G3-2 LA FRANCE : DES ESPACES RURAUX MULTIFONCTIONNELS
ENTRE INITIATIVES LOCALES ET POLITIQUES EUROPEENNES
Introduction : Les espaces ruraux en France se définissent par une faible densité de population et des paysages
marqués par la végétation. Ces espaces occupent 90 % du territoire français et regroupent 35 % de la population. Ces
espaces ruraux sont aujourd’hui attractifs, avec un solde migratoire positif. Les espaces ruraux ne se résument donc
pas uniquement à des villages abandonnés et vides même s’ils sont confrontés à des enjeux majeurs de
développement.
Problématique : Quelles sont les transformations des espaces ruraux en France et comment les différents
acteurs, du local à l’échelle européenne, se mobilisent-ils pour leur développement ?
I. La transformation des espaces ruraux.
A. Des systèmes agricoles en mutation.
L’importance de l’agriculture : Si la part des agriculteurs dans la population active n’a jamais été si faible (moins de 2
% de la population active en 2015), l’agriculture structure encore fortement les espaces ruraux en France puisque la
moitié des sols ont une fonction agricole (France métropolitaine). La France s’appuie sur une filière agro-industrielle
puissante : c’est la 4e exportatrice mondiale et les industries agro-alimentaires sont le premier secteur industriel de
France. Mais derrière ces chiffres se cachent des disparités importantes.
Des espaces agricoles très intégrés à la mondialisation : L’agriculture productiviste commerciale en France a renforcé
la spécialisation des régions autour de trois types d’agricultures :
• Les espaces de céréaliculture constitués de grandes parcelles ouvertes (openfield) se concentrent dans les
bassins parisien (Beauce) et aquitain et dans le Nord.
• Les espaces de cultures spécialisées qui sont principalement des fruits et légumes dans le bassin
méditerranéen et des vignobles dans le Bordelais, le Val de Loire, la Champagne, l’Alsace, la Bourgogne, la
vallée du Rhône et le littoral méditerranéen.
• Les espaces d’élevage intensifs (hors-sol) se concentrent principalement en Bretagne.
Ces espaces agricoles sont très intégrés à la mondialisation et leur production est exportée via des ports agricoles
comme ceux de Rouen ou La Rochelle.
Des espaces agricoles moins intégrés à la mondialisation : Le reste du territoire français est marqué par des modèles
agricoles qui, s’ils restent intégrés à la mondialisation, sont davantage tournés vers des consommations locales ou
nationales :
• Les espaces d’élevage extensif et de forêt se situent surtout dans les montagnes (Massif Central, Alpes, Jura,
Pyrénées, Corse) autour des bovins, des ovins et des caprins. Ce sont des espaces où la présence agricole est
plus diffuse.
• Les espaces de polyculture qui associent céréales, élevage, et/ou fruits et légumes sont situés sur le reste du
territoire.
B. Des espaces ruraux sous influence urbaine.
La ville grignote les campagnes : Avec l’étalement urbain et la périurbanisation, les espaces ruraux les plus proches
des villes connaissent une croissance forte de leur population. Cette périurbanisation transforme les paysages ruraux,
avec le développement d’ensembles pavillonnaires, de zones d’activités et de routes qui grignotent les terres agricoles.
Une fonction résidentielle croissante : la croissance des espaces périurbains permet de développer une économie
résidentielle avec le développement de services (banques, commerces), même si les habitants de ces espaces
travaillent majoritairement dans les villes. Par contre, elle engendre des problèmes et des enjeux autour de la question
des mobilités toujours plus importantes :
• Environnementaux : artificialisation des sols, pollution
• Sociaux : avec le coût croissant de l’essence, on assiste à une hiérarchisation de la population, les personnes
les plus fragiles vivant souvent le plus loin des villes.
Une renaissance rurale inégale : La croissance de la population dans les espaces ruraux est inégale. Plus on s’éloigne
de la ville, moins l’effet est visible. Au-delà de la couronne périurbaine, les espaces ruraux les plus isolés sont toujours
marqués par une déprise et une baisse de la population. Ces espaces concentrent les populations les plus modestes
et subissent la disparition des services publics, des commerces de proximité et le recul de l’agriculture. Il n’existe pas
une France rurale mais des France rurales.
C. Des espaces aux fonctions productives diversifiées.
Les campagnes industrielles : La tradition industrielle de certains espaces ruraux est ancienne. Même si certaines
industries locales sont concurrencées et menacées par les délocalisations, d’autres espaces ont développé des pôles
de compétitivité ruraux comme l’institut européen de bioraffinerie de Reims-Champagne Ardennes. Le
développement de la filière bois dans certains espaces ruraux comme le Morvan a permis le développement d’une
croissance verte.
Des espaces touristiques et de loisirs : Les atouts touristiques des espaces ruraux sont importants et ont permis de
développer une économie liée au tourisme sur les littoraux, dans les espaces montagneux (30 % des touristes en
France séjournent dans des espaces ruraux). L’usage récréatif et le développement de parcs naturels permet de
diversifier les activités, développant un modèle d’agrotourisme plus ou moins développé. Mais cela aboutit parfois à
une patrimonialisation des espaces ruraux, renforçant le décalage entre l’image traditionnelle et la réalité de certains
espaces ruraux. La valorisation des cultures populaires, des paysages dits naturels, participent à renforcer cette image
fausse d’immobilité.
II. Aménager et développer le monde rural.
A. Valoriser et soutenir l’agriculture.
De nouvelles pratiques agricoles : L’un des acteurs principaux de monde agricole est l’UE qui soutient massivement
les agriculteurs à travers la politique agricole commune et le FEADER (fonds européen agricole pour le développement
rural). Elle verse des aides directes aux agriculteurs (11 milliards € entre 2014 et 2020) et met en évidence l’importance
fondamentale des agriculteurs dans l’entretien, la valorisation des paysages et le maintien du tissu social.
Mais face aux limites du modèle productiviste, aux crises sanitaires (grippe aviaire) et environnementales, un nouveau
modèle agricole se répand autour de l’agriculture raisonnée (qui va chercher à limiter les intrants) et l’agriculture
biologique (qui interdit l’usage d’intrants chimiques).
Agriculture et terroirs : Aujourd’hui, la demande des consommateurs s’oriente vers la mise en place des circuits courts
et la valorisation d’un modèle agricole respectueux de l’environnement. Le développement des AMAP (associations
de maintien d’une agriculture paysanne) illustre le basculement vers une agriculture locale. C’est dans ce contexte que
se développent les labels qui vont permettre de développer la notion de terroir, c’est-à-dire d’une production agricole
associée à un territoire rural : les AOP ou les IGP. Sous l’impulsion de la viticulture de la production laitière, ces
labellisations se multiplient pour garantir une meilleure localisation des produits.
B. Rendre les espaces ruraux plus attractifs.
Une pénurie de services publics : Les espaces ruraux sont généralement marqués par un recul des services publics et
de la couverture médicale. Face à ces problèmes d’équipement, les populations se tournent vers les espaces urbains,
augmentant encore les mobilités et la dépendance des espaces ruraux vis-à-vis des villes. Dans les espaces hyper-
ruraux, ces dynamiques ont abouti au développement de véritables déserts médicaux, augmentant les difficultés pour
des populations souvent fragiles. La crise des gilets jaunes a mis en évidence la disparition des services de proximité
(écoles, petits commerces) dans les espaces ruraux et la dépendance à l’automobile.
Faciliter les mobilités : Les espaces ruraux français souffrent généralement d’un manque d’équipement en transport
public, obligeant l’usage de la voiture. L’un des enjeux du désenclavement des espaces ruraux est de développer les
mobilités autour de trois grands axes :
• Faciliter le covoiturage
• Développer le transport à la demande
• Valoriser les transports classiques (bus départementaux)
La question des équipements numériques : Avec la révolution numérique, le télétravail est aujourd’hui une
alternative sérieuse pour les espaces ruraux, idée renforcée par la crise du Covid-19. Mais l’un des freins principaux
est celui de la couverture numérique et téléphonique des espaces ruraux avec l’existence de zones blanches
concernant encore plus de 500 communes en France en 2017. Ailleurs, l’accès à un internet fiable et à haut débit est
un enjeu essentiel de développement pour ces espaces ruraux. L’UE favorise le déploiement de la fibre dans les
espaces ruraux, en soutien des collectivités territoriales comme les départements et les communes.
C. Des espaces à ménager.
Les espaces ruraux sont victimes des pollutions liées à l’Homme, par l’activité agricole intensive qui multiplie les
intrants et fragilise les écosystèmes, mais aussi par l’artificialisation des sols lié à la périurbanisation (transformation
des terres agricoles en rues, routes bitumées). Face à ces dangers, de nombreuses associations se développent pour
préserver les espaces ruraux. La multiplication des parcs naturels répond à ces enjeux, au risque de transformer
certains espaces ruraux en écomusées.
Partager les usages : Face aux profondes transformations que connaissent les espaces ruraux et à l’arrivée de
nouveaux acteurs dans ces espaces (néoruraux, activités touristiques, populations périurbaines), on voit se multiplier
les conflits d’usage. Alors que ces espaces ruraux sont parfois considérés comme des réserves d’espace vides, les
populations locales défendent leur droit à vivre dans des espaces préservés. Le conflit autour du projet d’aéroport à
Notre Dame des Landes près de Nantes, dans une zone marécageuse protégée avec des espèces rares, a mis en lumière
les nombreux conflits autour des espaces ruraux.
CONCLUSION :
Les espaces ruraux français connaissent donc une profonde mutation avec la transformation des activités agricoles et
l’étalement urbain qui modifient en profondeur les espaces ruraux, aboutissant à une plus grande diversité de fonction
de ces espaces (agricoles, résidentiels, industriels, touristiques…). Loin d’être à l’écart, ces espaces ruraux se
transforment et réclament des aménagements toujours plus importants pour la population rurale, dont le nombre
croît plus vite aujourd’hui. Ces espaces ruraux sont donc marqués par une grande diversité et nécessitent une politique
d’aménagement et de développement des services.