Valeurs et vecteurs propres d'un endomorphisme
Valeurs et vecteurs propres d'un endomorphisme
1.1 Dénitions
P ROPOSITION 1.1.1
Soient B une base de E , f ∈ L (E) de matrice A ∈ Mn (K) et x ∈ E de matrice X ∈ Mn,1 (K)
dans B .
C
Le spectre de f est celui de A.
C ssi
1
x est vecteur propre de f X est vecteur propre de A.
2
CHAPITRE 5. RÉDUCTION DES ENDOMORPHISMES
C 3 x ∈ Eλ (f ) ⇐⇒ X ∈ Eλ (A).
Démonstration:
direct
P ROPRIÉTÉS 1.1.1
Soit f ∈ L (E).
P
Un sous-espace propre n'est jamais nul.
P
1
λ est valeur propre de f si et seulement si f − λIdE non injectif.
2
En particulier, f est injectif ssi 0 n'est pas valeur propre de f .
P
Les vecteurs propres de f associés à des valeurs propres non nulles sont dans Im f .
P
3
La restriction de f à un de ses sous-espaces propres Eλ (f ) est l'homothétie de rapport λ.
P
4
x est vecteur propre de f ssi la droite vectorielle Kx est f -stable.
5
Démonstration:
Conséquences des dénitions.
R EMARQUE
Soit A ∈ Mn (K).
λ est valeur propre de A ⇐⇒ Ker (A − λ.In ) ̸= {0} ⇐⇒ rg (A − λ.In ) ⩽ n − 1.
E XERCICE 1.1.1
1
Rechercher les éléments propres de D : f 7→ f ′ dans E = C ∞ (R)
2
Rechercher les éléments propres de ∆ : (xn ) 7→ (yn ) où yn = xn+1 − xn dans E = RN
P ROPRIÉTÉS 1.1.2
P 1
Si f ∈ GL(E) alors les valeurs propres de f −1 sont les avec λ ∈ Sp(f ).
P
1
λ
Soient f, g ∈ L (E). Si f ◦ g = g ◦ f alors tout sous-espace propre de f est g -stable.
P
2
Soient (λ1 , λ2 , . . . , λp ) des valeurs propres 2 à 2 distinctes.
3
Alors la somme Eλ1 (f ) + Eλ2 (f ) + ... + Eλp (f ) est une somme directe.
En particulier, une famille de vecteurs propres associés à des valeurs propres distinctes est libre.
P
Deux matrices semblables ont même spectre.
P
4
Si K est un sous-corps de K′ alors SpK (f ) ⊂ SpK′ (f ).
5
En particulier, une valeur propre sur le R ev C en est une aussi sur le C ev C.
Démonstration:
P 1 Déjà f inversible donc 0 n'est pas valeur propre de f . Remarquer ensuite que λ est valeur propre de f ssi
∃x ̸= 0 | f (x) = λx ssi
∃x ̸= 0 | x = λf −1 (x)
ssi
1
∃x ̸= 0 | f −1 (x) = x
λ
1
ssi est valeur propre de f −1 .
λ
P2
Soit F = Eλ (f ) un sous-espace propre associé à la valeu propre λ de f . Il existe x ̸= 0 tel que f (x) = λx.
On déduit f (g(x)) = g(f (x)) = λg(x). Donc g(x) ∈ Eλ (f ) d'où la stabilité.
D ÉFINITION 1.2.1
Soit E un K-ev de dim n, f ∈ L (E) et A ∈ Mn (K).
χf (X) = det(X.IdE − f ) est un polynôme appelé polynôme caractéristique de f .
χA (X) = det(X.In − A) est un polynôme appelé polynôme caractéristique de A.
X − a1,1 −a1,2 ... −a1,n
χA (X) =
−a2,1
.
X − a2,2
..
...
.
−a2,n
. .. ..
−an,1 ... −an,n−1 X − an,n
P ROPRIÉTÉS 1.2.1
P
χA (X) = X n − tr(A)X n−1 + ... + (−1)n det(A) ∈ K[X]
P
1
λ racine de χf ⇐⇒ λ ∈ Sp(f )
P
2
Si K = C, f admet toujours au moins une valeur propre (donc un vecteur propre et une droite stable)
P
3
Si dim E"= n, alors
# Card (Sp (f )) ⩽ n ie f admet au plus n valeurs propres.
4
P 5
Si M =
A B
(A et C carrée) alors χM (X) = χA (X).χC (X)
P
0 C
Si F est f -stable, χf|F χf : Les valeurs propres de f|F sont des
valeurs propres de f .
P
6
Si λ valeur propre de f d'ordre p alors 1 ⩽ dim Eλ (f ) ⩽ p
P
7
Deux matrices semblables ont le même polynôme caractéristique.
8
Démonstration:
P 1 On pose a′i,j = ai,j si i ̸= j et a′i,i = X − ai,i les coecients de XIn − A, on a par dénition du
déterminant :
ε(σ)a′σ(1),1 ...a′σ(n),n donc une expression polynomiale de degré ⩽ n puisque chaque a′i,j est un
X
χA (X) =
σ∈Sn
polynôme en X de degré ⩽ 1.
Ensuite, pour obtenir les coecients de X n et X n−1 , la seule possibilité est que n−1 des a′σ(i),i soient de degré 1.
Donc les σ correspondants de la somme dans χA (X) doivent laisser invariant n − 1 valeurs donc nécessairement,
σ = id.
Ainsi, les coecients de X n et X n−1 dans χA (X) sont les mêmes que dans (X − a1,1 )...(X − an,n ) donc le
coecient de X n est 1, celui de X n−1 est −tr(A).
Le coecient constant est χA (0) = det(−A) = (−1)n det(A).
P5
Avec A d'ordre p et C d'ordre q , on a
XIp − A −B
χM (X) = = det(XIp − A). det(XIq − C) = χA (X).χC (X)
0 XIq − C
2.1 Diagonalisation
D ÉFINITION 2.1.1
Soit f ∈ L (E). On dit que f diagonalisable si et seulement si :
i=1
4. E=
M
Eλ (f )
λ∈ Sp(f )
5. χf scindé sur K
(
Démonstration:
i) ⇒ ii) : La base de f où la matrice est diagonale est, par dénition, une base de vecteurs propres.
ii) =⇒ iii) : Soit B = (e1 , e2 , . . . , en ) une base de vecteurs propres de f . On rassemble les vecteurs propres
associés aux valeurs propres communes. On appelle λ1 , ...λr les valeurs propres distinctes et Ei = l'espace
r
vectoriel engendré par les vecteurs de B associés à la valeur propre λi . On a donc f|Ei = λi idEi et E =
M
Ei
i=1
par concaténation des bases.
iii) =⇒ iv) : Pour tout i ∈ Nr , f|Ei homothétie sur Ei de rapport λi donc Ei ⊂ Eλi .
r
Ainsi E = Eλ (f ) (La somme est directe par les sev propres associés à des valeurs propres
M M
Ei ⊂
i=1 λ∈Sp(f )
distinctes sont en somme directe) d'où l'égalité cherchée.
r
iv) =⇒ v) : En prenant une base de E adaptée à la somme directe E = Eλi (f ), la matrice de f dans cette
M
i=1
base est diagonale de la forme diag( λ1 , ..., λ1 , ..., λr , ...λr ) donc χf (X) = (X − λ1 )n1 ...(X − λr )nr
| {z } | {z }
n1 =dim Eλ1 (f ) nr =dim Eλr (f )
d'où toute la conclusion.
iv) =⇒ i) : Par hypothèse, χf (X) = (X − λ1 )n1 ...(X − λr )nr avec chaque ni = dim Eλi (f ).
r r
La somme directe Eλi (f ) est donc de dimension n1 + ... + nr = n donc on a E = Eλi (f ). En prenant
M M
i=1 i=1
une base adaptée à cette décomposition pour f , on obtient une matrice diagonale. Donc f diagonalisable.
C ONSÉQUENCES 2.1.1
f est diagonalisable si et seulement si dim E = dim Eλ (f ).
X
λ∈ Sp(f )
C ONSÉQUENCES 2.1.2
SI f admet n valeurs propres distinctes ALORS f est diagonalisable.
Réciproque fausse
Démonstration:
Le polynôme caractéristique est scindé à racines simples donc chaque sous-espace propre est de dimension 1 =
l'ordre de multiplicité de la valeur propre associée. Donc f est bien diagonalisable.
La réciproque est fausse, prendre In + E1,n par exemple.
R EMARQUE
1. En pratique, pour déterminer dim Eλ (f ) sans calculer explicitement Eλ (f ), il est souvent plus pra-
tique de chercher rg (f − λ.IdE ).
2. Il existe des endomorphismes non diagonalisables sur K.
3. Il existe des endomorphismes diagonalisables sur C non diagonalisable sur R.
4. Si A diagonalisable
alors A s'écrit P DP −1
λ1 .Iα1 (⃝)
λ2 .Iα2 r
avec D = et χf = (X − λi )αi .
Y
...
i=1
(⃝) λr .Iαr
E XERCICE 2.1.1 0 2 −1
Étudier la diagonalisation de A =
3 −2 0 .
−2 2 1
L2 ←L2 −L1 1 −2 1
L3 ←L3 −L1
= (X − 1) 0 X +4 −1 = (X − 1)(X − 2)(X + 4).
0 0 X −2
1 2 2
On a alors A = P DP −1 .
2.2 Trigonalisation
D ÉFINITION 2.2.1
Soit f ∈ L (E). f trigonalisable si et seulement si :
T HÉORÈME 2.2.1
Soit f ∈ L (E). f trigonalisable si et seulement si
Démonstration:
Le sens direct vient de la forme matricielle.
La réciproque se fait par récurrence sur la dimension n de E .
Si n = 1, le résultat est clair. Soit n ⩾ 1, si la propriété est vraie pour un sev de dimension n, prenons λ une
valeur propre de f (qui existe car χf scindé) et x un vecteur propre associé. On complète x en une base B de
E : (x, e2 , ..., en ). " #
λ L
Relativement à cette base, la matrice de f est de la forme M = où L est une matrice ligne.
0 A
χA est scindé car χM = (X − λ)χA (X) l'est et A est d'ordre n − 1 donc par HR, A est trigonalisable ie il existe
une nouvelle base (e′2 , ..., e′n ) qui trigonalise A. Alors (x, e′2 , ..., e′n ) est une base de trigonalisation de M ie le
résultat. La récurrence est établie.
R EMARQUE
1
Si K = C alors tout endomorphisme de E est trigonalisable.
2
Si A trigonalisable alors A s'écrit P T P −1
λ1
λ2 (⋆)
avec T = et Sp(f ) = {λ1 , λ2 , ..., λn } (comptées sans leur multiplicité)
...
(0) λn
Méthode de trigonalisation en dim 3 (lorsque non diagonalisable) :
Soit A ∈ M3 (K) non diagonalisable. Plusieurs cas se présentent sur χA :
1.χA = (X − λ)(X − µ)2 et dim(Eλ (A)) = dim(Eµ (A)) = 1.
2.χA = (X − λ)3 et dim(Eλ (A)) = 2.
3.χA = (X − λ)3 et dim(Eλ (A)) = 1.
- 1er cas : On trouve une famille libre de 2 vecteurs propres (u, v) : Cas 1. ou 2.
On complète alors en une base (u, v, w) de E et on cherche la matrice de f dans cette base :
- soit par la formule de changement de base.
- soit directement en cherchant f (u), f (v), f (w) relativement à la base (u, v, w).
- 2ème cas : on ne trouve qu'un seul vecteur propre u :
On complète (u) en une base de E de la forme (u, u , u ) dans laquelle la matrice (à expliciter) sera de la
′ ′′
forme
λ a b
′
A = 0 c d
0 e f
On isole la matrice
!
c d
que l'on trigonalise comme la méthode du 1er cas dans une base (v, w).
La base (u, v, w) est une base de trigonalisation de A.
e f
E XERCICE 2.2.1
−3 −3 2
Trigonaliser A =
1 1 −2
2 4 −4
D ÉFINITION 2.3.1
Soit E un K-espace vectoriel de dimension nie et f ∈ L (E).
- f est dit nilpotent ssi il existe p ∈ N∗ tel que f p = 0L (E) .
- f est dit nilpotent d'ordre p ssi f p−1 ̸= 0L (E) et f p = 0L (E) .
Un tel p s'appelle l'indice de nilpotence de f .
R EMARQUE
La dénition est analogue pour une matrice nilpotente.
P ROPOSITION 2.3.1
Soit f ∈ L (E) de matrice A dans une base B .
Alors
f est nilpotent ⇐⇒ A est nilpotente.
P ROPOSITION 2.3.2
Toute matrice triangulaire supérieure stricte est nilpotente.
Démonstration:
Soit A ∈ Mn (K) nilpotente et f l'endomorphisme canoniquement associé à A. Appelons (e1 , e2 , . . . , en ) la base
canonique.
Comme A est TSS, on a pour tout i ∈ N∗n , f (ei ) ∈ Vect (e1 , ..., ei−1 ) donc f 2 (ei ) ∈ Vect (e1 , ..., ei−2 ), ..., f i−1 (ei ) ∈
Vect (e1 ), f i (ei ) = 0 et à fortiori, f n (ei ) = 0.
f n est donc une application linéaire nulle sur la base canonique ie f n = e 0 : f est nilpotente donc A aussi.
T HÉORÈME 2.3.1
Soient E un K-espace vectoriel de dimension nie n et f ∈ L (E).
Alors
f est nilpotent si et seulement si f est trigonalisable et 0 est seule valeur propre de f .
Démonstration:
- Si f est nilpotent d'ordre p, prenons λ une valeur propre de f . Il existe x ̸= 0 tel que f (x) = λ.x. Alors
f p (x) = λp .x. Comme f p = 0, il vient λp .x = 0. Or x ̸= 0 donc λ = 0.
La seule valeur propre de f est donc 0.
Le polynôme caractéristique est donc X n , il est scindé donc f est trigonalisable et 0 est sa seule valeur propre.
- Réciproquement, il existe une base dans laquelle la matrice de f est triangulaire supérieure stricte, laquelle est
nilpotente. Donc f est nilpotent.
C ONSÉQUENCES 2.3.1
Soit A ∈ Mn (K). Alors A est nilpotente ssi A est semblable à une matrice triangulaire supérieure
stricte.
C ONSÉQUENCES 2.3.2
A ∈ Mn (K) est nilpotente si et seulement si χA (X) = X n .
3.1 Dénition
D ÉFINITION 3.1.1
p
Soient P = ak X k = a0 + a1 X + · · · + ap X p ∈ K[X],
X
k=0
f ∈ L (E) et A ∈ Mn (K). On dénit
p
X
P (f ) = αk .f k = a0 .IdE + a1 .f + · · · + ap .f p ∈ L (E)
k=0
p
X
P (A) = αk .Ak = a0 .In + a1 .A + · · · + ap .Ap ∈ Mn (K)
k=0
et on pose
K[f ] = {P (f ) | P ∈ K[X]} et K[A] = {P (A) | P ∈ K[X]}.
R EMARQUE
f 0 = IdE ; A0 = In
P ROPRIÉTÉS 3.1.1
Soit f ∈ L (E) (resp. A ∈ Mn (K)).
On pose φf : K[X] −→ L (E) et φA : K[X] −→ Mn (K) .
P 7−→ P (f ) P 7−→ P (A)
Alors φf et φA sont des morphismes d'algèbres ie pour P, Q ∈ K[X] et λ ∈ K :
(
(λP + Q)(f ) = λP (f ) + Q(f ) (P Q)(f ) = P (f ) ◦ Q(f )
(λP + Q)(A) = λP (A) + Q(A) (P Q)(A) = P (A) × Q(A).
T HÉORÈME 3.2.1
Soient E un K-espace vectoriel de dimension nie et f ∈ L (E).
C1 K[f ] = Im φf est la plus petite sous-algèbre de L (E) contenant f : elle est commutative.
Ker φf = Πf .K[X].
Πf (parfois noté µf ) est appelé polynôme minimal de f : il est déni par la condition :
(
Πf unitaire
.
∀P ∈ K[X], P(f)=0 ⇐⇒ Πf |P
Démonstration:
- Ker φ est le noyau d'un morphisme d'anneaux donc un idéal de K[X].
- La famille (id, f, ..., f n ) est une famille de n2 + 1 vecteurs de L (E) qui est de dimension n2 donc la famille
2
est liée ie il existe P un polynôme non nul tel que P (f ) = 0. L'idéal est donc non nul.
- Ker φf = {P ∈ K[X] | P (f ) = 0} est un idéal non nul de l'anneau principal K[X] donc il s'écrit de manière
unique Πf .K[X] avec Πf unitaire.
R EMARQUE
- Pour une matrice carrée représentant f ∈ L (E) dans une base B donnée, on posera ΠA = Πf .
- Si P un polynôme unitaire annulateur de f , irréductible sur K[X] : alors P = Πf
- Si P polynôme unitaire annulateur de degré d. Si (IdE , f, f 2 , ..., f d−1 ) libre alors P = Πf
Démonstration:
- On a Πf |P et P irréductible donc il existe a ∈ K tel que P = aΠf . Etant chacun unitaire, P = Πf .
- On a aussi Πf |P donc d◦ Pf ⩽ d◦ P = d vu P ̸= 0. Comme (IdE , f, f 2 , ..., f d−1 ) libre, il n'existe pas de
polynôme annulateur non nul de degré ⩽ d − 1 donc d◦ Πf ⩾ d Ainsi d◦ Πf = d = d◦ P . On obtient vu la relation
de divisibilité Πf = P .
E XERCICE 3.2.1
Rechercher le polynôme minimal d'un endomorphisme nilpotent d'ordre p
P ROPRIÉTÉS 3.2.1
Soient E un K-espace vectoriel de dimension nie et f ∈ L (E).
P 1
On pose d = d◦ Πf alors :
dim K[f ] = d.
Démonstration:
P 1 Vect (IdE , f, f 2 , ..., f d−1 ) ⊂ K[f ]. Réciproquement, soit P ∈ K[X], la division euclidienne de P par Πf
P ROPOSITION 3.3.1
P 1
Soit P ∈ K[X]. Alors
f (x) = λx =⇒ P (f )(x) = P (λ)x.
P2
Si P annulateur de f (P (f ) = 0) alors les valeurs propres de f gurent parmi les racines de P .
Démonstration:
P 1
Par récurrence, on montre que pour tout k ∈ N, f k (x) = λk x.
n n n
Pour P = ak X k , on a P (f )(x) = ak λk x = P (λ)x.
X X X
ak f k (x) =
k=0 k=0 k=0
P ROPOSITION 3.4.1
Soit f ∈ L (E), P ∈ K[X].
C
P (f ) inversible dans L (E) ⇐⇒ P ∧ Πf = 1 ⇐⇒ P ∧ χf = 1.
C
1
Πf et χf ont les mêmes facteurs irréductibles sur K (donc en partciculier les mêmes racines)
2
Démonstration:
C 1 Résultat connu pour Πf . Plaçons nous dans C.
- Sens direct : Par contraposé, si P ∧ χf ̸= 1 alors P et χf ont une racine commune dans C, donc il existe une
valeur propre complexe λ racine de P . Donc X − λ divise P ie il existe Q ∈ C[X] tel que P = (X − λ)Q.
Alors P (f ) = (f − λ.IdE ) ◦ Q(f ) donc det P (f ) = χf (λ) det(Q(f )) = 0 donc P (f ) non inversible.
- Réciproque : Si P ∧ χf = 1 alors aucune des valeurs propres complexes de f n'est racine de P . Donc P s'écrit
r
(X − ai )αi avec ∀i ∈ Nr , ai ∈
/ Sp(f ).
Y
P =
i=1
r
Donc det P (f ) = det(f − αi .IdE )αi ̸= 0 donc P (f ) est inversible ie le résultat.
Y
C 2
i=1
Soit D un polynôme irréductible de K[X].
D divise Πf ⇐⇒ D ∧ Πf ̸= 1 ⇐⇒ D ∧ χf ̸= 1 ⇐⇒ D divise χf car D est irréductible.
Donc Πf et χf ont exactement les mêmes facteurs irréductibles.
E XERCICE 3.4.1
Soit A, B ∈ Mn (K). Montrer que χAB = χBA .
En déduire que si AB nilpotente alors BA aussi
R EMARQUE
Application aux puissance de matrices :
(
X n = QχA + R
Division euclidienne de X n par ΠA ou χA : .
d◦ R < d◦ χA
Alors An = R(A).
E XERCICE 3.4.2
3 −3 2
Calculer An avec A =
−1 5 −2
−1 3 0
T HÉORÈME 3.5.1(
Q = Q1 .Q2 . ... .Qs
Soit f ∈ L (E) et . Alors
Q1 , Q2 , ..., Qs ∈ K[X] premiers entre eux 2 à 2
s
C1 Ker (Q(f )) = Ker (Qi (f ))
M
i=1
s
C2 Si Q polynôme annulateur de f alors E = Ker (Qi (f )).
M
i=1
C3 Les projections associées à cette décomposition sont des polynômes en f .
Démonstration:
On le démontre dans le cas de deux polynômes Q = Q1 Q2 avec Q1 ∧ Q2 = 1, il s'agit de montrer que
Ker (Q(f )) = Ker (Q1 (f )) ⊕ Ker (Q2 (f )) :
- Q1 ∧ Q2 = 1 donc (Bézout) il existe U, V ∈ K[X] | Q1 U + Q2 V = 1 donc Q1 (f ) ◦ U (f ) + Q2 (f ) ◦ V (f ) = IdE .
- Soit x ∈ Ker (Q(f )), on a donc x = Q1 (f ) U (f )(x) + Q2 (f ) V (f )(x) .
| {z {z} }|
=x
2 =x1
x1 ∈ Ker (Q1 (f )) car Q1 (f )(x1 ) = Q1 (f ) Q2 (f ) V (f )(x)
= (Q1 Q2 V )(f )(x) = (V Q1 Q2 )(f )(x) =
V (f ) Q1 (f ) Q2 (f )(x) = V (f ) Q(f )(x) = 0.
- Réciproquement, Q1 divise Q donc Ker (Q1 (f )) ⊂ Ker (Q(f )). De même, Ker (Q2 (f )) ⊂ Ker (Q(f )) donc
- Reste la somme directe, or si x ∈ Ker (Q1 (f ))∩ Ker (Q2 (f )) alors x = U (f ) Q1 (f )(x) +V (f ) Q2 (f )(x) = 0
P ROPOSITION 3.6.1
f est diagonalisable si et seulement si il existe un polynôme annulateur de f , scindé simple sur K.
Démonstration:
- Si f est diagonalisable, alors E = Eλ1 (f ) ⊕ ... ⊕ Eλp (f ).
Considérons le polynôme P = (X − λ1 )...(X − λp ) scindé simple. D'après le théorème des noyaux, on a
donc P (f ) = 0 ie conclusion.
- Réciproquement, si P = (X − λ1 )...(X − λp ) annulateur scindé simple, alors le théorème des noyaux donne :
ie E = Eλ (f ) donc f diagonalisable.
M
λ∈Sp(f )
C ONSÉQUENCES 3.6.1
f est diagonalisable si et seulement si le polynôme minimal Πf est scindé simple.
P ROPOSITION 3.6.2
- Soit f diagonalisable
" #
et F stable par f . Alors f|F diagonalisable sur F .
A B
- Si M = (A et C carrée) est diagonalisable alors A diagonalisable.
0 C
Démonstration:
Il sut de voir que Πf|F est scindé simple puisqu'il divise Πf qui est scindé simple.
P ROPRIÉTÉS 3.7.1
f est trigonalisable ssi f admet un polynôme annulateur scindé sur K.
Démonstration:
Si f est trigonalisable alors χf est scindé donc convient.
Réciproquement, si P est un polynôme annulateur de f scindé, alors Πf est scindé. Comme Πf et χf ont les
mêmes facteurs irréductibles, χf est scindé donc f est trigonalisable.
D ÉFINITION 3.8.1
Soit f admettant un polynôme caractéristique scindé sur K
r
Y
χf (X) = (X − λi )ci .
i=1
P ROPRIÉTÉS 3.8.1
P
Pour tout i ∈ Nr , Γi est f -stable.
P
1
E = Γ1 ⊕ ... ⊕ Γr (décomposition spectrale)
P
2
Pour tout i ∈ Nr , dim Γi = ci = ordre de multiplicité de λi dans χf .
3
Démonstration:
P f − λ .Id ) et f commutent donc Ker f − λ .Id ) est f -stable.
ci ci
2 f f
Ker χ (f ) = Γ ⊕ ... ⊕ Γ .
P Posons pour tout i, f = f . On remarque que f = λ .Id + (f − λ .Id ) = λ .Id + n avec
f 1 r
3 i |Γi i i Γi i i Γi i Γi i
ni = fi − λi .IdΓi = (f − λ.IdE )|Γi nilpotent d'ordre ⩽ ci puisque, par dénition de Γi : nci i = 0.
On en déduit que χni = X dim Γi puis χfi = (X − λi )dim Γi .
En prenant une base adaptée à la décomposition E = Γ1 ⊕ ... ⊕ Γr avec chaque Γi stable, on obtient une matrice
diagonale par blocs et χf = χf1 ...χfr = (X − λ1 )dim Γ1 .....(X − λr )dim Γr d'où pour tout i, dim Γi = ci par
unicité de la décomposition de χf .
avec pour tout i ∈ {n1 , ..., nr }, Ti triangulaire supérieure stricte (donc nilpotente)
Démonstration:
Pour chaque i, on a vu que ni = fi − λi .IdΓi est nilpotente donc il existe une base Bi de Γi dans laquelle la
matrice Ti de ni est triangulaire supérieure stricte. La matrice de f|Γi dans Bi est donc de la forme λi .Ici + Ti .
Dans la base concaténée B = B1 ∪ ... ∪ Br de E , on obtient la forme cherchée.
Projecteurs spectraux
r
Soit f ∈ L (E) et χf (X) = (X − λi )ci .
Y
i=1
Dans la décomposition E = Γ1 ⊕ ... ⊕ Γr , les projecteurs associés sont dans K[f ] : ils sont appelés les
projecteurs spectraux.
Démonstration :
Posons pour simplier Qi = (X − λi )ci de sorte que χf = Q1 Q2 ...Qr , Ri = Qj .
Y
j̸=i
. On remarque que pgcd(R1 , R2 , ..., Rr ) = 1 car R1 , ..., Rr n'ont aucune racine commune. Donc il existe
(U1 , U2 , . . . , Ur ) ∈ K[X]r tels que R1 U1 + ... + Rr Ur = 1 d'où
∀x ∈ E, R1 (f ) ◦ U1 (f ) (x) + ... + Rr (f ) ◦ Ur (f ) (x) = x.
j̸=i
Décomposition de Dunford
r
Soit f ∈ L (E) et χf (X) = (X − λi )ci .
Y
i=1
Il existe d ∈ L (E) diagonalisable et n nilpotent tels que f = d + n avec d ◦ n = n ◦ d, d ∈ K[f ] et
n ∈ K[f ].
Cette décomposition est appelée décomposition de Dunford
.
Démonstration : r
On a vu fi = f|Γi = λi .IdΓi + ni donc f = fi ◦ pi où pi est le ie projecteur spectral.
X
i=1
i=1
r
Diag(λ1 .In1 ,...,λr .Inr ) dans la base adaptée à la somme directe E = Γi .
M
est nilpotent car chacune de ses restrictions aux Γ l'est donc nMax
i=1
En outre, n i
(c1 ,...,cr ) = 0.
r
Enn, chaque pi ∈ K[f ] donc d = λi .pi ∈ K[f ] et n = f − d ∈ K[f ].
X
i=1
Traduction matricielle :
Soit A une matrice carrée d'ordre n avec χA scindé.
Alors il existe D diagonalisable et N nilpotente telles que A = D + N avec DN = N D.
En outre D et N sont dans K[A].
Diagonalisation simultanée
Soit E un espace vectoriel et f, g ∈ L (E) diagonalisables et qui commutent. Alors il existe une base de
vecteurs propres commune à f et g .
Démonstration :
Soit E de dimension n, et f , g ∈ L (E) diagonalisables et qui commutent.
Soit (λ1 , λ2 , . . . , λr ) les valeurs propres de f . On pose pour tout i ∈ Nr : fi = f|Eλi (f ) = λi .IdEλi (f ) ,
gi = g|Eλ (f ).
i
On sait que Eλi (f ) est g -stable (puisque f et g commutent) donc gi est la restriction de g diagonalisable
à un sev stable donc est diagonalisable.
Il existe donc une base Bi de Eλi (f ) formée de vecteurs propres de gi donc de g . Cette base Bi est aussi
base de vecteurs propres de fi (puisque fi est une homothétie sur Eλi (f )) donc de f .
r
Comme E = Eλi (f ) puisque f est diagonalisable, B1 ∪B2 ∪...∪Br est une base de E par concaténation,
M
i=1
et elle est formée de vecteurs propres de f et g . Ainsi f et g sont diagonalisables dans une même base de
vecteurs propres.
Démonstration :
Il faut voir que si d + n = d′ + n′ alors d = d′ et n = n′ .
- Déjà, d et d′ sont des polynômes en f donc commutent. De même n et n′ commutent.
- Ainsi d − d′ est diagonalisable dans la base (e1 , ..., ep ) car si d(ei ) = λi ei et d′ (ei ) = µi ei , on a
(d − d′ )(ei ) = (λi − µi )ei donc (e1 , ..., ep ) est une base de vecteurs propres pour d − d′ .
D'où n − n′ = d − d′ est diagonalisable .
- Or n − n′ est aussi nilpotent : en eet, soit r et s sont les ordres respectifs de nilpotence de n et n′ , on a
r+s−1
X
r+s−1 r+s−k−1
(n − n′ )r+s−1 = (−1)r+s−k−1 nk n′
k
k=0
r−1 r+s−1
X
X r+s−1 r+s−k−1 k ′r+s−k−1 r+s−1 k ′r+s−k−1
= (−1) n
| n {z }+ (−1)r+s−k−1 n
| n {z
k k
=0 car car n =0
}
k=0 n′s =0 k=r r
=0
vu r+s−k−1⩾s
= 0.
- Donc 0 est seule valeur propre de n − n′ . Etant diagonalisable, c'est que n − n′ = 0 ie n = n′ et donc
aussi d = d′ .
Exercice 5.1
0 1 3
1
Soit a ∈ C tel que |a| < et A = a 3
0 1.
4
1 3 0
1. Déterminer les valeurs propres complexes de A.
2. Montrer que A est semblable à une matrice diagonale puis déterminer la limite de An lorsque n → +∞.
Exercice 5.2
0 1 ... 0 0
1 0 1 0
. ..
.. ..
..
Soit A = 1 . . .
..
.
0 0 0 1
0 0 ... 1 0
Exercice 5.3
Exercice 5.4
Exercice 5.5
1 ...1
. .
Soit A =
.
. (1) .. d'ordre n ⩾ 2. Calculer A .
2
1 ... 1
Sans polynôme caractéristique, prouver que A est diagonalisable dans Mn (R) et déterminer ses valeurs propres.
Déterminer les sous-espaces propres et l'ordre de multiplicité des valeurs propres.
Exercice 5.6
Soit n un entier supérieur à 2 et E un espace vectoriel sur R de dimension n. On appelle projecteur de E , tout
endomorphisme p de E vériant p ◦ p = p.
1. Soit p un projecteur de E .
(1). Utiliser les polynômes d'interpolation de Lagrange.
a Démontrer que les sous-espaces vectoriels Ker (p) et Im (p) sont supplémentaires dans E .
b En déduire que la trace de p (notée tr(p)) est égale au rang de p (noté rg (p) ).
c Un endomorphisme u de E vériant tr(u) = rg (u) est-il nécessairement un projecteur de E ?
2. Donner un exemple de deux matrices A et B de M3 (R) de rang 1 telles que A soit diagonalisable et B ne
soit pas diagonalisable. Justier la réponse.
3. Soit u un endomorphisme de E de rang 1.
a Démontrer qu'il existe une base β = (e1 , · · · , en ) de E telle que la matrice Matβ (u) de u dans β soit de
la forme :
0 ··· 0 a1
0 ··· 0 a2
Matβ (u) =
.. .. ..
∈ Mn (R)
. ··· . .
0 ··· 0 an
où a1 , · · · , an sont n réels.
b
Démontrer que u est diagonalisable si, et seulement si, la trace de u est non nulle.
c
On suppose que tr(u) = rg (u) = 1. Démontrer que u est un projecteur.
1 1 −1
d Soit la matrice : A = 1
1 −1 ∈ M3 (R). Démontrer que A est la matrice d'un projecteur de R3
1 1 −1
dont on déterminera l'image et le noyau.
Exercice 5.7
Soit
u : R[X] −→ R[X] .
P 7−→ (X − 1) P ′ − P
1. Montrer que l'équation aux valeurs propres se ramène à la résolution d'une équation diérentielle linéaire du
premier ordre que l'on déterminera.
2. Résoudre cette équation diérentielle sur un intervalle à préciser.
3. En déduire les valeurs et les vecteurs propres de u.
Exercice 5.8
Exercice 5.9
Z 1
Soit E = C 0 ([0, 1]) et φ l'application qui à tout élément f de E associe g dénie par g(x) = Inf(t, x)f (t)dt.
1.
0
Montrer que φ est un endomorphisme de E .
2. Déterminer les éléments propres de φ.
(2). Se ramener à une équation diérentielle.
Exercice 5.10
(
un+1 = 4un + vn
Soit le système de suites récurrentes : u0 , v0 ∈ R et ∀n ∈ N, .
vn+1 = −3un
Exprimer un et vn en fonction de n, u0 et v0 .
Exercice 5.11
1 3 0
1. a
Justier que la matrice A = 3 1
4 est diagonalisable.
0 4 1
b
Diagonaliser la matrice A ∈ M3 (R).
c
Déterminer la matrice An pour tout n ∈ N.
2. Expliciter les termes u , v , w
n n n en fonction de n.
Exercice 5.12
0 1 1
Soit A =
1 0 1 .
0 0 1
1. Chercher les droites stables par A.
2. Calculer An pour n ∈ N.
Exercice 5.13
1 3 5
On cherche les matrices B ∈ M3 (R) telles que B = A où A = 0
2
4 5.
0 0 9
1. A est-elle diagonalisable ?
2. On suppose que B existe. Déterminer le spectre de B et en déduire que B est diagonalisable.
Montrer que tout vecteur propre de B est vecteur propre de A.
3. Déterminer toutes les matrices B telles que B 2 = A.
Exercice 5.14
Soient f1 , f2 , f3 trois endomorphismes de E tels que leur somme soit égale à IdE , et que f1 ◦ f3 = f2 ◦ f3 = 0L (E) .
Montrer que f1 + f2 − 2f3 = u est diagonalisable.
Exercice 5.15
...
d'ordre n = 2p, p ∈ N∗ avec ai ∈ C∗ .
A=
a2 (0)
a1
Montrer que A est diagonalisable et donner une base de vecteurs propres .
Exercice 5.17
Exercice 5.18
Exercice 5.19
" #
A A
Soit A ∈ Mn (K) et B = .
A A
ssi
!
1 1
Diagonaliser la matrice . En déduire que A est diagonalisable B l'est.
1 1
Exercice 5.20
2 −1 2
Trigonaliser dans Mn (R) la matrice
5 −3 3
−1 0 −2
Exercice 5.21
2 1 0 −2
0 0 0 0
Déterminer les sous-espaces caractéristiques de la matrice A =
.
2 0 4 2
−2 1 0 2
En déduire une trigonalisation de la matrice A.
Exercice 5.22
" #
A B
Soit A, B ∈ Mn (K) qui commutent et M = .
0 A
Montrer que M diagonalisable ssi
A diagonalisable et B = 0 .
Exercice 5.23
Exercice 5.24
Soit E un C-espace vectoriel et u ∈ L (E). Montrer que u est diagonalisable si et seulement si tout sous-espace de
E admet un supplémentaire stable par u.
Exercice 5.25
Exercice 5.26