ENTEROBIOSE = OXYUROSE
- Parasitose intestinale due à un nématode ovipare Enterobius vermicularis = oxyure
- Maladie souvent bénigne mais tenace
- Cosmopolite et strictement humaine touchant +++ les enfants et les personnes âges
I- EPIDEMIOLOGIE
1- Agent pathogène
a) Taxonomie
Phylum : Helminthes
Sous-phylum : Némathelminthes
Classe : Nématodes
Sous-classe : Secernentea (Phasmidea)
Ordre : Ascaridida
Famille : Oxyuridae
Genre : Enterobius
Espèce : Enterobius vermicularis
b) Morphologie
Adultes
- Petit ver rond cylindrique et blanchâtre
- Corps protégé par une cuticule externe
- Extrémité antérieure : - Bouche munie de 3 lèvres rétractiles
- 2 crêtes longitudinales latérales
- Renflement cuticulaire vésiculeux strié
- Œsophage musculaire avec un bulbe (bulboïde)
- Dimorphisme sexuel
Mâles Femelles
2 à 5 mm de long Plus grande
0,1 à 0,2 mm de large 9 à 13 mm de long
Extrémité postérieure : 0,3 à 0,5 mm de large
- enroulée ventralement Extrémité postérieure :
- terminée par un spicule - longuement effilée
copulateur recourbé en - présentant une queue
hameçon pointue (1/3 long totale)
- utérus est distendu par
les œufs
Œufs
Taille : 50 à 60 µm de long sur 25 à 30 µm de large
Forme : ovoïde asymétrique avec une face plane et une face convexe
Couleur : incolore, transparent
Contenant : Coque lisse et épaisse
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Contenu : embryon à différents stades (gyriniforme ou vermiforme)
c) Biologie
Habitat : muqueuse de l’intestin grêle : - Adultes jeunes : iléon puis côlon, caecum, appendice
- Femelles gravides : région caeco-appendiculaire, rectum
Nutrition : ingestion du contenu intestinal
Reproduction :
- Gonochorisme (reproduction par voie sexuée)
- Oviparité : - accouplement au niveau de la région iléocæcale
- ponte au niveau de la marge anale de l’hôte
Longévité :
- Adulte : 4 à 8 semaines
- Œufs : - 2 jours à 3 semaines (17°C à 20°C) dans la nature (terre, végétaux)
- résistance 10 jours à la dessiccation
- ponte : 10 000 en 20 minutes
2- Réservoir de parasite
Strictement humain homme parasité est le seul réservoir et constitue l’hôte définitif
3- Contamination
Forme infectante : Œufs émis dans le milieu extérieur (directement infectieux à la ponte forte
contagiosité)
Voie de contamination : ingestion d’œufs embryonnés (féco-orale)
Modes de contamination :
- Auto-infestation : sujet parasité se ré-infeste à partir des œufs provenant de ses propres
parasites, lorsqu’il gratte ses parties anales avec ses ongles puis porte les mains à la bouche
- Contamination interhumaine directe : contact avec les mains sales
- Contamination indirecte par l’intermédiaire d’aliments ou d’objets souillés portés à la bouche
- Rétro-infestation (auto-infestation par voie rétrograde) : éclosion des œufs sur la marge anale
et migration interne de ces larves vers le rectum puis le caecum ou elles deviennent adultes
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Autre voie de contamination : inhalation des œufs en suspension dans l’air et les poussières
transmission favorisée par la présence d’œufs qui sont très volatils dans la literie, les vêtements
et sur les objets domestiques souillés
4- Cycle biologique monoxène = direct et ne fait pas intervenir d’hôte intermédiaire
- Les œufs ingérés éclosent dans l’estomac (sucs digestifs) donnent des larves
- Larves migrent vers l’intestin grêle où elles subissent 5 mues en 2 à 4 semaines pour devenir
adultes : elles migrent dans le côlon, puis la région caeco-appendiculaire où a lieu l’accouplement
- Après accouplement : le mâle meurt et la femelle gravide migre vers le rectum puis l’anus la nuit
- Elle franchit activement le sphincter anal et se fixe par ses lèvres buccales à la muqueuse de la
marge anale et y pond ses œufs (≈ 10 000 œufs en 20 min) au niveau des plis radiés de la marge
anale, puis elle meurt
- Au moment de l’expulsion : œufs contiennent un embryon gyriniforme
- En 6 h à 37°C cet embryon se transforme en embryon vermiforme l’œuf devient infestant
- L’évolution est si rapide que l’on peut dire que les œufs sont emryonnés et directement
infestants à la ponte, sans atteindre une maturation dans le milieu extérieur
Cette particularité explique l’auto-infestation
- Les femelles gravides peuvent être expulsées avec le bol fécal
Durée du cycle = en moyenne 3
semaines pouvant varier de
15 à 45 jours
Le cycle se déroule dans l’intestin
Sans migration tissulaire
Ni séjour nécessaire dans le
milieu extérieur
5- Facteurs favorisants
D’ordre général D’ordre individuel
- Vie en collectivité : famille, crèches, école - Age : enfants d'âge scolaire, personnes âgées
maternelle, internats, colonies de vacances, - Comportement : jeux d’enfants sur le sable,
maisons de retraite) portage à la bouche de doigts souillés par le
- Promiscuité grattage de la région anale
- Résistance de l’œuf (10 jours à la sécheresse) - Profession : personnels soignant, personnels
des écoles maternelles
6- Paramètres épidémiologiques et répartition géographique
- Cosmopolite : 1 milliard de sujets atteints dans le monde
- Très fréquente pays tempérés et tropicaux (≠ autres parasitoses régions chaudes et humides)
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- Principalement rencontré chez l’enfant de moins de 10 ans
- Sans distinction de sexe (les 2 sexes sont également touchés)
- Un contexte de contamination familiale doit être recherché à l’interrogatoire
II- SYMPTOMATOLOGIE
- L’oxyurose est souvent bénigne, latente
- Très souvent asymptomatique en particulier chez la population adulte
1- Formes symptomatiques dues à la sécrétion toxique du parasite
- Prurit anal nocturne vespéral : prédominant le soir au coucher
Dû à la fixation des femelles à la marge anale
Symptôme le + constant et le + caractéristique de l’oxyurose
Entraine grattage et favorise la réinfestation
Il peut s’accompagner des lésions péri-anales de grattage, des eczéma, voir des surinfections
- Troubles digestifs : douleurs abdominales, diarrhées, anorexie, nausées, vomissements
- Troubles neuropsychiques : irritabilité, agitation, insomnie, cauchemars, terreurs nocturnes,
énurésie, agressivité, convulsions et crises épileptiformes
2- Complications
Dues à des localisations ectopiques des oxyures en cas parasitisme intense :
- Au niveau des appendices Appendicite
- Au niveau des organes génitaux féminins Vulvo-vaginite avec prurit vulvaire
- Au niveau des voies urinaires Infections urinaires à répétition
- Autres localisations : foie, rate, poumons, reins, péritoine, trompe, vessie
- Prurit anal Lésions de grattage Surinfections bactériennes ou mycosiques
Le prurit anal peut s’accompagner de lésions de grattage de la région péri-anale, ce qui favorise les
surinfections bactériennes ou mycosiques
III- DIAGNOSTIC
1- Diagnostic d’orientation
- Épidémiologique : - vie en collectivité : famille, internat, école
- promiscuité
- Clinique : prurit anal nocturne
- Biologique non spécifique : hyperéosinophilie légère (6 à 10 %) inconstante et transitoire
2- Diagnostic parasitologique de certitude
Adultes
- Au niveau de la marge anale, du linge ou à la surface des selles
- Découverte à l’œil nu par la mère de l’enfant
- Il s’agit essentiellement d’oxyures femelles venant pondre sur la marge anale
Œufs
Découverte exceptionnelle lors d’un examen microscopique des selles (EPS)
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- Peu sensible (5 à 10 %)
- La ponte se fait en dehors du TD, dans les plis de l’anus
Scotch-test = Test de Graham = Test à la cellophane adhésive méthode de référence +++
- Très sensible (> 80 %)
- Meilleur examen pour la recherche des œufs d’oxyure
- Méthode de référence pour le diagnostic de l’oxyurose
- Technique :
+ Le matin au réveil, avant toute toilette locale et toute défécation
+ Faire pencher le malade en avant et écarter les fesses de manière à bien déplier les plis anaux
+ Appliquer la face adhésive d’un morceau de scotch transparent sur les plis radiés de la marge
anale et retirer le scotch et l’étaler sur une lame de verre porte-objet
+ Observation microscopique à l’objectif 40 et identification des œufs
3- Diagnostic histologique Vers adultes
- Examens rectoscopiques ou colonoscopiques
- Examen anatomo pathologique de l’appendice après appendicectomie
4- Diagnostic indirect : aucun test sérologique suffisamment sensible et spécifique disponible
IV- TRAITEMENT
DCI (spécialité) Présentation Posologie
Pamoate de
pyrivinium Comprimés à 50 mg 1 comprimé / 10 kg
= POVANYL® Suspension à 1,5 % ou
TTT de choix +++ 6 comprimés dosés à 50 mg En raison du
Pamoate de pyrantel Comprimés à 125 mg ou cycle parasitaire
= COMBANTRIN® Suspension à 125 1 c a café de susp / 10 kg TTT doit
= HELMINTOX® mg/2,5 ml toujours être
Comprimés à 100mg 1 comprimé de 100 mg renouvelé 2 à 3
Flubendazole
Suspension à 25 qqsoit le poids semaines après
= FLUVERMAL®
mg/ml ou 1 c à café de suspension la première cure,
Enfant < 2 ans : 200 mg soit ½ pour éviter
comprimé de 400 mg ou 5 ml l’auto-infestation
de suspension à 4% et la
Albendazole Comprimés à 400 mg
Adulte ou enfant > 2 ans : ré-infestation
= ZENTEL® Suspension à 4 %
400 mg soit 1 comprimé de
400 mg ou un flacon de 10 ml
de suspension à 4%
V- PROPHYLAXIE
But : lutter contre la dissémination des œufs et l’auto-infestation
Traiter simultanément tous les membres de la famille ou de la collectivité
Diverses mesures hygiéniques :
- Couper les ongles le plus ras possible pour éviter d’héberger les œufs
- Laver les mains avec brossage des ongles après chaque selle et avant les repas
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- Porter pyjama serré pour éviter contact direct entre doigts et anus lors du prurit anal nocturne
- Changer la literie et le linge chaque jour
- Nettoyer et désinfecter les objets usuels de l'enfant (jouets) et également le sol des chambres
- Lavage du linge du sujet contaminé à part