu pour un projecteur
haploscopique.
d'une échelle de vernier sont utilisées comme objets pré- est éliminée. La valeur de ce prisme de neutralisation cor-
sentés en monoculaire (figure 2.11). respond à l'hétérophorie associée.
C'est Ogle qui a introduit la notion de l'hétérophorie Le résultat de ce test dépend de la qualité des instruc-
associée. Son test n'est plus fréquemment utilisé, car il tions et des consignes données au patient pour réaliser
se sert uniquement d'objets de fixation positionnés en ce test. Le patient obtient une fusion fovéale de la figure
paracentral. Le test de Mallett, connu dans les pays anglo- centrale O X O uniquement s'il fixe le X. Pendant cette
saxons et peu en France, présente non seulement un objet fixation, le patient est censé apprécier les lignes de ver-
de fixation en forme de X au centre mais simultanément nier en position paracentrale. Par contre, si l'examinateur
deux objets en forme de O à droite et à gauche du X demande au patient de « bien regarder la position de ces
(O X O). Ceci crée une situation visuelle qui ressemble aux lignes de vernier », il y a un risque considérable que le
conditions naturelles. Par contre, on ne peut pas déduire patient fixe ces lignes (pour pouvoir répondre à la ques-
qu'une disparité de fixation mesurée avec le test de Mal- tion). En conséquence la figure O X O sera localisée dans
lett est également présente en fixant un objet qui peut une région paracentrale où la fusion maculaire est réduite.
être intégralement fusionné. Le fait de présenter les lignes
de vernier en monoculaire interfère avec ce qu'on voit en
binoculaire : les lignes de vernier affaiblissent la fusion, Méthode de mesures et de corrections
ce qui fait que les yeux ont tendance à regagner la posi- selon H.-J. Haase (MCH) et l'hétérophorie
tion d'hétérophorie, mais si peu que les tests binoculaires
angulaire
ne sont pas vus double. La non-superposition des lignes
de vernier traduit cette tendance oculaire à regagner la Matériels d'examen – Monture d'essai avec moyen de
position hétérophorique. On peut maintenant augmenter polarisation et appareil de mesure contenant le Polatest.
la correction prismatique jusqu'à ce qu'il y ait une super- Le Polatest y compris ses variantes (Polatest Classic,
position des lignes de vernier. Avec ce prisme de neutrali- Polatest N Classic, Polatest E) est un appareil de mesure
sation, la tendance à regagner la position hétérophorique de l'acuité visuelle qui contient des échelles de vision qui
116
2.2 Hétérophorie et asthénopie
117
Troubles de la vision binoculaire
également pas pu être confirmé. Au contraire, l'acuité sté- la verticalité et de le placer dans la monture d'essai avant
réoscopique peut être très bonne même chez des sujets de procéder à un nouvel essai pour la déviation horizon-
avec une prévalence oculaire [10]. tale. Au lieu d'utiliser une barre de prismes, on peut égale
La MCH est une méthode critiquable pour les raisons ment se servir d'un compensateur de prismes à force
suivantes : variable qui a l'avantage de pouvoir augmenter ou dimi-
• la mesure de la disparité de fixation ne fournit pas de nuer la puissance prismatique sans intervalle.
résultats qui correspondent à la position oculaire dans Comment peut-on expliquer qu'un patient mesure
des conditions visuelles naturelles [6, 7, 18] ; son hétérophorie pendant qu'il est à la recherche du
• les résultats peuvent être partiellement expliqués par le prisme le plus confortable ? La raison est que son circuit
phénomène de rivalité binoculaire [13] ; qui contrôle la fusion n'est pas sollicité. Lors la mesure
• test de valence : la prévalence oculaire est un phéno- de l'hétérophorie dissociée, il semble évident que la
mène normal. Les prismes introduits dans la méthode boucle de contrôle de la fusion n'est pas active. En effet,
MCH n'induisent pas de changement de la prévalence il n'y a pas de présentation d'objets à fusionner puisqu'un
oculaire. La perception différente d'une stéréodisparité œil est couvert. En revanche, il semble moins évident que
croisée par rapport à une stéréodisparité non croisée n'a le circuit n'est pas actif pendant la recherche du prisme.
aucune signification [8] ; Normalement, la tâche de ce circuit est d'adapter une
• une prévalence oculaire ne réduit pas l'acuité visuelle certaine position de vergence à une certaine distance
stéréoscopique, et les prismes prescrits d'après la MCH de fixation et de la stabiliser. Lors de la recherche du
ne l'améliorent pas [10, 12]. prisme le plus confortable, la fusion est toujours sollici-
La MCH n'est pas efficace pour les microstrabismes tée, mais chaque tendance de la vergence à se relâcher
convergents [11]. Elle a été développée dans le but de dans une certaine direction — que ce soit en éso ou en
déterminer une correction prismatique dans des condi- exo — est neutralisée avec le changement de puissance
tions visuelles les plus naturelles. Elle voulait surtout évi- du prisme interposé. Donc le patient annule continuelle-
ter la différence d'images au niveau des deux yeux qui est ment le signal d'erreur du circuit fusionnel. Si la vergence
tolérée dans la mesure de l'hétérophorie dissociée. Une ne montre plus aucune tendance à se relâcher dans une
correction prismatique en fonction du test de valence certaine direction, le patient ne « jouera » plus avec ses
semblait plus prometteuse car, dans le test de valence, prismes, car ses yeux auront atteint la position de ver-
on ne retrouve pas d'objets présentés en monoculaire gence qui correspond à son hétérophorie.
comme les lignes de vernier dans le test d'Ogle ou le test L'avantage de l'auto-choix du prisme par rapport à
de Mallett. Malheureusement la prévalence d'un œil — ou la mesure de l'hétérophorie dissociée ou associée ainsi
la sous-prévalence de l'autre — n'a pas de valeur prédic- que les tests utilisés dans le cadre de la MCH, est que cet
tive d'une erreur latente dans le contrôle des vergences. auto-choix se dispense de tout objet présenté en mono-
Le résultat de la MCH est défini comme une hétérophorie culaire. Cela signifie que des différences entre les deux
angulaire. Son diagnostic ne justifie pas la prescription de images ne sont pas en mesure d'exercer une influence sur
lunettes prismatiques. la vergence. L'auto-choix du prisme est en principe une
extension de la procédure du test de 2 ou 4 Δ préférée par
Mühlendyck et al. [15].
L'auto-choix du prisme
Matériel d'examen – Monture d'essai, compensateur de Remarque
prismes ou barres de prismes, espace visuel naturel avec
L'angle hétérophorique peut spontanément changer.
beaucoup de détails visuels.
L'auto-choix du prisme permet une mesure d'hétéro-
phorie dans des conditions de vision naturelles [9, 19, 20]. L'angle hétérophorique est sujet à des fluctuations
Pour cette raison, cette méthode est préférée aux autres considérables chez une même personne, indépendam-
comme base d'une prescription prismatique. ment du choix de la méthode. Des mesures répétées
Pour l'auto-choix du prisme, il est conseillé de choisir montrent parfois des différences de 20 cm/m et plus.
un objet visuel et une activité dans laquelle les troubles Même un passage spontané d'une éso- en une exophorie
asthénopiques sont particulièrement présents. Un et vice versa est possible [8]. On ne peut pas attribuer une
exemple serait de donner un livre au patient ou le posi- seule valeur hétérophorique « véritable » à une personne.
tionner devant un écran d'ordinateur. On lui donne une Les fluctuations des valeurs hétérophoriques ne sont pas
barre de prismes avec laquelle, il peut essayer de trouver surprenantes étant donné que le circuit de la fusion est
le prisme qui lui semble le plus confortable. Normale- non actif puisque sa raison d'être est de stabiliser la posi-
ment, un patient se décide en une vingtaine de secondes tion de vergence pour un certain angle.
pour une certaine valeur prismatique. Si le patient est Puisqu'on ne peut pas être sûr de trouver le « bon »
simultanément atteint d'une déviation verticale et hori- prisme avec une seule mesure, il est conseillé de répé-
zontale, il est conseillé de trouver d'abord le prisme pour ter l'examen plusieurs fois. Si possible, on ne devrait pas
118
2.2 Hétérophorie et asthénopie