SYNHTESE ORGANIQUE
1. INTRODUCTION
Comme mentionné au premier chapitre1, de nombreuses substances sont synthétisées pour des
applications diverses (médicaments, matériaux, etc…). Une synthèse organique est un
processus au cours duquel de nouvelles substances sont préparées à partir de différents réactifs.
Ce processus peut être découpé en trois étapes :
A. Réaction
B. isolation du/des produit(s)
C. Purification
2. REACTION
C’est l’étape essentielle d’un processus de synthèse. Au cours de la réaction, les réactifs vont
se rencontrer et réagir entre eux pour donner naissance à un ou plusieurs produit(s). La réaction
est matérialisée par son équation bilan (Figure 1) :
ATTENTION ! L’écriture des équations bilan en chimie organique est souvent simplifiée. Il est
fréquent de ne pas faire apparaitre la stoechiométrie exacte de la réaction. Certains réactifs,
notamment les réactifs minéraux sont souvent notés sur la flèche. Une brève description des
conditions de la réaction est quelquefois fournie au niveau de la flèche. Enfin, il est très fréquent
de ne pas faire apparaitre tous les produits de réaction, mais seulement celui d’intérêt. Ainsi
l’équation bilan ci-dessus pourrait tout à fait s’écrire de la manière suivante (Figure 2) :
Il est donc nécessaire d’être vigilant lors de la lecture des équations bilan en chimie organique.
D’un point de vue pratique, les réactions organiques sont réalisées dans des réacteurs pouvant
prendre différentes formes (Figure 3).
Figure 3 : Exemples de réacteurs utilisables en synthèse organique.
D’autres éléments peuvent être ajoutés aux réacteurs pour réaliser la réaction (Figure 4). On
peut citer par exemple un réfrigérant (pour recondenser des vapeurs), une ampoule d’addition
(pour ajouter lentement un réactif), un thermomètre (pour contrôler la température de la
réaction), etc… L’agitation du milieu réactionnel quant à elle peut être réalisée par un agitateur
magnétique, ou bien par un agitateur mécanique. Vous découvrirez les différents éléments
nécessaires à la réalisation d’une réaction au cours de votre cursus, lors des séances de travaux
pratiques.
Les réactions sont plus souvent réalisées dans un solvant. Ce dernier permet de solubiliser les
réactifs, facilitant ainsi leur mélange, et permet d’assurer les transferts de chaleur (chauffage
ou refroidissement). Une même réaction peut être réalisée suivant différentes conditions. Par
exemple, il est possible d’utiliser des solvants différents, de travailler à différentes
températures, différents temps de réaction, etc… Les conditions utilisées pour réaliser une
réaction vont exercer une influence sur le résultat obtenu.
3. ISOLATION DU PRODUIT
Lorsque la réaction est terminée, ou que l’on estime qu’elle est suffisamment avancée, il
convient dès lors d’isoler le(s) produit(s) obtenu(s). Différentes méthodes sont disponibles pour
réaliser cette étape. Si le produit précipite dans le milieu réactionnel, il est possible de le filtrer.
Quelquefois, il est nécessaire d’ajouter de l’eau au milieu réactionnel pour effectuer la
précipitation du produit. Si le produit est un liquide, une extraction liquide-liquide peut être
nécessaire. Différents matériels de laboratoire peuvent être utilisés pour réaliser ces opération
(Figure 5).
4-PURIFICATION
Après isolation, un produit brut est obtenu. Il arrive fréquemment que celui-ci ne soit pas pur
et contienne diverses impuretés. Ces dernières peuvent être des restes de réactifs (si la réaction
est incomplète), des produits issus de réactions secondaires (qui ont lieu en même temps que la
réaction d’intérêt), des restes de catalyseur, etc… Il est donc parfois nécessaire d’effectuer une
purification. Ceci est particulièrement le cas dans l’industrie pharmaceutique, les impuretés
pouvant être potentiellement toxiques.
Différentes méthodes de purification sont disponibles :
a) Distillation
La distillation est adaptée à la purification des liquides. Le principe est de séparer les différents
constituants d’un mélange en fonction de leurs points d’ébullition.
b) Recristallisation
La recristallisation permet de purifier des solides. Le principe repose sur la différence de
solubilité des substances dans un solvant à chaud et à froid.
c) Chromatographie
La chromatographie permet de séparer des substances en utilisant leurs différences d’affinité
entre une phase solide (appelée phase stationnaire) et une phase liquide (solvant).
Ces différentes techniques seront abordées plus en détail au cours de votre cursus universitaire.
5-Protocole de synthèse
Le protocole de synthèse est en quelque sorte la « recette » à appliquer pour synthétiser une
substance. Il comporte entre autres :
- La nature des réactifs, du (des) solvant(s) et les quantités utilisées.
- Le mode opératoire détaillé (température, mode d’addition des réactifs, etc…).
- Les modes d’isolation et de purification (le cas échéant) du produit.
- Une caractérisation plus ou moins succincte du produit obtenu (aspect, point de fusion, indice
de réfraction, etc…)
Un exemple de protocole (extrait d’un fascicule de TP) vous est donné ci-dessous pour la
synthèse du benzile à partir de benzoïne par oxydation à l’acide nitrique (réaction présentée en
figure 1).
« Dans un ballon de 100 mL, introduire 4 g de benzoïne, 20 mL d'acide acétique et 10 mL
d'acide nitrique concentré. Adapter un réfrigérant et chauffer au chauffe ballon pendant 30-40
mn. (La réaction s'accompagne d'un dégagement de gaz rouge). Verser ensuite dans 150 mL
d'eau froide. Le précipité jaune est filtré, essoré et lavé à l'eau. Essorer à nouveau et recristalliser
dans 15 mL de méthanol. Peser. Prendre le point de fusion. »
Analyse du protocole :
Réactifs :
- Benzoïne : 4 grammes
- Acide nitrique concentré : 10 mL
Solvant :
- Acide acétique
Matériel utilisé :
- Ballon de 100 mL
- Réfrigérant
- Chauffe ballon
Conditions de réaction :
- Chauffage
- Temps de réaction : 30 à 40 minutes
Isolation du produit :
- Verser sur de l’eau
- Filtration du précipité
Purification du produit :
- Par recristallisation dans du méthanol
Pour analyser un protocole, il est nécessaire de bien connaitre les différents termes de la chimie
organique afin de repérer les différentes étapes. Votre vocabulaire de chimiste organicien
s’enrichira au fur et à mesure de votre progression dans vos études.
6-NOTION DE RENDEMENT D’UNE SYNTHESE
Lors d’une synthèse, il n’est généralement pas possible de récupérer la totalité du produit
attendue. En effet, il arrive fréquemment qu’une réaction soit accompagnée de réactions
secondaires parasites donnant naissance à des sous-produits non désirés. De plus, chaque
opération de synthèse (filtration, extraction liquide-liquide, purification, etc…) entraine des
pertes de produit (qui peut rester coller aux filtres, ou aux parois des récipients par exemple).
Ainsi, on définit le rendement R d’une synthèse, qui se calcule comme le rapport entre la
quantité de produit effectivement récupérée en fin de synthèse (m, pesée sur une balance) et la
quantité de produit maximale théorique qui serait récupérée si tout était parfait (mth, calculée à
partir du réactif limitant). Le rendement se calcule donc par la relation suivante :
𝒎
R= x 100
𝒎𝒕𝒉
Reprenons l’exemple du protocole présenté ci-dessus, dont la réaction est celle de la figure 1.
La masse molaire de la benzoïne est M(benzoïne)= 212 g.mol-1. L’acide nitrique concentré a
une concentration molaire C= 14 mol.L-1. Calculons les quantités de réactifs initiales :
- Benzoïne : ni = 4/212 = 0,019 mol
- Acide nitrique : ni = CV = 14 × 10.10-3 = 0,140 mol
Le réactif limitant est la benzoïne, et la quantité de matière de benzile théorique qu’il est
possible d’obtenir est donc n = 0,019 mol. Sachant que la masse molaire du benzile est
M(benzile) = 210 g.mol-1, la masse théorique que l’on peut attendre de cette synthèse est mth=
0,019 × 210 = 3,99 g. Si, en fin de synthèse, une masse de produit pur m= 3,54 g est obtenue,
alors le rendement de la synthèse est R= (3,54/3,99)×100= 88,7 %.
Exercices d’application
Exercice 1
On s’intéresse à la synthèse de l’aspirine par réaction entre l’acide salicylique et l’anhydride
acétique. L’équation bilan de la réaction est la suivante :
Le protocole de synthèse utilisé est le suivant : Introduire 3 g d'acide salicylique dans un
erlenmeyer de 250 mL. Ajouter 7 mL d'anhydride acétique puis, à l’aide d’une pipette pasteur,
5 gouttes d'acide sulfurique concentré. Agiter. Chauffer le mélange au bain-marie entre 50 et
60°C pendant 15-20 minutes. Retirer ensuite l'erlenmeyer du bain-marie et refroidir dans un
bain d'eau glacée quelques minutes. Ajouter alors progressivement 75 mL d'eau en agitant
énergiquement. Ecraser avec l'agitateur en verre les grumeaux qui peuvent se former. L'aspirine
précipite. Filtrer sur verre fritté et laver à l'eau froide. Essorer. L'acide acétylsalicylique obtenu
est impur et il doit être recristallisé. Pour cela, introduire le produit obtenu dans un erlenmeyer
rodé de 50 mL avec 2 mL d'éthanol. Adapter un réfrigérant et chauffer doucement au bain-
marie pour dissoudre le solide. Si la dissolution n'est pas totale à l'ébullition de l'éthanol,
rajouter de l'alcool par fraction de 0,5 mL sans dépasser 3 mL au total. Ajouter alors 3 fois plus
d'eau chaude que d'éthanol. Laisser refroidir la solution sans agiter. Les cristaux d'aspirine se
forment. Laisser reposer 30 minutes. Filtrer à nouveau, laver à l'eau froide et essorer.
Données : Acide salicylique : M= 138,12 g.mol-1 ; Anhydride acétique : M= 102,09 g.mol-1 ,
d=1,08 ; Aspirine : M= 180,16 g.mol-1 .
1. Quels sont les groupes fonctionnels présents dans l’aspirine ?
2. Quel est le nom de l’autre produit de réaction
3. Montrer que l’acide salicylique est le réactif limitant.
4. Quelle masse d’aspirine est-il théoriquement possible d’obtenir ?
5. En fin de synthèse, 2,35 g d’aspirine sont obtenus. Calculer le rendement en aspirine de cette
synthèse.
6. A la vue du protocole, quel est le catalyseur utilisé dans cette réaction ?
Exercice 2
Associer la verrerie de laboratoire ci-dessous à son nom (l’utilisation d’une ressource externe
telle que livre ou site internet est autorisée).