LANGUES ET GRAMMAIRES DU MONDE
DANS L’ESPACE FRANCOPHONE
ALAIN KIHM
(CNRS – UNIVERSITE PARIS-CITE)
LE DANOIS
(dansk)
[Quelques contrastes pertinents pour l’acquisition du
français langue seconde par des locuteurs du danois]
LGMEF
Le projet Langues et Grammaires du Monde dans l’Espace Francophone propose :
o un SITE INTERNET (http://lgidf.cnrs.fr/) conçu par des linguistes, des didacticiens et des
professionnels de l’Éducation nationale contenant des informations linguistiques sur diverses
langues parlées dans l’espace francophone, des descriptions scientifiques des propriétés
linguistiques, phonologiques et grammaticales, une histoire et un lexique traduits et
enregistrés dans toutes les langues étudiées, des jeux linguistiques, des ressources
bibliographiques pour chaque langue et des liens conduisant à d’autres sites pertinents
o des FICHES-LANGUES qui présentent une description contrastive et les particularités spécifiques
de chaque langue pour les professionnels francophones en charge de publics allophones.
o le documentaire LANGUES PREMIERES qui fait témoigner des spécialistes, des professeurs
d’Unités Pédagogiques pour Elèves Allophones Arrivants et des formateurs linguistiques des
ateliers Ouvrir l’Ecole aux Parents pour la Réussite des Enfants sur le plurilinguisme
o des rencontres FRANÇAIS ET LANGUES DU MONDE invitant à découvrir et entendre des
conférences, des projets menés et des outils pédagogiques autour du plurilinguisme
PRÉSENTATION
Le danois est la langue première des quelques six millions de Danois continentaux. Au Groenland il est
langue seconde après le groenlandais (eskimo-aléoute) ; et deuxième langue officielle aux Îles Féroé
avec le féroïen (scandinave). Membre du groupe scandinave des langues germaniques, il est proche du
suédois et du norvégien, avec lesquels il entretient une intercompréhension plus ou moins limitée. Sa
littérature est riche (Andersen, Kierkegaard, Karen Blixen, etc.) ainsi que son cinéma (Dreyer pour
n’en citer qu’un). Le Danemark produit d’excellentes séries télévisées (p.ex. Borgen ‘Le château’).
ÉLÉMENTS DE PHONOLOGIE
L’accent tonique, bien marqué, tombe ordinairement sur la première syllabe. A l’exception des nasales,
toutes les voyelles du français ont de proches correspondants en danois, y compris les antérieures
arrondies [y] (ex : lytte [ˈlytə] ‘écouter’), [ø] (ex : øl [øl] ‘bière’) et [œ] (ex : høns [ˈhœnʔs]
‘volaille’)). Les voyelles danoises sont brèves ou longues : hat [hat] ‘chapeau’/bade [ˈpaːðə] ‘se
baigner’ ; liter [ˈlitɐ] ‘litre’/bide [ˈpiːðə] ‘mordre’ ; fedt [fet] ‘gras’/mere [ˈmeːʁə] ‘plus’ ; let [lɛt] ‘léger’.
Seules les voyelles accentuées peuvent être longues. Une grande différence avec le français, et source
possible de difficulté, est qu’il n’existe pas, en danois, d’opposition entre consonnes voisées (sonores)
et non voisées (sourdes). Pour les occlusives, l’opposition est entre non voisées aspirées [p h], [th], [kh]
(écrites p, t, k) et non voisées non aspirées [p], [t], [k] (écrites b, d, g) : cf. pude [ˈphuːðə] vs. bonde
[ˈponə]. Elle n’est sensible qu’à l’initiale des mots ; à l’intérieur et en finale, on n’entend que des non
aspirées. On prendra garde en outre à ce que [p], [t], [k] danois ne sont pas tout à fait identiques à
[p], [t], [k] français : prononcées de façon plus relâchée, ce sont en fait des sonores dévoisées. Après
voyelle, [t] et [k] se spirantisent : cf. byde [ˈpyːðə], mad [mað] ‘nourriture’, où [ð] se prononce à peu
près comme le th de l’anglais this ; [k] devient [ɣ], assez proche du [ʁ] français : kage [khaːɣə]
‘gâteau’. Le r danois ressemble lui aussi au r français prononcé [ʁ], sauf en finale où il s’amuït :
comparez danois liter [ˈlitɐ] et anglais britannique litre [ˈliːtə]. La sifflante [s] (s ou ss pour indiquer que
la voyelle précédente est brève) est toujours sourde. Le coup de glotte (stød, [ʔ]) est une spécialité
danoise. Ainsi, fugl ‘oiseau’ se prononce [fuʔ(u)l], la voyelle allongée et interrompue dans sa phonation
par une fermeture des cordes vocales, avec éventuellement un léger écho à la réouverture. Le stød ne
s’entend que dans les monosyllabes. L’orthographe danoise est assez éloignée de la prononciation, bien
moins toutefois que la française.
ÉLÉMENTS DE GRAMMAIRE
1. Le nom, le pronom, l’adjectif et le groupe nominal
Les noms danois se répartissent entre deux genres : commun (issu de la fusion du masculin et du
féminin) et neutre. Comme en français, le seul indice toujours fiable du genre des noms est la forme
des déterminants associés. Nul doute que l’apprentissage des genres du français ne pose un problème.
L’article indéfini singulier (pas de pluriel) commun est en [ən] : en kvinde ([ˈkvenə]) ‘une femme’, en
dreng ‘un garçon’, en sko ‘une chaussure’ ; le neutre est et : et barn ‘un enfant’, et hus ‘une maison’ ;
les articles définis correspondants sont les suffixes -(e)n et -(e)t au singulier, -(e)ne au pluriel pour les
deux genres : kvinden ‘la femme’, drengen ‘le garçon’, skoen ‘la chaussure’, barnet ‘l’enfant’ ;
kvinderne ‘les femmes’, drengene ‘les garçons’, skoene ‘les chaussures’, børnene ‘les enfants’. A moins
que le nom ne soit précédé d’un adjectif, auquel cas les suffixes sont remplacés par des articles
préposés : den [dən] unge kvinde ‘la jeune femme’, det [de] unge barn ‘le jeune enfant’, de [di] unge
drenge ‘les jeunes garçons’. Le pluriel se forme de plusieurs façons : suffixe -er (kvinder ‘des femmes’),
-e (drenge ‘des garçons’), modification du radical (børn ‘des enfants’), rien (sko ‘des chaussures’).
Les adjectifs se fléchissent en degré (comparatif et superlatif), définitude, nombre et genre. Pour le
comparatif/superlatif, suffixer -ere et -est : tyk ‘épais’, tykkere ‘plus épais’, tykkest ‘le plus épais’ — ou
employer mere ‘plus’ et mest ‘le plus’ avec les adjectifs longs ou empruntés : mere /mest henrivende
‘(le) plus délicieux’, mere / mest intelligent ‘(le) plus intelligent’. Comme en français (et en anglais),
certains adjectifs danois ont une flexion irrégulière au comparatif et superlatif : p.ex. gammel ‘vieux’,
ældre ‘plus vieux’ (anglais older), ældst ‘le plus vieux’ (anglais oldest) ; god ‘bon’, bedre ‘meilleur’
(anglais better), bedst (anglais best), etc. Devant un nom défini et/ou pluriel, l’adjectif prend -e : cf. ci-
dessus et unge kvinder ‘des jeunes femmes’. Devant un indéfini singulier, suffixer -t si le nom est
neutre, rien autrement : et tykt ben ‘un os épais’, en ung kvinde ‘une jeune femme’. Les adjectifs
attributs suivent les mêmes règles : Kvinderne er unge ‘Les femmes sont jeunes’, Benet er tykt ‘L’os
est épais’, Benene er tyk ‘Les os sont épais’.
Dans les constructions possessives, le possesseur, marqué d’un suffixe -s attaché au dernier mot du
syntagme, précède le possédé (1a, b). Il existe aussi une construction prépositionnelle semblable à
celle du français (1c) :
DANOIS FRANÇAIS
(1) a. husets tag (1) a’ le toit de la maison
maison-GEN toit
(1) b. huset, jeg købtes tag (1) b’ le toit de la maison que j’ai achetée
maison-DEF.SG.NT je ai-acheté-GEN toit
(1) c. taget på huset (1) c’ le toit de la maison
toit- DEF.SG.NT de maison-DEF.SG.NT
Accentués, les articles préposés den, det, de, suivis ou non de her ‘ici’, servent de démonstratifs : den
bog ‘ce livre-là’, den her bog ‘ce livre-ci’.
Un exemple de proposition relative se découvre en (1b) : huset, (som) jeg købte ‘la maison que j’ai
achetée’. Quant l’antécédent est comme ici l’objet direct, la conjonction som ‘que’ est communément
omise (cf. anglais the house I bought). Avec un antécédent sujet, som peut être remplacé par der, ni
l’un ni l’autre omissibles : huset som/der brændte ‘la maison qui a brûlé’. Noter aussi huset, hvis [ves]
tag man kan se {maison-la dont toit on peut voir} ‘la maison dont on peut voir le toit’.
Les pronoms personnels sujets sont dans l’ordre : 1sg jeg [jaɪ], 2sg du ~ De (poli), 3sg han (homme)
/ hun (femme) / den (non-humain, commun) /det (non-humain, neutre), 1pl vi, 2pl i ~ De (poli), 3pl
de [ti] ; les objets 1sg mig [maɪ] ~ me, 2sg dig [taɪ] ~ Dem (poli), 3sg ham (homme) / hende [ˈhenə]
(femme) / den (non-humain, commun) /det (non-humain, neutre), 1pl os, 2pl jer ~ Dem (poli), 3pl
dem. Le danois ne distingue pas formellement les pronoms possessifs (type ‘le mien’) des
déterminants possessifs (type ‘mon’) : min bog ‘mon livre’, den bog er min ‘ce livre est à moi’.
Tableau des possessifs danois :
PERS 1sg 2sg 3sg (réfl) 3sg (non réfléchi) 1pl 2pl 3pl
SG min/mit din/dit sin/sit hans/hendes/dens/dets vores jeres deres
PL mine dine sine
Les possessifs 1sg, 2sg et 3sg réfléchi s’accordent en genre et nombre : mit hus (neutre) ‘ma maison’,
mine bøger ‘mes livres’. Les possessifs 3sg non réfléchis, 1pl, 2pl et 3pl ne s’accordent pas. Leur s final
est le suffixe génitif vu en (1a-b). Le possessif réfléchi 3sg doit renvoyer au sujet singulier de la
proposition : Han solgte [sɔlte] sine bøger ‘Il a vendu ses (propres) livres’ ; mais, avec le non réfléchi,
Han solgte henes bøger ‘Il a vendu ses livres (à elle)’. Si le sujet est pluriel, on utilise deres : De
solgte deres hus ‘Elles/Ils ont vendu leur maison (la leur ou d’autrui)’. Les pronoms interrogatifs sont
hvem [vɛmʔ] ‘qui ?’, hvad [va] ‘quoi ?’, hvis ‘de/à qui ?’ (cf. 3.3).
2. Le verbe
On distingue formes finies et non finies. Les premières se conjuguent en temps, mode et voix. Les
temps sont le présent (valant aussi futur), le prétérit (valant imparfait et passé simple), le futur, le
parfait (passé composé) et le plus-que-parfait. Les modes sont l’indicatif, l’impératif et le subjonctif,
les voix l’actif et le passif. Les formes non finies sont l’infinitif, le participe passé et le participe
présent. Le verbe danois ne s’accorde pas avec son sujet. Le présent se forme en ajoutant /r/ à
l’infinitif : købe ‘acheter’, jeg køber ‘j’achète’, du køber ‘tu achètes’, etc. La formation du prétérit
dépend de la classe du verbe, faible ou fort. Si faible, suffixer -te ou -ede : jeg købte ‘j’achetai(s)’ ;
jeg levede [ˈleːvəðə] ‘je vivais/vécus’ (choix assez imprévisible) ; si le verbe est « fort », changer la
voyelle du radical de l’infinitif et du présent : hjælpe ‘aider’, jeg hjalp [jalp] ‘j’aidai(s)’, se ‘voir’, jeg så
‘je voyais/vis’. Comme en anglais, le changement vocalique varie selon les verbes. Være ‘être’ est
irrégulier : présent er, prétérit var. Il n’existe pas de « vrai » futur en danois. Dans les périphrases où
l’infinitif est précédé des auxiliaires skulle et ville, ceux-ci conservent le plus souvent quelque chose de
leurs sens modaux ‘devoir’ et ‘vouloir’ : Jeg skal komme i morgen {je AUX venir dans demain} ‘Je
viendrai demain (c’est sûr)’, Han vil ikke gå i dag {il AUX NEG aller aujourd’hui} ‘Il ne partira pas
aujourd’hui (il n’en a pas l’intention)’. Le présent (Jeg kommer i morgen ‘Je viens demain’, Han går
ikke i dag ‘Il ne part pas aujourd’hui’) suffit à dire la même chose de façon plus neutre. Le parfait et le
plus-que-parfait sont formellement semblables au français : participe passé précédé de l’auxiliaire
have ‘avoir’ ou være ‘être’, celui-ci surtout pour les verbes de mouvement : jeg har køpt ‘j’ai acheté’,
jeg havde køpt ‘j’avais acheté’, jeg er kommet ‘je suis venu’, jeg var kommet ‘j’étais venu’. Mais,
pour le sens, le danois est plus proche du français classique (ou de l’anglais) : le parfait fait référence
à des états de fait qui, commencés dans le passé, se continuent jusqu’au présent, s’opposant ainsi au
prétérit qui renvoie à des états de fait révolus. L’impératif a pour forme le radical nu (l’infinitif moins -
e) : køb ! ‘achète !’, kom ! ‘viens’. Le subjonctif, identique à l’infinitif, ne s’emploie plus que dans
quelques locutions figées comme Fred være med dig ‘Que la paix soit avec toi’ ou le
ou le bien utile velbekomme ‘je vous en prie’. Le passif connaît deux formes, l’une, analytique,
semblable au français : auxiliaire blive ‘devenir’ ou være ‘être’ suivi du participe passé ; l’autre,
synthétique, suffixant -s à l’infinitif, au présent ou au prétérit : Det hus kan købes ‘Cette maison peut
être achetée/s’acheter’, Det hus bliver købt ‘Cette maison sera achetée’, Det hus var købt ‘Cette
maison a été achetée’. La forme synthétique, plutôt littéraire, est réservée aux énoncés à portée
générale ; l’analytique, plus commune, aux énoncés particuliers. Parmi les formes non finies, on a vu
l’infinitif et le participe passé. Le participe présent suffixe -ende [enə] au radical : købende ‘(en)
achetant’, kommende ‘(en) venant’, etc. La négation de prédicat est ikke [ekə]. Elle suit le verbe fini,
principal ou auxiliaire, dans les propositions principales : Han kom ikke ‘Il ne venait/vint pas’, Nej, jeg
har ikke købt huset ‘Non, je n’ai pas acheté la maison’. Elle le précède dans les subordonnées : Jeg
synes, at han ikke kommer ‘Je pense qu’il ne viendra pas’. Un complément pronominal peut s’insérer
entre une forme verbale non composée et la négation postverbale : Jeg køber det ikke ‘Je ne l’achète
pas’ ; mais non si la forme est composée et que la négation suit l’auxiliaire et précède le verbe
principal : Jeg har ikke købt det ‘Je ne l’ai pas achetée’. Avec un complément négatif : Jeg køber ingen
hus ‘Je n’achète aucune maison’, mais Jeg har ingen hus købt ‘Je n’ai acheté aucune maison’. On voit
que le danois ne pratique pas la « double négation », comme en français normatif : Il n’achète rien, Il
n'a rien acheté).
3. La phrase
L’ordre « neutre » est sujet-verbe-objet(s)-circonstants (SVOC). Mais il est possible et courant de
commencer la phrase par un autre constituant que le sujet, afin de le mettre en relief. S’applique alors
la règle commune à toutes les langues germaniques (anglais excepté) selon laquelle le verbe fini doit
toujours occuper la deuxième position (cf. (2)-(3)). Mais on peut aussi, comme en (4), recourir à une
construction dite « clivée » ['c’est X que…'] :
DANOIS FRANÇAIS
(2) Det hus købte jeg ikke. (2’) Cette maison, je ne l’ai pas achetée.
cette maison achetai je pas
(3) I dag har jeg ikke spist. (3’) Aujourd’hui, je n’ai pas mangé.
dans jour ai je pas mangé
(4) Det er det hus, jeg købte. (4) C’est cette maison que j’ai achetée.
ce est cette maison je achetai
On notera l’absence de pronom relatif en danois. Et aussi que les conjonctions de subordination ou de
coordination ne comptent pas comme premiers éléments et ne provoquent pas l’« inversion » du
sujet (cf. ci-dessus Jeg synes, at han ikke kommer). La provoque, en revanche, le fait qu’une
subordonnée précède la principale (5) :
DANOIS FRANÇAIS
(5) Når jeg har penge, vil jeg købe et hus. (5’) Quand j’aurai de l’argent,
quand je ai argent AUX je acheter une maison j’achèterai une maison.
L’interrogation, totale ou partielle, amène aussi l’inversion : Kommer du snart ? ‘Viens-tu bientôt ?’,
Hvem er De ? ‘Qui êtes-vous ?’. Si le mot interrogatif est complément d’une préposition, celle-ci reste
en fin de proposition : Hvem er du kommet med ? ‘Avec qui es-tu venu ?’ (L’équivalent de Tu es venu
avec qui ? ne serait pas une vraie question, mais une demande de répétition ou l’expression d’un
étonnement.) La conjonction de subordination fondamentale est at ‘que’. Elle est facultative après les
verbes dits « psychologiques » : Jeg håbe, (at) du kan komme i aften ‘J’espère que tu peux venir ce
soir’, mais obligatoire autrement.
ABREVIATIONS
AUX ‘auxiliaire’ ; DEF ‘défini’ ; GEN ‘génitif’ ; NT ‘neutre’
ELEMENTS BIBLIOGRAPHIQUES
Le danois sans peine. Chennevière-sur-Marne : Assimil.
REFERENCE HALS - 04550181 Logo LGMEF : Julie CHAHINE Illustration : studentum.fr/study-
2024 guides/europe/study-in-denmark/language-culture