VolumeCommunicationPrfaces Intro Chap1
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sous la direction de
cl aude richard
e t m a rie-thérèse l u s sie r
PUBLICATION :
JANVIER 2016
information@[Link]
LA COMMUNICATION PROFESSIONNELLE EN SANTÉ
2e édition
PARTIE I : LES FONCTIONS GÉNÉRIQUES ET LES 19. L’annonce d’une mauvaise nouvelle
DIMENSIONS DE LA COMMUNICATION Richard Boulé et Gilles Girard
20. La maladie chronique : exemples tirés d’une pratique
1. Un modèle descriptif de l’usage de la communication dans néphrologique
le domaine de la santé Serge Quérin, Marie-José Clermont, Catherine Dupré-Goudable
Claude Richard, Marie-Thérèse Lussier, Sophie Galarneau et et Pauline Dalmon
Olivier Jamoulle
21. La communication avec la personne handicapée
2. Une approche dialogique de la consultation Nicole Beaudoin, Louise De Serres, Danielle Forté, Marie Julien
Claude Richard et Marie-Thérèse Lussier et Daniel Bouchard
3. Les enjeux éthiques de la communication 22. Les patients aux plaintes physiques médicalement inexpliquées
Yvette Lajeunesse Bernard Millette
4. Les métaphores et les modèles de relation clinicien-patient 23. La littératie en santé
Lise Giroux Claude Richard et Marie-Thérèse Lussier
5. Les manifestations et les composantes d’une relation 24. Les personnes souffrant d’une dépendance
Claude Richard et Marie-Thérèse Lussier Claude Richard et Marie-Thérèse Lussier
6. Comprendre les représentations et les croyances liées à la santé Avec la collaboration de Simon Dubreucq
et à la maladie : une première étape vers un dialogue 25. Les patients vivant dans la pauvreté
Claude Richard et Christine Thoër Diane Roger-Achim, David Barbeau, Christine Loignon et Cristina
Grabovschi
26. Les patients de culture différente
PARTIE II : L’ESSENTIEL DE L’ENTRETIEN CLINIQUE
Pierrik Fostier
DANS LE DOMAINE DE LA SANTÉ
27. Les soins palliatifs
7. L’approche clinique centrée sur le patient: des principes et des Serge Daneault, François Lehmann et Régis Aubry
pratiques adaptées
28. Le service des urgences ou l’urgence de la communication
Luc Côté et Éveline Hudon
Paul-André Lachance
8. Les fonctions de l’entrevue médicale et les stratégies
29. La communication dans les soins à domicile
de communication
Marie-Françoise Mégie et José Gomes
Claude Richard et Marie-Thérèse Lussier
9. La structure dynamique de l’entrevue médicale
Claude Richard et Marie-Thérèse Lussier PARTIE IV : LA COMMUNICATION CLINIQUE, SES
MULTIPLES FORMES ET EXPRESSIONS
10. Une présentation et adaptation de l’approche Calgary-Cambridge
Claude Richard, Marie-Thérèse Lussier et Suzanne Kurtz 30. La famille: lorsque des proches participent à la consultation
11. L’approche CIM : Convaincre, Implanter, Maintenir Johanne Goudreau et Fabie Duhamel
Claude Richard et Marie-Thérèse Lussier 31. Les patients accompagnés
12. La communication au sujet des risques Ellen Rosenberg
Claude Richard et Holly O. Witteman 32. La communication médecin-infirmière
13. Les médicaments Johanne Goudreau et Harold Dion
Claude Richard et Marie-Thérèse Lussier 33. La communication médecin-pharmacien: pierre angulaire
14. L’éducation thérapeutique et la motivation du patient d’une pratique collaborative optimale
Johanna Sommer, Pascal Gache et Alain Golay Marc Parent et Luc Côté
Avec la collaboration de Michel Turgeon et Jean-Bernard Trudeau
34. La communication pharmacien-patient: un partenariat en contexte
PARTIE III : L’ENTRETIEN CLINIQUE ADAPTÉ À LA VARIÉTÉ de pharmacie communautaire
DES PRATIQUES Marie-Claude Vanier, Vincent Dumez, Christiane Mayer et Lyne Lalonde
15. Les enfants 35. La communication entre médecins dans le contexte de la
Ellen Rosenberg, Robert L. Thivierge et Pierrik Fostier prestation des soins au patient
Sophie Galarneau, Olivier Jamoulle, Marie-Hélène Lizotte et Louis-Xavier
16. Les adolescents D’Aoust
Olivier Jamoulle, Yves Lambert, Anne Meynard, Marc Girard,
Louise Charbonneau, Claude Richard et Marie-Thérèse Lussier 36. L’influence de l’internet sur la communication médecin-patient
Pierrik Fostier
17. Les personnes âgées et leurs proches
Myriam Le Sommer-Péré, Nathalie Champoux et Jean-Charles Péré 37. Les technologies de l’information et le dossier médical
électronique
18. La gestion, par le médecin, des émotions du patient et de ses
Claude Richard et Marie-Thérèse Lussier
propres émotions
Claude Richard, Marie-Thérèse Lussier et Pierre Firket
9686
PRÉFACE DE
Voilà un mot lourd de signification qui ne laisse personne indifférent! Un mot qui, répété trois
fois et reconnu internationalement, indique clairement le caractère urgent du message, tant
pour l’émetteur que pour le récepteur : l’aide demandée et l’aide qu’il faut apporter!
La communication entre deux personnes n’est pas toujours aussi simple. La communication
se complexifie en outre souvent dès que le cercle d’individus s’élargit. À coup sûr, le défi
consiste à toujours bien saisir la réalité du message, sans interprétation. Cette dernière est
souvent à l’origine de plusieurs problèmes de communication entraînant bien des
désagréments plus ou moins importants.
Dans le domaine de la santé, l’interaction du soignant avec le patient amène son lot de défis.
Il est en effet nécessaire de prendre en compte les émotions pour que la communication
demeure productive. De plus, le patient a besoin de bien comprendre ce qui lui arrive afin de
participer pleinement au processus de rétablissement, voire de guérison.
Les patients ont des attentes élevées en matière de guérison et de rétablissement. Pour
qu’elles obtiennent une réponse, leur collaboration est nécessaire, ainsi que celle des
différents intervenants. Là encore, une communication productive favorise l’efficacité de
l’orientation interdisciplinaire des soins. La communication comporte donc des défis
concernant tant la relation entre le professionnel de la santé et le patient que la collaboration
entre les différents professionnels de la santé. De beaux défis!
Pour relever ces défis, la première édition de La communication professionnelle en santé fut
d’un grand secours et a fait ses preuves par sa formule pédagogique unique, conçue et
développée par Claude Richard, Marie‐Thérèse Lussier et plusieurs collaborateurs.
Je ne compte plus les situations, parfois complexes, où cet ouvrage m’a permis d’améliorer
ma communication avec mes patients et mes collègues travaillant dans différentes disciplines
du domaine de la santé. À titre d’exemples:
C’est donc avec joie, reconnaissance et beaucoup d’humilité (mise à l’épreuve avec la
première édition…) que j’ai accepté de préfacer cette deuxième édition révisée et enrichie de
La communication professionnelle en santé.
Pratique et facile à consulter, cette nouvelle édition est un outil formidable et incontournable
pour la communication réussie que doivent viser continuellement tous les professionnels de
la santé et des services sociaux. Elle permettra à coup sûr à tous d’améliorer leurs
connaissances et leurs compétences dans leur communication entre eux et avec leurs
patients, dans différentes situations. Par ricochet, elle leur permettra de participer à
l’amélioration de la qualité et de la sécurité des soins interdisciplinaires, en santé physique,
psychologique et sociale.
Secrétaire adjoint
Jean‐Pierre Vinel
Président de la Conférence des doyens
des facultés de médecine de France
Ainsi, les progrès enregistrés en matière de santé rendent la communication plus que jamais
nécessaire, et ce, pour atteindre trois objectifs différents : la compréhension, par le soignant,
de la réalité du patient ; la compréhension, par le patient, de ce que lui propose le
professionnel de la santé ; plus largement, l’information du public pour prévenir
l’incompréhension à l’égard des progrès scientifiques, source de peurs et de rejet.
Bien qu’il soit poussé par le besoin de recevoir des soins, le patient qui consulte un
professionnel de la santé fait une démarche volontaire. Il est «demandeur ». Il est donc de la
plus haute importance que sa demande soit comprise. La démarche diagnostique du soignant
le conduit à identifier, dans les plaintes du patient, les symptômes qui vont pouvoir l’orienter
vers une maladie et lui indiquer les examens cliniques et complémentaires à effectuer. Mais
pour le malade il s'agit de tout autre chose : la manifestation d'une souffrance qu'il faut
entendre et si possible soulager. Une réponse purement technique ne saurait suffire à la prise
en charge de ce patient particulier: il est complexe, a une vie sociale et psychologique qui lui
est propre, a une expérience unique, et des désirs propres.
Enfin, on voit bien que la complexité et la quantité croissante des connaissances médicales
rend ces dernières de plus en plus difficiles à appréhender par la population non initiée, en
dépit d’un accès de plus en plus facile à l’information. Il peut en résulter une défiance fondée
sur la peur, comme l’a montré le cas extrême de l’épidémie de fièvre à virus Ebola, en Afrique
occidentale. Cet état de fait est la source de difficultés de communication pour les instances
de santé publique. Il peut conduire à d’importantes distorsions dans les débats d’éthique. La
diffusion des connaissances relève pleinement, à ce titre, de la responsabilité sociale des
facultés de santé.
La communication professionnelle en santé est, dans ce contexte, un livre tout à fait nécessaire.
Il faut rendre hommage à ses directeurs et à ses auteurs pour leur initiative et l’excellence de
leur travail. Puisse cet ouvrage sensibiliser tous les professionnels de la santé, les enseignants,
ainsi que les apprenants et leur faire prendre conscience de l’absolue nécessité d’une
formation universitaire et continue à la communication.
Jean‐Pierre Vinel
Jonathan Silverman
Président de l’European Association for
Communication in Healthcare
et
Myriam Deveugele
Ex‐présidente de l’European Association for Communication in Healthcare
Professeure de communication en santé
Département de médecine familiale et de soins de santé primaires, Ghent University
Voilà le titre qu’aurait pu porter ce livre! Cette édition revue et augmentée de l’ouvrage La
communication professionnelle en santé paru en 2005 place la communication et les
professionnels de la santé au premier plan. Ses auteurs font un tour d’horizon complet de ce
qu’est la communication dans les différentes disciplines de la santé: diversité de patients, de
situations et d’intervenants. Son objectif, atteint, consiste à élargir son contenu et sa portée à
tous les aspects de la communication.
Ainsi, cet ouvrage vous guidera dans l’étude de la théorie se rapportant à la communication
en santé et dans une réflexion sur votre propre pratique. Plus important encore, il vous
permettra de déterminer comment améliorer votre façon de communiquer avec vos patients.
Il est maintenant reconnu, dans le domaine de la santé, qu’une approche centrée sur le
patient requiert la maîtrise des habiletés communicationnelles. Cette maîtrise est nécessaire
pour que la relation patient‐professionnel de la santé puisse jouer son rôle: favoriser le retour
à la santé du patient. Il est fini, le temps où le professionnel de la santé ne s’appuyait que sur
son point de vue médical et où le patient devait suivre aveuglément ses prescriptions.
Désormais, avec l’approche centrée sur le patient, les besoins, les interrogations et les
attentes du patient sont au centre du processus de soins. Dans cette perspective, la formation
aux soins de santé doit inclure une formation particulière à la communication avec le patient.
L’originalité et l’intérêt particulier de cette nouvelle édition de La communication
professionnelle en santé consistent dans la suggestion de diverses pistes de réflexion et dans
la présentation de différents points de vue. Tous les lecteurs y trouveront une source
d’inspiration qui pourra les aider.
Nous recommandons la lecture de cet ouvrage à tous les professionnels de la santé qui
souhaitent s’ouvrir à de nouvelles perspectives concernant leurs relations avec leurs patients,
aux chercheurs intéressés par de nouvelles méthodes pour décrire la communication, aux
théoriciens qui recherchent des points de vue différents, aux enseignants qui souhaitent
renouveler leur approche, enfin aux étudiants qui recherchent des informations sur la
communication avec les patients et qui veulent comprendre comment se servir de la
communication pour mieux soigner.
Jonathan Silverman
le professionnelle
patientdans : des principes
les cursus médicaux et des
Les raisons de la quasi-absence de cours de formation à la communication
pratiques adaptées
La communication : une compétence clinique essentielle
L’univers des professionnels de la santé et l’univers des patients :
deux mondes différents
LUC CÔTÉ
Les lacunes des professionnels de la santé en matière de communication
ÉVELINE HUDON
L’influence de la communication sur la santé
L’apprentissage des compétences en communication
La qualité relationnelle médecin-patient : un fondement
de composition
La la compétence clinique
de l’ouvrage
Partie 1 : Les fonctions génériques et les dimensions de la communication,
L’approche centrée sur1leà patient
chapitres 6 : le fruit de plusieurs influences
Partie 2 : L’essentiel de l’entretien clinique dans le domaine de la santé,
chapitres
Les caractéristiques de7 l’approche
à 14
Partie 3 : L’entretien clinique adapté à la variété des pratiques,
Explorer la maladie et l’expérience de la maladie vécue par le patient
chapitres 15 à 29
Comprendre la personne dans
Partie 4: La communication sa globalité
clinique biopsychosociale
: ses multiples formes et expressions,
chapitres 30 à 37
S’entendre avec le patient sur le problème, les solutions et
Conclusion
le partage des responsabilités
Valoriser la prévention et la promotion de la santé
Établir et développer la relation médecin-patient
Faire preuve de réalisme
Conclusion
La communication quant la quasi-absence de cours de communication dans
la formation des professionnels de la santé.
ces derniers, de façon interchangeable, par les expressions
suivantes : professionnels de la santé, cliniciens, soignants.
professionnel de la santé observe fréquemment une forme
plus ou moins explicite de déni de la part du patient. Il est
et les professionnels de la santé Ensuite, les professionnels de la santé et ceux qui les La communication est au centre de la pratique clinique.
témoin de ses difficultés à accepter les limitations impo-
sées par la maladie et le traitement, et plus généralement
forment ont certaines croyances qui nuisent à la mise en On estime qu’un médecin effectue entre 160 000 et
de ses difficultés à accepter la maladie. Le patient mani-
place d’une formation en communication. Mentionnons-en 200 000 entrevues au cours de sa carrière (Lipkin, Putnam
L’importance de la communication feste ainsi, de manière périodique, des comportements
quelques-unes. Ainsi, ils croient qu’ils ont déjà acquis les et Lazare, 1995). Il ne faut donc pas s’étonner que les
dans le domaine de la santé habiletés communicationnelles et relationnelles soient
qui nient la présence de la maladie. Les divers obstacles
bases de la communication à leur admission en faculté.
qu’il doit surmonter, tels que les coûts, les effets secon-
Une communication professionnelle efficace est essen- Ils pensent également que la manière de communiquer officiellement reconnues comme une compétence clinique
daires et autres soucis, entraînent également des arrêts
tielle à la qualité des soins et en est indissociable. Les ne modifie pas la qualité des soins et que bien communi- essentielle en médecine, en sciences infirmières et en
de traitement plus ou moins longs de sa part. De même,
récentes transformations de la société et du système de quer est certes agréable, mais pas essentiel à l’expertise pharmacie (Collège royal des médecins et chirurgiens du
si ses attentes ne sont pas comblées ou s’il y a des rechutes
santé se sont accompagnées de changements dans la façon médicale. Cette dernière croyance expliquerait en partie Canada, 1996 ; Frank, Snell et Sherbino, 2014 ; Collège
suscitant son découragement, il peut abandonner plus ou
dont les professionnels de la santé et les patients inter le « scotome » concernant la communication dans les pro- des médecins de famille du Canada, 1990, 2009 ; Collège
moins longtemps le traitement. Enfin, lorsque le patient
agissent. Pour s’en convaincre, il suffit de penser aux dif- grammes de formation. De plus, les professionnels de la des médecins du Québec et Ordre des infirmières et infir-
réussit à vaincre tous les obstacles, il doit demeurer res-
férentes influences, parfois contradictoires, auxquelles santé pensent souvent qu’une bonne communication se miers du Québec, 1996 ; Adam, 1991 ; Ordre des pharma-
ponsable de ses autosoins dans la durée…
sont soumis les intervenants : les réformes continuelles résume à une capacité d’écoute et à l’expression d’empa- ciens du Québec, 1998, 2010 ; France, Assemblée natio-
du système de santé et les pressions qu’elles exercent ; les thie. Cette croyance va de pair avec celle selon laquelle la nale, 2002). Ainsi, le Collège des médecins de famille du Dans quel contexte ce cheminement du patient se fait-il ?
contraintes de temps de plus en plus marquées qui pèsent communication est surtout utile dans les cas où le pro- Canada reconnaît que la relation médecin-patient est l’un Un patient, c’est d’abord une personne qui ne veut pas être
sur les contacts entre les professionnels de la santé et les blème médical s’accompagne d’un effet psychologique des quatre axes directeurs de la médecine familiale. De malade et qui préférerait être en santé pour continuer à
patients ; le poids démographique croissant des personnes important. On présente ainsi souvent la formation à l’an- plus, dans un rapport publié en 1996, ProMEDS 2000, qui vivre sa vie de personne normale. C’est quelqu’un qui sou-
âgées ; la prévalence accrue des maladies chroniques ; la nonce d’une mauvaise nouvelle comme la preuve que les marque le début d’une nouvelle ère en éducation médicale haite continuer à avoir des responsabilités, à travailler, à
complexité et la diversité des solutions thérapeutiques ; programmes de formation comportent un enseignement dans la médecine de spécialité au Canada, le Collège royal entretenir des relations avec sa famille, ses amis, sa
la volonté de valoriser l’autonomie des personnes et leur à la communication. Or apprendre à communiquer de des médecins et chirurgiens du Canada (CRMCC) désigne conjointe ou son conjoint. À quoi peut ressembler la réalité
participation active aux soins ; la démocratisation de l’in- façon efficace ne se limite pas à apprendre à communiquer la compétence communicationnelle comme l’une des sept d’un patient et comment cette réalité peut-elle influer sur
formation médicale par les médias, l’internet et la multi- dans les situations cliniques dramatiques, mais est essen- compétences essentielles que doivent maîtriser les méde- sa démarche ? Prenons l’exemple de M. Jypeurien, chez
tude d’outils informatiques personnels pour surveiller sa tiel pour toutes les activités cliniques. cins spécialistes, les six autres étant : l’expertise médicale, qui on vient de diagnostiquer une polyarthrite rhumatoïde.
santé (Topol, 2015). Tous ces phénomènes augmentent les la collaboration, la gestion, la promotion de la santé, l’éru- Ce patient est en colère. La maladie n’est pas la bienvenue
difficultés de communication et militent en faveur d’un S’il est vrai que l’apprentissage de la communication, dition et le professionnalisme. Le cadre de compétences dans son quotidien déjà très chargé. M. Jypeurien veut
changement de vision concernant l’apprentissage de la comme l’apprentissage de toute compétence, exige des qu’il a commencé à définir a été largement adopté et bien suivre le traitement proposé, MAIS :
communication dans les facultés des sciences de la santé efforts, sa maîtrise permet d’obtenir des gains d’efficacité, repris dans les facultés de médecine du monde entier. La • L’entreprise pour laquelle il travaille est en
et les écoles formant aux métiers de la santé. Les profes de gagner du temps, d’augmenter la satisfaction au travail publication récente de L’ébauche du Cadre des compétences difficulté et tous les employés doivent redoubler
sionnels de la santé doivent acquérir non seulement un des professionnels de la santé et la satisfaction des CanMEDS 2015 pour les médecins atteste, à notre avis, de d’efforts pour la maintenir à flot.
savoir technique et clinique, mais également des habiletés patients. Malheureusement, le volume toujours croissant sa pertinence pédagogique et clinique (Frank et autres,
• Sa compagne vient de perdre son emploi,
communicationnelles et relationnelles pour faire face à la de connaissances scientifiques à enseigner oblige les res- 2014).
mauvaise surprise qui compromet l’équilibre
complexité et à la diversité des tâches qui leur incombent. ponsables des programmes universitaires à faire des
financier de la famille.
La maîtrise de la communication en santé ne peut plus choix, notamment celui de limiter la formation à la com-
être considérée comme périphérique par rapport à l’exer munication, comme moindre mal. Cependant, décider de L’univers des professionnels de la santé • Son fils a des problèmes scolaires et aurait besoin
cice de la médecine et, de ce fait, doit faire l’objet d’une limiter l’apprentissage de l’outil le plus utilisé en clinique et l’univers des patients : deux mondes de plus de soutien et d’encadrement.
formation rigoureuse, au même titre que les sciences fon- et le plus durable ne nous semble pas être une décision différents • Sa mère est en perte d’autonomie et son père n’est
damentales et cliniques. Or force est de constater que très sage. plus capable de s’en occuper ; il doit trouver seul
l’enseignement de la communication dans les facultés des Les professionnels de la santé et les patients évoluent dans une solution, car son unique frère demeure à
sciences de la santé reste, encore aujourd’hui, une activité des univers différents, mais qui dépendent l’un de l’autre. 2 500 km.
pédagogique marginale (Silverman, 2009). La communication : La figure I-1 montrant une carte du parcours d’un patient
• Il doit payer le montant de l’hypothèque, faire
atteint de polyarthrite rhumatoïde (PR), avec ses craintes,
une compétence clinique essentielle réparer d’urgence le toit de la maison qui fuit et
ses difficultés, les barrières et les moments de succès,
Les aspects communicationnels et relationnels constituent faire réparer sa voiture qui montre des signes de
Les raisons de la quasi-absence de cours illustre l’univers du patient. Le cheminement du patient
une dimension essentielle de toutes les activités cliniques fatigue…
commence avant le diagnostic, car souvent le patient
de formation à la communication
quotidiennes des professionnels de la santé, qu’il s’agisse retarde le moment de la consultation, bien qu’il sache, Y a-t-il de la place, dans la réalité de M. Jypeurien, pour
professionnelle dans les cursus médicaux de recueillir des données pour poser un diagnostic, de d’après la récurrence et l’intensité des symptômes, qu’il un traitement, un nouveau style de vie, des exercices phy-
Jusqu’à très récemment, le type de relation proposé aux renseigner et de conseiller les patients et leurs familles devrait consulter. Au moment de la rencontre avec le pro- siques et une nouvelle alimentation ? M. Jypeurien est
patients reposait sur l’autorité conférée au médecin par sur la maladie, les habitudes de vie et les traitements pos- fessionnel de la santé et de l’établissement du diagnostic, probablement déjà sollicité au maximum de ses capacités
son expertise. Dans ce contexte, il n’y avait pas vraiment sibles, de prescrire un traitement ou de réconforter les le patient vit plusieurs états d’âme qui le font souvent pour ce qui est de l’adaptation cognitive, émotionnelle et
besoin de formation à la communication, car dans une patients. Ils font partie du quotidien des médecins, des beaucoup hésiter avant de donner son consentement au physique. Ses capacités de réaction et de prise en charge
relation autoritaire il est surtout important de savoir com- infirmières, des pharmaciens et des autres professionnels traitement. Ensuite, lorsqu’il s’engage dans le traitement, sont déjà bien employées ; il sent qu’il ne peut plus rien
ment se faire obéir. Voilà donc une première raison expli- de la santé. Tout au long de cet ouvrage, nous désignons à plusieurs moments, il est tenté de l’interrompre… Le ajouter. M. Jypeurien aura, sans surprise, de la difficulté
frustrant. »
tellement
le professionnel
« C’est
participation à
tement arrivera sans doute assez bas, si seulement il y
Collaboration
de lien avec la maladie. On n’y fait intervenir le patient
de la santé,
de soutien
un groupe
superhéros. »
pense. Si les symptômes sont apparus tout seuls, peut-être
« Je suis un
avec
qu’aux moments où il faut vérifier l’atteinte des objectifs
s’habituer. »
difficile de
disparaîtront-ils tout seuls, pensera-t-il. Ignorer la situa-
« C’est
thérapeutiques ou examiner un problème de réponse ina-
tion ou utiliser la pensée magique sont des solutions déquate au traitement. En fait, le professionnel de la santé
courantes dans sa situation. M. Jypeurien aura un long semble rencontrer l’expression d’un problème, pas une
gestion réussie
de la maladie
Autosoins et
à accepter
cheminement à faire vers l’implantation réussie de son
Difficulté
personne. Il décide des actions cliniques à effectuer. Il
Engagement du patient
dans son traitement
traitement et aura besoin de soutien (Montori, Brito et
Acceptation de la maladie
prend en compte, s’il le veut seulement, les aspects exis-
Murad, 2013).
tentiels de la personne qu’est le patient, ces derniers
Or à quoi ressemblent les lignes directrices médicales aspects ne faisant pas explicitement partie du plan de
de ma maladie avant
qu’elle ne prenne le
prendre le contrôle
FIGURE I.2
au traitement
d’adhésion
Problèmes
Exemple de ligne
directrice pour le
traitement et le Poser le diagnostic de polyarthrite rhumatoïde
suivi d’une
polyarthrite Définir un objectif de rémission
les limitations
imposées par
rhumatoïde
Barrières
à s’y adapter
la maladie et
Difficulté à
m’aident à gérer
ma maladie. »
« Mes actions
Évaluer l’activité de la maladie et émettre un pronostic
a changé. »
« Ma vie
secondaires,
Coûts, effets
Tentatives de changement
soucis
gestion des
de comportements
Mauvaise
Introduire les médicaments ARMM le plus tôt possible
rechutes
Engagement
Prise de conscience
morceaux de verre. »
étaient remplies de
mes articulations
« C’est comme si
• Contre-indication
secondaires sont
et inquiétants. »
• Forte activité de
Succès dans la prise des médicaments et Réponse
la maladie, avec
aller et je travaille
jusqu’où je peux
facteurs pronos-
avec ça. »
Engagement
une maladie de
rhumatoïde est
Réponse Réponse
avec MTX, sauf en cas avec MTX, sauf en cas traditionnel
inadéquate inadéquate
de contre-indication de contre-indication jamais essayé
sans succès
Diagnostic clinique
perception de
auparavant
l’efficacité du
médicament
Mauvaise
de contre-indication
mes limites. »
m’adapter et
à dépasser
la consultation
Parcours d’un
patient atteint
d’arthrite
rhumatoïde
à un essai
Délai avant
FIGURE I.1
initiale
clinique
IV Introduction Introduction V
Les lacunes des professionnels de la santé Or, bien que l’on reconnaisse que le phénomène est com- Les insatisfactions, qui se manifestent à la fois chez les Griffin et autres (2004) ont procédé à la révision d’es-
en matière de communication plexe et multifactoriel, il faut également avouer que la patients et les professionnels de la santé, montrent l’am- sais cliniques aléatoires qui comportaient des interven-
façon dont sont abordés et expliqués le diagnostic, les pleur des lacunes existantes. La formation, en particulier, tions visant à modifier la communication. Ils ont montré
Au cours des dernières décennies, plusieurs travaux ont examens et le traitement joue un rôle non négligeable n’a pas encore permis d’atteindre un niveau de compé- que les interventions amélioraient généralement les pro-
permis de mettre en lumière les lacunes des profession- (Richard et Lussier, 2013). Les recherches menées sur tence professionnel en matière de communication, bien cessus de communication, mais que moins de la moitié
nels de la santé en matière de compétences communica- l’adhésion aux prescriptions faites par les médecins ont que l’importance de la communication ait été officielle- des études recensées avaient mis en évidence un effet
tionnelles et relationnelles. Dans les prochains para- donné des résultats accablants, ce qui constitue un autre ment reconnue (Silverman, Kurtz et Draper, 2013). positif sur les soins. La révision systématique, plus
graphes, nous rapportons des résultats de recherches qui indice du caractère sous-optimal de la communication en récente, de Dwamena et ses collaborateurs (2012), portant
illustrent les conséquences négatives non négligeables Dans le domaine de la santé mentale, le style de com-
santé. Ainsi, dans une tâche clinique aussi classique que sur des interventions visant à promouvoir l’entrevue cen-
d’une communication sous-optimale dans la pratique munication influe sur la capacité à détecter des problèmes
la prescription d’un médicament, les médecins donnent trée sur le patient, a montré des effets généralement posi-
médicale. psychologiques (Goldberg, Jenkins, Millar et Faragher,
souvent aux patients des renseignements incomplets et tifs sur les processus de consultation : clarification des
1993). Lussier, Rosenberg, Beaudoin, Richard et Gagnon
L’examen des résultats des recherches dans le domaine s’intéressent peu aux inquiétudes et aux difficultés liées croyances et des préoccupations des patients, explication
(1998) ont montré qu’au cours de consultations de routine
de la communication en santé révèle un ensemble de pro- à la gestion des médicaments par les patients ; en outre, des diverses possibilités de traitement, expression d’em-
les médecins détectent seulement 30 % des patients pré-
blèmes qui doivent nous interpeler comme cliniciens et au cours des consultations, peu des discussions portent pathie, perception, chez le patient, d’une écoute plus atten-
sentant un indice de détresse psychologique élevé.
pédagogues. D’abord, on note un écart significatif entre sur l’adhésion à la médication (Richard et Lussier, 2006, tive du professionnel de la santé. Cependant, les résultats
l’évaluation des médecins et celle des patients quant à la 2007 ; Lussier, Richard, Thivierge et Rodrigues, 2006 ; Enfin, en matière de prévention et de promotion de la liés au taux de satisfaction, à l’adoption ou aux change-
quantité et à la qualité de l’information échangée au cours Lussier, Richard, Glaser et Roberge, sous presse). santé, des études telles que celle de Beaudoin, Lussier, ments de comportements étaient variables. Les interven-
d’un entretien (Waitzkin, 1984). En général, les médecins Gagnon, Brouillet et Lalande (2001) révèlent que les inter- tions s’adressant à la fois aux professionnels de la santé
De plus, nous savons maintenant qu’il existe une rela- ventions sont généralement superficielles et ne permettent
surestiment la quantité d’information transmise au et aux patients, ainsi que celles ciblant les mesures adap-
tion entre la façon de communiquer et le risque de faire que rarement d’explorer les liens existant entre les fac-
patient et ils sous-estiment leur désir d’information. De tées à un problème de santé, étaient associées à des résul-
l’objet d’une plainte ou d’une poursuite. La force de l’asso- teurs de risque et les problèmes de santé. Les recherches
plus, ils vérifient peu la compréhension que les patients tats favorables pour les processus de communication, la
ciation est telle qu’aux États-Unis plusieurs entreprises montrent en particulier que la discussion sur les habitudes
ont de l’information donnée. Ils ne peuvent alors ni satisfaction et les comportements de santé. Les effets sur
assurant les médecins contre des poursuites en cas d’er- de vie, qui suppose une adaptation au cas par cas, reste
repérer ni corriger les erreurs de compréhension, qui les résultats de soins (pression artérielle, hémoglobine
reurs médicales appliquent des rabais pour ceux qui ont problématique, car le style d’interaction du professionnel
peuvent entraîner des situations cliniques probléma- glyquée, etc.) étaient quant à eux variables, mais généra-
suivi un cours de communication. On estime que de 70 à de la santé et l’organisation de la consultation manquent
tiques. Le médecin comprend souvent mal les raisons lement positifs.
80 % des plaintes et des poursuites judiciaires en matière de souplesse (Goudreau, 2002).
pour lesquelles un patient le consulte (Starfield et autres, médicale sont liées en partie à des problèmes de relation
1981 ; Maguire, Fairbairn et Fletcher, 1986 ; Beckman et ou de communication : perception par le patient d’une UN MODÈLE POUR EXPLIQUER LA FAÇON DONT
Frankel, 1984 ; Marvel, Epstein, Flowers et Beckman, attitude hautaine, échec de l’échange d’information ou L’influence de la communication S’EXERCE L’INFLUENCE DE LA COMMUNICATION
1999). Il accorde une attention insuffisante au contexte manque d’attention, par exemple (Levinson, Roter,
de vie du patient et aux facteurs psychosociaux (Ormel, sur la santé Street, Makoul, Arora et Epstein (2009) proposent un
Mullooly, Dull et Frankel, 1997 ; Beckman, Markakis, modèle pour aider à comprendre la façon dont la commu-
Koeter, Van Den Brink et Van De Willige, 1991 ; Arborelius Suchman et Frankel, 1994 ; Kravitz et autres, 1996). Au
et Bremberg, 1992). Les médecins eux-mêmes recon- LES RÉSULTATS DES ÉTUDES nication peut conduire à de meilleurs résultats en matière
Québec, une vaste étude publiée en 2007 par le Journal de santé. Comme l’illustre la figure I-3, selon eux, il existe
naissent que la communication avec les patients est une Plusieurs synthèses critiques de la littérature ont montré
of the American Medical Association, dans laquelle près de différents moyens d’influer sur les résultats de santé par
de leurs principales difficultés dans l’exercice de leur que certains comportements communicationnels ont une
3 500 finissants en médecine ont été suivis pendant la communication.
profession, en particulier dans le cas des patients atteints influence positive sur les soins. D’après la méta-analyse
10 ans, a montré que les médecins qui s’étaient classés
d’une maladie chronique et ayant des problèmes d’adhé- de Hall, Roter et Katz (1988), portant sur 41 études, l’adhé- La communication pendant l’entretien mené par un
au dernier quartile aux épreuves de communication de
sion (Beaulieu, Leclere et Bordages, 1993). sion aux recommandations et la satisfaction des patients professionnel de la santé1 peut influencer directement
l’examen de fin d’études présentaient un risque significa-
D’après les observations, les médecins adoptent cou- tivement plus élevé de faire l’objet d’une plainte adressée sont d’autant plus fortes à l’issue des consultations que l’état de santé. Cependant, dans la plupart des cas, la com-
ramment avec leurs patients un style d’interaction où ils au Collège des médecins du Québec (Tamblyn et autres, l’on est plus soucieux de répondre aux besoins d’informa- munication influe sur la santé par des voies indirectes.
dominent les échanges, interrompent prématurément 2007). Une autre étude canadienne intéressante, effectuée tion et que l’on cherche à établir une relation de collabo- De fait, elle exerce ses effets sur la santé par l’intermé-
leurs interlocuteurs, posent des questions fermées et dans des centres hospitaliers de soins aigus, a montré que ration plutôt qu’une relation d’autorité. De même, Stewart diaire de ses effets sur la personne : sa compréhension
explorent peu les dimensions psychosociales des pro- la présence de problèmes de communication (par exemple, (1995) a conclu de sa révision systématique, portant sur plus claire de la situation, sa satisfaction en lien avec les
blèmes. Ils adoptent le style de « l’expert qui prend en presbyacousie, cécité, difficulté d’expression verbale, etc.) 21 études de qualité méthodologique supérieure, que la soins prodigués, sa motivation à adhérer au traitement,
charge », même lorsque l’état de santé du patient exigerait chez un patient était associée à un risque d’événements qualité de la communication pendant la collecte d’infor- son sentiment de confiance en l’autre, etc. Ces effets « per-
un style plus « participatif », comme dans le cas du suivi indésirables évitables trois fois plus élevé que chez un mations et pendant la discussion du plan de traitement sonnels » favoriseront ensuite la confiance dans le système
des maladies chroniques. patient n’ayant pas ce type de difficultés (Bartlett, Blais, influe favorablement sur la santé des patients. Diverses de soins, la reconnaissance de la compétence du profes-
Tamblyn, Clermont et MacGibbon, 2008). mesures de résultats ont montré que la communication sionnel de la santé, l’acceptation du traitement et l’enga-
Concernant l’adhésion des patients aux recommanda- améliorait, par ordre décroissant d’importance, la santé gement à son égard, etc. (voir la figure 1.3). Par exemple,
tions des médecins, les données probantes des 30 der- Selon les enquêtes de satisfaction menées auprès des émotionnelle, la disparition des symptômes, l’état fonc- des explications et l’expression claire de soutien pour-
nières années indiquent de façon soutenue des taux de patients, c’est en matière de communication que ces der- tionnel, les mesures physiologiques, telles que la tension raient conduire à une plus grande confiance du patient
non-adhésion variant de 30 à 70 % (DiMatteo et autres, niers ont le plus de critiques à faire aux médecins : 19 % artérielle et la glycémie, et le contrôle de la douleur. dans le médecin et à une meilleure compréhension des
1993 ; Haynes, 2001 ; Desmond et Copeland, 2000 ; des patients disent avoir un problème de communication
DiMatteo, 1994 ; DiMatteo, Haskard-Zolnierek et Martin, avec leur médecin (Bertakis, Roter et Putman, 1991 ; 1. Les termes « entrevue » et « entretien » seront utilisés de façon interchangeable dans ce volume. Le premier est employé plus couramment en Amérique,
2012 ; Martin et Di Matteo, 2013 ; Vrijens et autres, 2012). Robbins et autres, 1993 ; Rowland-Morin et Carroll, 1990). alors que le second est davantage utilisé dans les pays européens francophones.
X Introduction Introduction XI
entre le médecin et l’infirmière (chapitre 32), entre le accepter des traitements correspondant aux connais- sance ne permet jamais d’offrir une certitude à un indi- Beaulieu, M.-D., H. Leclere et G. Bordages (1993). « Taxonomy of difficulties
in general practice », Canadian Family Physician, vol. 39, p. 1369-1375.
médecin et le pharmacien (chapitre 33) et entre médecins sances actuelles, tout en respectant son autonomie ? Si, vidu donné. Toutefois, c’est l’approche la plus rigoureuse Becker, M.H. (1974). The health belief model and personal health behavior,
(chapitre 35). Est aussi abordée la communication entre en dernière analyse, c’est bien le patient qui doit décider, et la plus robuste dont nous disposons. Elle doit donc, à Thorofare (New Jersey), Charles B. Slack.
Beckman, H.B., et R.M. Frankel (1984). « The impact of physician behavior
le pharmacien et le patient (chapitre 34). jusqu’à quel point le professionnel peut-il tenter de notre avis, guider le professionnel de la santé dans ses on the collection of data », Annals of Internal Medicine, vol. 101, no 5,
l’influencer ? Jusqu’à quel point peut-il « éduquer » le rôles de conseiller, d’éducateur et de soignant auprès du p. 692-696.
Les deux derniers chapitres ont trait à l’influence des Beckman, H.B., K.M. Markakis, A.L. Suchman et R.M. Frankel (1994). « The
patient lorsqu’on sait, en fait, que c’est une façon de le patient. doctor-patient relationship and malpractice : Lessons from plaintiff depo-
technologies de l’information et de la communication sur sitions », Archives of Internal Medicine, vol. 154, no 12, p. 1365-1370.
convaincre ? Est-il raisonnable de ne pas présenter
la communication en santé. L’un porte sur l’effet de l’inter- La différence de connaissances et de pouvoir (pouvoir Bertakis, K.D., D. Roter et S.M. Putman (1991). « The relationship of physi-
d’arguments pour soutenir une approche fondée sur les cian medical interview style to patient satisfaction », The Journal of Family
net (chapitre 36), et l’autre, sur l’effet de l’utilisation des d’agir pour soigner, de commander des soins, de faire des Practice, vol. 32, no 2, p. 175-181.
données scientifiques ?
dossiers médicaux électroniques (chapitre 37). Nous dis- opérations, de prescrire, etc.) entre le professionnel de la Bykerk, V.P., P. Akhavan, G.S. Hazlewood, O. Schieir, A. Dooley, B. Haraoui,
santé et le patient existe bel et bien et est irréductible M. Khraishi, S.A. Leclercq, J. Légaré, D.P. Mosher, J. Pencharz, J.E. Pope,
posons maintenant d’outils électroniques qui exercent Selon plusieurs auteurs, l’approche dite « paternaliste » [Link], C. Thorne, M. Zummer et C. Bombardier (2012). « Canadian
une influence grandissante sur la communication entre n’est plus compatible avec les valeurs dominantes et l’évo- (Korsch et Harding, 1997). Cette asymétrie de la relation Rheumatology Association recommendations for pharmacological mana
gement of rheumatoid arthritis with traditional and biologic disease-
les professionnels de la santé et les patients. Ces dimen- lution technologique de notre époque (Miller et Wertheimer, implique-t-elle pour autant l’absence de respect du pro- modifying antirheumatic drugs », The Journal of Rheumatology, vol. 39,
sions, rarement abordées dans les livres consacrés à la 2007 ; Topol, 2015), qui appelleraient à une démocratisa- fessionnel de la santé à l’égard du patient ? Bien sûr que no 8, p. 1559-1582.
Collège des médecins de famille du Canada (1990). Rapport du comité
communication en santé, sont pourtant essentielles, étant tion de l’approche des soins de santé. Aujourd’hui, quali- non ! (Pilnick et Dingwall, 2011 ; Loignon et Boudreault- conjoint de la formation postdoctorale en médecine familiale sur le pro-
donné les changements qui s’annoncent dans l’organisa- fier une approche biomédicale de « paternaliste » est, Fournier, 2012). Cette asymétrie ne confère aucune supé- gramme de résidence en médecine familiale, Willowdale, Collège des
médecins de famille du Canada.
tion des services de santé. d’une part, l’expression d’une condamnation et, d’autre riorité au professionnel de la santé et elle ne peut en aucun Collège des médecins de famille du Canada, groupe de travail sur la révision
part, une suggestion de remplacement par une approche cas justifier des comportements autoritaires et abusifs. du cursus (2009). Rôles CanMEDS – Médecine familiale, Mississauga
(Ontario), Collège des médecins de famille du Canada, version électro-
plus participative. Pourtant, une approche biomédicale Les professionnels de la santé et les patients sont plutôt nique en fichier PDF (http ://[Link]/uploadedFiles/Education/
stricte a sa place dans certaines circonstances, en situation dans un rapport entre interlocuteurs différents, mais CanMeds %20FM %20Final %20FR %20oct %[Link]).
Conclusion critique, par exemple. La volonté d’abandonner l’attitude égaux, que dans un rapport de supérieur à inférieur. Nous
Collège des médecins du Québec et Ordre des infirmières et infirmiers du
Québec (1996). Avis du groupe de travail conjoint sur la transformation
« paternaliste » a, dans certains cas, conduit à des dérives, suggérons de cultiver un « rapport de différences », dans du réseau, Montréal, CMQ et OIIQ.
Nous espérons que la lecture de ce livre vous convaincra Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada (1996). ProMEDS
le professionnel de la santé voulant jouer un rôle d’ « infor- lequel chacun apporte ses contributions particulières. Il 2000. Compétences pour le nouveau millénaire : rapport du groupe de
de la nécessité de placer la communication au cœur de
mateur neutre » n’osant plus être affirmatif même dans s’agit de comprendre et d’utiliser ce rapport de différences travail sur les besoins sociétaux, Projet canadien d’éducation des méde-
votre rôle professionnel et vous encouragera à élargir cins spécialistes, Ottawa, Collège royal des médecins et chirurgiens du
le domaine qui relève de sa compétence. Or cela revient, au bénéfice du patient. Pour ce faire, la première étape Canada, version électronique en version PDF (http ://[Link]-
votre palette d’outils de communication. Pour conclure, [Link]/documents/pdf/mesure/reference/4.CRoyal_ProMEDS_2000.
dans les faits, à déserter des rôles que nous jugeons cen- consisterait à reconnaître et à réhabiliter l’étude des
nous vous proposons une analyse critique ainsi que l’ex- pdf).
traux pour la pratique des métiers de la santé. En effet, influences mutuelles entre les personnes et des moyens Conseil des académies canadiennes (2014). Culture scientifique : qu’en est-il
pression de souhaits concernant l’évolution de l’étude et au Canada ?, Ottawa (Ontario), Comité d’experts sur l’état de la culture
nous croyons qu’il revient au professionnel de la santé de utilisés pour influencer quelqu’un en passant par la
de la pratique de la communication professionnelle en scientifique au Canada, Conseil des académies canadiennes, 288 pages.
continuer à éduquer le patient et de chercher à l’influen- parole : l’argumentation, la persuasion, le dialogue, etc. Desmond, J., et L.R. Copeland (2000). Communicating with today’s patient :
santé. Essentials to save time, decrease risk, and increase patient compliance,
cer dans ses décisions en matière de santé, pour que ces (Salmon, 2015 ; Richard et Lussier, 2013 ; voir aussi les
San Francisco, Jossey-Bass.
Il est maintenant reconnu que le professionnel de la dernières correspondent aux connaissances médicales. chapitres 2 et 8 de cet ouvrage). Dans le contexte d’une DiMatteo, R.M. (1994). « The physician-patient relationship : Effects on the
santé et le patient exercent, dans le contexte d’une relation interaction, l’enjeu est, pour le professionnel de la santé, quality of health care », Clinical Obstetrics and Gynecology, vol. 37, no 1,
Le professionnel de la santé doit en fait disposer d’une p. 149-161.
asymétrique, une influence mutuelle qu’il convient d’étu- palette de relations allant de la prise en charge du patient de raisonner avec le patient, l’un et l’autre ayant un rôle DiMatteo, M.R., K.B. Haskard-Zolnierek et L.R. Martin (2012). « Improving
précis, dans le but d’arriver à des conclusions coconstruites, patient adherence : A three factor model to guide practice », Health
dier. Traditionnellement, l’étude et la description de cette au rôle de partenaire pour pouvoir choisir celle qui Psychology Review, vol. 6, no 1, p. 74-91.
influence et des moyens qui y sont associés faisaient appel s’adapte le mieux à chaque situation. et surtout qui seront mises en pratique par le patient. DiMatteo, M.R., C.D. Shelbourne, R.D. Hays, L. Ordway, R.L. Kravitz,
L’avenir nous dira si cette évolution que nous souhaitons E.A. McGlynn, S. Kaplan et W.H. Rogers (1993). « Physicians’ characte
à la rhétorique, aux techniques de persuasion ou à l’argu- ristics influence patients’ adherence to medical treatment : Results from
mentation. Pour des raisons historiques, ces approches Dans le contexte actuel de démocratisation des se produira. Elle permettrait de sortir de l’unidimension- the Medical Outcomes Study », Health Psychology, vol. 12, no 2, p. 93-102.
approches en matière de santé, les nouveaux défis sont nalité actuelle de la communication en santé. Drolet, M.-J., M. Lalancette et M.-E. Caty (2015). ABC de l’argumentation :
sont désormais associées à la manipulation, à des échanges pour les professionnels de la santé, Québec, Presses de l’Université du
de préserver la confiance du patient en ses soignants et
déplaisants ou même menaçants, voire aux querelles. En Québec.
de maintenir leur capacité d’influence sur ce dernier dans Dwamena, F., M. Holmes-Rovner, C.M. Gaulden, S. Jorgenson, G. Sadigh,
réalité, elles concernent plutôt l’utilisation de justifica- A. Sikorskii, S. Lewin, R.C. Smith, J. Coffey, A. Olomu et M. Beasley (2012).
leur domaine spécifique de compétence. Le défi du
tions, de raisons ou de raisonnements visant à proposer,
xxie siècle est de trouver la manière dont les professionnels
Références « Interventions for providers to promote a patient-centred approach in
clinical consultations », The Cochrane Database of Systematic Reviews,
à soutenir ou à réfuter un point de vue, dans un processus Adam, E. (1991). Être infirmière : un modèle conceptuel, 3e édition, Montréal, vol. 12.
de la santé peuvent guider le patient dans la gestion des Études vivantes. France, Assemblée nationale (2002). Loi n° 2002-303 du 4 mars 2002 rela-
d’influence mutuelle inévitable (Drolet, Lalancette et Caty,
multiples sources d’information, des nombreuses Arborelius, E., et S. Bremberg (1992). « What does a human relationship tive aux droits des malades et à la qualité du système de santé, Legifrance.
2015). with the doctor mean ? », Scandinavian Journal of Primary Health Care, [Link], version électronique en fichier web (http ://[Link].
influences et des pratiques diverses. À notre avis, cela vol. 10, p. 163-169. fr/[Link] ?cidTexte=JORFTEXT000000227015&dateTexte=&cate
S’il est maintenant admis que le professionnel de la passe par une réflexion continuelle sur ce que nous avons Aspegren, K. (1999). « BEME Guide No. 2 : Teaching and learning commu- gorieLien=id).
nication skills in medicine. A review with quality grading of articles », Frank, J.R., L. Snell et J. Sherbino (2014). L’ébauche du Cadre des compétences
santé et le patient collaborent en vue d’atteindre des objec- appelé « l’approche professionnelle de la communication Medical Teacher, vol. 21, no 6, p. 563-570. CanMEDS 2015 pour les médecins (Série III), Ottawa (Canada), Collège
tifs de soins, il est cependant difficile de décrire précisé- en santé ». Cette réflexion permanente, mais dont les Aspegren, K., et P. Lonberg-Madsen (2005). « Which basic communication royal des médecins et chirurgiens du Canada, version électronique en
skills in medicine are learnt spontaneously and which need to be taught fichier PDF (http ://[Link]/portal/page/portal/rc/common/
ment en quoi consiste cette collaboration dans la pratique conclusions sont temporaires et toujours remises en and trained ? », Medical Teacher, vol. 27, no 6, p. 539-543. documents/canmeds/framework/canmeds2015_framework_series_
III_f.pdf).
(Salmon, 2015). Plusieurs questions émergent. Par cause, devrait permettre de s’adapter à une société et à Bartlett, G., R. Blais, R. Tamblyn, R.J. Clermont et B. MacGibbon (2008).
« Impact of patient communication problems on the risk of preventable Giddens, A. (1987). La constitution de la société : éléments de la théorie de la
exemple, comment le médecin peut-il être à la fois un une technologie qui évoluent rapidement. L’approche adverse events in acute care settings », Canadian Medical Association structuration, Paris, Presses universitaires de France.
partenaire et un expert ? Comment concilier le savoir scientifique visant à accroître la connaissance médicale Journal, vol. 178, no 12, p. 1555-1582. Goldberg, D.P., L. Jenkins, T. Millar et E.B. Faragher (1993). « The ability of
Beaudoin, C., M.-T. Lussier, R.J. Gagnon, M.-I. Brouillet et R. Lalande (2001). trainee general practitioners to identify psychological distress among
scientifique spécialisé du professionnel de la santé, d’une est liée à la recherche et à la nature probabiliste de ses « Discussion of lifestyle-related issues in family practice during visits their patients », Psychological Medicine, vol. 23, no 1, p. 185-193.
part, et le respect du savoir « profane » et des croyances résultats. Dans le domaine scientifique, nous arrivons with general medical examination as the main reason for encounter : An Goudreau, J. (2002). Améliorer les pratiques préventives des médecins : une
exploratory study of content and determinants », Patient Education and recherche action, rapport de recherche à la Régie régionale de la santé
du patient, d’autre part ? Comment amener un patient à rarement à des conclusions définitives et cette connais- Counseling, vol. 45, no 4, p. 275-284. et des services sociaux de Laval.
XIV Introduction
partie 1
Les fonctions génériques
et les dimensions
de la communication
CHAPITRE 1 Un modèle descriptif de l’usage
de la communication dans le domaine de la santé
CHAPITRE 2 Une approche dialogique de la consultation
CHAPITRE 3 Les enjeux éthiques de la communication
CHAPITRE 4 Les métaphores et les modèles de relation
clinicien-patient
CHAPITRE 5 Les manifestations et les composantes
d’une relation
CHAPITRE 6 Comprendre les représentations et les croyances
liées à la santé et à la maladie : une première étape
vers un dialogue
chapitre 1
7
L’approche
Un clinique de
modèle descriptif centrée
l’usagesur
de la
le patient : desdans
communication principes et desde la santé1
le domaine
pratiques adaptées
CLAUDE RICHARD, MARIE-THÉRÈSE LUSSIER, SOPHIE GALARNEAU et OLIVIER JAMOULLE
La problématique
LUC CÔTÉ
ÉVELINE HUDON
Les fondements et l’élaboration du modèle
Les fondements du modèle
La qualité relationnelle médecin-patient : un fondement
L’élaboration du modèle
de la compétence clinique
La compétence en communication et le modèle
L’approche centréedesur
Une définition le patient : le
la compétence en fruit de plusieurs
communication influences
dans le domaine de la santé
Le modèle et son outil didactique
Les caractéristiques de l’approche
La première métacatégorie
Explorer la maladie :etlesl’expérience
fonctions génériques et les dimensions
de la maladie vécue par de
le la communication
patient
Cercle 1 : les fonctions de la communication
Comprendre la personne
Cercle 2 : les dimensions dedans sa globalité biopsychosociale
la communication
S’entendre avec le patient sur le problème, les solutions et
La deuxième métacatégorie : l’essentiel de l’entrevue médicale : les guides Calgary-Cambridge
le partage des responsabilités
Cercle 3 : les tâches transversales de l’entrevue
Valoriser la prévention
Cercle 4 : les et la promotion
tâches séquentielles de la santé
de l’entrevue
Établir métacatégorie
La troisième et développer: les
la relation
entrevuesmédecin-patient
adaptées à la variété des pratiques cliniques
et desFaire
contextes de soins
preuve de réalisme
Cercle 5 : les groupes d’âge et le genre
Des Cercle 6 : les clientèles particulières
manières de se centrer sur le patient en pratique
Cercle 7 : les situations spécifiques et les sujets délicats
Une radiographie pour Charles-Antoine
Cercle 8 : les contextes de pratique et les types de relations
L’adénopathie cervicale
La quatrième métacatégorie : les multiples formes et expressions de la communication clinique
La non-observance
Cercle thérapeutique
9 : les interlocuteurs autres que les patients
Cercle
Un 10 :de
arrêt lestravail
moyens de communication
pour Anne-Sophie
Des exemples
L’impassed’utilisation de la roulette combinatoire
décisionnelle
Pour des supervisions cliniques ou des simulations d’entrevues
Pour produire du matériel pédagogique
Conclusion
Conclusion
La roulette La roulette
combinatoire de combinatoire de 1) Lexique
la communication la communication Rx : médicaments CH : centre hospitalier
ITSS : infections transmissibles sexuellement et par le sang N/A : non applicable
professionnelle, professionnelle,
en son recto en son verso
2) Les dix constituantes de la communication regroupées en quatre métacatégories (1)
1 Les fonctions génériques et les dimensions de la communication 1. Échanger de l’information
Établir une relation
2. Dimensions cognitive, affective et socioculturelle
2 L’essentiel de l’entrevue médicale : les guides Calgary-Cambridge 3. Les tâches transversales
4. Les tâches séquentielles
3 Les entrevues médicales adaptées à la variété des pratiques 5. Âge et genre
cliniques 6. Clientèles particulières
7. Situations spécifiques et sujets délicats
8. Contextes ou milieux de soins
4 La communication médicale : ses multiples formes et expressions 9. Autres interlocuteurs
10. Moyens
4) Cette roulette combinatoire a été conçue dans le cadre des travaux du conseil de compétence en communication dirigés par le CPASS (1)
Expertises des membres du conseil de compétence en communication (Faculté de médecine de l’Université de Montréal)
• Dr Joseph Ayoub, coprésident, oncologue • Dre Sophie Galarneau, médecin de famille
• Dr Olivier Jamoulle, coprésident, pédiatre • M. François Lagarde M.A., expert-conseil en marketing social
• Dre Andrée Boucher, endocrinologue, vice-doyenne à la pédagogie et au et en communication
développement professionnel continu, directrice du secteur Compétences • Dre Maude Lefebvre, médecin-résident en génétique
du Centre de pédagogie appliquée en sciences de la santé (CPASS) • Dre Marie-Thérèse Lussier, médecin de famille
• Dre Josée Dubois, radiologue • Dr Claude Richard, M.A., Ph.D. (psychologie), expert en communi-
• Dre Marie-Josée Dupuis, gynécologue-obstétricienne cation
5) Références
1. Richard C, Lussier MT, Galarneau S, 2. Kurtz S, Silverman J, Benson J, et al. 3. Silverman J, Kurtz S, Draper J. Skills 5. Lussier, MT, Richard C. En l’absence
Jamoulle O. Compétence en commu- Marrying content and process in for communicating with patients. de panacée universelle. Répertoire
nication professionnelle en santé. clinical method teaching: Enhancing 2e édition, Éditions Radcliffe, 2005. des relations médecin-patient.
Pédagogie médicale, 2010 ; 11(4) : the Calgary-Cambridge guides. 4. Kurtz S, Silverman J, Draper J. Canadian Family Physician, 2008 ;
255-272. Academic Medicine, 2003 ; 78 : Teaching and learning communication 54 : 1096-1099.
802-809. skills in medicine. 2 édition, Éditions
e
Note : les couleurs indiquées apparaissent ici sous forme de nuances de gris. Radcliffe, 2005.
6 PARTIE 1 • Les fonctions génériques et les dimensions de la communication CHAPITRE 1 • Un modèle descriptif de l’usage de la communication dans le domaine de la santé 7
La première métacatégorie : au sujet du diagnostic, du traitement et du pronos-
tic (Richard et Lussier, 2009 ; voir le chapitre 23) ;
dans les limites de ce qui est socialement et
médicalement admis ;
être capable de ressentir et d’exprimer, selon les circons-
tances, de la sympathie, de la compassion et de l’empathie.
les fonctions génériques et les • adapter l’information au moyen de communication • établir et maintenir une relation fondée sur la
dimensions de la communication utilisé (la parole, l’écrit, le téléphone ou la commu-
nication électronique) ;
confiance, l’éthique et le respect, notamment,
La deuxième métacatégorie :
des convictions et des croyances des patients et
La première métacatégorie définit les deux fonctions
inhérentes à toute communication (cercle 1) et indique
• vérifier la compréhension de l’information de leurs proches (sauf les exceptions prévues par l’essentiel de l’entrevue médicale :
les trois dimensions (cercle 2) à prendre en compte dans
transmise ; le code de déontologie et la loi) ;
les guides Calgary-Cambridge
• faire la distinction entre : • établir et maintenir une relation où le profession-
une communication. Nous recommandons l’approche Calgary-Cambridge
−− informer, nel de la santé guide le patient dans sa démarche
thérapeutique (exercice d’un leadership) ; (Silverman et autres, 2013 ; Kurtz et autres, 2005 ; voir le
−− expliquer (exemple : à quoi attribuer la maladie),
Cercle 1 : les fonctions • exercer une influence (convaincre et éduquer) sur
chapitre 10 sur l’approche Calgary-Cambridge) pour l’en
−− user de raisonnements et d’arguments dans seignement de l’entrevue médicale, parce qu’elle intègre
de la communication le patient en ce qui a trait aux questions médicales ;
le dialogue, les principes du modèle de la relation centrée sur le
Dans ce premier cercle, nous incluons les deux fonctions −− analyser les raisonnements ou les arguments de • gérer les éventuels conflits interpersonnels et les patient et qu’elle s’appuie sur des données probantes tant
principales de la communication professionnelle : échan- l’interlocuteur et en proposer de nouveaux, plus désaccords, par exemple sur les définitions du dans le domaine de la santé que dans celui de l’éducation.
ger de l’information et établir une relation. En communi conformes à la réalité scientifique, si nécessaire. problème, les objectifs, le choix et les modalités de
cation professionnelle en santé, ces deux fonctions sont traitement et les rôles de chacun (Beaudoin, 1999). Cette deuxième métacatégorie présente donc l’entrevue
nécessaires aussi bien dans les communications que les En plus des capacités mentionnées ci-dessus, l’échange médicale générique selon le modèle Calgary-Cambridge,
efficace de l’information avec les collègues, les étudiants, Établir une relation dans le cadre d’entretiens avec des ainsi que les préalables de sa mise en œuvre. Nous plaçons
professionnels de la santé entretiennent avec les patients
les membres de l’équipe soignante ou du personnel de collègues, des étudiants, des membres de l’équipe d’abord les tâches transversales de l’entrevue (cercle 3),
que dans celles qu’ils entretiennent avec l’ensemble des
soutien se manifeste par l’aptitude à : soignante ou du personnel de soutien se manifeste par la puis les tâches séquentielles de l’entrevue (cercle 4).
individus qu’ils rencontrent dans l’exercice de leurs fonc-
capacité à :
tions. Elles nous semblent centrales dans le cadre d’inter- • déterminer les contenus à présenter en tenant La maîtrise des habiletés de communication fondamen-
ventions en santé et constituent en fait deux compétences compte du rôle et du statut de l’interlocuteur ; • faire preuve de courtoisie, de respect, d’honnêteté, tales énumérées ci-dessous s’avère un préalable pour la
que les professionnels de la santé doivent maîtriser. • prendre en compte le contexte dans lequel la c’est-à-dire traiter les divers interlocuteurs avec mise en œuvre de l’entrevue médicale. Voici quelques
communication a lieu (public ou privé). égard, considération et respect par la parole et par exemples d’habiletés de communication essentielles à la
La capacité à échanger efficacement de l’information les gestes ;
doit être placée au centre de la formation du professionnel réalisation d’un entretien avec un patient ou ses proches :
de la santé, étant donné la nature du travail à effectuer : • établir et maintenir des relations de travail profes- • Poser des questions ouvertes ou fermées de façon
ÉTABLIR UNE RELATION sionnelles, en tout temps respectueuses de la
poser un diagnostic, informer le patient ou une équipe de judicieuse.
soins, suggérer un traitement et assurer un suivi. Cepen Les relations que le professionnel de la santé noue dans dignité de l’interlocuteur et correspondant au rôle
• Écouter attentivement.
dant, l’échange d’information se situe toujours dans le l’exercice de ses fonctions présentent des particularités. attendu de chacun dans le contexte.
Il faut tenir compte des limites dans le temps, dans • Interrompre avec tact l’interlocuteur, si nécessaire.
cadre d’une relation qui modulera l’ensemble des entre-
tiens entre le professionnel de la santé et le patient. Les l’espace et dans les objets de discussion reconnus comme • Reconnaître les indices verbaux et non verbaux
renseignements seront échangés et les relations établies pertinents dans ce type de relations, ainsi que du rôle Cercle 2 : les dimensions émis par l’interlocuteur et y répondre.
avec plusieurs types de personnes, le patient d’abord, mais particulier qu’un professionnel de la santé doit y jouer. de la communication • Faire des résumés périodiquement.
aussi ses proches, l’ensemble des collègues et les autres De surcroît, il est important de comprendre la nature
Dans le deuxième cercle, nous incluons les dimensions • Annoncer les transitions.
membres de l’équipe de soins. thérapeutique de la relation entretenue avec un patient et
socioculturelle, cognitive et affective dont le professionnel • Utiliser judicieusement le reflet et l’empathie.
ses proches, en particulier son caractère asymétrique. Le
de la santé doit tenir compte lorsqu’il gère les aspects
professionnel de la santé possède une compétence en • Vérifier sa propre compréhension des faits, des
ÉCHANGER DE L’INFORMATION interactifs des entretiens avec ses interlocuteurs, au cours
santé, mais le patient possède une expérience de la mala- représentations et des perceptions rapportées.
de l’exercice de ses fonctions.
Échanger efficacement de l’information avec les patients die et de ses symptômes (McWhinney, 1985 ; Levenstein, • Vérifier la compréhension qu’ont le patient ou
et leurs proches se manifeste par la capacité à : McCracken, McWhinney, Stewart et Brown, 1986). Dans la dimension socioculturelle, il s’agit d’être capable ses proches du problème, de l’investigation ou du
• comprendre leur expression verbale et Établir une relation avec les patients et leurs proches d’adapter ses propos en fonction des caractéristiques traitement.
paralinguistique ; dans un cadre thérapeutique se manifeste par la capacité à : sociales de la personne, comme sa religion, son apparte-
De plus, le professionnel de la santé doit démontrer
• comprendre leur langage non verbal ; nance culturelle, son statut économique, etc.
• faire preuve de courtoisie, de respect, d’honnêteté une capacité à :
• utiliser une information scientifiquement valide, et de sensibilité, c’est-à-dire traiter les patients et Dans la dimension cognitive, il faut être capable d’adap- • lever les obstacles à la communication, que ceux-ci
basée sur des données probantes, pour appuyer les leurs proches avec égard et considération par la ter ses propos aux habiletés cognitives de la personne, à relèvent de la personne (déficit de la vue, de l’ouïe,
opinions médicales ; parole et par les gestes ; ses représentations et à son niveau d’éducation et de litté de la parole, réduction de la mobilité ; voir le cha-
• déterminer les contenus à présenter en tenant • préserver leur dignité, leur amour-propre, leur ratie en matière de santé. pitre 21), de l’environnement (bruit, organisation
compte du contexte de soins, de la nature du pro- fierté ou leur honneur ; Enfin, pour ce qui est de la dimension affective, il s’agit spatiale) ou de la situation clinique (douleur aiguë,
blème de santé, des caractéristiques des individus • établir et maintenir une relation chaleureuse, d’être capable de reconnaître les sentiments et les émo- fatigue, nausée, etc.) ;
et de leurs besoins ; accueillante, dans le respect de son rôle profes tions de son interlocuteur et d’exprimer cette compréhen- • utiliser la langue d’usage de son interlocuteur et
• adapter l’information au niveau de littératie de sionnel, des prescriptions morales, sociales et sion sans blesser, heurter ou gêner d’une quelconque employer le langage paralinguistique et non verbal
l’interlocuteur en matière de santé, en particulier religieuses attendues par la personne, et ce, manière. Par exemple, le professionnel de la santé doit de façon culturellement appropriée.
8 PARTIE 1 • Les fonctions génériques et les dimensions de la communication CHAPITRE 1 • Un modèle descriptif de l’usage de la communication dans le domaine de la santé 9
Cercle 3 : les tâches transversales Cercle 5 : les groupes d’âge et le genre • les problèmes en lien avec la pauvreté, un milieu Cercle 8 : les contextes de pratique et
de l’entrevue défavorisé ; les types de relations
Dans le cinquième cercle, nous tenons compte du genre
(ou du sexe) et des différents groupes d’âge des patients • les problèmes de toxicomanie ;
Les tâches transversales sont celles qui ont cours tout le Dans ce huitième cercle, nous énumérons différents
long de l’entrevue : structurer l’entrevue et construire la que le professionnel de la santé est amené à rencontrer • un faible niveau de littératie en santé ; contextes de pratique et nous proposons une typologie des
relation (voir le chapitre 10 sur l’approche Calgary- dans sa pratique, ces deux éléments influençant la com • une maladie en phase terminale ; relations susceptibles de s’y établir.
Cambridge ; Silverman et autres, 2010, 2013). munication informationnelle et relationnelle. Au cours de • une culture et une langue différentes.
• Structurer l’entrevue signifie organiser le déroule- sa formation et tout au long de sa carrière, le profes-
sionnel de la santé interagira ainsi avec les types de LES CONTEXTES DE PRATIQUE
ment des rencontres selon une structure logique et
fluide, dans le respect des aspects affectifs et rela- patients suivants : Cercle 7 : les situations spécifiques et Le contexte de pratique modifie l’échange d’information
tionnels des entretiens. • le nourrisson et ses parents ou tuteurs ; les sujets délicats et la relation que le professionnel de la santé peut entre-
• Construire la relation fait appel aux capacités • l’enfant d’âge préscolaire (de 0 à 5 ans) et ses tenir avec son patient, ses collègues et ses collaborateurs.
Nous regroupons ici les situations spécifiques et les
Les principaux lieux sont :
présentées dans la première métacatégorie, mais parents ou tuteurs ; sujets délicats qui exigent du professionnel de la santé
requiert également une attention particulière por- • l’enfant d’âge scolaire (de 6 à 12 ans) et ses une utilisation d’habiletés de communication sophisti- • le service des urgences, en centre hospitalier ;
tée aux moyens mis en œuvre (voir le cercle 8 et le parents, tuteurs ; quées (voir le chapitre 8 sur les fonctions de l’entrevue • le service des soins intensifs, en centre hospitalier ;
diagramme de la figure 1.3 sur les différents types médicale et les stratégies communicationnelles, le cha-
• l’adolescent ou l’adolescente, avec ou sans ses • le service des soins aigus, en centre hospitalier ;
de relations en fonction des contextes de soins). pitre 18 sur la gestion des émotions et le chapitre 13 sur
parents, tuteurs ou amis ; • le service des soins de longue durée, en centre
les médicaments).
• le jeune adulte, seul ou accompagné ; hospitalier ;
Cercle 4 : les tâches séquentielles Voici une liste partielle des principales situations
• l’adulte, seul ou accompagné ; • le cabinet médical, avec ou sans rendez-vous ;
spécifiques :
de l’entrevue • la personne âgée, seule ou accompagnée. • le domicile du patient (voir le chapitre 29 sur la
• la gestion des émotions ;
Dans ce cercle, nous trouvons les tâches séquentielles, Le professionnel de la santé devra moduler sa commu- communication en soins à domicile).
c’est-à-dire les étapes de l’entrevue qui se déroulent habi- • la gestion d’un état de crise ;
nication en fonction du stade de développement cognitif, Ces divers contextes de pratique favorisent, à notre
tuellement dans l’ordre ci-dessous. • la gestion de l’incertitude et des risques ;
affectif et relationnel du patient, associé aux différentes avis, certains types de relations et de communication. Il
1. Commencer l’entrevue. périodes du cycle de la vie (Marsh et Gilmore, 1991). • des complications inattendues ou une erreur
ne s’agit pas d’une association exclusive, mais d’une cor-
2. Recueillir l’information. L’adolescence est une période qui peut poser des difficul- médicale ;
respondance entre le rôle du professionnel de la santé, le
3. Communiquer durant l’examen physique ou un tés au professionnel de la santé pour l’établissement d’une • une demande inappropriée ; lieu et la nature des problèmes qui y sont habituelle-
acte technique. relation. C’est pendant l’adolescence et le début de l’âge • l’inobservance ou la non-adhésion au plan de ment rencontrés.
adulte que la différence de genre influence le plus la com- traitement.
4. Expliquer le diagnostic, l’investigation et le plan
munication (voir le chapitre 16 sur les adolescents). Les
de traitement pharmacologique et non pharmaco- Et voici une liste partielle des principaux sujets LES TYPES DE RELATIONS
gestes et la communication pendant l’examen physique
logique (habitudes de vie), puis planifier le suivi. délicats qui pourraient faire l’objet d’une discussion
devront également s’adapter au genre du patient, dans le Il est essentiel que le professionnel de la santé développe
5. Terminer l’entrevue. durant l’entrevue :
respect de la pudeur et de l’intimité de celui-ci. une sensibilité au contexte et aux rôles distincts qu’il est
• la consommation d’alcool, de drogues et de appelé à y jouer pour être en mesure d’adapter sa commu
médicaments ; nication. Nous reprenons la typologie des relations
La troisième métacatégorie : Cercle 6 : les clientèles particulières • l’orientation ou les comportements sexuels ; « professionnel de la santé-patient » proposée par Lussier
et Richard (2008), qui repose sur deux caractéristiques
les entrevues adaptées Nous regroupons ici un ensemble de clientèles particu-
lières du point de vue clinique ou social, dont les caractéris
• une situation d’abus physique et psychologique ;
• le niveau de soins ;
cliniques des problèmes présentés par le patient, respec-
à la variété des pratiques tiques augmentent la complexité des situations cliniques. • une mauvaise nouvelle à annoncer (voir le chapitre
tivement leur chronicité (aigus ou chroniques) et leur
gravité (bénins ou graves) :
cliniques et des contextes La communication avec ces personnes exige du profes-
sionnel de la santé qu’il fasse appel à des habiletés de
19 sur l’annonce d’une mauvaise nouvelle).
• l’expertise-prise en charge ;
de soins communication sophistiquées. Voici une liste partielle des Le professionnel de la santé devra, en particulier, être
• l’expertise-guidance ;
particularités cliniques ou sociales qui exigent une adap- capable de :
Cette métacatégorie présente des familles de situations • le partenariat ;
tation de l’entrevue : • reconnaître les enjeux de communication propres
auxquelles le professionnel de la santé sera exposé au
à chacune des situations et à chacun des sujets • la facilitation.
cours de sa pratique et qui nécessiteront des adaptations • la grossesse ;
délicats ;
de l’entrevue médicale « générique » décrite dans la • la multimorbidité ; Nous décrivons rapidement ci-dessous chacun de ces
deuxième métacatégorie. Ces familles de situations sont • déterminer les habiletés de communication à types de relations sous l’angle du rôle qu’y joue le profes-
• les troubles cognitifs (démence, déficit intellectuel, utiliser ;
liées au genre et au groupe d’âge des patients (cercle 5), sionnel de la santé et de la nature correspondante de la
à leurs caractéristiques cliniques et sociales (cercle 6), etc.) ; • démontrer une capacité à utiliser avec souplesse et communication entre les deux interlocuteurs. Pour une
aux situations particulières et aux sujets délicats à abor- • les problèmes de santé mentale (état psychotique, flexibilité les habiletés de communication qui sont discussion plus approfondie de cette typologie, le lecteur
der (cercle 7), enfin aux divers contextes de pratique risque suicidaire et homicide, trouble de l’humeur, adaptées aux objectifs cliniques propres à chaque est invité à se reporter au texte original (Lussier et Richard,
(cercle 8). trouble anxieux, trouble de la personnalité, etc.) ; situation. 2008).
10 PARTIE 1 • Les fonctions génériques et les dimensions de la communication CHAPITRE 1 • Un modèle descriptif de l’usage de la communication dans le domaine de la santé 11
L’expertise-prise en charge les discussions sur les dimensions psychosociales, les
FIGURE 1.3
Dans les situations cliniques très aiguës et graves où la opinions et les croyances du patient sont particulièrement
pertinentes, car elles aident le professionnel de la santé Le contexte
vie du patient est en danger, le professionnel de la santé Collaboration
à soutenir les actions du patient quant aux changements de soins et
doit prendre des décisions selon les règles de l’art, quitte les types Sans rendez-vous Avec rendez-vous
à expliquer a posteriori au patient et à ses proches la ou au maintien des habitudes de vie ou quant à la prise
de relations
nature et les raisons des décisions qu’il a prises et des d’un médicament.
actions effectuées. Dans ce cas, l’expression de l’attention
La facilitation Bénin Facilitateur
portée au bien-être du patient s’exprime par la mobilisa- IVRS
tion des ressources cliniques pour traiter le problème. Dans le cas de maladies non aiguës, chroniques et plutôt trauma mineur
bénignes, bien maîtrisées par le patient, le rôle principal Côlon irritable, OA, RGO
L’expression verbale est alors succincte et parfois limi- du professionnel de la santé est de s’assurer que la mala-
tée à des énoncés comme « Nous allons prendre soin de die demeure maîtrisée.
vous ». Elle s’ajoute au toucher de la main ou de l’avant-
bras du patient, par exemple. On qualifie la relation de Dans le contexte du suivi des maladies chroniques
Problème
Partenaire
telles que le colon irritable, le reflux gastroœsophagien, Stable :
fortement asymétrique dans ce contexte de soins. DNI
le diabète, l’asthme, la maladie pulmonaire obstructive IR
L’expertise-guidance chronique, le patient peut avoir acquis une très bonne IM MCAS
compréhension de sa maladie et être capable d’évaluer AVC
Cette relation peut s’établir dans le contexte d’une situa-
l’évolution de son état et d’y réagir de manière appropriée. trauma majeur
tion clinique qui demande une intervention relevant de Expert - guidance
L’objectif du professionnel de la santé est alors de main-
l’expertise professionnelle, mais qui n’est pas urgente.
tenir la motivation du patient, mais aussi de participer à
Ainsi, des situations cliniques non urgentes telles qu’une
l’augmentation ou au raffinement de ses connaissances
maladie chronique non maîtrisée ou des problèmes plus
et de répondre aux différentes demandes d’information
aigus (infections bénignes, traumatismes ou blessures
sur le traitement ou les solutions de rechange. Dans ce Grave Expert - prise en charge
mineures) exigent du professionnel de la santé qu’il par-
contexte, les dimensions psychosociales et les habitudes Urgence Hospitalisation
tage son opinion avec le patient. Les deux personnes
de vie occupent une plus grande place et font partie des
peuvent discuter ensemble du traitement et considérer
sujets de discussion pour la mise en place du traitement.
un certain nombre de possibilités.
Le patient est invité à donner son point de vue et un véri- Prise en charge Aigu Non aigu
L’objectif principal de la communication est ici d’infor- table dialogue peut s’engager sur le plan de traitement. Chronique
mer et d’éduquer le patient, et de s’assurer de sa compré- Source : Figure extraite et adaptée de M.-T. Lussier et C. Richard (2008), « En l’absence de panacée universelle »,
hension du problème et de son traitement. Dans ce rôle, Canadian Family Physician/Le médecin de famille canadien, vol. 54, no 8, p. 1096-1099.
le professionnel de la santé peut introduire des aspects LA VARIATION DES RELATIONS EN FONCTION
psychosociaux et tenir compte explicitement des opinions DU PROBLÈME DE SANTÉ
La figure 1.3 est une représentation graphique de la 2. Situer l’état du patient sur l’axe des ordonnées, agir dans le cadre de ses fonctions (cercle 9) et, d’autre part,
et des croyances du patient. La relation est toujours asy-
variation des relations en fonction de deux dimensions « grave-bénin ». de la variété des moyens de communication qu’il pourra
métrique, mais elle laisse plus de place à la collaboration
du problème de santé : son degré de chronicité (axe « aigu- 3. Tracer deux droites perpendiculaires aux axes à par- utiliser avec ses interlocuteurs (cercle 10). Traditionnelle
entre le professionnel de la santé et le patient.
non aigu ou chronique2 ») et son degré de gravité (axe tir des points choisis sur ceux-ci. ment, les publications scientifiques sur la communication
Le partenariat bénin-grave). La représentation proposée suggère égale- clinique traitent très peu des habiletés nécessaires pour
4. À partir de l’intersection des deux droites, tracer un
ment les contextes de soins où ces relations sont le plus communiquer efficacement dans ces circonstances.
Les situations cliniques dans lesquelles peut s’établir une trait arrivant perpendiculairement à la diagonale
relation de partenariat entre le professionnel de la santé susceptibles d’émerger. La diagonale représente le degré des relations.
de collaboration entre le professionnel de la santé et le
Cercle 9 : les interlocuteurs autres que
et le patient sont les maladies non aiguës, chroniques,
patient. La nature et l’intensité de cette collaboration L’endroit désigné sur la diagonale indique la relation les patients
stables ; par exemple, le diabète, l’hypertension, la dysli-
évoluent selon le degré d’engagement du patient dans suggérée et le point d’intersection des deux droites per-
pidémie, l’arthrose ou l’ostéoporose. Dans ce contexte, le Dans le neuvième cercle, nous présentons les interlocu-
l’interaction : depuis sa passivité dans une relation de type pendiculaires aux axes indique, par sa proximité, le
professionnel de la santé est appelé à soutenir le patient teurs autres que les patients, en lien ou non avec eux, avec
expertise-prise en charge complète par le clinicien jusqu’à contexte de soins probable où le patient sera vu.
dans son processus d’autosoins et à vérifier l’atteinte des lesquels le professionnel de la santé est amené à interagir.
cibles de soins fixées de façon collaborative. son engagement actif dans une relation de facilitation. Les communications doivent être modulées en fonction :
L’insertion du symbole de la courbe normale devant • du lien de hiérarchie ou d’autorité entre le profes-
Dans le cas du suivi au long cours des maladies chro-
niques, les connaissances du patient au sujet de son pro-
chaque type de relation sur la diagonale rappelle la varia- La quatrième métacatégorie : les sionnel de la santé et ces autres interlocuteurs ;
tion possible des relations à tout instant en raison de
blème et ses compétences pour le gérer adéquatement se facteurs autres (exemple : degré de stress du patient). multiples formes et expressions • des droits et des responsabilités de chacun dans
la relation ;
développent graduellement. Ainsi, l’asymétrie initiale de
la relation entre le professionnel de la santé et son patient Voici comment utiliser cette représentation de la typo- de la communication clinique • du degré de connaissance des personnes et du
s’atténue. L’objectif principal du professionnel de la santé logie de relations : Cette dernière métacatégorie a pour but de rendre compte, degré approprié de familiarité selon le contexte ;
devient donc de maintenir la motivation du patient quant 1. Situer l’état du patient sur l’axe des abscisses, d’une part, de la multiplicité des interlocuteurs avec les- • du respect de la confidentialité des entretiens,
à la maîtrise de son problème de santé. Dans ce contexte, « aigu-non aigu ou chronique ». quels le professionnel de la santé est susceptible d’inter selon qu’ils relèvent du domaine public ou privé.
12 PARTIE 1 • Les fonctions génériques et les dimensions de la communication CHAPITRE 1 • Un modèle descriptif de l’usage de la communication dans le domaine de la santé 13
Dans la sphère professionnelle, le professionnel de la nées du message par l’absence de langage non verbal et conclusions du professionnel de la santé, selon sa propre d’une supervision que n’incluent pas la plupart des pro-
santé entrera en relation avec les interlocuteurs suivants : paralinguistique. Comme c’est un envoi rapide, on n’y organisation informationnelle, et fait état du suivi entre grammes universitaires de formation du premier cycle.
• des collègues de la même discipline ; soigne pas toujours la formulation pour donner un ton les rencontres. Il est malheureusement trop souvent diffi Pour cette raison, cette compétence n’est pas développée
acceptable. Le message n’aura plus les atténuateurs cile à lire à cause de la pauvre calligraphie (Collège des ici. Le lecteur intéressé peut consulter les références pro-
• d’autres professionnels de la santé ;
qu’offre le langage non verbal et paralinguistique. Les médecins du Québec, 2005, 2013). Le style est le plus posées : Bordage, 2002 ; Bordage et Dawson, 2003 ;
• des étudiants, des résidents et des stagiaires ; corrections se font lentement (communication asyn- souvent télégraphique, ce qui peut rendre la compréhen- Bordage et Guérin, 2001.
• des membres du personnel administratif ; chrone) et il est difficile de rectifier les malentendus. Les sion difficile.
• des membres de la population générale, des repré- interlocuteurs tentent parfois de compenser les inconvé-
La rédaction d’une demande de consultation ou d’exa-
sentants des médias ; nients en recourant aux binettes (smiley), mais le succès LES PRÉSENTATIONS
men paraclinique exige de l’auteur qu’il synthétise les
• des représentants d’instances administratives n’est pas garanti et ce n’est pas très approprié dans le La présentation en plénière (conférence magistrale) est un
renseignements cliniques et qu’il indique avec le plus de
ou légales. contexte d’un envoi professionnel formel.
précision possible la nature de la demande, ses motifs « discours » et elle implique une asymétrie franche entre
La communication par vidéo (téléphone intelligent, (exemple : les hypothèses diagnostiques) et son degré le présentateur et son auditoire. Il s’agit habituellement
Dans la sphère « soignante », le professionnel de la
santé entrera en relation avec les « autres » interlocuteurs internet) est riche dans la mesure où elle permet de retrou- d’urgence. Ces données essentielles pourront guider l’ana- d’une présentation orale soutenue par du matériel visuel
suivants : ver l’image (le non-verbal) et la conversation en direct. La lyse et l’interprétation des données recueillies par l’autre composé de texte allégé, de figures, de tableaux ou même
spontanéité des échanges de paroles est parfois perdue professionnel. de séquences vidéo. Bien qu’elle soit souvent prisée, cette
• des membres de la famille des patients, des
dans le cas où plusieurs personnes interviennent. communication n’est pas très efficace sur le plan de la
aidants naturels ; Après avoir pris connaissance de la demande qui lui
rétention de l’information par les auditeurs. Une période
• des interprètes professionnels ou des membres Le site web des cliniques et des hôpitaux offre une com- est adressée, le médecin consultant ou tout autre profes-
munication pauvre, avec un échange d’information le plus de questions après la présentation permet quelques
de la famille ou de la communauté d’origine des sionnel de la santé doit tenter de répondre de la façon la
souvent écrit et unidirectionnel. Confectionné souvent échanges de propos (Borduas et Thivierge, 2001).
patients qui agissent comme interprètes non plus concise possible en faisant des suggestions d’inter-
professionnels ; sur mesure, il possède une interface de qualité variable vention. Il doit éviter d’utiliser des termes trop spécialisés, La présentation au sein d’un atelier interactif exige du
pour l’utilisateur moyen. Enfin, les délais fréquents de que le collègue demandeur pourrait ne pas connaître. présentateur qu’il prête une attention particulière à l’orga-
• des tuteurs légaux des patients.
correction de l’information induisent la transmission nisation et à l’intégration des activités de travail en petits
d’erreurs. Il existe des formulaires standards, propres à chaque
institution, pour les rapports écrits d’examens paracli- groupes. Jouant le rôle d’un animateur, le présentateur
Cercle 10 : les moyens de communication niques, les protocoles opératoires ou les rapports d’expertise encadre les échanges de propos et d’arguments entre les
(Collège des médecins du Québec, 2006). Les organisa- participants et doit donc posséder une bonne capacité
Dans ce dixième cercle, nous détaillons les différents LES DOCUMENTS ÉCRITS
tions offrent des formations aux professionnels de la santé d’écoute, de reformulation et de synthèse. Il doit égale-
moyens qu’utilise le professionnel de la santé dans le Les documents écrits, plus formels que les courriels ou
pour les aider à décrire, dans un rapport d’examen, un ment savoir recourir aux questions ouvertes pour susciter
cadre de ses fonctions. les messages textes, favorisent la clarté de la transmission
protocole opératoire ou un rapport d’incident, la survenue la discussion et gérer les interactions du groupe en présen
de l’information et contribuent à limiter les risques d’er-
de complications ou d’événements inattendus. Le docu- tant des règles de fonctionnement et en s’assurant de leur
reurs de compréhension. Cependant, toutes les formes
LES COMMUNICATIONS EN PERSONNE ment publié par l’Association canadienne de protection respect. Il est le gardien du temps et il est responsable du
d’écrits présentées ci-dessous demeurent asynchrones et
ET AU TÉLÉPHONE médicale (2009) est utile à cet égard. On y trouve l’énoncé déroulement harmonieux des discussions et de l’atteinte
unidirectionnelles. Ces communications ont habituelle-
La parole en présence de son interlocuteur est la communi suivant : des objectifs (Girard, Clavet et Boulé, 2008 ; Agora-
ment un format très standardisé et comportent un ton
cation la plus riche et celle qui permet de s’ajuster le plus Lorsqu’ils remplissent un rapport d’incident/accident, les
Formation, 2004). Cette forme d’activité éducative est plus
formel et neutre. Par rapport à la discussion en personne,
facilement aux réactions de l’interlocuteur. Cependant, les membres doivent fournir des faits seulement et non des efficace que la présentation en plénière en ce qui concerne
la quantité d’information personnelle partagée est plus
accents, les idiosyncrasies, un langage non verbal ou para- restreinte, et il y est moins facile d’y présenter les zones énoncés de blâme, des hypothèses, des opinions ou autres la rétention et la compréhension de l’information par les
linguistique inhabituel peuvent être à l’origine de difficul- grises, de discuter d’éventuelles complications ou de la
commentaires concernant les raisons de l’événement, ni participants.
tés ou d’erreurs dans la transmission de renseignements. formuler des recommandations. Ces rapports ne sont pas
possibilité d’événements inattendus. en général considérés comme de l’information sur l’amé-
Le téléphone est moins riche que la communication en Exception faite de la note écrite au moment de la visite, lioration de la qualité et ne seront probablement pas proté-
personne, car l’information visuelle est perdue. Cependant,
comme il y a beaucoup de redondance entre le visuel et
des requêtes d’examens paracliniques et des demandes gés par la loi. Les rapports d’incident/accident ne doivent
pas être gardés dans le dossier médical, à moins que la loi
Des exemples d’utilisation
le vocal, il permet de conserver une grande qualité aux
de consultation, qui sont directement écrites par le profes
sionnel de la santé, les rapports d’examens ou de consul-
ne l’exige. de la roulette combinatoire
messages, grâce au langage paralinguistique, qui reste tations sont le plus souvent dictés par lui. La dictée d’une Étant donné les conséquences médicolégales impor- La représentation du modèle en une série de cercles
accessible : les pauses, les hésitations, l’intonation, les lettre, d’un rapport ou d’un protocole exige du profession- tantes, le lecteur est invité à consulter son association concentriques fournit une vision d’ensemble des diffé-
constructions de phrases. De plus, du fait qu’elle se nel de la santé qu’il articule clairement, adopte un débit professionnelle, le Collège des médecins ou son associa-
déroule en temps réel, cette forme d’entretien permet de rents constituants de la communication professionnelle
ralenti, précise la ponctuation et les changements de para- tion de protection médicale pour en apprendre davantage s’emboîtant les uns dans les autres. L’organisation en
s’ajuster facilement aux réactions de l’interlocuteur et graphes. Il doit adapter sa communication pour être bien (voir également le chapitre 35 sur la communication
d’introduire des nuances dans les propos. quatre métacatégories offre ainsi à l’enseignant ou à
compris et limiter les risques d’erreurs au moment de médecin-médecin).
l’apprenant une sorte de carte pour s’orienter plus faci
l’écoute et de la transcription.
Les articles de vulgarisation ou les articles scientifiques lement dans ce territoire. Elle se prête bien à une intro-
LES COMMUNICATIONS ÉLECTRONIQUES Le dossier papier, comme le dossier électronique, ne doivent être rédigés dans le respect des normes d’écriture duction aux fonctions et aux dimensions de la communi-
Les courriels et les messages textes offrent une commu- comporte que les impressions a posteriori d’un seul des qui leur sont propres. À cet effet, le professionnel de la cation professionnelle pour l’enseignement théorique
nication plus pauvre, qui peut induire des lectures erro- interlocuteurs. Il témoigne des interprétations et des santé doit suivre une formation particulière et profiter et clinique.
14 PARTIE 1 • Les fonctions génériques et les dimensions de la communication CHAPITRE 1 • Un modèle descriptif de l’usage de la communication dans le domaine de la santé 15
Pour des supervisions cliniques ou • Cercle 9 : N/A (non applicable, car la personne Nous avons choisi l’approche Calgary-Cambridge pour Beebe, S.A., S.J. Beebe et D.K. Ivy (2007). Communication : Principles for a
lifetime, 3e édition, Boston (Massachusetts), Pearson Education.
des simulations d’entrevues consulte seule). décrire les habiletés de communication utiles dans la Bordage, G. (2002). « La préparation d’un article pour publication »,
• Cercle 10 : En personne. conduite d’une entrevue structurée et efficace (voir le Pédagogie médicale, vol. 3, p. 237-248.
Dans sa version dynamique, la roulette combinatoire, avec chapitre 10), parce que les études ont montré que les
Bordage, G., et B. Dawson (2003). « Planification d’une étude expérimentale
et rédaction d’une demande de subvention en 8 étapes et 28 questions »,
ses cercles qui tournent les uns par rapport aux autres, Enfin, sur un plan plus macroscopique, la roulette com- habiletés qu’elle propose sont associées à de meilleurs Pédagogie médicale, vol. 4, p. 3-14.
devient un outil pour un enseignement précis et vivant. binatoire peut servir de guide pour l’élaboration d’un résultats en matière de soins (Kurtz et autres, 2005 ;
Bordage, G., et S. Guérin (2001). « Le résumé structuré : un outil de lecture,
d’évaluation et de rédaction », Pédagogie médicale, vol. 2, p. 81-84.
Elle peut être utilisée comme un système combinatoire curriculum d’enseignement de la communication profes- Silverman et autres, 2013). Cette approche, qui présente Borduas, F., et R.-L. Thivierge (2001). « L’expert-conférencier : au-delà du
permettant de déterminer avec précision et selon le sionnelle en santé. la structure de l’entrevue ainsi que le processus qui lui
rôle traditionnel et implications nouvelles pour la formation des forma-
teurs », Pédagogie médicale, vol. 2, p. 37-41.
contexte les constituants et les stratégies de communica- est associé, est en outre l’une des rares à présenter une Collège des médecins du Québec (2005). La tenue des dossiers par le médecin
tion d’une entrevue. méthode intégrée et systématique de l’apprentissage de
en centre hospitalier de soins généraux et spécialisés, Montréal, 38 pages.
Collège des médecins du Québec (2006). La rédaction et la tenue des dossiers
l’entrevue médicale (Kurtz et autres, 2005 ; Silverman et par le médecin en cabinet de consultation et en CLSC : guide d’exercice du
La roulette peut être utile pour préparer une supervi-
sion clinique par observation directe. Après l’observation,
Conclusion autres, 2013). Nous ne pouvions donc pas, selon nous,
Collège des médecins du Québec, Montréal.
Collège des médecins du Québec (2013). La rédaction et la tenue des dossiers
elle peut faciliter la rétroaction de l’enseignant, en l’aidant La présentation des composantes de la communication faire l’économie d’y recourir. Si une adaptation est néces- par le médecin en milieu extrahospitalier, Montréal, 52 pages.
Fragstein, M. von, J. Silverman, A. Cushing, S. Quilligan, H. Salisbury et
à repérer les éléments de la communication pouvant être professionnelle et son organisation en un ensemble de saire pour les professions comme infirmière, pharmacien, C. Wiskin (2008). « UK consensus statement on the content of commu-
améliorés et à orienter la discussion vers d’autres straté- cercles concentriques s’appuient sur une démarche sys- physiothérapeute, inhalothérapeute ou nutritionniste, nication curricula in undergraduate medical education », Medical
Education, vol. 42, p. 1100-1107.
gies de communication. Grâce à la roulette combinatoire, tématique et itérative. Bien que cette « mise à plat » ne soit nous croyons que l’approche est suffisamment universelle Frank, J.R. (2005). Le Cadre de compétences CanMEDS 2005 pour les méde-
les cliniciens enseignants peuvent « nommer » avec une pour permettre à chacun d’en tirer profit. cins : l’excellence des normes, des médecins et des soins, Ottawa, Collège
pas exhaustive, la validité de son contenu est assurée par royal des médecins et chirurgiens du Canada.
plus grande confiance ce qui a été observé et ce qui aurait le large consensus qu’elle suscite. De plus, la validité appa- Le modèle descriptif des composantes et des usages de Galarneau, S., O. Jamoulle, M.-T. Lussier et C. Richard (2014). Spin the wheel
pu être fait autrement du point de vue de la communica- to better communicate, International Conference on Communication in
rente de la représentation proposée semble confirmée par la communication en santé présenté ici reste complexe, Healthcare, Amsterdam, 28 septembre au 2 octobre 2014.
tion. C’est un outil concret pour l’apprentissage de la com- les réactions très favorables des divers publics auxquels malgré tous les efforts déployés pour le rendre simple et Galarneau, S., M.-T. Lussier, O. Jamoulle et C. Richard (2013). Roulez pour
munication, que ce soit à l’occasion de jeux de rôle ou mieux communiquer, Forum de médecine familiale, Collège des médecins
elle a été présentée au cours des dernières années (Richard intelligible. Il s’agit d’une proposition globale d’organisa- de famille du Canada, Vancouver, 6-9 novembre 2013.
d’entrevues supervisées. et autres, 2009, 2010a, 2010b, 2010c ; Galarneau et tion des connaissances et des habiletés de communication Girard, G., D. Clavet et R. Boulé (2008). « Planification et animation de trois
types d’ateliers pédagogiques », Pédagogie médicale, vol. 9, p. 42-53.
autres, 2014). dans le domaine de la santé. Pour acquérir et améliorer Greene, J.O., et B.R. Burleson (2003). Handbook of communication and social
une compétence en communication, il faudra ajouter à ce interaction skills, Mahwah (New Jersey), Lawrence Erlbaum Associates.
Pour produire du matériel pédagogique Le modèle proposé est une manière parmi d’autres de Knapp, M., et G. Miller (1994). Handbook of interpersonal communication,
modèle un processus de formation systématique et gra- 2e édition, Thousand Oaks (Californie), Sage.
L’objet-outil qu’est la roulette combinatoire permet de décrire la réalité, de s’en donner une carte (Korzybski, duelle. Avec la roulette combinatoire, le formateur dispose Korzybski, A. (1933). Science and sanity : An introduction to non-aristotelian
choisir diverses combinaisons possibles de caractéris- 1933) ou de la représenter (Auerbach, 1968). Le choix systems and general semantics, Englewood (New Jersey), The International
d’une typologie des différents constituants d’une commu- Non-Aristotelian Library.
tiques et d’élaborer des vignettes cliniques. En choisissant d’une représentation de la communication en santé nous nication professionnelle en situation clinique et d’un outil Kurtz, S., J. Silverman et J. Draper (2005). Teaching and learning communica-
un élément par cercle et en procédant des cercles internes permet d’agir sur cette dernière. Chaque choix a des avan- tion skills in medicine, 2e édition, Abingdon (R.-U.), Radcliffe Medical
pédagogique pour l’aider à l’enseigner. Les responsables Press.
vers les cercles externes, ou vice et versa, on obtient un tages, mais comporte aussi des limites (Luriia, 1976 ; pédagogiques des facultés peuvent, quant à eux, utiliser Lacasse, M. (2009). Educational diagnosis and management of challenging
ensemble de caractéristiques constituant les bases du cas Nisbett, 2003). Par exemple, le fait de proposer un conti- learning situations in medical education, Québec, Université Laval.
ce modèle comme un guide pour organiser un programme Levenstein, J.H., E.C. McCracken, I.R. McWhinney, M.A Stewart et J.B. Brown
clinique. Le nombre impressionnant de combinaisons nuum relationnel qui privilégie tantôt le principe éthique d’enseignement de la communication dans leur spécialité. (1986). « The patient-centered clinical method : A model for the doctor-
possibles fait de la roulette un outil puissant pour l’ensei- de la bienfaisance (expertise-prise en charge), tantôt le patient interaction in family medicine », Family Practice, vol. 3, p. 24-30.
gnant en mal de cas concrets. Luriia, A.R. (1976). The cognitive development : Its cultural and social founda-
principe éthique de l’autonomie (partenariat, facilitation ; tions, Cambridge (Massachusetts), Harvard University Press.
voir la figure 1.3), permet de voir la réalité d’une certaine Lussier, M.-T., B. Millette, C. Richard, J. Gomez et P. Fostier (2011). Former
Par exemple, dans une formation en communication, nos futurs cliniciens à la communication, une compétence médicale essen-
l’enseignant pourrait construire une vignette clinique manière. Cette forme de représentation permet de décrire Notes tielle à maîtriser, Les états généraux de la formation médicale, Bobigny
(France).
dans un contexte où le temps est restreint (consultation de multiples relations possibles entre un professionnel 1. Ce chapitre est une version actualisée de C. Richard, M.-T. Lussier, Lussier, M.-T., et C. Richard (2008). « En l’absence de panacée universelle »,
S. Galarneau et O. Jamoulle (2010). « Compétence en communication
sans rendez-vous) et où un sujet délicat (possibilité de de la santé et son patient, par opposition à un modèle professionnelle en santé », Pédagogie médicale, vol. 11, no 4, p. 255-272.
Canadian Family Physician / Le médecin de famille canadien, vol. 54,
p. 1096-1099.
violence physique) doit être abordé, de façon claire et universel de relation, applicable dans toutes les situations. L’adresse du site web de la revue est http ://[Link]-medicale.
Lussier, M.-T., et C. Richard (2012). Le modèle descriptif des usages de la
org. ©2011 EDP Sciences/Société Internationale Francophone d’Éduca-
structurée, avec une femme présentant des symptômes Le répertoire de relations possibles incite le clinicien à tion Médicale.
communication professionnelle : ses applications pédagogiques, colloque
« Enseigner, à tous les médecins, la communication professionnelle avec
dépressifs (problème de santé mentale). La discussion faire preuve d’une grande flexibilité dans l’adoption des 2. La pratique clinique utilise le continuum « aigu à chronique ». Or les les patients : un enjeu fondamental pour la qualité des soins », Université
maladies chroniques ont parfois des épisodes aigus. Pour cette raison, Paris-Est, Créteil (France).
correspondante requiert une certaine sensibilité. Voici la comportements liés à la communication, tout en exigeant nous avons amalgamé les deux manières de décrire, en définissant l’axe
Lussier, M.-T., C. Richard, J. Gomes, P. Firket, B. Millette, P. Fostier et
combinaison de cercles correspondante sur la roulette : une évaluation singulière et précise de chaque situation « aigu-non aigu ou chronique ». Dans le cas d’épisodes aigus de maladies
J. Sommer (2011). Modèle et outils pour l’apprentissage de la communi-
chroniques, on doit s’ajuster selon l’échelle d’aigu à non aigu.
cation médicale, 11e Congrès national des généralistes enseignants
• Cercle 1 : Établir une relation. plutôt qu’une application mécanique et exclusive d’une (CNGE), Bordeaux (France).
• Cercle 2 : Dimension affective. façon d’agir. Marsh, P., et R. Gilmore (1991). Eye to eye, Topsfield, Salem House.
McWhinney, I.R. (1985). « Patient-centered and doctor-centered models of
• Cercle 3 : Structurer l’entrevue. Dans le modèle descriptif de l’usage de la communica-
tion dans le domaine de la santé, nous avons placé au
Références clinical decision making », dans Decision making in general practice, sous
la direction de M. Sheldom, J. Brooke et A. Rector, New York, Stockton,
• Cercle 4 : Expliquer et planifier. Agora-Formation (2004). « Technique d’animation : le jeu de rôle. Fiche p. 31-45.
centre la théorie de la communication, puis la communi- pratique 017 », Pédagogie médicale, vol. 5, p. 241-242. Millette, B., M.-T. Lussier et J. Goudreau (2004). « L’apprentissage de la
• Cercle 5 : Adulte, femme de 50 ans. Association canadienne de protection médicale (2009). Les événements communication par les médecins : une mission académique prioritaire »,
cation associée à l’entrevue, et, enfin, les communications indésirables : les déclarer et y réagir – Perspective de la responsabilité médi- Pédagogie médicale, vol. 5, p. 110-126.
• Cercle 6 : Problème de santé mentale. avec les autres professionnels. Nous avons voulu couvrir cale, Ottawa (Ontario). Nisbett, A. (2003). The geography of thought : How Asians and Westerners
Auerbach, E. (1968). Mimésis : la représentation de la réalité dans la littérature think differently... and why, New York, Free Press.
• Cercle 7 : Abus physique/psychologique. l’ensemble des activités de communication du profession- occidentale, trad. de l’allemand par Cornélius Heim, Paris, Gallimard Richard, C., et M.-T. Lussier (sous la direction de, 2005). La communication
NRF, coll. « Bibliothèque des idées » (1946 pour l’édition originale). professionnelle en santé, Montréal, ERPI.
• Cercle 8 : Consultation en cabinet, sans rendez- nel de la santé contemporain. La réalité étant multiple et Beaudoin, C. (1999). « Dire non à un patient : comment minimiser son Richard, C., et M.-T. Lussier (2009). « La littératie en santé, une compétence
vous, pour une douleur au bras. complexe, notre travail reste à achever, à parfaire. insatisfaction tout en l’aidant », Le médecin du Québec, vol. 34, p. 35-42. en mal de traitement », Pédagogie médicale, vol. 10, p. 123-130.
16 PARTIE 1 • Les fonctions génériques et les dimensions de la communication CHAPITRE 1 • Un modèle descriptif de l’usage de la communication dans le domaine de la santé 17
Richard, C., M.-T. Lussier, O. Jamoulle, J. Ayoub, M.-J. Dubois, S. Galarneau Silverman, J., S. Kurtz et J. Draper (2010). Outils et stratégies pour commu-
et autres (2009). La compétence en communication professionnelle : une niquer avec le patient, Chêne-Bourg (Suisse), Médecine & Hygiène.
suggestion de cursus longitudinal, 9e Congrès national du Collège national Silverman, J., S. Kurtz et J. Draper (2013). Skills for communication with
des généralistes enseignants, 26-27 novembre 2009, Toulouse (France). patients, 3e édition, Abingdon (R.-U.), Radcliffe.
Richard, C., M.-T. Lussier, O. Jamoulle, S. Galarneau, J. Ayoub, M.-J. Dubois Stewart, M. (1995). « Effective physician-patient communication and health
et autres (2010a). « La compétence en communication professionnelle : outcomes : A review », Canadian Medical Association Journal, vol. 152,
une suggestion de cursus longitudinal », 5e Forum international franco- p. 1423-1433.
phone de pédagogie en sciences de la santé, 16-18 juin 2010, Québec, Street, R.L.J. (2003). « Interpersonal communication skill in health care
Pédagogie médicale, vol. 11, suppl. 1, p. S52. contexts », dans Handbook of communication and social interaction skills,
Richard, C., M.-T. Lussier, O. Jamoulle, J. Ayoub, M.-J. Dubois, S. Galarneau sous la direction de J.O. Greene et B.R. Burleson, Mahwah (New Jersey),
et autres (2010b). Competence in professional communication : A develop- Lawrence Erlbaum Associates, p. 909-934.
mental approach, Family Medicine Forum 2010 du Collège des médecins Street, R.L.J., G. Makoul, N.K. Arora et R. Epstein (2009). « How does com-
de famille du Canada, 14-16 octobre 2010, Vancouver. munication heal ? Pathways linking clinician-patient communication
Richard, C., M.-T. Lussier, O. Jamoulle, J. Ayoub, M.-J. Dubois, S. Galarneau to health outcomes », Patient Education and Counseling, vol. 74, no 3,
et autres (2010c). Competence in professional communication : A develop- p. 295-301.
mental approach, EACH European Association of Communication in
Healthcare, 5-8 septembre 2010, Vérone (Italie).
L'un des défis majeurs réside dans le fait que la compétence en communication en santé n'a pas encore de définition universellement admise et est souvent enseignée de manière informelle sans cadre théorique rigoureux. De plus, les formations tendent à privilégier des méthodes magistrales plutôt que des approches interactives et expérientielles efficaces. L'intégration de ces compétences à la pratique clinique de manière structurée et longitudinale reste également une préoccupation .
La typologie des relations, qui inclut l'expertise-prise en charge, l'expertise-guidance, le partenariat et la facilitation, permet d'adapter la communication en fonction des situations cliniques spécifiques. Par exemple, dans des situations aiguës et graves, l'expertise-prise en charge nécessite une communication succincte focalisée sur l'action. En revanche, dans un contexte de partenariat, la communication est plus collaborative pour soutenir l'autogestion des maladies chroniques . Cette adaptation améliore non seulement l'efficacité des soins prodigués mais aussi la satisfaction des patients envers la communication avec les professionnels de santé .
Dans des contextes cliniques critiques, la communication verbale et non-verbale se complètent pour optimiser la transmission rapide et efficace d'informations essentielles. La communication verbale peut être succincte et directrice, tandis que la communication non-verbale, comme le contact physique rassurant, aide à calmer les patients. Cette complémentarité assure que même dans des moments de haute tension, l'objectif de soins centrés sur le patient n'est pas compromis .
La communication verbale efficace des professionnels de la santé est un déterminant clé de la satisfaction des patients. Une étude a observé que les compétences en communication verbale lors des consultations influencent directement la perception des patients de l'entretien médical. Un professionnel qui réussit à établir une bonne communication est perçu plus positivement, ce qui entraîne une plus grande satisfaction envers les soins reçus .
Les principaux courants théoriques discutés incluent l'approche biopsychosociale, l'approche centrée sur le patient et l'approche centrée sur la relation. Chacun de ces modèles focalise principalement sur la relation clinique entre le professionnel de la santé et le patient, influençant ainsi la manière dont les échanges et les interventions sont conçus et réalisés. Par exemple, l'approche centrée sur le patient met l'accent sur l'engagement du patient dans la prise de décision, tandis que l'approche centrée sur la relation se concentre sur l'établissement d'une communication authentique entre les parties .
Pour améliorer les méthodes pédagogiques, il serait bénéfique de passer des présentations magistrales à des approches plus interactives et expérientielles qui favorisent la pratique de compétences communicationnelles en situation réelle. Intégrer des simulations et des jeux de rôle dans la formation, ainsi que des feedback réguliers et structurés, peut renforcer l'apprentissage. L'application de référentiels théoriques rigoureux pour guider l'enseignement de la communication et la mise en œuvre de méthodes d'évaluation objectives pour mesurer la performance communicationnelle peuvent également optimiser l'apprentissage .
La formation en communication améliore la capacité des professionnels à identifier la détresse psychologique des patients. Des études démontrent qu'une formation ciblée permet aux médecins de développer des compétences pour détecter plus efficacement les signaux de détresse, et ainsi intervenir de manière appropriée. Cette amélioration est essentielle car elle contribue à une meilleure prise en charge globale du patient .
La communication centrée sur le patient est intégrée dans la pratique clinique par l'engagement actif du patient dans les discussions cliniques, la prise de décision partagée, et la provision d'informations adaptées aux besoins spécifiques du patient. Cette approche favorise l'adoption de comportements de santé positifs et une meilleure compréhension et adhérence au traitement. Selon les recherches, cette approche améliore les résultats de santé en augmentant la satisfaction du patient et en diminuant les conflits potentiels entre patient et professionnel .
Des stratégies spécifiques telles que l'élucidation précoce des attentes du patient, la clarification de toute ambiguïté sur les traitements proposés, et un retour structuré après chaque interaction, sont essentielles pour répondre aux attentes des patients. Ces pratiques incluent également le renforcement de la compréhension mutuelle par des résumés fréquents et l'encouragement du feedback du patient lors de la consultation . Elles sont utilisées pour réduire les décalages entre les attentes des patients et la perception des professionnels de santé, et ainsi améliorer la satisfaction globale des soins .
L'approche Calgary-Cambridge traduit des concepts clés, tels que l'approche centrée sur le patient et la décision partagée, en tâches et habiletés communicationnelles précises qui peuvent être démontrées, observées et enseignées. Elle s'appuie sur plus de 800 références qui supportent les tâches communicationnelles proposées, ce qui en fait une méthode fortement ancrée dans des données probantes . Cela permet non seulement de structurer l'enseignement de la communication auprès des professionnels de santé mais aussi de s'assurer que les compétences acquises sont appliquées efficacement dans la pratique clinique .